Les ambiguïtés de l’ONU

« Le transfert de jihadistes français est extrêmement grave. Il a donné lieu à plusieurs violations du droit international », dénonce Agnès Callamard, rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, au quotidien. Avant d’envoyer ce courrier de six pages, elle explique s’être entretenue avec « sept des onze jihadistes français condamnés [à la peine de mort] par Badgad ». Elle précise que ces personnes « étaient détenues en Syrie, impliquées d’une façon ou d’une autre dans des actes de Daech, et ont été extradées en Irak où elles encourent la peine de mort grâce au soutien actif ou passif des autorités françaises ». 

L’ONU condamne la France pour son refus d’accorder une protection à des djihadistes ayant participé aux crimes de l’Etat islamique daesh de 2014 à 2017. C’est le monde à l’envers. La France devrait ainsi, selon l’ONU, venir au secours d’individus qui ont, de leurs propres mains ou comme complices, exterminé les populations de villages, chrétiens, Yazidis ou musulmans refusant de se soumettre, par dizaines de milliers, égorgé en filmant leur exécution ou brûlé vivants dans des cages les prisonniers de guerre, enlevé des femmes et des enfants pour les soumettre à esclavage sexuel, converti de force, brûlé les églises, crucifié des chrétiens, obligé des enfants de sept ans à mettre à mort des malheureux tombés entre leurs mains, procédé au génocide des populations chrétiennes, jeté sur la route des centaines de milliers de pauvres gens fuyant les massacres, ravagé le site de Palmyre, une des merveilles du monde. Ceux-là mêmes ont commandité les attentats terroristes de Paris et de Nice, qui ont répandu le sang en France, tué 250 hommes, femmes et enfants. Alors, tout devrait-il être oublié, effacé de la mémoire? Aujourd’hui, l’ONU reproche à la France de ne pas voler au secours de ses bourreaux. A ses  yeux, la France n’est plus victime du terrorisme, mais coupable de ne pas protéger ceux qui l’ont frappée. Pourtant, n’est-il pas logique que des criminels répondent de leurs crimes devant la justice du pays où ils ont été commis? Qu’ils aient la nationalité française n’est d’ailleurs que circonstance aggravante, ajoutant la trahison à la dérive sanguinaire. Quand elle fut créée en 1944, l’ONU avait pour objectif d’assurer la paix et le respect des droits des personnes. Aujourd’hui elle s’érige en protectrice d’individus qui ont directement ou indirectement fait œuvre criminelle. Par quelle étrange inversion des valeurs, l’ONU s’érige-t-elle désormais en protectrice d’auteurs de crimes contre l’humanité – c’est ainsi que cela s’appelle – et se permet-elle de fustiger l’un des pays qui en a le plus souffert dans sa chair?

Maxime TANDONNET

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François et les « heures sombres de l’histoire »

Le Pape François, fustigeant « souverainisme » et « populisme », vient de déclarer au journal la Stampa: « On entend des discours qui ressemblent à ceux d’Hitler en 1934 ». Les Catholiques pratiquants n’apprécient généralement pas les commentaires critiques concernant les paroles du saint Père. En l’occurrence, les mots qu’ils tient sont de nature politique et historique, ne relèvent en rien du dogme couvert par l’infaillibilité pontificale.

Les comparaisons entre la période actuelle et l’apocalypse des années 1930 et 1940, devraient appeler, surtout de la part du chef de l’Eglise catholique, la plus grande prudence. Le contexte actuel, économique, politique, technologique, démographique planétaire, est sans rapport avec celui des heures sombres de cette époque. Certes, la démagogie extrémiste, de droite ou de gauche, est en plein essor, surtout en France. Mais faut-il rappeler au pape François ce que furent les persécutions raciales du nazisme, les entreprises d’extermination du stalinisme comme de l’hitlérisme, la centaine de millions de victimes de ces entreprises sanguinaires, le génocide des Juifs d’Europe (six millions de morts), la férocité des dictatures totalitaires, la conquête hitlérienne de l’Europe continentale, la Shoah par balles en Ukraine, la politique d’asservissement ou d’anéantissement des populations slaves, le pillage et les massacres commis en France et presque dans toute l’Europe continentale pendant une occupation de 4 années?

Le père Jorge Mario Bergoglio n’a pas connu cette période de déchaînement sanguinaire qui a entraîné l’Europe dans l’abîme, ou bien il était tout jeune enfant, et vivait à quelque 10 000 kilomètres de ces évènement. En revanche, il a vécu personnellement, en pleine force de l’âge, entre 40 et 47 ans, d’autres évènements tragiques, d’autres heures sombres: la dictature Argentine du général Videla, de 1976 à 1983. Ce régime militaire s’inspirait des méthodes fascistes et nazie qui ont ensanglanté l’Europe: dizaines de milliers de disparus, femmes et enfants massacrés, torture et exécutions de masse, meurtre ou emprisonnement des opposants politiques, disparition des libertés publiques.

Alors, pourquoi François, dans sa quête de comparaisons explosives, destinées à marquer l’opinion sur la détestation que lui inspire certaines politiques actuelles, notamment sur la question de la maîtrise des migrations, invoque-t-il  les « heures sombres » européennes qu’il n’a pas connues, mais demeure-t-il silencieux, sur d’autres heures sombres plus récentes, d’autres abominations, une autre dictature et d’autres terreurs et d’autres atrocité qu’il a vécues lui-même, en personne, de tout près, en Argentine, son pays d’origine? D’ailleurs, nul ne saurait douter un instant que ce héraut planétaire des droits de l’homme, porte-parole de la conscience universelle, alors haut placé dans la hiérarchie catholique de son pays, a exercé un rôle pilote, exemplaire et incontestable à la tête de la résistance à la dictature argentine, ce régime tortionnaire, au péril de sa vie pendant 7 ans. Dommage qu’il n’en parle pas car son expérience personnelle de cette période (un sujet quelque peu tabou), serait riche en enseignements, serait de nature à illustrer son propos et à servir d’exemple aux jeunes générations. 

Maxime TANDONNET

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Retour sur mon opposition au drapeau dans les classes

Dans un passé lointain, il m’est arrivé d’être pris à partie, en tant qu’ancien conseiller du président Sarkozy, par des chroniqueurs du Monde, de Libération ou le Nouvel Observateur. Par Valeurs Actuelles, cela ne m’était jamais arrivé. Une lacune désormais comblée… Et M. Jean-Paul Brighelli, dans le dernier n° de VA, ne mâche pas ses mots, m’assimilant aux « crétins, les mous de la coiffe, les obsédés de l’internationalisme prolétarien et autres militants de l’anti-colonialisme primaire », pour une tribune publiée  au début de l’année dans le Figaro Vox. Traité de réactionnaire par la gauche et de gauchiste par la droite, ne serais-je pas sur la bonne voie?

« La loi, écrit-il « Pour une école de la confiance », enfin votée, modifie ainsi l’article L. 111-1-2 du Code de l’Education : « L’emblème national de la République française, le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge, le drapeau européen, la devise de la République et les paroles de l’hymne national sont affichés dans chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degrés, publics ou privés sous contrat. » Depuis février dernier, début de la polémique, les Saint-Jean-bouche-d’or de la Gauche bien-pensante rivalisent de sarcasmes pour stigmatiser cette idée nécessairement réactionnaire — voire fasciste […] Il n’est pas jusqu’à un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Maxime Tandonnet, qui dénonce sur le FigaroVox « un leurre pour masquer l’échec de notre école » : « Tout drapeau est le signe d’une allégeance. L’école et l’armée ont chacune leur vocation et leur grandeur. Mais elles ne doivent pas être confondues. La première a pour mission fondamentale la diffusion entre les générations de la culture et d’un savoir-faire. La seconde est consacrée à la défense de la Nation. Dans une démocratie libérale, leurs deux rôles doivent être clairement séparés. Le livre est à l’école ce que le drapeau est au régiment. » […] Si les crétins, les mous de la coiffe, les obsédés de l’internationalisme prolétarien et autres militants de l’anti-colonialisme primaire sont légion, quelques Français véritables, de tous bords, savent ce que représente ce drapeau : la liberté de la France et la liberté des peuples — parce que c’est drapeau tricolore à la main que les armées révolutionnaires ont libéré l’Europe de l’emprise des tyrans. »

Et pourtant, malgré cette déferlante de paroles aimables, je persiste et signe: la décision de rendre obligatoire dans les salles de classe les drapeaux tricolores, et européens, et d’ailleurs tout autre drapeau, est lamentable. La question n’est évidemment pas celle de la valeur du drapeau tricolore, en tant qu’emblème de la liberté et de la patrie. Elle touche à l’usage qui en est fait. Le drapeau tricolore sur la façade des lycées et de tous bâtiments publics, comme c’est le cas depuis toujours, n’est bien sûr pas un sujet de discussion. En revanche, l’installer dans toutes les salles de classes est selon moi une aberration.  La salle de classe doit être sanctuarisée en tant que lieu de l’acquisition du savoir et de l’intelligence, sous la responsabilité du professeur. Elle n’est pas celui d’une allégeance, qu’elle soit nationale, régionale ou européenne, ou internationaliste… Les Hussards noirs de la République, qui ont forgé la France moderne par l’alphabétisation, n’ont pas eu besoin de drapeau dans les classes. A mes yeux, cette mesure est une fois de plus de pur enfumage: deux petits drapeaux, un tricolore, un européen, pour couvrir pudiquement, dans chaque classe, l’effondrement vertigineux du niveau scolaire, la violence et l’indiscipline qui rongent l’éducation nationale, la souffrance des professeurs, l’inégalité des chances, monstrueuse, entre les « bons établissements » de la bourgeoisie urbaine et ceux qui sont à l’abandon. Cette décision est à l’image de la politique française: soigner la façade pour couvrir l’écroulement de la structure. Peu m’importe qu’elle vienne de droite, de gauche, du centre, ou des extrêmes, et ce n’est pas de l’opposition systématique: je trouve cette idée tout simplement lamentable. Le nationalisme de pacotille n’a strictement aucun rapport, à mes yeux, avec le patriotisme. M. Brighella traite de crétins et de mous de la coiffe, [ainsi que de Français non-véritables] ceux-là qui ne partagent pas son point de vue. Il faut le remercier d’illustrer, à travers une argumentation aussi subtile et raffinée, à l’image de toute sa chronique, l’état du débat d’idées en France.

Maxime TANDONNET

 

 

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Misérable réforme du bac

Le 6 août 2019, en pleine torpeur estivale, est tombé l’arrêté réformant le baccalauréat et définissant ses nouvelles épreuves.   Le faible intérêt des médias et de la classe politique pour cette petite révolution est révélateur de l’apathie générale qui règne sur la France.

Cette réforme officiellement destinée à rénover cet examen, dépasse en médiocrité tout ce qu’il était possible d’imaginer. Elle achève de décrédibiliser le rituel de passage vers les études supérieures et indirectement, le contenu de l’enseignement secondaire. Elle représente un pas supplémentaire dans la voie de l’abaissement intellectuel de notre pays, et pire, de ses futures générations:

  • 40% de la note sera issue du contrôle continu pendant l’année scolaire, donc accordée par les professeurs qu’auront fréquenté les élèves pendant au moins un an: il n’existera aucune garantie d’impartialité de la notation et d’absence de prise en compte de l’affect et de la relation personnelle, ni la moindre assurance d’harmonisation du niveau de notation entre des établissements profondément hétérogènes.
  • 15% de la note sera accordée à l’issue d’un grand oral ou « oral terminal », reposant sur le projet personnel de l’élève et censé évaluer son aptitude à bien s’exprimer en français: cette nouvelle épreuve reflète le goût de l’esbroufe qui caractérise la France contemporaine. Il n’est pas question de récompenser un travail, une réflexion, en l’absence de tout contenu, mais du spectacle que donnera l’élève pendant 20 minutes devant un jury de trois personnes. Le mérite reviendra-t-il à celui qui s’exprime avec le plus d’aisance: prime supplémentaire à la naissance? Ou bien au contraire, à celui qui inspirera pitié et compassion? Cela dépendra de la sensibilités des jurys… En tout cas, voici, institutionnalisée, « la note de gueule ».
  • Le pire tient au système des options. Les séries, L, SES, S, sont supprimées et remplacées par un dispositif de choix de spécialités: outre le contrôle continu, le français, la philosophie, le « grand oral », l’élève devra choisir, en terminale, deux épreuves parmi 12 options proposées: Arts; biologie-écologie; histoire-géographie, géopolitique et science politique; humanités, littérature et philosophie; langues, littérature et cultures étrangères et régionales; littérature et langues des civilisations de l’antiquité; mathématiques; numérique et informatique; physique/chimie; science de l’ingénieur; sciences économiques et sociales. Ainsi, il deviendra parfaitement normal, courant, habituel, de passer le bac en esquivant toute épreuve d’histoire, de langues étrangères ou de mathématiques. Le nouveau bac sacrifie délibérément les fondamentaux de l’homme moderne que sont l’apprentissage des langues étrangères, de l’histoire et des mathématiques, rapportés au niveau de simples options. En somme, il devient possible de passer le bac général, sans épreuve de mathématique, ni de physique chimie, ni de sciences naturelles, ni aucune langue vivante ou classique, ni d’histoire-géo,  ni de science économique et sociale…

En apparence, cette réforme est dominée par une volonté de nivellement par le bas: l’appauvrissement, en termes de disciplines enseignées et évaluées, est vertigineux. L’idéologie qui lui est sous-jacente est le relativisme:  tout est égal à tout, par exemple les langues vivantes sont placées au même niveau que les langues régionales.  L’histoire géographie est fondue dans un ensemble qui inclut « géopolitique », science politique, etc. Que restera-t-il, dans cet étrange magma, de l’enseignement de l’histoire des faits, des idées, des hommes et des événements, de l’Histoire avec un grand H? La philosophie est réduite à un tronc commun à tous les candidats, évidemment le plus petit dénominateur commun, et ceux qui voudront l’approfondir opteront pour une matière étrange, non identifiée, englobant « humanités et littérature », dont il est impossible de définir les contours.

Dans les faits, elle n’est que foncièrement inégalitaire. En aggravant la médiocrité, en sapant les bases de l’enseignement et de la sélection par le travail, le mérite, l’intelligence, elle favorise la sélection par l’argent, les relations clanique ou familiale, le piston, les privilèges et les passe-droits. Une fois le bac définitivement détruit et en l’absence de sélection par examen ou concours à l’entrée des universités – seule réforme, dès lors que le bac est annihilé, qui exigerait un vrai courage politique –  comment s’effectuera l’accession aux métiers de direction et de conception? par l’argent, les grandes ou petites boîtes privées – seules qui garderont un concours d’entrée – , le réseau. Dans l’ordre de la destruction en marche, rien n’est plus grave que le bradage du patrimoine intellectuel de notre pays et la l’abêtissement volontaire des futures générations.

Maxime TANDONNET

 

 

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Nuon Chea, retour sur le crime des Khmers rouges

La mort de Nuon Chea, bras droit de Pol Pot, annoncée aujourd’hui, nous renvoie au souvenir de l’une des pires expériences de la folie et du sadisme humain et le plus atroce génocide commis après 1945. Les Khmers rouges au pouvoir de 1975 à 1979, dirigés par Pol Pot ont exterminé un tiers de la population du Cambodge. Au nom du socialisme marxiste, ils ont planifié et procédé à l’évacuation de Pnom Pen pour supprimer la bourgeoisie urbaine et lui imposer les travaux des champs. Le pays fut couvert de camps d’extermination et de torture. Les individus qui portaient des lunettes, soupçonnés d’intellectualisme, étaient massacrés à coups de pioche. Le Cambodge fut transformé en un charnier à ciel ouvert. Toute suspicion de tiédeur envers la révolution socialiste entraînait la torture et une exécution immédiate y compris des femmes et enfants. Famine, deux à trois millions de tués par extermination, massacres: en 1978, tous les enfants de moins de trois ans avaient disparu. Alors, pourquoi parle-t-on si peu, en France, de l’un des plus abominables crimes de masse de l’histoire de l’humanité? Sans doute parce que la gauche historique française, celle là-même qui se prosterne devant le culte des droits de l’homme, a une part de responsabilité dans cet épouvantable cauchemar qui a hanté notre jeunesse mais dont plus personne ne parle aujourd’hui 4 décennies plus tard.  Pol Pot et ses sinistres complices ont forgé leur idéologie sanguinaire dans les années 1950, en France, au contact des intellectuels marxistes français. Ils ont été politisés dans le culte de Robespierre, de Lénine et de Trotsky. Ils ont appliqué au Cambodge les leçons données par les penseurs de gauche français. Puis, les mêmes élites bienpensantes et la presse dite de gauche, ont fermé les yeux et nié jusqu’à l’absurde les débuts d’un épouvantable génocide, applaudi à l’évacuation de Pnom Pen et au déclenchement d’une utopie sanguinaire. Mais au-delà, l’histoire du Kamputchéa démocratique est le souvenir le plus honteux du monde occidental qui a laissé se dérouler l’extermination d’un peuple, en toute conscience jour après jour, pendant 4 ans, sans bouger le petit doigt. Décidément, la mémoire collective se montre bien sélective quand il faut oublier des souvenirs gênants… 

Maxime TANDONNET

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Revue de presse, André Tardieu, l’Incompris Perrin, 2019

André Tardieu, l’incompris, poursuit son chemin. Sa biographie a été sélectionnée pour la finale du grand prix de la biographie qui se tenait le 29 juin dernier au Touquet. http://www.letouquet.com/laureat-grand-prix-de-la-biographie-politique/le-touquet-paris-plage/tabid/49409/offreid/e2d2e7de-1941-41a9-b4a4-9fb82982cf94/detail.aspx
Il a terminé deuxième derrière Bourguiba de M. Legendre, à l’issue d’une réunion du jury qualifiée par un témoin de « volcanique » . Dommage pour le président Tardieu, qui aurait bien mérité cette reconnaissance après 80 ans de calomnies ou d’indifférence nourries de la médiocrité. Mais les héros, les authentiques hommes d’Etat, à l’image de Tardieu qui repose auprès de sa femme, sur les hauteurs de la Méditerranée, se soucient-ils du jugement de la postérité à leur égard?

Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

Ci-dessous, un recueil non exhaustif d’une vingtaine d’articles de presse parus depuis le 3 janvier sur André Tardieu l’Incompris, avec l’immense gratitude de l’auteur envers les journalistes et historiens qui ont bien voulu s’intéresser à cette biographie et qui ont ainsi permis de la faire connaître.

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Le voilà ressuscité sous la plume de Maxime Tandonnet. A raison car André Tardieu mérite le détour (Gérard Courtois, le Monde, 20 mars 2019) Le Monde PDF

Un essai très vivant qui lui rend justice (Frédéric Valloire, Le Figaro Histoire, avril/mai 2019). Figaro Histoire PDF

L’auteur se garde de donner une réponse ferme et définitive au mystère Tardieu. Il le décrit et l’éclaire, installant son récit dans une époque dont on méconnaît trop l’importance. Ce qui suffit à rendre passionnante la lecture de cette biographie de la meilleure veine. (Le Télégramme, 21 juin 2019)

Réhabilitation d’une figure de la…

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Article dans le Figaro du 2 août

Les querelles franco-françaises n’ont pas manqué en cet été 2019, s’enchaînant les unes aux autres à un rythme d’enfer : deux semaines sur l’affaire du « homard », puis la tenue vestimentaire de Mme Ndiaye et le tweet de Mme Morano, les sifflets du 14 juillet et les arrestations de « gilets jaunes, » l’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale, le départ en vacances du président pendant la canicule parisienne, le supposé sexisme de la tradition des hôtesses du tour de France, etc. Ces faits n’ont a priori aucun rapport entre eux. Pourtant, ayant accaparé l’attention des media et de la presse, jusqu’à l’obsession, pendant plus d’un mois, ils ont en commun de ne toucher qu’à la surface des choses, à l’émotion, à la colère et à l’indignation collectives.
En revanche, l’information et le débat d’idées sur les sujets de fond relatifs au bien commun ou au destin national, passent désormais au second plan. Les grands dossiers du jour paraissent s’effacer sous l’écume bouillonnante des polémiques quotidiennes : Le risque de guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, les troubles en Algérie et en Russie, les enjeux réels de la ratification du CETA (traité de libre-échange), le contenu du projet de réforme des retraites, le trafic des êtres humains et la lutte contre les passeurs esclavagistes en Méditerranée, l’insécurité, la violence et la criminalité qui sévissent dans nos rues, voire l’aggravation de la dette publique ayant atteint les 100% du PIB, la persistance d’un chômage massif, la menace djihadiste, l’impuissance chronique des pouvoirs publics à régler les difficultés dont souffrent les Français…
Paradoxalement, la futilité et le caractère éphémère des derniers psychodrames de l’été s’accompagnent d’une intolérance et d’un fanatisme croissant. Les Français ne se déchirent plus sur l’économie, la politique sociale, internationale ou d’immigration, mais sur le menu de dîners à l’hôtel de Lassay ou la garde-robe de la porte-parole du Gouvernement, ou la date de départ en vacances de l’occupant de l’Elysée. Dès lors que l’anecdotique écrase le fond des sujets, signant la mort du débat d’idées ou de projet, l’échange d’arguments n’a plus lieu d’être. L’invective, l’insulte ou le crachat haineux se substituent à la discussion. Il n’est plus question de convaincre – en l’absence de sujet de fond – mais d’abattre le contradicteur. L’indignation, à quoi se réduit de plus en plus la vie politico-médiatique, ne souffre pas la contradiction. Les noms d’oiseau les plus éculés – raciste, fasciste, réactionnaire – prospèrent sur le vide des idées. L’emprise de la polémique sur la vie nationale est sans doute en partie spontanée mais parfois calculée : noyer les échecs, les inquiétudes et les souffrances, dans l’agitation stérile.
La démocratie est la grande perdante de cette évolution. Le règne de l’émotion opère par vagues d’indignation qui ne souffrent pas de contestation. Ceux qui refusent de s’y soumettre ne sont pas des opposants politiques avec lesquels il faut discuter, mais des ennemis de l’intérieur à combattre, toujours par l’insulte ou la mise à l’index. L’arme fatale, destinée à faire peur et imposer le silence, est l’humiliation, le lynchage médiatique, la honte. Et twitter est l’outil idéal de cette nouvelle inquisition. Le jeu de la majorité et de la minorité, fondement de la démocratie, n’a plus lieu d’être. Le bien se confond avec l’émotion médiatique dominante et le mal avec tout ce qui donne le sentiment de lui résister. La démocratie (pouvoir du peuple) n’est hélas plus qu’un mot, une fiction sans rapport avec le monde des réalités.
D’ailleurs, le glissement de la société politico-médiatique dans le futile recouvre des phénomènes qui se présentent comme les échos lointains, même édulcorés et adoucis, de logiques bien peu démocratiques : césarisme élyséen poussant à l’extrême le présidentialisme des institutions ; anéantissement de l’autorité du Parlement; mise en cause des libertés publiques (loi Avia réintroduisant une possibilité de censure préalable) ; goût du lynchage médiatique de personnalités ayant dévié du « droit chemin »; discours de la table rase (le « nouveau monde ») ; anti-intellectualisme (suppression du concours pour être admis à Sciences po) ; obsession du jeunisme et de la gloriole sportive ; banalisation de la délation à base d’enregistrements ou de photos volés ; effacement de la frontière entre vérité et mensonge (affaire Geneviève Legay) ; psychiatrisation des avis divergents (opposition à la PMA sans père qualifiée « d’hystérie »); vérités scientifiques ne souffrant aucune expression de doute (écologie) ; mépris du peuple (connotation honteuse du terme «populiste ») et du suffrage universel.
La question centrale n’est pas celle de « l’humilité » des dirigeants du pays, nouvelle variante d’une communication, mais celle de la démocratie, c’est-à-dire de la prise en compte de la volonté de la nation à travers ses représentants ou le referendum, et de l’efficacité de l’Etat au service des Français face aux véritables problèmes de l’heure. Le sujet du mode de gouvernement de la France dans l’intérêt général, enterré à l’issue de la crise des Gilets jaunes et du Grand Débat, conditionne pourtant les autres. L’opposition qui se cherche, aurait tout intérêt à s’en saisir.

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LCI, sur « l’humilité présidentielle »

Hier, soir, j’ai été invité à la hâte pour participer à une émission sur LCI, au sujet des déclarations du président qui prône « l’humilité », en présence de deux députés (MODEM et LFI), d’une journaliste du Parisien et d’une essayiste.

Je l’étais en tant qu’auteur de livres d’histoire, de biographies et notamment de l’Histoire des présidents de la République (Perrin 2013, réédition en poche 2017). Un président peut-il être humble? Telle était la question posée. Ma réponse portait sur l’infinie débilité d’un régime politique qui tend jusqu’au vertige à la sublimation de l’occupant de l’Elysée, une sorte de demi dieu surmédiatisé, supposé incarner l’autorité politique à lui seul, sombrant dans l’obsession de sa réélection – et l’impopularité – au détriment du bien commun de la nation. Quant au virage de « l’humilité », le passage de « Jupiter » à « Modeste », il n’était qu’un signe supplémentaire de l’anéantissement de la politique – l’action en faveur de l’intérêt général – dans l’ivresse de la communication narcissique. Il n’est pas facile d’argumenter dans ce genre d’émission, malgré l’évident professionnalisme et la bienveillance de la journaliste qui l’animait, Amélie Carrouer. Poser un raisonnement dans l’excitation d’un débat sous le feu des caméras est une véritable gageure… Mais quand on a le sentiment d’avoir un bout de message à faire passer, on ne peut pas toujours se dérober face à l’épreuve des « plateaux de télévision ».

Maxime TANDONNET

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Contre la PMA sans père

Le grand sujet qui va déchirer le pays est déjà sur les rails. Il s’apprête à enfermer chacun d’entre nous entre le supposé sens du progrès et la liberté de pensée. Nous allons assister à un déchaînement de haine, d’insultes et de lynchage contre les réfractaires à ce projet. Les plus violents accusateurs seront ceux là mêmes qui juraient peu de temps auparavant, la main sur le cœur, que jamais la France ne s’engagerait dans cette voie. Face à l’instinct grégaire qui porte le troupeau à se satisfaire de cette réforme au nom de l’égalité, toute la raison et les fondements du bon sens devraient nous conduire à le refuser: refus d’engendrer un être humain privé de père, ou de la conscience même du père; refus de la mystification consistant à effacer ce père qui de fait existera toujours comme père biologique; refus de la frustration de celui auquel l’identité du père sera dissimulée et tout autant, refus du monstrueux imbroglio psychologique et juridique qui naîtrait ou naîtra de la prise de conscience ultérieure de l’identité du père; refus de la prise en charge par l’assurance maladie d’une situation sans aucun rapport ni avec la maladie ni même avec une situation de détresse, par simple conformisme et démagogie. Une promesse présidentielle? Aucun engagement de campagne ne saurait tenir face à un enjeu de cette ampleur, surtout pris à l’occasion d’élections faussées de A à Z par un misérable scandale. Mais tout cela, la philosophe Sylviane Agacinski l’a dit tout cela infiniment mieux que moi:

Le Point: À la veille d’un débat au Parlement, notamment sur la PMA, la philosophe s’inquiète que les questions bioéthiques perdent tout repère. Sylviane Agacinski considère que l’autonomie en matière de procréation est un « un pur fantasme » puisque le recours à l’autre sexe est incontournable, quelles que soient les méthodes de procréation, naturelles ou biotechnologiques. Précise la philosophe. Dans son entretien au « Point », Sylviane Agacinski dénonce la marchandisation des corps en arguant que le schéma de la fabrication des enfants s’est substitué à celui de l’engendrement charnel. « Dans les États où la PMA n’est pas soumise à des conditions médicales, comme en Espagne, en Californie et ailleurs, elle s’inscrit le plus souvent dans cette logique de marché. Pourquoi ? Parce que, sans rémunération, les donneurs sont rares ». Sylviane Agacinski rappelle également les spécificités françaises en matière de protection du corps humain et de ses éléments par la loi : Tout prélèvement biologique, qu’il s’agisse du sang, des organes, ou des gamètes, est soumis à des conditions d’intérêt médical et exclu de tout échange marchand, et seul le don solidaire, gratuit et anonyme, est autorisé. Selon la philosophe, le modèle californien des « instituts de reproduction humaine » où il est possible d’acheter des ressources biologiques (cellules, ventres, embryons) sur commande tend à s’imposer partout. En réaction à la Mission d’information sur la révision de la loi relative à la bioéthique, Sylviane Agacinski s’inquiète qu’une nouvelle législation substitue la volonté de devenir parents à l’asymétrie père / mère.

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Réflexion de vacances

Depuis notre enfance, ils hantent les paysages de vacances et les plus beaux sites de la côte Atlantique. Répugnants, ils portent la marque des heures les plus sombres de l’histoire: la barbarie, la terreur, la servitude, les massacres aveugles, l’extermination et la soumission. Leur chair de béton et d’acier s’est nourrie de la souffrance et de la terreur de millions d’hommes de femmes et d’enfants. Ils incarnent le naufrage dans la démence sanguinaire et la bêtise de ceux qui voulaient barricader nos plages, nos falaises et nos rochers, pour emmurer  l’Europe continentale. Nécessaires pour la mémoire? Mais il y en a partout! Il suffirait d’en conserver un ou deux! Bref, ils défigurent le rivage, gâchent les plus beaux paysages de France. Pire, on finirait par s’habituer à ces vestiges des heures les plus sombres de l’humanité et à oublier toute l’abomination qui se dessine dans leur ombre portée sur le sable et les eaux. Environnement, disiez-vous? Indestructibles de la main de l’homme, paraît-il et aucune dynamite ne viendrait à bout de ces rochers du mal, tout au moins à un coût raisonnable… Combien de millénaires avant que le vent et les vagues ne viennent à bout de ces saloperies? Combien de générations? Et l’homme aura-t-il tout oublié quand la silhouette sinistre des bunkers émergera toujours du sable?

Maxime TANDONNET

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Détestable mystification

Vu Greta Thunberg devant les députés, sur LCI. Hallucinant spectacle de la politique française, poussée au paroxysme de la médiocrité. Il faut voir la scène, tant elle est surréaliste. Une personne demande à la nouvelle icône européenne: « cela vous gène-t-il d’intervenir dans cette enceinte le jour même de la ratification du CETA » – traité de libre échange contesté sur le plan de ses effets en matière d’environnement. « Je me fous de la date« , répond-elle (I don’t care – la traduction étant édulcorée), « je ne suis pas au courant, je suis venue le jour où l’on m’a invitée ». Et fusent, pour ces paroles qui expriment tout le ridicule de la situation, les applaudissements du marécage bien pensant.

L’enfumage bat son plein: à l’affichage, une opération médiatique de grande ampleur en faveur de l’environnement, destinée à recouvrir un choix, la ratification du CETA, considéré par certains experts – dont un ancien ministre de l’écologie –  comme désastreux pour l’environnement. Communication? Non, le mot est inexact. Il est possible de communiquer sans mentir, sans manipuler ni se moquer du monde. Une beau spectacle solennel pour masquer une décision scandaleuse qui va dans le sens contraire. Le sujet de fond noyé dans le grand-guignol politico-médiatique: tout un symbole de la nouvelle politique française. Nous sommes dans la mystification.

La classe politique s’est divisée sur cette opération. Les réseaux sociaux comme une partie des milieux dirigeants se déchaînent contre toute critique envers le discours de Greta Thunberg à l’Assemblée. Et fusent les accusations les plus démentielles (« chasse aux sorcières, obscurantisme, repli nationaliste, mépris des jeunes, etc. »). Les titres de la presse grégaire rivalisent en sous entendu destinés à ringardiser les critiques « Qui GT gène-t-elle? »

Nul n’en veut à l’adolescente bien évidemment et ce n’est pas elle qui est en cause. Mais comment ne pas s’interroger sur le mécanisme, manigancé  ou spontané, qui porte jusqu’au rang de chef de l’Etat, accueilli devant le Parlement français, une jeune fille « normale » de 16 ans et sur l’étrange illusion collective -mirage – qui pousse un segment de l’opinion à ressentir en elle une sorte d’apparition providentielle?

Et que penser de ces élus du suffrage universel, chevronnés, supposés incarner la Nation et qui se confondent en applaudissements au pied de nez de cette adolescente dont le message final tient en trois mots « I don’t care« .   Et surtout au vu du spectacle offert par l’Assemblée nationale, comment qualifier, comment nommer cette étrange mixture de cynisme (la mystification du 23 juillet sur l’environnement), de conformisme, de fanatisme et de bêtise? La médiocrité sans doute, même si le mot paraît faible, un niveau de médiocrité probablement sans équivalent dans l’histoire récente.

Maxime TANDONNET

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Greta Thunberg: M. Aubert et M. Larrivé ont raison

Greta Thunberg doit être reçue à l’Assemblée nationale. M. Aubert et M. Larrivé, députés LR, ont tous deux exprimé leur réserve face à cette initiative. Ils ont raison. A quoi sert l’Assemblée nationale? d’une part à exercer le pouvoir législatif, proposer, amender, discuter, approuver les lois ainsi que le budget de l’Etat; d’autre part à contrôler et sanctionner le gouvernement. Il n’est pas de se prosterner devant une icône du politiquement correct européen qui incarne si bien l’idéologie dominante: jeunisme (16 ans), véganisme (ne consomme pas de produit animal), écologisme radical (fustige l’avion). Le rôle du parlement n’est pas d’exprimer, par un hommage officiel la soumission à une image totémique. D’ailleurs, il  y a quelque chose de superficiel et de malsain à élever le visage médiatisé d’une toute jeune femme de 16 ans en figure du bien et donneur de leçon suprême. A travers cette image, la politique spectacle opère sa jonction avec l’idéologie. Tel est le signe du monde des adultes (quoi? des plus de 18 ans), qui renoncent à préparer leur destin et confient les clés de l’avenir à une presque enfant en lui faisant, implicitement, porter aussi le poids indirect des échecs et des désastres. Car pendant ce temps, les graves problèmes de l’époque,  appelant des décisions, une politique, des choix, touchant à l’environnement passent au second plan ou disparaissent de l’horizon: Où en est le débat démocratique sur le CETA? sur la dette publique qui frappera les futures générations? sur la violence sauvage qui impose chaque jour un peu plus, sa loi dans nos rues et fait couler le sang? sur la lutte contre les passeurs esclavagistes de la Méditerranée qui continuent de sévir? M. Aubert et M. Larrivé ont décidément bien raison. Leur attitude, qui transcende les clivages, montre qu’au Parlement français, la flamme de la résistance politique et intellectuelle brille toujours.

Maxime TANDONNET

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L’air du temps

En cet été 2019, un lourd parfum de décomposition empoisonne l’air du temps. Le chaos et le désordre se banalisent dans la rue et la peur  gagne de tous côtés. Les violences commises dans le cadre d’une compétition sportive, 200 interpellations à l’occasion de la finale Algérie-Sénégal, soulignent une nouvelle poussée des désordres nihilistes, sans raison et sans but et l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat. L’image de ces commerçants et restaurateurs, sur les Champs Elysées, barricadant les vitrines de leurs boutiques, est à l’image de la peur ambiante. En parallèle – chaos d’en bas, chaos d’en haut – , la délation de la pire espèce, des photos prises clandestinement lors d’un dîner déstabilisent un gouvernement. C’est désormais une habitude qui s’impose, courante et acceptée. Les polémiques s’enchaînent de toutes sortes, suscitées par la moindre parole. Tout le monde surveille, soupçonne et menace tout le monde. La lâcheté frappe au quotidien, nourrie d’indécision et de couardise. Le lâchage, le largage de M. de Rugy par ses amis, ses alliés, les plus hautes autorités du pays, après une brève hésitation, est un chef d’oeuvre du genre, un fantastique chef d’oeuvre de lâcheté. Lui-même qui bénissait deux ans et demi auparavant le lynchage de M. Fillon, est bel et bien un arroseur arrosé et ne récolte que ce qu’il a contribué à semer. Mais le sort qui lui a été réservé est celui, potentiel, de tous les hauts responsables de ce pays qui bénéficient tous, sans exception, de salons et de crédits de réception, de cuistos, leur permettant de recevoir et de gaver leurs invités, sinon de homard, de langouste ou de caviar. Une épée de Damoclès est désormais suspendue au-dessus de leur tête. L’arrogance est bien souvent la contre-partie de la peur. Il n’empêche qu’un air du temps putride s’est installé sur le pays. Il procède du nihilisme et du narcissisme ambiant. Quand la double obsession de l’image personnelle et de la préservation à n’importe quel prix des privilèges matériels et de vanité écrase toute autre considération, la vie publique fait naufrage dans une sorte de marécage croupissant d’où rien de positif ne saurait sortir. Il n’est plus question de gouverner ou de diriger quoi que ce soit, mais de sauver les apparences. La France se noie dans le futile et l’anecdotique et le pouvoir politique n’a jamais été aussi faible et fragile. Une guerre couve au Moyen-Orient, entre les USA et l’Iran d’où pourrait sortir un bouleversement planétaire, dans l’indifférence générale d’une France anesthésiée par la médiocrité ambiante. Le réveil viendra, violent, dramatique, terrifiant.

Maxime TANDONNET

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Je me suis trompé

Il n’est pas interdit de reconnaître ses erreurs, d’admettre que l’on s’est sérieusement trompé … Il y a quelques années, je déplorais dans Figaro Vox le manque de renouvellement de la classe politique et en appelais, bien avant le séisme des présidentielles et législatives de 2017 à un renouvellement général.  De fait, mon article reflétant sans doute un climat, le renouvellement s’est produit, comme un tremblement de terre. Aujourd’hui, je ne puis que contempler les dégâts. Je vois les nouveaux issus du séisme qui s’agitent, les Grivaux, les Rugy, les Mme Sybeth ou Mme Saillet, les Vallini,  les Tache, etc, etc, etc. Ces quelques noms me viennent spontanément à l’esprit mais ne sont que le reflet d’un phénomène bien plus global. Non qu’ils ne soient sortis de nulle part: ils existaient bien avant, mais sous un autre manteau. Il me semble que leur arrogance et leur médiocrité, morale comme intellectuelle, égalent voire dépassent l’arrogance et la médiocrité du monde d’avant. Les visages ont certes changé, mais le fond n’est pas mieux, sinon encore pire… Aux maux de l’ancien monde ils en ont même, dans certains cas, ajouté un supplémentaire, la vulgarité. A l’époque, comme beaucoup, je sentais venir le big bang politique. Je n’avais pas vu de quelle catastrophe il allait accoucher. Je me suis trompé. Et tout le problème du recrutement politique est posé. Pourquoi la politique française ne produit, pour l’essentiel, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qu’autant de désastres, à tout point de vue.  Et ce n’est pas une affaire de Grandes Ecoles qui auraient tout monopolisé, comme le veut la rumeur simpliste et démagogique. D’aucuns ont fait Sc Po ou HEC, certes, mais ils ne sont pas pires que les « autodidactes » sans formation et sans diplômes, passés par les officines politiques, l’UNEF par exemple, recrutés comme attachés parlementaires souvent par réseau familial et passés ensuite par les cabinets ministériels avant d’être parachutés. Le fond du problème tient à l’image de la politique dans la France contemporaine. Sauf exception – j’en connais – les plus valeureux d’une génération, sur le plan moral et intellectuel, choisissent sans hésiter le monde de l’entreprise, de l’université, du droit, des lettres ou de la recherche, plutôt qu’un univers politique réduit, en tout cas au sommet, à un spectacle médiatique guignolesque à l’image de cette  élue haut placée d’un parti politique recrutée dans une émission comique. La question de fond est là: comment rendre à la politique, à la démocratie française, ses lettres de noblesse pour en faire une activité digne des meilleurs et non des plus médiocres?

Maxime TANDONNET

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Démission de Rugy et la crise de régime

Les derniers événements sont dramatiques, pas pour M. de Rugy, mais pour le pays. L’élection de M. Macron s’était faite en 2017 sur le thème d’un « nouveau monde » de vertu qui devait succéder à l’ancien corrompu, incarné dans le Fillongate. Le nouveau monde s’est effondré avec l’affaire Benalla et aujourd’hui l’affaire Rugy. Et ce n’est sans doute qu’un début. La décomposition s’accélère, s’amplifie jusqu’à la nausée, jusqu’au vertige. Qu’est-ce que cette république des donneurs de leçon, marchands de vertu, qui se roulent dans leurs privilèges? Qu’est-ce que cette république des mouchards, des boites aux lettres, des officines de délation et de calomnie qui prospèrent sur le goût du lynchage, et cette effarante lâcheté?  Qu’est-ce que cette république de lâches qui prétendent servir le pays, mais ne servent que leur démence vaniteuse et fuient à la première secousse? Lâcheté, oui: il n’y a pas eu de jugement, pas même de mise en examen, pas même d’illégalité manifeste commise, pas mort d’homme, juste une polémique. Ses amis les plus proches qui lui juraient fidélité, sentant le vent tourner, ont crié haro sur le baudet. Innommable cynisme, innommable lâcheté. A ce rythme, pas un seul ministre pas un seul dirigeant politique ou gouvernemental, pas le moindre gouvernement n’est possible au-delà de quelques semaines. Dans un univers fondé sur l’image vaniteuse – plutôt que le service de la France – quand l’image est touchée, tout s’effondre.  Le régime dans lequel nous vivons est totalement foutu. Il repose sur la démence vaniteuse d’une poignée de médiocres qui n’ont pas d’autre objectif que de se gaver sur la bête et de se maintenir le plus longtemps possible sous les ors des palais dorés. La question n’est pas seulement de changer les hommes. Tant que la politique française ne retrouvera pas le sens de l’intérêt général et du courage politique, rien ne sera plus possible. Imaginez vous les uns et les autres, de l’extrême gauche à l’extrême droite, les idoles politico-médiatiques, dans pareil contexte? Il faudrait une autre approche de la politique, des hommes ou femmes totalement indifférents à leur image et à leur destin politicard, assez honnêtes pour se montrer irréprochables, assez fort pour mépriser les crachats, obsédés par le seul intérêt de la France. Mais rassurez-vous, cela n’existe plus.

Maxime TANDONNET

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Révolte ou révolution?

14 juillet 1789- 14 juillet 2019. Les événements de ces derniers jours nous renvoient au fameux échange entre Louis XVI et la Rochefoucault-Liancourt au soir de la prise de la Bastille: « C’est une révolte? Non, sire, c’est une révolution ». Les signes de troubles profonds dans la société française s’enchaînent: les proportions prises par l’affaire du « homard », les sifflets aux Champs Elysées, les arrestations de Gilets jaunes… Le pouvoir politique, mais au-delà, toute la classe dirigeante, la France dite d’en haut, font l’objet d’un rejet viscéral dans l’opinion. M. de R incarne en ce moment jusqu’au vertige un monde politique, économique, médiatique, que « les gens » ne supportent plus. Si l’affaire du homard provoque un déchaînement de colère, c’est par son caractère emblématique. Il n’y a plus de gauche, ni de centre, ni de droite, plus de confiance en aucun homme politique, du pouvoir ou des oppositions, mais le sentiment exacerbé, à tort ou à raison, de nantis qui bien loin de servir l’intérêt général, se servent sur le dos de la nation. La situation est explosive. Soit nous avons affaire à des événements isolés qui témoignent d’une colère mais qui demeurent éparpillés, et nous restons dans la logique d’une révolte. Soit l’embrasement se produit et nous basculons dans un mécanisme révolutionnaire. Ce n’est pas M. de R, la cause profonde du malaise actuel, même si rien ne peut excuser ce qui lui est reproché et le décalage entre le discours de vertu et les actes de celui qui profite de sa situation, comme d’ailleurs tout le monde à ce niveau. Mais il cristallise une profonde nausée collective qui tient à un régime, la Ve bis, désormais associé à la fracture démocratique, à ses mœurs délétères, à ses promesses non tenues, à ses mensonges, à sa mégalomanie, à son inefficacité, à son renoncement à servir le bien commun, à son narcissisme, à son mépris intrinsèque des gens et du pays. Le symbole est dévastateur. On est passé de la brioche de la reine au homard du président de l’Assemblée.  Cette tension, il y a bien longtemps que nous la sentons venir « C’est une révolte? Non sire, c’est une révolution. » Révolte ou révolution?

Maxime TANDONNET

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Questions sur un lynchage médiatique

Attention, dans mon propos de ce matin, il n’y a pas une once d’indulgence ni de sympathie, ni de compréhension, ni de complaisance. Mais juste des interrogations. Les révélations sur M. de R se multiplient et tombent de partout, jusqu’à la nausée: dîners, appartements, rémunérations, épouse etc, etc, etc. Tout sort en même temps, d’un coup et de partout. Il est impossible que cette convergence de dénonciations qui surviennent au même moment, ne soit pas organisée, calculée, voulue. Ce n’est pas complotisme que de faire un simple constat. Dans cette affaire il est impossible que tout ne soit pas manigancé par un groupe organisé de personnes qui ont réuni les informations et les ont fait fuité au moment opportun. Qui, comment, pourquoi? Je n’en ai pas la moindre idée. Une certitude également: au moins les deux tiers des hauts responsables de ce pays, publics, privés, politiques ou non politiques, sont susceptibles de faire l’objet de reproches analogues en fouillant dans leur vie privée. Ils sont les cibles potentielles d’une opération de déstabilisation générale. Nous assistons au triomphe d’une République des taupes, des boites aux lettres, des corbeaux, de la délation et des lynchages publics ou meurtres rituels. Plus rien ne tient debout, tout peut exploser à tout moment et nous sommes assis sur un baril de poudre.

NB: devant la déferlante d’injures dont ce blog fait l’objet, sous anonymat bien sûr,  proportionnellement à son audience, les commentaires « anonymes » ne seront plus publiés désormais. 

Maxime TANDONNET

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L’agonie du « nouveau monde »

Les élections présidentielles et législatives de 2017 se sont faites sur le thème d’un « nouveau monde » qui devait en finir avec l’ère des excès, des abus, de la corruption et des affaires. DSK, Cahuzac, « les sans dents », jamais plus. Et voilà que depuis deux ans, la situation a empiré: insultes qui expriment le mépris des nantis pour le peuple (les fainéants, « ceux qui ne sont rien », les Gaulois réfractaires); multiplication des scandales illustrant jusqu’au vertige l’arrogance de la classe dirigeante – celui de ce matin n’est pas le moindre. Le plus intriguant dans tout cela, c’est le manque de lucidité, de bon sens de la fine équipe issue des scrutins de 2017. Tout le monde sait depuis au moins 10 ans que les taupes, la délation et les boites aux lettres sont partout et que plus rien n’échappe à l’oeil  de big brother. Mais non, ils n’ont rien compris. Et tout continue comme si de rien n’était. Encore un donneur de leçon de première classe, pris la main dans le sac. L’image du homard géant est en soi dévastatrice, mais la défense de l’intéressé est hallucinante: « rester connecter avec le réel ». Le mépris des gens ruisselle de partout. Le sentiment d’une petite clique déconnectée et retranchée dans son bunker de privilèges et acharnée à les conserver le plus longtemps possible, tandis que le pays s’effondre (violence endémique, dette publique, impôt, chômage, communautarisme, pauvreté, migrations illégales, saccage de l’éducation nationale) s’attachera jusqu’au bout au quinquennat actuel. Ils n’ont rien compris. La candidature à la mairie de Paris de celui-là même qui ironise sur « ceux qui fument des clopes et roulent en diesel » n’est qu’un signe supplémentaire de cet aveuglement. Sur le crâne incliné de la scène politico-médiatique, la bêtise a planté son drapeau noir. En 2022, l’actuel occupant de l’Elysée et LREM ne seront évidemment pas réélus (s’ils tiennent jusque là…). Ce qui vient après? L’inconnue totale.  Il n’est pas de pire crétinerie que de croire encore à l’avènement d’un nouveau sauveur providentiel. Quoi, la leçon n’aura pas suffi?  A mes yeux, il n’existe plus qu’une solution valable: instaurer une démocratie à la Suisse, décentralisée, référendaire et représentative, fondée sur l’esprit civique, l’instruction populaire, le retour de la politique comme service du bien commun, et débarrassée de toute forme d’arrogance politicienne.  Vœux pieux : jamais cela ne se réalisera. Alors…

Maxime TANDONNET

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Menace sur la liberté d’expression

« Le texte impose aux plate-formes numériques un délai de 24 heures pour supprimer les messages « manifestement illicites à raison de la race, de la religion, du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap ». En cas de manquement, une sanction administrative d’un montant maximum de 4 % du chiffre d’affaires des « accélérateurs de contenu » pourra être prononcée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Le texte prévoit également de simplifier les procédures de signalement des contenus illicites via un « bouton unique ». (Les Echos).

Ce texte, voté aujourd’hui par l’Assemblée nationale, dit « loi Avia », bouleverse la conception française de la liberté d’expression. En principe, la censure préalable (a priori) n’existe plus depuis les loi républicaines sur la liberté de la presse – à l’exception de la période 1940-1944. En cas de débordements (incitation à la haine, diffamation, injure), la sanction prononcée par la justice intervient a posteriori, chacun étant responsable de ses écrits. Pour Internet, il n’y a aucune raison pour que ce principe de responsabilité ne s’applique pas – en s’en donnant les moyens.

Le projet de loi qui vient d’être voté par l’Assemblée nationale bouleverse cette logique: d’une part, la censure préalable est rétablie et devient même obligatoire en certaines circonstances; d’autre part les opérateurs privés d’Internet sont chargés de faire respecter eux-mêmes ce principe en pratiquant la censure préalable, sous la menace de lourdes sanctions financières, et non plus la justice et des magistrats formés dans ce but.  Bref, la justice privatisée, déléguée aux GAFA.

Or l’appréciation de ce qui est « manifestement illicite » est le plus souvent délicate et complexe, par exemple « à raison de la religion ». Avec ce texte, et l’énormité des amendes prévues, il va de soi que les opérateurs seront tentés d’interdire toute critique d’une religion – quelle qu’elle soit – ou d’une autorité religieuse susceptible de déclencher des polémiques. La moindre parole critique touchant une minorité, ou un sexe, un pays, une région, voire une personne, deviendra suspecte et sera exposée à la possibilité d’une censure. En somme, l’expression sur Internet sera placée sous surveillance. Voilà qui fait peu de cas de l’article 11 de la Déclaration de 1789: « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » 

Cette loi est à l’image d’une société et d’un pouvoir qui basculent subrepticement dans l’esprit totalitaire et qui méprisent la liberté. La liberté d’expression est ainsi martyrisée. Un conformisme étrange pèse déjà, depuis longtemps, sur les médias télé-radios. Désormais, l’objectif est de faire entrer Internet dans le rang. Au prétexte de « lutter contre la haine », (comme s’il suffisait de faire taire la haine pour la supprimer), on saccage la liberté d’expression au risque d’attiser encore plus la haine.  L’instinct grégaire fait rage à l’Assemblée nationale: 434 votes pour, 33 contre et 69 abstentions. La lâcheté et le renoncement sont en marche. Dans l’histoire, il se trouve parfois de gigantesques majorité pour abolir les libertés et la démocratie et une infime minorité pour s’en indigner. Demain, nous serons le 10 juillet…  Ce qui se passe est révoltant.

Maxime TANDONNET

 

 

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« Nouvelle démocratie », après la Grèce, la France?

Le mouvement Nouvelle démocratie a obtenu 40% des voies aux élections législative grecques, dimanche dernier, mettant fin à l’expérience Tsipras, mélange de démagogie et de cynisme qui a conduit la Grèce dans l’impasse. La France suivra-t-elle le même chemin en 2022?

Déjà, le choix d’un nom est un signe révélateur: Nouvelle démocratie est une belle appellation, infiniment plus attrayante que le sectaire « la droite » désormais totalement banalisé chez nous. Mais surtout, un formidable verrouillage s’est établi en France, destiné à empêcher l’alternance:

  • le présidentialisme conditionnant toute la vie politique à une élection présidentielle fondée sur l’émotion collective autour d’une image médiatique et donc aisément manipulable.
  • La mort du débat d’idées, de la confrontation des projets, au profit d’un système fondé sur le culte de la personnalité, le spectacle narcissique au détriment de la réflexion collective.
  • le déclin du niveau intellectuel lié à la crise de l’école ou la destruction de l’esprit critique qui brouille les repères, aveugle face à l’évidence (le macronisme comme poursuite, en pire, du hollandisme, le lepénisme comme son allié objectif) et se traduit par l’invasion des idolâtries et de l’émotionnel au détriment  de la raison politique.
  • l’esprit de servilité en faveur du pouvoir qui caractérise les média radio-télévision, certains segments de l’administration et de l’institution judiciaire (rôle du Parquet financier).
  • la force croissante des tabous, du politiquement correct et des entraves à la liberté d’opinion, qui pèsent de plus en plus lourd, comme un couvercle, sur la société française (sur les frontières, le communautarisme, l’autorité de l’Etat, les migrations, l’Europe, etc.), vouant toute dissidence aux gémonies.

Dans un tel contexte, l’alternance est-elle envisageable en 2022, dans moins de 3 ans? C’est plus de temps qu’il n’en faut pour s’organiser, se donner un nom – « Nouvelle démocratie » est un bel exemple – faire émerger des leaders crédibles, établir un projet raisonnable et populaire. En vérité l’avenir dépend des Français. Qu’est-ce qui l’emportera de la tentative d’abrutissement collectif qu’ils subissent en ce moment ou de la subsistance de la flamme de l’intelligence politique française susceptible de rejaillir à un moment ou à un autre? Une sorte de course de vitesse est engagée entre la crétinisation de masse et la persistance d’un bon sens populaire. Qui l’emportera à la fin?

Maxime TANDONNET

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La bac saboté

Il ne suffit plus au bac d’avoir été bradé, galvaudé par des décennies de démagogie. Tout le monde sait qu’il ne signifie plus grand chose en soi. Créé sous le premier Empire pour fonder la réussite sur les performances intellectuelles plutôt que sur l’héritage, il fut longtemps sélectif. Jusqu’aux années 1980, la taux de réussite était d’environ les deux-tiers. Aujourd’hui, il est de 90%. Or, il ne suffit plus de l’avoir bradé. Aujourd’hui, le bac est saboté. Des enseignants ont pris en otage des copies du bac qu’ils ont refusé de remettre. Une copie, dans l’enseignement, c’est quelque chose de sacré: le fruit d’un travail d’un étudiant susceptible de lui ouvrir la voie de la réussite. Prendre des copies du bac en otage est un acte de sabotage, de destruction. C’est une attitude qui fait penser au sabotage des usines d’armement françaises à la veille de la deuxième guerre mondiale. Le nihilisme: plus rien ne vaut, plus rien ne compte. La France d’en haut a craché sur les Gilets Jaunes pour avoir occupé des ronds-points. Mais il y a pourtant bien pire : la prise en otage des copies du bac. Quant à l’attitude des pouvoirs publics, elle donne l’image même de la lâcheté et de la démagogie. Il fallait à tout prix sauver les apparences – à 9 mois des élections municipales. Alors, tant pis pour les copies confisquées par les correcteurs. Plutôt que d’imposer le respect du droit et du devoir de tout enseignant, ils ont bricolé la prise en compte de la moyenne des contrôles continus des élèves concernés, ce qui ne veut absolument rien dire dès lors qu’il n’existe aucune garantie de cohérence et de rigueur dans le passage de ces contrôles continus et leur notation. Avec la déchéance du bac, créé il y a 200 ans pour fonder la réussite sociale sur la performance intellectuelle plutôt que l’entregent familial de l’aristocratie, c’est un pilier supplémentaire de la société française qui s’effondre. Dans l’état où il est, le bac devrait être supprimé une fois pour toute. Mais alors, il faudrait rouvrir le dossier explosif de la sélection à l’entrée de l’université: le tabou absolu. Tout plutôt que de devoir faire des choix, arbitrer, décider, en un mot gouverner. Le pouvoir politique, rongé par la lâcheté, la démagogie, le carriérisme, continuera de se pavaner plutôt que de devoir agir pour l’intérêt général.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Passions, Nicolas Sarkozy, éditions de l’Observatoire, 2019 (Pour Figaro Vox)

Le nouveau livre de Nicolas Sarkozy, Passion, diffère sensiblement de ses deux derniers, Libre (2001) et Témoignage (2006). Ces ouvrages précédents étaient centrés sur ses projets pour le pays, l’évocation de certains souvenirs personnels ayant pour objectif d’illustrer ou donner vie à ses idées. Passion a été écrit dans un objectif profondément différent. Il faut y voir avant tout un témoignage pour l’histoire et une réflexion sur la situation de la politique française. De toute évidence, ce document précieux pour la compréhension d’une époque, d’une lecture facile et passionnante, tient du meilleur de la littérature politique.

La presse et les media ont beaucoup mis l’accent, depuis la sortie de l’ouvrage, sur les flèches décochées envers ses adversaires et certains de ses anciens amis. Toutefois, l’ancien ministre de l’Intérieur – l’essentiel du récit s’arrête à 2007 – de page en page, ne s’épargne pas lui-même : « Ma tête avait tourné, trop de pouvoir, trop de réussites rapides, trop de promesse d’un avenir radieux. Je n’étais pas le premier à succomber aux vapeurs déroutantes des premiers succès médiatiques ». La sévérité qu’il exprime envers autrui est proportionnelle à ses attentes déçues. Mais cette sévérité, il l’applique avec la même rudesse à sa propre personne et aux erreurs qu’il admet volontiers.

La richesse de ce livre tient dans son authenticité. La personnalité de Nicolas Sarkozy s’y exprime sans fard, ni arrière-pensée, avec une franchise désarmante. A sa lecture, tout ancien collaborateur de l’homme d’Etat aura le sentiment de revivre une période de la vie publique nationale – l’ascension d’une figure clé de la première décennie du XXIe siècle en France.

L’ouvrage reflète à la perfection « Sarko » tel qu’en lui-même. L’affectif : « Il est mon ami, et jamais je ne pourrai oublier que, quand ma mère en a eu besoin, c’est son père qui lui donna du travail. » La sensibilité extrême : « Je ressentais une colère froide mais profonde contre ces tueurs de policiers et de gendarmes […] Il y eut la sonnerie aux morts. Puis la Marseillaise. Au moment où j’allais épingler la médaille [sur le cercueil], le petit me tira par la manche. Je me baissai pour qu’il puisse me parler à l’oreille : «Sors papa de la boîte. Sors-le ! » me dit-il en me regardant droit dans les yeux. L’énergie : « Je décidai donc de défendre et d’incarner la valeur travail. Je voulais la mettre au cœur de tout, en faire la priorité, commencer et finir par elle. » L’assoiffé d’unité : « Je voulais diriger la cathédrale, pas régner sur une chapelle. J’aspirais à rassembler le plus grand nombre, pas à dominer la secte de mes proches partisans ». L’orateur : « J’ai passionnément aimé ces corps à corps avec les foules rassemblées ». L’homme d’ordre : « Sans autorité, sans ordre, sans hiérarchie, sans sanction, la société revient à l’état naturel, c’est-à-dire, à la loi du plus fort. »

Pour les historiens qui se pencheront sur cette période de l’histoire politique française, « Passion » constituera une mine d’informations sur les coulisses des événements. Sans surprise, Nicolas Sarkozy revient longuement sur un événement qui l’a profondément marqué : « la crise des banlieues de l’automne 2005 fut sans doute l’une des plus difficile que j’ai eu à gérer durant toute ma carrière gouvernementale. Elle fut violente, longue, irrationnelle, communautaire, et, surtout, révélatrice de tous les problèmes que la société française s’était cachés à elle-même tout au long des trente dernières années. » Le récit tourmenté de ses déplacements sur le terrain auprès des policiers, sous les injures et les jets de pierre, de ses échanges houleux, en pleine crise, avec Jacques Chirac et Dominique de Villepin, jette une lumière crue sur le chaos qui s’est alors emparé de la classe dirigeante comme de la France populaire qu’il voyait en pleine désintégration.

Le regard que Nicolas Sarkozy porte sur la politique française est lucide et désenchanté. « Le spectacle a gagné en ridicule et en cruauté… Car naturellement, le réveil est douloureux pour tous ceux dont les rêves se transforment si rapidement en cauchemar. C’est comme s’il n’y avait plus désormais ni mesure, ni limite, Or, il n’y a rien qui exaspère davantage les Français que l’arrogance de ceux qui les dirigent. » Parlant de Simone Veil et de son mari Antoine : « avec eux, il n’y avait ni médiocrité, ni petitesse, ni calcul. Je n’ose imaginer ce qu’ils pourraient bien penser de notre actualité politique. » Non, le message de Nicolas Sarkozy n’est pas à l’optimisme ni à la béatitude, encore moins à la complaisance : « C’est sans doute dans cette absence de réactions fortes [à l’islamisme radical] chez ceux pourtant censés incarner ce qu’il devrait y avoir de meilleur dans la Nation, que se trouve la preuve la plus flagrante de l’état de décadence de l’Europe en particulier, et de l’Occident en général. » Un appel à la lucidité et au réveil avant qu’il ne soit trop tard ?

Maxime TANDONNET

 

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Brave new world (le « nouveau monde »)

C’est l’histoire d’une note interne qui a fuité, interne au cabinet du président de l’Assemblée nationale. Elle montre comment le parti du président de la République s’emploie à siphonner le parti socialiste (élus, sympathisants, électeurs) pour créer une force alliée au LREM qui se dénommerait « AGIR DE GAUCHE ». Cette pratique dénote toute l’hypocrisie du monde. Le parti soi-disant ni de droite ni de gauche, de fait, n’est rien d’autre que la réincarnation du parti socialiste dont le nom a changé, enrichi de quelques opportunistes qui ont vendu leur âme pour un maroquin. D’ailleurs, ce fait est confirmé par les jeux d’alliance aux municipales. La politique, l’esprit général sont identiques: augmentation des prélèvements, de la dette et des dépenses publiques, angélisme face à la violence et à la fragmentation du pays, désindustrialisation, réduction des frontières, communautarisme, augmentation des flux migratoires, mythe de l’affrontement eschatologique entre progressisme et populisme destiné à promouvoir le parti lepéniste et s’assurer ainsi de futures victoires électorales. Et la réforme de l’ISF, qui frappe le patrimoine immobilier mais exonère les placements financiers? Apothéose de la gauche caviar. Le supposé « nouveau monde » tourne à la tartuferie nationale et viendra bientôt nous faire regretter l’ancien. Mais le plus triste, le plus tragique est de songer que cette formidable mystification continue de faire des ravages dans quelques rangs supposés éclairés.

Maxime TANDONNET

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Digression sur l’actualité politique

Les sondages de popularité présidentielle se suivent et ne se ressemblent pas +6% selon Paris Match ce qui permet à Challenge de triompher en annonçant un « nouveau pic de popularité », – 2% selon un autre sondage , Kantar Figaro, quasi simultané. La vie politico-médiatique n’est plus rien d’autre qu’une sorte de spectacle virtuel organisé autour d’une icône élyséenne dans son show quotidien.

L’esbroufe ne sert qu’à dissimuler la réalité d’un pays en pleine désintégration, un pays entré dans une logique d’effondrement qui s’accélère à vue d’œil: violence et chaos quotidien qui tournent à la terreur pour ceux qui le vivent (Valence), perte des repères éthiques les plus élémentaires (chantage aux copies du bac), crise migratoire sans fin, haine banalisée à tous les niveaux, explosion de la pauvreté et des inégalités, records du monde d’enrichissement pour les 14 plus grandes fortunes françaises, désindustrialisation du pays, chômage massif – comparé aux autres pays industrialisés – invraisemblable effondrement intellectuel du pays, naufrage de la vie politique et gouvernementale dans l’absurde, affaiblissement de l’autorité de l’Etat face aux désordres, saccage des libertés publiques, banalisation des affaires de corruption, médiocrité affligeante des prétendus politiques (voir la course à la mairie de Paris!),  aggravation stupéfiante de la bêtise idolâtre politico-médiatique autour de chimères grimaçantes, de l’extrême gauche à l’extrême droite et l’extrême centre (qui ne vaut pas mieux que les deux autres extrémismes).

Non cela n’est pas du « déclinisme », ni du pessimisme, ni de la misanthropie. Il suffit d’ouvrir les yeux, de les ouvrir cinq minutes. Les gesticulations politico-médiatiques et les excitations autour de telle ou telle star ou starlette sont un signe patent de la crétinisation en cours. La grande comédie invasive ne saurait faire longtemps illusion et couvrir éternellement le désastre d’un pays en cours de dislocation. Et il est inconcevable que tout  cela débouche sur autre chose qu’une effroyable catastrophe. Que faire? Mais au moins, au moins, commencer par ouvrir les yeux!

Maxime TANDONNET

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Europe, l’effarant aveuglement

Le Conseil européen ne parvient pas à se mettre d’accord sur les prochains dirigeants de l’UE, en particulier à la Commission. La vérité, c’est que la classe politico-médiatique européenne, ou plus particulièrement française, refuse d’admettre l’évidence. L’Europe politique, la solidarité européenne est à l’agonie. Les Allemands sont, de fait, dans une logique de puissance hégémonique et de suprématie que nul n’acceptera jamais, les Britanniques sont en train de partir, les Français et les italiens sont en guerre larvée, l’Espagne fait jeu à part, les pays de l’Est, Pologne et Hongrie, sont entrés en dissidence. Il reste les institutions communes, la Commission, la Cour de Justice,  les directives et les règlements. Un outil sans ouvrier, un moteur sans carburant, une organisation sans âme ne peut que dépérir à très court terme. L’Union européenne n’est plus qu’un champ clos d’affrontements violents entre des intérêts nationaux en dehors de toute vision prospective. Elle ne cherche même plus à sauver les apparences. Ce n’est pas être eurosceptique ni anti-européen que d’ouvrir les yeux et de faire un simple constat. Ce qui frappe, c’est l’étrange aveuglement à la fois des fédéralistes et des souverainistes. Les uns font naufrage dans l’imposture en vendant le rêve d’un monde qui n’existe pas. Les autres combattent un monstre impuissant et agonisant alors que les vrais problèmes sont désormais ailleurs. L’Europe, au sens de l’idéal de paix et d’unité authentique d’un continent face aux grands périls de l’heure (environnement, immigration, communautarisme, violence et terroriste, déclin démographique et économique), dans le respect des nations et avec le soutien et la confiance des peuples, est évidemment à repenser et à rebâtir, avec le Royaume-Uni. Mais avant d’y songer, il faut pouvoir ouvrir les yeux et nous en sommes bien loin.

Maxime TANDONNET

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Le ridicule du ridicule

La semaine dernière (j’étais trop occupé pour réagir en temps réel) est survenu un incident que la France d’en haut, politico-médiatique, voudrait bien effacer au plus tôt des mémoires tant il l’a montrée ridicule. Le MEDEF, organisation patronale, a invité à son Congrès, parmi d’autres individus, Mme Marion Maréchal (ex-le Pen).

C’était la première phase du naufrage dans le ridicule. Pourquoi Mme Maréchal? Cette dame très jeune, de moins de 30 ans, est télégénique il faut bien le reconnaître. Elle n’a jamais eu de toute sa vie à prendre et à assumer une décision, à effectuer un choix, à prouver une vision ni un caractère. Totale inconnue, elle a été propulsée députée par la seule magie du nom de son grand père, avant de l’effacer de son CV. Elle est depuis quelque temps la nouvelle coqueluche des médias qui y voient un repoussoir de substitution à sa tante, au cas où cette dernière viendrait à faire défaut. Mme Maréchal est à la mode – en tant que repoussoir – et le MEDEF a cru devoir se conformer à cette mode, avec l’arrière-pensée que peut-être il était bon de ménager l’avenir en anticipant sur « l’après-macron ».

Mais il y a eu pire. Le parti macroniste LREM a dès lors fait un tollé, menaçant de boycotter la manifestation patronale si le MEDEF maintenait son invitation à Mme Maréchal. Le MEDEF a pris peur: l’idée même d’un geste de mauvaise humeur du parti dominant l’a littéralement fait trembler. Et si des fois cela donnait l’idée aux plus hautes autorités du pays, en représailles, de restaurer, dans sa formule ancienne, l’impôt de solidarité sur la fortune (l’ISF)? Car pour les gens du MEDEF il ne faut pas se faire d’illusion, rien d’autre ne compte: le pays peut s’effondrer, à feu et à sang, des centaines de milliers de victimes, l’apocalypse, la misère, le malheur, la destruction, ce n’est pas son affaire tant que ses intérêts sont saufs.

Alors, le MEDEF a aussitôt, dans la minute, cédé aux hurlements du LREM et annulé son invitation à la petite dame. Conformisme, despotisme, lâcheté absolue, bêtise indécrottable. Elle n’est pas belle la France d’en haut, politico-médiatico-patronale? Elles ne sont pas entre de bonnes mains, dites voir, les grandes entreprises françaises du CAC 40?

Maxime TANDONNET

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Lecture: A la droite d’Hitler, Mémoires 1937-1945, Nicolaus Von Below, Perrin 2019

Pour qui s’intéresse à l’histoire de la fin des années 1930 et de la Deuxième Guerre Mondiale, voici un document d’un intérêt hors du commun. Ce sont les Mémoires, publiés en Allemagne en 1970, traduits pour la première fois en français, de l’un des plus proches collaborateurs d’Hitler,  son conseiller personnel pour l’Armée de l’air (la Luftwaffe). Officier pilote de l’Armée de l’Air, issue de l’aristocratie allemande, il exerce un rôle d’intermédiaire entre le Führer et Göring, ministre de la Luftwaffe, bras droit et successeur désigné du dictateur allemand.

Cet ouvrage pourrait aussi s’intituler « de la banalité du mal ». L’auteur est un personnage a priori tout à fait normal, bon mari, bon père d’une famille nombreuse qui ne cesse de s’agrandir. Oui, mais voilà, dans ce témoignage, il suit le Führer partout: à la Chancellerie à Berlin, à l’Obersalzberg, le poste de commandement bâti par d’Hitler au dessus de sa villa du Berghof, dans les Alpes, à la Tannière-du-loup, le bunker d’où ce dernier dirige l’invasion de l’URSS à compter du 21 juin 1941 – opération Barbarossa. Il est un de ses intimes, de ses proches, fréquente Eva Braun, emmène sa femme en vacances chez Hitler. Oui, la banalité du mal, l’emprise de la démence et de la folie sanguinaire sur des cerveaux totalement déstructurés, qui n’ont plus la moindre idée du bien et du mal, ni de la raison.

Von Below se montre au fil de cet hallucinant récit, comme un courtisan. Il est écartelé entre le désir de plaire au Führer et la prise de conscience – quand même – de l’abîme dans lequel il entraîne l’Allemagne, l’Europe, l’humanité. « A mon retour, alors que je me trouvais dans la petite pièce précédant le salon, dissimulé aux regards par un rideau, j’entendis le Führer parler de moi: il faisait mon éloge parce que j’étais le seul à parler devant lui ouvertement et sans crainte. Ce propos entendu incognito me conforta dans mon idée de garder cette même attitude […]. »

Von Bülow est le témoin de scènes d’une horreur indescriptible comme le rassemblement de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants en Ukraine dans une clairière par la SS et leur massacre méticuleux, systématique, les uns après les autres (la Shoah par balle). Il dit en avoir ressenti une affreuse nausée, mais cela ne l’empêche pas de retourner  dans le bunker auprès de son maître dont il sait qu’il est le principal responsable d’un crime épouvantable. C’est toujours la courtisanerie qui l’emporte.

Dans les moments les plus cruciaux – l’annexion de l’Autriche, l’invasion de la Tchécoslovaquie, les attaques contre la Pologne, l’Europe occidentale,  Barbarossa, et jusqu’à l’effondrement dans l’apocalypse, Von Below est le confident privilégié du Führer qui se méfie comme de la peste de la hiérarchie militaire: « Nous ne capitulerons pas, jamais! Nous pouvons périr. Mais nous emporterons un monde avec nous. » Je n’ai jamais oublié ces paroles du Führer. Jusqu’à ce jour, je n’ai parlé de cet entretien à personne. Il m’a fait définitivement comprendre alors qu’Hitler ne céderait jamais et qu’il entraînerait au besoin tout avec lui dans l’abîme. »  Von Below fut gravement blessé dans l’attentat contre Hitler dans son bunker de la Tannière-du-loup en juillet 1944. Pourtant, tout en déplorant les excès de la répression contre la hiérarchie militaire, il fait de son mieux pour reprendre le service le plus vite possible. Un document bouleversant sur les ravages du fanatisme, mais aussi de l’obséquiosité et de la courtisanerie, qui peuvent conduire un être humain, dans certaines circonstances, à l’aveuglement le plus criminel.

Maxime TANDONNET

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Basculement dans la médiocratie

La tendance est à l’oeuvre depuis des décennies. Le déclin des enseignements de l’histoire, de la littérature, de la philosophie, des mathématiques remonte aux années 1980 et au triomphe du nivellement par le bas. Cependant, nous assistons en ce moment au paroxysme de cette évolution. Trois décisions récentes en témoignent: la réforme du bac, qui prendra la forme, pour l’essentiel, d’un contrôle continu suivi d’un grand oral; la suppression de l’Ecole nationale d’administration, dont tout l’intérêt reposait sur un concours sélectif fondé sur des épreuves écrites et orales (1 admis pour une centaine de candidats eux-mêmes issus des études, examens et concours les plus sélectifs); aujourd’hui, nous apprenons, par-dessus le marché, la suppression du concours d’entrée à Science Po. Or ne soyons pas hypocrite, le succès de cette école, depuis la IIIe République  – elle s’appelait alors l’Ecole libre des Sciences politiques – tenait tout entier à la sélectivité de son concours d’entrée fondée notamment sur son épreuve écrite d’histoire. Par delà l’hypocrisie, la disparition de ce concours d’entrée signifie la fin de science po, dont il restera les murs, rue Saint Guillaume, l’histoire, mais qui achèvera de disparaître au sens d’une institution phare de sélection et de formation des cadres de la république.

Ces choix correspondent à une idéologie inquiétante. Les pseudo réformes, ou plutôt la quasi suppression du bac, de science po et de l’Ena ne sont qu’un début. Ensuite viendront l’ENS et l’X, bref, les grandes écoles de la République. Qu’il y a-t-il derrière cette logique? L’objectif est idéologique. Derrière l’égalitarisme ou le nivellement par le bas, le but est celui de l’asservissement de la nation. Ses cadres, privés ou publics, ne seront plus désignés par leur curiosité intellectuelle, leur talent, leur culture, leur travail, leur mérite personnel, leur intelligence en un mot, mais par choix arbitraire de ceux qui sont en place, par la cooptation. La suppression des épreuves écrites, un peu partout, marque la fin de l’anonymat. Il convient de faire disparaître le critère de la performance intellectuelle – signe de liberté de pensée, d’esprit critique – pour lui substituer un choix discrétionnaire – la « note de gueule » – fondé notamment sur des critères qui seront avant tout sociaux, voire idéologiques. L’idée sous-jacente à cette quasi disparition du principe du mérite indépendant, personnel est celle l’achèvement de l’esprit critique. Une logique d’embrigadement, de mise eu pas, de normalisation par la médiocratie est à l’oeuvre. La sélection s’effectuera sur un mélange cooptation, copinage, clanisme, relations familiales (dès lors que l’épreuve écrite ne permettra plus d’assurer l’anonymat), par le règne de l’argent roi  – prime aux écoles  privées – suivant des critères valorisant un conformisme toujours plus grand: il faudra bien penser et réciter sa leçon, conformément à l’idéologie dominante, pour avoir une chance d’être retenu. A cela s’ajoute le discrédit sur le « humanités », l’histoire, la littérature, la philosophie, fondement de l’esprit critique, de la culture et de l’intelligence politique, dont le rôle dans la distinction des meilleurs sera rendu obsolète.  Sans doute, depuis 1870, la France n’a-t-elle jamais connu une telle régression.

Maxime TANDONNET

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« Désolé Victor Hugo… »

« Désolé Victor Hugo, mais aujourd’hui, la jeunesse t’emmerde ». M. Brighelli, dans l’interview ci-dessous, met le doigt sur une question qui, à mes yeux, prime sur toutes les autres: celle du déclin intellectuel. L’érudition et l’élitisme ne font pas partie de mes valeurs. En soi, n’avoir jamais lu Les Essais,  les Mémoires d’Outre-tombe, ou A la recherche du temps perdu, ne pas situer dans le temps Adolphe Thiers, Mac Mahon ou Poincaré, tout cela n’a rien de honteux. Le niveau de connaissance, la culture générale ne font pas la valeur d’un individu. Mais en revanche, une tragédie de notre  époque tient au recul apparent de la curiosité, l’envie d’apprendre et de comprendre. Il m’arrive de plus en plus souvent de croiser des jeunes gens issus des plus grandes et plus prestigieuses écoles parisiennes – suivez mon regard – qui me disent: l’histoire ne sert plus à rien et ne m’intéresse pas. Le savoir est une chose toute relative, dont l’absence est d’ailleurs provisoire. En revanche, l’envie de savoir comme le respect de la connaissance et de l’intelligence en sont deux autres, piliers de l’humaine condition. Quand la curiosité intellectuelle est en régression, l’amour des livres, des chefs d’oeuvre de la musique ou du cinéma, des bonnes émissions de TV ou de radio (si rares), c’est toute la civilisation qui vacille.

Maxime TANDONNET

FIGAROVOX.- «Désolé victor hugo mais aujourd’hui la jeunesse t’emmerde»: ce tweet,parmi de nombreux autres relevés par Le Figaro Étudiant, témoigne de l’hostilité de nombreux bacheliers à l’égard des auteurs rencontrés au baccalauréat de français. Que répondriez-vous à ces jeunes irrévérencieux?

Jean-Paul BRIGHELLI.- Il y a une irrévérence féconde — lorsque les jeunes romantiques insultent les partisans des «classiques» à la première d’Hernani, ou lorsque les surréalistes vomissent sur les cendres encore chaudes d’Anatole France. Et puis il y a l’irrévérence de la bêtise satisfaite, de l’égo surdimensionné, du «moi-je» du petit qui se croit l’égal des géants qui l’ont précédé. Parce qu’on ne lui a pas appris la relativité de son existence et la nullité de son opinion par rapport aux «phares» (pour reprendre un mot cher à Hugo) qui ont fécondé l’humanité. Avoir fait croire à deux générations déjà (depuis le vote de la loi Jospin en juillet 1989, qui donne la liberté d’expression à tous les élèves et marque le début de l’apocalypse molle qui a englouti l’Éducation en France) que leur avis avait en soi une importance aussi grande que celle des vrais penseurs, des authentiques poètes, des créateurs de génie auxquels on se garde bien désormais de les confronter, voilà qui s’apparente à un crime.

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Réflexion sur l’avenir de l’Outre-Mer

Me voici de retour d’un long périple Outre-Mer, aux Antilles et en Guyane, pour une mission professionnelle (sans aucun rapport avec le sujet du jour). La France disposait jadis, jusqu’aux années 1960, d’un empire « où le soleil ne se couche jamais », forgé entre le XVIe et le XXe siècle. Les républicains au pouvoir, de 1870 à 1960, en particulier Jules Ferry, y voyaient le symbole de la fierté nationale, estimant que la République française avait un « devoir de civilisation » sur les peuples non-européens. Ce principe, qui paraît indécent aujourd’hui, était au coeur du politiquement correct de l’époque, de la pensée convenable, de « gauche », et s’en dissocier revenait se marginaliser et diaboliser. Il en reste aujourd’hui un chapelet de territoires d’Outre-mer, principalement aux Antilles, dans le Pacifique et l’Océan Indien.

Cet Outre-Mer est gravement malade. Il vit largement sous perfusion de la métropole. Il n’a quasiment plus d’industrie, son agriculture est affaiblie, son commerce est essentiellement local. Le RSA, les allocations familiales et de chômage y constituent les ressources vitales. Les seuls emplois offerts sont le secteur public (Etat, collectivités territoriales, mairies). Une partie de ces territoires est frappée par un inquiétant déclin démographique (Guadeloupe, Martinique), une autre subit une forte immigration illégale qui aggrave les problèmes de pauvreté et d’exclusion (Mayotte, Guyane). Ces territoires ne se voient pas d’avenir et n’offrent plus de perspective à leur jeunesse.

Le courage, la compétence et le patriotisme de l’immense majorité leurs habitants ne sont évidemment pas en cause. Ils se sentent Français et aiment la France d’une manière que bien des métropolitains pourraient leur envier. Mais ils souffrent, bien plus que n’importe quelle région française, d’un mal typiquement français: l’assistanat. Alors que certains pays alentours connaissent un développement économique rapide liée à l’initiative privée (le Surinam, voisin de la Guyane, Maurice, face à la Réunion), l’Outre-Mer Français est étouffé par l’assistanat. Ainsi, à Mayotte, le RSA représente un revenu mensuel 10 fois supérieur au revenu moyen d’un travail aux Comores. Comment entreprendre dans ces conditions? Outre-Mer, le coût de la vie est exorbitant, bien plus élevé qu’à Paris et le chômage, notamment des jeunes pulvérise tous les records. Des économies sous perfusion n’encouragent pas leurs habitants à prendre des initiatives dans l’agriculture, le commerce, l’industrie, et à développer l’économie.

La perfusion serait-ce un outil destiné à préserver la dépendance de ces territoires? Tout gouvernement responsable devrait se pencher sans délai sur ce problème. Mais comme toujours, on préfère ensevelir la poussière sous le tapis. Or, le statu quo est inconcevable: il conduit à la ruine et à la misère. La solution inverse, celle de l’indépendance de ces territoires, n’est pas non plus envisageable: non seulement ils représentent un atout stratégique essentiel, mais surtout, beaucoup trop petits pour se suffire à eux-mêmes, ils tomberaient tôt ou tard sous la dépendance d’autres puissances. Or, il existe une autre formule alternative, une troisième voie: celle de l‘autonomie ou de la fédération. La France assure leur sécurité et leur représentation en politique étrangère. Mais pour le reste, l’organisation interne, l’économique et le social, elle leur accorde toute l’attitude pour vivre leur vie, avec une subvention globale pour chaque territoire, dégressive sur dix ans, afin de leur donner le temps de trouver leurs marques. Ce n’est pas seulement une affaire d’économie, mais d’espérance et de dignité.

Maxime TANDONNET

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Trump, l’anti-homme d’Etat

« 10 minutes avant la frappe [sur l’Iran], je l’ai stoppée ». M. Trump a ses admirateurs et ses détracteurs. Sans doute en a-t-on bien trop fait dans le dénigrement et le mépris à son égard sur la base de considérations personnelles, liées à son physique, son caractère, sa fortune, son origine sociale. A l’inverse, ses inconditionnels lui attribuent des mérites, relatifs à la situation économique des Etats-Unis, largement excessifs dès lors que la croissance est le fruit du travail de tout une Nation et non d’un seul homme. Mais par-delà ces excès, force est de faire un constat: Trump est tout le contraire d’un homme d’Etat. L’homme d’Etat est celui qui réfléchit sur le long terme, arrête des décisions mûrement réfléchies, après avoir écouté les hommes de confiance de son entourage. Il pense et il agit, plutôt que de bavarder et gesticuler. Il se comporte en fonction de sa vision du bien commun et non de sa vanité. Le président américain fait tout le contraire. Plutôt que de diriger un Etat, il communique à travers une logorrhée verbeuse sous forme de tweets quotidiens. Il pérore, menace, gesticule, change soudain d’avis, et pire que tout: se vante de ses foucades suivies de volte-face qui ruinent sa crédibilité. Il prétend dominer le monde et assurer la suprématie américaine sur la planète mais brouille dangereusement l’image des Etats-Unis. Son imprévisibilité et son amateurisme en font aujourd’hui une menace pour l’équilibre international et la paix. Depuis bien des années, le monde occidental ne sait plus produire des hommes d’Etat. Le phénomène Trump marque le paroxysme de cette faillite. Le monde occidental peut-il un jour réapprendre à se gouverner en se donnant des hommes d’Etat dignes de ce nom?

Maxime TANDONNET

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Liberté, liberté chérie

La liberté d’expression et d’opinion, dans le respect des lois qui protègent les personnes, est le socle de toute démocratie et d’une société de liberté. Dans une interview au Figaro Vox, l’avocat François Sureau dénonce son sacrifice, dans l’indifférence générale. Voici une information, édifiante et inquiétante, qu’il faut répandre et faire connaître le plus largement possible:

La commission des lois de l’Assemblée doit examiner mercredi une proposition de loi «visant à lutter contre la haine sur Internet» défendue par une députée LREM de Paris. Le texte entend transférer aux opérateurs de plateformes en ligne la responsabilité de supprimer les contenus estimés haineux dès lors qu’ils leur ont été signalés, sous peine de lourdes sanctions financières. Si le but affiché par la proposition de loi est louable, elle risque de provoquer censure et autocensure sur tous les sujets de société qui font polémique, s’inquiète l’écrivain et avocat François Sureau, ardent défenseur des libertés publiques, et auteur, en particulier, de Pour la liberté. Répondre au terrorisme par la raison (Tallandier, 2017). La liberté d’expression et d’opinion, principes à valeur constitutionnelle, sont menacées par cette proposition de loi et, plus généralement, sacrifiées par notre époque, déplore François Sureau.

 

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Film: présumé coupable (l’affaire d’Outreau) 2009.

Dans l’avion qui m’entraînait au bout du monde pour une mission à caractère professionnel, j’ai regardé pour la première fois le film « Présumé coupable » qui raconte la descente aux enfers d’Alain Marécaux, huissier, l’un des 14 accusés de viols, tortures et assassinats d’enfants de l’affaire d’Outreau. On s’en souvient: au début des années 2000, accusé avec d’autres, sans fondement par un couple de véritables pédophiles, Alain Marécaux, notable d’Outreau, dans le Nord, est resté plusieurs années en prison à clamer son innocence, avec une dizaine de coaccusés. Il a tout perdu, son honneur, sa famille, son travail, avant d’être totalement innocenté en appel. A l’époque, il avait été question du plus grand fiasco judiciaire de tous les temps. D’un seul coup, tout s’effondre, les repères les plus élémentaires de l’humanité et de l’Etat de droit s’écroulent. Le spectateur est entraîné dans un tourbillon de barbarie. Les responsables et les exécutants, chargés de faire respecter l’Etat de droit et la justice, se transforment en bourreaux. Plus rien ne vaut, plus rien ne compte. Les fondements de l’Etat de droit volent en éclat, emportés dans la tourmente: droits de la défense, présomption d’innocence, justice fondée sur des témoignages et des preuves, esprit d’équité et de justice, respect des plus élémentaires principes d’humanité. Tout cela disparaît. Il ne reste plus qu’une logique froide, sans foi ni loi, orchestrée par ceux dont le métier est de faire respecter la loi. Ce film, parfaitement fidèle à la réalité des faits, inspiré du journal d’Alain Marécaux, fait mal à nos consciences. Il révèle le potentiel d’arbitraire que recèle la vie quotidienne, la banalité des jours qui se succèdent dans un climat d’apparence harmonieuse et normalisé. C’est sans doute pourquoi plus personne ne parle aujourd’hui de cette tragédie. Oublier, le plus vite et le plus complètement possible…. Un grand film, profondément dérangeant, sur la violence qui fermente sous le vernis des institutions et de la civilisation.

Maxime TANDONNET

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« Prêt à évoluer dans mes convictions »

M. Bruno le Maire a prononcé, sur France Info, une phrase importante en ce qu’elle révèle de la politique et plus généralement, de la société moderne, au sujet de l’extension de la PMA une question sur laquelle il a affirme avoir des « interrogations: « Je suis prêt à évoluer dans mes convictions ».  Or, qu’est-ce qu’une conviction? Selon le Petit Larousse: « État d’esprit de quelqu’un qui croit fermement à la vérité de ce qu’il pense ; certitude ». Le conviction est donc le socle de la pensée, de la croyance, voire même de la conscience d’un homme, le noyau de sa fidélité, de son engagement. Elle s’oppose ainsi à « l’opinion » qui elle, impression de surface, peut en effet évoluer, ou bien à l’avis qui a un caractère superficiel. Bien sûr, à la faveur d’événements dramatique, une guerre, une révolution, un cataclysme, ou d’un chamboulement personnel, les convictions d’un homme peuvent changer:  ex-communistes rompant avec leurs convictions après avoir pris connaissance des crimes de Staline, athées qui deviennent croyants ou l’inverse. En revanche, ce déclarer par avance « prêt à évoluer dans ses convictions », est très révélateur, signifiant la malléabilité de ce qui devait, en tant normal, être immuable et guider l’engagement d’une personne. La formule donne l’image d’une absence de repère, de boussole intérieure, de conscience malléable. L’extension du droit à la PMA est un sujet grave: elle officialise, entérine, consacre, normalise l’idée de l’enfant procréé sans père. Ce n’est pas seulement le type de civilisation qui est en jeu, mais au-delà, une conception de l’humanité. On est pour ou on est contre, mais la question ne se prête pas aux fluctuations en fonction des circonstances et des intérêts de carrière. Sinon, cela s’appelle l’opportunisme. N’est-ce pas là le mal suprême dont souffre la politique, et par conséquent, la société française? En ces temps de grands troubles, la France n’aurait-elle pas besoin de responsables politiques qui, bien au contraire, font passer les convictions avant les opportunités de carrière et de maroquins?

Maxime TANDONNET

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Réponse à Mme Emmanuelle Mignon (pour Figaro Vox)

Dans une longue interview au Point, Mme Emmanuelle Mignon déclare : « M. Macron est le meilleur président de droite qu’on ait eu depuis un certain temps ». Cette phrase, promue en titre de l’article, a été largement reprise dans la presse et sur Internet. Le contenu de son entretien avec l’hebdomadaire est, dans l’ensemble, beaucoup plus nuancé que ne le laisse apparaître cette déclaration tirée de son contexte. Reste qu’elle y figure bien et soulève nombre de questions.

Qui était Emmanuelle Mignon ? Directrice de cabinet du président Sarkozy en 2007 et 2008, rédactrice de son projet de campagne victorieux de 2007, conseillère et tête pensante du leader de l’UMP depuis 2002, elle a, dans les milieux politiques français, une réputation non usurpée de probité, d’honnêteté intellectuelle, de loyauté, et de désintéressement personnel peu communs dans ce milieu. Que pouvait donc elle signifier par ces propos ?

Le dernier président dit de droite, avant le président Macron, fut Nicolas Sarkozy. Mme Mignon semble ainsi, par cette phrase, reconnaître que la présidence Macron la séduit davantage que la présidence Sarkozy, dont elle fut, en son temps, l’inspiratrice, sinon une actrice influente des deux premières années. D’autres passages de son interview le confirment: « Le quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui avait  beaucoup promis en 2007, sans doute trop […] mais qui n’a pas été à la hauteur des promesses faites, tant sur le plan économique que régalien ».

Un autre acteur de cette période, certes en position infiniment plus modeste que celle de Mme Mignon, ne peut qu’être surpris du silence, dans ce tableau, sur un élément clé de compréhension de cette période : la crise des subprime de 2008, qui a plongé les finances et les économies du monde occidental dans le marasme provoquant l’une des plus graves récessions et poussée du chômage depuis le Jeudi noir de 1929. Ce violent séisme qui ébranla de fond en comble la présidence Sarkozy, handicapée par une explosion du chômage, méritait au moins d’être évoqué, non pour la défense de cette dernière, mais pour la simple vérité historique.

D’ailleurs, peut-être qu’en effet, les espérances de 2007 n’ont pas été entièrement satisfaites, ni sur le plan économique ni sur le plan régalien (sécurité, maîtrise des flux migratoires). L’actuel quinquennat est-il pour autant mieux réussi, comme semble le penser Mme Mignon ? Encore faudrait-il, pour l’affirmer, se fonder sur les faits. En quoi est-il plus performant, sur deux ans, au regard des résultats obtenus: chômage (au regard des pays comparables Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis) ? Dette publique ? Déficit de l’Etat ? Poids de la fiscalité ? Niveau de la pauvreté et des inégalités ? Violence et insécurité quotidiennes? Fragmentation communautariste ? maîtrise des flux migratoires ? Désindustrialisation ? Influence de la France dans le monde et qualité de ses relations avec ses grands partenaires, Etats-Unis, Russie, Italie, Royaume-Uni, Pologne, voire Allemagne ? Unité nationale, climat général, après la déchirure historique que fut la crise des Gilets Jaunes ? La réponse est dans les questions…

Emmanuelle Mignon affirme que le président Macron « exerce la fonction avec toute la dignité requise ». Sans doute est-ce là une appréciation personnelle tout à fait respectable.  Encore serait-il intéressant de connaître quels sont les critères de la dignité requise, selon elle, notamment en comparaison avec les deux présidences précédentes, celle de M. Hollande et celle de M. Sarkozy. Sans doute admettra-t-elle volontiers que nombre de Français qui gardent en mémoire divers épisodes, paroles, scandales et gestes tonitruants ayant émaillé les deux premières années de l’actuel quinquennat, ne souscrivent pas forcément à ce point de vue.

Certes, Mme Mignon a entièrement raison dans sa mise en garde contre un rapprochement opportuniste entre LR et le RN (ex-FN). « Ce serait une impasse complète […] Une partie des Républicains quitterait LR […] Et le RN mangerait le reste. » A cette observation de pur bon sens, il faut ajouter une autre considération : nul n’a intérêt à voir disparaître une opposition, autre que le parti lepéniste, susceptible d’offrir dans les trois années à venir, une alternative crédible et raisonnable à la majorité En Marche en cas de crise majeure ou de rejet viscéral de cette dernière par l’opinion en 2022 – scénario qui n’a rien d’invraisemblable au regard de la tournure prise par les deux premières années.

Emmanuelle Mignon constate, avec beaucoup de justesse « une centralisation du pouvoir extrêmement forte à l’Elysée » mais qui ne la « dérange pas outre mesure » puisqu’elle s’inscrirait, selon elle, dans la logique de la Ve République. Sur ce point, nous ne pouvons qu’être en désaccord avec elle. La personnalisation outrancière du pouvoir a pour effet d’aggraver les tensions entre Français, l’abêtissement de la vie politique nationale réduite une affaire d’amour ou de haine au détriment du débat d’idées, l’affaiblissement ou la démotivation des courroies de transmission entre le pouvoir politique et le monde des réalités : Premier ministre, Gouvernement, Parlement, collectivités territoriales. La Ve République, à l’origine, était infiniment plus équilibrée et sa dérive dans le culte de la personnalité, en substituant le culte d’un homme au bien public, a fortement contribué, de décennie et décennie, au décrochage de la France.

Le titre même de l’interview de Mme Mignon au Point, « le meilleur président de droite » est révélateur d’une certaine mode ou évolution des esprits. Il semble enterrer l’idée d’un « président de tous les Français », impartial, au-dessus de la mêlée, ni de droite ni de gauche, guidé par le seul intérêt du pays et non ses intérêts partisans et sa future réélection. Peut-être est-cela une des clés de la débâcle politique en cours et, pour être optimiste, d’un éventuel redressement de la vie publique nationale.

Maxime TANDONNET

 

 

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Aimez-vous les lèche-bottes?

Si j’écris lèche-bottes, c’est pour rester poli car j’aurais volontiers utilisé un autre terme. Bien. 72 maires dits « de droite et du centre », c’est-à-dire venus du parti LR, viennent de signer une tribune de soutien à la présidence Macron. « Nous sommes de ceux qui souhaitent la réussite impérative de la France, c’est pourquoi nous voulons la réussite du président de la République et du gouvernement car rien ne se construira sur leur échec« . De fait, la vraie question est toute autre. Elle est de savoir si  la politique telle qu’elle est conçue et menée depuis deux ans et telle qu’elle s’annonce pour les années à venir, ainsi que les résultats obtenus (chômage au regard des autres pays, pauvreté, dette publique, déficits, sécurité, immigration, école, désindustrialisation, influence internationale, etc), sont conformes oui ou non aux intérêts de la France. Là-dessus, la tribune des 72 maires lèche-bottes est bien entendu muette. Et puis, est-ce le rôle de maires d’apporter leur soutien au pouvoir élyséen? Leur mission est d’administrer une commune, et non de cirer les pompes du pouvoir central. D’ailleurs, le texte de leur tribune ne brille pas par l’intelligence. Signifie-t-il que les autres élus, les non lèche-bottes, ne souhaitent pas la réussite impérative de la France? Et puis, qu’est-ce que cela veut dire, « maire de droite et du centre »? On est maire pour l’intérêt général, pour le bien de sa commune, pas pour incarner une faction contre une autre! Les maires lèche-bottes jouent petit bras et font un mauvais calcul.  Ils se sont laissés impressionner par la mystification politico-médiatique consistant à transformer la défaite électorale de LREM (22% soit 11% du corps électoral avec l’abstention) en victoire.  Ils pensent ainsi faciliter leur réélection en 2020. Grave erreur d’appréciation: dans un an, l’occupant de l’Elysée sera sans doute toujours aussi impopulaire et il se pourrait fort que cette allégeance opportuniste obtienne l’effet inverse à celui recherché. Et d’ailleurs, par delà le chaos, l’imprévisibilité et la complexité de l’opinion publique, il est quelques constantes: les Français, Gaulois réfractaires, globalement, n’apprécient guère la flagornerie envers les « puissants » ni l’obséquiosité, ni l’excès d’opportunisme.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Charlemagne, Georges Minois, Perrin 2010.

Voici un merveilleux livre d’histoire, qui vous entraîne dans un total dépaysement et la sensation délicieuse de la découverte. Georges Minois est un auteur que j’affectionne particulièrement: il porte à la perfection cette combinaison de la transmission d’un savoir et de  l’art du récit qui  fait notre bonheur.

Ici, nous n’aurons pas l’ambition de résumer un ouvrage de 700 pages mais de revenir sur un moment clé de l’histoire de l’Europe et de l’Occident.

Charlemagne (742-814) n’est pas un empereur « français » , mais le fondateur de l’empire carolingien, héritier d’une dynastie des francs d’Austrasie, les Pépinnides, dont le berceau est le nord-Ouest de l’Europe continentale, un territoire couvrant le Nord-Est de la France actuelle, le Nord-Ouest de l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas actuels. D’ailleurs, Charlemagne et son entourage parlent un dialecte germanique.

A l’origine, la puissance du Royaume puis de l’Empire franc tient à son alliance avec la papauté, les papes Hadrien et Léon III. Ces dernier ne cessent de faire appel aux Carolingiens pour combattre à la fois l’empire Byzantin – la terrible Irène –  et le royaume Lombard, qui lui disputent ses possessions italiennes. Charlemagne, à la suite de son père Pépin le Bref, protecteur de la papauté, de conquête en conquête, fonde un gigantesque empire qui inclut le sud-Ouest de la France, le royaume d’Aquitaine, confié à son fils Louis, l’Italie, qui revient à son fils Pépin, un espace correspondant à l’Allemagne et à l’Europe centrale, conquis sur les Saxons, les Bavarois, les Avars (les Huns ou Hongrois) pour la quête de l’Or du Ring, un gigantesque trésor accumulé par les pillages au fil des siècles.

Charlemagne, couronné empereur par le pape Léon III à Rome en 800 – dans des conditions chaotiques –  règne en s’appuyant sur ses comtes, délégués permanents qui administrent son empire et rendent justice en son nom et sur les missi, envoyés ponctuels qui s’assurent que sa volonté est respectée. Il réunit chaque année, dans ses palais itinérants, Herstal, Attigny (avant l’installation définitive à Aix-la-Chapelle), les grands de son royaume, puis de son Empire qui valident les capitulaires, lois applicables à l’Empire. Le socle de cet empire hétéroclite d’environ 20 millions d’habitants, est le christianisme. Le sens du règne de Charlemagne est avant tout l’affirmation et l’unité de la « cité de Dieu » prônée par Saint Augustin. Lui même se conçoit avant tout comme chef religieux (un flou artistique règne sur le partage des rôles entre l’empereur et le pape): une grande partie des normes édictées par ses capitulaires ont trait à la liturgie et l’organisation de la vie monastique et paroissiale.

L’essentiel de son énergie est consacré à la guerre permanente contre les Saxons, installés sur un territoire correspondant à l’Allemagne du Nord que Charlemagne considère comme faisant partie de l’espace naturel de la chrétienté. La conquête fut d’une violence inouïe: villages rasés et incendiés, populations exterminées ou réduites en esclavage, déportations massives. « Les chefs saxons sont divisés; ils accusent Widuking [leur chef], qui est déjà reparti au Danemark, et saisis de peur, ils se dénoncent entre eux: 4500 sont arrêtés et, sur ordre de Charlemagne, décapités sur place le jour même. » Les saxons n’auront finalement pas d’autre choix qu’entre la christianisation ou l’anéantissement. L’Europe occidentale fut façonnée dans le sang et la violence comme probablement toutes les grandes civilisations. Ce n’est pas faire repentance que de rappeler simplement la vérité historique.

Par l’intermédiaire de son fils Louis, roi d’Aquitaine, et au-delà de l’épisode célèbre de Roncevaux, Charlemagne est engagé dans un autre conflit avec l’Emir de Cordou, maître de l’Espagne musulmane, qui débouchera sur la prise de Barcelone en 801. Pour autant, voir dans l’empire Carolingien uniquement un rempart contre les conquêtes de l’Islam est, pour Georges Minois, une vue de l’esprit. De fait, l’Islam est alors déchiré entre les dynasties Omeyyade (l’Emir de Cordoue) et Abbasside, régnant à Bagdad, qui contrôle le reste des territoires musulmans. Sans parler d’une alliance formelle, il existe une forte connivence entre l’empire carolingien et le califat abbasside (échanges d’ambassades et de cadeaux, dont un éléphant), dirigée d’une part contre l’Emir de Cordoue, et d’autre part contre l’empire Byzantin qui dispute à l’empire carolingien l’héritage emblématique du saint empire romain – et certains territoires italiens.

Comment, avec des moyens dérisoires – il faut un mois pour se rendre d’Aix-la-Chapelle à Rome – contrôler un aussi immense empire? Charlemagne est bien conscient de cette faiblesse et son humeur s’en ressent, comme le raconte Georges Minois qui mêle, avec un talent hors pair, la grande et la petite histoire: « On sent fort bien à travers ces capitulaires de Nimègue, l’impatience de Charlemagne, qui veut tout contrôler dans les moindres détails et qui est excédé par la lenteur des réalisations. Le temps va lui manquer, il le sait, cela l’irrite, il devient de plus en plus exigeant et autoritaire. Son grand idéal d’empire chrétien, de cité de Dieu sur terre, se heurte aux pesanteurs sociales. Il s’en prend à ses auxiliaires, aux exécutants […] « C’est notre volonté et notre commandement que nos comtes ne négligent pas leurs cours ou ne les écourtent pas pour aller chasser ou pour se livrer à d’autres plaisirs […] Je vous avais donné cet ordre, de ma propre bouche, et vous n’avez rien compris! » écrit-il à un missus qui lui pose des questions ».

L’empire de Charlemagne, reposant uniquement sur la main de fer d’un homme et de la crainte qu’il inspire, ne survivra pas longtemps à sa mort en 814. Il se morcelle en royaumes et principautés qui donneront place aux Etats-nations. Son héritage spirituel – la constitution de l’Europe chrétienne ou de l’occident – est lui titanesque.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Prémices de la barbarie

RTL: « La Croix pose une question oh combien polémique ce mardi 3 juin : faut-il continuer à soigner les plus de 70 ans ? Tout serait parti des Pays-Bas, où une députée écologiste a déclenché un tollé en s’interrogeant sur l’opportunité de poursuivre les soins au-delà de 70 ans. L’élue se défend de toute considération financière. Officiellement,  il s’agit « non pas d’une question de coûts mais d’apporter des soins plus appropriés », dit-elle. Malgré tout dans un pays qui a vu ses dépenses de santé doubler en 20 ans, la question pèse sur les finances publiques.

Evidemment, cela reste marginal, mais que ce genre de question puisse se poser et émerger dans la société politico-médiatique est en soi révélateur. « Faut-il continuer à soigner les plus de 70 ans? » Cette question provient d’une députée écologiste néerlandaise. Une telle provenance n’est pas anodine: les écologistes, en plein essor sur le plan européen, se réclament de valeurs humanistes et progressistes. Or, comme le disait si bien Pascal, « Qui veut faire l’ange fait la bête« . Que ce genre de question puisse se poser est, en soi, un signe effroyable des pulsions barbares que portent en elle la société de l’avenir. Une réflexion isolée? Une simple polémique, comme une autre, une polémique parmi tant d’autres? Mais où a-t-on vu le concert de protestation universelle, que dis-je, le torrent de révolte qu’une telle déclaration  aurait dû susciter? Nulle part. Quand donc va-t-on se réveiller?

Maxime TANDONNET

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Logique de prédation

Ci-dessous, ma dernière tribune pour le Figaro Vox et mes réponses au questionnaire d’Atlantico, sur les conséquences du scrutin européen en particulier la démission de M. Wauquiez. J’y reviens sur l’extraordinaire mystification autour de la supposée demi-victoire de LREM, avec la complicité du monde médiatique, sur la jubilation de la classe politico-médiatique, devant ce qu’elle pense être l’agonie des Républicains, sur le caractère aléatoire, imprévisible et explosif de la situation présente, sur fond d’aveuglement et de béatitude. Mais ce qui me sidère le plus, c’est bien l’abîme d’indignité dans lequel s’enfonce sans complexe, sans scrupule, une partie de la classe politique. La jubilation hystérique face aux blessures du courant républicain a quelque chose de révélateur. A ce jeu, lepénisme et enmarchisme se ressemblent comme deux gouttes d’eau, unis dans le rêve commun de se partager les dépouilles des Républicains. Le pire peut-être est le comportement des transfuges de LR qui après avoir, trahi par opportunisme, s’acharnent sur le corps blessé de leur ancien parti.  Bien sûr, le style prédateur a toujours existé. Mais aujourd’hui, une étape nouvelle semble avoir été franchie dans le cynisme. La question n’est pas vraiment de morale publique. Depuis Machiavel, chacun sait que la morale ne fait pas bon ménage avec la politique. Non, c’est une simple affaire de dignité. Mais ce mot a-t-il encore un sens à leurs yeux?

Maxime TANDONNET

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« Ennemi du président »

« Un maire qui sera élu sans l’appui du MODEM ou LREM sera l’ennemi du président » Cette phrase, prononcée par un député européen LREM, illustre une évolution préoccupante  de la vie politique française [même s’il s’en est excusé par la suite]. Un maire qui ne ferait pas allégeance au président serait traité en ennemi par ce dernier. Cette déclaration repose sur une vision des choses  foncièrement antirépublicaine. Elle viole la Constitution selon laquelle le président de la République « assure par son arbitrage » le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, dès lors président impartial de tous les Français – et de tous les maires. Tout un état d’esprit, une mentalité se profilent derrière cette phrase. De fait, elle n’est que le reflet d’une évolution du régime politique français qui l’éloigne des valeurs de la démocratie. Il ne saurait donc y avoir de maire qu’asservi au culte du chef de l’Etat. Telle est la conception de la libre administration des collectivités locales qui s’en dégage. La réélection de 2022 semble dès lors tout justifier, jusqu’à la mise en cause du socle même des principes de la République. Par ailleurs, les manœuvres destinées à achever de détruire l’opposition républicaine se précipitent, avec la bénédiction d’une partie de la presse et des médias, comme pour couvrir les déceptions, les échecs  et l’effondrement d’une popularité. Un climat profondément malsain et délétère s’est emparé du pays. Nul ne sait de quoi demain est fait. Que sera l’issue du troisième, ou du quatrième acte? Tout va dans le sens d’un désastre. Mais en attendant, j’ai envie de dire aux élus républicains, tentés de céder au chantage des municipales: « vous avez choisi le déshonneur pour éviter la défaite. Vous aurez le déshonneur et la défaite ».

Maxime TANDONNET

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