Chronique d’une décomposition (Atlantico)

1- Quelles pourraient être les conséquences de cette désaffection d’une partie de la droite, qui se considérait pourtant en partie compatible avec Emmanuel Macron, sur LREM, et notamment sur ses transfuges venus de la droite ? 

D’abord, il faut bien dire que ceci était largement prévisible. Comment pouvait-il en être autrement? Sur la fiscalité, les entreprises, l’immigration illégale, la sécurité, le fonctionnement de l’Etat, quelques personnalités politiques de droite qui encensaient le président Macron en 2017 paraissent s’étonner aujourd’hui. Il suffisait d’ouvrir les yeux. M. Macron fut socialiste, ancien proche conseiller et ministre de l’Economie du président Hollande. Son entourage immédiat et ses soutiens viennent du parti socialiste. La présidence Macron a pensé bénéficier d’un ralliement du centre-droit pour former avec le centre-gauche une vaste coalition centrale sur laquelle adosser le quinquennat. Ce schéma est en train de voler en éclats. La présidence Macron a perdu les faveurs de la gauche classique, étatiste et sociale, et elle est en train de perdre ses soutiens au centre-droit. Bien sûr, il lui reste une majorité LREM à l’Assemblée nationale, mais celle-ci, issue d’une éphémère dynamique présidentielle et d’une vertigineuse abstention, ne repose sur aucun ancrage de terrain, aucun socle solide, ne dispose d’aucun relais vers l’opinion. Cette séquence me paraît ouvrir une ère de grande incertitude et de désordre.

2-Alors que les LR envisagent une liste européenne menée par Michel Barnier, ce qui pourrait permettre un ralliement du clan des juppéistes auprès de Laurent Wauquiez, comment envisager l’exercice du pouvoir pour Edouard Philippe à Matignon dans une telle configuration ?

Sur la tête de liste, attendons de voir… M. Michel Barnier par ce qu’il incarne, est à peu près à l’opposé des raisons qui ont poussé les adhérents de LR à élire Laurent Wauquiez à la présidence du mouvement sur des sujets comme la nation, l’Europe, l’immigration. Cette hypothèse aurait certes l’avantage de favoriser un ralliement à l’état-major de LR de personnalités comme M. Alain Juppé, Mme Valérie Pécresse ou M Jean-Pierre Raffarin. L’effet serait d’isoler M. Edouard Philippe et les ministres ralliés et d’affaiblir le pouvoir LREM, privé d’une caution droitière. Mais cette formule provoquerait une grave saignée du côté des troupes de LR et probablement l’émergence d’une liste gaulliste dissidente à l’image des Europénnes de 1999. Il me semble que tout le monde serait perdant mais que les conséquences pour LR seraient encore plus dramatiques que pour le pouvoir LREM. Bref tout cela irait dans le sens de la poursuite de la décomposition de la politique française. Quant à l’avenir de M. Philippe et des ministres ralliés, il est clairement aujourd’hui avec LREM et leur sort est lié à l’avenir de l’expérience en cours. Un retour en arrière et un nouveau basculement en sens inverse sont toujours possibles mais à quel prix en termes d’image personnelle!

3- Quelles pourraient être les conséquences à long terme de l’émergence d’une frontière nette entre les LR et LREM ? 

Dans la logique absurde du régime politique français, la réélection présidentielle s’impose comme une fin en soi, au détriment de l’intérêt général. Différents scénarios sont possibles. Le premier est celui d’un virage à gauche, sur la fiscalité, l’économie, l’immigration irrégulière. Cette tentation est déja en partie à l’oeuvre. Elle a peu de chance de réussir tant le discrédit présidentiel est fort du côté de la gauche étatiste traditionnelle. Une basculement clair et net à droite semble exclu. Il serait contraire à la personnalité du chef de l’Etat et aurait pour effet de briser sa majorité. Alors, nous risquons d’assister, dans les quatre années à venir, à un isolement croissant de l’Elysée coupé de la nation, hors sol, harcelé par la droite et par la gauche, de plus en plus impopulaire, contraint à une fuite en avant dans l’équilibrisme et la communication. La vie politique va s’enfoncer dans un culte de la personnalité de plus en plus obsessionnel, les polémiques et les lynchages, le spectacle médiatique pour masquer le néant des idées, de l’action, l’insignifiance des résultats. La vraie question est de savoir sur quoi cela peut déboucher en 2022. Un vote de rejet massif de l’équipe actuelle est probable. Après, jamais l’époque n’a été aussi incertaine. On peut assister au succès d’une personnalité et d’un parti « antisystème », de droite ou de gauche, ou bien à l’émergence d’une nouvelle personnalité charismatique républicaine et à une vague bleue, enfin à un chaos généralisé qui n’est pas le moins probable…

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Elections piégées

J’allais commencer  avec un autre titre, ressemblant, version soixantehuitarde et je me suis dit, « non », il faut toujours rester poli. Hier, j’ai vu en première page du Monde un article intéressant. Telle ministre du gouvernement déclarait en substance: « les élections européennes de 2019 seront dominées par  l’affrontement des « progressistes contre les nationalistes » (sic). Elle aurait pu  dire les choses autrement, parler de l’affrontement de la lumière contre les ténèbres,  de la paix contre la guerre, du jour contre la nuit,  du bien contre le mal,  de la vie contre la mort, de l’ange contre le diable, du bonheur contre le malheur, de l’optimisme contre le pessimisme, de la modernité contre le populisme, en somme, d’En marche contre la peste.  Tout le jeu  de la politique française de l’avenir va ainsi consister à emprisonner les Français dans un dilemme infernal: le salut ou l’enfer, le sauveur ou l’apocalypse.  Il ne sera pas question de l’avenir du continent européen, quelle idée! Le bien contre le mal, braves gens: et surtout, interdiction absolue de réfléchir. Certes les règles du jeu de cette élection européenne ont été trafiquées. La proportionnelle nationale sert à radicaliser le scrutin, à avantager les partis hors sol ou extrémistes tout en éloignant toujours davantage le vote des réalités quotidiennes. De mon point de vue, des élections dont la règle a été modifiée unilatéralement, en profondeur, sans concertation avec les autres formations politiques, dans un intérêt électoraliste, n’ont aucune valeur démocratique. Mais quand même, toute occasion de dire non au processus d’abrutissement collectif mérite d’être exploitée. C’est pour cela qu’il faudra quand même aller voter en 2019: le vote des « fainéants », des moutons noirs et des sans dents, pour la défense de la démocratie, des libertés et de la dignité, le vote du refus de la crétinisation.

Maxime TANDONNET

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« Les grandes manœuvres » (pour Atlantico)

1. Le Canard enchaîné affirme que l’Elysée aurait organisé au début du mois d’août une réunion rassemblant Alain Juppé, Christian Estrosi et Jean-Luc Moudenc, maires respectivement de Bordeaux, Nice et Toulouse. Macron, en soignant ses relations avec les barons locaux des bastions urbains de la droite avance-t-il vers une absorption progressive de ses satellites politiques de droite ou faut-il au contraire s’attendre à ce qu’il prenne au piège ces grandes figures indépendantes une fois les élections venues ?

D’abord, il est triste de voir qu’on en est à s’étonner d’une rencontre entre un président de la République et les maires de grandes villes. Rien n’est plus normal et républicain de la part d’un chef de l’Etat, que de recevoir à l’Elysée les maires des principales villes de France quelle que soit leur étiquette politique pour parler des problèmes de leur cité et de l’avenir. Si le soupçon est né de l’article du Canard Enchaîné, c’est en raison de la suspicion engendrée par cette rencontre vue comme relevant d’une opération politicienne en vue des élections européennes. C’est là que nous constatons tout le déclin de la vie politique française, quand les enjeux de politique politicienne autour de la réélection future, écrasent le fond des sujet. Le rôle d’un président de la République, au-dessus de la mêlée, est de donner un cap au pays, et pas de préparer le prochain scrutin national. Un ralliement en bonne et due forme de ces trois personnalités à la liste LREM aux Européennes me paraît assez peu probable. Si un ralliement avait dû se produire, il aurait eu lieu en juin 2017, et pas maintenant où l’Elysée accumule les difficultés et semble engagé sur une pente défavorable. Ces personnalités voudront garder leur indépendance. Il est difficile de croire à une absorption progressive dans ces conditions. On ne peut pas parler non plus de « piège »: tout cela me semble assez calculé: les trois maires en question utilisent leur lien avec l’Elysée comme signe de leur liberté par rapport à l’appareil des Républicains, mais ils ne me paraissent pas dans une logique de soutien à la liste LREM qui reviendrait à s’engager dans une aventure aléatoire…

2.  Quel contrecoup pour le mouvement de Laurent Wauquiez ? S’il risque de perde d’importants points d’ancrage locaux et régionaux, un tel scénario ne viendrait-il pas à rebours confirmer sa critique d’une présidence aux services des villes au détriment des campagnes ?

Le contrecoup sera limité. Le mouvement de Laurent Wauquiez a d’ores et déjà enregistré les distances prises par ces personnalités, notamment M. Juppé et M. Estrosi. Ils ne sont pas les seuls, il y a aussi Mme Pécresse. Bien sûr que cela l’affaiblit car toute division est nuisible à la force d’un parti politique. Mais les contacts entre ces maires et l’Elysée n’apportent pas grand chose de nouveau. M. Wauquiez sait qu’il ne peut pas compter sur eux. A la limite, il serait presque préférable pour le mouvement LR que ces personnalités rallient purement et simplement LREM ce qui clarifierait la situation à droite. Mais tel n’est pas le cas. L’enjeu pour lui et son équipe est tout autre. Il est de gagner une crédibilité et d’apparaître comme une solution d’alternance possible auprès d’une majorité de Français, nonobstant les faits et gestes de quelques ténors comme M. Juppé et M. Estrosi. Pour l’instant, il n’y est pas encore parvenu. Les Français attendent une opposition rassembleuse sur les grands thèmes qui les préoccupent, chômage, dette publique, pouvoir d’achat, maîtrise de l’immigration, sécurité. Je ne suis pas certain qu’opposer ainsi la France des villes, supposée avoir la préférence de M. Macron, à celle des campagnes soit de nature à améliorer l’image de LR. Les Français attendent autre chose aujourd’hui de la politique que les polémiques, les petites phrases, les coups de communication, les manoeuvres électorales. Ils veulent être pris au sérieux et que la politique soit au service de l’intérêt général.

3.Le refus des conclusions du rapport Borloo sur la politique des villes françaises avait beaucoup déçu les différents élus laisse entendre qu’il n’y aura pas de grand plan national sur la politique de la ville. Faut-il au contraire s’attendre à une gestion plus au cas par cas ?

Oui mais on se souvient du contenu très discutable de ce rapport et son coût de plusieurs milliards. Il donnait là aussi une large part à la communication autour de l’idée invraisemblable de créer une « ENA pour les quartiers ». Ce projet semblait incarner le « mal français »: dépense publique supplémentaire, donc augmentation des impôts, culte de la bureaucratie, communautarisme. Je ne suis pas sûr que son abandon ait tant déçu les grands élus… La question des banlieue doit en effet cesser d’être traitée sous l’angle des coups de communication. Elle relève d’une action de terrain par ceux qui connaissent la réalité, sous tous les angles: urbanisme, emploi, sécurité, éducation. A certains endroit, la situation est réellement dramatique avec des taux de chômage de 20%, un niveau élevé d’échec scolaire et des problèmes de violence, y compris contre les forces de l’ordre. On a davantage besoin d’une volonté politique de tous les jours pour relever ces défis que d’un « plan banlieue » supplémentaire, annoncé à grand renfort de communication.

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La fin du « nouveau monde » ouvre une ère d’incertitude

Voici mon article, publié ce matin par le Figaro (papier) J’y ai puisé beaucoup dans nos échanges et je profite de sa parution pour remercier vivement tous les intervenant sur ce blog qui par leur lucidité et leur modération, m’ont permis d’enrichir mes réflexions sur la politique française.

 

La fin du « nouveau monde » ouvre une ère d’incertitude

Par Maxime Tandonnet, essayiste, auteur de « Histoire des présidents de la République » (Perrin)

Lors de son interview au Point, le 29 août 2017, le président Macron dénonçait « les forces du monde ancien» qui « font échouer la France ». En mai-juin 2017, l’accession au pouvoir des nouvelles équipes dirigeantes, à l’Elysée, à Matignon comme au Palais Bourbon, fut le fruit de l’élection présidentielle la plus chaotique de l’histoire. Le succès électoral d’En Marche est donc né d’un vertigineux scandale. Il s’inscrivait dans le contexte d’un pays traumatisé par la succession d’affaires et de drames mettant en cause ses dirigeants, à l’image de l’emblématique « affaire Cahuzac ».

En réaction contre le naufrage de la politique française dans un climat à la fois délétère et explosif, tournant le dos aux personnalités et aux partis traditionnels, en 2017, les Français, assoiffés d’exemplarité, ont porté au pouvoir des hommes et des femmes incarnant le renouvellement. La transformation de la vie publique française dans le sens de la vertu, s’est imposée comme la clé idéologique de la nouvelle équipe dirigeante.

Ce contexte explique l’ampleur prise par l’affaire Benalla qui a accaparé l’actualité nationale pendant trois semaines. Les faits eux-mêmes sont certes accablants pour l’auteur des violences, mais sans commune mesure avec les séismes qui ont ébranlé l’histoire politique française (Rainbow Warrior par exemple). En revanche, ils ont profondément choqué par les révélations en cascade qui en sont issues, soulignant les phénomènes de clanisme, de dissimulation, de courtisanerie et d’obséquiosité, qui imprègnent, aujourd’hui comme hier, l’exercice du pouvoir.

2017 fut l’été d’une espérance pour une partie de l’opinion publique, 2018 celui d’une désillusion. Cette affaire marque une étape supplémentaire, et sans doute décisive, dans la prise de conscience, par une majorité des Français, du caractère trompeur de la thématique d’un « nouveau monde ». Au fond, rien n’a changé. Ils ont l’impression d’avoir été mystifiés comme ils le furent en 1981 par le discours assimilant la victoire de François Mitterrand à un passage de la « nuit à la lumière ». Ils retiennent de l’affaire Benalla que rien ne ressemble plus à l’ancien monde que le soi-disant nouveau.

La fin des illusions met en évidence les constantes de la vie politique française, qui depuis des années, entraînent le pays sur une pente fatale. Le culte de la personnalité d’un autre âge ne fait qu’occuper le vide laissé par la mort du débat d’idées et l’absence de solutions aux difficultés de la France. L’image personnelle des dirigeants s’impose comme la motivation suprême de l’engagement politique, au détriment du bien commun. L’élection ou la réélection justifie toutes les démagogies. La communication se substitue toujours davantage à l’autorité de l’Etat, aux choix de gouvernement et à l’action authentique. La fracture démocratique ne cesse de se creuser entre une minorité dirigeante, déconnectée des réalités quotidiennes, et la population – infiniment plus lucide que ne le pensent les hommes et femmes de pouvoir –, qui se sent abandonnée avec ses difficultés et ses inquiétudes.

La vie politique continue à sombrer dans le spectacle nihiliste, dominé par les polémiques, les crises d’hystérie, les phénomènes d’idolâtrie et de lynchage. Le discours sur la « transformation » de la France ne suffit plus à masquer la réalité d’une aggravation continue des maux dont elle souffre: vertigineux déficit du commerce extérieur ; explosion de la dette publique ; poids des prélèvements fiscaux et sociaux; chômage qui, en comparaison avec les autres puissances comparables,  ne connaît guère d’amélioration; violence quotidienne ; situation préoccupante du système scolaire et universitaire ; haut niveau de pauvreté ; absence de réponse crédible à la crise migratoire européenne ; une société toujours plus déchirée et conflictuelle. Sur les grands sujets de préoccupation des Français, aucune amélioration n’est en vue.

Aujourd’hui, la question fondamentale est celle de l’avenir de la politique française sur lequel un épais brouillard est tombé. Après la dissipation du rêve d’un « nouveau monde », que reste-t-il à espérer ? La France est entrée dans une ère d’incertitude. Tout est possible: une radicalisation, portant au premier plan des partis ou personnalités « antisystème » ; la poursuite indéfinie, au-delà de 2022, de l’expérience actuelle ; une alternance et le retour au pouvoir d’un parti classique ayant su se moderniser et élargir son assise électorale ; ou encore une prise de conscience de la tragédie de la politique française, une remise à plat d’un régime à bout de souffle pour en finir avec la dictature des chimères et renouer avec la notion de gouvernement, de vérité, de destin collectif, d’intérêt général et de res publica. Cette dernière alternative n’est hélas pas la plus vraisemblable…

Maxime TANDONNET

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Réflexion sur l’élection présidentielle

Sur le site de M. Alain Lambert, ancien ministre, figure un texte d’un exceptionnel intérêt et d’une lucidité remarquable. Dans l’ouragan de conformisme et d’aveuglement qui domine la vie politique et intellectuelle du pays, il a l’immense avantage de s’affranchir des tabous et de soulever de vraies questions, même si nul n’est forcé d’être d’accord avec les solutions qu’il propose. On peut en sourire ou en ricaner en le lisant. Je suis convaincu pour ma part que cette réflexion visionnaire a 10 d’avance sur l’époque et que, face à la vertigineuse déliquescence de la démocratie française, les questions qu’il pose aujourd’hui, dans l’indifférence sinon le mépris, seront parmi les grands sujets de l’avenir, ceux qui conditionnent le règlement de tous les autres:

« L’invraisemblable course en avant vers la présidentialisation et la concentration des pouvoirs entre une seule main met en péril imperceptiblement notre démocratie, sans que personne ne semble s’en rendre compte. Je conserve l’intime conviction que l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, après la déformation progressive mais profonde de la Vème République (quinquennat – inversement du calendrier), est devenue le handicap principal au redressement du pays. Plus qu’un droit démocratique fondamental, cette élection est devenue un piège. Un piège, car la litanie des promesses qu’un candidat doit réciter chaque jour pour se faire élire trompe tout autant celui qui les annonce que celui qui les croit [A LIRE INTEGRALEMENT ICI] »

A mes yeux, le diagnostic est parfait, d’une lucidité exemplaire à une nuance près: je parlerai plutôt de « la concentration de l’illusion du pouvoir entre une seule main » – ce qui est tout aussi dramatique pour le bien public. En revanche, je ne suis pas convaincu par la solution qu’il préconise. L’élection du président de la République au suffrage universel est considéré comme un acquis de la démocratie française et il ne me paraît pas concevable de revenir dessus car les Français y tiennent. D’autres changements, moins traumatisants permettraient tout autant de sortir du cataclysme actuel: découpler l’élection présidentielle des législatives, pour éviter les taux d’abstention record, l’asphyxie de l’Assemblée nationale et du gouvernement, et la morbide annexion du Palais Bourbon par l’Elysée; revenir au septennat présidentiel et rendre tout mandat présidentiel non reconductible; clarifier le partage des compétences entre le chef de l’Etat (politique étrangère et de défense) et le Premier ministre et les ministres (politique intérieure); réaffirmer le principe fondamental de toute démocratie, bafoué en France, selon lequel l’exercice d’une autorité quelconque, en acte ou en parole, ne se conçoit pas sans un mécanisme de responsabilité et de sanction politique.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Lecture: Les derniers propos de Pierre Laval, Y-F Jaffré, éditions André Bonne, 1953

Voici un livre maudit, ensorcelé, exhumé de l’étagère poussiéreuse d’un brocanteur où il dormait depuis 60 ans peut-être… Le jeune avocat de Laval, Yves-Frédéric Jaffré, 25 ans à l’époque,  commis d’office, transcrit mot pour mot les confidences de son client emprisonné, en l’attente de son procès, puis de son exécution. Nous y découvrons le récit et les états d’âme d’un personnage passé en quelques années du sommet de la réussite et de la gloire, président du Conseil dans les années 1930, à l’infamie suprême de l’ennemi public numéro un, incarnation de la trahison et de la compromission avec l’occupant nazi. Le livre prend à la gorge, inspire une violente nausée. Il fait mal. Comme un serpent venimeux, il fascine au point de ne plus pouvoir en détacher le regard.

Il nous révèle, ou nous confirme, un Laval, ancien socialiste devenu républicain modéré, absolument étranger à toute idéologie, mais une sorte de caricature de l’opportunisme en politique comme dans la vie. Issu d’un milieu extrêmement modeste, il s’est arraché à sa condition avec une volonté de fer et une habileté hors du commun, accomplissant une vertigineuse carrière politique et accumulant une fortune colossale (par le rachat d’entreprises qu’il a ensuite valorisées). L’homme est douée d’une exceptionnelle habileté de terrain, du quotidien, de la séduction et de l’action. En revanche, il lui manque cruellement – de ce que l’on comprend à cette lecture – une autre qualité de l’esprit: le recul que donne la culture générale, la capacité à s’élever, à prendre ses distances avec l’événement. Sa faute est intellectuelle plutôt qu’idéologique. Tout au long de cette venimeuse lecture, il semble déphasé, dépassé, comme plongé, depuis le début, dans un sordide aveuglement. Trois fautes monumentales sont à l’origine de sa descente aux enfers:

  • Paradoxalement dans une logique d’angélisme, il est persuadé que toute situation peut se régler par le dialogue, la négociation, la recherche du compromis: « Je suis toujours, et dans tous les cas, un partisan de la collaboration […] Dès l’instant que l’on annonce une conversation d’intérêt avec quelqu’un, on commence à collaborer. Et c’est toujours, à mon sens, une bonne chose que de prendre contact, de s’expliquer lorsqu’on a des affaires à  régler, surtout si l’on se trouve dans la position de demandeur ». Laval se trompe en raisonnant en 1940-1944 comme sous la IIIe République. Il n’a pas vu ni senti le caractère intrinsèquement pervers de l’idéologie nazie. A travers ses propos, le culte du dialogue semble l’aveugler, au prix même de l’honneur. Il semble étrangement ne jamais avoir réalisé que se compromettre avec des bourreaux et s’associer à leurs crimes faisait de lui un criminel.
  • Il commet une autre faute monumentale qui l’entraîne au fond de la déchéance: la conviction d’être indispensable, si fréquente dans les milieux dirigeants, mais ici portée à sa quintessence. « L’ambition! Oui, j’ai eu, quand j’étais jeune, l’ambition d’être député. J’ai eu l’ambition d’être ministre. J’ai eu l’ambition d’être chef de gouvernement… Mais [à Vichy, sous l’occupation allemande] je pensais à toute autre chose qu’à mon ambition personnelle. Je pensais aux gars d’Aubervilliers que je connaissais, aux paysans d’Auvergne, à tous les autres Français de toute la France et je me disais que leur sort dépendait de ce que j’allais dire ou ne pas dire. L’ambition! Oui, si j’avais passé mon temps sous l’occupation à m’occuper de ma vigne et de mes vaches, je serais bien tranquille maintenant! Mais je ne regrette rien et si c’était à refaire, je recommencerais! [Quant à son retour au pouvoir, en avril 1942:]  Je l’ai fait contre le vœu de ma famille, de mes amis, avec le sentiment net que j’allais à l’encontre de mes propres intérêts. Mais j’avais en effet la conviction que j’étais en France le seul homme qui puisse amortir les chocs… » Mortelle et suicidaire mégalomanie,  poussée à son paroxysme, contre le bon sens le plus élémentaire. « Je suis le seul homme qui puisse« : des mots qui mènent bien souvent au désastre. Parfois, rien n’est plus précieux que de savoir simplement écouter sa famille et ses amis…
  • Enfin, le trait qui ressort des monologues de Laval est son étrange déconnexion des réalités. L’abîme entre sa vertigineuse réussite de l’entre-deux-guerres et l’impression d’aveuglement ou d’abrutissement face au monde des réalités, donne le vertige. Pourquoi a-t-il persévéré alors qu’en 1944, la défaite de l’Allemagne qui accumule les défaites, en voie d’écrasement, prise en tenailles entre le rouleau compresseur de l’armée rouge et la progression des alliés? « Vous m’avez demandé si je croyais en la victoire de l’Allemagne. Je vous ai  répondu que je n’étais pas prophète… Pour ma part, jusqu’au dernier moment, j’ai gardé un doute à l’esprit. Je n’étais pas dans le secret des recherches et des fabrications allemandes. Mais je ne pouvais douter qu’on travaillait en Allemagne à la fabrication d’armes nouvelles. Il n’était pas exclu que la guerre puisse brusquement changer de face. » Aveuglement toujours, déconnexion totale, fuite dans l’absurdité: au début de l’été 1944, Laval tente de réunir le parlement – qu’il a lui-même fait dissoudre – pour restaurer la République sous son égide et préparer une passation de pouvoir avec de Gaulle…

Maxime TANDONNET

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La fin d’un monde

« Le 24 mai 2016, sur France Culture, François Hollande prononçait des mots qui en disent long sur sa motivation: « Aujourd’hui, je suis dans l’histoire… Ce qui m’anime, m’habite presque, c’est qu’est-ce que j’aurai laissé comme trace ». Au regard de la réalité du quinquennat de François Hollande, des événements qui l’ont émaillé, de son impopularité, ces paroles résonnent avec un accent étrangement décalé. Au-delà de son cas personnel, elles soulèvent un abîme de questionnement sur la présidence de la République et le sens de la vie politique. Elles paraissent refléter le paroxysme de l’ère du vide. Le rêve de postérité, dans un pays ravagé par le chômage et ensanglanté par le terrorisme, se présente comme le reflet d’un narcissisme exacerbé qui écrase désormais le sens du bien commun et de l’intérêt général […] L’institution présidentielle, telle qu’elle est vécue désormais, favorise cette dérive. Le chef de l’Etat, ultra-médiatisé, incarne à lui seul le pouvoir politique dans toutes ses dimensions. Le Premier ministre, les ministres, les parlementaires en sont réduits au rôle de figurant ou de faire-valoir. Cependant, le mythique occupant de l’Elysée devient presque naturellement le réceptacle de toutes les déceptions, les frustrations, les angoisses d’une nation […] Le cocktail de la grandiloquence – le statut de « premier Français » – et de l’humiliation quotidienne est explosif […] Dans la France actuelle, le président de la République n’est plus le guide de la nation, mais son bouc émissaire naturel. L’abîme  qui s’est creusé entre l’idée du prestige présidentiel, entre ce héros tout puissant du suffrage universel, portant sur ses épaules le destin du pays, et les petites misères d’un individu dont la vie quotidienne est exposée à tous les vents ne peut que venir à bout de n’importe quelle lucidité, de n’importe quelle raison. Ce qui est en cause, bien au-delà de la personnalité de François Hollande, c’est la nature même de l’institution présidentielle telle qu’elle est devenue. » 

Ces lignes écrites en 2016 sont tirées de la seconde édition, de poche, de mon livre sur l’Histoire des présidents de la République. Les événements de ces dernières semaines, l’affaire dite Benalla, marquent une nouvelle étape dans un processus de décomposition d’un régime. Objectivement, les faits reprochés à M. Benalla sont misérables et surtout insolites – un conseiller élyséen qui rouste des manifestants – mais ils n’ont rien par eux-mêmes de  tragiques à l’image d’autres scandales qui ont ébranlé la République, tels l’affaire Stavisky, à l’origine de l’émeute du 6 février 1934 (16 morts et des centaines de blessés). Le retentissement phénoménal de cette nouvelle affaire, dans la classe politique, les médias et le pays, totalement disproportionné au regard des faits en soi, est le symptôme d’une crise politique gravissime qui couve depuis des années. L’élément déclencheur du scandale intervient comme une étincelle dans la poudrière. L’explosion qui vient de se produire est le résultat de tensions accumulées depuis des années. L’image élyséenne du Phoenix isolé, au-dessus des lois, au-dessus du peuple, au dessus de la nation et de l’intérêt général, obsédé par sa trace dans l’histoire et sa réélection, auquel tout est permis, n’est plus supportable dans la France moderne accablée de difficultés et d’inquiétudes. Nous assistons en ce moment à l’agonie de ce modèle. Bien sûr la situation actuelle comporte des signaux positifs, l’effondrement en cours du FN qui ouvre la voie d’une authentique recomposition politique, le retour du Parlement, d’une Assemblé nationale qui a montré sa capacité de résistance dans cette crise. Nous entrons sans doute dans une période de grande turbulence…

Maxime TANDONNET

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Qu’allons-nous devenir?

Jamais dans l’histoire contemporaine, la situation politique de la France n’aura été aussi chaotique  et incertaine. Toute l’actualité se cristallise dans les faits et gestes quotidiens du personnage élyséen et l’obsession de sa courbe de popularité. La bêtise s’ installe dans le paysage national. Certes,  le nombre des nigauds qui ont cru sincèrement à l’avènement d’un « nouveau monde » se substituant à « l’ancien monde », fond comme neige au soleil mais ils deviennent de plus en plus agressifs et obtus. La chute vertigineuse n’en est qu’à ses débuts et nul ne sait comment, en 4 ans, cela peut se terminer.  Mais en dehors de cette illusion, la vie publique française n’est qu’un champ de ruines et le chaos est général, partis désintégrés, classe politique discréditée, Parlement et gouvernement marginalisés, inexistants, collectivités locales affaiblies. A la faveur de  l’aveuglement, le pays ne cesse de s’enfoncer dans la médiocrité: banalisation de la violence barbare, désastre persistant du chômage de masse (au regard des autres grandes démocraties), pauvreté et dette publique galopantes, crise migratoire  et communautarisme, aggravation du déclin de l’école et du nivellement par le bas (nouveau bac) etc. Qu’est-ce qu’une République déconnectée des attentes du pays, qui ne sait produire que du scandale et des « affaires » plutôt que du bien commun? Et que peut-il se passer dans l’avenir? C’est la question que nous nous posons tous. Une explosion de colère? Improbable dans le contexte de citoyens attachés à leur vie quotidienne.  A la faveur de la crétinisation croissante, le remplacement en 2022 d’un culte  de la personnalité par un autre, toujours plus  insipide et stérile? Alors, tout recommencera comme d’habitude, 8 mois d’euphorie, puis la litanie des scandales avant le dégoût et la désespérance et la chute vertigineuse. Enfin, troisième hypothèse, un réveil de notre intelligence collective, la prise de conscience que tout ceci est d’une absolue débilité, qu’il est urgent, non pas de se donner un nouveau sauveur médiatique, mais de rebâtir un Etat cohérent, avec un président au-dessus de la mêlée, discret, sérieux, modeste, en charge des intérêts à long terme du pays; un Premier ministre, gouvernement et des ministres  qui gouvernent la France sur la base du programme de leur majorité, responsables de leurs actes devant un Parlement souverain, élu de la nation et représentant réellement cette dernière pour la mise en oeuvre de sa volonté. Au fond, la France politique s’effondre pour avoir trahi des notions simples de la démocratie: responsabilité (à tout acte ou parole/sanction possible), vérité, bien commun, souveraineté populaire, intérêt général supérieur aux intérêts particuliers. Bien sûr, cette issue semble improbable et lointaine vu le climat général du pays mais elle est notre seul véritable espoir. La reconquête passe par le retour de l’intelligence collective.

Maxime TANDONNET

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Les motions de censure (entretien pour Atlantico)

1. Les deux motions de censure déposées par LR et les communistes aujourd’hui ne devraient pas faire vaciller le gouvernement, qui bénéficie d’un soutien certain de sa majorité. Mais ne tend-elle pas à délégitimer l’opposition, qui, comme notre sondage Ifop pour Atlantico l’avait montré, en fait trop selon 41% des Français (ou même pas assez pour 28%) ?

Oui, l’attitude de l’opposition parlementaire est en décalage me semble-t-il avec les Français dans leur ensemble. L’affaire Benalla écrase l’actualité depuis plus de quinze jours. Elle est dans la continuité d’une vie politique qui, depuis quelques années, se réduit à une succession de scandales. Les polémiques ne cessent de s’enchaîner, et, une ou deux fois par an, un véritable séisme fait trembler la démocratie française sur ses bases: DSK, Cahuzac, les « sans dents », le livre « un président ne devrait pas dire ça », le déchaînement contre la candidature de Fillon et les élections présidentielles saccagées de 2017, aujourd’hui Benalla… Quelle est la logique? La politique n’est plus qu’une affaire d’image personnelle qu’il faut soit adorer, soit lyncher. Elle ne cesse de s’enfoncer dans le sensationnel et le grand spectacle. La crise d’hystérie autour de l’affaire Benalla est disproportionnée. Un membre du cabinet présidentiel a gravement failli dans son comportement. Cela mérite -t-il de mobiliser le pays pendant trois semaines? Les oppositions tentent d’exploiter cette nouvelle tempête médiatique pour affaiblir la présidence de la Répubique et le pouvoir LREM dans une logique politicienne. Mais les Français, globalement, sont fatigués de ce scandale qui s’éternise après tant d’autres et ils attendent probablement autre chose des oppositions de droite comme de gauche.

2.Est-ce pour cela que certains leaders restent relativement en retrait (par exemple Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse) ?

C’est possible et si c’est le cas, tant mieux. Les deux motions de censure sont maladroites. Elles ne font que donner l’occasion au gouvernement et à la majorité LREM d’une victoire facile. Ce nouveau scandale met la France d’en haut, politico-médiatique, en transe. Les Français, dans leur ensemble, ont d’autres préoccupations: le chômage de masse – qui augmente selon les dernières statistiques – la violence quotidienne, la maîtrise des frontières, la pauvreté, le logement, la dégradation des services publics, en particulier la SNCF, la dette publique, les impôts, le déclin du niveau scolaire… Ces questions méritaient davantage la mise en cause de la responsabilité du gouvernement à travers une motion de censure. C’est le rôle d’une opposition responsable de critiquer l’action ou l’inaction du pouvoir et de présenter une alternative crédible et raisonnable. En revanche, il est inutile et contre-productif, quatre ans avant les prochaines élections nationales, de brasser de la boue pour affaiblir l’équipe gouvernementale. L’effet est exactement inverse: victimiser les dirigeants du pays et leur donner l’occasion de faire front. Et cette attitude ne favorise pas à terme l’image d’une opposition responsable et motivée par le sens de l’Etat.

3. La riposte d’Edouard Philippe à l’Assemblée, où il a pointé du doigt l’écart entre la gestion par son gouvernement de l’affaire Benalla et la gestion d’affaires précédentes tel que les sondages de l’Elysée ou l’affaire Cahuzac par le Parti Socialiste ou Les Républicains permet-elle pour autant de relancer la dynamique de « nouveau monde » que l’affaire Benalla avait clairement remise en cause pendant quelques semaines ?

Non, c’est très improbable. Personne au fond, n’en sortira gagnant. Dans la vie politique moderne, il est très difficile de redresser une image, de modifier une impression populaire. L’idéologie LREM se fondait sur le renouvellement des moeurs de la République à la suite de ce qu’il a été convenu de nommer « l’affaire Fillon » qui fut son acte de naissance. « Un nouveau monde », vertueux, incarné par la jeunesse du président de la République, devait se substituer à « un ancien monde », dans une logique bien française de « table rase ». Ce discours idéologique a bien fonctionné auprès des élites économiques, administratives, politiques sans pour autant convaincre pleinement l’opinion dans son ensemble. Il achève aujourd’hui de s’effondrer avec l’affaire Benalla qui montre une République toujours autant rongée par la courtisanerie, les passe-droits et le copinage. L’image présidentielle comme celle de la majorité sont gravement touchées, comme sous le quinquennat précédent, et ne s’en remettront sans doute jamais.

4. De l’extrême-gauche, des socialistes, des Républicains ou du Rassemblement National, qui risque le plus de souffrir d’un excès d’engagement dans cette affaire ?

Par leur implantation territoriale, leur poids au Parlement, et l’adhésion d’une partie de l’opinion, les Républicains constituent objectivement la force politique ayant le plus de chance, aujourd’hui, de prendre la relève de la majorité LREM. Il n’était pas utile pour eux de s’engager dans cette affaire au point de présenter une motion de censure. En y prenant part, ils finissent par y associer leur image et se lier au boulet qui entraîne tout le monde par le fond. La stratégie du pire n’est bonne pour personne. La politique française donne le sentiment de s’enfoncer toujours plus loin dans l’abîme. Le pouvoir LREM est né du discrédit de la classe politique traditionnelle. Lui-même se trouve à son tour gravement discrédité. Nous touchons au néant absolu en l’absence aujourd’hui, de tout horizon politique pour la France… Le nouveau scandale aurait pu être l’occasion d’une réflexion approfondie des dirigeants politiques et des intellectuels sur l’avenir de la politique française. L’extrême personnalisation du pouvoir, le naufrage de la vie publique dans le scandale permanent, l’affaiblissement du sens de l’Etat et de l’intérêt général, appellent une remise en question profonde du fonctionnement des institutions, de l’action publique et de la démocratie française. Or, cette question vitale n’intéresse absolument personne…

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« Beaucoup de gens espèrent le retour de François Hollande »

« Beaucoup de gens espèrent le retour de François Hollande » selon Mme Julie Gayet. Cette phrase fausse illustre un phénomène bien réel: celui de la déconnexion des élites dirigeantes. Le quinquennat de M. Hollande, au-delà de sa seule responsabilité personnelle, coïncide avec l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de France depuis la fin  de la guerre d’Algérie: la vague d’attentats terroristes qui a fait 250 morts sur le sol français. Nombre de ses gestes ou de ses paroles ont suscité une profonde révulsion dans le pays: les « sans dents », les contorsions autour de la « déchéance de nationalité », les promesses sans fin sur le chômage, etc. Avec 13% de cote de confiance en certaines périodes, il fut le président le plus impopulaire de l’histoire. Au cœur du drame: l’abîme croissant entre la communication et la réalité d’une politique. Bref, le culte de l’illusion. Le peuple ne détient pas forcément la vérité mais il n’est jamais aussi naïf ni aussi crédule que ne le pensent intimement les dirigeants. Et tôt ou tard, le subterfuge est démasqué. Que son successeur reproduise les mêmes attitudes et subisse le même discrédit n’y change rien: nul ne regrette M. Hollande. Et s’il pense vraiment que « beaucoup de gens l’attendent », il s’enfonce toujours plus loin dans l’absurde, au sens philosophique du terme. Mais d’ailleurs, qui les Français pourraient-ils bien attendre? Ils n’attendent personne et ils ont raison. Ils n’attendent absolument personne (sauf quelques abrutis), mais ils attendent autre chose : sérieux, respect, vérité, intérêt général, vision, démocratie, sens de l’Etat. Or, sans doute la France n’a-t-elle pas encore atteint le fond pour espérer rebondir…

Maxime TANDONNET

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Restaurer la Res publica

Res publica, la chose publique, le terme latin est plus parlant que celui de République. Je ne sais pas si les Français dans leur ensemble réalisent à quel point la situation de leur vie politique et gouvernementale atteint la démesure dans le grotesque… Le chômage, la violence, la dette publique, les impôts augmentent, l’autorité de l’Etat est quotidiennement bafouée dans les zones de non droit, le niveau scolaire décline. Et le pays d’en haut, la classe dirigeante, politico-médiatique, se noie dans une lamentable crise d’hystérie alimentée par une spirale de sectarisme, de haine, de jappements mégalomanes ridicules, stériles et vaniteux. La culpabilité est générale dans la France d’en haut: pas un pour en appeler à la raison et sortir de cette monstrueuse tornade de crétinerie, cette hystérie désormais habituelle qui s’amplifie de scandale en scandale. Les plus silencieux de la classe politique, en ces circonstances, sont les meilleurs ou les moins mauvais. La folie s’est emparée de la France d’en haut, politicienne pendant que le pays – c’est la vérité – déboussolé, comme un vaisseau fantôme, sans gouvernail, continue de sombrer. La solution? Le retour à la Res publica, le bien commun, l’intérêt général. Les dirigeants, au pouvoir comme dans l’opposition, ne sont pas des demi-dieux ou des idoles malades, au-dessus des lois. Leur unique responsabilité, aujourd’hui, est de s’effacer devant l’intérêt public et de se comporter en simples serviteurs de la nation. Déjà, commencer par le commencement: il y a une Constitution quotidiennement violée et qui devrait s’appliquer: un président « arbitre », protecteur, impartial, au-dessus de la mêlée – donc discret – et un premier ministre responsable qui gouverne pour le bien commun sous le contrôle de l’Assemblée nationale et du Sénat. Respecter le Droit, la Constitution, est-ce trop demander? Au-delà de la petite histoire d’un garde du corps ayant disjoncté, cette rechute dans l’hystérie est dramatique par ce qu’elle traduit. Autrefois, le pays se déchirait pour des idées. Aujourd’hui, il se déchire pour le néant. Mais dans cet ouragan de bêtise démente, entre les imbéciles haineux et destructeurs de la France d’en haut et ses crétins idolâtres, courtisans obséquieux, dans l’ouragan de bêtise démente qui secoue la France d’en haut, qui a encore la moindre idée de la Res publica, de l’intérêt général, du bien commun?

Maxime TANDONNET

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Lecture: SPQR histoire de l’ancienne Rome, Mary Beard, Perrin 2016

Cet épais volume de 600 pages fait le récit de Rome, depuis sa création, supposée en 753 av JC jusqu’à l’édit de Caracalla en 212, qui étend la citoyenneté romaine aux habitants libres de l’empire, de l’Ecosse à la Syrie. Environ 900 ans d’histoire se lisent d’une traite, comme un récit unique et passionnant. Encore un excellent livre, qui joint le bonheur de l’évasion et celui de s’instruire. L’auteur s’y prend à merveille pour donner vie à une multitude d’informations qui touchent aussi bien aux événements stratégiques qu’aux anecdotes de la vie quotidienne. L’histoire de la Rome antique se déroule grosso modo en trois phases.

La première est l’époque des rois depuis la naissance de Rome jusqu’à 490 av JC environ. Mary Beard ne le cache pas: il est très difficile, dans le récit fondamental de l’historien Tite-Live, de déméler ce qui relève de la légende et de l’histoire réelle. Le récit des deux frères jumaux, Remus et Romulus, nourris par des louves, a une forte portée emblématique: Rome est née dans la violence, le meurtre de Remus par Romulus. Cette violence sera éternellement la marque de la cité. Les successeurs de Romulus sont une douzaines de rois qui posent les fondements de Rome et de son expansion aux communautés voisines (Sabins, Latins, Etrusques) par les armes et une assimilation rapide. La dynastie la plus importante est celle des Tarquins apparentés aux Etrusques, qui se rend odieuse aux populations par les abus commis, en particulier le « viol de Lucrèce », par l’un des fils du roi.

A la suite d’une guerre civile, les habitants de Rome abolissent la royauté vers 490 et établissent une République qui va durer plus de 400 ans, jusqu’à l’assassinat de Jules César en 44 av JC. Les institutions de cette République sont complexes. Elles reposent sur le Sénat, de 300 à 600 notables à vie, non élus, qui en est le coeur. Le pouvoir exécutif et militaire appartient à deux consuls, élus pour un an. Le régime repose sur un rejet du roi, le mot Rex étant devenu une véritable insulte, synonyme de despotisme. La liberté – et non la démocratie comme à Athène – en est le fondement idéologique. Seul les citoyens reconnus ont le droit de vote, ce qui exclut dans la Rome antique les femmes et les esclaves. Le suffrage universel n’est donc pas la règle. Le vote s’effectue à travers des collèges électoraux où la plèbe – les non possédants – est sous représentée.

Cette République portée par une volonté collective et une conscience d’un destin commun est à l’origine des plus grandes heures de Rome. Une date clé est à retenir: celle de 146 av JC qui marque la victoire militaire définitive de Rome en Méditerranée: destructions de Carthage après les « trois guerres Puniques » et de Corinthe qui lui assure la domination sur sa rivale Grecque. Conflits extérieurs et guerres civiles ne cessent d’ensanglanter la cité. Au cours du 1er siècle av JC, le chaos s’installe de nouveau lors des « guerres sociales » déclenchées par les cités italiennes soumises à Rome qui réclament et obtiennent l’égalité des droits. Deux personnalité émergent de cette période trouble, issus du Sénat, Pompée et César. Le premier poursuit les conquêtes à l’Est de la Méditerranée (lutte contre Mithridate) et le second la conquête de la Gaule, achevée en 50 av JC. A ce sujet, l’auteur insiste sur les massacres commis sous les ordres de César, une politique d’extermination des populations: plus d’un million de morts. La conquête de la Gaule – avant de donner lieu à l’osmose gallo-romaine – a pris la forme d’un véritable génocide dans des conditions épouvantables, qui ont choqué les consciences même à Rome pourtant peu sensible à ce genre de considérations…

Tous deux, Pompée et César, sont désavoués par le Sénat et démis de leur commandement. C’est alors que le second en 49 av JC, franchit le Rubicon et à la tête de son armée, accomplit son coup de force contre les autorités romaines et prend le pouvoir. Une nouvelle guerre civile l’oppose à Pompée dont César sort vainqueur. L’orateur Cicéron, dont les écrits sont l’une des principales source d’information sur ces événements, ayant pris le parti de Pompée, doit s’exiler. César devient « dictateur à vie ». Son meurtre au Sénat, par Brutus en 44 av JC au nom de la liberté chère aux Romains, est devenu embématique de toute trahison « Toi aussi enfant » lui aurait dit César en tombant (ce qui ne signifie pas, contrairement à une légende, qu’il ait été son père). Il ouvre la voie à une nouvelle guerre civile entre ses deux héritiers revendiqués, son neveu Octavien et le bras droit de César, Marc Antoine, l’amant de Cléopatre. Le premier l’emporte et se proclame « Auguste » c’est-à-dire « le vénéré », un titre qui équivaudra à celui d’empereur.

Il est le premier d’une série de quatorze empereurs à la tête d’un gigantesque empire qui couvre une partie de l’Europe actuelle et du pourtour Méditeranéen, soit 50 millions d’habitants. Il établit un formidable culte de la personnalité, se présentant comme un personnage à mi chemin entre le monde des dieux et celui des hommes. Le polythéisme romain facilite le despotisme en permettant cette ambiguité: la frontière entre le divin et l’humain n’est jamais nettement tracée. Les statues d’Auguste et son visage sur les pièces de monnaie prolifèrent sur tout le territoire de l’empire, s’imposant comme l’élément fédérateur de ses habitants. Au fond, on voit naître dans l’empire romain une forme de pouvoir fondée sur le culte de la personnalité: « Tous [les habitants] avaient constamment affaire à ton image, grâce aux pièces de monnaie qui garnissaient leur bourse ou aux portraits qui continuaient d’affluer aux quatre coins de l’Empire […] Il arrivait même que cette figure, estampillée sur les galettes que l’on distribuait lors des sacrifices religieux, comme le prouvent les quelques moules de cuisson qui nous sont parvenus, prennent une forme comestible. « Dans toutes les banques, les boutiques, les tavernes, sur tous les pignons, toutes les colonnades, et à toutes les fenêtres, des portraits de toi sont exposés à la vue de tous… » [Lettre de Marcus Connelius Fronto].

Le même Auguste a ce mot extraordinaire, au moment de sa mort: « Si j’ai bien joué mon rôle, applaudissez moi ». Le pouvoir personnel, déjà, un jeu d’acteur?

La grande faiblesse de cet empire est qu’il n’a pas su se donner des règles de succession stables. Le principe héréditaire semble dominer mais de manière erratique, en l’absence de progéniture masculine. Les empereurs ont recours à l’adoption ou à des neveux pour assurer la continuité. Mais la violence reste omniprésente: la plupart sont morts assassinés par les prétendants à leur trône. Sur ces quatorze empereurs qui couvrent la dernière partie du livre, l’auteur s’efforce aussi de faire la part de la légende et de la réalité. Tibère, Caligula, Claude, Néron, mais aussi Hadrien et Marc Aurèle… Mary Beard est sans indulgence, racontant notamment le parcours sanguinaire de Caligula: « On a tout dit de la vanité qu’il mettait dans ses ambitions de bâtisseur, affront aux lois de la nature pour les uns, mégalomanie insensée pour les autres. Il suffit de l’imaginer en train de se pavaner à cheval le long d’un chemin bâti sur un pont formé par une chaîne de navires et jeté sur la baie de Naples, revêtu de la cuirasse d’Alexandre le Grand. Il lui arriva d’humiler ses légionnaires en les forçant, sans vergogne, à ramasser des coquillages sur une plage de l’actuel rivage français. Sa façon de jubiler, quand il proférait des menaces contre une aristocratie depuis longtemps malmenée était légendaire. En une occasion célèbre, un déjeuner fastueux, on le surprit allongé près des deux consuls en train de s’esclaffer: « de quoi riez-vous? » lui demanda l’un des deux hommes. « C’est simplement l’idée, répondit-il, qu’il me suffirait d’un hochement de tête pour qu’on vous tranche la gorge sur le champ ».

Elle cite l’historien de Rome Edward Gibbon, sur les empereurs romains: « Le sombre et implacable Tibère, le furieux Caligula, l’imbécile Claude, le cruel et débauché Néron, le craintif et sanguinaire Doomitien. » La plupart se considérant comme des demi dieu ont fait consacrer de gigantesques ressources à leur prestige personnel: « Or, en ce même siècle, « la villa » comme on la désigne aujourd’hui, par euphémisme, qu’Adrien fit bâtir à Tivoli, à quelques kilomètres de Rome, était plus grande que la ville même de Pompéi. L’Empereur y recréa pour son plaisir un empire romain en miniature, avec les répliques des plus grandioses monuments et trésors qu’on y pouvait trouver – depuis les canaux d’Egypte jusqu’au fameux temple d’Aphrodite de Cnide, y compris la statue qu’il y abritait, plus célèbre encore, de la déesse nue. »

L’historienne insiste sur la vie quotidienne à Rome, en particulier un mode de vie inégalitaire, des conditions sanitaires terrifiantes pour les femmes et les enfants: un accouchement sur 50 entraîne le décès de la mère et la mortalité infantile est extrêmement élevée. La montée du christianisme ne semble pas avoir été, sur la période qu’elle couvre, un élément moteur de l’évolution de la société romaine, en ce début des sanglantes persécutions, mais plutôt un phénomène vécu comme marginal dans un contexte général de l’empire qui sous estimait son importance pour l’avenir. Mais dans le tableau qu’elle fait de la décadence politique de Rome, après la fin de la République, on voit bien que déjà s’expriment les germes d’une décadence venue du sommet, comme si la mégalomanie des empereurs reflétait leur impuissance croissante à assurer une domination effective sur un gigantesque empire à vocation universelle.

Maxime TANDONNET

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Le pari de la hauteur

Ce n’est pas être prétentieux que de dire qu’il faut prendre du recul et de la hauteur. Si j’en juge par les commentaires de mon dernier billet de blog, publié sur le Figaro Vox, le ton en est mal compris et les critiques fusent autant des partisans de l’occupant de l’Elysée que de ses adversaires qui me trouvent trop indulgent (je parle des commentaires sur le Figaro Vox)…

Il me semble que la question n’est pas d’adorer ou de lyncher. Elle est de faire un état des lieux de la République française depuis quelques années. DSK, Cahuzac, Léonarda, la crise des Sans dents, du livre « un président ne devrait pas dire ça », les présidentielles faussées par le scandale en 2017, aujourd’hui l’affaire Benalla! On me dit: oui, « mais ce n’est pas si grave, un garde du corps qui rompt une durite, et alors? ». Mais il faut voir les proportions que prend l’affaire: une révision constitutionnelle (acte juridique le plus fondamental dans une République) reportée sine die, c’est la première fois dans l’histoire! La disproportion est le signe d’une République fragile, malade. On me dit à l’inverse, non, c’est beaucoup plus grave que les affaires précédentes (violences physiques d’un proche collaborateur de l’Elysée).  Inexact! souvenons nous des crises de l’époque Hollande, Léonarda et autres… Trois semaines de Unes outragées etc. C’était la même chose au moins dans les effets!

Bref, une République, qui s’embrase et devient folle, au moins une fois par an dans d’épouvantables scandales (quelle qu’en soit l’origine), crises d’hystérie, est une République malade, à l’agonie. Il faut voir la France politique actuelle. Elle n’existe plus que dans les scandales, la bêtise émotionnelle (adorer ou lyncher), le culte de la personnalité d’un autre âge, l’amour ou la détestation d’une image médiatique omniprésente, les faux-semblants, les  mystifications par exemple l’idée que la France serait devenue un pays libéral alors qu’elle s’enfonce toujours davantage dans le socialisme avec ses prélèvements obligatoires,  contraintes sur l’entreprise (déclaration à la source), poids des dépenses publiques record. Et pendant que se déroule le grand spectacle tragi-comique, la France ne cesse de se fragmenter et de perdre du terrain: violence quotidienne, dette publique, frontières, autorité de l’Etat, école, communautarisme. De tous ces sujets décisifs pour l’avenir,  plus personne ne dit mot. Ils n’existent quasiment plus…

Je persiste et signe: en l’état actuel des institutions, du fonctionnement de l’Etat et surtout des mentalités, remplacer M. Macron par tout autre, n’importe quel autre, même en 2022, ne changerait strictement rien. Avec  tout autre, en l’état actuel du régime politique et de l’état d’esprit général, nous aurons six à 12 mois mois de gesticulations et de communication autour de la « présidence normale », ou « irréprochable », du renouvellement, d’un « monde nouveau » succédant à « l’ancien monde » (comment cela a-t-il pu si bien marcher, au pays de Montaigne de Descartes  et de Molière!), six mois de gesticulations et de réformes bidons, puis une chute de la popularité dans les sondages, les premières fractures d’une majorité, les états d’âme, enfin au bout d’un an environ, un vertigineux scandale et l’effondrement général.

Mon idée est celle d’une transformation profonde des états d’esprit qui passe par une prise de conscience: l’absurdité du présidentialisme dégénéré, qui concentre toute l’image de la puissance publique dans une figure présidentielle et se nourrit de la naïveté générale. Cette  image totémique a vocation à être adorée puis lynchée et entraîner ainsi la France politique dans l’impuissance et dans la chute.

Il faut que les Français réfléchissent à ce que doit être la République, la res publica, fondée sur le seul intérêt général, le bien commun, et non le culte idolâtre; la vérité comme principe absolu, et l’action authentique au service de la Nation. La France doit se remettre à réfléchir, et cesser de se prosterner ou de se morfondre. Ce qui compte, ce n’est en aucun cas le destin personnel ou les facéties d’untel ou d’untel, c’est la baisse des impôts et de la dette publique à long terme, la maîtrise des flux migratoires, la sécurité des biens et des personnes, la baisse du chômage et de la pauvreté, la grandeur et la liberté de la France dans le monde, l’avenir de l’Europe dans la tourmente planétaire. D’abord les idées et les projets, ensuite les personnalités, simples, modestes, entièrement dévouées au bien public, engagées collectivement, au seul service de ces idées et de ces projets et non de leur petite gueule. La France a besoin d’hommes  et femmes d’Etat, pas de piètres acteurs narcissiques en guise de politiques. Mais d’abord, une prise de conscience qui ne peut venir que de nous et de nous seuls. Réfléchir, avec le recul de la raison et faire circuler les idées.

Maxime TANDONNET

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Triste routine

Nous finissons par en avoir l’habitude. En France, un président de la République est élu dans l’euphorie, nouveau sauveur providentiel attitré. Puis, dans la foulée, une assemblée nationale est élue à sa botte, parce que beaucoup de sottise fait croire qu’il est essentiel de « donner une majorité au président ». Pendant six mois, l’enthousiasme est de règle, Unes dithyrambiques de Paris-Match, etc, reportages qui magnifient le demi dieu que la France s’est donnée. Le Président se rend compte bien vite de son côté que la réalité est infiniment plus complexe que le monde virtuel qu’il a conçu pour faire rêver les Français. Donc, pour s’accrocher à l’image qu’il a inventée de lui-même, il communique, s’agite, gesticule devant les caméras de télévision à tout propos, lance de fausses réformes les plus tapageuses et les moins utiles que possibles. Les président ne sont pas tous les mêmes, et ils le font avec plus ou moins d’habileté. Mais le syndrome de la déconnexion, du président coupé des Français, s’installe. D’ailleurs, il n’a rien d’illusoire: l’orgueil élyséen, le sentiment d’avoir accompli un prodigieux exploit et d’être devenu le « premier Français » est une sorte d’ivresse qui par définition, coupe du sens des réalités et du ressenti populaire, engendre un dangereux sentiment d’invulnérabilité et de toute-puissance factice: tout est permis, tout est possible!   Or, le peuple n’est pas complètement dupe et les sondages s’effilochent, mois après mois, dès septembre. La France d’en haut, médiatico-politique, celle qui s’exprime, commence à s’ennuyer. Alors tombe, au bout d’un an environ, l’heure de l’inévitable « scandale d’Etat ». Après Cahuzac et « Léonarda » vient l’affaire Benalla. Nous le savions, nous l’attendions, pas forcément de ce côté-ci mais le scandale dit d’Etat devait venir. Mon but n’est pas de réduire les responsabilités individuelles: dans les choix, les comportements, elles sont évidemment réelles. Mais pour autant, la perfection n’existe pas et quels que soient le président et son entourage, dans ce système qui concentre toute l’essence du pouvoir dans une image présidentielle, le scandale d’Etat est inévitable, au bout d’un an, qu’il vienne d’ici ou d’ailleurs. Mélenchon, le Pen, Hamon, ou tout autre, y compris des LR, au bout d’un an, seraient plongés dans un autre scandale d’Etat. Et alors, un système entièrement fondé sur l’image présidentielle s’effondre: finie la confiance, l’envie, l’enthousiasme. Maintenant, il faut tenir les quatre années qui viennent, malgré le rejet viscéral de la nation, dans la seule espérance d’une réélection, à la faveur du déchirement du corps électoral et du chaos politique.  Et c’est ainsi que la France, dans tous les domaines (économie, emploi, social, autorité de l’Etat, niveau intellectuel), plonge de décennie en décennies. Par où commencer? Mais par une prise de conscience de chacun d’entre nous! Le régime politique français (pas seulement les institutions mais aussi la culture politique) est à bout de souffle et entraîne le pays comme un boulet par le fond.

Maxime TANDONNET

(J’écris dans des conditions difficiles sur le plan d’Internet, sur un rocher Atlantique mal connecté et je vous prie de m’excuser de ne pas pouvoir répondre systématiquement aux commentaires!)

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La décomposition s’accélère

L’affaire Benalla qui ébranle le coeur même du pouvoir n’a rien d’une surprise. Elle est naturelle, presque évidente. Elle se situe dans la continuité des affaires DSK, Cahuzac, des « sans dents » et autres scandales de l’ère Hollande. Elle fait suite au premier tour de l’élection présidentielle truqué de 2017. Après le grandiose spectacle des récupérations politiciennes de la coupe du monde, une nouvelle faille fait vaciller le régime. Il fallait s’y attendre. Nous vivons dans un système hors sol, qui repose entièrement sur la sublimation d’une image individuelle, déconnecté de toute réalité économique, sociale, politique, engagé dans une logique de fuite du monde réel. Ce mode de fonctionnement n’existe que par la communication, la polémique, l’adoration imbécile et son autre facette, le lynchage inévitable. La chute dans l’impopularité est vertigineuse. Elle fait partie d’un système et mène à l’abîme. Sur ce site, nous ne cessons de le répéter depuis 14 mois. Le rêve n’est que l’autre versant du cauchemar et le mouvement s’accélère le plus normalement du monde. Il faut refonder la politique française de A à Z en mettant fin à l’extrême personnalisation du pouvoir qui est la pire forme de la crétinerie en politique, l’aboutissement ultime de la chute dans la bêtise. Il est urgent de recentrer la politique sur le réel et uniquement le réel: la lutte contre le chômage et la pauvreté, l’ordre républicain, le respect des frontières, la sécurité, le renouveau de l’école et de l’intelligence collective, etc.  La question centrale n’est pas de remplacer un acteur élyséen par un autre. Elle est de restaurer la politique, la démocratie française, en la tirant du rêve pour la remplacer dans le réel.  Grande question: à force de scandales et d’échecs, la prise de conscience finira-t-elle par s’imposer?

Maxime TANDONNET

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La réforme constitutionnelle (édito de M. Julien Aubert, député LR)

Edito : Le drôle de match (Les trois visages de la réforme constitutionnelle)

Cette semaine s’ouvre au Parlement le débat sur la révision constitutionnelle, un sujet touffu d’où émergent quelques propositions qui semblent accessoires (permettre au Président de parler au Congrès, limiter le droit d’amendement…) et bien éloignées du quotidien des Français. Ce qui est difficile à expliquer c’est que la réforme a elle-même été scindée en 3 volets : ce qui relève de la constitution, ce qui relève d’une loi organique (le nombre de députés par exemple) et ce qui relève d’une simple loi (le mode de scrutin).

Si je ne retiens que ce qui relève strictement de la constitution, on aurait tort de croire que débat est anodin : autant la majorité compte introduire un certain nombre de gadgets symboliques (supprimer le mot race, enlever du conseil constitutionnel les anciens présidents, etc…), autant certains détails qui viennent redéfinir les « règles du jeu démocratique » sont capitaux pour déterminer dans quelles conditions on pourra régler les problèmes qui empoisonnent la vie des Français.

En réalité, c’est comme au football : passer des heures à discuter de l’opportunité de l’arbitrage vidéo n’amène en soi aucun plaisir immédiat à un supporter qui y verra une perte de temps. Mais les matchs futurs ne seront pas joués de la même manière suivant la manière dont on arbitrera…

Les aspects les plus délétères de la réforme touchent au rapport de force entre le Gouvernement et le Parlement. Dans le combat qui s’ouvre trois camps se font face.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par exposer la philosophie des réformes voulues par l’Exécutif. Au plan des institutions nationales, Emmanuel Macron ne fait que déformer un peu plus la Vème République en renforçant la présidentialisation.

Il s’agit de réaliser un vieux fantasme, que depuis 20 ans, réforme après réforme les politiques de tous bords confondus ont cherché à assouvir sans l’avouer : imiter la constitution américaine, où le Président se confond avec l’Exécutif, en pensant que singer les pouvoirs constitutionnels du Président américain nous transfèrera un peu de la puissance americaine. C’est une erreur : si les Etats-Unis sont une superpuissance mondiale, le Président américain a beaucoup moins de pouvoirs que le Président Français au sein de son ordre juridique interne, car le Président Français n’est pas censé être le capitaine de l’équipe gouvernementale mais l’arbitre du match. Obama ou Trump ne peuvent ainsi pas dissoudre le Congrès et nombreux sont les présidents qui ont passé la moitié de leur mandat en cohabitation avec un Congres hostile.

Le Président français est censé être au dessus des partis, une position que le quinquennat a malheureusement affaibli.

Emmanuel Macron, après avoir importé des Etats-Unis la mise en scène de la promulgation des lois, qui n’est pourtant qu’une simple étape technique, veut désormais son « discours de l’Etat de l’Union » annuel, discours lors duquel l’Exécutif américain présente les grandes orientations de politique générale.

Problème : en France, c’est le Premier ministre qui mène cette politique, c’est lui le capitaine de l’équipe, la contrepartie étant la responsabilité devant le Parlement et le droit présidentiel de dissolution. S’il continue dans cette voie, et que le Président peut débattre avec le Parlement de sa politique, on finira par supprimer le Premier ministre, inutile, le droit de dissolution, et réintroduire le découplage partisan Executif/Legislatif. On aura un match avec deux équipes, sans arbitre…Car imagine-t-on un capitaine d’équipe qui pourrait siffler des penalties ?

Surtout, Emmanuel Macron n’a retenu que ce qui l’intéressait de la constitution américaine. Il a oublié que le Parlement (Congrès) américain est beaucoup plus puissant que son alter-ego Français. Avec des cabinets de 10 à 15 collaborateurs, des moyens inquisitoriaux, et aucun juge supranational capable d’annuler la loi, les parlementaires américains sont certes moins nombreux mais ils pèsent. En voulant limiter les moyens du Parlement de discuter/amender les projets de loi, Emmanuel Macron fait l’inverse. L’instauration de la dose de proportionnelle, qui ne relève pas de la constitution proprement dite, complètera le tableau : plus le Parlement est divisé, plus le Président est fort. Jouer à 11 lorsque le Parlement n’a que 5 joueurs, c’est plus facile pour marquer des buts…

Voilà pourquoi face à cette transformation rampante du régime Français (parlementaire) en régime américain (présidentiel), qui n’est que la conséquence du quinquennat qui a fait du Président un super-Premier ministre, j’ai déposé des amendements visant à moderniser la Vème République en revenant sinon à la lettre, du moins à son esprit. Je propose des mandats législatifs de 4 ans (au lieu de 5), avec une Assemblée nationale renouvelée par moitié tous les 2 ans, et un Président élu pour 8 ans (au lieu de 7, puis 5).

Cela voudrait dire quoi ? Que l’année prochaine, avec mon système, plus de 280 députés, dont 150 en Marche remettraient leur poste en jeu et qu’en cas de rejet de la politique menée, un autre gouvernement bâti sur une autre majorité prendrait les manettes. Au lieu d’avoir 5 ans de Macronisme triomphant, les Français en auraient 2, puis de 2 à 6 ans de cohabitation, en fonction du succès des politiques menées. Réfléchissez y…

Avec un mandat plus long, le Président reprendrait de la hauteur, ce qui supposerait en cas de cohabitation de lui laisser le dernier mot sur des domaines qu’on doit protéger des à-coups : les Affaires étrangères, la Défense, la Recherche et la Justice.

Ce débat constitutionnel a également fait remonter des profondeurs un troisième camp, en opposition aux atlantistes macronistes, un camp dont j’ignorais la présence aussi massive : une Gauche anti-républicaine, qui veut désagréger la Nation en supprimant le français comme langue officielle, ou la référence à un seul peuple français, ou encore en accordant le droit de vote – donc la citoyenneté – aux étrangers extra-européens. Cette Gauche communautariste ou ultra-régionaliste est – n’hésitons pas à le dire – l’ennemie de la République une et indivisible. Son inconscience ou son impertinence montre qu’elle n’hésite plus à dire haut et fort son objectif qui est de saper les fondements mêmes de la Révolution française. Dans ma métaphore footballistique, ils seraient l’équivalent des hooligans faisant irruption sur la pelouse…

Que penser de cette passion pour le melting pot ? En leur temps, les Romains eurent la riche idée de faire citoyens tous les barbares, en les affranchissant du service dans la légion. L’édit de Caracalla date de 212. La civilisation romaine avait presque mille ans. Deux siècles à peine plus tard, elle s’effondrait.

Voilà pourquoi face à un centre qui cherche son inspiration à l’étranger, outre-atlantique, et la Gauche, qui aime l’Humanité mais plus la France, il y a la place pour un rassemblement large de tous ceux qui aiment la République, la France, et les institutions éprouvées qui sont les nôtres.

Julien AUBERT

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Lectures d’été

Aucune envie de commenter l’actualité, dans le grand maelström de bêtise qui caractérise en ce moment le pays. Non, non, non, ce n’est pas du mépris, mais de la défiance envers l’instinct de meute sous toutes ses formes. Pour tenter de résister à la  loi du troupeau (pour tenter), à chacun sa méthode. Et la mienne  n’est sûrement pas meilleure qu’une autre. Besoin de solitude, de silence, d’infini, sauf le murmure du vent et le crépitement des vagues, de coucher de soleil sur la mer et d’horizon. Et de lecture. Voici 10 ouvrages de résistance intellectuelle, courts essais d’environ 200 pages,  à emporter en vacances. Leur présentation ici ne signifie pas adhésion envers les thèses de leurs auteurs, mais simplement que leur lecture m’a un jour bouleversé (il y a parfois longtemps) et que je recommande très chaleureusement:

  • Penser la Révolution française, de François Furet: la Révolution puis la Terreur sont nées de l’idéologie de la table rase à la source d’un enchaînement d’événements  échappant à toute maîtrise et conduisant à l’apocalypse, une révolution se dévorant elle-même.
  • Le totalitarisme, Hannah Arendt: la société industrielle et urbaine engendre un homme déraciné, privé de repères traditionnels, intellectuels, éthiques, manipulable à merci et récupérable par les pires fanatismes sanguinaires qui se rejoignent dans l’atrocité des camps de concentration (soviétisme et nazisme).
  • La violence et le sacré, René Girard: la concurrence des désirs, fondement de la nature humaine, est la source d’une violence exacerbée que la société parvient à régler en la canalisant sur un bouc émissaire, qui devient par là-même sacralisé.
  • Mythes et mythologies politiques, de Raoul Girardet: la culture politique contemporaine est dominée par quatre mythes ou mythologies, thèmes fondateurs toute sensibilité et discours idéologique  : l’âge d’or (le passé heureux), l’unité nationale (la nation rassemblée), la conspiration (le complot), et le sauveur (l’homme providentiel).
  • Le fil de l’épée, de Charles de Gaulle: l’autorité et le prestige d’un homme dépendent du silence, de la discrétion, de la distance, du mystère dont il enveloppe sa personne. Un groupe d’hommes minoritaire, déterminé et éclairé – une élite – est l’outil indispensable de toute action collective.
  • L’ère du vide, de Gilles Lipovetsky: l’époque contemporaine se caractérise par son nihilisme, l’effondrement des valeurs traditionnelles, de solidarité, de patriotisme, ou religieuse, se traduisant par un narcissisme exacerbé.
  • La psychologie des foules, de Gustave le Bon: dans la grande foule qui caractérise la vie moderne, la raison s’efface et laisse la place au despotisme des passions et des émotions qui entraînent l’humanité dans la folie.
  • Malaise dans la civilisation, de Sigmund Freud: la civilisation c’est-à-dire la morale et la culture, servent à contenir les instincts profonds des hommes qui laissés à eux-mêmes les conduiraient à s’entre-tuer. Mais quand la pression est trop forte, le couvercle explose et cela donne les guerres et les révolutions.
  • L’étrange défaite, Marc Bloch: la débâcle (de 1940, mais au-delà, toute débâcle), est avant tout intellectuelle: une société s’affaiblit et se désintègre quand elle ne dispose plus des fondements de l’intelligence qui lui permettent de comprendre l’évolution du monde et de s’y adapter.
  • Qui sommes-nous? Samuel Huntington: une vision prophétique du monde moderne ou les conflits d’identités et de religions l’emportent sur les conflits frontaliers traditionnels, les guerres civiles l’emportant sur les guerres internationales.

Résistance intellectuelle: ce que j’appelle l‘intelligence n’est en aucun cas l’érudition, mais la curiosité, l’envie d’en savoir et d’en comprendre davantage. « Tout ce que je sais est que je ne sais rien ». Au fond, tout livre bien écrit est une pépite de bonheur et d’intelligence. Ce point est fondamental: un bon livre doit obligatoirement donner du plaisir, plaisir du dépaysement, de l’évasion, du sentiment de s’instruire. Il n’existe pas de bon livre sans le plaisir. Il doit être accessible, bien écrit avec des phrases simples et claires: sujet, verbe, complément. Surtout, ne jamais perdre de temps avec un livre mal écrit, ennuyeux ou incompréhensible. En matière de lecture la forme et le fond se rejoignent.

Maxime TANDONNET

 

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La désastreuse présidentialisation du régime (Figaro Vox)

Parler encore de la Ve République à propos du régime politique français actuel relève du contresens absolu. L’organisation et le fonctionnement de pouvoir n’a aujourd’hui plus aucun rapport avec le système instauré par le général de Gaulle en 1958 et en 1962. La Ve République reposait sur un chef de l’Etat souverain, élu pour 7 ans, « guide de la Nation », au dessus des partis et des factions, tenant sa légitimité de la confiance du peuple. Le gouvernement, la politique quotidienne, les choix de politique économique et de société, relevaient de la seule mission du Premier ministre et des Ministres sous le contrôle du président de la République et du Parlement.

Le régime a été radicalement transformé par le quinquennat depuis 2000, qui aligne le mandat des députés sur celui du président, transforme le président en chef d’une majorité, et place l’Assemblée nationale sous la quasi-tutelle de l’Elysée. Cette mutation se prolonge aujourd’hui avec la banalisation du Congrès de Versailles qui achève de transformer le chef de l’Etat en un super-Premier ministre présentant son programme, ou son bilan de politique générale devant le Parlement. Le problème, c’est que ce président/chef de Gouvernement, désormais en première ligne de la politique de la Nation, est lui irresponsable pendant 5 ans, échappant à toute sanction politique. D’où une situation contraire à principe fondamental républicain: la source de pouvoir essentielle échappant au principe de responsabilité.

En outre, il manque désormais à la France ce qui faisait la spécificité de la Ve République, un président visionnaire, au-dessus de la mêlée, symbole de sagesse, incarnant l’unité nationale et le destin à long terme du pays, responsable de la politique étrangère et de défense, tout en déléguant au Premier ministre le gouvernement du pays.

Les nouvelles institutions de la France, transgression de la Ve République, sont un véritable désastre. Elles se traduisent par l’émergence du culte médiatique d’une image personnelle omniprésente. Elles favorisent l’illusion de l’autorité à travers la sublimation du mythe du chef. Pourtant, elles sont contraire à l’autorité et à l’efficacité dès lors qu’elles entraînent l’affaiblissement de toutes les sources de gouvernerment du pays – absorbées dans le rayonnement élyséen – et courroies de transmission entre les dirigeants et le peuple, Gouvernement, Ministres, parlementaires, collectivités et élus locaux, services publics.

La politique s’éloigne toujours un peu plus de l’action concrète pour devenir un grand jeu de manipulation des émotions collectives. Elle oscille entre idolâtrie et lynchage, amour et détestation de l’icône présidentielle, chute dans le manichéisme. Le nouveau régime favorise la division et le déchirement du pays. La fuite dans l’émotionnel favorise les haines et les fureurs. La vie politique dérive dans le spectacle permanent autour d’un héros des uns, anti-héros des autres, et tout logiquement, de son combat du bien contre le mal. D’ailleurs, l’une des phrases clés du discours de Versailles, oppose le « progressisme au nationalisme », autrement dit, le bien libéral et mondialiste contre le mal « populiste » ou la vile multitude de Thiers. La fracture entre les élites et le peuple ne cesse de se creuser d’année en année.

La réélection présidentielle devient l’objectif suprême de la vie politique au détriment de l’intérêt général à long terme du pays, favorisant la démagogie sous toutes ses formes, la communication, les illusions, les coups et le faire-semblant, au détriment de l’action en profondeur sur les grandes questions de fond: l’endettement public, l’écrasement fiscal, le chômage de masse, la pauvreté, la maîtrise de l’immigration, le communautarisme, la violence, le déclin scolaire…

L’actuel président de la République n’est pas le seul responsable de cette évolution déjà à l’oeuvre depuis des décennies. Il ne fait que la porter à son paroxysme. La personnalisation extrême du pouvoir, ou le culte de la personnalité, qui caractérise la politique française, se présente avant tout comme un masque de l’impuissance publique et du renoncement, par le monde dirigeant, à régler les problème de fond de la société française.

L’opposition républicaine, à travers sa guerre des chefs en vue des présidentielles, n’a pas (encore?) su rompre avec cette logique de personnalisation outrancière des enjeux au détriment du débat d’idées et du bien commun. Elle seule pourrait avoir un rôle majeur à jouer dans ce contexte en prônant le retour de la politique au sens noble du terme: non pas un spectacle narcissique mais une volonté d’action collective, modeste et désintéressée, en faveur de l’intérêt général. Le rétablissement du septennat (non renouvelable) est une piste de réforme constitutionnelle intéressante. En aucun cas elle ne serait suffisante: c’est une transformation des mentalités politiques qui est nécessaire: le retour au sens de l’intérêt général contre toute forme d’obsession narcissique et de culte d’un chef mythique, contraire au principe d’efficacité et d’autorité véritable.

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Congrès de Versailles, une erreur française

Le billet ci-dessous est davantage la critique d’un système, d’un régime, que celle d’un homme. 

M. Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel a déclaré, à propos du régime politique français actuel, qu’il n’y avait « jamais eu une telle concentration du pouvoir. » A mon avis, il se trompe et mieux vaudrait dire qu’il n’y a jamais eu « une telle concentration de l’impuissance ».

La tournure de la vie publique française se concentre sur une image présidentielle, individuelle, totémique, emblématique, qui envahit le champ médiatique visible et absorbe toute source d’autorité: gouvernement, ministres, parlementaires, élus locaux, administrations, relais naturels de l’action publique dans une société. Mais cette image médiatique envahissante fuit en permanence le monde réel dont elle est de plus ne plus  déconnectée. Elle s’impose dans les consciences, mais elle est privée de levier sur la réalité et les difficultés du pays: pauvreté, chômage de masse, écrasement fiscal, contraintes sur les entreprises, endettement public, déficits commerciaux, communautarisme et violence des cités, haine du policier, immigration non maîtrisée, déclin scolaire et intellectuel. La vanité devient le principe fondamental du régime tourné vers l’exaltation d’un visage, la réélection en 2022, et non plus le bien commun de la Nation. Mais l’adoration d’une icône produit son inverse: l’impopularité et le lynchage médiatique dans un pays déchiré entre amour et détestation d’un personnage et oscillant entre les deux passions.

Le Congrès de Versailles est dans cette logique. Le président s’expose et parade en leader suprême. Mais par là, il écrase le Premier ministre et les ministres, dont le rôle, jadis, était justement de porter la voix de l’exécutif au Parlement et de mobiliser des parlementaires pour une action politique et la mise en oeuvre d’un programme majoritaire. L’illusion de l’autorité détruit l’autorité et l’action n’existe plus par elle-même: elle se confond avec la frime, le paraître, les jeux d’illusions. De fait, l’idée même de gouvernement s’en trouve affaiblie: la question essentielle n’est plus de diriger un Etat mais de jouer avec les émotions collectives. La personnalité de l’actuel chef de l’Etat n’est pas la question essentielle, mais l’étrange dérive d’un système vers le grand spectacle, le show médiatique, la manipulation permanente des esprits, et pire que tout, la fuite du politique devant la réalité, laissant une Nation abandonnée à elle-même, avec ses souffrances et ses inquiétudes. L’exubérance n’est rien d’autre que le voile de l’impuissance. Mais tout laisse penser qu’un changement de tête ne suffirait pas à rompre avec une logique délétère qui dépasse largement l’actuel occupant de l’Elysée. Pour espérer infléchir le cours des choses, il faudra sans doute beaucoup de temps, une prise de conscience collective, qui passe par chacun de nous…

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Le droit et le politique

Dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité, pour la première fois, le Conseil constitutionnel a invoqué le « principe de fraternité », pour mettre fin à toute sanction légale envers l’aide aux migrants en situation illégale dès lors qu’elle ne fait pas l’objet d’une contrepartie pécuniaire. Tout un pan du code des étrangers est ainsi invalidé. La classe politique, dans son ensemble se réjouit vivement, en tout cas le parti socialiste et LREM. Est-ce vraiment du droit ou de la politique? Déjà, au nom  de la liberté d’expression, le CC a récemment annulé plusieurs mesures visant à lutter contre la propagande jihadiste sur Internet. L’invocation du principe de fraternité ouvre une logique sans fin: sur tous les sujets, toutes les lois, il est possible d’invoquer la fraternité et dès lors que les juges constitutionnels estimeront, à leur libre appréciation, que cette fraternité est mis en cause par la loi, ils pourront la censurer, au moment de son vote, et à tout moment plus tard (QPC). Un contrôle de constitutionnalité des lois est nécessaire mais avec des règles, des limites, des bornes, un respect des pouvoir du Parlement élu au suffrage universel, c’est-à-dire la Nation.  Le Conseil constitutionnel n’est pas une troisième assemblée élue démocratiquement, il est nommé par le président de la République et les présidents des deux assemblées. Sur 10 membres, 3 sont d’anciens ministres de M. Mitterrand, et deux anciens premiers ministres: Fabius, son président, M. Jospin et M. Charasse. Quant à la Nation, sur un sujet tel que l’aide à l’immigration illégale, elle n’a évidemment plus rien à dire: 10 sages décident pour elle ce qui est le bien et la vérité. Et après cela, les bonnes âmes s’offusqueront que plus de la moitié des électeurs se soient abstenus aux dernières législatives. »Nous les forcerons à être libres » écrit Rousseau dans le Contrat social. Il pensait à nos populistes, nos sans-dents, nos fainéants, nos lépreux d’aujourd’hui.  Nous les forcerons à la fraternité, ajoutent des idéologues déguisés en juristes. Et Pascal: « Qui veut faire l’ange fait la bête ». L’abolition de fait de la démocratie française, le pouvoir du peuple, est le drame du siècle.

Maxime TANDONNET

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Histoire: le massacre de la famille Romanov

Deux livres paraissent en ce moment sur le massacre de la famille impériale de Russie:

  • Journal intime de Nicolas II, présenté par Jean-Christophe Buisson, Perrin 2018
  • Ils ont tué le Tsar, les bourreaux racontent, présenté par Nicolas Ross, éditions des Syrtes 2018.

Le massacre de la famille Romanov par les communistes bolcheviks ressemble à un pur moment de barbarie sanguinaire. La famille impériale, après son arrestation, a été transférée dans l’Oural. Outre le Tsar et sa femme, elle compte trois jeunes femmes de 23, 20 et 18 ans et deux enfants, une fille de 16 ans et un garçon de 13 ans, gravement malade. Le lieu où ils sont incarcérés est baptisé « Maison à destination spéciale ». Sur ordre de Lénine, le 16 juillet 1918, la famille est réunie dans une pièce et exterminée à la mitrailleuse par un révolutionnaire fanatisé, Iakov Iourovski à la tête d’une dizaine de bourreaux, le père portant dans ses bras le garçonnet hémophile. Même les terroristes de la révolution française n’allaient pas aussi loin, les enfants du couple royal n’avaient pas été exécutés avec leur parents. Avec le massacre des Roumanov, et de leurs enfants en bas âges, nous atteignons un palier supplémentaire dans la barbarie. Nous savons tous que la barbarie humaine est sans limite et cet immonde XXe siècle devait nous le prouver en de multiples occasions. Mais finalement, le plus insupportable, le plus grand scandale, c’est que tant de centaines de millions de gens, aux nom d’idéaux humanitaires, de la foi en un avenir radieux, et de la quête de la perfection et de la pureté, ait pu s’identifier et se reconnaître en un régime qui est né sur telle abomination: le massacre calculé, voulu, organisé, d’une famille avec de tous jeunes enfants.  Et comment notre époque, qui n’a de gentille que l’apparence, le vernis, peut-elle regarder un épisode de l’histoire aussi répugnant, inaugurant une ère de barbarie sanguinaire, avec autant d’indifférence sinon de complaisance?

Maxime TANDONNET

 

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La question européenne et la Convention LR à Menton

Les Républicains doivent-ils, comme ils l’ont fait à Menton, placer la question de l’Union européenne au centre des sujets de l’alternance? Pour l’avenir, il me semble que rien n’est moins évident. L’Union européenne n’est pas, ou n’est plus la question centrale du moment. Elle fait partie des mythes d’une époque. Y voir une sorte de COMECON dirigé par Moscou/Bruxelles est illusoire, voire mensonger. Bruxelles, combien de divisions blindées? Sur aucun sujet, aucune circonstance, nous n’avons vu Bruxelles tenir cinq minutes face à la volonté affichée d’un ou plusieurs Etats. Les belles constructions juridiques directives et règlements, volent en éclat devant la réalité historique. Depuis 30 ans qu’a été signé le traité de Maastricht, 30 ans que les Etats accumulent -lamentablement – les déficits et les dépassements de l’endettement public maximal, Bruxelles a multiplié les menaces mais jamais un centime d’euro de sanction… Quant à la libre circulation Schengen, fleuron de la construction européenne, la vitesse et la facilité avec lesquelles elle s’est désintégrée sous la pression des événements migratoires donne le vertige. Brexit, Pologne, Hongrie, Italie, Allemagne, un phénomène de décomposition est en cours. Il est contraire à la vérité d’attribuer à l’Union européenne la faillite de la politique migratoire européenne. Les comportements erratiques et les volte-face de Mme Merkel, obsédée (elle aussi) par sa trace dans l’histoire, l’incohérence et le double langage permanent des gouvernements français et autres, comme la lâcheté et l’aveuglement des dirigeants politiques devant les coups de force des passeurs esclavagistes, ne doivent rien à Bruxelles. C’est cela la vérité. Affirmer que le « mal » est à Bruxelles et que sortir de l’Europe ou même la réformer profondément – ce qui est impossible car il faut l’unanimité des 28, plus l’accord de la Commission et du PE, – suffirait à régler les problèmes, est une manière lâche et mensongère de se défausser de ses responsabilités.

Les Républicains auraient tort de rouvrir les causes de discordes et de raviver les vieilles querelles sur cette question dépassée: c’est l’histoire qui est à l’oeuvre. Un seule chose compte aujourd’hui: préparer et réussir l’alternance politique en répondant aux vrais attentes des Français. Contrairement aux apparences et au matraquage médiatique, les Républicains pourraient avoir un boulevard devant eux à la condition de s’y engager: l’immense majorité des Français qui rejettent de plus en plus la mystification actuelle tout autant que la tentation lamentable d’une alliance avec le lepénisme. Sans doute en faudrait-il peu pour ressusciter l’espérance dans le pays: donner un signal d’engagement collectif au profit du bien commun et en mettant fin à l’immonde tyrannie des ego malades; s’engager à traiter les graves enjeux du moment, qui de fait, n’ont rien à voir avec Bruxelles en pleine décomposition: sortir du chaos migratoire pour réinventer une immigration maîtrisée, organisée, conforme aux intérêts des pays de départ comme des pays d’accueil, libérer l’économie française de l’écrasement fiscal et réglementaire qui bloque son développement, et réinventer la politique de A à Z, sur le thème de la vérité, de la fin de l’esbroufe, du rétablissement de la démocratie, et du respect des gens et par-dessus tout, travailler au renouveau intellectuel du pays.

Maxime TANDONNET

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L’affligeant niveau du débat public français

Les derniers sondages montrent une chute de la popularité de l’occupant de l’Elysée avec 59% d’insatisfaits: fait nouveau, il baisse fortement à droite, mais remonte nettement à gauche. Pour quelle raison? La prestation à l’Elysée, de « l’icône gay Smile », lors de la fête de la musique, qui a plu à gauche et qui a déplu à droite. Les commentateurs parlent aussi de « l’effet Manu »Du côté du Premier ministre, la chute est encore plus vertigineuse.

Voici le fruit de l’épouvantable crétinisation de la vie politique française: tout se joue autour de l’image médiatique de quelques comédiens sans talent – de l’extrême droite à l’extrême gauche – dont l’obsession est de séduire leur public. Pendant ce temps, le pays croupit dans la médiocrité. Un seul exemple: sur le plan de l’emploi, après six ans de socialisme, la France reste l’un des plus mauvais élèves de l’Europe: sait-on que depuis un an, elle est le pays européen où le taux de chômage (de 9% contre 7,3% dans l’Europe à 28), s’est le moins amélioré?  Mais nous pourrions aussi parler de la dette publique, en hausse vertigineuse, de la situation des banlieues, du communautarisme, de l’état de violence du pays, de l’évolution de l’immigration…

Il est urgent de comprendre que l’extrême personnalisation de la vie politique, est une forme d’apothéose de l’abêtissement politique du pays. On ne nous demande pas de réfléchir, mais d’aimer ou de détester, d’adorer ou de haïr. L’émotion, oui, la réflexion, non. Nous n’avons pas à connaître de la vérité, les faits, les statistiques: le monde réel, ne nous regarde pas! Notre seul rôle est d’admirer, et de vénérer, de baver devant un écran de télévision,puis de voter une fois tous les cinq ans pour l’idole que Tf1 , France 2, France info et Europe 1 auront intronisé pour nous. Penser, dans la vie politique française, est devenu le mal absolu. Penser est par excellence, une attitude ringarde et réactionnaire.

Les présidentielles de 2022, entre exaltation et diabolisation, entre héros et épouvantail médiatiques, seront tout autant manipulées que celles de 2017. Le seul espoir infime qui subsiste est celui d’un éveil de la lucidité populaire, que les Français comprennent à quel point ils sont victimes d’une entreprise de crétinisation politique accélérée. Nous savons par avance que les présidentielles de 2022 seront sabotées et qu’il n’y a rien à en attendre (affaires créées de toute pièce, déchaînement médiatique, mise en examen). D’ailleurs, quel est l’intérêt de choisir au second tour, entre deux narcissismes obsessionnels, narcissismes de droite, de gauche, du centre, d’extrême droite ou d’extrême gauche, narcissismes fabriqués de toute pièce par les médias sur les ruines de notre intelligence collective? Quand l’image  personnelle d’un ou de plusieurs individu devient le but en soi d’une politique, écrasant toute notion d’intérêt général et de bien commun…

La révolte aujourd’hui ne passe pas par la violence, mais par nos cerveaux, notre lucidité, notre esprit critique. Il existe encore une infime fenêtre de tir, un reste de démocratie, mais qui dépend d’un réveil de la conscience et de l’intelligence collectives: il faudrait se mobiliser sur les élections territoriales et législatives, la dépersonnalisation, la dé-médiatisation de la vie publique, le retour à la modestie républicaine – l’intérêt général avant l’image narcissique – sortir de l’émotionnel et réintroduire la raison et la réflexion, reconquérir la politique, la res publica, la démocratie, le collectif, le débat d’idées, refuser de se laisser abêtir, cesser de se laisser manipuler par la crétinisation de la politique française, voter uniquement pour des idées, des projets, pour la France, et non pour  des icônes, des individus malades d’eux-mêmes grands manipulateurs des émotions collectives, et qui dans leur folie égotique, entraînent le pays, non pas à l’abîme, mais pire, dans une médiocrité toujours croissante.

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: Du Guesclin, Georges Minois, Fayard 1993.

L’actualité est tellement médiocre qu’il ne reste plus qu’à nous noyer dans le plaisir de lire d’excellents livres, ceux qui combinent le bonheur de l’évasion et de la culture. Ce Du Guesclin est ainsi l’archétype d’un excellent livre. A partir de 1340 commence une ère de chaos pour la France: la guerre de Cent ans ravage ses campagnes, la peste noire décime sa population. Français et anglais se déchirent en particulier la Bretagne. La France accumule les défaites: Crécy en 1346, Poitiers en 1356 …

Héros breton, héros français. Du Guesclin est issu de la toute petite noblesse bretonne, né en 1320, à La Motte-Broons, entre Rennes et Dinant. Enfant, il est d’une laideur indescriptible – petite taille, massif, trapu, une tête ronde aux traits difformes, pas de cou, des petites jambes, des bras démesurés qui pendent le long de sa taille – et d’une force herculéenne. Asocial, indiscipliné, odieux, ses parents, révulsés par sa laideur et son caractère impossible, le renient et le chassent de la maison dès l’adolescence. Du Guesclin n’a jamais reçu la moindre instruction, ne sait ni lire, ni écrire, mais d’une force prodigieuse, il est invincible dans les tournois. A 22 ans, il est à la tête d’une bande qui écume la forêt de Brocéliande, harcelant les Anglais, s’emparant des forteresses tenues par les partisans de ces derniers. Insaisissable, il est surnommé par ses ennemis le « dogue de Brocéliande« .

Se plaçant au service du roi de France, Charles V, dit « le Sage », et de Charles de Blois, en lutte contre Jean de Montfort, tous deux prétendants au duché de Bretagne, il se caractérise par son indéfectible loyauté. Les Anglais tentent de le récupérer: « Bertrand, si vous voulez demeurer avec moi/Vous me trouverez bon et loyal ami. /Je vous ferai chevalier et je vous donnerai aussi/ Terre et grande richesse, je vous le promets ». Du Guesclin rejette cette offre: « Si j’avais été de votre côté et que j’aie changé de camp ensuite, c’eût été une bien vilaine trahison. Alors pourquoi serais-je déloyal à mon seigneur? » [C’est beau la loyauté, une vertu si rare, fondée sur l’honneur!]

Il multiplie les victoires, s’empare de nombreuses places fortes anglo-bretonnes. Le secret de sa force? Il évite les batailles frontales pour lesquels les anglais ont un avantage considérable lié à leur armement et à leurs archers qui déciment la cavalerie française. En revanche, en Bretagne, en Normandie, il utilise la ruse et les embuscades pour terrasser l’ennemi. Mais la fin justifie les moyens et l’auteur ne cache pas non plus sa dureté sinon sa cruauté. Pour prendre les fortifications il annonce la couleur: en cas de résistance, tous les combattants français ayant pris le parti de l’ennemi – ayant trahi – seront massacrés. Dès lors, de nombreuses cités, qui connaissent sa réputation, préfèrent se rendre sans combattre.

En 1365, le roi de France et le pape l’envoient en Espagne, pour défendre la cause d’Henri de Trastamare, pro-français, en lutte avec Pierre-le-Cruel pour le trône de la Castille. Le véritable objectif de cette guerre, présentée comme destinée à une nouvelle croisade contre le royaume musulman de Grenade, est de débarrasser la France des  compagnies, bandes de hors- la-loi extrêmement  violents qui dévastent et terrorisent le pays, en les entraînant derrière Du Guesclin. Avec son autorité phénoménale, son charisme, il parvient à discipliner ces bandits et à les commander. Après de nombreuses victoires, et l’achèvement de la reconquête de la Castille au profit d’Henri, ce dernier subit un désastre militaire en 1367 à Najera, contre le Prince Noir, fils du roi d’Angleterre Edouard III, qui dirige l’Aquitaine anglaise, allié de Pierre-le-Cruel. Du Guesclin qui conseillait vivement à Henri de Castille d’éviter la bataille frontale, n’a pas été écouté de ce dernier: d’où la défaite.

Le voici prisonnier du Prince noir, à Bordeaux.  Ce dernier, gravement malade d’une dysenterie attrapée en Espagne, a épargné Bertrand pour en obtenir une rançon. Un épisode célèbre de l’histoire de France se situe ici. « Bertrand, dit le Prince, veuillez décider/ Combien vous me voulez de rançon donner. » Du Guesclin, magnifique, lâche le prix auquel il estime sa personne: « Je vous ferai compter cent mille doubles d’or ». « Quand le Prince l’entendit, il changea de couleur/ Il regarda tous ses chevaliers/ Et leur dit à haute voix: il se moque de moi!/ Bertrand! dit le Prince, vous ne pourrez pas payer! ». C’est alors que survient la célèbre réplique de Du Guesclin, qui, selon l’auteur, marque la naissance du sentiment populaire et national français. « Je vous déclare et je m’ose vanter/ que si ces deux là ne pouvaient rien donner [les rois de France et de Castille]/ Il n’y a pas une fileuse en France à travailler/ Qui ne tâcherait de gagner ma rançon à filer/ Et qui ne me voudrait  de vos prisons ôter. » 

Du Guesclin libéré reprend les hostilités et multiplie les victoires militaires. Il soumet la Normandie, vainqueur de Charles le Mauvais, qui dispute le trône de France au roi, achève la conquête de la Castille. Le 3 octobre 1370, il est nommé connétable de France, chef des armées de Charles V. Il entreprend alors la reconquête de l’Aquitaine et s’empare une à une, des forteresses anglaises dans le Poitou et le Périgord, prenant sa revanche sur le Prince Noir. Puis, une période trouble s’ouvre alors pour lui: quand Charles V, qui veut supprimer le duché de Bretagne pour l’intégrer au royaume de France,  lui demande de prendre les armes contre les nobles Bretons, Du Guesclin est déchiré entre sa loyauté à Charles V et son attachement à sa terre natale et refusant de choisir, veut prendre ses distances avec la vie publique. Le roi l’envoie combattre en Auvergne. Affaibli, il meurt lors d’un siège, le 13 juillet 1380.

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Mais ceci n’est qu’un infime résumé d’un sublime ouvrage qui entraîne aux confins du rêve et de la connaissance. Dans la valise de mes vacances prochaines, j’en emporte une tonne!

Maxime TANDONNET

 

 

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Dix-sept ans, déjà…

L’Europe est frappée par l’une des plus graves crises politiques de son histoire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Après le Brexit, la dissidence en cours de la Hongrie et de la Pologne, puis de l’Italie, la libre circulation Schengen, symbole de l’unification européenne, en charpie, et aujourd’hui, l’Allemagne elle-même, pilier et puissance centrale de cette Europe, se voit gravement ébranlée. Cette désintégration a pour origine la faillite de la politique migratoire des gouvernements et de l’Union européenne.

Il y a dix-sept ans paraissait mon premier ouvrage « Le grand bazar ou l’Europe face à l’immigration », publié aux éditions L’Harmattan en 2001. J’y écrivais: « Tout laisse penser que la question de l’immigration va constituer l’un des défis essentiels du XXIe siècle en Europe […] Tous les ingrédients sont réunis pour faire de la question migratoire une source de tensions, voire de crise dans l’Europe du troisième millénaire ». A l’époque, mon manuscrit avait été refusé par les éditeurs d’essais auxquels je l’avais proposé (Albin, Flammarion, le Rocher). C’est L’harmattan, un éditeur vaguement gaucho et payant mal ses auteurs qui l’avait (courageusement) accepté.

Les rares journalistes ayant daigné y jeter un coup d’œil l’avait trouvé réactionnaire. Quelques experts attitrés, ès immigration, me riaient au nez, avec mes prédictions de charlatan.  « Misanthrope, Cassandre, oiseau de mauvais augure »: voilà ce que même mes amis, disaient de moi. « Un livre triste et pessimiste » me dit un ancien ministre que je connaissais.  Aujourd’hui, nous en sommes là. Ce n’est pas l’immigration en soi qui m’inquiétait, les mouvements de populations régulés, maîtrisés, organisés dans le cadre de politiques négociées dans le respect des personnes et des intérêts généraux.  Non, ce qui m’alarmait, c’était le grand chaos et la démission des Etats et des gouvernements sur le sujet dans un climat pression migratoire croissante, de déni, d’aveuglement, de lâcheté, et de valorisation des partis extrémistes pour diaboliser le sujet. Et cela ne fait sans doute que commencer. Mais à quoi sert-il d’avoir raison dans un climat écrasé par le grand bêlement conformiste?

Maxime TANDONNET

 

 

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Appel en faveur de l’enseignement de la philosophie

L’abaissement du niveau de l’intelligence collective, qui est le fruit du déclin vertigineux des enseignements du français (grammaire, littérature), de l’histoire, de la philosophie, des mathématiques, sur plusieurs décennies, est sans doute le drame fondamental, dissimulé ou ignoré de notre pays. Il procède d’une démarche plus ou moins consciente, visant à affaiblir, par le nivellement, les sources de l’esprit critique pour mieux asservir une nation au despotisme moderne sous toutes ses formes: instinct grégaire, conformisme, pensée unique, idolâtries, hystéries médiatiques, nihilisme, culte du narcissisme… Ci-dessous l’appel de M. René Chiche, professeur agrégé de philosophie et membre du conseil supérieur de l’Education.

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Chers collègues professeurs de philosophie, Monsieur le Ministre et cher Jean-Michel Blanquer qui voulez préserver et renforcer la philosophie dans l’enseignement, et à vous tous,

Si je me réjouis de voir fleurir ici les motions et là les pétitions ayant, par-delà les divergences d’opinion des uns et des autres sur tel ou tel aspect de la réforme ou de sa mise en œuvre, pour objet d’en réclamer la suspension et d’en appeler à une véritable consultation des professeurs, et si l’on peut raisonnablement espérer que cette mobilisation des professeurs de philosophie peut servir à d’autres pour prendre conscience des dangers que cette réforme du baccalauréat fait peser sur la qualité des enseignements, aussi bien que pour leur permettre d’user à leur tour de leur capacité à protester et à s’y opposer, je ne puis m’empêcher d’éprouver les plus vives inquiétudes concernant notre absence de position commune vis-à-vis de l’introduction d’un enseignement de spécialité en philosophie, dont il semble que certains d’entre nous, à commencer par l’inspection, aient approuvé à la hâte le principe sans s’aviser qu’il entrait en contradiction avec le fondement de notre enseignement depuis qu’il existe, à savoir son intrinsèque unité.

Par cette expression, je n’entends évidemment pas l’union tactique ou stratégique, toujours nécessaire, entre les professeurs du secondaire et ceux du supérieur, ni le rappel devenu un peu incantatoire de l’unité de l’enseignement et de la recherche, chose par ailleurs équivoque et susceptible d’interprétations plus ou moins faibles et fortes, mais bien l’unité de son enseignement sur le terrain, c’est-à-dire dans la classe, cette unité qui repose, pour le meilleur comme pour le pire, sur la responsabilité philosophique du professeur dont le cours est l’œuvre et par lequel seul un programme de notions peut avoir un sens, sauf à confondre les notions avec des têtes de chapitres ou, plus exactement, à les prendre pour des thèmes, des objets de discours existant et préexistant à un discours qui peut être philosophique comme il pourrait être historique, sociologique, politique ou que sais-je.

L’unité de l’enseignement, c’est d’abord l’unité de lieu et de temps de ce qu’on appelle la classe, chose qui n’est point faite mais est à faire et toujours à refaire, faute de quoi on peut certes parler devant un public ou un simple auditoire, mais non instruire des élèves. Prendre en charge une classe et entreprendre d’y enseigner la philosophie, c’est, toutes choses égales, pratiquer l’art royal de la dialectique, se heurter à la réticence des uns, s’appuyer sur la bienveillance des autres, et construire avec tous quelque chose qui ne se produira qu’une fois et ne se répètera jamais. Et c’est bien en ce sens que l’on peut dire du cours du professeur qu’il est une œuvre. Une œuvre, non son œuvre. L’œuvre commune du maître et des élèves.

C’est pourquoi la classe, entendue cette fois au sens administratif, est une condition essentielle à cette pratique de la philosophie : imagine-t-on des comédiens jouer une pièce de théâtre devant un public de passants ou devant une salle dont la moitié des sièges se vident au bout d’un quart d’heure pour être occupés par de nouveaux spectateurs prenant le train en marche ? Même un comédien établit un rapport avec son public, et ce rapport a besoin de toute la pièce qu’il joue pour se constituer. C’est encore plus vrai du rapport qu’un professeur établit avec ses élèves au cours d’une année. Tout ce qui contrevient à cette unité de temps et de lieu contrarie également ce rapport qui, à bien regarder, est proprement ce qu’on appelle enseigner. Inutile ici d’imaginer quelque posture magistrale dont on se moque parfois à bon compte, tant il est facile et sans intérêt de forger des caricatures pour s’assurer sur elles le triomphe de la simple raison ; non, ce rapport entre un professeur et ses élèves, dont je prétends qu’il constitue le tout de l’enseignement, peut connaître des hauts et des bas, des moments de grâce comme des échecs, des moments de parole magistrale ou de simple débat, et de manière générale le recours à tout ce qui se présente, à l’instar de la panoplie de ressources déployée dans les dialogues où Platon met en scène son Socrate.

Le premier effet de l’introduction d’un enseignement de spécialité, distinct de son enseignement commun, est de rompre cette unité et de rendre tout simplement impossible un tel travail. Seuls s’en réjouiront ceux qui, j’espère qu’ils sont rares, débitent un cours entièrement rédigé à un public réduit à n’être que l’auditoire passif de la prestation du professeur, chose qui instruit rarement et qui ennuie souvent. J’ai ailleurs insisté sur l’absurdité d’un enseignement de spécialité proposé dès la classe de Première à des élèves qui sont censés découvrir la philosophie en classe de Terminale avec d’autres n’ayant pas suivi une telle « initiation ». J’ai également déjà indiqué à quel point il est grotesque de prétendre enseigner la philosophie à raison de deux heures hebdomadaires (et je considère que cela est valable pour toutes les disciplines, dont le saupoudrage au cours de la scolarité est une hérésie contre-productive ; autant dire qu’on peut enseigner en dix minutes, comme d’aucuns s’en flattent en diffusant leurs prestations sur les ondes ou l’internet). Je parle ici de quelque chose de plus fondamental : même si cela dérange et que certains n’osent même plus le revendiquer, l’ambition de l’enseignement philosophique est bien d’apprendre à penser, et penser n’est pas ingurgiter des « connaissances » en provenance de sources multiples, penser est un exercice, celui des facultés les plus élevées de chacun, l’intelligence, la mémoire, la sensibilité. Qui a eu un professeur de philosophie sait de quoi je parle, et qui n’en a pas eu ne peut qu’être irrité par mon propos, mais il aura laissé tomber sa lecture bien avant, ce qui m’autorise à poursuivre : penser, c’est chercher. Penser, c’est revenir. C’est recommencer. Dans tous les cas, penser est cheminer (ce qui est le sens du mot méthode). J’ai par exemple cette année fait un cours sur la religion, de septembre à juin. Non que j’ai traité de la seule religion pendant dix mois, le moindre texte lu dès septembre contenant déjà toutes les notions du programme, mais au sens où c’est précisément du point de vue offert par la question initiale de la religion que se sont ordonnées toutes les questions posées ensuite. L’année précédente, le cours aurait pu s’intituler la république. Et l’année encore précédente, il s’agissait de la lecture. Pour un Lagneau, ce fut le jugement une année, Dieu une autre. A-t-on décidé que cette manière de faire était dorénavant interdite ? Qui pourrait le décider ? Même l’inspection ne le pourrait pas, sauf à trahir toute la tradition française de l’enseignement de la philosophie.

Et à vrai dire, il ne s’agit pas là simplement d’enseignement, il s’agit bien là de la philosophie, l’unité de l’enseignement étant la conséquence pédagogique de l’unité de la philosophie, qui n’est elle-même, comme le dit si bien Descartes, que l’unité de l’esprit qui s’applique à diverses matières. Que l’on se spécialise en philosophie, au sens où il s’agit de s’y consacrer, n’est évidemment pas contraire à la nature des choses, encore que même une telle occupation selon Descartes n’est pas sans risque de faire de nous des bavards professionnels capables seulement de parler vraisemblablement de toute chose sans y connaître sérieusement quoique ce soit. Mais l’on sait qu’une fois entré en philosophie, on ne peut plus en sortir et que c’est en philosophe que Descartes traite de physique ou de médecine. Qu’il y ait donc, à partir de l’enseignement supérieur, par exemple en khâgne, une « option philosophie », c’est-à-dire quelques heures de plus au cours desquelles on approfondira l’étude de cette immense discipline, que ce soit en lisant des textes spécifiques ou en étudiant des questions « pointues », cela n’est pas contraire à la nature des choses, je le redis. Mais qu’on prétende instaurer un tel enseignement au moment même où l’on commence l’étude de la philosophie est non seulement une absurdité, et à bien des égards une simple forfaiture, mais est surtout préjudiciable à l’enseignement philosophique dont on sape l’unité de la démarche avant même qu’elle soit mise en œuvre, entérinant ainsi le plus grave et néanmoins le plus répandu contresens sur le programme de notions qui réduit celles-ci à de simples thèmes dont pour le coup, il est vrai, on peut sans grand dommage distribuer l’étude entre plusieurs cours, plusieurs années et plusieurs professeurs, cours qui n’auront de rapport avec la philosophie, au sens le plus élevé et le plus exigeant du mot, que par homonymie.

Il me semble que ce sujet doit être abordé de façon sérieuse et déterminée, car une défense de la philosophie qui ferait l’impasse sur cette question principielle serait vouée à l’échec en raison de sa faiblesse intrinsèque, se bornant alors à paraître aux yeux du plus grand nombre comme une défense corporatiste d’avantages désuets devant être sacrifiés sur l’autel de l’inexorable marche en avant dont ce pouvoir aime tant se gargariser.

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Lecture: l’étrange défaite, Marc Bloch, Gallimard 1990.

Voici un grand classique que tout Français devrait avoir lu. Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que je viens juste de combler, la  nuit dernière, une grave lacune à ma culture générale…

Marc Bloch est né en 1886, dans une famille de confession juive. Ancien élève de l’école normale supérieure, il est agrégé d’histoire, fondateur, avec Lucien Febvre, des Annales d’histoire économique et sociale. Ancien combattant de 1914-1918, mobilisé volontaire en 1940, bien que père de six enfants, il a été le témoin direct de la débâcle. Grand résistant, il a été arrêté par la Gestapo et fusillé le 16 juin 1944. Son manuscrit a été sauvé de justesse par des proches à qui il l’avait confié.

Marc Bloch pointe la responsabilité directe des généraux dans  l’étrange défaite : « Quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe fut l’incapacité du commandement ». Pour lui, le désastre fut avant tout celui de l’intelligence: les militaires français n’ont pas su penser, anticiper, concevoir, les conditions de la guerre moderne: « En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, de nature intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. » Les stratège de l’armée française en sont restés, sur le modèle de batailles front contre front, 1914-1918, alors que les Allemands misaient sur les offensives éclairs, le mouvement. « Les Allemands ont fait une guerre d’aujourd’hui, sous le signe de la vitesse […] Nous n’avons pas su ou pas voulu comprendre le rythme, accordé aux vibrations accélérées, d’une ère nouvelle« . Selon Marc Bloch: « Ils croyaient à l’action et à l’imprévu. Nous avions donné notre foi à l’immobilité et au déjà fait. »

Pourtant, l’auteur ne limite pas les causes de la catastrophe aux carences de la pensée des stratèges de l’armée. Il met en cause le déclin intellectuel de la société française dans son ensemble dont celui des stratèges militaires n’est que le reflet. « Les états-majors ont travaillé avec les instruments que le pays leur avait fournis […] Ils ont vécu dans une ambiance psychologique qu’ils n’avaient pas toute entière créée. » Marc Bloch porte une accusation générale sur le pays dans son ensemble, dans les années 1920 et 1930. A vrai dire, nul ne trouve grâce à ses yeux: la presse, les fonctionnaires, les chefs d’entreprise, les  industriels, les syndicats de salariés, les politiques de droite et de gauche – à équivalence -, le peuple lui-même,  sont à ses yeux, tous à leur niveau, responsables du désastre. Le pays tout entier n’a pas voulu regarder la réalité en face, il s’est enfoncé dans le pacifisme et dans le déni. Il s’est enseveli la tête dans le sable.

Le point le plus fascinant de cet ouvrage: au cœur du désastre se trouve le déclin intellectuel de la France et notamment l’affaiblissement de l’enseignement de l’histoire (déjà!). L’histoire donne la vision en perspective qui permet de disposer du recul nécessaire face aux événements en cours et par là même d’en lire mécanisme, de les interpréter et d’anticiper: « Le passé a beau ne pas commander le présent tout entier, sans lui, le présent demeure inintelligible. Pis encore peut-être: se privant délibérément, d’un champ de vision et de comparaison assez large, notre pédagogie historique ne réussit plus à donner, aux esprits qu’elle prétend former, le sens du différent ni celui du changement. » Bien au-delà de la seule étrange défaite de 1940, ce petit ouvrage est une sublime source de réflexion générale sur notre époque… Honte à moi de ne pas l’avoir lu plus tôt…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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L’anéantissement de la politique française est-il inéluctable? (Figaro Vox)

Paru le 25 juin dans Figaro Vox:

L’anecdotique prend chaque jour une place croissante dans l’actualité intérieure française. A chaque jour sa petite phrase ou son micro-scandale: le tennis de la Lanterne, la piscine de Bregançon, le vol de 110 km du chef de l’Etat, sa leçon de politesse à un adolescent, ses petites phrases sur « la lèpre »ou le « pognon fou », les comptes de campagne, la nomination comme « chanoine », la fête de la musique à l’Elysée. Et quand l’attention médiatique s’éloigne de son obsession élyséenne, c’est pour replonger, ailleurs, dans le futile et l’accessoire: un tract qui ose formuler le nom « France » fait scandale, les cartons de Mme Calmels, les dédicaces de M. Hollande, … De fait, la provocation rythme la vie politico-médiatique. La polémique est banalisée au point de devenir la normalité. La politique française n’est même plus dans une logique de communication, qui suppose un message, mais dans une réalité virtuelle, un grand spectacle nihiliste.

L’insulte et la caricature y prennent une place grandissante. La France du bien, supposée jeune, moderne, accueillante et généreuse s’oppose à la « vieille France, raciste et homophobe » comme dit un chanteur, dans une guerre sans merci. La bonne conscience se déchaîne contre l’Italie et son gouvernement paria, qui a rejoint les autres maudits, le Royaume-Uni, la Pologne et la Hongrie, dans le camp du mal. Bientôt l’Allemagne? L’idée même de songer à maîtriser sa frontière – comme l’ont fait toutes les nations de la planète à toutes les époques de l’histoire – aux yeux des bonnes consciences françaises, est devenue insoutenable. La pureté généreuse, d’une part, et le mal réactionnaire, d’autre part, c’est-à-dire l’ange et la bête, se livrent quotidiennement à une guerre haineuse en toutes les occasions: l’Aquarius, la « fête de la musique » à l’Elysée, le projet de concert de Medine au Bataclan. Souvent, « qui veut faire l’ange fait la bête »: mais qui est encore capable d’entendre la fameuse pensée?

Le culte de la personnalité écrase tout sur son passage. La seule question qui compte: adorer ou détester l’occupant de l’Elysée. En dehors de ce sujet, plus rien n’existe. Quatre ans à l’avance, l’obsession présidentialiste bat déjà son plein, ronge les esprits. La sondagite se déchaîne. La vie politico-médiatique se réduit inexorablement à une question: la future élection présidentielle en 2022. Quel sera le prochain « sauveur providentiel » du pays à l’horizon de quatre ans? Une question qui déjà, écrase tout le reste. Le culte du chef n’a jamais été aussi puissant dans une France « d’en haut » qui, paradoxalement, vomit l’autorité. Il n’est rien d’autre que le masque du néant politique.

La vérité n’intéresse plus personne. Une partie de l’opinion publique s’extasie devant la « transformation de la France ». Au-delà des coups de menton, qu’est-ce qui a authentiquement changé, quelles sont les améliorations, réelles, concrètes intervenues dans le champ économique et social? Par-delà l’intoxicatio quotidienne, qui aurait l’idée, simplement, de se poser la question? Le chômage de masse, la croissance en berne, l’endettement public, le déficit commercial. Voilà les sujets dont nul ne parle plus. Où en est la société française, ses problèmes d’exclusion, de violence, de pauvreté, de communautarisme? Où en est le niveau intellectuel du pays après des décennies de saccage de l’enseignement du français, de l’histoire et de la philosophie? Qui oserait, aujourd’hui, se hasarder à poser de telles questions?

Jamais peut-être dans l’histoire moderne la coupure entre les élites dirigeantes, politiques, médiatiques, judiciaires, économiques, et la majorité silencieuse, n’avait été aussi profonde. Le thème de la France unie et indivisible a disparu, tant il sonne faux dans le contexte actuel. Un couvercle de mépris s’est abattu sur le pays. Il s’exprime dans les termes qu’utilisent ceux « d’en haut » pour parler de ceux « d’en bas »: les terreux, les populistes ou les sans-dents…

Mais le plus nouveau, le plus étrange, c’est l’absence de toute espérance d’une relève, d’une alternance possible. L’apathie et l’indifférence ont gagné les esprits. Le parti socialiste a quasiment disparu, pour l’essentiel reconverti en LREM, les Républicains se noient dans leur guerre des chefs, et plus personne ne croit sérieusement en l’avenir du lepénisme. Peut-on mettre fin à l’anéantissement de la politique française, restaurer le débat d’idée, la notion de démocratie et la conscience d’un destin commun? Dans les circonstances de désarroi collectif, 1794, 1870, 1940 et la Résistance, 1958 autour de de Gaulle, le salut vient d’un groupe de personnes qui choisissent de faire prévaloir l’intérêt général sur la maladie de l’ego et de s’unir pour lancer un signe d’espoir au pays. Mais nous n’en sommes pas là…

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Le service national universel ou l’absurdité d’un régime politique

On en revient toujours aux fondamentaux. La création d’un service national universel est une décision, de toute évidence, absurde. Le jeunes de 16 ans auront l’obligation de passer un mois en « internat ». L’idéologie sous-jacente: les forcer à « vivre ensemble ». Le service militaire de jadis avait un sens: préparer la nation à défendre son territoire. Aujourd’hui, cette mesure est privée de sens. Personne n’a la moindre idée de la manière dont ces jeunes seront occupés: sport? exercices de secourisme? simple colonie de vacances? La mesure est absurde, au sens philosophique du terme: vide de signification, sans objectif.  Elle est tout dans l’affichage, dans l’enveloppe, l’apparence: il faut montrer que l’on fait quelque chose. Elle dénote, une fois de plus, le mépris de la caste dirigeante pour la population: l’idée est de créer une contrainte bureaucratique pour les jeunes de 16 ans. Peut-être ont-ils mieux à faire: job d’été, études, voyage… Peu importe: des palais et bureau parisien, on sait mieux ce qui est bien pour eux. De fait chacun sait que l’effet « intégrant » d’un mois enfermé dans un internat, sera absolument nul. Il est mensonger de faire croire qu’on éduque ou rééduque une personne en un mois. Un mois enfermé en internat: quel peut être l’effet sinon de renforcer le dégoût envers la bureaucratie française? Cette mesure aura un coût astronomique: trouver les locaux, recruter l’encadrement pour des centaines de milliers de personnes – de fait toute une classe d’âge. 2 milliards par an selon le Figaro. Voilà bien à l’oeuvre l’idéologie socialiste et étatiste: faire le bien des autres, contre leur gré, en engendrant une contrainte bureaucratique absurde: dépourvue de sens. « C’est gratuit, c’est l’Etat qui paye ». Mais surtout, il faut y voir l’absurdité d’un régime politique à bout de souffle, le présidentialisme forcené, cette honteuse trahison de l’esprit de la Ve République. Toutes les démagogies sont permises pour être élu, à n’importe quel prix. Puis, comme la réélection est le but suprême, métaphysique, l’idéal absolu, la seule chose qui compte, par dessus toute considération d’intérêt général, est d’auto-sublimer l’image personnelle. Dès lors, il faut donner l’illusion de la réalisation des promesses de campagne qui ont permis de s’emparer du Graal élyséen. C’est ainsi que l’on met en place une nouvelle usine à gaz qui ne fera qu’aggraver la faillite d’une nation, autant sur le plan financier, intellectuel (l’absurdité) que mental… Comme cela est triste!

Maxime TANDONNET

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Le philosophe et la vérité

« Il n’y a pas de crise des migrants. Le solde migratoire est nul : la balance entre les gens qui quittent l’Europe et ceux qui arrivent est à peu près à 0 ». Ces mots sont du philosophe Bernard-Henry Lévy.  Tout le monde a le droit de penser ce qu’il veut sur la question de l’immigration. Il existe un courant dans l’opinion selon lequel les frontières doivent être ouvertes  sans limites, sans conditions, pour des raisons humanitaires, idéologiques, démographiques. En somme, ce courant proclame le droit absolu de chaque individu à s’installer où il le souhaite par delà toute considération de frontière ou de nation, sachant que les mouvements de populations, aussi considérables soient-ils, permettent à la vieille Europe moisie et pécheresse de se régénérer grâce à l’arrivée de l’homme nouveau en provenance du Sud. Cette option fait partie du débat démocratique. En revanche, il me semble qu’il est du devoir de l’intellectuel, presque par définition, de ne pas biaiser avec la vérité, les faits, la simple réalité.

Dire que le solde migratoire de l’Europe est nul n’est pas conforme à la réalité. De fait, chaque année depuis les années 2000, l’Europe au sens de l’UE, accueille environ 1 à 2 millions de migrants de pays tiers. Selon les derniers chiffres disponibles, en 2016, elle en a accueilli 2 millions. Rien ne permet d’affirmer que le même nombre de migrants repartent… D’ailleurs l’immense majorité des migrations vers l’Europe a un caractère familial ou d’asile qui implique un séjour durable ou définitif. Selon Eurostat, le nombre de « ressortissants de pays tiers » est passé de 19,8 millions le 1er janvier 2014 à 21,6 millions le 1er janvier 2017, soit un apport net de 1,8 million en 3 ans. En outre, sur ces mêmes trois années, 2,7 millions de personnes ont obtenu la nationalité d’un pays de l’UE (sortant donc automatiquement des statistiques de ressortissants de pays tiers).

« Eurostat: Migration: elle est devenue l’une des principales composantes de l’évolution de la population en Europe. Au cours des dernières décennies, les flux migratoires entre États membres de l’UE, ainsi qu’entre ceux-ci et les pays non membres de l’UE, ont eu un impact significatif sur la taille de la population dans la plupart des États membres. »

Je déteste la haine contre BHL qui s’exprime parfois, comme je déteste toutes les haines et tous les lynchages. Pour autant, en affirmant des choses qui sont de toute évidence, contraires aux faits, à la réalité, sur un sujet aussi sensible, il dessert la cause qu’il veut défendre et l’image des intellectuels, ou qualifiés comme tels, en France. Tout le monde a le droit de penser et d’exprimer toutes les idées qu’il veut; mais pas de proférer des contre-vérités, surtout aussi flagrantes.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Bregançon, expliquez-moi SVP

La polémique de ces derniers jours, dont tout le monde parle: le projet du président de construire une piscine dans la résidence présidentielle de Bregançon pour 30 000 euros. Ce que j’écris ci-dessous ne concerne pas, en aucun cas,  l’actuel président en particulier, mais l’institution présidentielle, tout chef de l’Etat français. Cette querelle de la piscine est-elle  complètement secondaire? Il paraît qu’elle permettrait d’économiser un coût équivalent en effectifs de gendarmerie qui veillent sur la baignade des présidents. La vérité: quel est le prix de cette résidence, le coût de son entretien, et de sa surveillance? Car enfin, en quoi les contribuables Français ont-ils à prendre en charge les vacances ou WE des présidents? Ils ont pour vivre le palais et le parc de l’Elysée, la Lanterne au château de Versailles. Tout ceci n’est pas qu’anecdotique, car cela reflète une mentalité profonde qui corrompt la France. Le rôle de tout homme public est de servir le pays, et non de se servir sur lui. Cette histoire de Bregançon, comme de la Lanterne, est contestable. Le chef de l’Etat, en République, est un citoyen comme un autre, avec la responsabilité de présider le pays. Il n’a pas à avoir de privilèges de ce genre pour son confort. Ce genre de privilège, financé par le contribuable, ne sert pas son autorité naturelle bien au contraire, il l’abaisse. Le Palais de l’Elysée, oui, car cela lui permet de recevoir des dirigeants étrangers. Mais les autres résidences sont un privilège incompréhensible, qui donne une image ambiguë au plus haut niveau: se servir sur le pays plutôt que de le servir, et cette image symbolique se répercute à tous les niveaux surajoutant à une société nihiliste ou chacun n’a pas d’autre préoccupation que de tirer la couverture à lui. Imaginez vous Mme Merkel ou Mme May, ou M. Conte, en vacances dans l’équivalent de Bregançon sur le dos des contribuables allemands, anglais ou italiens? Est-il cohérent, en termes d’exemplarité, d’exiger des efforts aux uns, ceux d’en bas, et en haut, de donner une image de prodigalité, avec l’argent des autres évidemment, celui des impôts? Décalage absolu entre la perception « d’en haut » et celle « d’en bas ». 30 000 euros, ce n’est rien pour permettre à M. Duchemol (le prochain après 2022) et à son épouse de bronzer tranquilles quelques heures par an. Mais oui, pour un jeune en CDD qui touche 1200 euros par moi ou un petit retraité à 1000 euros, en chute de pouvoir d’achat à cause de la hausse de la CSG, 30 000 euros, pour bronzette, c’est beaucoup, c’est énorme! Loyer d’un petit studio à Paris:800 euros par mois! Tout ceci, cette gigantesque fracture démocratique est dramatique…

Maxime TANDONNET

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La guerre de la Méditerranée

Les dirigeants européens se trompent sur la nature des événements en Méditerranée. Ils les voient comme une affaire d’asile et d’immigration. Or, nous ne sommes plus dans cette logique. La question essentielle n’est plus celle de personnes qui viennent en Europe, légalement, pour y travailler, y vivre leur vie de famille, ou, avec leur conjoint et leurs enfants, y chercher une protection face à des persécutions. Nous sommes au contraire dans une logique de guerre pour le contrôle de la Méditerranée. Des réseaux esclavagistes puissamment organisés sont en train de déstabiliser à la fois l’Afrique et l’Europe. Ces mafias criminelles mettent à profit la situation du continent africain et le désarroi d’une partie de ses populations, prises en otage, pour accumuler de gigantesques fortunes. Et face à cette réalité, les dirigeants européens qui ne voient rien, n’entendent rien, ne comprennent rien, se montrent d’un aveuglement et d’une lâcheté qui a peu de précédents historiques. Plus ils se déchirent, s’insultent mutuellement et plus ils refusent, par lâcheté de prendre leurs responsabilités. Nous assistons à une véritable débâcle de l’autorité politique en Europe. Les gesticulations, les coups de menton, les insultes ne sont rien d’autre que le signe du renoncement et de la lâcheté.

Plutôt que d’étaler leur impuissance et leur manque de courage face aux mafias esclavagistes, les grands Etats européens d’immigration devraient assumer leur responsabilité devant l’histoire en mettant en place une force navale et aérienne d’intervention collective pour frapper militairement et réprimer les réseaux esclavagistes qui saccagent le continent africain et déstabilisent l’Europe. Pour cela, il faut prendre la maîtrise des lieux d’embarquement qui sont des zones de non droit échappant à un pouvoir d’Etat. En parallèle l’Europe a la responsabilité historique de s’engager dans un plan massif de soutien au développement économique et social de l’Afrique, et de repenser sa politique migratoire pour favoriser les mobilités nécessaires  dans les deux sens, organisées en fonction des capacités d’accueil des pays de destination et des impératifs de développement des région d’origine, dans le strict respect de l’Etat de droit, du droit international et des lois européennes et nationales et de la protection des victimes authentiques de persécutions. Aujourd’hui, l’explosion politique de l’Europe, la poussée des haines nationalistes et de la violence sur tout le continent n’est rien d’autre que le produit de l’aveuglement et de la lâcheté des classes dirigeantes. Si rien n’est fait, l’Europe marche au désastre. L’histoire n’est-elle pas un éternel recommencement?

Maxime TANDONNET

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Pour une révolution copernicienne de la politique

Voici mes deux dernières contributions, pour Atlantico et pour le Figaro Vox. Peut-être reflètent-elles l’inquiétude profonde que m’inspire l’actualité politique. Parfois, le degré de médiocrité et de manipulation qu’elle atteint me laisse sans voix. L’Europe – la France – est confrontée, avec la crise migratoire, à l’un des plus grands défis de son histoire contemporaine, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et de la décolonisation. Mais à quoi assistons-nous? une nouvelle plongée abyssale dans le carriérisme obtus, les querelles de chefs, les manipulations, le grand-guignol médiatique, les pitreries grotesque, le culte du « je » maladif, évidemment de l’extrême gauche à l’extrême droite. A quoi servent les pitreries? A éviter de décider, de choisir, de gouverner, aujourd’hui comme demain. Le drame de la politique française, en incluant les extrêmes: on se moque des gens, on les traite comme des idiots qu’ils ne sont pas malgré le matraquage de la propagande officielle. Le système politique est bloqué, verrouillé: aucun moyen d’engager la responsabilité de ceux qui nous entraînent à l’abîme avant 2022. Et puis quelle alternative? Tout n’est que vanité ridicule, calculs personnels, mégalomanie, manipulations, dissimulations et mensonges, mépris des gens qui atteint un degré sans précédent historique. La France a besoin d’une révolution copernicienne de sa politique: vérité, courage, lucidité, désintéressement, modestie, intérêt général, démocratie, respect, intelligence. Dans une République et aussi dans une bonne monarchie d’ailleurs, les élus, du suffrage universel ou de la providence, ne sont rien d’autre que les humbles serviteurs du pays. Aujourd’hui, en France, il se servent, servent leur instinct de vanité, plutôt que de servir le pays. C’est le monde à l’envers. L’enjeu, c’est de le remettre à l’endroit et de les remettre à leur place: celle d’humbles serviteurs du pays le temps qu’il a besoin d’eux.

MaximeTANDONNET

 

 

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18 juin, une date sacrée

Silence sur le 18 juin. Avez vous remarqué à quel point la France d’en haut politico-médiatique fait silence  sur cette date clé de l’histoire contemporaine, l’entrée de la France dans la résistance au nazisme? Le 18 juin est une date sacrée, peut-être la date la plus importante de l’histoire contemporaine, synonyme d’honneur, de refus de la médiocrité et de la soumission, clairvoyance, de vision de l’histoire. Au fond, tout le contraire de notre époque. Je ne parle pas de politichiens, comme disait de Gaulle, qui oseraient se comparer à lui. Ceux-là sont bons pour la maison de fous. Mais je regrette cette absence de mobilisation pour rendre hommage à l’appel qui sauve l’honneur de la France, dans une période actuelle aussi profondément troublée.

Quelles leçons, à tirer aujourd’hui du 18 juin?

  • La force de la solitude absolue: le Général de Gaulle est totalement seul, accompagné uniquement d’un jeune diplomate, Geoffroy de Courcel, seul face à un pays de 40 millions d’habitants, presque tous non pas « pétainistes » mais dominés par un « lâche soulagement ». Il n’a pas de parti, pas de soutien, pas de clan, il est absolument seul, seul à avoir raison contre tous.
  • La victoire de la lucidité, de la vision: l’attitude de De Gaulle se fonde sur son analyse de la situation planétaire. Quasiment toute la France, ses stratèges militaires, ses maîtres-penseurs, intellectuels, politiques, grands esprits, sont absolument persuadés de la victoire certaine de l’Allemagne. Lui, avec une vision hors du commun, à la fois stratégique et prophétique, se projette dans le futur, anticipe sur l’entrée en guerre contre l’Axe des puissances américaine et soviétique, puis de l’ensemble de la planète.
  • L’audace sans limite: le Général rompt avec toutes ses attaches, son passé, le cadre de la discipline militaire auquel il a jusqu’alors voué sa vie. Il brave la condamnation à mort par le régime de Vichy. Il est insulté, accusé de toutes les horreurs possibles, de trahison, d’être un rénégat, un « général félon » à la solde de l’Angleterre. Pourtant, il tient bon, contre toutes les forces du conformisme, se fiant à sa seule intuition.
  • La puissance de la foi: il y a une part de mystique religieuse dans l’attitude du Général, il pense être appelé par la providence, accomplir une mission d’essence quasi divine au service de la patrie (dans ses écrits de jeunesse, il avait anticipé une situation similaire à celle qu’il vit et se voyait déjà appelé à rendre un « service signalé à la France ».)
  • La victoire du sens de l’honneur: quand tout s’effondre, quand à l’évidence, tout semble perdu, quand le monde se précipite dans l’abîme, il reste toujours une petite lueur à laquelle il faut rester fidèle, celle de l’honneur. C’est elle qu’il faut suivre dans ces moments. Nous y sommes aujourd’hui.

VIVE DE GAULLE! VIVE LA FRANCE!

Maxime TANDONNET

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Histoire: 7 mars 1936, le réarmement de la Rhénanie

La crise du 7 mars 1936 marque un basculement dans l’histoire de l’Europe, peut-être même de l’humanité. A l’époque, les démocraties  Française et britannique conservaient encore une nette supériorité militaire sur l’Allemagne hitlérienne. L’armée allemande disposait de 480 000 hommes mais subissait le handicap d’un lourd déficit en nombre d’officiers susceptibles de mener les troupes au combat : 4 300 officiers. La France pouvait aligner plus de 510 000 combattants – hors mobilisation générale – et les Britanniques 280 000 (Jean-Baptiste Duroselle, Histoire diplomatique, de 1918 à nos jours, Dalloz 1981)

Malgré les progrès fulgurants du réarmement allemand engagé par Adolf Hitler dès son accession au pouvoir trois ans auparavant, le niveau d’équipement de la Wehrmacht était alors bien loin d’avoir rattrapé celui de l’armée française, en matière de chars, d’artillerie, d’aviation et très largement inférieur à celui de l’alliance franco-britannique. En outre, l’Allemagne hitlérienne n’était pas encore l’alliée indéfectible de l’Italie mussolinienne. 

Le traité de Versailles du 28 juin 1919 prévoyait , parmi les clauses essentielles à la sécurité de la France, le désarmement total d’une zone tampon entre la France et l’Allemagne: la Rhénanie, rive gauche et une partie de la rive droite du Rhin, sur 80 km. Quelques années plus tard, l’Allemagne confirmait son engagement à respecter cette démilitarisation d’une partie de son territoire dans le cadre du traité de Locarno, le 1er décembre 1925, négocié par Aristide Briand et le chancelier Stresemann. 

Le 7 mars 1936, un samedi matin, en violation du droit international, le Führer décide la réoccupation par l’armée allemande de la Rhénanie, foulant au pied une garantie essentielle sur laquelle reposait la sécurité de la France. Le gouvernement était alors dirigé par le radical-socialiste, Albert Sarraut (centre-gauche) et le ministre des Affaires étrangères n’était autre que le leader de l’Alliance démocratique (centre-droit), Pierre-Etienne Flandin.

Deux conseils des ministres sont réunis en urgence. A l’issue de celui du samedi 8 mars, le président du Conseil déclare solennellement et fièrement à la radio: « Nous ne laisserons pas Strasbourg sous le feu des canons allemand !» Le lendemain, le gouvernement se déchire sur la conduite à tenir. Quelques ministres, dont Yvon Delbos radical, Georges Mandel (Alliance démocratique), réclament une intervention militaire. La majorité hésite. Le radical-socialiste Georges Bonnet en charge du commerce et de l’industrie, préconise une issue pacifique. Flandin se range à son point de vue.

L’intervention du ministre de la Guerre, le général Maurin, s’avère décisive : une action militaire n’est, selon lui, possible que sous deux conditions : une opération conjointe avec la Grande-Bretagne et une mobilisation générale. Or, sur le premier point, le cabinet britannique dirigé par le conservateur Baldwin exclut toute action militaire. Et sur le second, comme le raconte Jean-Baptiste Duroselle  : « Cette demande provoque un tollé au Conseil des ministres: la mobilisation générale, à six semaines des élections, c’était une folie! ». Le gouvernement se contente donc de mesures symboliques, notamment de lancer un « appel aux signataires de Locarno» et de saisir la SDN. Dans la presse et la classe politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite incluses, l’indifférence, teintée de soulagement, est l’attitude la plus commune.

Il s’est avéré par la suite que l’opération lancée par Hitler relevait du coup de bluff et qu’en cas de réaction musclée de la France, le chef nazi eût retiré ses forces de Rhénanie: des ordres en ce sens avaient été donnés par avance. Sa progression eût été stoppée tout net: il ne serait plus jamais apparu aux Allemands de l’époque comme une sorte de demi-dieu invincible. Dans cette hypothèse, la possibilité d’un coup d’Etat militaire en Allemagne, mettant fin à sa course criminelle, est avérée. Le cours de l’histoire en eût sans doute été tout autre… Une étape décisive dans l’engrenage fatal qui conduit à l’apocalypse de 1939-1940 venait ainsi d’être franchie, dans un indescriptible climat de démission. Arrogance impuissante, indécision, médiocrité, aveuglement, lâcheté…  Et si je vous dis que 82 ans plus tard,  rien n’a changé? 

Maxime TANDONNET

 

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Profanation?

Le 13 novembre 2015, les terroristes islamistes ont commis un épouvantable massacre au Bataclan. La France a connu ce jour l’une des pires tragédies de son histoire depuis la deuxième guerre mondiale. Il est question, au nom de la liberté d’expression, de permettre au rappeur Medine, qui a chanté,« Crucifions les laïcards comme à Golgotha », de donner un spectacle dans cette salle. Profanation, sacrilège, les mots ont-ils un sens? Ce sont les parents des 90 jeunes martyrisés  dont les larmes ne sècheront jamais, qui devraient avoir leur mot à dire. Profanation, sacrilège, oui bien sûr, mais personnellement, c’est aussi autre chose qui me choque. Si ce concert à  lieu, ce sera bien le signe supplémentaire de la déliquescence totale, la décomposition radicale de notre société, de la démission généralisée, l’empire de la lâcheté et de la trahison, la crétinisation absolue par l’oubli, deux ans et demi, et déjà oublié, le despotisme de la table rase, la course à l’abîme. La liberté d’expression n’est pas en cause: il peut chanter partout ailleurs. La question, c’est le caractère sacré du Bataclan, où 90 personnes ont été martyrisées. Disons qu’un concert, de la part d’un chanteur ayant appelé à « crucifier les laïcards », sur le lieu même du martyr, aurait un caractère de monstruosité. Merci à ceux qui l’ont dénoncé. Est-ce que cela sera suffisant?  Attendons de voir ce qui a se passer.

Maxime TANDONNET

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Que cherche M. le président?

Mon propos de ce jour est dans le cadre de mon activité d’universitaire (culture générale en master 1 à l’UPEC) et les suites d’une réflexion sur la présidence de la République engagée avec l’ouvrage ci-joint. Il est d’une parfaite correction et d’un irréprochable respect envers le chef de l’Etat élu des Français.

Que cherche M. le président? Hier, est survenu un événement sans précédent je crois. Une vidéo le montrant en pleine réunion des ministres, au salon vert de l’Elysée, parlant à ses ministres, a été largement diffusée. Elle émanait de son service de communication, semble-t-il, donc ce n’était pas un enregistrement volé. C’est là que la président Macron a déclaré: que les minima sociaux « coûtent un pognon fou ».

Cet incident m’a intrigué.. Le salon vert, dans le système actuel, est le lieu sacro-saint du pouvoir, une salle de réunion adossée au salon doré, le bureau du président, le lieu où le chef de l’Etat  et son gouvernement se réunissent pour arrêter les décisions de politique nationale et internationale. Quand je travaillais avec Sarko, à l’Elysée, les photographes prenaient quelques clichés, puis se retiraient du salon vert avant le début de la réunion. Qui dit pouvoir, dit secret. Si les délibérations gouvernementales précédant une décision s’effectuent dans la transparence absolue, elles perdent leur sacralité et leur autorité.  Le public n’en retiendra que les arguments défavorables et les divisions que leur adoption a suscités.

La divulgation volontaire de travaux du salon vert a un caractère symbolique fort, elle marque une révolution dans la conception du pouvoir politique. La question n’est plus de gouverner, d’agir sur le monde réel et le quotidien des Français. Elle est de sublimer un personnage, de vendre au public un spectacle, une mise en scène. « Un pognon fou ». La phrase provoque un émoi, favorable à droite, défavorable à gauche. Mais la pauvreté, le chômage, l’exclusion, s’aggravent tous les jours et ces propos n’y changeront rien. La parole polémique est là pour couvrir le néant, l’impuissance, le renoncement. Une partie de l’opinion de droite est contente et approuve. Ceux-là disent que le président « accomplit les réformes qui n’ont jamais été faites auparavant ». Mais ils sont absolument incapables de citer une seule réforme importante susceptible d’avoir eu le moindre impact réel, concret, efficace, sur la vie économique et sociale de la nation et des résultats. La dernière réforme authentique et courageuse dans ce pays, fut la retraite à 62 ans, en 2010. Depuis, il n’y a jamais eu de réforme autre que de renoncement nuisible ou d’esbroufe.

Nous voyons la stratégie du pouvoir élyséen actuel: rompre les amarres à gauche, d’où il vient, pour gagner les cœurs à droite. La transmutation est en cours, l’impopularité à gauche bat tous les records. Elle est définitive: on brûle les vaisseaux et d’ailleurs, on ne revient jamais en arrière en termes d’image. A droite, la popularité est fragile: elle repose sur une sensation, des petites phrases, une impression. Elle n’a rien à voir avec une politique, au sens noble du terme, action pour le bien commun de la cité, tournée vers des résultats.  La fuite en avant va se poursuivre voire s’accélérer. Un jour, à la faveur de tel ou tel incident, l’illusion va se lever, la bulle se crever et l’effondrement d’un système sera vertigineux. Logiquement, en 2020, cette cassure pourrait se traduire par la dissolution de l’Assemblée nationale, dont la majorité est largement composée de socialistes retapés, d’un coup de pinceau hâtif, en opportunistes, au sens électoral et historique du mot.

Seule une révolution des mentalités, de l’intelligence collective, de la lucidité d’un peuple peut sortir la France de l’impasse. Il faudrait que les Français ouvrent les yeux. Le système est stupide, archaïque, monstrueux de bêtise. Il repose sur la sublimation d’une idole médiatique pour masquer tout le reste: l’effondrement de l’Europe et la désintégration de la France, l’impuissance publique qui atteint un niveau historique. Mélenchon, Hamon, Macron, le Pen, ou autres, sont exactement de la même catégorie: celle des néons destinés à aveugler la nation. Plus personne ne gouverne rien, ne dirige rien. Tout n’est que paraître, frime, gesticulation. Le salut ne peut venir que des entrailles de la nation, de la résurrection  de son intelligence  collective, aujourd’hui anéantie. Sortir du despotisme narcissique et impuissant pour replacer le bien commun, l’intérêt général, la res publica, la chose publique, l’action au service de la nation, au premier plan de politique. C’est une révolution de l’intelligence collective qui est nécessaire. Elle commence par la base. Bien sûr il faut des leaders, non pour pavoiser, mais pour animer et coordonner cette révolution des mentalités. Rien n’est possible sans le retour à la lucidité de la nation. C’est là que tout se joue.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Tribune pour le Figaro

La polémique ne passe pas. Elle a commencé fin mai 2018, et persiste dix jours plus tard. Le slogan d’un tract des Républicains, « Pour que la France reste la France », a soulevé un vent d’indignation. Les critiques proviennent essentiellement de la formation elle-même, y compris de ses plus hauts dignitaires. Les oppositions idéologiques à LR, dans la presse, les médias et les autres partis, se gardent d’en rajouter: le travail de sape interne est largement suffisant: Ils s’entretuent fort bien entre eux. Les citer, les uns après les autres, en pleine opération d’autodestruction, suffit amplement à leur malheur…

Les critiques se focalisent sur deux points. Le message serait, selon ses détracteurs, dans une logique de « surenchère frontiste ». Un refrain qui scande la vie politique française depuis des décennies: en l’absence d’argument, il suffit d’assimiler toute parole déviante avec « les idées du front » pour en discréditer l’auteur. Mais en l’espèce, cette méthode de dénigrement se heurte à une impasse: le même slogan a été utilisé à maintes reprises par d’autres, y compris par le parti socialiste en 2016!

Alors, la diatribe se concentre, en outre, sur la prétendue stupidité de la formule, qualifiée de « bébête », « simpliste », « idiote ». Pourtant, la critique qu’elle suscite ne brille pas non plus par l’intelligence. En vertu d’une certaine vision de la France, ouverte et moderne, il serait scandaleux de souhaiter que « la France reste la France. » Mais dès lors que la France est belle, en quoi est-il choquant qu’elle veuille rester elle-même? Et que dire de la cohérence de responsables politiques, se revendiquant de l’appartenance à un courant politique issu du gaullisme, et choqués par le principe d’une « France qui reste la France »?

La querelle, à la fois surfaite et disproportionnée, en dit long sur long sur l’état de la vie politique française.

Le guerre des chefs et la chasse à l’homme sont à l’oeuvre. De polémique en polémique, la priorité absolue des adversaires de Laurent Wauquiez consiste à diaboliser ce dernier, l’affaiblir pour en faire un paria et provoquer sa chute. L’enjeu ne se situe pas sur le plan du débat d’idées. Lors des primaires de 2016, tous les candidats LR partageaient une vision commune sur la nécessité d’améliorer la maîtrise de l’immigration, de lutter contre le communautarisme et l’insécurité, thèmes qui inspirent l’actuel président de LR. L’ensemble des responsables LR sont pleinement d’accord sur la nécessité d’apporter des réponses aux préoccupations grandissantes des Français sur ces sujets fondamentaux.

Non, la querelle est purement carriériste: abattre Wauquiez pour prendre sa place. Elle illustre, plus généralement, la violente déchéance d’une vie politique française qui, de l’extrême gauche à l’extrême droite, se limite de plus en plus à des affaires d’ego narcissiques, ballotés entre idolâtrie et lynchage. Le culte de la personnalité, quintessence d’un abrutissement collectif, est en train de tuer la politique au sens noble du terme, la démocratie, la notion de vérité, le débat d’idées en vue du bien commun.

Autre leçon de cette polémique absurde: le champ de l’expression admissible ne cesse de se restreindre. L’idéologie post nationale, dominante dans les élites dirigeantes ou influentes, se développe en opposition à la nation et tout ce qui s’y rattache, une histoire, une langue, un Etat, des frontières, une solidarité. Au fil du temps, invoquer la France, une France qui veut rester la France, devient une attitude suspecte de nationalisme obtus et de repli identitaire. Il faut donc voir, dans cette réaction hostile au tract polémique, la force du conformisme, l’impératif de penser correctement, éviter d’être considéré comme « populiste », l’infâmie suprême. La polémique illustre l’abîme entre la France dite « d’en haut », politique, médiatique, intellectuelle, et la majorité silencieuse. 79% des Français sont fiers d’être Français (contre 19%) selon le sondage CEVIPOF sur la confiance (2016). Quatre cinquièmes des Français veulent donc, en toute logique, que la France reste la France.

Que faut-il souhaiter pour l’avenir de la France? Que les dirigeants LR – le seul parti susceptible d’offrir une solution d’alternance raisonnable et ambitieuse, répondant à l’attente des Français sur leurs graves sujets de préoccupation – en finissent avec les querelles de cour de récréation, avec l’obsession présidentialiste qui atteint, quatre ans à l’avance, les sommets de la mégalomanie et la certitude de défaites électorales futures; qu’ils privilégient les idées et le projet sur les slogans ou les polémiques, et qu’ils donnent l’exemple d’un collectif uni et motivé par un seul but, le bien de la France et la préparation de son destin face aux gigantesques défis d’un monde en pleine déstabilisation. 79% des Français, fiers d’être Français, le leur demandent.

 

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Les dangers d’une compromission

Voici ma dernière contribution au Figaro Vox. Les appels à une alliance entre Les Républicains et la République en marche en vue des municipales me révulsent, presque autant que les appels à une compromission avec le lepénisme. Laissons de côté l’aspect détestable des magouilles politiciennes, dans une ambiance où tout n’est que trahison, retournements de veste, mensonge, gavage des cerveaux et mépris des gens. Ce qui me choque encore plus, c’est la bêtise, le refus d’ouvrir les yeux. Nous allons sans doute vers des temps difficiles. Le monde marche vers une situation chaotique: retour du protectionnisme américain préparant une grave crise économique et financière; mouvements migratoires hors de contrôle; fanatisme et terrorisme jihadiste répandus dans la nature et risque d’un bain de sang à venir. Dans peu de temps, un an, deux ans, il est vraisemblable que le rejet du pouvoir actuel sera dramatique. Donc la France aura besoin une opposition crédible et puissante pour ramasser les cendres de l’autorité et reconstruire le pays. Si les Républicains ne sont pas capables d’offrir, collectivement, une solution d’alternance ambitieuse et réaliste, fondée sur le bien commun, l’intérêt général, dans un rejet ferme et absolu de la tentation narcissique et vaniteuse qui empoisonne la vie politique de ce pays, comme aux heures les plus sombres de l’histoire, nous verrons débarquer le mal absolu sous le visage de l’extrémisme.

Maxime TANDONNET

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Sur fond de retour des périodes électorales, notamment des municipales de 2020, des rumeurs de rapprochement entre les Républicains (LR) et la République en marche (LREM) commencent à se répandre. M. Christophe Castaner, délégué général de LREM, a lui-même ouvert la perspective d’ alliances de ce type.

Cette démarche n’a rien de suprenant dans la politique moderne. Elle reflète la disparition du débat d’idées et de projets, au profit d’une vision de la politique dominée par l’obsession narcissique: brouiller les pistes en 2020 pour préparer au mieux les présidentielles deux ans plus tard. Une partie des troupes de LR devrait être tentée de répondre à cette main tendue qui aurait l’avantage de garantir la préservation ou la prise de nombreuses mairies dans le cadre d’une sorte de Yalta électoral: à nous l’Elysée et le Palais Bourbon, à vous les mairies et le Sénat.

Pourtant, au-delà des avantages apparents et immédiats qu’elle offre, cette formule serait suicidaire pour LR et dramatique pour la France.

Tout d’abord, les Français ont horreur des arrangements politiciens. Une telle manoeuvre serait ressentie comme attentatoire à la démocratie. Elle priverait les électeurs, une fois de plus, d’un choix de société, donnerait le sentiment que les deux partis, organisés en force centrale, n’ont d’autre préoccupation que de se répartir les fromages. 87% des Français ont une image négative de la politique actuelle (CEVIPOF) et plus de 50% se sont abstenus aux législatives de 2017, un record absolu. Comment creuser encore davantage la fracture entre les élites dirigeantes et le peuple? Comment détourner encore plus les Français du suffrage universel?

La succession des sondages défavorables pour LR depuis le début de l’année ne préjuge en rien du futur. La solution d’une entente avec LREM serait un choix de courte vue. Les perspectives d’avenir pour le pays, dans son environnement européen et international, devraient au contraire inciter les dirigeants de LR à s’opposer clairement à toute forme de compromis.

La position de LREM est en effet d’une extrême fragilité et LR n’a aucun intérêt à prendre le risque de se laisser entraîner dans la chute d’une force centrale à laquelle elle serait associée. LREM repose tout entier sur l’image présidentielle. Or, tout laisse penser que celle-ci est en voie d’effritement. Perçue comme froide, auto-centrée, éloignée des Français, indifférente au sort des plus faibles (retraités, handicapés, victimes de la pauvreté), elle se maintient à flot par un soutien paradoxal d’une partie de la droite, impressionnée par la dureté des mouvements sociaux qu’elle attribue à la « fermeté » sur certaines réformes. Une déception sur les fond des réformes et sur les résultats obtenus, dans les mois ou années à venir, peut entraîner une effondrement dramatique et généralisé de la confiance dans le pouvoir en place.

Le mouvement de l’histoire ne joue pas en faveur de LREM. Son idéologie est axée sur une identification intégrale au système bruxellois. Or, après le Brexit, le désastre de la libre circulation Schengen, les crises grecque, polonaise et hongroise, espagnole aujourd’hui italienne, les réserves allemandes face aux perspectives françaises d’un renforcement bureaucratique, un climat de révolte populaire généralisé, cette vision technocratique de l’Europe est à contre-temps de la marche du monde et de toute évidence vouée à l’échec. L’avenir appartient bien au contraire à la créativité et à l’audace de ceux qui accepteront l’idée d’une refonte de l’Europe sur le respect des démocraties nationales.

La France est aujourd’hui exposée à de graves tensions, voire au risque d’une déstabilisation, liées à la poussée des flux migratoires illégaux, au communautarisme, à la menace du terrorisme djihadiste, dans un climat d’aveuglement et de conformisme qui a peu de précédent historique. A cela s’ajoute la perspective d’un ralentissement économique voire d’une nouvelle crise, probable dans les années qui viennent alors que le pays n’est jamais sorti du chômage massif et de la morosité. C’est pourquoi, au-delà des intérêts de personnes et de la course aux satisfactions de vanité, fléau de la politique française, ce pays a besoin d’une opposition crédible au pouvoir actuel et susceptible d’assurer la relève. Il serait désastreux d’abandonner le monopole de l’opposition aux Insoumis ou à l’inverse, au lepénisme. La possibilité d’une alternance à la fois ambitieuse et raisonnable est la condition absolue de survie la démocratie et, dans un pays qui étouffe, du retour de l’espérance.

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LR: « Pour que la France reste la France »

ENTRETIEN AVEC LE SITE ATLANTICO

1 Dans un sondage IFOP du 18 avril, Laurent Wauquiez se positionnait timidement à 8%. Et alors que les divergences internes se multiplient, le tract polémique « Pour que la France reste la France » a relancé les accusations de droitisation du parti. Si les détracteurs évoquent une connotation proche du FN,  certains rappellent que cette formule a déjà été utilisée par le passé. François Mitterrand, Nicolas Sarkozy et même Emmanuel Macron ont pu faire usage. Comment analysez-vous la polémique autour de ce tract ? Peut-on y voir une certaine dérive de la droite d’aujourd’hui ?

Il y a clairement une idéologie dominante post nationale qui n’est pas favorable à la nation et tout ce qui s’y rattache, un Etat, des frontières, une solidarité. La France est considérée comme un cadre dépassé, ringard, passéiste. Pour les élites dirigeantes, l’avenir se joue au niveau de l’Europe et de la planète, mais le cadre national est lui-même dépassé. D’ailleurs, il est incompatible avec un principe central de la modernité, l’individu roi, sans frontière, sans racine, sans communauté de rattachement. L’idée nationale était jadis de gauche. Elle a été délaissée depuis plusieurs décennies par les partis de gouvernement et les hommes politiques, qui l’ont abandonnée aux formations anti-systèmes. Il faut donc voir dans cette réaction au tract polémique la force du conformisme dans les milieux influents ou dirigeants, l’impératif de penser comme tout le monde, éviter d’être populiste, l’infâmie suprême, de paraître moderne, et pour cela mépriser une idée en voie de diabolisation, celle de nation. Mais cette vision idéologique est l’affaire des élites influentes ou dirigeantes. Elle ne concerne pas la majorité silencieuse qui reste attachée à la nation comme le montre le sondage CEVIPOF sur la confiance (2016) : 79% des Français sont fiers d’être Français (contre 19%).

2 « Dans l’entourage de Laurent Wauquiez, « on cherche encore ce qui est choquant. » » Peut-on lire dans le JDD du 03 juin. Pensez-vous que cette formule aurait moins choqué quelques années auparavant (dans la bouche de Nicolas Sarkozy par exemple). Qu’est-ce qui a changé ?

Il faut aussi prendre en compte le contexte politique. A l’intérieur du camp Les Républicains, les guerres des chefs continuent à faire rage en vue de la prochaine élection présidentielle. Derrière la polémique interne on retrouve la chasse à l’homme, la volonté de faire chuter Wauquiez, en tout cas d’abîmer son image. Et puis plus généralement, on sent bien ce qui va se passer dans les années à venir. Il y aura une collusion des élites dirigantes ou influentes, dans leur majorité, pour s’acharner sur LR et éviter sa renaissance. Le rêve des milieux dirigeants ou influents: limiter la vie politique à un affrontement entre l’actuel président et les partis anti-systèmes de droite comme de gauche. Quatre ans à l’avance, ils pensent, à tort, assurer ainsi à coup sûr l’élection de leur champion en 2022 ce qui est un calcul hasardeux… Dès lors, nous sommes aujourd’hui dans la logique d’une chasse permanente contre LR et tout sera prétexte pour affaiblir et abattre la seule opposition ayant de prime abord une chance raisonnable de provoquer une alternance. Le moindre geste, la moindre parole donnera lieu à un procès en sorcellerie. Ce contexte politique est évidemment pour quelque chose dans cette polémique absurde. Mais ce ne sera pas la dernière.

3 Quelles sont les répercussions possibles à court terme et à plus long terme sur la vie de ce parti ?

Il faut voir, selon la réaction des dirigeants de LR. Si le procédé d’intimidation fonctionne, le risque serait de voir l’équipe actuelle renoncer à défendre la nation, les frontières, l’autorité de l’Etat, tous ces principes désuets et maudits, pour se fondre avec l’idéologie post nationale. Dès lors, l’échec sera inévitable. Ce qui peut distinguer les Républicains de LREM, c’est justement de s’appuyer sur l’idée nationale et sur l’attachement sans honte à la France. Si les républicains renoncent à parler de la France, ils seront inévitablement broyés entre LREM et le parti lepéniste. Leur véritable chance est bien au contraire de ne pas céder à l’intimidation et de revendiquer haut et fort la fierté d’être Français, en se situant à la rencontre d’une France fière de son histoire, de sa culture de sa langue, mais aussi d’une France ouverte sur la modernité, les technologies, le rayonnement international. La France des Républicains devrait être celle qui protège les Français contre l’instabilité planétaire et assure leur destin commun. Tendre la main au 79% qui sont fiers d’être Français: ce devrait être la ligne de conduite de LR nonobstant tous les obstacles qui seront mis sur son chemin.

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