Sur l’En-Marchisme post covid 19 (pour Atlantico, en tandem avec M. Benoît de Valicourt)

#1 : Dans le Journal du Dimanche publié hier, Gérald Darmanin évoque une politique pour le peuple et Elizabeth Borne appelle les patrons à s’engager pour l’écologie. Mais où est la cohérence globale du discours dans la macronie ? 

Le macronisme se définit comme à la fois de droite et de gauche. Il s’identifie à l’air du temps, aux valeurs dominantes dans les élites médiatiques, universitaires, économiques et financières occidentales, aux grands thèmes à la mode. Il est écologiste, comme le montre la réception de Greta Thunberg à l’Elysée. Il pousse le discours européiste à son plus haut niveau, prônant une souveraineté européenne. Il se montre fondamentalement globaliste et post frontière, fustigeant la « peste » nationaliste, refusant de rétablir les frontières nationales face à l’épidémie de covid19. Il se réclame du libéralisme économique à travers des mesures comme la réforme de l’ISF. Il se rattache aussi au libertarisme sociétal à travers son soutien à la PMA et ses ambiguïtés sur la GPA. Mais depuis le début, le macronisme, c’est aussi une méfiance envers le peuple, la « vile multitude » comme disait Thiers. L’imaginaire macroniste oppose les élites éclairées, post-frontières, mobiles, au « mal » populiste incarné par le gilet jaune.

#2 : Les députés LREM s’engagent à gauche comme à droite sans se tenir à une certaine identité politique. Quel est le centre de gravité de cette majorité ? 

Le centre de gravité de cette majorité, c’est l’allégeance à un homme, un personnage, Emmanuel Macron lui-même. Le macronisme est avant tout le service du président de la République qui l’a créé de toute pièce et auquel il doit absolument tout. Il est entré dans une période de turbulence. En effet, dès lors que la vie politique se ramène avant tout, non pas au service d’un idéal ou d’une conviction, ou de l’avenir d’une nation, mais au culte d’un homme, la réélection de celui-ci devient la fin ultime en soi. Or, nous voyons bien à deux ans des élections présidentielles, que cette réélection n’est pas assurée. Dès lors le président Macron s’efforce de fracturer le carcan idéologique défini ci-dessus par des gestes emblématiques. Il tend la main à gauche, en laissant faire la création d’un nouveau groupe parlementaire. Mais suivant le dogme fondamental du « en même temps », depuis quelques semaines, il ne cesse de brouiller les pistes en lançant des signaux à des personnalités représentatives de tout ce que l’idéologie macroniste vilipende : appel à Eric Zemmour après son agression, réouverture du Puy-du-fou, visite au professeur Didier Raoult, appel de Jean-Marie Bigard… Ces transgressions spectaculaires, toujours très médiatisées, manifestent le désir de s’arracher aux fondamentaux du macronisme, de brouiller les repères et provoquer une nouvelle vague de chaos politique ou idéologique autour de lui dont son propre culte de la personnalité sortirait renforcé en vue de 2022.

#3 : Gerald Darmanin, toujours dans le JDD, condamne sans appel les discours de Marine Le Pen mais il est incapable de dire en quoi elle est « indigne » ou « inepte ». Les mots employés par les ministres ou députés de la majorité ont-ils une consistance autre que marketing ?

Darmanin, comme le macronisme en général, ont un besoin vital de lepénisme. Il est par excellence la figure « maudite » qu’ils désignent comme le mal politique. En parlant de lui, ils le relégitiment en permanence comme leur adversaire privilégié. Argumenter point par point en expliquant pourquoi ils condamnent le lepénisme n’a aucun intérêt à leurs yeux. Ce dont ils ont besoin, c’est de la figure de l’épouvantail à combattre, sur laquelle bâtir l’image du héros. Le macronisme est avant tout un anti-lepénisme. Tous deux sont les faces opposées d’une même pièce de monnaie. Le macronisme parie sur une victoire au second tour des présidentielles grâce au renouvellement du duel contre son adversaire de 2017. Oui bien sûr, tout cela relève du marketing politique ou du grand spectacle narcissique. C’est 2022 que l’on prépare et rien d’autre. On est à mille lieues des grands sujets de préoccupation des Français, chômage, violence, maîtrise des frontières, pauvreté, école, hôpital … Or, les Français sont bien plus lucides que ne le pensent les dirigeants politiques et ressentent avec beaucoup de désarroi et de malaise cette fuite dans les limbes.

 

 

 

 

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Le résultat occulté

Une chose m’avait interloqué, à l’issue du premier tour des élections municipales: l’occultation des résultats globaux. A l’issue de chaque élection nationale ou locale, le soir même, les écrans de télévision abondent d’estimations sur les rapports de force politique. Cette fois-ci, les rapports de forces avaient disparu, noyés, enseveli, anéantis. La forte abstention due au coronavirus n’expliquait rien de cette occultation : lors des élections législatives et européennes, l’abstention était tout aussi considérable ce qui n’empêchait pas les commentateurs de s’enivrer de rapports de force et de jubiler jusqu’à l’hystérie au constat de la mort de « l’ancien monde » et du triomphe, misérable triomphe, des partis du « nouveau monde » politique. Avant hier, un mois et demi après, le tableau du rapport des forces politiques issu des municipales était divulgué par le Figaro. Il explique le silence et l’omerta, le soir du 15 mars, de la part des radios-télés :

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Magouilles politichiennes

Un nouveau groupe parlementaire, le neuvième, vient d’être créé par l’aile gauche « macroniste ». La plupart des commentaires annoncent la fin de la majorité LREM et en font un événement politique. Absurde : ces soi-disant parlementaires doivent tout à l’élection présidentielle. Ils n’ont aucun ancrage, aucun mérite, aucun charisme, aucune vision et nulle autre obsession que leur réélection future dans la foulée de celle de M. Macron. Ce cinéma hypocrite n’a pas une once d’intérêt.

L’air du temps pue la magouille politichienne. Il est fortement question d’un changement de Premier ministre. Dans le système politique français, il n’y a qu’un seul authentique responsable: l’occupant de l’Elysée qui pavoise jour après jour à la télévision et multiplie les coups médiatiques et les annonces en guise de politique.  Lui seul à vocation à assumer et à partir si quelqu’un doit payer. Changer de Premier ministre n’est rien d’autre, dans ce système bancal, qu’une opération de communication supplémentaire en vue de l’élection présidentielle. De même, quelques articles de presse se font les échos de l’idée de dissoudre la Chambre. Je n’y crois guère, mais si une telle opération avait lieu, il faudrait y voir un coup dans la perspective de la présidentielle de 2022.

La France est par terre: 30 000 morts du covid, des milliers de personnes âgées sacrifiées, une économie dévastée, des millions de jeunes sur le carreau et dans la détresse, des libertés saccagées. Je ne partage pas l’idée selon laquelle l’écroulement de la France est une vue de l’esprit et une traduction de la haine de soi. Non, l’écroulement de la France a bien eu lieu, surtout comparé à l’Allemagne, et toute la gestion de la crise du covid, marquée par l’aveuglement, les mensonges, les volte-face, le mépris, est bien le résultat d’une faillite particulière de la classe dirigeante française.

Que dans ces conditions de malheur collectif, des individus puissent songer à leur élection (une candidate s’est déjà déclarée deux ans à l’avance!) ou réélection à l’Elysée est d’une médiocrité indicible. Cette obsession élyséenne n’est rien d’autre que la poursuite d’une perversion du régime politique français qui substitue la démence narcissique au bien commun, à l’intérêt général, au destin national. Quand j’en parle à des amis politiques, ils me disent outrés: « mais il faut bien incarner! » Incarner quoi? L’impuissance? La bêtise humaine? Je suis pour la destruction de ce système mégalomaniaque et la restauration d’une démocratie libérale fondée sur le débat d’idées, de projets et le service de la France.

Maxime TANDONNET

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Le mécanisme de la diabolisation

M. Michel Onfray a lancé un magazine numérique intitulé Front populaire destiné à promouvoir la parole de personnalités qui pensent en dehors des sentiers battus sur l’Europe, l’euro, la nation, la mondialisation, la culture, le capitalisme… Quelques noms figurent parmi ses futurs contributeurs éventuels, Ph Villiers, JP Chevènement, le professeur Raoult. Il n’en a pas fallu moins pour que le mécanisme de diabolisation se mette en route. Les noms d’oiseaux volent dans la presse la mieux pensante, celle qui prétend dicter l’ordre du bien et du mal, la loi de la pensée correcte : « réacosphère », « extrême droite », Boulanger, Doriot, Déat, etc. Il ne manque plus qu’Hitler, Mussolini et Franco. Pas Mao et Pol pot, ces grands criminels de masse, pour lesquels nos gardiens du temple conservent un vieux fond de tendresse. La diabolisation ne joue pas contre le lepénisme qui dispose bien au contraire d’un accès ouvert et permanent aux médias radio-télévision, et, désormais bien calé à sa place dans le système, comme tremplin des victoires passées, présentes et à venir du « progressisme ». Mais il se déchaîne invariablement contre toute initiative venant troubler l’ordre idéologique français, maniant son outil privilégié, le point Godwin, c’est-à-dire l’assimilation, en dépit du bon sens,  à l’Hitlérisme et tout ce qui s’y rattache directement ou indirectement. Faute d’argumentation ou d’aptitude à argumenter, les pires insultes, les crachats glaireux, les flots de haine, se déchaînent contre toute tentative de desserrer l’étau de la pensée conforme et susceptible d’ébranler le pilier central de l’idéologie française ou de perturber son monopole. La méthode est ancienne: dans les années 1930, le parti communiste, branche française de l’internationale communiste ou Komintern, puis de nouveau dans les années 1950, traitait invariablement de réactionnaire, fasciste ou de nazi toute approche critique à son endroit ou envers l’Union soviétique de Staline. Le parti communiste a plus ou moins disparu de fait ou il n’en reste que des miettes. Pourtant, sa méthode a triomphé.

Maxime TANDONNET

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L’idéologie LREM à travers la gestion du covid 19

Hier, le chef de l’Etat a déclaré: « Il n’y a jamais eu de rupture de masques ». Une phrase symptomatique de l’idéologie au pouvoir, axée sur le culte de la personnalité. Le réel, les faits,  que chaque Français a vécus, constatés pendant au moins deux mois, n’ont aucune importance. La parole du chef efface le monde des réalités, se substitue à l’évidence, tient lieu de vérité; par elle, le faux devient le vrai. L’idéologie sous-jacente au mouvement LREM est imprégnée de traces totalitaires.

Les interdits qui ont marqué le déroulement de cette crise n’ont jamais été neutres, mais chargés de signification quant à la sensibilité qui les a animés. Il fallait annihiler tout ce qui fait la liberté, la vie intérieure,  le jardin secret des uns et des autres.

Interdire les marches solitaires dans la forêt, en montagne ou sur la plage n’avait pas le moindre intérêt sur la plan de la lutte contre la pandémie. Il fallait tuer l’image de la solitude et de la richesse intérieure source de force de caractère, d’insoumission et de distance à l’égard du pouvoir idéologique.

De même, les librairies ont été longtemps fermées, contrairement aux commerces alimentaires. Tout un symbole: cette mesure reflétait le mépris de la culture, de la pensée, de la lecture qui libère, favorise l’esprit critique et éloigne de l’allégeance à l’ordre établi.

Les messes et autres célébrations religieuses sont restées interdites. Il a fallu une décision de justice, du Conseil d’Etat, pour rétablir la liberté de culte. Là aussi, la vie de l’esprit ou l’expression de la foi est, au regard de l’idéologie dominante, valeur maudite: elle est marque d’indépendance envers le discours dominant, le culte du chef. Le souverain de celui qui prie n’est jamais de ce monde.

Les voyages aussi ont subi un triste sort. Ils sont l’expression même de la liberté. Celui qui se déplace, dépasse ses frontières intérieures ou extérieures, s’affranchit du contrôle social. Il est en mouvement, sans lien, sans attache. Il quitte sa télévision et le matraquage quotidien de la propagande. Après 50 jours de confinement ou d’assignation à résidence, il fallait donc interdire aux Français de franchir la limite de cent kilomètres de leur domicile.

Stupéfaction: si les marches solitaires, les librairies, les messes et les voyages ont été interdits, la fête de la musique, évidemment plus dangereuse que toutes ces pratiques sur le plan sanitaire, se traduisant par des regroupements spontanés, elle, aura bien lieu. La fête de la musique, la fête en général, est au centre de l’idéologie. Sa source est le socialisme à la française de 1981 (Jack Lang). Elle est donc intouchable. Et puis la fête est fusion des émotions et de la chair. Elle confond, mélange, annihile l’individu dans le groupe, l’enchaîne dans une jubilation collective, allume des néants mais éteint la pensée. Elle peut être un parfait outil de soumission.

Maxime TANDONNET

 

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Salutaire commission d’enquête sénatoriale

L’annonce de la création d’une commission d’enquête sénatoriale sur la gestion de la crise du covid 19 a suscité le trouble en haut lieu. Or, avant toute autre chose, face au bilan d’une  tragédie  les Français ont le droit de savoir de manière factuelle ce qui s’est passé, d’établir les responsabilités et d’en tirer les conséquences en termes de sanctions politiques. C’est là un principe démocratique absolu dont il est inconcevable de les priver. Art. 15 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen:  La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. Cela concerne toute personne en charge d’une responsabilité publique, aussi bien le chef de l’Etat, le Premier ministre, les ministres et les fonctionnaires.  Pendant trois ans, les Français ont été abreuvés de paroles grandiloquentes « Jupiter », « exemplarité », « renouvellement », « transformation », « refondation » et d’une avalanche  de communication à outrance. Or, des questions se posent inévitablement sur le décalage entre la splendeur arrogante affichée au quotidien et le piètre bilan d’une tragédie. Si l’on en juge par les données de l’OMS, pour une taux de létalité moyen dans le monde de 7,09 %, la France affiche les pires résultats : 19%, pire que la Belgique : 15,68, Royaume-Uni : 15,43, Italie : 13,72, Pays-Bas : 12,33, Suède : 12,09, Espagne : 10,22. Il apparaît qu’en France l’on meurt trois fois plus qu’aux USA (5,76), et cinq fois plus qu’en Allemagne (4,15) qui se classe dernière (une fois n’est pas coutume) en Europe à égalité avec le Portugal. D’innombrables questions se posent: sur l’absence des masques pendant trois mois, des tests de dépistage, de places de réanimation en nombre suffisant, la situation hospitalière, les revirements dramatiques de la communication officielle, les 50 jours de privation de liberté infligée aux Français assignés à résidence, les morts dans les EPAD, l’effondrement économique de la France, infiniment pire qu’ailleurs, notamment en Allemagne. La  crise aura fait au bas mot une trentaine de milliers de morts et probablement des millions de chômeurs. Cette hécatombe n’était pas une fatalité si l’on en juge par la situation de nombreux autres pays qui n’ont pas connu ce niveau de désastre. Il est inepte d’affirmer que « ce n’est pas le moment de gêner l’exécutif ». Enquêter, faire la lumière, n’entrave pas la poursuite de l’action. Les Français ont le droit de savoir aujourd’hui, à chaud, ce qui s’est passé. Demain, à grand renfort de matraquage médiatique, les esprits passeront à autre chose. C’est donc bien aujourd’hui que les Français ont le droit  de demander des comptes à travers leurs représentants, à travers les sénateurs. La création de la commission d’enquête sénatoriale est tout à l’opposé d’une manœuvre politicienne. Elle est un acte indispensable de transparence, de justice et de démocratie.

Maxime TANDONNET

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Etrangetés historiques, du Front populaire à Montcornet

 

  • M. Michel Onfray vient de créer une nouvelle revue qui sera consacrée à la défense du peuple contre la mondialisation capitaliste. Plusieurs personnalités l’auraient rejoint dans cette démarche: le pr Didier Raoult, JP Chevènement, Philippe de Villiers.  L’idée d’offrir une tribune à l’opposition anti-globalisation est judicieuse. Mais pourquoi ce titre, « Front populaire »? Il renvoie à la majorité radicale-SFIO dirigée par Léon Blum – et Daladier – , élue à la Chambre en mai 1936. Certes, la France lui doit des réformes sociales emblématiques, dont deux semaines de congés payés. Mais le Front populaire n’a pas laissé que de bons souvenirs. Fallait-il réduire le temps de travail de 48 H hebdomadaires à 40H alors que l’industrie de l’Allemagne hitlérienne se mobilisait pour produire des chars et des avions à des rythmes de 60H par semaine, ceux-là mêmes qui devaient terrasser l’armée française quatre ans plus tard. Cette même Chambre, élue sous le label Front populaire a voté en octobre 1938 à la quasi unanimité – sauf le PCF et une poignée d’hommes de droite dont Henri de Kerillis – la ratification des accords de Munich qui abandonnent la Tchécoslovaquie à Hitler, dans un grand élan d’euphorie (« la paix est sauvée! »)  Enfin, ce sont les députés issus de la Chambre du Front populaire, avec les Sénateurs, qui ont donné les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940 (sauf 80 parlementaires) et engagé  ainsi la France dans la voie de la collaboration. Surprenant titre pour cette revue, franchement…
  • Le président de la République a célébré hier, lors d’une étrange cérémonie, le de Gaulle de Montcornet. Dans la grande débâcle de l’armée française du 12 mai au 14 juin 1940, à la tête de plusieurs régiments, le colonel de Gaulle obtient un succès militaire sur le site de Montcornet. Il n’empêche que cette bataille fait partie d’une déroute générale de l’armée française que des exploits individuels dont le sien n’ont pas suffi à empêcher. Laisser entendre que Gaulle et la résistance seraient nés à Montcornet, peut sembler hasardeux. Ils prennent vie lors de l’Appel du 18 juin 1940, l’instant sacré, et nullement avant. Il n’est jamais de bon ton de jouer avec l’histoire au prétexte de trouver des angles d’attaques originaux et de se faire remarquer. Triste cérémonie virtuelle d’ailleurs, destinée aux seuls média; emblématique cérémonie narcissique, sans le peuple.

Maxime TANDONNET

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Message de Mme Malika Sorel

Bonjour Maxime
C’est le pays qu’on enchaîne. Jamais, en choisissant la France comme Patrie, je n’aurais pu imaginer qu’elle puisse emprunter un jour la voie du sous-développement. J’ai commencé ma vie en France comme ingénieur avec plein d’étoiles dans les yeux et tant de fierté pour nos réalisations. Tristesse infinie et grosse colère pour tout ce qui nous arrive en tant que peuple !
http://www.malikasorel.fr/archive/2020/05/15/c-est-le-pays-qu-on-enchaine.html
Portez vous bien.
Malika

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Le sinistre feuilleton de la crétinisation politique

Hier M. le président s’est rendu dans un hôpital. Il a été apostrophé par deux aides-soignantes et il a fait mea culpa. Les médias télé-radios ont bondi sur l’information qui est devenue le scoop de la journée. Un petit coup médiatique de mea culpa pour couvrir deux décennies de lâchetés et de démissions. Et chaque jour un nouvel épisode du feuilleton de la médiocrité. Nous suivons pas à pas l’occupant de l’Elysée dans ses moindres gestes et paroles, le gourou de la nation qui se déplace, avec ou sans masque, sous le feu des caméras, suscite éblouissements de haine et d’amour mélangés, lâche des petites phrases explosives qui détournent les regards du champ de ruines. Quand ce n’est pas lui, c’est autre chose, un bon mot d’untel ou untel qui fait polémique, une anecdote, une annonce ou promesse en l’air, une trahison, une grimace nationale, et la France médiatique s’embrase. Pendant ce temps, le  pays croule sous les déficits et les dettes abyssales, l’impuissance, les sabotages, le chaos et la violence se répandent, les libertés sont tragiquement foulées aux pieds dans l’indifférence, la pauvreté gagne comme une gangrène, la démagogie extrémiste déferle, les services publics s’effondrent et l’Etat s’écroule. Bref, la France officielle gesticule pendant que le pays se délite et se clochardise. Tous ces leurres et ces roitelets narcissiques que le monde entier  nous envie, caricature de président américain – en miniature -, ces avalanches des polémiques stériles, spectacle grotesque, guignolades, sondages et élections truqués, crises d’hystérie et pitreries quotidiennes, servent de paravent à l’essentiel: la chute profonde, constante, effroyable, sur plusieurs décennies à la fois économique, sociale, morale et surtout, intellectuelle de la France en perdition. La faute à qui? C’est bien l’état d’esprit de la politique française qui est l’unique responsable et coupable du désastre: la fuite dans le grandiose, la folie des grandeurs, Jupiter, « le nouveau monde, la « transformation » la « révolution » ou la « refondation », cette mégalomanie nationale, qui n’est autre que l’expression en creux d’une profonde médiocrité, au détriment de l’action simple, honnête et modeste et des services publics.  Pour en sortir, à très long terme, il faudrait à la France, sur plusieurs générations, des dirigeants qui se mettent au travail dans l’intérêt général plutôt que des pitres infatués.

Maxime TANDONNET

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Loi Avia, loi liberticide

Concrètement, les grandes plateformes en ligne auront l’obligation de faire disparaître les contenus « manifestement » illicites sous 24 heures, sous peine d’être condamnés à des amendes de 250.000 euros par oubli, et pouvant grimper jusqu’à 1,25 million d’euros. Les éventuels signalements abusifs par les utilisateurs de plateforme seront eux passibles d’un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende. Ce signalement sera facilité par l’intégration obligatoire d’un bouton dédié sur les réseaux sociaux. Le délai est réduit à une heure pour les « contenus pédopornographiques et terroristes ». 

L’objectif de mettre fin aux propos diffamatoires, insultants ou appelant explicitement à la violence et au meurtre sur Internet est louable. Cependant, plutôt que de se donner les moyens d’appliquer la législation existante en sanctionnant les auteurs de tels propos, la loi Avia, sous prétexte de lutter contre la haine, étrangle la liberté d’expression.

Ce texte, voté définitivement par l’Assemblée nationale, bouleverse la conception française de la liberté d’expression. En principe, la censure préalable (a priori) n’existe plus depuis les lois républicaines sur la liberté de la presse. La sanction pour des propos illicites, prononcée par la justice, intervient a posteriori, chacun étant responsable de ses écrits.

Le projet de loi qui vient d’être voté par l’Assemblée nationale bouleverse cette logique: d’une part, la censure préalable est rétablie ; d’autre part les opérateurs privés d’Internet sont chargés de faire respecter eux-mêmes ce principe en pratiquant la censure préalable, sous la menace de lourdes sanctions financières, et non plus la justice et des magistrats formés dans ce but.

Le caractère dramatique de ce texte tient en deux points: d’une part, la justice est privatisée, déléguée aux opérateurs d’Internet, auxquels il revient de se prononcer sur le caractère manifestement illicite d’un texte. D’autre part ce caractère « manifestement illicite » est une notion générale, dont l’appréciation est éminemment relative. Qu’est-ce qui est manifestement illicite?

Dès lors qu’il reviendra au opérateurs Internet de se prononcer, sous la menace de gigantesques amendes prévues, le risque est d’établir une censure préalable sur toute expression s’éloignant des sentiers battus du conformisme.  La moindre parole critique touchant une minorité, ou un sexe, un pays, une région, voire une personne, deviendra suspecte et sera exposée à la possibilité d’une censure. En somme, l’expression sur Internet sera placée sous surveillance.

Voilà qui fait peu de cas de l’article 11 de la Déclaration de 1789: « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » 

Cette loi est à l’image d’une société et d’un pouvoir qui basculent subrepticement dans l’esprit totalitaire et qui méprisent la liberté. La liberté d’expression est ainsi martyrisée. Un conformisme étrange pèse déjà, depuis longtemps, sur les médias télé-radios. Désormais, l’objectif est de faire entrer Internet dans le rang. Que des députés se prétendant démocrates ou républicains aient pu voter une telle loi est une honte. On ne peut que se féliciter du réflexe démocratique des députés LR qui ont massivement voté contre cette loi. [Ci-jointe la liste des députés qui ont voté contre].  Que des journalistes d’une certaine presse soient serviles envers le pouvoir au point d’accepter une telle atteinte à leur propre liberté d’expression est lamentable. Je souhaite de tout coeur que cette loi liberticide soit déclarée inconstitutionnelle.

Voir l’article ci-joint de Mme Anne-Sophie Chazaud

Maxime TANDONNET

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Humeurs politiques

1. Hier échange à distance avec un groupe de 4 ou 5 électeurs présumés de LREM  qui pestaient contre Mme Sibeth N’Diaye, porte-parole du gouvernement et l’accablaient de tous les maux. Elle était, selon eux, responsable de la catastrophe, du défaut d’anticipation de la crise, de l’affaire des masques, des excès du confinement, des fautes de communication, du mépris des gens, de l’infantilisation de la société, de la répression et de la destruction des libertés, des tests de dépistage absents, du désastre économique, etc… Mais non! Mais non! leur ai-je dit, Mme la porte-parole ne fait que porter la parole d’une équipe, refléter le fond politique et idéologique d’une équipe au pouvoir. Elle est dans un rôle. Cessez de l’accabler, elle, pour préserver les autres! Elle leur sert de para-tonnerre et de bouc émissaire en substance. Ne tombez pas dans le panneau: ce n’est pas elle la responsable, mais celui qui l’a nommée, qui la maintient à ce poste et dont elle ne fait que porter le message! Ils m’ont regardé l’air ébahi et pas du tout convaincu…

2. Cérémonie présidentielle relative au général de Gaulle. Les récupérations abusives de ce dernier m’exaspèrent. Le rapprochement entre de Gaulle et la fonction présidentielle telle qu’elle est devenue aujourd’hui relève du pur contre-sens. L’occupant de l’Elysée, en général, croit pouvoir pavoiser en s’imaginant comme son successeur et  se référer à lui. Il en déduit qu’il peut se permettre de jouer l’exercice solitaire du pouvoir et se fonder sur son intuition providentielle pour guider le pays par dessus les corps intermédiaires, à l’image du fondateur de la Ve. Ce raisonnement procède d’une aberration. Le général avait fait ses preuves par un geste historique qui le rattachait à la poignée des héros de l’histoire de France, l’appel du 18 juin 1940 à l’origine de sa légitimité historique. Tel n’est pas le cas de l’occupant de l’Elysée des temps modernes, qui n’est rien d’autre que le premier des politiciens et dont rien ne justifie l’exubérance vaniteuse.

3. A la une de la presse, la plainte en justice pour agression sexuelle d’une journaliste allemande de 32 ans contre VGE, 94 ans, accusé, à la suite d’une interview, pendant la prise d’une photo, il y a deux ans, « de lui avoir mis la main aux fesses ». A 32 ans, elle ne pouvait pas repousser le vieillard, voire le gifler et faire un scandale? Et aujourd’hui l’image humiliante du vieil homme qui a présidé la France pendant sept ans, sur les médias qui s’en délectent: quelle époque méprisable.

4. D’après le Nouvel Observateur, les professeurs sont invités par l’Education nationale, sur la base d’une fiche mise à disposition sur un site officiel, à dénoncer les propos « inacceptables » de leurs élèves sur la crise du COVID, en particulier les critiques envers la puissance publique pour la gestion de cette crise. Hier, ils ont tenté avec covidinfox d’organiser un contrôle étatique de la vérité sur la presse quotidienne. Aujourd’hui, ils organisent à grande échelle un dispositif de contrôle de la pensée et de délation applicables à des enfants. Les germes totalitaires qu’ils sèment un peu partout sont-ils conscients,  fruit d’un cynisme sans nom ou d’une invraisemblable médiocrité intellectuelle? J’ai bien peur que nous subissions de plein fouet plusieurs décennies de crétinisation et de déculturation des élites dirigeantes françaises, désormais incapables de sentir la gravité, au regard de l’histoire, de tels comportements.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Les marchands de vertu

200 artistes célèbres ont signé une pétition largement diffusée pour s’opposer à « tout retour à la normale ». Il s’y trouve les grands noms du cinéma et de la chanson, français et internationaux. Fascinante lecture: elle dévoile, derrière l’affichage de la bonté, de la bonne conscience et de la générosité, un monstrueux magma d’égocentrisme.  « Qui veut faire l’ange fait la bête » (Pascal). Affirmer que la crise du covid19 a « des vertus« , c’est jeter un voile pudique sur la souffrance qu’elle engendre et qui n’est même pas évoquée: plus de 25 000 morts en France et leur cortège de deuils- mais ce n’est pas fini – 11 millions de personnes au chômage, toute une jeunesse à terre, une épouvantable catastrophe économique, probablement sans précédent dans l’histoire, l’anéantissement de nos libertés, d’aller et venir, de circuler librement dans le pays, de voyager…  Venue des plus privilégiés d’entre les plus privilégiés, cette leçon de « vertu » résonne comme un crachat au visage de tous ceux que la crise du covid 19  a plongés dans la mort ou la misère, c’est-à-dire, pour l’essentiel, les personnes âgées, les malades et les jeunes. Cette pétition parle de « transformation radicale« , évidemment sans la moindre esquisse de piste ni de solution. Prôner la révolution totale, le nouveau monde, le grand soir, la transformation absolue devient une habitude quand plus personne ne sait que faire et un mode de fuite de la réalité.  Le mélange de néant et d’utopie, en provenance du « star system », de la société du spectacle, s’impose ainsi dans le débat public en toute normalité. Le feu des paillettes se substitue au débat intellectuel, en perdition. Il prospère dangereusement sur l’affaissement intellectuel le recul de l’esprit critique, la béatitude et la morale du troupeau…

Maxime TANDONNET

 

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La France se donnera-t-elle un héros providentiel? (Revue politique et parlementaire)

Ci-dessous, extraits de mon article paru ce matin dans la Revue politique et parlementaire.

« La France, frappée avec le covid19 par l’une des pires crises sanitaires de son histoire à laquelle s’ajoute une récession économique titanesque menaçant de plonger dans le chômage des millions de personnes, se donnera-t-elle un sauveur providentiel conformément aux leçons de l’histoire ? Des signaux expriment cette tentation du sauveur, comme l’engouement autour du professeur Didier Raoult…

L’éclosion du héros en temps de crise ne se conçoit pas en dehors de quelques conditions dont rien n’indique qu’elles sont aujourd’hui réunies.  Il faudrait tout d’abord que la France soit encore un peuple, prêt à se rassembler autour d’un personnage incarnant l’espérance. Si elle n’est plus qu’un archipel[1] composé d’identités diverses sans véritable commun dénominateur, le réflexe unitaire n’a plus lieu d’être. De même, la quête du héros n’est envisageable que dans le contexte d’un sentiment national puissant. Encore faut-il avoir quelque chose à sauver pour se rassembler derrière un sauveur, c’est-à-dire une patrie bien aimée. Enfin, troisième condition sine-qua-non, l’existence d’un vivier d’hommes et de femmes réunissant les qualités du héros : intelligence de l’histoire, sens de l’Etat et du bien commun, force de caractère…

L’absence de ces trois conditions se prête à l’émergence, non pas du héros, mais de l’idole ou du charlatan. En vérité, derrière tout véritable héros, il faut le ralliement d’un peuple unifié par la confiance. La figure providentielle n’est rien d’autre que l’incarnation, le temps nécessaire, du désir de continuer à vivre de la nation. Aide-toi et le Ciel t’aidera : l’avenir dépend avant tout des Français eux-mêmes et de leur volonté collective de rester une nation. »

[1] L’Archipel français, Jérôme Fourquet, le Seuil 2019.

Maxime TANDONNET

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Histoire d’O de Javel

Le service Désinfox coronavirus, mis en place avant d’être rapidement supprimé face aux critiques, a malheureusement été mal compris, a estimé ce vendredi 8 mai la porte-parole du gouvernement. « Quand vous entendez dans des vidéos qu’il faut boire de l’eau de javel pour pouvoir guérir du coronavirus, il est normal que le gouvernement souhaite faire en sorte que le maximum d’informations sûres et vérifiées soient mises à disposition. C’était l’unique but que nous recherchions. Malheureusement cela a été mal compris », a-t-elle souligné sur Europe 1.

Cette déclaration mérite toute notre attention, car elle n’a rien d’une improvisation, d’une maladresse. Elle exprime même à la perfection l’essence du mal politique actuel: les élites dirigeantes prennent les Français pour des imbéciles, des demeurés prêts à croire les pires inepties jusqu’à boire de l’eau de javel pour se soigner. Mais ce qui est le plus effroyable, c’est que cette croyance – selon laquelle les Français sont des imbéciles immatures – est profondément ancrée dans la tête de l’équipe dirigeante. Tout le reste en découle: dès lors que les Français sont considérés comme stupides, infantiles, il devient essentiel de les traiter comme de jeunes enfants de moins de sept ans dans une cour de récréation.

Ils ont  ainsi le droit de marcher pendant une heure, mais une heure seulement, pas une seconde de plus et dans un rayon d’un kilomètre. Attention! De marcher, oui, mais pas de courir: s’ils se mettent à courir, entre 10 H et 19H: 134 € d’amende. Pour sortir de chez eux, ils doivent se justifier en remplissant un formulaire méticuleux, exposant leur motivation, et surtout, sans rature ni correction (sinon , pan!). Il leur est strictement interdit d’aller à la plage, dans la forêt ou à la montagne, non pour des raisons sanitaires, mais « pour ne pas favoriser la tentation (sic) ». Car c’est bien aux dirigeants éclairés qu’il appartient d’éloigner le « petit peuple » de la tentation en l’éclairant sur la limite entre le bien et le mal, et en s’ingérant dans le plus intime de la vie privée.

Dirigeants éclairés? Comme si eux-mêmes avaient brillé sur l’anticipation de la crise, la cohérence du discours, la gestion des masques et des tests de dépistages… Traiter les Français plus bas que terre, les prendre pour des imbéciles, est une manière de leur faire expier des fautes qui ne sont pas les leurs en leur imposant un troublant esprit de pénitence. Si j’étais un responsable politique (ce que je ne suis pas et ne serai jamais), je conclurais mes discours de campagne en pointant du doigt la foule et en proclamant:

« C’est vous les chefs!  Le pire des crimes, en démocratie, c’est le mépris de ceux qui vous ont fait confiance en vous élisant. Il est interdit de vous traiter comme des enfants! Sous aucun prétexte! La France, c’est vous! De l’Elysée à la plus petite mairie, nous les politiques, sommes payés pour vous représenter! Et pour vous respecter!  Il n’y a pas d’idole, pas de sauveur ou sauveuse providentiel, pas de Jupiter ou autre demi-dieu!  Les seuls chefs, c’est vous! Nous les politiques sommes à votre service! Au service de la France! »

Maxime TANDONNET

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Le devoir d’espérance

Ce matin, beaucoup de désespoir s’exprime dans les colonnes de la meilleure presse. Quelques formules relevées ici et là, provenant de penseurs les plus remarquables: « la ruine nous attend », « le déclassement français me désespère »; « le cataclysme de la débâcle ». Les mots cinglent: « écroulement », effondrement ». La tentation du désespoir et du renoncement, nous sommes nombreux à la ressentir. Pourtant, la philosophie de la vie nous enseigne une vérité toute simple: certes, ne jamais se fier aux vagues d’euphorie bébête; mais pas plus à celles de désespoir larmoyant . En mai/juin 2017, quand le grand orgasme collectif issu de l’élection du « plus jeune président de l’histoire » battait son plein dans les milieux médiatiques, intellectuels, politiques français avec ses promesses de « renouvellement », de « nouveau monde », « d’optimisme », de « transformation de la France » et de « refondation de l’Europe », nous étions quelques-uns, rarissimes, à crier gare: gare, aux chimères! gare au manipulations! gare à la béatitude! gare au vertige! bref, gare à la bêtise humaine.  On nous a ri au nez: « misanthrope! » « pessimiste! », « ronchon! », « grincheux! », « pisse-vinaigre »! Je m’en souviens. I do remember. Eh bien maintenant c’est le contraire. Crécy, Poitiers, Azincourt? la France s’en est remise et en est sortie plus forte et unie sous Charles VII. Mai/juin 1940, elle s’en est  remise aussi: de Gaulle, Jean Moulin, la Libération. D’abord, l’Honneur, ensuite, la Reconstruction. Il ne faut pas confondre la surface médiatique des choses – le cirque de la médiocrité -, et la France dans sa profondeur.  En politique, des signes favorables commencent à poindre, une prise de conscience collective des faiblesses d’un système fondé sur l’esbroufe infatuée, les slogans, le népotisme et le culte narcissique de la personnalité au détriment du bien commun; en économie, la chute sera suivie d’une reprise portée par la multitude des jeunes Français anonymes, ingénieurs, entrepreneurs, chercheurs, commerçants, artisans qui ne rêvent en ce moment que d’en découdre avec la fatalité du déclin; intuitivement, nous sentons le besoin de sérieux, de modestie, de travail humble, de sens de l’intérêt général, de renouveau de la culture et de l’intelligence qui fermente dans les profondeurs de la nation. Oui, la situation est très difficile, très compliquée bien évidemment; après le fléau que nous subissons, il n’est pas impossible qu’un autre fléau survienne, extrémistes démagogues de droite ou de gauche plongeant la France dans un chaos toujours plus effroyable. Il ne tient qu’à nous d’interrompre cette descente en enfer.  Pour nos enfants voire nos petits enfants, et tous ceux qui viendront par la suite, nous avons un devoir d’espérance.

Maxime TANDONNET

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8 mai, interview de M. Jean Lopez, historien au FigaroVox

Interview de M. Jean Lopez, historien de la Deuxième Guerre mondiale, par M. Alexandre Devecchio  sur le FigaroVox (extraits ci-dessous). 

Quant aux convictions nationales-socialistes de la Wehrmacht, elles ne sont plus à démontrer […] En URSS, ils n’auront pas de scrupules moraux à abattre les commissaires politiques et à aider massivement les Einsatzgruppen à massacrer Juifs, communistes, malades et handicapés, et supposés partisans à une échelle jamais vue auparavant. Plus d’une fois, des soldats de la Wehrmacht prêteront la main aux crimes de masse […]

On a tendance à renvoyer dos à dos toutes les formes de totalitarisme, et donc à considérer que la monstruosité d’Hitler valait bien celle de Staline. Qu’en pensez-vous?

Il aurait fallu poser la question aux déportés de la Vorkouta et à ceux de Buchenwald… Si l’on compte le poids des morts et des souffrances, les deux régimes se valent. Si l’on compare les valeurs qu’ils défendent et au nom desquelles ils commettent leurs crimes de masse, c’est à chacun de voir: racisme contre dictature du prolétariat/du Parti.

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Qui est responsable?

En ce moment, des travaux parlementaires et réflexions sont en cours sur l’atténuation de la responsabilité pénale de la classe dirigeante dans la gestion de la crise du covid19.  Que cette tentation existe est déjà en soi, détestable. Ils ont voulu être les chefs. Ils ont bombé le torse et pavoisé pendant trois ans. Ils ont multiplié les promesses grandioses : le nouveau monde, l’exemplarité, la transformation de la France, la refondation. Ils sont au pouvoir depuis trois ans. Pendant tout ce temps, ils ont semé le trouble: multiplication des scandales, taxe carbone et crise des gilets jaunes, soit un an de violence, réforme chaotique des retraites et mouvement social de deux mois, avec toujours en tête, l’obsession de la réélection en 2022.  Pris au dépourvu par la pandémie, ils n’ont jamais cessé de sombrer dans le déni, les contradictions et la logorrhée. Aujourd’hui, ils cherchent des boucs émissaires – les fonctionnaires, la technostructure, les scientifiques, les prédécesseurs, le peuple, constamment méprisé et infantilisé. Pourtant, ils ont voulu être les chefs et ils le sont depuis trois ans. En trois ans, ces chefs qui prétendaient instaurer un nouveau monde et mener à bien sa transformation et sa refondation avaient tout le temps de travailler et de préparer le pays à une crise majeure. Tout pouvoir a pour corollaire la responsabilité. En tant que chefs, ils sont donc les seuls responsables de la situation, politiquement, juridiquement, historiquement. La société est en droit de leur demander personnellement des comptes. Toute tentative pour se dérober et se défausser à cette responsabilité serait inacceptable.

Maxime TANDONNET

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De la maîtrise coréenne au désarroi français

Ingénieur, immunologiste à l’Institut national de sciences et de technologie d’Ulsan et chercheur en physique statistique, le professeur François Amblard a analysé dans un rapport la stratégie sud-coréenne qui a permis de combattre efficacement l’épidémie de Covid-19. Il donne une interview lumineuse au Quotidien du médecin, sur les raisons du succès coréen face au désarroi français, (dont quelques extraits sont reproduits ci-dessous).

Comment avez-vous perçu l’arrivée du SARS-CoV-2 en Corée du Sud ? Peut-on la comparer à ce qui est advenu en France ?

Un arsenal de lutte contre la pandémie a été mis en place avec une étonnante efficacité. L’épidémie a débuté le 18 février, le nombre de cas a augmenté pendant 15 jours avant de diminuer. En un mois, l’affaire était pliée et il n’y a pas eu plus de dix morts par jour, malgré un cluster initial d’un millier de personnes contaminées.

Après avoir vu la maîtrise coréenne, j’ai assisté au désastre français où l’on a entendu quotidiennement des choses ineptes : « les masques ne servent à rien », « les tests ne servent à rien ». On a vite compris que le discours scientifique s’était adapté et transformé en mensonge destiné à cacher les pénuries.

En quoi la relation entre politiques et scientifiques est-elle différente en Corée du Sud ?

La vraie clé de leur réussite réside dans le fait que les opérations sont entièrement contrôlées par les scientifiques, sans interférence politique […] En revanche, certains processus ne dépendent pas des professionnels de santé, comme la fermeture des frontières et la mobilisation de l’armée qui relèvent de la responsabilité du président. Il y a une séparation claire des responsabilités et des compétences.

On a entendu des âneries, y compris au plus haut de l’État français, sur la Corée du Sud. Il a été dit que les solutions qui ont été employées y ont fonctionné car ce pays n’était pas démocratique, et que les Coréens n’ont pas de problème avec le fait d’être traqués en permanence. Or, le débat démocratique ne s’est jamais arrêté : des élections législatives se sont tenues le 15 avril.

Le fondement culturel et philosophique coréen, c’est le respect de la connaissance, du savoir, de la science et de la médecine qui tranche avec l’espèce de relativisme qu’on voit s’installer un peu partout. Ce respect n’est pourtant pas étranger à nos valeurs en France.

Dans votre rapport, vous écrivez que les Coréens ont massivement adhéré aux mesures de dépistage et de traçage des cas, alors que cela fait débat en France. Pourquoi un tel écart d’adhésion des populations entre les deux pays ?

Les Coréens ont adhéré massivement à la politique de dépistage parce qu’elle est très claire, présentée par des professionnels et non par des politiques, et d’une façon adulte. À l’inverse, la communication française est présentée par des politiques qui prennent la population de très haut, sans direction fixe, et livrent une série de mensonges dont personne n’est dupe.

Dans votre rapport, vous expliquez qu’en l’absence de consensus scientifique, le choix du traitement en Corée est fait par les médecins en leur âme et conscience sans les débats sanglants entre anti- et pro-hydroxychloroquine que connaît la France. À quoi est imputable cette différence ?

Le centralisme pousse jusqu’au dogmatisme. L’infantilisation du corps médical par ses « chefs », avec l’idée que le chef sait tout mieux que les autres. Il existe aussi ici en Corée une hiérarchie très forte, mais tout le monde a compris, de haut en bas, que la connaissance manquante sur l’hydroxychloroquine serait beaucoup plus vite acquise en laissant tous les praticiens faire au mieux, mais sous la contrainte de devoir se concerter le plus efficacement possible, pour que la pharmacovigilance soit collective et maximale.

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Pourquoi la plage est-elle interdite?

Parmi toutes les interdictions qui se sont abattues sur la France depuis mi-mars 2020, l’une emblématique, est ressentie comme particulièrement choquante : celle de se rendre sur une plage. Elle est à l’origine de multiples protestations et pétitions en provenance notamment des communes littorales. Les Français, dans leur ensemble, admettent vaille que vaille, comme un peuple docile, certaines suspensions de leurs libertés, y compris la plus précieuse de toute, celle d’aller-et-venir dès lors qu’elle peut, dans leur esprit, se justifier par la nécessité d’enrayer l’épidémie et sauver des vies. Ils acceptent le principe de leur assignation à résidence, une mesure privative de la liberté, ils tolèrent de se soumettre à l’obligation de détenir un sauf-conduit et à des contrôles qui dérogent aux fondements d’une démocratie-libérale dès lors que la suspension  de leur liberté est temporaire, circonscrite dans le temps, et qu’elle est compréhensible quant à son lien avec la lutte contre la contagion.

En revanche, l’interdiction de se rendre sur les plages n’a pas de fondement rationnel. Il est permis de se rendre dans des magasins, de prendre les transports en commun bondés, de marcher dans la rue ou dans les espaces publics. Mais pourquoi donc la plage, où justement l’espace est infini – la France compte 5041 km de côtes sablonneuses, comme d’ailleurs les forêts ou les montagnes, est-elle strictement prohibé ?  D’ailleurs, jamais, à l’exception du temps de l’occupation allemande où tout accès au littoral était « verboten » pour des raisons militaires, la plage n’a ainsi fait l’objet d’une interdiction globale. De fait, le risque de la contagion, dans l’espace infini des rivages maritimes, est inexistant comparé à l’entassement urbain des bus et métro qui lui est autorisé. « Il vaut mieux éviter la tentation » leur dit-on. Cela signifie-t-il que les Français sont considérés comme assez inconscients ou stupides pour aller s’entasser comme au mois d’août sur la Côte d’Azur ? Ou bien que dans un étrange élan de superstition, la population serait vouée à une grande cure de repentance ou de pénitence nationale face au mal invisible qui frappe le pays et ainsi privée de plage comme du plus naturel des bonheurs?

L’explication de l’interdiction des plages est d’une autre nature. La France est de toute évidence entrée dans une logique totalitaire, non pas au sens des régimes sanguinaires du XXe siècle, fascistes ou soviétique, mais au sens de l’obligation de conformisme et de l’impératif du troupeau. D’ailleurs, cette tentation totalitaire ne vient pas uniquement du sommet de la pyramide car elle s’exprime aussi dans le comportement des détenteurs locaux d’une autorité, d’un pouvoir bureaucratique, des petits chefs zélateurs, qui n’hésitent pas à surenchérir avec jubilation sur les ordres venus d’en haut, ou bien dans la tentation de la délation, de dénoncer son voisin dont l’heure réglementaire d’autorisation de sortie est dépassée ou encore dans ces reportages répugnants des télévisions qui pointent les Français soi-disant indisciplinés dans les gares ou les parcs.

Or, la plage, plus que tout autre espace, est un symbole d’évasion. « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » (Baudelaire). Marcher sur une plage, en compagnie du vent, des embruns et des mouettes, exprime le goût de la liberté. L’horizon marin est aux antipodes des barreaux d’une prison. Un esprit qui vagabonde au-dessus des eaux dans la direction de l’infini n’est soumis à aucun lien, aucune servitude. La solitude d’une plage est le pire pied de nez à l’instinct grégaire et à la chicote des bureaucrates tatillons. C’est pourquoi, l’image d’hommes et de femmes ou d’enfants marchant sur le littoral leur est insupportable, inacceptable. Ils redoutent par-dessus tout que la vision médiatisée de personnes circulant librement au bord de la mer fasse désordre au regard du nouvel ordre social. Cette image symbolique de l’homme seul sur une plage  détonne sur la loi du troupeau qui dans le nouveau monde est désormais censée régenter chacun de nos faits et gestes.

Maxime TANDONNET

 

 

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Solidarité envers Eric Zemmour agressé dans la rue

Hier, Eric Zemmour a été lâchement agressé par un voyou pendant qu’il faisait ses courses à Paris, la scène filmée et diffusée sur Internet. Son bourreau l’a poursuivi, insulté, et lui a craché dessus. Un journaliste a donc été violemment persécuté dans la rue, en plein Paris. Il faut dire que cette agression physique, ce crachat, sont aussi le fruit du lynchage médiatique permanent qu’il subit. On a évidemment le droit de ne pas être d’accord avec ses idées et de les combattre. Mais ce lynchage physique, cette poursuite dans la rue, ce crachat, sont aussi le fruit de l’avalanche d’attaques personnelles dont il a fait l’objet. Il y a le personnage médiatique et il y a l’homme: d’une gentillesse et d’une simplicité qui ont peu d’équivalent dans ce milieu. C’est à l’homme, à la personne dans sa vie privée que le bourreau s’en est pris. Que dans la France du XXIe siècle un journaliste en train de faire ses courses puisse être persécuté en plein Paris par un bourreau ayant en outre filmé cette agression pour la diffuser est bien le signe du chaos dans lequel la France est en train de faire naufrage. Maintenant, nous attendons non pas des hommages hypocrites et tardifs de la part de ceux qui depuis des années prennent part au lynchage contre sa personne, mais la réponse policière et judiciaire à la hauteur de la sauvagerie de ces insultes répugnantes et de ce crachat.

Maxime TANDONNET

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« Désinfox » ou la démocratie libérale en question

Nous apprenons l’existence d’un dispositif officiel dont l’objectif est d’identifier et valider  les informations de presse considérées comme authentiques et ainsi d’opérer un tri, dans la presse écrite ou radio professionnelle –  entre les « bonnes » et les « fausses » informations – qui ne sont pas dignes d’y figurer. Un tel raisonnement correspond à une logique de censure. Il incombe à la puissance publique, érigée en garante de la vérité, de valider les bonnes informations et dès lors, en creux, d’invalider les autres qui ne correspondent pas à sa conception du vrai ou du bien, de la vérité,  ce qui revient à une forme de bannissement aux yeux du public. Certains journaux, certains articles,  disent le vrai, les autres non: dès lors inutile de les lire. Or, en démocratie libérale, il n’appartient pas à l’Etat d’opérer un tri dans l’information. Nous avions déjà un naufrage du régime dans le culte de la personnalité, la neutralisation du parlement, la déresponsabilisation des gouvernements devenus quasi inamovibles quels que soient les désastres, une banalisation de la suspension des libertés individuelles (confinement obligatoire de deux mois), l’acceptation de principe de pratiques qui n’ont rien de libéral, comme le traçage. Aujourd’hui, la réintroduction d’un contrôle officiel sur l’information. Et tout cela dans l’indifférence généralisée. Une interrogation profonde: ont-ils conscience de ce qu’ils sont en train de faire? Ou juste dans l’incapacité intellectuelle d’en avoir conscience? Nous nous disions, attention, la démocratie libérale est d’autant plus précieuse qu’elle est fragile. Mais nous n’y croyons pas vraiment, nous la pensions, au fond, immortelle. La preuve est faite que non.

Maxime TANDONNET

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Qui pour gouverner la France?

Les nouvelles qui tombent jour après jour sont effroyables pour le pays. 11 millions de chômeurs partiels, un tiers de la population active, effondrement du PIB, gigantesque vague de chômage en perspective, dettes titanesques, explosion sociale inévitable. Et malgré le confinement, la situation sanitaire ne semble pas en voie d’amélioration nette, avec un nombre de morts quotidien et d’hospitalisations qui reste constant… Nos libertés qui font le sel de la vie, nos libertés privées, nos libertés chéries, et pas seulement nos libertés publiques ont été outrageusement saccagées. Inconscience, tergiversation, indécision, contre-vérités, revirements, aveuglement: le pilotage de la France, en quatre mois, s’est révélé désastreux, au-delà de l’imaginable, mais soyons francs: dans une telle tourmente qui peut affirmer en toute bonne foi qu’à coup sûr, il eût évité le désastre? Rien n’est plus ridicule que les comparaisons historiques qui foisonnent en ce moment. Il est idiot de comparer la situation actuelle avec les guerres, notamment la guerre de 1914-1918 qui fit 20 millions de morts, où chaque jour les familles recevaient des télégrammes leur annonçant le décès d’un ou deux ou trois enfants de 18 à 30 ans. Le marasme actuel n’a strictement aucun rapport et le goût des rapprochements historiques stupides n’est qu’un signe supplémentaire du désarroi de l’époque. Mais alors, dans la panique et le chaos qui viennent, qui acceptera de prendre en main le gouvernement de la France? Qui sera assez audacieux ou suicidaire pour relever un tel défi?  Il ne fait aucun doute que le macronisme, qui n’est  pas seul responsable de nos malheurs, mais auquel s’attachera pour toujours l’image de la débâcle actuelle, sera bientôt balayé comme un fétu de paille. Le lepénisme partira avec lui, emporté par le même courant. Le règne de l’esbroufe et de la démagogie touche à sa fin. Mais pour accepter de prendre en main un pays en ruines, dans les années qui viennent, il ne peut y avoir que deux solutions: soit des héros prêts à tout donner d’eux-mêmes pour essayer de sauver ce qui peut l’être, soit des fous, des individus dont la vanité l’emporte sur la conscience de la tragédie. Or, nous n’avons visiblement pas de héros disponibles ou ne les connaissons pas encore, tandis que les fous – ou plutôt les imbéciles – trépignent d’impatience…

Maxime TANDONNET

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Le philosophe et la crise du covid 19

Ci-dessous, quelques extraits d’une interview donnée par le philosophe André Comte-Sponville au site l’Echo au sujet de la crise du covid 19. Ce texte absolument splendide sort de l’ordinaire par son élévation. Il illustre  le rôle authentique d’un intellectuel à notre époque: stimuler la réflexion plutôt que d’alimenter la polémique. Ce qui m’impressionne dans ce texte, c’est la rencontre entre la hauteur de vue et la simplicité du rapport au quotidien. Attention, les passages ci-dessous ne sont que des extraits que je me suis permis de reprendre tant ils sont lumineux d’intelligence simple, et pas le texte intégral (que j’évite de publier pour des raisons tenant au droit de la propriété mais que l’on pourra trouver sur le lien joint ci-dessus).

La grippe de 1968 – « grippe de Hong Kong » – a fait environ un million de morts, dans l’indifférence quasi générale. Pourquoi, cinquante ans plus tard, nos sociétés réagissent-elles de manière totalement différente face à la menace du coronavirus?

La grippe dite « asiatique », en 1957-1958, en avait fait encore plus, et tout le monde l’a oubliée. Pourquoi cette différence de traitement? J’y vois trois raisons principales. D’abord la mondialisation, dans son aspect médiatique: nous sommes désormais informés en temps réel de tout ce qui se passe dans le monde, par exemple, chaque jour, du nombre de morts en Chine ou aux États-Unis, en Italie ou en Belgique… Ensuite, la nouveauté et le « biais cognitif » qu’elle entraîne: le Covid-19 est une maladie nouvelle, qui, pour cette raison, inquiète et surprend davantage. Enfin une mise à l’écart de la mort, qui la rend, lorsqu’elle se rappelle à nous, encore plus inacceptable.

Notre rapport à la mort a-t-il changé? La mort est-elle devenue en quelque sorte inacceptable aujourd’hui?

Elle l’a toujours été, mais comme on y pense de moins en moins, on s’en effraie de plus en plus, lorsqu’elle s’approche. Tout se passe comme si les médias découvraient que nous sommes mortels! Vous parlez d’un scoop! On nous fait tous les soirs, sur toutes les télés du monde, le décompte des morts du Covid-19. 14.000 en France, à l’heure actuelle, plus de 4.000 en Belgique… C’est beaucoup. C’est trop. C’est triste. Mais enfin faut-il rappeler qu’il meurt 600.000 personnes par an en France? Que le cancer, par exemple, toujours en France, tue environ 150.000 personnes chaque année, dont plusieurs milliers d’enfants et d’adolescents? Pourquoi devrais-je porter le deuil des 14.000 mors du Covid 19, dont la moyenne d’âge est de 81 ans, davantage que celui des 600.000 autres? Encore ne vous parlais-je là que de la France. À l’échelle du monde, c’est bien pire. La malnutrition tue 9 millions d’êtres humains chaque année, dont 3 millions d’enfants. Cela n’empêche pas que le Covid-19 soit une crise sanitaire majeure, qui justifie le confinement. Mais ce n’est pas une raison pour ne parler plus que de ça, comme font nos télévisions depuis un mois, ni pour avoir en permanence « la peur au ventre », comme je l’ai tant entendu répéter ces derniers jours. Un journaliste m’a demandé – je vous jure que c’est vrai – si c’était la fin du monde! Vous vous rendez compte? Nous sommes confrontés à une maladie dont le taux de létalité est de 1 ou 2% (sans doute moins, si on tient compte des cas non diagnostiqués), et les gens vous parlent de fin du monde.

Certaines voix s’élèvent pour critiquer le blocage économique, qui pourrait créer des dégâts immenses, pires peut-être que le virus lui-même… Qu’en pensez-vous?

J’en suis d’accord, et c’est ce qui m’effraie. Je me fais plus de soucis pour l’avenir professionnel de mes enfants que pour ma santé de presque septuagénaire. La France prévoit des dépenses supplémentaires, à cause du Covid et du confinement, de 100 milliards d’euros. Je ne suis pas contre. Mais qui va payer? Qui va rembourser nos dettes? Nos enfants, comme d’habitude… Cela me donne envie de pleurer.

Cette crise aura-t-elle un impact à plus long terme sur nos libertés?

Le confinement est la plus forte restriction de liberté que j’aie jamais vécue, et j’ai hâte, comme tout le monde, d’en sortir. Pas question, sur le long terme, de sacrifier la liberté à la santé. J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un État totalitaire!

Au sujet de l’après-crise, certains réclament le retour à la normale et au monde d’avant, tandis que d’autres prédisent un monde nouveau…

Le monde d’avant ne revient jamais. Essayez un peu de revenir aux années 1970… Mais à l’inverse, on ne recommence jamais à partir de zéro. L’histoire n’est jamais une page blanche. Ceux qui croient que tout va rester pareil se trompent. Ceux qui croient que tout va changer se trompent aussi.

On a vu se développer des mouvements de solidarité, notamment envers les ainés, ainsi qu’une plus grande reconnaissance envers le personnel soignant et d’autres professions souvent dévaluées. Ces comportements altruistes peuvent-ils s’inscrire naturellement dans la durée ou faudra-t-il leur donner un cadre légal et politique pour les faire exister à plus long terme?

L’altruisme ne date pas d’hier. L’égoïsme non plus. Ils continueront donc de cohabiter, comme ils le font depuis 200.000 ans. Donc oui, comptons sur la politique et le droit plutôt que sur les bons sentiments. Quant à nos aînés, leur problème ne commence pas avec le Covid-19. Vous êtes déjà allé dans un EHPAD? Le personnel y fait un travail admirable, mais quelle tristesse chez tant de résidents. Pardon de n’être pas sanitairement correct. En France, il y a 225.000 nouveaux cas de la maladie d’Alzheimer chaque année, donc peut-être dix fois plus que ce que le Covid-19, si le confinement fonctionne bien, risque de faire. Eh bien, pour ma part, je préfère être atteint par le coronavirus, et même en mourir, que par la maladie d’Alzheimer!

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Message de M. Julien Aubert (député LR) sur le déconfinement

Demain, je voterai contre le projet de déconfinement proposé par Edouard Philippe.

Suis-je contre le déconfinement ? Bien entendu que non. C’est un sujet sérieux, aux implications économiques et sanitaires centrales.

Pourquoi alors voter contre ? Parce que je ne serai pas physiquement dans l’hémicycle et que je découvrirai « en direct » le plan. Il me faudra donc donner des instructions de vote … avant de connaître ledit plan.

Le gouvernement parle d’union mais balaie nos propositions. Il se réfugie derrière l’urgence pour escamoter tout débat. Or, les enjeux sont nombreux : le traçage de la population est une atteinte aux libertés, après deux mois de confinement généralisé. Est-ce à Dassault Système de collecter mes données médicales ?

Le parlement aurait donc 2 heures pour voter « en bloc » en mélangeant ce sujet avec d’autres comme les écoles ou les aides aux PME.

Je le refuse. Je m’y refuse. Je représente la Nation. L’Exécutif outrepasse ses droits et se moque de la démocratie. La concertation de la société civile ne remplace pas la discussion parlementaire.

Je voterai contre, car c’est la dernière chose qui me reste pour démontrer mon opposition à cette méthode méprisante.

Julien AUBERT

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Covid 19, une belle leçon d’histoire

« La France traverse aujourd’hui la plus grande crise sanitaire de son histoire ».

Martelée comme une évidence, cette affirmation est pourtant historiquement inexacte, comme le rappelle l’historien et professeur des universités Olivier Faure. Spécialiste de l’histoire de la santé, il revient sur les crises sanitaires qui ont jalonné les époques, depuis le Moyen Âge jusqu’à aujourd’hui, et sur les réponses apportées par l’État. Une plongée dans le passé qui permet de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de la crise actuelle.

Propos recueillis par Marina Bellot (EXTRAITS)

RetroNews : Dans une récente tribune, vous en appelez à la rigueur historique et rappelez que le taux de létalité du Covid-19 est bien loin de celui d’épidémies survenues dans le passé. Pourtant, le monde est entré dans une sorte de sidération. Comment l’expliquez-vous ? 

Olivier Faure : « Sans remonter à la peste ou au choléra, il faut savoir que la grippe de Hong Kong en 1968 a par exemple fait 31 000 morts en deux mois dans une France qui ne comptait alors que 50 millions d’habitants. Aucune mesure n’avait été prise, on n’en parlait quasiment pas. Moi-même j’étais adolescent à l’époque, et je n’en ai absolument aucun souvenir. Pour la grippe espagnole, les évaluation sérieuses pour la France font état de 128 000 morts sur 40 millions d’habitants. Par ailleurs, cette épidémie n’est pas surprenante par sa propagation. Il faut savoir que, même dans un monde dans lequel les déplacements n’avaient rien de commun à ceux d’aujourd’hui, la peste, en 1348 a mis seulement deux ans à ravager l’Europe ; le choléra a mis six mois à venir de Russie pour s’étendre à l’ensemble du monde. Avec le Covid-19, malgré la densité de la population mondiale, pour l’instant on ne voit pas d’explosion massive. C’est une catastrophe, mais la moins pire vécue depuis un siècle. Ce qui est frappant aujourd’hui, ce n’est pas l’intensité du mal, c’est l’intensité de la réaction. Même si c’est inconscient, force est de constater que nous ne tolérons plus la maladie ni, surtout, la mort. On est dans une société qui loue le risque en matière économique, mais qui le refuse par ailleurs. Je crois que l’on vit la première application, à grande échelle, du fameux principe de précaution, introduit dans le Constitution française sous la présidence de Jacques Chirac. Les gouvernants ne se sentent responsables de plus grand-chose, si ce n’est de la vie des gens. Il s’agit de sauver la « vie nue », selon l’expression du philosophe italien Giorgio Agamben, à n’importe quel prix. Or les vieillards confinés, de quoi souffrent-ils le plus, du risque de mourir ou de la solitude et de l’enfermement ? »

Olivier Faure, l’auteur de ces lignes, est historien de la santé et professeur d’histoire contemporaine à l’université Lyon III Jean Moulin. Il a notamment publié Les Français et leur médecine au XIXe siècle (Belin, 1993) et Histoire sociale de la médecine (Anthropos, 1994).

 

COVID 19

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Une odeur de poudre

Une odeur de poudre se répand sur la France. Les sondages sont en trompe-l’œil et laissent penser qu’un tiers du pays, grosso-modo, soutient le pouvoir. Mais face à un tel malheur collectif, 80% de la population devraient être solidaires de leurs autorités. Or, c’est le contraire qui se produit, une défiance généralisée. Jamais depuis la Libération, et même aux pires époques des gouvernements Guy Mollet (1956), Félix Gaillard (1958), Fabius (1985), Edith Cresson (1991), Juppé (1995), et même à la pire période de Hollande, une équipe au pouvoir n’avait été autant détestée. La droite, la gauche, les extrêmes, de droite et de gauche, la haïssent. Le peuple dans sa grande majorité, la vomit à un point qu’il est difficile d’exprimer. Le dernier carré, celui des amoureux, se réduit comme peau de chagrin. Pourquoi? La rage provient du contraste entre les annonces grandiloquentes – Jupiter, le « nouveau monde », la « transformation ou la refondation de la France » – et la déchéance quotidienne d’une équipe confrontée au désastre, qui se noie dans l’impuissance, l’aveuglement et les contradictions. Tout système politique fondé sur la vanité, la déconnexion et le mépris des gens ne peut finir que dans la boue. Le pays confiné, sidéré du spectacle auquel il assiste, est littéralement à bout de force et de patience. Une nouvelle vague de chaos et de violence s’apprête à déferler sur la France. Les élections de 2022, si elles ont lieu, seront de toute façon un fantastique défouloir contre le pouvoir en place. Après, nous sommes face à une incertitude politique, qui, elle non plus, n’a pas de précédent. L’arrivée au pouvoir d’extrémistes ou démagogues de gauche ou de droite s’impose désormais comme une forte probabilité. Ils pourront difficilement faire pire qu’aujourd’hui, au point où nous en sommes,  mais poursuivront en l’accentuant l’effarante plongée du pays à l’abîme. Et si le cauchemar n’en était qu’à ses débuts? Ou bien, le seul véritable espoir: l’explosion et la fin du modèle politique le plus désastreux et le plus odieux de l’histoire depuis 1944, car fondé sur la seule vanité d’un individu au détriment de l’intérêt général, source de despotisme stérile, d’impuissance généralisée, de déchirements haineux de la nation, et d’un vertigineux déclin économique, moral et intellectuel.

Maxime TANDONNET

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Confinement et liberté (le Figaro 23/04)

Ci-dessous mon article paru dans le Figaro du 23 avril. Précision importante: il ne critique pas la politique de confinement obligatoire. Il soulève la question de la politique de confinement obligatoire au regard de la liberté, ce qui est bien différent. La vie humaine n’a pas de prix, dit-on. Certes, la vie humaine n’a pas de prix. Mais la liberté n’a pas de prix non plus, et c’est pourquoi des millions de jeunes Français ont jadis sacrifié leur vie pour elle. Dès lors, le fait de s’indigner parce qu’un article soulève la question – simplement soulève la question –  de la liberté au regard de la politique de confinement est un signe d’asservissement qui fait froid dans le dos. [J’ajoute, à titre très personnel, que la vie dans un monde ou des uniformes peuvent m’interdire, même temporairement, de marcher seul sur une plage ou dans une forêt ne m’intéresse absolument pas.]  Et le silence des intellectuels? Il y a-t-il encore des intellectuels dignes de ce nom en France? C’est-à-dire des hommes et femmes qui réfléchissent au-dessus de la mélasse? Le naufrage de quelques grandes plumes célèbres dans l’obséquiosité envers le pouvoir ou leur mépris de toute voix discordante, renvoyée à la vile condition « d’imbécile », me donnait à penser le contraire. Jusqu’à hier soir… Et puis hier soir, dans le Figaro, une sublime interview de Pierre Manent sur la destruction de la liberté et de la démocratie, m’a prouvé que, même s’ils se comptent sur les doigts d’une main, les intellectuels n’ont pas disparu du paysage français. Ouf…

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Le pire est à venir

L’objectif n’est pas de faire peur, mais de se préparer au moins mentalement. Dix millions de personnes au chômage, (même « partiel »), soit un tiers de la population active, des centaines de milliers de petits commerces, entreprises de restauration, PME ruinés, plus de 20 000 morts, la liberté d’aller et venir saccagée, l’explosion de violence dans les banlieues: la France comme le monde occidental connait un ébranlement titanesque. Le virus n’est sans doute que l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. La crise de civilisation couvait. Attention! Nous n’en sommes sans doute qu’au début de la catastrophe. Une dépression au moins aussi violente que celle de 1929 aura un impact tout aussi stratosphérique. 1929 a fortement contribué à produire l’apocalypse de 1939-1945. Nous sommes aujourd’hui au bord d’un abîme dont les profondeurs sont inaccessibles à la conscience. L’accélération brutale de la décomposition d’une société, la désintégration des solidarités planétaires, européennes conduisent  d’indescriptibles vagues de violences et de désespoir collectif. Un volcan se réveille et commence à cracher sa lave. De vertigineux  chamboulements politiques et internationaux sont inévitables. Nous assistons au retour de la force de l’histoire décrite par Charles Péguy.« C’est ici le plus grand mystère peut-être de l’événement, mon ami, c’est ici proprement le mystère et le mécanisme même de l’événement, historique, le secret de ma force, mon ami, le secret de la force du temps, le secret temporel mystérieux, le secret historique mystérieux, le mécanisme même temporel, historique, la mécanique démontée, le secret de la force de l’histoire, le secret de ma force et de ma domination… » Péguy (Clio, dialogue de la vertu et de l’âme païenne). Oui mais que proposez-vous? En ce moment, les marchands de mots magiques et de remèdes-miracle prospèrent: « plus d’Europe », ou « plus de souveraineté », voire les deux à la fois (bravo!), la « décentralisation », la « déconcentration », le « renforcement de l’Etat », ou son « démantèlement », plus de « capitalisme », ou plus de « socialisme », apurer le pays des « énarques », ou des « journalistes » ou des « experts », ou des « politiciens »… Cette plongée dans la banalité ne pèse rien devant l’ouragan qui nous emporte et la violence insatiable de l’histoire, ce grand fauve irascible et indomptable. Un ou des héros surgiront de l’apocalypse ou du néant, comme toujours en pareilles circonstances, mais sous une forme tout aussi imprévisible que la nature des événements qui viennent vers nous comme une grande vague.

Maxime TANDONNET

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Union ou enfumage national?

Un gouvernement dit « d’union nationale » serait, paraît-il, en préparation. Il pourrait inclure, selon des rumeurs reprises par la presse, des personnalités telles que M. Valls, Mme NKM, M. Sébastien le Foll, etc. Quelques (rares) individualités de droite se sont déclarées prêtes à un ralliement sous conditions. Les limites de l’opération sautent aux yeux:

  • Les personnalités mises en avant ont jadis exercé un rôle important. Mais elle ne représentent plus personne aujourd’hui, en tout cas elle n’ont aucune légitimité « nationale ». La logique est celle d’un débauchage individuel, plus que d’une union nationale.
  • Dans le système politique actuel, une telle manœuvre, indissociable des futures élections présidentielles de 2022, serait principalement tournée, non vers l’intérêt de la nation, mais vers un intérêt personnel et narcissique aisément identifiable.
  • La supposée « union nationale » ne prendrait évidement pas en compte les extrêmes dits « antisystème », de gauche comme de droite. Or, ceux-ci représentent, à eux deux, au moins 30% du corps électoral. En outre, elle ignorerait le premier parti de France,  celui des abstentionnistes: 50% de la population. La supposée union nationale représenterait donc au maximum 20% de l’électorat. Elle ne serait ni union, ni nationale.
  • L’union nationale suppose une confiance, une adhésion, une identification aux autorités politiques: or celle-ci est tragiquement absente, malgré les sondages qui se contorsionnent pour faire croire à une popularité de crise qui de fait, n’excède jamais les 40 à 50%
  • « L’union nationale », telle qu’elle est entendue aujourd’hui, ressemble à un slogan supplémentaire, à l’image de tous les slogans qui font désormais office de politique: le « nouveau monde », la « transformation de la France », la « refondation de l’Europe », le « monde d’après », « l’union nationale »… Tous ces slogans ne sont rien d’autre que des leurres pour pour couvrir l’impuissance, entraîner les regards le plus loin possible de la tragédie quotidienne d’un pays en perdition.
  • Dans un contexte peu reluisant sur le plan de la morale collective, dominé par l’esprit de délation, la jalousie, la quête de boucs émissaires, cette fausse union nationale  enfonce un peu plus la France politique dans la honte: elle fait appel à l’esprit de trahison, sommet de la perversité: ces gens qui renient leur engagement, frappent dans le dos leur mentor, ou changent de camp par carriérisme. Les traîtres finissent toujours mal. Ceux d’aujourd’hui, y compris ceux qui trahissent en bonne conscience, n’échapperont pas à la règle.

Maxime TANDONNET

 

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Demain, la reconstruction de la France

« Il faut se rendre disponible à sa destinée… »  M. le président pense donc à sa destinée. Son prédécesseur et créateur, M. Hollande,  y songeait tout autant: « Aujourd’hui, je suis dans l’histoire… Ce qui m’anime, m’habite presque, c’est qu’est-ce que j’aurai laissé comme trace » (France Culture 24 mai 2016).

Et si nous pensions plutôt à la destinée de la France?

Chacun a son idée du «  monde d’après ». Gardons nous toujours des grands mots, des rêves et des utopies. Le monde d’après s’annonce d’abord comme une terrifiante épreuve. Une calamité s’est abattue sur le monde et sur la France: plusieurs dizaines de milliers de morts, des millions et des millions de chômeurs supplémentaires, et la ruine d’une multitude de commerces, restaurants, entreprises, une poussée titanesque de la dette publique, d’incalculable dégâts sur nos libertés publiques … Il faudra des années pour tout rebâtir.

Quels dirigeants politiques pour impulser la reconstruction de l’économie et de la société française? Contre la plupart des pronostics actuels, il me semble assez probable que l’équipe actuelle sera bientôt balayée: après tant d’angoisses et de souffrances, les Français la tiendront logiquement pour responsable de leurs malheurs, ne la supporteront plus  – physiquement – et auront à cœur de la chasser.  Autre conviction, elle aussi à contre-courant: le lepénisme devrait être emporté dans la grande tourmente. Son image, même en tant qu’opposant médiatique privilégié, est intrinsèquement liée à un passé récent dont les Français voudront se débarrasser. En outre, elle est aux antipodes de la quête de sagesse, de modération, de compétence et d’unité qui devrait caractériser les attentes populaires du futur.

Alors que faut-il espérer ou souhaiter pour conduire la reconstruction du pays, dans son contexte européen et planétaire?

A l’Elysée, les Français voudront élire un authentique chef de l’Etat, garant de l’unité et de l’avenir de la nation, personnalité ayant une très grande expérience de la chose publique,  au-dessus de la mêlée politicienne, consensuelle, reconnue pour son sang-froid, son autorité naturelle, son respect du peuple, sa vision stratégique, son sens de l’Etat et du bien commun, sa sincérité, sa discrétion, son absence de vanité et son désintéressement personnel.

A l’Assemblée nationale, une majorité politique, unie par le sens de l’intérêt national, devra émerger du séisme actuel, représentative de l’attente profonde de l’immense majorité des Français: respect vigilant des libertés publiques et individuelles, relance de l’économie fondée sur la liberté d’entreprise, ordre public en interne et protection des frontières, lutte contre l’insécurité sous toutes ses formes, redressement de l’éducation nationale, bataille contre la pauvreté, réforme profonde et véritable de la démocratie française…

Sur ce programme et à partir de cette majorité, une équipe soudée par la conscience du bien commun, un gouvernement dirigé par un Premier ministre verra le jour, chargé de mettre en oeuvre la politique voulue par les Français, sous le contrôle vigilant du Parlement et aussi du peuple souverain à travers un recours fréquent au référendum.

Ne croyez pas que tout cela soit impossible. Certes, il n’y a rien de certain, ni rien de gagné, mais pas impossible. On me dit toujours: comment voulez-vous faire avec le poids de la « propagande », le « carcan européen », le « gouvernement des juges », la « technocratie triomphante »? Peut-être que tout cela existe, mais de fait,  jamais rien, jamais dans l’histoire, aucune puissance supra ou infra nationale, n’a jamais pu bloquer la volonté d’une poignée d’hommes et femmes honnêtes et déterminés, soutenus par une Nation rassemblée.

Maxime TANDONNET

 

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La folie des grandeurs (et ses ravages)

« La folie des grandeurs » film culte réalisé par Gérard Oury, avec Louis de Funès et Yves Montand en 1971. 

Monsieur François Hollande quand il fut élu président de la République en 2012, voulait  « réenchanter le rêve français ». Son successeur, tour à tour, promettait l’avènement de Jupiter, un « nouveau monde », le « renouvellement », la « transformation de la France », la « refondation de l’Europe », désormais la réinvention (« se réinventer »). Derrière ces grands mots, il y a toute une vision de la politique qui découle à la fois du système présidentiel français et du naufrage narcissique touchant la classe dirigeante, l’un et l’autre se nourrissant mutuellement. Le résultat est une fuite permanente dans le grandiloquence et dans la vanité, tournée vers un objectif d’auto-sublimation.  Et en parallèle, cette vision se traduit par le déni éperdu de la réalité quotidienne. L’idée même d’anticiper sur les dangers d’une pandémie – dès que les signes en furent connus, en décembre 2019 – en adoptant les mesures nécessaires pour s’assurer de stocks de masques, de tests de dépistages, de places en réanimation suffisants, à l’image de l’Allemagne, les Pays-Bas la Suisse ou de la Corée,  n’était évidemment pas à la hauteur de grandes ambitions universelles à la dimension de ces « Messieurs/Dames » engagés dans la « transformation » de la France sinon de l’Europe et du monde. Nous vivons en ce moment les ravages de la politique mégalomaniaque. Pour les individus au pouvoir, le danger politique, électoral, n’est pas vraiment, comme ils le prétendent aux fins de se rassurer, la « menace populiste », cet épouvantail sur lequel ils comptent s’appuyer pour poursuivre encore 120 ans leurs méfaits. Le danger électoral, pour eux, est dans l’émergence à l’échelle politique et médiatique nationale, d’un groupe de personnalités sérieuses, responsables, réalistes, pragmatiques, désintéressées pour elles-mêmes, déterminées à se mettre au travail, qui sauront convaincre les Français que la politique n’est rien d’autre que le service discret et modeste, actif plutôt que bavard, de l’Etat et de la France.

Maxime TANDONNET

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Communication politique (pour Atlantico)

  1. Dans de nombreux médias, la dernière allocution d’Emmanuel Macron a été saluée comme l’un de ses meilleurs exercice de communication jusqu’à présent. Pour autant, les dernières mesures annoncées par le président ne sont-elles pas d’avantage révélatrice de sa déconnexion avec le réel?

Beaucoup de commentateurs ont en effet salué cette intervention. D’ailleurs, un sondage LCI a révélé que les deux-tiers des spectateurs l’avait trouvé « convaincant », un autre sondage paru le lendemain, dans le Figaro, disait le contraire : 53% des spectateurs non satisfaits. Il faut comprendre qu’il y a deux choses bien distinctes dans ces appréciations. D’une part, on juge la performance de communication, l’acteur dans son rôle, l’impression qui se dégage de sa performance. Et là, on est en plein dans la politique spectacle. Le chef de l’Etat a su donner une impression à la fois d’humilité, parlant des erreurs commises – pas des siennes toutefois – d’empathie en parlant des Français qui souffrent, et de fermeté, notamment dans l’annonce de la fin du confinement assortie d’une date précise. Mais cette impression générale ne préjuge en rien aux yeux de l’opinion, de la justesse des décisions prises ni de la cohérence d’une politique. Le choix de réouverture des établissements scolaires le 11 mai, alors que depuis plus d’un mois, il est dit aux Français que les crèches et les écoles contribuent fortement à la propagation du virus a été ainsi fort critiqué.

  1. Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron a réussi à imposer aux Français sa vision de la réalité, notamment durant la crise des Gilets Jaunes. La crise sanitaire semble pour autant résister à cette torsion du réel. Comment l’expliquer ?

Il est parvenu, après la crise des Gilets Jaunes, à préserver un plancher électoral minimum, autour d’un cinquième des votants (aux Européennes) ce qui est différent. C’est vrai qu’après la crise des Gilets Jaunes, à travers une omniprésence médiatique dans le cadre du grand débat, il a su apparaître en rempart contre la violence aux yeux d’une partie de la bourgeoisie urbaine aisée, dont le vote s’est rajouté au noyau électoral progressiste pour limiter un peu les dégâts aux Européennes avec un score de 20%. Cette fois avec le covid 19, c’est beaucoup plus compliqué parce que la crise est d’une ampleur sans commune mesure : elle a fait 15 000 morts, elle provoque une crise économique titanesque avec des millions de chômeurs supplémentaires, la ruine d’une multitude de commerçants, restaurateurs et artisans. Bref, l’événement est tellement colossal qu’il est impossible de le réduire à un affrontement entre le bien progressiste et le mal populiste. Il s’impose avec tant de tant de violence et de souffrances, qu’il ne se prête pas à une réinterprétation en bataille romanesque contre la « peste nationaliste ». La peste, cette fois, n’est plus un fantôme : elle est une réalité vécue par les Français.

  1. Verbalisations et sanctions afin de de faire respecter les mesures se sont multipliées en France, plus qu’ailleurs en Europe. Les Français sont-ils moins respectueux des règles que leurs voisins européens ou le durcissement de ces mesures sert-il davantage à masquer les ratés du gouvernement ?

On aurait pu imaginer une plus grande part donnée à l’information, la sensibilisation, à la confiance en la sagesse populaire. Nul n’a envie d’attraper cet affreux virus… Mais il y a eu une pression médiatique en faveur d’une réponse fondée sur le contrôle et la sanction. Le jour du premier tour des municipales, les grands journaux télévisés ont pointé les familles rassemblées dans les espaces publics parisiens, puis le lendemain, les rassemblements dans les gares, souvent d’ailleurs d’étudiants qui rejoignaient leur famille à la suite de l’annonce de fermeture des établissements scolaires et universitaires. L’ambiance générale était à la culpabilisation et à la pénitence. Suivant l’air du temps, les autorités politiques ont fait le choix d’un confinement général, obligatoire, dont le non-respect était assorti de lourdes sanctions. Le pouvoir a fait le choix de suspendre une liberté fondamentale, celle d’aller et venir, mais avec le plein consentement, sinon l’exigence de la population, marquant une préférence pour la sécurité sur la liberté. Ensuite, la communication sur le nombre d’amendes quotidiennes infligées servait tout naturellement à donner une image d’action et de fermeté destinée à couvrir les critiques sur la gestion de crise notamment relative aux masques ou aux tests de dépistage. Mais là encore, c’est avec le parfait consentement de la population qui en veut toujours davantage. Cependant, dans les périodes de grand trouble, l’air du temps est infiniment volatile. Cette exigence d’autorité peut soudainement se retourner en exaspération et en colère. Il suffit d’un rien pour que tout bascule. Un slogan fait d’ailleurs très mal en ce moment sur les réseaux sociaux : « la France seul pays au monde où on distribue des amendes plutôt que des masques ».

 

 

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Le pouvoir et la responsabilité

Lors de son allocution du 13 avril, le chef de l’Etat a prononcé une phrase qui mérite d’être relevée. De mémoire: « Des choses n’ont pas bien fonctionné (dans la crise du covid) nous en tirerons les conséquences ». Il est essentiel de rappeler que le pouvoir politique ne se conçoit pas en dehors de la responsabilité. Les deux ne peuvent pas être découplés. Le pouvoir est source de contentement personnel: pour un esprit sain, la satisfaction de servir l’intérêt général; et pour un cerveau pervers, la pure jubilation narcissique. Mais cette satisfaction, qu’elle qu’en soit la nature, a une contrepartie: la responsabilité. Le personnage qui incarne le pouvoir incarne aussi, par définition, la responsabilité. Dès lors qu’il exerce la mission de décider, il est personnellement comptable de ses décisions ou de ses non décisions et de leurs conséquences. Le chef choisit lui-même son entourage. Il arbitre entre les choix qui lui sont proposés. Si l’appareil de décision dont il est en charge ne fonctionne pas correctement, souffre de dysfonctionnements, il lui incombe de prendre, quand il en est temps, les décisions pour y remédier. S’il n’est pas correctement informé,  c’est qu’il ne s’en est pas donné les moyens, en particulier dans le choix de ses collaborateurs. Idem, s’il est mal conseillé, cela signifie qu’il s’est trompé sur le choix de son entourage. Par ailleurs, s’il n’est pas libre de choisir ses collaborateurs, si ces derniers lui sont imposés, et s’il accepte d’en être l’otage, cela signifie qu’il n’est pas digne de sa mission. L’attitude de dirigeants politiques qui se défaussent sur leur administration pour l’accabler des insuffisance ou des désastres est inepte. Le pays élit des gouvernants et leur confie son destin sur la base des promesses de ces derniers. S’ils réussissent et si le pays est heureux, ils méritent des lauriers. Si le pays sombre dans le chaos et la détresse, sans qu’ils ne lui apportent de solution satisfaisante, cela signifie qu’ils ont failli dans leur tâche. Ils sont à coup sûr seuls et uniques responsables. Quant un drame éclate, faute d’anticipation ou de préparation suffisante, la responsabilité est avant tout celle des autorités politiques auxquelles le pays a fait confiance. Chercher des boucs émissaires, quels qu’ils soient – prédécesseurs, fonctionnaires, collaborateurs, experts, peuple – pour se dérober à sa responsabilité, est la quintessence de la misère politique.

Maxime TANDONNET

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Le foutur de la France

Hier soir, allocution présidentielle, tant attendue. L’exercice est symptomatique  de ce système de personnalisation outrancière qui substitue l’émotion autour d’un visage à l’intelligence politique collective. La question qui domine les esprits est celle de sa performance individuelle et non de l’avenir de la France. A-t-il été excellent, bon, moyen, mauvais? Les sondages déferlent déjà. Les avis entendus ça et là oscillent entre bon et moyen. Quelques commentaires agacés entendus autour de son « bronzage » qui ne serait pas de circonstance. Ainsi, on remplace le destin de la nation et le débat d’idées par les passions collectives et contradictoires que suscite l’apparition d’un personnage. Beaucoup de commentaire sur son humilité nouvelle qui  n’est pourtant pas si nouvelle.  Le chef de l’Etat a agréablement surpris en annonçant qu’il devait « se réinventer« .  Que l’intéressé envisage de se réinventer est à son honneur mais ne regarde que lui-même et sa conscience ainsi que ses proches. Le pays est concerné par toute autre chose: son destin collectif à l’issue de la tragédie sanitaire, économique et sociale qu’il subit.  En lisant le texte saisi à la vitesse de la parole sous l’image présidentielle, j’ai repéré un lapsus ou une étrange faute de frappe, aussitôt rectifiée, mais quand même relevée en un dixième de seconde tant elle est fascinante:  le « foutur » de la France à la place du futur. Le foutur: tout un programme.

Ci-dessous un petit texte de ma part, diffusé sur les réseaux sociaux, concernant la manière d’en finir avec ce système détestable:

Il me semble que les chances de réélection du président Macron sont faibles compte tenu de son impopularité fondamentale (malgré le réflexe légitimiste en pleine crise, qui joue d’ailleurs modérément à son égard), de la crise économique qui vient et de la difficulté des présidents à se faire réélire en quinquennat. Je suis pour un changement profond, radical du fonctionnement de la politique française: un chef d’Etat sage et visionnaire, au dessus de la mêlée et n’intervenant que rarement, dans les moments clés, incarnant cette sagesse et sang-froid qui font tant défaut aujourd’hui donc une personnalité très expérimentée, cultivée et consensuelle ; un Premier ministre authentique, un politique, puissant chef de Gouvernement appliquant le programme de la majorité élue (pour sortir de la crise du Covid) et responsable de ses actes; un Parlement, cœur de la nation, garant de la démocratie, indépendant, expression du pays profond, qui contrôle et sanctionne l’exécutif en cas de défaillance. Tout le problème, non résolu, est de trouver les hommes et femmes réunissant les qualités intellectuelles et morales pour remplir ces missions, dans un climat d’abêtissement et de médiocrité qui rend si rares ces qualités. Nul besoin de réforme de la Constitution (sauf peut-être le retour au septennat): il suffit juste de la respecter, de l’appliquer à la lettre et donc de sortir de l’état permanent de forfaiture dans lequel sont tous les pouvoirs politiques depuis trop longtemps.

Maxime TANDONNET

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Pâques 2020, souhaits d’espérance

Avec tous mes souhaits d’espérance en ce jour de Pâques si particulier.

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.

Immortelle.

L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.

La Charité aime ce qui est.
Dans le Temps et dans l’Éternité.
Dieu et le prochain.
Comme la Foi voit.
Dieu et la création.
Mais l’Espérance aime ce qui sera.
Dans le temps et dans l’éternité.
Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité.
L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera
Dans le futur du temps et de l’éternité.

Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912

 

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Douze petites leçons sur la crise du Covid19

Voici, en vrac, douze réflexions personnelles, issues de cette crise du covid 19:

[Précision sur ce texte, suite à une floppée d’attaques haineuses: il ne dit pas que le confinement est inutile et qu’il ne fallait pas le faire au stade où nous en étions et en l’absence d’autres moyens (masque, tests, structures suffisantes de réanimation). Il constate l’atteinte à une liberté, la plus sacrée, mère de toute les libertés, celle d’aller et venir (même temporairement, car un précédent a été ouvert) et il la déplore. C’est mon droit, sauf à abroger en parallèle une autre liberté: la liberté d’opinion et d’expression.] 

  1. La prodigieuse fragilité du monde interconnecté, du village global: la transparence, la fluidité parfaite des échanges d’images et des informations produisent une émotion globale qui emporte tout sur son passage. Des épidémies encore plus graves, provoquant, non pas des centaines de milliers de morts, mais des dizaines de millions (grippe espagnole de 1919), il s’en est produit dans le passé, dans un monde plus solide sur ses bases, mais sans provoquer une telle secousse. Demain, la foule planétaire fébrile nous expose à d’autres mouvements de panique qui seront encore plus tragiques.
  2. L’illusion de l’Etat de droit: nous pensions nos droits protégés par de formidables empilements de protections juridiques, conventions (cedh), Constitutions, profusion des jurisprudences (Cour de Justice, Conseil d’Etat, Conseil constitutionnel, etc.) . Il suffit d’une grande peur pour que tout ceci vole en éclat y compris le plus précieux des droits de l’homme, celui d’aller et venir. Et plus rien ne tient désormais, pas même la propriété privée. Demain, dans la même logique de circonstances exceptionnelles, on pourra réquisitionner les appartements et les maisons.
  3. L’effondrement de la valeur liberté:  la société française (comme d’autres) s’accommode de l’abolition d’une liberté fondamentale, celle d’aller et venir, avec une facilité déconcertante. Confiner un peuple est une mesure qui revient à l’assigner à résidence, une notion de droit pénal d’enfermement à domicile plutôt qu’en prison. En vertu de la préférence pour la sécurité, la société accepte de renoncer à sa liberté la plus élémentaire celle d’aller et venir, et par là-même à sa dignité.
  4. La faillite du Service public: la tragédie actuelle est le fruit de plusieurs décennies de mépris envers le service public, en l’occurrence le service public hospitalier, marquée par les coupes sombres dans les effectifs et les moyens, une gestion à courte vue qui interdit de disposer du volant nécessaire, en situation d’épidémie, de lits en réanimation. L’essentiel du drame se situe dans cette faillite qui explique aussi pourquoi l’Allemagne ayant conservé des capacités médicales suffisantes s’en sort infiniment mieux que la France.
  5. La médiocrité avérée de la classe dirigeante: la crise jette une lumière crue sur l’affligeante médiocrité des dirigeants politiques qui ont fait naufrage dans l’indécision, l’impuissance, les volte face et les mensonges – sur l’affaire des masques et des tests de dépistage, toujours indisponibles en France après trois mois de crise. (Leur usage systématique a pourtant permis à d’autres pays de surmonter plus dignement et plus efficacement cette épreuve).  La fuite devant les responsabilités se traduit par une vertigineuse débauche de bavardage narcissique et de communication. C’est un vrai sujet de l’avenir: comment la France a-t-elle pu produire, en quelques décennies, une classe dirigeante aussi médiocre – sans que n’apparaisse de solution alternative.
  6. La défaillance de nombreux « intellectuels » (ou « la trahison des clercs »): nombre d’entre eux bien connus et jadis admirés, ont failli à leur devoir de penser en hommes libres avec le recul et la distance nécessaires, pour se confondre avec le troupeau des zélateurs obséquieux au titre de la supposée « union nationale ».
  7. L’abêtissement général: il s’exprime dans l’incapacité d’une société à prendre de la hauteur par rapport à l’événement, surtout face au mensonge suprême source de toutes les manipulations: « c’est la guerre« . Il suffit de feuilleter un manuel d’histoire pour constater de toute évidence que la situation actuelle n’a rien de commun ni avec la Grande Guerre, ses 20 millions de morts, dans des conditions d’une horreur indescriptible, ni avec la deuxième Guerre mondiale, ses 50 millions de tués, ses batailles de chars, ses pratiques d’anéantissement, ses camps de la mort. L’acceptation passive du « c’est la guerre » est le signe patent de notre crétinisation.
  8. Les côtés obscurs de la nature humaine: on les voit ressortir en temps de crise et de panique: la rage collective envers qui donne des signes de refus de marcher au pas  (le jogger), le goût du nivellement, de la jalousie à travers l’interdiction de marcher sur la plage ou dans la forêt, voire même de s’asseoir sur un banc, attitudes qui n’ont rien à voir avec le risque de contamination, comme si l’image de la liberté individuelle la plus élémentaire et la plus quotidienne devenait insupportable à la société malade en quête de bouc émissaire.
  9. Le triomphe de l’absurdité bureaucratique: quand la bureaucratie opaque, invasive, totalitaire, prétend régenter les moindre aspect de la vie quotidienne: l’interdiction de courir à certaines heures de la journée est d’une bêtise bureaucratique confondante, à laquelle les pires excès du Gosplan soviétique n’ont rien à envier: vous avez donc le droit de marcher, mais si vous commencer à courir, à certaines heures, vous êtes en infraction. Et sur le terrain, les petits bureaucrates qui en rajoutent avec un zèle méticuleux ne manquent pas.
  10. La fuite dans l’idéologie et l’utopie: il est désormais question partout du « jour d’après » ou du « monde d’après« . Rien ne sera plus comme avant nous dit le discours politico-médiatique qui nous convie à rêver du lendemain radieux. C’est une manière de fuir la réalité: des millions de Français privés d’emplois, la détresse des petits commerces, de la restauration, de l’artisanat privés de leur outil de travail, l’explosion des dettes publiques que devront financer nos enfants.
  11. L’indifférence et l’égoïsme: envers la tragédie des EHPAD, et la tentation de ne pas prendre en compte sur le plan statistique les décès qui y surviennent, dans l’abandon et la solitude. Mais aussi, sur les conditions du confinement: il n’a évidemment pas la même signification pour une famille de quatre personnes disposant d’une maison de 200 m2 et de son jardin et pour un couple avec trois enfants vivant dans 70 m2 d’une barre d’immeubles où il est synonyme d’enfer avec des risques de séquelles psychologiques effroyables pour les enfants. Mais cet enfer quotidien que subissent en ce moment de nombreuses familles confinées avec des enfants, emprisonnées à domicile, – inadmissible – n’est pas une préoccupation première.
  12. Hypocrisie autour des héros du quotidien: la revanche de la « France d’en bas » nous dit-on: le personnel hospitalier, les livreurs, les caissiers, les fonctionnaires directement exposés, les transporteurs, les éboueurs de nos quartiers, les travailleurs manuels. Matraqués et traînés dans la boue pendant la crise des gilets  jaunes, adulés aujourd’hui comme les sauveurs de la France confinée. Oui, mais demain, personne ne lèvera le petit doigt pour eux et le retour du mépris se fera tout naturellement. Qui veut parier?

Maxime TANDONNET

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Union nationale, disiez-vous?

Les comparaisons ne manquent pas pour qualifier la crise du coronavirus. La débâcle de 1940 revient souvent. D’autres évoquent la guerre de 1914-1918 pour en appeler comme le président Poincaré à l’Union sacrée. Comparaison n’est pas raison. A la guerre, le peuple est mobilisé pour aller se battre. Des millions de jeunes gens sont arrachés à leur maison pour combattre au front et faire le sacrifice de leur vie. En ce moment, la situation est inverse: « restez chez vous! » La guerre de 1914-1918 a fait 1,5 million de morts en France, 1,5 million d’infirmes, 20 millions de tués au total. Celle de 1939-1945, 400 000 morts français, 50 millions au total. Nous en sommes loin… Quant à l’union nationale, contrairement au message bien-pensant asséné depuis des mois, elle n’implique pas de taire les critiques envers les autorités politiques, pas plus en 1914-1918, qu’ aujourd’hui. Sous la Grande Guerre, le gouvernement subissait mille critiques et assauts quotidiens. Ainsi, au Sénat, Georges Clemenceau, le Tigre,  n’avait de cesse que d’interpeller – violemment – les gouvernements sur la conduite des opérations jusqu’à son arrivée au pouvoir le 16 novembre 1917. Ses critiques virulentes, parmi d’autres critiques,  bousculaient la routine et forçaient les pouvoirs publics à se remettre en question. Après l’offensive de Nivelle au Chemin des Dames, le 16 avril 1917, annoncée comme décisive, mais ayant tourné au désastre et une sanglante hécatombe, fallait-il se taire en vertu de l’union nationale?  Aujourd’hui, tout Français a le droit, ou le devoir de s’interroger. Les gens qui sont à la tête du pays leur ont promis de grandes choses, il y a bientôt trois ans: « un nouveau monde », « le renouvellement », « la transformation de la France » et sa « refondation ». Or, nous les découvrons incapables, en trois mois de crise de coronavirus, de fournir simplement des masques protecteurs à la population. Il faudrait applaudir? Désormais, fautes de masques, ils vont nous vendre leur « jour d’après » ou leur « monde d’après ». Serons-nous obligés de les croire? L’unité nationale signifie aujourd’hui solidarité indéfectible d’un peuple autour des plus exposés parmi les siens: le personnel médical, les médecins, les sapeurs-pompiers, les caissières de magasins et les livreurs. Il implique une profonde compassion et générosité envers les familles des victimes et les malheureux foudroyés par la crise, artisans, restaurateurs, commerçants et salariés licenciés. En revanche, l’union nationale ne signifie en aucun cas, pas plus aujourd’hui qu’hier, une obligation de servilité, de naïveté ou d’obséquiosité.

Maxime TANDONNET

NB: je salue de tout cœur les visiteurs occasionnels ou habitués de ce blog et les remercie infiniment pour l’intérêt qu’il lui ont ainsi manifesté. En cette période si étrange et imprévisible dominée par le confinement à domicile, un tel lieu d’expression et d’échange, parmi bien d’autres, contribue à préserver un lien social.  Chaque jour je lis les commentaires qui lui sont adressés avec la plus grande attention et beaucoup sont une source précieuse d’enrichissement de ma propre réflexion et d’inspiration quotidienne. Leur clarté, leur lucidité, leur franc-parler associé à la modération du ton, sont une lueur d’espérance à travers le brouillard de la médiocrité où nous sommes plongés.  L’augmentation de leur nombre, proportionnelle à celle de la fréquentation de ce blog, me rend hélas difficile la tâche d’y apporter une réponse systématique mais cela n’enlève rien à l’intérêt profond que je trouve, comme beaucoup de monde, dans leur lecture.  

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Les étrangetés de la crise du covid 19

Le déroulement de cette crise du covid 19 donne lieu à des phénomènes incompréhensibles, des faits qui atteignent un tel niveau d’absurdité qu’en d’autres temps, ils seraient impossibles à croire. Que des dirigeants politiques, en pareilles circonstances, puissent continuent à pavoiser médiatiquement – au-delà de leur simple rôle d’information – dans un tel climat où toute la population est confinée tandis que l’économie s’effondre comme un château de cartes est invraisemblable. Faute de masques, faute de tests de dépistage, un nouveau remède miracle devrait paraît-il voir le jour: une application numérique permettant de repérer et d’identifier sur son smartphone, dans la rue, toute personne atteinte du virus. En principe pour s’en éloigner, mais un jour,  pour la montrer du doigt.  Aujourd’hui, sur une base volontaire, mais demain? Comment des esprits normaux peuvent-ils concevoir et valider un mécanisme aussi lamentable avec tout l’usage qui pourrait en être fait? Et cela passe, comme une lettre à la poste…  On interdit le jogging solitaire, qui ne présente pas le moindre risque – de l’avis de tous les scientifiques – , entre 10H et 19H: étrangler peu à peu l’infime vestige de liberté qui nous demeure dans la vie quotidienne pour le plaisir sadique du coup de menton et du nivellement. La crise a  commencé il y a environ trois mois (mi-janvier) et  le confinement, c’est-à-dire l’assignation à résidence, mesure privative de la liberté, dure depuis un mois. Dans les vraies guerres, en trois mois, même en un mois, l’économie d’une nation libre pouvait produire des milliers de chars, d’avions et d’obus pour le champ de bataille. Or, en France, pays en pleine capilotade, après trois mois, il est toujours quasiment impossible de trouver des masques et d’obtenir des tests de dépistage. C’est impossible à croire, mais pourtant, c’est la vérité. Alors, du fond de l’impuissance, il reste à raconter des histoires, à se contredire sans cesse, à communiquer pour essayer de faire oublier la débâcle, à confiner les autres et à chercher des boucs émissaires. Et cela en toute normalité, en toute béatitude innocente. Quand le cauchemar prendra-t-il fin?

Maxime TANDONNET

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Lecture: Lénine, l’inventeur du totalitarisme, Stéphane Courtois, Perrin, 2017

La biographie de Lénine par M. Stéphane Courtois est d’un intérêt exceptionnel car elle plonge aux sources mêmes du phénomène Lénine, dans son histoire et son caractère autant que dans ses influences intellectuelles et le contexte historique de la Russie des derniers Tsars. Né en 1870, il est issu d’une famille plutôt aisée de professeurs, ayant un ancêtre ennobli, de la commune de Simbirsk près de Kazan au bord de la Volga. Elève brillant mais solitaire il subit à l’adolescence un double traumatisme, celui de la mort d’un père qui comptait beaucoup pour lui et de la pendaison de son frère, accusé de terrorisme par la justice du Tsar. Vladimir Ilich Oulianov frappé par la déchéance de sa famille, traitée désormais en paria, se réfugie dans la lecture d’auteurs révolutionnaires. Ses maîtres à penser, avant Marx: Serge Netchaïev, théoricien de l’anarchisme et créateur d’une « société de la vengeance populaire ou de la hache » et le romancier Nikolaï Tchernychevski qui met en scène la vie de jeunes révolutionnaires russes, auteur d’un « Que faire? ».

Après avoir passé plusieurs mois en déportation en Sibérie, Lénine s’exile en Europe où il mène une vie d’errance accompagné de sa femme Nadejda Kroupskaïa, qui partage ses convictions et à laquelle il est lié au moins autant par la cause commune que par les sentiments: Finlande, Genève, Londres, Berlin, Paris, Longjumeau, il mène une vie d’errance obsédé par la flamme révolutionnaire. Lénine est au coeur d’une nébuleuse révolutionnaire marxiste, engagé dans le parti social-démocrate russe. A Genève, il fréquente Georges Plekhanov, le maître à penser des marxistes russes, avant d’entrer en rébellion contre ce personnage auquel il reproche une vision trop modérée du marxisme. Son engagement politique, à travers ses écrits dans les revues révolutionnaires, est marqué par la violence et la radicalité: sa stratégie consiste à dénigrer et insulter ses adversaires qualifiés de traîtres, renégats, révisionnistes, déserteurs, etc…

Lénine promeut le concept de dictature du prolétariat et la conquête du pouvoir par la seule violence d’une « élite » de révolutionnaires professionnels et non par les voies électorales de la démocratie bourgeoise. Son célèbre ouvrage « Que faire? » , théorise ces principes. La moindre contradiction provoque une avalanche de menaces et d’injures. Glissant toujours plus loin dans la radicalité et l’appel à la violence, il voit dans l’esprit de modération ou de conciliation un mal absolu. Cet extrémisme systématique, fondé sur la désignation d’ennemis – par exemple les Mencheviks (minoritaires) opposés aux Bolcheviks (majoritaires)  lui vaut le ralliement de tout ce que le courant révolutionnaire  russe compte de fanatiques ou de voyous qui n’hésitent pas à sympathiser avec le grand banditisme pour financer la révolution, à l’image de Staline en personne.

Avec la complicité active de l’Allemagne de Guillaume II qui assure son retour en Russie pour y répandre l’anarchie, Lénine profite du chaos dans lequel sombre ce pays, dévasté par la Grande Guerre et les troubles sociaux à partir de 1917, pour prendre le pouvoir à Saint Petersbourg. Obsédé par la conquête du pouvoir, ce personnage « hyper-narcissique », d’une mégalomanie paroxystique, est parvenu à ses fins en s’appuyant non pas sur le peuple ouvrier ou paysan qu’il n’hésitait pas à réprimer dans des fleuves de sang, mais sur un groupe de « révolutionnaires professionnels ». Dans une période de désordre et d’effondrement des institutions, ce sont les plus violents, les mieux organisés, et les plus déterminés, les plus fanatisés, qui prennent le contrôle du pays.

Avec le communisme de guerre, et après avoir signé la paix avec l’Allemagne – entraînant la Russie dans la trahison de ses alliés, dont la France – , Lénine pratique à grande échelle une logique d’anéantissement et d’extermination de masse, dont il est personnellement responsable avec ses complices, notamment Staline et Trotski, utilisant sciemment la famine comme outil de soumission de la paysannerie. L’auteur fournit d’innombrables preuves des massacres de populations ordonnés par Lénine qui se réfère abondamment au modèle du génocide Vendéen de 1794 . « Il faut faire un exemple: 1) Pendre, et je dis pendre de façon que les gens le voient, pas moins de 100 Koulaks (paysans) richards, buveurs de sang connus. 2) Publier leurs noms. 3) S’emparer de tous leurs grains. 4) Identifier les otages comme nous l’avons indiqué dans notre télégramme d’hier. Faites cela de façon qu’à des centaines de lieues à la ronde, les gens voient, tremblent, sachent et se disent: ils tuent et continueront à tuer les koulaks assoiffés de sang. Télégraphiez que vous avez bien reçu et exécuté ces instructions » Lénine.

A travers ce texte, et d’autres du même genre, l’auteur montre en Lénine le précurseur des atrocités du XXe siècle, la logique totalitaire et celle de l’anéantissement de masse. Il déboulonne un personnage qui demeurait à bien des égards dans le panthéon des idoles contemporaines. Un ouvrage fondamental pour comprendre le monde contemporain.

Maxime TANDONNET

 

 

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