Réflexion sur la politique et sur le destin de la France

  • Le déclin de la France, sur plusieurs décennies, en particulier depuis le milieu des années 1970, est un phénomène difficilement contestable. Il s’exprime dans tous les aspects de la vie politique et sociale : la désindustrialisation, la faiblesse en matière de technologies de pointe, le chômage de masse (5 à 6 millions), les destructions d’emplois, la poussée de la dette publique, le record absolu des prélèvements obligatoires, l’écrasement fiscal, la violence qui ronge la société et s’accroît d’année en année, le nombre des pauvres (8,6 millions) et de mal logés (3,2 millions), la chute vertigineuse du niveau scolaire, l’incapacité à maîtriser les flux migratoires, l’explosion des zones de non droit, l’essor du communautarisme, et des phénomènes de radicalisation islamiste, la catastrophe démocratique que représente une abstention majoritaire aux élections nationales. L’ensanglantement du pays par la vague terroriste islamiste, depuis trois ans, a marqué un nouveau palier dans l’affaiblissement de la France qui ne parvient plus à protéger ses citoyens de tels massacres.
  • Le réflexe naturel est de chercher des boucs émissaires à l’extérieur. « L’Union européenne » ou la « mondialisation », le « capitalisme financier » sont les coupables tout trouvés qui permettent de se défausser sur l’extérieur, l’étranger. Certes, les orientations bureaucratiques de Bruxelles n’ont fait qu’amplifier le désastre. Mais d’autres pays, soumis aux mêmes lourdeurs et contraintes, ne connaissent pas le même naufrage que la France et parviennent à s’en sortir, en tout cas moins mal. Les causes de fond de la tragédie française sont à chercher en interne. Les responsabilités essentielles du désastre sont nationales, françaises, même si le constat est difficile à admettre.
  • Les causes profondes du phénomène sont pourtant intérieures. Elles tiennent à l’affaiblissement de la volonté collective et du sens d’un destin commun. Ils sont le fruit de l’affaiblissement de l’esprit public, de la notion de devoir, de bien commun, au profit de l’individualisme et de la société narcissique. Le désastre a une cause essentielle : le triomphe des corporatismes et des intérêts particuliers égoïstes sur le sens de l’intérêt général. La responsabilité est collective, celles des dirigeants et des milieux influents, obsédés par leurs propres intérêts individuels mais aussi celle d’un peuple qui se détourne de la chose publique. L’agitation quotidienne des passions et des émotions, les gesticulations politiciennes, les polémiques et les sondages, servent d’écran de fumée pour masquer cette évolution de fond.
  • Le système politique français amplifie le déclin de la volonté collective. Son présidentialisme à outrance, depuis des décennies, focalise la vie publique sur la sublimation de l’image narcissique d’un homme, qui devient ainsi sa fin ultime. La vanité s’impose comme un principe de gouvernement. Le narcissisme érigé en système fonctionne à l’image d’un boulet pour le pays. Il interdit toute réforme, toute politique publique et de long terme. Le culte de l’image est incompatible avec la notion de gouvernement car il interdit les décisions impopulaires, les prises de risque, l’exercice de l’autorité, et les arbitrages facteurs inévitables de mécontentement. L’action publique laisse la place à une multitude d’artifices : fausses réformes sans conséquences, annonces flamboyantes et paroles grandiloquentes sans lendemains, culte de la personnalité, grand spectacle mégalomane au quotidien. Le sens de l’action et de la décision ou des choix de long terme se trouve comme étouffé dans les sables mouvants de l’hypocrisie et d’une manipulation de masse. C’est un système qui est ici dénoncé, et non un individu en particulier.
  • Comment en sortir? Le redressement ne se conçoit que sur le long terme, et prendrait, s’il devait se profiler à l’horizon, sans doute autant d’années ou de décennies que le déclin qui dure depuis au moins 40 ans. L’enjeu est de restaurer peu à peu l’esprit public et l’intelligence collective, le sens du bien commun, réapprendre à sortir de l’individualisme radical pour faire renaître le sens d’un avenir et d’un destin collectif, en particulier l’idée d’une solidarité entre les générations et la volonté collective de laisser à nos successeurs une France en ordre où ils pourront vivre dans la paix, la prospérité et la dignité. L’éducation est à la base de tout : sortir les futures générations de la logique de crétinisation en réhabilitant l’intelligence et les savoirs fondamentaux. Tout cela est bien loin d’être gagné. Le début du redressement passe par la tête, par l’exemple, c’est-à-dire par le politique. La France a besoin d’une remise à plat radicale et profonde de son modèle de gouvernement. Le salut passe par une transformation, non seulement du fonctionnement des institutions mais aussi et surtout des mentalités politiques. Il faut remplacer un régime de mégalomanie stérile et impuissante par un mode de commandement fondé, bien au contraire, sur la discrétion efficace et l’action ancrée sur le monde des réalités. La politique au sens noble du terme ne saurait procéder que d’un engagement collectif, la mobilisation d’une douzaine d’hommes et femmes, le rôle du « chef » étant de l’impulser et la coordonner dans le silence, la modestie, le désintéressement absolu et l’obsession des résultats. La question n’est pas seulement celle des hommes (X ou Y) mais celle d’une remise en question générale. Mais dans le climat d’apathie et d’abrutissement collectif, qui pour entendre un tel message?

Maxime TANDONNET

Publicités
Publié dans Uncategorized | 56 commentaires

Confusion et abrutissement

Qui a déclaré, « J’ai surtout hâte d’aller à la rencontre des Français pour leur dire merci de vive voix d’avoir voté pour moi. Sans eux, je ne serais pas là. »? Non, ce n’est pas le nouveau président de la République, c’est la nouvelle miss France.  Coup d’oeil, hier soir sur TF1 qui passait en revue les candidates. Toutes étaient jolies et elles avaient de belles ambitions: l’une voulait « sauver la planète » face aux menaces environnementales, une autre entendait « promouvoir la cause animalière » et enfin une troisième se déclarait prête à lutter pour sauver le « vivre ensemble« . « J’ai surtout hâte d’aller à la rencontre des Français pour leur dire merci de vive voix d’avoir voté pour moi« ! Quelle différence, aujourd’hui, entre un dirigeant politique au sommet et une miss France? En ces temps de confusion de la politique et du spectacle, la question mérite d’être posée.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 16 commentaires

Radio-fayot

Ce matin, le premier titre des informations de RTL, à 8 heures portait sur les 40 ans du président Macron, célébrés au château de Chambord. Ensuite, venait la mort de 5 adolescents dans un accident de la route lors de la traversée d’un passage à niveau. Disons le franchement, la seconde nouvelle est infiniment plus importante que la première, pour n’importe quel esprit normalement constitué. Disons le franchement, en tant que citoyen, je me fous de la première des deux nouvelles, comme de ma première chaussette, alors que la seconde m’émeut profondément. La France, une République? Disons le franchement, je trouve que, pour placer en tête des informations nationales, l’anniversaire d’un chef de l’Etat, quel qu’il soit, il faut une sacrée perversion des esprits. « Le président de la République aussi nécessaire que ma prostate » comme disait un grand homme d’Etat, un véritable homme d’Etat, médecin de profession. D’ailleurs, il eût mieux valu que la radio nous parle de l’affligeante décision du Conseil Constitutionnel qui censure pour le deuxième fois la pénalisation de la consultation des sites islamistes sur Internet. Tout le monde sait qu’Internet est aux terroristes islamistes ce que les chars de Rommel et de Guderian étaient aux nazis. Quand le droit n’a rien à voir avec le droit et sert de prétexte à démission… La même jurisprudence va-t-elle s’appliquer aux sites pédopornographiques? Si la réponse est oui, elle est monstrueuse. Si elle est non, elle est incohérente. Mais revenons à nos moutons, à nos sangliers plutôt. Il paraît que le jeune quadragénaire a rencontré les chasseurs et que la rencontre fut merveilleuse, dixit radio-fayot. J’en profite pour dire que je n’aime pas la chasse ni les chasseurs. Il est invraisemblable à mes yeux que l’on puisse trouver du plaisir à torturer les animaux des bois. Voilà, ce n’était pas la question mais c’est ma réponse, comme disait l’autre.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 26 commentaires

Lecture: L’ère du vide, Gilles Lipovetsky, Gallimard, 1983.

Me voici de nouveau chroniqueur d’un livre ancien, paru il y a trente-cinq ans! Mais justement, la nouveauté ne fait pas la sagesse, et le génie d’un livre transcende les décennies. Voici un ouvrage absolument prophétique, en bonne place parmi ceux qu’il faut avoir lus pour comprendre l’époque.

Le sous-titre est éloquent: « Essai sur l’individualisme contemporain« . La société occidentale (européenne) qu’il nous décrit est celle de « l’indifférence pure« , dominée par un climat de nihilisme: « A-t-on jamais autant organisé, édifié, accumulé et, simultanément, a-t-on jamais été autant hanté par la passion du rien, de la table rase, de l’extermination totale […] Le désert gagne, en lui nous lisons la menace absolue, la puissance du négatif, le symbole du travail mortifère des temps modernes jusqu’à son terme apocalyptique. » Le monde moderne, le monde occidental, se caractérise par la disparition des idéaux collectifs, notamment religieux, patriotique, le sens d’un destin commun à construire, les grands projets collectifs, autour de la liberté, de l’instruction ou de la solidarité planétaire.

Mais, « le vide de sens, l’effondrement des idéaux n’ont pas conduit, comme on pouvait s’y attendre, à plus d’angoisse, plus d’absurde, plus de pessimisme. » Il a été comblé par l’essor de « l’apathie de masse« . Et « nulle part le phénomène n’est aussi visible que dans l’enseignement où, en quelques années, le prestige et l’autorité des enseignants ont à peu près complètement disparu. Désormais, le discours du maître est désacralisé, banalisé, situé sur un pied d’égalité avec celui des médias et l’enseignement une machine neutralisée par l’apathie scolaire, faite d’attention dispersée et de scepticisme désinvolte envers le savoir. »

Le néant moderne se traduit par l’essor d’une nouvelle idéologie dominante: le « néo narcissisme »: « La res publica est dévitalisée, les grandes questions philosophiques, économiques, militaires, soulèvent à peu près la même curiosité désinvolte que n’importe quel fait divers, toutes les « hauteurs » s’effondrent peu à peu, entraînées qu’elles sont dans la vaste opération de neutralisation et banalisation sociale. Seule la sphère privée semble sortir victorieuse de ce raz de marée apathique, veiller à sa santé, préserver sa situation matérielle, se débarrasser de ses complexes, attendre les vacances, vivre sans idéal, sans but transcendant est devenu possible [mais] derrière l’écran de la l’hédonisme et de la sollicitude, chacun exploite cyniquement les sentiments des autres et recherche son propre intérêt sans aucun souci des générations futures. »

L’ouvrage annonce la mort du politique et de la démocratie: « L’hédonisme a pour effet inéluctable la perte de la civitas, l’égocentrisme et l’indifférence au bien commun, l’absence de confiance dans l’avenir, le déclin de la légitimité des institutions. »  Ce contexte explique la transformation de la politique en un grand spectacle médiatique vide de sens: « Ainsi s’explique la fascination exercée par les individus célèbres, stars et idoles, vivement stimulée par les médias qui intensifient les rêves narcissiques de célébrité et de gloire […] » Cependant « à l’obsolescence des objets répond l’obsolescence des stars et gourous » [c’est-à-dire] « la rotation des figures à la une […] avec l’inflation galopante de la mode. »

Il s’achève sur un chapitre particulièrement prémonitoire intitulé « violences sauvages, violences modernes« . Nous vivons dans un monde nouveau qui, par contraste avec toute l’histoire de l’humanité,  valorise en apparence la gentillesse, la douceur, les rapports aseptisés, dominés par l’idée de tolérance et d’ouverture à l’autre. Cependant, « conséquence de la désaffectation des grandes finalités sociales et de la prééminence accordée au présent, le néo-narcissisme est une personnalité flottante, sans charpente ni volonté, la labilité et l’émotivité en sont les caractéristiques majeures. A ce titre, la violence hard, désespérée, sans projet, sans consistance, est à l’image d’un temps sans futur valorisant le tout, tout de suite; loin d’être antinomique avec l’ordre cool et narcissique, elle en est l’expression exaspérée. »

L’auteur, dans cet ouvrage, ne se penche pas sur les possibilités de lutter contre une évolution qui lui paraît (de ce que l’on comprend) inéluctable et qui selon lui, n’est pas intrinsèquement mauvaise. L’explosion de la société sous l’impact de l’hyper-narcissisme comme idéologie dominante  est selon lui une assurance contre les dictatures ou le totalitarisme. Comme tout excellent ouvrage, il débouche sur des questions et un débat possible plutôt qu’il ne le referme. Et sur ce point, sa vision paraît contestable. La société narcissique débouche sur un nihilisme qu’il décrit à merveille. Cependant, ce vide, cette apathie, cet abêtissement général, en annihilant l’esprit critique et la force de résistance,  semble bien  ouvrir la voie à l’asservissement sous une forme ou sous une autre mais qui pourrait fort bien même dans un avenir lointain, ressembler au pire de ce que jamais l’espèce humaine n’a encore vécu. Dépasser ce livre, c’est s’interroger sur les moyens d’une réforme politique, institutionnelle, et surtout, éducative et intellectuelle pour tenter, même sur le très long terme, d’infléchir les phénomènes qu’il décrit admirablement et ainsi de tout essayer  pour éviter l’apocalypse.

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 3 commentaires

1940, témoignages pour l’histoire

Ci-dessous, trois extraits de témoignages intéressants, recueillis sur ce site, relatifs aux années 1940-1945.

………………………………………………………………

Originaire du Nord, j’ai connu l’exode, décidé le 18 mai par un cousin veillant sur nous en une heure de temps après une nuit de bombardements par les Stukas, un exode qui d’étapes en étapes nous a conduits jusqu’en Gironde où nous étions pour entendre Pétain annoncer les pourparlers d’armistice, annonce pour laquelle, loin du soulagement si souvent évoqué, j’ai vu pour la première fois les adultes pleurer. Et dès le surlendemain, nous avons franchi la ligne de démarcation pour aller en Provence, ma famille ne pouvant supporter l’idée de rester sous le contrôle de la « botte ».

Pendant ce temps, mon père fait prisonnier lors de l’encerclement de Dunkerque, n’imaginera pas un autre destin que libre et français, s’évadera à trois reprises avant d’atteindre l’Allemagne et ses camps, et finira par nous retrouver en septembre 1940. Dès novembre, il deviendra, en sus de sa nouvelle activité professionnelle pour nous nourrir, un messager d’un réseau de renseignements créé par un cousin, transmettant des infos recueillies à Vichy pour l’IS à Genève. Et quand ce réseau sera éventé et dissous fin 42, mon père via l’Espagne et l’AFN rejoindra De Gaulle, la Grande Bretagne, et les troupes de choc.

Il me semble que pour beaucoup, il y avait donc beaucoup de possibilités pour faire, ce qui a longtemps tardé ! Et de l’attitude des gens alors, autant je garde le souvenir de toutes les précautions indispensables pour survivre que nous avons dû prendre à l’égard des « puissants » (et j’entend par là tous ceux investis d’une autorité « légale »), autant des gens simples nous auront « protégés », me laissant à penser que, à titre de comparaison, il y a eu certainement beaucoup plus de « Justes » que le nombre de ceux effectivement honorés. Mais que plus les gens se trouvaient « hauts placés », plus ils ont été lâches et profitant de la situation, surtout si celle-ci était nouvellement acquise à la faveur des événements.

ADB

*********************************************************************************

VAE VICTI
J’ai vécu cette période , celle des « jeux interdits » j’étais sur les routes dans la grande débâcle qui était le résultat de l’arrivée des troupes allemande , essayant d’échapper au mitraillage des avions italiens alors alliés des allemands et essayant de trouver asile n’importe où . Comme beaucoup de mes contemporains j’emploierai le verbe « subir  » et non « agir » et tant pis si on nous traite de lâches c’est facile après coup mais la plus grande partie de la population d’alors ne faisait pas comme on le dit maintenant partie de la résistance ou des collabos mais essayait de survivre au mieux pour se nourrir et d’échapper aux bombes.

Ce que j’entends ou je lis maintenant est très loin de ma vérité . Mon père blessé à Verdun et croix de guerre en 14 ( ( et ça valait quelque chose) n’était pas un collabo et personne ne l’était au moment de l’armistice mais je me souviens parfaitement du consensus général pour l’arrêt des hostilités avec le cri de soulagement aux annonces télévisées de Pétain . Nous étions effondrés par la défaite mais soulagés et nous ne pensions pas que Pétain était un traître.

Avec quoi pouvions nous résister ? Avec quelles troupes ? Ceux qui fuyaient et qui nous doublaient sur les routes de l’exode ? Nous courions à l’anéantissement , la ruine , l’enfer devant une guerre qui pour la première fois impliquait les civils. Facile toujours de réécrire l’Histoire après coup et surtout de porter un jugement .

Sganarelle

………………………………………………………………………………………………………………………………….

Intéressants ces témoignages. Je vais vous faire part du mien, Mon père était de l’assistance publique, il fut placé dans une famille d’accueil peu après sa naissance,, famille où il fut choyé jusqu’à ses treize ans . A 13 ans il fut enlevé de sa famille pour aller travailler, tel était le sort des enfants de l’assistance. A savoir qu’à cette époque être de l’assistance c’était être un paria, les gens les méprisaient, car ils étaient les enfants dit du « Péché ». La famille d’accueil où il fut placé en 1934 était une famille qui méprisait les enfants de l’assistance. Son lit était dans le grenier à foin, où il avait en tout et pour tout une bassine et un pichet d’eau, il travaillait 14 heures par jour et on lui donnait à manger des patates bouillies et du gras de viande. Il fit une deuxième famille où là aussi il logeait dans l’écurie et où les conditions de vie étaient les mêmes. Beaucoup de gens l’insultaient, le traitaient d’enfant de rien. En 1940 ces gens virent d’un bon œil l’arrivée des allemands considérant qu’ils allaient mettre au pas les jeunes et notamment ceux de l’assistance. Mon père rencontra en 1941 un homme qui voulait le faire rentrer dans la résistance. Il refusa et lui dit : « Tu ne crois pas que je vais risquer ma vie pour un peuple qui me méprise, qui m’humilie, que ce soit les français où les allemands, pour moi il n’y a pas de différence » Fin 1941 il fut pris par la patronne d’une ferme dont le mari était prisonnier en Allemagne, il eut le statut de chef de culture, ce qui eut pour conséquence de ne pas être pris pour le STO. Pour lui aucun regrets de ne pas avoir fait la résistance pour des raisons que je peux comprendre.
Il est à noter toutefois que c’est grâce aux services allemands qu’il sut où il était né exactement et qui était sa mère. Les recherches furent faites pour savoir s’il n’était pas juif ou d’origine juive.

De l’autre côté, la sœur de mon grand-père à 20 ans fut une résistante de la première heure, après l’appel du 18 juin, elle fut dans un réseau de résistance, elle fit des actions diverses, elle était le garçon manqué de la famille qui comptait 10 garçons et une fille (elle). Dans cette ville de Charente-Maritime la collaboration était très élevée, d’ailleurs peu de gens de cette époque vivant dans cette ville veulent parler de cette période. Ma tante a vu des atrocités faites grâce à la collaboration. Et au moment de la libération, beaucoup de ces collabos devinrent des résistants de la dernière heure, qui firent le nécessaire pour éliminer des gens qui pouvaient témoigner de leur collaboration. Ma tante faillit perdre la vie à cause d’eux. Et le gars collabo qui voulait sa peau fit à partir de 1952 une carrière politique. Elle essaya de dénoncer ses actions pendant l’occupation mais rien n’y fit.
Ensuite, elle a vu ceux et celles qui furent traités de collabos, simplement par vengeance ou pour régler des comptes de famille et ceux-ci furent hélas les plus nombreux, c’était le temps de la purge.
Pour résumer entre mon père et ma tante deux façons différentes de rentrer dans ce conflit, et ma tante n’a jamais tenu rigueur à mon père de son attitude, elle la comprenait.

Philippe

Publié dans Uncategorized | 11 commentaires

Lecture: Le véritable procès du maréchal Pétain, Louis Noguères, Fayard, 1955.

Voici un vieux livre, passionnant, sur l’histoire de Vichy, rencontré par hasard sur les rayons d’une bibliothèque. Il a été écrit par l’ancien président de la haute cour de justice, nommé après le procès du maréchal Pétain. Ce livre étrange, qui tient sa force de son caractère impartial et honnête, monument de 700 pages, est constitué de pièces méconnues, qui figuraient au dossier de l’accusé mais qui n’ont pas été utilisées, ni par ses juges, ni par ses défenseurs. Sa lecture prend à la gorge et entraîne dans un mystérieux malaise issu de  la lente et inexorable déchéance d’un groupe d’hommes qui semblent peu à peu faire naufrage dans l’aveuglement et la trahison.

Il présente des pièces sidérantes, comme les extraits de notes prises au fil des réunions par le docteur Ménétrel, le médecin et conseiller du « chef de l’Etat français ». L’ouvrage ne peut pas être résumé tant il est dense et hétéroclite. Il fait le récit de la chute d’un groupe d’hommes dans l’ivresse d’eux-mêmes et le déshonneur. Ils n’ont que le mot « souveraineté » à la bouche mais sombrent dans une servilité toujours plus absolue. Un an après l’entrevue de Montoire où fut scellée la politique de collaboration, Pétain écrit ainsi à Hitler, le 20 octobre 1941: « Monsieur le Chancelier, L’anniversaire de l’entrevue de Montoire est une date dont je tiens, en dehors du protocole, à marquer le sens et la portée. Il y eut dans votre geste de l’an dernier trop de grandeur pour que je ne sente pas le devoir de souligner, en termes personnels, le caractère historique de notre conversation« . Grandeur! à propos d’un personnage qui est en train d’opprimer et de détruire la France.

Le culte de la personnalité autour d’un Pétain divinisé est en filigrane de cette déchéance: « De l’issue des négociations en cours [pour accorder des bases aux Allemands en Syrie destinées à combattre les Anglais] , proclame l’amiral Darlan, dépend l’avenir de la France. Il s’agit pour elle de choisir entre la vie et la mort. Le maréchal et son gouvernement ont choisi la vie. Votre devoir est tout trouvé: suivez le maréchal, aidez le de toutes vos forces, comme je le fais moi-même, dans une oeuvre de rénovation nationale ».

S’y expriment toute l’horreur et la monstruosité de l’esprit servile, en particulier lors de la déportation des familles juives. Récit d’un témoin: « Le préfet délégué de Lyon, présent à cette opération, et entendant les cris des femmes qu’on séparait de leurs enfants, me dit: « c’est abominable ce que nous faisons! » Je lui ai répondu: « Et pourtant, vous le faites! ». Alors, il me répondit: « Il faut obéir! »

L’indignité, le déshonneur, la bêtise humaine et l’hypocrisie éclaboussent toute une partie de l’ouvrage qui accumule les documents retraçant l’attitude des hommes de Vichy au moment du débarquement américain en Afrique du Nord (8 novembre 1942). Alors que la France est occupée aux deux-tiers par l’armée allemande, pillée, écrasée sous la botte hitlérienne, terrorisée par la Gestapo, les dirigeants du régime poussent des cris d’orfraies à l’idée de la « souveraineté française violée par les Américains en Afrique du Nord« . Dans l’aveuglement , l’abrutissement, et l’inconscience la plus totale, déconnectés de la réalité, incapables de saisir le sens des événements en cours qui annoncent la défaite de l’Allemagne, ils s’acharnent à ordonner aux autorités et aux forces françaises d’Alger de livrer une bataille sanglante aux Américains qu’ils accusent « d’invasion ». « J’ai donné des ordres et je vous demande de les appliquer! » s’égosille le chef de l’Etat, alors que depuis deux jours les autorités d’Afrique du Nord se sont ralliées aux Américains.

On y voit des gens désemparés, privés de toute boussole, morale, intellectuelle qui ne savent plus où ils en sont:

  • Laval: Nous avons tout perdu. L’Empire est par terre. Mon ambition est de sauver ce qui peut l’être de notre territoire.
  • Weygand: Je veux vous dire ce que je pense. Je veux vous dire que la politique suivie par le gouvernement [d’alignement sur l’Allemagne hitlérienne] détache le pays du Maréchal!
  • Laval: La France est occupée par l’Allemagne, c’est un fait!
  • Weygand: Le Maréchal perd du terrain dans l’opinion publique!
  • Laval: Que faire alors? J’ai la certitude que si les anglo-saxons sont vainqueurs dans cette guerre, ce sera le bolchevisme!
  • Weygand: Je vous répète que le gouvernement, par sa politique, se fait le fourrier du communisme!
  • Pétain: Si l’opinion se détache de moi, c’est l’anarchie. Mon prestige vous est nécessaire. Il faut que je puisse rester.

La chute dans le déshonneur se poursuit inexorablement. La crise politique de novembre 1943 secoue une nouvelle fois le microcosme vichyste. Pétain qui se considère toujours comme le symbole vivant de la France, alors qu’il a sombré dans le mépris populaire, tente une opération politique en préparant un Acte constitutionnel dont l’objectif est de réunir le Parlement congédié trois ans et demi auparavant, promettant de démissionner s’il est empêché de réaliser cette manœuvre. Prévenus par Laval, les Allemands – Ribbentrop en personne – le lui interdisent strictement au nom d’Hitler et imposent, dorénavant, un accord préalable de l’occupant avant tout acte législatif ou réglementaire.  Va-t-il démissionner comme il en a donné sa parole? Non, il accepte, se soumet entièrement, multiplie les courbettes face au Führer allemand, et demeure à sa place « de chef de l’Etat » en titre. L’excuse de vouloir protéger les Français ne tient pas dès lors que lui même se lamente de ne plus avoir le moindre pouvoir ni influence. Alors, pourquoi se maintient-il? Il a conscience d’avoir perdu toute maîtrise sur les événements mais persiste à se proclamer indispensable.  On touche ici à l’incompréhensible, au mystère le plus insondable de la vanité humaine poussée à son paroxysme…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 12 commentaires

Commentaire de l’élection de M. Wauquiez à la tête des Républicain (Atlantico)

Hier soir, le site Atlantico m’a interrogé sur mon ressenti de la victoire de M. Wauquiez (voir mes réponses ci-dessous). Pour être franc, je suis plutôt rassuré, satisfait et heureux de ce début de résurrection d’une opposition démocratique à un pouvoir qui à mes yeux, incarne le pire en politique: le déni du réel, la fuite dans la communication et le culte de la personnalité. Pour autant, l’enthousiasme et la jubilation ne sont pas de mise. Deux points sont à surveiller: quand vont-ils enfin comprendre que leur devoir est de s’adresser « à la France » et non « à la droite« , un concept aussi sectaire que vermoulu? Sont-ils vraiment prêts à placer au premier plan le débat d’idées, l’intérêt général et le projet, en mettant fin à l’effroyable et vénéneuse dérive narcissique de la politique française autour de la guerre des chefs et de l’obsession élyséenne, ce chancre monstrueux? A voir: attendons, dans l’espérance, mais aussi la fermeté sur nos attentes…

Maxime TANDONNET

  1. Avec plus de 74% des suffrages exprimés, Laurent Wauquiez arrive largement en tête de cette élection pour la présidence LR. « La droite est de retour » a-t-il affirmé. Les Républicains semblent ce soir se redécouvrir largement conservateurs : cette victoire conduira-t-elle à une droite rétrécie ou à une droite renouvelée ?

Il faut distinguer le fond et la forme. Sur la forme, le renouvellement est bien là et il fait pendant à En Marche. Laurent Wauquiez incarne une génération politique nouvelle, celle des quadragénaires. Il a avec lui, dans son entourage proche, des personnalités jeunes comme Guillaume Peltier ou Guillaume Larrivé. Beaucoup de partisans autour de lui sont des hommes et des femmes de moins de cinquante ans. Les ténors de droite, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, volontairement ou involontairement, lui ont passé le relai. Mais le renouvellement des visages n’implique pas forcément le renouveau sur le fond, et c’est cela qui compte. Mettre en avant les questions de sécurité, de maîtrise de l’immigration et des frontières, de respect de la loi, de discipline à l’école, d’unité nationale contre le communautarisme, la lutte contre le terrorisme, de ne signifie en aucune cas « droite retrécie ». Cela répond à l’attente profonde de l’immense majorité des Français qui souffrent de l’insécurité et sont traumatisés par la montée de la violence. La France est déchirée par une profonde fracture démocratique quand 88% des Français jugent que « les politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux » et ne font plus confiance aux politiques. Regagner leur confiance est un immense défi qui n’a rien de ringard, bien au contraire. Si Laurent Wauquiez et son équipe parviennent à y répondre, il sera alors possible de parler d’un véritable renouveau.

  1. Si l’on devait placer cette élection dans la continuité des précédentes élections internes des LR, quelle tendance observe-t-on ? L’accentuation d’une ligne conservatrice aux dépens d’une ligne humaniste est-elle une tendance conjoncturelle ou structurelle à LR ?

On peut parler d’une tendance de fond, car elle correspond à une réalité profonde de la société française. Les derniers présidents de LR l’ont emporté sur une ligne dite conservatrice, ou sécuritaire : M. Copé en 2012, M. Sarkozy en 2014, aujourd’hui M. Wauquiez accentue cette tendance. Elle correspond au sentiment que l’Etat n’assure plus convenablement sa mission régalienne fondamentale qui est de protéger les Français dans un monde en plein chaos. On peut donc dire que l’évolution est structurelle et qu’elle dépasse largement le cadre des militants de LR. Mais l’enjeu essentiel est justement de transcender le clivage entre « conservateurs » et « humanistes ». Protéger efficacement la sécurité, la liberté, l’ordre public n’implique pas de manquement au principe d’humanité. L’opinion publique veut l’ordre public et tout autant le respect des droits fondamentaux et sociaux. La société française est extrêmement fragile, notamment parce qu’elle compte une dizaine de millions de personnes reléguées dans l’exclusion, privées d’emploi ou de logement décent. Le devoir absolu de M. Wauquiez et de son équipe sera de tendre la main à ceux qui sont dans la misère et la souffrance. S’ils ne le font pas, ils seront rejetés par le pays.

  1. Cette droite peut-elle se replacer comme mouvance d’opposition principale, devant Jean-Luc Mélenchon ?

Oui, cela ne fait aucun doute. Les Français ont besoin d’une opposition susceptible d’assurer une alternance sans risque pour le pays. Il n’existe pas de démocratie sans une opposition en mesure de reprendre la relève. Il me semble que l’enjeu de l’opposition qui s’incarne désormais dans M. Wauquiez et son équipe, consiste à restaurer la confiance des Français dans la politique. Avant tout, il lui incombe de donner des gages de sa sincérité à s’engager dans la voie du redressement collectif et non, cinq ans à l’avance, dans une course à l’Elysée qui serait à la fois absurde et suicidaire. Donner une image de la politique fondée sur le bien commun plutôt que la guerre des chefs et la course aux ego et aux satisfactions de vanité : tel est l’immense défi qui se présente à lui. Et aussi sa grande difficulté si l’on en juge par la réaction de ses concurrents chez les Républicains… Le mode d’exercice du pouvoir, en vigueur aujourd’hui en France, repose à la fois sur une place considérable donnée au verbe, à la communication et sur la personnalisation du pouvoir à outrance. Si l’expérience actuelle réussit, la question ne se posera même pas. M. Macron et son parti LREM seront reconduits triomphalement en 2022. Si elle échoue, cela signifiera que les Français veulent tout autre chose : un retour à la politique comme mode d’action collectif en faveur de l’intérêt général et de la vérité. Dès lors, la chance de M. Wauquiez sera d’animer progressivement ce retour à la politique au sens noble du terme, en homme d’Etat plutôt qu’en créature providentielle.

Publié dans Uncategorized | 15 commentaires

Laurent Wauquiez, entre diabolisation et retour de l’espérance.

Voici mon article du jour, pour le Figaro Vox:

***************************************************************************

A la veille de l’élection du président des Républicains, la candidature de M Laurent Wauquiez est dominée par un paradoxe. D’une part, ce dernier est considéré comme ultra-favori, quasi certain de l’emporter. D’autre part, il fait l’objet d’une tentative de diabolisation sans précédent pour ce genre de scrutin interne à un parti. L’ensemble des médias, radio et télévisions, se sont engagés dans une entreprise de démolition de son image. M. Wauquiez est ainsi présenté comme une sorte d’intrigant, ambitieux est sans scrupule. Plusieurs des leaders de LR ont d’ores et déjà laissé entendre qu’ils le tenaient pour illégitime à la tête du mouvement et qu’ils le combattraient. Le centre-droit a rejeté par avance une alliance avec LR sous sa présidence.

Quel crime a donc commis Laurent Wauquiez pour mériter un tel traitement ? Son intégrité n’est pas en cause. Il n’a jamais été condamné ni mis en examen et rien ne permet de douter de sa probité à aucun moment de sa carrière. Pour s’en tenir à des aspects personnels, il a une réputation de personnage plutôt simple et cordial, sans prétention, à l’écoute de ses collaborateurs et des avis qui lui sont donnés par les uns ou par les autres ; en tout cas bien loin de l’image d’Epinal du fort en thème enfermé dans la tour d’ivoire se ses diplômes. Il s’est montré parfaitement loyal avec ses anciens patrons, Nicolas Sarkozy comme chef de l’Etat ou François Fillon Premier ministre : une qualité d’autant plus précieuse en politique qu’elle est rare. Les coups bas et petites phrases méchantes ne sont pas sa spécialité. Il est facile de l’accuser d’avoir tourné le dos à son mentor, M. Jacques Barrot : comme si toutes les carrières politiques, sans exception, ne reposaient pas sur le soutien initial d’un protecteur !

Enfin, Laurent Wauquiez n’a jamais, à aucun moment, eu la tentation de transiger avec le Front national. Il l’a toujours proclamé avec une absolue fermeté. Certes, lors du second tour des élections présidentielles, son refus d’appeler à voter M. Macron contre la candidate du FN a été fortement critiqué. Cependant, au regard du principe démocratique, le refus d’accorder un blanc-seing à M. Macron, en l’absence du moindre doute sur les résultats, ne valait en rien adhésion à son adversaire.

La source de la défiance envers lui provient-elle alors d’une « droitisation » excessive ?De prises de positions qui seraient contraires à la pensée unique, à l’idéologie dominante : fédéralisme qui ne dit pas son nom, société libérale-libertaire, sans- frontièrisme, principes de la « table rase » ?

Jamais Laurent Wauquiez, dans les solutions auxquelles il a réfléchi, n’a manqué au principe de réalité et de modération. Ainsi, il ne remet pas en cause le principe de la solidarité et de l’unité européenne, mais dans un livre paru en 2014, proposait une réforme profonde des institutions et du fonctionnement de l’Europe. De même, il a manifesté sa volonté d’améliorer la maîtrise de l’immigration en fonction des capacités d’accueil de la France, mais ne s’est jamais prononcé en faveur de « l’immigration zéro ». Par des gestes symboliques – celui de la crèche au conseil général – il a montré son refus des intimidations. Laurent Wauquiez a sans doute en perspective de s’adresser au 88% de Français qui selon le sondage annuel de Cevipof sur la confiance, considèrent que « les hommes politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux. » Peut-on le lui reprocher ?

Dans un tel contexte, M. Laurent Wauquiez a-t-il la moindre chance de réussir, c’est-à-dire de conduire les Républicains à la victoire dans les années qui viennent ? Tout dépend sans doute de la vision qu’il aura de la situation politique.

Le mode d’exercice du pouvoir, en vigueur aujourd’hui en France, touche au paroxysme d’une évolution de longue date. Il repose à la fois sur une fuite dans la communication et sur la personnalisation du pouvoir à outrance, autour d’un personnage censé incarner l’autorité politique à lui tout seul, au détriment des outils de direction du pays : Gouvernement, Parlement, partis politiques, collectivités territoriales. Si l’expérience réussit, la question ne se posera même pas. M. Macron et son parti LREM seront reconduits triomphalement en 2022. Si elle échoue, cela signifiera que les Français veulent tout autre chose : un retour à la politique comme mode d’action collectif en faveur du bien commun et de la vérité. Dès lors, la chance de M. Wauquiez sera d’animer progressivement ce retour à la politique au sens noble du terme, en homme d’Etat plutôt qu’en créature providentielle, une politique fondée sur l’intérêt général avant l’image médiatique. Avant tout, il lui incombe de donner des gages de sa sincérité à s’engager dans la voie du redressement collectif et non, cinq ans à l’avance, dans une course à l’Elysée qui serait à la fois absurde et suicidaire.

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 53 commentaires

La crétinisation de la France

« A l’âge de 10 ans, un écolier français a plus de mal à lire que ses homologues européens. Déjà derniers (22e) dans l’Union européenne en mathématiques et avant-derniers en sciences dans l’enquête internationale Timss (Trends in Mathematics and Science Study ) publiée l’an dernier , les écoliers français, en l’occurrence les collégiens de CM 1, partagent le bonnet d’âne européen pour la lecture avec les belges francophones, et la 34e position sur 50 pays dans le monde dans le classement Pirls (Progress in International Reading Literacy Study) réalisé tous les cinq ans et publié ce 5 décembre. 319 000 élèves de 9 à 10 ans, 310 000 parents, 16 000 professeurs et 12 000 écoles de 50 pays ont participé à ce programme mené au cours de l’année 2016 par l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (IAE), qui dépend du Boston College. Les champions internationaux sont la Russie et Singapour. Malgré dix heures d’enseignement hebdomadaire du français du CP au CE 2 et huit heures par semaine en CM 1, les collégiens testés au printemps 2016 comprenaient mal ou pas du tout le texte qu’ils lisaient. Seuls 4% des CM1 ont été jugés aptes  «à comprendre et à utiliser les formes du langage écrit que requiert la société ». Depuis 2001, année de lancement du programme,  les résultats de la France n’ont cessé de décliner, avec 14 points perdus. « 

L’effondrement du niveau scolaire est le phénomène le plus symptomatique d’un déclin général qui se manifeste de mille façons: désindustrialisation accélérée, chaos et violences urbaines, impuissance de l’Etat, endettement vertigineux, renoncement à la maîtrise des frontières, ravage du terrorisme islamiste, esprit de dissimulation et de mensonge, poussée de l’extrémisme stérile, effondrement de la démocratie et de la politique – le choix d’un destin collectif – au profit de la communication et d’un culte de la personnalité qui est le paroxysme du crétinisme contemporain. La réintroduction de la « dictée » n’est qu’un leurre qui ne changera strictement rien à la situation. La chute de la France, à commencer par son niveau intellectuel,  est un phénomène de long terme, qui transcende les majorités. C’est toute l’histoire d’un pays ravagé par l’individualisme et le narcissisme qui se réfugie dans les chimères et n’a plus envie de vivre en tant nation ni de s’instruire.  Parler encore du « génie français » ou du « pays de Descartes » est devenu une aberration. Le redressement est-il mission impossible? Il ne se conçoit que sur le long terme et ne peut venir, à la base, que d’une prise de conscience, totalement absente aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 79 commentaires

Salut Johnny!

Ce matin, je me suis levé tôt pour parler de sujets qui me tenaient à cœur: la chute du niveau de lecture des enfants français, un signe parmi d’autres de l’effondrement intellectuel de notre pauvre pays, l’épouvantable hypocrisie médiatico-politique sur l’affaire corse. Et patatras, en allumant mon ordinateur, j’apprends le décès de Johnny. Comment le dire?  C’est notre enfance, notre jeunesse qui achèvent de mourir avec son départ. Il donnait une image de gentillesse populaire, simple et sans prétention. Il exprimait la joie de vivre, empreinte de mélancolie. Il chantait la solitude, la nostalgie, l’amour et la liberté. Il n’avait rien d’un donneur de leçon ni d’un professeur de morale à deux sous. Il incarnait à la perfection notre France que nous aimons et qui s’éloigne. C’est un ami qui nous quitte. Nous sommes tristes, accablés, comme abasourdis par la nouvelle.

 

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 27 commentaires

Entretien avec Atlantico sur l’avenir de LR

1-Le dimanche 10 décembre prochain, les 234 908 adhérents « les Républicains » à jour de cotisation sont invités à participer à l’élection à la présidence de leur parti lors de la session du Congrès. Comment cette campagne à la présidence, qui s’est dessinée depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence, a t elle changé au parti ? Le parti y a t il gagné quelque chose « intellectuellement » ? 

Les échecs électoraux de 2017 ont représenté un traumatisme infini pour LR qui se situait dans la logique d’une alternance et d’une victoire quasi certaine après l’effondrement du quinquennat de M. Hollande. A l’issue du plus effroyable scandale politique de l’histoire de la Ve République pendant une campagne nationale, LR a été battu par un homme que nul ne connaissait quelques années auparavant et qui n’était autre que l’ancien conseiller et ministre de l’économie du président sortant… Puis aux législatives, LR mordait de nouveau la poussière devant un parti LREM tout juste sorti du néant. Pour le mouvement héritier du courant gaulliste, c’était plus qu’une défaite, une humiliation. Comme souvent, les moments les plus tragiques, quand le fond de l’abîme est atteint, sont propices à une remise en question fondamentale. Un rapport sur la refondation des Républicains a été rédigé et publié en novembre 2017. C’est un beau texte qui renouvelle profondément les conceptions du mouvement : appel au renouveau du débat d’idées, rejet du culte du chef, volonté de répondre aux questions de fond qui préoccupent les Français, sur l’avenir de la nation, les frontières, l’intégration, la maîtrise des flux migratoires, l’identité de la France. Pour les opposants à cette évolution, le réflexe de Pavlov est à la caricature et l’on parle de droitisation ou de « lepénisation ». Or, écouter ce qu’ont à dire 60 à 80% des Français, tenter de leur apporter une réponse à la fois réaliste et respectueuse des droits fondamentaux, ce n’est rien d’autre que la démocratie, et non la « droitisation ».

​2- Selon des propos rapportés par le Financial Times, le politologue français Laurent Bouvet indique que Laurent Wauquiez réitère la stratégie victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007, notamment sur les thèmes de l’identité et de l’immigration, à la différence que le probable futur numéro 1 du parti doit aujourhdui composer sans les centristes, partis chez LREM. Les « centristes » ont il réellement rejoint Emmanuel Macron ? Dans un tel cas, ne s’agit il pas d’un moyen de sortir de la confusion idéologique existante au sein du parti, sur les questions européennes par exemple ? 

 Les choses sont plus compliquées que cela. Une partie des centristes ont rejoint le camp de M. Macron : le modem, une partie de l’UDI. Cependant, une autre partie des centristes reste plus ou moins solidaire de LR, autour de M. Morin assez proche des idées de LR. De plus, la mouvance centriste reste très instable et adaptable. Elle peut basculer dans un camp ou dans un autre en fonction des rapports de force et de ses intérêts électoraux. Mais il est vrai que la recomposition se poursuit. On sent bien que les choses continuent à bouger. Le schéma de type UMP comme union « du centre et de la droite » avec forte prédominance des idées centristes, est dépassé. C’est plutôt le RPR du début des années 1980 qui est en train de se reconstituer, une formation conservatrice, qui mettra en avant le libéralisme économique et la défense de l’identité de la France, sa culture, ses traditions, le refus du communautarisme, la sécurité et la maîtrise des frontières. Une partie des personnes tentées par l’abstention ou un vote de protestation par dépit et désespoir, pourra se retrouver dans cette approche. En revanche, sur l’Europe, un ton nouveau est à inventer qui concilie les points de vue. Le fond idéologique des sympathisants de LR n’est pas anti-européen. L’enjeu, pour les futurs dirigeants du mouvement, n’est pas de vouloir sortir de l’Union européenne, mais de l’arracher à une logique bureaucratique qui la ronge insidieusement, la démocratiser et la rapprocher des citoyens et des nations pour revenir à l’idéal d’une union toujours plus étroite entre les peuples.

3- Quelles sont les forces et les faiblesses de ces nouveaux « LR » qui se profilent, aussi bien au niveau idéologique qu’au niveau électoral ?

Tout le problème tient à l’image de la politique. Il ne suffit pas de convaincre des militants mais de toucher le cœur de la France. L’image que donnent les responsables politiques, depuis des décennies, est accablante. Les gens ont le sentiment que les politiques sont obnubilés par leurs intérêts personnels, leur carrière, leur obsession maladive d’accéder à l’Elysée puis de s’y maintenir et par conséquent ne se préoccupent plus de l’intérêt général. C’est pourquoi ils ont donné un grand coup de balais à la classe politique traditionnelle en 2017. Mais par un incroyable ironie de l’histoire, les nouveaux ne font pas mieux que les anciens… L’enjeu fondamental, pour M. Laurent Wauquiez et les nouveaux dirigeants de LR, c’est de rompre avec cette vision. Il faut arriver à prouver aux Français leur détermination à en finir avec une politique qui se limite le plus souvent à la communication et à la posture. Il faut réussir à les convaincre de leur volonté de réhabiliter une politique de l’action efficace et authentique, tournée vers le monde réel et non les chimères et les manipulations. Le défi est gigantesque. Le contexte politique est plutôt favorable aux nouveaux dirigeants de LR : avec l’effondrement du PS et la crise du FN, ils se présentent comme la seule alternance crédible dans les années à venir. On peut présumer qu’une usure du pouvoir accélérée guette les dirigeants actuels. Cependant, elle ne profitera à LR que si mouvement réussit à faire passer le message d’une volonté absolue de probité, d’en finir avec le culte du « je », de restaurer la politique comme un mode d’action tourné vers le seul bien commun. Le défi est de taille…

Publié dans Uncategorized | 17 commentaires

La bêtise arrogante

La France traverse une période de faux plat. L’actualité est à peu près vide d’intérêt, baignant dans une atmosphère étrange de bêtise arrogante – selon une formule entendue avant- hier, de la bouche d’un ami journaliste – mais aussi de prétention hystérique et vulgarité conquérante, ajouterais-je bien volontiers. Dans ce contexte, une anecdote m’est revenue à l’esprit, dont je certifie sur mon honneur qu’elle est strictement authentique. Par une belle soirée de fin d’été, il y a longtemps, je dînais à la terrasse d’un restaurant avec quelques connaissances, dans un cadre professionnel. « L’heure est à l’optimisme », m’affirme un jeune gars d’une trentaine d’années, polytechnicien, science po, etc,  extrêmement brillant, du genre élite de l’élite, l’avenir incarné de la nation,  sûr de lui et de son intelligence. « Cela ne signifie rien, tout peut arriver à tout moment! », lui ai-je répondu. « Propos de grincheux et de ronchon qui ne comprend rien à son temps! », m’assène-t-il. «  »Voyons, ai-je repris, en 1910 ou en 1930, qui voyait venir l’apocalypse? » « Aucun rapport! Il existe un « effet d’expérimentation »(sic). L’humanité progresse mécaniquement vers le « bien » à force d’accumuler une expérience qui lui interdit de reproduire les mêmes erreurs: la violence et la guerre sont des notions périmées. Il faut vivre avec son époque! » Il criait presque, tant il était convaincu de détenir la vérité. Comme souvent, devant la bêtise arrogante, je me suis tu. Que faire d’autre?  Je n’invente rien: parole d’honneur.  Nous étions le 10 septembre 2001.

Maxime TANDONNET

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 44 commentaires

Humour politique: « et vous trouvez ça drôle? »

Un jury composé de personnalités de la presse et des médias a décerné à l’ancien président, M. François Hollande, le prix de l’humour politique pour sa phrase « toutes mes décisions, je les prends seul à l’issue d’un dialogue singulier avec moi-même ». Par-delà l’enfumage quotidien, la politique actuelle de la France dans tous les domaines (prélèvements obligatoires, social, éducation, immigration, sécurité, Europe, société, etc), avec parfois des nuances de forme, confirme, prolonge ou renforce les orientations ou impulsions données par son mandat. M. Hollande aura donc été un précurseur.  Pourtant, la drôlerie ce cette phrase, qui semble-t-il a amusé un parterre de personnalités de la presse et des médias, est loin d’être évidente. Personnellement, je ne vois pas du tout ce qu’elle a de drôle. Elle serait plutôt tragique. L’air du temps, à tous égards, à tous les niveaux de la vie sociale, est aux petits chefs qui se croient plus intelligents que tout le monde et prennent leurs décisions ou leurs non décisions dans un coin, sans écouter personne. Et ils en sont fiers. L’exercice solitaire du pouvoir ou supposé pouvoir, par des êtres médiocres, qui n’ont rien de moins, mais rien de plus que la moyenne,  est un phénomène qui relève davantage de la tragédie que du comique car il entraîne toujours les sociétés ou les nations à l’abîme. Nul n’est obligé d’avoir envie de rire au souvenir du mandat du président Hollande, et surtout de paroles qui n’ont rien de drôle. Votre « humour politique », gardez-le pour vous.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 36 commentaires

L’esprit de trahison

« On n’a pas le droit de trahir les traîtres même. On n’a jamais le droit de trahir, personne. Les traîtres, il faut les combattre, et non pas les trahir » « Charles Péguy », les Cahiers de la Quinzaine (III 118). Quelque chose d’étrange se produit dans la sphère politique. Nous sommes censés vivre une période de renouvellement ou de recomposition de la vie politique. Pourtant, celle-ci atteint la quintessence de la médiocrité avec la banalisation de la trahison. Le retournement de veste est toujours quelque chose d’insupportable, le pire de la politique. S’être engagé dans un camp pour être élu et basculer dans un autre pour profiter des attribut du pouvoir, est l’apothéose du cynisme politicien. Il n’existe pas dans l’histoire, de trahison qui ait réussi. La trahison finit toujours mal. Le traître, de gauche ou de droite, qui abandonne son camp pour rejoindre celui de l’adversaire, se retrouve forcément, à un moment ou à un autre, face à ses contradictions et son immoralité. Le traître se moque du monde, il trahit avant tout son électorat, donc viole les fondements de la démocratie. Il se condamne à l’échec dès lors qu’il s’enivre de son intérêt personnel, au mépris de l’intérêt général. Personnellement, la trahison est tout ce qui me fait le plus horreur et des traîtres, quels qu’ils soient, je n’attends qu’une seule chose: qu’ils payent leur perfidie.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 27 commentaires

Lecture: Déflagration, Patrick Stefanini, Robert Laffont, 2017

Le livre Déflagration est un témoignage capital de Patrick Stefanini, pour comprendre l’effroyable débâcle du camp Républicain en 2017, et bien au-delà. Il fait partie de ces rares ouvrages qu’on lit d’une traite, sans pouvoir s’en détacher de toute une nuit, tant ils sont captivants et passionnants, pour la compréhension d’un désastre, mais aussi au titre d’une réflexion plus générale sur la politique française.

L’homme est bien connu dans les milieux de la droite française comme dans ceux de la haute administration. Sa grande silhouette de rouquin, très mince, voûtée, un peu dégingandée, est familière aux bureaux et aux couloirs des cabinets de la France « dite d’en haut ». Il fut pendant plus de vingt ans un homme charnière des gouvernements de la droite et du centre. Qui ne connaît pas ce grand modeste, d’une exceptionnelle courtoisie et amabilité, bourreau de travail, d’une volonté de fer, et d’une honnêteté intellectuelle hors norme, obsédé par l’idée du service public et de l’intérêt général?

Il est un de mes amis, je dirais même ami proche; mais qui, dans ce milieu particulier, à l’interface de la politique et du service de l’Etat, n’est pas un ami proche de Patrick? Son livre est à son image, sans méchanceté pour personne, sans haine, sans rancune. Ce « catholique pratiquant », comme il se présente lui-même, ne cesse de battre sa coulpe: « Je me fais d’ailleurs le reproche de ne pas avoir proposé à François Fillon (etc.) » Bien loin de lui la volonté de régler des comptes et le portrait qu’il trace de de dernier, dans un livre honnête, est, dans l’ensemble, plutôt bienveillant. Il ne dissimule rien de son rôle personnel dans le rapprochement avec Sens Commun dont il déplore la « diabolisation ».

Son livre aurait aussi pu s’intituler: « chronique d’une descente aux enfers ». Pour tout dire, on en sort comme d’un film d’horreur, avec au cœur un dégoût infini pour le spectacle hallucinant qu’il nous dévoile dans les coulisses d’une déroute. Au centre de la grande comédie humaine se trouve l’affrontement mortel entre trois personnages qui se méprisent, une bataille de titans, pourvus d’un ego démesuré: Fillon, Juppé, Sarkozy. « Pour Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon sont des numéros deux […]   Alain Juppé a trop longtemps considéré [Ce dernier] comme  une créature de Philippe Séguin  […]   Pour François Fillon comme Nicolas Sarkozy, Alain Juppé est en politique un fils à Papa ».

Englué dans des sondages médiocres, fin août 2016, François Fillon choisit, contre l’avis de Patrick Stefanini, de s’attaquer violemment à Sarkozy – auquel il doit d’avoir été Premier ministre pendant cinq ans – dans l’objectif de relancer sa campagne : « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen? » Pour l’auteur, « l’objectif de François Fillon est bien de cogner sur Sarkozy ». Dès lors, l’opération est un succès: « Fillon casse la baraque médiatique. » L’auteur du livre utilise une belle formule: « Après son discours du 28 août, à Sablé, François Fillon est content de son effet. Il mise une partie de sa stratégie politique et de communication sur sa réputation  d’honnêteté. Il a joué la présidentielle à la manière de la roulette russe et il vient de mettre une balle dans le barillet… »

« C’est comme si la foudre s’était abattue sur nous » ressent l’auteur à la lecture de l’article du Canard Enchaîné dénonçant l’emploi, à l’Assemblée nationale, de Mme Fillon par son mari. La tragédie se noue quand François Fillon, mis en examen, décide de ne pas se retirer, contrairement à la promesse faite à la télévision devant des millions de Français. Son élection devient dès lors impossible, mais ni lui, ni son entourage ne semblent en prendre pleinement conscience. D’où la démission de Patrick Stefanini qui ne parvient pas à faire passer son message.

Ce triste spectacle, est émaillé de scènes de haine, de trahisons, de retournements de veste, complots, dissimulations. Ainsi, Patrick Stefanini, au fil de ses pérégrinations, découvre l’existence parmi les principaux protagonistes de la campagne, d’une « bande du Bellota », nom d’un restaurant où se réunissent régulièrement les ex-partisans de plusieurs candidats à la primaire: « Gilles Boyer, Benoit Apparu et Edouard Philippe pour Alain Juppé, Thierry Solère, Franck Riester, et Sébastien Lecornu pour Bruno Lemaire, et Gérard Darmanin pour Nicolas Sarkozy ». Stefanini ne le dit pas explicitement mais une évidence s’impose:  en plein cœur du FillonGate, la « bande du Bellota » anticipe déjà sur la défaite de son camp et prépare sa reconversion…

L’ouvrage consacre aussi de longs développement à la haine instinctive, viscérale, que se vouent Juppé et Baroin, fondée sur des rancœurs qui remontent à Mathusalem, des broutilles d’amour-propre, qui vont contribuer à bloquer le changement de candidat quand il s’imposait. « Il a osé me dénier la qualité d’héritier de Jacques Chirac! » s’offusque ainsi Juppé. Mais selon l’auteur, même face au caractère inéluctable de la défaite, François Fillon n’a semble-t-il jamais vraiment envisagé de se retirer pour sauver son camp.

Un constat s’impose: c’est le nihilisme dans lequel s’ébattent les acteurs animés avant tout par l’ ivresse d’eux-mêmes et la soif de revanche envers leur adversaire. Autour de Patrick Stefanini s’effectue bien un travail de réflexion, mené par des responsables économiques et axé sur un projet d’inspiration libéral dont la suppression des 35 heures est la mesure emblématique. Mais pour le reste, le néant est radical, vertigineux. Dans les préoccupations courantes de l’état major de campagne, la France semble ne  pas ne pas exister. Patrick Stefanini s’indigne lui-même de ce que l’un des membres de son entourage « commet une erreur en soulignant son attachement excessif aux notions de nation et de frontière ». Une campagne politique nationale n’a-t-elle pas pour objectif suprême le bien de la nation? Dans le tableau qu’il dresse, tel n’est pas le cas. La politique se présente alors comme un combat au service d’un mentor, d’une idole, d’un champion que l’on s’est donné. L’auteur lui-même, au fil de ces pages, donne l’impression de s’angoisser avant tout pour « sa famille politique » (quelle belle famille!)  pour la « droite française » dont l’avenir est en jeu. Le reste, c’est-à-dire la France, n’apparaît qu’au second plan.

Oui, nihilisme total, le grand théâtre tragi-comique qu’il nous décrit avec talent semble dériver loin du monde, loin des réalités, comme sur une scène irréelle. A aucun moment des 400 pages denses n’apparaît même le drame de la « crise des migrants » qui en train de détruire l’Europe. Le mot « chômage », ce mal radical qui ravage la société française n’est pas prononcé une seule fois (sauf erreur). Il est parfois question des massacres commis sur le sol national par le terrorisme islamiste. Pourtant, le spectacle décrit par l’auteur de l’ouvrage semble à mille lieues d’une prise de conscience de l’ampleur de l’effroyable traumatisme subi par la France depuis deux ans.

Ce spectacle semble être celui d’un petit monde refermé sur lui-même sa vanité maladive, ses calculs, la folie de ses ambitions narcissiques, totalement inconscient et indifférent au reste du monde, l’intérêt général, la France, le peuple, la nation, en sont largement absents. Le travail de la campagne se focalise sur les sondages où l’on teste les formule, les slogans, les propositions, les mots chocs. La campagne, une vaste opération de marketing pour vendre un produits à des crétins manipulés – que nous sommes, nous les électeurs…

Ce témoignage exceptionnel soulève implicitement des questions gravissimes, dont les protagonistes du drame n’ont absolument pas la moindre conscience. Il pose en premier lieu la question dramatique du présidentialisme français, et son monstrueux naufrage dans le despotisme de l’impuissance et de la vanité. Dans un climat d’aveuglement total, la notion de res publica, d’intérêt général, de bien public est désormais noyée dans un grand fleuve de narcissisme égotique qui peu à peu, entraîne le pays à l’abîme. Et d’ailleurs, cet épouvantable fiasco de la « droite » en 2017 a débouché sur une situation de culte de la personnalité qui est la quintessence d’une dérive mortelle pour le pays. Les acteurs du drame n’en finissent pas de se réfugier derrière « de Gaulle » pour justifier cette phénoménale plongée du pays dans la démence mégalomane. Mensonge suprême: jamais le Général n’aurait reconnu le régime qu’il a fondé dans cette apothéose de la médiocrité narcissique et impuissante à laquelle nous sommes condamnés.

Que dire en conclusion? La démocratie française est à refonder de A à Z, autour d’une décentralisation communale, du recours à la démocratie directe, d’un gouvernement collectif et modeste, tourné vers l’intérêt général du pays, son avenir, et non la starification d’un homme ou une femme, et le bannissement de toute forme de culte de la personnalité. La France a besoin d’hommes d’Etat, me suis-je dis en posant le livre par terre, après cinq heures d’une lecture passionnée, et non de pitres méchants et vaniteux.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 45 commentaires

Soutien à M. Jean-Michel Blanquer

« Inconstitutionnel & inacceptable. » Sur Twitter, Jean-Michel Blanquer est sans détours: le ministre de l’Éducation nationale s’oppose formellement à l’organisation, les 18 et 19 décembre, d’un stage syndical proposant des débats « en non-mixité raciale ». « Je condamne avec fermeté le projet d’une réunion syndicale triant les membres sur la base de leur origine », a affirmé le ministre. La section départementale de SUD-Éducation en Seine-Saint-Denis propose en effet deux ateliers réservées aux enseignants « racisés » – comprendre « non-blancs », lors de journées thématiques baptisées: « Au croisement des oppressions: où en est l’antiracisme à l’école? »

Certaines informations donnent le vertige, comme celle-ci de l’organisation d’un stage sur des bases raciales dans l’Education nationale. Que cette idée ait pu venir à l’esprit de professeurs, chargés d’instruire des lycéens ou collégiens,  en contradiction avec tous les fondements de la Constitution et de la démocratie française – « la République ne reconnaît aucune distinction de d’origine, de race et de religion »,– reflète la tragédie d’une société en plein naufrage. L’acte de résistance de M. Blanquer n’a rien d’anecdotique: voyez comme il paraît seul dans la classe politique à s’exprimer à ciel ouvert sur le sujet: même des députés censés soutenir le gouvernement prennent leur distance, sous l’effet de la peur. Il s’expose à être traîné dans la boue et lynché par le système idéologique, traité de réactionnaire et de raciste, alors que par ce geste, il livre la guerre au racisme. Pourquoi le silence, sur un sujet aussi grave, des leaders Républicains? Leur silence sur un tel sujet – sauf si des déclarations m’ont échappé – est assourdissant…On peut en effet parler d’un acte de résistance au sens fort du terme, peut-être désespéré, au regard du courant totalitaire et morbide qui emporte notre pays dans l’aveuglement et la lâcheté générale, mais tout acte de résistance est au départ isolé et désespéré, avant de porter des fruits. Qu’il en soit remercié.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 46 commentaires

LR: la porte étroite de l’avenir

Entretien de ce weekend avec le site Atlantico. 

1-Selon RTL, un député « En Marche » aurait déclaré Laurent Wauquiez va devenir redoutable », prévoyant ainsi une éclipse du premier opposant actuel à Emmanuel Macron, Jean Luc Mélenchon, au profit du probable prochain président des LR. Alors qu’Alain Juppé et les constructifs marquent de plus en plus leurs distances, dans quelle mesure et à quelles conditions Laurent Wauquiez peut-il devenir une force prête à bénéficier de l’alternance pour les élections intermédiaires, comme pour la prochaine présidentielle ? 

Les conditions pour que LR bénéficie des élections intermédiaires et de la prochaine présidentielle sont nombreuses et aujourd’hui, loin d’être réunies. Il faut que les leaders de LR prennent conscience de l’immense insatisfaction des Français envers leur classe politique. Malgré les séismes de 2017, il n’est pas du tout certain que cela soit le cas. Une grande majorité des Français ne supporte plus la politique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, le narcissisme, la mégalomanie, les guerres de chefs, l’obsession de leur destin présidentiel par des hommes ou femmes qui se prennent pour des sauveurs providentiels. Cinq ans, c’est très loin. On peut seulement imaginer que d’ici là, les Français ressentiront une profonde allergie instinctive envers le culte de la personnalité, et le sentiment de la confiscation de l’intérêt général au profit d’une vanité exubérante. Les Français qui accepteront encore de croire en la politique seront attirés par la modestie, la simplicité, la seule volonté désintéressée de l’action au service du bien commun. LR doit redécouvrir un principe simple: les hommes politiques, les dirigeants du pays, ne sont rien d’autre que les humbles serviteurs de la nation. Ils sont au service du pays, et non l’inverse. C’est le débat d’idées au service de la France qui doit s’imposer contre l’obsession présidentialiste et les boursouflures d’ego qui rongent depuis trop longtemps l’univers politique. Si les LR ont la lucidité de s’en rendre compte, tous les espoirs sont permis pour eux. Sans doute faut-il un leader, un coordonnateur, un catalyseur d’énergie, un arbitre,mais il doit prouver, à travers tous ses faits et gestes et paroles, qu’il est simplement au service d’une cause commune et que son destin personnel n’a aucune importance. Si le futur président de LR donne le sentiment qu’il est obsédé par la présidentielle, quatre ans et demi à l’avance, un nouveau désastre sera au rendez-vous. Il faut bien voir qu’en 2022, entre M. Macron et un autre candidat de même profil, même style, les Français, en désespoir de cause, préféreront l’original à la copie.

2-Les LR, en perdant les tenants de la ligne Alain Juppé et les constructifs pro-européens, sont régulièrement présentés comme un parti « droitier », perdant ses attraits sociologiques ? En quoi cet « à priori » peut il être contestable ? 

C’est de la propagande à l’état pur et du mensonge avéré. La question n’est pas d’être plus ou moins « gaucher » ou « droitier ». Elle est de cesser cette dérive scandaleuse de la vie politique qui consiste, depuis trop longtemps, à se moquer des citoyens, des électeurs. Pourquoi l’affaire des « sans dents » a-t-elle fait tellement de mal? Parce qu’elle reflète le mépris phénoménal d’une petite caste dirigeante, de l’extrême gauche à l’extrême droite, envers les Français. Pourquoi croyez vous que plus de 50% des Français se sont abstenus lors des dernières élections législatives, un record historique absolu, dans l’histoire de la République qui souligne, dans l’indifférence générale, l’effondrement de la démocratie française? Parce que les électeurs, les citoyens en ont assez d’être puérilisés et manipulés depuis trop longtemps: fausses réformes qualifiées de « transformation profonde »; annonces sans lendemain; postures mégalomanes; dissimulation des réalités et des statistiques; polémiques stériles permanentes; abrutissement collectif à travers l’obsession des grandes épreuves sportives; destruction de l’intelligence collective par l’abêtissement télévisuel et le saccage de l’éducation nationale; mépris viscéral des dirigeants pour les sentiments et des idées du peuple sur les grands sujets du moment: l’économie, l’Europe, la Nation, la sécurité, les frontières. Qui aurait l’idée de consulter la nation sur l’un de ces grands sujets? Personne! Les milieux de la France dirigeante ou influente, de l’extrême droite à l’extrême gauche, vivent aujourd’hui dans la conviction que les citoyens sont dans l’obscurantisme et qu’ils doivent être éclairés par les prétendues élites détenant le sens de l’histoire et la connaissance du bien et du mal. C’est pourquoi ces dernières utilisent le mot « populiste », dérivé de peuple, comme épouvantail destiné à maudire toute pensée dissidente. L’immense chance des LR, par delà le clivage droite/gauche, c’est justement de réinventer en profondeur une politique qui serait fondée, non plus sur le mépris des citoyens, mais sur le respect qui leur est dû, une politique et un discours de vérité s’adressant à l’intelligence des Français. Ces derniers savent très bien que nul ne dispose d’une baguette magique mais ils attendent d’être traités en adultes, considérés et écoutés par leurs représentants.

3- Quel est le potentiel, pour les LR, de redevenir un grand parti, une hypothèse qui suppose de pouvoir être unede pouvoir être une force attractive aussi bien pour des électeurs LREM que FN ? Au regard de ces deux électorats, quelles pourraient être les conditions de leur ralliement aux LR ? 

Il me semble qu’il est considérable. Le parti socialiste est en pleine désintégration, d’ailleurs pour une raison simple: sa frange modérée, ou sociale-démocrate s’est largement reconvertie en LREM. Le FN est lui aussi en grande difficulté après un pic atteint en 2014-2017. Dans l’avenir, soit il repartira, soit il poursuivra son affaiblissement si LR parvient à offrir une perspective aux Français qui ont voté FN ces dernières années par dépit et non par conviction. Mais il me semble que LR ne doit en aucun cas chercher à s’inspirer d’autres partis, que ce soit LREM ou le FN. Par exemple, sur la conception même de la politique, qui caractérise aussi bien LREM que le FN, avec le culte de la personnalité, ou le culte du chef comme principe fondateur, le LR a la possibilité de s’en démarquer radicalement et de dire: en démocratie, ce n’est pas le destin personnel ou présidentiel, d’un prétendu sauveur ou d’une prétendue sauveuse qui compte aujourd’hui, mais le seul débat d’idées au service de la Nation. Quelle réforme pour l’Europe conforme aux principes des démocraties nationales? Quelle politique migratoire et de protection des frontières? Commente restaurer l’autorité de l’Etat, l’unité de la nation contre le communautarisme islamiste? Et la sécurité des citoyens? Comment relever le défi du terrorisme islamiste? Comment sauver l’école et l’intelligence française? Mais surtout, comment réinventer la démocratie française, le pouvoir du peuple? La question fondamentale, pour les LR, n’est pas de se donner un chef, mais de rouvrir le débat d’idées en France. A cette condition, il est certain qu’un mouvement venu des profondeurs de la nation et transcendant tous les clivages et les partis bénéficiera à la seule véritable opposition républicaine.

Publié dans Uncategorized | 18 commentaires

Symptômes du totalitarisme

[Avertissement: ceci est un essai de réflexion sur l’évolution de long terme de la société politique française, en aucun cas un texte polémique visant tel ou tel de ses personnages actuels.]

Système totalitaire ne s’entend pas strictement au sens de jadis, celui des régimes soviétique, fasciste et nazi, fondés sur la violence et le meurtre de masse. Pourtant, nos sociétés des années 2010 laissent apparaître, à bien des égards, des signes banalisés de ce monde totalitaire que l’on croyait définitivement éteints. Des symptômes d’une société totalitaire renaissent, sous des formes certes différentes, avec la violence d’Etat en moins, rendu intolérable par la médiatisation. Plus sournois, plus subtils, plus discrets, nous les percevons au quotidien.

  • Le mythe du chef, autour d’un seul dirigeant surexposé, au centre de la lumière médiatique, présenté comme l’incarnation du pouvoir alors que s’effacent les autres pôles de pouvoir, soumis ou affaiblis, gouvernement, parlement, partis politiques, collectivités territoriales. Cependant, à la grande différence des totalitarismes du passé, le nouveau chef est privé d’autorité et de leviers d’action efficaces sur le monde réel, sa puissance se déployant essentiellement dans un monde virtuel et mythique. Il règne avant tout par la communication (tweets, postures médiatiques, faire-semblant, images) et non à titre principal sur le monde des réalités. Tout pouvoir se ramène au reflet d’un visage, ce qui le rend à la fois déconnecté du monde réel et immensément fragile.
  • La puissance d’une idéologie dominante, qui rayonne sur le monde occidental, fondée sur le libre arbitre de l’individu roi, le concept libéral-libertaire, la négation des frontières et des nations, le culte des minorités et de la société ouverte. L’idéologie contemporaine, à l’image de n’importe quelle forme du totalitarisme, vise à engendrer un homme neuf, un nouvel être humain interchangeable, sans passé, sans racine, acculturé, indifférencié, indéfiniment malléable et servile.
  •  Les reculs de la liberté de pensée et d’expression . Certains thèmes, au fil du temps deviennent absolument tabous. Toute forme d’expression qui n’est pas conforme à l’idéologie dominante est bannie, en rapport avec les thèmes des relations entre les sexes, l’orientation sexuelle, les minorités, la diversité, l’immigration, l’Europe, etc. Ceci n’est qu’un constat: jadis, il y a quelques décennies, il était possible d’avoir un avis divergent et de l’exprimer. Il était même possible de plaisanter, y compris à la télévision. Aujourd’hui, non. Il faut être dans le rang. Regardez à tout hasard les sketchs de Coluche (années 1980) ou des Inconnus (1990). Les deux tiers seraient interdits par le politiquement correct.
  • Les sanctions de tout comportement divergent ont changé: ce n’est plus la hache des bourreaux, les camps de concentration, ou les hôpitaux psychiatriques, mais le lynchage médiatique. Celui qui, d’une manière ou d’une autre, sort du droit chemin est pris en chasse par les réseaux sociaux et les médias, roué de coups, insulté, traîné dans la boue, son honneur est bafoué. Les conséquences ne sont évidemment pas les mêmes, mais le risque de cette souffrance intime suffit à imposer le silence ou le conformisme (sauf à quelques téméraires…)
  • Une société sous surveillance. A tout moment, chacun est susceptible d’être enregistré, filmé, écouté, dénoncé. Certains sites Internet se sont spécialisés dans la délation de masse. La délation est banalisée, revendiquée (« balancetonporc« ) Tout faux pas, parole de travers, sortie incontrôlée, comporte le risque de se trouver au cœur d’une polémique, méritée ou non. Tout se sait, tout remonte, tout sort. Big Brother est à l’oeuvre. Un vieux député socialiste déchu a été sanctionné pour défaut de titre de transport. Qu’il soit sévèrement sanctionné, oui, mais a-t-on besoin de l’étaler sur la place publique? D’en ricaner? Et jusqu’où?
  • Le déni du réel : l’essentiel du nouveau monde dans lequel nous vivons est de dissimuler la vérité. Voyez comme, au fil du temps, les statistiques disparaissent de notre paysage. Les chiffres de la délinquance, des migrations, qui étaient autrefois diffusés mensuellement ont été au fil du temps complètement éradiqués. Il fallait s’y attendre, la dernière statistique, celle du chômage, est en train d’être remise en cause. Les « braves gens » n’auront dorénavant plus accès aux statistiques mensuelles, mais ils ne connaîtront que les trimestrielles; demain, elles seront annuelles et puis un jour, plus personne n’en parlera: le chômage sera devenu tabou. Quant à la situation désastreuse de certains quartiers, communautarisme islamiste, violence quotidienne, trafics, échec scolaire: silence, plus personne n’en parle.
  • Une presse uniforme: la mise au pas de 80% de la presse quotidienne ou hebdomadaire est un phénomène spectaculaire. Prenez les médias radios/télévisions dans leur ensemble, l’immense majorité de la presse quotidienne, régionale, les grands journaux parisiens, le Monde, les Echos, Libé, les hebdomadaires, l’Express, l’Obs, Paris-Match: leurs éditoriaux se ressemblent étrangement, au mot, à la virgule près, sur l’Europe, sur la politique française, sur Trump et les Etats-Unis, sur le Moyen-Orient, sur les migrations. Certes, il reste encore Marianne, Charlie Hebdo, le Figaro, Valeurs actuelles pour garder une tonalité divergente. Mais pour combien de temps? Je ne sais pas si jamais dans l’histoire contemporaine, disons depuis 1945, la morale du troupeau a ainsi régné.
  • La table rase: la chasse au passé, à la connaissance de l’histoire est désormais entrée dans les moeurs. L’enseignement de l’histoire a été largement aboli dans les établissements scolaires français au profit d’un vague enseignement sur les civilisations. La monarchie, la Révolution, les guerres, napoléoniennes ne disent plus grand chose aux jeunes générations et le centenaire de la Grande Guerre, cette tragédie fondatrice du monde moderne, est largement occulté. Les traces du passé sont pourchassées, jusqu’à la tentation d’éradiquer les croix des paysages, de détruire les statues des grands hommes de l’histoire.
  • Le sport comme obsession: les deux grands événements français de ces dernières mois: l’attribution des JO 2024 à Paris puis la coupe du monde de rugby de 2023. Ce n’est pas le sport qui est ici critiqué, mais l’obsession du sport, comme dérivatif, comme opium du peuple, exaltation de la force physique et du chauvinisme de base. Une vieille recette des régimes totalitaires, Berlin, 1936, URSS et ses athlètes sur-dopés.
  • La crétinisation de masse: L’idéologie du nivellement qui emporte tout sur son passage comme un rouleau compresseur. Il faut briser l’intelligence collective, la connaissance, le savoir. Le bac a longtemps constitué un étalon de l’acquisition du savoir de base, récompensant le mérite intellectuel. L’ouvrir par tous moyens à 80% de la population en a banalisé le sens. De multiples études soulignent l’effondrement du niveau des jeunes Français, en mathématiques, en orthographe et un vertigineux déclin du quotient intellectuel. On veut aller encore plus loin désormais, par exemple en supprimant les séries du bac, ce qui reviendra à en réduire encore les exigences.
  • Le mépris du peuple: bien sûr, on fait semblant de l’aimer et de le respecter puisqu’en principe, en théorie, nous sommes en démocratie. Cependant la société moderne se caractérise par une profonde fracture et qui ne cesse de se creuser, entre l’infime minorité influente, bavarde, médiatisée, et l’immense majorité silencieuse. Et l’idéologie dominante donne une part croissante au mépris du peuple, de la « vile multitude ». Il est devenu totalement hors de question d’écouter ce que le peuple aurait à dire. Plus on l’invoque de l’extrême gauche à l’extrême droite,  (« je suis le candidat du peuple! »), plus on le méprise, comme on méprise ses angoisses et sa souffrance qui doivent être niées ou alors exploitées le temps d’une campagne à des fins électoralistes. C’est ainsi que dans la France « dite d’en haut », le mot « populiste » est devenu l’insulte suprême.

Maxime TANDONNET

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 65 commentaires

Souviens-toi

Image | Publié le par | 22 commentaires

LR, entretien avec le Figaro Vox

Les Républicains ont dévoilé cette semaine un rapport consacré à l’avenir du parti et rédigé après une longue consultation de militants, d’élus et d’intellectuels. Vous avez-vous-même été interrogé en tant qu’historien. Que pensez-vous de cette démarche ?

Je pense que cette démarche est remarquable et bienfaitrice. La vie politique française connaît, depuis quelques années, un véritable naufrage. Elle se résume à des successions de polémiques stériles, de scandales tonitruants et de lynchages médiatiques. Le débat d’idées a été anéanti. Une idéologie unique fondée sur l’individu-roi s’impose largement sur les consciences. Les débats de société sur l’avenir de l’Europe, l’autorité de l’Etat, la Nation, la démocratie française, l’aide au développement, ont disparu. Cette consultation et ce rapport vont à l’encontre de la tendance générale en montrant que la réflexion collective, préalable à l’action, est au coeur de la politique.

Les Républicains et la droite en générale doivent-ils davantage se consacrer aux idées et moins aux personnes ?

Je le pense profondément. Le culte de la personnalité, sous toutes ses formes, est une caractéristique de l’époque contemporaine. La vie politique et médiatique se focalise sur les personnes, soit pour les idolâtrer, soit pour les lyncher, ou les deux. Il faut voir dans ce phénomène une réaction destinée à combler le vide laissé par le débat démocratique. Il engendre une situation absurde. Dans le monde moderne, infiniment complexe, un homme seul ne maîtrise presque rien. Toute forme de culte de la personnalité repose sur une illusion et une manipulation. L’un des enjeux de l’avenir, pour les Républicains, est de sortir de cet engrenage fatal. Avant de songer à se donner un chef, il est infiniment plus important de mener une réflexion de fond et de se forger une ligne politique. Ne parlons pas encore de programme précis, mais d’un état d’esprit, d’un projet pour la France auquel il faut travailler. Il faudrait en revenir à une conception de la politique comme d’un travail d’équipe, certes autour d’un leader ou d’un coordonnateur, mais fondamentalement, un travail d’équipe.

Après l’élection de Macron, cela a-t-il encore un sens de vouloir refonder la droite. Le clivage droite/gauche est-il mort ?

L’un des piliers de toute démocratie est la coexistence pacifique d’une majorité au pouvoir et d’une opposition prête à prendre la relève, dans un climat de respect, de dialogue et de consensus sur un socle de valeurs communes. A titre personnel, je n’ai jamais aimé la formule gauche/droite qui me semble trop manichéenne et trop connotée, en France depuis toujours, « forces du progrès » contre « forces du passé ». Pourtant, il est vital que face au pouvoir incarné aujourd’hui par LREM, la France dispose d’une opposition puissante, républicaine, protectrice des Français, favorable à la libération des énergies économiques, au progrès social et à la démocratie sous toutes ses formes. L’idée d’une vaste coalition centrale couvrant le centre gauche et le centre droit et absorbant tous les courants modérés, serait, en France suicidaire. Elle aurait pour effet un renforcement considérable de l’extrême gauche comme de l’extrême droite et de plonger, à terme, le pays dans la paralysie politique voire un chaos sans nom.

70 % des adhérents refusent le principe de primaires ouvertes. Qu’en pensez-vous ?  

Ils ont profondément raison. Les primaires ouvertes sont une absurdité. Elles trahissent l’esprit de la Constitution et de la République française. En fractionnant le corps électoral en deux camps, elles nient l’indivisibilité de la République et l’unité du peuple français. Elles favorisent des positions extrémistes et utopistes, à l’image du déroulement de la primaire de gauche en janvier dernier. Elles aggravent le sectarisme de la politique française en figeant la bataille de deux camps idéologiques. Elles ouvrent la voie à toutes sortes de trucages comme la participation des électeurs d’un camp à la primaire de l’autre camp. Elles aggravent dangereusement la personnalisation de la politique, à travers le foisonnement de petits champions et de leur écurie de supporters, au détriment du collectif et du débat d’idées. Toute forme de primaires est à rejeter. L’élection présidentielle est la rencontre d’un homme ou femme et d’un peuple. Elle n’a pas besoin du filtre des primaires.

Selon les adhérents, la droite doit être avant tout «  réformatrice  » (49 %), libérale (36 %) et gaulliste (33 %). Peut-on vraiment en tirer un enseignement d’autant qu’on peut donner un sens très différents à ces mots ?

En effet, ces mots veulent tout dire et ne veulent rien dire. Quelle force politique renoncerait à être réformatrice si elle arrive au pouvoir, libérale, c’est-à-dire respectueuse des libertés, et gaulliste, se reconnaissant dans l’oeuvre du Général? Cette enquête n’apprend rien de nouveau.

Macron est libéral et réformateur et il se revendique même du gaullisme dans son incarnation du pouvoir. L’opposition ne doit-elle pas se distinguer avec une ligne clairement différente ?

Il me semble que l’opposition des Républicains ne peut pas se contenter d’apporter des nuances à la politique telle qu’elle est conçue aujourd’hui et menée par le pouvoir. Il faut aller au-delà. La décomposition de la politique française n’est sans doute pas achevée et réserve encore des surprises. Elle est partie du rejet viscéral, dans l’opinion publique, du mode de fonctionnement de la politique. 88% des Français ont l’impression que les responsables politiques ne tiennent aucun compte de ce que « pensent les gens comme eux » (Cevipof). La fracture démocratique reste toujours aussi profonde aujourd’hui. La vie politique glisse de décennie en décennie, toujours un peu plus dans la posture, la communication, les psychodrames, les annonces stériles, les manipulations. Le rôle fondamental de l’opposition républicaine devrait être de réconcilier la politique avec le monde réel, de restaurer la notion de bien commun, de direction collective du pays dans un climat de modestie, de désintéressement de culte de l’action et des résultats. Il devrait être de dire la vérité sur ce qu’il est possible de faire et ce qui ne l’est pas et d’agir en conséquence.

Les centristes européens et les conservateurs souverainistes peuvent-il continuer à cohabiter dans le même parti. Ne faut-il pas renouer avec le RPR ?

Le clivage est-il si marqué entre deux courants des Républicains? Les adhérents ou les sympathisants, dans leur immense majorité, ne sont ni fédéralistes, au sens de la création d’un Etat européen supplantant les Etats nationaux, ni favorables à la sortie de l’Union européenne. Il doit donc exister un terrain d’entente autour de l’idée d’une Europe moins bureaucratique et plus respectueuse des démocraties nationales. Se déchirer encore davantage serait se condamner à l’opposition éternelle. Il me semble préférable et plus intelligent, pour l’opposition républicaine, de s’engager résolument dans le défi de la réforme en profondeur de l’Europe ce qui est plus difficile que les slogans autour de l’Europe fédérale ou du frexit.

Le mot de « protection » n’apparaît pas. Pourtant confronté à l’insécurité physique, économique et culturelle, beaucoup de Français semblent y aspirer. La droite peut-elle protéger ?

L’Etat a pour vocation première de protéger les citoyens. Sans vouloir jouer les prophètes de malheur, il est vraisemblable que nous allons vers des temps troublés. Le risque de déstabilisation planétaire demeure considérable. Le Moyen-Orient reste une poudrière. La croissance de la population mondiale qui devrait atteindre les 12 milliards à la fin du siècle, soulève des questions aujourd’hui insolubles, en matière de ressources alimentaires et d’environnement, de développement économique et social et de régulation des flux migratoires. Les tensions nationalistes, idéologiques, économiques, communautaires peuvent dégénérer à tout moment dans le monde et provoquer des bains de sang. Le terrorisme islamiste menace nos démocraties. L’une des priorités absolue de l’opposition républicaine doit aller au renforcement de l’autorité et l’efficacité de l’Etat face à ces dangers. C’est bien ce que les citoyens attendent de lui en tout cas.

Peut-elle également s’adresser aux classes populaires qui se sont majoritairement abstenues ou ont voté Le Pen ?

Oui, c’est à ces classes populaires qu’elle doit s’adresser avant tout. La fracture démocratique s’est traduite par une abstention de plus de 50% aux élections législatives. Cet événement, sans aucun précédent historique, a un sens profond: il montre qu’une majorité des Français a cessé de croire en la démocratie. Les images des magazines, de la télévision, les commentaires d’experts à la radio n’ont strictement aucun rapport avec le ressenti de la France populaire, la majorité silencieuse, face à la France supposée « d’en haut ». Il y a une France qui n’arrive pas à se faire soigner, ni à boucler les fins de mois, confrontée au mépris, au chômage, à la crise de l’école et à la violence, à l’enfer de certains transports. La priorité absolue de l’opposition républicaine doit être de tendre la main à cette France qui se sent délaissée, celle des banlieues, du monde rural, des 5 à 6 millions de personnes privées d’emploi, des 8 à 9 millions de pauvres, 3,6 millions de mal logés, avec respect, volontarisme et sans démagogie. Certains dirigeants des Républicains commettent une faute lourde quand ils donnent le sentiment de s’en prendre aux chômeurs à pôle emploi ou aux soi-disant « assistés ».

Comment le faire sans renoncer à l’électorat des grandes villes qui pour l’heure semble déjà avoir choisi Macron ?

A-t-il vraiment choisi? Il me semble que le climat général du pays reste à l’incertitude et à l’attentisme. Cet électorat attend, lui aussi, autre chose de la politique. Il faut bien dire qu’aujourd’hui, aucune alternative ne lui est encore offerte. Il me semble qu’une autre politique pourrait avoir un certain succès, celle qui consisterait à prendre les Français au sérieux, leur tenir un discours adulte, sans effets d’annonce, sans posture, sans démagogie, en les regardant droit dans les yeux, d’égal à égal, en leur rappelant qu’ils sont les seuls maîtres, que la politique est à leur service, et non l’inverse, en leur donnant des gages de sincérité dans le dévouement à la chose publique et de désintéressement personnel. Il me semble que le pays ressent une véritable allergie à certains comportements comme le carriérisme ou l’ambition narcissique. Il attend et attendra de plus en plus de la part des hommes publics qu’ils se consacrent à l’intérêt général et non à leurs satisfactions de vanité.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 13 commentaires

L’avenir des Républicains (entretien avec Atlantico)

1- Selon un sondage IFOP pour Paris Matche publié ce 8 novembre, Nicolas Sarkozy conserve 85% de bonnes opinions parmi les sympathisants LR. Comment interpréter l’aura que conserve l’ancien Président au sein de sa famille politique ? Faut il y voir le résultat du maintien d’une assise large, construite sur le libéralisme d’Emmanuel Mignon, le conservatisme identitaire de Patrick Buisson, et le Gaullisme social d’Henri Guaino ? 

En partie sans doute. Le ministre puis président Sarkoz,y était un personnalité politique expérimentée qui sentait mieux que quiconque les attentes populaires du pays. En 2007, il a parfaitement su traduire en propositions les attentes contradictoires de l’opinion, sécurité, fibre nationale, libéralisme économique qui se retrouvent dans les indivualités que vous citez. Mais je pense qu’il y avait aussi autre chose: un charisme personnel extrêmement puissant qui inspirait la confiance à une partie des Français et qui sublimait les contradictions possibles par exemple entre libéralisme et gaullisme social ou entre discours national et européiste. Il me semble que c’est bien cette personnalité hors norme qui continue d’exercer une fascination chez ses soutiens, un mélange de simplicité, d’autorité, de générosité, sans oublier aussi ses défauts, dont le caractère impulsif. Le président Sarkozy se caractérisait par son pragmatisme et son goût de l’action et des résutats. Avec le temps qui passe, certains Français réalisent qu’il ne méritait pas l’image donnée de lui par les médias. Il n’existe sûrement pas de chef de l’Etat parfait, mais lui avait une fibre populaire réelle et sincère que certains Français regrettent sans doute. C’est sa personnalité et non une idéologie, inexistante chez lui, qui explique cette nostalgie chez les sympathisants LR.

2- Alors que la stratégie actuelle de Laurent Wauquiez, probable futur président du parti, semble reposer de façon plus exclusive sur le buissonisme, plutôt que sur l’alliage précité de Nicolas Sarkozy, ne peut-on pas considérer qu’une telle ligne pourrait être trop restreinte pour emporter une victoire présidentielle ? 

Il me semble tout d’abord qu’il est délirant, après les évènements politiques de 2016 et 2017, de penser aujourd’hui à l’élection présidentielle. 4 ans 1/2, c’est une éternité au regard de l’époque imprévisible que nous vivons. Il me semble que nous vivons dans un univers mental qui n’a plus rien avoir avec celui de 2007. Entre temps, la France a connu de gigantesques scandales politiques, la vague du terrorisme islamiste qui l’a ensanglantée, l’explosion du chômage, la crise européenne des migrants, le séisme politique de l’élection présidentielle de 2017. M Laurent Wauquiez pour s’imposer comme le leader de LR ne peut en aucun cas reproduire le discours de Sarkozy de 2007. Il est difficile, par exemple, d’invoquer la « valeur travail » et de fustiger l’assistanat dans un pays qui compte 5 à 6 millions de personnes privées d’emploi et 8 millions de pauvres. Il est certain que les questions de civilisation, de culture, de repères historiques sont désormais au coeur des préoccupation des Français dans une climat de chaos permanent dominé par la crainte de l’islamisme radical. Mais c’est bien entendu insuffisant. Pour avoir une chance de gagner la confiance des Français et de devenir populaire, il faut aussi et avant tout apporter des réponses à la question de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la pauvreté, du logement. Pour l’instant, ce volet semble voilé par la priorité donnée à l’identité. L’avenir des LR consistera à définir une ligne d’équilibre entre les questions de civilisation, d’autorité de l’Etat et d’économie.

3- Dès lors, et dans l’optique d’un rassemblement suffisamment large permettant de former une majorité, quels seraient les ingrédients manquants à la ligne politique actuelle ? 

Il me semble que la question de le ligne n’est qu’un aspect du sujet. Il est tout autant essentiel de créer une dynamique de confiance en une personnalité, engendrer une espérance, un choc de renouveau. Au coeur de tout, il y a la question de la crédibilité du politique. Fondamentalement, les Français ne font plus confiance dans leur classe dirigeante. 88% pensent que les politiques ne tiennent aucun copte de ce que pensent les gens comme eux (cevipof). L’opinion a le sentiment d’être négligée et méprisée. L’épisode des « sans dents » a été emblématique de la crise de confiance. Jamais le gouffre entre les Français et leurs dirigeants n’a été aussi profond. Pour avoir une chance de percer dans l’opinion, plus qu’une ligne, à ce stade, c’est une rénovation en profondeur de la conception même de la politique qui est en question. Les Français ne supportent plus et de moins en moins les jeux de posture narcissique et vaniteuse, le sentiment que leurs dirigeants les manipulent, dans leur propre intérêt et leur destin personnel. D’où l’abstention et la crise de confiance en la politique. Un dirigeant de l’opposition, pour devenir populaire et incarner une alternative possible, doit réussir à donner le sentiment qu’il veut servir le pays et non s’en servir. Il doit se mettre à l’écoute du pays, dans une optique à la fois modeste, simple, et faire la preuve de son désir exclusif de rendre service à la France et d’être utile aux Français. Pour l’instant, aucun dirigeant de l’opposition ne semble en avoir vraiment pris conscience. Mais il faut bien reconnaître que l’équation est complexe. Pour percer dans le coeur des Français, à l’avenir, il faudra donner une image de désintéressement personnel et de volonté de se consacrer au seul intérêt général. Mais est-ce conciliable avec l’ambition politique? Il est probable que la décomposition politique n’est pas terminée et que de gigantesques coups de théâtre et séismes politiques vont se produire dans l’avenir débouchant sur des résultats que nul ne peut concevoir aujourd’hui et l’avènement au premier plan de personnalités inconnues et dont nul ne saurait avoir maintenant la moindre idée.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 17 commentaires

Julien Aubert: la fin du Parlement?

Il n’existe pas de pire contresens historique que de penser que l’affaiblissement continu du Parlement favorise l’autorité et l’efficacité de l’Etat. C’est exactement le contraire. Certes, sous les IIIe et IVe République, la toute puissance parlementaire et des partis se traduisait par l’instabilité ministérielle et l’effacement de l’exécutif. Mais aujourd’hui, nous sombrons dans l’excès inverse, tout aussi tragique. L’affaiblissement du Parlement favorise la rupture du lien démocratique entre l’Etat et la Nation, la négation du débat d’idées et de projets, la disparition du vivier des hommes d’Etat, la fuite dans les limbes de la communication d’un pouvoir exécutif,  déresponsabilisé, déconnecté de la réalité, et par conséquent la marche du pays à l’abîme. Une démocratie efficace ne se conçoit que dans l’équilibre entre législatif et exécutif. D’où l’importance du témoignage glaçant ci-dessous de M. Julien Aubert, député LR:

 …………………………………………………………………………………………………………………

La réalité tient à deux chiffres : le budget de l’Assemblée nationale va baisser de 5,9% en 2018… et celui de l’Elysée augmenter de 3%.

La recherche d’économies perpétuelle conduit à supprimer les prétendus avantages des députés : le système de retraite, effectivement autrefois très confortable, va encore être revu à la baisse (pour la seconde fois en 5 ans), en oubliant qu’après une interruption de carrière pour un mandat politique, le reclassement est complexe. Déjà, le niveau de rémunération d’un mandat est en décrochage avec les salaires versés dans le secteur privé, et la haute-fonction publique. En faisant en sorte que la perte de revenu lorsqu’on est élu soit immédiate (traitement) et future (pension), on s’assure que les meilleurs déserteront les bancs de l’hémicycle : demain, les apparatchiks élus à la proportionnelle seront les petits soldats de l’Elysée, le doigt sur la couture du pantalon. Sans moyens, totalement déconnectés du terrain, appauvris, vous pouvez être sûrs qu’ils serviront servilement un exécutif tout puissant.

L’avillissement des parlementaires est complet : Le parlementaire français avec ses 3/4 collaborateurs fait bien pâle figure par rapport à son homologue américain qui dispose d’une quinzaine de collaborateurs. Les Questeurs « new age » de LREM réfléchissent à leur faire soumettre la moindre facture de déjeuner à un déontologue Jupiterien qui décidera de l’opportunité de l’agape. Faire d’un élu de la Nation un salarié d’un fonctionnaire nommé par l’Etat, voilà le résultat de 10 ans de poujadisme. Imaginez votre Maire soumis au controle d’un fonctionnaire de préfecture pour savoir s’il a eu raison de petit-déjeuner avec un entrepreneur, et vous aurez le décalque de l’infantilisation des parlementaires. Rendre des comptes, oui : à des élus, à des questeurs, au peuple, mais à un « procto-déontologue », non.

Désormais, on va plus loin. On nous explique qu’au lieu de nous loger dans un hotel quand nous sommes sur Paris, ou bien dans des bureaux aménagés, nous serions gentils de bien vouloir faire du Airbnb. Faire la publicité d’un dispositif qui échappe en partie à l’administration fiscale et qui démolit l’hotellerie traditionnelle, il fallait y penser. Demain on préconisera Uber plutot que les taxis ? Et pourquoi pas passer par des plateformes téléphoniques au Maroc pour faire des économies pendant qu’on y est ?
L’auteur de cette solution intelligente n’est autre que le Questeur « constructif » Thierry Solere, élu en banlieue parisienne. Evidemment, celui-ci n’a jamais dû dormir dans son bureau ou loger à l’hotel, puisque sa circonscription est à 20 minutes en voiture. Dans son élan, il a même proposé la colocation, comme si en venant travailler sur Paris on me faisait l’aumône d’un logement. Il ne nous a pas été précisé si on cologerait homme/femme (attention au harcèlement !), par affinité politique ou géographique (la colocation franck Riester / Christian Jacob risque d’être sympathique…).

Je propose donc quelque chose de simple : que l’Elysée, le Président de l’Assemblée et le Questeur montrent l’exemple. Essayons la colocation, vidons l’Hotel de Lassay pour y faire dormir des députés, baissons de moitié les retraites et les émoluments. On verra si les donneurs de leçon seront toujours aussi allants…

Julien AUBERT

Publié dans Uncategorized | 13 commentaires

L’esprit de résistance

L’esprit de résistance se dresse contre l’air du temps délétère auquel nous sommes confrontés. L’idéologie de la destruction et de la table rase a encore frappé aujourd’hui. 314 professeurs de français ont décidé de ne pas enseigner la règle de grammaire selon laquelle le masculin, en certaines circonstances grammaticales, l’emporte sur le féminin. Ils violent ainsi la langue française, notre richesse collective suprême, et tout aussi grave, leur devoir d’enseigner le français, en vertu  du dernier délire fanatique à la mode.  Acheter et lire un livre est le plus authentique geste de résistance intellectuelle aujourd’hui. Le général de Villiers vient justement de publier un ouvrage au titre simple, modeste et percutant, à l’inverse de l’air du temps destructeur, gesticulateur et narcissique: Servir, Fayard, 2017. Je ne l’ai pas encore lu puisqu’il sort aujourd’hui mais j’y ai trouvé un passage  qui me va droit au coeur: « La vraie loyauté consiste à dire la vérité à son chef (… ) La vraie liberté est d’être capable de le faire, quels que soient les risques et les conséquences (…) La vraie obéissance se moque de l’obéissance aveugle. » C’est superbe et tellement vrai.  Autre trace de résistance face à la crétinisation du monde occidental: Catherine Deneuve. Catherine, quel joli prénom, courant dans nos générations des années 1950 et 1960, un prénom doux et solide comme un roc, qui invoque si fort l’esprit de résistance. Catherine, une femme forte et une autorité morale, dit non à la mode de la délation, « balancetonporc » et au fanatisme sexiste, refusant la guerre homme/femme. Elle est sans doute la seule dans le milieu grégaire et hystérique du star system. Elle n’a pas peur des moutons carnivores ni de leurs bêlements fanatiques. Signe de caractère, de volonté, d’intelligence.  Merci à elle. Et puis, autre signe de réveil, autre signe de dissidence ou de résistance: Charlie Hebdo, son rédacteur Riss, désormais engagés dans une lutte à mort contre l’islamisme radical et son complice l’islamo-gauchisme. Ils en ont trop souffert, il savent ce qu’il en est et les combattent désormais au péril de leur vie. Merci à eux. Chapeau et soutien sans réserve.

NB: seuls les sites figurant au blogroll ci-joint sont autorisés à reproduire cet article sans l’accord de son auteur. 

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 15 commentaires

Les sept piliers de la crétinisation

Sept piliers de la crétinisation globale dans la société médiatique:

  • L’instinct grégaire: de temps à autre surgissent de grandes vagues d’hystérie conformiste auxquelles il faut se confondre sous peine de passer pour le pire des salauds, et qui emportent les consciences comme des brins de paille: par exemple, « Charlie » en 2015, « les migrants »,  le « Fillongate », l’euphorie des JO de 2024, le « balancetonporc » en ce moment.
  • Le mythe du chef : un matraquage permanent autour de l’idée que l’avenir collectif dépend d’une seule personne, d’un visage, d’une silhouette, alors que les ressorts de la décision, dans une société moderne et ouverte sont d’une infinie complexité. Le matraquage permanent autour de « l’homme providentiel », construction médiatique fondée sur la posture et la communication, est là pour nous faire oublier la disparition de l’homme d’Etat au service du seul l’intérêt général.
  • Le mépris des gens: nous revivons l’ère de la « vile multitude », le peuple est supposé stupide et irresponsable: les sans dents, les fainéants, les jaloux… Ses valeurs, ses objectifs, ses ambitions, sont nuls et non avenus. Il doit être éclairé et non écouté.
  • La diabolisation positive: la société médiatique a besoin  d’épouvantails pour imposer ses codes et ses valeurs, de contre-modèle auxquels assimiler abusivement toute pensée ou ressenti divergeant de la norme: tel est le secret du lepénisme et de l’acharnement phénoménal des médias à assurer sa promotion tout en préservant son caractère infréquentable, et le secourir dès qu’il vacille, par une spectaculaire surreprésentation.
  •  La propagande idéologique assumée: l’impartialité, l’honnêteté intellectuelle, le pluralisme et le débat d’idées sont des principes surannés. Toute présentation des choses est forcément partiale ou « engagée », (sur l’immigration, l’Europe, la France, la sécurité, l’économie, l’éducation) la mission du monde médiatique n’est pas de fournir des éléments de réflexion, mais de forger et forcer l’opinion, la mettre sur le chemin du supposé « bien ». Les faits s’effacent devant le message idéologique.
  •   La « table rase« : la manipulation est d’autant plus forte, massive et efficace que les individus sont privés d’un socle de connaissance et de références personnelles. La mémoire est profondément subversive, donc il faut l’éradiquer. La conscience des drames de l’histoire dus au conformisme bêlant (les accords de Munich par exemple), les désastres résultant du culte de la personnalité, doivent être ensevelis et oubliés pour le pas perturber l’ordre nouveau.
  • Les œillères: il ne faut surtout pas se préoccuper pour l’avenir et chacun doit avancer les yeux fermés. Le futur est comme un grand soleil que nul n’a le droit de regarder sauf à se brûler les yeux et celui qui s’y intéresse, s’interrogeant sur l’avenir de la planète au regard des enjeux démographique ou de l’islamisme radical, notamment, qui sont explosifs, est étiqueté pessimiste, c’est-à-dire ringard, maudit, pestiféré.

Il est étrange de songer à quel point les caractéristiques des régimes totalitaires du XXe siècle, que l’on croyait définitivement abattus, ressuscitent  et se perpétuent au point de constituer les piliers de nos sociétés modernes.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 49 commentaires

Ma Constitution idéale

Les Constitutions ne sont pas tout. Le destin d’une nation dépend aussi de l’esprit public, de la culture politique, la mentalité collective, le niveau d’instruction et de réflexion, le civisme. Mais elles exercent un effet de levier et contribuent à façonner cet esprit public. Le régime politique actuel, qui n’a, il faut le répéter, aucun rapport avec la Constitution de 1958/1962, désormais fondé sur le culte narcissique de la personnalité, contribue au malaise de la France. Voilà une brève esquisse de ce qu’il faudrait, à mes yeux, pour essayer de sortir de l’impasse.

  1. Le président de la République est élu pour 7 ans. Son mandat n’est pas renouvelable. Il nomme le Premier Ministre et les ministres. Il est en charge de la politique étrangère, de la défense nationale. Il est garant de l’intégrité du territoire, de la souveraineté, de l’unité et de l’indépendance de la France, du respect de ses engagements internationaux, de la stricte impartialité de la justice. Il fixe un cap pour la Nation à l’occasion de son discours de politique générale, qu’il prononce avant le 31 janvier de chaque année. Nul ne peut être élu président de la République s’il ne peut se prévaloir d’une activité professionnelle – hors mandat ou fonction de nature politique – d’au moins vingt-cinq ans. Le président de la République est impartial et strictement indépendant de toute formation politique.
  2. Le Premier ministre dirige l’action du Gouvernement. Il est seul en charge, avec ses ministres,  de la politique économique, sociale, environnementale éducative et sécuritaire de la Nation. Il est responsable devant le président de la République et devant le Parlement national. Il rend compte chaque année, devant le Parlement, du bilan de son action dans ces différents secteurs, sur la base de statistiques certifiées par une autorité indépendante et impartiale. La présentation de son bilan donne lieu à un vote du parlement. En cas de vote négatif, le Gouvernement remet sa démission au président de la République.
  3. Le Parlement est composé d’une assemblée de 400 députés, élus pour cinq ans, dont le mandat est renouvelable deux fois consécutivement. Il est indépendant du président de la République et du Gouvernement, et ne peut être élu dans les six mois qui suivent l’élection présidentielle. Il vote les lois et contrôle l’action du Gouvernement. A la majorité simple, il peut renverser le Gouvernement. A la majorité des trois/quarts il peut proposer à la Nation un référendum de déchéance présidentielle en cas de manquement du chef de l’Etat à ses devoirs. Nul ne peut être élu député s’il n’a exercé une activité professionnelle – hors mandat ou fonction de nature politique – pendant au moins cinq ans. La présence des députés lors des sessions plénières du Parlement est obligatoire.
  4. A la demande du Premier Ministre, le président de la République peut dissoudre l’Assemblée nationale, au maximum une fois dans l’année. A la demande du Premier ministre ou d’une majorité de l’Assemblée nationale, il peut soumettre à la Nation un référendum portant sur tout sujet d’intérêt national. Les lois référendaires, issues de la volonté nationale, prévalent sur toute autre source de droit.
  5. La Constitution peut être révisée, à l’initiative du président de la République ou de cent parlementaires, à la majorité des trois-quarts du Parlement national.
  6. Le Conseil constitutionnel est composé de neuf membres désignés par le président de la République, le Premier ministre et le président du Parlement national. Toute personnalité ayant exercé pendant au moins vingt-cinq ans des missions de nature juridique peut être nommée membre du Conseil Constitutionnel. La qualité de membre du Conseil constitutionnel est toutefois incompatible avec l’exercice passé de toute fonction ministérielle, fonction ou mandat de nature politique et toute forme d’engagement partisan ou idéologique.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 16 commentaires

La chute sans fin

Le dernier sondage Harris rendu public ce matin souligne que la cote de confiance présidentielle est de 35%, inférieure, après 6 mois, à celle du président Hollande et bien loin de celle du président Sarkozy. Cet effondrement confirme de mois en mois mes plus sombres pressentiments.

Le président de la République a pour mission d’incarner le pays dans son unité, son histoire, d’être le chef de la nation, d’offrir une image de sagesse et de visionnaire, de lui donner un cap, d’inspirer la confiance pour préparer l’avenir, tel une boussole dans la tourmente. Il ne peut pas être impopulaire.  D’où l’intérêt du partage traditionnel des rôles, désormais effacé, entre le président qui préside, représente la Nation dans la hauteur et la dignité, notamment à l’international, et le Gouvernement qui gouverne sous le contrôle du Parlement et assume les décisions. S’il est durablement impopulaire, mal aimé du pays que sa mission est d’incarner, le président n’a plus aucune raison d’être. La vérité est que la France est privée, depuis bien longtemps, de chef de l’Etat. Une image de vanité narcissique, gesticulante et impuissante, d’une prétention qui fait froid dans le dos, a remplacé, de décennie en décennie, la noble mission de phare de la nation.

Mais le plus effroyable dans tout cela, c’est l’aveuglement. Tout se passe comme si ces gens de la France dite d’en haut, politicienne, ne se rendaient compte de rien et continuaient, avec leurs œillères, à marcher à l’abîme en entraînant le pays avec eux. Il ne voient absolument pas à quel point cette débauche de vanité prétentieuse et narcissique qui tient lieu désormais de vie politique au pays, lui devient insupportable. Les dirigeants des oppositions, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ont-ils d’ailleurs un autre objectif que celui de prendre la place du Calife? Ce détournement de la fonction politique, au profit d’intérêts personnels dominés par la satisfaction vaniteuse, au détriment de l’intérêt général du pays, de sa réforme, de son futur face aux tornades de l’avenir, démographiques, sécuritaires, économiques, migratoires, culturelles, intellectuelles, géopolitiques, environnementales, technologiques, relève, de décennie en décennie, d’une forfaiture sournoise et subreptice. Vont-ils un jour comprendre à quel point ce phénomène est devenu insupportable au pays? Peuvent-ils le comprendre? Sans doute pas spontanément, il faudrait un cataclysme – les touchant dans leurs intérêts personnels – pour qu’ils commencent enfin à comprendre.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 22 commentaires

Harcèlement sexuel: lynchage ou justice?

Voici ma dernière tribune que m’a demandée le Figaro Vox avant hier. Il me semble qu’un  vent de folie est une nouvelle fois à l’oeuvre. La démission du ministre de la défense britannique, pour avoir posé la main sur le genou d’une jeune femme il y a quinze ans, et alors que le terrorisme islamiste continue à répandre le sang dans le monde occidental, est le signe de la fragilité sinon de la décomposition de l’autorité et de l’Etat de droit, mais aussi d’une crétinisation générale d’une société incapable de hiérarchiser les faits.  Nous vivons une période tragique. Ce qui est à l’oeuvre en arrière plan de ce phénomène, issu de l’affaire Weinstein, c’est une volonté de déstabilisation . L’humanité, sa reproduction, me semble-t-il, repose toute entière sur la complémentarité et l’osmose entre l’homme et la femme, entre la femme et l’homme. La  campagne en cours, qui tend à généraliser des situations particulières, touchant notamment le milieu du star system – dont chacun se doute bien à quel point il est perverti – , sape les fondements  de l’humanité en opposant, en séparant, en clivant les hommes et les femmes et en essayant d’instiller la haine entre eux. Le harcèlement sexuel est une monstruosité, nous sommes bien d’accord. Il relève de phénomènes spécifiques, appelant des réponses judiciaires appropriées, et ne mérite en aucun cas cet esprit de généralisation à l’ensemble des hommes et des rapports femmes/hommes. L’idéologie de la table rase est une nouvelle fois à l’oeuvre. Détruire pour espérer bâtir une humanité nouvelle, un « homme neuf ». Tel est le fondement de tous les totalitarismes qui ont ensanglanté le XXe siècle.

Maxime TANDONNET

……………………………………………………………………………………………………………………….

La campagne médiatique contre le harcèlement sexuel, issue de l’affaire Weinstein, prend des proportions inattendues dans le monde occidental. Le ministre de la défense britannique M. Mickaël Fallon, vient d’annoncer sa démission. Pour quelle raison? Il est accusé d’avoir posé la main sur le genou d’une journaliste, il y a quinze ans. 40 parlementaires britanniques et 6 ministres seraient menacés de révélation de ce type. Certes, le harcèlement sexuel est un fléau qui mérite les plus sévères sanctions pénales. Toutefois, l’embrasement médiatique autour de ce phénomène soulève de multiples questions.

La première est celle de la présomption d’innocence, un vieux principe galvaudé, mais qui est tout de même au coeur même de la démocratie et des droit de l’homme. Suffit-il qu’un homme soit suspecté ou accusé, pour devenir le coupable idéal et  qu’il doive payer de son honneur ou renoncer à sa carrière sur une simple dénonciation et sans autre forme de jugement?

Ce serait alors revenir aux lettres de cachet – punition sans procès équitable – ou à la loi des suspects de 1793 qui permettait d’envoyer à la guillotine toute personne sur une simple dénonciation. Il existe tout de même, dans nos démocratie, une police chargée d’enquêter et une justice d’établir les faits, de les qualifier, et de les sanctionner. Nul ne doit se faire justice soi-même: tel est l’un des principes fondamentaux de nos démocraties. Ruiner l’honneur d’un homme ou d’une femme, par une simple dénonciation, bafoue ce principe.

La seconde est celle de la proportionnalité. Une main posée sur un genou – un geste certes scandaleux –, quinze ans auparavant, doit-il être mis sur le même plan qu’un acte de corruption, de trahison, d’espionnage ou crime de droit commun, meurtre, viol, justifiant, à l’évidence, une démission? La logique en cours repose sur un dérèglement des esprits et un phénomène d’hystérie médiatique, favorisé par les réseaux sociaux, qui semble brouiller les repères du bon sens.

Et puis enfin, jusqu’où mène cette engrenage? M. Fallon n’est pas le seul. De nombreuses personnalités sont en ce moment mises en cause. La campagne se répend dans le cinéma, avec M. Dustin Hoffman, l’acteur du merveilleux « Marathon man », accusé de « remarques inconvenantes et de requêtes incongrues », il y a 35 ans, en 1985… Le milieu de la presse et des médias est à son tour touché de plein fouet: le rédacteur en chef américain, Mickaël Oreskes, pour avoir « embrassé des femmes sans leur accord », le chef de la rédaction de LCI, Eric Monier. Alors, jusqu’où? Et qui, dans l’avenir, n’a pas d’ennemi susceptible de se venger en lançant une accusation publique de harcèlement sexuel ou moral, vraie ou fausse, supposée commise même des décennies auparavent?  Quelles preuves, quels témoignages, et quels critères pour établir la réalité et la gravité des faits? Faut-il considérer que la notion de prescription – comme celle de procès équitable sur la base de preuves et de témoignages – est abolie?

La logique selon laquelle  toute accusation publique suffit à détruire une personnalité et la pousser à la démission favorise un processus de chaos dans les démocraties occidentales. Aucun dirigeant, aucun homme ou femme d’Etat, aucune personnalité publique, ministre ou chef d’Etat, n’est à l’abri d’une dénonciation, fondée ou non fondée, destinée à le discréditer et le destituer. Le phénomène fait donc partie d’un mouvement général d’affaiblissement et de négation  de l’autorité. Il relève d’une logique de déstabilisation. La démission d’un ministre de la Défense britannique dans un monde en ébullition, alors que la menace du terrorisme islamiste pèse plus que jamais sur la sécurité de la Grande Bretagne et de toutes les démocraties, en est le signe le plus patent.

Encore une fois, la question n’est pas de nier le caractère scandaleux et insupportable du harcèlement, notamment sexuel, mais d’en revenir à des notions fondamentales de la démocratie: respect de présomption d’innocence, pas de condamnation sans preuve, sans respect des droits de la défense et des prescriptions qui s’y attachent, sans jugement légal, et refus des lynchages et vengeances médiatiques – punitions spontanées, hors d’un procès légal. Le principe du lynchage médiatique ne rend pas service à la cause de la lutte contre le harcèlement sexuel, qui est une excellente cause. Il faut châtier le plus sévérement possible tout acte portant atteinte à la dignité des femmes et inciter les victimes à porter plainte, la justice à poursuivre et à sanctionner, mais dans le respect de l’Etat de droit et des principes fondamentaux de la démocratie.

Publié dans Uncategorized | 17 commentaires

Informations sur ce blog

Ce blog vient d’atteindre l’âge de raison… Le temps passe, sept ans déjà et tellement d’eau a coulé sous les ponts. Sa progression est certes modeste, mais évidente. Quasiment nul en 2010, le nombre de ses visites devrait atteindre les 600 000 en 2017. Au total un peu plus de deux millions depuis sa création.

L’intérêt qu’il suscite est peut-être lié à une tonalité différente de nombreux sites « politique ». Ici, pas d’attaques personnelles, ni de diffamation, ni de haine envers personne, ni de chasse aux sorcières ni de provocation gratuite. Le blog personnel n’a aucune autre raison d’être que l’échange de réflexions, entre gens honnêtes dans le respect de la diversité des opinions. Il a, pourquoi ne pas le dire sans prétention excessive, une certaine ambition intellectuelle, celle du débat d’idées ouvert et non conformiste.

J’en profite pour inviter ses habitués à me faire parvenir s’ils le souhaitent, des résumés et commentaires de leurs lectures, que je publierai volontiers dans l’objectif de favoriser à l’avenir une dimension compte-rendu de livres.

Au début, le responsable du blog devait un peu pratiquer la censure des commentaires, notamment pour éviter des propos susceptibles d’engager sa responsabilité pénale. Désormais, ce n’est plus le cas: seules les idées, dans toute leur  diversité, viennent d’y exprimer. Les principaux contributeurs pour 2017 (dans l’ordre, Colibri, Gérard Bayon, Mildred, Sganarelle, Michel 43, FrédéricN) que je tiens à remercier avec tous les autres, figurent dans le tableau ci-joint:La progression de ce blog est due aussi à son association avec d’autres blog jumeaux, comme celui de mon ami Corto, A toi l’honneur, qu’il me faut aussi remercier tout comme le blog d’Ivan Rioufol. Elle est aussi favorisée par ma présence fréquente sur des sites à forte audience, comme Figaro Vox et Atlantico.

Pour dire toute la vérité, la conquête de cet espace de vraie liberté de réflexion, n’a pas été toujours facile. A deux reprises, par le passé, dans ma vie professionnelle, j’ai été l’objet de pression pour le fermer, dont une violente. J’ai refusé. Il faut savoir dire « non » de temps en temps, poliment mais fermement, quand on est dans son bon droit, bon droit au sens du respect de l’éthique comme de la loi et de la jurisprudence, et quand on a le sentiment d’œuvrer pour une cause noble, celle du débat d’idées sans faire de tort à personne. Un site Internet est exactement comme un jardin qu’on aime. Il faut s’en occuper, le soigner chaque jour, au moins une heure. Sinon, il tombe vite en friches… Ah, un détail! Il ne m’a jamais rapporté un quart de centime! les publicités qui y apparaissent, provenant de WordPress, ne sont pas de mon fait, je n’ai aucun contrôle sur elles!

Bien cordialement

Maxime

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 42 commentaires

Sélection, la grande hypocrisie française

La question de la sélection à l’entrée de l’université est l’une des hypocrisies les plus caractéristiques de la société française. Depuis l’échec de la réforme de Devaquet en 1986, face aux émeutes, la question est absolument taboue et la sélection à l’entrée de l’université considérée, par une sorte de dogme, comme un mal absolu. Or 80% d’une classe d’âge (2% en 1945), accède aujourd’hui à un baccalauréat  dévalorisé qui ouvre le droit à s’inscrire dans n’importe quelle université. Le taux d’échec dans les facultés est considérable: seuls 30% des inscrits en première année obtiennent leur diplôme. Les étudiants, dans leur grande majorité, sont ainsi les premières victimes de ce système, destiné à ne pas déplaire aux syndicats et à éviter le syndrome Devaquet. Quant à ceux, la petite minorité, qui passent le filtre des examens, ils obtiennent un diplôme dévalorisé et rencontrent ensuite les pires difficultés pour trouver un travail en CDI conforme à leur qualification. D’où un enseignement à deux vitesses. Il y a des établissements privilégiés qui ont le droit (qui sait pourquoi?) , de pratiquer une sélection à l’entrée, les IEP, les écoles de commerce et d’ingénieurs, les IUT, alors que d’autres, les universités, ne l’ont pas. Cet examen d’entrée assure, à ceux qui sont autorisés à le pratiquer, d’excellentes conditions d’accès à l’emploi alors que les universités connaissent les pires difficultés dans des conditions de surnombre et d’effondrement du niveau. Bien sûr certaines formations universitaires fonctionnent bien, mais pour une raison simple: la sélection qui n’est pas faite à l’entrée se retrouve par la suite, au prix d’un gigantesque gâchis de ceux tombés en cours de route… Pourquoi cette injustice criante, pourquoi cette hypocrisie, cette démagogie bêlante, pourquoi se mépris profond de l’égalité des chances et des jeunes qu’on laisse s’embringuer dans des formations auxquelles ils ne sont pas adaptés? D’abord, on en revient toujours au même problème de fond, il y a le régime politique français qui, entièrement fondé sur l’image narcissique au mépris de l’intérêt général et du sens de la réalité,  ne permet pas de décider, de choisir, de gouverner. Ensuite, une vieille culture française périmée qui méprise l’intelligence manuelle ou sociale et veut autoriser tout un chacun à se donner l’illusion de l’intellectualisme. Depuis le drame de 1986, au moins sept majorités, dont l’actuelle, ont été incapables de prendre les décisions claires et courageuses qui s’imposent pour engager l’université Française dans la voie du monde moderne. Et ce n’est pas fini…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 20 commentaires

Espagne: gouverner, c’est choisir

Le gouvernement espagnol de M. Rajoy a cogné vite et fort: mise sous tutelle, destitution, ouverture d’une enquête. Ainsi, en réduisant par un acte d’autorité la sédition de la Catalogne, il a sauvé l’unité de l’Espagne et peut-être, l’existence même de la Nation espagnole. Son bras n’a pas tremblé. Gouverner, c’est faire des choix et les assumer. En toute sincérité, je ne suis pas absolument certain qu’un gouvernement français, n’importe lequel (je ne parle pas spécialement de celui-ci) dans le régime politique dégénéré que nous subissons comme un boulet, fondé sur la personnalisation à outrance et l’exaltation de l’image narcissique, aurait eu la force, le courage et l’audace, de faire acte d’autorité face à la sédition. Il aurait alors fallu tergiverser, négocier, ne pas déplaire à la presse et aux médias « de gauche », ne surtout pas courir le risque d’être traité de réactionnaire, puis capituler en rase campagne en bombant le torse et en annonçant un « grand plan national »: indépendance à titre expérimental, sous réserve de souveraineté copartagée pendant cinq ans, accompagné d’un programme d’aide à l’investissement de 20 milliards, et de préparation de l’adhésion à l’Union européenne, puis d’un référendum populaire, sur le passage à la pleine souveraineté, etc. Mais ce ne sont pas les Français qui sont  coupables de lâcheté et de faiblesse. C’est leur régime politique qui est défaillant, fondé le culte de l’image et la négation de l’intérêt public, dans l’indifférence et l’aveuglement général.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 23 commentaires

Conseils d’ami aux prochains dirigeants des Républicains

  1. Arrêtez de dire tout le temps « la droite » SVP. Les Français ne supportent pas qu’on les divise artificiellement et ils savent pertinemment que ces catégories ne veulent plus rien dire. Vous devez vous adresser à la France dans son ensemble, à 80% des Français, pas à une frange de l’opinion! L’ancienne gauche socialiste ou « sociale démocrate », sur ce point, a été bien plus intelligente que vous en cessant de s’appeler « la gauche » et en se rebaptisant En marche! Dire « droite » ressuscite « gauche ». Et cela, les Français n’en veulent plus. Comment ne le sentez vous pas?
  2. Ne pensez pas à l’élection présidentielle de 2022. De quinquennat en quinquennat, les présidents ne cessent de devenir de plus en plus impopulaires. Les Français ne supportent plus une institution élyséenne dégénérée, qui à leur yeux, depuis trop longtemps, incarne l’arrogance prétentieuse et l’illusionnisme impuissant. Et ne vous dites pas: moi je serai meilleur que celui que je vais remplacer. Car tous se disent la même chose et tous s’enfoncent chacun à son tour dans le même abîme. Pensez à autre chose, à servir l’Etat, à servir la France, modestement s’il le faut, et d’autant plus efficacement et utilement que modestement.
  3. Ne dites pas tout le temps « je » dans vos discours. Songer que chaque « je »  agit comme un poignard dans la chair de la France qui vous écoute. La politique est destinée en principe au bien commun, pas à la frime ni à l’arrogance de tel ou tel individu dont les gens se moquent éperdument des états d’âme.
  4. Rappelez vous sans cesse que la France est un pays martyre, qui a atrocement souffert depuis quelques années, humilié par les promesses trahies, les scandales retentissants, le bains de sang causés sur son sol par le terrorisme islamiste. Nous vivons dans une autre époque. Le « j’y pense chaque matin en me rasant » qui a eu son succès à une époque, est devenu inconcevable aujourd’hui. Tout signe d’ambition individuelle ou de carriérisme sera inexorablement pourchassé et maudit. A juste titre.
  5. Ne confondez pas les militants dans un meeting et la France. Les applaudissements frénétiques des uns ne sont que l’indifférence et le scepticisme des autres. Apprenez à parler à la France comme à une nation adulte, avec les mots de la raison, de la réflexion, et non la quête de l’émotion bruyante. Les effets de manche, les effets oratoires,  les postures, les petites phrase qui excitent l’opinion contre telle ou telle catégorie (par exemple les chômeurs, les fonctionnaires, les capitalistes, etc.), c’est fini.
  6. Focalisez vous sur le seul débat d’idées, car il est aujourd’hui la seule et unique chose qui compte dans ce pays pour préparer l’avenir. Votre rôle sera ni plus ni moins que d’être l’animateur ce ce débat d’idée dans l’avenir. La France est un pays en plein naufrage où plus personne ne sait où il en est. Votre rôle sera de préparer de nouveau repères, une nouvelle boussole.
  7. Jouez la carte de la créativité, de  l’audace et du renouveau. Un chantier conditionne tous les autres, celui de l’avenir de la vie politique. Comment sortir de l’illusion permanente, de l’émotionnel, du culte de la personnalité, pour réconcilier la France avec sa classe politique. Comment réinventer la démocratie? Comment récréer la politique comme outil collectif du bien commun? Comment faire en sorte de restaurer la confiance des Français en leur classe dirigeante? Votre mission est de mener à bien cette réflexion.
  8. Pensez sur le long terme, à échéance de 10 ou 20 ans: démographie, économie mondiale, technologies,  environnement, ressources, place de la France en Europe et dans le monde, sécurité, défense, dangers de déstabilisation planétaire, notamment le terrorisme islamiste, et comment y faire face, Asie, Chine, Afrique, immigration, intégration, école, défense de l’intelligence et du savoir, etc. Franchement, les Français vous sauront gré de constater que vous les prenez au sérieux en préparant l’avenir.
  9. Ne vous laissez pas intimider. Nous vivons dans un climat épouvantable. La pensée unique fait rage dans le monde occidental, comme rarement dans l’histoire: individualisme et matérialisme forcenés, argent-roi, « interdit d’interdire », libertarisme, culte de la table rase et de l’éradication de la connaissance du passé pour construire un « homme neuf ». Inévitablement,  le prix de la résistance intellectuelle sera cher à payer: insultes, caricatures, amalgames, accusation de fascisme, de lepénisme, de populisme, de nazisme, etc. Et quoi encore? Il faudra apprendre à y résister, comme les dissidents, comme les résistants. C’est à cela, à cette force de caractère, qu’on jugera les hommes d’Etat de l’avenir.

Maxime TANDONNET

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 49 commentaires

La croix de Ploërmel

Le Conseil d’Etat estime que la présence dans l’espace public de l’emblème religieux est contraire à la loi sur la laïcité. La commune a six mois pour retirer la croix de la statue. Ploërmel, une commune d’un peu plus de 10.000 habitants du Morbihan, devra retirer la croix de sa statue de Jean-Paul II. Le litige a été tranché mercredi par le Conseil d’Etat, qui a confirmé la décision prise en première instance: au nom du respect de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905, la mairie a six mois pour procéder au retrait. Dès lors que la croix constitue un signe ou un emblème religieux au sens de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905.  La statue, dont de l’artiste Zourab Tsereteli, avait été installée sur une place de Ploërmel sous une arche surmontée d’une croix, après une délibération de la commune du 28 octobre 2006. La Fédération morbihannaise de la libre pensée et deux habitants de la commune avaient saisi le tribunal administratif de Rennes après le refus implicite du maire de retirer le monument. La commune devra verser 3 000 euros aux requérants.

La justice administrative, certes, applique la loi de 1905: « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. » Sur le plan de la stricte application de la loi de 1905, la décision du Conseil d’Etat semble logique. Cependant, si on en tire toutes les conséquences, cette décision va loin. Elle implique qu’il faille retirer les croix, innombrables, qui ont été installées après 1905 dans les paysages ruraux français, sur les routes, dans les forêts, sur les montagnes. Il suffit de faire un tour en Bretagne pour constater à quel point ces croix sont partout présentes. Parfois on aperçoit au bord des routes de petites croix élevées en mémoire de tués dans les accidents de la route. De très mauvais esprits – la mauvaise foi étant sans limite – pourraient, en poussant jusqu’au bout la logique – aller jusqu’à réclamer la destruction de la croix de Lorraine, à Colombey-les-deux Eglises, qui, a l’origine est bien un emblème ou signe religieux (« la croix patriarcale »). Faut-il entrer dans l’engrenage d’une chasse aux croix?

La laïcité n’est pas laïcisme et elle devrait s’apprécier au regard d’autres valeurs fondamentales de la République: la liberté d’expression du créateur, la libre administration des collectivités locales, la démocratie de proximité, dès lors que l’immense majorité des habitants de la commune ne sont pas hostiles à ce monument: pourquoi l’Etat central jacobin, à travers une juridiction sise au Palais-Royal, devrait prendre en charge l’aménagement de la place centrale d’une commune rurale? La solution retenue n’est d’ailleurs pas dépourvue d’ambiguïté: La croix serait, d’après la juridiction, emblème religieux, mais pas la statue de Jean-Paul II en vêtement ecclésiastique et les mains jointes en signe de prière, qui relève, elle de l’oeuvre d’art. Avec un tout petit effort supplémentaire il eût sans doute été possible de considérer l’oeuvre comme un ensemble, fruit d’une création artistique.

L’ordre de retirer la croix, ouvre la voie à une logique de destruction des croix dont on ne voit pas très bien où elle rend fin. Cette logique se rattache à un courant de pensée planétaire dominant, non pas dans les peuples, mais dans leurs élites médiatisées, dominé par l’esprit de la table rase. Il faut détruire ce qui rappelle le passé, en l’occurrence les symboles du christianisme, comme aspect important du patrimoine français,  pour engendrer un être humain (on n’ose plus dire « un homme ») neuf, apuré de son histoire, de son passé. Il faut créer un être humain nouveau, neuf, apuré de son passé, de sa culture, de son histoire, donc sans racines et dès lors, infiniment malléable, interchangeable, un clone, esclave des temps modernes, un feu follet en lévitation dans l’espace,  privé de conscience, de patrimoine intellectuel, d’esprit critique. Faire table rase du passé, engendrer un homme neuf, infiniment malléable: le totalitarisme, sous des formes plus ou moins violentes ou cachées  est de retour à l’échelle planétaire et nous en voyons les signes chaque jour sous des formes diverses. (Tout comme l’intolérance des crétins, incapables d’argumenter, qui ne savent pas faire autre chose qu’insulter et qualifier « d’extrême droite, ou d’extrême gauche » toute opinion divergente de la leur.)

Maxime TANDONNET

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 30 commentaires

Lecture: Les couples illustres de l’histoire de France (Perrin 2017)

Ce livre collectif qui vient de sortir raconte pour la première fois l’histoire publique et privée des vingt couples emblématiques qui ont incarné et, pour beaucoup, fait la France du Moyen Âge à nos jours. Couples politiques – monarchiques, impériaux puis présidentiels – mariant les sentiments, parfois, et l’intérêt ; couples littéraires et/ou d’influence, couples mythiques ou médiatiques, passionnels ou énigmatiques… S’ils ont chacun une histoire singulière, heureuse ou malheureuse, tous racontent les mutations successives du pouvoir mais aussi de la société. Sous la direction de Patrice Gueniffey et Lorraine de Meaux, historiens et journalistes de renom les font revivre dans des contributions qui allient l’exigence historique et la fluidité littéraire, l’histoire intime et le roman national.

Je recommande sincèrement et chaleureusement la lecture de cet ouvrage. Comme tout excellent livre, il mêle le plaisir intense de l’évasion à celui de s’instruire. Il nous fait redécouvrir des pans entiers de l’histoire de France à travers les passions intimes de ses personnages. Nous apprenons par exemple, à travers une série de petits récits envoûtants, comment  la sensualité exigeante d’Aliénor d’Aquitaine, au XIIe siècle,  l’oppose à son mari, le sobre et pieux Louis VII, et la jette dans les bras du sulfureux et violent Henri Plantagenêt, provoquant le passage de l’Aquitaine sous domination britannique et un conflit de deux ou trois siècles entre la France et l’Angleterre qui prépare l’avènement du monde moderne… Autre exemple, nous apprenons comment l’ambitieuse Marie-Antoinette prend peu à peu l’ascendant sur son mari, Louis XVI, homme fin et intelligent, mais franchement dépressif, malheureux, n’aimant pas le pouvoir ni les responsabilités, une démission qui a sans aucun doute favorisé le déclenchement et les dérives sanglantes de la révolution. Le couple infernal qu’ont formé un Bonaparte amoureux jusqu’à la naïveté et Rose – qu’il a lui-même renommée Joséphine – méprisante et totalement infidèle, en dit long sur l’influence des passions sur le comportement et les décisions des hommes d’Etat. Voilà, et ce ne sont que trois exemples sur 20 récits tous plus fascinants les uns que les autres. Si je l’écris et si je recommande ce livre, c’est parce qu’il est vraiment remarquable et source d’un délicieux moment de lecture instructive qui nous entraîne à mille lieues de la fade médiocrité de notre époque.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 6 commentaires

Egypte, le président Macron a raison

« Le président français Emmanuel Macron a déclaré mardi qu’il ne voulait « pas donner de leçons » en matière de respect des Droits de l’Homme au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, qu’il a reçu mardi 24 octobre à l’Élysée. Ce dernier est pointé du doigt par des ONG pour son bilan « catastrophique » en la matière. Lundi, plusieurs ONG, dont Human Rights Watch, Amnesty International, la Fédération internationale des Droits de l’Homme et Reporters sans frontières, ont souligné que l’Égypte connaît « la pire crise des droits humains depuis des décennies ».

L’Egypte est une poudrière, avec ses gigantesques bidonvilles surpeuplés et misérables, où fermente la révolte jihadiste. Elle a connu un épouvantable chaos en 2011, avec la prise de pouvoir par les intégristes islamistes. Le général Sissi qui a mis fin au chaos est cependant toujours confronté à une situation explosive. Le choix pour l’instant est entre un régime autoritaire, soutenu par la majorité de la population égyptienne, et une guerre civile sanguinaire dont les premières victimes seront les coptes qui risquent un génocide. Que veulent les ONG? Une nouvelle Syrie, un nouvel Irak, une prise de pouvoir par Daesh et l’extermination de masse de la minorité chrétienne et des musulmans qui s’y opposeront, un naufrage de l’Egypte dans l’apocalypse? Soutien sans réserve sur ce point, au président Macron qui a entièrement raison de faire prévaloir la politique des réalités sur les utopies qui conduisent au génocide.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 10 commentaires

« Où est passée la France d’en bas? » (Figaro Vox)

Tribune du 24/10 au Figaro Vox:

« Tout cela va très mal finir » aurait déclaré en privé le président Sarkozy. Que voulait-il dire par là ? Deux France évoluent en parallèle et l’abîme entre elles, ne cesse jour après jour de se creuser un peu plus.

La France dite « d’en haut », ses milieux dirigeants, ses responsables publics et politiques, ses réseaux d’influence, ses médias radio-télévision, ses experts, ses milieux financiers, se porte plutôt bien.

La personnalisation médiatique du pouvoir, autour du plus jeune président de l’histoire, atteint un niveau vertigineux, jamais égalé, oscillant entre l’exaltation et l’exaspération, dans un monde factice, illusoire, surmédiatisé, où le culte du chef est l’écran de fumée qui recouvre, de quinquennat en quinquennat, l’impuissance publique à régler les problèmes des Français.

De même, les crises d’hystérie s’enchaînent à un rythme endiablé, venues des Etats-Unis, après l’affaire des statues dites racistes, la dernière en date autour des scandales sexuels et du « balancetonporc » comme le montre si bien M. Gilles Goldnadel.

La course aux lynchages bat son plein comme dans un jeu de « soft terreur » ayant le déshonneur public pour guillotine. Dernier « suspect », dernier lynché: le député M. Lassale, longtemps coqueluche des médias. Nul n’échappe désormais au syndrome de l’arroseur arrosé, au spectre d’une dénonciation, pas même les bourreaux eux-mêmes, comme le couperet s’est un jour abattu sur la nuque des Robespierre, Saint Just et Fouquier-Tinville

La fuite dans les commémorations solennelles est elle aussi de routine. Il est logique que cette France dite d’en haut s’apprête à célébrer mai 1968, son acte de naissance, avec son culte du nivellement et de la table rase, son « interdit d’interdire », ses « CRS=SS » et son individu-roi qui s’exprime dans le célèbre – et ambigu – « jouissez sans entraves ». De même, la France dite d’en haut s’enivre par avance dans l’éblouissement des jeux olympiques de Paris 2022, comme pour oublier le présent et le monde des réalités.

Mais au-dessous du grand maelström hystérique, où en est la France dite « d’en bas », celle de la majorité silencieuse et des tracas de la vie réelle ?

Où sont passés les 5 à 6 millions de chômeurs ? Les 2 millions de bénéficiaires du RSA ?, les 8 à 9 millions de pauvres et les 3,2 millions de mal logés ?

Que ne ferait-on pas pour noyer dans un tumulte stérile la pire tragédie de l’histoire de notre pays depuis 1945, celle d’une France ensanglantée par le terrorisme islamiste ?

Et qui parle encore des squats et des bidonvilles qui prolifèrent sur le territoire ? Où en est la crise migratoire, les arrivées incontrôlées en Europe de centaines de milliers de personnes victimes des passeurs criminels ? Où en est l’aéroport de Nantes, voulu par l’Etat, confirmé par référendum, mais bloqué par les zadistes ?

Et la situation des cités sensibles, les territoires perdus de la République, les trafics qui y règnent, les phénomènes de communautarisme et de repli identitaire, la tragédie de leurs habitants surexposés à la violence et qui ne demandent qu’à vivre en paix ?

Où en sont les milliers de collèges et de lycées en crise, où les professeurs débordés par le chaos, insultés, giflés, ne parviennent plus à faire leur métier de transmission des savoirs fondamentaux ?

En 2017 s’est déroulé un événement politique d’une portée capitale, historique, passé quasi inaperçu: le taux d’abstention aux élections législatives, le cœur de toute démocratie, pour la première fois dans l’histoire, a dépassé les 50% signant ainsi le naufrage de la démocratie française, dans l’indifférence générale.

Cette fracture entre les deux France, la France dite d’en haut qui se noie dans les gesticulations de sa bulle médiatique et la France dite d’en bas confrontée à la tragédie du monde réel, est la source de tensions explosives, qui peuvent s’enflammer à tout moment, sous une forme ou sous une autre, dans la rue ou par un vote de destruction en 2022. Certes, aucun signe d’une explosion imminente n’est aujourd’hui décelable mais rien n’est plus calme qu’un magasin de poudre, une demi-seconde avant l’étincelle.

Maxime TANDONNET

 

 

Publié dans Uncategorized | 18 commentaires

Analyse politique (Atlantico)

Voici ma dernière contribution, demandée hier soir par le site Atlantico, relative à la situation politique française.

…………………………………………………………………………………..

1/ Alain Juppé a retrouvé Edouard Philippe à Bordeaux, l’occasion pour l’un et l’autre de signifier leur amitié et filiation politique malgré le choix de Philippe de travailler avec Emmanuel Macron. On a reproché à Virginie Calmez d’être incohérente quand elle s’est tournée vers Laurent Wauquiez plutôt que Mael de Calan, mais qui l’est le plus entre elle qui a choisi sa famille politique et lui qui s’est tourné vers un partenaire plus proche idéologiquement en apparence ? 

La politique moderne ne peut pas se limiter aux affinités idéologiques. On voit bien que les calculs de carrière l’emportent souvent sur les convictions. Mme Virginie Calmez parie sur la réussite de Laurent Wauquiez, comme M. Philippe parie sur la réussite de la présidence Macron. La situation politique est très compliquée pour « la droite » qui de fait aujourd’hui est scindée en trois : les constructifs, qui ont rallié le pouvoir LREM, les chiraquiens non-ralliés, tels M. Juppé ou Mme Pécresse, et les «droitiers », sarkozystes, avec Laurent Wauquiez. Entre les premiers et les seconds, la différence idéologique est faible ou nulle, et question ne tient qu’à une affaire de stratégie politique et de rapport à l’expérience Macron. Si les chiraquiens, non ralliés à LREM, basculent du côté des constructifs, c’en est fini des Républicains et le pouvoir LREM en sortira beaucoup renforcé sur le plan politique. C’est pourquoi cette rencontre est en effet hautement stratégique…

2/ Alain Juppé, énarque comme Emmanuel Macron, était-il un macroniste qui s’ignorait, un macroniste avant l’heure ? 

Il est certain que tous les deux sont proches du point de vue idéologique. Ils sont unis par un attachement viscéral à l’Union européenne, au sens des institutions et des politiques bruxelloises, ils sont favorables à une Europe multiculturelle. Franchement, bien malin est celui qui pourrait dire ce qui les différencie du point de vue des idées et du discours idéologique. Il est vraisemblable que le mouvement LREM pourrait se retrouver dans le concept « d’identité heureuse » qui était la marque des juppéistes pendant la campagne. Jusqu’aux primaires de novembre 2016, Alain Juppé était donné grand favori de l’élection présidentielle sur une ligne de modération. Un puissant courant de  l’opinion le soutenait. Il n’a pas pu gagner les primaires en raison d’un système qui favorise les prises de positions les plus radicales. Mais ce courant qui le donnait grand favori depuis des années, s’est reporté sur M. Macron et lui a donné la victoire. La logique des idées joue en faveur de leur rapprochement. Si l’on s’en tient à cette logique des idées, la vie politique française devrait se recomposer en cinq pôles : une extrême gauche antisystème puissante ; une gauche socialiste et européiste; une large formation centrale macroniste, formée de socialistes reconvertis, de centristes et des chiraquiens ; une droite républicaine et gaulliste ; une extrême droite nationaliste. Les fractures entre ces cinq pôles sont profondes. C’est le plus puissant et le plus capable de séduire dans les autres pôles qui à l’avenir gagnera les prochaines échéances électorales, dans l’optique de pouvoirs qui seront condamnés à être minoritaires dans l’opinion.

3/ Derrière le juppéisme il y a le chiraquisme. Que reste-t-il de l’ancien président dans notre paysage politique ? Peut-on parler d’héritage paradoxal ?

Oui, je pense que le chiraquisme est très présent dans la vie politique française d’aujourd’hui, tout au moins le chiraquisme présidentiel, celui qui a prévalu à partir de 1995. Il est dominé par une ligne centriste, européiste et multiculturaliste. Les valeurs de l’ère Chirac, dans la continuité d’ailleurs de l’ère Mitterrand, se retrouvent quasi intactes dans la politique actuelle. Le chiraquisme est un centrisme, une volonté de se conformer à l’air du temps, à l’idéologie médiatique dominante sans la heurter de plein fouet.  Héritage paradoxal, sans doute, dans la mesure où la présidence Chirac qui devait incarner le retour d’une droite gaulliste au pouvoir, s’est révélée être tout autre chose et plutôt une  poursuite des présidences Mitterrand. Le sarkozysme fut une tentative de se démarquer du chiraquisme à travers le thème de la « rupture », notamment en mettant en avant l’identité nationale, les questions d’immigration et de sécurité. Laurent Wauquiez est tenté de reprendre ce positionnement. D’ailleurs, il n’a pas vraiment le choix. Si un courant républicain distinct du pôle central LREM veut continuer à exister dans l’avenir, il lui faut impérativement prendre appui sur des sujets qui préoccupent l’opinion publique autour de la nation et de son histoire, de la sécurité, des frontières. Mais la voie est étroite car dès lors, on se heurte à l’idéologie médiatique dominante et donc, on s’expose au lynchage, à la diabolisation ou pire, au boycott. L’avenir du courant républicain et gaullien dépend donc de son aptitude à prendre le risque de la nation contre l’idéologie dominante dans les élites médiatiques. Le pari est bien loin d’être gagné d’avance…

 

Publié dans Uncategorized | 14 commentaires

Faut-il célébrer mai 1968?

L’idée de célébrer le cinquantenaire de mai 1968 en 2018 est dans l’air du temps.

A vrai dire, on s’étonne presque que personne n’en ait eu l’idée auparavant! Les valeurs de mai 1968 dominent largement dans la France d’aujourd’hui : individu-roi, libertarisme, vision négative de l’autorité, des frontières et de la nation, rejet de la notion de père, société de loisir et de consommation – sous les pavés, la plage.

Affirmer que, oui, mai 1968 doit être célébré, mais en dehors de tout jugement de valeur, en tant que simple événement historique, apparaît comme hypocrite. Une nation célèbre les faits positifs tels qu’elle les conçoit, qui entrent dans la confection de son identité ; 14 juillet, 11 novembre, 8 mai, les victoires, les actes d’héroïsmes, ou bien les tragédies qu’elle veut graver dans la mémoire, les moments clés de l’histoire nationale… Une commémoration ne peut pas être neutre.

Alors, faut-il célébrer mai 1968 ? Cette période est à l’évidence une référence clé pour « la gauche ». Certains y ont vu la première étape vers sa prise de pouvoir, treize ans plus tard, en mai 1981.

Faut-il célébrer le cinquantenaire de mai 1968 ?

Faut-il célébrer ceux qui proclamèrent, « il est interdit d’interdire » à l’heure où les professeurs, insultés, giflés, dans l’enfer d’un grand nombre de lycées et de collèges ne parviennent plus à faire leur métier de transmettre le savoir et l’intelligence? Faut-il célébrer « il est interdit d’interdire », A l’heure où l’autorité de l’Etat est défiée dans nombre « de cités de non droit » à l’heure où les zadistes bloquent par la force, depuis des années, en toute illégalité et en toute impunité, la construction d’un aéroport ?

Faut-il célébrer ceux qui scandaient « CRS=SS » alors que des policiers, un sur 10 dans certains départements parisiens, sont blessés chaque année par les violences urbaines, sans compter les véhicules caillassés ou incendiés, les insultes et les crachats, évidemment? Faut-il célébrer ceux qui scandaient « CRS=SS », à l’heure où la menace terroriste continue de hanter le pays, ensanglanté depuis deux ans?

Faut-il célébrer les petits malins qui proclamèrent « élections piège à cons », alors que le taux d’abstentions aux élections législatives dépasse désormais 50%, un record absolu dans l’histoire de la république française, révélateur d’une démocratie française à l’agonie?

Faut-il célébrer ceux qui voulaient abolir la sélection, à l’heure où la France souffre de diplômes dévalorisée et du nivellement par la base ?

Faut-il célébrer ceux qui chantaient « jouissons sans entraves » à l’heure ou une multitude de scandales à caractère sexuel sortent de partout?

Faut-il célébrer les pionniers de la politique moderne, qui exigeaient « soyons réalistes, demandons l’impossible », en un temps où la vie politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ne cesse de fuir dans la démagogie, l’imposture et la manipulation?

Faut-il célébrer ceux qui traitaient de « vieillard obèse », l’un des héros de l’histoire de France, l’auteur de l’appel du 18 juin 1940, chef de la résistance française face au nazisme, pendant les quatre années les plus sombres de l’histoire de notre pays?

Faut célébrer les mêmes qui vénéraient, idolâtraient l’un des plus grands criminels de tous les temps, Mao et ses 80 millions de morts lors du « grand bond en avant », Mao et ses camps de rééducation sous la Révolution culturelle? Faut-il célébrer ceux qui un peu plus tard, ont applaudi à la chute de Phnom Pen dans les mains des Khmers rouges?

Bref, faut-il célébrer la « chienlit» ? Faut-il prendre le risque de raviver de vieilles blessures, de déchirer toujours un peu plus un pays déjà rongé par ses divisions ?

Le débat est ouvert, à chacun d’y répondre en son âme et conscience…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 33 commentaires

L’hypocrisie bêlante

Hier soir, il y avait à la télévision la présidente du fn. Je ne  l’ai évidemment pas regardée, pas plus que je ne regarde aucune émission de politique à la télévision: c’est un phénomène viscéral, irrationnel, presque maladif chez moi désormais: comme tant de Français lambda, je ne les supporte plus et me contente, pour mon information, d’en lire le lendemain matin le verbatim et voir des extraits. L’attitude du monde médiatique, qui consiste en ce moment à remettre en selle à tout prix ce personnage, obstinément, était attendue, prévisible, inévitable. L’hypocrisie dominante dure depuis des décennies mais elle est de pire en pire et de plus en plus outrancière: promouvoir le fn par tous les moyens, une propagande quasi frénétique, tout en le maintenant dans son statut diabolique. L’air du temps n’a qu’un objectif aujourd’hui: enfermer chacun de nous dans une alternative maudite: rentrer dans le rang, dans le troupeau  bêlant de conformisme, ou bien basculer dans le « mal extrémiste » de gauche ou de droite. L’objectif est de tuer le débat d’idées, la réflexion, la liberté de pensée, l’exterminer et imposer à chaque Français soit de se conformer à l’idéologie dominante, soit de s’anéantir dans ce vulgaire et démagogique « Je suis le chef ». La question aujourd’hui est de savoir si les Français, qui, dans leur immense majorité rejettent tout autant le conformisme bêlant que la vulgarité extrémiste, de droite ou de gauche,  sauront résister au matraquage médiatique et ressusciter une troisième voie, celle du discours de la vérité, de la liberté de pensée, de la politique au sens noble du gouvernement de la cité. Sinon, il ne nous restera plus que la résistance intellectuelle dans la solitude.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 13 commentaires

Ensauvagement et crétinisation de la société polico-médiatique

Voici une tribune qui paraît dans le Figaro de ce matin (avec quelques modifications de forme):

Les années 2010 à 2017 ont été marquées par les grandes affaires de lynchage politico-médiatique touchant des personnalités politiques de haut rang. Par-delà les plus tonitruantes, les affaires DSK et Cahuzac, les scandales de ce type se sont comptées par dizaines, à un rythme quasiment mensuel. La question n’est pas d’excuser ou de minimiser des infractions éventuelles qui auraient été commises.  Mais elle est de constater que la société politico-médiatique se fait justice elle-même, par un lynchage fondé sur l’humiliation, le déshonneur et la déchéance sociale, avant que les tribunaux disposant de la légitimité républicaine pour sanctionner les crimes et délits, aient eu l’occasion de se prononcer.

Aujourd’hui, ce stade est dépassé. Les phénomènes de lynchage collectif se banalisent. Ils ne touchent plus seulement les hauts responsables, mais surtout les seconds rôles. Leur rythme n’est plus mensuel mais quotidien. Twitter est l’outil de cet ensauvagement. Les lynchages tombent à tout propos. Il suffit d’une petite phrase ou d’un geste légèrement déviant de la sensibilité dominante pour provoquer un tollé.  Ainsi, Mme Garrido, porte-parole des Insoumis, a provoqué un scandale pour avoir établi un lien entre « l’argent du PSG » et l’écroulement d’une barrière au stade d’Amiens, attribué à un entretien défectueux. L’amalgame est discutable, mais en quoi ce propos mérite-t-il un tel déchaînement? Ne relève-t-il pas de la liberté d’expression, c’est-à-dire du droit de s’exprimer sans faire l’objet du châtiment spontané?   Concrètement : qu’a-t-on encore le droit de dire, dans la société moderne, sans déclencher un phénomène de meute ?

Une opération « balancetonporc » invite les victimes de harcèlement à livrer sur Internet leurs agresseurs. Certes, toute violence, agression verbale ou physique,  de nature sexuelle est par définition monstrueuse. Mais enfin, il existe une justice pénale dont le rôle est d’établir la réalité des infractions commises et de les sanctionner durement. Le principe selon lequel nul ne doit se faire justice lui-même est l’un des fondements, non seulement de la démocratie, mais aussi de la civilisation.

Nous assistons ainsi à une banalisation de phénomènes qui sapent les fondements de vie en société. Ils tiennent à un climat d’anomie, de perte accélérées des repères intellectuels et éthiques. Comment situer le bien et le mal, en l’absence d’un socle de principes et de connaissances, d’outils de réflexion ? Une étude de la revue Intelligence souligne l’effondrement de quotient intellectuel dans le monde occidental, en quinze ans, la France se situant au dernier rang des grandes démocraties. D’autres travaux révèlent la chute vertigineuse des savoirs fondamentaux dans notre pays : orthographe, mathématique. Mais la crise de l’intelligence se manifeste à travers bien d’autres symptômes :

  • la personnalisation à outrance du pouvoir politique, fondée sur l’émotion positive ou négative autour de visages médiatiques et l’anéantissement du débat d’idées, comme le montre si bien la vie politique française au quotidien;
  • le principe de la table rase, ou l’écrasement de la mémoire historique, qu’illustre le désintérêt de la France dite d’en haut pour le centenaire de l’une des plus effroyables épreuves de l’histoire de l’Europe;
  • l’esprit de clocher, et le désintérêt pour les enjeux planétaires, comme le montre l’effarant silence médiatique sur les événements en cours de Syrie et d’Irak ou d’Afrique.
  • la dictature de l’anecdotique au détriment de l’essentiel, tel le recrutement de Neymar au PSG qui a occupé l’été !
  • Le sectarisme, l’inaptitude générale à l’impartialité, l’objectivité, l’honnêteté intellectuelle.
  • L’émergence d’une nouvelle classe de maître penseurs, acteurs, animateurs de télévision, sportifs, chanteurs, censés donner leur avis à tout propos mais sans la moindre autorité intellectuelle pour ce faire.

Cette crise de l’intelligence et la perte des repères de la vie en société ne touche pas forcément la majorité silencieuse, qui par définition, ne s’exprime jamais. Pis : elle frappe au premier chef la France dite d’en haut, les supposées élites médiatiques, politiques, intellectuelles, censées éclairer l’opinion publique. Pour espérer restaurer l’intelligence et la civilité, il ne faudrait pas des années, mais des décennies…

 

 

Publié dans Uncategorized | 21 commentaires

La question du régime politique

Le triste spectacle auquel assistent les Français attachés à leur pays n’a rien de fortuit. Il est le produit d’un régime: une culture politique et des institutions. Le système en vigueur, repose entièrement sur l’élection d’un personnage, la présidentielle. Les idées, les projets, choix de société ne sont qu’accessoires. L’essentiel tient à la promotion d’une image individuelle, sur la base d’une séduction.

A travers un jeu fondé sur la manipulation des émotions collectives – diabolisation ou sublimation, les médias radio/télévision exercent une influence cruciale dans le façonnement de cette image. Dans le système français, le pouvoir appartient avant tout au monde médiatique. L’image victorieuse s’impose naturellement comme la clé de voûte, le socle, la légitimité, le fondement originel du nouveau pouvoir. Celui-ci n’aura, par définition, qu’une seule obsession: préserver, promouvoir, prolonger cette image qui est sa raison d’être.

Dès lors, l’exercice de la fonction politique se cantonne dans le spectacle et le jeu  d’acteur: annonces, postures, coups de communication, polémiques, réformes tonitruantes  et vides, agitation de surface qui ne touche jamais le fond des sujets afin d’éviter la confrontation au monde réel et le risque de crises. L’histoire de tout quinquennat présidentiel, depuis les années 2000, est avant tout celle d’un divorce entre le pays, ses préoccupations profondes, ses intérêts nationaux, et le culte d’une personnalité. Et de quinquennat en quinquennat, le divorce se creuse toujours davantage.

Le système ne fonctionne que dans un climat de désintérêt et de recul de l’intelligence collective. A terme, il se nourrit du déclin de la connaissance historique, littéraire, philosophique, fondements de l’esprit critique. C’est bien pourquoi depuis des décennies, tous les pouvoirs, complices entre eux, favorisent l’abaissement de ces enseignements.

Pour changer les choses et restaurer une démocratie digne de ce nom, où le débat d’idées reprenne le dessus, il conviendrait, pour commencer, de sortir de l’ornière dans laquelle la France est engagée,  mettre fin au narcissisme comme idéologie suprême et renouer avec les choix de société autour des élections législatives qui ne se prêtent pas au mêmes jeux de manipulation autour d’un visage et à la même sublimation du « je » comme contrepartie du néant. Mais la prise de conscience n’est pas au rendez-vous: trop de naïveté, d’inculture politique, d’indifférence, de fatalisme…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 33 commentaires