« Trop intelligent »

« Et une deuxième erreur a été faite : le fait d’avoir probablement été trop intelligent, trop subtil, trop technique dans les mesures de pouvoir d’achat. »

Cette phrase a été prononcée avant-hier par l’un des principaux leaders de la majorité politique issue du « nouveau monde », LREM, qui dirige aujourd’hui la France, produisant une micro-polémique. Elle est issue d’un contexte tragique, après 5 semaines du conflit des gilets jaunes qui a fortement ébranlé l’économie et la société française, à l’origine de spectaculaires destructions et de 6 morts, et un nouvel attentat islamiste qui a ensanglanté le marché de Noël de Strasbourg.

Les paroles de ce chef de parti, journaliste et entrepreneur de profession, sont révélatrices de toute une mentalité, tout un climat qui pèse sur le pays. Elle exprime la pensée profonde de la France supposée d’en haut, prompte à toiser les « sans dents »,  les « Gaulois réfractaires » ou la lèpre populiste (mot dérivé de celui de peuple). Elle reflète la prétention d’une caste dirigeante, auto-proclamée intelligente, éclairée par les lumières de la science et de la raison, à dire et à faire le bien pour le compte d’un peuple soupçonné d’obscurantisme. Elle traduit à merveille la sensibilité dominante d’un milieu qui se pense supérieurement instruit et détenteur de la vérité suprême à aller de l’avant sans état d’âme et sans se poser de questions voire sans écouter personne ni réfléchir, guidé par la seule illusion de sa propre intelligence ou subtilité.

Ce mode de comportement et d’agissement n’a qu’une faiblesse: se croire intelligent, et pire, se déclarer intelligent, par le « je » ou par le « nous », a toujours été, de tout temps, le signe de plus patent, le plus radical de la bêtise. Ce genre de proclamation porte en lui-même une explication de la tragédie française: Comment un groupe de personnes, bien au-delà du quinquennat actuel qui n’est que la quintessence de cet état d’esprit, engoncé dans son instinct de supériorité, entraîne le pays à l’abîme avec un bandeau noir sur les yeux, le bandeau noir de la prétention, de la bêtise infatuée et du mépris des autres. La révolte des gilets jaunes fut, tout au moins au début, dirigée contre l’arrogance obtuse.

La IIIe, la IVe République avaient certes des défauts. Mais comme la Ve République à ses débuts, elles ont pourtant su produire des dirigeants politiques qui tenaient la rampe. Qui imagine les Clemenceau, Poincaré, Herriot, Tardieu, Blum, de Gaulle s’auto-proclamant: « Trop intelligent? » Bien plus que les institutions, le drame contemporain de la France tient, depuis plusieurs décennies sans doute, à la médiocrité intellectuelle et morale de sa classe dirigeante.

Maxime TANDONNET

 

 

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Réflexe totalitaire

Non, il n’y a pas eu d’ordre tombé du ciel pour exiger la falsification de la photo d’une pancarte « Macron dégage ». C’est pire. Réflexe conditionné: puisque cette réalité risque de déplaire, il faut la travestir, la truquer, la manipuler. L’autocensure est encore plus grave que la censure, car elle est imprégnée dans les mentalités. Si des images à grande diffusion sont ainsi truquées, en qui peut-on avoir confiance? Pire que la propagande ou le lavage de cerveau: les faits, c’est-à-dire les fondements de l’information et du jugement, peuvent être eux-mêmes biaisés, falsifiés. En qui faire encore confiance? L’ORTF du général de Gaulle suscitait beaucoup de sarcasmes  comme étant une télévision d’Etat au service du pouvoir. Au moins les règles du jeu étaient-elles claires. Désormais, nous baignons dans l’hypocrisie . Les médias sont en principe indépendants du pouvoir. Or, le réflexe « lèche-botte », même s’il n’est pas généralisé, est pire qu’une dépendance formelle, hiérarchique, car il est intériorisé. Le matraquage quotidien de  messages idéologiques, au service du pouvoir, ne suffit plus à conditionner et tenir les masses: d’où la révolte qui a embrasé le pays. Donc, une nouvelle étape devrait être franchie: le trucage des faits, et des images, la distorsion du réel. Attention danger! Nous savons déjà que la démocratie française est en crise: l’abîme entre le pouvoir et la nation qui ne se sent plus représentée, ne cesse de se creuser d’année en année.  Mais en outre, des signes inquiétants d’une logique totalitaire se multiplient: la banalisation du culte de la personnalité, ou la personnalisation à outrance du pouvoir, la décrédibilisation des élections (mise en examen de Fillon la veille du vote), l’idéologie unique ne souffrant pas la contestation (le bien post national opposé au mal populiste), le culte du chauvinisme sportif et du corps, la disparition des partis politiques, l’affaiblissement des collectivités locales, la violence du débat et poussée de l’extrémisme… Voici, derrière l’anecdote de la photo truquée, un symptôme supplémentaire qui fait froid dans le dos… Ce n’est pas que la France soit devenue un pays totalitaire, ce qui serait évidemment très excessif et mensonger, mais gagnée subrepticement par de vieux démons totalitaires, sans aucun doute…

Maxime TANDONNET

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Double-face ou l’apothéose de la crétinisation massive

Double-face ou les deux visages de la médiocrité et la manipulation. Trois ans et demi à l’avance tombent les premiers sondages des présidentielles de 2022. Trois ans et demi! Sans doute est-ce là sans précédent. D’habitude, les sondages des présidentielles tombaient deux ans à l’avance. Déjà, rien n’était plus ridicule. Trois ans et demi à l’avance, toutes les bornes du ridicule sont pulvérisées. La France sort d’une grave crise sociale qui a fait plus de 6 morts et d’un nouvel attentat terroriste islamiste qui a répandu le sang: 4 morts, une douzaine de blessés. Et déjà, le régime politico-médiatique tente de noyer le désastre dans un duel lamentable. A travers ce sondage, la France supposée « d’en haut », politico-médiatique, exprime son idéal: un second tour 2022 identique à celui de 2017, qui assurera la réélection de son idole à l’issue d’un affrontement caricatural entre le « bien supranational » et le « mal populiste ». Et face à cette tentative d’abrutissement collectif, je partage du fond du cœur l’extrait ci-dessous qui m’est transmis par un commentaire de mon dernier billet:

Alain Garrigou: «En finir avec le présidentialisme» source mondediplo.net – 29 novembre 2014 : «Le pire est en effet aujourd’hui que le régime présidentiel rende idiot.
Idiots, les professionnels de la politique engagés dans des luttes d’ego et de clans. Cette course de chevaux — expression gentille — composée d’élections intermédiaires, primaires et partisanes, sans omettre les cotes de popularité, offre le spectacle d’une campagne électorale permanente qui serait fort ennuyeux s’il n’était pimenté par les coups bas et les indiscrétions scandaleuses.
Idiots, les courtisans qui s’agitent dévotement autour des patrons.
Idiots, les journalistes politiques transformés en commentateurs de courses hippiques ratiocinant sur les jeux politiques, les intentions, les alliances, les inimitiés et surtout l’opinion publique.
Idiots enfin les citoyens, dont je suis, pris malgré eux en otages et se découvrant souvent fascinés par la comédie. Au point d’en revenir souvent à la nostalgie des hommes du passé qui, il est vrai, avaient vécu autre chose qu’une vie de professionnels de la politique».

Maxime TANDONNET

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Le référendum d’initiative populaire, solution miracle?

Le référendum d’initiative populaire (le RIP) est l’une de des dernières revendications des gilets jaunes. Il  est préconisé par les Insoumis comme par les Lepénistes et des voix s’élèvent en sa faveur dans les partis anciennement dits de « gouvernement » et du côté des intellectuels. Il ne serait pas étonnant de le voir sortir de quelque chapeau officiel comme un contre-feu…

Le problème, c’est que chacun à une idée différente derrière la tête. Pour les uns, il permettra d’arrêter l’immigration et pour les autres, au contraire, de faciliter l’accueil inconditionnel des « réfugiés »; pour les uns, il se traduira par une augmentation considérable du SMIC et des rémunérations y compris des fonctionnaires, pour les autres, une baisse massive des impôts; pour les uns une sortie du nucléaire, pour les autres, la gratuité de l’électricité… Que sais-je? Et puis viendra la question de la mise en oeuvre des décisions adoptées. On peut faire toute confiance à la classe dirigeante pour trouver mille prétextes qui les rendent inapplicables (engagements internationaux, contrainte juridique, absence de crédits, oubli dans un tiroir, etc.)

De fait, l’opinion publique n’est pas monolithique, elle est fragmentée, volatile, extrêmement soumise à toutes les influences, en particulier médiatiques. Le RIP ne sera-t-il pas une illusion supplémentaire, un gadget destiné à calmer la population mais qui ne fera qu’ajouter du chaos au chaos sans déboucher sur une once d’amélioration du bien collectif? L’esprit est différent de celui du référendum gaullien qui consiste à interroger périodiquement la Nation sur les sujets fondamentaux pour son destin. Les Français votent de moins en moins.  La banalisation du suffrage universel , à travers le RIP, n’aura-t-elle pas pour effet de tuer (encore plus) le suffrage universel?

Avant de songer à sauver la politique et la démocratie par le RIP, n’y aurait-il pas des choses plus simples et évidentes à attendre des gouvernants? En finir avec les promesses irréalistes et démagogiques pour être élus? Qu’ils cessent de mépriser et d’insulter la nation qu’ils sont censés représenter et qui les rémunère? Mettre un terme à l’ivresse narcissique qui détruit le sens de l’intérêt général? Restaurer la confiance par des politiques de long terme, sans esbroufe, visant à la baisse des taxes et des impôts, la maîtrise de l’immigration et des frontières, la sécurité des biens et des personnes, la lutte contre le terrorisme islamiste? Il serait tellement plus simple, déjà, de réhabiliter le principe de responsabilité, B-A-BA de toute démocratie. Que doit faire un dirigeant qui s’est trompé ou qui a failli par des paroles ou des actes déclenchant une catastrophe: assumer et tirer toutes les conséquences de son échec.

Et puis le peuple a aussi sa part de responsabilité. Avant de prévoir on se sait quelle extension indéfinie et banalisation du recours au suffrage universel à travers le RIP, peut-être que les Français pourraient d’abord se rendre aux urnes quand l’occasion leur en est donnée. Plus de 50% se sont abstenus aux dernières législatives. Peut-être que s’ils avaient été voter, non pas en masse, mais normalement,  à 70 ou 80%, comme un peuple responsable face à son destin, le pire aurait pu être évité, le pire d’une majorité lèche-botte… Le RIP, oui, mais avec quelle participation dans un pays qui vote de moins en moins?  Bon, le RIP, comme en Suisse, pourquoi pas, mais méfions-nous de ces chiffons rouges lancés en pâture à l’opinion pour lui faire oublier les désastres, ignominies, les mystifications et les lâchetés du quotidien…

Maxime TANDONNET

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Lecture: Le 18 Brumaire, par Patrice Gueniffey, Folio-histoire, 2018

Rarement un livre d’histoire ne sera tombé aussi à propos, dans l’époque de trouble profond où nous vivons. Disons tout de suite que cet ouvrage est un chef d’oeuvre, passionnant du début à la fin. A travers le récit de l’acte final qui clôture la Révolution française, il  soulève des questions d’une étonnante actualité autour de la notion de recours en cas de chaos, de la personnalisation du pouvoir, d’homme providentiel, des mythes qui animent les peuples dans la tourmente.

Avec le Directoire, la Révolution s’achève en 1799 dans un climat d’affreux chaos: « Une administration anarchique, incompétente et corrompue, une justice sinistrée, des écoles délabrées, des hospices où le taux de mortalité atteint 99% chez les orphelins et les enfants abandonnés; routes défoncées, canaux engorgés, bâtiments appartenant à l’Etat dégradés et mis à sac […] Les journaux pleins, comme chaque jour, d’histoires de diligences attaquées, d’assassinats, de familles molestées et rançonnées […] Au total l’impression d’une défaillance complète des autorités; l’impression aussi d’un pays abîmé et généralement appauvri, si l’on excepte des fortunes établies sur des trafics en tout genre. »

Dans ce contexte, le retour de Bonaparte de l’expédition d’Egypte se traduit par un triomphe populaire. « Quand la flottille se présenta devant Fréjus, le matin du 9 octobre 1799, la population se rassembla sur les quais, on tira le canon et la mer se couvrit de canots allant à sa rencontre: « Vive la république! s’écria le commandant du port, le sauveur de la France est arrivé dans notre rade! » Un interminable triomphe accompagne le général de moins de trente ans sur son parcours jusqu’à Paris. L’expédition en Egypte est loin d’avoir été un succès politique, diplomatique ou militaire et Bonaparte a tout de même abandonné son armée en situation précaire, en violation des ordres du gouvernement, pour regagner la France. Déserteur ou héros? Un mythe est né en tout cas, celui du général invincible, de retour d’Orient pour sauver le pays.

L’auteur raconte l’enchaînement des complots destinés à renverser le Directoire fomentés par Barras et par Sieyès qui ont tous les deux besoins de l’épée de Bonaparte et de son autorité sur l’armée pour prendre le pouvoir. Mais la personnalité et le génie de ce dernier finissent par lui assurer un ascendant sur ces deux survivants de la Révolution.

Le récit du coup d’Etat du 18 Brumaire ne montre pas forcément Bonaparte toujours à son avantage. Après avoir obtenu, le 18, un transfert du Parlement à Saint-Cloud pour échapper aux pressions de la rue parisienne, Bonaparte se heurte le 19 Brumaire  (la vraie date du coup d’Etat) à la versatilité du Conseil des Anciens, sur lequel il comptait s’appuyer, puis à l’hostilité du Conseil des Cinq-cents où il est pris à partie physiquement. Face aux députés, il ne parvient pas à emporter la conviction: « La Constitution? N’est-ce pas en son nom que vous avez exercé toutes les tyrannies? » Et surtout, cette phrase hallucinante qu’il aurait bel et bien prononcé selon l’auteur: « Souvenez-vous que je suis le dieu de la guerre et de la fortune!« 

Menacé de mise hors la loi, il ne doit son salut qu’à l’intervention décisive de son frère Lucien, président du Conseil des Cinq-cents. Après l’échec de ses intrusions dans les deux assemblées, destinées à convaincre les députés et à préserver ainsi l’apparence de la légalité, Bonaparte n’a d’autres recours que de demander aux troupes qui lui obéissent toujours – dès lors  qu’il n’a pas été proclamé hors la loi grâce à Lucien – de disperser les deux chambres par la force. C’est la fin du Directoire et l’établissement du Consulat, sous la domination absolue du « premier Consul ». La Révolution est finie, comme il le proclame lui-même.

Cet ouvrage magnifique raconte comment le rêve révolutionnaire de créer un pouvoir impersonnel, purement démocratique, débouche paradoxalement sur l’inverse, une personnalisation extrême du pouvoir. Il souligne comment le chaos monstrueux dans lequel sombre un pays débouche sur l’appel au héros, à travers le désir du sauveur et de l’homme providentiel, sans que celui-ci ne soit forcément toujours à la hauteur du mythe qui s’est développé autour de son personnage, puis sur l’établissement d’une dictature. A lire, franchement…

Maxime TANDONNET

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Pauvre pays!

Que faire d’autre que d’exprimer une infinie tristesse pour la France, pour Strasbourg, pour ce malheureux touriste venu d’Asie en toute confiance avec sa femme découvrir les richesses de la notre pays, l’une de ses deux ou trois plus belles villes, et qui y a perdu la vie? Trois morts, de nombreux blessés, la terreur est de retour. Après quatre samedi consécutifs de violences, de saccages, de destructions, d’arrestations qui ont tourné en boucle sur les télévisions du monde entier, voici la France de nouveau ensanglantée sur un marché de Noël, celui de Strasbourg. Le temps n’est pas aux leçons ni à la recherche des responsabilités alors que nous ne savons encore presque rien et que l’auteur est encore en fuite. « Attaque », « fusillade », comme disent pudiquement les médias? Le procureur de Paris a quant à lui parlé clairement d’attentat terroriste. Le cauchemar peut-il un jour prendre fin? Dans l’instant, nous percevons mal les grandes tendances de l’histoire dans lesquelles nous sommes enserrés. La France en tant que pays – ce qui ne signifie pas tous les Français – est dans le malheur. Et ce n’est pas en s’en remettant lâchement et bêtement entre les mains de tel ou tel bonimenteur, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qu’un redressement peut survenir. Il ne saurait provenir, à la base, que des profondeurs du pays, d’une prise de conscience et d’une envie collective et massive de rompre avec la fatalité du désastre en cours. Mais cela a-t-il encore un sens?

Maxime TANDONNET

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Quelque chose qui ne marche plus….

Le président, hier soir, à la télévision: une fois de plus, quelque chose ne passait pas, comme inaudible, lointain, inaccessible. La rupture avec la France était comme actée, peut-être irrémédiable.

Mais le malaise est infiniment plus profond qu’un simple rejet de sa personne. Imagine-t-on un instant Mme le Pen ou M. Mélenchon, à sa place, faisant mieux, c’est-à-dire renouant le lien de sympathie et de confiance avec la Nation?  Ou n’importe qui d’autre d’ailleurs? Inconcevable. C’est l’idée même d’un prince gestionnaire, inamovible et irresponsable, même électif, installé dans les palais de la République et s’adressant au peuple sur le petit écran comme à des sujets qui ne passe plus.

L’idée même d’un bon président de la République, choisi démocratiquement par le peuple, modeste, sans idée de réélection, indifférent à son propre sort et attaché au seul bien du pays et de ses habitants, assez subtil pour prendre du recul et déléguer le pouvoir à un Gouvernement sous le contrôle du Parlement, n’est même plus crédible, ni envisageable. Le régime tel qu’il est aujourd’hui, est par nature tourné sur l’egocentrisme au détriment du bien commun. Un symptôme de cette déchéance: le « je » répétitif, obsessionnel, maladif, absurde, comme un abîme où tout s’engouffre et se noie.

Dans le système tel qu’il est devenu, fondé sur l’exaltation de l’image présidentielle au détriment de toutes les sources d’autorité, seuls des personnages d’un ego démesuré au regard de leurs véritables capacités de caractère ou d’intelligence  peuvent être intéressés par la fonction. Leur destin individuel et leur vanité, quels qu’ils soient, l’emporteront par définition sur l’intérêt général du pays.

Ensuite, dans un système privé de vrais partis politiques et annihilant le débat d’idées et de projet collectif, le parcours d’un présidentiable ne peut reposer que sur le cynisme et l’absence de scrupule: se faire coopter, donc agir en lèche-botte, avant de porter le coup fatal à son protecteur. Voilà ce que l’on retrouve un peu partout à la tête de l’Etat: fayotage, cynisme et médiocrité sont les voies royales de l’accession au plus haut niveau. N’importe quel être doué de raison et d’un minimum de dignité ne peut aujourd’hui que fuir un tel bourbier.

Il faut être adoubé par le système médiatique. C’est lui et uniquement lui dans le monde moderne, qui choisit d’exposer telle ou telle personnalité, afin d’en faire une vedette, la populariser et l’ériger en candidat potentiel. La notoriété d’un homme ou d’une femme est exactement proportionnelle à son temps de passage sur les ondes…

Le système médiatique sélectionne donc soit des êtres qui lui ressemblent et partagent son idéologie narcissique et post-nationale, soit des épouvantails qui vont servir de tremplin au premier pour accéder ou conserver à la place dorée dans les palais du pouvoir. Une personnalité représentative de la Nation, simple, honnête, sans esbroufe, avec des idées mais sans idéologie, proche du peuple, et uniquement motivée par l’intérêt du pays n’a aucune chance de percer la barrage médiatique et de se faire connaître. Internet pourrait devenir un canal concurrent à celui des médias officiels mais nous n’en sommes pas encore là.

La France a connu de bons présidents, ou présidents convenables, mais à une autre époque. Il existait alors une vie politique, des débats d’idées, des partis susceptibles de faire émerger en leur sein des hommes ou femmes de qualité. Du néant politique actuel ne peut rien sortir de mieux que le spectacle médiocre auquel nous assistons aujourd’hui. La France a besoin d’une révolution (pacifique), de ses institutions et de sa culture politique.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Le désastre annoncé

Ce billet a été écrit le 15 juin 2017,  il y a 18 mois, dans la grande vague d’euphorie et d’enthousiasme autour du « nouveau monde ». « La France roule à l’abîme », qu’il disait… Pessimiste, Cassandre,  ringard, ronchon, grincheux, oiseau de malheur, misanthrope? Allons donc! Tout juste simplement, bêtement  réaliste… Nous aurions tant préféré que les événements nous donnent tort…

Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

Nous vivons dans une bulle de mensonge, d’illusion, de fausseté qui prend des proportions hallucinantes. Nous serions donc en train de vivre une révolution politique, comparable à celle de 1958, dominée par l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération et l’éradication par les urnes de l’ancienne: le dégagisme. Les visages changent, certes, en surface, mais sur le fond, les événements  actuels traduisent la quintessence de l’effondrement en cours depuis au moins vingt ans de la vie publique nationale. La puissance publique, l’autorité, la politique au sens du « gouvernement des choses » ne cesse de s’anéantir comme un cadavre en décomposition. Le culte médiatique de la personnalité, qui prend des proportions toujours plus vertigineuses, ne sert qu’à voiler, couvrir  cet anéantissement.  Le monde médiatique veut nous faire croire à une vague de fond, un vaste engouement populaire qui s’exprime dans un triomphe aux législatives. La vision est mensongère. LREM s’apprête à obtenir quatre cinquièmes des sièges de députés…

Voir l’article original 333 mots de plus

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La violence nihiliste

Ce quatrième samedi de troubles marque un tournant. Le triste spectacle que donnent les avenues et quartiers prestigieux de la capitale est désormais sans lien avec le mouvement initial des gilets jaunes, comme chacun peut le constater au regard des images. Celui-ci a eu gain de cause au regard de ses demandes initiales à la fois concrètes et emblématiques, parfaitement légitimes et fondées, relatives à la taxation du carburant. Il faut souhaiter qu’il trouve maintenant son expression politique et démocratique, bien loin des partis extrémistes qui ont lamentablement cherché à le récupérer. Ce triste spectacle de ce samedi n’est pas non plus révolutionnaire: les affrontements sont le fait d’une poignée d’individus entraînés à détruire et non d’une dynamique populaire; ils ne débouchent sur aucun projet, aucune volonté politique. Il est dans une logique nihiliste: il n’a pas d’autre raison d’être que de détruire, blesser, piller, répandre le mal et la violence comme des fins en soi. Les forces de l’ordre ne protègent d’ailleurs pas un parti, une équipe  au pouvoir. Elles protègent l’Etat de droit, la liberté, l’intégrité du territoire, la sécurité des Français face à des voyous et des casseurs. Les politiciens qui veulent profiter de ces événements pour rajouter du chaos au chaos et se présenter en recours se révèlent dans toute leur irresponsabilité. Face au triste spectacle de la capitale, en ce samedi 8 décembre, une seule pensée me vient à l’esprit: solidarité avec les forces de l’ordre en lutte contre le chaos avec un dévouement et un professionnalisme qui doivent faire la fierté et l’honneur de la France dont l’image est en ce moment tellement  saccagée.

Maxime TANDONNET

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Malsaines dérives et récupérations

Au début, le mouvement des gilets jaunes était profondément sympathique comme en témoigne le soutien des quatre cinquièmes du pays. Il était vécu comme la réaction légitime de la France oubliée à des années de mépris et d’arrogance affichés sans vergogne par la classe dirigeante, depuis les « sans dents », jusqu’aux « Gaulois réfractaires », « aux fainéants » ou « ceux qui ne sont rien » et le traitement injuste réservé aux retraités de condition modeste. La colère, accumulée, s’est cristallisée sur l’augmentation emblématique du prix du diesel. En y renonçant, l’équipe au pouvoir a acté sa défaite. Les gilets jaunes ont remporté une victoire contre un mode de gouvernement fondé sur l’aveuglement et la morgue. Evidemment, cela ne règle rien sur le fond des dossiers. Mais ce succès symbolique marque un tournant qui pourrait être le début d’une rénovation trouvant son prolongement par la voie démocratique et les urnes. Or,  aujourd’hui, le mouvement est en train se subir une dénaturation et de dégénérer dans un indescriptible et pernicieux chaos. La belle cause initiale des gilets jaunes, celle de la France humiliée, est en cours de récupération par un étrange magma nihiliste n’ayant plus de rapport avec la cause initiale: factieux qui appellent à la destruction de l’Etat de droit, voyous qui incendient les biens d’autrui, idéologues gauchisants, anarchistes du black block, casseurs et pilleurs de banlieue, tueurs qui jettent des pavés sur les forces de l’ordre, lycéens « révolutionnaires ». La récupération politicienne – dont les gilets jaunes ne voulaient pas -, bat désormais son plein. Que peut-il sortir d’une révolte désormais revendiquée à la fois par les Insoumis et les lepénistes? Victoire trahie, victoire volée? Nul ne sait ce qui va se passer demain. Le déchaînement de violence attendu risque de corrompre la belle cause initiale des gilets jaunes. Ces derniers ont jusqu’à présent bénéficié d’un soutien massif des Français qui a été leur force. Si la France sombre dans le chaos, la violence généralisée et les pénuries, si l’Etat de droit trébuche dans la tourmente, l’opinion basculera aussi vite que l’éclair.  Il est encore temps pour les gilets jaunes de revendiquer leur victoire et de se démarquer sans ambiguïté d’une dérive criminelle et évidemment sans issue.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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La paix civile

Le président de la République en personne a annoncé le retrait de l’augmentation de la hausse du carburant qui est à l’origine directe du mouvement de contestation. C’est un geste à la fois concret et emblématique qui répond à l’attente de la mobilisation des gilets jaunes. Poursuivre les manifestations serait dès lors irresponsable à plusieurs titres:

  • Une poursuite ou une aggravation des violences sur les Champs Elysées ne nuirait plus à un pouvoir politique, qui est déjà à terre, mais à l’image de la France et aux symboles de son histoire et de son identité, à l’image de l’Arc de Triomphe et des Champs Elysées.
  • Le risque est désormais celui de nombreux morts. Notre pays  décimé par les attentats islamistes depuis trois ans, a suffisamment souffert dans sa chair. Le sang ne doit plus couler. Il faut en finir avec la violence.
  • Les retournements de l’opinion sont brusques et imprévisibles. Les GJ ont présenté une demande et se sont battus pour l’obtenir. Ils ont obtenu satisfaction. En ne tenant pas compte de cet événement majeur, ils se placeraient dans leur tort, surtout en cas de nouvelle catastrophe samedi, et leur victoire serait gravement ternie, transformée en défaite. L’intérêt politique du pays commande de mettre fin aux émeutes et aux violences. Il n’y a rien à obtenir de plus que ce qui a été obtenu. Si les violences se poursuivent, l’opinion va basculer très vite.
  • L’idée factieuse de certains, qui est de provoquer une déstabilisation de l’Etat est criminelle: elle revient à plonger le pays dans la guerre civile et un bain de sang. Dès lors, la responsabilité aura changé de camp. Elle sera celle de tous ceux qui auront rejeté la main tendue et le mea culpa.
  • Espérer une dissolution ou une démission du chef de l’Etat est une logique du chaos, sans issue: pour l’instant, il n’y a aucune solution politique alternative. Aucune, sinon un chaos politique toujours plus absolu. Même l’arrivée au pouvoir des démagogues extrémistes qui ont tenté de récupérer à leur profit les émeutes et les destructions à n’est pas envisageable, dès lors qu’ils ne représentent pas une majorité possible.
  • L’urgence est aujourd’hui de restaurer en France une démocratie digne de ce nom, de rebâtir des partis politiques crédibles, de réhabiliter le suffrage universel et à terme d’assurer une représentation politique digne du pays.

Maxime TANDONNET

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Histoire: le chaos intérieur

La France a connu plusieurs situations de grand chaos intérieur au XXe et au XXIe siècles. Les caractéristiques sont les mêmes: la violence et la barbarie se répandent dans la rue, les forces de l’ordre sont débordées, la peur et la panique s’emparent des dirigeants politiques. L’Etat donne le sentiment de s’effondrer et de plus rien maîtriser. Cinq viennent spontanément à l’esprit.

Le 6 février 1934 est le résultat d’une crise profonde de la démocratie dans les années 1930. La France est meurtrie par la grande dépression. Hitler est au pouvoir en Allemagne depuis plus d’un an et renaît la hantise de la guerre. La classe politique est gravement discréditée par l’un des pires scandales de l’histoire contemporaine: l’affaire Stavisky: un escroc ayant bénéficié de complicités de plusieurs dirigeants politiques et de la justice, retrouvé « suicidé ». Le limogeage du préfet de police, Jean Chiappe, soutenu par la droite nationaliste, provoque un rassemblement place de la Concorde. La manifestation dégénère en émeute. La foule tente de bousculer les forces de l’ordre pour atteindre le palais Bourbon. Une fusillade fait 16 morts. La France est aux portes de la guerre civile.

Novembre-décembre 1947: la France des débuts de la guerre froide sombre dans un chaos sans nom. Le parti communiste, alors très puissant et la CGT organisent un blocage des houillères et des émeutes violentes qui paralysent la reconstruction tandis que  l’instabilité ministérielle bat son plein et l’Etat est désemparé face à ces phénomènes.

Mai 1958: la guerre d’Algérie fait rage. Les gouvernements s’enchaînent dans une instabilité absolue. Les émeutes et les attentats plongent la France dans le chaos. Le 13 mai, des militaires annoncent avoir pris le pouvoir à Alger. Le pays sombre dans un chaos dont nul n’a la moindre de de l’issue possible. Là encore, la guerre civile paraît tout proche.

Mai 1968: dès mars 1968, la révolte des étudiants embrase peu à peu le pays. Sa cause profonde est le rejet de la personne du général de Gaulle et de la France traditionnelle, dite bourgeoise et ses valeurs. Après des semaines d’émeutes d’une rare violence, notamment à Paris, marquées par des barricades, occupations, destructions de biens publics et privés, la classe ouvrière rejoint le mouvement et le pays entre dans une logique grève générale symbolisée par la pénurie d’essence qui prive les Français de leur outil de travail et d’un symbole de liberté: la voiture.

28 octobre 2005, la mort de deux jeunes gens qui tentaient d’échapper à un contrôle policier dans une cité sensible parisienne déclenche une émeute généralisée aux banlieues des agglomérations urbaines. Chaque nuit, pendant trois semaines, des violences opposent les jeunes aux forces de l’ordre, des milliers de véhicules sont incendiés et des bâtiments publics saccagés. Les blessés et les arrestations se comptent par centaines.

Chaque crise est différente, dans ses causes et dans ses manifestations. L’actuelle de novembre décembre 2018 exprime l’exaspération des milieux populaires qui se sentent méprisés, à la fois par les paroles et par les actes d’un pouvoir politique. Le chaos actuel a sans doute la particularité, contrairement aux autres mouvements, de bénéficier d’un net soutien du pays.

Comment en sort-on? Quelle issue, quelle solution politique? A chaque fois, les réponses diffèrent. En février 1934, on en sort par la constitution d’un emblématique gouvernement d’union nationale autour du populaire ancien président de la République, Gaston Doumergue, qui apaise les esprits. En 1947, l’issue est dans l’affrontement et la répression, orchestrés par le ministre de l’Intérieur – socialiste – Jules Moch avec le soutien implacable du chef de l’Etat Vincent Auriol. En mai 1958, le salut vient du recours à l‘homme providentiel Charles de Gaulle. En 1968, la réponse politique qui sort le pays des troubles est la dissolution de l’Assemblée nationale sur l’insistance du Premier ministre Georges Pompidou. En novembre 2005, la proclamation de l’Etat d’urgence fait figure de mesure emblématique qui coïncide avec la fin du mouvement.

Il est difficile de distinguer la part qui revient, dans l’achèvement d’une crise, à l’épuisement naturel des troubles et à l’impact d’une décision politique. De fait, l’expérience montre que dans les situation de chaos, les gestes d’apaisement, les signaux d’ouverture et de compréhension ne suffisent pas à ramener le calme. Parfois, ils ne font que les attiser. En cas d’effondrement du principe d’autorité, une fois déclenché le chaos, le retour à l’ordre est une tâche infiniment complexe. Seule une décision emblématique puissante, marquant  les esprits en profondeur, peut en venir à bout. Quelle peut-elle être dans la crise présente: un changement de gouvernement? Une dissolution de l’Assemblée nationale? Un référendum sur les résultats duquel le chef de l’Etat engagerait sa responsabilité? Il est certain que plus le temps passe, plus la situation s’envenime, plus le niveau de gravité de la réponse nécessaire s’élève.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Point de vue sur la crise des gilets jaunes

  1. L’un des aspects les plus spectaculaires des événements de ces dernières semaines tient au soutien massif aux gilets jaunes des quatre cinquièmes de la population. Le mouvement en cours, hormis les violences, les exactions, des destructions et profanations, a des explications profondes et anciennes. Il traduit la crise de la démocratie française et le sentiment des Français de ne plus être représentés ni écoutés au sommet de l’Etat.

  2. Ce sentiment ne fait que s’accroître depuis un demi siècle et il atteint aujourd’hui sa quintessence. Le sondage de CEVIPOL, selon lequel 88% des Français pensent que les politiques ne tiennent aucun compte de leur avis tout comme le vertigineux taux d’abstention aux législatives de 2017 (plus de 50%) sont le signe patent du divorce entre la nation et sa classe dirigeante et médiatique. L’explosion couvait depuis des années, sinon des décennies.

  3. Le système politique français a sa part de responsabilité. La personnalisation du pouvoir à outrance est au centre de la tragédie actuelle. Elle se traduit par l’étouffement de tous les relais intermédiaires avec la nation (ministres, parlementaires, élus, partis), tandis que la sublimation de l’image personnelle engendre une atmosphère éthérée, passionnelle, mélange d’adoration et de haine, donc dangereusement explosive. Elle écrase toute notion de vérité, d’intérêt général, de projet de société et de bien commun de la nation. Dans la logique de ce système, le discours et l’action politique se focalisent désormais sur la satisfaction d’un intérêt de vanité individuel et non plus sur celui de la collectivité. 

  4. La déflagration de ces dernières semaines a des causes directes qui sont politiques. Les conditions des élections présidentielles et législatives de 2017, le scandale Fillon qui a privé la France d’un débat d’idées et d’une salutaire alternance, a préparé un terrain propice à l’instabilité. Dès le départ, les conditions de l’élection du chef de l’Etat, avec l’adhésion initiale de 12% du corps électoral au premier tour dans un contexte extrêmement chaotique, puis à l’occasion d’une second tour sans enjeu face à la candidate du FN, fragilisaient sa position. Les événements actuels dérivent en partie d’un processus démocratique inachevé. 

  5. L’air du temps est imprégné de fausseté et de cynisme qui nourrissent une atmosphère délétère. La promesse d’un « nouveau monde » a fait long feu avec la succession des scandales. Le thème de la « transformation de la France » n’a pas non plus résisté à l’épreuve du réel: aggravation des déficits, des dépenses, de la dette, des prélèvements fiscaux et sociaux. Puis le refrain du « bien » post national et européiste contre la « lèpre populiste » a exacerbé les déchirements du pays. Par une succession de gestes, de paroles et de décisions – incompréhensibles – l’homme de l’Elysée s’est enfermé de lui-même dans sa propre caricature, image d’une élite hors sol et de morgue anti-peuple.  En 18 mois, cette posture a eu pour effet d’exciter les esprits et d’attiser les déchirures, débouchant sur un affaiblissement de l’autorité et de la confiance. 

  6. La nature même de cette crise donne lieu à une profonde incompréhension. Elle n’est pas seulement de caractère matériel. Les hausses de prix du carburant même excédant 3 et 6 centimes, sont fréquentes, depuis toujours, et bien que douloureuses, ne suscitent pas de réaction populaire. Cette fois, la nouvelle hausse annoncée, solennellement, cristallise un profond malaise dans les profondeurs de la nation, lié au sentiment d’un mépris de la classe dirigeante ou dominante envers les milieux populaires. Elle a pris une dimension emblématique. Cette annonce, dont le caractère inflammable n’a pas été perçu par les autorités du pays, focalise désormais sur elle un infini ressentiment.

  7. La cause initiale des événements, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres repose sur une mystification. Le pouvoir a utilisé les mots de réforme, de transformation, et même de révolution (écologique), à propos du geste le plus tristement banal de n’importe quel gouvernement français: une augmentation de taxe ou d’impôt. Ce travestissement des mots a sans doute contribué à affaiblir la position des autorités qui ne peuvent même pas, aux yeux d’une frange de l’opinion qui les soutient habituellement, se prévaloir d’une véritable réforme courageuse et nécessaire de l’économie française. 

  8. Rarement dans l’histoire récente la situation politique n’aura été aussi fragmentée et volatile. L’Elysée affirme ne pas vouloir reculer. Paradoxalement, le choix du statu quo, qui repose sur des considérations d’image, aggrave un ressenti de déconnexion et d’indifférence à la souffrance populaire. Le bon sens devrait conduire le pouvoir, non pas à « reculer » sur une réforme, réforme qui n’existe pas, mais à tendre la main à la nation par un geste audacieux et inédit en France: le renoncement à une hausse d’impôt! Quels que soient les choix retenus, geste emblématique d’apaisement ou fuite en avant dans la confrontation, les dégâts sont irréparables. De toute évidence, les événements sont en train d’anéantir toute perspective d’un « mandat utile » pour les 3 ans qui viennent et compromettent la perspective de réélection en 2022.

  9. Cependant, par leurs gesticulations en plein cœur des émeutes, au risque d’attiser les violences, les leaders « anti-système » ont accru leur marginalisation. Quant à l’appel des Républicains à la tenue « d’un référendum sur la transition énergétique », il a été perçu comme décalé. La décomposition de la vie politique qui s’est manifestée avec l’effondrement des partis politiques traditionnels en 2017, poursuit donc ses ravages, voire s’accélère et prive le pays de toute issue apparente… 

  10. Les solutions politiques avancées par les oppositions ne sont pas de nature à régler le problème de fond de la fracture démocratique: la dissolution, le référendum, voire une nouvelle élection présidentielle anticipée n’offrent pas d’autre perspective qu’un éphémère répit. Remplacer des hommes ou femmes par d’autres, dans la même logique, le même système, produirait l’effet habituel d’euphorie médiatique, pendant six mois, les mêmes délires idolâtres, puis une course éperdue à l’image dans un tourbillon narcissique, et la rechute dans les ténèbres de l’échec, du lynchage, de l’impuissance et de l’impopularité absolue.

  11. Une authentique révolution démocratique est désormais indispensable: confier le pouvoir à un puissant Premier ministre sous le contrôle effectif d’un Parlement représentatif de la Nation; restaurer la mission de visionnaire  impartial et de sage au dessus de la mêlée du chef de l’Etat, garant de la sécurité et du destin national; associer la nation à la vie publique du pays par un recours fréquent au référendum; renforcer la démocratie de proximité, communale et le respect des pouvoirs locaux; reconstruire un système de partis politiques digne de la démocratie française.                                      

Maxime TANDONNET

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Déclaration de M. Larcher, président du Sénat

Il me semble utile de relayer la déclaration de M. Larcher, président du Sénat, largement ignorée par les médias radio et télévision, les paroles les plus responsables que j’ai entendues depuis le début de la crise actuelle.

REPRISE DU JOURNAL LA CROIX

Le président du Sénat Gérard Larcher a exhorté dimanche l’exécutif à apporter « une réponse politique » à la crise des « gilets jaunes », jugeant que le gouvernement n’avait « pas droit » à « un troisième samedi noir » après les violentes manifestations de samedi.

« Le gouvernement n’a pas le droit à un troisième samedi noir » après la journée de samedi où l’État de droit a été « bafoué » et « la République malmenée », a réagi M. Larcher (Les Républicains) lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.

Mais « la réponse doit être d’abord politique« , a-t-il ajouté, réitérant son appel à un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants prévue le 1er janvier.

« Je suis pour une réponse rapide. Le gouvernement a les moyens de cette réponse. L’Assemblée dans dix jours va discuter à nouveau du niveau des taxes sur l’énergie » que le Sénat à majorité de droite a voté dans le cadre du budget, a-t-il rappelé.

« Ma responsabilité de président d’une institution telle que le Sénat est de rappeler l’essentiel: maintenant, il faut qu’on sorte de cette crise« , a lancé M. Larcher qui a évoqué un gouvernement « figé dans son attitude, entêté » et des « gilets jaunes » qui se sont « laissés déborder par les ultraviolents« .

Sur la gestion de l’ordre public, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner « devra répondre devant la représentation nationale, et ce dès mardi au Sénat » devant la Commission des Lois, a souligné M. Larcher.

Le dispositif était adapté ? « C’est ce qu’il faudra éclaircir dès mardi de manière claire, au delà des manifestations d’autosatisfaction« , a-t-il dit, critiquant le choix de « considérer les Champs-Élysées comme une fan-zone ».

Le président du Sénat n’a pas totalement écarté l’hypothèse du retour de l’État d’urgence. Il n’a pas écarté non plus la piste d’un référendum lancée par le président de son parti Laurent Wauquiez, mais en soulignant que cette procédure prenait « du temps » et qu’il y avait « urgence ».

 

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Le chaos et le néant

L’Arc de Triomphe est un symbole de la France, de ses heures de gloire et de ses malheurs, incarnant l’histoire contemporaine de notre pays. Il renvoie à l’épopée napoléonienne, au souvenir du 11 novembre 1918, mais aussi, à la manifestation des étudiants et lycéens gaullistes du 11 novembre 1940, l’un des premiers signaux de la résistance française. Le voir profané est une véritable tragédie dans la tragédie de ce samedi noir qui a vu Paris saccagé, livré aux forces obscures de la violence barbare, une tragédie qui symbolise le chaos absolu dans lequel notre pauvre pays a sombré. La responsabilité du pouvoir politique est évidemment engagée. Nul n’a le droit de plonger un Etat dans un telle tempête. Soit le pouvoir politique a les moyens  de faire appliquer une décision et de conserver ensuite la maîtrise des événements qui en découlent, soit il s’en abstient. Il est responsable des événements qu’il déclenche. La France paye aujourd’hui le prix de la déconnexion, de l’ivresse narcissique et du mépris érigé en une véritable idéologie. La confiance est définitivement morte. Cette équipe, issue des élections chaotiques de 2017 – le chaos engendre le chaos – ne s’en remettra jamais. Elle est entrée, quoi qu’il arrive, dans une longue agonie qui risque de durer des années. Mais il est encore plus terrible de constater l’absence visible de toute issue politique. Les leaders « protestataires » qui pavoisent et jubilent sur les écrans de télévision en plein cœur des émeutes donnent le sentiment de vouloir récupérer le drame à leur profit. Ils en paieront eux aussi le prix. Les Républicains paraissent quant à eux dépassés par les événements. Proposer un référendum sur la « transition énergétique » sonne étrangement décalé quand le pays se soulève pour le prix de l’essence et les fins de mois difficiles.  La vérité? la France n’a plus de dirigeants, plus de leaders, plus de partis. Elle n’a plus de démocratie. Elle n’a plus de politique digne de ce nom. Que reste-t-il à espérer? Déjà, une simple parole intelligente, une lueur de bon sens, de raison et de sens de l’honneur désintéressé, d’où qu’elle vienne, pourrait apparaître comme le début d’un recommencement… Mais viendra-t-elle? Et d’où? Et quand?

Maxime TANDONNET

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La déconnexion

Les gilets jaunes? C’est l’histoire d’une déconnexion, poussée à son paroxysme. Le pouvoir  affirme qu’il « ne reculera pas » et se pose en défenseur de la réforme, du mouvement et de la  modernisation, confronté au populisme et à la démagogie. Or, nous ne sommes en aucun cas dans la situation de décembre 1995. Aujourd’hui, la différence, c’est que la réforme n’existe pas. Une nouvelle augmentation de taxe sur les carburants, ce n’est rien d’autre que le prolongement d’une vieille habitude française d’augmenter en permanence les impôts et les taxes. Les dirigeants se sont trompés, sous estimant l’exaspération et la souffrance populaires, mais ils se braquent et s’isolent. Dans le contexte d’une personnalisation du pouvoir à outrance, qui touche à sa quintessence, la défense d’un ego est l’unique fondement de cette posture: le statu quo pour l’image de fermeté. La crise est entrée dans une phase irrationnelle, donc explosive. 84% des Français soutiennent le mouvement. Cette révolte n’est plus seulement dirigée contre une décision gouvernementale. Le pays est entré en rébellion contre une image d’arrogance. La fonction présidentielle n’existe plus. Le chef de l’Etat est en principe un arbitre, au-dessus de la mêlée, dont la mission essentielle est d’incarner l’unité et la continuité du pays. Dès lors qu’il est devenu exactement le contraire, l’expression même de ses déchirements et de ses soubresauts, réceptacle de l’exaspération populaire, sa raison d’être se trouve anéantie. Le sujet n’est pas celui de la défense d’une politique qui n’existe pas: augmenter le prix de l’essence n’a jamais fait  une réforme. Deux nihilismes se trouvent face à face. La rencontre explosive d’une vanité outrancière, paroxystique, qui signe le pire d’un régime politique, et  d’une désespérance populaire généralisée face au ressenti d’un immense mépris, ne débouche à l’heure actuelle sur aucune issue. Que va-t-il en sortir? Sans doute un nouveau désastre pour notre pauvre pays qui ne voit pas venir la fin de ses malheurs.

Maxime TANDONNET

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Jeu de massacre à la foire du Trône

Ni ma situation personnelle ni mon caractère ne me portent à prendre part au « jeu de massacre » de la foire du Trône.  Pourtant, aujourd’hui, je suis assailli par les doutes, bien plus que par les certitudes que je laisse aux idiots. Qu’il y a -t-il derrière ces événements et ces réactions qui dépassent l’entendement? Il me semble qu’il existe deux possibilités: inintelligence ou fuite en avant. La première: inintelligence avérée, de quelques individus qui se sont hissés au premier plan à la faveur d’une médiocrité ambiante et de l’indifférence générale, mais  privés de la capacité de réfléchir, de se remettre en cause, prisonniers de convictions idéologiques dont leur crâne a été bourré depuis leur plus jeune âge, dans l’incapacité intellectuelle d’appréhender, de  comprendre et de sentir le monde ou ils vivent, ses passions, ses tensions, ses malaises et ses espérances et donc entraînés dans une bulle qui les éloigne toujours plus du réel. La seconde: la fuite en avant ou la provocation des mêmes, souffrant dans leur chair d’une vanité outrancière et d’égocentrisme, insensibles à tout ce qui n’est pas eux-mêmes, qui se sont pris pour des êtres d’exception et sont aujourd’hui prêts au pire pour noyer dans le chaos leur échec et leur humiliation. A moins que ce ne soit un mélange, mais l’un comme l’autre sont tout aussi inquiétants pour l’avenir… [Merci de tout cœur à d’éventuels commentateurs de ne pas personnaliser leurs critiques ou observations]

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: les Françaises dans la guerre et l’occupation, Michèle Cointet, Fayard Histoire, 2018.

« Les Françaises dans la guerre et l’occupation »: le nouveau livre de Mme Michèle Cointet aborde l’histoire des années 1940-1945 sous l’angle de la vie et de l’engagement des Françaises. Cet ouvrage passionnant couvre les points de vue les plus divers: celui des épouses des dirigeants du régime de Vichy, celui des femmes engagées dans la collaboration, celui des résistantes, celui de la vie quotidienne des femmes françaises en cette période et le martyre des déportées.

La Seconde Guerre mondiale est une période particulière dans l’histoire des Françaises. Jusqu’alors, elles ne disposaient pas du droit de vote et n’étaient donc pas considérées comme des citoyens à part entière. La gauche radicale de la IIIe République en était largement responsable, convaincue que les femmes étaient « sous l’influence des curés ». Leur engagement dans la résistance, les souffrances endurées en déportation, dont la plupart ne sont pas revenues,  ont scellé leur place de citoyenne à part entière. la reconnaissance est venue du général de Gaulle « imposant à des parlementaires rétifs le droit de vote des femmes en 1944 ».

Le charme particulier de ce livre tient à la galerie de portraits qu’il expose, d’une diversité qui en fait toute la richesse. Il se présente ainsi comme un enchaînement de récits extrêmement vivants et non comme un essai théorique. Telle est la force d’entraînement de l’historien: convaincre par l’exposition des faits et non par des jugements de valeur. Il est impossible de rendre compte de l’ensemble de ces portraits de Françaises oubliées, qui renaissent sous la plume de l’auteur, tous plus passionnants les uns que les autres mais certains sont nous ont plus particulièrement marqué.

L’ouvrage commence par les portraits des « femmes dans l’ombre de l’Etat français », notamment des épouses de Philippe Pétain et de Pierre Laval. Bizarrement, cet aspect de la vie privée sous le régime de Vichy ne semble pas avoir jusqu’à présent (à notre connaissance), suscité beaucoup d’intérêt des historiens. Les développements du livre de Mme Cointet sont à cet égard franchement passionnants. Mme Eugénie Pétain est en butte à l’entourage du maréchal qui veut à tout prix l’en éloigner et elle se bat au quotidien pour avoir accès à son mari plutôt froid et indifférent. La famille Laval est beaucoup plus unie. Jeanne et leur fille Josée auraient tenté en vain de le dissuader de revenir au pouvoir en avril 1942, un retour qui signa le basculement définitif de Laval dans la trahison et sa perte. On n’écoute jamais assez ses proches…

De multiple portraits nous entraînent au cœur d’une histoire où se rencontrent le pire et le meilleur. Aviez-vous entendu parler de Violette Morris? Une grande sportive et mondaine des années 1920 et 1930, très connue à cette époque, qui assiste aux jeux Olympiques de Berlin en 1936, sympathise avec l’Allemagne nazie, et qui sera exécutée par la Résistance en 1944 pour des faits de collaboration. Le livre se penche longuement sur la vie et le sort des femmes écrivains. Il nous raconte le triste destin d’Irène Némirovsky, juive d’origine russe, auteur de nouvelles et de romans à succès dans l’entre-deux guerre, qui se pensait à l’abri dans la campagne de Saône-et-Loire, avec sa famille dans une grande maison avec « jardin potager, verger et poulailler » mais qui n’a pas échappé à l’arrestation et la déportation à Auschwitz où elle meurt du typhus le 19 août 1942.

Mme Cointet ne montre guère d’indulgence envers une icône de l’après-guerre qui est aussi un maître penseur de notre époque: « Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre se sont abstenus d’agir dans la tragédie nationale. Ils ont feinté, montré de l’indifférence à l’antisémitisme meurtrier, à ses atteintes aux droits élémentaires de l’homme […] Le rejet des contraintes de la vie bourgeoise apparaît comme révolutionnaire. [Tous deux] sacrifient volontiers quelques valeurs éthiques quand elles entravent une vie privée qui se doit d’être joyeuse […] La vérité est que Simone de Beauvoir s’intéresse à elle, à Sartre, à leur oeuvre, mais pas du tout à ce qui l’entoure. Elle l’avoue dans la « fleur de l’âge et à dessein […] Elle confesse ne pas avoir été émue par la manifestation patriotique des lycéens et étudiants de Paris le 11 novembre 1940, pas plus qu’elle n’a été troublée par le renvoi de l’enseignement de professeurs juifs, ou tentée d’agir après la rafle du Vél d’Hiv. » 

L’ouvrage de Mme Cointet décrit « Ravensbrück, le camp des femmes ». On ne peut sortir indemne de ce récit du paroxysme de la souffrance. Il s’achève sur un exposé de la place des femmes, cruciale, dans l’histoire de la Libération, et sur celui de l’épuration qui les a  touchées. Un passage de la fin du livre souligne l’horreur de la tragédie vécue par les femmes (et les hommes) de cette période: « Anise Postel-Vinay (déportée) apprend que son père est mort à Dora, son frère à Buchenwald et que sa soeur a été fusillée: « non, dit-elle, il n’y avait pas de quoi se réjouir d’être libre ».

Les politiciens et les supposés intellectuels qui  instrumentalisent sans vergogne cette période de l’histoire pour se faire valoir ou salir leurs adversaires, ou fuir leur responsabilité, devraient retourner à l’école ou bien ouvrir de temps en temps un livre d’histoire pour réaliser à quel point leur attitude est indigne. En tout cas, merci à Mme Michèle Cointet pour ce livre magnifique.

Maxime TANDONNET

 

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Faillite de la démocratie française

Les images des Champs Elysées et de la place Charles de Gaulle, saccagés et en flammes, sont honteuses pour notre pays. Jacquerie d’un peuple au bord du désespoir comme l’affirment les commentaires? Complot de « l’ultra-droite », comme n’a cessé de le marteler le pouvoir? En vérité, il faut y voir la quintessence de la faillite  d’un régime politique. Gilets jaunes ou casseurs? La violence, répugnante, se répand quand nul ne croit plus au pouvoir des urnes. Cette lamentable révolte est le fruit des élections biaisées de 2017, d’un second tour minable qui a privé les Français de choix respectable et d’un débat d’idées digne de ce nom, puis de la vertigineuse abstention aux législatives, abolissant de fait, la crédibilité de la démocratie française. Quand le Parlement en tant que creuset du débat démocratique, disparaît comme anéanti, les désaccords s’expriment dans la rue et par la violence. Cette catastrophe est aussi le fruit de la morgue et de l’arrogance d’une infime caste dominante qui, des « sans-dents » aux « fainéants », engluée dans son impuissance, a  besoin du mépris et de la provocation pour exister. Elle résulte de la destruction de la politique au sens noble du terme, du gouvernement de la cité en vue du bien commun. La vie publique n’est plus que postures et propagande, ivresse de la vanité. Le pouvoir, dans l’objectif de sa perpétuation, n’a de cesse que de fuir la réalité et d’enfermer les Français dans une bataille imaginaire entre les lumières de la modernité réformatrice et les ténèbres du « populisme ». L’équipe dirigeante vit désormais dans l’obsession de mettre en valeur « l’ultra-droite » et le « lepénisme » pour s’ériger en rempart républicain. Mais qui est assez naïf pour se laisser abuser? Et pour croire à la « transformation de la France » alors que les déficits, le chômage, les impôts et les taxes, la dette publique ne cessent d’augmenter? Le spectacle immonde d’hier sur les Champs Elysée n’a rien d’un accident. Il correspond à une déliquescence générale de l’autorité, de la démocratie, de la solidarité nationale, de la crédibilité de la parole publique. Il traduit l’anéantissement de la confiance en l’autorité gouvernementale, la médiocrité morale et intellectuelle de la classe dirigeante. La tragédie n’en est malheureusement sans doute qu’à ses débuts.

Maxime TANDONNET

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Oui, mais après?

Une forte majorité des Français approuve  le mouvement des gilets jaunes selon les sondages. La déferlante des commentaires, dans les médias et sur les réseaux sociaux, reflète la crise profonde qui secoue le pays et dont le mouvement social actuel est un symptôme. L’infime minorité dominante dans l’Etat, la politique et les médias ne cesse de s’enfoncer dans une spirale de mépris. En jouant de la caricature, elle ne fait  qu’attiser les flammes. En face, nous assistons à l’explosion d’une révolte qui couvait depuis longtemps dans les entrailles du pays.

Sur fond de crise, la faillite d’un système politique et la trahison d’une démocratie atteint son paroxysme. La pire des erreurs est de penser qu’il suffirait de remplacer un acteur par un autre pour sortir la France de son drame. Une logique infernale est à l’oeuvre. Chaque président est inévitablement pire que celui qui venait avant et la chute en enfer vertigineuse. Le pouvoir, enfermé dans sa bulle de certitudes, s’est irrémédiablement coupé du monde réel et de la Nation. Ce qui me frappe, donc, dans l’avalanche de commentaires qui tombent de partout, c’est l’absence de réflexion sur la révolution politique nécessaire.  Ce néant des idées est peut-être ce qu’il y a de plus grave dans la crise actuelle… Cultiver le chaos, oui, mais après?

Bien sûr, nul n’a de prétention à détenir la solution miracle, mais il me semble que la réflexion politique doit s’engager sur des pistes sans tabou: la réhabilitation des démocraties nationales au regard de la bureaucratie bruxelloise; la suppression d’un culte élyséen qui transforme notre vie politique en un jeu sectaire d’adoration et de lynchage de personnages d’une affligeante médiocrité; le renouveau de la représentativité et de la souveraineté du Parlement; la reconstruction d’une démocratie qui associe la Nation aux décisions la concernant à travers les référendums nationaux et locaux; la question fondamentale du recrutement de la classe dirigeante sur des bases nouvelles, éthiques et intellectuelles; le l’éducation politique, historique et démocratique de la Nation. Les solutions miraculeuse et providentielles n’existent évidemment pas. Mais en revanche, l’avenir passe par la réouverture d’un débat d’idées digne de ce nom…

Maxime TANDONNET

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Inquiétante et fascinante incertitude

Voici deux contributions récentes, l’une pour le site Atlantico, et l’autre pour le Figaro Vox. Au fond, elles consistent davantage en interrogations qu’en affirmations. La décomposition de la politique française s’accélère à vive allure. L’équipe au pouvoir semble en perdition. Cela n’est pas nouveau mais ce qui caractérise la période actuelle, c’est l’absence apparente de toute issue, toute alternative crédible. Elle est à la fois inquiétante et fascinante. Tout peut en sortir. Jamais sans doute, dans la vie politique française, l’incertitude n’a été aussi forte et nous sommes face au vertige de l’inconnu. Les analystes se sont bigrement trompés en mettant l’accent sur la « stabilité » d’un système politique qui permettrait de continuer à gouverner malgré une situation confuse. Absurde: ils confondent solidité et rigidité. Cette stabilité n’est que le voile du gouffre qui s’est creusé sous les pieds de la classe dirigeante. De toute évidence, c’est un régime politique, fondé sur le culte de l’image narcissique et les manipulations qui atteint aujourd’hui ses limites. Mais pour en changer, il faut bien que quelque chose se passe. A court terme, je verrai peut-être, au vu des exemples historiques, l’arrivée au pouvoir d’une équipe d’hommes d’expérience, déterminés à changer le cours des choses le temps de trouver une issue à la crise politique et à donner un nouveau départ au pays. Evidemment que cela n’a rien d’une solution miracle, mais plutôt d’un choix de salut public provisoire et de sauvegarde. Et ce n’est qu’une hypothèse…

Maxime TANDONNET

Quel recours dans l’hypothèse d’une déstabilisation et du chaos?

La France est entrée dans une grave crise politique dont le mouvement des gilets jaunes est un symptôme. La rupture entre la classe dirigeante ou influente et la France profonde atteint en ce moment son paroxysme. Elle ne date évidemment pas de l’ère Macron mais elle a franchi aujourd’hui un point de non retour. Pour la première fois, une équipe dirigeante a fait depuis 18 mois le choix de s’identifier à la France des élites en opposition frontale avec la France profonde, méprisée en tant que « populiste ». Elle en paie aujourd’hui le prix fort.

Les spécialistes de la vie politique française se félicitent de la supposée stabilité du régime politique français, permettant au pouvoir de garder indéfiniment le cap sans être menacé par les troubles. Ils confondent solidité et rigidité. Un système qui met à l’abri le pouvoir politique de toute responsabilité et de sanction des fautes commises, favorise une rupture dramatique entre les dirigeants et l’opinion. La négation des crises au sommet de l’Etat se traduit par une profonde crise de société et l’émergence de tensions violentes qui rendent la France ingouvernable et la menace à tout moment d’une explosion tragique.

Le système politique français, dangereusement fondé sur une personnalisation à outrance, vacille sur ses bases. Entièrement adossé à l’exaltation de l’image hors sol d’un personnage élu avec la bénédiction de la sphère médiatique, annihilant toute autre source d’autorité et d’enracinement du pouvoir dans la réalité du pays – un gouvernement, des ministres, le Parlement, les partis, les élus locaux – il se révèle d’une fragilité extrême. Dès lors que cette image bascule, inévitablement, de l’adoration aveugle à la défiance puis au rejet viscéral, toute la belle construction s’effondre comme un château de cartes. Et la France entre en turbulence…

Quels sont les recours possibles pour le pays, en cas d’effondrement? La particularité de la situation actuelle est qu’elle n’offre aucune solution politique alternative crédible dans le contexte d’un éparpillement des forces politiques: ni le PS, ni les Insoumis, ni les Républicains, ni le RN, intrinsèquement isolé, ne fournissent la perspective d’une majorité susceptible (en cas de dissolution de l’Assemblée) de former les bases d’un gouvernement. Dans une telle situation, quelles peuvent être les solutions de recours?

L’histoire offre des exemples de recours autour d’une personnalité susceptible de ressusciter la confiance et l’unité d’un pays sombré dans l’abîme, avec des succès inégaux et parfois de retentissants fiascos. Dans les temps modernes, depuis la IIIe république, le critère essentiel est celui de l’expérience. La France dans la tourmente se rassure toujours en s’en remettant à un personnage qui a fait ses preuves d’une manière ou d’une autre.

A la suite de l’invasion prussienne et de la chute de l’Empire en 1870, la France se donne à Thiers. Cette figure dominante de la politique française tout au long du XIXe siècle, s’est alors imposée en deux ans et demi comme le fondateur d’une République et « Libérateur du territoire ». En 1926, face à la violence de la crise financière, le pays rappelle avec succès Poincaré, déjà deux fois président du Conseil et ex-président de la République. Puis le retour comme chef de gouvernement d’un autre ancien président de la République, Gaston Doumergue, à la suite des émeutes du 6 février 1934 qui firent des dizaines de morts à Paris ne permit qu’un éphémère apaisement. En juin 1940, à l’issue de la débâcle militaire, la classe politique confie le pouvoir au prestigieux « vainqueur de Verdun », ouvrant l’une des pages les plus sombres de l’histoire… En mai-juin 1958, tandis que la guerre d’Algérie plonge la France dans les ténèbres, le recours au général de Gaulle s’impose dans la douleur. En mai 1968, le recours s’appelle Georges Pompidou, même s’il a la particularité d’être déjà en place…

L’élection présidentielle ne se prête pas à l’avènement d’un « sauveur »: l’émergence d’un recours est aléatoire et imprévisible, conditionnée par l’événement, sans rapport avec la régularité d’une échéance quinquennale. En revanche, en cas d’effondrement, d’un chaos généralisé et d’une disparition de l’autorité, l’Elysée n’aurait d’autre choix que de s’effacer et de s’en remettre à un chef de gouvernement – Premier ministre – puissant et capable de ramener l’ordre et la confiance. Les noms d’hommes d’Etat expérimentés, susceptibles d’être rappelés avec les pleins pouvoirs, dans des circonstances d’une exceptionnelle gravité, ne sont pas légion. Celui de Sarkozy vient d’abord à l’esprit. D’autres sont possibles, tels Larcher, de Villepin ou Védrine. La parole est à l’Histoire…

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Le niveau baisse

Pendant les événements de ces derniers jours, les prises de paroles se sont enchaînées, de la part des principaux dirigeants de l’Etat et de la politique française. Ce qui frappe tout de même, c’est l’affligeant niveau intellectuel, ou scolaire, des détenteurs actuels de la parole publique. Cela est dit sans prétention. La question n’est pas d’exiger une érudition ou une intelligence au-dessus de la moyenne. Nous ne pensons pas seulement à l’individu qui confond en toute bonne foi, semble-t-il, Maurras et Marc Bloch. Il y a pire. Les déclarations  accompagnant la crise des gilets jaunes sont consternantes de banalité et de bêtise. Elles expriment toujours un mépris, une arrogance et une incompréhension de la réalité qui font froid dans le dos et aggravent les tensions. Le font-ils exprès? Eh non, même pas…  Au moins, la IIIe et la IVe République, avaient leurs défauts, mais elles produisaient des personnalités politiques pourvues d’un minimum de bon sens, de recul et de savoir; la Ve aussi, à ses débuts. Le fond du problème est sans doute que la politique française – hormis quelques exceptions qui voudront bien m’excuser – n’est plus capable de séduire et d’attirer des personnalités de valeur humaine et intellectuelle.

Maxime TANDONNET

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Miroir en abyme

Dans une interview télévisée, le chef de l’Etat a déclaré: « Je n’ai pas réussi à réconcilier les Français avec leurs dirigeants ». Il pose là, bien entendu, avec un indéniable courage, une question fondamentale qui dépasse largement sa personne.

La fracture démocratique, la coupure entre l’opinion et la classe dirigeante est bien plus ancienne et remonte au milieu des années 1970. Depuis, elle n’a jamais cessé de se creuser, sous les mandats de 5 présidents différents. Le mal politique français tient dans une  évidence toute simple: les dirigeants sous-estiment l’intelligence collective des gens. Donc, ils voient en eux, avant tout, des marionnettes à qui l’on peut tout faire croire, et que l’on peut manipuler, finalement sans aucune limite.

Ils ont renoncé, sur une quarantaine d’années, au fondement même de la politique qui est, ou devrait être, le service de la nation. Ils en ont fait un tremplin au service de leur vanité et de leur narcissisme. Ainsi, la politique est devenue pour l’essentiel, une affaire de communication, de paraître et de faire semblant, tournée vers des intérêts particuliers et l’obsession de la réélection, et non plus d’action au service du bien commun.

Ce choix de la classe dirigeante, qui concerne tous les courants politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, comporte une faille essentielle, au cœur du désastre: l’intuition populaire qui est réelle et que perçoivent mal les responsables politiques coupés de ce ressenti par une barrière de vanité. Les gens savent et ressentent fortement quand on se moque d’eux. D’où l’écœurement, le repli, l’abstention, la révolte, bref, la crise de la démocratie…

Et comble du paradoxe, cet aveu du chef de l’Etat, comme dans un jeu de miroir en abyme, est perçu comme inscrit dans le grand spectacle narcissique quotidien que « les gens » ne supportent plus. La tragédie de la politique française atteint aujourd’hui son paroxysme dès lors qu’un président, plutôt que de simplement contribuer à cette fracture démocratique, en devient désormais l’incarnation même. Cela, nous l’avions annoncé sur ces pages depuis bien longtemps.

Les mots ou les gestes emblématiques ne servent absolument à rien pour réconcilier la politique avec les Français, bien au contraire, perçus comme les variantes d’une communication, ils contribuent à l’aggravation du mal comme les mouvement désordonnés du malheureux piégé par les sables mouvants et qui l’entraînent toujours plus au fond.

Le président peut-il sauver son quinquennat? Fausse question, car cela n’a strictement aucune importance: c’est un pays en danger qu’il faut sauver, pas un quinquennat. La France a besoin d’une révolution copernicienne de la politique: que ses dirigeants politiques se mettent authentiquement, collectivement et modestement à son service, en faisant du mieux qu’ils peuvent dans un contexte d’une infinie complexité, en disant la vérité, sans penser à leurs intérêts matériels, de vanité ou de réélection, et qu’ils cessent de fanfaronner. Mais qui peut y croire?

Maxime TANDONNET

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Carte postale du Japon

Notre périple au Japon se poursuit et touche à sa fin. Il nous a conduit à Osaka, Nara, Kyoto, Tokyo, Hiroshima, l’île de Miyajima, puis Osaka de nouveau, où nous achevons cette belle aventure à deux avec l’aide de nos amis japonais. Dans aucun pays au monde une telle hospitalité, gentillesse comme vertu suprême, même au milieu du cratère humain de Tokyo – la plus grande agglomération urbaine du monde avec ses 43 millions d’habitants – et une telle générosité ne paraît concevable. La France représente beaucoup pour les Japonais, comme en témoigne le gratte-ciel de la préfecture de Tokyo, dont l’architecte s’est inspiré de Notre-Dame de Paris. Bien entendu le Japon a ses problèmes, ses difficultés, ses tabous, ses polémiques. Il souffre dans sa chair de son histoire récente. A Hiroshima, le spectacle du dôme de la bombe A, le seul immeuble qui n’ait pas été rasé, fait froid dans le dos, et au pied de ses ruines, le poids d’une émotion indicible nous accable. Certains courants d’opinions veulent achever de le détruire, pour tout oublier. Folie furieuse ai-je dit à mes amis japonais: la stratégie de la table rase ouvre la voie au retour à la barbarie, même sous d’autres formes. Sur l’île de Miyajima, face à Hiroshima,  le temple shintoïste construit sur la mer et son torri (portique) orange, la couleur de cette religion qui divinise la forêt, la montagne, les sources, la vie et la mer, nous transporte dans un autre univers de quiétude et de paix.

Maxime TANDONNET

 

 

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11 novembre, sanctuariser l’histoire

Moins l’histoire événementielle est enseignée et plus elle est exploitée à des fins idéologiques ou politiciennes, donnant lieu à d’invraisemblables polémiques. Le paradoxe n’est qu’apparent. La méconnaissance, ou pire, l’absence d’intérêt et de curiosité, engendrent des esprits malléables à merci.

Or aujourd’hui, le détournement de l’histoire à des fins de politique intérieure ou extérieure est un symptôme majeur du dérèglement des esprits. Les faits sont là: le 11 novembre célèbre la fin de l’un des plus tragiques conflits militaires de l’histoire de l’humanité, à l’origine de 15 millions de tués et d’une vague de souffrance et de malheur inouïe qui a déferlé sur le continent. Evacuer ou minimiser la dimension militaire des cérémonies du 11 novembre – qu’elle plaise ou non – revient à détourner le sens de cet événement.

Interpréter les années 1914-1918 à la lumière des valeurs dominantes d’aujourd’hui n’est pas un exercice évident. Le patriotisme de l’époque – le salut collectif, celui de la France vaut plus que ma propre vie – est quasi incompréhensible au regard de l’individualisme narcissique contemporain.

L’idée n’est pas non plus de sublimer à l’excès la célébration du 11 novembre. Elle fut un instant particulier de l’histoire, mélange d’euphorie et de deuil qui s’est traduit par de gigantesques rassemblements de foules dans tout le pays; mais aussi, un grand moment d’aveuglement collectif: dans l’illusion de la « der des ders », nul (ou presque) ne voyait venir l’apocalypse de 1940. [Toute forme d’enthousiasme collectif devrait appeler la plus grande méfiance, au risque d’être traité d’oiseau de malheur, de pessimiste ou de misanthrope].

Mais au moins devons nous un respect infini à ceux qui ont souffert et qui ont donné leur vie pour la cause sacrée de l’honneur en évitant toute instrumentalisation de leur souffrance et de leur courage et en respectant au mieux ou au moins mal ce que fut leur vécu de ces événements: un conflit militaire. L’histoire devrait être sanctuarisée, mise à l’abri des aléas des passions et le 11 novembre sacralisé.

Il n’est pas acceptable que la forme que prend telle ou telle célébration historique soit décidée par les dirigeants politiques du moment. Une tradition nationale est fixée dans le temps et doit échapper aux manifestations et aux modes du jour. La mission des dirigeants politiques est de créer les meilleures conditions pour réhabiliter l’enseignement de l’histoire, la connaissance des faits sans esprit de partialité, mais surtout pas de jouer avec elle à des fins intéressées. Il y a quelque chose de sacrilège à exploiter l’histoire à des fins partisanes, électives, ou carriéristes.

Maxime TANDONNET

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Impressions du Japon

Ci-joints quelques clichés du Japon. L’impression qui s’en dégage, à l’occasion d’un second séjour, à la fois universitaire et touristique, est celle d’un parfait contraste avec l’atmosphère délétère qui pèse sur la France apparente, la France dite d’en haut. Ici au Japon, tout est calme et serein. Les villes, jusqu’au moindre quartier des plus vastes mégapoles, sont parfaitement sûres. Nous l’avons oublié depuis longtemps, mais pour une femme, pouvoir sortir à tout heure et à tout endroit, habillée comme elle le veut, et même avec des objets de valeur ou une somme d’argent, en sécurité absolue, c’est une vraie liberté, une vraie richesse de civilisation. Respect, propreté, civilité, discipline, tolérance, conscience professionnelle,  sont les maîtres mots d’une société fondamentalement paisible. La beauté des paysages d’automne est indescriptible, à l’image des Temples d’or et d’argent dans l’écrin des feuillages rouges des érables. L’amour du travail, la passion du devoir qui imprègne la vie de tous, jusque chez les écoliers, est un véritable art de vivre. La plupart des Japonais n’ont pas de religion précise et se retrouvent à la fois dans le shintoïsme, le bouddhisme et le christianisme pour certains, mais leur existence quotidienne est imbibée de mysticisme: le divin est partout, dans l’amour du travail bien fait, le respect absolu de la vie naturelle et des objets, dans le respect, l’intérêt et l’hospitalité qu’ils témoignent envers le visiteur. Ce soir (il est 22H30 ici), un peu par curiosité, j’ai voulu jeter un coups d’œil sur les actualités françaises. Quelle pouvait bien être la polémique du jour me suis-je demandé. La guerre d’Algérie? La colonisation? Les années 1930? Le nationalisme? Eh bien non, pan, raté: la nouvelle crise d’hystérie collective du jour était sur Pétain! De plus en plus original… Une bonne petite polémique lancée pour faire oublier la sinistre réalité du chaos et de l’impuissance,  et la horde déchaînée, beuglante, qui se jette sur l’os à ronger. Les milliers de kilomètres jouent comme un effet loupe qui grossit démesurément l’invraisemblable médiocrité de notre grand-guignol politico-médiatique, jusqu’à la caricature, jusqu’au ridicule…

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Message personnel

Dans les dix jours qui viennent, je serai en voyage, à plus de 10 000 km de Paris, et ne pourrai donc pas animer ce blog ni assurer le service des commentaires… Au moins avec autant de régularité que d’habitude. Je profite de cette occasion pour remercier sincèrement ses visiteurs, qui sont au nombre de 1000 à 2000 par jour (avec des pointes à 20 000), et ses contributeurs réguliers sans lequel, depuis huit ans, il ne serait rien. Je salue également les animateurs de blogs amis: dans ce domaine, encore plus qu’ailleurs, l’union fait la force. Amis virtuels, c’est un peu frustrant mais je ne désespère pas d’être en mesure d’organiser une vraie rencontre un jour, en région parisienne, devant un verre.

Bien amicalement

Maxime TANDONNET

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Sommes-nous vraiment dans les années 1930?

Le président de la République a récemment comparé la situation actuelle « aux années 1930 ». Cette comparaison renvoie à son discours sur la « lèpre nationaliste ». Ainsi, elle tend à réduire la vie politique à un affrontement entre le « bien » post-national, dont sa politique serait l’expression, et le « mal » populiste qui monte à travers le Brexit, la Hongrie de M. Orban, l’Italie de M. Salvini, etc. Au-delà de la déclaration politique, qui entraîne le pays loin de ses difficultés quotidiennes, quelle est la part du mythe et celle de la réalité dans la référence aux années 1930?

En se limitant à la situation de la France, la ressemblance entre la période actuelle et celle des années 1930 est en effet largement justifiée. A compter de 1932, notamment, la politique française entre dans une période de vertigineuse décomposition. La droite, ou les « républicains modérés », comme on disait à l’époque, se désintègre. Elle était jusqu’alors unie sous la bannière de Raymond Poincaré, dans un parti dénommé l’Alliance démocratique. A compter de 1930, elle explose en une multitude de groupes politiques. Une fraction du parti socialiste – SFIO – fait scission et forme les Néo-socialistes (Marquet, Déat), favorables à une solution autoritaire. Les « jeunes Turcs » du parti radical (Mendes France, Cot), se différencient de la vieille formation de la rue Valois. Les « antisystèmes » prospèrent sur le chaos: Croix-de-feu du colonel de la Rocque.

La rupture entre la classe politique et le pays profond est dramatique. L’atmosphère est explosive. Des scandales politico-financiers dramatiques ébranlent la France: l’affaire Stavisky provoque les violentes émeutes du 6 février 1934 qui font 16 morts sur la place de la Concorde. La haine, la calomnie, la délation et le lynchage médiatique qui ruissellent de partout font déjà partie de la réalité quotidienne (même sans Internet!) poussant Roger Salengro, ministre du Front populaire, au suicide.

La classe dirigeante ne brille ni par sa lucidité, ni par son efficacité. Le président Lebrun parle beaucoup mais agit peu, privé de toute autorité. Après 1932, les gouvernements échouent les uns après les autres face à la montée du chômage et de la violence: Herriot, Daladier, Doumergue, Chautemps, Flandin, Laval, Sarraut, Blum, Daladier…Le parti dominant est une grande formation centrale aux contours indéfinis, le parti radical-socialiste, penchant tantôt à droite, tantôt à gauche, qui suinte la médiocrité et le carriérisme. Mais déjà, sur le chaos, fleurit la quête du sauveur providentiel et anticipant sur le drame du régime de Vichy, certains journaux proclament dès 1935, « c’est Pétain qu’il nous faut ».

La crise des années 1930 comme celle des années 2010 est celle d’une fracture démocratique, ou déconnexion entre la sphère politique et la réalité quotidienne des Français. Pour autant, la comparaison est plus que douteuse au regard de la situation européenne pour une raison simple et évidente: il n’existe rien de comparable aujourd’hui à la menace hitlérienne. Le Führer allemand avait annoncé son programme dans son livre Mein Kampf: antisémitisme, politique raciale, anéantissement de la France, conquête de l’espace vital, etc. A partir de la poussée électorale du parti nazi dès 1930, puis de la prise de pouvoir d’Hitler le 30 janvier 1933, ce dernier se donne les moyens d’accomplir son sinistre programme. Profitant de l’aveuglement et de l’esprit de démission de la classe politique française, il développe, en quelques années, la plus effroyable machine de guerre et d’extermination de l’histoire avant de régler son compte à la France en trois semaines de mai-juin 1940.

Bien sûr que la France est aujourd’hui confrontée à de lourdes menaces économiques, démographiques, militaires et au danger du terrorisme djihadiste. Mais ces périls ne sont évidemment pas de la même nature ni du même ordre de grandeur que celui de la terreur hitlérienne dans les années 1930.

D’ailleurs, il suffit d’ouvrir un livre d’histoire de terminale (l’excellent Malet et Isaac) pour savoir que la Hongrie de Orban et l’Italie de Salvini n’ont pas le moindre rapport avec les totalitarismes sanguinaires des années 1920 et 1930: anéantissement des libertés et du suffrage universel, emprisonnement ou extermination des opposants politiques, parti unique, culte du chef et de la guerre, camps de concentration, logique de conquête territoriale… Non, l’histoire ne se répète jamais à l’identique et des rapprochements hasardeux peuvent être la source de dramatiques contre-sens et de fautes politiques grossières.

Maxime TANDONNET

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Entre mépris et démagogie, une « troisième voie » est-elle possible?

Au fond, la grande question de l’avenir, en France mais aussi dans le monde occidental, est celle de l’existence d’une troisième voie possible entre la «pensée unique» et la démagogie. Depuis l’effondrement du communisme en 1989-1991, une idéologie dominante a prospéré dans les élites politiques, médiatiques, économiques, judiciaires et universitaires du monde occidental. Elle célèbre le culte d’un monde global, post-national, sans frontière, le dépassement du cadre national, la négation de l’autorité de l’Etat. Elle vénère le principe de la table rase, en faveur de l’émergence d’un homme neuf sans traditions ni culture ni passé, affranchi de tous les déterminismes, indéfiniment manipulable, l’individu narcissique, tel que l’avait décrit Gilles Lipovetsky dans son prophétique «L’ère du vide».

Comme toute idéologie celle-ci se caractérise par son intolérance. Nul ne peut s’attaquer à ses dogmes sans s’exposer au lynchage et à l’insulte : « extrême droite », «populisme », «fascisme» (bien entendu!). Le traiter de « lèpre nationaliste » est contre-productif dès lors que l’ostracisme ne peut qu’entretenir le sentiment de mépris et de révolte. L’idéologie post-nationale exprime un mépris du peuple, de la « vile multitude » qui à terme la voue à l’échec dès lors qu’en démocratie, sauf à biaiser indéfiniment le processus électoral (ou abolir de facto la démocratie), le peuple finit par avoir le dernier mot.

Or ce modèle de la pensée unique, post-national, après trente ans de règne impérieux, est aujourd’hui en train de se fracturer. La première secousse fut donnée par la France et les Pays-Bas, avec la victoire du non au référendum sur la Constitution européen en 2005. A l’époque, les intellectuels et les politiques bien-pensants y ont vu un simple accident. Elle annonçait pourtant les grandes fractures à venir. Depuis, le mouvement n’a fait que s’amplifier. Un processus de long terme est en train d’ébranler le monde occidental: Brexit, Trump, Hongrie de Orban, Italie de Salvini, et désormais, depuis dimanche, le Brésil de Jair Bolsonaro. Les causes directes de ces ébranlements diffèrent profondément (la corruption au Brésil) mais ils ont un point commun : la révolte contre l’idéologie post nationale.

Le phénomène est favorisé par les réseaux sociaux qui bousculent le système des grands médias radio télévision, outils de conformisme. Il a été fortement amplifié par les facteurs de déstabilisation qui ont frappé le monde occidental : la vague d’attentats islamistes, la crise migratoire, les scandales de la corruption, la montée de l’insécurité et de la violence, parfois sanglante, le communautarisme et la pauvreté. Tout laisse penser qu’il va se poursuivre et risque d’emporter d’autres pays jusqu’alors préservés, dont l’Allemagne et la France.

Cependant, dans son agonie, la pensée unique est remplacée par des solutions politiques qui sont  lourdes d’incertitudes et de danger. Elles reposent sur une base fragile: le culte de la personnalité, la provocation verbale et les gesticulations, les slogans, l’exacerbation des passions, la désignation de boucs émissaires au risque la déchirure du corps social. Dans l’histoire, la fièvre et l’excitation des foules n’ont jamais rien réglé à terme. En matière de corruption, de sécurité et d’immigration, les coups de menton n’ont jamais fait une politique. Le slogan «mon pays d’abord », réaction contre l’idéologie post-nationale est peut-être payant d’un point de vue électoral. Il est réducteur et dangereux dans un contexte d’interdépendance et d’imbrication complexe des intérêts nationaux. Le basculement brutal, du mépris à la démagogie, semble ainsi ouvrir la voie d’une catastrophe.

La France peut-elle échapper à l’incendie qui embrase le monde occidental ? Existe-t-il une troisième voie possible, entre le mépris et la démagogie? La troisième voie est celle de la démocratie. Elle passe par une révolution copernicienne de la politique: abolir le mépris des élites dirigeantes pour la population qui s’exprime dans le Grand-Guignol quotidien et l’exubérance vaniteuse. Des solutions électorales et institutionnelles doivent à être apportées pour mettre fin au sentiment d’un abîme croissant entre le pays et ses dirigeants. Les Français doivent se sentir de nouveaux représentés et écoutés par des responsables publics dont la mission unique est de répondre à leurs attentes légitimes en matière de lutte contre la pauvreté, de chômage, de pouvoir d’achat, de fiscalité, de sécurité et d’immigration. Les responsables nationaux doivent rompre avec l’image d’une caste autocentrée sur elle-même, engluée dans l’ivresse narcissique, et renouer avec celle de serviteurs de la Nation déterminés à bien faire leur travail. C’est à l’opposition républicaine de proposer cette troisième voie mais en aura-t-elle la volonté et la capacité ?

Maxime TANDONNET

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La vague s’amplifie

L’élection de  à la présidence du Brésil de Jair Bolsonaro , avec 55% des voix, vient à la suite d’un processus de long terme qui secoue le monde occidental: Brexit, Trump, Italie de Salvini, Hongrie de Orban, et désormais, le Brésil de Jair Bolsonaro. Ces événements ne sont pas équivalents mais relèvent d’une logique.

Il est tragique de voir arriver au pouvoir au Brésil un personnage nostalgique d’une dictature militaire qui a détruit les libertés et la démocratie, emprisonné, torturé et massacré des opposants politiques. Il faut avoir la mémoire courte pour oublier ce que furent les dictatures militaires d’Amérique latine. La mémoire courte n’est-elle pas un fléau de notre époque? Comment ne pas trembler devant l’arrivée au pouvoir d’un personnage  qui  « en 2014, avait fait scandale en prenant violemment à partie une parlementaire Mme Maria do Rosario, lui lançant qu’elle «ne méritait pas» qu’il la viole car elle était «trop moche». Deux ans plus tard, il a fait l’éloge d’un tortionnaire de la dictature militaire (1964-1985)… Dans un entretien au magazine Playboy en 2011, il a affirmé qu’il préférerait avoir un fils «tué dans un accident» plutôt qu’homosexuel. »

Cependant, voilà, vous sommes devant une vague de fond qui emporte un à un les pays du monde occidental. Elle va se poursuivre. Demain, peut-être touchera-t-elle l’Allemagne au regard de l’effondrement de Mme Merkel. Que dira-t-on alors? Et la France risque aussi d’être emportée dans une aventure empoisonnée, quelle soit de droite ou de gauche. A quoi avons-nous affaire? A une réaction profonde et virulente des peuples contre l’idéologie dominante, l’ultralibéralisme, l’émergence d’un monde sans frontière et d’un homme éthéré, sans culture ni racines, indéfiniment manipulable,  le culte de la table rase, l’individualisme absolu,  le règne de l’argent-roi, la négation des nations, l’abolition des valeurs traditionnelles auxquelles les peuples sont attachés. La France sera l’un des pays les plus durement frappés parce que, le processus électoral biaisé de 2017 a porté à sa tête des hommes qui sont la caricature même de cette modernité sans foi ni loi.

Alors, que faire face un tel phénomène?

Le choix des élites françaises, politiques, médiatiques, journalistiques, est celui de la fuite en avant face au phénomène: hurler du matin au soir au fascisme, aux heures sombres de l’histoire et à l’extrême droite. En s’enfonçant dans une logique d’insulte et de mépris, elles ne font ainsi qu’exciter les esprits et amplifier le mouvement. Incapables de prendre conscience de leur erreur, bêtement, elles jouent un drôle de jeu qui ne fait qu’amplifier la vague. Elles en sont complices.

C’est tout le contraire qu’il faudrait faire, abolir une fois pour toute le mépris des élites pour le peuple, respecter les valeurs de la démocratie, écouter ce qu’ont à dire les gens, mettre fin au culte de l’abolition des frontières et des nations, répondre aux attentes légitimes des personnes en matière de protection, de lutte contre la pauvreté, le chômage, le pouvoir d’achat, de fiscalité, la sécurité et l’immigration, cesser les pitreries médiatiques et le grand-guignol narcissique et mégalomane, qui est ressenti comme une insulte quotidienne. Au regard de la réalité politique de la France actuelle, la tentation sera toujours grande de se dire: mais la démocratie est déjà abolie par une coterie méprisante! comment faire pire? Que risque-t-on, au point où nous en sommes? Or, il est encore possible de restaurer la confiance en la démocratie, les valeurs de liberté et de dignité, de respect. Mais il faut changer radicalement de cap, mettre fin à la tyrannie du mépris et rétablir les grands principes d’une république et d’une démocratie fondée sur le respect et l’écoute des gens. Ce n’est qu’à ce prix qu’il sera possible d’arrêter la vague.

Maxime TANDONNET

 

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Le pouvoir et la mort

Mon propos de ce soir ne sera pas de la plus grande gaieté. Je suis, vous le savez, un ancien conseiller du président Sarkozy et pire, fier de l’avoir été. Chacun a le droit de l’apprécier comme chef de l’Etat, de ne pas l’aimer voire de le haïr. Mais je repense au bonheur collectif de son équipe, lors de notre installation à l’Elysée en 2007: nous allions changer la France et ouvrir une ère nouvelle. Je revois cette Une du Point au sujet de M. Guéant: « l’homme le plus puissant de France ». Et le jour de l’enterrement de son épouse, un an plus tard, toutes les puissances et les grands noms parisiens, du monde politique, artistique, médiatique qui se pressaient aux obsèques avec un air éploré. Le bal permanent, nuit et jour des courtisans et des lèches-bottes, devenus, après sa chute, les plus féroces bourreaux. Je revois ces années d’acharnement au travail de labeur incessant,  cette espérance, ce dévouement infini à la cause publique et cette envie de bien faire. Et qu’en reste-t-il?  l’impuissance face aux persécutions du « mur des cons », une équipe déchirée par les trahisons, les reniements et l’ivresse du je, le triomphe de la haine hystérique et vengeresse. Ils étaient au sommet et se retrouvent dans les catacombes du malheur et de l’oubli. Que reste-t-il de nos grandioses espérances: du sang, des larmes, des crachats, grumeaux de fiel et de poussière. A quoi bon? Et aujourd’hui, à voir ou entendre les pantins mégalo et les pitres vaniteux qui gesticulent et fanfaronnent, un seul mot me vient à l’esprit: celui de ridicule. L’idée même d’un H. songeant à « revenir » me donne le vertige. Comment un tel manque de dignité est-il concevable? Ils pensent gloire et majesté, se croient supérieurs et indispensables. Ils n’incarnent que la prétention et le néant. Leur image même dans un écran de télévision m’inspire un sentiment de vulgarité et de grotesque, de l’extrême gauche à l’extrême droite incluses. Combien de temps va durer l’agonie de ce monde affreux ? Et par quoi le remplacer? Songer à reconstruire la politique sur de nouvelles valeurs: une part de démocratie directe, c’est le peuple qui décide par référendum ou à travers des représentants qui ne sont pas ses maîtres mais ses humbles serviteurs; la démocratie de proximité, communale; l’exigence impérieuse de la discrétion, de modestie et de désintéressement, le devoir de dignité, s’imposant à tout détenteur d’une charge publique.

Maxime TANDONNET

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L’effroyable atomisation de la politique française

La situation politique actuelle de la France n’a sans doute pas d’équivalent dans l’histoire. Nous vivons une période étrange où tout s’effondre, sans la moindre perspective apparente d’un redressement.

Depuis un an et demi la France dite d’en haut, médiatique, politique, économique, a engendré de toute pièce un chimérique sauveur providentiel autour de l’image du plus jeune président de l’histoire. Or, celle-ci poursuit sa vertigineuse et inéluctable désintégration. Et sous les ruines de cette chimère, que découvre-t-on?

Les oppositions se désagrègent lamentablement les unes après les autres, socialistes en voie de disparition – nul ne les regrettera –  Républicains noyés dans leurs querelles intestines, Mélenchon frappé par la foudre. Le seul donnant l’impression de conserver un genre de squelette, même branlant, est le lepénisme, mais justement, incarnant depuis un tiers de siècle le mal absolu aux yeux de 80% des Français qui excluent de le voir un jour exercer le pouvoir.

La crise de défiance des Français envers la politique bat son plein, les seuls responsables politiques populaires étant les plus éloignés du pouvoir, donc inoffensifs, tels M. Hulot qui bat tous les records, caracole en tête malgré sa piètre performance au ministère.

Cet effroyable marasme de la classe dirigeante se produit dans un contexte de chaos sociétal majeur: violence de rue qui ronge subrepticement la vie quotidienne et fait couler le sang, crise migratoire sans fin, les banlieues à la dérive, le communautarisme islamiste, le chômage massif qui continue à augmenter au rebours de la tendance européenne, pauvreté galopante (9 millions de pauvres), écrasement fiscal et effondrement économique de la France.

La réponse des plus hautes autorités du pays à ce dramatique chaos est la plus inintelligente qui soit: plutôt que de vouloir s’attaquer aux vraies difficultés de fond, qui sont à la source du malaise, il n’est question que de les fuir en les noyant dans un chimérique et caricatural affrontement, à l’échelle européenne, entre le « mal populiste et nationaliste » d’une part et « le bien post frontière » d’autre part. Le but n’est plus d’agir pour tenter de résorber la cause profonde des désordres, mais de les transcender dans un récit homérique qui nie les angoisses et les souffrances de la population.

Surtout, ils vivent dans l’illusion que le peuple est prêt à entendre un tel discours. L’inintelligence des élites dirigeantes et leur fuite devant la réalité – aveuglées par leur vanité maladive et l’obsession de leur destin personnel – est à la source de la catastrophe. C’est là que se situe leur erreur de diagnostic fondamentale: elles ne perçoivent pas à quel point les gens ressentent le fait d’être méprisés. Comment peut-on sortir de cet effroyable chaos? Comment rompre avec ce cercle vicieux du mépris d’en haut et du dégoût d’en bas?

Espérer en l’émergence d’un nouveau sauveur – pitre providentiel – serait la solution du pire, une chimère supplémentaire, éternel recommencement, une autre déception, qui déboucherait sur un effondrement toujours plus désastreux. Dans le monde moderne, celui de la transparence totale et des réseaux sociaux, tout sauveur providentiel a vocation à sombrer dans le ridicule.

Non, il faut tout reconstruire par les idées, le débat d’idées, le projet de société, restaurer peu à peu la confiance dans le vote et la démocratie pour que les Français retournent dans les urnes et se donnent des hommes d’Etat, c’est-à-dire motivés par l’intérêt général, la vérité et l’action pour le bien commun, et non plus la satisfaction de leur vanité morbide. Tout se joue sur le plan des idées et du réveil de la conscience collective. C’est à cela qu’il faut travailler. L’avenir des Français ne dépend que d’eux-mêmes et s’il existe une petite chance d’échapper au pire, elle ne pourra venir que des profondeurs du pays. Plus le temps passe et plus j’en suis convaincu.

Maxime TANDONNET

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Célébrer le centenaire du 11 novembre 1918

Il semble que, dans les hautes sphères de l’Etat, on s’interroge sur l’opportunité de célébrer le 11 novembre 1918, comme centenaire de la Victoire. Il est vrai que cette victoire était en trompe-l’œil, suivie de 21 ans de renoncements et de lâcheté et de l’une des plus terribles débâcles de l’armée française. Nos autorités renâclent aussi à choquer le partenaire allemand par une célébration. Toutefois, cet hommage, ne le devons-nous pas aux 10 millions de jeunes Français de l’époque qui ont atrocement souffert dans les tranchées pendant 4 ans pour défendre la liberté et la démocratie, aux 1,5 million qui ont donné leur vie dans la fleur de l’âge pour le pays et aux 1,5 millions de mutilés? En outre, le 11 novembre , la Victoire contre l’empire militariste de Guillaume II, le retour de l’Alsace et de la Lorraine, Clemenceau et Poincaré: nous sommes aux cœur du mythe national constitutif de l’unité de la nation, tellement menacée aujourd’hui. Le 11 novembre 1940, les lycéens et les étudiants parisiens ont donné le signal du début de la résistance au nazisme en célébrant le 11 novembre sous l’arc de triomphe,  malgré l’interdiction prononcée par l’occupant et en s’exposant ainsi à de violentes représailles. Je l’ai raconté dans un livre. Cela non plus, il ne faut pas l’oublier…

A la veille du 11 novembre 1940, les autorités d’occupation déclarent « prohibée sous toutes ses formes l’expression d’un souvenir insultant pour le Reich et attentatoire à l’honneur de la Wehrmacht ». A la Sorbonne et dans les lycées parisiens, cet ordre suscite une vague d’indignation. Initié par un petit groupe d’étudiants du Quartier latin, l’appel à un rassemblement patriotique se propage comme une traînée de poudre dans les établissements scolaires et universitaires. Le 11 novembre 1940, trois mille jeunes filles et garçons remontent les Champs-Elysées, se rassemblent devant l’Arc de triomphe pour commémorer la Victoire de 1918 et entonnent La Marseillaise, défiant ainsi l’armée d’occupation d’Hitler. L’intervention de la Wehrmacht et la répression qui s’ensuit sont impitoyables : quinze blessés, un millier d’interpellations, cent vingt-trois arrestations, surtout de jeunes lycéens emprisonnés et martyrisés. Cet acte de résistance constitue, au dire même du général de Gaulle, la première réponse de la France à l’appel du 18 juin. De fait, les conséquences furent considérables, marquant la rupture entre le régime de Vichy et une partie de l’opinion publique, qui tourna désormais ses espoirs vers la France libre. Cet événement, qui aurait dû entrer dans la légende nationale, a quasiment sombré dans l’oubli. Il est temps de le redécouvrir.

Maxime TANDONNET

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Pavane pour une république (presque) défunte – par Patrice Gueniffey

En ces temps d’hystérie généralisée, je suis heureux de partager un texte superbe, inédit, de réflexion de fond sur la crise de la politique française, de M. Patrice Gueniffey, historien et auteur de nombreux ouvrages à succès, dont Napoléon et de Gaulle, Perrin 2017, deux héros Français

Depuis la Révolution française, toute notre histoire constitutionnelle et politique pourrait être résumée à une quête : celle du gouvernement qu’appelle la société démocratique issue de la Révolution française. Si celle-ci avait en effet inventé un nouveau type de société, elle avait échoué à lui donner un gouvernement.

Entre parlementarisme (quatre républiques et deux régimes monarchiques et parlementaires) et autoritarisme (deux empires), il aura fallu près de deux siècles pour trouver enfin, en 1958-1962, une solution pas très différente du régime auquel songeaient les hommes de 1789 : qui associe autorité et liberté, exécutif fort et droits du parlement, monarchie et république, la première inscrite dans la fonction présidentielle (qui rappelle à bien des égards la figure du roi de justice), la seconde dans la coopération du gouvernement et du parlement.

Autrement dit, pour la première fois dans notre histoire moderne, la France possède depuis 1958 un régime politique entouré d’un large consensus – l’unanimité n’est pas de ce monde – qui réunit les deux caractéristiques que le constitutionnaliste anglais Walter Bagehot estimait, dans un traité publié en 1864, The English Constitution, indispensables à tout régime politique, qu’il soit de forme monarchique ou républicaine : la dimension « dignified » et la dimension « efficient », la première incarnée par l’exécutif, la seconde trouvant son expression dans l’action des pouvoirs publics. Et d’ajouter :

« In such constitutions there are two parts (…) : first, those which excite and preserve the reverence of the population – the dignified parts, if I may so call them ; and next, the efficient parts – those by which it, in fact, works and rules. There are two great objects which every constitution must attain to be successful (…) : every constitution must first gain authority, and then use authority ; it must first win the loyalty and confidence of mankind, and then employ that homage in the work of government. »

Autant dire qu’un régime politique ne tient pas seulement dans un assemblage plus ou moins ingénieux d’institutions. Il s’explique également, et d’abord, par la pratique des institutions, et par la personnalité ou le comportement de ceux qui gouvernent. La constitution, il est vrai, confère la capacité juridique de vouloir et de décider ; mais en aucun cas elle ne donne la capacité politique de vouloir et de décider.

Cette dernière dépend avant tout de la confiance, cette relation un peu mystérieuse qui ne se quantifie pas, aussi appelée légitimité, que le suffrage peut bien établir, ou en tout cas attester au moment de l’élection, mais sans garantir qu’elle se maintiendra jusqu’à la prochaine échéance. Si les institutions autorisent à gouverner, la possibilité de gouverner effectivement dépend d’une relation entre gouvernants et gouvernés dont la substance est avant tout morale et se déploie au-delà du cercle tracé par la constitution.

En d’autres termes, et cela vaut pour tous les régimes politiques, sauf hypothèse d’un système purement tyrannique dont on chercherait en vain un exemple dans l’histoire – même les pires tyrannies ne se sont maintenues qu’autant qu’elles étaient soutenues par une fraction au moins de l’opinion –, s’il ne peut exister de capacité réelle de décider sans confiance, la confiance ne peut exister sans respect ni déférence.

Les tribulations de la Ve République, et en vérité ce qui ressemble bien à sa chute, en offrent une illustration frappante, et pour une raison évidente : la personnalisation de la fonction présidentielle y renforce l’importance de tout ce qui tient à la personne et au comportement de ceux qui en sont investis.

Sans prétendre dévoiler un secret qui n’en est plus un, il est évident aujourd’hui que, si la lettre de la Constitution demeure (partiellement, tant le texte a été amendé, au point d’en être défiguré), son esprit a disparu.

Pour le comprendre, reprenons la distinction établie par Bagehot et demandons-nous jusqu’à quel moment la Ve République a été « efficient ». Il n’est pas exagéré de dire que le tournant s’est produit en 1986, lorsque François Mitterrand, la gauche ayant été battue aux législatives, ne s’est pas démis de ses fonctions et que la droite a accepté, par crainte d’une crise de régime et par un désir irrépressible de revenir aux affaires et de prendre sa revanche sur 1981, de gouverner avec le Président socialiste. En fait, la droite se résignait, en échange d’un pouvoir purement nominal, à ne pas gouverner puisque, même sortie vainqueur des élections, sa légitimité législative pouvait difficilement rivaliser avec celle, présidentielle, d’un chef de l’Etat au surplus décidé à ne pas faire la vie facile au nouveau gouvernement. L’institutionnalisation, au sommet de l’Etat, de la paralysie et de l’impuissance fut le premier résultat de cette cohabitation, contre l’esprit de la Ve République, qui était justement de remédier à l’impuissance qui avait marqué la fin du régime précédent.

Cette situation, sanctionnée par la défaite de Jacques Chirac en 1988, se reproduisit par deux fois, à intervalles rapprochés, avec les mêmes conséquences, en 1993-1995 d’abord, en 1997-2002 ensuite. La réforme du quinquennat acheva de faire du régime fondé en 1958 l’expression même de la paralysie et de l’impuissance : le Président ne se voyait-il pas pour ainsi dire destitué de la position en surplomb qui lui avait été accordée, transformé en un super-premier ministre, rôle où il perdait encore un peu plus l’apparat propre à la fonction, dépossédé enfin, pratiquement, du recours à la dissolution qui faisait de lui l’arbitre de la vie politique ?

Le « dignified » ne pouvait survivre longtemps à l’écroulement de « l’efficient ». On peut dire de cette « dignified part » qui suscite le respect et constitue la condition sine qua non de l’action politique qu’elle a subsisté jusqu’à la présidence de Jacques Chirac incluse, en raison d’un facteur purement accidentel : la prestance naturelle du personnage.

Ce qui veut bien dire que cette « qualité » ne tient pas tant à la somme des pouvoirs réunis dans les mains du Président qu’au respect dont l’investissent les Français, mais qu’il doit ensuite conserver. Or, ce côté « dignified », c’est tout simplement la légitimité qui seule rend possible l’usage politique des prérogatives juridiques prévues par la Constitution. Si la personne de Chirac a permis de prolonger un peu l’apparence du pouvoir gaullien – dont il faut reconnaître qu’il fit encore usage en 2003, en s’opposant à la guerre d’Irak –, en réalité toute « légitimité » avait déjà disparue. Les costumes croisés de Chirac étaient comme un voile qui dissimulait le vide et le néant.

Dans l’histoire politique française, on a très souvent vu le peuple renverser ses gouvernants, par l’émeute ou par les urnes. Mais, de mémoire d’historien, on n’avait encore jamais vu le gouvernement renverser le peuple : même le 18 brumaire, même le 2 décembre 1851, et même le 10 juillet 1940. Or, c’est ce qui se passa en 2005 à l’occasion du référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe. Evénement gravissime – qui rappelle ce que Guglielmo Ferrero écrivait dans son essai Pouvoir. Les Génies invisibles de la cité : la base de toute confiance politique réside dans le respect loyal, par les gouvernants, de la constitution qui les oblige. Ferrero admettait une exception, en faveur des « gouvernements qui commencent » et que ne protège aucun consensus majoritaire. Dans le cas de la Ve République, en 2005, il y avait longtemps que le consensus majoritaire était acquis, ce qui ôte au crime toute circonstance atténuante.

Cette trahison – plus encore, ce véritable coup d’Etat contre la constitution et les principes de notre république – a marqué le divorce définitif entre le peuple et ses élites. D’un côté, des électeurs qui n’attendent plus rien de leurs dirigeants, de l’autre des élites qui se croient désormais déliées de tout devoir envers leurs commettants.

C’est alors, entre le vote du 29 mai 2005 et la ratification par le Congrès du traité de Lisbonne en février 2008, que la dimension « dignified » de la Constitution s’est défaite.

En effet, dès lors qu’il est devenu inutile de conquérir et de s’attacher durablement la confiance du pays pour donner une base solide au pouvoir de gouverner, donc de décider, pourquoi se gêner ? D’autant qu’à ce moment où l’ancienne génération politique issue de la guerre et des années 1950 et 1960 finissait de disparaître, on assistait, comme dans tous les secteurs, à une baisse de la qualité du personnel politique, de plus en plus formé au moule des grandes écoles ; de plus en plus issu de l’administration ; de moins en moins instruit ; associant de plus en plus souvent manières vulgaires et intérêts sans intérêt ; sans compter enfin que, venu à la politique dans un temps de paix, son apprentissage s’était identifié plutôt au management ou à la gestion d’affaires prosaïques qu’aux grandes décisions requises dans les temps de troubles et de dangers.

Forts de la victoire qu’ils avaient remportée en 2005, nos dirigeants ont donc commencé à prendre leurs aises. D’un autre côté, s’ils n’ont plus de raisons de respecter les citoyens dont ils ne tiennent plus leur pouvoir, ceux-ci n’ont plus besoin d’être très regardants sur les qualités de leurs dirigeants, puisque de toute façon ils n’en attendent plus rien, ou en tout cas rien de mieux qu’une suite sans fin de trahisons et de manquements aux règles.

Vous aurez observé que depuis 2007, et la date n’est pas innocente, le quinquennat se réduit en fait à un mandat présidentiel annuel (et probablement la situation serait-elle la même si l’on avait conservé le septennat, renouvelable ou non). Nicolas Sarkozy, qui pourtant ne manquait ni de talent, ni de volonté, ni de courage, ni d’idées, a été « tué » par de minuscules incidents, mais dotés d’une très forte charge symbolique : la malencontreuse soirée au Fouquet’s, le yacht de Bolloré, le (plutôt touchant d’ailleurs) « Avec Carla, c’est du sérieux », sans oublier, bien sûr, le fameux « Casse-toi, pauv’ con ! ». On n’en finirait pas d’égrener les bourdes, les scènes grotesques et les propos malheureux dont François Hollande se fit une spécialité, et il serait cruel d’égrener tant de fautes que n’équilibre aucun bilan positif, à aucun moment ni dans aucun domaine. On rappellera simplement que si cet homme par ailleurs plutôt sympathique fut méprisé comme aucun autre chef d’Etat avant lui, il le dut à son dialogue plein de sollicitude et d’humanité avec Leonarda. D’un coup, ce qui pouvait lui rester de prestige et même seulement de respect en cet automne 2013 se dissipa comme un rond de fumée. Jamais il ne se remit de cette humiliation infligée aux Français. C’est comme s’il était descendu, entraînant avec lui la France dans l’abjection.

Episodes minuscules, fautes de comportement, maladresses qu’on pardonnerait à tout un chacun, certainement, et, dira-t-on, que l’on devrait rapporter à leur juste mesure en ne les confondant pas avec les questions vraiment importantes. C’est vrai, mais ces petites choses insignifiantes ont agi sur l’organisme comme la prolifération sournoise de cellules cancéreuses. On songe à Victor Hugo disant de Napoléon III : « Ce n’est pas que nous le haïssons, c’est qu’il nous fait honte ! » Il est des humiliations que le coupable ne peut pas plus réparer que les témoins ne peuvent les oublier. C’est comme si les Français se sentaient  insultés par celui qui a la charge de représenter.

Certainement notre obsession de la transparence n’arrange rien. On savait bien que de Gaulle ne portait pas toujours dans son cœur le peuple français, mais à l’exception du fameux « Tous des veaux », ils n’étaient pas nombreux à connaître les commentaires peu amènes qu’il faisait à l’endroit des Français : « Qu’ils crèvent ! » était son mot favori. Mais ces propos amers ne franchissaient pas les murs de la Boisserie, et chaque Français n’avait pas encore endossé le costume du valet de chambre qui traque sans répit sur les réseaux sociaux la moindre parole et le moindre geste des puissants. Peut-être est-il aujourd’hui matériellement impossible d’échapper à l’inquisition médiatique et de conserver un respect auquel contribuait notablement l’ombre dont s’enveloppaient ceux qui gouvernent : le secret de la famille cachée de Mitterrand ne fut pas éventé avant sa disparition. Il faut dire que Jean-Edern Hallier, qui menaçait de tout révéler, fut opportunément écrasé alors qu’il circulait à bicyclette.

Mais il y a autre chose : peut-être la Ve République souffre-t-elle du même syndrome que la monarchie d’Ancien Régime. Louis XIV avait fait du métier de roi quelque chose de presque inaccessible au commun des mortels, qui exigeait du souverain qu’il renonçât à tout bonheur privé et fût roi vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Aucun de ses successeurs, ni Louis XV ni Louis XVI, n’avait réussi, ni même essayé, de se tenir à cette altitude. L’un tenait à ses plaisirs, l’autre au bonheur simple de la vie de famille, et ce qu’ils avaient d’humain, de trop humain, n’avait pas peu contribué à la perte de prestige d’une monarchie dont le Roi-Soleil restait, pour ainsi dire, le mètre-étalon. Le général de Gaulle n’a-t-il pas fait la même chose en fondant le Ve République ? Qui d’autre que lui pouvait, lui succédant, devenir de Gaulle ? Pompidou n’y réussit pas mal, mais il était couvert par l’ombre encore très présente du Général. Giscard d’Estaing ne put s’empêcher de jouer de l’accordéon, d’avoir des accidents avec des actrices, de boire le café avec des éboueurs et d’accepter quelques diamants offerts par des potentats africains. L’air est trop pur à ces altitudes. Comme il n’y eut pas de deuxième Louis XIV, il ne pouvait y avoir de nouveau de Gaulle. Seul François Mitterrand, en cultivant le secret et en s’entourant d’un mur d’apparence, sut endosser le costume taillé pour le chef du Coup d’Etat permanent.

Emmanuel Macron le montre bien, lui qui, après une si détestable campagne électorale (« Il n’y a pas de culture française ! »), avait su se glisser dans le costume présidentiel avec une aisance déconcertante et qui, le soir de son élection, en impressionna plus d’un. J’avoue avoir alors pensé, comme beaucoup de Français qui n’étaient pas de son camp, que peut-être on avait trouvé l’oiseau rare, celui qui, sans être de Gaulle, possédait assez d’épaisseur et de substance pour enfin réformer ce pays réputé irréformable. Ses apparitions à l’étranger tranchaient avec le débraillé et le comportement toujours un peu ridicule de son prédécesseur.

Las, ce n’était qu’une illusion d’optique, liée précisément à l’insignifiance du prédécesseur. Au fond, n’importe qui serait apparu comme un prodige après le précédent locataire de l’Elysée. Il aura suffi, après une année dont on ne peut dire qu’il n’en restera rien, d’un été pour que tout s’écroule, et de la même façon qu’après 2007 et 2012. Ce ne sont pas les attaques de l’opposition (qui, dans le cas d’Emmanuel Macron, n’existe pas, sauf sous la forme du Rassemblement national qui est en fait, aujourd’hui, sa meilleure chance de survie politique), qui ont mis un terme prématuré à son quinquennat, mais, une nouvelle fois, d’infimes choses qui touchent à l’essentiel : des petites phrases mal contrôlées prononcées hors des frontières ; un mépris mal caché pour ceux qui l’ont élu – les retraités en particulier – ; un goût juvénile pour l’affrontement et une certaine vulgarité d’époque, dont il y aurait beaucoup à dire.

Encadrant la mystérieuse affaire Benalla qui, parce que mystérieuse, nourrit fantasmes et soupçons, deux photos qui ont en vérité profondément choqué les Français : la première prise à l’Elysée lors de la fête de la musique, la seconde à Saint-Martin en compagnie de deux personnages douteux à demi-dénudés.

Il est probable qu’Emmanuel Macron s’est prêté à l’objectif du photographe sans penser à mal. C’est un désir profond des gens arrivés au sommet que de redescendre de temps en temps, et de descendre d’autant plus bas qu’ils sont montés plus haut. On rencontrait les mêmes dans l’aristocratie française à la veille de la Révolution. Il est bien normal que l’aristocratie de l’ENA adopte aujourd’hui les mêmes comportements et se livre, sans honte, à ce que Tom Wolfe appelait d’une expression si parlante, « La nostalgie de la boue », le plaisir de se vautrer, d’épouser l’espace d’un instant le contraire de ce qu’on est. Tom Wolfe en avait donné un exemple dans Le Gauchisme de Park Avenue : le grand chef d’orchestre Leonard Bernstein faisant la roue devant les Black Panthers, le temps d’une réception mondaine.

Mais laissons là ces considérations sociologiques sur les faiblesses de nos élites technocratiques, qui témoignent surtout de ce qu’en fait, aucun de nos gouvernants ne peut plus monter très haut.

La constitution protège notre Président, et c’est heureux. Son mandat réel d’un an, désormais expiré, se prolongera encore, nominalement, jusqu’en 2022. Sauf catastrophe bien sûr. Des événements graves pourraient même lui redonner momentanément un peu de lustre, même si les attentats de 2014 et 2015 ont montré qu’il ne fallait pas en escompter un regain durable de crédibilité politique. Surtout, l’absence toute opposition organisée, sauf aux extrêmes, protège non seulement le Président, mais le système tout entier dont la famille Le Pen est le meilleur allié puisque, ne pouvant accéder au pouvoir, elle assure comme une rente aux vieux partis, en dépit du discrédit qui est le leur. Et il est peu probable de voir la gauche et la droite se renouveler et se reconstituer, tant elles ont été laminées par l’absurde système des primaires que ces têtes molles avaient inconsidérément adopté en 2017.

Dans ces conditions, peut-être, mais nous abordons ici en terre d’Uchronie, verra-ton ce président désormais privé de toute vraie légitimité, abandonné par la confiance et réduit au maigre carré de ses soutiens de départ (moins Gérard Collomb), continuer de gouverner un peu dans l’intérêt de ses amis et beaucoup dans l’intérêt du cahier des charges fixé par Bruxelles, délivré de toute crainte par l’absence d’alternative. Pour rester en Uchronie et en supposant que la droite et la gauche restent plongées dans l’état de coma dépassé qui est le leur, François Hollande ne pourrait-il pas concevoir l’audacieux scénario d’un retour gagnant en 2022, où il apparaîtrait, le temps ayant fait son œuvre, comme une sorte de Jacques Chirac bonnasse et grâce à Dieu mieux portant ? Il y a des époques où il vaut mieux s’amuser de tout.

Mais revenons à la question centrale : si l’absence de dignité accroît l’inefficacité (l’impuissance politique), l’inefficacité structurelle explique aussi l’indignité et la médiocrité de nos dirigeants (même quand ils se réclament de la pensée de Paul Ricoeur).

Le déclin de l’efficacité du politique a commencé juste après la mort de De Gaulle, lorsqu’on a commencé d’élargir les compétences du Conseil constitutionnel.

J’irai vite. Ce « juge », qui n’était là que pour protéger l’exécutif contre les empiètements du législatif, a peu à peu conquis le statut de « juge de la loi », évolution qui exprimait en fait le renversement des relations entre droits individuels et intérêt commun. Le territoire de compétence du Conseil constitutionnel n’a cessé de s’accroître, au point que l’action du gouvernement (et de tous les responsables politiques) est exposée aujourd’hui à la menace permanente d’un veto des juges, et de juges dont chacun sait qu’ils ne sont pas neutres politiquement.

Les rapports entre démocratie et république (qui ne vont pas forcément ensemble) s’en sont trouvé bouleversés : on est passé d’une république où l’intérêt public l’emportait, le cas échéant, sur les droits individuels, à une démocratie où rien n’est supérieur aux droits des individus.

Ce qui a conforté cette évolution, contribué à ce véritable renversement hiérarchique entre autorité du politique et pouvoir des juges, et entraîné l’impossibilité pratique de toute vraie action politique qui en découle (le gouvernement administre mais ne gouverne plus), c’est que, depuis la fin des années 1970, le pouvoir est essentiellement et de plus en plus empêché : le « souverain captif » d’André Tardieu, ce n’est plus le peuple, mais l’Etat.

Si, concernant les relations entre politique et magistrature, nous sommes revenus à la fin de l’Ancien Régime, lorsque les Parlements (qui étaient alors des cours judiciaires auxquelles on avait donné le droit d’enregistrer, donc de rendre applicables les lois) avaient le pouvoir de faire échec aux politiques réformatrices, dans le domaine strictement politique la marge d’action des gouvernements s’est vu réduite comme peau de chagrin : la décentralisation administrative les a désarmés par le bas ; la construction européenne et la fin des monnaies nationales les ont désarmés par le haut (quelle politique peut-on conduire si l’on ne dispose pas de la maîtrise de la monnaie ?) ; enfin, la globalisation économique a réduit leurs possibilités d’intervention en matière industrielle ou commerciale. L’économie échappe aujourd’hui en grande partie au contrôle des Etats, en tout cas de ceux qui ont laissé tomber de leurs mains « le sceptre et la couronne ». Pour ceux-là – et je ne parle ici que de l’Europe occidentale – le territoire de l’action politique a considérablement rétréci.

On comprend bien que cette déconstruction systématique de l’Etat et la réduction de son champ d’action a eu des conséquences : d’abord le remplacement de l’action politique par les techniques de la « communication », celles-ci ayant pour fonction de couvrir d’un rideau de fumée l’impuissance réelle de nos gouvernements ; et, comme il faut bien faire quelque chose, le déplacement de la décision de l’important vers l’accessoire et l’inutile, autrement dit ce que nous appelons pompeusement les « questions sociétales », ce bric-à-brac où le grotesque côtoie le insignifiant, mais qui, dans la pratique, se traduit par la mise en œuvre et la garantie de droits toujours plus nombreux au bénéfice des individus et, surtout, de prétendues minorités.

Marcel Gauchet l’avait écrit dès 1980 : « Les droits de l’homme ne sont pas une politique. » Les droits de l’homme, c’est en réalité ce qui reste lorsqu’il n’y a plus de politique.

Imagine-t-on, en cas d’accident nucléaire, nos malheureux gouvernements envoyer sur le lieu de la catastrophe, pour éviter que les conséquences n’en soient encore pires, 600 000 militaires, ouvriers, techniciens et pompiers, comme l’ont fait les Soviétiques à Tchernobyl en 1986 ? Certes non. Le nucléaire est d’ailleurs une très bonne illustration du passage, en un demi-siècle, de l’efficacité à l’impuissance politique. Dans quel autre domaine trouve-t-on l’exemple d’une politique qui fut l’effet d’une décision ensuite appuyée par la volonté et la détermination de gouvernements qui surent mobiliser les ressources nécessaires pour mener à bien ce projet ? C’est l’un des grands chapitres de l’histoire des IVe et Ve Républiques. Nous le savons, la plupart de nos centrales ont aujourd’hui dépassé la durée pour laquelle elles avaient été conçues. Pour être à la hauteur des initiateurs de cette politique, il faudrait, en procédant à des arbitrages et des choix douloureux en matière budgétaire, lancer un grand programme de rénovation et de remplacement de notre parc nucléaire, étant entendu qu’il n’existe pas aujourd’hui d’alternative sérieuse à ce mode de production de l’énergie. Mais c’est justement que nos gouvernants n’ont plus les moyens, et moins encore le courage, d’aller contre l’opposition d’une poignée d’écologistes brandissant de grands principes moraux qui ont désormais valeur de tables de la loi et qui, pour le savoir, n’avoueront jamais que l’abandon du nucléaire signifie, comme en Allemagne, de renouer avec le charbon. Comme tétanisés, nos gouvernants promettent donc la fin du nucléaire, suffisamment éloignée dans le temps pour être certains de ne pas avoir à assumer les conséquences de cette capitulation, tout en sachant que le vieillissement des centrales en activité n’est pas sans exposer à quelques risques bien plus sérieux.

Cette situation rappelle fâcheusement la fin de la IVe République, qui ne cessait d’envoyer des renforts sur l’autre rive de la Méditerranée alors même que la majorité des dirigeants ne croyait déjà plus à la possibilité de garder durablement l’Algérie.

Face aux défis qui ne sont plus devant nous, mais qui sont déjà là – environnementaux, démographiques, migratoires ou tenant à la cohésion de nos sociétés – et qui exigeraient de définir des priorités, de faire des choix et de prendre des décisions certainement déplaisantes, nos gouvernants sont absolument désarmés.

Les institutions restent debout ; mais il n’y a plus personne pour les habiter. Faut-il croire à un sursaut ? A une initiative forte et mobilisatrice qui permettrait de renouer les liens de confiance qui se sont dénoués ? Comme on sait, la confiance revient difficilement, dès lors qu’elle a été trahie. Les couples le savent bien. Les raccommodements durent le plus souvent ce que durent les illusions. La solution viendra-t-elle de l’extérieur du système, comme en 1800, en 1940, en 1958 ? Nul ne peut le savoir, ni prévoir sous quelle forme. L’avenir est taiseux, il garde son secret.

Mais peut-être, pour ne pas trop accabler nos dirigeants, est-il nécessaire de rappeler aussi que les citoyens portent leur part de responsabilité dans cette situation. Après tout, si notre république se meurt, ou plutôt se vide de sa substance, c’est aussi qu’il n’y a plus vraiment de républicains. Nous formons assurément une démocratie, et même de plus en plus. Mais une république ? Le démontrer exigerait d’entrer dans quelques considérations détaillées, mais nous pouvons tenir pour acquis que la démocratie est en train de tuer la république, ou que trop de démocratie tue la démocratie. Alexis de Tocqueville en avait fait le sombre pronostic il y a plus d’un siècle : des deux formes de la démocratie, comme égalité sociale et comme liberté politique, la première aurait raison de la seconde. La démocratie comme condition sociale, poussant à l’individualisation toujours plus poussée de nos sociétés, éroderait, jusqu’à les détruire, les idées de bien commun, d’intérêt public, d’amitié sociale, de devoirs envers la collectivité sans lesquelles il ne peut y avoir de citoyenneté, autrement dit de liberté politique, cette liberté politique sans laquelle la démocratie-égalité n’aurait pu s’enraciner. La plante étouffe la racine qui l’a nourrie. Nous en sommes là. La démocratie s’est étendue, depuis la Seconde guerre mondiale, à la plus grande partie de la surface de la terre, et même là où elle ne s’est pas acclimatée, les libertés civiles progressent. Elle est partout, les citoyens nulle part. C’est que le fardeau est trop lourd à porter, et que de moins en moins nombreux sont nos contemporains qui acceptent de sacrifier aux devoirs du citoyen les droits qui n’ont cessé de se multiplier et dont chacun entend jouir pleinement et sans entraves. Une récente étude, publiée au début de 2017 par la revue Journal of Democracy, ne montrait-elle pas que plus on descend l’échelle des âges, moins la démocratie apparaît comme un régime séduisant ? C’est que le lien entre la cause – la liberté – et l’effet – les droits – s’est dénoué. Dès lors, la prédiction la plus plausible qu’on puisse faire consiste à suivre la prémonition de Tocqueville : le gouvernement non-démocratique de la société démocratique des individus, société dans laquelle Homo festivus (si bien anatomisé par Philippe Muray) succédant à Homo politicus, le régime de la simple surveillance destiné à protéger ce grand enfant démocratique contre lui-même, remplacerait le gouvernement de la collectivité par elle-même.

Nous entrons dans une nouvelle ère, et, en définitive, nous avons les dirigeants que nous méritons. Quid, alors, de l’avenir ? Eh bien, nous verrons, ou nous ne verrons pas.

En 1820, Joseph de Maistre, lassé d’entendre Louis de Bonald, son vieux complice en contre-révolution, se plaindre de la marche des choses, lui écrivait ceci :

« Je vois parfaitement ce qui vous choque et vous afflige ; mais j’appelle à mon secours une de mes maximes favorites (…) : L’œil ne voit pas ce qui le touche. Qui sait si vous n’êtes pas dans ce cas, et si l’état déplorable qui vous arrache des larmes est cependant autre chose que l’inévitable nuance qui doit séparer l’état actuel de celui que nous attendons ? Nous verrons ; ou bien nous ne verrons pas, car j’ai soixante ans ainsi que vous, et si le remède est chronique comme la maladie, nous pourrons bien ne pas voir l’effet. »

Patrice GUENIFFEY

 

 

 

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On ne débat plus, on exécute (Michèle Tribalat)

La dernière contribution de Mme Michèle Tribalat, sur son site personnel, témoigne de la difficulté du débat d’idées dans le contexte d’une idéologie dominante qui prétend détenir la vérité scientifique, accapare les milieux supposés intellectuels et les canaux de communication officiels, utilisant l’invective pour réduire au silence toute opposition critique. En voici quelques extraits:

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« Deux affaires récentes racontent le règlement de compte de deux gêneurs, Stephen Smith et Christophe Guilluy. Le premier a écrit un livre traitant de l’avenir des migrations subsahariennes qui a rencontré un gros succès – La ruée vers l’Europe : La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent. Le second vient de publier No Society, la fin de la classe moyenne occidentale, dont certains commentaires laissent à penser qu’il n’a pas été vraiment lu.

Dans ces deux affaires, un procès en légitimité est fait aux auteurs qui, contrairement à ceux qui les ont pris en grippe, n’auraient pas les compétences nécessaires pour traiter les sujets qu’ils abordent.

Deux solutions pour liquider professionnellement un gêneur : ou on y va seul, mais soutenu par des titres qui rendent la contestation quasiment impossible aux yeux du grand public ou des journalistes, ou, n’écoutant que son courage, on chasse en groupe et on se met à plusieurs pour revendiquer les compétences dont manquerait le fauteur de trouble.

Le cas de Stephen Smith relève du premier cas. Le démolisseur, François Héran, est présenté, à tour de rôle ou en même temps, comme philosophe, anthropologue,  sociologue ou démographe, sans oublier ses titres académiques : directeur de l’Ined pendant 10 ans, fraîchement nommé professeur au Collège de France et directeur du tout récent Institut Convergences sur les migrations. Avec tout ça, il ne peut que parler d’or. Si l’on y ajoute le fait que la première salve a été tirée dans une revue de réputation scientifique – Population & Sociétés, le quatre pages de l’Ined – l’effet médiatique est assuré. En effet, le plan de bataille a consisté à frapper fort sur le terrain scientifique, puis à finir le travail dans la presse ou sur internet. Le timing est impeccable. Et si l’accusé se rebelle, l’accusateur est à peu près sûr d’avoir le dernier mot ; un journal ne se risquerait pas à refuser ses pages à un aussi grand savant. Sans compter la reprise en boucle sur internet. Aucun décodeur donc pour voir si la réfutation, dénommée scientifique avec une certaine emphase par son auteur et ceux qui le répètent sans en connaître, tient la route. Pas même les décodeurs du Monde qui titra le 12 septembre 2018 sur la réponse des démographes, comme si un homme aussi prestigieux – « sociologue, anthropologue et démographe, meilleur spécialiste du sujet »- ne pouvait qu’entraîner l’ensemble de la profession derrière lui. Il faut dire, à la décharge du Monde, que la publication dans la supposée très sérieuse revue Population & sociétés de l’Ined peut le laisser croire.

Le succès provient d’abord de la satisfaction idéologique procurée par la dénégation d’un risque de migrations massives en provenance de l’Afrique. Ouf ! On croit tenir là un argument scientifique à opposer aux prophètes de malheur. C’est ainsi que la sociologue Dominique Méda répondit ceci à Guillaume Erner, l’animateur des Matins de France Culture, qui l’interrogeait lundi 15 octobre sur la nécessité d’un débat avec ceux qui pensent mal : « Je pense qu’il faut absolument débattre. Je pense à une autre controverse sur l’immigration, le fait qu’on va être submergés par l’Afrique subsaharienne. C’est très bien, évidemment il faut donner autant… Les médias ont un rôle absolument central… dans cette question. Il faut donner autant de place à l’un qu’à l’autre… Et montrer… François Héran a fait une démonstration magistrale pour montrer la fausseté des thèses du premier. Donc il faut absolument débattre. »

François Héran fait l’hypothèse, dans sa démonstration magistrale, qu’il existe un rapport fixe dans le temps entre la population résidant en Afrique subsaharienne et celle d’immigrés de cette origine résidant en Europe, et donc en France. Si la population subsaharienne double d’ici 2050, celle vivant en France doublerait aussi […]

Que disent donc les observations rétrospectives de ce rapport supposé fixe par François Héran ? De 1982 à 2015, la population immigrée d’Afrique hors Maghreb a été multipliée par 5,1 en France, alors qu’elle ne l’a été (heureusement !) que par 2,4 en Afrique hors Maghreb. L’hypothèse à la base de la démonstration magistrale est donc fausse et conditionne entièrement la conclusion qu’en tire François Héran.

Ce raisonnement était à la portée de tous, a fortiori des 7 membres du comité de rédaction de Population & Sociétés, dont le rédacteur en chef, Gilles Pison. Là aussi, la satisfaction idéologique et le fait que tous partagent la même idéologie ont prévalu sur l’esprit critique attendu d’un comité de rédaction. C’est même la partie de l’histoire qui m’attriste le plus : les relecteurs de la revue de vulgaristation de l’Ined, institut public de recherche scientifique, n’y ont vu que du feu. Je passe ici sur la morgue et le mépris affichés à l’égard de Stephen Smith dans d’autres publications. Cette exécution s’est faite au prix d’une simplification outrancière de son livre qui, rappelons-le, présente, en conclusion, cinq scénarios qui ne se réduisent pas à celui critiqué par François Héran dans lequel Stephen Smith se demande ce qui se passerait si l’Afrique subsaharienne rejoignait en trente ans un niveau de développement équivalent à celui du Mexique.

Dans le cas de Christophe Guilluy, traité par le géographe Jacques Lévy invité le 9 octobre des Matins de Guillaume Erner sur France Culture, d’ « idéologue géographe du Rassemblement National », ce sont vingt-et-un géographes, historiens, sociologues, politistes…, membres de la rédaction de la revue Métropolitiques, qui se sont chargés de l’exécution pour la partie scientifique, quand Thibaut Sardier, journaliste à Libération se chargeait du reste consistant, pour l’essentiel, à trouver une cohérence à des potins glanés auprès de personnes ayant côtoyé Christophe Guilluy ou ayant un avis sur lui (Libération, 15 octobre 2018, p. 24-25).

La tribune des vingt-et-un s’intitule « Inégalités territoriales : parlons-en ! » On est tenté d’ajouter : « oui, mais entre nous ! ». On se demande si les signataires ont lu le livre qu’ils attaquent, tant la critique sur le fond est générale et superficielle. Ils lui reprochent d’abord le succès de sa « France périphérique » qui a trouvé trop d’échos, à leur goût, dans la presse, mais aussi auprès des politiques, de gauche comme de droite. Pour le collectif de Métropolitiques, Christophe Guilluy est un démagogue et un prophète de malheur qui, lorsqu’il publie des cartes et des statistiques, use « d’oripeaux scientifiques » pour asséner des « arguments tronqués ou erronés », « fausses vérités » qui ont des « effets performatifs ». Christophe Guilluy aurait donc fait naître ce qu’il décrit, alimentant ainsi « des visions anxiogènes de la France ». Ce collectif se plaint de l’écho donné par la presse aux livres de Christophe Guilluy qui soutient des « théories nocives », alors que ses membres si vertueux, si modestes, si rigoureux et si honnêtes intellectuellement sont si peu entendus et que « le temps presse ». Le même collectif aurait, d’après Thibaut Sardier, déclaré que l’heure n’était plus aux attaques ad hominem ! On croit rêver.

Le même Thibaut Sardier donne à Jacques Lévy, le vrai géographe, l’occasion de préciser sa pensée : « Je ne veux pas dire qu’il serait mandaté par le RN. Mais sa vision de la France et de la société correspond à celle de l’électorat du parti ». Le vrai géographe en témoigne : « on ne peut être progressiste si on ne reconnaît pas le fait urbain et la disparition des sociétés rurales. » Voilà donc des propos contestant l’identité politique [de gauche] que Christophe Guilluy pourrait se donner pour lui en attribuer une autre, de leur choix, et qui justifie son excommunication, à une époque où il est devenu pourtant problématique d’appeler Monsieur une personne portant une moustache et ayant l’air d’être un homme (émission Arrêt sur images du 29 juin 2018) !

Et l’on reproche à Christophe Guilluy de ne pas vouloir débattre avec ceux qui l’écrasent de leur mépris, dans un article titré, c’est un comble, « Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? » Mais débattre suppose que l’on considère celui auquel on va parler comme son égal et non comme une sorte d’indigent intellectuel que l’on est obligé de prendre en compte, de mauvais gré, simplement parce que ses idées ont du succès et qu’il faut bien combattre les théories nocives qu’il développe. »

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La déconnexion

Sans prétention, il est plus utile de chercher à comprendre le sens des événements en cours plutôt que de se soulager en déversant son trop plein de fiel. Tout ce qui se passe en ce moment était tellement prévisible, tellement attendu! Bien sûr, on a le droit de s’être trompé et d’ouvrir enfin les yeux; mais alors, il faut avoir le courage et l’honnêteté de l’admettre, ce que les commentateurs, les mêmes, basculant d’une hystérie à l’autre, de l’hystérie idolâtre à l’hystérie lyncheuse, paraissent incapables de faire. Plutôt que d’adorer ou de lyncher, deux attitudes qui relèvent de la même démission de la pensée, il me semble préférable, encore une fois sans prétention, d’essayer – j’ai bien dit essayer – de réfléchir.

D’autres effondrements politiques ont eu lieu dans l’histoire récente: 1992-1993, Mme Edith Cresson, le suicide de M. Bérégovoy, puis 1995, le gouvernement Juppé, la paralysie du pays, la dissolution et ses conséquences, le désastreux gouvernement Jospin les 35 heures… Mais aujourd’hui, à la différence des crises du passé, aucune alternative crédible, majoritaire, ne se présente, même mauvaise, dans un paysage politique totalement morcelé, émietté, à droite comme à gauche.

Voilà ce qui se passe: nous atteignons le paroxysme de la déconnexion entre la sphère dirigeante et le pays profond. Entre eux, il n’y a plus aucun rapport, aucune liaison, aucune compréhension possible. Le discours officiel, celui que nous entendions hier soir, semble avoir basculé dans un monde irénique, une sphère éthérée, privée de tout contact avec la réalité.

Il faut voir dans cette situation l’apothéose d’une évolution de long terme, la sublimation de l’individu roi, l’ultra-narcissisme sans frontière comme valeur prédominante, et le sacrifice de la notion de destin collectif. Dès lors, la politique n’est plus tournée vers le service de la nation, mais sombre chaque jour un peu plus dans le grand-guignol destiné à la satisfaction vaniteuse d’une poignée de médiocres et à l’abêtissement des masses.

Question fondamentale: combien de temps peut vivre un pays en l’absence d’un pilotage politique?  En apparence, indéfiniment. Mais dans les profondeurs du pays, cette disparition d’un gouvernail favorise un empilement des désastres: généralisation de la violence, souvent sanglante, migrations non maîtrisées, explosion des dépenses publiques, de la dette, des prélèvements, poussée du communautarisme islamiste dans les « cités », désindustrialisation, chômage gigantesque et pauvreté, vertigineux effondrement du niveau scolaire…

Une attente, un espoir, un espoir infime? En finir avec les frasques narcissiques de ces Messieurs-Dames, de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant pas l’extrême centre, qui n’est pas meilleur que les deux autres extrêmes, aussi délirant, aussi despotique, manipulateur, inefficace et impuissant; et qu’une poignée d’hommes politiques et d’intellectuels se lèvent et proclament: il est temps de restaurer la démocratie et la République française. En finir avec toute forme d’ultra-narcissisme, d’idolâtrie et de prétention mégalomaniaque. Restaurer la République, la Res publica, c’est-à-dire le sens de l’intérêt général, du destin collectif, du bien commun. La France doit se refonder sur les idées, les projets, la volonté générale, populaire, et non plus la sublimation positive ou négative (le lynchage), l’adoration idiote, avant la pendaison symbolique, de quelques pitres médiatisés.

Maxime TANDONNET

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Quand des Français se livrent aux idoles et méprisent les héros

La levée de bouclier de parents d’élèves, de certains professeurs et de militants politiques contre le choix d’Honoré d’Estienne d’Orves  pour dénommer le lycée de Carquefou  est bien à l’image de notre époque. Honoré d’Estienne d’Orves est l’un des tout premiers résistants, résistant de la première heure, dès 1940. Officier de marine, père de quatre enfants, ayant rejoint la France libre de de Gaulle, il a été fusillé par les Allemands à l’âge de 41 ans. L’une de ses filles, rencontrée lors d’un salon du livre, Porte de Versailles, il y a quelques années (2013 je crois) me racontait sa dernière visite à son père en prison, juste avant son exécution. En me parlant, elle n’avait pas de larmes dans ses yeux. Elle avait alors sept ans. Son père, qui était évidemment tout pour elle, lui demandait de ne pas pleurer: « je n’ai fait que mon devoir » lui a-t-il confié et ce furent ses derniers mots dont elle se souvenait. Mais comment une époque aussi globalement médiocre que la nôtre, qui se prosterne devant les pousseurs de ballon et les aboyeurs du petit écran, pourrait-elle admettre l’image des authentiques héros, une image qui la  renvoie à sa médiocrité? Contrairement à une légende, à des récupérations aussi ignobles que mensongères, d’Estienne d’Orves n’était pas spécialement monarchiste et n’avait strictement aucun rapport avec l’Action française; il n’était pas plus de droite nationaliste que socialiste ou communiste. C’est sa fille qui me l’a dit. Il était apolitique, sans idéologie, Français, patriote, soldat, et estimait n’avoir fait que son devoir en rejoignant la Résistance gaulliste. Que l’on puisse s’élever, pour des raisons de sectarisme idéologique, d’ailleurs infondées, contre le fait d’honorer un tel personnage n’est pas seulement honteux, mais profondément misérable. Oui, à quel degré de misère morale et intellectuelle en est-on arrivé pour que, 80 ans après le supplice d’Honoré d’Estienne d’Orves, notre pays puisse offrir un tel spectacle?  Ci-dessous un texte absolument remarquable à ce sujet, de M. Robert Redeker, publié par le Figaro Vox.

Maxime TANDONNET

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Quand des Français adorent les idoles et méprisent les héros

Des parents d’élèves et des élus de gauche se sont dressés pour empêcher qu’un lycée, à Carquefou, portât le nom d’une très grande figure de la Résistance,  Honoré d’Estienne d’Orves. En l’occurrence, la tentative de censure – un peu comme Staline effaçant des photos les alliés et compagnons passés de saison – était idéologique: cette gauche reprochait à ce héros ses penchants monarchistes. Ces incultes eussent préféré, selon leur aveu, que cet établissement s’appelât lycée Hubert Reeves, ou bien lycée Michel Serres – noms tout à fait estimables, convenons-en. A Marseille, les élus de gauche viennent de refuser qu’une place devienne Place Arnaud Beltrame, au motif que ce nom risquerait de choquer une partie de la population. Manifestement, la France d’aujourd’hui, surtout celle de gauche, a du mal avec ses héros. Un constat s’impose: cette France se livre sans pudeur aux idoles – des chanteurs, des sportifs, des animateurs télé – et fuit les héros, qui ont donné leur vie pour elle.

Nous vivons le temps des idoles. Des idoles fabriquées dans des usines affectées à cet effet: les industries planétaires du divertissement, dont la télévision, la radio, et internet, fournissent les trois principaux distributeurs. Ce sont des idoles bien peu exigeantes: elles ne dérangent pas notre confort, elles nous endorment, nous ensommeillant dans la consommation passive. La critique pascalienne du divertissement s’applique: ces idoles nous éloignent du cœur de la vie humaine, de l’important, de ce qui différencie l’homme des bêtes. La vie humaine n’est pas la vie domestique, a noté Hannah Arendt. Mais c’est quoi, demandera-t-on, une vie humaine? C’est une vie dont le but n’est pas la survie, mais la liberté. Et la liberté, c’est quoi, continuera-t-on? C’est l’empire sur soi-même, la mise-à-distance de ses envies et désirs, la capacité de renoncement. Être libre, c’est échapper à la domination des désirs.

Le héros est notre juge, son regard nous renvoie à notre inanité, et cela notre époque ne le supporte pas.

Dans ce cas, pourquoi cette méfiance devant les héros, cette mise-à-l’écart, qui se confirme jusque dans les manuels scolaires et les salles de classe? L’école, en effet, contrairement à ce qu’elle faisait jusqu’aux années 80, se refuse à transmettre l’imagerie des figures héroïques de l’histoire de France. Elle veut promouvoir une autre figure de l’être humain, plus compatible avec le consumérisme hédoniste qui tient lieu désormais d’idéal collectif. Depuis l’estrade du professeur de collège, Thuram et Zidane seront préférés à Clovis, à Charles Martel, à Godefroy de Bouillon, à Saint Louis, voire à Jeanne d’Arc. C’est que les héros sont encombrants. Ils sont même exigeants. Leur principal défaut: du haut de leur stature, ils nous jaugent et nous jugent. Pire encore, aux yeux de nos contemporains: leur grandeur demande de la fidélité. Le héros procède exactement de la même façon que la culture: le passé juge le présent. Le héros est notre juge, son regard nous renvoie à notre inanité, et cela notre époque ne le supporte pas. Le héros affirme que le passé est plus grand que le présent.

Les héros sont encombrants parce qu’ils sont vertueux. Ils font passer la vertu avant la jouissance. Les idoles, elles, à la semblance des dieux païens grecs ou romains – ce que Platon leur reprochait – s’adonnent aux vices liés à la soumission aux désirs, désinhibant par ces exemples les dérèglements de la foule. Toutes les idoles sont esclaves, toutes propagent l’exemple de l’esclavage. A l’inverse de ces idoles, les héros ne poursuivent ni la gloire ni l’argent – ils se sacrifient. Ils ne mettent pas, comme ces idoles, en avant le moi, mais l’instance à laquelle ils vouent leur vie jusqu’à la donner, la nation, la patrie, la France. Un héros est en rupture avec l’idéologie dominante du moi-je, de l’hédonisme généralisé, de l’épanouissement personnel. À l’inverse des idoles, les héros se déploient dans la liberté, qui est tout le contraire de la facilité et de la passivité que favorisent les idoles. Bref, les héros forment l’école aujourd’hui interdite, souvent haïe: l’école de la liberté.

À l’inverse des idoles, les héros ne poursuivent ni la gloire ni l’argent. Ils se sacrifient.

Si notre époque produit des pseudo-héros, la place des véritables héros s’est tellement rétrécie que nous ne ferions pas preuve de cécité en y voyant une place vide. Le héros manque. Les pseudo-héros de notre époque, les héros de marché, qu’ils soient joueurs de football ou bien stars du show-business, ajointent leurs actions à l’argent, à la bourse, réclament des revenus toujours plus élevés. Ils placent le criterium de leur valeur à l’extérieur de ce qu’ils font – dans l’argent contre lequel leur talent est échangé. C’est là, chacun le voit, le contraire de la liberté. L’acte héroïque, à l’opposé, vaut par lui-même, il est à lui-même son critérium. Il est inestimable – en dehors de tout prix. Il n’y a pas d’unité de mesure de l’héroïsme – il est franc, il est libre, il est simple, il est impayable. On se fait rétribuer pour marquer un but, on n’est pas payé pour devenir un héros – loin de là, on le paye fréquemment de sa mort.

Robert REDEKER

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Edito de M. Julien Aubert (député LR) : Un long Dimanche de remaniement

Remaniement: Emmanuel Macron prend son temps. L’opinion publique s’interroge. Les médias dissertent sur la fragilisation politique de l’Exécutif. En réalité, trois facteurs explicatifs sont à l’oeuvre :

1. Le premier facteur d’explication est l’appauvrissement qualitatif de la classe politique nationale. Elle est le résultat tout d’abord de la dégradation de la fonction ministérielle, fille de la moralisation et du recul de l’Etat : avant même d’être nommé, vous êtes mis à nu sur la place publique (patrimoine), puis vos moyens sont bridés (limitation des effectifs de cabinet) avant de réaliser que la décentralisation, l’agenciarisation de l’Etat et la quête perpétuelle d’économies vous privent de marge de manoeuvre. Au surplus, l’époque est au lynchage permanent. Entre la polémique perpétuelle qui fait le fil rouge de l’actu et le buzz des réseaux sociaux, être ministre, c’est devenir une cible. On retrouve une vieille accusation de viol. On fouille dans vos marchés publics anciens ou votre permis de construire. Tout est utilisable, de la facture de cigare à un trajet en avion trop coûteux. En échange, la reconnaissance symbolique de votre titre est très faible.

2. On en arrive donc au point où il est plus intéressant (voire même plus rémunérateur !) d’être Maire de Lyon ou de Tourcoing que Ministre.
L’appauvrissement qualitatif est aussi le résultat mécanique de l’application de la loi sur le non-cumul des mandats, qui fait que les élus « de poids » ont dû arbitrer en 2017 entre un siège au Parlement et leur collectivité. Assez logiquement, ils ont quasiment tous choisi de quitter l’Assemblée -Estrosi, Pecresse, Wauquiez, Le Foll, Valls…. – car les collectivités locales offrent la perspective de budgets et de moyens, alors que depuis quinze ans toutes les réformes ont amputé les moyens donnés aux parlementaires. La conséquence est que le vivier parlementaire dans lequel on puisait pour bâtir un gouvernement s’est rétréci.

3. Le dernier facteur est conjoncturel. C’est le phénomène En Marche, l’histoire d’une secte devenue religion en quelques mois. Aujourd’hui, le Gourou, élu avec une poignée de fidèles, sait que tout le culte tient grâce à lui et il a peu de numéros 2, 3 ou 4 pour l’aider. La personnalité narcissique d’Emmanuel Macron aggrave cet état de fait : peu convaincu de l’apport politique de sa propre majorité, habitué à tout décider seul, très au fait de son talent, il n’a pas pour ses troupes parlementaires une perspective de carrière à leur fournir et de toutes manières infantilise les ministres. Or, qui a envie d’être un simple porteur de valises-maroquins ? Personne. Napoléon en son temps eut le même destin : son génie lui permit de conquérir sans coup férir l’Europe mais lorsque la machine s’enraya, personne à part lui ne pouvait sauver l’Empire de la débâcle. L’Empereur ne pouvant être partout, il s’épuisa. L’incompétence de Grouchy à Waterloo ne put être compensée par le génie Napoléonien et sonna le glas de cette méthode. En d’autres termes, un type brillant ne peut pas contrebalancer seul une masse de lieutenants incompétents.

Ce remaniement qui traîne, succédant à des ministres qui s’émancipent du Président, est donc certes lié à des paramètres conjoncturels mais aussi structurels. Alors que la France a mis des siècles à se doter d’un pouvoir politique national fort, l’incurie et la méconnaissance de l’Histoire nationale ont fini par porter leurs fruits après des décennies de réformes contreproductives, et le gouvernement de la France risque à ce rythme là de ressembler à la commission européenne, composée d’experts sans poids politique.

Julien AUBERT

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Histoire: la guerre de Trente ans (Arte)

Arte diffusait hier soir, de 21H à 23H50, un documentaire sur la guerre de Trente ans qui a dévasté l’Europe de 1618 à 1648. « Chaos: En 1618, une révolte protestante éclate à Prague, la capitale de la Bohême, qui fait partie du vaste Saint Empire romain germanique. Les rebelles chassent leur roi catholique et se dotent d’un souverain calviniste, Frédéric V, qui épouse Élisabeth Stuart, la fille du roi d’Angleterre. L’empereur catholique Ferdinand II veut éradiquer cette résurgence protestante. Les armées se préparent à entrer en guerre et recrutent des mercenaires. Le jeune Peter Hagendorf s’engage pour sa part dans l’armée du royaume de Bohême, où, dans les églises, les calvinistes détruisent des œuvres d’art, avec l’assentiment du roi. À Anvers, le peintre Pierre Paul Rubens se désole de cette furie iconoclaste. » Le film est d’une qualité exceptionnelle. Il bascule sans cesse entre la grande histoire, celle des empereurs, des rois et des batailles, et l’histoire simple des individus pris dans la tourmente et victimes dans leur chair de la folie humaine. On suit Rubens, le père Joseph (conseiller de Richelieu), Peter Hagendorf, soldat protestant, engagé dans les armées catholiques du Saint Empire romain germanique qui tient son journal de bord. Rien n’est simple: derrière la religion se profilent les rapports de force entre les Etats et l’éternel tourbillons des passions humaines. L’histoire  est infiniment plus chaotique et imprévisible que n’importe quel roman sorti de l’imagination d’un individu. L’histoire est faite pour être aimée, offrir des moments d’évasion et de bonheur intense. Elle s’apprend, mais aussi elle se raconte, ou plutôt, elle s’apprend en se racontant et elle s’adresse à tous. La curiosité vaut mieux que l’érudition et le meilleur livre, le meilleur film d’histoire est celui qui touche le plus grand nombre.  S’instruire par le plaisir: quel plus grand bonheur peut-il y avoir sur cette terre? Tout change mais rien ne change jamais: le contexte, les technologies, les idéologies n’ont plus aucun rapport d’un siècle sur l’autre. Mais l’homme reste toujours exactement le même: ivresse du pouvoir, tyrannie de la vanité, démence collective qui entraîne le chaos. Il faut aimer l’histoire, jusqu’à la passion et s’y abandonner pour déchiffrer le présent et l’avenir. Et pour mille émissions grotesques et minables que diffuse la télévision, il se trouve parfois un pur joyau de culture, de plaisir et d’intelligence. Celui-ci est à ne pas manquer. La suite samedi prochain!

Maxime TANDONNET

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« J’espère que le pays ne vous pardonnera pas »

« Vous n’avez pas honte ? Honte de votre paresse ? Honte de votre sectarisme ? » Il faudrait ajouter, à  la jolie phrase de M. Ruffin, « honte de votre bêtise? » Ce dernier a beau être de l’autre rive, il faut lui reconnaître le talent  des formules. « J’espère que le  pays ne vous pardonnera pas ». Par ces mots, il s’adressait à la majorité LREM qui venait de s’opposer à l’ouverture d’un débat sur un amendement présenté par LR en faveur des élèves handicapés, uniquement parce qu’il émanait de l’opposition LR. Ah, il est beau le « nouveau monde« : paresse, sectarisme, bêtise… Sans doute font-ils infiniment pire que l’ancienne majorité socialiste. Jamais sans doute, dans l’histoire de France, même aux pires moments des années 1930, la vie politique n’aura atteint un tel degré de médiocrité.  « Vous n’avez pas honte ? » Comme c’est bien dit! Mais il n’est pas seulement question, dans ce constat affligeant, de l’équipe au pouvoir. L’opposition républicaine, entre le cataclysme en marche et l’effondrement de l’imposture lepéniste, devrait avoir un boulevard grand ouvert devant elle. Or, cette opposition républicaine, en tout cas dans ses sphères les plus visibles et médiatisée, se révèle d’une bassesse presque aussi affligeante. « J’espère que le  pays ne vous pardonnera pas ». J’espère que le pays ne pardonnera pas aux coupables d’un carriérisme éhonté, qui font passer leur ego boursouflé, maladif, avant l’intérêt de la France et se ridiculisent en contorsions minables dans la perspective de pavoiser à leur tour sur le perron de l’Elysée.  « J’espère que le  pays ne vous pardonnera pas ». J’espère qu’il ne pardonnera pas les trahisons pour un maroquin, les manifestations de mégalomanie, les coups tordus, les retournements de vestes, les petites crapuleries grotesques qui ridiculisent la démocratie française. Mais attention, il reste des personnalités politiques intéressantes en France. A l’Assemblée, j’apprécie par exemple M. Guillaume Larrivé, Mme Constance Le Grip ou M. Julien Aubert. Ce sont des hommes et femmes de qualité qui réfléchissent et qui pensent à la France avant de s’enivrer du fantasme élyséen. Au Sénat aussi, un pole de résistance est en train de naître autour de M. Gérard Larcher, M.Bruno Retailleau ou M. Philippe Bas. Voici un petit groupe de personnalités honnêtes, au sens du XVIIe siècle, d’où peut-être, partira la reconstruction de la démocratie française, un peu comme la République a été refondée en 1870 par une infime poignée d’hommes après le naufrage du Second Empire. Nous ne demandons pas aux politiques d’être des génies, des héros, ou des idoles. Par les temps qui courent, chez tout sauveur providentiel sommeille un pitre dégénéré. Nous leur demandons  simplement de cesser de prendre les gens pour des imbéciles. Et le reste en découlera…

Maxime TANDONNET

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