Staline, le cour du tsar rouge, 1941-1953, T II, Simon Sebag Montefiore, Perrin, 2010.

Le tome II est encore plus passionnant que le tome I. Il débute avec l’offensive Barbarossa, le 21 juin 1941, quand sur ordre de Hitler, les chars allemands envahissent l’URSS. Si la décision du Führer allemand a souvent été interprétée par ses généraux comme un geste de folie furieuse, l’attitude du dictateur soviétique est au début tout aussi obtuse et irrationnelle, paralysée par sa confiance aveugle en Hitler. Contre toute évidence, les rapports de ses espions, les forces allemandes massées aux frontières, les premiers bombardements, il est dans le déni absolu du réel et refuse de croire son état-major. L’invasion a débuté, l’armée russe est en déroute: « Incroyablement entêté, le dictateur persistait à s’accrocher à l’idée d’une provocation des officiers allemands […] « Hitler n’est pas au courant, c’est clair ». Staline refusa de contre attaquer avant d’avoir reçu un message officiel de Berlin. « Ce gredin de Ribbentrop nous a joué un tour » répéta-t-il plusieurs fois à Mikoïan. Il refusait de blâmer Hitler. » Mais quand il prend enfin conscience de son erreur, ivre de fureur, il accuse ses généraux de l’avoir trompé et les tient pour responsables de cette bévue titanesque.

Après avoir totalement décapité la direction de l’armée soviétique lors des purges de 1937 (cf t I), pendant plusieurs jours, Staline paralyse les forces de l’armée rouge en s’enfermant dans son obstination et son aveuglement. Sa responsabilité dans la débâcle initiale de l’armée soviétique semble avérée.  Quel fut son rôle réel dans le retournement de la situation,  à partir de la défaite de l’armée allemande devant la capitale russe, en novembre-décembre 1941? Loin de se comporter en génie militaire, maréchal auto-proclamé, il démultiplie les hésitations, les ordres et les contre-ordres. Son refus d’évacuer Moscou a certes eu pour effet de galvaniser les forces de résistance. De fait, l’armée allemande a surtout été vaincue par le froid glacial, -30° . La force de Staline tient à son absolue cruauté. « Menacé d’être encerclé au Sud, Staline prit des mesures draconiennes pour que la terreur galvanise ses hommes au combat. La première semaine, il approuva l’ordre n° 246 du NKVD qui stipulait que les familles des soldats capturés par l’ennemi seraient exécutées, ordre qui fut rendu public par le décret n°270 […] Après tout, c’était la vieille méthode des Bolcheviks. »

Le livre ne cache rien du comportement personnel de Staline, les persécutions contre sa famille, y compris sa fille à laquelle il reproche une liaison amoureuse au point de faire déporter son compagnon, des attitudes obscènes, d’une saleté hallucinante en public, au milieu de ses généraux, le climat de terreur qu’il fait régner en permanence, menaçant de mort son entourage, tout ordre s’accompagnant d’une menace de pendaison en cas d’échec.

L’idée d’un Staline vainqueur de Stalingrad semble plus que douteuse. De ce qui ressort du livre, la victoire des soviétiques, sur laquelle se joue le sort de l’humanité, tient infiniment plus au courage du peuple russe et à la compétence de ses  officiers, qu’au supposé « génie militaire » de Staline.  Certes, ce dernier se complaît à harceler ses généraux de son arrivée au bureau  à midi jusqu’à son coucher à 4 heures. Il ne cesse de hurler, d’humilier, de mépriser son entourage qui tremble devant lui. Il adore moquer ses proches, les ridiculiser en public  et se défausser sur eux de ses responsabilités. Ainsi, il raille son ministre des affaires étrangères, Molotov en 1944, fustigeant en public « ton pacte avec Hitler » (d’août 1939).

Comme souvent les grands caractériels,  sa tendance est à respecter ceux qui lui tiennent tête et à écraser les plus lâches et lèche-bottes.  D’ailleurs, seul, le plus brillant de ses officiers, le général Joukov, lui aussi une brute épaisse, mais extrêmement intelligent, lui résiste; et face à lui, Staline baisse les yeux. L’ouvrage ne cache rien non plus des génocides orchestrés, en 1943 et 1944, par Staline et Beria, envers les minorités d’URSS, Allemands de la Volga, Tchétchènes, Ingouches, Kazakhs, Tatars de Crimée, exterminés et déportés par centaines de milliers, ni des tortures, des viols en masse, des persécutions commis par le NKVD, dans l’indifférence absolue du Tsar rouge qui attribue ces atrocités au besoin des soldats de se défouler.

La richesse de l’ouvrage tient au mélange constant de la grande et de la petite histoire. Voici le récit hallucinant d’un dîner entre les délégations soviétiques, américaines et britanniques, à l’issue de la conférence de Yalta, le 6 février 1945, quand les futurs vainqueurs festoient ensemble dans un climat ambigu, après s’être partagés l’Europe : « Un hôte inattendu assistait à ce dîner épique: Staline avait en effet invité Beria, ravi d’être sous les feux de la rampe, car il commençait à se sentir un peu à l’étroit dans son rôle de chef des services spéciaux. Roosevelt le remarqua et demanda à Staline: « qui est cet homme au pince-nez, assis en face de l’ambassadeur Gromiko? » « Lui? c’est notre Himmler » [le chef de la Gestapo], répliqua Staline sur un ton malicieux. C’est Beria. » L’homme de la police secrète ne dit rien, se contentant d’un sourire qui révéla ses dents jaunes, mais la remarque lui fit sans doute l’effet d’une douche froide [… ] Il était clair que Beria avait entendu. Les Américains étaient fascinés par cet homme mystérieux. Il était petit, gros, et ses verres épais lui donnaient un  air sinistre, mais diaboliquement intelligent. Obsédé par le sexe, Beria se mit à bavarder de la vie sexuelle des poissons avec Sir Archibald Clark Kerr, lui même un séducteur, qui était passablement éméché. De plus en plus ivre, sir Archibald se leva et porta un toast à Beria « celui qui veille sur notre sécurité, notre garde du corps »: un compliment déplacé et maladroit. Churchill, jugeant que Beria était loin d’être un ami recommandable, mit en garde son ambassadeur: « Archie, pas de ça. Fais attention dit-il en le menaçant du doigt. »

Décidément, un beau livre d’histoire, qui concilie réflexion, connaissance de l’histoire et bonheur d’un formidable moment de lecture.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Sept raisons de détester l’air du temps

Je déteste, jusqu’à la nausée:

– L’idolâtrie, le culte de la personnalité sous toutes ses formes possibles et imaginables, la naïveté,  l’extase du jour, l’éblouissement, la servilité mentale, la bêtise en somme,  autour de sauveurs providentiels, quels qu’ils soient, de l’extrême gauche, à l’extrême droite, avec  la complicité du monde médiatique.

– L’esprit de haine, de calomnie, de délation, qui pèse sur le pays, les dénonciations sans preuve, les lynchages sans autre forme de procès, y compris concernant les Darmanin ou les Hulot ou tout autre dans le genre, quels que soient l’indifférence ou le mépris que je porte par ailleurs aux personnages susceptibles d’être visés.

– La servilité médiatique, le conformisme bêlant, la lâcheté, l’esprit lèche-bottes, les mensonges, la propagande, le matraquage, l’aveuglement volontaire, la bouillie infâme qui circule sur les fausses réformes mensongères ou démagogiques, vides de tout contenu, qui ne servent qu’à exciter la polémique et manipuler l’opinion, les manipulations de masse qui consistent à maquiller les pires lâchetés, les échecs et reculades en victoires triomphales.

– Les détournements de la vie politique, de l’intérêt général, du bien commun et des débats d’idées, au profit de la vanité narcissique et maladive de quelques pitres médiatisés, la politique spectacle, le carriérisme forcené, la quête de notoriété, la revanche sociale à travers le mandat politique pour les plus médiocres intellectuellement, moralement, humainement, d’une génération.

– La trahison permanente de la démocratie, du pouvoir du peuple, à travers un mépris généralisé de ce que les soi-disant « élites dirigeantes ou influentes » considèrent comme « la vile multitude », les référendums foulés au pied, les élections validées avec plus de 50% d’abstention, cet état d’esprit qui tient les gens, le peuple, pour une entité négligeable et indéfiniment manipulable.

– La destruction de l’intelligence à travers le nivellement par le bas qui s’accélère (réforme du bac), l’effondrement du savoir, de la culture, de la réflexion et de l’esprit critique qui se manifeste dans le saccage scolaire et universitaire de l’histoire, de la littérature, de l’orthographe ; la crétinisation dont se nourrissent les manipulations de masse.

– La soumission passive et fataliste aux grandes tendances historiques qui, par-delà les gesticulations médiatiques et politiciennes,  entraînent une fois encore, la nation vers le précipice : crétinisation, déclin de l’autorité de l’Etat, chômage de masse, paupérisation galopante, désastres démographiques, désindustrialisation, violence de plus en plus exacerbée et sanguinaire, fragmentation de la société à travers le communautarisme.

Maxime TANDONNET

 

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A Maelys

Il est des crimes dont l’atrocité dépasse tout ce que le mots ou les phrases peuvent exprimer et qui vous laissent accablé, glacé, anéanti, comme transi d’horreur. Les paroles ne servent à rien et seul le silence est digne en de telles circonstances. Et pourtant, comment s’empêcher de dire qu’elle était jolie comme un ange, délicieuse, pleine de vie et d’avenir, faisant le bonheur de ses parents et de ses copines. Qu’il me soit permis d’exprimer mon infini chagrin pour cette tragédie sans nom et mon immense et sincère compassion pour les parents de Maelys.

Maxime TANDONNET

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Contre le service national universel ou parcours citoyen

La création d’une service national universel ou parcours citoyen est une fausse bonne idée.  S’il fallait mobiliser les Français face à une menace militaire pour soutenir leur armée ou participer à la défense de la France, une levée en masse  se justifierait pleinement. En revanche, une corvée d’un mois, créée ex-nihilo, sans but précis, réservée aux jeunes (pourquoi eux?) ne servirait strictement à rien. Trente jours n’est pas une période suffisante pour assurer un processus d’intégration: c’est le temps d’une colonie de vacances. Pire, cette durée serait semble-t-il décomposée en étapes citoyennes… L’opération coûterait une fortune: sans doute 4 à 6 milliards d’euros pour héberger, nourrir, encadrer une classe d’âge. Un pays qui compte une dette publique de plus de 2000 milliards d’euros (égale au PIB) et bat tous les records de prélèvements obligatoires peut-il encore se permettre de jeter les milliards par la fenêtre? Et dans quel but, quel objectif? En un mois, il est impossible de trouver le temps de former ou de préparer un jeune à une activité d’utilité quelconque, surtout un mois fractionné en trois. Le seul résultat serait d’engendrer une contrainte pour des jeunes qui travaillent, étudient ou cherchent un travail. Un quart  des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage et en souffrent et nombre des autres vivotent avec des salaires qui ne leur permettent pas de se loger (à Paris) donc privés d’autonomie. Alors, méritent-ils l’humiliation supplémentaire d’une corvée inutile et totalement privée de sens? Nous sommes là au cœur de la bêtise française. Il faut mettre en oeuvre une promesse de campagne présidentialiste grâce à laquelle un homme (celui-ci ou un autre, peu importe) peut bomber le torse et pavoiser sur la terrasse de l’Elysée. Et cela à n’importe quel prix: celui de dépenses astronomiques,  d’aggravation de la dette publique, de mise en branle d’une monstrueuse et vaine usine à gaz,  et du temps perdu pour tout le monde. Le grand spectacle politicien va occuper le monde médiatique pendant quelques semaines. Pendant ce temps, les vrais problèmes ne seront pas traités. Avant que la montagne n’accouche d’une souris. J’ignore si de mon vivant, des trois ou quatre décennies qu’il me reste à vivre, si Dieu le veut, j’aurai le plaisir de voir sombrer ce système qui atteint le paroxysme de la débilité.

Maxime TANDONNET

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« La France s’ennuie »

« La France s’ennuie », pourrait-on dire, à l’image de Pierre Viansson-Ponté, journaliste au Monde, le 15 mars 1968. Ces propos ont été considérés comme annonciateurs du séisme révolutionnaire de mai 68, il y a 50 ans tout juste et cela ne nous rajeunit pas…

L’actualité est, il est vrai, d’une pauvreté inouïe, comme écrasée par la routine. En surface, le grand Guignol habituel est à l’oeuvre: annonces tonitruantes, aussi creuses que verbeuses, polémiques virulentes, coups de menton, gesticulations médiatiques, avalanches de réformes factices. Et dans les profondeurs, poursuite de la pente dont tout le monde, finalement, s’accommode: déficits, prélèvements records, dette, chômage, pauvreté, violence, désindustrialisation, déclin de l’intelligence et de l’école, négation de l’autorité de l’Etat, fragmentation de la société… C’est fou comme le « nouveau monde » ressemble à « l’ancien »!

De cette comédie lamentable, un point me sidère particulièrement, comme incompréhensible: pourquoi les principaux politiciens s’accrochent-ils avec autant de hargne? Le métier est tragique: humiliations à grande échelle, mépris, échecs. Pourtant, ils ne doutent de rien.

M. Valls vient de déclarer que « le quinquennat de M. Hollande fut un échec ». Bien. Il en fut le pilier principal, comme Ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre pendant trois ans. Qu’attend-il désormais?  Basta! C’est fini! Qu’il manifeste un peu de grandeur en faisant son mea culpa. J’ai voulu bien faire et j’ai échoué. La politique est un monde d’une violence et d’une difficulté extrême. C’est tellement facile, aujourd’hui de cogner sur Hollande, pour ceux qui en furent ses plus authentiques créatures. Qu’il écrive ses mémoires et cultive son jardin.

Mme LP est encore et toujours sur tous les écrans de télévision. Il fallait s’y attendre. Voilà au moins quarante ans que cette famille envenime les difficultés de la France, sert de repoussoir médiatique destiné à diaboliser les sujets qui préoccupent le pays autour de l’avenir de la nation, la sécurité, la maîtrise des frontières, le danger communautariste et de tremplin au pouvoir socialiste. Le monde médiatique tremble à l’idée de la disparition de ce pilier de l’idéologie française et il est prêt à tout pour la sauver de l’oubli.

Et d’autres encore réapparaissent: Mme Dati, Mme Moreno, mon ami M. Hortefeux, sont au premier plan de l’entourage de Laurent Wauquiez président des Républicains. Pourquoi donc?  Il ont eu leur place au tout premier plan. Il est temps de passer à autre chose. Les cimetières sont pleins de gens indispensables. La vie offre tellement de solutions en dehors de l’esbroufe politico-médiatique: voyager, lire, cultiver son jardin et même, travailler… La vie normale, en dehors de l’univers factice de la vanité médiatique, est pleine de satisfactions. Tout cela, franchement, n’est pas très bon signe…

Quant à M. Thévenoud, il vient de déposer un brevet autour de sa trouvaille: « phobie administrative ». Voici le symbole même du pire de l’imposture politicienne, « faites ce que je dis et ne dites pas ce que je fais ». Un pilier du pouvoir socialiste 2012-2017, spécialisé dans la fraude fiscale, dont il apparaît qu’il ne déclarait pas ses impôts. Voilà comment, sous une forme la plus emblématique, la plus paroxystique, on se moque des gens. Une faute grave, naufrage dans l’hypocrisie, disons que cela peut arriver dans certaines circonstances de la vie. Mais alors là, franchement, en tirer fierté au point de la graver dans le marbre, cela dépasse tout entendement…

Les hommes et femmes politiques ont une mission respectable: pendant dix ou quinze ans, servir la nation et le bien commun. Mais après, ils doivent accepter de passer la main. Oui, la France s’ennuie mais l’histoire ne se répète jamais en des termes identiques et ses soubresauts revêtent des habits nouveaux à chaque fois. Il n’y aura pas de mai 68 mais sans aucun doute une explosion prochaine, tout aussi tragique, mais sous des formes que nul ne peut imaginer.

Maxime TANDONNET

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20 ans déjà, Claude Erignac

Je l’ai bien connu quand j’étais son tout jeune directeur de cabinet à la préfecture de Versailles. Le rez-de-chaussée de la préfecture des Yvelines, voisine du château, était composé de vastes bureaux intimidants, salons prestigieux, aux murs et plafonds ornés de dorures, aux tapis et meubles anciens, de grandes portes-fenêtres donnant sur un parc.

Erignac, dès notre première rencontre, m’avait impressionné. Son personnage correspondait à ce décors: le pas sûr, l’allure cambrée, mince comme un fil, un visage étroit, allongé, des cheveux grisonnants, raides, coiffés en arrière, des lunettes sévères, le costume sombre tiré à quatre épingles, des chaussures parfaitement cirées. Il s’exprimait d’une voix claire, haute, autoritaire, homme d’action, décideur responsable qui ne se dérobait jamais. Il avait une vision rigoureuse du travail et de l’action: il lui fallait des résultats.  Les belles paroles inutiles, la frime, les cérémonies grandiloquentes lui étaient insupportables. Le temps lui paraissait compté : pas une minute ne devait être perdue.

Dans sa mission, il n’avait qu’un mot à la bouche : le service de l’Etat dont il défendait l’autorité. « Si je cède là-dessus, je cède sur tout » avait-il coutume de dire. Un député et président du Conseil général de l’époque, pressenti pour entrer au gouvernement ne l’impressionnait absolument pas. L’Etat, le détenteur de l’autorité républicaine, dans les Yvelines, à deux pas du château de Versailles, c’était lui et personne d’autre. Il n’avait peur de rien ni de personne.

Mais le soir tard, dans son bureau, il écoutait de l’Opéra en travaillant. Dans les moments de relâche, il pouvait se montrer d’une extrême gentillesse et humanité. De religion protestante, croyant et pratiquant, il perdit sa mère pendant son mandat versaillais. Dans le grand couloir qui longe les bureaux de la préfecture, je lui présentais mes condoléances. Après une brève poignée de mains, il me dit : « C’est un au-revoir, pas un adieu. Ma douleur est intime, personnelle. Elle ne doit strictement rien changer pour notre mission ». Il adorait le tennis, le vélo pendant le weekend. Il recevait des intellectuels à sa résidence et aimait leur parler d’histoire. Il était sans prétention leur posait mille questions mais ne donnait jamais de leçon. Erignac aimait passionnément la vie.

Quatre ans plus tard, au lendemain d’un 6 février maudit, un samedi matin, vers 8 heures, je reçois un coup de téléphone d’un proche. « Tu as entendu les actualités ? Le préfet de Corse a été assassiné ! Tu le connaissais n’est-ce pas ?» Je me rue sur la télévision. Je vois mon Erignac étendu par terre, la face contre sol, l’une de ses chaussures noire arrachée. Alors, je me suis effondré, comme jamais peut-être dans toute ma vie. Le sentiment d’injustice et de rage devant la bêtise éternelle et criminelle. Ils visaient le préfet. Ils ont assassiné un homme.

Maxime TANDONNET

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SDF « par choix »?

Un député issu du « renouvellement » de 2017 déclare que « l’immense majorité des SDF dorment dans la rue par choix. » Il parle ainsi d’hommes et de femmes qui sont de grands naufragés de la vie, ont sombré à la suite d’un malheur personnel, perte de leur emploi, maladie, addiction, séparation, rupture familiale, ou deuil. Ces paroles sont le fidèle reflet d’une partie du monde politique, issue de la recomposition, des hommes et femmes qui s’ébattent dans un monde virtuel, celui où ils vivent, et ne cessent de s’enfoncer dans une logique de déni de la réalité. Ces mots ont un côté table rase. Ils ont pour effet d’évacuer des choses qu’ils ne veulent pas voir tant elles les terrifient, contrastent avec le petit cocon narcissique dont ils s’enrobent. Par choix, la solitude? Par choix, le froid et la faim? Par choix, les nuits glacées? Par choix, les matins sans espoir? Par choix, la violence de la nuit? De tels mots sont l’expression parfaite de la fuite d’une petite caste devant le monde des réalités. Ils m’ont fait penser à ce Monsieur de la soixantaine qui vivait sous une tente du bois de Vincennes, mort il y a quelques années par grand froid dans l’explosion de son réchaud à gaz. Ils illustrent à merveille la perte de sens de la politique, en principe au service des hommes et des femmes, du bien commun. Pour tout dire, ils ne sont pas dignes du Parlement français, ni de la démocratie.  Ils sont le fruit d’un système à bout de souffle. La démocratie est censée faire émerger des hommes et des femmes de talent, de bon sens, dévoués à l’intérêt général. Détournée, dévoyée, elle produit tout le contraire, un mélange de nullité prétentieuse et de vanité stérile. La grande déflagration politique de 2017 aurait pu déboucher sur un progrès. Elle a engendré le pire.  La démocratie française est à refonder, à repenser de fond en comble.

Maxime TANDONNET

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Législatives partielles, l’euphorie est-elle de mise?

Les Républicains viennent de remporter les deux élections législatives partielles de Belfort, et du Val d’Oise, avec respectivement 59% ds voix et 51,5%, contre le candidat de LREM. « Une belle victoire pour notre famille politique » déclare l’un des nouveaux députés LR.

Le résultat de dimanche est en effet révélateur de plusieurs phénomènes. Il consacre l’effondrement du PS et la chute du FN, permettant ainsi à LR de se positionner en première force d’opposition. Il souligne également la situation précaire de l’équipe au pouvoir. Dans un contexte officiel et médiatique dominé par l’optimisme, le culte du renouveau, de la recomposition, ces résultats tombent comme un pavé dans la mare. Ils expriment, ni plus ni moins, une lassitude prématurée de l’opinion envers la fuite du politique dans le virtuel – culte de la personnalité, postures, images, annonces, fausses réformes tonitruantes dans tous les domaines – au détriment du monde des réalités, du quotidien et de la préoccupation – ou la souffrance – des Français.   A ce rythme d’usure du pouvoir, la glissade des 4 années et demi à venir s’annonce vertigineuse et lourde de menaces d’explosion.

Pour autant, nul ne saurait jubiler. De longues séries de victoires aux législatives partielles, de 2012 à 2017, n’ont pas empêché les Républicains de se fracasser en 2017. Avec le système du présidentialisme à outrance, la vie démocratique est asservie au moindre scandale, manœuvre, manipulation et autre coup médiatique. Mais surtout, ces résultats, s’ils dénotent le rejet du pouvoir en place, ne manifestent guère d’enthousiasme pour une solution de recours. Le taux d’abstention est considérable: 74% à Belfort et 80%  dans le Val d’Oise. Comment le nier et fermer les yeux sur la faiblesse de la participation? Ce taux d’abstention dénote que la défiance des Français envers la politique ne cesse de s’aggraver. Le vrai vainqueur, c’est l’indifférence: 80%!

Le sondage CEVIPOF sur la confiance des Français, vague 9, janvier 2018, en témoigne. A l’issue d’une année électorale à l’aune de la « transformation », il souligne que rien n’a changé en profondeur: le matraquage généralisé autour de « l’optimisme » et de la « table rase » laisse les Français de marbre. 33% d’entre eux font confiance à « l’institution présidentielle » (-1); 29% à l’Assemblée nationale (-13); 32% à l’Union européenne (-6). L’image des partis politiques ne cesse de se dégrader. Ils sont l’institution la plus impopulaire: 9% de confiance (-2)! Moins de 10% des Français font aujourd’hui confiance aux partis! 83% des Français pensent que les responsables politiques « ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme eux » (économie, social, autorité, immigration, sécurité…) La politique inspire aux Français : 39%, de la méfiance; 25% du dégoût; 11% de l’intérêt, 9% de l’ennui… Au total, 76% de perception négative et 22% de positive.

La fracture démocratique, le fossé entre la nation et ses milieux dirigeants, continue à s’aggraver par delà le « séisme » politicien de 2017. Le fond du sujet ne tient pas à telle ou telle performance électoraliste du jour. Il est tout entier dans la nature même de la politique et de la démocratie telle qu’elle est pratiquée.  La personnalisation médiatique du pouvoir à outrance, la plongée de la vie politique dans l’ivresse de la communication, le carriérisme narcissique sous toutes ses formes, le mépris des gens, du peuple – de ce qu’il pense et de ce qu’il veut – l’hallucinante débauche du « faire-croire et laisser-penser », la négation permanente du monde des réalités, l’obsession de la réélection et de l’image personnelle, au détriment de l’intérêt public, voilà tout ce que les Français, au-delà des hommes et des majorités, ne supportent plus.

La politique est à réinventer de A à Z, autour du Bien public, de la vérité, du rejet viscéral de tout excès de personnalisation du pouvoir, de la modestie, de la discrétion, de la mobilisation des énergies autour d’une ambition collective, de la volonté et de la fermeté dans la mise en oeuvre des décisions démocratiques, de la supériorité de la chose publique – res publica – sur toute forme d’intérêt personnel, matériel ou de vanité. La question n’est pas de « transformer » la France, formule excessive qui dénote une fuite du monde des réalités dans l’esbroufe, mais de substituer l’action en faveur de l’intérêt général à la provocation, aux calculs intéressés et à la manipulation. Et tant que cette prise de conscience du profond malaise politique de la France ne viendra pas, comme enfouie dans les sables de l’aveuglement, rien de solide ne se fera jamais, quels que soient les hommes et les majorités.

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: Staline, la cour du tsar rouge (I) 1929-1941, par Simon Sebag Montefiore, Perrin 2010

Connaissez-vous Kaganovitch, Vorochilov, Molotov, Boukharine, Mikoïan, Kirov? Ce sont des membres du politburo du parti communiste de l’URSS, les plus fidèles disciples de Staline dans les années 1930. Cette monumentale biographie de 1500 pages intenses raconte la grande et la petite histoire du dictateur soviétique et de sa cour. Tous sont unis par un dévouement fanatique à la cause du bolchevisme. Le livre commence par le suicide de Nadia, sa femme hystérique, névrosée, jalouse, à la suite d’une soirée d’anniversaire arrosée au cours de laquelle le Tsar rouge a flirté avec la compagne de l’un de ses amis.

L’ouvrage n’épargne rien de cette petite cour qui vit repliée sur elle-même dans les murs du Kremlin, autour de Staline leur demi-dieu et maître à penser. L’URSS est mise à feu et à sang par la persécution des Koulaks, petits paysans de Russie, de Géorgie et d’Ukraine, qui sont les ennemis et gibiers de potence du régime. Les campagnes sont ensanglantées, ravagées, affamées par les descentes des soviétiques qui reprochent à la paysannerie de saboter la marche vers le communisme en refusant de livrer ses blés et ses farines. Dans le train qui emporte la cour vers ses nombreuses datchas, luxueuses résidences secondaires, par exemple à Sotchi, la préférée de Staline, les dignitaires du régime baissent les rideaux pour épargner à leurs enfants la vision des amoncellements de cadavres qui jonchent les champs et les villages. Au moins dix millions de morts.

En 1937, à la suite de l’assassinat de l’un des compagnons de Staline, Kirov, à Leningrad, le régime franchit un nouveau palier dans la folie meurtrière. C’est là qu’entrent en jeu deux nouveaux amis du tsar rouge, Beria, Ejov, dit « le nabot », bourreaux de la police stalinienne, le NKVD, qui mettent en oeuvre les grands massacres de l’époque. Le régime sombre alors dans une véritable terreur aveugle. Toute dénonciation, ou suspicion de tiédeur envers Staline vaut arrestation, torture dans les caves du Kremlin et mise à mort sadique après passage aux aveux.

Les meurtres se comptent par centaines de milliers dans tout le pays. La hiérarchie militaire est décimée, l’administration, le parti lui-même. Dans tout le pays les dirigeants soviétiques reçoivent des « quotas » d’exécutions à réaliser: 10 000, 40 000, 100 000. Staline en demande toujours davantage. Les épouses et les enfants ne sont pas épargnés. Les familles sont prises en otage avant d’être exterminées. A un certain stade, il n’est même pas nécessaire d’avoir un prétexte, une raison, pour répandre le sang: il faut tuer pour tuer. Les listes sont soumises à Staline qui les signe. Le soir lui et ses disciples ricanent en dansant et en buvant du récit des tortures et des exécutions de leurs anciens amis. Les plus proches, soudain soupçonnés de trahison, pour un regard, un infime état d’âme sur la tuerie en cours, sont à leur tour enfermés et massacrés, avec leurs proches. « Cette hécatombe toucha le cercle de Staline avec une force particulière. Les dernières estimations indiquent que toutes données confondues, 1,5 millions de personnes furent arrêtée, et environ 700 000 fusillées… Frappez, exterminez sans trier, ordonnait Ejov à ses bourreaux ».

La plupart des personnages du récit sont des êtres médiocres, des illettrés, incultes, lâches et faibles d’esprit. L’adoration de Staline est l’un des aspects les plus étranges du livre, la fascination que dégage ce personnage épouvantable à tous les égards, à l’époque admirateur de Hitler et de sa « nuit des longs couteaux ». Les hommes de son entourage se damnent pour passer un moment avec lui, s’enivrer dans une soirée, avant d’être interpellés par le NKVD en sortant de son appartement. Après des journées et des nuits de tortures au moment d’être exécuté d’une balle dans la tête par Ejov en personne, un membre du politburo supplie ce dernier: « dis à Staline que je l’aime passionnément… » Les survivants sont les plus inconditionnels, les lèche-bottes absolus: « Sur l’appel de Yakir, Staline écrivit: « un salaud et une putain ». Définition parfaitement exacte » confirma servilement Vorochilov. Molotov, apposa aussi sa signature, mais le meilleur ami de Yakir, Kaganovitch, ce crut presque obligé d’en rajouter: Pour ce traître, cette crapule, cette merde, il n’y a qu’un seul châtiment possible: la mort. »

Le dictateur laisse faire l’extermination de sa propre famille, donnant ainsi l’exemple de son dévouement suprême au socialisme.  Les bourreaux tombent à leur tour en disgrâce. Le sinistre nabot Ejov, supplanté par Beria, pire que lui dans l’ordre du cynisme, de l’obséquiosité et de la cruauté, finit exécuté dans les geôles du NKVD.

Le secret de Staline se trouve peut-être dans ce passage extraordinaire du livre, où, de retour dans son village natal de Géorgie en pleine terreur, il retrouve sa vieille mère agonisante: « Ce jour-là, Staline, assis à ses côtés et tout sourire, lui posa une question révélatrice: « Pourquoi me battais-tu si fort? » C’est pour ça que tu as si bien tourné », répondit-elle, avant de demander: « Iossif, qui es-tu maintenant, au juste? » « Eh bien, tu te souviens du tsar? Je suis un peu un tsar ». « Tu aurais mieux fait de devenir prêtre », lui répondit-elle, une remarque qui enchanta Staline. »

Un chef d’oeuvre, à lire absolument.

Maxime TANDONNET

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La déliquescence de la politique française

Ci-dessous, ma dernière contribution au Figaro Vox. 

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« J’avais ourdi le complot» raconte l’avocat Robert Bourgi dans l’émission de BFM, intitulée, « qui a tué François Fillon? » Son témoignage nous remémore le fond des ténèbres atteints par la politique française il y a tout juste un an. Qu’est-ce que la politique ? En principe, le débat d’idées, le choix d’un projet en vue de bâtir un destin commun et de régler le mieux possible les défis du présent et de l’avenir. Ces révélations donnent un nouvel aperçu du pire de la vie publique, un cocktail de batailles d’ego, de rancœurs, de vengeances personnelles qui anéantit toute idée de bien commun et d’intérêt général. A-t-il un intérêt, autre qu’anecdotique?

Aujourd’hui, la mode est à l’optimisme. Le discours dominant dans les médias et la presse sublime la recomposition de la classe politique et son rajeunissement. Le nouveau monde aurait définitivement enterré l’ancien. Les évènements de l’hiver 2017 semblent être à des années lumières. La France a son plus jeune président de l’histoire. Un grand balayage a entraîné le renouvellement du visage des députés et des ministres. La croissance est de retour. « France is back », la France est de retour.

Et si tout cela n’était qu’illusion ? Et si les causes profondes du Fillongate de 2017, la pire catastrophe démocratique de l’histoire contemporaine, bien loin de se résorber, n’avaient jamais été aussi vivaces sous le couvercle du brouhaha quotidien ?

Le déclin de la culture et de l’intelligence politiques est au centre du grand malaise, touchant en premier lieu les élites dirigeantes et médiatiques. Toute la vie politico-médiatique se ramène désormais à des effets de personnalisation narcissique au détriment des convictions. La Nation est amenée à voter pour l’image d’un individu, les sensations qu’il inspire, une image parfaitement volatile, conditionnée par les soubresauts des émotions collectives, au fil de l’actualité et le matraquage médiatique. Dès lors s’efface la notion de choix de société sur les grands sujets du moment: l’école, l’industrie, la dette, l’immigration, le chômage, l’autorité de l’Etat, la sécurité, la refondation de l’Europe…

Où a-t-on vu, depuis la déflagration de 2017, le moindre essai de réflexion sur un régime politique évidemment à bout de souffle, fondé sur l’idolâtrie narcissique, qui ne cesse de s’aggraver, la démagogie, la dissimulation, l’impuissance publique, la frime inefficace, la fuite devant la réalité et le sens de l’intérêt général au profit de l’image. Nulle part! Cette réflexion est comme interdite, étouffée par un carcan d’abêtissement collectif.

« Renouvellement », disiez-vous? La cassure entre le peuple et la classe dirigeante, comme le souligne le nouveau sondage CEVIPOF 2018 sur la confiance des Français, n’a jamais été aussi profonde: comme les années précédentes, 77% des Français ont une image négative de la politique qui leur inspire de la méfiance,39%, du dégoût, 25%, de l’ennui, 9%, de la peur, 3%. Par-delà l’effervescence joyeuse de la « France d’en haut », la fracture démocratique, ce mal qui ronge le pays, ne cesse de s’aggraver.

L’obsession élyséenne, quintessence de la dérive mégalomaniaque de la politique française au détriment du bien commun de la Nation, et les guerres d’ego qui ont conduit les Républicains à cette hallucinante déflagration de 2017, vont-elles enfin cesser ? En effet, la chute du FN et du PS, les tâtonnements de LREM, pourraient ouvrir un nouvel espace aux Républicains. Ont-ils enfin décidé de se mettre au service du pays et non d’eux-mêmes ? Tout laisse penser que non. La révolte des barons contre M. Wauquiez donne le sentiment que rien n’a changé à cet égard. Summum de l’absurdité et de l’obsession élyséenne: plutôt que de se pencher sur les raisons profondes de la crise de la politique française, certains, songeant uniquement à leur destin personnel, ramènent déjà la question des « primaires » de 2022, sans la moindre considération pour leur faillite en 2016-2017 !

Le récit de M. Bourgi sur BFM est purement anecdotique. Il est l’arbre qui cache la forêt. La politique française connaît une vertigineuse crise du sens dont le séisme de 2017 fut la première manifestation. D’autres viendront, encore pire. Aujourd’hui, rien n’a changé. Le mélange de nihilisme et de fureur narcissique, sur les ruines de l’intelligence politique, n’en finit pas de détruire la démocratie. Vous avez aimé 2017 ? Vous allez adorer 2022 !

Maxime TANDONNET

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Non au lynchage de M. Darmanin

Les pétitions et les prises de position se multiplient en ce moment à l’encontre de M. Darmanin, accusé de viol, réclamant sa démission de ministre du budget. Il n’existe aucune preuve, aucun témoignage contre lui (autre que celui de son accusatrice). N’oublions pas les grands scandales qui ont détruit des vies sur la base d’accusations, l’affaire Dominique Baudis, l’affaire d’Outreau. Dans ce dossier, ce que nous pensons personnellement de M. Darmanin en tant qu’homme politique, n’a strictement aucune importance. Deux questions sont en jeu. L’une est politique. S’il suffit d’une accusation lancée par quelqu’un et remontant à des années ou des décennies pour obtenir une démission d’un ministre et déstabiliser un gouvernement, c’en est fini de la politique, c’en est fini de la démocratie. Toute velléité d’exercer un pouvoir politique, de droite, de gauche, du centre, sera anéantie avant même d’avoir commencé. Plus aucun gouvernement ne sera possible et seul le chaos triomphera. L’autre enjeu est celui de l’Etat de droit et du respect des personnes. Sommes nous dans une société de droit ou une société de lynchage? S’il suffit d’une accusation, dans la logique de « balancetonporc » pour enclencher un processus de destruction, nous sortons d’une société fondée sur le respect du droit de la défense et de la présomption d’innocence. Nous retournons à la barbarie de la « loi des suspects » de septembre 1793. La délation et la calomnie deviennent alors les piliers de la société contemporaine. Il suffit de dénoncer son voisin pour obtenir sa tête. Et nul d’entre nous ne sera plus à l’abri. M. Darmanin est ce qu’il est en politique. Ici, ce n’est pas le problème. Il appartient à la justice, seule, de suivre son cours. Sa démission, avant tout jugement, serait un désastre supplémentaire pour la démocratie et pour l’avenir de la société française.

Maxime TANDONNET

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La pente est raide…

Le projet de réforme du bac en circulation marque une nouvelle étape dans la course à la médiocrité.

La suppression des séries en première, littéraire, économique et sociale, scientifique, va dans le sens du nivellement par le bas. En mathématiques et en physique, par exemple, le programme de base devra être adapté à tous les lycéens. Dès lors, l’exigence qui s’attache encore aujourd’hui à la série scientifique sera abolie. Resteront les options mais ces dernières ont, par définition, un caractère accessoire. Le même raisonnement est applicable au français et à la philosophie, pour la série littéraire, à l’économie pour la série économique et sociale. Il faut rompre avec « l’élitisme » de la série scientifique nous dira-t-on. Cela s’appelle bien le nivellement par le bas.

La création d’un « grand oral » qui représenterait un coefficient de 30% de la note globale relève d’une logique particulièrement douteuse. La formule est prétentieuse. A la fin de la terminale, on ne sait presque rien. Alors que veut-on juger? Un niveau de culture générale proche du néant?  Impossible! La facilité d’élocution? Injuste pour des jeunes impressionnés ou timides, l’avantage revenant à l’esbroufe. Au contraire favoriser l’égalité des chances en  avantageant les enfants de milieux défavorisés? Alors, le bac perd ce qu’il reste de son caractère sélectif.

Quoi qu’il en soit, dans cette logique, toute notion de mérite personnel disparaît. L’idée est de choisir sur l’apparence, et non plus sur une performance intellectuelle. La forme, c’est-à-dire la présentation, l’élocution,  l’image donnée, écrase le fond, la connaissance, la réflexion. Et puis, ce grand oral est une épreuve hypocrite qui permet de masquer l’effondrement du niveau de l’orthographe: briser le thermomètre plutôt que tenter de soigner un mal profond. La démagogie est totale. L’idée est de séduire les lycéens  en les invitant à un grand oral de type science po ou grandes écoles.  Masquer la chute dans le néant par le clinquant d’une illusion prétentieuse: tel est le futur bac.

Le contrôle continu, troisième grand volet de la réforme, est le plus compréhensible, permettant d’épargner à des élèves émotifs la pression de l’examen. Mais ils seront notés par leurs propres professeurs. Là aussi, comme pour le « grand oral », la logique est celle de la disparition de l’anonymat. Le jugement du professeur sur l’élève qu’il connaît personnellement interfère dans la note. Quel professeur sera prêt à priver du bac un élève – apprécié pour sa personnalité avec lequel il a entretenu des liens pendant une année ou plus – à raison de son niveau insuffisant?  Et l’inverse…

Mieux vaudrait aller jusqu’au bout de la logique. Plus de 80% des candidats obtiennent le bac général. La réforme achèverait de discréditer ce diplôme. Alors pourquoi ne pas avoir le courage de le supprimer? Et dès lors qu’aucun gouvernement n’aura jamais l’audace d’instaurer une sélection à l’université – fondée sur des épreuves authentiques – celle-ci continuera à accueillir de plus en plus d’étudiants non préparés et à péricliter sous la masse. Car le système français est d’une hypocrisie sans nom. Il différencie d’une part les IEP et les grandes écoles qui ont droit de pratiquer la sélection et forment les futurs cadres dirigeants, d’autre part les universités, auxquelles cette sélection, par examen ou concours, est interdite, et qui n’en finissent pas de sombrer. Quelqu’un pourra-t-il un jour m’expliquer cet étrange « deux poids deux mesures », cette injustice flagrante, mais totalement banalisée, passée sous silence et hypocritement acceptée ?

L’égalité des chances, dans ce contexte, est la dernière des illusion et des hypocrisies. En détruisant, avec la nouvelle réforme, le peu de crédibilité qui restait au bac, c’est l’idée même de méritocratie républicaine que l’on achève de tuer. Le principe d’épreuves sérieuses, anonymes et sélectives, valorisant le travail, la réflexion, la connaissance et l’intelligence, dans un esprit de neutralité, permettant aux enfants de milieux défavorisés de se hisser à la force du poignet est définitivement nié. Restera la sélection par le fric et les relations. Mais tout ce magma de mensonge et de béatitude, n’est-il pas à l’image de la France actuelle? La pente est raide…

Maxime TANDONNET

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Défense et illustration de la langue française

Le sommet de Versailles qui a réuni dernièrement les hommes d’affaires de la planète au château de Louis XIV, était consacré à la promotion de la France comme terre d’investissement. Les slogans destinés à séduire les entrepreneurs étaient en anglais: « Choose France », « France is back », « Come to France »… Curieusement, ce phénomène n’a choqué personne, ni de la presse, ni des médias, ni des politiques (de l’extrême gauche à l’extrême droite), comme si tout était normal. On est en droit d’aimer la langue de Shakespeare et de Churchill, mais aussi d’estimer qu’il ne serait pas absurde que la promotion de la France, en France, se fasse en français. « Le choix de la France », « La France est de retour », « Venez en France », cela sonne tout aussi bien. Le français est l’essence même de la nation française, sa richesse, son patrimoine. Il n’a rien d’une langue ringarde et de repli sur soi, langue maternelle de 160 millions d’hommes sur les cinq continents. Le français est avant tout l’oeuvre des hommes de lettres, notamment à la Renaissance, entre autres les poètes de la Pléiade,  écrivains qui ont forgé son harmonie de siècle en siècle. Longtemps, il était considéré comme la langue de la diplomatie, du droit, de la liberté, de la littérature, mais aussi de la science, réputé pour sa logique et sa précision. Le français est l’essence même de la France, le pilier de la littérature, de la pensée française, de son rayonnement. Il n’est pas de pire erreur que de songer à séduire les élites planétaires en renonçant au français au profit de l’anglais. Si la France attire, c’est bien en tant que France,  foyer de la langue française, et pas autre chose. Aimer, défendre, promouvoir le Français, c’est rester nous-même, résister, droits debout dans la tempête.  A propos de résistance, profitons-en pour glisser cette belle citation de Jean Guéhenno, professeur de français à Henri IV sous l’occupation, puisée dans son chef d’œuvre, le Journal des années noires (Gallimard) : « Mon métier est de leur enseigner la France, la pensée française, c’est-à-dire une chose aussi solide que les Alpes ou les Pyrénées, qu’il ne dépend de rien ni de personne que la France soit autre chose que ce qu’elle est, qu’on ne peut heureusement pas changer son histoire, et que Montaigne, Voltaire, Michelet, Hugo, Renan, la gardent. » [nb: je conseille vivement ce livre de témoignage oublié, qui est un véritable petit bijou!]

Maxime TANDONNET

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Une époque étrange

L’époque est étrange. Sous l’effet du « politiquement correct » la plupart des sketchs de Coluche, des Inconnus ou de Thierry le Luron seraient jugés inconvenants sur les grandes chaînes de télévision. Et puis soudain, dans ce contexte aseptisé, surgit en plein 20 heures et visiblement en toute impunité, sur une grande chaîne de télévision, une blague immonde relative à la Shoah. C’est tout le signe d’une époque déboussolée, privée des repères de la mémoire, de la morale et de l’intelligence. Ci-dessous, le joli texte de Gilles-William Goldnadel dans Figaro Vox.

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Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il est président de l’association France-Israël. 

Je voudrais cette semaine radiographier la télévision publique avec une drôle d’histoire d’histoires drôles.

C’est avec ce genre de petites choses, qu’on comprend bien des choses.

J’avais traité dans ces mêmes colonnes il y a quelques semaines des mésaventures du malheureux Tex, qui a été renvoyé séance tenante par Mme Ernotte, présidente de France 2, sur dénonciation de Mme Schiappa, pour avoir osé faire de l’humour noir sur une femme à l’œil au beurre noir.

Cette semaine, sur la même télévision de service public mais dans le cadre encore plus noble et sérieux du journal télévisé, une rubrique était consacrée à ces «femmes humoristes qui osent tout».

Ci-après, plaisanterie soigneusement sélectionnée par la télévision d’état pour présenter l’humoriste belge Laura Lane, sur scène et sous les rires du public: «Quelle est la différence entre les juifs et les baskets? Réponse: aucune, on en trouve plus en 39 qu’en 45»…

Je pourrais commencer par vous dire, et je suis sûr que parmi mes lecteurs beaucoup le pensent, que les deux plaisanteries ne sont en rien équivalentes. Que l’une concerne une femme battue imaginaire tandis que l’autre concerne six millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui, pour être partis en fumée, ont réellement existé.

Mais, que mes lecteurs me pardonnent, je ne me situe pas sur ce terrain miné et n’entends pas m’y arrêter.

Je suis de ceux qui pensent qu’on peut rire de tout, à condition que ce soit réellement de tout.

Or, la faute impardonnable mais tellement idéologiquement explicable de France 2 réside dans son esprit de sélection.

Pendant que l’on célèbre l’audace d’une humoriste femme au moyen de la violation du plus grand des tabous, on vire comme un malpropre un beauf bien blanc pour avoir osé plaisanter sur le tabou idéologique du moment. La femme humoriste peut tout se permettre tandis que le blanc mec est déjà un suspect.

Dès lors, la plaisanterie sur la Shoah dûment sélectionnée, me reste à travers le gosier.

Le deux poids, deux mesures valide donc le fait que sur cette télévision publique qui m’appartient aussi, on a le droit de rire des enfants morts mais pas des femmes battues. Mais l’humour noir à demi, n’est pas l’humour du tout. Et du coup, voilà que cette plaisanterie qui aurait pu, je l’avoue, me faire sourire, ne me fait plus rire du tout.

Mais plutôt que de pointer Laura Lane, ce que je trouverais injuste, je réclame que Tex ne soit plus à l’index.

Pour rester et finir sur le terrain de la mauvaise plaisanterie, je voudrais évoquer le comte de Paris.

Celui-ci a saisi le CSA, s’agissant de l’émission de RTL les Grosses Têtes, animée par Laurent Ruquier.

Le 2 janvier, alors qu’était évoquée la mort de son fils aîné, handicapé mental, décédé le 30 décembre, l’animateur a demandé aux participants où allait être enterré le prince François de France.

S’en est suivie une série de blagues sur les handicapés mentaux qui n’ont pas fait rire le père éploré.

Jusqu’à présent, le CSA, qui a lui aussi ses humeurs sélectives, est resté l’arme au pied.

Henri de France pourrait se demander, naïvement, ce qui peut pousser de bons esprits à en faire du mauvais lorsqu’il arrive le pire qui soit à des parents: d’enterrer leur enfant.

Il faut bien mal connaître l’âme l’humaine pour ignorer, ce que De Gaulle à Chirac on sait bien, que c’est ce qui arrive au plus fragile des enfants qui fait le plus grand mal.

Mais désolé Monsieur le Comte, les handicapés ne font pas partie des fausses victimes sacrées.

Ils sont trop authentiques pour être respectés par les petits marquis de la gauche médiatique.

 

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« Les heures sombres », chef d’oeuvre

Cette après-midi, à la séance de 14h50, la salle 21 d’UGC Bercy était pleine à craquer pour regarder « les heures sombres », ce qui prouve que dans ce pays la passion de l’histoire et la flamme de la résistance brûlent toujours. Le film dure deux heures. Le scénario commence avec la nomination de Winston Churchill comme Premier ministre de sa majesté, le 10 mai 1940, au moment où commence l’invasion allemande de la Hollande, la Belgique et la France. Il raconte la froideur de la Chambre des Communes face au discours du Premier ministre qui n’a rien d’autre à offrir aux britanniques que « du sang et des larmes ». Dans les semaines qui suivent, au fil de la débâcle de l’armée française, le film raconte les démêlées de Churchill avec la classe politique anglaise, les leaders de son parti conservateur, Chamberlain et Lord Halifax,  qui contestent sa volonté de résistance à l’Allemagne nazie et réclament l’ouverture de pourparlers de paix par l’intermédiaire de Mussolini. Ce film ne cache rien des moments de faiblesse et d’hésitation d’un homme seul dans l’apocalypse qui tient dans ses mains l’avenir de la civilisation. Le soutien du roi et du peuple Britannique le conforte dans sa volonté de combattre à tout prix la barbarie nazie, le « caporal » et « peintre minable »  Adolf Hitler. Le film s’achève sur son deuxième discours de guerre, trois semaines plus tard, devant la Chambre des Communes, dominé par le célèbre « we shall never surrender » qui cette fois, lui vaut un triomphe. La force du film tient à la fabuleuse performance de l’acteur principal qui fait revivre devant nous Churchill en chair et en os, et à l’intense émotion qu’il dégage, du début à la fin. Voilà un film de deux heures, dont on sort écrasé par l’émotion avec l’envie qu’il dure 3 ou 4 heures de plus. Je le recommande chaleureusement. Il faut voir ce film, version originale en anglais (sous-titrée), pour le plaisir de l’histoire, le dépaysement absolu, deux heures de bonheur devant un chef d’oeuvre, tout simplement. Je lui mets six étoiles (le maximum!): ******.

Maxime TANDONNET

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Poème de circonstance

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Spleen

Les fleurs du mal

Charles BAUDELAIRE

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Sale temps…

Notre époque politique est à l’image de la météo, sombre, grise, sans espérance visible. Combien sommes-nous, 5, 10%, davantage? Comment savoir.  Nous rejetons avec la plus absolue fermeté l’idée d’une supposée « alliance des droites ». Les extrémismes, à travers leur histoire, leur idéologie, leur culte de la personnalité reposant sur l’abêtissement collectif,  éternels complices  du parti socialiste dans les urnes, incarnent l’effondrement de la France sur plusieurs décennies. Mais l’expérience actuelle qui porte à son paroxysme la religion de la communication au détriment de l’action authentique, ne saurait nous convaincre. Nous vivons dans une France déboussolée, qui sur tous les grands sujets, a perdu ses repères, le sens des réalités et la volonté de se donner un destin, soumise à toutes les modes médiatiques, au dogme des apparences et des postures.  Le plus intrigant, dans l’époque actuelle, est la disparition de la sagesse et de la réflexion critique. Un grand silence est tombé sur la vie intellectuelle. Nous cherchons en vain une voix lucide et courageuse, une vision de l’avenir. Le niveau de la classe politique, à quelques exceptions près, est d’une affligeante médiocrité, comme jamais peut-être dans l’histoire de la démocratie française. Les lâches, les girouettes, les lèche-bottes et les simplets sont au premier rang. Une vanité exubérante est devenu l’unique motivation et  guide de la vie publique. Le pays est soumis, asservi, sans ressort. Bien sûr, nous sommes une faible minorité, dans une logique de rejet sans concession de l’expérience actuelle et de refus radical de toute alliance extrémiste. Nous voulons une transformation profonde de l’économie française, restaurer la notion de gouvernement et de choix d’un destin, réhabiliter la démocratie, transformer l’Europe,  assurer un respect intransigeant de la loi et de l’ordre, condition absolue de la  de la liberté, maîtriser la mondialisation et non cracher dessus,  en finir avec la violence et le chaos, un  renouveau à long terme de l’intelligence et des savoirs fondamentaux. Que faire? 5%, 10%? L’histoire montre que dans les périodes troublées, l’espérance renaît toujours d’une infime minorité. Pour l’instant, tenir bon dans la bourrasque, ne rien céder aux sirènes du conformisme et de l’instinct grégaire, et guetter, la première éclaircie qui viendra annoncer le printemps dans le ciel sombre de l’hiver.

Maxime TANDONNET

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Réflexion sur la « liberté d’importuner »

En réaction contre le phénomène Balancetonporc, une centaine de femmes ont signé une tribune dans le Monde soutenant « la liberté d’importuner » des homme envers les femmes. Catherine Millet s’est présentée en égérie de cette opération. Ainsi, une vague d’hystérie polémique, en janvier, a répondu à une autre de novembre/décembre dernier. L’intention de dénoncer les excès et les dangers de l’opération Balancetonporc est compréhensible. Ici même a été plus d’une fois dénoncé le danger de course à la délation, à la diffamation et au lynchage public avec le risque de frapper des innocents que recouvrait la méthode du balancetonporc. Pourtant, j’ose le dire, le choix d’une réaction fondée sur le principe de la « liberté d’importuner »  est tout aussi détestable. En parlant de liberté d’importuner, on en vient à justifier le Balancetonporc. Celles qui ont lancé cette pétition ont-elles jamais pris le métro ou le RER, assisté  à une scène d’agression dans la rue, ou à l’attitude honteuse de certains hommes au bureau devant leurs collègues féminines?… Mme Millet et ses cosignataires confondent deux mots: importuner et séduire. Quand on dit que le niveau baisse… Le droit de séduire, oui, évidemment; celui d’importuner, non, mille fois non…Renvoyons dos à dos le balancetonporc et le liberté d’importuner, deux faces d’une même misère intellectuelle.

Maxime TANDONNET

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La question de l’autorité de l’Etat

Voici ma dernière interview pour Atlantico, avec M. Edouard Husson.

1- Ce mercredi 17 janvier, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé « Je constate aujourd’hui que les conditions ne sont pas réunies pour mener à bien le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes », ceci faisant suite à un passif de près de 50 années sur ce dossier. Dans quelle mesure NDDL peut-il révéler une crise de la décision publique ? Que celle-ci soit la conséquence d’une perte du pouvoir politique au profit d’institutions supranationales, des marchés financiers etc…de la possibilité ouverte aux citoyens de contester judiciairement les décisions de l’Etat, ou de l’abandon de la décision par les politiques eux mêmes, quels a été l’ordre d’importance de tels facteurs dans cette crise de la décision politique ? 

Sur une affaire de ce genre, les organisations internationales ne me paraissent être les principaux responsables, ni l’ONU, ni l’Union européenne. D’ailleurs, on n’imagine difficilement un tel scénario dans une autre démocratie européenne, ni en Espagne, ni au Royaume-Uni, ni en Allemagne. En revanche, il est vrai que des possibilités de recours étendues ont été prévues par le code de l’environnement contre les projets d’équipement, ouvertes aux citoyens mais plus encore aux associations de défense de l’environnement. Avec les recours en première instance, puis les appels, ces procédures peuvent prendre des années. La phase administrative des grands projets, incluant les études d’impact, les consultations, les phases juridictionnelles, sont lourdes compte tenu des délais d’instruction et de jugement. Mais en l’occurence, c’est tout autre chose qui est en cause. C’est un état de la mentalité française qui explique le recul observé dans ce dossier. L’autorité de l’Etat est en perte de légitimité, sans que cela ne choque personne ou presque. Il suffit d’un groupe d’une centaine de personnes déterminées pour obliger la puissance publique à renoncer à une décision conforme à la légalité. Nous sommes face à une crise majeure de l’autorité de l’Etat et de la démocratie, qui ne date pas d’hier. En termes de grands équipements, barrages, routes, autoroutes, aéroports, centrales nucléaires, que pourrait-on faire aujourd’hui? Sans doute pas grand chose.

2- Concernant plus particulièrement la contestation des décisions de l’Etat des citoyens devant les tribunaux (179 décisions de justice au total dans le cas de NDDL), comment trouver une juste mesure entre l’autorité de ces décisions de l’Etat et les possibilités ouvertes aux citoyens ? Quel est ici le rôle du juge ? Dans quelle mesure les politiques ont également pu se réfugier derrière un blocage apparent pour éviter de se confronter aux décisions ? 

 Il me semble que c’est une affaire de responsabilité et de mesure. Il est normal que les citoyens bénéficient de garanties et de possibilités de recours devant les tribunaux administratifs pour éviter le risque de décision arbitraire. La juridiction administrative exerce un « contrôle normal » sur ce type de décision de l’administration. Elle s’assure que ses inconvénients sur l’environnement ne l’emportent pas sur les avantages attendus pour la collectivité. La procédure peut durer des années avec les recours possibles. Pourtant, il est inadmissible que les dossiers administratifs de grands projets puissent prendre des décennies ! Il faudrait pouvoir accélérer au maximum les procédures et, dans quelques cas d’abus flagrants à des fins dilatoires, responsabiliser les requérants, réformer le code de l’environnement pour s’assurer qu’un grand projet nécessaire à l’intérêt général puisse être bouclé sur le plan procédural en quelques années… Mais surtout, une fois que ces procédures exigeantes et rigoureuses ont été suivies et respectées, chacun doit jouer le jeu de l’Etat de droit et respecter la règle du jeu. Le droit sert à éviter la force. Si après avoir utilisé toutes les garanties offertes par le droit, des requérants s’opposent à un dossier par la force, on entre dans une situation de blocage généralisé et de négation de l’Etat de droit.

3- Quels sont les remèdes possibles à une telle crise de la décision politique ? Quelles en sont les conditions, aussi bien d’un point de vue juridique, que du point de vue des qualités du personnel politique ? 

Il me semble que la France traverse une crise extrêmement grave de l’esprit public. Tout provient d’une dérive sur le sens de la vie politique. En principe, dans une démocratie, elle est au service de l’intérêt général, du bien commun, d’une communauté politique.  Ce principe a été perdu de vue. Nous vivons aujourd’hui dans des sociétés d’ultra-narcissisme où l’individu passe avant toute autre considération, comme l’a si bien montré Gilles  Lipovestsky dans « l’ère du vide ». L’engagement politique, le mandat électoral, jusqu’au plus haut niveau, ou la fonction ministérielle, vécus comme la récompense d’un parcours, valent avant tout par les satisfactions personnelles qu’elles procurent, matérielles ou de vanité. Dès lors, la préservation le plus longtemps possible de cette situation, la réélection, deviennent le but ultime de tout dirigeant. Il faut donc à tout prix protéger son image, esquiver les risques, éviter les crises et les ruptures. L’image narcissique devient le but essentiel de la vie politique: d’où les reculades, la fuite permanente devant l’action et la décision et l’obsession de la communication. Gouverner n’est plus choisir, mais paraître et protéger cette image. L’intérêt individuel ou corporatiste écrase l’intérêt général. C’est tout le problème de la perte de sens du politique lié à l’affaiblissement de l’idée de Nation. Comment changer cet état d’esprit? Je ne connais pas de solution miracle mais il me semble que le système présidentialiste, l’illusion du pouvoir concentré sur un visage, est l’un des responsables du désastre, car il offre à la société politique un modèle de narcissisme à outrance incompatible avec l’action. Je pense qu’il faudrait en sortir et revenir à une vision plus collective de la politique, moins centrée sur les personnes et davantage sur l’intérêt général. Mais qui peut entendre un tel message en ce moment?

Maxime TANDONNET

 

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Histoire: les accords de Munich, 30 septembre 1938

A la suite  de sa nomination comme chancelier de l’Allemagne, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler multiplie les coups de forces contre les démocraties, suivant à la lettre le projet qu’il avait annoncé dans son livre écrit en prison, Mein Kampf.  Bafouant le traité de Versailles, en 1934, il rétablit le service militaire en Allemagne. Toujours en violation avec l’une des clauses essentielles de ce traité de paix, l’armée allemande occupe la Rhénanie démilitarisée en mars 1936, menaçant directement la France. Le gouvernement radical d’Albert Sarraut, n’ayant pas le soutien de l’Angleterre, refuse d’intervenir – alors que l’armée française est encore à l’époque en position de force – et se contente de protestation. En mars 1938, Les nazis annexent l’Autriche (l’Anschluss), sans plus de réaction des démocraties qui ferment les yeux.

Puis, Hitler réclame en septembre 1938 l’autodétermination pour les 3,2 millions d’Allemands qui peuplent la région des monts Sudètes, en Tchécoslovaquie. Le Royaume-Uni et la France sont engagés, par des traités, à défendre l’intégrité territoriale de ce pays.

Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain multiplie les gestes d’apaisement envers Hitler et lui rend visite le 15 septembre puis le 22, après avoir persuadé les Tchécoslovaques de la nécessité de trouver un arrangement. Hitler choisit de surenchérir et exige une cession des Sudètes dès le 1er octobre suivant, menaçant d’envahir le territoire à cette date… Chacun craint le pire.

Le 28 septembre, alors que la guerre semble imminente, le Duce italien Mussolini propose une conférence internationale de la dernière chance… en l’absence des principaux intéressés, les Tchécoslovaques. Dès le lendemain 29 septembre, Hitler accueille Mussolini en gare de Munich. Le Britannique Chamberlain et le président du Conseil Français (Premier ministre) Edouard Daladier, arrivent chacun de leur côté en avion.

Daladier et Chamberlain acceptent un «compromis» présenté par Mussolini par lequel le gouvernement de Prague est tenu d’évacuer les Sudètes dans les dix jours et de démanteler ses forteresses de la frontière…Dès le lendemain, l’armée allemande pénètre en Tchécoslovaquie et annexe les Sudètes. Hitler rectifie de son propre chef les frontières du pays en attendant de le conquérir tout entier.

A sa descente d’avion, Neville Chamberlain, n’hésite pas à affirmer que le Führer «est un homme sur qui l’on peut compter lorsqu’il a engagé sa parole».

La France est gagnée par une vague d’euphorie. Une foule gigantesque accueille Daladier au Bourget. Dans les rues de Paris, sur la place de la Madeleine, rue Royale, place de  la Concorde, et sur les Champs Elysées, des dizaines de milliers de Parisiens, convanincus que la paix est sauvée, se pressent pour acclamer le président du Conseil à son passage. La presse est unanime pour approuver les accords. L’ensemble des journaux, de toutes tendances, de l’extrême gauche à l’extrême droite, titrent « la paix ! » Paris-Soir tire à deux millions d’exemplaires et lance une souscription pour offrir une « Maison de la paix à Chamberlain ».

La classe politique soutient, à sa quasi-unanimité les accords de Munich. Daladier annonce le 4 octobre à la Chambre: « Aujourd’hui, je peux vous dire que dans cette crise, nous avons sauvé la paix. » Léon Blum, chef du parti socialiste, approuve les accords de Munich: « Tout entier, le groupe participe aux sentiments qui animent d’ailleurs l’unanimité de la Chambre: une joie profonde quand il considère que le peuple de notre pays a été délivré d’une catastrophe dont l’imagination même ne parvient pas à se représenter l’horreur. » La gauche, la droite, le parti radical (le centre) votent la ratification des accords presque à l’unanimité. L’Action française de Charles Maurras (royaliste et nationaliste) soutient le compromis. L’ensemble des courants d’extrême droite se montre particulièrement euphorique et encense Daladier. Le parti communiste, en revanche s’y oppose, dans un réflexe d’alignement sur l’URSS de Staline.

A cette exception près, à la Chambre une seule voix dissidente, une seule,  s’exprime contre le consensus général, celle d’un homme de droite modérée, Henri de Kérillis, journaliste à l’Echo de Paris, absolument seul contre tous. Ce dernier fustige le climat de lâcheté générale; visionnaire, persuadé que cette concession n’évitera pas la guerre, il exige le respect de la parole de la France envers la Tchécoslovaquie et réclame une intervention militaire immédiate, contre l’Allemagne nazie , qui ne cesse de gagner du temps pour se renforcer militairement. «Ils ont accepté le déshonneur pour éviter la guerre. Ils auront le déshonneur et la guerre», résume de son côté Winston Churchill.

En effet, aussitôt les accords signés, en violation de ses engagements, Hitler convoque à Berlin le président tchèque et le somme de «remettre en pleine confiance entre les mains du Führer le destin du peuple et du pays tchèques» sous peine de réduire Prague en cendres. Puis, 15 mars 1939, l’armée allemande occupe sans combat la Bohême-Moravie, la Slovaquie devient un pays indépendant mais vassal du Reich. Aussitôt après, le Führer se retourne contre la Pologne et après maintes et maintes nouvelles capitulations des démocraties, et la signature du pacte Molotov/Ribbentrop par lequel l’Allemagne s’entend avec l’URSS pour se partager les dépouilles de la Pologne, écrase ce pauvre pays en septembre 1939, dont 20% de la population sera exterminée. La deuxième guerre mondiale est déclenchée…

Maxime TANDONNET

 

Sources : Histoire des relations internationales, Jean-Baptiste Duroselle

 

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Qu’espérer encore de la politique?

Jamais dans l’histoire récente, la débâcle de la vie politique française n’avait atteint un tel niveau. Aucune formule, aucun mot ne saurait décrire les sentiments que m’inspire la décision annoncée aujourd’hui. Si un tel état d’esprit  avait prévalu depuis un demi siècle, la France n’aurait pas d’autoroute, pas de centrale nucléaire, ni  de barrage, pas d’usine, Roissy n’existerait pas. Bref, la France serait un pays sous-développé, une sorte de terrain vague au cœur de l’Europe. Aujourd’hui, nous vivons sur l’acquis des années 1960 à 1980, mais jusqu’à quand? Dans cette affaire, le sens de l’Etat a fait défaut à la majorité au pouvoir. Mais dans les autres courants politiques, l’effondrement est identique. Ne parlons pas de « la droite nationale » qui n’en finit plus de sombrer dans le néant morbide. Les ruines du parti socialiste sont noyées dans la démagogie débile, à l’image de ce leader qui propose de verser 50 000 euros à chaque jeune, prélevés sur les majors d’Internet (Google, etc. ), comme un vulgaire parti extrémiste (droite ou gauche). Le PS irrémédiablement gauchisé a cessé d’être un « parti de gouvernement ». Quant aux Républicains, l’attitude de ses ténors vaincus qui démissionnent,  après avoir perdu, montre la force de leurs convictions. Bref, la politique poursuit sa désintégration, gangrenée par le narcissisme obsessionnel et la disparition du sens de l’intérêt général. Il reste M. Laurent Wauquiez et son équipe. Qu’en penser? Pour l’instant, mon état d’esprit est dubitatif. Sur le fond des grands dossiers de l’époque – autorité de l’Etat, dette publique, fiscalité confiscatoire, économie, immigration, Bruxelles – il donne le sentiment d’être mieux armé sur le plan intellectuel que les autres politiciens, sans exception. Pourtant, certains de ses réflexes me paraissent incompréhensibles: dire que l’on vise « la présidence de la République », 4 ans 1/2 à l’avance, dans le contexte d’une France qui ne supporte plus, et de moins en moins, le carriérisme politicien, me semble dénoter une faille préoccupante dans sa perception du pays. Alors? Accepter une situation de débâcle générale de la politique, l’absence de toute issue visible à la crise présente, et poursuivre le débat d’idées, sans illusion excessive mais avec l’espérance de jours meilleurs et d’une prise de conscience qui viendra sans doute de la base et non du sommet.

Maxime TANDONNET

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Démographie, statistiques de l’immigration par Michèle Tribalat

Mme Michèle Tribalat, démographe à l’institut national des études démographique (INED), communique sur son site les données suivantes .

Statistiques sur les flux d' »entrées » 16/1/2018

Alors que l’Insee vient de publier son bilan démographique (provisoire) pour 2017, avec un nombre de naissances encore en baisse (728 000 en 2017 contre 802 000 en 2010 en France métropolitaine) et une fécondité elle aussi en baisse (1,85 enfant en 2017 contre 2,02 enfants en 2010 en France métropolitaine), le ministère de l’Intérieur met en ligne les chiffres définitifs sur les premiers titres de séjour délivrés en 2016 et une estimation pour 2017.

Le flux estimé en janvier 2017 pour l’année 2016 a été revu à la hausse mais reste très proche de l’estimation : 230 353 titres délivrés contre 227 550.

Par contre une hausse importante est annoncée pour 2017 (+13,7 %) qui concerne à peu près tous les postes, mais surtout les titres délivrés pour motif humanitaire (+35 %), pour motif économique (+20,5 %) et les titres délivrés aux étudiants (+19,6 %).

 

2016 2017
Économique 22982 27690
Familial 89124 91070
Étudiants 73644 88095
Humanitaire 29862 40305
Divers 14741 14840
Total 230353 262000

À l’heure où l’on entend encore dire que la France n’est plus vraiment un pays d’immigration ou que les flux d’entrées tournent, ces dernières années, autour de 200 000 par an, indiquant ainsi une stabilité, il n’est pas inutile de retracer, en juxtaposant différentes séries, l’évolution des flux depuis le milieu des années 1990.

Xavier Thierry a estimé chaque année, de 1994 à 2006, le flux d’entrées à partir des titres de séjour d’une validité d’au moins un an et d’une estimation des entrées de mineurs. Figure sur ce graphique son estimation d’entrées en provenance de pays tiers dans la définition de 2004 en France métropolitaine.

L’Insee estime à partir des enquêtes annuelles de recensement (en utilisant les questions sur l’année d’entrée et la résidence antérieure qui, depuis l’enquête de 2011, concerne la résidence un an auparavant) les entrées d’immigrés chaque année (toutes origines, pays tiers ou non) en France (entière).

Eurostat publie également des données sur les titres de séjour, vraisemblablement sur le même champ géographique que l’Insee (France entière), en distinguant la durée du titre de séjour.

Dans tous les cas, les titres de séjour concernent des majeurs (puisque les mineurs ne sont pas tenus d’en disposer) et les originaires de pays tiers à l’Espace économique européen.

La diversité des définitions, du champ géographique des provenances, de l’âge, de la source et du champ géographique des arrivées (France entière ou métropolitaine) sont de bonnes raisons pour que les chiffres ne soient pas les mêmes.

Cependant, la tendance est sans équivoque et à la hausse avec une accélération en fin de période. Si le flux de 2017 devait être confirmé, cela représenterait un doublement par rapport à 2000, d’après la série du ministère de l’Intérieur. On devrait donc, normalement, cesser d’entendre des commentaires sur la stabilité des flux autour de 200 000, comme le prétendait François Héran dans son livre publié en 2017 (voir : http://www.micheletribalat.fr/434831497)

C’est bien moins, relativement, qu’en Allemagne ou en Suède, mais c’est une augmentation indubitable. Par ailleurs, ces flux ne comprennent pas les étrangers arrivés récemment, dont certains ont été déboutés du droit d’asile chez nos voisins, et qui vivent dans un habitat provisoire ou dans des lieux d’accueil eux aussi provisoires. Les flux sur les titres de séjour ne comprennent pas non plus les étrangers en cours de procédure pour l’obtention (ou non) d’un titre. Le ministère de l’Intérieur ne publie des données que sur le résultat en fin de procédure, lorsque le titre de séjour, pour un motif ou pour un autre, est octroyé.

L’affirmation selon laquelle la France n’est plus vraiment un pays d’immigration n’est pas confirmée par l’évolution de la population immigrée en France. Les deux graphiques ci-dessous représentent 1) le taux d’accroissement moyen annuel de la proportion d’immigrés de 1911 à 2015 et 2) l’évolution de la proportion d’immigrés sur la même période.

Si l’on a traversé à peu près 25 ans, entre 1975 et 1999, sans que la population immigrée ne s’accroisse, nous avons renoué ensuite avec une évolution voisine de celle observée pendant les Trente Glorieuses, deuxième vague migratoire de l’histoire du vingtième siècle. Rien de comparable aux années 1920, et notamment aux années 1921-1926 pendant lesquelles la proportion d’immigrés s’est accrue de 9,1 % par an, en moyenne. Pour rivaliser avec les années 1921-1926, il faudrait que la population immigrée ait augmenté de 3,2 millions en cinq ans, de 2010 à 2015. Cet accroissement, dans les années 1921-1926, s’est produit dans une population immigrée de 1,4 million en 1921 (soit 3,7 % de la population de l’époque), qui a gagné en cinq ans 860 000 personnes, soit près de quatre fois moins.

En 2015, la proportion d’immigrés en France métropolitaine est la plus élevée jamais connue (9,3 %).

 

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Echange avec Etienne Tarride

Cher Monsieur Tandonnet

Vous posez de manière quasiment explicite une question redoutable pour tout Gaulliste, celle de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.
Il serait trop facile de s’en tirer en affirmant que ce mode d’élection était nécessaire à l’époque mais est devenu obsolète pour telle ou telle raison. Il faut en revanche rappeler quatre considérations fondamentales.
– L’instauration du quinquennat qui fait coïncider dans le temps les mandats du Président et de l’Assemblée a considérablement aggravé les choses.
– Tous les Présidents de la République après Georges Pompidou ont été élus par défaut, c’est à dire par hostilité à leurs adversaires principaux.
– Les Présidents réélus l’ont, l’un et l’autre, été en qualité de candidats de l’opposition du fait le la cohabitation.
– Les seconds mandats ont été infiniment plus négatifs que les premiers, alors que le Président pouvait juridiquement se représenter.

Rien ne permet de penser, bien au contraire, que l’abrogation de l’élection présidentielle au suffrage universel ne créerait pas un retour aux conditions de faiblesse de la 3 ème et 4 ème République, l’instabilité gouvernementale chronique. Dans un système d’Assembléet s’ils avaient été au pouvoir donc Premiers Minsitres, Sarkozy aurait été renversé plusieurs fois, Hollande beaucoup plus, Macron n’aurait pas survécu à la réduction des APL.

Ceux qui se refusent à détruire ce que De Gaulle a voulu, et j’en fais partie, la moins mauvaise solution me semble être le retour au septennat mais unique, c’est à dire que le Président ne pourrait jamais se représenter. On peut espérer alors, sans en avoir la certitude, mais cette certitude n’existe pas sur la terre, qu’il se consacrerait à l’essentiel.

Etienne Tarride

…………………………………………………………………………………………………………………………..

Cher  Maître, cher Monsieur Tarride,

J’approuve l’ensemble de votre constat, plus encore votre proposition sur le septennat unique, et votre message me fournit une occasion de préciser ma réflexion sur ces thèmes.

Il me semble que l’opposition entre régime d’assemblée et  régime présidentiel est dépassée et n’a plus grand sens. Les institutions ne sont pas une fin en soi: elles ne comptent que par leur impact sur l’intérêt général, le bien commun d’une nation. Or, depuis une quarantaine d’années, par-delà la diversité des majorités, des hommes et femmes qui se sont succédé au sommet de l’Etat, sauf à fermer les yeux, nous voyons bien que la situation de la France, même si son régime n’est plus formellement un régime d’assemblée,  se dégrade sur tous les plans (violences, dette, fiscalité, chômage, éducation nationale, autorité de l’Etat, chaos sociétal, maîtrise des frontières, etc.)

Le régime d’assemblée de la IIIe république et de la IVe était profondément nocif, car il favorisait l’instabilité gouvernementale, donc rendait la France ingouvernable, sauf en certaines périodes (Méline, Waldeck, Clemenceau…)

Mais il se trouve qu’aujourd’hui, la situation n’est pas meilleure. Le régime actuel, la Ve travestie, bénéficie de l’illusion de la stabilité, mais son incapacité à améliorer la réalité me semble encore plus avérée.

Entièrement fondé sur l’image narcissique, il se traduit par une fuite dans la démagogie, les manipulations, le déni constant des réalités et de l’intérêt général. Le culte de la personnalité, comme masque de la crise profonde que traverse la France, ne correspond en rien au projet gaullien. Le mal du régime d’assemblée, le carriérisme, le clanisme, le corporatisme contre intérêt général, le copinage, le culte de la vanité, l’obsession de la réélection au prix de toutes les démagogies et renoncement, a gangrené l’Etat dans son ensemble. Le régime actuel reproduit les maux du régime d’assemblée, mais en pire, désormais incarnés dans l’exécutif, donc figés, immobiles, incrustés.

Je n’ai guère de doute qu’un château bâti sur le sable des illusions et des émotions, est fragile et menace de s’effondrer  à tout moment. Le désastre surviendra au moment où nul ne l’attendra. La réforme des institutions est certes nécessaires mais elle n’est pas l’essentiel. C’est un changement d’état d’esprit général des politiques, des élites médiatiques et économiques, mais aussi une prise de conscience populaire, un retour à la notion d’intérêt général qui peut nous sauver et sur lequel il faut fonder notre espérance. C’est à cela qu’il faut travailler.

Bien cordialement

Maxime Tandonnet

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Un modèle politique empoisonné

Voilà ce que j’aimerais tant faire comprendre à mes amis. Critiquer un homme n’a aucun intérêt. Haïr et dénigrer M. X, Y ou Z, président de la République, est à mes yeux aussi stupide que le vénérer, le même signe express de crétinisme. Lynchage et idolâtrie sont les deux faces d’une même bêtise. C’est un système politique qui atteint aujourd’hui la quintessence de la médiocrité. D’après ce modèle, qui prévaut depuis des décennies – il ne date pas de 2017 – , la France, manipulée par les journaux télévisés et les radios, se donne un roitelet pour cinq ans, avec l’adhésion initiale d’environ un cinquième du corps électoral. Celui-ci, bavarde, gesticule, rayonne, se pavoise dans les écrans de télévision, captant à lui seul toute la lumière médiatique, et écrasant les autres sources réelles ou supposées du pouvoir politique, gouvernement, Parlement, collectivités locales. L’image personnelle d’un homme, chèrement conquise pendant le scrutin, s’impose comme le but ultime de toute politique avec, en toile de fond, une priorité absolue : sa réélection. Mais derrière le grand spectacle émotionnel, d’amour ou de haine, autour d’un culte de la personnalité, le pays s’enfonce peu à peu dans l’indifférence, de décennie en décennie: écrasement fiscal, dette publique, violence, terrorisme, communautarisme, désindustrialisation, chômage de masse, pauvreté, bidonvilles, hausse des flux migratoires, record européen de prélèvements sociaux et fiscaux, effondrement du niveau scolaire, déclin scientifique, pauvreté galopante, exclusion, destruction de l’autorité de l’Etat. Le système politique est intrinsèquement impuissant: centré autour de l’image d’un homme, fondé sur le principe de vanité, il tend inexorablement vers le renoncement. Il n’a qu’un but, manipuler l’opinion pour sauvegarder l’image. Dès lors, il verse dans la communication à outrance, et pire, les fausses réformes, qui doivent faire un maximum de bruit mais heurter le moins possible le monde réel  pour éviter le risque de provoquer une crise fatale à cette image. La démagogie est son essence; l’agitation, les polémiques, les scandales, son quotidien servant à couvrir sa fuite devant la réalité. Emblématique de la médiocrité ambiante, le compliment suprême qu’agitent en ce moment la presse et les médias: « Il incarne bien la fonction ». La question n’est pas là! L’essentiel est-il l’intérêt de la France à long terme ou la splendeur d’une « fonction »? Mais en l’absence d’une prise de conscience du naufrage d’un système et de la révolution politique nécessaire, bien au-delà d’un changement d’homme dans cinq ans, rien ne sera plus jamais possible.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Les Français, pris pour des con-plotistes

Un sondage IFOP/fondation Jean Jaurès vient de paraître et il a fait couler beaucoup d’encre, enthousiasmé la presse et les médias. Il débouche sur le constat que 8 Français sur 10  adhèrent au moins une théorie du complot. La presse, les médias, les experts professionnels se déchaînent, dénoncent un phénomène gravissime et inquiétant, sorte de quintessence du populisme infâme qui ravage la France. Il y a les gens éclairés qui parlent à la télévision et à la radio, dénoncent la théorie du complot et le conspirationnisme et la masse de imbéciles qui croient au complot. Et les experts s’en donnent à coeur joie.  « Le plus inquiétant dans cette étude, c’est de voir que c’est un phénomène majeur », commente un membre de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès.

L’adhésion à différentes théories complotistes :
Indicateur
Question : Et pour chacune des opinions suivantes, êtes-vous tout à fait d’accord,
plutôt d’accord, plutôt pas d’accord ou pas d’accord du tout ?
Ensemble des
Français
Décembre 2017
(%)
• Ne croit à aucune théorie …………………………………………………………. 21
• Croit à 1 théorie ………………………………………………………………………. 18
• Croit à 2 théories …………………………………………………………………….. 14
• Croit à 3 théories …………………………………………………………………….. 13
• Croit à 4 théories …………………………………………………………………….. 9
• Croit à 5 à 6 théories ………………………………………………………………… 12
• Croit à 7 théories et plus …………………………………………………………… 13
TOTAL…………………………………………………………………………………….. 100

Les théories du complot auxquelles il est fait référence sont des plus hétéroclites: la terre est plate, la CIA a participé à la l’assassinat de Kennedy, l’homme n’a jamais marché sur le lune, il existe une oligarchie planétaire visant à l’instauration d’une dictature mondiale, le 11 septembre 2001 est une manipulation, Dieu a créé les hommes et la terre (sic), le réchauffement climatique est une invention, les révolutions française et russe ont été organisée par des sociétés de pensée. Cette étude fait bien entendu la joie des journaux et des médias et le bonheur hystérique des experts. Par un étrange amalgame, elle définit comme adhésion à la théorie du complot aussi bien des idées stupides (la terre est plate, notons que 9% des Français sont censés le croire) et des opinions somme toute respectables, ou considérées, jusqu’à présent, comme respectable (croire en Dieu par exemple…). D’ailleurs certains thèmes dits complotistes ne paraissent pas de prime abord si absurdes (rôle des sociétés dans la Révolution, voir « Penser la révolution française de François Furet)

Cette étude aboutit au constat implicite que 79% des Français sont idiots (restons polis). Il y aurait une petite minorité de gens intelligents, 21%, grosso modo, la France dite « d’en haut »qui ne croit à aucun complot, et en face,  une grande masse d’imbécile « complotistes ». Ce sondage nous dit: il faut marcher droit et penser plus droit encore, c’est à-dire, suivre la parole médiatique et surtout, ne croire en rien d’autre. Croire en Dieu (par exemple), ou penser comme François Furet, que les clubs et sociétés ont joué un rôle dans les révolutions,  ou encore que la CIA a trempé dans l’assassinat de Kennedy (ce qui n’était pas totalement exclu me semblait-il), est équivalent à croire que la terre est plate, donc être un imbécile.  Ce sondage est révélateur d’un état d’esprit détestable qui vise à achever d’uniformiser la pensée et à promouvoir une société de clones. Et de bons électeurs.  Marcher droit, pensez droit, voter droit, s’en tenir aux sentiers battus; ou être un complotiste, un imbécile. Il faut choisir…

Maxime TANDONNET

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Sur la polémique Catherine Deneuve

Tribune de Philippe

Bonjour Maxime, Bonjour à tous
Si vous me le permettez j’aimerai intervenir sur votre blog.
Je suis sidéré par le lynchage collectif de Catherine Deneuve pour sa tribune sur Le Monde.
Le niveau de crétinerie atteint des summums.
Ministre, politique, journaliste homme ou femme, et autres individus, se déchainent. Violence verbale, propos orduriers, tout est permis, le grand lynchage public.
Le débat d’idées n’a plus court dans notre soi-disant pays des droits de l’homme.
Le droit de s’expliquer librement vous est interdit. Les inquisiteurs, les Torquemada, la police politique contrôle tout. Une minorité de bien-pensants se considèrent comme la conscience de la morale, et seule détentrice de la vérité et qui ne supporte aucune contradiction et ne veulent pas voir la réalité des faits. Ces gens qui traitent ceux qui ne pensent pas comme eux de racistes, de sexistes, de néo-nazis sont en fait des dictateurs en herbe. L’idéologie, l’angélisme ont toujours menés aux dictatures.
Désormais, la femme est une victime et l’homme est un vilain prédateur et chasseur.
Dire à une femme qu’elle est jolie devient du harcèlement. Selon les sondages une femme sur deux est victime de harcèlement etc. Internet est devenu le tribunal populaire où l’on désigne tel ou tel et on le condamne aussitôt, la présomption d’innocence est bafouée, ainsi que le droit pour l’accusé public de se défendre.
Je connais personnellement une procureure, avec qui je conversais sur l’euphorie ambiante. Elle m’a confié que sur l’ensemble des plaintes suite à l’euphorie de la délation publique, elle instruit avec prudence, car en approfondissant, certaines accusations sont diffamatoires ou de simples vengeances.
Elle me disait que ce genre de réseaux sociaux sont plus dangereux que bénéfiques pour la défense de la femme et des réelles victimes de prédateurs. Qu’elle haïssait les médias qui s’emparent du moindre « on dit » pour faire le scoop et condamne sans avoir de preuves tangibles. Et d’une magistrature qui varie au grès des vents ou selon les pressions politiques.
De plus elle-même s’insurge contre le blog « balance ton porc », elle est actuellement sur une affaire de viol et il s’avère que le viol eut lieu dans un lieu public, et que plusieurs personnes et notamment des femmes ont passés leur chemin sans porter aide et assistance à la victime. Les caméras situées sur le lieu le prouvent. Il s’avère malheureusement que face à une agression sexuelle publique les femmes n’interviennent pas plus que les hommes lors de l’agression.
Mais il est tellement plus facile de lyncher derrière un écran d’ordinateur. Effarent non.
Je n’entends pas non plus la ministre du droit des femmes, s’inquiéter sur les MGF mutilation génitales féminines qui sont normalement interdites, mais qui sont en augmentation, comme me le disait une de mes adhérentes de mon club ; médecin urgentiste.
Je n’entends pas non plus ces féministes condamner les films pornos que des gamins de 10 ans regardent sur le net où la femme est traitée comme un objet sexuel, les films pornos des années 70 de Brigitte Lahaie sont à côté des films de bisounours pour nourrissons.
Je lisais que certains voulaient interdire la belle au bois dormant ou blanche neige car le baiser donné par les princes était non consenti.
Jusqu’à Carmen de Bizet qui tue Don José. Je pense que l’on va pouvoir supprimer et interdire plusieurs milliers de films où les propos sexistes et machistes sont présents. Interdire les histoires grivoises, sexistes qui existent aussi pour les hommes.
J’ai vu une association créée dernièrement qui veut éduquer les jeunes garçons sur les bonnes manières vis-à-vis des femmes et il s’avère que seuls les hommes sont violents. Lorsqu’ils ont fait le sujet de la violence par jalousie, seul les hommes la pratique. Pas les femmes ce qui est faux, des femmes jalouses tuent chaque année « le crime passionnel » n’est que masculin. Réducteur non !
Ne copions pas le puritanisme à l’américaine, pays où les viols en série dans les campus sont légions. Je me méfie des puritains, des grands moralistes. Je dis souvent « Les escrocs me dégoûtent, les grands moralistes et bien-pensants me donnent le frisson. »
Le vivre ensemble, la bien séance, le comportement des hommes vis-à-vis des femmes ou l’inverse, est d’abord une question d’éducation, d’éducation parentale d’abord.
Mes parents ont veillé à ce que j’ai cette éducation, que j’ai transmise à mes enfants.
Par contre, intéressons-nous à autrui de façon efficace. Comme je le dis dans mes cours de droit du travail, qu’il s’agisse du harcèlement sexuelle ou moral, intéressez-vous plus à celui où celle qui ne disent rien, restent prostrés et seuls qu’à ceux ou celles qui crient « au loup ».
Condamnons avec sévérité, les vrais prédateurs et laissons le dragueur gauche et maladroit.
Comme toujours en France on ne sait pas faire dans le médian, on va d’un excès à un autre, sous la pression d’une minorité de bien-pensants extrémistes. Confortés par une bande de politicards opportunistes, clientélistes, qui se fichent éperdument de l’intérêt général.
Aujourd’hui, tout est sujet au lynchage, se déguiser en noir, contredire les bien-pensants, voir la réalité des choses, ne pas céder aux illusions médiatiques, à la propagande politicomédiatique.
Heureusement que les bûchés et les échafauds n’existent plus. Notre pauvre Catherine Deneuve aurait la tête qui roulerait sur le sol, ou serait brûlée vive, ainsi que les cents qui ont signées la tribune.
Et nous nous disons un peuple plus évolué et civilisé qu’au temps de l’inquisition, les événements me prouvent chaque jour le contraire.

Philippe

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Réflexion sur l’avenir de l’opposition républicaine

Ci-dessous mon dernier entretien pour le site Atlantico, avec M. René Gérard Slama, au sujet de l’avenir de l’opposition républicaine. 

  • Avantage de fait comparativement au PS, les LR disposent désormais d’un chef en la personne de Laurent Wauquiez. Cependant, selon un sondage datant du mois de décembre dernier seuls 12% des Français feraient le choix des LR pour les élections européennes de 2019. La droite est elle en panne d’idées ? A-t-elle encore quelque-chose à dire pour éviter une défaite électorale qui pourrait l’entraîne à la 4e voire à la 5e place des formations politiques lors de ces scrutin ? 

Pour l’instant, ce n’est pas tellement une affaire d’idées, mais d’image. Le débat d’idées n’existe pas. L’équipe au pouvoir n’a pas spécialement d’idées nouvelles, elle met plus ou moins en œuvre les slogans de campagne présidentielle par exemple sur la taxe d’habitation, la CSG ou l’impôt sur la fortune immobilière. Si, dans les sondages, LREM semble avoir toujours le vent en poupe, c’est parce qu’il est encore sur sa lancée de 2017. Le parti incarne toujours aux yeux de beaucoup de Français le nouveau monde face à l’ancien, le renouvellement, la jeunesse et la modernité. Sur les institutions, la démocratie française, la sécurité, l’école, l’immigration, l’Europe, l’économie, le social, les impôts, l’international, il ne propose pas d’idée nouvelle et originale par rapport aux gouvernements précédents. Mais l’image reste plutôt bonne. Elle bénéficie d’un contexte international de croissance et d’optimisme qui est très favorable. Cette relative réussite est surtout fondée sur une double illusion de modernité et d’autorité. Sur le chômage, la désindustrialisation, les prélèvements obligatoires, la dette publique, la violence, les zones de non droit, la liberté d’entreprendre, la maîtrise des frontières, par-delà les coups de menton et les gesticulations, aucune décision ne permet d’espérer une substantielle amélioration. Pour l’instant, la posture triomphe. Dès lors la droite souffre pour l’instant, par rapport à LERM, d’un déficit d’image. Les idées n’ont plus grand rapport avec la politique française, devenue un grand spectacle, un show médiatique et une manipulation de grande ampleur de l’opinion. L’opposition républicaine ne s’en sortira pas, aussi longtemps que la belle illusion va perdurer. Sa mission est triple aujourd’hui : faire prendre conscience aux Français de la réalité, se donner une nouvelle image qui inspire la confiance et enfin, essayer justement de recentrer la vie politique sur le débat d’idées et non plus la posture. Le défi est colossal…

2- Emmanuel Macron parvient peu à peu à gagner des points chez les électeurs de droite, provoquant ainsi une tentation de durcissement du discours à droite, et dont les bénéfices peinent à se faire ressentir auprès de l’électorat. N’est ce pas justement cette attitude de réaction qui pénalise les LR ?

Sur le plan de l’image, puisque c’est cela qui compte avant tout aujourd’hui, c’est tout à fait vrai. L’opinion publique dans sa majorité, n’acceptera jamais une image de droite dure, cassante, autoritaire, radicalisée. Dans la France moderne, on ne peut pas gagner une élection en donnant une image brutale. L’opinion publique est d’une complexité inouïe. Elle veut l’autorité, enrobée dans la douceur, autrement dit une main de fer dans un gant de velours. L’esprit sectaire n’a jamais gagné une élection et les Français ont soif d’unité… La nouvelle équipe de LR n’a pas encore trouvé le ton juste en termes d’image.  M. Wauquiez et son équipe ont pour l’instant une image qui plaît beaucoup aux militants mais qui ne semble pas avoir encore convaincu l’opinion dans son ensemble. La priorité absolue est de la corriger en l’orientant sur l’unité, l’ouverture, le collectif et le dialogue. En revanche, sur le fond de la politique, il est du premier devoir des LR de s’opposer clairement au gouvernement actuel. Justement, l’enjeu aujourd’hui est de dénoncer l’illusion d’un « nouveau monde » qui aurait remplacé l’ancien. Le rôle de l’opposition démocratique est de proposer aujourd’hui une profonde révolution de la politique française. Il faut en finir avec le culte de la posture, de l’image et du « je » nihiliste. L’opposition républicaine doit replacer le débat d’idées, l’intérêt général, et le destin national au premier plan de la politique. Quel est l’avenir d’une Europe en pleine désintégration avec le Brexit, les crises polonaise, espagnole, autrichienne ? Comment concilier les démocraties nationales et la solidarité européenne face au chaos planétaire  ? Que faire face à la montée de l’insécurité et la crise de l’autorité de l’Etat, face aux zones de non droit, aux zadistes, à la montée de la violence notamment contre les policiers ? Comment réduire drastiquement les prélèvements obligatoires  et la dette publique ? Comment sauver le système scolaire, réhabiliter les savoirs fondamentaux, pas seulement dans le discours, mais dans la réalité ? Quelles réponses à apporter sur la question de l’unité nationale face au communautarisme, à l’islamisme radical, la maîtrise des frontières ?  Il faut parler et débattre de ces sujets sans peur ni tabou en vue de forger une ligne réaliste et républicaine.

3- De nombreux politologues ont pu faire le constat, au sein des démocraties libérales, de la disparition progressive de la social-démocratie. Si la case vide de l’échiquier politique actuel correspond à celle de la social-démocratie, la droite ne risque-t-elle pas son existence même face à la percée de LREM ?

Le risque existe en effet. Mais c’est à l’opposition républicaine de se resituer dans un nouveau contexte. Si le débat libéralisme/sociale démocratie est dépassé, il faut s’adapter aux circonstances nouvelles. Le véritable clivage qui se présente aujourd’hui est entre la politique spectacle et la politique des réalités. LR ne doit pas cesser de dénoncer les dérives de la politique actuelles dans le culte de l’image, les paroles, le narcissisme. Et surtout, pour exister, LR doit repenser de fond en comble la politique française. Ce qui est en cause aujourd’hui, dans l’aveuglement et l’indifférence générale, c’est un certain modèle politique fondé sur le présidentialisme à outrance, cette idée que l’essence du pouvoir se concentre dans l’image médiatique d’un seul homme au détriment de tout le reste, le gouvernement, le parlement, les collectivités locales, la nation. Cette idée est profondément illusoire. Le culte médiatique du « chef providentiel » sert à dissimuler l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat, son impuissance et son renoncement à traiter les problèmes de fond. LR doit fonder son renouveau sur la sortie du schéma de l’ultra narcissisme ou culte de la personnalité, et le retour à la politique en tant qu’action au seul service du bien commun. LR doit lancer une réflexion sur la reconquête de la démocratie française. Comment restaurer la notion de gouvernement, de choix de société, de décision publique ? Quelle place pour le gouvernement et le Parlement en tant que détenteur de la souveraineté ? Quelle place pour la Nation à travers la démocratie directe (le référendum) et la démocratie locale, la liberté communale ? Il est fort probable que d’ici, 2022, les masques vont tomber et le pouvoir actuel, fondé sur l’image, fera l’objet d’un profond rejet de l’opinion publique. La France aura besoin d’une opposition pour accomplir l’alternance. C’est dès maintenant qu’elle se construit.

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« Fire and fury » ou « ground zero »?

« Un peu après 20h00 le soir de l’élection, quand la tendance inattendue – la victoire de Trump – semblait se confirmer. Donald Trump Jr. a dit à un ami que son père ressemblait à quelqu’un ayant vu un fantôme », affirme Michael Wolff, auteur du livre polémique. Dans un extrait publié par le New York Magazine, on apprend que le but ultime de Donald Trump « n’a jamais été de gagner » mais de devenir simplement « l’homme le plus célèbre du monde ». Le candidat républicain envisageait d’utiliser sa notoriété pour lancer sa chaîne de télévision, poursuit l’auteur. Le soir de l’élection, Steve Bannon raconte qu’en une heure, « Trump est passé de la confusion à l’incrédulité, puis à l’horreur ». Avant d’arriver à « cette ultime transformation : tout d’un coup, Donald Trump est devenu un homme qui a cru qu’il méritait d’être président des États-Unis, et qui était capable de l’être . Preuve de cette absence de volonté, Donald Trump « a refusé d’investir son argent personnel dans la campagne », note Michael Wolff. Selon lui, Steve Bannon aurait demandé au futur président d’injecter « une somme de 50 millions de dollars dans la campagne »mais il se serait pris un non catégorique du gendre de Trump. « Hors de question qu’on investisse 50 millions si on n’est pas sûrs qu’il gagne derrière ».

Le livre, depuis hier, fait fureur dans les librairies US. Au regard des extraits qui en ressortent, cet ouvrage semble être une compilation de ragots touchant à la personne de Trump. Il touche à l’apothéose de la méthode du lynchage personnel, la logique même du président bouc émissaire. La politique de l’administration Trump ne semble pas être en cause, ni sa politique intérieure ni extérieure. D’ailleurs, de fait, que peut on vraiment lui reprocher sur le plan diplomatique? Les Etats-Unis et la Russie n’ont-ils pas, malgré les frictions, d’un côté l’Irak et de l’autre la Syrie, n’ont-ils pas gagné la bataille contre l’Etat islamique daesh qui menaçait de mettre le Moyen-Orient à feu et à sang?  Mais le triomphe du livre qui provoque outre-atlantique, une véritable extase médiatique, repose sur des anecdotes. Ici, le niveau zéro, ground zero,  de l’analyse politique, du journalisme et de l’édition est atteint. Désormais, ils essayent de le faire passer pour un dément, relevant de la psychiatrie. C’est tellement facile. La crétinisation frappe les « Etats-Unis d’en haut » de plein fouet. Mais aussi, c’est tout un système de gouvernement qui est en cause. Fondé sur l’image, sur la frime, la communication, les tweets, il est tellement facile de retourner la logique de la communication totale contre un personnage qui fonde sa politique autour de l’image, grâce au bulldozer de la propagande du système médiatique pour lequel M. Trump est le mal absolu, comme M. Obama et Mme Clinton étaient le bien suprême – même si Trump comme Obama se rejoignent dans l’obsession de la communication à outrance. La France est d’ailleurs dans une situation comparable. Il faudrait une révolution intellectuelle pour changer en profondeur la nature de la politique en occident, la recentrer sur le gouvernement des hommes et des choses, l’action réelle, les résultats, et non plus sur l’émotion de haine ou d’amour envers des personnages du grand show. Mais qui pour comprendre cela, dans le climat d’abêtissement général où sombre l’ensemble du monde occidental?

Maxime TANDONNET

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L’optimisme

En 2018, la mode est à l’optimisme. 59% des Français sont optimistes, +17% en un an. Il faut être optimiste pour être dans le vent et ne pas passer pour un grincheux, un ronchon, un aigri. La France s’est donnée un chef éblouissant, le plus jeune de l’histoire et un parti au pouvoir qui incarne la jeunesse, le renouveau, l’éclat de l’avenir, la relance de l’Europe, l’exemplarité donnée au monde, et notre pays est en passe de redevenir  le phare universel qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Un enthousiasme nouveau rayonne sur une nation en pleine recomposition, qui fait la une des hebdo américain et anglais. Un nouveau monde a remplacé l’ancien monde et la lumière chasse les ténèbres. Alors, comment peut on être assez ringard pour se refuser au grand vent d’optimisme qui déferle? Oublier, tout peut s’oublier. Le terrorisme islamiste a causé 250 morts en trois ans sur le territoire français. Des centaines de djihadistes, ayant combattu dans les rangs de l’Etat islamique daesh, cautionné les pires atrocités et massacres, les attentats en Europe,  reviennent en ce moment d’Irak et de Syrie. Les prélèvements obligatoires continuent d’augmenter et battent tous les records en Europe: 47%! La dette atteint 100% du PIB. La crise migratoire se poursuit, les arrivées clandestines, les bidonvilles à Paris et dans le Nord, entraînant l’Europe dans une vertigineuse désintégration politique (Brexit, Hongrie, Pologne, Espagne, Suède, Autriche, Allemagne…) La violence frappe dans les cités de banlieue, touchant tout ce qui incarne l’autorité, en particulier la police. Les zones de non droit prolifèrent. La délinquance au quotidien est un enfer dont plus personne ne parle mais qui ne cesse d’empirer. Le pays compte 5 à 6 millions de chômeurs, 8 millions de pauvres, 3 millions de mal logés. Son niveau intellectuel s’effondre selon toutes les études possibles. L’abstention phénoménale, plus de 50% aux dernières élections, souligne un niveau de défiance jamais atteint dans la démocratie française. Au-delà les gesticulation et les jappements stériles, la plongée du monde politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite dans le narcissisme débile, stérile et impuissant ne cesse de s’accélérer. Oui, il y a bien de  quoi être optimiste! Quand j’entends le mot optimisme, je pense aux accords de Munich du 30 septembre 1938. Daladier , Chamberlain, avec la complicité de Mussolini, ont tout cédé à Hitler et accepté le rattachement des Sudètes à l’Allemagne, préparant ainsi le démantèlement de la Tchécoslovaquie. Une formidable vague d’optimisme déferle sur la France: la paix est sauvée! La presse, le monde politique s’enivrent dans l’euphorie. Dans les rues de Paris, une foule hystérique, saoule de bonheur, acclame le sauveur Daladier. Or, les accords ne font que précipiter l’apocalypse qui se déclenchera deux ans plus tard. « Ah les cons, s’ils savaient » aurait dit Daladier à son arrivée au Bourget, devant le spectacle de la joie populaire. Il ne faut pas être optimiste, ni  pessimiste, mais simplement réaliste et c’est tellement plus difficile!

Maxime TANDONNET

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Voeux 2018

2018 commence dans la tempête, c’est le signe d’une année animée et vivante qui ne va pas nous décevoir! 2018, est le centenaire d’une étrange victoire, une gigantesque vague d’euphorie qui s’est transformée en effroyable désastre, en moins de vingt-deux ans. Souvent, comme l’enthousiasme délirant recèle une catastrophe à venir, la déprime et la déception, dans la nuit et la tempête, préparent les succès et les jours heureux que nul n’attendait et nul n’espérait. J’ai l’immense plaisir de souhaiter une excellente année 2018 aux nombreux visiteurs de ce blog!

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: Face à la calomnie, Dominique Baudis, Fixot, 2005.

Retour sur l’un des pires abominations de la France dite « d’en haut » de ces quinze dernières années, une tragédie déjà ensevelie dans les sables de l’oubli. Le 12 mai 2003, M. Baudis, directeur du CSA, ancien maire de Toulouse, homme politique centriste, est informé par son directeur de cabinet que son nom circule dans une nouvelle affaire concernant le tueur Patrice Alègre.

Deux ex-prostituées, Patricia et Fanny, entendues comme témoins par la justice, l’accusent des pires atrocités en particulier de les avoir violées, mais aussi, de tortures, actes de barbarie et meurtres d’enfants à l’occasion de partouzes sado-masochistes quand il était maire de Toulouse. Le 18 mai, alors que l’affaire n’est pas encore sortie, Baudis prend les devants et tente de s’expliquer au 20 heures de TF1. Son intervention fait l’effet d’une bombe. La France dite d’en haut, médiatique, entre dans une véritable chasse à l’homme.

Le journal la Dépêche du midi dont le propriétaire est un grand notable politique, alimenté par l’officier de gendarmerie chargé de l’enquête, multiplie les scoops accablants pour l’ancien maire, exerce une pression hallucinante sur la justice, mise en cause elle aussi, accusée de couvrir un ancien procureur supposé mêlé à l’affaire. Sous la pression de la presse locale, le parquet ouvre une information judiciaire, ce qui alimente la rumeur de la véracité des faits.

Les télévisions se déchaînent: « A 13 heures, nous allons diffuser l’interview d’une ex-prostituée vous mettant en cause« , annonce à Baudis Olivier Mazerolle de France 2. « Mais vous l’avez déjà diffusée ce matin! »  Puis TF1 en rajoute, Patrick Poivre d’Arvor donnant la parole à un dénonciateur sous le pseudonyme de Djamel. Ce dernier est ensuite invité sur les plateaux de France 2 pour confirmer ses accusations. Canal+ prend le relais à travers l’un de ses plus célèbres animateurs, Carl zéro. Celui-ci, dans un accès d’acharnement, lit une longue  lettre de l’assassin Patrice Alègre accablant Baudis, puis, à plusieurs reprises, donne la parole aux accusatrices, masquées, qui l’accablent de nouveau. L’histoire révélera que l’une d’elle a été fortement rémunérée pour participer à l’émission.

L’engrenage s’accélère. La crise d’hystérie prend des proportions inouïe. Le journal le Monde, la référence morale et intellectuelle suprême de la France dite d’en haut, informé par une source locale (toujours le même enquêteur) annonce de nouvelles révélations: « Derrière les tentures qu’ils ont arrachées, les gendarmes ont découvert dans les murs plusieurs fixations d’anneaux qui avaient été meulés. Ces anneaux étaient situés bas, à une cinquantaine de centimètres du sol, à hauteur d’enfant […] Ces moquettes étaient couvertes de tâches brunâtres que la propriétaire a identifié comme tâches du sang séché. »  

M. Baudis raconte sa vertigineuse descente aux enfers, les meutes de caméras lancées à ses trousses, son honneur bafoué, la menace d’une arrestation, des mois de tourments au milieu de sa femme et de ses enfants qui partagent sa souffrance. A l’exception d’une poignée de journalistes qui prennent sa défense, par exemple Ivan Rioufol du Figaro, Jean-Marie Pontault de l’Express, FOG du Point,  l’ancien maire de Toulouse est lâché par tout le monde, à commencer par la classe politique: il ne se trouve pas une voix, parmi les centaines de députés et sénateurs supposés amis pour le soutenir. Le voilà banni, placé en quarantaine:  un invraisemblable climat de lâcheté écrase le pays comme si toute personne qui prendrait sa défense risquait de voir son image salie.

Au cours de l’été, les accusateurs, Patrice Alègre, Djamel et les deux prostituées, placés par M. Baudis et son avocat face à leurs contradictions,  se rétractent les uns après les autres et son innocence est établie.  Tout était faux, de A à Z, y compris le supposé local de torture soi-disant découvert par le Monde. Dominique Baudis, après avoir été ainsi martyrisé par le système médiatique, est décédé récemment d’un cancer, sans doute des suites de la souffrance endurée. En revanche, ses bourreaux qui l’ont ainsi traîné dans la boue, se vautrant dans le sensationnel d’une mise à mort,  prenant un goût morbide à son lynchage, eux sont toujours en place. On sort de ce témoignage avec au cœur une véritable nausée.

Maxime TANDONNET

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Lecture: les cagoulards dans la guerre, Philippe Bourdel, Albin Michel, 2009.

Voici l’une de mes dernières lectures de cet hiver. La Cagoule? ou le comité secret d’action révolutionnaire (CSAR) est une organisation secrète qui s’est développée au milieu des années 1930, notamment à la suite des émeutes du 6 février 1934 qui ont fait des dizaines de morts à Paris, place de la Concorde, fomentée par les ligues d’extrême droite à la suite du limogeage, par le président du Conseil, Edouard Daladier, du préfet de police de Paris, Jean Chiappe, supposé sympathisant des ligues, dans le contexte de la déliquescence de la IIIe République dominé par l’un des pires scandales politico-financier de l’époque: l’affaire Stavisky.

La Cagoule s’est développée autour de son chef charismatique, Eugène Deloncle, polytechnicien, un grand gaillard costaud à lunette, extrêmement charismatique avec l’objectif de renverser la République, dite « la gueuse », par la force. L’organisation nationaliste recrute dans les milieux de la « France d’en haut » de l’époque, la classe dirigeante, la haute administration, l’armée,  les milieux économiques et financiers qui la financent. Elle pratique, le culte du chef, sur le mode fasciste, le culte un secret, fonctionnant sur un mode cloisonné,  le trafic d’armes, avec l’Italie de Mussolini. Elle s’engage dans une action de nature terroriste, quelques-uns de ses membres, de la frange la plus radicale, procédant à des assassinats, en particulier de réfugiés politiques italiens.

A la suite de la débâcle militaire et de l’effondrement de la IIIe République, la Cagoule se déchire.  Quelques-uns de ses membres rejoignent la Résistance gaulliste, tandis que la majorité de ses cadres se rallient au régime de Vichy. L’ouvrage, qui m’est tombé entre les mains, est particulièrement fascinant dans la mesure où il repose sur des entretiens entre l’auteurs et d’anciens Cagoulards, rencontrés dans les années 1960.

En voici un témoignage: » C’était quelques jours après l’armistice, le 25 juin, si j’ai bonne mémoire. Deloncle nous a convoqués chez lui, rue Lesueur, à Paris. Il y avait là entre autres Jacques Corrèze, Maurice Duclos et moi-même; en tout cas ceux qui étaient disponibles dans la capitale. Il souhaitait aire le point de la situation, comme il en avait l’habitude, dans les moments importants et Dieu sait si la situation méritait le titre d’exceptionnel. Deloncle était ouvert aux discussions et l’on se tromperait si on l’assimilait à quelque chefaillon imposant son autorité. Il souhaitait nous interroger sur nos propres options puisque l’heure du choix avait sonné […] On vit alors se dessiner le destin des principaux dirigeants de l’organisation. Duclos nous déclara qu’il avait décidé de rejoindre de Gaulle dont il avait entendu l’appel; pour moi, ce devait être, mais avec de sérieuses divergences, le choix de Deloncle: aucune hésitation possible, il fallait suivre et s’engager derrière le maréchal... »

L’ouvrage suit le parcours de ces hommes. Un lien entre tous: le caractère extrême de leur engagement. Les Résistants vont au bout d’eux-mêmes et de leur vie. L’ouvrage rapporte les exploits de l’un d’eux, parachuté dans le Sud-Ouest par une nuit de tempête en 1941, qui se traîne pendant des kilomètres avec une jambe brisée, dans des souffrances indescriptibles pour rejoindre son contact et reprendre les armes contre l’occupant.

Quant aux hommes de Deloncle, ils sombrent dans l’abject, l’ultra collaboration, l’antisémitisme viscéral, allant jusqu’à dénoncer à l’occupant allemand et à la Gestapo, autant par idéologie que par servilité et par ambition, des résistants et des juifs oubliés sur leurs listes. Deloncle et Doriot œuvrant de concert, ils sont à la pointe de la mise en place de la Légion des volontaires français qui ira combattre sous l’uniforme allemand contre l’Armée rouge. L’un des membres les plus actifs de la Cagoule, Darnand, est désigné par Pierre Laval chef de la Milice, en 1943 et 1944 qui combat la Résistance et les Maquis au côté de l’armée allemande et des SS.

Les cagoulards, autour de Deloncle, réalisant que l’Allemagne est en train de perdre la guerre, à l’hiver 1942-1943, après la bataille de Stalingrad et l’opération Torch de débarquement américain en Afrique du Nord, tentent de retourner leur veste et de rejoindre la France libre puis la France combattante, par l’intermédiaire de leurs anciens camarades engagés avec de Gaulle. Trop de trahisons et de sang sur les mains:  la Résistance rejette leurs avances et dès lors, les anciens Cagoulards collaborationnistes sombrent dans une fuite en avant criminelle, fanatique et suicidaire au côté des SS et de la Gestapo.

A lire, pour redécouvrir une page oubliée de l’histoire, sur les dangers de toute forme de fanatisme et d’extrémisme.

Maxime TANDONNET

 

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Six premiers mois comparés (Atlantico)

Le site Atlantico m’a interrogé, en tandem avec Bruno Cautrès de CIVIPOF, sur les six premiers mois comparés de M. Sarkozy, M. Hollande et M. Macron. Voici mes réponses:

1- 2007-2012-2017. Après 6 mois de présence à l’Elysée, quel bilan comparatif peut on dresser des 3 présidents français; Nicolas Sarkozy, François Hollande, et Emmanuel Macron ? Quelles ont été, sur les différentes thématiques, les promesses de campagnes respectées, ou non, et les mesures les plus emblématiques de ces débuts de quinquennat ? 

Les six premiers mois de Sarkozy ont été tonitruants sur le plan des mesures prises ou en cours d’adoption. « Tout ce que j’ai promis de réformer, je le réformerai! » assenait-il à ses débuts. Parmi les mesures symboliques, on se souvient des peines planchers pour les récidivistes, la défiscalisation des heures supplémentaires, l’obligation d’apprentissage du Français et des valeurs de la République avant l’optention d’un visa de séjour, l’allègement de l’impôt sur l’héritage, considéré comme sa mesure la plus populaire, la mise en place du service minimum dans les transports, pour mettre fin aux mouvements de grèves qui paralysent le pays… Les débuts de François Hollande ont été plus progressifs. Les grandes mesures emblématiques comme le « mariage pour tous » sont venues plus tard. De fait, les premiers mois de ce quinquennat ont été marqués par l’antisarkozysme et il fallait faire tout le contraire de son prédécesseur y compris en ne manifestant pas de suractivisme. Le début de mandat de M. Macron se situerait dans une position proche du mandat Sarkozy. Il tient le même discours sur sa volonté de mettre en oeuvre les réformes promises, et plusieurs ont été faites: sur la moralisation de la vie publique, sur le code du travail avec les ordonnances, sur la fiscalité avec la transformation de l’ISF en impôt sur la fortune immoblière et la suppression progressive de la taxe d’habitation, sur la sortie de l’état d’urgence et la lutte contre le terrorisme. Ces réformes ont-elle la même ampleur et portée que celles des six premiers mois Sarkozy? C’est encore difficile à dire aujourd’hui de manière objective…

2- Selon les données IFOP-JDD, les mois de décembre 2007-2012-2017 se traduisaient par des niveaux popularité respectifs de 52%, 37%, et 52% au près des Français, soit un niveau comparable entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron. Quels sont les comparaisons à faire entre le début de mandat des deux hommes ? 

Une différence sensible sépare, d’une part les six premiers mois des mandats Sarkozy/Macron, et d’autre part, ceux du mandat Hollande. Les deux premiers se situent dans une période de croissance internationale et de baisse relative du chômage tandis que Hollande arrive à l’Elysée dans la tourmente de la crise économique. Peut-être que la différence de popularité s’explique, au moins en partie, par ces écarts dans la situation économique. Concernant les débuts de mandat des deux hommes, Sarkozy et Macron, ils ont des ressemblances et des différences. Tous deux sont des rebelles dans leur camp. Sarkozy veut la « rupture » vis-à-vis de l’ère Chirac dont il fut ministre et Macron n’a de cesse que de se démarquer de Hollande, dont il fut aussi ministre. Ils ont l’ambition de casser les clivages politiques. Sarkozy pratique « l’ouverture » en appelant dans son gouvernement un maximum de personnalités de « gauche ». Macron va plus loin: venu d’un gouvernement socialiste, il nomme un Premier ministre « de droite ». Autre ressemblance frappante: l’utra personnalisation du pouvoir, la mise en scène presque caricaturale de leur personnage qui écrase tout le reste, avec la bénédiction des médias qui raffolent de la « politique spectacle ». Le climat est en revanche extrêmement différent: chaotique sous l’ère Sarkozy, qui commence avec de violentes polémique sur le Fouquet’s, le « discours de Dakar », les tests ADN; au contraire radieux et bienveillant, à l’exception de quelques rares accrocs, autour de l’image du plus jeune président de France, auréolée d’optimisme, d’harmonie et de jeunesse.

3- Contrairement à ses deux prédécesseurs qui ont pu cliver le pays entre les deux camps traditionnels, on peut observer une mutation du soutien à Emmanuel Macron qui s’est déplacé à droite de l’échiquier. A quelles conditions Emmanuel Macron peut-il espérer rester, au contraire de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, au delà de ce seuil de 50% ? Au regard du mouvement politique annoncé, une telle hypothèse est -elle crédible ? 

Deux facteurs entrent en jeu. Le premier, c’est la situation économique internationale. Tant qu’elle continue à s’améliorer et bénéficie à la France, même faiblement, même avec un décalage de plusieurs années en raison des lourdeurs structurelles de l’économie française, la cote de M. Macron pourra sans doute se maintenir à un niveau élevé. Toutefois, il est peu probable que l’amélioration perdure pendant cinq ans. Le chômage français reste à un niveau considérable de 3,5 à 5,5 millions de personnes. La tendance légère à l’amélioration favorise une remontée de la cote présidentielle. Mais ce phénomène est précaire et rien ne permet de penser que les facteurs profonds du décrochage français sur l’économie, l’emploi, l’industrialisation, sont en voie d’être résorbés, notamment le niveau des prélèvements obligatoires qui reste astronomique (47% du PIB) et celui de la dette publique (100% du PIB) sans que rien ne soit en voie de changer à cet égard. Si une nouvelle crise internationale devait survenir dans les années à venir et le chômage repartir à la hausse, M Macron sera accusé de ne pas avoir fait les réformes nécessaires pendant la période favorable et une vague d’impopularité lui reviendra en boomerang. Or, dans les cinq ans à venir, la probabilité d’une crise économique est assez forte.

Le second facteur, c’est celui de la communication, de l’image personnelle. Pour l’instant, sur le plan de l’image, M. Macron surpasse à la fois Sarkozy et Hollande. Dans l’ensemble, il bénéficie dans les médias radios et télévisions, une partie de la presse, d’une aura qui n’a guère de précédent, liée à sa jeunesse, à la modernité des apparences et du discours en particulier le ni droite ni gauche. Mais cette image est d’autant plus fragile qu’elle est omniprésente. L’usure du pouvoir liée à la surmédiatisation est un risque. En outre, nul n’est à l’abri d’un désastre médiatique, à l’image de l’affaire Cahuzac pour M. Hollande. La population peut finir par se lasser, malgré le message médiatique positif et valorisant. L’image médiatique compte immensément dans le monde mderne. Mais le réel peut resurgir à tout moment. L’opinion publique, un jour où l’autre, peut être amenée à demander des comptes au président, omniprésent, supposé omnipotent donc omniresponsable, en matière d’emploi, mais aussi de sécurité, de lutte contre le terrorisme et le communautarisme, de maîtrise de l’immigration, de pouvoir d’achat, de niveau scolaire, etc. Pis: le monde médiatique peut aussi retourner sa veste, par lassitude ou par opportunisme et lâcher soudain son protégé. Bref, par delà l’effet de mode, par-delà les jubilations et éblouissements de l’immédiat, la probabilité d’une popularité durable sur cinq ans paraît assez faible.

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Pour un renouveau authentique de la vie politique

Ci-dessous, mon article paru ce matin dans le Figaro (papier). L’idée n’est vraiment pas de se demander, à l’image de 98% des commentaires médiatiques, si l’actuel président de la République est formidable ou s’il ne l’est pas. Tout ce qui compte, c’est le pays, le bien commun, l’intérêt général, par-delà tel ou tel individu. La véritable question est de savoir ce que recouvre le prodigieux écran de fumée médiatique autour d’une personnalité et du grand spectacle politicien, cette vertigineuse fuite dans la posture, la polémique, l’émotion, l’idolâtrie et sa face cachée, le dénigrement, la haine, le lynchage. Sans doute est-il plus difficile de réfléchir que de s’émerveiller ou de s’indigner. L’extraordinaire enfumage que nous subissons à présent a un sens: s’auto-aveugler sur la réalité d’une nation qui s’effondre lentement (encore que…) mais sûrement, dans l’indifférence, la lâcheté, l’abêtissement. Plus que jamais, sur tous les grands enjeux de l’époque, l’heure est au renoncement dissimulé sous les gesticulations, les illusions, les paroles creuses et le faire-semblant.

Maxime TANDONNET

Pour un renouveau authentique de la vie politique

             « Et soudain la foudre s’abat sur nous », raconte Patrick Stefanini dans Déflagration, à la lecture du fameux article du Canard Enchaîné le 24 janvier 2017,qui ouvre le Fillongate et précipite la « droite » dans la plus calamiteuse débâcle électorale de son histoire.

            Le récit de l’ancien directeur de campagne de François Fillon constitue un témoignage capital sur la politique française. A la fin de l’été 2016, la bataille fait rage entre les rivaux de la primaire de droite pour le saint graal élyséen. François Fillon prend l’avantage en s’attaquant à Nicolas Sarkozy: «Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen?» L’opération réussit, au-delà de toute attente: «Fillon casse la baraque médiatique.» Complots et trahisons s’ourdissent quand les chances de victoire s’amenuisent. Ainsi, Stefanini découvre, dès mars, l’existence parmi les soutiens essentiels de la campagne de Fillon, d’une «bande du Bellota» (nom d’un restaurant) qui anticipe déjà sur la défaite et prépare sa conversion à la candidature de M. Macron.

            U n constat s’impose: le nihilisme dans lequel s’ébattent des acteurs animés avant tout par l’ivresse d’eux-mêmes, sur une scène qui semble dériver bien loin du monde réel et de la France profonde. A aucun moment du récit n’apparaît la tragédie de la «crise des migrants» ni le mot «chômage», et bien peu celui de terrorisme.

            La « recomposition politique », issue de la victoire de M. Macron et de LERM est le fruit de ce désastre. Mais au-delà du renouvellement des têtes,  peut-on parler aujourd’hui d’un changement en profondeur de la vie politique française? Le « nouveau monde » est-il si différent de l’ancien?

            Pour qu’il en fût ainsi, il faudrait que le mépris de la France dite « d’en haut », envers la France dite « d’en bas », qui s’exprime dans la diabolisation du mot « populiste » dérivé de peuple, ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Les Français souffrent de se sentir méprisés. 88% estiment que les politiques « ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux » (Cevipof). Le taux d’abstention a dépassé les 50% aux dernières législatives. Or, rien aujourd’hui ne permet d’espérer la fin de la fracture démocratique.

            Il faudrait aussi que s’ouvre une réflexion sur le sens d’un régime politique fondé, depuis longtemps, sur le culte de la personnalité. Qu’est-ce que la personnalisation du pouvoir à outrance, sinon le masque du néant? Aucune illusion n’est plus trompeuse et infantilisante. Le mythe du chef tout puissant? Et s’il n’était que le paravent de l’affaiblissement, sur le long terme, de la confiance populaire et de l’autorité  de l’Etat? Le régime actuel fait de l’image médiatique d’un homme – et sa réélection – le but en soi de la politique au détriment de l’intérêt général. Il favorise ainsi, de décennie en décennie, l’impuissance et le déclin. Nous sommes à mille lieues des fondements de la Ve République, la Constitution de 1958, autour d’un président impartial, visionnaire, garant de l’unité nationale et du prestige de la France, d’un gouvernement puissant et responsable de la politique intérieure, d’un Parlement respecté et souverain, de la nation elle-même, à travers le référendum. Le retour à un septennat présidentiel, rendu non renouvelable, serait un premier pas dans le bonne direction. Mais qui se soucie aujourd’hui de ces questions fondamentales?

            Pour passer d’un renouvellement des têtes à un renouveau en profondeur, il faudrait de même réconcilier la vie politique avec le monde des réalités. Son glissement dans la communication ne cesse de s’amplifier. La vie publique se réduit à des postures, des provocations et polémiques, des sondages, des réformes douteuses présentées comme des solutions radicales. Le décalage entre la politique spectacle et les tourments de la vie réelle, s’amplifie de jour en jour: désindustrialisation, chômage, dette, prélèvements obligatoires records, déficits, violences, exclusion, zones de non-droit, échec scolaire… Il faudrait que le sens de la vérité sur l’état de la France, et le rejet de la démagogie, s’imposent comme les fondementsde toute politique. Il faudrait que, dans la vie publique, le sens de l’intérêt général l’emporte sur les préoccupations individuelles, matérielles ou de vanité. Il faudrait enfin restaurer le débat d’idées. La vie politico-médiatique tend à diaboliser toute position non conforme à la ligne idéologique sur la mode libérale-libertaire, sur la négation des frontières, les transferts de compétences à Bruxelles. Notre époque prône la diversité mais ne supporte pas le pluralisme. Ressusciter la démocratie française suppose de redécouvrir le droit de débattre librement sans encourir un lynchage public. Il faudrait… Mais nous en sommes bien loin…

           

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L’abrutissement collectif

Nous vivons une époque particulièrement étrange. Les impôts diminuent-ils? Les prélèvements obligatoires records (47%) et la dette publique (100% du PIB) sont-ils en voie de se réduire? Le chômage, 5 à 6 millions, baisse-t-il de manière significative surtout au regard des performances de nos voisins? Le décrochage économique avec l’Allemagne est-il en train de se résorber? Existe-t-il la moindre raison d’espérer que la désindustrialisation de la France s’achève? L’autorité de l’Etat, face à la violence urbaine, les zadistes, les zones de non droit, est-elle en cours de restauration? Est-il permis d’envisager une reprise réelle du contrôle de l’immigration et des frontières – autre que dans les coups de menton et la polémique? La pauvreté touchant 8,6 millions de personnes en France et le mal logement (3,2 millions) sont-ils en voie de résorption? Le niveau scolaire, en plein effondrement, depuis des décennies, est-il en cours de redressement et la discipline à l’école, notamment dans les collèges en perdition de banlieue, en voie d’amélioration? La réponse est non, évidemment non, mille fois non. Le monde moderne a fait de la politique, surtout en France, un grand spectacle d’abrutissement collectif: coups d’éclats, polémiques, provocations, jappements, émotions pour faire oublier la réalité. La posture en est le maître mot. Il faut parler, vibrionner, émouvoir, séduire, gesticuler le plus possible, faire semblant d’agir, faire croire au mouvement en affleurant la réalité plutôt qu’en l’affrontant. Aujourd’hui, ce qui est nouveau, c’est que cet univers baigne dans un climat de conformisme émerveillé, entretenu par le monde médiatique, radio, télévision, une grande partie de la presse, qui est sans équivalent dans l’histoire récente. La mode est au fayotage, à la morale du troupeau et à une certaine forme de lâcheté. Dans le monde médiatique et la presse, quasi unanimes, même chez les esprits autrefois dissidents, le temps est à l’éblouissement, aux courbettes et à l’aveuglement volontaire. Tout esprit critique doit périr étouffé. Nul ou presque ni échappe. Ce phénomène qui se caractérise par un double mouvement – fuite éperdue face à la réalité et hypnose de masse – peut-il perdurer longtemps, entraînant le pays dans un abîme sans fond? Tout dépend du niveau d’intelligence collective. L’abêtissement scolaire, l’éradication de l’esprit critique, sur des décennies, fonctionne à plein rendement et trouve aujourd’hui son aboutissement dans le règne du fayotage. Mais reste-t-il, dans les entrailles du pays, une lueur de bon sens, de lucidité? Telle est la grande question des mois ou des années à venir. Sans doute que oui mais sincèrement, du fond du coeur, il est violent et douloureux de constater qu’il n’y a plus guère qu’un petit site isolé et infime comme celui-ci pour parler le ton de la vérité.

Maxime TANDONNET

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Noël à Mossoul

Noël 2017 marquera une victoire de la civilisation sur la barbarie absolue. A la suite de la victoire de l’armée irakienne sur l’Etat islamique Daesh, les chrétiens de Mossoul ont pu célébrer, pour la première fois depuis trois ans, Noël dans leur ville. Mossoul martyrisée, persécutée, dévastée, mais Mossoul, libérée. Dans l’indifférence générale de l’occident, ses médias, ses politiques, ses religieux, la vie, la courage et la liberté l’ont emporté sur la terreur. Rien n’est définitif, rien n’est gagné bien entendu, mais il faut voir dans Noël 2017 un signe d’espérance à ne pas négliger. Il est étrange de constater à quel point cette libération, qui est l’un des grands événements historiques de ce premier quart du XXIe siècle, n’intéresse pas grand monde, assez peu les journalistes, les intellectuels et même les curés. Aveuglement? Bêtise? Mauvaise foi? Les Chrétiens d’Orient sont toujours vivants et la flamme de la résistance brille encore dans leurs yeux malgré la tentative d’extermination et le génocide dont ils font l’objet.  Et si c’était tout simplement cela qui gène les belles consciences européennes, cette vision de résistance qui renvoie par contraste à tant de lâcheté et d’indifférence? Honneur à l’armée irakienne et aux soldats syriens , en particulier ceux qui ont donné leur vie pour combattre la barbarie et Joyeux Noël aux Chrétiens d’Orient!

Maxime TANDONNET

 

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Solidarité avec la Pologne

La bureaucratie bruxelloise a décidé de sanctionner la Pologne, pour des raisons qui touchent à l’organisation de son système judiciaire et qui ne regardent que la démocratie polonaise, son gouvernement et son parlement élu au suffrage universel. Il est étrange de voir comment les eurocrates ont tendance à oublier les leçons de l’histoire. La Pologne est un pays martyr. Partagé entre la Russie stalinienne et l’Allemagne nazie en 1939, puis dévastée par les hordes hitlériennes, un cinquième de sa population a été massacrée sous la deuxième guerre mondiale. Puis, de 1945 à 1990, à la suite des accords de Yalta, la Pologne a été opprimée et ravagée par le communisme soviétique. L’Europe de l’Ouest, et le monde occidental dans son ensemble, n’ont pas bougé le petit doigt, entérinant la dictature qui écrasait ce pauvre pays martyr. Et encore en 1980, les Européens ont laissé écraser le syndicat Solidarité qui réclamait un retour à la liberté pour la Pologne, et cela en toute complicité (le général Jaruzelski reçu à Paris). Face à la tragédie polonaise, l’Europe a toujours fait preuve d’une lâcheté et d’un cynisme hors pair. Aujourd’hui la soi-disant Europe, c’est-à-dire la bureaucratie bruxelloise, piétinant les leçons de l’histoire, se substitue à Moscou de l’ère soviétique pour insulter et opprimer la Pologne. On n’a pas le droit de montrer du doigt et d’humilier une nation qui a autant souffert et si longtemps abandonnée à son triste sort. Toute l’histoire du monde moderne est celle de la défaite des empires – napoléonien, ottoman, austro-hongrois, Reich allemand, soviétique, colonial, face aux exigences de liberté des nations. En prenant ainsi la posture de l’impérialisme et de l’oppression d’une nation, en se substituant à Moscou de l’ère soviétique, l’union bruxelloise, cette anti-Europe,  s’engage dans une voie suicidaire.

Maxime TANDONNET

[Seuls les sites figurant au  blogroll ci-joint ou avec l’accord de l’auteur sont autorisés à reprendre ce billet]

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Le vrai clivage politique de l’avenir

Autrefois, le clivage droite/gauche se fondait sur l’opposition conservatisme/progressisme. La « droite » prônait le maintien de l’ordre des choses, de la propriété privée et des hiérarchies économiques et sociales. La « gauche » préconisait la redistribution, la propriété collective des moyens de production, l’égalitarisme. Cette fracture n’a plus lieu d’être dans un pays fortement socialisé où la dépense publique représente plus de la moitié du revenu national et les prélèvements 47%. Comment aller encore au-delà dans la voie d’une collectivisation dont les résultats, sur le long terme, sont d’ailleurs effroyables si l’on en juge par le poids de la pauvreté en France (8,6 millions de personnes)? La redistribution a atteint ses limites. Quant à revenir en arrière et sortir de ce schéma, nul n’y songe sérieusement, tant cela supposerait  de volonté et du courage politique. D’où la neutralisation ou la dépolitisation, de facto, du sujet économique et social. Les notions de droite et de gauche servent désormais d’étiquettes creuses pour désigner une majorité et une opposition.

Les milieux intellectuels tendent aujourd’hui à substituer au clivage droite/gauche le clivage France mondialisée/France périphérique.  Les « élites mondialisées », prétendues éclairées, incarneraient l’ouverture, les grands horizons, vivant dans les centres urbains suivant des études universitaires et votant Macron et LERM. La France périphérique, au contraire, est censée habiter dans les banlieues populaires, le monde rural, voter le Pen et Mélenchon, gagnée par le repli. Ce schéma, largement admis, est-il généralisable? Est-il aussi pertinent qu’il n’y paraît? Le village global, Internet, le i-phone, les voyages, les réseaux sociaux, la culture planétaire (américaine), touchent 80% des Français, y compris de la banlieue et de la ruralité. Quant à la France supposée « ouverte », privilégiée, elle est infiniment plus diversifiée dans ses modes de pensée que l’image facile d’une classe post-nationale qui transcende les frontières.

Le vrai clivage politique, celui de l’avenir, même s’il est imperceptible aujourd’hui, se situe ailleurs. Il réside entre « politique spectacle » et « politique des réalités ». La vie politique a peu à peu basculé dans un monde artificiel, ou tout n’est qu’image narcissique, dissimulations (des faits, des chiffres), postures, fausseté, annonces vaporeuses, coups médiatiques, phrases ou mots chocs, manipulations autour de réformes inconsistantes présentées comme révolutionnaires, polémiques, affichage médiatique. La politique s’éloigne constamment du monde des réalités sur lequel elle ne cherche même plus à avoir prise et, adossée au principe de vanité, s’enfonce dans la négation du bien commun. Plus elle plonge dans le narcissisme, plus elle fuit le monde réel celui du chômage de masse, de la désindustrialisation, de la dette publique,  de l’écrasement fiscal, de la violence, de l’immigration incontrôlée et de la crise de l’éducation. Aujourd’hui, nous avons atteint la quintessence d’une longue dérive. Alors, comment redécouvrir la politique comme action authentique, volonté générale, gouvernement et choix d’un destin? Tel est le grand défi du futur. Aujourd’hui, il est invisible dans la brume d’un abêtissement général et organisé. Comment réinventer le discours de la vérité, la politique des réalités, honnête, tournée vers l’intérêt général et non les satisfactions d’ego d’une infime minorité? Comment réhabiliter, contre le souverain mépris, le sens de la res publica? 

Maxime TANDONNET

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Ainsi parlait Zarathoustra

Alors, l’Autre reprit sans voix: « Ô Zarathoustra, qui a des montagnes à déplacer, déplace aussi des vallées et des bas-fonds. »

Et je répondis: « Ma parole n’a pas encore déplacé de montagnes et ce que je dis n’a pas atteint les hommes. Il est vrai que je suis allé chez les hommes, mais je ne les ai pas encore atteints. »

Alors l’Autre reprit sans voix: « Qu’en sais-tu? La rosée tombe sur l’herbe au moment le plus silencieux de la nuit. »

Et je répondis: « Ils se sont moqués de moi, lorsque j’ai découvert et suivi ma propre voie; et en vérité, mes pieds tremblaient alors. »  Et ils m’ont dit ceci: « Tu ne sais plus le chemin et tu ne sais même plus marcher. »

Alors l’Autre reprit sans voix: « Qu’importe leurs moqueries! Tu es quelqu’un qui as désappris d’obéir: maintenant, tu dois commander! Ne sais-tu pas quel est celui dont tous ont le plus besoin? Celui qui ordonne de grandes choses? Et voici ta faute impardonnable: tu as la puissance et tu ne veux pas régner! »

Et je répondis: « Il me manque la voix du lion pour commander ».

Alors l’Autre me dit encore, comme dans un murmure: « Ce sont les paroles les plus silencieuses qui apportent la tempête. » 

[Ainsi parlait Zarathoustra II]

 

 

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Réflexion sur la politique et sur le destin de la France

  • Le déclin de la France, sur plusieurs décennies, en particulier depuis le milieu des années 1970, est un phénomène difficilement contestable. Il s’exprime dans tous les aspects de la vie politique et sociale : la désindustrialisation, la faiblesse en matière de technologies de pointe, le chômage de masse (5 à 6 millions), les destructions d’emplois, la poussée de la dette publique, le record absolu des prélèvements obligatoires, l’écrasement fiscal, la violence qui ronge la société et s’accroît d’année en année, le nombre des pauvres (8,6 millions) et de mal logés (3,2 millions), la chute vertigineuse du niveau scolaire, l’incapacité à maîtriser les flux migratoires, l’explosion des zones de non droit, l’essor du communautarisme, et des phénomènes de radicalisation islamiste, la catastrophe démocratique que représente une abstention majoritaire aux élections nationales. L’ensanglantement du pays par la vague terroriste islamiste, depuis trois ans, a marqué un nouveau palier dans l’affaiblissement de la France qui ne parvient plus à protéger ses citoyens de tels massacres.
  • Le réflexe naturel est de chercher des boucs émissaires à l’extérieur. « L’Union européenne » ou la « mondialisation », le « capitalisme financier » sont les coupables tout trouvés qui permettent de se défausser sur l’extérieur, l’étranger. Certes, les orientations bureaucratiques de Bruxelles n’ont fait qu’amplifier le désastre. Mais d’autres pays, soumis aux mêmes lourdeurs et contraintes, ne connaissent pas le même naufrage que la France et parviennent à s’en sortir, en tout cas moins mal. Les causes de fond de la tragédie française sont à chercher en interne. Les responsabilités essentielles du désastre sont nationales, françaises, même si le constat est difficile à admettre.
  • Les causes profondes du phénomène sont pourtant intérieures. Elles tiennent à l’affaiblissement de la volonté collective et du sens d’un destin commun. Ils sont le fruit de l’affaiblissement de l’esprit public, de la notion de devoir, de bien commun, au profit de l’individualisme et de la société narcissique. Le désastre a une cause essentielle : le triomphe des corporatismes et des intérêts particuliers égoïstes sur le sens de l’intérêt général. La responsabilité est collective, celles des dirigeants et des milieux influents, obsédés par leurs propres intérêts individuels mais aussi celle d’un peuple qui se détourne de la chose publique. L’agitation quotidienne des passions et des émotions, les gesticulations politiciennes, les polémiques et les sondages, servent d’écran de fumée pour masquer cette évolution de fond.
  • Le système politique français amplifie le déclin de la volonté collective. Son présidentialisme à outrance, depuis des décennies, focalise la vie publique sur la sublimation de l’image narcissique d’un homme, qui devient ainsi sa fin ultime. La vanité s’impose comme un principe de gouvernement. Le narcissisme érigé en système fonctionne à l’image d’un boulet pour le pays. Il interdit toute réforme, toute politique publique et de long terme. Le culte de l’image est incompatible avec la notion de gouvernement car il interdit les décisions impopulaires, les prises de risque, l’exercice de l’autorité, et les arbitrages facteurs inévitables de mécontentement. L’action publique laisse la place à une multitude d’artifices : fausses réformes sans conséquences, annonces flamboyantes et paroles grandiloquentes sans lendemains, culte de la personnalité, grand spectacle mégalomane au quotidien. Le sens de l’action et de la décision ou des choix de long terme se trouve comme étouffé dans les sables mouvants de l’hypocrisie et d’une manipulation de masse. C’est un système qui est ici dénoncé, et non un individu en particulier.
  • Comment en sortir? Le redressement ne se conçoit que sur le long terme, et prendrait, s’il devait se profiler à l’horizon, sans doute autant d’années ou de décennies que le déclin qui dure depuis au moins 40 ans. L’enjeu est de restaurer peu à peu l’esprit public et l’intelligence collective, le sens du bien commun, réapprendre à sortir de l’individualisme radical pour faire renaître le sens d’un avenir et d’un destin collectif, en particulier l’idée d’une solidarité entre les générations et la volonté collective de laisser à nos successeurs une France en ordre où ils pourront vivre dans la paix, la prospérité et la dignité. L’éducation est à la base de tout : sortir les futures générations de la logique de crétinisation en réhabilitant l’intelligence et les savoirs fondamentaux. Tout cela est bien loin d’être gagné. Le début du redressement passe par la tête, par l’exemple, c’est-à-dire par le politique. La France a besoin d’une remise à plat radicale et profonde de son modèle de gouvernement. Le salut passe par une transformation, non seulement du fonctionnement des institutions mais aussi et surtout des mentalités politiques. Il faut remplacer un régime de mégalomanie stérile et impuissante par un mode de commandement fondé, bien au contraire, sur la discrétion efficace et l’action ancrée sur le monde des réalités. La politique au sens noble du terme ne saurait procéder que d’un engagement collectif, la mobilisation d’une douzaine d’hommes et femmes, le rôle du « chef » étant de l’impulser et la coordonner dans le silence, la modestie, le désintéressement absolu et l’obsession des résultats. La question n’est pas seulement celle des hommes (X ou Y) mais celle d’une remise en question générale. Mais dans le climat d’apathie et d’abrutissement collectif, qui pour entendre un tel message?

Maxime TANDONNET

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