L’intelligence contre la manipulation

Il est important de lire l’Express du 7 au 13 juin (n°3440). L’hebdomadaire propose des articles et des interviews d’intellectuels au rebours de la vague de bêtise et de conformisme qui déferle sur la France politico-médiatique. J’ai été heureux, à sa lecture, de me sentir moins seul. J’y ai retrouvé, infiniment mieux dit que par moi même, des visions qui me sont chères. Gilles Lipovetsky: « Le charisme de charme (présidentiel) actualise un phénomène déjà ancien aux Etats-Unis et auquel certains Français ont cru pouvoir se soustraire: le poids déterminant de la personnalité des candidats dans les choix électoraux [Une époque où] la personnalité, autrement dit le charisme personnel des responsables politiques allait compter infiniment plus pour les électeurs que les idées… La France ne fait plus bande à part et rejoint l’extrême personnalisation [donc la mort du débat d’idées] ». Michel Onfray: « L’élection présidentielle s’effectuant à deux tours, il faut pour que rien ne change, qu’elle soit jouée dès le premier afin que le second ne soit plus qu’un plébiscite entre ce qui nous est présenté comme le Bien et le Mal par les médias dominants aux mains de propriétaires ayant clairement choisi leur camp. Il leur a donc fallu jouer un jeu et ce ne fut pas toujours très fin. Il a fallu tout faire pour que le fn soit présent au second tour, mais tout en même temps pour qu’il ne soit pas question de voter pour lui. Dès lors l’élection devient un plébiscite plus facile à gagner du bien contre le mal le bien étant comme par hasard l’Etat maastrichtien, autrement dit, le marché imposé par l’Etat et le mal, tout ce qui s’y oppose et qui se trouve diabolisé, criminalisé, hitlérisé… Il fallait que les Français croient qu’ils n’avaient plus de choix qu’entre le fascisme et l’antifascisme […] » Personnellement, je partage sans réserve la vision de Gilles Lipovetsky et celle de Michel Onfray. J’ajouterais que la neutralisation totale des élections législatives à laquelle nous assistons, n’est que l’aboutissement suprême de cette grande manipulation et de la destruction de la démocratie française. Lire l’Express de cette semaine et tenter de résister par les idées au tsunami de bêtise qui déferle en ce moment sur le pays, grâce aux pépites d’intelligence qui survivent ça et là, et sur lesquelles on tombe par le plus grand des hasards.

Maxime TANDONNET

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Analyse politique

Ci-dessous, mon entretien de ce jour avec le site Atlantico sur la situation politique de la France aujourd’hui.

  1. Quels sont les points sur lesquels la droite d’une part et la gauche de l’autre vont pouvoir s’opposer à coup sûr à Emmanuel Macron, y compris chez les « constructifs » ? Quelles sont les thématiques politiques sur lesquelles les différentes oppositions vont pouvoir réagir face à LREM ?

L’élection à la présidence de la République d’Emmanuel Macron remonte à un peu plus d’un mois et les élections législatives n’ont pas encore eu lieu. Le chef de l’Etat nous dit-on, a réalisé un « sans faute » sur sa communication, notamment internationale. Mais il est difficile d’anticiper sur ce que sera son quinquennat et comment les oppositions vont devoir se positionner par rapport à lui. Nous assistons en ce moment à une déflagration sans précédent se traduisant par la désintégration de la classe politique. Les électeurs semblent avoir une seule idée en tête : la table rase. Pour l’instant, LREM est le réceptacle de cette grande vague nihiliste soulevée par l’euphorie médiatique de l’élection de M. Macron. Une force centrale sortie de rien et réunissant des personnalités aussi disparates peut-elle devenir le socle d’une nouvelle réalité politique ? Seule l’expérience permettra de le dire. Les oppositions ne pourront retrouver une identité qu’en fonction de la suite des évènements. Le danger est évidemment une poussée des extrémismes contre la force centrale que représente LREM et le succès de positions démagogiques et irréalistes à droite comme à gauche. Pour éviter ce scénario catastrophe mais vraisemblable, les oppositions modérées devront se réinventer totalement. Par le plus grand des paradoxes, LREM, censé incarner la recomposition est une force conservatrice, reflétant l’attente des milieux privilégiés, mais qui ne propose aucun changement fondamental sur la démocratie nationale et de proximité, le fonctionnement des institutions, l’organisation et le fonctionnement de l’Europe, l’Education nationale. Il appartient aux oppositions de s’emparer du besoin de transformation en profondeur de la société sur ces sujets.

2. Est-ce que la droite n’est pas plus handicapée que la gauche pour assumer un statut d’opposition crédible ? En quoi le positionnement d’Emmanuel Macron, tant sur les thématiques économiques sécuritaires ou même d’éducation s’orientent plus vers un « droitisation » de LREM qui pourrait priver la droite de moyens de rebonds ?

Là aussi, pardon, mais il est extrêmement difficile de répondre à cette question à ce stade. Le « positionnement » n’est pas une fin en soi. Si le positionnement n’est pas suivi d’actes et de résultats, même droitier, il apparaîtra comme une manipulation éphémère, une de plus, replongeant la France d’ici deux ans dans une nouvelle vague le dégoût de la politique. En revanche, il est certain que si le nouveau pouvoir réussit concrètement dans la lutte contre le chômage, s’il parvient à apporter des réponses effectives, réelles, aux inquiétudes des Français sur la violence quotidienne, sur le terrorisme, sur la maîtrise des flux migratoires, sur les difficultés des cités sensibles et à mettre fin au communautarisme, à résoudre la crise de l’éducation nationale, alors, ce sera la fin définitive de l’opposition de droite modérée. Disons plutôt qu’un parti dénommé LREM prendra la place de la droite républicaine et les Républicains disparaîtront. En effet, la droite traditionnelle, celle des Républicains, dès lors n’aura plus de possibilités de rebond, elle disparaîtra absorbée dans LREM. Le scénario du succès n’est évidemment pas le plus probable au vu de l’histoire et de l’expérience, mais qui peut dire aujourd’hui avec certitude comment les choses vont tourner ?

3. Que reste-t-il à la droite et à la gauche de leurs idées de « prédilection », ou « habituelles » qui n’aurait pas été repris par « En Marche ! » ? Avec tant de reprises, est-ce qu’il n’y a pas un risque d’engendrer des confusions chez les électeurs ? 

La confusion est déjà totale, absolue ! De nombreux électeurs classiques de gauche se retrouvent sincèrement dans le vote LREM mais de nombreux électeurs traditionnels de droite s’y retrouvent tout autant et avec la même sincérité. Alors, peut-on parler d’un élan d’unité nationale ou d’un triomphe de l’enfumage permettant à tout le monde de se retrouver ? C’est la confrontation avec les réalités qui permettra de répondre à cette question. Il y a des sujets fondamentaux, qui se trouvaient au cœur des préoccupations des Français, mais qui sont occultés en ce moment par l’euphorie médiatique de l’élection présidentielle. Le plus crucial, conditionnant tous les autres, est celui de la fracture démocratique entre la France dite d’en haut et la France dite d’en bas. 88% des Français pensent que les politiques ne se préoccupent pas de se que pensent les gens comme eux selon le sondage annuel CEVIPOF sur la confiance. Or, il est impossible de gouverner efficacement et durablement un pays sans la confiance et le soutien populaire. Au-delà de l’euphorie médiatique du jour, les événements actuels ne font qu’amplifier cette fracture. Le succès de l’équipe actuelle a l’apparence d’une revanche de la France dite « d’en haut », fédéraliste, parisianiste, sans frontiériste, libérale au plan économique et libertaire, sur la France dite « d’en bas », provinciale, rurale, conservatrice, parfois qualifiée de « populiste ». Comment surmonter et résorber cette fracture ? Les élections législatives ne vont rien arranger. D’après les sondages, LREM, avec 30% des suffrages et un taux d’abstention de 60% devrait emporter la majorité absolue. En gros, un cinquième de l’électorat (20%) disposera des quatre cinquièmes des sièges de députés… Situation absurde, totalement anti-démocratique. Le système politique traverse une crise aiguë. Sa présidentialisation à outrance se traduit par une flambée du culte de la personnalité. Désormais, l’émotion collective autour de l’image personnelle d’un homme écrase les sujets de fond. Le Parlement, symbole et creuset du débat démocratique, est réduit à l’état de simple annexe élyséenne. La vie politique donne le sentiment de se réduire à une bulle émotionnelle qui s’éloigne toujours plus loin du monde des réalités. Comment rétablir la démocratie en France, par la transformation des institutions et du code électoral, par l’usage raisonnable du référendum, par le pouvoir de proximité ? Si j’étais un responsable politique de l’opposition, de droite comme de gauche, voilà le sujet dont je me saisirais en priorité.

Maxime TANDONNET

 

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Réponse d’Eric à M. Julien AUBERT

Cher Monsieur Aubert,

Le problème c’est que plus personne ne peut maintenant comprendre ce que voter LR veut dire:
– Alain Juppé soutient la candidate LREM contre Jean-Frédéric Poisson, candidat « officiel » de LR.
– dans le même temps, il déclare qu’il ne faut pas donner les pleins pouvoir à EM !
– Jean-Pierre Raffarin déclare qu’il faudra aider EM.
– Edouard Philippe vient soutenir Thierry Solère, candidat « officiel » de LR.
– NKM, Estrosy et d’autres, bien qu’investis par LR, ont fait une offre de services à EM.
– François Barouin appelle, avant même le premier tour et sans savoir quelles seront les conditions du vote à un désistement sans réserve pour LREM (à titre d’exemple, les candidats LREM des français de l’étranger, très largement en tête mais avec 80% d’abstention, « méritent » ils un désistement des candidats LR qui pourraient au minimum appeler à une mobilisation des abstentionnistes au deuxième tour).

Quelle est la ligne directrice de ce parti qui s’appelle encore LR ?
Une opposition constructive qui semble de plus en plus prête à se modifier rapidement en soutien affirmé au gouvernement du LR Edouard Philippe ?

Au train où vont les choses, nous aurons un grand rassemblement des centres encadré par deux extrêmes ne représentant, a priori, pas une alternative de gouvernement crédible.
C’est probablement le but recherché mais c’est un danger à terme pour la démocratie.

Puisque vous vous dites de droite, au boulot, faites le ménage en interne.
Que ceux qui ne demandent qu’à rejoindre une grande formation du centre, favorable à la constitution d’une Europe Fédérale, franchissent clairement le Rubicon et rejoignent LREM (c’est d’ailleurs peut être la majorité des militants et des élus de LR ?).
Et que les autres commencent à reconstruire un véritable parti d’opposition de droite républicaine et populaire, favorable à une Europe des Nations.
Continuer à maintenir au sein d’un même parti les partisans d’une Europe de plus en plus intégrée et les partisans d’une Europe des Nations n’a plus beaucoup de sens.

Cordialement,

Eric

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Message de M. Julien AUBERT, député du Vaucluse

Message de M. Julien AUBERT, député LR du Vaucluse : Le candidat du régime

Sous Napoleon III, il y avait « le candidat du régime impérial », pour qui il fallait voter.

En 2017, les médias nous le disent, nous le suggèrent, nous le font comprendre : il faut donner la majorité au Président Macron, les Français vont donner une majorité au Président Macron. 300, 400 députés et pourquoi pas 577 demain ? Après tout, pourquoi faire dans la demi-mesure. Les chiffres des élections des français de l’étranger sont présentés comme un avant-goût de ce qui nous attend, même si 80% des électeurs ne se sont pas déplacés.

Certains parlent même « d’accorder les pleins pouvoirs », comme si François Hollande ne les avaient pas eus. On a vu le résultat. Comment en quelques mois la France pourrait donner un pouvoir sans limites, sans opposition construite, à un Président relativement inexpérimenté élu dans des conditions très particulières, c’est un mystère. D’autant que la majorité en Marche, à trois exceptions près, est essentiellement la reconduite de la Gauche sous d’autres étiquettes.

Dans ma circonscription, on est ainsi prié de croire que c’est Jean Viard, 68 ans, sociologue qui a des années de compagnonnage politique dans les Bouches du Rhône avec Jean-Noël Guerini qui incarne le renouvellement et le rajeunissement, pour ne pas dire la moralisation de la vie politique. Et moi j’incarne quoi, alors ?

Beaucoup de choses nous séparent, et je reconnais à M. Viard le courage de ses convictions ; il ne se cache pas. Il ambitionne de décatholiciser la société, je défends le respect d’un patrimoine culturel et spirituel judéo-chrétien ; il croit que l’accès à la culture ou aux vacances intègre les gens en société, je pense au contraire que c’est le travail qui joue ce rôle ; il veut renforcer les métropoles en absorbant au passage l’identité communale, je pense que le pouvoir central doit se doter d’une politique d’aménagement du territoire pour dynamiser les territoires ruraux ; il est pour une immigration massive, je suis contre.

Bref, il est de Gauche, je suis de Droite.

Croire que l’effet « Republique en Marche » transformerait M. Viard en soutien de politiques de libéralisation du marché du travail ou de renforcement de l’arsenal pénal contre la délinquance ou le terrorisme, est une vue de l’esprit.

La République en Marche est au PS ce que LCL est au Crédit Lyonnais : un ripolinage marketing pour éviter la banqueroute.

Julien AUBERT député LR du Vaucluse

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Le rire de la « France d’en haut »

La France d’en haut, parisianiste, privilégiée, supposée « instruite », celle des bons quartiers urbains qui monopolise la parole officielle, sur les plateaux de télévision et à la radio, jubile et s’amuse en ce moment. Elle vit une période d’allégresse et d’euphorie. L’heure est à « l’optimisme », un mot à la mode. Et dans cette France dite d’en haut, tout esprit de dissidence, toute ombre porté en grand soleil de la joie collective est désormais suspect, vaut au récalcitrant d’obscures messes basses et de mauvais regards en coin.  Il est beaucoup question de la majorité absolue que la France d’en haut s’apprête à remporter à l’Assemblée. La majorité absolue, pour avoir la majorité absolue. Voilà, c’est à peu près tout. Et pour quoi faire? Quelle importance. Le troupeau, par définition, se laisse guider. D’ailleurs quelle majorité absolue? D’après les sondages, lrem serait à 30%. Avec une misérable participation de 60%, cela donne environ 20% du corps électoral. Majorité absolue à l’Assemblée, correspondant à l’adhésion de 20% de la population. Cela nous laisse 80% d’indifférents ou d’opposants. France d’en haut/France d’en bas. Un cinquième du pays/ quatre cinquièmes de l’Assemblée? Est-ce bien cela, la démocratie? En tout cas le soutien d’un cinquième du peuple ne fournit pas, de fait, une légitimité suffisante pour gouverner une nation et entreprendre des réformes difficiles. C’est pourquoi, il faudra soit faire semblant, soit capituler en rase campagne.  La disproportion est trop énorme, trop gigantesque. Elle souligne la dégénérescence de la démocratie française. Elle prépare le gouffre de l’avenir. La France d’en haut baigne dans l’euphorie et s’amuse. Dans sa jubilation, elle oublie le monde des réalités, le terrorisme qui ensanglante l’Europe, la guerre à ses portes, les déchirures et la violences de la société française, son écrasement fiscal, les 5,5 millions de chômeurs… Il n’y a pas de quoi s’extasier, s’exalter, s’amuser, triompher… En tout cas, le scandaleux silence des grands leaders politiques sur la mystification en cours – dès lors que l’Elysée leur a échappé, plus rien  ne les intéresse – ouvre de nouveau un boulevard aux extrémismes de droite et de gauche.

Maxime TANDONNET

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Réforme de la vie politique

Que penser du projet de loi sur la moralisation de la vie publique? Sans doute faut-il interdire les « emplois familiaux » et limiter le nombre de renouvellements successifs des mandats politiques. Ces mesures répondent à une attente de l’opinion. Cependant, elles ne touchent qu’à la surface des choses. Le vrai sujet est ailleurs, infiniment plus difficile et plus grave. Il concerne l’avenir de la démocratie française. Le système politique qui s’est mis en place au fil des décennies est à la fois anti démocratique, absurde et inefficace. Il donne l’illusion de l’autorité en concentrant l’image de la vie publique sur le visage d’un seul homme. Les événements de ces derniers mois illustrent la dégradation de la démocratie française: élection d’un chef de l’Etat avec un faible niveau d’adhésion populaire au premier tour (18% du corps électoral), à l’issue d’un gigantesque scandale, puis au deuxième tour contre le candidat « repoussoir » institutionnel, entraînant, par effet mécanique, le triomphe d’une assemblée à sa botte. Le Parlement se voit ainsi annihilé de fait, n’existant plus qu’à travers un rôle d’annexe élyséenne. Le Gouvernement se trouve asphyxié dans l’apparence de toute puissance présidentielle cultivée par une sur-médiatisation quotidienne. Le décalage entre le faible niveau d’adhésion initiale et le faux-semblant d’une emprise totale d’un homme sur la vie publique est source d’un dangereux vertige. La vie politique, dans un tel système, se focalise sur le visage d’un homme et l’image personnelle comme but en soi.  Elle se cantonne dans l’illusion de l’autorité tout en détruisant les racines de la véritable autorité, son ancrage dans la population à travers ses relais gouvernementaux ou parlementaires. La politique moderne a besoin d’un équilibre entre le président, chargé de présider, le Premier ministre et le Gouvernement ayant vocation à gouverner, et le Parlement, dont la noble mission est d’incarner la Nation. Nous venons de franchir, ces derniers mois, une nouvelle étape dans la rupture de cet équilibre. A terme, la cassure entre le pouvoir et la Nation ne peut qu’en sortir aggravée. Nous risquons d’assister à une fuite croissante de ce pouvoir au loin du monde des réalités, dans les limbes de la posture et des gesticulations, une aggravation des déchirures et la poursuite de la dégringolade de notre pays. Tout ceci est infiniment plus complexe que la limitation du nombre de mandats des députés mais aussi, infiniment plus essentiel… La France a une démocratie à refonder de A à Z.

Maxime TANDONNET

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Londres ensanglantée

Un nouvel attentat islamiste a frappé Londres le samedi 3 juin à 22H30, quelques jours après la tuerie de Manchester, provoquant la mort de sept personnes et plus de 40 blessés. Nous n’avons absolument rien à faire du Brexit bruxellois, cette gesticulation bureaucratique entachée de nullité intellectuelle et morale. Non seulement l’Angleterre fait toujours et plus que jamais partie de l’Europe, l’Europe de l’histoire, de la culture, de la civilisation, mais l’Angleterre est l’Europe, l’Europe de la liberté et de la démocratie, l’île de la liberté, victorieuse du nazisme en 1945. Londres est ensanglantée comme elle l’a été par les bombardements des nazis pendant la bataille d’Angleterre. Londres martyrisée est éternellement la capitale de l’Europe de la liberté. Les dirigeants de l’Europe occidentale sont aujourd’hui exactement comme leurs homologues des années 1930,  aveuglés par les néons de la lâcheté face à la montée inexorable de la barbarie criminelle. On ne veut pas voir l’horreur absolue ni s’y attaquer vraiment, alors, il reste à se noyer dans les polémiques, l’émotionnel et l’idolâtrie, et tout oublier bien vite, en attendant la prochaine tuerie, sur le sol de l’Europe. Verrons nous un jour rejaillir une lueur de lucidité et de volonté, sur ce vieux continent qui n’en finit pas d’agoniser?

Maxime TANDONNET

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De mieux en mieux…

Aujourd’hui, la petite phrase du président Macron sur les kwassa kwassa fait la une de l’actualité, soulevant un torrent d’indignation médiatique générale. Personnellement je ne comprends pas ce qu’il a voulu dire. Je trouve que cette déclaration n’a rien de drôle; mais elle n’a rien de monstrueux (criminel) non plus; elle est juste un peu bébête. Et lors, vous vous attendiez à quoi? Hier, grâce à sa poignée de main médiatisée, il était le « héros » du monde occidental, le sauveur de l’humanité. Aujourd’hui, avec sa mauvaise blague, il est retombé soudain et fait figure de paria de la France bien pensante. Et ainsi tourne la roue de la crétinerie ambiante. Effacés les 5 à 6 millions de chômeurs, l’abominable violence quotidienne, le risque terroriste et les 250 victimes sur le sol français, la crise migratoire européenne, dont plus personne ne parle, la ghettoïsation des banlieues et la terreur qui y règne au quotidien, les massacres de daesh au Moyen-Orient, la persécution des coptes en Egypte… La France s’enivre d’anecdotes, de polémiques, d’idolâtrie imbécile d’un jour et de lynchage complaisant le lendemain. Mais un jour, la bêtise, la bêtise suprême, la bêtise obsédante, dominante, comme un baril de poudre, va nous exploser à la g… à la figure pardon. Restons polis.

Maxime TANDONNET

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Quand la soif de pureté révèle l’écroulement du politique

Ci-dessous, ma tribune publiée par le Figaro du 2 juin.

Les « affaires » et l’exemplarité des hommes politiques tournent à l’obsession et étouffent toutes les autres questions. Dans une sorte de roulement continu, les scandales s’enchaînent les uns aux autres, écrasant la vie publique. Depuis 2011, une tornade sans fin de mises en cause du comportement des dirigeants semble emporter la politique française : DSK, Cahuzac, Thévenoud, « Merci pour ce moment » et ses suites, Bygmalion… Les primaires de droite ont été dominées, fin 2016, par la quête de la vertu : « qui imagine de Gaulle mis en examen ?». Les présidentielles de 2017 ont été broyées par le « Fillongate ». Et puis aujourd’hui, à peine un mois après l’élection d’un nouveau président, voici le gouvernement empêtré dans une série de mises en cause personnelles qui de nouveau, embrase la sphère politico-médiatique. Jamais, dans toute l’histoire, l’ébranlement par les affaires d’une nouvelle équipe issue du suffrage universel ne fut aussi soudaine.

La quête de pureté des dirigeants politiques semble écraser tout débat d’idées, et toute autre préoccupation. La France, en deux ans a été ensanglantée par le terrorisme. Le pays compte toujours 3,5 à 5,5 millions de chômeurs. Il est déchiré par l’exclusion, la crise des cités sensibles et de l’éducation nationale, la violence quotidienne, le danger du communautarisme, la pauvreté. Il est confronté à une situation internationale chaotique, au retour de la guerre froide, au risque d’une déstabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique par le djihadisme. Cependant, la question de la probité des élites politiciennes l’emporte sur tout le reste, y compris des sujets vitaux pour l’avenir du pays.

L’exigence absolue d’honnêteté en politique, par-delà toute autre préoccupation, s’impose comme un phénomène récent. Sous la société traditionnelle les dirigeants avaient peine à distinguer leurs intérêts personnels et ceux de l’Etat. Mazarin, au XVIIe siècle, ne fit-il pas fortune en servant la monarchie française ? Sous la République française, jusqu’à présent, les drames politico-financiers ont été légion, mais ils ne furent pas rédhibitoires pour les carrières. Le scandale de Panama n’a pas empêché Emile Loubet de devenir président de la République ni Georges Clemenceau d’accomplir son destin d’homme d’Etat. L’épouvantable affaire Stavisky en 1934 a eu peu d’incidence sur la carrière de Camille Chautemps porté peu de temps après à la présidence du Conseil. En ne parlons pas de Laval, le « maquignon », mêlant sans vergogne ses fonctions politiques et ses affaires privées dans l’imprimerie et la presse. Plus récemment, en 1990, une loi du gouvernement Rocard décidait l’amnistie générale des infractions liées à la corruption. Qui peut imaginer un tel scénario aujourd’hui ?

L’exigence de pureté absolue qui caractérise la vie politico-médiatique française actuelle pourrait se rattacher à une référence historique : la politique de Robespierre, l’Incorruptible, pourchassant toute trace de corruption dans sa quête de la vertu.

Que traduit l’obsession actuelle de la perfection des mœurs politiques, même au-delà de la défense des fonds publics? Elle est dans la logique d’une évolution souterraine de la vie politique française qui donne le sentiment de s’éloigner chaque jour un peu plus du monde des réalités, de l’action, du gouvernement des choses, pour glisser dans le virtuel. Sous l’effet du spectacle médiatique, elle glisse subrepticement dans le culte de l’image, de la posture, du paraître au détriment du faire. Son objectif essentiel est de vendre du rêve, de l’apparence, de l’illusion. Depuis des décennies, tous les gouvernements sans exception échouent dans la confrontation avec la réalité : chômage, violence, désintégration sociale, déclin international. Dès lors, la politique s’enfuit dans une sphère peuplée d’émotions, de superstitions, de héros et de monstres, une bataille entre le mal et le bien. Elle engendre un univers où se font face des héros providentiels et des parias, victime du lynchage médiatique, dans un climat d’abêtissement général. A cet égard, la marche dans l’utopie rejoint Robespierre, la guillotine et les fleuves de sang en moins évidemment.

La quête de pureté absolue en politique est la conséquence directe de ce fantastique bouleversement. Dès lors que la vie publique devient une affaire de posture et d’image personnelle, au détriment des sujets de fond et de l’intérêt général de la Nation, cette image ne saurait être que parfaite. La politique tend ainsi vers l’obsession de la propreté, de la perfection et de la pureté de l’image personnelle. Or, rien n’est plus fragile que l’image médiatique et le basculement de la sainteté républicaine au bannissement public quasi instantané. En soi, cette évolution peut paraître aller dans le sens du progrès de la démocratie, et l’exigence d’honnêteté chez les dirigeants politiques est parfaitement légitime. Toutefois, par son caractère obsessionnel, cette évolution est préoccupante car elle fait oublier tout le reste, y compris les questions les plus cruciales pour l’avenir du pays.

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Témoignage de professeur

Bonjour Maxime,
enseignant dans le supérieur, ce qui me frappe le plus chez les étudiants, ce n’est pas tant l’absence de maîtrise de la langue (orthographe par ex.), qui certes n’est pas brillant, mais plutôt l’incapacité à organiser leur apprentissage. Rester assis pendant 2 h sans papoter et tapoter sur un smartphone dévient une performance pour nombre d’entre-eux. Répondre à une consigne (en plus dans les temps), comme par exemple rendre une compte-rendu de TP ne semble plus vécu comme une obligation (un devoir) pour le quart de ma promotion actuelle (DUT 1). Cette analyse est partagée par mes collègues. En fait, nos gamins n’ont juste pas appris à apprendre (écouter, réfléchir, poser des conclusions, tenter de les étayer ou de les réfuter, vérifier le « bon sens » d’un résultat expérimental (certains prétendent avoir des fréquences cardiaques à 6 bpm car ils ne maîtrisent mal la règle de 3), etc…

« Apprendre à Apprendre, cela s’apprend », « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif » . « Personne n’a jamais atteint la maîtrise de quoique ce soit sans posséder les fondamentaux », etc…on entend ce genre de propos dès que les enseignants discutent entre eux du niveau des étudiants « MOYENS » . Nous remarquons quand même que d’année en année les cancres restent des cancres mais aussi que les cadors de promo restent toujours à un très haut niveau. Il y a donc de l’espoir. Ce qui frappe le plus, c’est bien le niveau de plus en plus médiocre du « ventre mou » des promotions qui se succèdent. Et on observe des dégradations de ce niveau sur des cycles de 2-3 ans.

Le mal est plus profond et plus lointain que les années 80, même si je partage la vision l’institut Diderot. Lors de ma dernière Présidence de jury de bac (il y a 3/4 ans), nous avions plus de mentions Bien et Très Bien que de recalés (et 86% de réussite dans ce jury). Cela en dit long sur la valeur du premier diplôme universitaire. En demandant seulement aux élèves de remplir leurs copies avec leur nom, prénom et date de naissance, nous arriverons (peut être) à 100% de réussite au bac.

Le bac est tellement sans valeur que la dernière Ministre de l’EN vient par décret de mettre en place la sélection par le tirage au sort dans les filières en tension : cela revient à dire qu’un bachelier S avec mention TB ne tire aucun avantage pour intégrer une formation universitaire sous tension à valence plutôt scientifique (par ex. STAPS) par rapport à un bachelier L, ou ES sans mention. Étrange vision de la méritocratie scolaire. J’arrête là..je commence à dire des gros mots.
Cordialement
Laurent

Vous adorerez lire « Psychologie de l’éducation de Gustave Le bon » (http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psycho_education/psycho_education.html) .

Et pourquoi pas « psychologie des foules  » du même auteur ….c’est édifiant.

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Mortelle dérive

Une précision au préalable: contrairement à un reproche qui m’est fait parfois, mes écrits ou interventions dans  les médias ne dérogent strictement en aucune manière au « devoir de réserve ». Je ne porte jamais d’attaque personnelle sur quiconque, m’abstiens rigoureusement de parler de sujets soit polémiques, soit susceptibles d’avoir un lien quelconque avec mes responsabilités,  m’exprime en tant que citoyen sans la moindre espèce d’allusion directe ou indirecte à mes fonctions, et enfin ma parole est parfaitement polie, mesurée, et modérée. Mon attitude est conforme à la fois au droit, à la morale, à l’éthique professionnelle, aux valeurs de la République, à la liberté d’expression. Au contraire, en me taisant par souci de tranquillité ou de carrière, j’aurais le sentiment de manquer à mon devoir de citoyen. Je remercie donc France Culture de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer dans ces conditions.

Il me semble que le régime politique français roule à l’abîme depuis longtemps et que son effondrement, par delà les néons aveuglant de la béatitude actuelle, ne fait que s’accélérer. La France a connu le désastre du « régime d’assemblée » en certaines périodes de la IIIe et de la IVe République. Contrairement à une caricature courante, la IIIe n’a pas toujours été un régime d’assemblée et elle a connu de grands moments de gouvernement parlementaire efficace (Pierre Waldeck Rousseau par exemple ou Clemenceau bien sûr). Le régime d’assemblée, quand il a sévi, produisait une vertigineuse instabilité politique. Le pouvoir était confisqué par une caste de parlementaires, professionnalisée, qui songeait avant tout à se perpétuer. La Ve République en 1958 fut bâtie contre cet excès. Le Parlement en est sorti affaibli. Pourtant, même s’il est impossible de raconter toute l’histoire, il existait vraiment jusqu’au tournant des années 2000, exerçait un rôle d’initiative, de débat et de contrôle de l’exécutif, surtout en certaines périodes difficiles.

En ce moment, surtout depuis l’instauration du quinquennat, le Parlement est en train de disparaître étouffé. L’Assemblée nationale, élue dans la foulée du président de la République, devient un appendice de l’Elysée. On élit désormais les députés, non pour représenter la Nation, mais pour « donner une majorité » au président de la République. Les futurs élus « d’En marche », la plupart sans expérience politique, ont été désigné dans ce but. Plus que jamais dans l’histoire contemporaine, l’Assemblée sera mise de facto sous tutelle élyséenne.

En apparence, le phénomène réjouit tout le monde. Il donne une impression « d’autorité », autour d’un chef unique. Mirage empoisonné: dans les faits, cette concentration de l’image du pouvoir sur un visage est synonyme de faiblesse et d’impuissance. Le recours au chef, à l’homme providentiel, est une illusion vénéneuse. Il est censé incarner le pouvoir. Donc, il se présente inévitablement comme le dépositaire des frustrations, des déceptions, des souffrances populaires, de l’exaspération. Il en devient peu à peu détesté ou méprisé, malgré les postures médiatiques, et donc, privé d’autorité. Au tout début, on pense toujours: oui, mais avec celui-ci, c’est différent. Eh bien non, la logique infernale reste la même.

Les députés et les sénateurs sont en revanche des hommes et des femmes de terrain, avec leurs qualités et leurs défauts, en prise avec la réalité quotidienne des Français. Ils existent par eux-mêmes, en dehors du seul reflet médiatique, dans le contact direct avec les Français. Tel n’est pas le cas de l’exécutif, enfermé entre les palais de la République, les avions, les réceptions planétaires. Affaiblir le Parlement, que-dis-je, l’annihiler, au fil des décennies, pousse la politique vers la « réalité virtuelle« , la fuite dans les limbes de la communication à outrance et de la posture narcissique, l’éloigne du monde réel, de la réalité quotidienne. Soumettre toujours davantage l’Assemblée nationale, en en faisant une succursale de l’Elysée, aggrave dangereusement la coupure entre les élites dirigeantes et le peuple et finit par corrompre la notion même de démocratie. Tuer le régime parlementaire est une manière de détruire la politique, au sens noble du gouvernement de la cité.

La Ve République visait à mettre fin au régime d’assemblée, dont la philosophie consistait en la défense des privilèges de la caste parlementaire. En sombrant dans l’excès inverse, la politique française recrée, sous d’autre formes, les mêmes défauts que le régime d’assemblée. Le culte des privilèges individuels, notamment privilèges de vanité, au détriment de l’intérêt général, a simplement basculé de l’autre côté, celui de l’exécutif. Le résultat est tout aussi dramatique pour la France. Il n’existe de salut que dans un équilibre des pouvoirs que la France, au fil des décennies, ne parvient pas à respecter.

D’après les sondages, sous l’impact d’un vertigineux matraquage médiatique, le nouveau président de la République s’apprêterait à obtenir « une majorité absolue« . Par delà le torrent d’aveuglement et de bêtise générale qui en ce moment, emporte tout sur son passage, il me semble que c’est une très mauvaise nouvelle, pour lui-même – l’avenir de son quinquennat – et surtout, infiniment plus grave, pour la France.

Maxime TANDONNET

 

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L’abêtissement volontaire

C’est hier par le plus grand des hasards, en attendant mon passage à la matinale de France Culture, que je suis tombé sur une brochure de l’institut Diderot concernant la crise de l’enseignement. L’auteur y dénonce « une spirale autodestructrice de l’école française » qui remonte au milieu des années 1970 et qui n’a jamais cessé, un effondrement du niveau de maîtrise de le la langue maternelle et de la compréhension dans toutes les disciplines. L’objectif d’atteindre les 80% d’une classe d’âge au niveau du bac,  assorti de « consignes toujours plus explicites de bienveillance dans l’évaluation » a entraîné l’écroulement des apprentissages fondamentaux. Mais ce texte accuse implicitement les dirigeants successifs du pays d’avoir sacrifié l’intelligence collective notamment en saccageant l’enseignement du français. « Entre 1976 et 2004, le nombre moyen d’heures de français sur le total des années menant du cours préparatoire à la classe de 3e aurait baissé de 700 heures ».  Or la connaissance et la maîtrise de la langue maternelle et des œuvres des grands écrivains et penseurs est le socle de l’intelligence collective. Savoir lire, comprendre un texte et construire une phrase intelligible est le fondement de l’esprit critique permettant d’aborder les autres disciplines. Tout se passe comme si depuis près de quatre décennies, la France subissait une entreprise de crétinisation de masse, consciente ou inconsciente: abattre l’esprit critique pour soumettre le pays à toutes les influences, l’asservir aux modes idéologiques. Elle explique la médiocrité ambiante et sans doute la débâcle politicienne de la France d’aujourd’hui, l’émergence d’un pays déboussolé, sans repère, livré à la béatitude, aux idolâtries et balloté au jour le jour par tous les courants d’air, mêmes les plus contradictoires.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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De Gaulle profané

La profanation de la tombe du général de Gaulle, c’est tout un symbole. Bien sûr, à la surface des choses, tous les politiques se réclament plus ou moins de lui, jusqu’aux ex « révolutionnaires » de mai 68 qui ont voulu le ridiculiser et l’extrême droite qui l’a toujours viscéralement haï au point de vouloir sa mort physique . Mais dans les faits, nous assistons jour après jour à la profanation de sa mémoire, de son héritage. La Constitution de 1958 est saccagée à travers le système d' »hyperprésidence », concentrant l’apparence du pouvoir politique sur un seul visage, au détriment du Gouvernement, du Parlement et du peuple ce qui constitue une affligeante perversion de la Ve République. Mais pire, le général de Gaulle incarne la volonté, une idée de grandeur, de dignité et d’honneur. Or, nous assistons chaque jour un peu davantage à la chute de la vie politique dans la médiocrité, le lavage de cerveau, la fuite dans le virtuel et la manipulation quotidienne. La vanité exubérante s’est substituée à l’orgueil national, la posture à la politique – au sens noble –  et l’idolâtrie imbécile à l’autorité. Le culte de la personnalité a pris la place du prestige et les politiciens celle des hommes d’Etat. L’idée de résistance à l’ordre établi s’est désintégrée dans la soumission, l’instinct grégaire le plus banal.  Et nous ne voyons plus nulle part, dans aucun  regard, scintiller la flamme de la résistance, celle qui animait  l’esprit du 18 juin 1940. La tombe du Général profanée? On ne parvient même plus à s’en étonner dans la France d’aujourd’hui livrée au chaos mental et à toutes sortes de barbaries.

Maxime TANDONNET

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Douze raisons de voter LR aux législatives

1) Le phénomène « En marche » doit son succès au thème du renouvellement de la classe politique. La rapidité des scandales et des polémiques qui se sont déclenchés depuis la formation du gouvernement ne dénotent aucune amélioration sur ce plan.
2) Des zones d’incertitudes graves recouvrent les projets d’En marche, sur l’Europe, l’immigration, la sécurité, le cannabis, la politique internationale, la CSG et la fiscalité en général, etc. Lui donner la majorité absolue reviendrait à un blanc-seing, ou feu vert de cinq années qui n’est pas sans danger.
3) Au-delà du brouillard, des confusions, de l’enfumage, des manipulations et de l’air du temps, il n’est pas inutile d’en revenir aux faits et de se souvenir que le chef de l’Etat est l’ancien conseiller et ministre de l’Economie du président Hollande dont il partage inévitablement la sensibilité profonde.
4) Il est temps d’inventer une opposition moderne, qui ne serait ni systématique ni destructrice, prête à soutenir des initiatives bénéfiques mais disposant des moyens, à l’Assemblée nationale, de contrer une politique néfaste.
5) Il faut récompenser ceux qui ont eu le courage de ne pas céder aux sirènes du carriérisme et de la trahison de leur camp politique en ralliant opportunément En marche. Ils sont loin d’être parfaits, ils ont leurs défauts, leurs errements passés. Mais dans la tourmente actuelle, ils ont le mérite de se tenir debout et dans l’honneur. On est en droit d’espérer que cette noblesse de comportement ouvre une ère nouvelle ou les convictions et le sens du bien commun auront toute leur place.
6) Les présidentielles 2017 ont été souillées par le scandale et le pays privé de débat démocratique sur le fond des sujets. En refusant de plébisciter En marche aux législatives, les Français montreraient qu’ils ne sont pas dupes de la mascarade qui a eu lieu.
7) La démocratie n’existe pas, d’un point de vue historique, sans Parlement. Les régimes despotiques et totalitaires, dans l’histoire, ont pour premier geste de supprimer le Parlement. Le principe actuel du régime français (admis depuis trop longtemps) d’une Assemblée nationale, dont le seul objet est de confirmer le résultat des présidentielles, revient à nier l’autorité et l’indépendance du Parlement, relève de la forfaiture et renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire. Les Français ont aujourd’hui l’occasion de résister à cette déviance, ou anéantissement de la démocratie.
8) L’hyperprésidence, la personnalisation du pouvoir à outrance, revenant à confier le destin du pays à un une figure médiatisée, conduit inévitablement au culte de la personnalité au détriment de l’intérêt général, à la polémique, puis au lynchage, à l’impopularité, à la crise de confiance, à l’impuissance, entraînant le pays à l’abîme.  Ce régime n’a strictement aucun rapport avec la République gaullienne de 1958 qui respecte le partage entre les rôles du président, du Premier ministre, du Parlement souverain. Refuser la majorité absolue à En Marche revient à refuser la poursuite de l’hyperprésidence vénéneuse.
9) Refuser la majorité absolue à En marche n’implique pas d’entrer dans la « cohabitation » que les Français rejettent. Dès lors que le nouveau pouvoir entend dépasser le clivage droite/gauche, le risque d’un affrontement entre deux camps rivaux au sommet de l’Etat est exclu. L’idée serait uniquement d’imposer à l’exécutif un nouveau partage des responsabilités.
10) Au-delà du mythe du renouvellement, la continuité prévaut largement en matière de mœurs politiques: fuite dans la communication, culte de la personnalité à outrance, débauchages et manœuvres politiciennes: les Français ont l’occasion de montrer qu’ils sont un peuple intelligent qu’on ne mène pas à la baguette ni par des manipulations et qu’ils ne sont pas dupes.
11) Le véritable changement consisterait à replacer le monde réel, l’intérêt général, le bien commun, le débat d’idées au cœur de la vie politique et d’en finir avec sa dérive narcissique. Nous en sommes bien loin. Les Français ont l’occasion d’envoyer aux dirigeants du pays un avertissement démocratique de premier ordre en leur refusant la majorité absolue.
12) Résister à l’air du temps, au courant dominant, au vertigineux matraquage médiatique en cours serait tout à l’honneur des Français.

Maxime TANDONNET

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Le néant venimeux

L’euphorie gagne toujours plus fort les milieux de la France dite d’en haut, les médias, la presse, les éditoriaux, la haute administration, les dîners en ville… Elle est quasiment irrésistible, comme un torrent fou. Nous sommes dans la « recomposition », le renouvellement, la révolution… Il faut voir le bonheur qui se lit partout sur les visages de la France d’en haut, l’enthousiasme, la féérie. Et pourtant, par-delà l’écran de fumée médiatique, le phénomène auquel nous assistons n’est rien d’autre que le paroxysme des plus affligeantes dérives du régime, sources de son impuissance: l’hyperprésidence absolue, avec cette illusion venimeuse du pouvoir concentré dans le visage d’un seul homme, l’écrasement du gouvernement, par un assemblage des plus hétéroclites et contradictoires destiné à brouiller les repères, une assemblée nationale en voie d’anéantissement, composée de néophytes sans expérience et d’une future majorité soumise, asservie, dont la seule légitimité sera l’étiquette « majorité présidentielle ». L’actualité politique et dominée par les comportements les plus dégradants: trahisons, retournements de veste, calculs politiciens. La politique, au sens noble du terme, le débat d’idées, achève de se désintégrer dans le culte de la personnalité, les manipulations, l’intoxication médiatique, les anecdotes, les polémiques.  Sur le fond des sujets graves, tels l’autorité de l’Etat, la lutte contre la terreur, le redressement de l’économie, la sécurité, la maîtrise des frontières, la transformation de l’Europe, la réforme de l’éducation nationale, nous cherchons en vain, sur tout l’échiquier politique, une idée, un projet nouveau. L’esbroufe, la posture, les gesticulations et les scandales ont remplacé les partis politiques, les hommes d’Etat, les projets et les débats d’idées. Le néant s’est installé partout comme un poison. La France, une fois de plus est trahie par ses élites, intoxiquées à la bêtise, la vanité et l’ignorance. Nulle part ne se fait entendre la moindre voix de sagesse, de vision, d’espérance. Une grande vague de bêtise, de nihilisme et d’aveuglement est en train de submerger le pays. Nous roulons à l’abîme.

Maxime TANDONNET

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« We shall never surrender »

«Les personnes qui se trouvaient dans cette salle ont été les victimes d’une attaque qui a ciblé les jeunes de notre société. C’est la pire attaque que cette ville ait jamais connue. Ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est qu’à 22h30 hier soir, la police a reçu un appel qui déclarait une explosion près de la gare Victoria. Nous savons qu’un terroriste isolé a fait exploser une bombe pour tuer le plus grand nombre de personnes. C’est une attaque d’une lâcheté absolument innommable. 22 personnes sont mortes, en plus du terroriste, et 59 ont été blessées. Un grand nombre sont entre la vie et la mort, dont beaucoup d’enfants. Nous ne comprenons pas comment on peut être aussi tordu et malade pour perpétrer de telles attaques contre des enfants. Nous essaierons de tout faire pour traduire en justice les responsables de cette attaque.»

«Nous pensons connaître l’identité du terroriste mais nous ne pouvons pas communiquer son nom à ce stade de l’enquête. 400 personnes ont participé aux opérations de sauvetage cette nuit. L’enquête de police bénéficie d’un grand nombre de ressources. Si vous avez des informations, adressez-vous à la police de Manchester. Je vais rencontrer le maire de Manchester et le responsable de la police. Nous avons vu le pire et le meilleur hier soir: la lâcheté de l’assaillant et la bravoure des forces de police. Nous devons conserver à l’esprit les images d’hommes et de femmes qui se sont précipités aux secours des victimes. Nous allons vivre des jours et des semaines difficiles et nous pensons à la population de Manchester. Le terrorisme ne gagnera jamais. Notre pays, notre mode de vie, nos valeurs prévaudront toujours».

Theresa MAY

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Etrange et trompeuse euphorie

Ci-joint mon dernier article, paru vendredi, pour le Figaro Vox. Il lance un cri d’alerte devant l’euphorie actuelle de la « France d’en haut » et plus généralement, le climat d’optimisme qui s’installe sur la France avec l’arrivée de l’été. L’optimisme n’est pas meilleur que le pessimisme. Il favorise l’euphorie, l’extase, éloigne toujours du monde des réalités. La société passe sans transition du pessimisme à l’optimisme, puis de l’optimisme au pessimisme, dans un mouvement de fuite en avant de nature névrotique, alimenté par les émotions collectives, spontanée, et les illusions, manigancées. C’est un constat historique: les mouvements d’allégresse collective, en général, finissent dans la déception sinon le désastre. Bien sûr, comme tout le monde, je souhaite la réussite de l’expérience « Macron », pour la France, pour l’avenir de nos enfants. Mais suis-je obligé d’y croire? Par réalisme, je n’y crois guère. Sur l’essentiel, c’est-à-dire la restauration de  l’autorité de l’Etat dans tous ses aspects, la baisse des charges qui pèsent sur l’économie française et la réhabilitation de l’intelligence, je n’attends rien du nouveau pouvoir. En outre, il me semble paradoxal de tenir un discours éthique et de favoriser, dans la formation d’un gouvernement, les trahisons, les retournements de veste, les coups de communication. Rien de nouveau sous le soleil bien sûr, mais ces pratiques, que j’ai toujours réprouvées, ont pris ces derniers jours une toute autre ampleur.  Bref, je souhaite de tout cœur le succès de la nouvelle équipe, mais n’y crois guère et pense que dure sera la chute. Car la France de ces dernier jours me semble baigner dans une illusoire euphorie. Et encore une fois, n’ayant pas de prétention à détenir la vérité, tant mieux si je me trompe.

Maxime TANDONNET

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Trompeuse et dangereuse euphorie

Le passage de la déprime à l’euphorie collective, la béatitude, l’extase est une constante du caractère français et de l’histoire politique de la France contemporaine. Dans ces moments-là, toute manifestation de réserve ou de préoccupation pour l’avenir expose son auteur à l’opprobre, à l’exclusion et aux insultes. Au mieux, il est ringard, pessimiste, aigri, chagrin, jaloux, vieux, homme du passé, dépassé, rabougri, grincheux. Au pire, le voilà étiqueté de traître, réactionnaire, fasciste… Il est étrange de constater comment, de siècle en siècle, les mêmes phénomènes d’hystérie joyeuse se retrouvent avec constance. Mais bien souvent, les manifestations de joie, de bonheur retrouvé, d’allégresse nationale, forment un écran de fumée qui masque les désastres en train de germer. Faut-il se taire pour échapper à la vindicte, au risque de se voir traiter d’oiseau de malheur ?

14 juillet 1790 : la fête de la Fédération donne lieu à des scènes de liesse à Paris, de la part de délégations de patriotes venues de toute la France. Qui imagine la Terreur trois ans plus tard, la loi des Suspects, la grande Terreur, la guillotine, les massacres de Vendée, puis les guerres napoléoniennes, les centaines de milliers de morts et le désastre final?

Février 1848, la chute de Louis-Philippe après une brève révolution, donne lieu à de fabuleuses scènes d’allégresse, Lamartine proclame de la Seconde république, célèbre la bonté, la générosité, le progrès l’humanisme, « l’optimisme ». L’heure est à la plantation des «arbres de la liberté », une ère nouvelle s’ouvre pour la France. Quatre mois plus tard, la fermeture des Ateliers nationaux provoque un effroyable bain de sang à Paris et Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République, se met en marche vers le coup d’Etat et l’abolition de la République.

3 août 1914, à l’aune de « l’Union sacrée », les politiques annoncent que la guerre « sera courte » et les cris de « à Berlin ! » retentissent dans les gares. Qui prévoyait que ce conflit allaient plonger l’Europe dans l’enfer des tranchées, l’atroce calvaire des Poilus, provoquer 15 millions de morts, combien de mutilés, de veuves et d’orphelins ? 11 novembre 1918, le vertige de la Victoire, après tant de souffrances submerge la France. La « Der des Der » n’était pourtant pas la dernière. Qui voyait alors que le triomphe recelait un siècle de malheur dominé par la montée des barbaries totalitaires, soviétique, fasciste et nazie.

29 et 30 septembre 1938, la signature des accords de Munich entre Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler engendrent l’illusion que la « paix est sauvée ». La classe politique (à l’exception d’une infime poignée d’hommes politiques de droite et du parti communiste) et la presse dans son ensemble les approuvent. Paris-Soir lance une souscription pour offrir une maison de la paix à Biarritz au Premier ministre britannique. La foule est enthousiaste et des scènes d’hystérie enflamment les rues de la capitale. Rares étaient les hommes et femmes qui sentaient, par-delà l’enthousiasme collectif, se profiler l’apocalypse de la deuxième guerre mondiale et ses 50 millions de morts.

Les grandes scènes d’enthousiasme collectif de ces dernières années ne sont évidemment pas à la dimension de ces moments d’histoire. Pourtant, à une échelle minuscule, leur nature est ressemblante : l’extase qui rend aveugle et masque les dangers de l’avenir. 12 juillet 1998, la victoire de la France en coupe du monde de football provoque une gigantesque flambée de bonheur national autour de l’équipe de France, symbole de la nation réunifiée, que Jacques Chirac reçoit à l’Élysée. Qui imaginait alors les crises des banlieues, la révolte d’octobre 2005, la montée des haines, de la violence, des communautarismes, du repli identitaire et du vote extrémiste en France ?

Ces derniers jours, la France d’en haut, médiatisée, visible, officielle, communie dans un indescriptible enthousiasme, et quasi unanime, à propos de l’élection du plus jeune président de l’histoire, de la faillite des « vieux partis » et de la recomposition politique en marche… Après la déprime de ces dernières années, l’heure est de nouveau à l’optimisme et à l’allégresse médiatique. Il devient incongru de s’interroger sur les ambiguïtés de la situation politique actuelle :

  • Le danger pour la démocratie de l’émergence d’un vaste centre, absorbant les modérés de droite et de gauche, favorisant la démagogie et la tentation du recours aux extrémismes de droite comme de gauche.
  • Les inconvénients d’une « pensée unique », bruxelliste (plutôt qu’européenne), ultra-libérale, anti-frontières, qui ne peut qu’aggraver la fracture entre la France dite « d’en haut » et la France dite « d’en bas », réduite au silence, frappée par le crise sociale et le sentiment d’exclusion.
  • Les manipulations autour d’une fausse nouveauté, celle d’un gouvernement par un vaste centre aux contours indistincts, dominé par les calculs politiciens, qui renvoie au souvenir du parti radical sous la IIIe République, sombrant dans l’instabilité, l’impuissance et l’indécision face aux périls les plus effroyables.

La seule vraie nouveauté dans la vie politique de ce pays tiendrait à la réhabilitation d’un mot, désormais ringardisé : celui de vérité.

 

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La tragique absurdité du régime politique français

Le système politique français ou mode de gouvernement est source d’un mal insidieux qui ronge la France. A travers la prédominance des élections présidentielles, les électeurs ne votent pas à titre principal pour les idées, mais pour un visage, une silhouette. Ils se fondent, non sur leur raison, mais avant tout sur la sympathie, l’émotion qui s’en dégagent. Ils deviennent les otages des médias, télévision et radio, qui détiennent la maîtrise d’une image, propice à l’enjolivement ou la diabolisation. Les législatives qui suivent les présidentielles ont vocation à confirmer, sinon à amplifier le résultat de ces dernières. Compte tenu des conditions chaotiques de l’élection du chef de l’Etat, il n’était pas interdit d’espérer, en juin 2017, une exception à la règle, un sursaut de la nation lors des législatives. Les sondages semblent prouver le contraire. Le scrutin, sous l’influence de l’air du temps et d’habiles manœuvres, devrait donner au président une large majorité absolue .

L’adhésion initiale à Emmanuel Macron n’avait rien de spectaculaire. Au premier tour des présidentielles, il représentait 18,6% des inscrits. Par un enchaînement inscrit dans la logique du fonctionnement des institutions, le soutien initial de moins d’un cinquième de l’électorat débouche sur l’emprise d’un seul homme, pendant cinq ans, sur l’ensemble de l’appareil d’Etat, incluant l’Assemblée nationale, réduite à une servilité et au conformisme puisque procédant de l’élection présidentielle. Le choc des images à absorbé le débat d’idées. Les Français, dans leur immense majorité, selon de multiples sondages (voir l’enquête annuelle du CEVIPOF) souhaitaient moins d’impôts, une clarification du partage des compétences entre la Nation et l’Europe, un renforcement de l’ autorité de l’Etat et de la cohésion nationale,  une meilleure maîtrise des frontières face aux flux migratoires. Or la logique du système débouche sur un résultat inverse à bien des égards.

Ce mode de fonctionnement, privilégiant à tel point l’image, semble unique dans le monde occidental. Les démocraties européennes, notamment la démocratie britannique, se fondent sur un système parlementaire, c’est-à-dire le gouvernement d’un Premier ministre leader d’une majorité élue sur un choix de société et de politique. Aux Etats-Unis, le présidentialisme est tempéré  par la présence d’un puissant Congrès et le système fédéral. Le régime français, sans équivalent, correspond à une tradition particulièrement marquée dans la culture politique nationale: celle du sauveur providentiel. « Il faut laisser une place à la providence » clamait Alphonse de Lamartine, député, devant l’Assemblée nationale en octobre 1848, pour justifier l’élection du président de la deuxième République au suffrage universel, préparant ainsi la prise de pouvoir par Louis-Napoléon Bonaparte, le coup d’Etat, le rétablissement de l’Empire, puis la défaite de 1870, l’un des pires désastres de notre histoire. S’en remettre à la « providence » n’a jamais amélioré le sort de la France.

Le système politique français s’éloigne toujours davantage de l’idée de démocratie, c’est-à-dire le libre choix par les peuples de leur destin. Il donne une part excessive au poids des images et à la manipulation des esprits. Issu du quinquennat présidentiel, il n’a strictement plus aucun rapport avec la Ve République de 1958 qui sépare sans la moindre ambiguïté le septennat présidentiel et le mandat de l’Assemblée, confie le gouvernement de la France à un puissant Premier ministre sous le contrôle du Parlement et au chef de l’Etat une mission de protecteur et de visionnaire.

Pourtant, le régime actuel est largement consensuel et échappe à toute remise en cause. Les politiciens s’en satisfont à leur quasi unanimité, fascinés par les sirènes de cette hyper présidence tant convoitée. Les élites médiatisées en tirent également tout leur parti, avec la conscience de disposer d’un outil de manipulation de l’opinion qui n’a aucun équivalent dans le monde occidental. Quant au peuple, que dire? Il donne le sentiment de suivre un chemin tout tracé. A long terme, le déclin de l’enseignement du français, de l’histoire, des philosophes, dans un climat de nivellement par la base et de lavage de cerveaux, n’a pu qu’affaiblir son esprit critique, ses facultés de résistance et aggraver l’instinct grégaire.

La pire des erreurs contemporaines est de confondre le culte de la personnalité, devenu le fondement du régime, et l’efficacité. Notre instinct primitif favorise l’amalgame entre un visage unique, celui du chef de meute, et l’autorité. Or, le phénomène est trompeur. Dès lors que le fait générateur d’une élection est l’image, celle-ci ne cessera jamais de fonder un quinquennat présidentiel. Elu sur son image, le président, quel qu’il soit, aura consciemment ou inconsciemment comme priorité absolue la conservation de celle-ci. Elle est son principe fondateur. Dès lors, le bien commun, l’intérêt général de la Nation sont voués à passer au second plan. L’impératif de la « trace dans l’histoire » et du reflet narcissique se diffuse à tous les échelons du pouvoir et s’impose comme l’objectif ultime d’un régime. La politique sombre dans la posture, la communication à outrance, le spectacle. Les réformes difficiles et impopulaires, les remises en question fondamentales et douloureuses, les examens de consciences, bouleversements et changements de caps passent inévitablement à la trappe. Seule prime la continuité et le conformisme, synonymes de facilité.

Ce régime, qui porte abusivement le nom de Ve République, ne connaît pas d’autre issue possible que l’échec. Il a pour principe la sublimation d’une image, celle de l’hyper-président. Mais celui-ci, motivé par l’instinct de conservation, voire par l’ambition d’une réélection, est poussé vers une logique de communication. Confronté à la réalité d’une complexité inouïe, à la multitude des obstacles financiers, juridiques, psychologiques, au poids de la routine, de la force d’inertie et des résistances innombrables, son réflexe normal est de se cantonner au jeu des illusions et des manipulations. L’apparence écrase le fond. Il exerce sa mission comme il a gagné l’élection: par et pour son image.  Il communique mais nul ne préside ni ne gouverne vraiment et par effet de capillarité, cette conception nihiliste de la responsabilité politique se diffuse dans les élites dirigeantes. Voilà pourquoi le fossé ne cesse de se creuser en permanence, depuis au moins trois décennies, entre la France dite « d’en haut » et la France dite « d’en bas ».

Pour remettre le pays dans le droit chemin, une phénoménale prise de conscience serait nécessaire. Elle consisterait, dans une première étape, à songer à rétablir le régime parlementaire, pourvu d’une chef de l’Etat protecteur et visionnaire, tel qu’il était conçu par la lettre de la Constitution de 1958 (ni régime d’assemblée, ni régime présidentialiste). Mais hélas, aujourd’hui, la réflexion et l’esprit critique sont morts étouffés, ensevelis dans les sables du conformisme. Voilà pourquoi, au-delà les illusions de l’instant, le pays roule à l’abîme.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Du neuf avec du vieux

Il paraît que nous sommes en cours de recomposition politique. D’après l’air du temps, nous sortons de la logique « droite-gauche », pour entrer dans une nouvelle ère de la politique française dominée par une vaste formation centrale. En vérité, la décomposition se poursuit. Tout change, parce que rien ne change. Le changement touche à la surface, l’apparence. Mais au fond, la continuité prévaut. La place donnée dans ce gouvernement à la tactique politicienne – désintégrer la droite, après la gauche – , à la communication, au débauchage, à la récompense des trahisons, au brouillage des repères me paraît sans précédent. Nous avons sous les yeux la quintessence des aspects les plus discutables de la politique française de ces dernières décennies. Cette équipe est traversée de contradictions, de points de vue inconciliables  sur des sujets essentiels et de retournements de veste, de haines larvées et de recyclages ambigus. Un gouvernement sans ligne, sans but, collections d’individualités et un Premier ministre méconnu: tout annonce la poursuite, sinon l’approfondissement du phénomène d’hyper-présidence, le culte médiatique de la personnalité comme paravent du néant. On fait du neuf avec du vieux. La tactique politicienne n’en finit pas de broyer le politique, au sens du gouvernement de la cité. A court terme, l’habileté tacticienne force l’admiration. A long terme, par delà l’écran de fumée, l’anéantissement des partis politique, de la souveraineté du Parlement, l’absence de ligne politique et l’inconsistance d’un gouvernement, le vertige de la communication, la fragmentation de la politique dans la sublimation individualiste, la plongée dans le culte de la personnalité, apothéose d’une évolution de longue date, prépare sans doute le pire, c’est-à-dire le triomphe de l’extrémisme en 2022.  La recomposition n’a pas encore commencé et la décomposition de la scène politique française s’accélère, dans un climat de béatitude générale. Voilà, je n’ai hélas pas grand chose à proposer, mais au moins, d’ouvrir les yeux.

Maxime TANDONNET

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Grand décryptage

Avant-hier, le 15 mai de 22H30 à 22H50, j’étais invité à un débat sur la chaîne Cnews, lors de l’émission le grand décryptage d’Olivier Galzi, en tant qu’auteur de livres sur l’histoire politique française, pour parler de la recomposition en cours. Pour être franc, je ne suis pas un fanatique des émissions de télévision: le maquillage, la lumière crue, le vertige des caméras de télévision, la sensation désagréable de ma tête dans le petit écran… D’habitude, je décline les invitations aux émissions de télévision. Mais bon, il faut savoir si l’on veut oui ou non prendre part au débat public, et la télévision est au cœur de ce débat public. Donc, j’ai accepté, après m’être assuré que l’émission n’avait rien de polémique. En effet je ne supporte pas les criarderies hystériques, puériles et stériles à la télévision. Je me trouvais face à M. Jean Garrigue, agrégé d’histoire, et une journaliste de Paris-Match. Mon passage à cette émission m’a permis, je pense, en toute courtoisie, de faire passer un message d’une tonalité un peu différente de celui de mes interlocuteurs. Et d’ailleurs, j’ai senti que M. Galzi, même s’il ne partageait pas entièrement mon avis, appréciait d’entendre un son de cloche différent, fondé sur des arguments puisés dans l’histoire politique. C’était, me semble-t-il, une preuve que la télévision et le libre débat d’idées, sans manipulations, sans calculs politiciens, sans extrémisme, sans haine et sans hystérie peuvent être conciliables!

Maxime TANDONNET

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La vague

Je regarde, j’écoute, je lis… La vague qui déferle sur la France me laisse pantois. Soudain, tout est beau, tout est gentil, tout est neuf. Le clivage droite gauche est dépassé, un monde nouveau est en train de s’ouvrir, une ère nouvelle d’extase, d’euphorie, de bonheur, de gentillesse vient de s’ouvrir sur la France. Et surtout, il est formellement interdit de s’interroger, de se poser des questions. Ceux qui doutent sont voués aux gémonies: les mots de « vieux », ringard, pessimiste, jaloux, grincheux se substituent à celui de réactionnaire. La révolution avance et ceux qui ne suivent pas sont à jeter. Les vieux repères s’effondrent, la table rase est en route, un monde nouveau commence.  S’interroger, marquer un quelconque scepticisme, un doute, même discret, devient acte de ringardisme. L’idée même de songer à réfléchir et critiquer devient passéiste, presque honteuse, morbide. Voilà, par exemple, ce qu’il ne faut surtout pas dire:

1) Mettre en place une grande force à connotation centriste destinée à absorber « la droite et la gauche » ouvre un boulevard aux extrémismes, de droite comme de gauche dans la perspective de 2022.

2) L’idée de créer une grande force centriste dominant la scène politique n’a strictement rien de nouveau: elle renvoie aux radicaux dans les années 1920-1930, et à la troisième force » de 1947 à 1951, des époques qui n’ont pas laissé un souvenir franchement positif.

3) Tout ce à quoi on assiste aujourd’hui n’a rien de vraiment nouveau : débauchages politiciens, copinage, culte de la personnalité sans limites, unanimisme médiatique, magouilles politiciennes. Le vivier reste le même et le renouvellement recèle de nombreux recyclages.

4) Le nouveau pouvoir, par delà l’apparence de la modernité, n’apporte guère de changement sur le fond des projets et des politiques du passé. Voilà, tout est dans le culte de l’apparence, du clinquant, du grand spectacle, de l’immédiat. Un bel éclat pour masquer le néant. Et le fond des choses, le politique, qui aurait l’idée saugrenue, ringarde, de s’y intéresser?

L’euphorie du jour, le prodigieux, vertigineux unanimisme médiatique, comme toutes les béatitudes, recèle des pièges, des dangers, des déceptions inévitables, peut-être de nouveaux abîmes. Mais surtout, ne pas le dire, ne pas le penser, ne pas le sentir, ne pas gâcher la fête joyeuse. Jubiler comme tout le monde, ou se taire…

Maxime TANDONNET

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Sentiments profonds et sincères

Les derniers développements de la politique française comportent des aspects positifs et satisfaisants. La campagne et l’élection présidentielles ont été marquées par l’effondrement des projets suicidaires et démagogiques portés par les socialistes archaïques, notamment le revenu universel de M. Hamon. Le danger de l’extrême gauche a été pour l’instant écarté. Un net coup d’arrêt, peut-être fatal, a été donné au mouvement lepéniste qui, dans son rôle de repoussoir médiatique, ne sert qu’à verrouiller le débat d’idées et paralyser la vie politique. M. Emmanuel Macron est maintenant notre président de la République. Le procès en légitimité, les attaques personnelles ou les moqueries dirigées contre lui et son épouse, qui foisonnent sur les réseaux sociaux, sont une monstruosité et une infamie.

Il n’empêche. A mes yeux, avec son arrivée à l’Elysée et la grande comédie médiatique qui l’accompagne, la France politique poursuit sa dégringolade. Tout cela ressemble au paroxysme du spectacle de ces 15 dernières années. La fuite dans la personnalisation du pouvoir vient de franchir un palier supplémentaire. Voir cet excellent éditorial dans Marianne. Le phénomène auquel nous assistons consiste à faire table rase de tout, les partis politiques, le Parlement, le Gouvernement, pour concentrer l’apparence ou l’illusion du pouvoir dans le reflet médiatique d’un visage. L’engouement actuel a quelque chose de factice, d’éphémère, d’irréel. Il est sculpté dans le rêve. La substance du pouvoir politique s’incarnant dans la figure d’un homme, dans l’extase et l’émerveillement de la société médiatique, a certes quelque chose d’extraordinairement banal, humain, naturel: la quête du chef de meute renvoie à nos pulsions les plus primitives. La féérie de ces jours-ci sert d’écran de fumée au renoncement, à l’impuissance, au néant, à la difficulté et aux déception de l’exercice du pouvoir. Elle est selon moi, contraire au principe d’un gouvernement efficace dans le monde moderne, consistant, au contraire, à répandre et à diffuser l’autorité et la responsabilité après avoir fixé un cap clair et net.

La jubilation d’aujourd’hui, l’enchantement de la France médiatique,  annoncent le basculement dans la haine, le déchaînement et le lynchage de demain. En outre, il est à mes yeux criminel de bêtise de comparer le phénomène médiatique auquel nous assistons avec l’histoire du général de Gaulle en 1958. A l’époque, c’est un géant de l’histoire, l’auteur de l’appel du 18 juin 1940 qui revenait aux commandes de la France auréolé de sa légitimité historique. Le cas de l’actuel président, avant tout formidable créature médiatisée, sans la moindre esquisse d’un lien avec l’histoire ni le monde réel, n’a strictement aucun rapport. A mes yeux le chef de l’Etat devrait être un personnage d’expérience, de sagesse, un visionnaire, un homme de l’histoire. Tout ceci, le grand spectacle en cours, n’est que la quintessence du contresens en cours de puis des décennies sur la nature du pouvoir, de l’autorité, du gouvernement, une nouvelle expression de la fuite de la politique française dans les limbes de la médiatisation, au loin des réalités.

Et si je me trompe, si je dis n’importe quoi, et bien tant pis pour moi et tant mieux pour le pays…

Maxime TANDONNET

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Le « renouvellement », paravent de l’écroulement du politique?

Voici ma dernière tribune d’hier soir, pour le Figaro Vox, qui vise à distinguer l’apparence, la surface des choses, en plein renouvellement, et le fond des questions, la conception de la politique qui elle ne me semble pas bouger, sinon peut être en pire…

L’élection à la présidence de la République de M. Emmanuel Macron est censée ouvrir une nouvelle ère de la vie politique française. La campagne de François Hollande, cinq ans auparavant, était dominée par « l’antisarkozysme » et l’ambition d’instaurer une « présidence normale » c’est-à-dire, exemplaire. Cinq ans plus tard, la victoire de M. Macron se place à l’aune du rejet, non pas d’un seul homme, mais de l’ensemble de la classe politique. Ce n’est pas le seul président sortant qui est traité en paria, en bouc émissaire de la Nation, mais un milieu politicien dans son ensemble que les Français, de scandale en scandale, de déception en déception, ne supporteraient plus.

Il n’est plus vraiment question, comme dans les précédentes élections présidentielles de « réforme », de « changement », voire de « rupture », mais désormais, de « renouvellement ». Le glissement sémantique est significatif: l’enjeu essentiel du scrutin touche bien davantage à l’apparence, à la surface, aux visages qui apparaissent sur les écrans de télévision, qu’au fond des sujets. Il fallait avant tout renouveler les têtes. M. Emmanuel Macron, plus jeune président de l’histoire à 39 ans, totalement méconnu vingt-quatre mois auparavant, symbolise le renouvellement. Mieux : sélectionnés sur leur CV, les candidats d’En marche, son mouvement tout juste sorti du néant, sont en majorité des néophytes en politique : 52% n’ont jamais eu le moindre mandat électoral.

Renouvellement de façade ou véritable renouveau ? Au-delà de ce chamboulement des visages, qu’est-ce qui change vraiment ? La caractéristique majeure de la vie politique française depuis plusieurs décennies, est son éloignement croissant de la réalité quotidienne des Français. L’actualité a été envahie par les psychodrames (DSK, Cahuzac, livres sulfureux autour de la présidence), les polémiques stériles (Léonarda, déchéance), la communication à outrance, l’ivresse des solennités, le grand spectacle permanent. La dérive vers la personnalisation médiatique du pouvoir, autour de l’ivresse de soi et de l’obsession d’éterniser une « trace dans l’histoire », a atteint des proportions vertigineuses. L’émotionnel et le sensationnel, le culte de la personnalité n’ont cessé d’écraser la politique au sens noble du terme, le gouvernement des réalités en faveur du bien commun.

Les premiers pas de la nouvelle équipe au pouvoir ne paraissent pas, de prime abord, augurer d’un changement notable dans les profondeurs de la vie politique française. La cérémonie du Louvre ne manifeste pas, a priori, une volonté de dépersonnalisation du pouvoir et de retour à la modestie et au désintéressement. L’opération surmédiatisée et téléguidée depuis Paris des investitures d’En marche ne caractérise pas non plus une intention de restaurer l’équilibre des pouvoir et le respect de la fonction parlementaire. Cette spectaculaire mise en scène, présentée comme emblématique du renouvellement, serait-elle le paravent d’une manœuvre visant à faire émerger une Assemblée soumise? La fuite de la vie politique dans les limbes, entre rêve et cauchemar, se poursuit ou s’accélère. Où sont passés les grands sujets de préoccupation des Français : la sécurité et l’autorité de l’Etat ; la détresse des cités sensibles ; la maîtrise des frontières, le chômage qui frappe 5,5 millions de personnes ; la guerre contre le terrorisme dans un pays ensanglanté ? Plus personne n’en parle.

Le renouvellement des visages serait-il le paravent d’un écroulement du politique en phase d’accélération ? Ne relève-t-il pas d’un gigantesque contre-sens de la nouvelle équipe sur l’attente profonde des Français ? Ces derniers ne souhaitent pas seulement un changement des têtes. Ils veulent une transformation du contenu de la vie politique : l’arracher aux délires narcissiques des dirigeants nationaux pour la recentrer sur l’action modeste et efficace, sur le gouvernement de la cité et l’intérêt général. Au vu des derniers évènements, le message ne semble pas, de prime abord, avoir été entendu.

Maxime TANDONNET

 

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Renouvellement, vous disiez?

Le nombre de candidats à l’investiture « d’En marche » aurait été, semble-t-il, de 90 000… L’opportunisme n’est pas le propre de la France dite « d’en haut » et le potentiel de délire carriériste touche aussi la France profonde. Il en reste 425. Le monde médiatique s’extasie et parle de révolution. Cette grande opération médiatisée, faut-il le préciser, ne correspond strictement en rien au renouvellement de la classe politique tant espéré et attendu. Dans mon esprit, le mouvement aurait dû venir de la base, du terrain, avec de jeunes élus, chefs d’entreprises, responsables associatifs parvenant à percer localement par leur talent, leurs réussites, leur ancrage local et leurs convictions, dans le cadre d’une démocratie ouverte et vivante. Cela n’a hélas aucun rapport  avec cette manœuvre organisée depuis Paris dans le cadre d’un mystérieux processus de sélection par CV dont le copinage et le recyclage de sympathisants socialistes ne semblent pas absents… La plupart n’ont pas la moindre expérience de la vie publique (52% n’ont jamais eu de mandat électif, ce qui souligne la profondeur et l’ancienneté de leur engagement…) En l’occurrence, l’objectif saute aux yeux: achever d’affaiblir le pouvoir législatif, le cœur de la démocratie, en mettant en place une sorte d’aéropage de personnes désignées d’en haut par le nouveau pouvoir central qui seront à la botte du régime. Tout change en apparence mais rien ne bouge sur le fond, les mentalités, l’état d’esprit.  La grande comédie du pouvoir, l’enfumage national bat son plein. Je trouve cela triste, tout simplement.

Maxime TANDONNET

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Pourquoi le culte de la personnalité?

Nulle part ailleurs qu’en France un spectacle comme celui de l’arrivée solennelle de M. Macron devant la pyramide du Louvre puis son discours n’est concevable: ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie, ni en Espagne… Dans le Figaro d’hier, un ancien ministre de M. Sarkozy donnait une longue interview intitulée: « La France va être amoureuse d’Emmanuel Macron » (sic). Dans les journaux, la radio, la télévision, l’émerveillement est général. Ce matin, sur radio bfm, un autre ancien ministre, de Chirac cette fois-ci, le compare à « Bonaparte ». Cette euphorie serait compréhensible si M. Macron pouvait se targuer d’une décision, d’un choix, d’un acte décisif pour l’avenir du pays, d’un seul geste d’un homme d’Etat confronté à la réalité. Aujourd’hui, tel n’est pas le cas. Son succès repose sur une élection étrange, dans un contexte extravagant, porté à bout de bras par les médias et des circonstances invraisemblables. Il n’existe aucun autre pays du monde occidental où un tel culte de la personnalité est concevable, sans fondement dans le monde des réalités, uniquement façonné dans celui des chimères. Tel est le pire signe de la France malade. Un pays ravagé par le chômage, la violence, ensanglanté par le terrorisme, menacé par le repli identitaire sur toutes ses formes, le communautarisme, une vertigineuse crise de confiance envers la politique, tente de fuir dans les limbes de l’imagination et se projette dans le culte de la personnalité, le rêve, l’émerveillement, s’est trouvé un sauveur providentiel. Cette hallucination collective, apparition magique, est la contrepartie d’un gigantesque malaise. Le phénomène ne touche sans doute pas l’ensemble du pays, la France profonde l’observant avec scepticisme, mais au moins sa frange jeune, moderne, citadine, instruite,  comme une foule malade qui d’identifie au héros dont elle a besoin. Nous sommes en plein dans le délire présidentialiste français qui s’aggrave de jour en jour. Plus le pays sombre dans le chaos et l’impuissance, plus une partie de la France, celle des élites et de ses milieux privilégiés a besoin de rêve, d’une image providentielle à laquelle se confondre. Si je me trompe, si nous sommes bel et bien à l’aube d’une ère nouvelle incarnée par cet homme neuf, tant mieux! Je serai heureux de m’être trompé! Et ferai amende honorable. Rendez-vous le 1er janvier 2018. Mais si j’ai raison, si je ne me trompe pas, alors, l’atterrissage, le retour à la terre ferme s’annonce d’une violence inouïe, pour lui mais aussi pour nous tous.

Maxime TANDONNET

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En marche… mais vers quoi?

Paru sur Figaro Vox le 7 mai : L’élection d’Emmanuel Macron a l’apparence d’un « miracle républicain ». Le système politique français est depuis longtemps accusé de sclérose et d’incapacité à se renouveler. En 2016-2017, l’électorat a donné un fulgurant coup de balai dans la fourmilière et l’homme qui entre à l’Élysée est à 39 ans le plus jeune président de l’histoire. La vie politique française se trouvait empêtrée dans le vieux clivage droite/gauche. Soudain, cet archaïsme semble voler en éclats. Sa victoire ébranle un système de partis discrédité, annonçant peut-être une recomposition du jeu politique. Elle écarte les solutions démagogiques. Son exploit apporte un air de fraîcheur à la vie publique. L’histoire n’offre aucun exemple équivalent de l’ascension fulgurante d’un inconnu qui bouscule les chasses gardées et les rentes de situation, à l’exception de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République le 10 décembre 1848 à 40 ans.

Miracle français ou étrange illusion ? Aujourd’hui, les interrogations l’emportent sur les certitudes. Que sait-on de M. Macron ? Sa percée médiatique fut le résultat de déclarations tonitruantes qui rompaient avec les dogmes de son camp (35 heures). Inclassable, il donne des gages à la droite comme à la gauche. Mais comment sortira-t-il du flou sans provoquer de vifs mécontentements? Adulé des médias, merveilleux communicant, sans aucun doute, mais cette qualité ne préjuge en rien, chez un homme peu expérimenté, de sa capacité à s’élever au rang d’homme d’État, de décideur et de visionnaire. De quel renouveau parle-t-on ? Au-delà du visage neuf qu’il apporte, son accession au pouvoir est-elle réellement synonyme de renouvellement de la classe politique, de son état d’esprit? Ses soutiens affichés n’incarnent pas un franc rajeunissement… Comment échappera-t-il au soupçon d’un recyclage des notables du parti socialiste ?

Macron affiche ses convictions libérales sur le plan économique. Mais en revanche, ses intentions sur les sujets de société qui préoccupent les Français – éducation, sécurité, autorité de l’État, maîtrise des frontières – demeurent mystérieuses. Dans son positionnement atypique, ni droite/ni gauche, quelle est la part de l’authenticité et celle de la posture ? Et que dire de son mouvement, « En marche » cette étrange coalition centrale aux contours et ligne indéfinis qui renvoie au souvenir des Radicaux sous la IIIe République ? « En marche », oui, mais vers quoi ?

L’autre inconnue majeure tient aux sentiments profonds des Français envers leur nouveau président. La jubilation médiatique qui accompagne cette élection est-elle le reflet d’un phénomène d’adhésion dans les profondeurs du pays? Rien de moins sûr. La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du « Fillongate », puis face à un adversaire « repoussoir », dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de « choisir » ? Tandis que la France « d’en haut » célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir ?

Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style « jeunesse dorée », son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la « France d’en haut », médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains.

Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence ? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec « En marche », une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel « hyperprésident » censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de « l’hyperprésidence » qui mène tout droit au statut de « coupable idéal » des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958.

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La non élection présidentielle

Jusqu’à présent, les élections présidentielles ont toujours donné lieu à un choix de politique: 1974, 1981, 1988, 1995. En 2002, le second tour était plié d’avance, mais le premier s’était joué entre Chirac et Jospin. Ce fut une élection à un tour. Puis, en 2007 et en 2012, le choix était  clair et net. 2017 ouvre une ère nouvelle dans l’histoire de la démocratie française. Pour la première fois, les électeurs français n’ont jamais eu vraiment de choix. Le premier tour de l’élection a été réduit en cendre par un scandale apocalyptique qui a détruit toute espèce de débat de fond. Le second est une parodie de démocratie, compte tenu de la présence du candidat lepéniste, viscéralement inacceptable pour les trois quarts des Français. Il faut dire la vérité: les élections présidentielles de 2017 n’ont pas eu lieu, à aucun moment. La démocratie peut éventuellement recommencer à vivre lors des législatives de juin. Encore faut-il que les Français, privés de l’élection présidentielles, reprennent confiance dans le suffrage universel et dans la signification de leur vote. Sinon, les législatives ne seront qu’une chambre d’enregistrement de ces fausses présidentielles et ne feront que confirmer la destruction de la démocratie française. Gardons l’espoir, même infime, que la France se réveille lors des législatives de juin.

Maxime TANDONNET

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Le débat indigne

D’après les compte-rendu et les extraits du débat aperçus ce matin, sa nullité dépassait semble-t-il mes pires attentes exprimées dans le mon billet d’hier sur le « faux débat »: le pire débat de l’histoire de la Ve République. Même les éditorialistes le reconnaissent! Mais cela n’a rien d’un hasard et marque le paroxysme de la désintégration de la politique française. Quand il ne reste plus rien, dans le grand chaos mental, de l’esprit civique, de la culture politique, de l’intelligence, du sens de l’honneur, de la moindre des corrections, nous sombrons dans la bataille de chiffonniers. Le débat indigne ne faisait que refléter la médiocrité intrinsèque des deux protagonistes face à face. Tous deux, noyés dans l’agressivité, la haine, les détails, n’ont strictement rien de la stature présidentielle qui implique de la sagesse, de l’expérience, de la hauteur, une vision de l’histoire et de l’Etat.

Cette émission de télé-spectacle était le résultat de longues années de conditionnement médiatique. Il n’est pas question à mes yeux de « complot » ourdi sciemment par les hauts responsables médiatiques qui se réuniraient secrètement pour accomplir un projet. Mais le résultat est le même. Un esprit de conformisme, de mimétisme et d’impératif moral qui souffle sur la France d’en haut et pousse le pays, à travers une propagande insidieuse, une pression subliminale, dans une direction unique. Il consiste à imposer à la France, à travers une surreprésentation médiatique, un parti « maudit » du fait de son histoire, de son identité, de son essence même, qui sert ainsi à diaboliser toute idée, toute position dissidente, sur l’Europe, sur l’autorité, sur l’Etat, sur les frontières en absorbant comme un  trou noir toute esquisse de rébellion pour la noircir en la « lepénisant ». Et en parallèle, cette même France d’en haut pousse avec une puissance et une efficacité vertigineuse un candidat sorti de presque rien, inexpérimenté, jamais élu, parfaitement transparent et télégénique, incarnation même de la pensée médiatique dominante dans tous les domaines, économie, Europe, migration, frontières…

L’affrontement caricatural d’hier soir n’était rien d’autre que le résultat de ces années, décennies de propagande du parti des médias. Il exprime un infini mépris de la France dite d’en haut envers la France dite d’en bas, et l’effondrement démocratique dès lors que ce scrutin, trafiqué de bout en bout, ne laisse strictement aucun doute quant à son résultat. Il est annonciateur du grand chaos qui approche à grand pas. La résistance à ce processus de nature totalitaire passe en un premier temps par le recul, la réflexion collective, le dialogue entre des Français qui ne s’en laissent pas conter et gardent l’esprit critique. Et ils ne sont hélas pas si nombreux…

Maxime TANDONNET

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Le faux débat

Ce soir, pour la première fois depuis 1974, je refuserai de regarder à la télévision le débat du second tour des présidentielles. Le débat des deux impostures ne m’intéresse pas. Il opposera deux mystifications. Le parti socialiste, celui des 5,5 millions de chômeurs, de la désintégration de notre pays dans la violence, de la faillite de l’Etat de droit et de l’Education nationale, s’est reconverti – avec une sournoiserie confondante – sous le masque avenant et jovial de l’ex conseiller de M. Hollande. L’extrême droite violente, haineuse, chauvine, démagogue et isolationniste tente elle aussi de prendre un visage neuf en se « recentrant ». Hypocrisie, tartufferie et dissimulation sont les vrais vainqueurs de cette campagne.  Le renouvellement, la « recomposition » sont de scandaleux mensonges: d’un côté comme de l’autre, ce sont les mêmes qui réapparaissent, les mêmes comédiens aux figures ravalées, les mêmes forces,  les mêmes fausses valeurs, lâchetés, renoncements, les mêmes manipulations, cultes de la personnalité recelant vide et impuissance. L’idée d’un nouveau clivage mondialisation/nation se substituant à l’ancien droite/gauche est une autre illusion à la mode: le rayonnement de la France et sa prospérité ont toujours été dans sa vocation mondiale, européenne, et non dans le repli identitaire. A mes yeux, le seul clivage qui compte et celui qui oppose la vérité et la manipulation. Le débat de ce soir est signe de la faillite de la vérité et l’apothéose de la manipulation. Il est l’aboutissement d’un long processus de fuite du politique loin du réel, dans les limbes d’un médiocre spectacle. L’arrivée de la candidate d’extrême droite au pouvoir plongerait d’un seul coup le pays dans la ruine, l’isolement, la paralysie absolue et la guerre civile. Celle de son adversaire socialiste sera synonyme d’immobilisme, du néant et d’une pente fatale de cinq ans. Cette campagne hideuse qui s’achève a privé les Français du débat attendu sur la réforme de l’éducation nationale, la restauration de l’autorité de l’Etat, la transformation nécessaire du fonctionnement de l’Europe et des institutions françaises et la modernisation de l’économie. Le paroxysme du renoncement, de la démission, de l’abêtissement de masse, de la mégalomanie, cette bagarre de cour de récréation, ce soir à la télévision, ce sera sans moi.

Maxime TANDONNET

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Edito politique de M. Julien Aubert, député LR

Après une invraisemblable première partie de campagne marquée par la calomnie, les attaques ad-hominem et les coups-bas, la campagne présidentielle se termine par un second tour hystérique.

C’est exactement cette situation que je souhaitais éviter, et le vote Fillon en était la clé. Cette instruction de vote là n’a pas été suffisamment écoutée et je ne peux que constater un immense trauma national.

L’électeur de Droite se trouve désormais pris au piège d’un second tour manichéen où chacun joue sur des clivages caricaturaux et une guerre d’images. Il est fou de dire que le second tour est joué, ou qu’il n’y aurait pas à réfléchir. Au contraire, 15 ans après la qualification de Jean-Marie Le Pen, ce serait une erreur que de laisser ainsi s’installer le non-débat en expliquant aux gens qu’il n’y a plus à penser. 50% des Français ont voté pour mettre à bas le système. Il faut que les Français assument ce second tour qu’ils ont appelé de leurs voeux, et qu’ils prennent conscience du tragique de la situation. Ne pas débattre c’est mépriser quelque part le choix des autres, et donc alimenter le fossé national. Or, nous serons tous comptables du résultat car le fossé perdurera au-delà de l’élection.

Dans la cacophonie ambiante, j’ai délibérément préféré ne pas donner de consigne de vote, et ce pour plusieurs raisons :
1. Parce que je crois que ces consignes sont d’un autre âge et que chaque électeur doit, en âme et conscience, se prononcer. Appeler à voter pour quelqu’un, c’est quelque part se porter garant engager sur la suite, alors que les deux candidats n’ont quasiment aucune expérience gouvernementale. Je n’aurais pas voulu appeler à voter pour Hollande en 2012 : je m’en serais voulu d’avoir pavé la voie de mesdames Taubira ou Valaud-Belkacem. Au surplus, en tant qu’électeur, je n’ai jamais écouté ce type de consigne.

2. Parce que chacun a un avis différent et qu’au lieu de fédérer, le consensus autour de l’appel à voter parmi les cadres (qui va de Macron à Blanc) contraste avec la diversité des opinions sur le terrain.

3. Parce que l’empressement avec lequel une partie de la Droite a appelé à voter à Gauche a choqué des électeurs qui n’ont pas pu faire leur deuil, accepter psychologiquement un candidat qu’ils critiquaient allègrement quelques heures auparavant. Ce n’est pas tant la nature même de l’appel à voter (somme toute assez prévisible) que la fluidité avec laquelle ce basculement s’est opéré qui a choqué, voire qui a renforcé les craintes d’une collusion des élites, exactement le grain à moudre dont avait besoin le FN pour cliver.

4. Parce que ces consignes ont eu un effet particulièrement contreproductif sur un électorat sorti très amer de cette campagne à l’égard de ses chefs. Je mets en garde mes collègues qui croient bien faire : l’esprit de contradiction est tel que cette semaine, plus les appels se sont multipliés, plus j’ai croisé des électeurs excédés – et parmi eux des centristes de longue date – s’appretant à voter différemment des consignes. L’usage de l’autorité morale à grands renforts de récupération symbolique ne peut plus fonctionner dans une société où la défiance à l’égard du politique est gigantesque. La menace ou la coercition est une très mauvaise façon de convaincre.

5. Parce qu’il faut clarifier le sens donné à cet appel au vote. La nature politiquement floue du En-Marchisme fait que s’y rallier donne le sentiment – à tort ou à raison – d’embrasser certaines idées d’Emmanuel Macron. Lorsque Lionel Jospin appelait à voter Chirac en 2002, cette ambiguité idéologique n’existait pas car les corpus étaient clairement opposés. Le bruit a couru que certains LR ou UDI gouverneraient sans difficulté avec Macron, c’est à dire quelque soit le résultat des législatives, dans un gouvernement de coalition centriste. Il y a donc une ambiguité à lever entre ceux qui appellent au vote « en contre » pour éviter le FN, et ceux qui lancent un appel au vote « par adhésion » ou par débauchage indidividuel.

J’ai vu des gens invoquer les mânes du Général de Gaulle pour appeler à voter pour l’un ou pour l’autre. J’en ai vu d’autres me reprocher implicitement de ne pas être plus vocal sur ce sujet. Ce sont généralement les mêmes qui se sont cachés de septembre à mars quand il fallait défendre notre candidat, mais il est toujours plus facile de faire la leçon lorsqu’on n’occupe aucune visibilité ni responsabilité élective.

Mon avis ne vaut pas brevet de gaullisme, et il n’engage que moi, mais je pense que Charles de Gaulle aurait eu peu d’atomes crochus avec un disciple de Jacques Attali plaidant pour une fédéralisation européenne, fils caché de Servan-Schreiber, confondant colonisation et crime contre l’Humanité, et encore moins avec la responsable politique d’un parti fondé par ses pires ennemis où l’on croise encore des nostalgiques de Vichy ou des identitaires. On peut le penser plus proche de l’un ou de l’autre (Pompidou était banquier!), mais c’est à mon avis glissant.

C’est pour cela que le RBL (rassemblement bleu lavande) a été créé : pour que les héritiers du gaullisme patriote fassent la différence avec le pâle ersatz qu’est le RBM. Le général de Gaulle voulait une France forte mais ouverte. Il ne voulait ni d’une Europe des cabris, ni d’une France solitaire. Néanmoins, le meilleur service qu’on puisse lui rendre c’est de ne pas jouer son ventriloque.

La réalité est que je pense qu’il faut aller vers plus de souveraineté, de protection des Francais (notamment des classes populaires) dans le grand vent actuel de la libre concurrence, et de primat du politique sur l’économie, soit dans le sens contraire prôné par Emmanuel Macron, mais que Marine Le Pen (ou d’ailleurs Jean-Luc Melenchon) est la pire des candidates pour accomplir cette politique. Sa politique économique est un non-sens et fait courir un danger grave à l’économie francaise. Son caractère clivant fait qu’elle est un épouvantail et que sous couvert de défendre plus de patriotisme, elle permet à nos adversaires idéologiques de gagner les élections.

En conclusion, que dire ? Je croise des Vauclusiens désorientés qui s’apprêtent à voter dans tel ou tel sens, en se demandant qui ils detestent le moins. Voter est un acte cruel car il nous oblige à faire des choix. Je m’abstiens de juger le choix des autres, car nous allons de toutes manières vers un chaos institutionnel et politique. Le policier victime de la haine hier des manifestants augure d’une période de troubles préocuppante.

En sens inverse, je demande la même tolérance à l’égard de ma démarche.

Ne pas donner de consigne ne signifie pas que je n’ai pas fait mon choix, « in pectore ». Il y a un choix que mes valeurs gaullistes excluent sans équivoque. Il y a un choix auquel mes convictions se dérobent par cohérence intellectuelle. Et pourtant je n’aime pas l’idée de ne pas choisir. Rendre publique ma conclusion serait finalement donner une consigne.

Ce qui est certain, c’est que Macron comme Le Pen n’hésitent pas sur les consignes de vote me concernant, ce qui prouve bien que la Droite ca n’est ni la Gauche, ni l’Extreme-Droite. Contrairement à d’autres députés LR, que le FN veut contribuer à faire réélire en ne mettant aucun candidat, j’aurai face à moi aux législatives le bras droit de Marion Le Pen, la meilleure preuve que le FN n’aime les gaullistes que lorsqu’ils sont malléables. Qui peut penser que le FN nous veuille du bien ?

Quant à Emmanuel Macron, dont on murmure qu’il pourrait faire élire des députés LR en Paca « majorité présidentielle » en évitant d’investir des candidats En Marche, il s’est empressé de désigner parmi ses 14 premiers choix un candidat dans ma circonscription, et pas n’importe lequel : un habitué des plateaux TV, intellectuel à la mode à Paris, proche de Hollande et de Guerini. Qui peut penser qu’En Marche soit notre ami ?

Aussi, s’agissant de mon positionnement idéologique, que ce soit clair : Le Pen ou Macron, je serai dans l’opposition philosophique et politique si je suis réélu député, et je crois qu’ils l’ont compris. Ma seule consolation est de me dire que dans la ruine morale de cette présidentielle, l’espoir d’une Droite nouvelle n’est pas mort car il reste la bataille des législatives. Comme le dit Apollinaire : « Et je chantais cette romance / en 1903 sans savoir / que le poète à la semblance / du beau phénix s’il meurt un soir / au matin voit sa renaissance ».

Julien AUBERT

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Le fléau présidentialiste

Il devient difficile d’allumer sa radio ou son poste de télévision sans être écrasé par l’avalanche de crétinerie et de mauvaise foi qui déferle sur la France. Je pourrais en donner 1000 exemples chaque jour. Nulle part, dans aucun pays au monde, on ne voit tant de bêtise moutonnière et d’instinct grégaire s’étaler au grand jour et sans complexe. Comment le pays de Pascal, Montaigne, Péguy, Camus et de tant de génies littéraires, musicaux, scientifiques, a-t-il pu se vautrer ainsi, non dans la démence, ce qui aurait l’excuse de la maladie mentale, mais dans l’imbécillité la plus crasse?  Je suis de l’avis que le système politique français, notamment son présidentialisme, en a au moins une part de responsabilité.

  1. L’idolâtrie autour de personnages médiatisés, du reflet médiatique de figures, noyant le sens du bien commun et de l’intérêt général; la vie publique française se limite pour l’essentiel à l’exaltation ou au dénigrement d’individus surmédiatisés qui fait oublier tout le reste, en particulier le débat d’idées, dont il ne reste que des postures caricaturales (mondialisme/nationalisme) déconnectées de la complexité du monde réel.
  2. Déchirement du pays autour de cette idolâtrie qui favorise le sentiment, l’émotion, au détriment de la raison, d’où haine et violence nihiliste, insulte, fureur, envie de tuer sans limite. Voyez la place de la calomnie et des injures dans la campagne actuelle; elles en sont devenues la pierre angulaire. Heureusement, notre époque ne supporte pas la vision et l’odeur du sang, sinon, les petits lynchages médiatiques, flambées de haine hystérique que nous observons au jour le jour se traduiraient par des vrais massacres et un bain de sang. Il en faut peu, vous savez…Le présidentialisme déchire la France et favorise le manichéisme et l’instinct grégaire dans le choix d’une idole comme obligation impérieuse.
  3. Faiblesse du niveau moral et intellectuel de ces idoles: la foule médiatique, comme toute foule, est attirée par le plus petit commun dénominateur, la parole la plus inintelligente, la propagande la plus fausse et la plus sordide, la flatterie des plus bas instincts:  démagogie et quête de boucs émissaires. Les deux candidats retenus pour le second tour de la présidentielles en sont l’illustration même: inculture, inintelligence, absence de toute espèce de vision de l’Etat ou de l’histoire. Attention: je ne dis en aucun cas qu’il faut les renvoyer dos à dos. Mais simplement qu’à mes yeux, ce sont deux personnages médiocres, fades, sans intérêt ni mérite, sans légitimité ni bilan, sans expérience, sans envergure, vaguement ridicules, l’un comme l’autre, de purs produits du système médiatique qui vend des politiciens comme des savonnettes.
  4. Culte de l’apparence, de la surface des choses, du grand spectacle: la différence s’exerce sur un sourire, un visage, voire une grimace. Le présidentialisme tue le débat de fond en cantonnant la vie publique aux apparences et aux passions envers des reflets médiatiques. Il simplifie à l’excès, réduisant les problèmes de fond à des phénomènes d’allégeances envers des individus. Il aggrave, nourrit, amplifie la bêtise ambiante.
  5. Manipulation médiatique sans fin: tant il est facile de jouer sur les images d’individus et les sentiments qu’ils inspirent: le présidentialisme, en s’adressant à l’émotion et non à la raison, donne le pouvoir aux médias. Dans ces élections, le parti des médias a joué un bien mauvais rôle, calqué sur le système présidentialiste. Il a choisi ses candidats, les a vendus comme des savonnettes. Pendant 5 ans, il a joué à fond la carte de la « dédiabolisation » et de la surreprésentation du candidat lepéniste, préparant le duel de second tour contre son propre candidat, le candidat des médias, avec la certitude absolue de la victoire de celui-ci. Maintenant que c’est fait, qu’il a gagné, qu’il a atteint son but, il redécouvre soudain les « racines »  et la « nature » du parti lepéniste qu’il avait oubliées et occultées… Quelle forfaiture, quelle hypocrisie!
  6. Faiblesse et fragilité du système: le présidentialisme n’est pas un système d’autorité ni d’efficacité: l’élection par l’image produit un régime dont l’unique objectif est de préserver l’image: d’où l’abandon de l’intérêt général, le renoncement à agir pour le bien du pays, l’obsession de l’image. C’est le phénomène auquel nous assistons depuis des décennies. La vie publique s’organise autour de la magnificence d’un homme à l’Elysée, au détriment du bien commun. La France de Ceaucescu… Le fond, l’avenir, les enjeux de long terme s’effacent devant le culte de l’image égotique.
  7. La raison humaine est fragile et le candidat victorieux, triomphe résultant d’une sinistre manipulation, gagné par un véritable délire mégalomaniaque,  est voué à perdre la raison une fois à l’Elysée, antichambre de l’asile de fous,  et à devenir la bête infâme du pays comme tous ses prédecesseurs. Le parti des médias, sentant le vent tourner, sera le premier à lâcher et à lyncher son enfant chéri, une fois élu, et à entraîner la France dans une crise de confiance sans fin dont rien de bon ne sortira jamais.

Lutter contre l’extrémisme? Bien sûr mais d’abord prendre conscience que nous y  sommes déjà, dans les bas fonds d’un système extrémiste, obscurantiste, un totalitarisme sans le sang,  voué au « culte de la personnalité » de la pire espèce, à la destruction du débat d’idées, à l’abêtissement de masse, au lynchage des récalcitrants! A quoi sert-il de le dire et de le redire, dans le scepticisme et l’incrédulité générale? Tout espoir de transformation des choses commence par le début d’une prise de conscience et c’est dans ce but que j’essaye d’écrire.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

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Sidération

Sincèrement, je ne trouve plus les mots pour décrire la honte que m’inspire le spectacle de ces élections présidentielles: trahisons, chantage, insultes, hystérie, manipulations, mensonges, calculs politiciens, bêtise. Jamais dans l’histoire, la France d’en haut, la France visible, médiatisée, n’avait atteint un tel niveau de déchéance. Aucun pays, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, ne s’est comporté aussi honteusement que la France d’aujourd’hui, j’entends la France apparente. Honte vis-à-vis de nos 27 partenaires européens, honte vis-à-vis du reste de la planète, de nos amis Africains, asiatiques, américains. Mais attention, les responsables de cette honte sont au nombre de 5000 à 10000, dans les médias et les plus hautes sphères des partis et des institutions de la France dite « d’en haut ». Je ne parle pas des Français de tous les jours, de vous et moi, qui sommes absolument révulsés par le spectacle en cours. Je le sais car je ne cesse de l’entendre partout ou je passe. Parmi le acteurs principaux de cette honteuse comédie, sincèrement, je n’en vois pas un pour racheter l’autre. Non, pas question pour moi de polémiquer avec la meute. Je ne souhaite pas, sur ces pages, prendre part au grand bêlement hystérique d’une France d’en haut qui a tout fait depuis 5 ans pour en arriver là et joue aujourd’hui les vierges effarouchées devant un désastre dont elle est entièrement responsable, qu’elle a sciemment engendré, pour  sombrer maintenant dans un grand déchaînement de crétinerie. Tout ce qui m’intéresse, par contraste avec le volcan d’imbécillité en cours, c’est le fond des problèmes. Comment en sommes nous arrivé là? De mon point de vue, les institutions, le présidentialisme forcené, ou l’hyperprésidence, ont une grande part de responsabilité. Mais dans ce climat d’abrutissement général, comment le faire comprendre? Tel était le thème de mon dernier papier à Figaro Vox. Je n’y vois pas de solution miracle. J’attends que cette épouvantable et honteuse élection présidentielle soit passée.  J’en redoute les conséquences: on ne se vautre pas ainsi dans le ridicule et la honte sans conséquences. Toutefois, je place une infime, infime lueur d’espoir dans la désintégration définitive de ce régime politique monstrueux, car fondé sur la mégalomanie d’une poignée de semi-débiles, l’aveuglement et l’abêtissement général; puis le retour de la France a la démocratie, à la République, à travers les élections législatives. C’était le thème sous-jacent à mon dernier article pour Atlantico, en tandem avec M. Bruno Jeudy.

Maxime TANDONNET

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Scénarios des législatives

Aujourd’hui, le sort des élections présidentielles semble scellé. Les sondages donnent tous un écart de 20 points (60/40) entre les candidats. le monde médiatique joue à nous faire peur, mais un basculement de 20 points en une semaine est de toute évidence à exclure. M. Macron sera le prochain chef de l’Etat mais la coloration de son mandat, celle de la politique française dans les cinq années à venir, dépendra entièrement de élections législatives à venir au mois de juin, avec trois scénarios possibles de mon point de vue.

  1. Le scénario « en marche » (40% de chances) A l’issue de cette élection présidentielle, les Français sont las et s’abstiennent massivement aux législatives (50 à 40% d’abstention). Il restent sur leur écœurement envers les partis traditionnels, PS et LR, aggravé par le déroulement des présidentielle. Ils sont dans un esprit de résignation. Ils ne différencient pas clairement les enjeux de la présidentielle et des législatives, par faiblesse de la culture politique. Donc, dans une logique apparente de coup de balai, ils se prononcent massivement en faveur des candidats labellisés « en marche », quitte à opérer de nombreux recyclages. Nous assistons à une vague macroniste et le président obtient une majorité absolue au Parlement ou une majorité lui permettant de gouverner avec l’appui de voies centristes et socialistes. A court terme, il se trouve en situation d’appliquer intégralement  son programme. A long terme, cette hypothèse est paradoxalement facteur d’isolement et d’éloignement des réalités, avec un ensemble compact –  présidence, gouvernement, parlement – ancré dans le consensus et la routine, un présidentialisme opaque. Nous revivons une nouvelle « hyperprésidence » qui entraîne M. Macron dans le vertige de l’impopularité. Nous risquons de voir se reproduire un phénomène comparable à la présidence hollande, s’enfermant dans une solitude narcissique et  roulant à l’abîme.
  2. Le scénario IVe République (40% de chances) Les élections présidentielles n’ont pas traduit un véritable engouement envers le nouveau chef de l’Etat, qui ne réunissait que 18% des inscrits au premier tour, élu par défaut contre son adversaire lepéniste. L’électorat demeure relativement mobilisé  et le paysage politique français reste éparpillé: LR et le PS conservent une assise autour de 15 à 20%, le FN confirme sa poussée à 20%, le gauche radicale aussi groupée autour de M. Mélenchon, et à ce tableau s’ajoute une percée des candidats en Marche qui avoisine les 20%. Les triangulaires se généralisent , voir les quadrangulaires… Le résultat est chaotique, aucune majorité spontanée n’émerge, 5 ou 6 forces se répartissent l’Assemblée nationale… Dès lors, le président rencontre les pires difficultés pour nommer un Gouvernement. Le plus petit commun dénominateur sert de référence, avec une personnalité de la société civile. Nous entrons dans un quinquennat d’impuissance et de polémiques sans fin et nous atteignons le paroxysme d’une France ingouvernable. Mais étrangement, de ce chaos peuvent sortir des éléments positifs, la « destruction créatrice », une recomposition partisane, des alliances nouvelles forgées par la prise de conscience commune de l’intérêt national, un apaisement et une dédramatisation des clivages politiciens.
  3. Le scénario de la cohabitation (20% de chance). Une majorité de Français voulaient l’alternance et en ont été privé par le scandale politique autour de la candidature de M. Fillon. Ils demeurent mobilisés et sont conscients de l’opportunité des législatives pour prendre leur revanche et imposer un changement de politique au pays. Ils réussissent à faire émerger une personnalité consensuelle susceptible d’incarner le renouveau. Ils réussissent à faire taire leurs divergences. Mieux encore, ils se dotent d’un programme de majorité cohérent et acceptable par une majorité de Français. Ce scénario serait renforcé en cas de chaos social succédant à l’élection de M. Macron, une sorte de mai 2017, entraînant un besoin d’ordre et de stabilité. Il est dans l’ordre des choses, celui d’un recul du recul de « l’hyperprésidence », du rétablissement d’une démocratie parlementaire en France et d’un Gouvernement puissant dans l’esprit de la Ve République à ses origines. Ce scénario aurait de loin ma préférence. Trop beau pour être vrai?

Maxime TANDONNET

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La longue montée de l’ignorance, par Dimitri Casali (éditions First, 2017)

Chers amis,

Sommes-nous entrés dans l’ère de l’ignorance de masse ? Ces élections en seraient-elles la démonstration ? Aucune hiérarchisation des enjeux, manipulation des esprits, aucun recul politique tant nous sommes aveuglés par l’immédiateté de l’information… relativisme des valeurs, perte de crédibilité de la parole journalistique.

Sortie de mon livre « La Longue Montée de l’Ignorance » (Editions First).

Chaque jour la science nous épate de ses découvertes et pourtant nous sentons monter autour de nous la vague de l’ignorance: effondrement de l’Ecole, illettrisme, obscurantisme, fanatisme, complotisme, conspirationnisme, tout s’accélère… -46 % des Américains croient que la Terre a été créé il y a 10 000 ans… -Le monde arabe compte un quart d’analphabètes… Un prédicateur saoudien explique à ses étudiants de l’université Charjah (Dubaï) : « la Terre ne tourne pas, elle est immobile… ». -7% des Français soit plus de 3 millions de personnes sont illettrées. Si l’on ajoute ceux ayant des difficultés à lire et écrire = 6 millions… Nous avons perdu 4 points de QI entre 1999 et 2009… -Notre école: 27e rang au classement PISA, bonne dernière européenne en maths.

Dans notre monde hyperconnecté et surinformé, nous nous trouvons aujourd’hui face à un paradoxe gigantesque, les exemples d’obscurantismes se multiplient. Grâce à Internet, les théories du complot les plus farfelues se propagent avec une facilité déconcertante sur Google, Facebook, Tweeter et Wikipédia. Le succès du conspirationnisme est dû à la perte de confiance dans les professionnels de la connaissance (savants, experts enseignants).L’impartialité des médias est à remettre en cause. Enfin, le djihadisme est le dernier avatar de cette ignorance de masse. L’Europe est abasourdie de découvrir la destruction des cités de Palmyre, Nimroud et Hatra. Ces djihadistes, prêts à payer de leur vie pour répandre la haine, ont souvent été élevés sur son sol, éduqués dans ses écoles. Tous ces phénomènes révèlent quelque chose d’un processus profond, global, que jusqu’ici nous avons refusé de regarder en face : la longue montée de l’ignorance…

Amitiés

Dimitri Casali

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« On achève bien les chevaux » (de M. Julien Aubert et quatre députés LR)

L’Histoire retiendra que la droite aura perdu la seule élection « imperdable », celle de 2017. Elle mérite l’oscar de la droite la plus bête du monde.

Va s’ouvrir une période de déchirements pour décider qui est responsable de ce terrible fiasco. François Fillon endossera sans doute le costume du coupable idéal pour une majorité de cadres pressée de tourner la page de ce chemin de croix. Vont s’affronter les tenants du ralliement à Emmanuel Macron et les partisans du ni-ni, avec en toile de fond un autre clivage : ceux restés fidèles jusqu’au bout au candidat et ceux qui avaient pronostiqué l’échec, et fait en sorte que leurs anticipations se réalisent.

Une fois la primaire en place, le piège s’est refermé sur nous. Les haines personnelles ont laissé des séquelles et les divergences d’analyse sur la société française ont été reléguées au second plan

Nous voilà revenus au même point qu’en 2012, dans le déni, lorsque nos chefs à plume pensaient qu’il aurait suffi de changer de candidat pour gagner. C’est ainsi que, pendant les cinq ans qui ont suivi, au lieu de renouveler ses pratiques et ses idées, la droite s’est contenté de voler la « potion magique » de la gauche – la primaire – et d’attendre.

Une fois la primaire en place, le piège s’est refermé sur nous. Les haines personnelles ont laissé des séquelles – nous n’avons pas tiré les leçons de l’affrontement interne entre Jean-François Copé et François Fillon – et les divergences d’analyse sur la société française ont été reléguées au second plan. Le clivage social sur le libéralisme et la mondialisation nous saute désormais au visage.

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Une odeur fétide

L’odeur de pourriture qui a imprégné toute cette campagne est loin de se dissiper à l’issue du premier tour. On dirait même qu’elle s’amplifie.

  1.  1. Les Républicains se défoulent maintenant sur Fillon en l’accusant d’être le seul responsable du désastre. Facile et attendu: il fallait bien un « pelé, un galeux ». Et les pires lyncheurs sont ceux-là mêmes qui l’avaient rallié en grande pompe à l’issue des primaires et fanfaronnaient sur la scène de son grand meeting, oh, comme je m’en souviens! devant les caméras pour préparer leur maroquin ministériel. Elle est belle, hein? la politicaille!
  2. Le Pen se met en congé du FN, son nom « le Pen » n’apparaissant plus nulle part comme effacé par magie et fait en sorte que l’idolâtrie se concentre désormais sur le seul prénom. Il faut tout oublier, faire la table rase du passé. Rien n’a jamais existé, rien ne s’est jamais passé, on n’a rien vu, rien entendu, sur la création de ce parti, son histoire, son identité profonde, ses positions, ses provocations. Non, non, l’héroïne n’a pas hérité de son père, elle est venue des nuées! Vous ne le saviez pas? Tout est effacé braves gens, tout oublié, votez les yeux fermés pour votre idole.
  3. Macron, idem, en sauveur miraculeux de la France lui aussi comme tombé du ciel. A-t-il jamais été conseiller de M. Hollande pendant deux ans, puis son ministre de l’Economie pendant deux ans? Quel mérite? Quelle réussite? Quel service à l’Etat et à la France? Quelle vision de la France, de son histoire et de son avenir? Quels soutiens? Et la raison dans tout cela? Et l’intelligence, l’esprit critique des Français?   Oublié! Silence! Omerta! Silence, on vote! Comme pour le Pen, on ne regarde pas dans le rétroviseur. Taisez-vous!  Mesdames et Messieurs, braves gens, le passé ne compte pas. Ni le monde des réalités. Tout cela ne vous regarde pas. On ne pense pas, on vote!
  4. Le « front républicain » a bon dos et si le Pen n’existait pas, il faudrait l’inventer: toute la classe politique droite et gauche confondues, revit enfin comme un petit troupeau docile dans sa mobilisation contre le « danger fasciste » le chiffon rouge dont elle se gave depuis 40 ans, qui la dispense une fois encore de parler des 5,5 millions de chômeurs, des massacres terroristes qui ont ensanglanté la France, de la ruine de l’Education nationale, le désastre des « banlieues », de l’effondrement du prestige de la France à l’international et en Europe. Et de ses responsabilités dans la débâcle…
  5. Macron célèbre son triomphe du premier tour à la « Retonde »,  avec des people comme si  l’élection était pliée. Ah, nous serions nous trompés? Aurait-il atteint 50% +1 voix au premier tour? Non, même pas: la moitié. Enfin, la moitié de la moitié, un peu moins même: 23%.  Mais c’est comme si c’était fait et le vote du 7 mai, une broutille, une formalité: le peuple est en marche et il va marcher droit jusqu’au bout. Avec Sarko, la même scène donnait un scandale hystérique de trois mois, mais là, tout le monde s’en fout. Chouette, la France d’en haut fait la fête!
  6. Et d’ailleurs, et d’ailleurs: la bourse a pris 4,5% en un jour, un record depuis 9 ans! La fête continue, la fête de la France d’en haut!
  7. Le discours politique, à droite comme à gauche, a totalement oublié la France profonde, malheureuse, humiliée, des « sans dents », la France rurale et des banlieues, les exclus, la France périphérique, oubliée, celle qui a voté Mélenchon, Poutou, Dupont-Aignan, en partie Fillon, une France probablement majoritaire, et qui se voit aujourd’hui désespérée par la tournure d’un scrutin sans espoir pour elle, entre une caricature et une provocation où elle ne se reconnaîtra jamais. Cette France-là ne fait pas la fête!
  8. Et cette vague de ralliements de gauche et de droite qui s’enchaîne dans un fantastique mouvement mimétique. La « morale du troupeau » comme dirait Nietzsche. Si tu ne rallies pas Macron, tu es un salaud, un pétainiste, une ordure, un traitre (lu sur Facebook). Quoi tu « n’es pas Macron »? Pourtant, dans le phénomène Macron, cette merveilleuse mécanique du conformisme, il y a bien, au-delà du rideau de fumée, quelque chose d’un peu malsain, un peu sombre et sinistre, moutonnier, d’une autre époque que l’on croyait à jamais révolue, dans le genre « sauveur providentiel », ou « envoyé miraculeux ».
  9. Et puis je l’ai déjà dit, cette élection présidentielle biaisée depuis janvier par les scandales, ce choix binaire, idéologique, crétin, entre « mondialisation heureuse » et « nationalisme xénophobe » m’indispose profondément. Moi, j’ai horreur d’être pris pour un con. D’ailleurs, je suis prêt à prendre le pari: le prochain président finira soit à l’asile de fous, soit en prison, soit au cimetière. Je ne souhaiterais pas sa place à mon pire ennemi.
  10. J’attends les législatives, dans le vague espoir d’un nouveau séisme au bout du séisme, que quelque chose se passe, une révolution politique,  que s’y exprime la voix soudain du peuple, une voix de ténor, qui manque si fort à la France, et dans mes rêves qu’en émerge un homme d’Etat, un grand Premier ministre, un homme d’Etat du genre Waldeck, Clemenceau, Poincaré, de Gaulle (1943-1946 et 1958), Mendès, Pompidou, ce qui s’appelle un homme d’Etat, pourvu d’une vision de la France, ayant fait ses preuves dans la tourmente de l’histoire, par sa capacité à décider et gouverner, un homme d’Etat et non un comédien habile, une créature médiatique ou un héritier, un homme d’Etat  qui enfermera le futur grand parasite élyséen dans son Palais maudit de l’Elysée, lui rabattra son caquet prétentieux et prendra en main les destinées de la France avec un gouvernement de combat, sous le contrôle de la Nation à travers son Parlement, comme dans n’importe quelle démocratie qui se respecte. Dans mes rêves, je disais… Mais on a le droit de rêver, c’est le dernier qu’il nous reste et c’est celui que rien ni personne ne pourra nous confisquer!

Maxime TANDONNET

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Le vote de l’apocalypse

Le vote du premier tour des présidentielles ne doit pas être interprété comme un résultat traditionnel que la « droite » viendrait de perdre face à la « gauche » incarnée par M. Macron. Cette vision est superficielle et fausse.  Nous sommes, me semble-t-il, dans une autre logique, celle de l’apocalypse générale de la classe politique. Le parti socialiste au pouvoir est écrasé, broyé, détruit avec 7% des voix. La « droite » est balayée elle aussi, avec 19% des voix alors qu’elle disposait d’un boulevard après 5 ans d’opposition. Elle est victime de l’impasse des primaires, de la succession des scandales et de la médiocrité d’une génération finissante. Enfin, la France d’en haut, tout l’aéropage des experts bienpensants, annonçaient une fulgurante percée du parti lepéniste, en première position, dépassant 30, voire 40% des suffrages, emportant tout sur son passage. Or, ce dernier n’accomplit qu’un score dérisoire de 21%, loin derrière M. Macron, avec la certitude d’un écrasement au final qui lui sera peut-être fatal. Aucune force politique ne sort indemne de l’apocalypse du 23 avril, sinon peut-être un revenant: le parti communiste français, à travers M. Mélenchon.

Quel est ce président de la République que la France vient sans doute de se donner le 23 avril avec un résultat de premier tour faiblard, qui ne marque aucun engouement aucune adhésion populaire? Il est un homme de 39 ans, sans expérience de l’Etat ou presque, ni de la vie politique, n’ayant jamais de sa vie été confronté au suffrage universel, n’ayant jamais fait la moindre preuve d’une efficacité quelconque au pouvoir, à deux  exceptions près: la libéralisation du transport par car et l’ouverture des magasins le dimanche. Il semble de prime abord dépourvu de vision historique. Adulé par le monde médiatique qui en a fait son idole, il doit son succès à un étrange effet de mode qui va s’accentuer dans les jours avenir, jusqu’à l’extase, avant de se transformer, au fil des déceptions, en mise à mort rituelle. Le second tour annoncé de ces présidentielles est le pire cas de figure que nous pouvions imaginer: nous sombrons dans un affrontement idéologique grotesque entre « mondialisme » et « nationalisme » alors que la France a tant besoin de sérieux, d’un gouvernement d’action et de réforme. A travers lui, les Français n’ont pas voulu prolonger le mandat de M. Hollande. Ils ont voulu voter pour un visage nouveau. Ils ont fait le choix d’une sorte de vide, de néant qu’ils ont voulu porter à l’Elysée, dans un contexte de discrédit absolu de la fonction présidentielle.

Nous n’avons pas le droit de désespérer face à cette apocalypse matinée de béatitude. M. Macron, porté par un fantastique effet médiatique, n’a pas d’orientation politique précise ni de projet clair, encore moins de force politique structurée susceptible de lui fournir une majorité stable. Le vote du 23 avril est avant tout celui de la neutralisation du pouvoir élyséen. De fait, même si cela est extrêmement difficile à admettre pour nos esprits intoxiqués au présidentialisme, l’Elysée a perdu l’essentiel de sa puissance et de son autorité morale. Est-ce définitif ou provisoire? C’est ce que j’ignore. Tout dépend de la capacité du système politique français à engendrer un nouvel homme d’Etat dans l’avenir.  Mais en attendant, les cinq années qui viennent ne dépendent désormais plus que d’une chose: la lucidité des Français dans leur vote aux législatives de juin. Celui ci sera infiniment plus difficile à manipuler. Il est facile pour la propagande médiatique de matraquer un candidat aux présidentielles et d’en magnifier un autre. Sur un scrutin réparti en 577 circonscriptions, la manœuvre est plus complexe. C’est pourquoi, comme je le répète depuis des mois ou des années, le vrai rendez-vous démocratique sera celui de juin 2017. Il n’était pas celui de ces présidentielles truquées. Ceux qui veulent sauver leur pays doivent impérativement se mobiliser et saisir cette occasion inespérée de bousculer le cours des choses et de rompre avec la fatalité.

Maxime TANDONNET

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Gagner les législatives

Le résultat du premier tour des élections présidentielles marque l’apothéose de l’écroulement de la vie politique française dans la bêtise et l’absurdité: puissance de la propagande médiatique, triomphe des scandales et de la polémique, indifférence et absence de tout phénomène d’adhésion massif à l’un ou l’autre des candidats, nihilisme absolu des idées et des visions de l’avenir. Une infime minorité de Français (23% des électeurs soit 16% compte tenu du taux d’abstention) ont décidé d’envoyer le vide sidéral à l’Elysée. Ils achèvent ainsi de détruire la fonction présidentielle si malmenée depuis des années. Contrairement à toutes les prédictions mensongères martelées depuis des années, il n’existe aucune poussée irrésistible d’extrême droite dans ce pays: le score de la candidate lepéniste est dérisoire au regard de la déferlante annoncée depuis si longtemps par les experts et la dame ne devra sa place au deuxième tour qu’à la seule nullité des autres.  Le parti socialiste et ses alliés écologiques se ridiculisent en n’atteignant même pas 7%. Cette effroyable désintégration de la vie politique française a probablement atteint ce soir son paroxysme. L’heure de la reconstruction a sonné. C’est dès ce soir que les Français qui aiment leur pays doivent se mobiliser. Tout commence avec les élections législatives de juin comme l’ont si bien dit sur les plateaux de télévision les hommes politique de la nouvelle génération, M. Wauquiez, M. Retailleau, M. Baroin, etc. Le pouvoir présidentiel est moribond. Peut-être revivra-t-il un jour, avec la réapparition d’un homme d’Etat digne de ce nom. Il ne faut désespérer de rien. Mais aujourd’hui, il est de fait anéanti. Or, la souveraineté, le pouvoir de faire la loi, d’imposer des réformes et une politique de désigner et de contrôler le Gouvernement, dans toute démocratie, y compris dans la République française, incombe à l’Assemblée nationale. Au mois de juin prochain, nous déciderons l’alternance par une grande vague bleue espérance et cette fois-ci, rien ni personne ne pourront l’empêcher.

Maxime TANDONNET

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Interview pour Figaro Vox

Voici mon « grand entretien du week-end », consacré au contexte électoral, pour Figaro Vox.

Vous avez suivi de nombreuses campagnes présidentielles. En quoi celle-ci est-elle inédite ?

 La campagne électorale qui s’achève ne ressemble à aucune de celles des quarante dernières années. A partir de 1974, elles ont toutes, sans exception, donné lieu à une opposition entre deux camps, droite/gauche, ou conservateurs/progressistes : 1974, 1981, 1995, 2002, 2007, 2012…Au contraire, 2017 se singularise par la désintégration de cette logique binaire. Le choix des Français porte sur l’image de personnalités – Macron, le Pen, Fillon, Mélenchon – plutôt que sur l’adhésion à un projet de société. Les partis politiques traditionnels, Républicains et parti socialiste sont les grandes victimes de cette campagne. Le système des primaires a lamentablement échoué, aboutissant, au moins pour la gauche, au choix des positions les plus radicales et donc difficilement acceptable par l’électorat modéré. En revanche, les médias ont joué un rôle décisif dans cette campagne, bien supérieur à toutes les campagnes du passé. Dès lors que la campagne se joue sur des images de personnalités, les médias exercent un rôle clé dans le façonnement de cette image, par sa sublimation ou sa diabolisation. Les médias se sont ainsi substitués aux partis politiques comme vecteur déterminant du déroulement de cette campagne.

Les enjeux fondamentaux pour l’avenir du pays ont-ils été abordés ?

Ils l’ont peut-être été de manière discrète, voire imperceptible. Mais ce n’est pas d’eux qu’il a été le plus souvent question. L’éducation nationale, l’autorité de l’Etat, la réforme de la construction européenne, le renouvellement de la démocratie française, la justice, l’unité et la solidarité nationale, la guerre contre le terrorisme, sont des thèmes fondamentaux qui n’ont pas émergé de cette campagne. Dans une logique de communication individuelle, les candidats ont mis l’accent sur des slogans, des gadgets, des mots d’ordre censés frapper les esprits : le « revenu universel », la « priorité nationale », la « taxe d’habitation », le « service militaire d’un mois », le « désarmement des policiers ». L’objectif était de capter l’attention, d’accrocher une proposition sur un visage, sans considération pour le financement ou la faisabilité des mesures. A aucun moment les grandes questions sur le destin de la France et de l’Europe, de niveau présidentiel, ne sont apparues dans cette campagne. Le système des débats à 5 et à 11 a encore aggravé ce phénomène en contraignant les candidats à marquer leur prise de parole par un coup d’éclat.

L’attentat des Champs-Elysées sonne-t-il comme un retour au réel ?

 Sans aucun doute. Il faut noter que le thème du terrorisme avait disparu des principaux sujets de campagne. Etrange paradoxe. Depuis deux ans et demi, la France est un pays martyrisé par le terrorisme. Depuis janvier 2015 les massacres se sont succédé sur le territoire français. Le pays a connu un traumatisme sans précédent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il vit dans la peur et dans la conscience de sa fragilité. Mais cette question a été plus ou moins ignorée dans le déroulement de la campagne depuis le début de l’année. Elle a été étouffée par les scandales autour de François Fillon et le déchaînement médiatique contre lui. Obsédés par la destruction de cette candidature, les médias et les politiques en ont oublié l’essentiel : la guerre contre le terrorisme. L’attentat des Champs Elysée a fait resurgir d’un coup la souffrance de toute une nation. Il peut avoir un impact significatif sur le résultat de dimanche soir, en favorisant ce qui incarnera aux yeux de l’électeur l’expérience du gouvernement, le sérieux, l’autorité de l’Etat.

Que révèle cette campagne sur l’état du pays et de la société française ?

 Elle confirme le désenchantement envers la politique. Les signes d’un manque de confiance et d’enthousiasme sont patents. Aucun des candidats ne s’impose vraiment et ne suscite un réflexe d’adhésion d’ampleur nationale. Les quatre favoris se situent dans un mouchoir de poche, au regard des sondages, entre 20 et 24%, ce qui est un niveau de premier tour très faible. Aucun courant, pas même le Front national, contrairement à tant de prédictions martelées depuis des années, n’effectue de véritable percée décisive. L’abstention s’annonce élevée pour un scrutin présidentiel Ce scrutin est avant tout celui de la défiance envers le monde politique dans son ensemble, qui s’exprime chaque année dans le baromètre de la confiance de CEVIPOF, selon lequel 88% des Français estiment que les « politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux. » La fracture entre le peuple et les élites dirigeantes n’a jamais été aussi profonde.

Que révèle-t-elle sur la classe politique ?

 La question, me semble-t-il, se situe à deux niveaux. L’immense majorité de la classe politique au sens large est constituée des élus, des maires, des parlementaires dont la première préoccupation est de contribuer au bien commun par une action de terrain au quotidien. Ceux-là font vivre la démocratie française. En revanche, les difficultés proviennent de la partie visible, médiatisée, de l’iceberg. Les responsables politiques et dirigeants nationaux, les célébrités, les stars, ceux qui apparaissent au grand jour, semblent avoir perdu le sens des réalités. Ils vivent dans un monde virtuel d’autosatisfaction permanente, de mégalomanie et de narcissisme. Ils confondent le point de vue exprimé par la poignée de leurs courtisans et militants avec le ressenti populaire. Au cours des sept dernières années la France politique a été foudroyée par une succession de scandales tonitruants. Les Français ont été ulcérés par le décalage entre les discours donneurs de leçon et la réalité des comportements. Dans leur bulle d’autosatisfaction, les dirigeants nationaux ont donné le sentiment de ne pas sentir cet écroulement de leur image ou de ne pas vouloir en tenir compte.

Assiste-t-on à l’autodestruction de la politique ?

Les politiques nationaux, médiatisés, commettent, me semble-t-il, une erreur fondamentale. Ils sont conscients pour la plupart de la prodigieuse complexité de l’exercice du pouvoir dans le monde moderne : contraintes juridictionnelles, financières, puissance des contre-pouvoirs médiatiques et syndicaux, imbrication des enjeux planétaires et européens. Ils savent que gouverner, agir en faveur du bien commun, est une mission extrêmement difficile. Il n’existe pas de baguette magique ni de remède miracle. L’action de gouvernement en faveur de l’intérêt général est une œuvre de long terme qui requiert des efforts et une volonté implacable. Cependant, plutôt que de dire la vérité, ils ont choisi une toute autre option : la fuite dans les limbes de la communication, de la démagogie, des manipulations, des fausses annonces, des polémiques stériles, la logorrhée. Poussé par la pression médiatique, ils donnent la préférence au spectacle sur la réalité. Au fond d’eux-mêmes, leur destin personnel, leur « trace dans l’histoire » prime sur l’intérêt général. C’est pourquoi ils optent pour la facilité de la communication de préférence à la dureté du monde réel. En voulant être aimés et admirés, ils se condamnent à l’échec et à l’impopularité.

Certains candidats proposent le passage à une VIe République. Les institutions sont-elles en cause ?

 Oui, le fonctionnement des institutions est gravement en cause dans cette dérive. Le texte de la Constitution de la Ve République est un chef d’œuvre d’équilibre et de sagesse. Il prévoit un chef de l’Etat souverain, impartial, arbitre, garant des institutions, de la sécurité du pays et de sa politique étrangère. Le gouvernement de la France au quotidien, sa politique économique et sociale, incombe au seul Premier ministre et aux ministres, sous le contrôle du Parlement. Or, cette répartition des tâches est violée en permanence. Le chef de l’Etat est devenu une sorte d’idole médiatique, de gourou narcissique, englobant le pouvoir politique dans toutes ses dimensions. Le comportement personnel des présidents successifs, mais aussi le quinquennat adopté en 2000, sont à l’origine de cette évolution. Le chef de l’Etat, élu tout juste avant l’Assemblée nationale, pour un mandat aligné sur celui des députés devient le leader d’une majorité chargé d’appliquer son programme. Cet « hyper président » surmédiatisé, responsable de tout, devient inévitablement le bouc émissaire des frustrations et des souffrances de la Nation. Il cherche à fuir son impopularité dans le bavardage et la gesticulation mais entraîne ainsi l’ensemble de la vie politique du pays dans les limbes de l’impuissance et du renoncement. Nous n’avons pas besoin d’une VIe République. La vérité, c’est qu’il faut respecter et redécouvrir la Constitution du général de Gaulle, avec un chef de l’Etat dont l’élection doit être déconnectée du mandat des députés, incarnant l’unité nationale, l’autorité morale, la sagesse, le destin du pays, et un Premier ministre qui gouverne, responsable de ses actes et de ses paroles devant l’Assemblée nationale. Réapprendre à gouverner la France plutôt qu’à communiquer : tel est l’enjeu décisif de l’avenir.

Une personnalité émerge-t-elle malgré tout ?

 Oui, bien sûr, celle d’Emmanuel Macron, donné gagnant dans tous les sondages. Il est l’archétype de la figure politique médiatisée : la jeunesse, le charme et l’aisance sont ses atouts fondamentaux. Son succès est l’aboutissement de cette dérive de la vie politique française. Il marque le triomphe de l’image, de l’illusion, de l’apparence, du rêve sur le monde réel. En principe, le chef de l’Etat est un homme d’expérience et de sagesse qui se distingue par sa vision de l’histoire, son sens de l’Etat et de l’unité nationale. Le fulgurant succès de M. Macron dans les sondages, jamais élu, sans expérience approfondie de l’Etat ni de la politique, est l’aboutissement d’une longue glissade de la politique française dans un monde virtuel. Le réveil pourrait être douloureux…

Les législatives peuvent-elles être un troisième tour ?

 Oui, elles seront déterminantes pour l’avenir politique de la France. Jamais une élection législative, sous la Ve République, n’aura pris une importance aussi stratégique qu’en 2017. Jusqu’à présent, les élections législatives suivant une élection présidentielle (1981, 1988, 2002, 2007, 2012), ont toujours eu pour effet de donner au chef de l’Etat une majorité pour gouverner. Nous entrons sans doute dans une ère nouvelle due au discrédit de la fonction présidentielle, à la perspective d’un chef de l’Etat élu par défaut, à la nouvelle configuration d’un président de la République qui n’est pas soutenu par un parti politique potentiellement majoritaire, au morcellement de l’échiquier politique autour de quatre forces électorales. Seul François Fillon, appuyé sur les Républicains, semble en mesure de constituer une majorité stable et cohérente. En dehors de cette hypothèse, tout peut sortir des élections législatives : un véritable chaos, en l’absence de toute majorité possible, ou bien l’émergence d’une majorité composite et instable par alliance du centre gauche et du centre-droit, ou enfin une nette majorité de droite susceptible d’imposer au président de la République un Premier ministre et une politique. Cette incertitude peut être paradoxalement une chance pour la vie politique française en permettant son retour à une vision plus équilibrée et efficace des institutions, autour d’un chef de l’Etat qui préside et un gouvernement qui gouverne.

 

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Appel de M. Julien AUBERT, député

Et bien votez maintenant !
Vendredi 21 avril 2017 est un jour sombre. La campagne se termine, médiocre sur les débats de fond, scandée par les affaires et les manipulations, et tragique avec l’assassinat de ce jeune policier. Il paye de sa vie la bienveillance judiciaire qui persiste à remettre en liberté de manière anticipée des gens qui sont de véritables dangers publics. Quel réquisitoire implacable contre la naïveté pénale !
Le 21 avril, ce n’est pas non plus n’importe quel anniversaire. Rappelez-vous : C’était il y a 15 ans, et la Gauche était éliminée du second tour des élections présidentielles. Que cela fasse méditer ceux qui pensent que voter ne sert à rien. Il en a résulté une élection faussée, le mandat donné à Jacques Chirac étant flou.
Pour mémoire, déjà à l’époque, le candidat de Droite était appelé « supermenteur », et les médias avaient déversé des tombereaux d’insulte sur lui pour le présenter comme le dernier des pourris. Nous n’avons pas de chance à Droite : à chaque présidentielle, on nous explique que notre candidat est le pire des heures les plus sombres. Nous avons beau changer de candidat, comme il reste à Droite, il est présumé inéligible.
Dimanche 23 avril 2017 devrait être un jour de joie. C’est le jour où nous disons adieu au quinquenouille de François Hollande. Adieu aux scandales financiers Cahuzac et Thevenoud et au moralisme prechi-precha de la Gauche-ennemie-de-la-finance. Adieu à Leonarda et au president en scooter.
C’est le jour où nous choisirons qui fera la guerre au terrorisme islamique. Lui, a déjà choisi quel adversaire serait le plus dangereux pour lui, le plus résolu, le plus sérieux.
C’est le jour dont vous m’avez tant parlé, amis électeurs pendant 5 ans. Vous qui vous lamentiez sur la politique économique lamentable des socialistes, anti-entreprises. Vous me disiez : ne peut-on pas faire partir Hollande plus tôt ?
Vous vous êtes posé la question plus de 1800 matins. C’est long, 5 ans, lorsque le casting n’est pas bon.
Le jour du choix est arrivé. C’est Dimanche ou jamais. Si on fait n’importe quoi Dimanche, on remet une pièce pour 5 ans dans la machine. Voter Marine Le Pen, pour un homme de Droite, cela revient à voter Macron. Et voter Macron, c’est renouveler le bail des sortants.
En 2017, vengez 2012. Rappelez vous que l’élection de François Hollande fut appelée de ses voeux par François Bayrou, avec les encouragements de Marine Le Pen. Après, ce sera trop tard. « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont elles chérissent les causes. »
Julien AUBERT

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