La nouvelle idiotie dans l’air (ou le scénario suicidaire)

Une rumeur enfle dans les coulisses de la vie politique. Le président Macron ayant plus ou moins brûlé ses vaisseaux à gauche, la droite républicaine pourrait se rallier à sa candidature présidentielle en 2022 et, à la faveur de son éventuelle réélection ainsi facilitée, gagner une majorité à l’Assemblée nationale. La condition d’un tel ralliement serait l’annonce d’un futur Premier ministre de droite et d’un projet « droitier ». Une idée idiote, un scénario suicidaire pour sept raisons:

  • La majorité LR élue dans la foulée de la présidentielle, devenue majorité présidentielle se trouverait dans cette hypothèse en position d’allégeance et de soumission totale à l’Elysée, conformément à la logique du régime (le retour à une démocratie parlementaire est inconcevable dans ce contexte).
  • L’idéologie « jupitérienne » reste fondamentalement socialiste: repentance obsessionnelle, multiculturalisme, PMA sans père remboursée, IMG à neuf mois pour « détresse sociale », éoliennes à outrance, angélisme migratoire et sécuritaire, etc. Est-ce bien cela que vous voulez? (Alors il fallait le dire tout de suite!)
  • Ce ralliement signifierait cautionnement de l’un des pires échecs politiques depuis 1945, « une nouveau monde » devenu cauchemar: anéantissement des libertés et de la démocratie, Etat policier, vertigineuse débâcle économique, sociale, sanitaire. LR tient-il à être assimilé à ce fiasco historique?
  • Quel plus beau cadeau en faveur des extrémismes démagogiques de gauche comme de droite qui détiendraient alors le monopole de toute opposition, le nouveau pouvoir se retrouvant en position de troisième force harcelée – assiégée –  des deux côtés en attendant le grand basculement dans l’apocalypse.
  • Une telle manœuvre serait lue par l’opinion publique comme une combinaison politicienne destinée à conserver à tout prix ou à gagner des sièges à l’Assemblée nationale (ou postes de ministres) et elle ne ferait qu’amplifier le dégoût qui touche 80% des Français (enquête CEVIPOF sur la confiance) et l’abstentionnisme.
  • Un second mandat du président Macron serait probablement – comme tous les seconds mandats – une expérience désastreuse. Un second quinquennat du même personnage, déjà rongé par l’usure du pouvoir,  déboucherait sur une impuissance et un chaos décuplés. Faut-il s’y laisser entraîner?
  •  Il est une règle impérieuse dans la vie  courante, que les politiques auraient tout intérêt à s’appliquer à eux-mêmes. Les vainqueurs sont toujours à la fin ceux qui restent fidèles à eux-mêmes et à leurs principes, ne cèdent pas aux sirènes de la facilité. Quant aux opportunistes, ils finissent tôt ou tard dans la honte et les traitres dans la boue.

Maxime TANDONNET

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Lecture: De Staline à Hitler, Mémoires d’un ambassadeur, Robert Coulondre (présentation de François-Guillaume Lorrain) Perrin, 2021

Les éditions Perrin publient un document d’un intérêt hors du commun pour l’histoire de notre temps: les Mémoires de l’ambassadeur Robert Coulondre qui fut ambassadeur de France en URSS à la fin des années 1930 avant d’être nommé en Allemagne où il fut le dernier représentant de la France avant le déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale. L’ouvrage est enrichi d’une lumineuse présentation de M. François-Guillaume Lorrain, historien et chroniqueur au Point.

Ce document a quelque chose d’absolument fascinant au sens où il nous entraîne en plein cœur de l’un des moments les plus cruciaux où s’est joué le sort de l’humanité. Ce témoignage est d’autant plus bouleversant qu’il émane d’un homme simple et sans prétention. A aucun moment l’ambassadeur Coulondre ne cherche à se donner le beau rôle. Proche d’Edouard Daladier, il ne se présente pas du tout comme un héros. Dans un style simple et limpide, il raconte son vécu dans les coulisses d’événements qui ont emporté la planète dans la plus effroyable apocalypse de tous les temps.

Les deux périodes de son récit ne se ressemblent pas. A Moscou, d’octobre 1936 à octobre 1938, il tente de resserrer les liens franco-soviétiques (le pacte d’assistance mutuelle de 1935)  face au danger hitlérien et de convaincre son interlocuteur principal, le ministre des Affaires étrangères Litvinov de faire cesser la propagande insurrectionnelle à laquelle se livre le Komintern en France par l’intermédiaire du parti communiste français. « Les Bolcheviks, raconte-t-il, aiment le langage direct. Le mien, s’il surprend Litvinov, n’est pas fait pour lui déplaire. » Cependant, il ne parvient pas à rencontrer Staline, le seul détenteur du pouvoir, qui ne reçoit jamais les diplomates étrangers. Il se heurte à un mur d’opacité et d’incompréhension.

Mais surtout, il expérimente dans sa vie quotidienne les rigueurs du système totalitaire. La Guépéou, police secrète, est omniprésente, le suit partout, ne le lâche pas d’une semelle. « A l’arrivée, on aperçoit, faisant face à l’hôtel diplomatique, une petite maison insignifiante. Elle a été réquisitionnée par la Guépéou. A l’une des fenêtres donnant sur la rue, jour et nuit, un agent veille. Il note tous ceux qui entrent ou sortent de l’ambassade. Il guette surtout la sortie de l’ambassadeur. Dès que celui-ci apparaît: un signe et ses suiveurs toujours deux au moins,  lui emboitent le pas ou l’escortent en auto. Dans le corps diplomatique, nous les appelons « nos anges gardiens ». Robert Coulondre vit au quotidien les purges staliniennes qui battent leur plein en cette période. De temps en temps, les Russes avec lesquelles il est en contact (par exemple une aide soignante), disparaissent dans les locaux de la Guépéou, pour ne jamais réapparaître… Et les interventions auprès des autorités s’avèrent être strictement inutiles et vouées à l’échec.

A Berlin à compter d’octobre 1938, Coulondre trouve une atmosphère radicalement différente. Bien entendu, il est facile de juger quand on connaît la suite de l’histoire… Mais son témoignage est tout de même absolument sidérant sur l’aveuglement de toute la France officielle de l’époque. A le lire, nous sommes plongés dans une France tétanisée  par la peur de l’Allemagne hitlérienne et déjà prête à tous les compromis et toutes les concessions par refus de regarder en face la réalité. Le récit de celui qui fut le porte-parole officiel à Berlin de cette France à la main tremblante fait froid dans le dos.

L’ambassadeur Coulondre, quelques semaines après les accords de Munich*, est chargé  par le gouvernement de  mener à bien un rapprochement franco-allemand. Il assiste ainsi le 5 décembre 1938 à la réception en grande pompe du ministre des Affaires étrangères allemand, Von Ribbentrop, au Quai d’Orsay par son homologue français, Georges Bonnet. A l’inverse de Staline, Hitler reçoit volontiers les diplomates étrangers. Le récit détaillé de ses entretiens avec l’ambassadeur de France à Berchtesgaden – dans sa résidence de montagne en Bavière – est le moment le plus étourdissant du livre. Nous découvrons comment, tel un serpent, il envoûte ses interlocuteurs : « Hitler s’exprime avec simplicité et naturel; sa voix est calme et chaude; il y a dans les yeux de la ruse et une singulière fixité des prunelles très dilatées, mais il y a aussi beaucoup de douceur et de clarté, et on oublie, à les regarder, le burlesque du visage […] Il parle avec bon sens, conviction aussi, semble-t-il. Ma mauvaise impression du début s’efface peu à peu à le regarder et l’écouter; je sens la confiance me gagner et il ne faut rien de moins que tout ce que je sais de Hitler pour que je reste sur mes gardes. »

Puis vient une fabuleuse galerie de portraits des dirigeants du Reich avec lesquels Coulondre est amené à négocier: chaleur et jovialité envahissante de Goering, obséquiosité de Goebbels, froideur de Ribbentrop… Tous répètent les mêmes éléments de langage: l’Allemagne hitlérienne n’a aucune animosité envers la France. Mais les événements se précipitent: écrasement de la Tchécoslovaquie en mars 1939, mouvements de troupes vers la Pologne et pacte Staline-Hitler d’août 1939. Et pourtant, les yeux de la classe dirigeante française ne se dessillent toujours pas. Jusqu’à la fin, les instructions données par Paris à l’ambassadeur sont de favoriser une issue négociée au « désaccord » entre l’Allemagne et la Pologne.   Impossible de se résoudre à l’évidence – pourtant annoncée noir sur blanc dans Mein Kampf: la conquête de « l‘espace vital ». Toutes les démarches ayant été vaines, à la suite de l’attaque de la Pologne, l’ambassadeur de France est chargé de porter la déclaration de guerre – tremblante – de la France à l’Allemagne: la pire des missions pour n’importe quel ambassadeur.

  • Eh bien, répond Ribbentrop d’une voix blanche, la France sera l’agresseur!
  • L’histoire jugera, lui dis-je, et je me retire.

M. Von Weizsäcker (secrétaire d’Etat), qui est présent, me serre longuement la main que je n’ai pas tendue à Ribbentrop. Nous nous regardons au fond des yeux. Plus sûrement que s’il parlait, je sais ce qu’il me dit: « je n’ai pas voulu cela. » Non, lui n’a pas voulu cela, mais que pouvait-il? Je rentre à l’ambassade un peu comme un automate. » Franchement, un vertigineux et hallucinant  témoignage sur les derniers jours de la marche à l’apocalypse: à lire absolument.

* Accords de Munch du 30 septembre 1938: par lesquels les démocraties française et Britannique autorisent le Führer à annexer les Sudètes, une partie du territoire de la Tchécoslovaquie, quelques mois seulement après l’invasion et l’annexion de l’Autriche.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Naufrage national

Un an après le début de la crise du covid 19, l’action des pouvoirs publics se ramène pour l’essentiel au saccage de la démocratie et des libertés: anéantissement de la démocratie parlementaire (donc de l’autorité du suffrage universel) à travers l’Etat d’urgence indéfini, destruction de la liberté dans les conditions qui rappellent les régimes totalitaires du siècle précédent: couvre-feu à 18 H, emprisonnement à domicile dit confinement (mars/avril, novembre), écrasement de catégories socio-professionnelles traitées en boucs émissaires de la contagion ( restaurateurs, commerçants, saisonniers des stations de ski, gens de la culture et de la création), réinvention d’un laisser passer pour circuler (dit couramment Ausweis). Or, dans une démocratie libérale, tel n’est pas la compétence de la puissance publique. Il est des principes fondamentaux – la souveraineté du Parlement même en temps de guerre – la liberté individuelle d’aller et venir, auxquelles il est interdit, il est impossible de toucher durablement. On s’habitue à tout mais les contraintes qui pèsent sur nos libertés ne sont rien d’autre qu’une monstrueuse déviance.  En revanche, le rôle de la puissance publique était de prévoir et d’assurer la disponibilité de masques en nombre suffisant quand il en fallait et à l’époque où ils étaient introuvables (de mars à juin dernier). Il était de prévoir la capacité suffisante en places de réanimation, quitte à organiser un redéploiement des moyens comme un pays en crise (ou en guerre, ce qui n’est même pas le cas), doit savoir le faire. Il était de se donner les moyens de tester la population. Plus encore, il était de soutenir activement la recherche pour permettre à la France, comme toutes les grandes nations développées, de se doter d’un vaccin. Aujourd’hui, 90% de la population d’Israël est vaccinée, 40% des britanniques, 20% des Américains. La France est une fois de plus en plein naufrage. Elle n’a pas réussi à se doter d’un vaccin, ce qui est sidérant au pays de Pasteur (quelle décadence!). Elle cumule les retards: 6% de sa population est vaccinée. Par bêtise et paresse autant que par idéologie, les autorités françaises s’en sont lâchement remises à la bureaucratie Bruxelloise pour coordonner la campagne de vaccination. La faillite est vertigineuse. Le coq peut claironner en multipliant les annonces tapageuses et les promesses tonitruantes : le désastre est là, sous nos yeux. Il faudra qu’il se paye un jour ou l’autre.

Maxime TANDONNET

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La vraie-fausse popularité du président Macron

Nous pouvons lire ce matin sur le site de Paris-Match :« A treize mois de la présidentielle, l’exécutif peut voir l’avenir sereinement. Certes, le paysage politique semble comme gelé. Mais avec 41 % de satisfaction, le locataire de l’Elysée est dans une situation plus confortable que celle de François Hollande (22 %) et Nicolas Sarkozy (31 %) à pareille époque de leur mandat » (sondage Paris-Match Ifop 2 mars 2021)

Emmanuel Macron serait donc un président « populaire » comparativement à M. Hollande et M. Sarkozy. Cette évidence ressort de la plupart des commentaires. Le refrain, comme obsessionnel, s’impose dans la presse et les media radio-télévision. Il se présente comme un dogme politico-médiatique, un fait reconnu et admis, une vérité quasi officielle. Nous subissons un véritable matraquage sur la popularité de M. Macron supposée supérieure à celle de ses deux prédécesseurs, à l’image du modeste échantillon ci-dessous :

  • « La popularité du chef de l’Etat est en hausse de 3 points au mois de novembre, passant de 38 à 41% d’opinions favorables. Des chiffres supérieurs à ceux de ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy (32%) et François Hollande (27%) au même stade de leur mandat» (LCI 22 nov 2020)
  • « La popularité d’Emmanuel Macron, à ce stade de son mandat, est supérieure à celle de Sarkozy (31 %) et François Hollande (27 %). (20 déc. 2020 — Ouest France)
  • « La cote de popularité d’Emmanuel Macron est en hausse de deux points et supérieure à celle de ses prédécesseurs immédiats François Hollande (24 %) et Nicolas Sarkozy (30 %)». Le Point 24 janv. 2021
  • « Le chef de l’Etat gagne un point en un mois dans notre baromètre Ifop*, à 41% de satisfaction. S’il reste majoritairement impopulaire, son socle de soutien est solide. François Hollande et Nicolas Sarkozy, par exemple, étaient à ce moment de leur quinquennat respectivement à 19% et 31%» (JDD 21 février 2021).

L’insistance à rapprocher le niveau de popularité du président Macron de celui de M. Hollande et M. Sarkozy est lourde de signification. Si l’objectif est de convaincre que M. Macron est un président populaire, le niveau d’environ 40% n’est pas suffisant : loin de la majorité de 50%. D’où le recours systématique à la comparaison avec M. Hollande et M. Sarkozy supposée favorable à l’actuel occupant de l’Elysée. En filigrane, le message est clair : si les deux prédécesseurs du président Macron ne sont pas parvenus à obtenir un second mandat, ce dernier est dans une situation plus favorable qui lui ouvre en 2022 la voie de la réussite.

Comparaison est-elle raison ? Le biais de ce raisonnement tient à la différence radicale qui oppose la période 2007-2017 à celle que vit la France depuis un an. La crise sanitaire est sans doute le plus grand bouleversement qu’ait connu notre pays depuis la guerre d’Algérie : 82 000 morts, naufrage économique et social, ruine de nombreuses catégories professionnelles, anéantissement des libertés, en particulier de la liberté d’aller et venir. Cet ouragan produit naturellement un réflexe légitimiste autour du chef de l’Etat. Une partie des Français dans la tourmente – comme souvent dans l’histoire –  se tourne vers le « guide de la nation ». Français Hollande avait bénéficié de ce phénomène après l’attentat de Charlie Hebdo et du magasin kacher de janvier 2015 (+20%). A la différence, le séisme du covid-19 se prolonge indéfiniment dans le temps et le réflexe légitimiste joue ainsi de manière beaucoup plus étalée.

Par ailleurs, la crise sanitaire a bouleversé dans ses profondeurs le paysage français. Le régime politique a été radicalement transformé. La démocratie libérale et parlementaire s’est trouvée suspendue de fait au profit d’un état d’urgence indéfiniment prolongé. Sous le couvercle de la peur du covid-19, le Parlement a été marginalisé. La liberté d’aller-et-venir, mère de toutes les libertés, a été conditionnée. Les oppositions s’enferment dans le silence, la complaisance, la prudence ou l’autocensure. Une pensée unique sanitaire bat son plein et toute réflexion ou parole dissidente est vouée aux gémonies. Les grands débats de société (chômage, pauvreté, sécurité, pouvoir d’achat, immigration) se sont volatilisés. La nature du nouveau régime reste à définir. Post démocratique ? Autoritaire ? De fait, la quasi extinction de la contestation sociale ou intellectuelle et de la critique (voire de la caricature), contraste lourdement avec le lynchage quotidien des deux présidents précédents.

Un chef de l’Etat de Ve République a traditionnellement deux missions : l’une d’incarnation du pays (« le père de la nation ») et l’autre de gouvernement. Les enquêtes d’opinion montrent que les Français ne sont pas satisfaits de la manière dont la France est gouvernée : 81% estiment que l’exécutif « ne sait pas où il va » (Odexa-Figaro 4 février). L’allégeance de 40% d’entre eux au président Macron se rattache dès lors à la fonction emblématique de ce dernier et à la quête d’un protecteur, d’un symbole d’autorité ou d’un sauveur. Ce taux de confiance ne semble guère tenir à l’approbation d’une politique, à la conscience de réformes réussies ou à des résultats satisfaisants sur le plan économique, social ou sécuritaire. Il correspond à un phénomène émotionnel ou affectif autour d’une figure médiatisée. Il relève de la psychologie de foule dans une période troublée et touche pour l’essentiel les personnes et les catégories les plus exposées à la peur.

C’est pourquoi la sempiternelle comparaison de la cote de confiance du président Macron avec celle de ses deux prédécesseurs est largement infondée. Derrière la stabilité de la cote présidentielle depuis un an, l’avenir politique du pays n’a jamais été aussi incertain. Le climat de relative allégeance au chef de l’Etat peut-il se prolonger encore un an jusqu’aux élections ? De fait, il durera aussi longtemps que la peur continuera de hanter les esprits. Par ailleurs, cette cote de confiance à 40% conservera-t-elle toute sa pertinence à l’approche des échéances électorales, quand il faudra reparler de bilan et de projet ? L’inertie et l’immobilisme de la période sont-ils le calme qui prépare la tempête ? De fait, sous le couvercle de la crise sanitaire, la France glisse vers un abîme d’incertitude politique qui n’a guère de précédent…

Maxime TANDONNET

 

 

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Réflexion sur la condamnation du président Sarkozy

Ainsi, le président Sarkozy a été condamné à trois ans de prison dans les conditions qu’un ancien magistrat explicite clairement. Quelle interprétation faut-il en faire? La plupart de ses partisans y voient le fruit d’une manœuvre politique destinée à l’empêcher de se représenter en 2022.  Cette vision des choses est quelque peu douteuse. Le président Sarkozy n’avait, de fait, aucune intention de se présenter en 2022. Nous ne sommes pas tout à fait dans le même cas de figure que le raid judiciaire contre François Fillon en 2017. Non, c’est autre chose, sans doute bien plus grave qui dépasse largement le PNF. Il faut y voir une institution judiciaire rongée par l’anomie. Les notions de droit, de vérité, d’impartialité et de justice ont volé en éclats. Aucune boussole, aucun socle ne tient debout. La société nihiliste a encore frappé. Ils ont réglé leurs comptes avec un ancien chef de l’Etat qui a eu le malheur de leur tenir tête pendant cinq ans. Le message est clair: nous sommes tout-puissants et rien ne saurait nous arrêter, surtout pas le droit ni la conscience du bien ou du mal. Au-dessus de nous? Il n’y a rien. La foudre, c’est nous qui la détenons. Et cela laisse malheureusement peu d’espoir en appel. Nous sommes là au cœur de l’ensauvagement de la société française, de son chaos et de la destruction de ses repères.

NB: tout cela ne devrait pas être une question de sympathie ou d’antipathie pour l’ex- chef de l’Etat, ni même de sensibilité idéologique mais simplement de sens de l’Etat et de la justice. (A écouter, l’excellent éditorial d’Europe 1).

Maxime TANDONNET

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Liberté maudite, liberté chérie

La mairie de Paris de Mme Hidalgo réclame un confinement total de 3 semaines à Paris. Mme Pécresse s’attend à des contraintes supplémentaires dans la région Ile-de-France. Ces dames de pouvoir réclament plus d’interdictions, plus de contrôles et plus d’amendes. Les promenades sur les quais ou les bords de mer sont partout interdites et réprimées par la force comme le ski est prohibé. Les études sont pour une fois unanimes sur un point: le virus se transmet en espace confiné et non pas au grand vent du large. Mais les images de gens heureux et libres face à l’étendue liquide ou aux grands espaces enneigés dérangent, perturbent, indisposent. L’esprit de repentance et de pénitence n’y trouve pas son compte. Or, il doit s’imposer uniformément partout.  Un mot est désormais banni du vocabulaire politique et médiatique: celui de liberté. On ne l’entend plus nulle part, il est comme éradiqué du vocabulaire courant. « Après avoir terminé la création de l’homme – qui était tout neuf et tout beau – Dieu lui dit : homme, tu seras égal à moi, ton Dieu. Et comme gage de ta ressemblance avec moi, je te donne dès maintenant la prérogative par excellence : la liberté » (Saint Grégoire de Nysse, La création de l’homme, 379).  Que le mot liberté ait été banni de la logorrhée politico-médiatique peut se comprendre. Mais ce qui est le plus extraordinaire, c’est que la liberté a aussi disparu du discours ou de la parole des intellectuels. Même les penseurs vaguement rebelles (du genre Alain Finkielkraut) y ont complètement renoncé. La liberté est d’ailleurs le dernier souci d’un peuple avide de sécurité et d’égalité. Il nous reste la liberté de redécouvrir un grand classique, merveilleux poème de circonstance :                                    

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin) Lire la suite

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« N’ayons pas peur »

Nul n’a jamais trouvé un outil plus efficace que la peur pour asservir et mener les gens comme un troupeau servile. Il y a comme une jubilation à manier la foule à la baguette.  Or, le discours public est de nouveau à l’exacerbation de la peur face au covid19. Les indicateurs sont bien choisis pour répandre de nouveau la peur: la hausse du nombre des contamination (25 000). Ils se gardent bien d’évoquer d’autres facettes de la vérité, celles qui peuvent rassurer. D’abord, hors de France, les contaminations sont en chute libre. Elles s’effondrent partout dans le monde, notamment dans les pays qui n’ont jamais pratiqué la schlague ni l’Ausweis. Elles s’effondrent partout sauf en France. Les raisons pour lesquelles cette information est passée sous silence se comprennent aisément. Une gifle pour nos incompétents [Ah, vous vous êtes bien foutu hier, des Anglais, des Allemands, des Suédois et des Ricains!] En vérité, l’indicateur le plus significatif est celui des morts comptabilisés au titre du covid19. S’il existe une raison de craindre ce dernier, c’est au regard d’éventuelles conséquences fatales. Or, à l’inverse du matraquage morbide, cet indicateur semble orienté durablement à la baisse.   Mais alors, pourquoi occulter cette donnée?  Parce qu’il faut à tout prix cacher ce qui est de nature à rassurer et apaiser la peur. Les cas mortels diminuent car les Français sont prudents et les médecins savent mieux prendre en charge les malades. Non, ce n’est pas grâce à nos « petits marquis poudrés » de la télévision, mais grâce au travail des vrais médecins, au service de leurs patients. Pourquoi ne jamais  dire que la mort recule? La peur doit aussi reculer. Il est de la responsabilité de chacun – et non d’une bureaucratie obtuse et punitive – d’adopter les  précautions nécessaires. Un jour la vérité apparaîtra dans la lumière : emprisonner les gens à domicile comme des criminels,  interdire la voie publique après 18H, persécuter les restaurateurs, les commerçants, les gens de la culture, les étudiants, les saisonniers et les skieurs n’aura jamais fait qu’aggraver le mal et amplifier une effroyable déprime collective qui se manifeste dans l’effondrement des naissances. Qui paiera pour le désastre économique, social et mental, les millions de vies brisées (voir le Figaro du 25/02) moins par le covid-19 que par le discours et la politique de la peur? Les gesticulations médiatiques ne servent qu’à répandre l’illusion de l’action  à des fins électoralistes. Contre les prophètes de malheur, les marchands d’apocalypse et les profiteurs du malheur collectif, une parole s’impose aujourd’hui : n’ayons pas peur. 

Maxime TANDONNET

 

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Nouvelles de LaREM (pour Atlantico, débat avec M. Edouard Husson)

Cinq ans après la création et quatre après l’arrivée au pouvoir d’un mouvement qui souhaitait sortir des cadres institutionnels de partis autant que du clivage politique, LREM est redevenu un parti qui est souvent montré du doigt pour sa très forte hiérarchisation (« députés gaudillots, playmobils ») et pour être entièrement construit autour des décisions et positions d’Emmanuel Macron. La décision de restructuration de celui-ci, en vue de la campagne électorale de 2022, autour de causes, de cellules, sur le modèle associatif, locales et hors de la stricte hiérarchie, est-elle compatible avec ce qu’est devenu le mouvement, ou s’agit-il irrémédiablement ou d’un effet de manche démocratique, ou d’un échec annoncé ?

Cette initiative est en effet fascinante par ce qu’elle révèle ou confirme : le naufrage de la politique française. En effet un parti politique a pour vocation de recueillir des attentes ou des inquiétudes populaires et de les convertir en projet de société. […] La démarche LREM est exactement inverse : l’idée serait d’inviter chaque parlementaire ou chaque élu et chaque militant, à développer sa propre « cause ». Il n’est donc plus question d’un débat d’idées débouchant sur une action collective, mais de sublimation narcissique autour de sujets à la mode (climatisme, diversité, bien-être animal, etc.) Cela n’a évidemment plus rien à voir avec l’idée de projet collectif et d’action en vue du bien commun. Nous sommes là au cœur même de la destruction du politique.

– Cette annonce d’un renouveau de l’organisation de la base du parti est-elle annonciatrice d’un changement d’organisation des instances directrices de ce parti ? Ou montre-t-elle que la seule marge de manœuvre de LREM réside dans sa base électorale, tant elle l’organisation réside par essence dans ses cercles dirigeants et a fortiori, dans le président de la République ? 

Oui bien sûr, cette annonce a pour objectif de donner l’illusion d’exister et de servir à quelque chose. L’affaiblissement de la démocratie parlementaire en France est un phénomène de longue date […]  Mais depuis le début de l’actuel quinquennat, nous assistons à une suspension de fait du pouvoir parlementaire avec le recours aux ordonnances et désormais, l’état d’urgence indéfini qui prive le Parlement de l’essence même de sa mission. La majorité parlementaire perd ainsi toute raison d’être. A cela s’ajoute que LREM est un parti champignon, sans la moindre cohésion idéologique de M. Taché à Mme Thill… Cette nouvelle initiative ne comporte aucun élément de réorganisation. Comment organiser le néant ? Elle ne fait qu’habiller la désintégration du politique en lui donnant de faux airs de modernité. Nous sommes dans la logique des gadgets médiatiques qui se substituent à la démocratie tout comme la mode des tirages au sort.

– Ces « cellules » locales, thématiques, permettront-elles selon vous à LREM de combler son déficit d’image démocratique (on songe aux critiques de dérives autoritaires du pouvoir), et surtout dans le cadre d’une campagne présidentielle d’impliquer tant militants qu’électeurs autour d’un programme consistant, cohérent et défendu ?

Les députés LREM […] ne peuvent pas ignorer le spectaculaire abêtissement de la vie publique française : les prochaines élections ne se feront pas sur des idées ni sur un projet ni même sur une ligne politique, mais sur un plébiscite pour ou contre le président Macron.  La politique française poursuit sa désintégration : disparition des partis politiques, neutralisation du parlement, abaissement du gouvernement, anéantissement du débat d’idées. Ce champ de ruine laisse place au rayonnement élyséen dans un monde virtuel entretenu par des media à la botte. [Tout] cela revient à laisser au pouvoir jupitérien le monopole de la communication sur les choses sérieuses et se cantonner dans l’anecdotique. La logique [de cette initiative] : une soumission toujours plus grande dans la perspective d’un prochain quinquennat.

 

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Sombre anniversaire au royaume de la peur

La crise du covid-19 célèbre son premier anniversaire. A quelque chose malheur est bon. Une année aura suffit à balayer bien des croyances et des convictions et à réviser nos manuels de philosophie politique. Par habitude, nous pensions la liberté et la démocratie profondément enracinées dans l’histoire et la pensée française. Nous avons appris, nous savons désormais qu’elles ne tiennent qu’à un fil. Sous l’effet d’une peur collective, les repères de la civilisation s’effondrent comme un château de carte. Il est désormais prouvé que dans la peur, n’importe quel pouvoir peut abolir sans vergogne la démocratie parlementaire (état d’urgence permanent), assigner les populations à résidence, abroger la liberté d’aller-et-venir, mère de toutes les libertés, imposer des couvre-feu nocturnes, interdire les déplacement et les voyages, fermer les bars et les restaurants – où se fomentent les résistances – cadenasser les librairies, les cinémas, les théâtres et les salles de concert… Le passage au nouveau monde s’effectue naturellement dans la soumission volontaire du troupeau bêlant de peur, la béatitude médiatique, l’anéantissement des voix de l’opposition et la neutralisation des institutions protectrices de la liberté et des droits individuels (juridictions). Un vertigineux tournant a été pris. Le pouvoir de la peur impose désormais son joug. Après cette peur, d’autres peurs viendront, et les vagues de peur déferleront, aussi terrifiantes ou voire pires, justifiées ou factices. La liberté et la démocratie libérale ou parlementaire, elles, ne reviendront hélas pas de sitôt. En un an, nous avons changé de monde.

Maxime TANDONNET

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Islamo-gauchisme à l’université, le réveil des polémiques

Une légère accalmie sur le flanc du covid-19 a libéré la semaine dernière un espace pour une belle polémique. Madame Vidal, ministre de l’enseignement supérieur l’a déclenchée en demandant au CNRS « une enquête sur l’islamo-gauchisme à l’université ». Cette initiative a provoqué une tempête dont la pétition de 600 universitaires et chercheurs réclamant sa démission fut le point d’orgue.  De fait, l’islamo-gauchisme se présente aujourd’hui comme une idéologie courante et banalisée. Le 10 novembre 2019, lors de la manifestation sur « la lutte contre l’islamophobie » à laquelle assistaient l’ensemble des leaders qui se revendiquent encore « de gauche », la foule a entonné « Allahou Akbar ». En renonçant à la lutte des classes, une partie de la gauche s’en engouffrée dans l’idéal communautariste. Or, cette idéologie islamo-gauchiste bénéficie de puissants relais  dans l’université à travers le syndicalisme étudiant (UNEF).

Cependant, le respect de la vérité impose de rappeler que l’immense majorité des étudiants à l’université, qu’ils soient français depuis plusieurs générations ou issus de l’immigration,  n’a strictement rien à faire de l’islamo-gauchisme. Dans des conditions souvent extrêmement précaires, difficiles et méritoires, les étudiants (apolitiques dans leur immense majorité) ne pensent qu’à suivre leurs cours dans les moins mauvaises conditions possibles, à passer et réussir leurs examens et à parvenir au métier dans lequel ils placent leur espérance. Au moins 80% d’entre eux inscrits à l’université, souvent de milieux modestes [les classes aisées privilégiant écoles et grandes écoles] se trouvent dans cet état d’esprit.

Qu’est-ce que le drame de l’université française aujourd’hui? Le nombre d’étudiants est passé de 310 000 en 1960 à 2,8 millions en 2020. Cette vertigineuse explosion des effectifs s’est réalisée au prix d’un bac totalement bradé (95% de réussite en 2020), de la disparition de toute forme d’orientation sérieuse (en fonction des goûts et aptitudes de chacun) et d’un effarant effondrement du niveau moyen des études – et des diplômes. Sur le plan de la syntaxe, de l’orthographe et de la cohérence, une dissertation lambda de Master 1 (bac +4) aujourd’hui est de qualité nettement inférieure à une copie du brevet (classe de 3ème) des années 1970. Un tiers des étudiants renoncent à l’issue de la première année. Depuis dix ans la condition universitaire se dégrade: le coût moyen d’un étudiant est passé  de 12 261 € en 2010 à 11 468 € en 2018 [et 15890 € pour une classe préparatoire aux grandes écoles]. La Suisse dépense pour chaque étudiant pas loin du double de la France et l’Allemagne un quart de plus.

Le rôle d’un ministre est de traiter ces questions fondamentales dans l’intérêt des étudiants plutôt que de lancer de grandes polémiques stériles. Celle-là ne fera pas reculer d’un pouce l’idéologie islamo-gauchiste bien au contraire. En revanche, elle permettra à la cote de popularité élyséenne de grapiller quelques points supplémentaires dans les sondages en séduisant un bout de l’électorat de droite et d’extrême droite.  La polémique sur l’islamo-gauchisme est exactement de la même veine que le débat du 11 février et le reproche de « mollesse » et de « n’être pas assez dure » adressé à MLP. Tout cela est bien évidemment voulu, concerté, calculé dans l’optique de la réélection de 2022.  Le plus triste au fond – au regard de l’intelligence collective  –  c’est que cela fonctionne tellement bien.

Maxime TANDONNET

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Cynisme covidesque

L’épidémie de covid régresse partout dans le monde, le nombre des contaminations baisse fortement et celui des morts enregistrés s’effondre. Cette évolution globale paraît naturelle et non liée à des mesures spécifiques puisqu’elle touche tout le monde y compris, sinon plus, les Etats qui ont fait le choix de respecter les libertés publiques (Suède, US etc.) Les innombrables prophètes de malheur experts, épidémiologistes, infectiologues, urgentistes et autres ministres et politiciens de toutes sortes qui jubilaient avant-hier en nous annonçant à grands cris un déchaînement de l’apocalypse au début de l’année en sont pour leur frais. En France nous avons vécu le grand-Guignol du débat confinement/non confinement et sa mise en scène médiatisée. En janvier, la plupart des responsables politiques nationaux, de l’extrême gauche à l’extrême droite, se sont ridiculisés en réclamant plus de contraintes. Aujourd’hui, ces  démagogues retournent bruyamment leur veste. Mais pourtant, le régime liberticide poursuit ses ravages. Confinement? Non confinement? Question de communication et de sémantique. De fait, un couvre-feu impitoyable se prolonge indéfiniment, obligeant les magasins à fermer et interdisant uniformément la circulation à partir de 18H, annihilant toute liberté d’aller et venir dans la soirée. Ce couvre-feu n’est rien d’autre qu’une mesure totalitaire, digne des systèmes les plus épouvantables de l’histoire, une mesure désormais banalisée, validée et acceptée. L’habitude et l’accoutumance ne sont-elles les pires complices du despotisme?   L’obligation de porter le masque en extérieur (y compris dans les rues vides) est une pure  aberration, une insulte au bon sens commun. La prohibition systématique et indéfiniment prolongée (sans exceptions ni aménagements) de la vie culturelle, des restaurants et des bars, le bannissement des remontées mécaniques en montagne reviennent à ruiner cyniquement l’existence de millions de personnes parfois jusqu’au suicide. Pourquoi? Toutes ces mesures sont non seulement excessives ou inutiles, mais dangereuses au regard du risque de contagion. Il faut voir le troupeau paniqué à 17H 50 se pressant devant les magasins ou dans la rue pour regagner la maison. L’objectif de cette destruction de la société de liberté? Il est bêtement et lamentablement électoraliste ou sondagier: jouer sur la peur collective et répandre l’illusion de l’action et de la fermeté. Il y a comme une extrême jubilation du pouvoir politique à mener à la baguette le grand troupeau de la majorité silencieuse apeurée. Faute de maîtriser la violence sauvage, les trafics criminels dans les cités, les bandes de voyous, les barbares et les fanatiques, une belle démonstration d’autorité sur ceux qui ont l’habitude de se soumettre est toujours bonne à prendre. L’asservissement covidesque? Ils y ont pris un goût malsain, comme un goût de domination et de puissance qui se lit sur leur visage. Ils feront tout pour le garder aussi longtemps que possible.

Maxime TANDONNET

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Le saccage de la culture

Lors d’un discours à Lyon, le 4 février 2017, le futur chef de l’Etat français déclarait: « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse ». Vaste programme… De fait une nation se définit par la rencontre de trois réalités qui se greffent sur un territoire: un peuple, un Etat et une culture (notamment sa littérature). Un peuple? En voie de décomposition sous la pression des flux migratoires sans assimilation et du communautarisme. Un Etat? Démantelé progressivement par les transferts de compétence à Bruxelles et aux juridictions, le saccage de la démocratie et la transformation de la politique en grand-Guignol narcissique. Mais il restait, comme socle de la nation, sa culture et en particulier la littérature. Or, cette dernière est désormais à son tour dans le collimateur. La langue est ravagée par diverses tentatives de sabotage dont la hideuse « écriture inclusive ». La littérature – fleuron d’une civilisation – fait l’objet d’attaques pernicieuses justifiée par la politique de nivellement à l’image de l’emblématique projet de réécriture de Molière. Par la suite, il faudra sans doute réécrire les Mémoires d’Outre-Tombe et Notre-Dame de Paris et toutes les œuvres phares de la littérature française pour les rendre plus accessibles et censurer les passages non conformes aux exigences du politiquement correct. Tandis que la France sous l’occupation allemande semblait vouée au démantèlement, Jean Guéhenno, professeur de français, écrivait au sujet de ses élèves : « Mon métier est de leur enseigner la France, la pensée française, c’est-à-dire une chose aussi solide que les Alpes ou les Pyrénées, qu’il ne dépend de rien ni de personne que la France soit autre chose que ce qu’elle est, qu’on ne peut heureusement pas changer son histoire, et que Montaigne, Voltaire, Michelet, Hugo, Renan, la gardent. » (Journal des années noires 1940-1944, Gallimard 1947). Désormais, c’est l’essence même même de la France, sa littérature dont Guéhenno pensait qu’elle constituait un rempart indestructible même face à la barbarie nazie qui est sous la menace du nihilisme.

[NB: Conseil de lecture: le Journal des années noires de Jean Guéhenno, un authentique petit bijou.] 

Maxime TANDONNET

 

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Lamentable fétichisme

Le fétichisme – ou l’idolâtrie, l’adoration d’un personnage ou le culte de la personnalité – est de toute évidence, dans le monde moderne, le degré zéro de l’intelligence en politique. Il prospère sur le terreau de l’effondrement et la décomposition. L’explosion des repères traditionnels – le  respect, la confiance et la vérité – favorise son essor. Quand les libertés publiques sont dévastées, la démocratie en lambeau, la violence et la délinquance généralisées, le chômage et la pauvreté répandus, le recours au sauveur s’impose sur les consciences. Dans un réflexe naturel, la société, déstabilisée, s’en remet à l’être providentiel ou supposé tel. Cependant, fruit de l’effroi et de la panique, volatile, déconnecté de la pensée et de la réflexion, cet instinct collectif, à l’ère de la médiatisation à outrance de la politique, est indéfiniment manipulable. Aujourd’hui, le système politico médiatique infantilise ainsi les Français à outrance et veut leur resservir des idoles médiocres et insignifiants qui n’incarnent pas autre chose qu’un vertigineux néant. Le dernier avatar de cette offensive de la crétinerie est le discours jubilatoire autour d’un héros de l’Olympe qui aurait épargné aux Français « un troisième confinement ». Rien n’est plus monstrueusement idiot. Dans un contexte d’anéantissement de la liberté par un régime d’exception (couvre-feu à 18H), de dévastation volontaire de plusieurs pans de l’économie nationale (tourisme, restauration, ski), de ruine et de désespoir pour des millions de victimes de cet arbitraire et d’écrasement de toute une jeunesse, pour un épouvantable bilan de plus de 80 000 morts à ce jour, le climat d’éblouissement autour d’un individu n’est pas seulement minable. Il est obscène.

Maxime TANDONNET

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Sciences po ou l’arroseur arrosé

La démission de M. Mion, directeur de science po Paris, accusé d’avoir été informé des actes d’Olivier Duhamel soulève de redoutables questions. Quel rapport entre ce qui lui est reproché, qui est de nature morale et personnelle voire judiciaire (sans qu’il n’ait été semble-t-il condamné ni déféré devant la justice) et le déroulement de sa mission à la tête de l’institut? La vidéo de sa confession publique devant une étudiante qui le soumet à la question est absolument fascinante. Elle fait penser à l’époque des soviets ou des gardes rouges de Mao.  De fait la démission du directeur de science po est le fruit empoisonné d’une dérive dont il est l’un des derniers responsables. Depuis deux ou trois décennies, cet ancien fleuron de l’enseignement supérieur français a été subrepticement transformé en officine ou laboratoire de la nouvelle idéologie à connotation intolérante et totalitaire. Son mode d’enseignement et ses modalités de fonctionnement donnent la part belle aux piliers de cette nouvelle idéologie : table rase, discrimination positive, indigénisme, théorie du genre. Le sélectif concours d’entrée a été supprimé afin de laisser à l’école tout loisir pour recruter des étudiants selon des critères sociaux et politiques. Ce naufrage dans l’idéologie n’a rien de fortuit. Il sert à couvrir d’un voile ultra-bienpensant et conformiste les scandales (« Richie »), la mégalomanie (investissements immobiliers ruineux), la corruption (rapport de la cour des comptes), le clanisme ou « entre-soi », l’argent fou et les détournements de fonds publics par des salaires exorbitants. L’emprise de l’idéologie sur la vie de science po n’est rien d’autre que le masque d’un authentique pourrissement. Pour avoir poussé cette logique à son paroxysme, M. Mion, devenu le gibier de potence d’un procès de Moscou ou de Pékin, en paye le prix de sa carrière et de son honneur. Mais cela va beaucoup plus loin. La belle école de jadis qui cultivait l’excellence et la performance intellectuelle avec ses grands  professeurs talentueux et un mode de sélection à la fois sévère et juste, ravagée par la corruption et transformée en officine idéologique, n’est-elle pas à l’image de la France dite d’en haut dans son ensemble?

Maxime TANDONNET

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L’empoisonnement de la démocratie française

Le débat du jeudi 11 février entre M. Darmanin, pour la majorité présidentielle et Mme le Pen candidate RN aux élections présidentielles ne peut pas être analysé comme une simple anecdote de la vie politique française. Il fut bien au contraire un événement significatif dans la préparation des prochaines élections présidentielles. Rarement, dans l’histoire politique récente de ce pays, le jeu des manœuvres politiciennes n’avait atteint un tel degré de perfection.

En effet, par un formidable contrepied historique, le contradicteur de Mme le Pen, au nom  de la majorité présidentielle, accordait pour la première fois un véritable label d’honorabilité à la présidente de ce parti en lui reprochant sa « mollesse » et son manque de « dureté ». De fait, ces formules confortaient la stratégie de dédiabolisation de Mme le Pen en balayant l’image d’extrémisme qui s’attache à ce parti depuis 50 ans.  L’objectif évident de cette étonnante pirouette: consacrer Mme le Pen comme la principale opposante officielle du président Macron, candidat à sa réélection.  En effet face à cette dernière, l’équipe dirigeante au pouvoir mise – sans doute à juste titre – sur le fait qu’une majorité de Français choisira in fine la continuité contre le risque de l’aventure et du chaos.

La candidate du RN a de son côté saisi la main tendue. Echange de bons procédés: « J‘ai lu votre livre [sur l’islamisme] avec beaucoup d’attention. Et à part quelques incohérences, j’aurais pu le signer, ce livre ».  Mme le Pen, à la stupéfaction générale, accordait ainsi à l’ouvrage d’un membre imminent de la majorité présidentielle un brevet de fermeté. Cet échange exprimait ainsi une alliance objective entre lepénisme et macronisme, les deux formations politiques du « nouveau monde », opposées à celles de « l’ancien monde » qui se reconnaissent encore dans le clivage droite/gauche.  Ces deux courants, dominants dans les sondages, consacraient ainsi une sorte de « Yalta* » de la politique française en leur faveur. M. Darmanin, se permettait même de donner des conseils à Mme le Pen pour le débat présidentiel, anticipant sur le second tour considéré comme inéluctable le Pen/ Macron en vue de la réélection probable de ce dernier.

Au-delà d’une habileté électorale indéniable et partagée, cette convergence entre les deux courants, lepénisme et macronisme, n’est pas sans fondements objectifs. Tous deux sont nés d’un reniement (l’ancien FN d’une part, le parti socialiste de l’autre). Tous deux ont développé un culte de la personnalité exacerbé excédant tout ce que la Ve République a connu en termes de personnalisation du pouvoir. Tous deux doivent leur succès au goût des provocations et des coups médiatiques. Tous deux réhabilitent des postures idéologiques exacerbées qui écrasent le monde des réalités (« mondialisme post frontières » contre « néo-nationalisme »).

Cette alliance objective porte à son paroxysme la tragédie démocratique française. Un abîme vertigineux s’est creusé entre  la confiscation de la politique médiatique nationale par le duo ainsi constitué et la réalité politique de la France profonde. Le résultat national des dernières élections municipales de 2020, en termes de rapports de forces politiques, souligne que dans ses profondeurs, le pays rejette catégoriquement l’emprise de ce nouveau cartel. Huit mois après le scrutin, les chiffres viennent (enfin) d’être rendu publics grâce à la détermination de M. le député Olivier Marleix, révélés par le Figaro. Ils sont absolument sidérants au regard du rabâche sondagier sur l’écrasante suprématie lepéniste et macroniste dans les intentions de vote.  Et, même si le contexte local des municipales doit être pris en compte, ces résultats qui portent, eux, sur un vote effectif, offrent un tout autre regard sur le paysage politique français et rebattent les cartes d’un jeu que certains présentent comme définitivement plié :

  • 2,65% à l’extrême gauche;
  • 29, 63% à la gauche;
  • 4,38% aux Verts;
  • 15,98% au Centre (dont 2,22% à LREM, le parti du chef de l’Etat);
  • 33, 71% à la droite;
  • 3,33% à l’extrême droite (dont RN).

Une droite nettement majoritaire sur le terrain, une gauche solide, LREM et RN ultra-minoritaires dans les urnes: le triomphe du « nouveau monde » ne serait-il qu’une gigantesque mystification? Les deux courants qui prétendent au monopole de la représentativité politique n’atteignent même pas à eux deux 6% des suffrages nationaux! Au-delà de la particularité locale du scrutin, la faiblesse de leurs deux scores reflète la fragilité de leur implantation dans l’opinion.

Deux univers politiques parallèles semblent ainsi coexister. Le « nouveau » où s’ébat, impérial, le tandem lepénisme/macronisme, mêle les apparitions médiatiques, les jeux de posture et les combines, le matraquage télévisuel et les manipulations sondagières. Le second, celui de la politique traditionnelle sur un axe droite/gauche subsiste, presque intact, dans les profondeurs de la vie quotidienne et des réalités de terrain. Lequel des deux l’emportera à la fin? Seuls, le niveau de lucidité et la force de caractère du peuple français en décideront. Il en va tout simplement de l’avenir de la démocratie française.

* En référence au sommet de Yalta de février 1945, consacrant le partage de l’Europe en zones d’influence.

Maxime TANDONNET

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Trappes, le grand aveuglement

A Trappes, un professeur de philosophie, M. Didier Le Maire fait l’objet de menaces, doit être protégé par la police et changer de métier pour avoir pris la défense de son collègue assassiné, M. Paty. Le maire de la ville et la municipalité ont pénétré dans le lycée pour distribuer des tracts dénonçant ses propos. Le ton médiatique général est à l’incrédulité, au scepticisme: le professeurs n’aurait-il pas une part de responsabilité? Un provocateur?  Le système politico-médiatique tend à relativiser la gravité des troubles: « aucune menace sérieuse », lit-on. Trappes, ce serait tout autre chose. De fait, l’aveuglement et la lâcheté font rage. Qu’un professeur de philosophie, sous la pression des islamistes ne puisse pas assurer son cours et s’exprimer en toute liberté et sécurité est en soi une monstruosité. Ce qui se passe dans cette commune est abject. Selon des informations de la presse (Marianne), les habitants juifs de Trappes ont dû quitter la ville en raison du climat de persécutions qui y règne, tout comme la communauté portugaise qui y était nombreuse. Les populations musulmanes qui refusent l’ordre islamiste (y compris vestimentaire) sont poussées au départ à leur tour. Cela s’appelle une épuration ethnique. Et cela se passe en France en 2021. Il n’y a aucunement matière à relativiser ni à nuancer: la tonalité générale politico-médiatique est scandaleuse. Depuis 60 ans, le pouvoir politique est coupable d’avoir laissé s’installer une telle situation qui rappelle les heures les plus sombres de l’histoire dans un climat médiatique et intellectuel dominé par l’angélisme et le déni. Rien de ce que nous voyons aujourd’hui, et surtout pas dans les gesticulations politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche et en passant pas la loi creuse dite sur le « séparatisme », pour ne pas appeler les choses par leur nom, n’est à la hauteur de cet immense et monstrueux scandale.  Solidarité totale et sans la moindre réserve à l’égard de M. Didier Le Maire, et tous les professeurs de philosophie, de français, de mathématiques, de sciences naturelles ou d’éducation physique qui subissent de plein fouet, dans leur métier et leur vie privée, l’effondrement sur plusieurs décennies d’une république comme un château de carte. Il est bien de combattre le djihadisme au Sahel. Pourquoi le laisse-t-on depuis si longtemps prospérer sur le territoire français?

Maxime TANDONNET

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Débat, hypocrisie française

Le fameux débat d’hier soir n’illustrait rien d’autre qu’une hypocrisie française. Mme le Pen, héritière de son père Jean-Marie demeure, de facto et quoi qu’elle fasse dans le sens de la banalisation apparente, un personnage fondamentalement infréquentable au regard du système médiatique, politique, judiciaire, administratif, universitaire. C’est ainsi. A côté d’elle, pour le système, M. Trump est un enfant de chœur. Et pourtant, ce même système prend un plaisir sournois à lui faire des ronds de jambe et la mettre en valeur médiatiquement par tous les moyens, à l’image du débat d’hier soir. Hypocrisie, hypocrisie… Car ce genre de duel hypocrite, de match imbécile,  ne fait pas avancer d’un iota la réflexion sur les idées et les solutions aux difficultés de la France. L’unique objectif est de renforcer la position de Mme le Pen comme opposante officielle du candidat Jupitérien, assurer sa présence au deuxième tour et ainsi, (a priori), la réélection de ce dernier.  J’ignore si ce misérable stratagème réussira. Le pays trouvera-t-il l’intelligence pour déjouer le piège, le courage et la lucidité pour balayer cette odieuse mystification? Rien de moins sûr mais il faut l’espérer de tout cœur et continuer d’y croire.

maxime TANDONNET

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La peur, outil d’asservissement

La peur est dans l’air du temps. Elle s’exprime partout, et à tout propos. Les prédictions climatiques des experts sont effroyables: 50° l’été pendant deux mois en France en 2100. On imagine aisément le tableau: sécheresse, désertification, famines… La météo qui a tant de mal à formuler des prévisions fiables à l’horizon de deux semaines connaîtrait avec précision le temps qu’il fera dans 80 ans? En 1970, avec autant d’aplomb, le Club de Rome prévoyait l’épuisement du pétrole et des matières premières dans 20 ans grand maximum… L’épidémie de covid 19 se prête à toutes les manipulations de la peur collective. Les supposés experts et scientifiques abonnés aux télévisions se livrent à une surenchère permanente : « On est au bord du précipice », hurle une savante de plateau. « La situation n’est pas inquiétante, elle est terrorisante », ajoute une autre sommité. Toute sortes de « variants » sèment la terreur, cavaliers de l’apocalypse venus d’ailleurs, anglais, sud africain, brésilien, etc. Le pouvoir politique surjoue sur le climat de peur ainsi engendré. Avec une sorte de jubilation de toute puissance, il promène l’opinion: un jour il est question de « confinement très serré » c’est-à-dire d’enfermement autoritaire et arbitraire de la population, le lendemain de confinement reporté sine die puis désormais de « possibilité de non confinement ». Pauvre pays, ainsi balloté par ses dirigeants…

Alors, pourquoi ce goût de la peur qui écrase notre époque? Comme l’explique Mme Chantal Delsol dans un article lumineux publié par le Figaro, il n’est pas d’instrument de domination ou d’asservissement plus puissant que la peur:

« La peur est un merveilleux instrument de pouvoir […] Dites à quelqu’un que sa vie est en jeu, et il vous obéira comme un esclave. Depuis l’Antiquité tous les tyrans règnent par la peur, et celle-ci forme la raison principale de ce qui n’a pas de vraie raison, à savoir la prise de pouvoir en situation exceptionnelle. C’est parce que les gens redoutent des catastrophes qu’ils se donnent des dictateurs. C’est parce qu’ils tremblent qu’ils acceptent toutes sortes de directives ahurissantes, inutiles, ou mortifères, qui autrement les auraient fait sortir de leurs gonds. Les gouvernements savent très bien tout cela, même s’ils ne sont pas faits de l’étoffe tyrannique. »

Maxime TANDONNET

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Totalitarisme en marche

Tout va dans le même sens : pensée unique dans les médias, affaiblissement des partis politiques et du Parlement, culte de la personnalité éhonté, embrigadement de la population (confinement, couvre feu, bannissement de la culture, trucage des élections, négation du suffrage universel). Et maintenant, accélération de la chasse aux intellectuels. RTL: Depuis l’automne dernier, le site internet de la ville de Marseille hébergeait une série de podcasts animés par l’historien Franck Ferrand. Intitulées « Marseille sans galéjade ! », ces vidéos évoquaient différents épisodes de l’histoire de la cité phocéenne, comme l’invention du savon de Marseille ou la peste de 1720. Mais depuis mardi 2 février, plus aucune trace de ces podcasts : la municipalité les a supprimés. « Ce n’est pas le contenu de ces podcasts qui pose problème, c’est leur auteur« , assume Jean-Marc Coppola, adjoint chargé de la culture. « Je ne souhaite pas que la ville de Marseille soit associée à ce personnage, qui porte des valeurs qui divisent« . Fustigeant les « dérives (de M. Ferrand) depuis quelques semaines et quelques mois », l’élu communiste, en fonction depuis la victoire de la liste d’union de la gauche du Printemps Marseillais, après 25 ans de règne du maire LR Jean-Claude Gaudin, a confirmé avoir pris cette décision après avoir été interpellé par des internautes sur Twitter.

Décidément, le « nouveau monde » qui émerge en ce moment est absolument répugnant.

NB: la publication d’éventuels commentaires à ce billet pour des raisons techniques risque de prendre du retard et je prie les commentateurs de bien vouloir m’en excuser.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Brejnev, l’antihéros, Andreï Kozovoï, Perrin, 2021

Léonid Brejnev est un personnage central de la deuxième partie du XXe siècle. Dans les années 1960 et 1970, il fut l’un des maîtres du monde, incarnation de « l’ogre soviétique ». Son nom même évoquait une forme du mal absolu: le totalitarisme et l’expansionnisme de l’URSS, l’imminence d’une guerre nucléaire. Cette passionnante biographie lève une partie du mystère sur un personnage dont la silhouette a si longtemps hanté les cauchemars des « hommes libres ». A l’heure où de nombreux esprits s’inquiètent d’un renaissance  de tentations totalitaires  sous certaines formes au sein même des nations occidentales, un retour sur ce phénomène et celui qui en fut pendant vingt ans l’expression même, mérite le détour.

Le mot qui s’impose à propos de Léonid Brejnev est celui de médiocrité. Né en 1906 en Ukraine, technicien des équipements agricoles, il fut avant tout un apparatchik du parti communiste auquel il adhéra à la fin des années 1920 et dont il a gravi les échelons. Mobilisé, il a fait la « guerre patriotique » en tant que colonel, sans héroïsme ni faits particulièrement signalés – contrairement à une légende mensongère. Repéré par Staline pour son orthodoxie irréprochable, son ascension dans la hiérarchie du parti communiste lui vaut d’être nommé à des postes dirigeants en Ukraine et en Moldavie. Il se place alors dans le sillage d’un autre leader soviétique: Khrouchtchev.

Marié à 21 ans, père de plusieurs enfants, Brejnev est un séducteur, un homme à femmes, un enjôleur au contact facile qui joue de son charme. Grand amateur de chasse, il n’a rien d’un intellectuel, ni d’un fanatique. Il ne lit pas, n’écrit pas, ne se passionne pas pour la théorie marxiste-léniniste et ne manifeste aucun zèle dans la répression sanglante et les épurations staliniennes. L’idéologie n’est pas son fort, encore moins le doute et la réflexion. Le secret de sa réussite tient à son conformisme impeccable et soumission à l’ordre établi. Il suit la ligne et prend du galon. En 1956, il prend part à la déstalinisation auprès de Khrouchtchev en tant que « titulaire du présidium du comité central ». Pourtant, il supporte mal le tempérament autoritaire et les manières brutales voire caractérielles de ce dernier. En octobre 1964, il prend part à une conjuration pour pousser Khrouchtchev à la démission et devient premier secrétaire du parti communiste d’URSS, c’est-à-dire premier dirigeant du pays.

Comment un régime totalitaire pourra-t-il s’accommoder d’une leader aussi terne à sa tête? « Comment peut-il y avoir un culte de la personnalité sans personnalité » s’interroge-t-on à Moscou.  Brejnev esquisse une réhabilitation de Staline dont il loue « la sagesse ». Toujours par orthodoxie, il se fait un devoir de préserver l’héritage de ce dernier, issu de la victoire de 1945. Aussi, le leader soviétique suit l’avis de ceux qui le poussent à réprimer sévèrement le printemps de Prague en 1968, cette tentative désespérée des Tchécoslovaques pour se libérer de la tyrannie communiste. Dans une logique de préservation de l’ordre établi et de « souveraineté limitée », les armées du « pacte de Varsovie » (URSS et ses satellites) interviennent pour restaurer une impitoyable dictature marxiste.

Pourtant, avec son premier ministre Kossyguine, il consacre l’essentiel de son énergie à la détente avec le monde occidental – après deux décennies de guerre froide. A ses yeux, le salut de l’URSS, y compris sur le plan économique, passe par cette politique. Brejnev établit des relations personnelles étroites et confiantes avec Georges Pompidou – la France étant à ses yeux la tête de pont privilégiée vers l’Ouest – , avec l’Allemand Willy Brandt et surtout, le président américain Richard Nixon. Brejnev vit dans la hantise permanente d’un affrontement militaire avec l’Ouest. La détente se traduit par la signature d’importants accords de désarmement nucléaire. Tel est son objectif essentiel. Les rapports de puissance l’emportent sur l’idéologie, comme en témoignent ses relations conflictuelles avec la Chine communiste de Mao, dont le sanguinaire « Grand bond en avant » – qu’il condamnefait des dizaines de millions de victimes.

La mort de Pompidou et la démission de Richard Nixon le déstabilisent. Il ne supporte pas Jimmy Carter, à compter de 1976, son idéalisme et ses « ingérences » en matière de droit de l’homme.  Le régime soviétique réprime impitoyablement tout ce qui lui tient tête : l’auteur de l’Archipel du Goulag, le grand Soljenitsyne et le physicien Sakharov, critique du système totalitaire, font l’objet de persécutions permanentes avec une poignée de dissidents.  Il s’oppose par tous moyens au départ des Juifs qui veulent s’installer en Israël. Puis sous la pression de la bureaucratie soviétique, en particulier d’Andropov, chef du KGB, il ordonne en 1979 l’invasion de l’Afghanistan, considéré comme une chasse gardée de l’URSS, sans avoir anticipé la vigueur des réactions occidentales. Sur fond de vertigineux déclin économique, l’effondrement de la détente, le boycott des jeux olympiques de Moscou par les Etats-Unis et une partie de leurs alliés précipitent l’échec de Léonid Brejnev, qui décédera deux ans plus tard.

L’échec de Brejnev signe l’échec du système totalitaire, fondé sur le culte de la personnalité, le parti unique, le bannissement du dialogue et la diabolisation de toute forme de discussion et de dissidence, le bannissement de la liberté et la sublimation de l’autoritarisme. En ces temps de grand trouble des esprits et d’incertitude sur l’avenir, puissions-nous, aujourd’hui, ne jamais oublier cette sanglante et vertigineuse faillite.

Maxime TANDONNET

 

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La com, toujours la com

12 principes d’une belle communication par temps d’épidémie:

  • Noyer les échecs dans un climat d’autosatisfaction permanente, ne jamais reconnaître ses fautes : sur les masques, les tests, les vaccins, les places en réanimation, le désastre économique et social ;
  • Principe d’irresponsabilité: un dirigeant ne se trompe jamais et il n’assume jamais (démission, révocation exclues quelles que soient les défaillances);
  • Monopoliser la parole, saturer l’espace médiatique parler sans cesse pour recouvrir d’un flot verbeux l’impuissance et faire taire les voix discordantes;
  • Diaboliser toute parole dissidente, toute critique d’une gestion de crise, en la traitant de « complotiste »; nouveau terme qui se substitue aux classiques « réactionnaire », « populiste », « fasciste »;
  • Donner le tournis, le vertige, semer le désarroi, la confusion et l’angoisse, brouiller les pistes en brandissant chaque semaine des nouvelles et des annonces contradictoires par des acteurs différents;
  • Brandir sans cesse la menace du pire, « le confinement », châtiment suprême,  signe de toute-puissance – à tout moment nous avons les moyens de vous boucler à domicile – en compensation de l’impuissance quotidienne;
  • Infantiliser, traiter les gens comme des imbéciles irresponsables (« soyez raisonnables, petites gens, pour les fêtes et les vacances ») et marquer ainsi le clivage entre les dirigeants et les dirigés ;
  • Désigner des boucs émissaires (restaurateurs, saisonniers des stations de ski, commerçants, artistes et comédiens) dont la persécution sera perçue comme un remède expiatoire (« ces pelés, ces galeux! »)
  • Répandre périodiquement la peur avec des prophéties hystériques et mensongères (centaines de milliers de morts inévitables), un parfum d’apocalypse, puisque la peur soumet;
  • Ne jamais reculer devant l’aberration et l’absurdité bureaucratique  pour donner l’illusion de la fermeté: obligation de porter le masque dans la rue, couvre-feu à 18H, ou stations de ski fermées*;
  • Privilégier toujours l’impression immédiate, s’affranchir de tout sens des responsabilité face à l’avenir (montagne de dettes qu’il faudra bien rembourser un jour);
  • La table rase ou balayer sans vergogne, en s’appuyant sur la peur, les valeurs et les principes d’une civilisation, les libertés individuelles et publiques, l’Etat de droit et la démocratie.

* Au prétexte minable que les blessés du ski risquent d’encombrer les hôpitaux, alors que le ski fait 9 fois moins de blessés que le football et le rugby qui ne sont pas interdits et que l’immense majorité des blessures (entorses, foulures) sont bégnines ne nécessitant pas d’hospitalisation lourde.

Maxime TANDONNET

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Démence totalitaire

Le Monde 2 février: Le conseil des écoles de San Francisco a décidé, mardi 26 janvier, de débaptiser quarante-quatre établissements qui portaient des noms illustres mais désormais sujets à controverse : George Washington, Thomas Jefferson, James Madison et même Abraham Lincoln […] Un tiers des écoles de la ville vont changer de nom. Parmi les bannis : les pères fondateurs de la République qui possédaient des esclaves, les conquistadors ou missionnaires espagnols, les oppresseurs et racistes de tout poil. Mais aussi des figures contemporaines comme la vénérable sénatrice démocrate Dianne Feinstein, maire de San Francisco de 1978 à 1988. « On ne devrait pas donner des noms de personnalités aux écoles, a résumé le conseiller Kevine Boggess. C’est faire des héros de simples mortels. Il faut que la manière dont nous décidons des noms de nos écoles reflète nos véritables valeurs. »

En Californie, le naufrage dans la démence totalitaire s’accélère. La ville de San Francisco a décidé de débaptiser un tiers de ses établissements scolaires dont les noms déplaisent au politiquement correct, jugés esclavagistes, antiféministes ou racistes. A ce compte, la plupart de nos écoles, collèges et lycées devraient subir le même sort. Montaigne, Jules Ferry, Gambetta: à la trappe. Après le déboulonnage des statues, la table rase franchit une étape supplémentaire: désormais, il n’est plus question d’opérations isolées et ponctuelles mais d’une décision officielle, en bonne et due forme. Rien n’est plus étrange que la manière dont, en quelques décennies, la démence totalitaire a gagné les démocraties et le pays qui incarnait celles-ci dans la première moitié du XXe siècle: l’Amérique. Les régimes totalitaires, soviétique, fasciste, national-socialiste, avait pour priorité de gommer tout ce qui leur était antérieur, l’histoire, la littérature, les personnalités historiques pour bâtir un « homme neuf », apuré de la culture et des références intellectuelles, dès lors indéfiniment manipulable. Nous sommes désormais dans cette même logique, partie de l’Amérique, qui gagne inéluctablement le vieux continent, dans la passivité, l’indifférence voire la complaisance. Sans doute la noyade du monde occidental dans la haine de soi est-elle le signe le plus symptomatique de son déclin.

Maxime TANDONNET

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Covid 19: bouleversement de la hiérarchie planétaire

Le classement ci-dessous sur la gestion de la crise du covid 19, réalisé par un institut parfaitement sérieux et respectable, est riche en enseignements. Il met en lumière le désastre de la politique française, comme si la crise du covid 19 était révélatrice d’un spectaculaire déclin, dont le mode d’exercice du pouvoir, fondé sur le culte de la personnalité, la transformation de la politique en spectacle narcissique, en frime exacerbée et la grandiloquence stérile, a probablement sa part. Globalement, il souligne la réussite des petits Etats par rapport aux grands empires. Il met l’accent sur l’avantage des système respectueux des libertés sur les dispositifs bureaucratiques (malgré des exceptions). Il bouleverse la hiérarchie mondiale de la puissance en montrant la réussite de pays supposés émergents ou sous-développés sur certaines grandes puissances. Et si le monde de demain était en train de naître dans ce classement? Un monde dans lequel la France, grâce à ses brillants dirigeants et son sublimissime régime jupitérien, dont les Français sont supposés être si fiers, ne jouera plus qu’un rôle marginal. NB: cette étude ne semble guère passionner les grands médias radio-télé…

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« 98 pays du monde ont été scrutés de près par l’Institut Lowy de Sydney afin de désigner ceux qui ont le mieux géré cette pandémie de Coronavirus. Alors, à votre avis, quels sont les bons et les mauvais élèves ?

En haut de ce classement, on retrouve sans surprise la Nouvelle-Zélande. En décidant notamment de fermer ses frontières dès le mois de mars 2020, le pays a réussi à maîtriser l’épidémie sur son territoire. À ce jour, la Nouvelle-Zélande (qui compte 5 millions d’habitants) enregistre seulement 2 290 cas de Covid-19 et 25 décès. La Première ministre Jacinda Ardern a d’ailleurs décidé de maintenir les frontières du pays fermées. « Compte tenu des risques dans le monde et de l’incertitude quant aux campagnes internationales de vaccination, nous pouvons nous attendre à ce que nos frontières soient affectées sur une large partie de l’année. » a-t-elle déclaré.

Selon l’Institut australien, d’autres pays ont eux aussi su adopter la bonne stratégie face à la pandémie. Ainsi, derrière la Nouvelle-Zélande, figurent le Vietnam, Taïwan, la Thaïlande, Chypre, le Rwanda, l’Islande, l’Australie, la Lettonie et le Sri Lanka.

À l’inverse, quels sont les pays situés dans le bas de ce classement ? Tout en bas, on retrouve le Brésil, qui enregistre à ce stade plus de 220 000 morts. Le pays est suivi de près par le Mexique, la Colombie, l’Iran et les États-Unis.

Et la France ? Selon l’Institut Lowy de Sydney, l’hexagone se situe à la 73e place de ce classement. 

Quant à la Chine, qui enregistre officiellement 88 804 cas de Covid-19 et 4 635 décès depuis le début de la crise, elle ne fait pas partie de ce classement, par manque de données disponibles, selon l’institut.

Alors, sur quoi s’est basé l’institut pour réaliser ce classement ? Six critères au total ont été pris en compte parmi lesquels les cas confirmés de Covid, les décès ou encore les dispositifs de dépistage.

Mais, comme l’explique l’Institut Lowy, « certains pays l’ont mieux géré (la crise sanitaire, ndlr) que d’autres, mais la plupart des pays ne se sont distingués que par leurs mauvais résultats ». « En général, les pays ayant une population plus faible, des sociétés cohésives et des institutions compétentes sont favorisés pour faire face à une crise mondiale telle qu’une pandémie », précise le rapport. »

Maxime TANDONNET

 

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Réflexion: les limites du « quoi qu’il en coûte »

Le slogan Quoi qu’il en coûte, fondement de la politique gouvernementale en matière de covid-19, porte en lui même sa propre contradiction. Il signifie que l’objectif de sauver un certain nombre de vies, ne souffre aucune limite. Tout est permis à la puissance publique  à cette fin. Cependant cet impératif se heurte à une limite inévitable, une absurdité au sens philosophique :  jusqu’où faut-il détruire des vies – ou la vie –  pour sauver des vies?  « Qui a appris à mourir, il a désappris à servir » selon la célèbre formule de Montaigne. « La conscience qui tombe dans l’esclavage a préféré la vie à la liberté […] C’est seulement en risquant sa vie qu’on conquiert la liberté » (Hegel, Morceaux choisis 2, Idées NRF p. 18 et 22). Entre 1914 et 1918, 1, 5 million de Poilus, jeunes Français de 18 à 40 ans, ont donné leur vie pour une chose dont ils jugeaient qu’elle prévalait sur cette vie. Les résistants de 1940 à 1944 savaient que leur engagement contre l’Allemagne hitlérienne, le fascisme et la collaboration les exposait à une mort presque certaine: l’honneur, la liberté, prévalaient sur leur vie. Car la vie n’a de sens que dans la dignité et la liberté. La vie vaut elle la peine d’être vécue dans un monde qui sacrifie délibérément la vie de millions de petits patrons, de commerçants et de restaurateurs, des étudiants, des artistes et des gens de la culture, du théâtre et des cinémas? La vie vaut elle la peine d’être vécue dans le monde du couvre-feu, où il est interdit de sortir de chez soi après 18H, où la bureaucratie sanitaire peut, à tout moment, vous emprisonner à domicile comme des criminels? Vous interdire de marcher seul dans la forêt, sur une plage, de skier ou d’entrer dans une librairie? La vie vaut elle la peine d’être vécue dans une monde privé des voyages, et du droit absolu à l’évasion par-delà les frontières, les mers et les continents? La vie vaut elle la peine d’être vécue dans un pays d’où le travail – source de l’indépendance – sera marginalisé, et d’endettement gigantesque, synonyme de soumission individuelle et collective? Tout cela serait-il provisoire? Mais non! Un précédent est ouvert et la menace désormais perpétuelle dans le nouveau monde. L’impératif absolu de préserver des vies conduit au sacrifice de la vie, à la mort, par le désespoir, la dépression et le suicide de masse. Vous aviez le choix entre l’esclavage et la liberté. Vous avez choisi l’esclavage. Vous aurez l’esclavage et la mort.

Maxime TANDONNET

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Une victoire fragile, mais victoire quand même

L’Elysée a tranché: pas de troisième confinement pour l’instant. Do you remember? En début de cette semaine, ce troisième confinement était quasiment  acquis. Le JDD, si proche du pouvoir, l’annonçait sans ambages: « Reconfinement, une question de jour ». Le porte-parole du gouvernement pointait la perspective d’un « confinement très serré », c’est-à-dire, en bon français, très sévère.  La peur rodait. Les différents ministres et les « médecins de plateau » se bousculaient dans la panique pour claironner qu’un confinement était devenu strictement indispensable, inévitable pour éviter l’apocalypse, l’hécatombe. Même des leaders de l’opposition, emportés dans le grand élan de conformisme béat, se vouaient à leur tour à la fatalité du grand confinement (ils sont tombés dans le piège.)  Un bêlement national, unanimiste, oppressant, couvrait toute velléité de voix discordante (dont celle de la courageuse et lucide députée Martine Wonner).  Si le pouvoir a reculé, c’est parce que la résistance s’est organisée à la base, notamment sur les réseaux sociaux, à l’image du hashtag lancé par des médecins généralistes. Nos billets des 15, 16, 19, 22, 24, 25, 26, 28, 29 janvier, dénonçant, à contre-courant du matraquage officiel et du grand bêlement hystérique, l’abomination d’un éventuel reconfinement, largement diffusés, repris à des dizaines de milliers d’exemplaires sur FB, twitter et linkedIn, parfois transformés en articles de presse grâce à Figaro Vox (pôle de résistance),  ont-ils pris une part, même infime, même dérisoire, dans ce dénouement? Les vagues qui déferlent sont faites d’une infinité de gouttes d’eau. Non, ce n’est pas à l’honneur du pouvoir politique d’avoir, pendant une semaine, soufflé le chaud et le froid et martyrisé notre pauvre pays en jouant avec ses nerfs et ceux des plus sinistrés : les commerçants et restaurateurs, gens du tourisme, du sport et du spectacle, dont la vie est saccagée, ruinée, les étudiants réduits à de gigantesques files d’attente pour survivre par l’aide alimentaire – une honte absolue. Mais ne boudons pas notre plaisir, même précaire, même provisoire, même très incomplet: pour une fois, la bêtise a reculé et le bon sens a gagné.

Maxime TANDONNET

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Confinement, un autre discours

Il me paraît urgent, vital, crucial, d’appeler l’attention de tous les lecteurs ou visiteurs de ce site sur la remarquable interview du docteur Gérald Kierzek, urgentiste, publiée ce matin dans le Figaro Vox, pour l’honneur de la médecine et la dignité des Français et la survie de notre pays.

Brefs extraits: « Ce qui m’agace, c’est le discours anxiogène permanent, laissant croire que l’hôpital ne pourra soigner les Français ; donnons-lui les moyens plutôt que de regarder passivement des courbes d’hospitalisation monter. Idem pour les courbes de tests d’ailleurs: on gère une épidémie de courbes de tests positifs au lieu de gérer un nombre de patients. Tous les médecins de terrain, généralistes en particulier, et les données de surveillance épidémiologiques comme le Réseau Sentinelles , montrent un plateau haut de cas mais pas de débordement justifiant une panique, accentuée par des modèles mathématiques ne prenant pas en compte la contagiosité et dangerosité en vie réelle puisqu’ils se fondent uniquement sur le taux de reproduction et pas l’immunité. Et je ne parle pas des variants ou «mutants» qui alimentent cette peur inutilement[…]

Le confinement est une mesure radicale et moyenâgeuse. Si vous enfermez tout le monde, vous diminuez bien sûr la transmission mais de manière temporaire. Vous enfermez le virus au sein des familles, ce qui n’empêche pas les contaminations intrafamiliales ou dans des clusters (EHPAD, lieux de soins,…) et les décès des plus fragiles. Mais surtout au déconfinement, quand vous soulevez le couvercle, la tendance repart et sans mesure visant à éradiquer le virus, les épisodes de confinement-déconfinement deviennent cycliques avec le fameux stop-and-go. »

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Feue, Madame la démocratie française (pour Atlantico)

Le groupe LREM à l’Assemblée Nationale a décidé de mettre fin à la mission d’information sur le Covid, devenue commission d’enquête, au motif qu’elle a atteint les six mois d’existence. Cela témoigne-t-il d’une volonté d’affaiblir les outils de contrôle du parlement envers l’exécutif ?

Cela fait partie d’un ensemble, d’une vision monolithique du pouvoir, de la société. Tout ce qui fait de l’ombre, tout ce qui gêne, tout ce qui s’oppose doit être éliminé. La démocratie, le pouvoir du peuple et ses libertés sont considérés comme des obstacles à l’exercice de l’autorité verticale. Qu’une commission parlementaire puisse vouloir faire la clarté, dire la vérité sur le traitement politique de la crise du covid-19 est jugé inadmissible. Donc la commission d’enquête est supprimée. Cela va dans le sens de la marginalisation du parlement, sa suspension de fait. Depuis l’entrée en vigueur du quinquennat, il y a une vingtaine d’année, l’alignement du mandat des députés sur celui du chef de l’Etat, l’Assemblée nationale est considérée comme une annexe de l’Elysée. Il faut donc aller au bout de cette logique, achever ce qui bouge encore. C’est un calcul de court terme.

L’efficacité que prône la majorité se fait-elle au détriment de la démocratie et des corps intermédiaires, en particulier en temps de crise sanitaire ?

Ce qui se passe est hallucinant, donne le vertige. Dans cette logique verticale, les corps intermédiaires et tout obstacle à l’autorité élyséenne doivent être affaiblis voire effacés. Cela concerne le parlement, mais aussi les médias dans leur ensemble, dont la mise au pas se poursuit, les collectivités territoriales, fortement affaiblies par les coupes budgétaires. Tout cela semble tourné vers un seul but, la réélection de 2022. Une logique de parti unique, d’idéologie officielle, d’effacement ou de dissimulation de la vérité et de tout débat d’idées, un culte de la personnalité à outrance. Qui pouvait imaginer la tournure que prendrait la France du XXIe siècle ? Mais bien sûr, cette dérive est le signe d’une fragilité dramatique, l’autre face de l’impuissance publique. Cet invraisemblable raidissement est le fruit des échecs du politique dans la lutte contre le chômage, la pauvreté, l’insécurité, le respect de la loi, la dette publique, la désindustrialisation, la maîtrise des frontières et une vertigineuse impopularité.  La crise sanitaire n’a fait qu’amplifier cette dérive. L’autoritarisme est le signe d’un profond malaise et de la peur des milieux dirigeants qui ne supportent plus la critique parce qu’ils savent qu’elle est fondée.

 

Dans ce contexte, comment doit être analysée l’annonce de Jean Castex de faire appel à un vote du parlement pour un éventuel reconfinement ? Est-ce une prise de conscience ou une stratégie politique ?

Un mélange des deux je dirais. D’une part, on ne peut nier la possibilité d’une prise de conscience qu’un exécutif, enfermé, isolé dans sa tour d’ivoire, otage des « médecins de plateau » (ou médiatiques) marche à l’abîme. Mais d’autre part, le calcul est évident. Le prolongement indéfini de l’état d’urgence sanitaire permet au gouvernement de prendre des décisions restreignant les libertés publiques sans l’accord du Parlement. C’est la méthode qui a prévalu jusqu’à présent. Alors pourquoi solliciter le Parlement dès lors que toutes les dispositions ont été prises pour l’écarter de la prise de décision ? L’exécutif se retourne soudain vers lui pour lui faire assumer partiellement un choix extrêmement difficile aux conséquences vertigineuses : un troisième confinement. On est toujours dans une logique d’instrumentalisation à outrance. En outre, l’intention politique n’est sûrement pas absente et le piège évident envers le Sénat : si vous dites oui, vous êtes embarqués avec nous, si vous dites non, vous êtes irresponsables. Le Sénat peut s’en sortir en proposant une politique alternative fondée sur la prévention, la confiance dans la nation et le respect de ses libertés fondamentales. Ce serait une manière de retourner le piège.

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Discussion avec une femme de médias

Hier, échange avec une connaissance que je n’avais pas revue depuis des années et qui partage l’essentiel de nos idées, personnalité influente, haut placée dans un grand média audio-visuel national. Rien de vraiment nouveau sous le soleil, mais cela confirme ce que l’on pressent du côté de certaines radios et télévisions…

  • Elle: Nous sommes en ordre de bataille pour la réélection du président Macron l’an prochain. Il n’y a plus que cela qui compte. C’est la consigne implicite, mais impérieuse.
  • Moi: consigne de qui?
  • Des actionnaires bien sûr! C’est eux qui nous financent. Nous n’existons que par eux. Sans eux nous disparaissons. Comment faire autrement?
  • Quel intérêt pour eux?
  • C’est une logique de coterie, de réseaux d’amis fondés sur des intérêts croisés, relations, des secrets protégés.
  • Cela me fait penser à l’affaire Duhamel-Kouchner-Pisier… Le Siècle, science po.
  • Si vous saviez comme cette affaire les terrorise. Coller des rustines un peu partout pour éviter qu’elle n’éclabousse encore plus largement et ne cause des dégâts irrémédiables.
  • Enfin, cette réélection, ce n’est pas gagné…
  • On y met les moyens qu’il faut : flagornerie à outrance, sondages biaisés, dissimulation, étouffement des nouvelles ou statistiques embarrassantes, et autres informations compromettantes.
  • Oui, mais est-ce que cela suffit?
  • Pour l’instant cela fonctionne comme prévu. Impératif essentiel: valoriser au maximum Mme le Pen avec son RN pour assurer sa présence au second tour des présidentielles, l’arme secrète de la réélection.
  • Le pari est risqué…
  • Peut-être, mais c’est un risque maîtrisé. Dans un duel en tête-à-tête, sur 15 jours, un lourd matraquage tous azimuts permet de tenir presque à coup sûr le résultat voulu.
  • Mais enfin, vous ne pouvez rien faire contre cela?
  • Impossible, je me marginaliserais totalement, je disparaîtrais…
  • Vous devriez écrire un livre de témoignage. Ce serait un succès.
  • Possible, à condition de changer de métier.
  • Moi, je dis depuis longtemps que le système est complètement pourri, à un degré inimaginable.
  • Tellement d’accord avec vous!
  • Il faut en finir avec cette logique de gourou élyséen, réhabiliter la démocratie, parlementaire et référendaire, un parlement, un gouvernement digne de ce nom et responsable!
  • Inconcevable. Ils ne voudront jamais. Gourou élyséen? Sur le choix d’un visage, d’une posture, l’émotion collective est indéfiniment manipulable. Et tout cela permet de noyer le débat d’idées.
  • Aux élections nationales, rien ne se passe jamais comme prévu.
  • Oui, mais là, ils ont tellement fait le vide autour…
  • Des personnalités honnêtes, cultivées, intelligentes et pourvues d’un minimum de sens de l’Etat, on devrait en trouver dans ce pays!
  • Mais qu’est-ce que vous croyez! C’est nous les médias qui décidons d’exposer, de promouvoir et de mettre en valeur, d’attribuer une existence publique!
  • Et alors?
  • A terme, maintenir la vie politique sous le couvercle d’un niveau de médiocrité absolue est une garantie de disposer des mains libres!  C’est pourquoi le système du gourou élyséen est tellement crucial et que personne ne veut y toucher!

Maxime TANDONNET

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Les dangers d’un éventuel troisième confinement

Le pouvoir politico-médical tâtonne. Un jour, il est question de « confinement serré », quelques heures après, d’un confinement sans fermeture des écoles… Les indicateurs chiffrés sur lesquels il se fonde au quotidien ne disent rien de l’essentiel: ce grondement sourd, dans les profondeurs du pays, que l’épaisseur des murs des palais dorés empêche d’écouter. De fait, un troisième confinement serait infiniment plus dangereux – explosif – que les précédents. Après le psychodrame des masques, la succession de deux confinements et déconfinements, plusieurs couvre-feu, à 20 puis à 18 heures, le pataquès des vaccins, par-delà tous les sondages truqués, la confiance populaire est brisée. Dans ses profondeurs, le pays pense que ses dirigeants ne savent pas où ils vont. Surtout, la peur, source de la soumission et de la servilité, a fortement reculé. L’an dernier, l’effet surprise de l’ inconnu a tétanisé la France. Mais les uns et les autres s’habituent à tout, y compris à la mort qui rode sur la planète. Le terreur du virus s’est estompée (à l’exception des personnes à risque) presque par habitude. Même les prédictions apocalyptiques assenées quotidiennement effrayent de moins en moins. Le courage, face à un risque faible ou mesuré ce qui le différencie de l’inconscience, est de nouveau dans l’air. Avec lui, le goût de la liberté est en train de renaître. Quand elle est présente, nul ne s’en aperçoit. mais quand elle est saccagée, martyrisée, sacrifiée, son absence fait mal; et avec le goût de la liberté, celui de la résistance. La France – comme ailleurs en Europe – est dangereusement déchirée, entre les anciens qui réclament toujours plus de protection et les jeunes jetés dans l’enfer du désœuvrement, de l’exclusion, souvent de la misère et la solitude, qui exigent désormais le droit de vivre. Cette déchirure  est porteuse de tous les dangers. La crise sanitaire et la succession des mesures restrictives a ressuscité la classe des parias. Les petits commerçants, les restaurateurs, les gens de la culture, du sports, des stations de ski, du tourisme, les étudiants dont la formation est dévastée, n’ont plus rien à perdre. Ruinés, accablés, méprisés, désespérés, privés, non pas seulement de leurs moyens de vivre, mais pire, de leur raison de vivre : combien sont-ils? Des dizaines de millions. Ils forment désormais un lumpenproletariat du covid-19 dont la détresse et le malheur constituent le carburant inflammable d’une révolte. Enfin, au total, l’absence de toute perspective, l’impression que le jeu des confinements et déconfinements, stérile, inefficace sur le long terme, peut durer encore des années, alimentent un désespoir collectif. Ce ne sera pas faute de l’avoir dit et d’avoir prévenu: la situation est explosive et il ne manque plus que l’étincelle.

Maxime TANDONNET

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Sondage présidentielles, le grand flou (pour Atlantico, avec M. Bruno Cautrès))

En vérité, les nouvelles ne sont vraiment bonnes pour personne. La première place de Mme le Pen avec 26% des intention de vote est en trompe-l’œil. Déjà, en 2010-2011, des sondages de premier tour la donnaient en tête (devant M. Strauss Kahn) avec un score de ce genre. En dix ans, rien n’a changé. Cet immobilisme du niveau des intentions de vote en sa faveur est stupéfiant et témoigne d’une impressionnante stagnation de son potentiel électoral, malgré le contexte délétère qui devrait profiter à un parti protestataire. Avec 26% au premier tour, une victoire de Mme le Pen au second tour est quasiment impossible. Elle ne dispose d’aucune réserve de voix, ni chez les électeurs de M. Bertrand ou Mme Pécresse, et encore moins à gauche. La dédiabolisation est largement factice et le plafond de verre plus solide que jamais malgré une impressionnante exposition médiatique. Quant au président Macron, oui, 24% peuvent suffire à le faire réélire mais c’est un score médiocre pour un chef de l’Etat en fonction, qui témoigne d’un haut niveau de défiance touchant les trois/quarts de l’électorat. L’effet légitimiste dont il devrait bénéficier dans le contexte d’une crise sanitaire épouvantable, semble ne jouer qu’à la marge. Ce niveau de 24%ne garantit en rien le succès (sauf s’il est opposé au second tour à Mme le Pen). Au premier tour de 2012, le président Sarkozy faisait 27% et il a perdu au second.

  • La candidature d’Anne Hidalgo ne convainc pas, le RN monte mais n’explose pas et Macron stagne : existe-t-il un chemin pour permettre à la droite de se qualifier pour le second tour de la présidentielle?

Tout d’abord, il est essentiel de comprendre que rien n’est joué d’avance. Depuis 2017, le monde a été bouleversé par la crise du covid-19. Tous nos repères ont été balayés. En outre, une vertigineuse crise financière et économique se profile à l’horizon, un séisme dont nul ne peut encore prévoir les conséquences politiques. Dans ce contexte de chamboulement radical de la société, l’anomalie, ce serait, cinq ans après, un parfait statu quo électoral et la reproduction à l’identique du scénario de 2017. D’ailleurs, historiquement, chaque élection présidentielle réserve des surprises de premier tour par rapport aux pronostics. De fait, tout peut basculer extrêmement vite. Le meilleur candidat de droite dans ce sondage, M. Bertrand, est à 16%. Si un candidat de droite parvient à gagner 5 points sur l’un des deux co-leaders de ce sondage, la donne électorale se trouve profondément transformée. Or, une partie de l’électorat de droite qui soutient encore Macron (environ un quart de cet électorat), n’attend que la présentation ou l’officialisation d’une candidature crédible à droite pour revenir au bercail. Rien n’assure que cela va se produire, mais rien ne permet non plus de l’exclure. En langage sportif, la droite est en position d’outsider pour le premier tour. En quinze mois, tout est possible, tout est ouvert. D’autant plus que selon d’autres sondages, 80% des Français ne veulent en aucun cas d’un nouveau duel Macron-le Pen. Au fond, il suffirait que l’électorat se mette en cohérence avec lui-même pour balayer cette perspective.

  • Les hypothèses Pécresse et Bertrand ne semblent pas fédérer autant que la candidature de François Fillon en 2017. Si la droite veut l’emporter, quel type de candidat doit-elle mettre en avant ? Qui peut réellement porter les espoirs de LR ?

Dans le pays domine une gigantesque défiance face au politique, le sentiment que les politiques ont fait naufrage dans la vanité et les calculs personnels au détriment du bien commun. Les Français ont le sentiment de vivre une ère de grande mystification ou tout n’est que manipulation, posture, communication au détriment de l’action au service de l’intérêt général. L’enjeu, pour un candidat de droite, c’est de trouver les paroles et les gestes qui permettent de restaurer un lien de confiance avec la nation. Il doit réussir à convaincre qu’il se positionne en serviteur de la vérité et du pays et non en demi-dieu narcissique. Il lui incombe de persuader une majorité de Français de sa volonté de toute mettre en œuvre pour apporter des réponses aux préoccupations et aux souffrances des citoyens, en matière de chômage, de pauvreté, de services publics, de démocratie, de sécurité ou de maîtrise des frontières. On ne gagne jamais une élection présidentielle sur la précision et l’exhaustivité d’un programme, mais sur une image, une sensation collective, une ligne générale plutôt qu’une plate-forme détaillée. C’est le mot confiance qui est au cœur de la reconquête.

 

 

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Lecture: les maréchaux de Staline, Jean Lopez, Lasha Otkhmezuri, Perrin, 2021

Ils sont dix-sept, dix-sept maréchaux de l’Union soviétique nommés par Staline dont le rôle fut déterminant dans l’histoire du XXe siècle. C’est à ceux-là que nous devons pour une grande part l’effondrement militaire de l’Allemagne hitlérienne. Parmi eux « se trouvent quelques-uns des plus grands soldats du siècle passé ».

L’ouvrage Les maréchaux de Staline se compose de dix-sept portraits, sous forme de récits biographiques, de ces personnalités qui ont bouleversé le cours de l’histoire. Ce livre unique, passionnant, souligne ce qu’ils ont en commun: un curieux mélange d’opportunisme et de fanatisme, une brutalité inouïe, notamment envers leurs propres hommes. Il met en valeur ce qui les distingue, en particulier le niveau du génie militaire et parfois les oppose dans de terrifiantes querelles d’ego. Tout cela se déroule sous la menace d’impitoyables représailles du Vodj, maître de la vie et de la mort.

Vorochilov, « ouvrier, serrurier-monteur de profession, sans la moindre éducation militaire », est le premier d’entre eux. Issu d’une famille misérable, révolutionnaire dans la mouvance de Lénine, il est un ami proche de Staline, dont il partage la chambre lors de congrès politiques. Il prend part à la guerre civile contre la Russie blanche comme commandant, avec des résultats mitigés et, après la mort de Lénine, à la répression des trotskystes. Puis avec le soutien de Staline,  il cumule les plus hautes responsabilités militaires dans la Russie soviétique: commissaire à la défense, président du conseil militaire révolutionnaire. Pourtant, « sa paresse est avérée, de même que son peu d’intérêt pour la fonction ». Parfait courtisan, il développe le culte de la personnalité de Staline dans l’armée. En novembre 1935, il devient le premier maréchal de l’Union soviétique. Puis, son étoile pâlit en raison de sa tiédeur lors de la grande terreur et l’épuration de l’armée soviétique. Il doit s’en confesser: « Mon flair s’est émoussé, ma capacité à reconnaître les ennemis s’est émoussée. » Sa disgrâce est terrible: « Le visage de Vorochilov s’assombrit de souffrance. » Elle s’aggrave à la suite de ses échecs en Finlande et dès le début de la « grande guerre patriotique » contre l’Allemagne hitlérienne, ayant refusé de prendre un commandement que lui confiait Staline. Elle s’achève par une marginalisation de celui qui ne doit probablement d’avoir gardé la vie sauve qu’à son ancienne amitié intime avec Staline.

Toukhatchevski, « l’enfant prodige de l’armée rouge », est dans une toute autre situation.  Grand échalas d’une vigueur peu commune, excellent cavalier, il descend d’une famille de l’aristocratie russe. Cultivé, parlant le français, brillant étudiant, il entre à l’académie d’infanterie de Moscou à l’époque du Tsar, puis il commence la Grande Guerre avec le grade de sous-lieutenant dans un régiment d’élite. Prisonnier de guerre, il intrigue ses co-détenus par sa grande beauté, sa sobriété et son exaltation, méprisant « l’argent, Dieu et le Tsar ». Rallié au bolchevisme en 1918, il se distingue par sa dureté  dans le déroulement de  la guerre civile: il crée un tribunal militaire révolutionnaire et fait fusiller en masse les soldats qui reculent sans ordre. Dès lors, protégé de Lénine, chargé de la répression de la révolte des marins mutins de Kronstadt, son ascension dans la hiérarchie militaire est vertigineuse. Apôtre du mouvement et de la vitesse, visionnaire, il publie en 1921 « stratégie nationale et stratégie de classe ». En 1925, fort de ses victoires dans la guerre civile (où il aurait utilisé des gaz  de combat), Toukhatchevski, est nommé à la tête de l’état-major par Staline. Cependant, il s’expose dangereusement par sa liberté de parole et de critique. « Je vous ai déjà exprimé mes considérations » écrit-il sur un ton insolent à Vorochilov. Il continue à publier, se passionne pour « les nouvelles questions sur la guerre » et les armes de l’avenir notamment le radar. Il propose un plan colossal de développement de l’armée soviétique qui sidère Staline en personne: « Je ne m’attendais pas à ce qu’un marxiste puisse perdre les pédales à ce point… » Cependant, en 1931, il est promu chef de l’armement et lance avec succès un gigantesque effort de développement des équipements militaires. Quand il est nommé maréchal, son sort est toutefois déjà scellé. De par sa compétence, son intelligence, ses succès et son charisme, il fait de l’ombre au Tsar rouge qui le redoute. Accusé d’espionnage au profit de l’Allemagne nazie, de dérive droitière, de tentation bonapartiste, il est arrêté le 22 mai 1937 par le NKVD et doit confesser ses crimes, avant d’être fusillé le 11 juin.

Joukov, le plus célèbre des maréchaux soviétiques, considéré comme le vainqueur militaire de la Deuxième guerre mondiale est un autodidacte, issu d’une famille paysanne misérable. Mobilisé en 1915, il sort de la première guerre mondiale avec le grade de sergent. Plutôt apolitique, il rallie le parti bolchevique. « Qu’il ait pu voir dans la carte du parti l’outil d’une élévation sociale ne contredit pas la sincérité de sa conversion au bolchevisme » estiment les auteurs. « Praticien intelligent, brutal, doué d’une volonté de fer », il se montre perfectionniste à l’extrême, allergique au désordre et au laisser-aller qui alors, caractérisent l’armée rouge. Son comportement dans la guerre civile, puis sur le front de Mongolie contre l’armée nipponne lui vaut une ascension fulgurante dans la hiérarchie militaire. Froid, impassible, cruel envers ses subordonnés, parfaitement discipliné, il profite de l’élimination des généraux pendant la « grande terreur » pour monter en grade, nommé général d’armée le 2 juin 1940. En décembre 1941, il bat la Wehrmacht aux portes de Moscou, sauvant la capitale soviétique. « Représentant personnel de Staline », il intervient sur tous les fronts. Son rôle est déterminant dans la victoire de Stalingrad (opération Uranus), puis celle de Koursk, la plus grande bataille de chars de l’histoire,  qui fait basculer l’issue de la Deuxième Guerre mondiale. Le 30 avril 1945, c’est lui qui plante le drapeau soviétique à Berlin sur le Reichtag dévasté.   Par la suite, son culte de la personnalité atteint un tel niveau en URSS (un portrait réalisé par Pavel Dimitrievitch, inconographe en cour au Kremlin le représente en Georges le Victorieux, protecteur de la Russie), que sa disgrâce aux yeux de Staline devient inéluctable. En 1948, il est envoyé dans le district militaire de l’Oural. Après la mort de Staline en 1953, Joukov prendra part à la déstalinisation de l’URSS aux côtés de Khrouchtchev et s’efforcera d’obtenir la réhabilitation des soldats victimes des épurations staliniennes.

Koniev se présente comme l’alter ego de Joukov. « Dans la pâture stalinienne, il y avait deux taureaux […] Ils se ressemblaient. Par le physique d’abord: un crâne rasé, une mâchoire de dogue, un poitrail puissant, une résistance physique hors du commun. » Lui aussi est issu d’une famille de paysans pauvres. Son parcours dans l’armée rouge est similaire à celui qui n’est son aîné que d’un an.  Cependant il se différencie de ce dernier par le choix de l’artillerie, et non de la cavalerie, et par le suivi d’une formation militaire poussée. Plus idéologique, il cumule les fonctions de commissaire politique et celles de commandant. Lui aussi se distingue en Mongolie dans la guerre contre l’empire nippon. Apprécié de Staline, dont il répercute scrupuleusement la violence, il se montre d’une férocité inouïe envers ses subordonnés: là où Joukov se contente d’insultes et de menaces, lui les brutalise physiquement : « Je vais vous dire autre chose. Koniev a parfois battu un coupable avec un bâton. Quand je lui en ai parlé, il m’a répondu ceci: mieux vaut pour lui qu’il soit frappé au visage plutôt que transféré au tribunal, car là-bas, ils le fusilleront. » Défaites et victoires se succèdent. Il est au cœur des grands batailles de Stalingrad et Koursk. Puis, en avril 1945, il se heurte violemment à Joukov pour être le premier, à la tête de ses armées, à entrer dans Berlin. Staline en personne, après avoir joué avec les nerfs des deux hommes et exacerbé leur rivalité, tranche en faveur du premier. Par la suite, Joukov et Koniev ne cesseront de se haïr et de s’affronter dans une guerre de la mémoire.

Les treize autres portraits (Boudienny, le Murat rouge, Egorov, l’oublié de l’histoire, Bliukler, le Sibérien, Timochenko, le perdant, Chapochnikov, le conseiller, Koulik, l’erreur de distribution, Vassilevski, le fils de pope, Govorov, le poids du passé, Rokossovski, l’à moitié polonais, Malinovski, El Coronel Malino, Tolboukine, le maréchal inconnu, Meretskov, le rescapé, Sokolovski, maréchal par raccroc) sont tout aussi fascinants. Ce livre est bien plus qu’un ouvrage d’histoire militaire ou politique mais le récit éblouissant d’une épopée où se mêlent les passions humaines les plus extrêmes, la dévotion courtisane, la terreur permanente, la médiocrité insigne, comme le génie visionnaire.

Maxime TANDONNET

 

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Parler avec respect

Voici un fort joli texte de l’acteur Niels Arestrup, qui reflète ce que beaucoup d’entre nous ressentent. Il est tellement juste que je prends la liberté de le reproduire ici. [Dès lors qu’il circule librement cette reprise me semble a priori régulière…]

 « Je suis à la fois déçu et choqué par la façon dont on nous parle. Je parle des politiques et des scientifiques. Je crois que les Français sont drôlement gentils. Depuis pratiquement une année, ils font tout ce qu’on leur demande, ils font tout ce qu’ils peuvent.. Et quand j’entends hier une information qui venait de l’Académie de Médecine, proposant aux gens qui sont dans le métro, à 7h du matin, de ne pas parler parce que ça risque de faire des postillons… Quand on dit cela aux gens, il faudrait leur parler avec respect, leur expliquer, et ne pas leur donner des ordres aussi brutaux. On se demande si on va être reconfinés, si on va retourner à l’étable manger du foin et on va dormir, et puis, peut-être, dans quinze jours, ou trois semaines, on sortira dans le pré pour manger un peu d’herbe… C’est pas une vie. Il faut être gentil avec les gens qui vivent ça et qui acceptent ça. Ce ne sont pas des procureurs, se sont surtout des victimes. » Niels Arestrup

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Cet étrange troisième confinement

Le reconfinement annoncé est le fruit d’une pression quotidienne depuis plusieurs semaines des « médecins de plateau » (ou médiatiques). Les chaînes d’info en continu se sont substituées à la tribune de l’Assemblée nationale et les médecins de plateau (de télévision) ont remplacé les députés et sénateurs élus par la nation. En quelques mois, ce qu’il restait de la démocratie française a été aboli au profit d’une sorte de despotisme sanitaire. Mais il y a pire: le porte-parole de ces médecins de plateau n’est autre que le président du Conseil scientifique, c’est-à-dire le conseiller du gouvernement. Il est à la fois à la source de la peur engendrée et au cœur de la décision qui résulte de ce climat. Comment faire mieux dans le mélange des genres? Cette peur obsessionnelle qui désormais guide les comportements de la classe dirigeante est mauvaise conseillère.  Le pays fait naufrage dans l’aveuglement et l’absurdité. Si un troisième confinement est proclamé, cela signifie que les deux premiers ont échoué. Pourquoi persévérer dans l’erreur? L’enfermement profite au virus tandis que le grand air lui est fatal. Alors au nom de quelle logique s’obstiner à vouloir enfermer – par la contrainte bureaucratique –  l’ensemble des Français dans des prisons à domicile? Pourquoi persévérer avec un supposé remède qui ne fait qu’aggraver le mal à l’image des saignées de jadis? Le désespoir n’a-t-il pas pour effet de fragiliser les corps face à la maladie? Les médecins de plateau qui ont pris le pouvoir en France répandent la peur et mettent le pays en coupe réglée, passent à côté d’un volet essentiel du sujet: l’effondrement de l’économie et de la société française, l’abolition des libertés, la destruction sadique de la vie des commerçants, des restaurateurs, des gens du sport, du tourisme et de la culture, l’anéantissement d’une génération de lycéens et d’étudiants, la déferlante de dépressions et de suicides.  Le cocktail de la médiatisation à outrance, du dévoiement de la science à des fins d’asservissement et du vertige de la toute-puissance est explosif. La compétence issue de leur formation, la vocation, la mission des médecins est strictement, uniquement, exclusivement de soigner leurs patients Il n’ont aucune légitimité pour déterminer le destin d’une nation, se substituer au peuple et à ses représentants élus au suffrage universel, et l’entraîner dans une violente spirale de destruction et le malheur.

maxime TANDONNET

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Reconfinement/attestation de sortie: qui imagine?

Qui imagine Jeanne d’Arc, remplissant sa petite attestation, pour être autorisée à sortir de chez elle? Qui imagine du Guesclin, remplissant sa petite attestation, pour être autorisé à sortir de chez lui? Qui imagine Montaigne, remplissant sa petite attestation, pour être autorisé à sortir de chez lui? Qui imagine Charlotte Corday, remplissant sa petite attestation, pour être autorisée à sortir de chez elle? Qui imagine Bonaparte, remplissant sa petite attestation, pour être autorisé à sortir de chez lui? Qui imagine Gavroche, qui imagine Dantès, qui imagine Julien Sorel remplissant leur petite attestation, pour être autorisés à sortir de chez eux? Qui imagine Arthur Rimbaud (« l’homme à la semelle de vent »), remplissant sa petite attestation, pour être autorisé à sortir de chez lui? Qui imagine Jules Vallès, remplissant sa petite attestation, pour être autorisé à sortir de chez lui? Qui imagine Albert Londres, remplissant sa petite attestation, pour être autorisé à sortir de chez lui? Qui imagine Clemenceau (le Tigre), remplissant sa petite attestation, pour être autorisé à sortir de chez lui? Qui imagine mes lycéens et étudiants  du 11 novembre 1940, remplissant leur petite attestation, pour être autorisés à sortir de chez eux? qui imagine Charles de Gaulle (celui qui a dit « non »), qui imagine Simone Weil (la philosophe), qui imagine Jean Moulin, Honoré d’Estienne d’Orves, Pierre Brossolette, Henri Frenay, Berthie Albrecht, Emmanuel d’Astier,  remplissant leur petite attestation, pour être autorisés à sortir de chez eux? Qui imagine Albert Camus, remplissant sa petite attestation pour être autorisé à sortir de chez lui? Et Jacques Kerouac?

Maxime TANDONNET

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Manipulation sondagière

En janvier,  Macron et Castex voient leur popularité baisser

En janvier,  Macron progresse

Deux titres, deux sondages. Le même jour, deux sondages, sur le même sujet, parviennent à des conclusions strictement opposés sur la popularité du couple exécutif. Dans l’un (RTL) elle baisse de 3 points. Dans l’autre JDD elle monte de 2 points dans une sorte d’apothéose jubilatoire de la presse majoritaire et des commentateurs (alors que l’autre ne retient l’attention de personne…) La sondagite quotidienne est l’une des formes les plus répugnante de la manipulation de masse. Elle témoigne du tempérament servile et lèche-bottes d’une partie (dominante) des médias français, mais aussi, leur soumission à la propagande officielle. Nous n’avons plus vraiment, comme jadis, une presse de sensibilité à gauche et une presse plutôt conservatrice, mais des médias dans l’ensemble particulièrement lèche-bottes face à d’autres, minoritaires, qui expriment une tentation critique. Aucun sondage justement, ne nous révèle la part des Français qui sont dupes de cette manipulation des consciences et celle des réfractaires. Tant de mensonge, tant de malhonnêteté, tant de bêtise fait mal…

Maxime TANDONNET

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Lecture: Darlan, la fin d’une énigme, Geoffroy d’Astier de la Vigerie, éditions Jourdan 2020

Geoffroy d’Astier de la Vigerie est le petit-fils de l’un des principaux protagonistes de l’affaire Darlan: François d’Astier. Grâce à de nombreux documents  et témoignages inédits, il apporte un regard neuf sur les événements qui ont bouleversé le cours de la Deuxième Guerre mondiale sur la rive sud de la Méditerranée, entre novembre 1942 et janvier 1943.

Avec beaucoup de talent, dans un livre passionnant et riche de révélations, l’auteur fait la clarté sur une tragédie mal connue dont les conséquences ont été cruciales pour l’avenir de la France. Il revient sur l’épopée des trois frères d’Astier de la Vigerie, trois grands résistants sous des engagements différents: François, général d’aviation, l’un des principaux commandants de l’armée de l’air en 1940, ayant rallié le général de Gaulle à Londres; Henri, royaliste et nationaliste; Emmanuel fondateur de l’un des réseaux de résistance en zone non occupée, Libération (dont il est peu question dans ce récit).

Au centre de la tragédie se trouve la colère de François d’Astier envers l’amiral Darlan. Ce dernier, à la tête de la flotte française, clame en juin 1940 qu’il refuse la fatalité de la défaite et s’apprête à poursuivre la guerre: « Comme grand amiral de la Flotte, je m’y refuserai [à l’armistice] avec la dernière énergie, la flotte continuera le combat. »  Cependant, il change son fusil d’épaule et accepte un poste de ministre dans le gouvernement formé par le maréchal Pétain. « Comment, vous faites partie de la coalition gouvernementale qui a demandé la capitulation? Je croyais que vous pensiez que c’était une trahison? – Je le pensais comme amiral, mais maintenant, comme ministre de la Marine, les choses pour moi ont changé d’aspect. » Par la suite, devenu le bras droit du maréchal en 1941, Darlan s’engage dans une politique collaborationniste avec l’Allemagne hitlérienne incluant des clauses militaires.

[Eternelle tragédie de l’ambition et de l’ivresse du pouvoir qui conduit au reniement, à l’aveuglement puis à l’irréparable.]

Ulcéré par cette volte-face, François d’Astier, rallié à la France libre, parle désormais de « liquider » Darlan. Ce n’est pourtant pas lui, le grand père de l’auteur, qui s’en est chargé, mais son frère, Henri.

Ce dernier, à l’automne 1942, à Alger, est à la tête d’une conjuration de cinq hommes, dits « les Cinq », pour organiser, en liaison avec Murphy, un diplomate américain, un débarquement des alliés en Afrique du Nord (placée sous l’autorité du régime de Vichy).

Quand celui-ci (opération Torch) survient, le 8 novembre 1942, l’amiral Darlan se trouve par hasard en Algérie. Bien qu’il ait ordonné au nom du gouvernement de Vichy aux forces françaises sur place de combattre le débarquement allié, c’est lui que, par commodité, les Américains désignent comme chef politique et militaire de la France en Afrique du Nord. Pour les résistants de toute obédience, notamment les Cinq, cette désignation est illégitime et insupportable.

Henri d’Astier, tout en étant en charge des questions de police dans l’équipe qui entoure à Alger l’amiral Darlan, organise une conjuration avec l’aide d’un prêtre, l’abbé Cordier et plusieurs personnalités royalistes, pour porter au pouvoir le comte de Paris, dans l’optique d’une restauration monarchique. Ce dernier se prête à l’opération en des termes ambigus: « Non pas en prétendant, mais en rassembleur de tous les Français d’Afrique du Nord ». Pour cela, il faut liquider Darlan qui refuse toute idée de démission.

François d’Astier se trouve en Algérie à la même période, en tant qu’envoyé du général de Gaulle. Il est certes informé des projets de son frère mais n’y prend pas directement part. Lui-même, tout comme les Américains et les Britanniques, n’envisage pas une solution consistant à porter au pouvoir le comte de Paris entouré de de Gaulle et Giraud et encore moins à plus long terme, la restauration de la monarchie.

L’assassinat de Darlan, le 24 décembre par le jeune Bonnier de la Chapelle, exécuté quelques heures plus tard, est ainsi le fruit d’une opération monarchiste dans lequel les gaullistes n’ont pas trempé même s’ils en ont été les bénéficiaires. En effet, à la suite de cet événement aux conséquences titanesques, rien ne s’est passé comme prévu. Le comte de Paris, privé des soutiens sur lesquels il comptait, a renoncé. L’assassinat a ouvert la voie, non pas à la restauration de la monarchie, mais à l’avènement du général de Gaulle et de la France combattante.

Voici un livre limpide qui fait la clarté sur des événements d’une rare confusion, bien écrit et remarquablement documenté. Je le recommande aux passionnés de cette période.

Maxime TANDONNET

 

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66 millions de procureurs?

M. le président a parlé hier à propos des Français d’une nation de « 66 millions de procureurs ». Il déplorait ainsi un esprit critique face à la politique du gouvernement en matière de covid-19. Jadis, sur le même mode, il les avait qualifié de « Gaulois réfractaires ». Ces déclarations sont souvent rapprochées d’une autre, prêtée à de Gaulle, selon laquelle « les Français sont des veaux ». La différence, c’est que le le Général n’a probablement jamais affirmé une chose pareille, surtout en tant que chef de l’Etat. Cette citation n’a aucune source nulle part. Peut-être a-t-il proféré des paroles plus ou moins approchantes en privé, nul ne le sait, mais aucun écrit, aucun discours public ne comporte (à ma connaissance) ces mots qui proviennent de récits. Le Général président de la République, n’avait aucune raison d’invectiver le peuple dont il se concevait comme l’incarnation. D’ailleurs, le gaullisme (originel) est avant tout synonyme de respect du peuple en tant qu’entité collective. Le Général avait comme principe fondamental de se retirer si la confiance était brisée. Il l’a fait en 1969. Aujourd’hui, les Français souffrent dans leur dignité de nation, ballotés depuis un an par les ordres, contre-ordres, les menaces et les mesures liberticides, les catastrophes bureaucratiques et les mensonges avérés. Une vaste partie du pays est jetée dans la ruine, l’humiliation du désœuvrement et le malheur (étudiants, restaurateurs, commerçants, saisonniers des stations de ski, artistes). Le sentiment général est d’ailleurs bien plus à la résignation qu’à la contestation. N’empêche: il leur est demandé de se taire. Procureurs ou victimes?

Maxime TANDONNET

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Le nouveau monde totalitaire

Un dessinateur du Monde, M. Xavier Gorce, a été poussé à la démission à la suite d’un dessin qui a déplu aux idéologues de la société transgenre, le journal du soir ayant présenté ses excuses pour cette publication. L’interdiction du rire est le signe patent du glissement dans le totalitarisme comme le prouvent tous les exemples de l’histoire. On ne riait pas sous régime soviétique, l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie, la Chine de Mao ou l’Etat islamique daesh. Et nous y allons tous droit. Sous l’impact de l’idéologie dominante, l’humour est en voie d’abolition, tout comme la liberté de parole. C’est un climat général, un air du temps, une ambiance. Mon papier dans  Figaro vox relatif au bannissement du ski, relève la tentation liberticide qui s’exprime en ce moment, visant à embrigader les consciences: interdictions des marches en forêt et sur les plages au printemps dernier, fermeture administrative des librairies en octobre, bannissement des musées, des cinémas, et des théâtres ou salles de concert, désormais, prohibition du ski alpin qui sublime la liberté individuelle au contact direct de l’espace infini. Sous l’impact de la peur, peur de l’épidémie, peur de la mort, une chasse impitoyable à la vie intérieure, à la pensée libre, au plaisir de vivre se déroule en ce moment. Nul ne sait combien de temps va durer le covid-19, des années peut-être, qui seront suivies d’autres crises, d’autres épidémies. Un précédent a été ouvert. Il ne se refermera pas de sitôt. La liberté est en train de mourir assassinée, dans l’aveuglement général (ou la complaisance) et le totalitarisme de renaître sous d’autres oripeaux.

Maxime TANDONNET

 

 

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La république obséquieuse

Dans une interview du 11 janvier dernier, M. JPC déclare qu’il « ne voit personne pour battre Emmanuel Macron en 2022 […] un homme dont chacun s’accorde à reconnaître l’intelligence et l’audace ». Quelques semaines auparavant, il avait tenu les mêmes propos au Parisien. « Je ne vois personne, etc. » Ces déclarations interpellent car elles reflètent un discours totalement banalisé dans les cercles influents ou dirigeants du pays. A l’écouter, les élections de 2022 n’ont même pas lieu d’être. Pourquoi se donner la peine d’organiser un couteux scrutin, dès lors que tout est plié, le résultat acquis par avance, du fait d’une intelligence supérieure ? Tout ceci est révélateur du désastre démocratique français, qui ne se situe pas, essentiellement, dans les institutions, mais dans l’état d’esprit général. L’intelligence supposée ou le génie présumé d’untel ou untel n’est pas la question. Tout ce qui compte, à propos d’un dirigeant, candidat à sa réélection, c’est sa contribution effective au bien commun. Quel est le bilan concret de son mandat? Par rapport au programme sur lequel lui et sa majorité ont été élus: quelles réformes réellement accomplies? quelle influence de la France dans le monde? Quel niveau de prospérité et de confiance de la population? Quelle évolution de la dette publique, du chômage, de la pauvreté, de la délinquance et de la violence? Quelle cohérence d’ensemble et quels résultats globaux dans le traitement de la crise sanitaire? Quant au découplage entre bilan présidentiel et celui du gouvernement, il n’est pas recevable: c’est le chef de l’Etat et lui seul qui choisit son entourage et donc entièrement responsable de ce dernier.  Voilà tout ce qui doit compter. Le reste, les supputation sur l’intelligence, l’audace, le charme, etc, relèvent de la pure obséquiosité… et de la crétinisation générale, il faut hélas le dire.

Maxime TANDONNET

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Montagne interdite

Parmi les décisions les plus invraisemblables intervenues depuis le début de la crise sanitaire, l’interdiction d’accéder aux plages et aux forêts en mars/avril, la fermeture des librairies en octobre/novembre et aujourd’hui, le bannissement de la montagne. Ces mesures n’ont, de fait, aucun rapport avec l’épidémie. A qui fera-t-on croire que skier sur l’immensité du manteau neigeux, dans l’espace infini des Alpes ou des Pyrénées est plus contaminant que de s’entasser dans le métro? C’est tout le contraire: le grand air des sommets, comme chacun le sait, donne des forces et de la vigueur pour lutter contre les maladies. Alors pourquoi le ski interdit? Parce que le ski, comme les voyages, comme la lecture, comme le cinéma, comme la marche solitaire sur les plages ou dans la forêt, comme tout ce qu’ils ont voulu interdire, est une source d’évasion. Dans l’immensité blanche et l’ivresse de l’altitude, l’homme est en communion avec le vent, les nuages et le soleil. Il se confond avec le ciel. Aucun pitre mégalomane, aucun clown ou clownesse narcissique, aucun donneur de leçon liberticide, aucun rabâcheur pervers ne s’aventure sur les sommets. L’asservissement, la bêtise et la lâcheté ne survivent pas au-delà de 1200 mètres d’altitude. Une chose les dérange: ces dernières poches de liberté – et de bonheur – qui échappent à leur contrôle. Voilà pourquoi ils nous interdisent le ski. Cette politique de pénitence collective est censée compenser et faire oublier l’une des pires faillites de ce dernier demi-siècle. Mais patience, patience dans l’azur: tout cela se paiera.

Maxime TANDONNET

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