De l’enfant-citoyen au citoyen-enfant

Hier, le président Macron a consacré deux heures au Grand Débat sur le climat avec des enfants dans une salle de classe. Dans l’histoire des présidents de la République, le fait est, semble-t-il, sans précédent. Que doit-il inspirer au regard de l’esprit de la politique française? Un enfant de 10 ans – il suffit de se souvenir – n’a pas (sauf exception peut-être…) de maturité politique. Il est entièrement dépendant de ses parents sur tous les plans. Il vit dans l’émotion de l’instant – et n’est-ce pas d’ailleurs la richesse sacrée de l’enfance? Il ne dispose ni de l’expérience de la vie sociale – études, travail -, ni du bagage intellectuel (histoire, littérature, philosophie) qui lui permet de disposer d’un esprit critique. Il n’a pas encore été (sauf exception), confronté à la notion de responsabilité. Il est dès lors indéfiniment manipulable. L’idée de débattre avec des enfants de 10 ans marque une étape supplémentaire, même discrète, dans l’évolution du régime. Elle souligne le glissement de la vie publique dans la logique de la communication: l’enfance comme argument de campagne. Mais surtout, elle traduit un phénomène venu des entrailles du monde moderne: la naissance du citoyen-enfant. Symboliquement, en s’adressant à des enfants dans le cadre d’une séquence médiatisée, le chef de l’Etat, parle à tous les Français. Il s’exprime devant des citoyens-enfants, un peuple enfant. Il n’est plus question de l’écouter ni de l’entendre, sinon pour la forme, mais de l’éduquer, comme on éduque un enfant. C’est-à-dire, lui donner des leçons, lui enseigner où sont le bien et le mal. Voici un signe supplémentaire, s’il en fallait, que l’esprit de la démocratie est mort et que nous sommes entrés, ou retournés, dans l’ère des manipulation de masse. Mais peut-être que dans cette affaire le pire de tout tenait à la couverture médiatique de cet épisode. Les chaînes de télévision et de radio communiaient dans un même unanimisme exalté. Pas l’ombre d’une réflexion critique devant cet exercice de propagande exploitant l’image de l’enfance. Dans quel pays sommes nous?

Maxime TANDONNET

Publicités
Publié dans Uncategorized | 39 commentaires

Européennes, du « bon » usage du RN (ex-FN)

PARIS (Reuters) – Faire un score supérieur à celui du Rassemblement national aux élections européennes : tel est l’objectif premier que se fixe Nathalie Loiseau, qui doit être désignée mardi à la tête de la liste La République en marche-Mouvement démocrate (LaRem-MoDem) pour le scrutin du 26 mai. Mme Loiseau a donc fixé à sa liste, comme première mission, de « battre le RN » aux élections européennes. Elle pointe ainsi une vérité permanente de la vie politique française depuis au moins 30 ans : le RN (ex-FN), comme ultime bouée de sauvetage d’un système politique en cours d’anéantissement.  Se donner comme objectif suprême de battre le RN/FN, même avec (peu importe) un score dérisoire pour un parti présidentiel de 23% (soit 10%) de l’électorat, une abstention record de 60%, permet en effet d’esquiver ou de faire passer au second rang les graves sujets de l’heure, ceux qui font mal: un chômage record de 5 millions de personnes, qui s’aggrave au regard des performances de nos voisins, la pauvreté galopante (8 millions de pauvres), la crise migratoire européenne, les massacres du terrorisme islamiste  en Europe, la situation algérienne, la dette publique de 100% du PIB, le matraquage fiscal record dans le monde occidental, l’absence cruciale, radicale, de toute réforme sérieuse depuis des années dans notre pays, la désintégration politique du continent européen, le naufrage de la politique française dans le grand-guignol narcissique, l’effondrement du niveau scolaire et intellectuel. Voilà donc à quoi sert le RN/FN. Mais cela n’a rien de nouveau! Quand le parti socialiste même rebaptisé LREM est en plein désarroi, depuis des décennies, il invoque le RN/FN comme épouvantail pour faire oublier les problèmes. Priorité absolue, « faire bloc contre le FN » proclamait déjà Mme Edith Cresson en mai 1992, à la veille d’élections régionales désastreuses. « Il ne reste donc qu’à agiter l’épouvantail Le Pen » commentait à ce sujet Elisabeth Schemla (Edith Cresson, une femme piégée, Flammarion 1993). Presque 30 ans plus tard, la politique française en est toujours à agiter l’épouvantail le Pen, cet extraordinaire pilier du régime. Et pendant ce temps, pendant cet effrayant surplace français, le monde bouge et se transforme.  LREM ou RN/FN, comme le monde médiatique et le matraquage sondagier nous somment de choisir?  Seule réponse possible: la bêtise, elle ne passera pas par moi.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 40 commentaires

André Tardieu, homme d’Etat

Ma réflexion sur André Tardieu me ramène toujours à une question centrale: pourquoi le système politique français ne produit plus d’hommes d’Etat, visionnaires, talentueux, engagés pour l’intérêt général? En tout cas, pourquoi ne leur permet-il pas d’accéder au plus haut niveau? Il crée des surdoués de la communication, des acteurs, des manipulateurs de l’opinion publique, mais pas des hommes d’Etat sur le modèle d’André Tardieu. La IIIe République avait de terribles défauts mais elle a su produire une poignée de personnages passionnés de la France et de son destin. Tel ne semble plus être le cas de la Ve dans sa version des années 2010. L’évolution de la société et le déclin de la nation au profit de l’individualisme explique en partie ce  phénomène. Sans doute assistons nous aussi à un recul du prestige de la fonction politique. Qui parmi les plus doués de la nouvelle génération, intellectuellement, moralement, aurait idée aujourd’hui de s’engager en politique? Donc, la place est prise par d’autres, le plus souvent dans le cadre d’une cooptation clanique ou familiale qui n’encourage pas les beaux esprits à suivre cette voie – sauf exception bien entendu. Le régime présidentialiste aggrave le désastre. Largement fondé sur le conditionnement de l’opinion publique par les grandes chaînes nationales de radios et télévisions en faveur d’un personnage qui leur convient ou leur ressemble, par son image et son idéologie, au prix de l’affaiblissement de toutes les autres sources de l’autorité politique (gouvernement, Parlement, collectivités), il favorise tout à la fois la médiocratie et le déchirement de la nation. En tout cas, ma biographie provoque un net frémissement d’intérêt dans la presse et une partie des médias (en dehors de « majors ») qui me réjouit, pour la réussite de l’ouvrage et surtout pour la mémoire si injustement malmenée d’André Tardieu. Après le Point, les Echos, le Figaro littéraire , le Figaro Magazine et le Figaro Vox, France Inter, la chaîne histoire, l’Histoire (« coup de cœur » du mois de mars), Histoire et Civilisation, Sud-Ouest, Radio J, Storia Voce, Radio-Notre-Dame, Radio chrétienne francophone (RCF), et beaucoup d’autres, voici le Monde, par la plume prestigieuse de Gérard Courtois qui rend compte fidèlement de ce livre. Qu’il en soit remercié de tout cœur.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 20 commentaires

Chaos d’en bas, chaos d’en haut…

Que penser des images monstrueuses de ce samedi, le Fouquet’s en flammes, les Champs Elysées dévastés? le déchaînement de violences? Le chaos visible n’est sans doute que l’infime partie émergée de l’iceberg. Il traduit la crise de l’autorité, le discrédit absolu d’un pouvoir, résultat de la transformation de la politique en une lamentable pitrerie narcissique et le saccage de l’intérêt général. Le chaos « d’en bas » n’est rien d’autre que le  reflet du chaos « d’en haut », politico-médiatique. Il est difficile d’imaginer à quel point ces scènes immondes donnent une image honteuse de la France. Quelques centaines de voyous du blackbloc et des casseurs ravagent les Champs Elysées et la (soi-disant) cinquième puissance industrielle au monde n’est pas capable, depuis 4 mois d’en finir avec ces phénomènes minables, répugnants? L’équipe au pouvoir est sans aucun doute définitivement discréditée. Qu’est-ce qui vient après? Le monde médiatique se déchaîne, comme jamais, pour vendre à la France le lepénisme comme anti-solution  providentielle. A toute heure du jour et de la nuit, allumez votre poste de télévision, vous tombez sur du lepénisme à haute dose, jusqu’à l’obscénité, l’absurdité. Avec le lepénisme, autre facette du néant narcissique,  comme unique opposition, il est absolument certain, quel que soient l’effondrement du régime et la généralisation du chaos, chaos d’en haut, chaos d’en bas, que le statu quo prévaudra et que nous aurons la même équipe, la même idéologie de l’ultra narcissisme destructeur au pouvoir, encore des années voire des décennies. Tenter de ranimer l’étincelle de l’espérance, au plus profond de l’abîme du ridicule où nous avons sombré, c’est bien l’enjeu des mois et des années à venir…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 56 commentaires

« Vous n’avez pas le choix »

Le clip de campagne de LREM en vue des Européennes est fascinant tant il illustre le naufrage de la politique française dans la vulgarité et l’abêtissement. Il est censé opposer « ceux qui haïssent l’Europe », à ceux qui l’aiment. Il est fondé sur la volonté d’enfermer la politique entre le bien LREM et le « mal nationaliste ou populiste », à l’exclusion de toute autre alternative. Le film oppose des images d’apocalypse censées illustrer le mal absolu face à l’avenir radieux.  Une formule résume tout le contenu de cet hallucinant exercice de propagande: « Vous n’avez pas le choix ». A quoi sert-il donc d’aller voter? Autant supprimer les élections puisque « vous n’avez pas le choix »? De fait, il correspond à la perfection à la tournure de la vie politique française autour de l’exaltation idolâtre d’un individu.  Culte de la personnalité, propagande fondée sur la caricature et la peur, négation radicale du choix démocratique, « vous n’avez pas le choix », c’est-à-dire, pour la première fois sans doute, reconnaissance officielle de la pensée unique. Il s’en dégage une étrange impression de fanatisme et de ridicule mélangés. Les auteurs de ce clip et ceux qui l’ont approuvé, se rendent-ils compte de ce qu’ils font et de l’idéologie qu’ils véhiculent? Franchement, ce n’est même pas sûr… Nous atteignons un niveau de bêtise et d’inculture historique et politique sans équivalent dans l’histoire de la politique française.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 51 commentaires

André Tardieu et la fracture démocratique

Ci-dessous ma tribune sur André Tardieu, publiée vendredi dans Valeurs Actuelles comme présentation de la biographie qui lui est consacrée.

Le 26 avril 1938, retiré depuis trois ans sur sa « montagne » de Menton, offrant un panorama somptueux sur la Méditerranée, meurtri par son expérience de la politique et se consacrant à son oeuvre littéraire, André Tardieu écrivait à Jacques Bardoux: « Pour ma part, je suis convaincu de travailler pour une échéance de pas moins de quatre-vingts ans ». Etrange prémonition: huit décennies plus tard, le parcours et la pensée du « Mirobolant », sont plus que jamais d’actualité.

Brillant intellectuel parisien, diplomate, haut fonctionnaire, éditorialiste au Temps dans les années 1910, personnage haut en couleur, imprévisible, blagueur, épicurien, amateur de champagne, de littérature, de musique et de voyages, amant de l’actrice Mary Marquet, adulé par ses amis et ses collaborateurs, il s’est engagé en politique avec la volonté d’œuvrer en faveur de l’intérêt de la France. Poussé par ses mentors, Clemenceau, puis Poincaré, élu député du Territoire de Belfort en 1926, il a accompli une ascension fulgurante, ministre et trois fois président du Conseil, en 1929, 1930 et 1932.

Ennemi des compromis, de forme comme de fond, d’un caractère compliqué, capable de mépris et de moquerie envers ses adversaires, détesté par le parti radical, ses projets se sont constamment heurtés à l’hostilité de ce dernier, en particulier son programme de grands travaux pour faire face aux conséquences de la crise de 1929, bien avant le New Deal de Roosevelt, et son plan de paix présenté à la conférence de Genève de 1932, visant à neutraliser le réarmement de l’Allemagne.

Pourquoi donc Tardieu nous parle-t-il encore aujourd’hui?

Indigné par l’instabilité gouvernementale inhérente à la IIIe République, dont ses cabinets furent deux fois victimes, il plaçait au premier rang de ses priorités la réforme de l’Etat, préconisant notamment de faciliter l’exercice de la dissolution afin de dissuader les chambres de censurer le gouvernement à la légère. Pour ses propositions, non conformes à la doxa républicaine d’alors, il fut insulté, traité de dictateur et de fasciste. Sans doute fut-il, l’une des personnalités les plus calomniées et injuriées de l’histoire politique française.

Sa critique des institutions de la IIIe République demeure, paradoxalement, d’actualité. Sa pensée a profondément inspiré le général de Gaulle dans sa conception de la Ve République et telle qu’elle a fonctionné à ses débuts. Toutefois, le régime politique français a, depuis, renoué avec les pires travers que Tardieu dénonçait déjà de son temps: scandales à répétition, emprise des intérêts particuliers sur l’intérêt général, obsession vaniteuse de la réélection. Tardieu condamnait le « despotisme » de la Chambre et préconisait un équilibre entre les pouvoirs exécutif et législatif. Le régime actuel des années 2000, fondé sur le narcissisme élyséen, noyant toute autre source d’autorité dans une débauche de communication, encore plus impuissant et inefficace que la IIIe République à régler les grands problèmes de la France, n’eût pas davantage recueilli sa faveur – malgré une apparence de la stabilité qui traduit surtout l’irresponsabilité.

Ulcéré par l’aveuglement et le pacifisme de la France « d’en haut » des années 1930 face au péril hitlérien, ce grand visionnaire écrivait dès novembre 1933: « Il nous arrivera quelque jour de nous retrouver à Paris sous le même régime qu’à Berlin, avec la bâtonnade, les camps de concentration, l’antisémitisme, les lois de stérilisation [et alors], la nuit de la servitude aura tôt fait de s’étendre sur toute l’Europe continentale ». Après avoir violemment fustigé la succession de lâchetés et de reculades de tous les gouvernements à partir de 1935, en particulier les célèbres accords de Munich de septembre 1938, au rebours de l’euphorie pacifiste, il écrivait en mai 1939, quatre mois avant le début de la guerre, une lettre ouverte au Führer – ignorée de nos jour –, l’accusant de fourberie, de démence sanguinaire et lui prédisant sa défaite finale.

Tardieu nous a donné ainsi l’exemple de ce que devrait être un homme d’Etat, tourné vers les intérêts stratégiques de la Nation, face aux périls d’une époque, plutôt que sur les tribulations électorales et l’obsession de se maintenir à tout prix au pouvoir.

Ami du philosophe et prix Nobel Henri Bergson, Tardieu voulait, par ses écrits, « redonner à la France un supplément d’âme ». Il fut avant tout le penseur de la fracture démocratique. Son oeuvre maîtresse, Le Souverain captif, fustige en 1936 la confiscation de la souveraineté par une caste dirigeante immuable au détriment du peuple qu’il a appris à connaître et à aimer en partageant avec lui la souffrance des tranchées (1915-1916). Sa diatribe contre la Révolution française et les excès du jacobinisme lui ont valu une étiquette de réactionnaire. De fait, il voyait dans la Terreur la conséquence du mot d’ordre de Rousseau, « Nous les forcerons à être libres », source des systèmes totalitaires.

Sa critique fondamentale des régimes dits républicains issus de la Révolution, tient à l’hypocrisie qui consiste à brandir solennellement les grands principes – liberté, égalité, fraternité, souveraineté – pour les fouler aux pieds avec le plus parfait cynisme. Un exemple: le scandale absolu, à ses yeux, de l’exclusion des femmes du droit de vote, qui était l’un des piliers de cette république radicale, redoutant l’influence des « curés » sur la gent féminine. Se référant aux exemples suisse et américain, Tardieu préconisait le recours au référendum, y compris d’initiative populaire, destiné à rompre avec une logique de mépris des gens. « Les Français ne sont pas moins intelligents que les Suisses ou les Américains » souligne-t-il. Comment être plus actuel?

Après six longues années de vie dans un état végétatif à la suite d’un AVC, Tardieu s’est éteint à Menton le 15 septembre 1945, dans la souffrance, la solitude et un oubli total, subissant de plein fouet les lois éternelles de la médiocrité, de la jalousie et de l’ingratitude.

Maxime TANDONNET

.

 

Publié dans Uncategorized | 9 commentaires

La crétinisation de la politique française est-elle une fatalité?

Jour après jour, la politique française donne le sentiment de faire un peu plus naufrage dans la crétinerie ou soumission à la bêtise: obsession quotidienne des sondages sur la cote présidentielle, servilité des grands médias télévision/radio, anéantissement de l’esprit critique, vie publique noyée dans un effarant spectacle narcissique, affrontement caricatural entre le « bien post-national » et le « mal populiste ou nationaliste », indifférence et passivité générale, personnalisation à outrance du spectacle politicien autour d’une poignée de pitres médiatisés, de l’extrême gauche à l’extrême droite, débats hystériques, substitution de l’insulte (fasciste/nazi/stalinien/raciste) aux échanges d’arguments, idiotie croissante des experts et « politistes » sur les plateaux de télévision…

Cette plongée de la politique dans la bêtise n’est pas le fait du hasard mais le fruit d’un processus de décomposition. Elle traduit l’impuissance vertigineuse du pouvoir dit politique à régler les difficultés du pays et sa démission face à la pauvreté, le chômage, l’insécurité, le désordre et la violence, le communautarisme, les phénomènes migratoires, la menace terroriste, la désindustrialisation du pays, son abyssal déficit commercial, sa dette publique, sa fiscalité confiscatoire, l’échec de son éducation nationale. Mais qui donc cela intéresse-t-il encore? L’abêtissement de la politique française agit comme un opium destiné à faire oublier le monde des réalités et engourdir les consciences. Elle reflète la perte d’autonomie des nations et leur capacité à se gouverner, à effectuer des choix. La démocratie est supplantée par des formes de régulations administratives, financières et juridictionnelles et autres influences qui s’exercent à l’échelon supranational. La crétinisation politico-médiatique est le voile de cet anéantissement de la démocratie et de la politique au sens de l’action en faveur du bien commun.

Ce lamentable naufrage a-t-il une issue ? S’il en a une, elle viendra sans doute de la force de l’histoire, de gigantesques événements planétaires qui bouleversent la donne, comme un courant océanique, qui parfois s’éveille et emporte tout sur son passage : « C’est ici le plus grand mystère peut-être de l’événement, mon ami, c’est ici proprement le mystère et le mécanisme même de l’événement, historique, le secret de ma force, mon ami, le secret de la force du temps, le secret temporel mystérieux, le secret historique mystérieux, le mécanisme même temporel, historique, la mécanique démontée, le secret de la force de l’histoire, le secret de ma force et de ma domination… » [Clio, Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne, Charles Péguy].

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 34 commentaires

Entre Grand Débat et élections européennes (pour Atlantico)

De plus ne faut-il pas pouvoir montrer en quoi l’Europe offre des solutions concrètes déjà existantes aux problèmes exprimés dans le grand débat ? N’y a-t-il pas un risque à voir l’Europe uniquement par le biais du projet politique ?

Ce serait sûrement une excellente idée de mettre l’accent sur les réponses possibles que l’échelon européen peut apporter aux interrogations exprimées lors du Grand Débat par exemple en matière d’environnement. Malheureusement, quand les Français pensent à la politique européenne dans ce domaine, c’est souvent les ambiguïtés de Bruxelles sur les OGM qui leur viennent à l’esprit. Autre exemple précis, celui des éoliennes pour les énergies alternatives. Il n’est pas sûr du tout que leur impact sur les paysages soit franchement apprécié par la majorité des Français. Il faudrait tenter de convaincre sur des exemples précis. Mais lesquels? C’est pourquoi, dans l’incapacité de parler en termes favorables de choses concrètes touchant à la vie quotidienne, on en revient toujours aux généralités et aux caricatures, comme l’affrontement eschatologique entre le bien post national ou européïste et le mal nationaliste ou populiste, c’est-à-dire une sorte de quintessence de l’abêtissement politique, sans se poser davantage de questions sur la nature, les modalités, les conditions de l’unité européenne…

Traditionnellement, les élections européennes sont une élection où l’électorat CSP+ est souvent surreprésenté. N’y a-t-il pas un risque – en séparant grand débat et élections européennes – à entériner la fracture sociologique qui a été révélée par la crise des Gilets jaunes ?

Le risque majeur, dans tout cela, c’est en effet d’attiser encore la désespérance ou le dégoût d’une immense majorité de personnes, bien au-delà de la seule crise des gilets jaunes. Sans doute que l’électorat CSP+ s’intéresse davantage aux élections du Parlement européen. Mais au-delà, le pays tout entier risque de s’enfoncer dans un scepticisme toujours plus grand envers la politique. C’est là le drame. La surmédiatisation du chef de l’Etat autour du Grand Débat et la personnalisation du pouvoir à outrance, jamais égalée dans l’histoire récente, qui semble tout écraser sur son passage, sont le signe d’un véritable néant politique. L’invasion du paraître ne fait que recouvrir la disparition du faire. Le spectacle permanent et la déferlante de gestes et de paroles visent à couvrir la destruction de la politique en tant que mode d’action collective pour le bien commun. Mais l’éternelle faute des dirigeants politiques français, de l’extrême gauche à l’extrême droite, est toujours de sous-estimer le bon sens populaire. Les Français, de toutes catégories socio-professionnelles, ressentent parfaitement bien toutes les formes de mystification dont ils font l’objet. D’où le vote de colère et surtout la poussée de l’abstentionnisme. Les élections européennes de 2019 pourraient bien donner lieu à un nouveau record…

Publié dans Uncategorized | 14 commentaires

Nouvelles d’André Tardieu

J’ai écrit cette biographie avec deux idées à l’esprit: d’une part, en ces temps d’infinie médiocrité, rappeler ce que peut être un homme d’Etat, visionnaire, désintéressé pour lui même, animé par la seule passion de l’intérêt général, et d’autre part, saluer la mémoire d’un personnage injustement et outrageusement calomnié, jusque dans la mort. Le résultat est de faire parler de lui, sans doute avec la discrétion qui sied à la dignité, mais quand même de manière significative…Voici encore deux belles émissions récentes, s’ajoutant à celles dont j’ai déjà parlé:

Historiquement Show de Jean-Christophe Buisson, sur La chaîne histoire, (une chaîne que d’ailleurs, au-delà de cette émission je recommande très chaleureusement).

La planisphère, de Hugo Billard, émission géopolitique de Radio-Notre-Dame.

Par ailleurs, André Tardieu, l’Incompris a fait l’objet du « coup de cœur » de Jean-Pierre Rioux, dans le mensuel L’Histoire (mars 2019), 90 000 exemplaires, revue de référence: une reconnaissance qui m’a fait grand plaisir.

Publié dans Uncategorized | 4 commentaires

Anecdotes barbares

Un député essentiel de la majorité LREM, auteur d’un rapport sur l’intégration de étrangers en France, a récemment proclamé qu’à ses yeux, le « serre-tête » des petites filles catholiques équivalait au voile islamique. Dès lors, dans son esprit, soit le serre-tête des petites filles a une connotation religieuse, soit le voile islamique n’en a aucune. Tout est permis, tout est possible, les pires aberrations, sans aucune limite. Nous en apprenons ainsi tous les jours sur l’idéologie LREM, mais surtout, sur le niveau intellectuel de la classe dirigeante de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par l’extrême centre qui ne vaut guère mieux, tous les extrémismes se rejoignant. Autre signe de barbarie montante: ai-je déliré devant mon écran de télévision? Vision insoutenable d’un membre des forces de l’ordre aspergeant à bout portant de gaz lacrymogènes une personne handicapée dans sa chaise  roulante. Jamais je n’aurais imaginé voir un jour un tel scénario en France, ou ailleurs… Et puis, apprend on, au Moyen-Orient, les Kurdes s’apprêtent à remettre en liberté 3200 combattants de l’Etat islamique Daesh dont beaucoup pourraient regagner l’Europe. A-t-on déjà oublié ce qu’était Daesh, il y a 2 ou 3 ans: les chrétiennes et Yazidies enlevées, torturées  et transformées en esclaves sexuelles, les populations de villages exterminées, avec femmes et enfants, les chrétiens crucifiés, les églises incendiées, les prisonniers de guerre égorgés, les aviateurs capturés et brûlés dans une cage, les destructions sauvages de Palmyre, les attentats sanglants qui ont fait des centaines de mort en Europe? Bien sûr, tout cela n’a strictement aucun rapport.  Mais dormez tranquilles, brave gens, car tout s’oublie et tout se perd, tout se noie dans le marécage inouï de la médiocrité…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 48 commentaires

Lutter contre l’entreprise de crétinisation

Voici de larges extraits d’un beau texte de M. René Chiche, professeur de philosophie, membre du conseil supérieur de l’Education. Rien n’est plus dramatique que la destruction progressive, au fil des décennies, des outils du savoir et de la réflexion, en particulier l’enseignement du français, de la philosophie et de l’histoire, mais aussi des mathématiques, dont le niveau est en chute libre. Le nivellement par le bas est une oeuvre de longue haleine, qui ne fait que s’accélérer en dépit des coups de menton. Le projet en filigrane est d’affaiblir l’esprit critique. Il va de pair avec l’évolution de la vie politique à laquelle nous assistons, son effondrement dans la propagande abêtissante et le grand spectacle narcissique quotidien, au prix de la destruction du débat d’idées. L’entreprise de crétinisation de la France est une réalité. Elle vise consciemment ou inconsciemment, à soumettre les Français à toutes les idolâtries qui inondent le monde moderne en affaiblissant peu à peu les outils de l’indépendance intellectuelle.  Cette forme d’asservissement passe avant tout par l’abêtissement de masse. Le professeur René Chiche fustige le passage en force de cette entreprise de crétinisation, imposée aux professionnels de l’enseignement.

Maxime TANDONNET

Déclaration au Conseil académique de l’éducation nationale
1er mars 2019

Madame la présidente,
Monsieur le recteur,

Les réformes qu’il vous faut mettre en œuvre font l’objet d’un rejet massif de la profession.

Que ce soit la transformation du baccalauréat en certificat de fin d’études qui méritent de moins en moins ce nom, la suppression des filières de l’enseignement général et la création de spécialités qui achèvent de réduire le savoir à une option, ou qu’il s’agisse des formations professionnelles que l’on s’évertue à renommer pour accroître leur attractivité tout en les mettant au régime sec et en leur infligeant une perte d’heures d’enseignement considérable, comme si l’acquisition des connaissances et des savoir-faire relevait désormais de la « co-intervention » du Saint-Esprit !, toutes ces réformes, où tout n’est cependant pas mauvais, ont pour dénominateur commun d’avoir été menées à la hussarde et sans réel dialogue avec la profession. Toutes ont également pour point commun d’avoir été soustraites au parlement, lequel, pendant qu’on détruit par voie réglementaire un monument hérité de Napoléon au même titre que le Code civil, est amené à se prononcer sur la présence de drapeaux dans les classes et la délivrance du permis d’enseigner à de simples étudiants ! Nous sommes dans une situation inédite : la loi de refondation de l’école de la République a confié à l’exécutif tout pouvoir sur l’organisation des enseignements, et ce dernier naturellement en use et en abuse, renvoyant toute objection, toute critique, toute contestation de ces choix à la mauvaise foi de ses interlocuteurs auxquels, dans le même temps, il proclame la nécessité de bâtir une école de la confiance !

La seule instance qui ait pu se prononcer démocratiquement sur ces réformes et en faire connaître au public l’acceptation ou non est le Conseil supérieur de l’éducation. Ses avis, qui ne sont que consultatifs, n’en sont pas moins significatifs.

Arrêté relatif aux formations préparant au certificat d’aptitude professionnelle : 25 voix contre, avis défavorable.
Arrêté relatif aux formations préparant au baccalauréat professionnel : 25 voix contre, avis défavorable.
Décret modifiant le baccalauréat général : 40 voix contre, avis défavorable.
Arrêté relatif au contrôle continu : 48 voix contre, avis défavorable.
Arrêté fixant les modalités du nouveau baccalauréat : 41 voix contre, avis défavorable.
Arrêté modifiant la structure et les horaires des enseignements en classe de seconde : 53 voix contre, avis défavorable.
Arrêté relatif aux enseignements du cycle terminal : 35 voix contre, avis défavorable.

La moindre des choses, dans une saine démocratie, n’eut elle pas été de suspendre la mise en œuvre de ces réformes et, concernant celle des enseignements de spécialité, ne pas l’appliquer aux élèves entrés en seconde sous l’ancien régime des études au lycée en mettant ce temps à profit pour en corriger les plus manifestes aberrations ? La moindre des choses n’eut elle pas été de donner aux professeurs le temps nécessaire pour s’approprier des programmes dont l’état final n’est connu que par un petit nombre depuis fin décembre et dont certains n’ont toujours pas le personnel qualifié pour être enseignés ? La moindre des choses n’eut elle pas été de réfléchir aux conditions de l’harmonisation de la notation pendant l’année dès lors que celle-ci entre pour 10% dans la délivrance du diplôme en remettant gravement en cause le principe de l’anonymat et de l’équité, c’est-à-dire la forme républicaine de l’examen ? Et enfin la moindre des choses, quand une organisation représentative, la nôtre en l’occurrence, adresse au chef de l’Etat une lettre ouverte très argumentée sur les difficultés réelles auxquelles sa réforme de la voie professionnelle n’apporte aucune solution et qu’elle ne fait que aggraver, la moindre des choses n’eut elle pas été d’y répondre autrement que par un simple accusé de réception ?

On a beau répéter du lundi au samedi et de septembre à juin que l’on bâtit l’école de la confiance, l’éducation nationale n’échappe pas à la crise des institutions et à la défiance généralisée envers les pouvoirs ainsi qu’envers des corps intermédiaires d’ailleurs si peu représentatifs. Oui, si peu représentatifs car, contrairement à ceux qui se félicitent de leurs résultats aux élections professionnelles ou qui font grand cas d’une augmentation dérisoire de 0,9 point de participation à un scrutin dont près de 60% de la profession se désintéresse, nous nous inquiétons du fonctionnement peu démocratique d’une institution qui n’est pourtant pas avare d’instances, de conseils, de comités et d’observatoires dont l’intérêt échappe parfois […]

Il se pourrait cependant que cette faiblesse ne soit elle-même qu’une apparence trompeuse, et que les personnels finissent par trouver les voies et moyens de s’opposer à la destruction de leurs métiers de manière inattendue, voire spectaculaire. Les signes en sont de plus en plus nombreux, au point qu’un préavis de grève courant jusqu’en période d’examen vient d’être déposé par une organisation pendant que notre propre syndicat de l’éducation, Action & Démocratie, consultant les personnels sur le principe d’une grève reconductible pendant les examens, a enregistré 80% de réponses favorables à cette proposition sur un total de 86000 réponses à ce jour. Notre devoir est de vous en avertir pour inviter chacun, au poste qui est le sien, à ouvrir enfin les yeux sur la réalité : celle d’une école qui n’a plus guère le temps d’instruire tant elle consacre ses moyens à promettre « la réussite » coûte que coûte ; celle d’une profession qui n’attire plus à force d’être méprisée aussi bien matériellement que symboliquement ; celle en un mot d’une institution qui n’inspire plus confiance ni à ses personnels ni à la population.

Tout chambouler afin que rien ne change n’était décidément pas la meilleure réponse à leur faire !

René Chiche
Représentant CFE-CGC
Membre du Conseil supérieur de l’éducation
Vice-président d’Action & Démocratie/CFE-CGC

Publié dans Uncategorized | 14 commentaires

Le saccage du bien commun (pour Atlantico avec M. Edouard Husson)

1- Dans le cadre du grand débat, Marlène Schiappa anime un débat féminin ce soir à Bordeaux sur le thème de l’égalité Homme/Femme avant la venue d’Emmanuel Macron dans la même ville, aux côtés d’Alain Juppé toujours dans le cadre du grand débat. Selon un sondage publié ce 28 février par Kantar Sofres pour le Figaro, Emmanuel Macron bénéficierait non seulement d’une consolidation de son électorat mais aussi d’une remontée de sa côté de confiance auprès des Français, notamment chez les écologistes (+14%), ainsi que chez les plus de 65 ans (+5% – ce qui confirme par une hausse de + 20 points chez les moins éduqués, surreprésentés chez les plus de 65 ans). Alors que la fracture française ne semble jamais avoir été aussi évidente, ne serait-on pas en train d’assister, à nouveau, à une stratégie d’addition de groupes sociologiques plutôt qu’à une tentative de transcender, chez les Français, ces mêmes groupes sociologiques ? 

Oui, ce phénomène correspond à l’américanisation de la politique française. Pour gagner les élections, il faut s’adresser à des segments de l’opinion les uns après les autres. Le corps électoral est ainsi pris en compte par catégories sociales, professionnelles, idéologiques, religieuses. Ce phénomène se rattache fortement à la personnalisation à outrance de la politique française. Nous ne sommes plus dans la logique d’un débat d’idées, ni même d’un projet de société, mais dans une pure logique de séduction. Le pouvoir s’incarne dans un visage et une silhouette ultra-médiatisés, dont la vocation est de plaire et d’être aimé. Le leader s’adresse non pas à la raison du citoyen ou de l’homo politicus, mais à l’émotion d’un groupe. Peut-être que le geste du président Macron recevant Greta Thumberg le 22 février, cette adolescente suédoise militant pour la planète, a séduit l’électorat écologiste expliquant ainsi ce regain de popularité dans ce milieu. De même, la hausse de 20% de la popularité de M. Macron chez les plus de 65 ans pourrait être, au moins en partie, le fruit de son geste spectaculaire et ultra médiatisé que fut l’embrassade d’un retraité en larmes pendant sa visite au salon de l’agriculture le 23 février (sondage réalisé du 22 au 25). Ces épisodes ont marqué les esprits. Ils illustrent la politique moderne fondée sur la séduction et l’image médiatique.

2- Quelles sont les limites d’une telle stratégie politique qui semble destinée à ressouder le bloc macroniste, notamment au travers « d’appels du pied » envoyé aux électeurs ayant une sensibilité écologiste, ou au travers des annonces concernant les Seniors ? Ne peut-on pas y voir une forme d’aveu d’impuissance politique au regard des enjeux ? 

La limite de cette politique s’impose d’elle-même. Elle joue sur une corde émotionnelle. Elle repose sur l’image médiatique de l’instant. Elle peut donc se traduire par une hausse de quelques points dans les sondages, en provenance d’une catégorie sensible à tel ou tel geste emblématique, telle ou telle parole du chef de l’Etat. Le monde médiatique s’extasie de cette remontée. Mais d’abord elle est toute relative. 26% de confiance populaire, cela reste extrêmement bas. Pour de Gaulle, l’institution présidentielle reposait toute entière sur la confiance du peuple. Un président durablement impopulaire était inconcevable. Or, depuis les années 2000, les taux de popularité des présidents de la République sont en chute constante. Leur surexposition permanente fait d’eux les réceptacles naturels du mécontentement populaire. La sur-communication ressemble aux saignées de Molière: un remède à l’impopularité qui ne fait qu’aggraver le mal. Ensuite, elle est extrêmement superficielle. Quelques points de gagnés en raison d’une apparition médiatique réussie, risquent de se reperdre bien vite. Un véritable regain de la confiance dans les profondeurs du pays ne pourrait tenir qu’à la réussite durable d’une politique: une baisse marquée du chômage (par rapport au niveau européen), de la pauvreté, une amélioration de la sécurité quotidienne, de la maîtrise de l’immigration, une diminution des déficits publics, etc. La confiance, c’est tout autre chose que le grand spectacle.

3-Dans une tribune publiée par le Figaro, le politologue Luc Rouban écrit : « c’est le niveau d’antilibéralisme économique et d’anticapitalisme qui reste la variable déterminante » du nouveau clivage français, sans que celui ci ne soit de gauche ou de droite, mais tout en contestant l’idée d’une disparition du clivage droite-gauche. Au regard de ces différentes analyses, quelles seraient les lignes de force politique qui permettraient de transcender ces différentes catégories sociologiques, plutôt que de chercher à en faire l’addition ? 

Le paysage idéologique français est confus et morcelé. Il est évident qu’il ne peut plus se réduire à la classique opposition droite gauche. Au moins deux clivages se superposent. L’un est celui qui oppose la bourgeoisie urbaine, formée dans les écoles et les universités, à l’aise dans la modernité, ouverte sur l’international et sur l’Europe, à la France populaire, rurale, banlieusarde, oubliée de la mondialisation, bref, la France périphérique. L’autre met face à face une approche conservatrice et l’autre dite progressiste sur les sujets de société (immigration, mariage, religion, etc.) En croisant ces deux clivages, on obtient grosso modo quatre grands blocs idéologiques, à peu près calqués sur les principaux partis, LR, LREM, RN, Insoumis/gauche. La cassure entre ces quatre blocs est profonde, irréconciliable, radicale, rendant quasi impossible la constitution d’une majorité. D’autant qu’ils sont eux-mêmes fragmentés. C’est par un bouleversement de la culture politique que l’on peut espérer affaiblir ces clivages et essayer de réunir 2 Français sur 3. Il faut sortir la politique de l’impasse émotionnelle ou elle s’engloutit chaque jour, la personnalisation à outrance, les jeux d’adoration, d’idolâtrie et de lynchage qui poussent à la haine des Français les uns contre les autres. Et au contraire tenter de la refonder sur un discours de vérité – où en est-on, que peut-on faire vraiment – et sur l’action authentique en faveur de l’intérêt général: que faire concrètement pour lutter contre le chômage, l’insécurité, améliorer la maîtrise de l’immigration, redresser le niveau scolaire, réduire la dette publique, restaurer la compétitivité de la France, réduire drastiquement le niveau des impôts…

Publié dans Uncategorized | 27 commentaires

« Les valeurs républicaines » (pour Atlantico avec M. Jérôme Fourquet)

1-67% des Français ne sont pas sensibles aux discours politiques relatifs à la « République » ou aux « valeurs républicaines. Une question qui divise la société, entre sympathisants en Marche (69% y sont sensibles), au reste du corps électoral, tandis que seuls les catégories supérieures (50%) y sont majoritairement sensibles. Comment comprendre ces écarts ? 

Il me semble qu’il faut distinguer deux choses: le monde de l’abstraction et celui des réalités. Quand la France d’en haut, politico-médiatique, parle des valeurs de la République en général, les gens éprouvent un sentiment d’hypocrisie. Ils ont le sentiment que les élites dirigeantes parlent de valeurs républicaines qu’elles ne respectent pas elles-mêmes. Voyez la succession des scandales depuis quelques années. Chaque nouvelle équipe au pouvoir promet l’exemplarité républicaine avant de sombrer dans le scandale […]

En revanche, si l’on demande aux Français leur avis sur des valeurs précises (et non plus les valeurs républicaines en général) par exemple, le suffrage universel, ou droit de vote, la liberté d’expression ou d’association, l’égalité des chances, la laïcité – le résultat sera complètement différent car dès lors, on parle de choses concrètes qui interviennent dans la vie quotidienne de chacun, sont perçues comme des réalités et non des leurres ou des mystifications lancés par les milieux dirigeants. Sur ces droits et ces libertés en tant que tels, les Français partagent à 80% au moins, un profond attachement.

2-De la même façon, la notion « d’identité nationale » n’obtient pas une plus grande attention par les Français (34%) contre 38% pour la « République », un score en baisse par rapport à 2015 (38%). Ne peut-on pas voir ici une preuve d’absence de dynamique réelle de cette notion « d’identité nationale » ? 

Parce que là aussi, « l’identité nationale » est perçue comme un slogan de propagande. Or la parole politique est en crise. Les Français n’y croient plus et se méfient des slogans. Cela ne signifie pas qu’ils ne sont pas attachés à leur pays. Ils ne demandent qu’à en être fiers. Ils seraient, dans leur immense majorité, fiers que la France réussisse dans la lutte contre le chômage et la pauvreté, qu’elle donne l’image d’un pays uni et stable, maîtrisant les phénomènes de délinquance et combattant avec succès la haine sous toutes ses formes. Ils seraient fiers d’une nation rassemblée et unie. Ils seraient fiers d’une classe dirigeante qui travaille pour le bien commun plutôt que de s’adonner au grand-guignol permanent et à un culte de la personnalité d’un autre âge. Ils seraient fiers que leur pays donne un modèle de dynamisme industriel, que sa parole soit écoutée et respectée en Europe et dans le monde. Mais aujourd’hui, l’image que donne la France est plutôt celle de la déchirure et du déclin, et sa vie politique, de gesticulation vaniteuse et stérile. Alors dans ce contexte, les termes d’identité nationale sont parfois ressentis comme pompeux et en décalage avec la réalité.

 

Publié dans Uncategorized | 33 commentaires

Quelques questions naïves

Hier l’actualité nationale, télévisions, radios, presse, était focalisée avec un impressionnant unanimisme sur la performance exceptionnelle du chef de l’Etat au salon de l’agriculture qui battait tous les record en y restant 14 heures. Les jours précédents, depuis plusieurs semaines, les informations s’organisaient avec le même unanimisme autour de sa participation au grand débat jugée dans l’ensemble formidablement réussie. L’extase était à peu près universelle dans tous les commentaires entendus sur les plateaux de télévision. D’ailleurs, le parti du président LREM a le vent en poupe dans les sondages qui le donnent désormais largement en tête des élections européennes. Cette sublimation totémique d’un personnage me paraît avoir une signification évidente: elle sert à recouvrir les maux profonds de la France: vertigineuse dette publique, violence endémique qui se répand dans la rue, incapacité de l’Etat à restaurer l’ordre public, aggravation du matraquage fiscal, de la pauvreté, de l’exclusion, du communautarisme, capacités d’accueil débordées par la hausse des flux migratoires, déclin du niveau scolaire, désindustrialisation, affaiblissement de la France en Europe et dans le monde… Elle permet également de jeter un voile pudique sur la quasi disparition du gouvernement et du parlement (sauf le Sénat), sur la faillite de la puissance publique à régler les problèmes des Français, sur l’échec de la République exemplaire. Mais au-delà du constat, il faut bien reconnaître une profonde perplexité et des interrogations qui l’emportent (chez moi) largement sur les certitudes. Une telle mise en scène quotidienne de la personnalisation du pouvoir a-t-elle jamais existé depuis la Libération? Jusqu’où peut aller cette fuite en avant dans la personnalisation sans porter atteinte aux principes de la démocratie libérale, traditionnellement fondée sur l’intérêt général plutôt que l’exaltation d’un leader? Quel pourcentage de la population est-il sensible à la mise en scène médiatique?  Pourquoi cet unanimisme des commentateurs et absence de toute réflexion critique? Signe du déclin de la culture politique, de triomphe du conformisme, de courtisanerie ou de peur? Pourquoi cette incapacité tragique du monde politique, plus généralement du pays, à faire émerger une solution républicaine, alternative et crédible, même à moyen terme? Le dérive de la politique en un grand spectacle narcissique et stérile est-elle une fatalité liée à l’évolution du monde ou existe-t-il une fenêtre d’espoir à l’avenir pour refonder la politique, la res publica, la démocratie, sur le seul bien commun? Sincèrement,  modestement, tragiquement, je n’en sais plus rien…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 23 commentaires

André Tardieu, sur Storiavoce

Message de Mme ELISABETH MARQUET:

Je viens d’écouter sur Storia Voce, votre entretien avec Christophe Dickès qui vous invitait à nous parler de votre livre sur André Tardieu.
J’ai été agréablement surprise, ne vous connaissant que par l’écrit. Vous avez une voix chaleureuse. Vous nous donnez l’impression de connaître intimement l’homme dont vous écrivez la biographie et l’époque dans laquelle il a vécu. Vos réponses à Mr Dickès sont précises et claires tout en étant succinctes. Dans ce court moment, vous réussissez à donner vie à ce personnage si peu reconnu finalement, et qui pourtant aurait mérité une place dans le panthéon de ceux qui ont aimé leur pays et essayé de faire quelque chose pour lui. Merci.

Réponse: chère Elisabeth Marquet, je vous remercie de tout cœur pour ce message qui souligne que mes efforts pour faire reconnaître ce personnage de l’histoire qui a en effet toute ma sympathie (mais dont mon livre ne cache rien des défauts) ne sont pas vains! D’ailleurs, j’en profite pour vous demander si vous ne seriez pas apparentée à la femme de sa vie, Mary Marquet, une personnalité elle aussi hors norme, actrice, chanteuse, passionnée de la France – dont le fils unique François, que Tardieu aimait comme son fils, grand résistant, est mort en déportation – mais aussi pourvue d’un authentique talent de plume.

Bien cordialement.

Maxime

 

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Crise de la responsabilité

Peut-être que ce qui manque le plus à la France dite « d’en haut », aujourd’hui, c’est le sens de la responsabilité. Il n’en reste qu’une vague notion, complètement oubliée, dont l’abandon est au cœur du désastre français. Que signifie encore le mot « responsabilité »?

Mme …… insulte la « manif pour tous » en dénonçant ses « affinités idéologiques » avec les djihadistes qui ont égorgé, massacré femmes et enfants, anéanti des villages entiers au Moyen-Orient, et tué 250 personnes sur le sol français. Puis elle s’est excusée. L’excuse n’est pas la question. Dans un pays aussi déchiré et meurtri, une personnalité publique n’a pas le droit de proférer de telles insultes qui aggravent encore la division. Dans n’importe quelle démocratie responsable, ce dérapage devrait être sanctionné par une décision politique.

Par ailleurs, dans son discours, le soir même de son élection, le 7 mai 2017, le président déclarait: « Je rassemblerai et je réconcilierai car je veux l’unité de notre peuple et de notre pays« . Or, dans un livre intitulé le Président et le Peuple, qui vient de sortir (étonnante, la propension des deux derniers présidents à se confier dans des livres en plein mandat),  le même parle d’une « gigantesque défaillance collective » à propos de la crise des Gilets jaunes qui exprime le déchirement de la France. Certes,  cette crise à des origines qui remontent à des décennies. Mais lui s’est engagé, il y a deux ans, à « réconcilier le peuple et le pays » tout en assumant un rôle de méga-président ou jupitérien. Il a donc échoué et la responsabilité principale dans cet échec n’est pas collective mais individuelle. Et nous voyons là toute la monstruosité du système français. En tant que chef de l’Etat élu au suffrage universel, il lui est presque impossible de démissionner, (sauf à être un homme d’Etat, une espèce disparue)… Donc, le responsable de la catastrophe est irresponsable de fait, et peut continuer à nuire indéfiniment, à l’abri de toute sanction politique…

Irresponsabilité toujours: le déroulement de l’élection du Parlement européen est hallucinant. Tous les leaders des différents partis politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ont renoncé à prendre la tête de liste de leur parti. Ils y ont placé des seconds couteaux, nouveaux venus qui ne leur feront pas d’ombre, des petits jeunes méconnus, censés se débrouiller… Mais quel est le rôle d’un leader politique, sinon d’assumer sa mission, en prenant pour lui la tête de liste d’un scrutin national à la proportionnelle? Il y a deux possibilités: soit ses élections sont considérées comme mineures et alors, il est compréhensible de mettre en tête de liste des débutants sans expérience (voire mieux, ne pas présenter de liste). Mais dans ce cas, il ne faut pas avoir le mauvais goût de se prétendre concerné par « l’Europe », qu’elle soit  fédérale ou « des nations ». Soit le scrutin est considéré comme important. Dès lors, il faut voir dans ce comportement généralisé la lâche et mesquine dérobade de politiciens irresponsables qui ne veulent pas risquer d’écorner leur belle image dans une défaite et compromettre leurs chances de se vautrer un jour à leur tour sous les ors de l’Elysée.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 25 commentaires

Le poison présidentialiste

Le sujet n’est pas facile et j’en parle, alors que l’affaire Benalla bat son plein, dans l’espoir de m’adresser à notre intelligence collective, notre aptitude à surmonter les clichés et les lieux communs. Les apparences sont trompeuses. L’idée d’un président élyséen tout puissant et incarnation du pouvoir politique à lui seul est mensongère. Elle renvoie au mythe du chef et de l’autorité. Illusion, l’image du chef surexposée jusqu’à l’obscène, ne sert bien au contraire qu’à compenser l’affaiblissement de l’autorité, le délitement de la société, la désintégration sociale et mentale d’un pays dans la violence.

Le présidentialisme à la française est un véritable poison. Il saccage la démocratie. Le choix suprême qui conditionne l’orientation politique de la nation est une élection fondée sur le choix d’une personne. Celui-ci repose sur une sensation collective, une impression. Il est entièrement soumis à la propagande médiatique: rien n’est plus facile, grâce à un gros plan sur un visage, de faire basculer l’opinion. Le débat d’idée et le choix d’un projet en sortent anéantis. L’élection législative, qui est en principe celle par lequel la Nation se donne un projet politique, intervenant juste après la présidentielle, est totalement anéantie, privée de toute substance, ne servant, selon la formule convenue « qu’à donner une majorité au président ». D’où le taux d’abstention historique, de plus de 50% en 2017. Le présidentialisme est l’assassin de la démocratie.

Ensuite, il aboutit tout naturellement à travestir les buts mêmes de la vie politique. Cette dernière se focalise désormais sur l’exaltation de l’image d’un homme ou femme, l’heureux élu, dont la sublimation devient le but en soi. La classe politique autour de lui se tourne vers le but de sa glorification et de sa préservation au sommet le plus longtemps possible. La totémisation de la vie politico-médiatique aboutit à faire passer au second plan de ses priorité l’intérêt général, l’avenir du pays et de sa population. Peu importe, au regard de cette idéologie présidentialiste, que le pays se déchire dans la violence et le chaos, dès lors que l’image élyséenne  est préservée, voire renforcée, avec pour unique horizon le triomphe d’une réélection.

D’où le vertigineux basculement dans l’obsession de la communication: le but suprême n’est pas le bien du pays mais le culte de l’image élyséenne. On entre alors dans une logique de duperie permanente: la question n’est pas celle de l’action authentique pour le bien commun, mais celle de la posture et l’illusion du mouvement, de la réforme ou de la transformation. Le résultat n’existe plus mais seul compte l’idée que le peuple s’en fait. La vie publique tourne au grand spectacle narcissique et l’imposture permanente.

Cependant, l’erreur suprême du monde politico-médiatique est toujours de sous-estimer le bon sens populaire. L’échec de ce modèle est inéluctable car les gens perçoivent inévitablement l’imposture. Le présidentialisme est la source de la fracture démocratique de la guerre larvée entre les élites et la Nation.

Enfin, la pire de ses conséquences est de plonger la vie publique française dans un détestable climat de perversion mentale. L’occupant de l’Elysée (quel qu’il soit!) gonflé de vanité, perd le sens des réalités et s’embourbe dans une dangereuse dérive psychologique. Son entourage est emporté dans un sentiment voisin d’invulnérabilité et de toute puissance qui le conduit au bord du précipice – l’affaire Benalla n’est pas autre chose. Courtisanerie et jalousie deviennent les deux pôles dominants de la vie publique. La classe politique, dans son ensemble, éblouie par les sirènes de la magnificence élyséenne, sombre dans l’obsession maladive du trône présidentiel au détriment du travail pour le bien commun et du sens de l’intérêt général. Voilà pourquoi la France n’a plus d’opposition digne de ce nom.

Le régime a-t-il au moins l’avantage de la stabilité ministérielle, par rapport au IIIe et IVe République? Illusion là aussi. L’apparente stabilité n’est rien d’autre que le signe de l’irresponsabilité. Quels que soient les erreurs, les fautes commises, le rejet du pays, une sorte de paralysie s’est installée au sommet. Elle donne le sentiment que les dirigeants se protègent alors que la nation souffre et cet immobilisme se traduit par un fossé toujours plus profond entre la classe dirigeante et le peuple.

Depuis plusieurs décennies, la France piétine: chômage, déclin industriel, violence endémique, désintégration du pays dans le communautarisme, échecs dans la maîtrise des frontière et des flux migratoires, crise de l’autorité de l’Etat, dettes publiques et déficits croissants, désindustrialisation, chute du niveau scolaire, chaos généralisé, malaise profond qui s’installe. Les occupants successifs de l’Elysée et la classe dirigeante se montrent incapables, de majorité en majorité, de régler les drames qui s’accumulent.

Le système présidentialiste dans lequel la France est embourbée, est ainsi l’une des causes essentielle du mal français. Que faut-il espérer? Non pas un changement de république, mais simplement le retour à l’application de la Constitution de la Ve République gaullienne : un président protecteur et visionnaire, responsable de la politique internationale et de défense, sage et discret, au dessus de la mêlée; un Premier ministre au travail seul chargé de gouverner le pays avec des ministres puissants, et responsable de sa politique, sous le contrôle d’un Parlement souverain, indépendant et respecté, élu en dehors de l’élection présidentielle et authentiquement représentatif du pays.

Cette transformation est possible sans bouleversement institutionnel. Elle passe par la prise de conscience de de la monstruosité du système actuel et le retour à la raison démocratique. Un décalage de 6 mois minimum entre les élections présidentielles et législatives serait un premier pas dans la bonne direction. La solution idéale serait le retour à un septennat rendu non renouvelable, mais cela suppose alors une révision constitutionnelle.

L’idée que la solution au désastre actuel est de remplacer en 2022 Macron par le Pen, Bertrand, Pécresse, Mélenchon, Wauquiez, Hamon ou tout autre, avec le même mode de fonctionnement du régime, est le pire des contre-sens. Le désastre sera exactement le même, peut-être même encore plus épouvantable s’il est possible, sous des formes différentes mais tout aussi violentes. Au-delà des hommes, c’est tout un état d’esprit qu’il faut changer et un mode de fonctionnement de la République qu’il faut modifier.  Si seulement 20% des lecteurs de ce billet pouvaient comprendre là où je veux en venir, ce serait déjà comme un germe d’espérance semé dans un grand terrain vague en friches…

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 50 commentaires

Faillite de la politique française

Il y a bientôt deux ans, une nouvelle équipe prenait le pouvoir en promettant « un nouveau monde » qui devait se substituer à « l‘ancien monde », comme le Bien devait remplacer le Mal, et une transformation radicale du pays dans le sens de l’exemplarité. Deux ans plus tard, la France sombre dans un innommable chaos:  incapacité des autorités, depuis quatre mois, à interrompre le cycle  de la violence sauvage, retour des instincts les plus abjects et barbares, pays déchiqueté par toutes sortes de haines fanatiques et de dérives sectaires, effondrement de l’intelligence collective, dramatiques scandales au plus haut sommet de l’Etat, tornade de nihilisme sur fond de désordres, de pauvreté croissante, d’échec économique et de lourdes hausses d’impôt et de la dette. En principe, dans une démocratie normale, après deux ans, les responsables politiques de ce fiasco devraient être sanctionnés ou d’eux-mêmes, avoir la dignité de changer de métier. Responsabilité, dignité, honneur, sont des notions devenues obsolètes, définitivement ringardes. Mais il y a pire. La faillite de la politique française ne se limite pas aux responsables directs de ce naufrage. Personne aujourd’hui, dans le monde politique n’est en mesure de présenter une alternative vraisemblable. Voilà qui est sans précédent. Les républicains de gouvernement ont même réussi à s’effacer devant un courant qui n’a jamais su incarner autre chose depuis 4 décennies que la provocation vulgaire et salace. Il fallait le faire… Une innommable bêtise suinte de cet affligeant spectacle. Le pays est dans l’impasse absolue. Que reste-t-il à espérer? Un événement inattendu et imprévisible, se traduisant par un coup de balai dans la fourmilière et la possibilité de repartir sur de nouvelles bases. Mais rien de moins sûr et la course à l’abîme peut durer encore des années…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 20 commentaires

Détournement et trahison d’un symbole à l’origine respectable

Dans une chronique du 7 décembre dernier, reprise ci-dessous, je parlais déjà du risque de de « dérive malsaine et de récupération » à propos des GJ. Le mouvement populaire et spontané avait obtenu satisfaction sur sa demande initiale, le retrait de la taxe carbone. Vainqueur, il devait s’arrêter là. Aujourd’hui, nous assistons au pire des scénarios. N’importe qui peut revêtir un GJ et se réclamer du mouvement. Des voyous de toute espèce – casseurs, truands, factieux, idéologues extrémistes – peuvent aisément s’en réclamer. C’est tellement facile d’enfiler un GJ et de commettre les pires saloperies drapé dans ce symbole à l’origine pacifique et démocratique. Samedi, le philosophe M. Alain Finkielkraut a été victime d’une monstrueuse agression antisémite, une agression qui renvoie tout un pays au cauchemar des heures les plus sombres de son histoire. L’un de ses auteurs était (semble-t-il),  un salafiste paré du GJ. Comment une cause initialement respectable, le réveil de la France oubliée, a été odieusement récupérée, trahie, bafouée, détournée, ridiculisée. J’avais dit, dès le 7 décembre, qu’il fallait savoir s’arrêter!

Maxime TANDONNET

Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

Au début, le mouvement des gilets jaunes était profondément sympathique comme en témoigne le soutien des quatre cinquièmes du pays. Il était vécu comme la réaction légitime de la France oubliée à des années de mépris et d’arrogance affichés sans vergogne par la classe dirigeante, depuis les « sans dents », jusqu’aux « Gaulois réfractaires », « aux fainéants » ou « ceux qui ne sont rien » et le traitement injuste réservé aux retraités de condition modeste. La colère, accumulée, s’est cristallisée sur l’augmentation emblématique du prix du diesel. En y renonçant, l’équipe au pouvoir a acté sa défaite. Les gilets jaunes ont remporté une victoire contre un mode de gouvernement fondé sur l’aveuglement et la morgue. Evidemment, cela ne règle rien sur le fond des dossiers. Mais ce succès symbolique marque un tournant qui pourrait être le début d’une rénovation trouvant son prolongement par la voie démocratique et les urnes. Or,  aujourd’hui, le mouvement est en train…

Voir l’article original 213 mots de plus

Publié dans Uncategorized | 37 commentaires

Parent 1, parent 2 et logique de la table rase

Le vote d’un amendement de l’Assemblée nationale supprimant les mentions père et mère dans les formulaires de l’Education nationale et les remplaçant par les termes « parent 1 et parent 2 » n’a rien d’un fait anodin. Il paraît que le gouvernement n’était pas favorable. Il a pourtant laissé faire. Cette décision emblématique est fondamentalement idéologique. Elle devrait dessiller les yeux de ceux qui en toute bonne foi pensent que la majorité au pouvoir n’est qu’une vague forme de centrisme, centre-gauche, voire centre-droit. Supprimer les mots pères et mères dans les formulaires relève d’un état d’esprit qui est celui de la table rase. Subrepticement, il faut détruire les repères de la société bourgeoise honnie. La religion, cela va de soi, l’idée de nation, tout autant, et ce qui rattache les Français à leur histoire, à leur littérature et à leur culture. Puis s’en prendre symboliquement au cœur même de la société traditionnelle détestée, les idées de père et de mère, les deux pôles sur lesquels tout individu construit sa personnalité et détacher l’individu de tout déterminisme, notamment familial. En filigrane de cette opération, il y a le projet latent d’engendrer un être humain neuf, hors sol, sans racines, sans culture d’origine, sans passé, sans ancrage dans l’histoire, sans père ni mère, l’être reconstitué et infiniment malléable. Voici le vieux rêve totalitaire, qui s’accomplit, en douce, sous des dehors tranquilles, et surtout, dans un lamentable climat d’aveuglement et de  lâcheté.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 38 commentaires

Lecture: Exodus, de Paul Collier, éditions l’Artilleur 2019 (résumé de Mme Michèle Tribalat)

 C’est un livre [traduit de l’anglais] qui examine minutieusement la question migratoire sous l’angle des trois protagonistes que sont les pays d’accueil, les migrants eux-mêmes et les pays d’origine, la partie la plus consistante de l’ouvrage étant celle consacrée aux pays d’accueil. Ce livre se termine sur des propositions visant à repenser la politique migratoire. Mais avant cela, dans la première partie de son ouvrage intitulée « Les questions et le processus », Paul Collier  aborde frontalement la question idéologique qui a fait de l’immigration un tabou dans nombre de pays d’accueil, tout en soulignant la nécessité d’en sortir. Il y explicite aussi pourquoi, laissée à elle-même, l’immigration va s’accélérer.

À gauche, l’immigration est vue comme un sujet tabou, la seule opinion permise étant la déploration de l’antipathie des classes populaires à son égard et un discours positif vantant ses mérites économiques. À droite, l’opposition reste vague afin de ne pas être taxée de raciste. La culpabilité liée aux actions passées des nations européennes a fait de l’identité nationale une menace et façonné la perception actuelle des immigrants. La façon la plus sûre d’exprimer son antiracisme a été d’affirmer son soutien à l’ouverture des frontières. Si toute demande de limitation de l’immigration est vue comme l’expression d’un racisme, alors un débat ouvert sur l’immigration est impossible. Paul Collier pense qu’il est possible d’envisager la question migratoire en la débarrassant des « associations toxiques » qui mobilisent l’émotion mais peu de connaissances établies.

Pour cela, il commence par expliquer pourquoi les flux migratoires s’accélèrent.

Les départs des pays pauvres sont motivés par les écarts de revenus, mais il faut disposer des moyens de partir. C’est un investissement qui se voit réduit par les diasporas déjà présentes dans les pays d’accueil. L’amélioration du niveau de vie dans les pays d’origine favorise la migration tant que les écarts de revenus entre pays riches et pauvres restent conséquents. Les migrations produisent des diasporas qui engendrent d’autres migrations. Ce qui compte pour définir une diaspora, ce n’est pas le pays de naissance, mais le nombre de personnes qui ont gardé des liens au pays d’origine avec des migrants potentiels et qui sont prêtes à les aider. Le taux d’absorption dans le pays d’accueil régule la taille de la diaspora. Laissés à eux-mêmes, ces mécanismes risquent de se traduire par une accélération des flux migratoires. Le seul frein qu’ils peuvent rencontrer réside dans la politique migratoire conduite par les pays d’accueil. Or, jusque-là, les décisions prises en la matière ont été « furtives et embarrassées » (p. 80). Un cercle vicieux s’est mis en place dans lequel les partis traditionnels, en désertant leurs responsabilités, ont ouvert un espace à des « brochettes d’hurluberlus : racistes, xénophobes et psychopathes [qui] ont attiré à eux des citoyens ordinaires de plus en plus inquiets du silence des partis traditionnels » (p. 81). Ce qui a renforcé la crainte de ces partis traditionnels de traiter la question. Si toutes les restrictions sont déclarées a priori illégitimes, alors les taux d’immigration à venir seront bien plus élevés que ceux connus au cours des dernières décennies.

LES MIGRATIONS VUES DES PAYS D’ACCUEIL

Paul Collier ne veut pas répondre à la question de savoir si l’immigration telle que l’ont connue les pays d’origine a été bonne ou mauvaise. Elle lui paraît sans intérêt, puisqu’il n’est pas question de renvoyer ceux qui sont là. Il ne peut cependant faire l’économie de ce que l’on sait sur le sujet pour traiter des migrations futures. Il réfute aussi le raisonnement utilitariste, le plus courant en économie, qui se fonde sur le gain global. Il considère approximativement que les effets de l’immigration suivent une courbe en U inversée, avec des gains lorsqu’elle est modérée et des pertes lorsqu’elle est importante.

CONSÉQUENCES SOCIALES

L’immigration apporte de la diversité qui, si elle est trop importante, peut nuire à la considération mutuelle qu’entretiennent les citoyens entre eux. Cette considération mutuelle est nécessaire à deux types de comportement qui jouent un rôle fondamental dans le succès d’une société : le consentement aux transferts financiers, qui repose sur les sentiments de loyauté et de solidarité entre ses membres, et la coopération qui repose sur la confiance, laquelle se fonde sur la présomption selon laquelle elle sera réciproque. L’une des raisons de la pauvreté de certaines sociétés, à l’origine de l’émigration, est la rareté de tels comportements.

Pour qu’une coopération soit réussie, il faut qu’il y ait assez de gens décidés à punir ceux qui adoptent un comportement opportuniste et refusent ainsi de coopérer. S’il s’agit, de manière disproportionnée, d’immigrés ou de descendants d’immigrés, le risque d’une confusion avec une discrimination peut rendre les individus réticents à infliger la punition. Et si la punition est reçue comme une discrimination contre un groupe, il peut se trouver dans ce groupe des gens prêts à prendre des mesures de rétorsion. Or, comme l’a montré Robert Putnam, la diversité culturelle réduit le niveau de confiance mutuelle, la coopération et l’empathie, qui provient d’un sentiment d’identité partagée, nécessaire à la coopération.

La question fondamentale est donc de savoir si les comportements importés par les immigrants s’érodent suffisamment pour que ces derniers soient vus par les autochtones comme les membres d’une même société.

Paul Collier distingue quatre conceptions de l’immigration :

1)   des immigrants qui acceptent l’assimilation et même y aspirent ;

2)   des immigrants porteurs d’une fusion culturelle ;

3) des immigrants désireux de réussir économiquement, tout en s’isolant de la société d’accueil ;

4)   des colons cherchant à propager leur culture.

L’assimilation, qui favorise la confiance et l’estime mutuelle, n’a guère le vent en poupe actuellement bien qu’elle soit éthiquement parfaitement fondée puisqu’elle respecte « la règle d’or qui veut que l’on traite autrui comme on voudrait qu’il nous traitât » (p. 144). Les mariages mixtes fabriquent des ancêtres communs.

Le multiculturalisme de fusion, dans lequel les cultures se combinent, accorde d’emblée une égale dignité aux nouveaux venus. Il a des conséquences voisines, à ceci près qu’il présente le risque potentiel de dégrader l’efficacité du modèle social du pays d’accueil. Par modèle social Paul Collier entend la combinaison des institutions, des règles, des normes et des structures propres à un pays. Le succès des pays riches repose sur un modèle social performant qui fait justement défaut dans les pays pauvres. Paul Collier nous invite à nous méfier des « assertions paresseuses du multiculturalisme : si l’on considère un niveau de vie décent comme un objectif prioritaire, alors toutes les cultures ne se valent pas » (p. 56).

Quant au multiculturalisme tel qu’envisagé par les élites politiques, il fait droit à la persistance d’un séparatisme culturel se manifestant par un entre-soi. Paul Collier pense que l’engouement des politiques européens pour le multiculturalisme est motivé par une sorte de pragmatisme face aux difficultés rencontrées dans l’intégration des minorités. Lorsqu’il compare la politique de la France et du Royaume-Uni à l’égard du voile islamique, il penche en faveur de la politique française qui juge le port du voile à l’école incompatible avec la fraternité et la laïcité alors que la politique britannique en a fait un enjeu de liberté individuelle. « La liberté  de détruire la coexistence fraternelle ne peut être considérée comme un droit humain » (p. 160).

Ce multiculturalisme est asymétrique puisqu’il accorde aux immigrés et à leurs descendants un entre-soi qu’il doit refuser aux autochtones pour éviter les pratiques discriminatoires. Le séparatisme spatial et culturel se combinent pour faciliter un séparatisme juridique, puis politique qui pourrait conduire à ce que des villes soient gouvernées par des partis d’immigrants, comme on le voit à Tower Hamlets, arrondissement londonien, que les élus cherchent à convertir en une municipalité à part entière. Lorsque les minorités ethniques votent comme les autochtones c’est un indicateur d’intégration qui évite la polarisation du système démocratique, avec des autochtones votant pour les partis non privilégiés par les minorités. Paul Collier en conclut que les grands partis devraient éviter de se différencier en matière de politique migratoire, sans pour autant ignorer la question. Sans nous dire comment résoudre la difficulté à conjuguer les deux.

Alors que les politiques d’intégration augmentent le taux d’absorption, les politiques multiculturelles le diminuent, accroissant ainsi la diaspora et le taux d’immigration.

CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES

Paul Collier passe en revue divers effets possibles.

En l’état, les effets sur les salaires seraient assez modestes, écrit Paul Collier, la plupart des autochtones y gagnant quand les plus pauvres y perdent[1]. Mais les salaires de la plupart des autochtones baisseraient de manière spectaculaire en cas d’accélération des flux migratoires.

L’effet sur les logements est potentiellement plus important. L’immigration accroît la pression sur le parc de logements, mettant les familles immigrées en compétition avec les familles autochtones dans le logement social, avec un phénomène d’éviction si les premières sont les plus pauvres, mais aussi dans le logement privé. À Londres, si l’immigration a accru les opportunités des entreprises, elle a réduit la mobilité des autochtones qui ont du mal à s’y installer alors que les opportunités d’emploi y sont meilleures.

L’effet positif sur l’économie des immigrants exceptionnels peut lui-même être un problème en réduisant les aspirations des autochtones.

L’effet correcteur sur le vieillissement d’une immigration qui allègerait ainsi le fardeau des retraites dépend de l’employabilité des migrants. La conjonction d’un taux de dépendance élevé et d’une faible qualification des immigrants pourrait s’avérer intenable.

L’argument selon lequel l’immigration réduit les pénuries d’emploi  néglige le fait qu’il s’agit là d’une solution de facilité qui désincite les pays d’accueil à mieux former et les entreprises à développer l’apprentissage.

Paul Collier termine l’examen des effets de l’immigration sur les pays d’accueil par une question qui est rarement posée : Est-ce que l’immigration favorise l’émigration des natifs ? Des pays européens connaissent à la fois une forte immigration d’étrangers et une forte émigration de nationaux, sans qu’on ait étudié les liens entre les deux phénomènes. Les politiques d’immigration massive amplifient les cycles d’expansion et de récession. On se souvient que le Portugal a promu une politique d’émigration pendant les années de crises après la décennie d’expansion 1997-2007. L’immigration des années d’expansion pourrait donc provoquer l’émigration d’autochtones dans les années de récession. Si le lien immigration-émigration se transformait en porte-tambour, « en puissant levier de recomposition de la population, il deviendrait certainement un sujet d’inquiétude générale » (p. 191).

L’enthousiasme des économistes pour l’immigration correspond plus au modèle du travailleur invité tel qu’on le pratique à Dubaï, politique difficilement envisageable dans les démocraties libérales.

LES MIGRANTS SONT LES GAGNANTS ÉCONOMIQUES DES MIGRATIONS

L’écart entre les modèles sociaux des pays d’origine et des pays d’accueil explique l’accroissement de la productivité des migrants une fois dans le pays d’accueil. « Il n’est donc pas souhaitable, dans leur propre intérêt, que les migrants importent leur modèle social dans le pays d’arrivée » (p. 212). Par ailleurs, les migrants ne choisissent pas leur pays d’immigration au hasard. Les moins qualifiés auront tendance à s’implanter dans les pays les moins inégalitaires avec une protection sociale élevée, d’où les différences observées entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

Les migrants cherchent à acquérir les caractéristiques nécessaires à une entrée légale, dont l’éducation et le mariage, ou à entrer clandestinement et demander l’asile ensuite ou établir des liens qui empêcheront un retour forcé. Les familles participent au projet migratoire en contribuant au financement de la migration, dont elles attendent un retour (envois de fonds). Seules celles qui figurent au milieu de l’échelle des revenus sont à la fois fortement incitées et capables de financer l’émigration d’un de leurs membres. Les liens familiaux entretenus avec la diaspora s’ils permettent d’alléger les coûts, donnent des droits d’entrée qui noient tout système de contingentement par le niveau d’éducation et les qualifications.

Mais l’immigration continuée qui tire à la baisse les salaires des plus pauvres touche les immigrés déjà installés. D’où le paradoxe : si les migrants, comme individus, profitent des gains de productivité liés à la migration, ils ont intérêt, collectivement, à ce qui les gêne le plus individuellement, les barrières à l’entrée dans les pays d’accueil.

QU’EN EST-ILS DE CEUX QUI RESTENT AU PAYS

Les effets sur la gouvernance ne sont pas univoques et difficiles à établir. Normalement, les émigrés se familiarisent avec des normes sociales qui pourraient être bénéfiques à leur pays d’origine où elles sont dysfonctionnelles. Mais les diasporas peuvent jouer un rôle subversif néfaste (Lénine en Suisse ou Khomeiny en France).

Les effets économiques sur les pays de départ sont eux-aussi variés et antagoniques au fil du processus migratoire. Comme ce sont les mieux éduqués qui partent, au début, l’émigration représente donc une perte sèche. Mais, leur réussite peut inciter les familles à investir dans l’éducation des enfants et favorise l’émulation. Tout dépend, au final de la taille du pays. Les petits pays comme Haïti sont les grands perdants des migrations, alors que des pays comme la Chine y gagnent, notamment lorsque des Chinois éduqués à l’étranger reviennent au pays. Par ailleurs, l’éducation n’est pas suffisante à propager la coopération nécessaire pour stimuler la productivité, comme on le voit dans certains pays africains où la corruption à la tête de l’État favorise les comportements opportunistes en cascade dans les institutions.

Quant aux envois de fonds, très variables selon les pays (50 % des revenus des Sénégalais d’Espagne, mais 2 % des revenus des Turcs d’Allemagne), ils jouent le rôle d’une police d’assurance pour les familles, permettent certains investissements et, sans changer radicalement les choses, aident à lutter contre la pauvreté. Les politiques migratoires laxistes ne leur sont pas favorables car elles permettent aux familles de partir, asséchant ainsi le vivier des destinataires.

D’après Paul Collier, les politiques d’aide au développement et les politiques migratoires devraient être pensées conjointement. C’est grâce au système auquel sont parvenues les populations autochtones des pays d’accueil que les immigrés peuvent envoyer des fonds dans leur pays d’origine. Mais les pays d’accueil n’ont pas eu à payer l’éducation des migrants venus s’installer chez eux. Tout ou partie de cette aide au développement n’est donc en fait qu’un remboursement.

PROPOSITIONS POUR REPENSER LES POLITIQUES MIGRATOIRES DES PAYS D’ACCUEIL

La nation s’est révélée un moyen extrêmement puissant pour relier les gens entre eux, condition du consentement à l’impôt et de la coopération entre individus qui se regardent comme des membres d’une même communauté. Le fonctionnement de l’UE a montré que les Européens n’avaient pas une identité commune suffisante pour porter une redistribution significative, le budget de l’UE ne représentant qu’un peu plus d’1 % de la richesse produite dans les pays membres. L’identité nationale n’est donc pas cet ennemi qui nous ramènerait au pire. Les craintes suscitées par le nationalisme sont dépassées aujourd’hui. Une guerre entre États est impensable et, s’il faut trouver un grief au nationalisme moderne, ce serait de n’être pas assez inclusif et propice au racisme. Mais c’est en minimisant le sens de l’identité nationale que les politiques tendent un instrument politique au diable ! Réduire la nationalité à un ensemble de droits et de devoirs reviendrait à vivre avec des règles, sans empathie. « L’identité nationale est précieuse autant qu’elle est légitime » (p. 345).

L’assimilation est parfaitement cohérente avec le maintien d’une forte identité commune. Elle demande à la population autochtone d’être « le prosélyte de sa nation », renforçant, ce faisant, la fierté nationale. C’est le modèle qui a inspiré la majeure partie de l’histoire migratoire américaine et de celle de la France.

Le multiculturalisme ne demande rien aux immigrés, reléguant ainsi les autochtones au statut de communauté comme une autre, avec le risque que ces derniers s’approprient l’identifiant national. Comment désignera-t-on alors l’ensemble ? Les autochtones ne font l’objet d’aucun discours encourageant de la part du multiculturalisme : « faites de la place, «ne soyez pas racistes », « apprenez à célébrer la culture des autres » (p.347). Si la migration ne rend pas les nations obsolètes, la conjonction de son accélération continue et d’une politique multiculturaliste peut menacer leur viabilité.

Seuls les pays d’accueil sont en mesure de mettre un frein aux migrations qui, laissées à leur propre mouvement, ruineraient les modèles sociaux de ceux-ci et deviendraient excessives pour les pays de départ.  Les modèles sociaux fonctionnels  sont le produit de décennies, de siècles de progrès social et sont la propriété commune héritée de ceux qui sont nés dans les sociétés qui les ont produits. Les autochtones sont donc moralement justifiés à les défendre. L’affaiblissement de l’estime mutuelle est le danger le plus important mais aussi le plus difficile à percevoir. Un constat tardif rend la situation très difficile à corriger. C’est donc le degré de diversité mesuré par la taille des diasporas qui importe pour décider d’un taux d’immigration. On ne peut que suivre Paul Collier sur cette piste, mais encore faut-il disposer des outils permettant d’évaluer ces diasporas et d’une connaissance de leur taux d’absorption afin de décider d’un « plafond soutenable du taux d’immigration ». « Dans la plupart des sociétés, cette information essentielle n’est même pas mesurée correctement, de sorte qu’il faudrait commencer par l’évaluer, puis l’affiner progressivement » (p. 371).

Introduire un plafond à l’immigration nécessite que l’on touche aussi à sa composition. Si l’on veut laisser une place à la sélection par le travail, le niveau d’études et l’employabilité, il faut restreindre la migration familiale. Paul Collier propose une loterie qui donnerait aux immigrés des tickets d’entrée familiaux dans la même proportion que celle des autochtones. J’ai des doutes sur la faisabilité, en tout cas en France, où les liens familiaux avec ceux qui sont nés ou devenus français dominent dans l’alimentation de la migration familiale. Paul Collier recommande aussi d’attribuer des droits variables en fonction de la distance culturelle, laquelle ralentit le taux d’absorption et accélère la croissance des diasporas. Et il ajoute… sans que cette politique soit, « autant que possible, suspecte de racisme » (p. 376). Hum ! c’est pas gagné.

Enfin, Paul Collier invite les pays d’accueil à tenir compte de la vulnérabilité des immigrants, « afin que les sociétés à revenu élevé préservent l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes », tout en réformant le régime de l’asile. L’asile « serait accordé rapidement et généreusement », mais pour un droit de séjour limité dans le temps, en privilégiant les quelques pays connaissant une guerre civile, la persécution de minorités, une dictature brutale ou de graves troubles sociaux. Les réfugiés seraient ensuite priés de rejoindre leur pays, une fois la paix retrouvée afin d’aider à sa reconstruction (p. 377). Sur le papier, ça pourrait théoriquement marcher en cas de conflits, de troubles sociaux ou de sortie d’une dictature, mais moins bien en cas de persécution des minorités et très mal en cas de séjour prolongé dans les pays d’accueil. La proposition de David Goodhart de revenir à une définition plus étroite de l’asile et d’aider à proximité des conflits, où l’argent dépensé permet d’aider plus que dans les villes européennes, me paraît une solution plus réaliste.

Paul Collier insiste sur la nécessité de tout faire pour augmenter le taux d’absorption des diasporas par une politique d’intégration adéquate. La recette pour le désastre étant celle prônée par les défenseurs de la liberté de mouvement combinant une immigration rapide, le multiculturalisme et une protection sociale généreuse.

Enfin, il propose de traiter plus durement l’immigration illégale en infligeant une pénalité à l’entrée : statut de travailleur-invité, payant des impôts sans pouvoir bénéficier du chômage, ne bénéficiant de pas plus de droits à user des services publics que les touristes et se retrouvant en queue de liste pour l’accès à un statut d’immigrant légal plein ; ceux restant dans l’illégalité étant renvoyés sans possibilité d’appel. Paul Collier pense qu’un tel système serait suffisamment répulsif pour rediriger les prétendants vers l’immigration légale. J’ai des doutes et j’ai encore plus de doutes sur la manière dont de telles pratiques seraient accueillies dans des sociétés connaissant un taux de chômage élevé comme la France. Sans parler des défenseurs des droits de l’homme.

La migration répond à des inégalités globales sans les changer significativement. Le facteur le plus important réside dans les modèles sociaux qui handicapent les sociétés pauvres. Elles devront adapter, à leur manière, des idées globales à leur contexte particulier. En l’absence de politiques migratoires efficaces, les pays à haut revenu pourraient devenir des sociétés multiculturelles post-nationales, comme l’espèrent les élites occidentales qui imaginent qu’elles seront ainsi plus stimulantes et plus prospères. Mais, l’histoire nous apprend qu’une grande diversité est plutôt un handicap qu’un avantage. Les sociétés émergentes aux revenus croissants, dont les minorités ont été les premières à partir, deviendraient moins multiculturelles, plus nationalistes, au sens bénéfique du terme, et finiraient par « ressembler aux anciens pays à revenu élevé – avant l’immigration » (p. 390). La montée du multiculturalisme chez ces derniers coïnciderait alors avec son déclin ailleurs !

 


[1] Pour une vision très approfondie de la question lire George J. Borjas, We Wanted Workers, Unraveling The Immigration Narrative, WWNorton&Co, 2016, 240p. On en trouvera un compte rendu ici : http://www.micheletribalat.fr/440197138.

Publié dans Uncategorized | 7 commentaires

« Refonder la Nation dans un esprit d’ouverture »

Voici un texte de juillet 2016, non publié, de M. François Martin, pseudonyme d’un haut fonctionnaire. En deux ans et demi, il n’a pas pris une ride ce qui montre à quel point l’actuel quinquennat est le frère jumeau du précédent. Mais à la grande différence de 2016, aucune perspective d’alternative à la médiocrité ambiante ne permet – pour l’instant – d’espérer autre chose…

……………………………………………………………………………………………………………………………

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Il y a urgence à la rassembler. Or le parallèle entre la situation actuelle et la France de la fin de l’Ancien Régime finissant est saisissant.

On observe l’apparence d’un pouvoir très fort, voire tenté par l’autoritarisme quand il appelle à une union nationale qui ne serait que soumission à ses vues ; mais en réalité, ce pouvoir est impuissant, tout entier personnifié par un Président de la République en spectacle médiatique quotidien, devenu sitôt élu le bouc émissaire national, n’incarnant plus la continuité de l’Etat mais les soubresauts émotifs d’une actualité dérisoire ou tragique.

On observe aussi les intrigues de cour, les postures, et le lancement d’une course des prétendants, non dans l’objectif d’une autre politique, mais surtout pour occuper les palais de la République. Et on observe enfin un pays devenu irréformable, chaque tentative même limitée de réforme de l’Etat se heurtant à des oppositions minoritaires, mais pas moins intransigeantes, et parfois violentes, mettant à mal la concorde civile, quand celle-ci n’est pas attaquée par le pouvoir lui-même : la seule réforme majeure du quinquennat poursuivie avec obstination, au nom du progressisme sociétal, au risque de fracturer la société et au mépris de ses conséquences réelles, ne répondait à aucune urgence autre que partisane.

Les fondements théoriques et philosophiques de l’Etat sont devenus irréels ; à la fin de l’Ancien Régime, la monarchie de droit divin et les privilèges nobiliaires avaient perdu sens ; aujourd’hui, où va la démocratie quand une forte majorité de citoyens rejette massivement la classe politique? Les principes républicains, le souci premier de l’intérêt général, semblent avoir disparu au profit des privilèges de castes sociales opportunistes coupées du pays réel : les Parlements sous l’Ancien Régime, aujourd’hui le monde politico-médiatique, et tous les intérêts corporatistes, minorités de blocage et mutins de Panurge que le pouvoir flatte pour se les concilier, du moins quand ils partagent son orientation idéologique.

Pour éviter une révolte aux dérives imprévisibles, la classe politique doit faire une révolution. Le pouvoir doit, dès [2017], être confié à un Gouvernement d’au plus quinze ministres qui, disposant de la confiance de l’Assemblée, déterminera et conduira la politique de la Nation, avec fermeté et courage, sous l’autorité d’un Premier ministre qui ne soit ni le collaborateur, ni le concurrent du chef de l’Etat ; les députés élus devront organiser de nouveaux Etats généraux, avec les moyens modernes, pour recueillir l’avis de tous les citoyens de bonne volonté, sur les réformes essentielles à la refondation de la Nation ; et ces réformes, préparées en un an par le Conseil économique, social et environnemental avec l’expertise du Conseil d’Etat et de la Cour des comptes, mûries le temps nécessaire à leur acceptation, devront ensuite être conduites sans faillir.

Autres priorités: le réexamen des conditions d’accès et des devoirs liés à la nationalité ; laplace de la France dans une construction européenne indispensable, mais qui ne soit plus une fuite en avant bureaucratique et désincarnée ; le recentrage de l’Etat sur ses missions premières de conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ; la revalorisation d’un Parlement moins pléthorique et réorganisation drastique du millefeuille territorial ; limitation du cumul des mandats dans l’espace et dans le temps ; ouverture et renouveau des fonctions politiques, la politique ne devant plus être un métier, mais tous les métiers devant contribuer à la politique, ce qui suppose un statut de l’élu ; principe de responsabilité, car la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ; tels seraient les principaux préalables à cette refondation.

Transmettre de façon responsable un univers durable à nos enfants: tout législateur, tout responsable politique devrait avoir pour seul horizon l’intérêt des générations à venir. Pour que la jeunesse du pays ne soit plus, comme aujourd’hui, majoritairement anxieuse de vivre dans une société plus dure et moins heureuse que celle de ses parents, et tentée par l’exil quand elle le peut, les responsables politiques doivent indiquer clairement l’orientation de long terme qui structure leur action, dans les deux domaines essentiels pour l’avenir que sont l’environnement et l’éducation.

Une écologie politique dévoyée, au service d’ambitions partisanes et d’une idéologie anti-humaniste, a trahi l’enjeu majeur de l’environnement. Celui-ci doit avant tout être considéré comme la protection de l’homme, qui a des devoirs envers la nature et envers lui-même. Il en résulte la nécessité de choix clairs à long terme sur l’énergie et la protection de la nature. La fin prévisible des énergies fossiles qui dégradent l’environnement impose de choisir le moindre mal qui est l’énergie nucléaire, et à terme, si la recherche s’en donne les moyens, la fusion nucléaire, source pratiquement inépuisable et non polluante. Prétendre que les énergies douces et renouvelables, dont certes un développement raisonnable doit être envisagé, suffiraient à couvrir les besoins du pays est un mensonge irresponsable et hypocrite. La protection de la nature : air, eaux, paysages, biodiversité, agriculture, impose aussi des choix, non des postures ; des actions politiques, non de la communication. Mais protéger la nature, ce doit être aussi protéger l’homme : l’évolution exponentielle du progrès technique, appuyée par les moyens colossaux de quelques firmes mondiales, nécessite de fixer des limites à la transformation démiurgique, aux conséquences potentiellement effroyables sous un couvert rassurant de santé, de l’homme en « post-humain ». Enfin, les enfants sont sujets et non objets de droit : tout ce qui tolère, voire encourage, un marché des droits à l’enfant, les privant délibérément d’un père et d’une mère, doit être résolument combattu dans l’intérêt suprême des citoyens de demain.

L’éducation doit former des citoyens en mesure d’être libres et égaux en droit, les distinctions sociales ne pouvant être fondées que sur l’utilité commune. L’égalitarisme de façade, fondé sur une idéologie dépassée et arrogante, appuyé sur la mesure de résultats privés de sens, ne produit que des inégalités nouvelles, privant de tout espoir d’ascension sociale ceux qui en auraient les capacités, tout en accélérant la concentration des pouvoirs chez ceux qui en ont les moyens. L’éducation doit d’abord remplir son rôle premier d’instruction élémentaire et d’enseignement de l’histoire nationale ; un citoyen ignorant est mûr pour la servitude volontaire, un citoyen inculte n’aimera pas sa Nation. Elle doit ensuite permettre à chacun, suivant sa capacité, d’exercer le métier de son choix : la Nation a plus besoin d’artisans, d’ouvriers, d’employés, de commerçants, d’agriculteurs, d’entrepreneurs, que de chômeurs surdiplômés.

Allier liberté économique et fraternité sociale: aucun régime fondé sur le dirigisme économique n’a jamais assuré la prospérité et la paix. A l’inverse, le libéralisme intégral ne relève que de la théorie économique pure. Des lois sont donc nécessaires pour réguler le capitalisme, mais trop de lois oppriment : quand le droit est illisible, il devient par nature injuste ; vouloir trop protéger détruit l’initiative et étouffe la création de richesses et d’emplois. Notre système de protection sociale, de droit du travail et de santé publique doit être réexaminé dans ses objectifs, son financement et ses acteurs. Pour assurer la concorde publique, la société doit quand il le faut aider ses citoyens, plutôt qu’assister des individus. Enfin, source historique de l’invention de la démocratie et ferment des révolutions, le consentement à un juste impôt est nécessaire. Or l’ensemble des prélèvements obligatoires doit être profondément réformé et reposer sur des règles claires, stables et équitables, la première étant que la contribution commune soit également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

François MARTIN

Publié dans Uncategorized | 13 commentaires

Contre les drapeaux dans les classes

L’Assemblée nationale a voté cette nuit un amendement imposant dans chaque salle de classe la présence d’un drapeau français et d’un drapeau européen. Cette proposition n’est pas issue d’un parti extrémiste, mais, semble-t-il, de la droite LR. J’y suis profondément défavorable. Un drapeau national ou européen, ou autre, est un emblème d’allégeance à une  entité politique. Un régiment porte le drapeau national car il combat pour le pays et au nom de celui-ci. La salle de classe n’a pas vocation à enrégimenter pour une cause ou une autre, sinon celle du savoir. Elle est le lieu sacré de transmission de la culture et de l’intelligence. Cette décision est le signe du renoncement. Le niveau scolaire est frappé par un vertigineux déclin dont toutes les études attestent: orthographe, mathématiques, lettres, sciences naturelles, histoire, géographie… Par ailleurs, le QI moyen des Français est en chute libre, à l’image de tout le monde occidental, mais encore  plus marqué. L’école est malade de l’indiscipline, de la violence et de non respect des professeurs. L’inégalité des chances frappe plus fort que jamais, entre les bons collèges et lycées des centres villes de la bourgeoisie française et les établissements de banlieues qui sombrent dans le chaos absolu. Voilà, et quand on ne sait plus quoi faire pour changer une réalité tragique, on agite des petits drapeaux tricolores ou avec des étoiles, comme des leurres, pour faire vibrer la corde patriotique ou supposée telle. En collant des petits drapeaux partout dans les salles de classe on donnera ainsi l’illusion de restaurer l’autorité. Pourtant, les deux drapeaux ne serviront qu’à recouvrir d’un voile pudique l’échec d’une société, sans doute le pire de tous, à assurer la transmission aux nouvelles générations d’un patrimoine intellectuel.  Tout cela n’a rien à voir avec le patriotisme. La place du drapeau est sur la façade des établissements, surtout pas dans chaque classe. Cela s’appelle la démagogie, ou l’esbroufe. Ou mieux: le ridicule.

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 56 commentaires

Mort annoncée d’un village

Mort annoncée d’un village

(par le maire d’une commune rurale)

Peu importe mon nom et où je suis. Je vais vous raconter ma vie, en ce temps où tout le monde parle d’échange, de dialogue, de démocratie, il me parait utile de vous faire part de ma fin programmée.
Comme 19 800 de mes frères, je suis un village qui n’est plus maître de son destin. Certes je suis très vieux, ma naissance date de plusieurs siècles pour ne pas dire de deux millénaires, malgré ça j’ai de beaux restes car j’entends encore des touristes, qui passent dans mes rues, dirent que j’ai du charme et que mon patrimoine est intéressant. Heureusement il y a encore des habitants qui me trouvent beau, même si beaucoup de ceux-là ont un âge avancé. J’ai aussi la joie de voir de nouvelles têtes et des jeunes venir s’installer chez moi car ils sont à la recherche d’une qualité de vie. Bien que je les entende se poser la question s’ils ont bien fait d’avoir voulu notre compagnie.
C’est pourquoi chers habitants alors que ma mort approche, non pas parce que je suis malade, mais parce qu’ils en ont décidé ainsi. Ils trouvent de bonnes raisons à leurs yeux pour me dire que je ne suis plus capable de vivre. Ils ne le disent pas comme ça. Ils utilisent des mots différents et puis il est vrai que depuis 1992, ils puisent dans mes forces, ils m’affaiblissent lentement mais sûrement.
Voyant l’issue fatale arriver, j’ai décidé de répondre à toutes vos questions, tout du moins de vous expliquer pourquoi j’en suis là. Peut-être après m’avoir lu, saurez-vous me redonner de l’espoir et les Oligo éléments pour me revitaliser.
Il m’arrive de partir dans mes souvenirs où il y avait des commerces, des lieux de rencontres, de nombreuses activités, il y avait une réelle économie comme ils disent aujourd’hui, des cris d’enfants qui couraient, s’interpellaient. Eh, oui ! La guerre des boutons existait presque dans tous les villages de France.
A présent, si un cri d’enfant me fait sortir de mes souvenirs, c’est parce qu’il est devenu rare et dans ces moments de torpeur, ça me surprend, je sursaute.
Il y avait une vraie vie avant ! Certains vont dire que je suis nostalgique ! Eh, bien non ! Je suis optimiste et je vais de l’avant, du moins je fais en sorte car j’ai la chance d’avoir des hommes et des femmes qui me soutiennent et s’appliquent à me tenir en vie. Toutefois, je vois bien dans leur regard, qu’il n’y a plus l’éclat d’entant.
Il fût une époque où mes 4 piliers principaux étaient, le Maire, le Curé, le médecin et l’instituteur. Dès l’instant où l’un de ces 4 membres notables m’a quitté, j’ai pu constater que mon destin commençait à vaciller. Le souffle commença à me manquer et je peux identifier ce sentiment comme le début d’une agonie irréversible.
« Ne vous inquiétez pas » m’ont-ils dit, « nous allons réorganiser le territoire et vous allez vous sentir mieux ! ». Peut-être avait-il raison. Ah oui, j’ai oublié de vous dire que nous avons des grands frères. Comment s’appellent-ils ? Les cantons. Puis pour nous diriger se trouve le département dont le cerveau représentant l’état est la Préfecture. Elle règne en maître pour l’application sans faille des lois.
Pfff…, là encore au fur à mesure que j’avance en âge, je me rends compte que les choses ont bien changées et que certaines désillusions vont naître dans mon cœur.
Que la vie fût belle le temps où tout en respectant les lois, nos initiatives étaient considérées, car notre cerveau à nous c’est le Maire. Il était le décideur de mon évolution, de mon embellissement. Je pouvais me rendre attrayant. Bien sûr comme dans toute famille, il y a des courageux, des peureux, des mous pour ne pas dire des dormeurs, des ambitieux, d’autres n’ont pas d’ambition, etc…
Pour autant, moi qui suis optimiste, pourquoi m’infliger des obligations qui vont à l’encontre de mon évolution, de mon avenir, et surtout de ma propre vie ?
Contrairement à ce qu’ils pensent, je ne suis pas un chat qui ronronne et qui passe mon temps à sommeiller en ouvrant un œil de temps en temps, pour voir si mes maîtres me nourrissent bien à des heures prédéfinies.
Non, je veux vivre ma vie, je veux avancer, je veux exister, j’ai en moi suffisamment d’adrénaline pour avancer et créer.
Tout a commencé dans les années 80. Ne craignez rien, je ne vais pas vous parler de chansons.
Je vais vous parler du début de mes interrogations qui au départ normalement étaient plutôt empreintes d’un vent d’espérance.
La décentralisation ! Oh là ! En voilà un mot qui devait nous redéfinir une nouvelle structure source d’indépendance. La région allait être notre nouveau berceau de développement et être le généreux membre de la famille pouvant satisfaire nos besoins financiers.
Si j’avais bien compris, l’état était là maintenant pour nous donner des orientations, et avec notre grande sœur et nos grands frères sous la surveillance du Préfet seigneur et maître de la préfecture nous étions sensés réaliser nos envies, nos projets et avoir les moyens nécessaires pour continuer à vivre.
Aie ! aie ! nous apprîmes à nos dépends que cela n’allait pas être tout à fait comme ça.
Vous avez parlé de décentralisation ! « Allons voyons, nous dit l’état, ne vous méprenez-pas, je vous donne de l’autonomie, mais c’est moi qui vous dis ce que vous devez faire et comment faire et en plus je vous attribue l’argent comme je l’entends……. Non, non, c’est moi qui décide, vous avez bien compris ».
Alors tout penaud, le Maire informa son conseil municipal de la nouvelle structure administrative. Qui dit décentralisation, dit nécessairement créer des régions. Alors 22 régions vinrent grossir la famille. L’idée parut séduisante. En effet, le fait d’avoir la possibilité de prendre une partie de son destin en main nous donna quelques ailes.
Jusque là pas vraiment de raisons de s’inquiéter. La France est encore dans l’effervescence des années précédentes qui étaient plutôt dynamiques et vivantes. Je me sentais encore bien dans ma peau. On sentait cependant qu’il y avait quelque chose qui se tramait sans vraiment en connaître l’origine et où cela allait nous conduire.
Eh oui ! L’état souverain tient à garder la main mise sur l’ensemble du territoire et tient à imposer sa vision de comment et pourquoi je dois vivre. L’automatisation parfois sous des noms barbares telle que la robotique vient troubler l’existence des différentes activités qui me donne de la vie.
Au fil de mon existence, un être qui n’est pas humain commence à prendre de plus en plus d’importance, tout le monde en parle et veut se l’acquérir. Ordinateur !
La façon dont on en parle, il va révolutionner le monde et d’ailleurs il va même remplacer l’homme dans ses activités ou contribuer à son divertissement. Mais voilà quand il y a des problèmes, car finalement il n’est pas si parfait que ça monsieur l’ordinateur. C’est sa faute. Eh oui ! Commence alors l’ère des gens irresponsables. Donc si je comprends bien, moi village, mes frères et sœurs, nous allons être peuplés d’ordinateurs et d’irresponsables. Ça se complique un peu……
« Mais non », nous disait on ! Déjà à cette époque, on commençait à nous dire, villages vous n’avez rien compris. Donc subitement je devenais ignare ou presque et mon expérience comme mon passé étaient inutiles, tout ce que j’avais appris ne servait à rien et on aller me démontrer un nouveau mode de pensée.
« Le monde évolue donc il est normal que l’on organise mieux les choses et puis au bout du compte vous allez gagner en temps de loisirs », n’arrêtaient pas de nous répéter les grands frères.
Une sensation bizarre m’envahit, comme si je commençais à me vider de mon sang. Les discours répétitifs sur tout ce qu’offraient les villes, le monde urbain, ressemblaient à de belles tentations. Nos grandes sœurs avaient bien compris le message que de façon subliminale, on leur inculquait un mode de vie, un avenir paradisiaque et fantastique.
Dans leur périphérie, elles virent pousser comme des champignons, des centres industriels et pour mieux faire avaler la pilule au début, on les nomma « zone artisanale », des centres commerciaux lieux de productions et de consommations. Au fond de moi je comparais ça aux tentations du diable, où l’inconscience fit le lit de toutes les illusions et des prochaines déceptions une fois l’euphorie passée. Eh oui, je ne pouvais pas offrir les mêmes choses.
Le sang vif qui me constituait et coulait dans mes veines, la population, s’éprit de ce monde qui de toute façon n’a pas fait d’heureux ni d’un côté ni de l’autre. Si moi chaque jour je déclinais, les grandes sœurs virent des quartiers entiers devenir des ghettos aux activités douteuses pour ne pas dire périlleuses. Donc de nouveaux problèmes importants liés à la concentration dans la vie du quotidien se faisaient jour.
Moi je commençais ma descente vers la mort alors que les grandes sœurs devenaient malades de maladies incurables.
Pensez-vous que nos grands frères et surtout les départements et les dirigeants (Gouvernements, élus parlementaires) prirent conscience de cela ? Non.
Les nouvelles façons de pensée, allaient résoudre tout cela, d’autant plus que des hommes identifiés comme conseillers allaient, selon une méthodologie infaillible, nous apprendre à mieux vivre pour nos propres intérêts et dans l’intérêt de tous les habitants de France et de Navarre.
Un nouveau mot nous était imposé : Méthodologie. Remède miracle nous dit-on. « Si vous allez mal, c’est parce que vos Maires, vos secrétaires de Mairie et vos employés communaux n’ont pas de méthode… » C’est bien ce que j’ai déjà dit : « Nous sommes subitement des ignares ».
Mais moi ce n’est pas la méthode qui me pose un problème c’est que je saigne chaque jour un peu plus. Mes commerces ferment, mes artisans s’en vont, mes habitants sont obligés de faire des kilomètres pour trouver du travail, pour acheter à manger, etc… « Eh oh ! ….. Vous m’entendez ? Eh oh !… Je ne suis donc plus audible ? »
« Ah, il y a un problème ». dit l’état, « Nous allons reconsidérer la structure administrative du fait de la décentralisation ». Pour cela notre Maire apprend la naissance de nouveaux bébés administratifs. Les communautés de communes et les communautés d’agglomérations.
Mais alors nos grands frères les chefs-lieux de cantons ne sont plus assez grands et compétents pour travailler avec nous ? Pourtant on faisait une belle équipe ! Nous sommes donc devenus aussi stupides que ça ? L’intelligence serait donc qu’à un certain niveau dans la structure administrative ?
L’état en a décidé autrement. Ah d’accord ! ….. Encore une fois nous devons accepter sans broncher et nous soumettre. Pourtant j’étais personnellement convaincu si dès l’élaboration de la loi, nous nous étions unis pour démontrer qu’il y avait d’autres possibilités, nous pouvions éviter cette multiplicité des couches administratives. Surtout qu’en ce qui concerne la mutualisation, nous avions déjà fait en partie ce qu’il fallait ce qui prouve que nous étions intelligents.
Quand l’état décide, il décide ! Oui, mais…… ! Rentrez dans le rang, il n’y a rien à voir.
Cette grande sœur qui au fond n’était que le regroupement de villages de tailles différentes va également nous imposer notre niveau de représentation. Vous savez c’est comme dans les familles, il y a le petit, le moyen et le grand. Donc plus on est grand plus notre voix a d’importance.
Ça veut donc dire que lorsque j’émets une idée si je suis petit ma voix est peu audible et plus je suis grand plus je suis audible.
Je suis tout à coup en train de prendre conscience, non seulement je me vide de mon sang, mais je n’ai plus trop droit à la parole.
De mes quatre piliers de base, il ne me reste plus que le Maire. L’instituteur est parti car je n’ai plus droit à avoir d’école, le médecin on a préféré élaborer des centres médicaux, car vieillissant il ne trouve plus de remplaçant. Les messages subliminaux inculqués aux jeunes médecins étant que médecin dans le monde rural n’avait pas d’avenir, cela n’aide pas. Quant au curé, si mon Maire s’est battu pour que mon église continue à sonner l’angélus, il y a bien longtemps que la foi ayant elle aussi disparu il n’y avait aucun intérêt à ce que je garde un prêtre.
Nos grandes sœurs, les communautés de communes, ont donc décidé que nous les petits frères nous devions avec la logique de l’état accepter une mort programmée.
Surtout qu’elles allaient être victimes de plusieurs virus. Les virus de la grandeur, de la compétitivité et forcément de la représentativité au sein du département.
Je suis pris de vertige. Serait-on revenu à l’époque, où pour vous soigner, on faisait des saignées au malade ? Il faut dire que je suis bien mal en point, avec tout ce que l’on m’impose depuis deux décennies. Ne croyez pas que mes malaises vont s’arrêter car deux nouvelles lois viennent de sortir.
La loi « Notre » et la loi « des communes nouvelles », tout ça c’est pour notre bien être, et nous précise-t-on, ne vous en faites pas, c’est du volontariat. Tient pourtant il me semblait que quand on est volontaire, c’est un choix que l’on fait soi-même. Alors pourquoi c’est ma grande sœur qui me dit ce que je dois faire et ajoute tu n’as pas le choix ? Il faut dire que certains responsables des grands frères on fait passer le message que si nous nous regroupions, nous serions plus intelligents. Et une couche supplémentaire, nous les petits, nous ne sommes subitement pas assez intelligents.
La première loi impose des tailles minimales aux régions et aux communautés d’agglomérations et de communes car il n’y a une autre maladie qui est apparue, la compétitivité qui impose de ressembler à nos voisins européens. Oh ! …. Je sens l’éloignement entre nous s’agrandir….
De plus elle, nous fait comprendre à mes frères et moi, que nous ne sommes plus compétents pour continuer à vivre. Donc il est normal, que je transfère mes compétences, mon savoir-faire à ma grande sœur la communauté de communes. Pourtant localement j’avais des gens capables et c’était même le moyen de conserver de l’emploi….
La seconde loi me dit que si je me regroupe avec mes frères pour créer une commune nouvelle, je serai plus fort. OK mais pourquoi on me demande de changer de nom, et puis si je perds mon identité, je deviens un hameau. « Mais moi je ne veux pas perdre mon nom ! Je suis vivant, un peu moribond, il est vrai, mais tant qu’il me reste un peu de souffle. Je suis fier de mon nom : vous entendez ? Eh oh ! …. Vous entendez ? »
Une nouvelle étape est franchie, j’observe mon Maire et son conseil municipal, ils sont tristes et n’ont plus beaucoup de motivation. La situation pour certains devient invivable, inacceptable mais dans le brouhaha de la vie moderne, on ne les écoute plus. Certains de mes frères ont couru vers ce soi-disant eldorado et comme le plus souvent, ils donnent l’illusion que tout va bien.
Pourtant si je tends l’oreille pas mal de bruits courent, pour certains cela ne se serait pas vraiment passé démocratiquement ou alors, tout simplement pour d’autres, ils regrettent avec une certaine amertume de s’être laisser entraîner dans une illusion.
Donc si je comprends bien une fois de plus le miracle ne s’est pas produit. La maladie prend de l’ampleur. Elle arrive sous une autre forme, les communautés de communes seraient trop petites et c’est pour cette raison que la maladie s’étend. De nouveaux messages nous sont transmis. « Nous ne pouvons pas rester dans la dimension où nous sommes, sinon c’est la mort assurée ». Il me semble avoir déjà entendu ça !… Est-ce moi qui radote ?
Je constate avec un certain effarement qu’une voie m’est toute tracée. En effet, ma mort est bien programmée, en un peu plus de deux décennies, j’ai perdu mes piliers, je me vide de mon sang, je suis handicapé, je ne suis plus audible, je dois suivre des thérapies qui pour l’instant n’ont pas grand effet, je ne peux plus garder mon nom, on me dit que le monde change. Et malgré ça on fait tout pour me convaincre que c’est de la démocratie.
Il y a quelque chose qui m’échappe ! …. Déjà, j’entends depuis longtemps que l’obésité est un risque majeur pour la durée de vie, donc mes grandes sœurs les communautés de commune, devraient faire attention. Enfin la démocratie, c’est que j’ai la liberté de mes choix et de mon avenir et de m’exprimer et surtout c’est le peuple qui peut exercer sa souveraineté, donc mes habitants. Donc le bon sens de l’expression c’est de bas en haut et pas l’inverse, non ?
Mais mon pauvre, tu n’as rien compris ! Aujourd’hui, la démocratie c’est : tu dois accepter que l’on te dicte ta pensée, ta parole, tes actes, ta vie et ta mort. On appelle ça du formatage ! et en plus aujourd’hui : Tu dois être connecté.
Oui d’accord !… Euh, mais pour être connecté, il faut avoir accès à plein de choses et puis je serai connecté si je retrouve le goût à la vie, du moins si mes habitants ne se sentent pas de plus en plus isolés et que l’on ne contribue pas à leur éloignement.
Il y a une chose qui est sûr, j’ai trop parlé, je suis essoufflé, mon être me fait mal, j’ai encore quelques semaines à vivre tout au plus quelques mois, puisque j’entends des voix qui n’arrêtent pas de dire, il faut que tout soit régler pour 2020.
Il me reste à avertir ma très grande famille, mes frères, mes grands frères et certaines de mes sœurs que je me meurs, malgré mon envie de vivre, de montrer que mon existence a encore du sens, si on me laisse choisir mes propres remèdes à ce mal, à cette exigence du contraire à toute démocratie.
Dois-je me consoler des paroles de Jean d’Ormesson : « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants ».
Je ne crois pas, je ne suis pas un village du genre à baisser les bras et je préfère appeler tous mes frères qui sont aujourd’hui dans le même état d’agonie, de retrouver leur force. De nous unir et de crier tous ensembles « Je ne veux pas mourir, et dire à ceux qui nous dirigent « Tu ne tueras point ! …..»
Ne perdons pas espoir mes frères, la vie nous incite à résister et à écouter le cri de nos habitants qui monte.
Surtout après avoir entendu la parole de jeunes qui nous disent : « En fait vous ne nous donnez pas le choix, vous avez déjà tracé notre chemin de vie. Tout s’accorde à dire que vous n’avez que faire de notre avenir. Vous nous emmenez dans le mur et nous ne pouvons rien y faire. Vous avez donc décidé pour les enfants et les générations à venir. Cela ne vous interpelle pas ? … »
Attention mes frères, le processus est lancé et nous devons en avoir conscience. Notre vie sera fonction de nos choix. Il est grand temps de ne plus nous laisser manipuler. Si nous voulons encore vivre, la décision nous appartient. N’oubliez pas nous sommes 19 800. Si nous cédons alors nous aurons sur la conscience 19 800 cadavres.
Nous avons les moyens à travers nos Maires et nos conseillers municipaux de dire : ça suffit ! Soyons des conquérants. André Malraux disait : « J’ai appris qu’une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie ».
Aujourd’hui, comme le disait Victor Cherbuliez : « Nous sommes en train de fonder une société où les hommes seront tous de bonnes petites machines bien montées, bien outillées, inusables et fonctionnant au doigt et à l’œil. Désormais, pour louer quelqu’un, on dira : Voilà un gaillard de soixante, de cent chevaux. L’homme-piston, voilà l’avenir ! »
Est-ce cela que vous voulez ? Réagissons, il n’est pas trop tard. Pensons aux enfants, à la jeunesse.
Dans hommes il y a humain, ils ont la capacité de penser, de comprendre et de transmettre.
Rebâtissons une structure de proximité à l’échelle humaine. A vous humains de reconnaître vos erreurs. Ne soyez pas nos croquemorts.
Remettez en place un fonctionnement qui a du sens. De la base vers le sommet ; Les habitants, le Maire, le chef-lieu de canton, le département, la Région, l’état. A ce dernier de trouver les solutions pour que ce cheminement soit respecté. C’est ça la vraie démocratie. Et c’est possible !

Un village de France

Publié dans Uncategorized | 14 commentaires

Brexit, Europe, (pour Atlantico)

1-A l’occasion de la présentation de ses vœux à son mouvement « Libres ! », Valérie Pécresse a déclaré : « Je souhaite une Europe qui ne cède pas à la pression du Royaume-Uni car quand on la quitte, cela doit être douloureux ! ». Comment comprendre une telle déclaration -impliquant une forme de soumission de la souveraineté britannique à l’Union européenne- dans un parti se revendiquant du gaullisme ?

Cette déclaration, si décevante de la part de Valérie Pécresse, s’explique par plusieurs facteurs. Elle est dans le sens du vent dominant en tout cas dans les élites françaises, qui n’aiment pas la Grande-Bretagne, éternel empêcheur de tourner en rond au regard de leur idéal fédéraliste. Par ailleurs, elle reflète la faible conscience historique d’une partie de la classe politique qui balaye d’un revers de main ce que l’Europe et la France doivent aux Britanniques, en particulier l’invention des libertés, la démocratie parlementaire et plus récemment, la victoire contre le nazisme. Elle exprime aussi le mépris croissant d’une partie des élites pour les peuples: le Brexit a été décidé par référendum. A travers ces mots, qui consistent à vouloir châtier un peuple pour son choix démocratique, Mme Pécresse, hélas, rejoint l’arrogance d’une partie de la classe dirigeante envers la voix des peuples, le suffrage universel et la démocratie – le pouvoir du peuple. Elle se conforme à une image totémique de l’Europe, réduite au système bruxellois, en négation avec la réalité d’une Europe authentique, définie comme une solidarité entre des hommes et des femmes qui partagent le même continent, la même histoire, une culture et un destin commun face aux grands périls planétaires. Quant au message du général de Gaulle, fondé sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le culte des indépendances nationales, mieux vaut ne même plus en parler tant il est bafoué par de tels propos.

2-En quoi une telle déclaration peut-elle souligner, une nouvelle fois, une évolution idéologique de certains courants internes aux LR au cours de ces dernières années ? Ces mouvements peuvent-ils encore réellement se revendiquer de l’héritage de la droite française ? 

Ce qu’on appelle la droite, comme l’observait René Raymond, est en réalité un amalgame entre des courants d’opinion très divers. Il y a une droite nationaliste et anti-libérale qui a toujours détesté le Royaume-Uni, la perfide Albion, accusée de tous les maux de la création. « Je n’aime point les Anglais. Je les hais même beaucoup plus que les Allemands » écrivait le nationaliste Paul de Cassagnac à la fin du XIXe siècle. Et puis il existe un autre courant dite de droite qui méprise le peuple à l’image d’Adolphe Thiers parlant de la « vile multitude » sous la Deuxième République et obtenant le vote d’une loi qui écarte du suffrage universel les indigents ou les sans domiciles fixes, c’est-à-dire, à l’époque, une partie de la classe ouvrière et les travailleurs agricoles. La rencontre entre ces deux sensibilités se traduit par des paroles qui prônent de punir le peuple britannique pour son choix.

3-En quoi la question européenne est-elle fondamentalement une difficulté pour la droite française ?

La droite française est fondamentalement parcourue, sur la question européenne, par une ligne de partage entre deux courants distincts. Cela remonte au minimum au début du XXe siècle. Il y a dans les années 1920 et 1930 deux sensibilités qui se font face. L’une est nationale, autour de Clemenceau, Poincaré, Tardieu. L’autre est européenne, internationaliste et pacifiste, notamment avec Briand, ministre des Affaires étrangères de Poincaré, qui dès la fin des années 1920 prônait, en harmonie avec le chancelier Streseman, une Union européenne. Après la guerre, le clivage s’est retrouvé dans les années 1950, entre le MRP, pro européen, et le RPF gaulliste, qui se sont lourdement affrontés à l’occasion des débat sur l’armée européenne, la CED en 1954. L’arrivée au pouvoir du général de Gaulle en 1958 a fait pencher le balancier en faveur de l’Europe des Nations, une politique qui s’est traduite par le refus de la supranationalité, la politique de la « chaise vide » pour parvenir au compromis de Luxembourg de 1966, selon lequel, aucune décision de l’Europe des Six, même à la majorité qualifiée, ne pouvait être imposée à un Etat sans son accord. Le départ de de Gaulle a rouvert la cicatrice et le conflit entre partisans d’une Europe respectant la souveraineté des Etats (UDR, RPR), et ceux d’une Europe intégrée, notamment l’UDF giscardienne. En 1992, le ralliement global du parti héritier du général de Gaulle au traité de Masstricht fondant l’Union européenne, derrière Chirac, la défaite politique des trublions Pasqua-Séguin lors du référendum approuvant ce traité a fait basculer la droite, globalement, dans le camp pro-bruxellois. Mais cette uniformisation du discours de la droite sur la question européenne a favorisé l’essor de l’extrême droite qui a récupéré le sujet de la souveraineté abandonné par la droite. Aujourd’hui, dans une période de profond chaos et d’incertitude, en l’absence de leader charismatique et rassembleur de toutes les sensibilités, à l’image de Sarkozy, la fracture se rouvre presque naturellement.)

4) Comment les LR peuvent-ils aborder cette thématique ?

Il y a deux façons de l’aborder. La première, qui a fonctionné longtemps, permettant à la droite d’exercer le pouvoir, notamment entre 2002 et 2017, est de faire taire les divergences en mettant l’accent sur d’autres sujets, comme la sécurité. On a bien vu ses limites. L’autre est au contraire de faire le choix de la lucidité et du courage en cherchant à développer une vision commune de l’Europe. Il faut partir des faits. L’idée politique européenne a eu des résultats positifs pendant un temps: la modernisation de l’économie française grâce à l’ouverture à la concurrence, voulue par le général de Gaulle dans les années 1960, la démocratisation et le développement rapide de l’Espagne, les échanges universitaires à travers Erasmus, le maintien d’une agriculture avec la PAC, les programmes de recherche, les succès d’Ariane et d’Airbus. Aujourd’hui, cette Europe est plongée dans la tragédie: Brexit bien entendu, mais aussi drame franco-italien, quasi-dissidence de la Pologne et de la Hongrie, crise migratoire, démantèlement de fait de la libre circulation Schengen, poussée nationaliste en Allemagne… En pleine désintégration, elle serait bien incapable de refaire ce qui a été accompli dans les années 1960 à 1980. Admettre les faits, la simple réalité, serait un formidable progrès pour l’ensemble de la droite. Et sur cette base, ouvrir une réflexion sur la refondation de l’Europe en partant des solidarités intergouvernementales, de politiques communes, en incluant bien entendu le Royaume-Uni, et du destin partagé de ses nations… Mais bon, nous n’en sommes pas là…

Publié dans Uncategorized | 48 commentaires

Violente poussée de l’idiotie d’en haut

« 34% d’opinion favorable : Macron est très fort, il est en train de gagner le bras de fer avec les Gilets jaunes. » 

Cette déclaration publique est de l’un des commentateurs politiques les plus médiatisés à la radio et à la télévision. Il a même cette étonnante spécificité d’être réputé « de droite ». Si je l’ai relevée, c’est qu’elle exprime à elle seule toute la débâcle intellectuelle de la catégorie des faiseurs d’opinion. Cette star médiatique faisait référence à la remontée de l’occupant de l’Elysée dans les sondages d’opinion depuis janvier (+11%).

Or, un minimum de lucidité devrait conduire tout observateur à constater que non seulement le pouvoir a totalement cédé aux Gilets jaunes sur leur revendication initiale, la taxe carbone, après avoir longtemps exclu toute concession, mais qu’en outre il a lâché plusieurs milliards d’euros pour tenter d’éteindre l’incendie, renonçant au principe de rigueur budgétaire, un des fondements de sa politique. Gagné, le bras de fer contre les Gilets jaunes? Vraiment? La question méritait d’être posée…

Et puis, au moins s’interroger sur la nature de cette remontée dans les sondages: est-elle le fruit d’une hausse en profondeur de la confiance des Français, qui serait liée à une amélioration de la situation du chômage, de la dette publique, de la sécurité, de la maîtrise des frontières, du niveau scolaire, du pouvoir d’achat, de la pression fiscale, de l’image de la France dans le monde? Ou bien est-elle un simple effet mécanique d’un envahissement de l’espace médiatique (« grand débat ») qui ne semble guère avoir d’équivalent dans l’histoire des démocraties – et alors beaucoup plus fragile, sinon éphémère? La aussi, au moins se poser la question…

Enfin, last but not least, est-il vraiment de bon goût de jubiler ainsi, à l’image de la frange lèche-botte (restons polis) du pouvoir médiatique, d’une situation où le président de la République – dont la mission essentielle est d’incarner la Nation – suscite l’avis négatif des deux tiers de cette dernière (34-100= – 66%) ?

Idiotie toujours, effarante: l’arrivée des sondages pour les présidentielles, 2022 plus de trois ans à l’avance.Voilà qui est également sans précédent et témoigne d’un phénomène d’abrutissement consistant à noyer les vrais problèmes du pays, surtout l’impuissance à les résoudre, dans l’ivresse de la politique spectacle et du sensationnel.

Un point de rassurant quand même dans ces pronostics débiles: au regard de tous les précédents historiques (Chaban, Giscard (1981), Barre, Rocard, Balladur, Jospin, Ségolène, DSK, Juppé), jamais, jamais un second tour de présidentielle n’a ressemblé à ce qui était prévu et jamais un favori pour le « trône élyséen », deux ans à l’avance, n’a accompli la destinée promise par les sondeurs. Tel est l’un des fondements de la vie politique française. Alors, que dire de trois ans et plus… Comptons sur la force suprême de l’histoire et son caractère imprévisible  pour nous concocter un scénario, où l’un comme l’autre des deux favoris actuels, se retrouveront dans les choux!

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 37 commentaires

André Tardieu, l’Incompris, Perrin 2019

En remerciant une fois encore, de tout cœur, les personnes qui ont bien voulu s’intéresser à ce livre, voici, pour les amateurs d’histoire du XXe siècle, quatre nouveaux articles  relatifs à ma biographie d’André Tardieu:

Publié dans Uncategorized | 5 commentaires

Accélération de la déchéance politique française

« La stratégie consistant à opposer progressistes et nationalistes fonctionne à plein », constate le commentateur de cet article de BFM. Les derniers sondages confirment une marche « triomphale » du RN et du LREM aux élections européennes. Les projections ne méritent pourtant pas une telle jubilation. 22% en faveur des lepénistes, 20% pour les macronistes. En tenant compte du taux de participation de 2014 (42%), aucune formation politique ne dépasserait un dixième du corps électoral. Cela donnerait 9,2% de l’électorat pour les premiers et 8,4% pour les seconds soit un douzième à peine des Français… Franchement, nul n’a de bonnes raisons de pavoiser… Dans ce climat d’atonie générale, une pression insidieuse vise à enfermer les Français dans un choix caricatural et la focalisation obsessionnelle sur les personnes, plutôt que sur les grands enjeux de l’avenir, n’est pas le moindre des signes de manipulation. Jamais sans doute dans l’histoire de ce pays, on ne s’est autant moqué des Français: tout n’est partout qu’enfumage et mégalomanies destinés à fuir les responsabilités, les réflexions, l’action au service du bien commun. Suivant une logique linéaire, les prochaines échéances électorales nationales en 2022 devraient, comme le formule un écrivain, se jouer sur la question suivante, posée aux Français: « Lequel  je déteste le moins? » Dictature de l’émotion au détriment de la raison. La chute dans la médiocrité, comme un puits sans fond, relève-t-elle de la fatalité?  L’état de désenchantement et la désespérance de l’opinion laisse peu de place à l’espoir d’une mobilisation d’ampleur nationale contre la déchéance d’une démocratie. Reste, sur plus de trois ans, la perspective d’événements imprévisibles et titanesques venant bouleverser les données de la question… Ils ne vont pas manquer de se produire.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 37 commentaires

Grand débat/référendum (pour Atlantico)

1-Alors qu’Emmanuel Macron semble de plus en plus se diriger, dans le prolongement du Grand Débat, vers une réponse institutionnelle (« Si être Gilet jaune, c’est vouloir moins de parlementaires et que le travail paie mieux, moi aussi je suis gilet jaune ! »), ne peut-on pas y voir un risque d’impasse pour Emmanuel Macron, entre une réforme institutionnelle  – pouvant être portée par référendum – qui ne changerait finalement rien au fond de la politique menée ou un refus de sa part d’entamer une telle réforme qui serait alors vue comme une défiance suite au Grand Débat ? 

Le retour aux urnes à l’issue du grand débat est dans une logique démocratique. Il signifie que l’on a pas parlé pour rien et que la discussion débouche sur une décision politique. Cette solution bat en brèche la critique de palabres inutiles uniquement destinés à gagner du temps. Il reste à savoir sous quelle forme cette issue démocratique interviendra. Plusieurs personnalités ont réclamé des élections législatives anticipées. A coup sûr, sur le modèle de mai-juin 1968, cette option mettrait un terme au mouvement social en focalisant l’attention du pays sur les urnes. Le chef de l’Etat semble l’avoir écartée. L’autre voie est celle du référendum. Sur le fond, on ne pourrait que se féliciter d’un appel au peuple et à la démocratie directe. Mais reste à savoir quel référendum. Le président, sur un mode gaullien mettra-t-il en jeu son mandat? Ce serait un choix courageux et républicain, mais aussi une sorte de quitte ou double: quitter le pouvoir par la grande porte, celle de la démocratie, ou bien obtenir une nouvelle légitimité lui permettant de poursuivre son action sur des bases nouvelles. Un tel coup d’audace est fort peu probable. Autre question: sur quoi portera le référendum? S’il concerne les graves problèmes institutionnels qui favorisent l’impuissance publique et le déclin de la France, ce sera une oeuvre salutaire: sortir le régime de sa dérive narcissique en rétablissant le septennat et en le rendant non renouvelable, renforcer le rôle du Parlement, faciliter les référendums, mieux définir les rôles entre le Chef de l’Etat, responsable de la politique étrangère et de défense, et celui du Premier ministre et des ministres, chargés du gouvernement de la France, sous le contrôle d’un parlement souverain. En revanche, si l’objectif est de vendre aux Français une mesure démagogique telle que la réduction du nombre de députés et de sénateurs, un tel référendum, vécu comme un leurre, serait un pas de plus dans la déchéance de notre vie politique nationale

2-En quoi l’architecture actuelle du Grand Débat, qui ne permet pas de parler à tous les Français, aussi bien en raison de la sociologie des participants (les jeunes sont absents ) que des niveaux de contributions variant en fonction des appartenances politiques, peut-elle conduire justement à une situation qui pourrait se retourner contre le gouvernement ? 

http://premium.lefigaro.fr/flash-actu/2019/02/01/97001-20190201FILWWW00106-les-jeunes-grands-absents-du-grand-debat-national.php

Il semble, grosso modo, que la sociologie de la participation au grand débat corresponde assez largement à celle de la France urbaine et privilégiée, le noyau de la France qui participe encore aux élections. Le niveau d’implication des couches populaires, rurales, de la banlieue ou des jeunes, de la France périphérique, paraît moins élevé. Si ce phénomène était confirmé, cela signifierait que le grand débat ne permet pas de résorber la fracture démocratique, qui se manifeste dans la poussé croissante de l’abstentionnisme et par un taux de défiance envers la politique considérable (81% des Français en ont une vision négative selon le baromètre CEVIPOF 2019). Cette hypothèse, si elle était confirmée, signifierait que le grand débat ne touche principalement que la fraction de la population à l’aise avec le régime, ses institutions, ses dirigeants, sa politique. Elle impliquerait que le reste de la population, sa vaste majorité, demeure en marge d’un processus qu’elle analyse comme une opération politicienne et un coup de communication supplémentaire, sans conséquence pour l’avenir. Plus que jamais, cette frange du pays aura le sentiment d’avoir été une fois encore manipulée. Son scepticisme et sa colère en sortiront encore grandis, tout comme la fracture du pays. C’est le danger pour l’équipe dirigeante.

3-En quoi l’habileté d’Emmanuel Macron dans l’instauration du Grand Débat national pourra-t-elle réellement , et durablement, faire l’impasse d’un véritable changement de politique ? Quels sont les risques ?

Le président Macron sent bien que la pays connaît une crise extrêmement profonde. Voit-il juste sur les causes de ce malaise? Sans doute pense-t-il que le pays réagit négativement aux quelques aménagements réalisés sur le droit du travail ou la SNCF. Or, tel n’est absolument pas le cas. Les Français n’ont pas peur des réformes si elles sont utiles et bien expliquées. En revanche, au cœur du problème, il y a ce sentiment, à l’origine de toutes les révolutions, d’une élite dirigeante qui n’a de cesse que de servir ses intérêts, matériels ou de vanité, au détriment de la nation qu’elle a tendance à mépriser. Les mesures vécues comme injustes contre les retraités (csg), les étudiants (apl), la taxe carbone, etc., ont été les détonateurs de cette révolte. Dans la logique ultra-narcissique – jusqu’à l’absurde – du régime, le personnage élyséen lui-même est devenu l’incarnation même de cette injustice qu’il a favorisée par une multitude de provocations verbales ou gestuelles. Un changement de politique consistant à écouter désormais les demandes profondes de la nation, authentiquement et sincèrement, sur les modalités de la construction européenne, le fonctionnement de la démocratie, l’allègement de la fiscalité, l’immigration, le pouvoir d’achat, l’école, les frontières, la sécurité, paraît impossible avec la même équipe au pouvoir. Il ne serait pas crédible: on ne peut demander aux mêmes hommes et femmes d’appliquer une politique contraire à celle qu’ils ont suivi. Rien ne sera possible sans une profonde rupture politique. Ce changement radical devrait passer par des élections législatives, l’émergence d’une nouvelle majorité et d’un Gouvernement chargé de gouverner le pays. Il passe aussi par une transformation des méthodes d’exercice du pouvoir qui devraient être désormais fondées sur une présidence modeste et discrète, déléguant la politique intérieure à un véritable gouvernement et un parlement incarnant au plus près la nation. Le risque sinon est de voir se prolonger, pendant les 3 ans qui restent, la descente aux enfers de la politique française et aux élections générales de 2022, une véritable explosion se traduisant par l’arrivée de démagogues au pouvoir et le naufrage de la France dans un chaos indicible. 

Publié dans Uncategorized | 14 commentaires

Sale temps…

«J’ai beaucoup appris de ces vingt mois. Ça m’a scarifié […] J’ai toujours été sincère et je n’ai jamais voulu blesser […] Cela suppose une conversion personnelle [la mienne] Dans le système où nous vivons, cette franchise [la mienne] n’est peut-être plus possible!» Bien au-delà de la personnalité de l’actuel chef de l’Etat, de quinquennat en quinquennat, l’obsession du « je » a un sens. « Je » victime ou « je » provocateur, la fuite en avant dans la boulimie du « je »  est le signe d’un indicible désarroi. Face aux déceptions, aux échecs, à l’impuissance, à la réalité qui se dérobe, au décalage entre le statut de demi-dieu et le trou béant laissé par la vanité blessé, il ne reste plus qu’à se noyer dans le « je » comme dans une eau saumâtre. Mais attention, le sommet de la bêtise politique  est de penser qu’il suffit de changer une tête par une autre, par ex M. Hollande par M. Macron ou ce dernier par M. le Pen, ou tout autre, pour espérer interrompre la marche à l’abîme. Nous ne vivons en ce moment qu’une étape supplémentaire dans un processus de déliquescence. Non, il faudrait bien plus qu’un simple changement de tête qui en soi n’aurait aucun intérêt. Ce qu’il faut, c’est un bouleversement de la culture politique: l’intérêt général plutôt que la l’obsession narcissique; l’action au service du pays plutôt que la logorrhée communicante; la vérité plutôt que l’esprit de manipulation permanent et le mépris des gens; la politique plutôt que l’esbroufe; l’homme d’Etat désintéressé plutôt que le politicien en quête de réélection; bref, la res publica plutôt que le grand-guignol quotidien. Ce n’est pas seulement une affaire de personne. C’est une question d’état d’esprit, de mentalité, de prise de conscience collective. Et c’est là que les choses sont infiniment plus complexes mais c’est pourquoi tout se joue désormais dans la bataille des idées.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 44 commentaires

14 symptômes de la médiocratie

Tout laisse penser que la face visible de notre pays, c’est-à-dire politico-médiatique, s’enfonce toujours plus profondément, jour après jour, dans la médiocrité.

  • La totémisation: la vie politico-médiatique s’organise obsessionnellement autour d’un gourou national qui change tous les 5 ans, suivi à la trace et au jour le jour, dont chaque geste ou chaque parole fascine, éblouit, hypnotise, à la fois demi-dieu et gibier de potence, réceptacle naturel de la pire des idolâtries comme des frustrations les plus rances.
  • Le spectacle narcissique: la vie publique s’enfonce dans les combats de titans supposés capter l’attention collective à l’image de la guerre le Pen-Macron qui en est le dernier avatar et le plus caricatural.
  • Le déni de réalité: les sujets qui fâchent, inquiètent ou font mal sont passés sous silence ou réduits au strict minimum: le chômage de masse, l’exclusion des jeunes, la pauvreté,  le repli identitaire, la situation des banlieues, la violence d’une société en décomposition, le déclin de la France dans le monde, etc. La réalité a disparu, comme annihilée…
  • La mort du débat d’idées: il n’est plus question, depuis bien longtemps, de la réflexion et du débat sur les moyens de combattre le chômage, l’insécurité, restaurer le niveau scolaire: les idées sont désormais maudites et le mot même – idée – devenu subversif. Les dogmes ont remplacé les idées.
  • Le culte des apparences: le fond ne compte pas, c’est l’image donnée qui vaut; peu importent l’inexpérience, l’inculture, le manque de jugement et l’absence de tout bilan à faire valoir, tant que la tête du candidat est jeune et belle, télégénique.
  • Le manichéisme/sectarisme: tout est noir ou blanc, jaune ou rouge, jusqu’à la haine, la fureur, l’envie de tuer et de broyer, à l’image du débat européen opposant les lumières fédéralistes aux ténèbres populistes et toute tentative d’instiller un minimum de nuance, de sens des réalités et de perspective est vouée aux gémonies. Le sectarisme triomphe. Impossible dialogue: ce qui s’écarte de la droite ligne est maudit et ostracisé.
  • L’hystérie nationale: à chaque jour son lot d’excitation, d’énervement, d’hystérie autour de polémiques venues de partout, d’autant plus virulentes qu’elles sont dérisoires.
  • Le conformisme: l’air du temps pousse vers un conformisme toujours plus impérieux. Sur tous les sujets, il est de bon temps de penser comme tout le monde: Europe, nation, mœurs, frontières, démographie, autorité, économie… Toute velléité de s’éloigner du droit chemin idéologique expose son auteur à l’ostracisation et au lynchage public.
  • La sublimation du vide et du futile: l’univers médiatique donne une importance disproportionnée à l’accessoire, au secondaire, autour des compétitions sportives ou de divertissement, les polémiques s’enchaînent, toujours les mêmes, nulles, dérisoires, grotesques.
  • L’hexagonisme: nonobstant la mondialisation honnie, accusée de tous les maux, le champ d’intérêt est essentiellement hexagonal ou local, et plus grand chose ne semble exister au-delà des frontières – dans un monde sans frontières. Peu importe les grands mouvements de la planète, seul compte l’anecdotique et le futile à notre porte.
  • La table rase: le passé comme l’histoire sont abolis, on oublie tout au-delà de deux ou trois ans et on repart éternellement à zéro ce qui favorise les pires manipulations de l’opinion, à l’image de ces grandes euphories répétitives qui suivent les élections avant de profonde déceptions.
  • Les fausses valeurs quand les pires farceurs, clowns ou pitbulls (sportifs, acteurs ou animateurs)  se voient érigés en nouveaux maîtres penseurs de notre époque assénant leurs leçons, alors que l’intelligence et la pensée paraissent, sauf exception, mis à l’écart du monde moderne.
  • Le nihilisme: aucune limite aux trahisons, déloyautés, retournements de veste, coups de poignard dans le dos à son bienfaiteur, délation, calomnie et diffamation, tout est permis sans la moindre limite, tout est possible, en dehors de toute espèce de moralité ou éthique, dans l’indifférence et la banalisation, avec un seul repère, une seule éthique, boussole de la politique moderne: le culte du je narcissique.
  • Le mépris: tout est permis pour manipuler l’opinion, faire croire à l’action, au mouvement, et plus rien n’arrête le rouleau compresseur de la mauvaise foi manipulatrice. La politique se réduit toujours davantage à n’être qu’une affaire de communication. Le paraître se substitue au faire. Le mensonge et l’hypocrisie deviennent la norme la plus banalisée et le monde se reconstitue à l’aune de la « vérité virtuelle ». « Plus c’est gros, plus ça passe » pourrait être la nouvelle devise nationale.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 37 commentaires

Gilets jaunes, foulard rouges, cravate noire…

Aujourd’hui, en réponse aux gilets jaunes, censés représenter la France périphérique en rébellion contre le pouvoir des élites,  il y avait, paraît-il, des manifestations de « foulards rouges » en solidarité avec le pouvoir; bref, les « lèche-bottes » opposés aux « trublions ». Le pouvoir est à l’origine du mouvement des gilets jaunes par sa taxe carbone avant de la retirer trop tard et dans la précipitation, une volte-face qui a été vécue comme un aveu de faiblesse ouvrant la voie à toutes les surenchères. Depuis trois mois, il n’a pas su répondre au mouvement de colère, ni en matière d’ordre public, ni de discours ou de politique. Il n’a pas su trouver la voie de l’apaisement et de la réconciliation. La contre-manifestation des « foulards rouges » n’est pas non plus à son honneur. La responsabilité fondamentale du pouvoir politique est d’assurer l’unité nationale. La discorde entre les Français est la source de toutes les calamités. Les dirigeants d’un Etat ont pour mission de gouverner le pays, d’effectuer des choix, d’agir et d’incarner la Nation dans son unité, pas d’y favoriser la zizanie. Les foulards rouges prétendent défendre les « institutions et la démocratie ». Mais elles sont en ruines, minées par régime qui a fait, depuis trop longtemps, naufrage dans le culte de la personnalité, écrasant les équilibres institutionnels sans lesquels il n’est pas de démocratie ni de gouvernement possible. La cause de l’équipe au pouvoir est officiellement motivée par le combat contre le lepénisme et l’Insoumission. Mais depuis des mois, et plus encore aujourd’hui, dans le désordre, il ne fait que les attiser par ses maladresses. Si demain un courant protestataire s’empare des commandes de l’Etat, la France aura franchi un nouveau palier dans sa déchéance politique. Le pire est à venir. Sachons-le. Ni gilet jaune, ni foulard rouge, c’est la cravate noire du deuil que nous portons ce soir.

Maxime TANDONNET

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 38 commentaires

André Tardieu, l’incompris (articles le Figaro Magazine et les Echos)

Publié dans Uncategorized | 1 commentaire

André Tardieu, l’Incompris, Maxime Tandonnet, Perrin 2019.

De M. Gérard Bayon:

« Bonjour à toutes et à tous,
J’ai terminé de lire cette biographie qui se lit comme un roman !
Fabuleux personnage méconnu de notre histoire de France. Dommage que la maladie et la rancœur l’aient éloigné trop vite du pouvoir.
Nos politiciens-comédiens d’aujourd’hui devraient lire cette biographie et s’en inspirer dans leur quotidien. C’est vrai qu’ A. Tardieu était un véritable homme d’Etat.
Bravo pour ce merveilleux livre. »

Voici les premières lignes d’un très bel article, paru ce matin dans les Echos, relatif à mon livre sur André Tardieu:

Trois fois président du Conseil dans l’entre-deux-guerres, ministre à plusieurs reprises, journaliste influent, père lointain de la Sécurité sociale, précurseur de la SNCF, initiateur de la première autoroute de l’Hexagone, pionnier de la planification à la française, source d’inspiration pour les rédacteurs de la Ve République, André Tardieu est pourtant, de nos hommes politiques, l’un des plus méconnus, voire ignorés. Maxime Tandonnet a d’ailleurs sous-titré sa biographie L’Incompris.

[…]

Le Point lui a consacré une fort jolie page, et le Figaro Littéraire lui a également décerné un magnifique article. La Marche de l’Histoire de Jean Lebrun,le 14 janvier sur France Inter, m’a permis également de parler de mon livre, à l’occasion d’une émission rendue très émouvante par la diffusion d’un discours de Tardieu et de chansons de Mary Marquet.

Mon personnage et la biographie qui lui est consacrée donnent forcément lieu à quelques polémiques sur le Net, le renvoyant à son image fausse de « réactionnaire »,  alors qu’il était tout autre chose évidemment, et surtout un formidable visionnaire qui n’a cessé de mettre en garde le pays contre le péril hitlérien et la faiblesse des institutions politiques françaises face à cette menace, dans un contexte rongé par le pacifisme. Tardieu m’en voudrait-il de cette tentative de faire revivre sa mémoire par delà les trois-quarts de siècle qui nous séparent de sa mort et de l’avoir ainsi tiré du sommeil où il reposait tranquillement, sur les hauteurs de Menton, après tant de souffrances, de déceptions et de malheurs?

La IIIe République finissante était, sur le plan politique, une époque d’un aveuglement et d’une médiocrité inouïs. Le régime politique français actuel, celui des années 2000, fondé sur l’esbroufe et le grand spectacle narcissique, n’est sans doute pas bien meilleur. Cependant, la IIIe savait quand même produire des hommes d’Etat d’exception, par l’intelligence, la culture, le caractère, le sens de l’intérêt national, à l’image de Tardieu et de quelques autres. La France d’aujourd’hui en est-elle capable? S’intéresser à Tardieu, au-delà d’une personnalité bouleversante, c’est d’abord se pencher sur la notion d’homme d’Etat, et les qualités fondamentales qui différencient l’homme d’Etat du politicien: sens de l’Etat, force de caractère et surtout, vision de l’histoire.

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Menaces sur la liberté d’opinion

Voici mon dernier papier pour le Figaro Vox. Attention! Ce texte n’est en aucun cas l’expression d’un soutien à la candidature de M. Bellamy à la tête de liste des élections européennes comme de nombreux commentaires sur FB le suggèrent. Ce choix n’était pas le sujet (même s’il me semble surtout faire le jeu du binôme favori RN/LREM). En revanche, cette tribune est le signe d’une profonde inquiétude ressentie face à la montée de l’intolérance et des interdits, les menaces qui pèsent sur la liberté d’opinion dans ce pays. L’affaiblissement du sens du débat d’idées, le climat d’inquisition, de chasse aux sorcières ou de procès de Moscou qui se développe à tous les niveaux est un signe supplémentaire du malaise collectif.

*********************************************************************************

La déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen protège la liberté d’expression. Article 10: « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi« . Article 11: « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout homme peut donc écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » La législation française définit, heureusement, quelques limites précises à cette libre expression dans l’objectif de protéger les personnes et les groupes en sanctionnant la diffamation, l’injure, l’incitation à la haine raciale, l’apologie des crimes de guerre ou de terrorisme, le négationnisme. Cette liberté d’expression est l’un des acquis les plus précieux des Lumières, à l’image de la célèbre maxime de Condorcet: « Le droit qu’a chaque particulier d’examiner toute opinion, quelle qu’elle soit, ne peut être attaquée sans tyrannie; et c’est l’attaquer que d’empêcher chaque homme de dire ce qu’il pense sur cette opinion« .

Or, en ce moment, par-delà les cas exceptionnels justement prévus par la loi, une montée générale de l’intolérance aux opinions des autres tend à restreindre le champ de la liberté d’expression. Le champ de ce qu’il est possible d’exprimer sans encourir un passage à tabac en bonne et due forme, ne cesse de se rétrécir. Les propos concernés ne relèvent généralement pas des interdictions légales mais ils heurtent le politiquement correct, l’air du temps, l’idéologie dominante, post-nationale et post-frontière, libérale-libertaire. En dehors de tout cadre légal, le châtiment de cette dissidence prend la forme d’un lynchage sur les médias et sur les réseaux sociaux. La mise au pilori et le déshonneur en sont le prix à payer.

Xavier Bellamy en déclarant « cette question de l’IVG est une conviction personnelle que j’assume« , ces paroles plutôt neutres suffisent à déchaîner un tollé, jusque dans des sphères officielles, et débouchent sur une remise en cause de la légitimité de sa candidature pour la tête de liste LR. Mme Agnès Thill, députée macroniste hostile à la PMA, est accusée par plusieurs parlementaires de son propre camp de « délire islamophobe, homophobe et paranoïaque« , pour avoir affirmé que « l’absence de genre dans le mot parent favorise l’éclosion d’écoles coraniques« . Mme Brigitte Barèges maire de Montauban est huée à Souillac avant d’être lynchée sur Internet, pour avoir oser dire: « J’ai vu dans les cahiers de doléance qu’il faut arrêter l’immigration massive« . Dans un tout autre style, M. Moix, provoque un tonitruant scandale, de plus d’une semaine, pour avoir déclaré qu’à « 50 ans, il n’aime pas les femmes de 50 ans« : des propos sans intérêt, relatifs à ses goûts personnels, qui ne méritent d’ailleurs que l’indifférence, se transforment en véritable psychodrame national.

Certes, un Grand Débat national a été lancé. Mais quelle est son utilité dans un contexte où toute parole déviante expose son auteur à l’opprobre? Que peut-on encore dire publiquement sans être moqué, ridiculisé et diabolisé par le tribunal médiatique? Une sorte de chape de plomb conformiste et de censure morale s’est abattue sur le pays. Tout ce qui s’éloigne des sentiers battus de la parole publique est voué au passage à tabac. L’époque supporte de moins en moins la différence et le pluralisme des idées. La haine, la violence verbale, le lynchage de masse se substituent de plus en plus au débat et à l’échange des opinions. D’ailleurs, le temps des insultes est plus que jamais de retour. Ce qui s’écarte du droit chemin est qualifié, au mieux de populiste et réactionnaire, au pire de fasciste ou de stalinien, et le célèbre point « Godwin » (toute discussion débouche sur l’accusation de nazisme), prolifère sur les réseaux sociaux.

La liberté d’expression était au coeur de la mobilisation nationale sur le thème « Je suis Charlie » à la suite des attentats terroristes de janvier 2015. Force est de constater qu’elle continue à se réduire. Parler de « dictature » au sujet de la France actuelle est bien entendu exagéré voire totalement absurde au regard de la réalité des régimes totalitaires du passé. Cependant, certaines tendances de la vie publique française renvoient bel et bien à des souvenirs obscurs: culte de la personnalité obsessionnel, quasi disparition des partis politiques, affaiblissement du Parlement, progrès de l’intolérance à l’expression d’autrui, incapacité à débattre, uniformisation de la pensée et banalisation de l’insulte. Et si le renouveau de la France commençait par un retour de la tolérance?

Publié dans Uncategorized | 37 commentaires

Crise des gilets jaunes, l’impasse politique (pour Atlantico)

  1. La crise des Gilets jaunes, si elle a bel et bien révélé les failles de notre société, semble aujourd’hui incapable de trouver une issue répondant aux racines réelles de cette crise. Dès lors, le mouvement des Gilets jaunes peut-il vraiment tirer les fruits de son importante popularité en se cantonnant à des manifestations, et ce, sans parvenir à convertir le mouvement en une ligne politique claire ? L’essoufflement du mouvement n’est-il pas inévitable ?

Oui, l’essoufflement est inévitable. Les Gilets jaunes ne peuvent pas indéfiniment mobiliser du monde le samedi pour manifester et maintenir l’attention éveillée autour de leur mouvement. Il y a un phénomène de lassitude qui va se produire. C’est dommage pour eux qu’ils n’aient pas su arrêter ou suspendre leur mouvement à la suite des décisions du gouvernement renonçant à la taxe carbone. Cela serait apparu comme une victoire de leur mobilisation. Depuis son image s’est brouillée avec les actes de violences commis par des casseurs. En outre un (tout relatif) réflexe légitimiste se produit en faveur des dirigeants du pays perçus comme des remparts contre le chaos et les sondages d’opinion et intentions de vote remontent en leur faveur. En effet, aucune ligne politique claire n’est issue du mouvement. Sa force tenait à une logique de refus mais il n’a pas réussi à se doter d’une équipe de leaders ni à faire émerger une ligne cohérente et unitaire. Mais était-il réellement envisageable de transformer une mobilisation sociale spontanée en courant politique?

  1. Du côté du gouvernement, le Grand débat, s’il a le mérite d’offrir un nouvel espace d’expression aux Français, ne semble pas à même de remettre en cause les bases économiques et politiques voulues par Emmanuel Macron. Ne risque-t-on pas d’arriver à une résolution de crise qui se contenterait de laisser le mouvement Gilets jaunes s’essouffler ?

Ce Grand Débat partait du constat qu’il existe un besoin de dialogue et d’écoute dans le pays. Mais il se présente de fait comme une vaste opération de communication en faveur de l’image du président Macron dont la surexposition médiatique atteint des sommets. Dès lors que ce Grand Débat ne sera pas suivi d’élections, il n’est pas de nature à se traduire par un changement d’orientation. La ligne affichée par l’équipe actuelle ne comporte d’ailleurs pas de traits saillants qui pourraient donner lieu à des inflexions (en dehors de la suppression de l’ISF). Elle est dans la continuité du quinquennat précédent, sans véritable rupture: quelques réformes imposées par les directives européennes, une hausse continue des prélèvements obligatoires, la poursuite grosso modo des mêmes orientations sur la sécurité, les migrations, l’éducation, la politique étrangère. Alors, pour masquer cette pauvreté, il faut en faire toujours plus dans la posture, les coups de menton, le grand spectacle narcissique. C’est toujours la même chose: l’agitation médiatique et le culte de la personnalité sont là pour couvrir un néant politique. Tel est le drame de la politique française en général. Le Grand Débat est dans cette logique.

  1. Du côté de l’opposition, les partis capables de gouverner semblent avoir trop hésité, et seuls les extrêmes ont profité du mouvement. Mais ceux-ci sont incapables (pour diverses raisons) de prétendre au pouvoir. L’absence d’alternative ne condamne-t-elle pas cette crise à ne pas trouver d’écho sérieux à moyen terme ?

C’est un autre grand enseignement de la crise des Gilets Jaunes: la droite républicaine a perdu pied. Elle n’a jamais su trouver le juste ton. C’est elle qui aurait pu sortir durablement renforcée de ces événements en apportant des réponses politiques au désespoir et à l’humiliation qui s’exprimaient venus de la France profonde et des laissés pour compte de la mondialisation. Sur la rénovation de la démocratie française, la réorientation de la construction européenne sur un mode plus démocratique et moins bureaucratique, sur la maîtrise de la mondialisation et des frontières, la lutte contre les inégalités devant la santé, l’école, l’impôt, sur tous ces sujets, elle aurait pu avoir des choses à dire. Manque d’imagination, d’audace, de dynamisme: à aucun moment, pour l’instant, elle n’est parvenue à imposer une voix nouvelle et à s’engager dans la voie d’une reconquête de la confiance. Bien entendu, les extrêmes se sont engouffrés dans l’espace laissé vacant. A leur manière, en occupant le terrain médiatique par des gesticulations et des provocations qui mobilisent l’attention. Le néant, toujours…

  1. Dès lors, faut-il s’inquiéter que cette crise s’endorme plutôt qu’elle ne se résolve ?

Oui, le grand drame de cette crise des Gilets Jaunes est qu’elle pourrait s’achèver par une sorte de statu quo. Rien n’ a été réglé sur ses causes initiales, c’est-à-dire le sentiment d’abandon et d’humiliation de la France périphérique. Elle a donné lieu à toutes les récupérations notamment en vue des élections européennes. Les extrêmes ont prospéré sur cette crise. Même l’équipe dirigeante du pays a su finalement en tirer partie elle aussi en bénéficiant d’un réflexe légitimiste face au désordre, si l’on en juge par les derniers sondages. Le face à face entre l’équipe dirigeante et le parti lepéniste en est sorti renforcé, aggravant dangereusement l’impasse de la vie politique française. Mais sur les grands sujets de préoccupation que le mouvement des Gilets jaunes a voulu exprimer, notamment face aux injustices, aux conséquences de la mondialisation et du déficit démocratique, rien n’est changé. On peut même dire que la situation pourrait devenir pire qu’avant en termes de ressentiment dès lors que les Gilets Jaunes sincères et authentiques (hors les casseurs) s’apercevront que leur mouvement, a-politique, a été récupéré par tout ceux qui comptent sur lui pour en tirer bénéfice aux élections européennes.

Publié dans Uncategorized | 13 commentaires

Quel espace pour la droite républicaine?

Voici mon dernier article pour Figaro Vox. Il suggère aux républicains modérés, de choisir une troisième voie fondée sur le bon sens collectif et l’attachement à l’intérêt général, en réaction contre le culte de la personnalité et l’esbroufe qui caractérisent de plus en plus la vie politico-médiatique. Il suggère de sortir du grand spectacle narcissique et d’en revenir à la politique, au sens noble du terme, celui de l’action au service du bien commun. Au vu des réactions, sur les réseaux sociaux, il ne semble pas avoir été bien compris dans l’ensemble. Les derniers sondages montrent d’ailleurs une évolution de l’opinion exactement inverse à la logique de cette troisième voie. Que faire devant l’avalanche de la médiocrité qui déferle? A un certain stade, comment ne pas céder au découragement et à la tentation du renoncement?

********************************************************************************

Après la grande euphorie du « nouveau monde » en 2017, la France est de nouveau entrée dans une période de trouble profond. L’affaire Benalla fut la première secousse d’une grave crise politique qui s’est prolongée en décembre dans la bataille des Gilets Jaunes et l’explosion de violence de décembre dernier. Paradoxalement, cet ébranlement s’est accompagné d’un net affaiblissement de l’opposition de droite républicaine – selon la formule convenue – qui n’en finit pas de reculer dans les sondages d’opinion, notamment en vue des élections européennes (10% selon IFOP). Pire, les défections de plusieurs de ses ténors, pour rejoindre LREM d’un côté et le camp lepéniste de l’autre, nourrissent le sentiment d’une désintégration qui s’accélère.

Les bénéficiaires du chaos ambiant pourraient bien être au nombre de deux: d’une part le président Macron dont la cote de confiance, en hausse en ce début d’année, semble tirer parti d’un réflexe légitimiste entraînant LREM à la hausse (23%); d’autre part Mme le Pen et son RN, qui lui dispute la tête des intentions de vote (21%).

Dans ce contexte, pris dans l’étau du macronisme et du lepénisme, la droite républicaine est-elle condamnée au dépérissement et à la disparition? Son échec est souvent mis sur le compte de la personnalité du président des Républicains, Laurent Wauquiez, auquel il est reproché, selon la formule consacrée, de ne pas « imprimer ». Autres explications habituelles: les querelles d’ego entre ses leaders, ou encore l’incapacité à faire émerger un chef charismatique susceptible de concurrencer Mme le Pen ou le président Macron. En vérité, la difficulté du camp des « républicains modérés » » (comme on disait jadis), à ressusciter une espérance tient à des causes plus profondes.

Au fond, la politique moderne est parfaitement incarnée dans les deux phénomènes dont le duel semble voué à rythmer la vie électorale du pays pour au moins une décennie: lepénisme et macronisme. Tous deux se fondent sur une même exaltation du culte de la personnalité, sublimation d’une image médiatique omniprésente. Ils reposent sur une même stratégie de communication à outrance, les provocations visuelles ou verbales, les petites phrases explosives autour desquelles la machine médiatique s’emballe dans de violentes crises d’hystérie. Ils se fondent également sur le grand spectacle permanent et l’appauvrissement du débat d’idées autour de chiffons rouges et d’épouvantails, tels que la « lèpre populiste » de l’un ou les « élites mondialisées » de l’autre. Sur ce terrain, tous deux paraissent imbattables.

Mais la politique fançaise est-elle inéluctablement comdamnée à une dérive dans l’esbroufe, le grand spectacle narcissique? Existe-t-il, dans la France des années 2020, un espace pour refonder la politique sur la vérité, la raison, le bien commun, le débat d’idées et les projets de société? La réponse n’est pas évidente. Elle tient au niveau réel de la culture politique et de l’esprit critique qui subsiste dans les profondeurs de la nation. Après des décennies de déclin de l’enseignement de l’histoire, du français, de la philosophie, la politique française est-elle définitivement entrée dans l’ère des manipulations de masse? Ou bien reste-t-il dans le pays un socle d’intelligence collective susceptible de fonder une reconquête?

La droite républicaine aurait tout avantage à se positionner à contre-courant de l’air du temps et à réinvestir le champ de la raison et de l’intelligence collective. Sans doute, par delà les mauvais sondages, conserve-t-elle un capital de confiance dans le pays que reflète son ancrage local. Comment le réactiver? Son rôle pourrait être d’offrir une alternative au glissement de la politique française dans l’exubérance, la posture, l’idolâtrie et l’hystérie. L’enquête annuelle de CEVIPOF sur la confiance des Français en 2019 souligne que 81% d’entre eux (+5%) ont une image négative de la politique. Inverser la tendance à l’aggravation de la fracture entre la France profonde devrait être la priorité absolue de la droie républicaine. Il lui faudrait se réorganiser autour du seul débat d’idées sur les grands sujets de préoccupation des français – matraquage fiscal, insécurité, déclin scolaire, maîtrise des frontières, chômage de masse – en se démarquant de la dérive narcissique et hystérique de la politique nationale et de toute forme de personnalisation névrotique. Le choix des hommes et des femmes appelés à défendre les couleurs de la droite républicaine aux élections est essentiel mais n’est pas une fin en soi et doit être vécu comme l’ultime aboutissement de choix de société et du service de l’intérêt général. Bien sûr la voie est étroite mais le pari sur le bon sens des Français mériterait d’être tenté.

Publié dans Uncategorized | 47 commentaires

Brexit, un désastre européen

Le Royaume-Uni se déchire sur le Brexit et traverse une crise politique sans précédent avec le rejet du compromis de Mme May par la Chambre des Communes. L’idée d’une Europe sans la Grande-Bretagne est une monstruosité.  Le Royaume-Uni est une grande nation européenne vainqueur du nazisme et du fascisme. Il a inventé les libertés fondamentales avec l’Habeas Corpus au Moyen-Age, puis la démocratie parlementaire, il fut à l’origine de la révolution industrielle. L’Angleterre est une nation sœur de la France, l’histoire de nos deux pays est totalement liée,  pour le meilleur et pour le pire. Les plaines du Nord-Est de la France sont imbibées de sang mélangé, franco-britannique, pour la défense de la civilisation contre la barbarie au XXe siècle. 200 000 Français vivent à Londres et de nombreux anglais chérissent tellement la France qu’ils ont choisi d’y vivre. L’anglais est la langue vivante étrangère des jeunes français. Français et Anglais se marient depuis des siècles. Toute l’histoire de l’Europe repose sur un équilibre entre la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. L’histoire de l’Europe continentale, séparée ou opposée au Royaume-Unis, est celle de nos pires catastrophes. L’Europe sans le Royaume-Uni est une aberration, à tout point de vue, et le fait de l’accepter dans l’indifférence générale un signe inquiétant de résignation et de progrès de l’obscurantisme.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 58 commentaires

Réflexion sur « le Grand Débat »

Le site d’information Atlantico m’interrogeait hier, avec M. Christophe Bouillaud, sur le « Grand débat ». Dans une démocratie, le débat d’idées intervient toujours avant une élection nationale par laquelle la nation se donne un destin. On débat pendant les compagnes électorales et on agit par la suite. Le pays connaît une crise profonde due à la fracture démocratique, le gouffre entre la classe dirigeante et la nation. Un grand débat, sans vote à son issue, sans engagement de la responsabilité de l’équipe au pouvoir,  serait ressenti comme un leurre désespéré et le signe d’un infini désarroi.

  1. Ce lundi, Emmanuel Macron publie sa lettre aux Français, dans laquelle il doit annoncer les contours du prochain Grand Débat national promis lors des vœux. Cependant, la préparation du débat a connu de vraies difficultés ces dernières semaines. Le casse-tête organisationnel ne fait pas déjà de ce débat une impasse pour le pouvoir ?

Oui, le pataquès autour de la rémunération de Mme Jouanno et la démission de celle-ci n’augurent rien de bon. Pourtant, le véritable problème n’est pas d’organisation. Le réseau de l’Etat sur le territoire est dense et efficace. Les préfecture, les mairies, les établissements scolaires sont bien outillés pour une telle organisation. Le problème tient plutôt aux questions de fond. Dans une démocratie, les grands débats de fond précèdent les élections. Ils doivent avoir un enjeu concret, déboucher sur le choix de personnalités, d’un programme, d’une politique. Les élections présidentielles et législatives de 2017 ont été dominées par un scandale qui a écrasé les débats de fond. Ce débat qui n’a pas eu lieu en 2017, on voudrait le faire aujourd’hui.  Le climat de violence et d’émeutes qui s’est installé dans le pays est le résultat direct des défaillances de la démocratie française que déplorent 72% des Français (CEVIPOF 2019). Le débat qui s’ouvre peut donc s’interpréter comme un ersatz du débat qui n’a pas eu lieu en 2017. Mais il semble, de prime abord, être sans enjeu concret: il ne se traduira pas par des élections ni par un changement de cap politique. Dès lors, on peut douter qu’il suffise pour apaiser les esprits.

  1. Un sondage Eudoxa pour le Figaro montre que ce sont les sympathisants de La France insoumise qui souhaitent le plus s’impliquer dans la consultation (53 %).  Politiquement, le débat ne risque-t-il pas d’être politiquement ingérable ?

4 questions essentielles doivent y être abordées, couvrant un champ très large de la vie publique selon la lettre du président de la République: la fiscalité, l’organisation de l’Etat, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. L’intérêt des sympathisants de la France Insoumise s’explique sans doute par la perspective d’un rétablissement de l’ISF, ou la mise en place d’un impôt équivalent. Mais dans ce débat, chaque participant aura son idée derrière la tête. Il est probable qu’une multitude de revendications vont voir le jour, sur la fiscalité, sur les revenus et le pouvoir d’achat, sur les limitations de vitesse et la sécurité routière, sur l’immigration, sur l’Europe, etc.  Le grand débat s’expose ainsi au risque de la confusion. Nombre de personnes n’y verront qu’une opération de communication, un leurre pour détourner des vrais problèmes et des échecs et pour gagner du temps… Ils accuseront les dirigeants du pays de fuir l’action et les responsabilités dans une ènième opération d’enfumage. D’autres prendront la chose au sérieux, mais feront valoir des propositions déconnectées de tout principe de réalité ou inacceptables pour un gouvernement responsable, par exemple en matière de sécurité routière. La marge de manœuvre des autorités risque ainsi de se révéler étroite… Il est certain que ce grand débat se présente comme un chantier difficile à maîtriser et à canaliser vers des réponses concrètes.

  1. La grande difficulté, et peut-être le plus grand défi ne sera-t-il pas pour le Président de convertir ce débat en une action politique rassembleuse ? Peut-il y arriver ? 

 La France traverse une profonde crise démocratique qui couvait depuis des années ou des décennies. Elle tient au fait que les Français se sentent méprisés par les élites dirigeantes qui sont censées les représenter. Il me semble que le malentendu entre la France dite d’en bas, le peuple, et la France dite d’en haut, la classe dirigeante ou influente, touche en ce moment à son paroxysme. Le grand débat va s’ouvrir sur un malentendu. Une partie du pays est entrée en ébullition, avec le soutien d’une majorité, parce qu’elle veut une révolution de la gouvernance du pays, la fin du culte élyséen de la personnalité, un gouvernement et des ministres qui gouvernent, un parlement qui reflète fidèlement ses aspirations et exprime leurs attentes dans tous les domaines, le recours au référendum pour associer la nation aux grandes décisions qui la concernent, une refonte radicale du fonctionnement de l’Europe pour la rendre moins bureaucratique,  le renouveau de la démocratie de proximité et la réaffirmation du rôle des maires seule source d’autorité de proximité que plébiscitent les citoyens (CEVIPOF). La lettre du président de la République est ambitieuse, parlant d’un « nouveau contrat » national. Pourtant, sauf énorme surprise, les dirigeants du pays, organisateurs du grand débat, ne sont pas dans un état d’esprit se prêtant à une révolution démocratique et un rééquilibrage des institutions. Ils se préparent peut-être à des concessions ponctuelles, sur la fiscalité par exemple, ou sur les 80 km heures. Mais c’est tout autre chose que le pays attend. Pour que ce débat débouche sur une perspective rassembleuse, il faudrait une authentique volonté de rénovation, dans les profondeurs, de la démocratie française. Le débat prend-il ce chemin? Il est permis de s’interroger.

 

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 26 commentaires

Nouvelles d’André Tardieu

Voici un très bel article, sur mon livre consacré à André Tardieu, paru dans le Figaro Littéraire de jeudi dernier:

André Tardieu, l’incompris de Maxime Tandonnet: un  grand destin manqué. Réhabilitation d’une figure politique de la IIIe République, esprit original et visionnaire, tombé dans l’oubli.

Publié dans Uncategorized | 4 commentaires