La question des droits de l’homme en Arabie saoudite

La France a récemment reçu un prince héritier saoudien. Eternel et insoluble débat: politique des réalités ou idéalisme? Dans le premier cas, les intérêts nationaux et les rapports de force doivent seuls être pris en compte dans la vie internationale. Dans le second, les considérations humanitaires doivent l’emporter sur les intérêts matériels ou géostratégiques. L’homme d’Etat responsable, en charge de la destinée de son pays, est contraint de privilégier l’intérêt de l’Etat sur les idéaux humanitaires. Cependant, cette logique trouve ses limites: le réalisme ne doit pas se confondre avec le cynisme. Entretenir des échanges commerciaux et un dialogue minimal, avec un pays qui bafoue les droits de l’homme, peut être inévitable. On n’est pas pour autant obligé ni d’honorer ses dirigeants, ni de passer sous silence les  faits qui s’y déroulent. Le deux poids deux mesures est inacceptable: on ne peut pas, pour des faits aussi condamnables, tantôt brandir les sanctions envers les uns, tantôt fermer les yeux sur les autres pour des intérêts matériels, notamment pétroliers. Le dernier rapport d’Amnesty International – résumé ci-dessous – est en tout cas accablant. Parlons-en ici, puisque le sujet ne semble intéresser personne.

Discrimination – la minorité chiite

Les membres de la minorité chiite faisaient toujours l’objet de discriminations en raison de leurs convictions religieuses. Ces discriminations limitaient leur droit à la liberté d’expression religieuse ainsi que leur accès à la justice, et restreignaient arbitrairement un certain nombre d’autres droits, dont le droit d’occuper un emploi et de bénéficier de services publics. Cette année encore, des militants chiites ont été arrêtés, emprisonnés et, dans certains cas, condamnés à mort à l’issue de procès inéquitables. Quatre hommes chiites condamnés à mort pour des infractions liées à des mouvements de protestation ont été exécutés en juillet. Entre mai et août, les forces de sécurité ont commencé à évacuer le quartier d’Al Masoura de la ville d’Al Awamiyah (province de l’Est), dont la population est majoritairement chiite, afin de procéder à des travaux de réaménagement urbain. Des affrontements armés ont éclaté entre les forces de sécurité et des hommes armés qui refusaient de quitter les lieux. Des armes lourdes ont été utilisées et des tirs d’artillerie sont intervenus, faisant des dizaines de morts et de blessés parmi la population et de graves dégâts matériels dans la ville. Les autorités ont accusé ces hommes d’avoir mené des « activités terroristes » et d’autres infractions pénales, et ont affirmé qu’ils seraient punis. Selon des riverains, les autorités ont empêché les ambulances et les services de secours médical d’accéder au quartier, et de nombreuses familles restées sur place se sont trouvées à court de nourriture, d’eau, de traitements médicaux et d’autres produits de première nécessité. Des dizaines de personnes, dont des militants, auraient été arrêtées et placées en détention durant cette opération. En juillet, les familles de 15 hommes chiites accusés d’espionnage au profit de l’Iran et condamnés à mort à l’issue d’un procès collectif contraire aux normes d’équité les plus élémentaires ont appris que la juridiction d’appel du Tribunal pénal spécial avait confirmé leur peine. En décembre, certaines ont été informées que la Cour suprême avait validé les condamnations, exposant ces hommes à un risque d’exécution imminente. Le Tribunal pénal spécial a continué de juger des militants chiites pour leur participation présumée aux manifestations de 2011 et de 2012. La peine capitale a cette année encore été utilisée contre des opposants politiques. Au moins 38 hommes chiites risquaient toujours d’être exécutés. Quatre d’entre eux avaient été condamnés à mort pour leur participation à des manifestations en 2012 alors qu’ils étaient âgés de moins de 18 ans.

Torture et autres mauvais traitements

La torture et les mauvais traitements en détention restaient monnaie courante. Cette année encore, des tribunaux ont prononcé, ou confirmé, des peines capitales sur la base d’« aveux » obtenus avant le procès et rétractés par la suite. Les agents des forces de sécurité continuaient de se livrer à des actes de torture et d’autres mauvais traitements sur des détenus, en toute impunité. En juillet, les familles de 14 hommes condamnés à mort pour des chefs liés à des manifestations ont appris par téléphone que les sentences avaient été confirmées. Selon les documents de procédure, les 14 hommes ont été maintenus en détention provisoire prolongée et ont affirmé qu’on les avait soumis à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements pendant leurs interrogatoires dans le but de leur extorquer des « aveux ». Le Tribunal pénal spécial s’est semble-t-il appuyé principalement sur ces « aveux » pour prononcer son verdict, et n’a pas cherché à en savoir plus sur leurs allégations faisant état de torture.

Droits des femmes

Malgré les réformes promises par le gouvernement, les femmes et les filles restaient en butte à la discrimination en droit et en pratique. Les femmes devaient toujours obtenir l’autorisation d’un tuteur – leur père, leur mari, un frère ou un fils – pour s’inscrire dans un établissement d’enseignement supérieur, chercher un emploi, se rendre à l’étranger ou se marier. Après avoir fui Al Qassim, où elle subissait des violences dans son environnement familial, Maryam al Otaibi, une militante âgée de 29 ans qui avait participé activement à la mobilisation en vue de l’abolition du système de tutelle masculine, a été arrêtée et placée en détention à Riyadh, la capitale, le 19 avril. Elle a été interrogée après que son père (qui est son tuteur légal) eut déposé plainte contre elle pour fugue. Elle a été remise en liberté sous caution le 30 juillet. L’affaire suivait son cours devant la justice à la fin de l’année, et Maryam al Otaibi risquait d’être de nouveau placée en détention. À son arrivée à l’aéroport de Dammam le 4 juin, Loujain al Hathloul, une défenseure des droits humains de premier plan qui avait été arrêtée pour s’être opposée à l’interdiction de conduire, a été une nouvelle fois interpellée et placée en détention. Elle a été libérée quatre jours plus tard après avoir été interrogée sur ses activités militantes.

Peine de mort

Les tribunaux ont prononcé cette année encore des sentences capitales pour toute une série de crimes, y compris des infractions à la législation sur les stupéfiants ou des comportements qui ne devraient pas constituer des infractions selon les normes internationales, comme la « sorcellerie » ou l’« adultère ». Ces condamnations ont souvent été prononcées à l’issue de procès iniques par des tribunaux qui n’ont pas ordonné d’enquêtes sérieuses sur les allégations des accusés qui se plaignaient que leurs « aveux » avaient été obtenus sous la contrainte, notamment la torture. Dans bien des cas, les autorités n’ont pas prévenu les familles que leur proche allait être exécuté ou ne les ont pas informées qu’il venait de l’être. Le 11 juillet, Yussuf Ali al Mushaikhass, père de deux enfants, a été exécuté en même temps que trois autres hommes pour des infractions à la législation antiterroriste liées à leur participation à des manifestations antigouvernementales survenues dans la province de l’Est en 2011 et 2012. Sa famille n’a appris son exécution qu’après coup, par une annonce des autorités diffusée à la télévision. Le tribunal semble avoir largement fondé la condamnation sur des « aveux » qui, selon Yussuf al Mushaikhass, lui avaient été arrachés sous la torture et d’autres mauvais traitements. Said al Saiari a été exécuté le 13 septembre. Alors qu’il avait conclu qu’il n’existait pas d’éléments suffisants pour le condamner, le tribunal général de Najran avait prononcé la peine capitale contre lui en 2013. Il s’était fié aux déclarations sous serment du père de la victime qui, bien que non présent sur la scène du crime, était persuadé que Said al Saiari était responsable de la mort de son fils.

L’Arabie saoudite a exécuté 153 personnes en 2016, selon un décompte élaboré par l’AFP à partir d’annonces officielles. Le royaume ultraconservateur, régi par une version rigoriste de la charia, la loi islamique, est l’un des pays ayant le plus recours à la peine capitale, appliquée dans des affaires de terrorisme, de meurtre, de viol, de vol à main armée et de trafic de drogue. Le 2 janvier, 47 personnes avaient été exécutées en une seule journée pour « terrorisme », notamment le dignitaire et opposant chiite saoudien Nimr al-Nimr, dont la mise à mort a provoqué une crise avec l’Iran. En 2015, 153 personnes avaient également été exécutées en Arabie saoudite, selon un décompte de l’AFP, un niveau alors inégalé depuis 20 ans dans le royaume.

 

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Discussion politique

J’ai eu récemment un long échange téléphonique avec une personnalité politique du camp des républicains. Mon compte-rendu, reconstitué de mémoire, en est strictement authentique, je le certifie sur l’honneur. Il est important car il témoigne de la difficulté des jours à venir.

  • Mon cher,  que pensez-vous de la situation générale?
  • Elle est dramatique. Nous avons un pouvoir politique qui ne cesse de fuir dans l’illusion et les manipulations, jouant sur l’effet d’abrutissement d’un pays qui ne croit plus en rien et qui fait naufrage.
  • C’est-à-dire?
  • Vous le savez comme moi: la situation catastrophique des banlieues, dont plus personne ne parle, le chômage de masse, la pauvreté, l’endettement public, l’explosion du communautarisme islamiste, le terrorisme, 250 morts en France sur trois ans, la crise migratoire, l’effondrement général du niveau  scolaire… Tout n’est plus que gesticulation, polémique et mensonge pour faire croire au mouvement alors que la politique du pays s’enfonce dans les pires travers qui l’ont entraîné là où il est, laxisme financier, écrasement fiscal, négation  de l’Etat de droit, renoncement face à la violence.
  • Vous êtes un peu pessimiste…Les gens attendent autre chose que du pessimisme.
  • Qualifier de pessimisme ce qui n’est que réalisme, simple constat factuel, est la quintessence de la bêtise moderne. Un peu comme la masse et les élites qui ne voulaient rien voir entre 1933 et 1940, bref, le troupeau bêlant.
  • Vous proposez quoi au fond?
  • Je suis pour une révolution de l’intelligence politique. Il faut dénoncer l’effondrement intellectuel de la France, à travers le culte de la personnalité, le culte du chef,  l’effondrement de la culture politique dans l’émotionnel, d’amour ou de haine, qui se développe sur le terreau de la bêtise politique et qui interdit la réflexion et les débats de fond.
  • Les Français ont toujours eu besoin d’un chef pour les guider. Il n’y a pas qu’au Front national ou chez LREM que le chef incarne l’avenir. Nous aussi devons nous donner un chef. Le besoin d’un chef à aimer, à adorer et auquel obéir est partout, au coeur de toute vie politique aujourd’hui comme hier.
  • Les Français ne sont pas aussi cons que vous ne semblez le penser.
  • Ce n’est pas ce que je dis, mais je vois bien les militants au quotidien, il veulent un leader, un chef à aimer, à applaudir, à aduler, auquel confier leur destin, c’est ce qu’ils attendent de nous. Il en a toujours été ainsi.
  • Les militants ne sont pas la France.
  • Qu’est-ce que vous proposez?
  • Je propose qu’on arrête de se ridiculiser en pensant tout le temps en termes du prochain président de la République. Organisez la politique autour du débat d’idées et du projet d’avenir, c’est la seule chose qui doit compter aujourd’hui!
  • Du débat d’idées, il en faudrait! Mais ce n’est pas là que les choses se jouent. Vous n’empêcherez pas que toute la vie politique  est de fait en train de s’organiser autour de la prochaine élection présidentielle! Il y aura le Pen et Macron en 2022. A nous aussi de trouver notre chef pour proposer une alternative. C’est le chef qui compte. Et chez nous, des écuries sont en train de se constituer en vue des prochaines échéances autour des chefs, chacun est en train de choisir son camp! Il y a déjà les écuries P…, W…, R…, B… C… Tout le monde choisit son camp. Une lutte titanesque se prépare. C’est la vie que voulez-vous.
  • Même C se prépare…?
  • Ben oui, lui aussi, qu’est-ce que vous croyez?
  • Mais enfin, il faut se projeter dans 4 ans! Il y aura une gigantesque rejet  du pays envers le culte narcissique de la personnalité et l’idée de chef providentiel. Les Français seront au fond du gouffre. Ils demanderont autre chose qu’un chef providentiel. Ou alors ils préféreront l’original à la copie! On ne peut pas jouer en permanence sur l’indifférence, l’apathie, la perte de l’intelligence politique. Il y a des limites à ce qu’un pays peut supporter! Et puis, si l’on en revient, en 2022 à une nouvelle bataille de pitres vaniteux, ce sont quoi qu’il arrive,  les médias et les juges  qui choisiront leur champion, comme en 2017! Vous vous ferez niquer une fois de plus. Et le dégoût des Français atteindra de nouveaux sommets.
  • Mais ce sont les institutions qui reposent sur l’idée du chef et qui veulent cela!
  • Si les institutions entraînent la France à l’abîme, il faut les changer, sauf à vouloir marcher à l’abattoir comme un troupeau de moutons.  D’ailleurs, les institutions ont été trahies, dévoyées, bafouées, empoisonnées, tout ceci n’a plus rien à voir ni avec la Ve République, ni même avec l’idée de République d’ailleurs, res publica, la chose publique, l’intérêt général. Nous n’avons qu’une chose à faire pour l’instant: repenser collectivement les fondements mêmes de la politique française.
  • Mais il y a quand même eu de Gaulle!
  • Tout individu osant se prendre pour le Général, aujourd’hui, où espérant l’imiter d’une manière ou d’une autre, est mûr pour l’hôpital psychiatrique et la camisole de force. Je le dis comme je le pense.
  • Et puis, le débat d’idées est secondaire en politique moderne. Quant au mot « collectif », il est devenu maudit, il les révulse, ils en ont horreur. La politique est devenue une affaire de leader charismatique, d’image et de spectacle. Et c’est le meilleur qui gagne.  Le mot collectif leur donne la nausée à tous. Tous n’ont pas le moindre doute d’être le meilleur. Ils sont chacun dans son coin à préparer son accession inéluctable à l’Elysée. Que voulez-vous que je vous dise?
  • Au fond, nous sommes dans le système Badinguet.
  • Badinguet?
  • Oui, Louis-Napoléon Bonaparte, Napoléon-le-petit. Et je pense aussi à bien pire dans l’histoire.
  • Je vous ai compris.
  • Au fond, la France, tout le monde s’en fout.
  • Pourquoi me dites-vous cela à moi et sur ce ton? Je sais que vous avez raison…

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Analyse de la réforme constitutionnelle (pour Figaro Vox)

Une Constitution vaut par la qualité du gouvernement d’un pays qu’elle permet. Or, sur le long terme, la situation de la France s’est plutôt dégradée: chômage, communautarisme, violence, pauvreté, déclin de l’influence internationale, chute du niveau scolaire et intellectuel, crise migratoire, abstentionnisme… Les institutions ne sont évidemment pas seules en cause et la qualité des hommes et femmes au pouvoir est également en question, tout comme l’état d’esprit général de la Nation. Pourtant, elles y contribuent et exercent un rôle dans la sélection des élites dirigeantes et le façonnage de la culture politique à travers le modèle qu’elles donnent au pays. Il est légitime de vouloir changer un système qui ne donne pas satisfaction. Encore faut-il que la réforme soit dictée par le service de l’intérêt général et non la quête d’un avantage politicien.

Le projet actuellement en discussion touche le Parlement: réduction drastique du nombre des députés et des sénateurs (30%), limitation à trois mandats consécutifs, introduction d’une dose de proportionnelle (15%). Cette proposition peut se comprendre si elle a pour objectif de recentrer et d’améliorer la condition du travail parlementaire. Cependant, elle peut avoir l’inconvénient de désigner implicitement les parlementaires en boucs émissaires des déficits publics, à travers l’idée de réduire leur nombre pour faire des économies. Or le coût de la démocratie en France n’est en rien responsable du niveau astronomique de la dépense publique. Celle-ci, 57% du PIB (dix points au-dessus de la moyenne de l’Union européenne) s’explique par le poids des dépenses sociales: 31,5% du PIB contre 26,7 % en moyenne européenne. Il ne faut pas qu’une réforme constitutionnelle ait pour effet de traiter les parlementaires en parias. Et pour cela, il n’existe qu’une solution: le respect de la souveraineté du Parlement qui doit pouvoir se prononcer lui-même sur son effectif optimal. Et surtout, des garanties absolues sont indispensables pour éviter que la modification de son format ne serve de prétexte à des redécoupages arbitraires dans l’intérêt d’un parti.

Mais l’essentiel est ailleurs. La réforme envisagée ne touche pas à la vraie question de fond: celle de la dérive présidentialiste du régime français. Le quinquennat présidentiel, l’élection du chef de l’Etat juste avant l’élection législative, pour un mandat coïncidant avec celui des députés, a transformé l’Assemblée nationale en  annexe du pouvoir élyséen. D’ailleurs, l’élection législative n’intéresse plus les Français, au vu du taux d’abstention de 51% en juin 2017. Les maux qui étaient reprochés au régime d’Assemblée, sous les IIIe et IVe République ont, basculé de l’autre côté de la barrière, et contaminé le pouvoir exécutif :  obsession de la réélection et du maintien dans les Palais, politiques fondées sur la démagogie, immobilisme sous le voile de la communication à outrance et de la gesticulation, culte de la dissimulation et de la manipulation. Les aspects les plus contestables de la IIIe et de la IVe République ont ressuscité sous d’autres formes, mais en pire, figés, hors contrôle, sans possibilités de sanction ni de mise en œuvre d’une responsabilité politique pendant cinq ans. La stabilité est un trompe l’oeil dès lors qu’elle devient le masque de l’impuissance et de la déconnexion croissante entre le pouvoir et le monde des réalités.

La vie démocratique est désormais entièrement soumise à l’élection présidentielle, c’est-à-dire à l’émotion collective autour de l’image d’un personnage, façonnée par ses talents d’acteur et le jeu des préférences médiatiques. Puis, le culte de cette image, s’appuyant sur la dépolitisation de la société et son déclin intellectuel, s’impose, dans l’indifférence et l’aveuglement, comme la fin en soi du régime au détriment du bien commun. Par mimétisme, elle devient le but ultime de la vie publique. Le culte narcissique envahit les esprits de la classe politique au détriment du service de l’Etat et de la Nation. L’émotion collective autour d’un visage – d’amour ou de haine – se substitue à la raison, au sens de l’intérêt général, et achève de tuer la politique, au sens noble du terme.

Les solutions existent: l’instauration d’un septennat présidentiel non renouvelable permettrait de restaurer un chef de l’Etat au dessus de la mêlée, impartial, visionnaire, garant de l’unité et du destin de la nation, responsable de la politique internationale et de la sécurité, dont le mandat serait déconnecté de celui des parlementaires; l’affirmation du rôle du Premier ministre comme seul responsable de la politique intérieure devant le Parlement; l’élargissement des conditions de recours au référendum, pour les sujets qui engagent l’avenir de la Nation; la démocratie de proximité. Comment restaurer la res publica, la chose publique? Hélàs, la vraie question susceptible d’enrayer la chute de la France sur le long terme, au coeur du tabou français, n’intéresse (presque) personne…

Maxime TANDONNET

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Réflexion sur le mouvement social

Rien ne justifie le blocage actuel du pays. Le pouvoir a martelé qu’il ne touchait en aucune façon aux droits acquis des cheminots: le régime de retraite n’est pas concerné, ni les grilles de salaires, ni les avantages personnels dont ils disposent, ni leur système de rémunération. La question des petites lignes est esquivée. Les mesures annoncées ne touchent pas à l’endettement. Elles prévoient un changement de statut juridique, passage d’un établissement public à une société à capitaux public, comme la poste, rien de plus. L’ouverture à la concurrence est reportée aux calendes grecques. La grève s’est déclenchée sans le moindre sens ni la moindre justification. Comme souvent, le mouvement social a un caractère politique. Il est dans une logique de rapport de force. Le gouvernement veut tenir pour donner des signes de fermeté à l’opinion. Le mouvement syndical veut le faire céder pour affirmer sa puissance alors qu’on le dit en déclin. Nous sommes en plein nihilisme français, en pleine absurdité, dont les usagers sont les victimes, des étudiants qui ne pourront pas aller au cours et passer leurs examens, des travailleurs empêchés d’aller au bureau ou à l’usine au risque de perdre leur emploi. Le blocage du pays, sans raison, est une monstruosité. Pour le pouvoir, le risque est considérable. Sauf si une solution émergeait dans les meilleurs délais, il ne peut sortir que perdant de l’épreuve. Si le mouvement perdure et se durcit, il se retrouve dans une impasse. S’il ne cède pas, il donne le sentiment de jouer le pourrissement et sera rendu responsable de l’enfer subi par les usagers pour une réforme sans enjeu. Alors, il risque de sombrer dans une impopularité dont il ne se remettra jamais. S’il cède après avoir laisser les choses dégénérer, c’est encore pire: il sera accusé non seulement d’indifférence envers la détresse de la population, mais en plus de faiblesse. Et comment céder sur du néant? La voie serait alors ouverte à une crise politique. Tout est ambigu dans cette affaire. La réforme ne touche en aucun cas aux intérêts des cheminots. Dès lors, on pourrait imaginer que la mobilisation soit fragile et retombe vite. Toutefois, nul ne voit quel en est le sens et l’objectif véritable . Donc, cette réforme est privée, sur le fond, d’une puissante motivation qui pourrait susciter une adhésion de l’opinion. Rien n’est pire qu’un mouvement social qui repose sur du passionnel: faire plier le pouvoir comme un but en soi et tenir bon comme un but en soi. Le mythe du « nouveau monde » continue de s’effondrer. Il s’est construit sur une image de nouveauté, de jeunesse, d’optimisme. Le choc entre cette image et le monde des réalités est explosif.

Maxime TANDONNET

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Aggravation de la persécution des chrétiens dans le monde

Basé sur une étude de terrain, l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens apporte une analyse objective de la situation vécue par 215 millions de chrétiens dans les pays où la persécution est forte à extrême. 

Aujourd’hui, 1 chrétien sur 12 subit une grave persécution qu’elle soit violente ou oppressante.

  • Malgré le recul de groupes extrémistes, la persécution subsiste : Au Nigéria, Boko Haram a reculé mais le pays est le 2ème pays où les chrétiens subissent le plus de violence.
  • Le nationalisme religieux s’installe et se durcit en Asie du Sud-Est : L’Inde fait partie des pays qui connaissent les plus fortes hausses de persécution. Les extrémistes hindous agissent en toute impunité.
  • L’Afrique reste le continent le plus violent pour les chrétiens : C’est en Afrique que le taux de chrétiens gravement persécutés par des groupes islamistes  est le plus élevé. 1 chrétien sur 7 y est gravement persécuté (81 millions).
  • Au Moyen-Orient, en Syrie et en Irak, la chute de Daesh a interrompu le génocide des chrétiens mais les attentats et les persécutions se poursuivent. Le Coptes en Egypte vivent dans la terreur et les violences.
  • La persécution continue à augmenter, pour la 5ème année d’affilée : La persécution croît cette année d’1,13 %: 3066 tués du fait de leur religion en 2017, 1922 emprisonnés et 793 églises ciblées par des attentats. Depuis 2014 on constate une montée constante de la moyenne des points de persécution.

 Il existe de nombreuses définitions de la persécution. Pour l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens, nous avons opté pour une définition large qui prend en compte:

  • la violence et les discriminations. Exemple : une explosion due à un acte terroriste dans une église et/ou l’interdiction par les autorités de construire une église.
  • les diverses situations vécues par les chrétiens. Exemple : Être battu en prison en raison de sa foi et /ou perdre son travail en raison de sa foi.

« La persécution est un traitement injuste envers des chrétiens en raison de leur croyance. Cela inclut les attitudes, les paroles ou les actes. »

Maxime TANDONNET

 

 

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Qui est responsable?

Une étude a été menée par Marc Hecker, directeur des publications de l’Institut français des relations internationales (Ifri) et enseignant à Sciences Po. Il s’est penché sur les jugements de 137 personnes majeures condamnées en France dans des affaires de jihadisme entre 2004 et 2017.

Il ressort de cet échantillon que les radicalisés sont âgés de 26 ans en moyenne. On compte 131 hommes et six femmes. Dans 90% des cas, ces jihadistes sont nés dans des familles nombreuses ou très nombreuses, et fréquemment disloquées. 40% sont issus de quartiers défavorisés. Près de la moitié n’a aucun diplôme. Par ailleurs, les situations de chômage (36%) et d’emplois précaires (22%) sont majoritaires. 40% des individus étudiés avaient déjà été condamnés au moins une fois pour des faits de violences, vols, escroqueries, trafic de stupéfiants ou délits routiers. 69% des cas examinés sont français. 59% des personnes ont des parents originaires du Maghreb. Par ailleurs, on compte 74% de musulmans de naissance et un quart (26%) de convertis à l’islam.

L’étude n’a relevé, dans son échantillon, aucun cas de « loup solitaire ». Elle dépeint plutôt des hommes souvent guidés par une dynamique de groupe, via une fratrie ou des amis qui se connaissent parfois depuis les bancs de l’école. Et internet seul, selon l’étude, ne suffit pas à la radicalisation : il permet surtout les rencontres, la communication et la préparation d’actions. L’enquête montre des jeunes gens qui étaient plus instruits religieusement dans la première décennie des années 2000 que ces dernières années, même si « dans les groupes plus récents, il arrive qu’un individu se distingue par ses connaissances religieuses ».

Depuis trois ans,  la France est ensanglantée par une vague terroriste islamiste qui a fait 250 morts. Elle est d’assez loin, la nation européenne la plus touchée. Sans doute est-ce là, dans une relative apathie et un climat d’inconscience, le pire drame de l’histoire de France depuis la fin de la guerre d’Algérie. Tout ceci n’est pas tombé du ciel, n’est pas le fruit d’une quelconque fatalité. La capacité d’oubli, de déni du réel, de distraction et détournement des esprits – penser à autre chose – est vertigineuse.  Cette tragédie, nous le voyons bien, à des causes liées à un certain état de la société, donc elle est la conséquence de politiques ou  de non-politiques. Pour espérer en sortir, il faudra un jour, inéluctablement, poser la question des responsabilités.

Rien n’est plus stupide et délirant que d’accabler les seuls dirigeants actuels. La responsabilité, de toute évidence, est collective et de très long terme. Les gouvernants, à des degrés divers, qui se sont succédé à la tête du pays depuis plusieurs décennies, ont une part de responsabilité. Dans l’aveuglement, ils ont favorisé ou laisser faire des volumes de flux migratoires excédant les capacités d’accueil du pays, sans les politiques d’intégration nécessaires, et se traduisant par des phénomènes de chaos dans les cités de non droit qui sont la source du malaise présent. Les faiseurs d’opinion, et donneurs de leçons des médias, de la presse, des universités, ont sublimé pendant des décennies le communautarisme en ignorant les dangers de créer une société fragmentée – donc violente – et cultivé l’angélisme. Les partis politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ont aussi leur part de culpabilité: les uns cultivant le politiquement correct pour gagner les élections et fermant les yeux; les autres prônant, dans la plus grande hypocrisie, l’ouverture intégrale des frontières sans le moindre intérêt pour ses conséquences; ou encore diabolisant ces sujets par une surenchère de provocations haineuses à des fins électoralistes.

Comme toujours, ce sont les hommes et les femmes de la majorité silencieuse qui payent de leur sang et de celui de leurs enfants les aberrations, les lâchetés, les abandons de la France dite « d’en haut ». Il en est ainsi dans toutes les guerres.  Le mot responsabilité est devenu  maudit, tabou dans la France officielle. Il fait peur. Un jour, il faudra bien poser la question de la responsabilité.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Lecture: la décadence, JB Duroselle 1932-1939, IN, 1979

Encore un vieux livre, planqué au fond d’un rayon de bibliothèque, un grand classique… Je m’y suis (re)plongé le weekend dernier avec délice. Il fait le récit de la succession des renoncements des démocraties face à la montée de l’Hitlérisme, qui emporte le monde vers l’apocalypse à partir des années 1930: une histoire d’aveuglement, de bêtise et de lâcheté. Il est souvent question des accords de Munich du 30 septembre 1938, par lesquels les démocraties française et britannique ont livré la Tchécoslovaquie au Führer allemand. Mais il y eut auparavant un renoncement aux conséquences titanesques.

Le traité de Versailles de 1919 et le pacte de Locarno de 1924 (signé par le gouvernement allemand de l’époque) prévoyaient la démilitarisation définitive de la Rhénanie,  une zone tampon entre la France et l’Allemagne, sur le territoire allemand, cruciale pour la sécurité de la France.  Le premier véritable coup de force de Hitler a consisté à violer ce principe, au cœur de l’équilibre européen, en décidant le 7 mars 1936 la réoccupation par l’armée allemande de la Rhénanie. Face à cette violation flagrante du droit international qui engendrait un péril immédiat pour la sécurité de la France, une intervention militaire s’imposait.

En 1936, la suprématie militaire de la France et de la Grande-Bretagne sur la Wehrmacht était en effet incontestable et considérable, sur tous les plans. En quelques jours, l’armée allemande, encore désorganisée, privée de commandement, pouvait être balayée.  D’ailleurs, des documents le prouvent désormais: Hitler avait donné des ordres, par avance, de reculer en cas de réaction française. En cas d’intervention militaire, l’engrenage de ses coups de forces et l’élan des succès nazis, conduisant à l’apocalypse, eût été à coup sûr brisé. Mais voilà, la France et son gouvernement ont renoncé à se défendre. Voilà,  raconte JB Duroselle, comment l’aveuglement, la lâcheté et la bêtise humaine ont conduit l’humanité à l’abîme:

 » La première dépêche envoyée par François-Poncet [notre ambassadeur à Berlin] le 7 mars, atteignit le Quai d’Orsay à 9H30. L’ambassadeur annonçait la convocation du Reichtag pour midi. A 10H30, il fut reçu par Von Neurath. Le ministre allemand lui remit un mémorandum de neuf pages dénonçant le traité de Locarno et proposant une négociation […] Il demanda à Von Neurath si l’Allemagne allait envoyer des troupes en zone démilitarisée. Des détachements symboliques lui répondit le ministre. Le télégramme atteignit le Quai d’Orsay à 11H30. Un autre télégramme, téléphoné à 15H40, indiquait que 19 bataillons et 13 groupes d’artillerie participaient à l’opération. Le coup de force avait donc eu lieu un samedi, au milieu de la matinée […] Un bon jour, députés et ministres se trouvant presque tous dans leurs circonscriptions, loin de Paris. Le 7 mars, le gouvernement ne pouvait se réunir […] Mal préparée, stupéfaite, apeurée, l’opinion manifeste une réaction d’une rare unanimité: « surtout, pas la guerre ». La presse paraissait le dimanche 8 mars. Elle fut absolument opposée à toute réaction énergique. Les communistes publièrent un manifeste: « Hommes, femmes, jeunes, unissez-vous pour empêcher le fléau de la guerre de fondre à nouveau sur nous. » Les socialistes donnèrent la plume à Paul Faure: « L’hypothèse, en tout cas, que nous refusons d’admettre, c’est que la guerre puisse surgir du conflit ouvert par le coup de théâtre de Berlin. » L’Oeuvre »,  radicale, intitula son éditorial du 8 mars: « grave? oui! La fin de tout? C’est à voir! […] Le mouvement franciste de Paul Burcard estimait que « la menace ne pouvait être écartée que par une loyale entente entre la France, l’Italie et l’Allemagne. » Le plus violent fut l’Action française. Une énorme manchette était ainsi libellée: « la République a assassiné la paix! […] Et d’abord, pas de guerre, nous ne voulons pas la guerre (Charles Maurras) ». Au lendemain du Conseil des ministres du 8 mars, le président du Conseil Albert Sarraut (radical) déclarait à la radio: « Nous ne laisserons pas Strasbourg sous le feu des canons allemand ». Le lendemain, le 9 mars, se réunissait de nouveau le Conseil des ministre. Que dit le général Maurin? Qu’une intervention militaire n’est possible qu’avec l’Angleterre, et que, du côté français, elle impliquerait une mobilisation générale. Cette demande provoque un tollé au Conseil des ministres: la mobilisation générale, à six semaines des élections, c’était une folie! »  D’ailleurs, l’Angleterre, comme la Belgique, s’opposent résolument à toute action militaire. Une seule décision est prise: « la France fait appel aux signataires de Locarno de la SDN (société des Nations) ». C’est-à-dire: rien du tout. Hitler vient de remporter une victoire décisive et déterminante. L’abîme vient de s’ouvrir sur le destin de l’Europe. »

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

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Qu’est-ce qu’un héros?

Depuis le sacrifice du lieutenant-colonel Arnaud Beltram, le mot « héros » est au cœur de l’actualité, de tous les éditoriaux et des commentaires médiatiques. Donner sa vie pour sauver un inconnu est la quintessence d’un héroïsme à connotation chrétienne, de celui qui accomplit le sacrifice suprême pour sauver celle de l’autre, et à travers lui, l’humanité. Les héros, dans le sens le plus authentique du terme, ne sont pas légion dans l’histoire contemporaine. Ce mot renvoie naturellement à la mémoire des résistants qui donnent leur vie pour la libération de millions de compatriotes, et au premier d’entre eux, fusillé par la Wehrmacht à 41 ans, un autre militaire, un marin, Honoré d’Estienne d’Orves. Le geste du lieutenant colonel renvoie inévitablement à une autre image, celle de saint Maximilien Kolbe, prêtre polonais exécuté par les nazis à Auschwitz après avoir pris la place d’un otage père de famille.
Le frère d’Arnaud Beltram a trouvé les mots justes: « Je pense que ce qu’il a fait va au-delà de l’engagement de son métier. Il est parti en héros. Il a donné sa vie pour un inconnu, il savait qu’il n’avait pratiquement aucune chance. Il a quand même été très conscient de ce qu’il faisait, il a gardé ses réflexes, notamment en laissant allumé son téléphone. (…) Si on ne le qualifie pas de héros je sais pas ce qu’il faut faire pour être un héros. Il n’a pas hésité une seconde, il a fait ce qu’il fallait. Grâce à lui, on a sauvé de très nombreuses vies. » La mère de l’officier a eu des paroles bouleversantes : « Je savais que c’était forcément lui. Il a toujours été comme ça. C’est quelqu’un qui, depuis qu’il est né, fait tout pour la patrie. C’est sa raison de vivre, défendre la patrie. Il me dirait : « Je fais mon travail maman, c’est tout. » Cela fait partie de sa façon d’être. »
Les échos de la presse ne reflètent sans doute que partiellement l’émotion qui étreint le pays depuis trois jours. Tout un pays est bouleversé, comme il l’a rarement été, par le sacrifice du lieutenant colonel. Arnaud Beltram a donné sa vie pour des inconnus; mais combien d’inconnus, dans les foyers de la France dite d’en bas, la majorité silencieuse, dans les villes, les banlieues, les campagnes, n’ont pas pu retenir leurs larmes en apprenant la nouvelle de sa mort? Cette émotion collective est impossible à mesurer, mais chacun sent bien à quel point la secousse est profonde et la France ébranlée.
L’acte d’héroïsme d’Arnaud Beltram intervient comme un miroir inversé de la société française visible, médiatique, officielle. Les valeurs qu’il exprime sont à l’inverse de l’air du temps dominant. Son sacrifice, au paroxysme du don de soi et du courage absolu, contraste étrangement avec le spectacle quotidien que donne la France supposée « d’en haut »: naufrage dans l’égoïsme, dans le cynisme, la course à l’argent facile ou à la notoriété médiatique, le mépris des gens, l’individualisme absolu, la dictature de la vanité obsessionnelle, la lâcheté de ceux qui tournent les yeux face à la violence, l’indifférence, le culte de la délation, du lynchage médiatique et de la calomnie… Le geste du lieutenant colonel exprime l’esprit chevaleresque, comme venu d’un autre âge, l’humilité du don de soi opposé à l’exubérance narcissique qui s’est emparée des esprits.
La France est un aujourd’hui un pays plongé dans le chaos, privé de repères, comme déboussolée. Elle ne voit son salut et son avenir nulle part. Une méfiance généralisée s’est emparée des esprits. Elle en croit plus en rien. La parole politique est décrédibilisée, tout autant que celle des experts et des intellectuels. Les Français n’espèrent plus rien de leur démocratie – d’où l’abstention –, ne croient plus en l’impartialité de la justice et rejettent les personnalités politiques nationales (enquête CEVIPOF janvier 2018). Les événements de ces trois dernières années, l’incapacité des gouvernements face à la crise migratoire et la vague du terrorisme islamiste qui a ensanglanté le pays, ont jeté une ombre sinistre sur l’avenir.
Dans ce contexte lugubre et infiniment délétère, que seuls les imbéciles ne veulent ou ne peuvent pas voir, le sacrifice du lieutenant-colonel se présente comme un message d’espoir, à l’image des dernières paroles des Résistants fusillés par les nazis. Nous pouvions légitiment en douter, mais nous le savons maintenant: l’héroïsme, le sens du devoir et du sacrifice, exactement le même que celui des héros de l’histoire, est toujours vivant, comme une ultime braise, enfouie sous les cendres de la médiocrité, mais prête à rejaillir et à redonner un sens aux mots vie, espérance, destin…

Maxime TANDONNET

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Hommage à Arnaud Beltrame

Que dire de plus qui ne soit pas dérisoire dans le contexte de la nouvelle tragédie qui vient de frapper la France? Le geste du lieutenant-colonel de gendarmerie, Arnaud Beltrame, qui donne sa vie en prenant la place des otages en vertu de sa conception du devoir, est celui d’un héros, au sens le plus authentique du terme. Il fait penser au sacrifice des premiers résistants, par exemple Honoré d’Estienne d’Orves, fusillé à 41 ans par la Wehrmacht . Il fait penser au geste de Maximilien Kolbe, prêtre polonais qui prend la place d’otages massacrés par les nazis dans un camp de concentration. Il est presque surréaliste que dans cette avalanche de lâcheté et de médiocrité qui nous submerge au quotidien, puisse subsister une poignée de héros, prêts à donner leur vie pour des inconnus et pour l’honneur de leur pays, un Français sur 10 000, un sur 100 000; mais cela existe, la preuve en est faite. Depuis six mois,  plus personne ne parlait du danger terroriste ou islamiste. Un couvercle de béatitude optimiste était tombé sur le pays. Ceux qui disaient « attention! » étaient traités de pessimistes, de ringards, de ronchon, n’ayant rien compris au nouvel ordre optimiste qui rayonne sur la France. Après la nuit, la lumière, il fallait oublier, se saouler de béatitude. Et le sang vient de couler à nouveau, au fond de la province. Il n’existe pas de plus grand mensonge que celui selon lequel la France doit « s’habituer à vivre avec le terrorisme ». Telle est la grande imposture – l’appel au fatalisme – de ces dernières années. Le terroriste islamiste était, comme toujours, connu, fiché. Nous savons qu’après la défaite de daesh au Moyen-Orient, l’Europe dont la France qu’ils haïssent plus que tout, sera leur prochain champ de bataille. Nous savions que cela allait se reproduire et que le pays allait devoir sortir de sa torpeur. Le sacrifice d’Arnaud Beltrame ne doit pas être « pour rien ». Nous pensons infiniment à lui, à sa vie fauchée et à ses proches. Notre admiration, notre reconnaissance est sans fin. Il est de ces gestes qui sauvent l’honneur d’une nation, de l’humanité. Le lieutenant-colonel est au côté d’Estienne d’Orves et de Maximilien Kolbe. Comment se montrer digne de ce sacrifice?

Maxime TANDONNET

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La curée

Il est fascinant d’observer le traitement médiatique dont l’ancien chef de l’Etat fait l’objet. En dehors du Figaro et de Valeurs actuelles, la quasi totalité des médias et de la presse française prennent part à un fantastique lynchage collectif du gibier de potence. Il est bien évidement présumé innocent et accablé par les seules accusations de personnages douteux ou anciens notables d’une dictature féroce. Mais cela n’a aucune importance: il est le coupable, la victime émissaire au sens de René Girard. Prendre part à la destruction de son image, à son immolation est une nécessité impérieuse pour la meute qui se déchire ses dépouilles. Quant au financement des campagnes électorales des autres candidats vaincus ou gagnants, il n’intéresse absolument personne. Personnellement, je n’ai pas le moindre espèce de doute sur la nature des accusations dont il fait l’objet. Mais cela n’a strictement aucune importance dans la tempête actuelle. L’essentiel, c’est de comprendre l’hallali médiatique sanglant contre Sarkozy, le passage de son statut de « premier français », de 2007 à 2012, à celui de gibier de potence national en 2018. Je ne crois pas au complot destiné à l’empêcher de « revenir ». Qui peut être assez stupide pour imaginer qu’il ait l’intention de briguer un retour en politique politicienne? Non, le phénomène est plus profond, plus dramatique. Il relève de la psychologie de la foule médiatique, de l’inconscient collectif, des instincts les plus obscurs de la nature humaine: syndrome du puissant, détrôné, tombé aux mains de la foule hystérisée. La horde, dans le chaos mental, se reconstitue en se déchaînant contre un personnage objet de haines indicibles qui des années plus tard, retrouvent leur acuité; elle jubile de sa vengeance un peu comme la foule assoiffée de sang qui se bouscule pour être aux premières loges de la mise à mort d’un condamné, une scène d’autant plus excitante si l’on devine que ce dernier est innocent.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Les Kurdes, peuple sacrifié

L’armée turque d’Erdogan s’est emparée hier de la ville kurde d’Afrin, en Syrie, avec le soutien des « rebelles syriens ». Plus de 1500 combattants kurdes ont été massacrés. Qui sont les Kurdes? Un peuple de 40 millions personnes environ, de langue indo-européenne et de religion musulmane, à majorité sunnite. Ce peuple est déchiré entre quatre Etats, la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran. Il a été délibérément sacrifié par les Européens lors du partage du Moyen-Orient à la suite du démembrement de l’Empire Ottoman, dans les années 1920, malgré les promesses qui lui ont été faites. Les Kurdes ont été victime des opérations d’extermination de Saddam Hussein par gaz chimiques.  Ils ont été à l’avant garde de la lutte contre l’Etat islamique daesh de 2014 à 2017. Des femmes Kurdes ont pris les armes pour combattre la barbarie sanguinaire. Les Kurdes ont été les alliés des chrétiens d’orient et des Yazidis, eux aussi atrocement martyrisés et victimes des massacres de daesh. Aujourd’hui ce peuple déchiré par un partage frontalier qui a nié son existence, se voit lâchement abandonné par le monde occidental. A l’issue de l’invasion d’une parcelle du territoire des Kurdes de Syrie, par les forces armées d’Erdogan, les Etats-Unis comme l’Europe ont fermé – ont baissé – les yeux. Le monde occidental est prompt à s’indigner quand la Russie annexe la Crimée. Mais il garde un silence coupable et honteux quand l’armée turque massacre des kurdes et occupe leur territoire.   Infâme deux poids deux mesures. Cette  insupportable lâcheté, envers des hommes et des femmes qui ont combattu daesh, pour l’honneur de la civilisation humaine, nous la paierons un jour. Solidarité avec le peuple kurde!

Maxime TANDONNET

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Comment tenir le coup?

Pour l’infime minorité des personnes lucides sur l’état du pays et sincèrement préoccupées par son avenir, la situation de 2018 est sans doute pire que celle de 2013. Nous avions alors l’espoir de alternance en 2017.

Le délitement s’accélère – pauvreté, exclusion, migrations non maîtrisées, communautarisme, dette publique, déficits, matraquage fiscal, déclin intellectuel.

Mais aujourd’hui, les repères sont brouillés et l’horizon de 2022 n’offre guère d’espérance crédible. Pis: nous sentons bien les progrès de l’abrutissement à travers le triomphe de la personnalisation et de l’émotionnel – adoration ou détestation – et des postures narcissiques, au détriment du sens de l’intérêt public, dans un climat d’apathie et de naïveté.

Nous voyons sombrer le sens du bien commun dans le foisonnement du pire de la vie politicienne: mégalomanie forcenée, cynisme, trahisons, mensonges, carriérisme, manipulations, mépris des gens, culte de la personnalité qui ne concerne plus seulement les extrêmes, de droite comme de gauche, mais désormais tout l’échiquier idéologique, dans le dédain absolu de l’intérêt public, l’abêtissement et l’aveuglement collectif.

Alors que faire? comment vivre cette tragédie? Voici quelques recettes, sans prétention, toute personnelles.

  • Rejet de toute forme de propagande médiatique et du lavage de cerveau quotidien: les grandes chaînes de télévision et les radios nationales ne sont rien d’autres que des outils de conditionnement des esprits. On peut y jeter un coup d’oeil ou d’oreille pour constater à quelle vitesse ils se dégradent. Mais il faut surtout les fuir et n’utiliser la télévision et la radio qu’à bon escient: excellentes émissions d’histoire sur ARTE, jolis moments de musique sur radio classique.
  • Exigence d’une information factuelle et impartiale (apurée des états d’âme des soi-disant experts) que l’on ne trouve guère que dans la presse écrite, (le Figaro) et sur les sites d’agence d’information (afp, reuter) aujourd’hui accessibles par Internet.
  • S’enivrer de lecture, de savoir, de connaissances et de réflexions; à chacun ses livres de chevet mais je conseille tout particulièrement la lecture de brefs essais qui fournissent des outils de compréhension du monde, des armes contre l’abêtissement. Dans le désordre, par exemple: Mythes et mythologie politique, de Raoul Girardet; Penser la Révolution française, François Furet; Le totalitarisme, Hannah Arendt; Psychologie des foules, Gustave le Bon; L’ère du vide, Gilles Lipovetski; La violence et le sacré, René Girard, Regards sur le monde actuel, Paul Valéry. Et bien entendu, tous les classiques, n’importe quel livre bien écrit que l’on prend du plaisir à lire…
  • Fuir les crétins: aucun dialogue, aucune discussion n’est possible avec eux. Il ne faut surtout pas perdre son temps ni essayer de les convaincre; éviter d’entrer dans un débat stérile car les crétins ont toujours le dernier mot. Une seule solution, les éviter, les fuir. J’appelle ici crétins toute sorte de personnes emprisonnées dans les certitudes et inaptes au moindre doute. Le mot crétin est synonyme d’obtus.
  • Cultiver un jardin secret: De tous les slogans de mai 68, le plus  stupide est aussi le plus consensuel, « tout est politique ». Non tout n’est pas politique. Avec ses amis authentiques, il faut savoir parler de la pluie et du beau temps. Et la liberté consiste avant tout à s’organiser un domaine réservé, secret interdit au public, qui doit être considéré comme plus cher que la vie elle-même: une famille, une maison au bord de la mer, un chalet dans la montagne, une forêt, un jardin, une passion, en se disant: quoi qu’il arrive, sauf à me tuer, les salauds ne viendront pas me chercher ici.

Maxime TANDONNET

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Réflexion sur le mouvement social (pour Atlantico)

1-Si seuls 42% des français trouvent le mouvement de mobilisation contre la réforme de la réforme SNCF justifié (IFOP pour CNEWS et SUD RADIO), ils sont 57% à estimer que la politique du gouvernement sur l’amélioration des services publics ne va pas dans le bons sens (ISPOS SOPRA STERIA. Or, dans un sondage datant de septembre 2014 (IFOP pour EY) 77% des français estimaient que le service public devait être préservé car il fait partie de l’identité française. Dans sa volonté de cibler les cheminots, le gouvernement n’est-il pas en train de manquer une dimension hautement politique qui est la défense de l’identité française au travers du service emblématique qu’est la SNCF? Un tel sujet pourrait-il, sur cette base, être une source de cristallisation du mécontentement des Français à l’égard d’Emmanuel Macron ?

 Il me semble qu’il y a deux sujets distincts dans ce dossier, celui du statut particulier des cheminots et celui de l’avenir de la SNCF en tant que servie public. Les sondages que vous évoquez marquent bien cette distinction dans l’esprit du public. Une majorité est favorable, dans un souci d’égalité, à ce qu’elle perçoit, à tort ou à raison, comme des privilèges des cheminots, sur l’âge de la retraite, la gratuité des voyages où les tarifs avantageux pour la famille. En revanche, il est certain que la remise en cause du service public de la SNCF, la privatisation du rail, c’est-à-dire le retour au régime qui prévalait jusqu’à 1938, n’est pas une idée populaire dès lors que dans l’esprit des usagers, elle se traduirait par une diminution de la qualité du service et une hausse du prix des billets. Pour l’instant, le gouvernement a réussi, par sa communication, à dissocier les deux volets de la réforme en se focalisant sur la réforme du statut des cheminots. Si l’opinion se persuade que la France se dirige vers une privatisation et une remise en cause du service public – malgré le démenti formel du gouvernement – la réforme peut très vite basculer dans l’impopularité. D’ailleurs, il faut toujours se méfier des sondages dans ce genre de circonstances. Aujourd’hui, peut-être qu’une majorité se déclare favorable à la réforme du statut des cheminots. Si le conflit s’enlise et si la vie des Français en est perturbée, l’opinion peut basculer à une vitesse vertigineuse…

 2-En quoi ce cas d’espèce masque-t-il une dimension nationale qui pourrait être masquée par une dimension sociale à laquelle s’attaque le gouvernement ? 

 Oui, en effet, le sujet ne peut pas se réduire à son aspect économique et social. Il peut s’enflammer et prendre rapidement une dimension politique nationale majeure. D’ailleurs, les arrière-pensées politique n’en sont probablement pas absentes. La France est confrontée à des enjeux colossaux, sur les banlieues, la sécurité, le chômage qui touche toujours au total environ 5 millions de personnes, la pauvreté, le déclin du niveau scolaire, la violence quotidienne, la dette public et les déficits sociaux. Pourquoi faire du statut des cheminots une priorité ? Les effectifs de la SNCF se sont effondrés : 500 000 en 1938, 213 000 en 1988 et 146 000 en 2016. A y regarder de près, le statut  des cheminots, par exemple leur rémunération (1658 € brut en début de carrière) ne semble pas scandaleux. En outre le gouvernement a déclaré qu’il ne toucherait pas au système des retraites ni aux facilités personnelles consenties aux cheminots. Dès lors c‘est probablement un choix politique, une question de symbole qui prédomine dans la position du gouvernement. L’image est au cœur de la politique moderne. Le pouvoir politique entre dans une logique de démonstration de force alliant une image d’autorité, de fermeté et de réformisme. La forme, me semble-t-il, compte au moins autant que le fond.

​3-Ne peut-on pas voir ici une symbolique opposant des « élites mondialisées » perçues comme composante du macronisme, accentuée par l’accusation d’une politique menée en faveur des riches par le gouvernement au reste du pays, marqué par un attachement au territoire qui peut être révélé par le cas de la SNCF ?

Ne parlons pas  « d’élites mondialisées » une formule très connotée. En revanche, le grand danger pour le pouvoir est que ce conflit s’enlise et soit ressenti, à un moment où à un autre comme un combat entre d’une part la bourgeoisie privilégiée et d’autre part la population des cadres, employés ouvriers, voire des retraités lésés par la hausse de la CSG. Le pire pour le pouvoir en place serait une cristallisation des mécontentements et des frustrations s’identifiant à la cause des cheminots. La réforme en cours de la SNCF correspond en partie à des orientations décidées à Bruxelles, même si cet aspect apparaît peu dès lors que la réforme dans sa présentation, est focalisée sur le statut des cheminots. Dans le climat actuel de l’Europe, avec le Brexit, les situations politiques en Allemagne et en Italie, la révolte de l’Europe centrale, nous pouvons avoir un effet de radicalisation de l’opinion en France contre une réforme qui apparaîtra comme ayant été imposée par une technostructure bruxelloise remettant en cause un service public du transport ferroviaire auquel les Français sont attachés. Il suffit sans doute d’une étincelle, d’un enlisement du conflit qui perturbe la vie quotidienne des Français pour que l’opinion bascule. Dès lors, cette opération présentée comme dirigée contre des avantages (réels ou supposés) d’une profession, pourrait être interprétée, dans l’esprit d’une majorité, comme une manœuvre globale contre les intérêts de la population. La situation deviendrait vite explosive. Il n’est pas certain que le pouvoir prenne ce risque. L’issue pourrait être de faire passer une réforme a minima, vidée de substance, qui ménagerait in fine l’amour propre de tout le monde.

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La question du régime politique

L’image de la politique italienne et allemande soulève nombre de réflexions et de commentaires. Le régime parlementaire de ces deux pays donne lieu à des recherches de coalition politiciennes, des négociations interminables et stériles. L’immense majorité des « experts » radio-télévision en concluent que les Français s’en tirent mieux avec leur système « présidentiel ».

Le constat me paraît superficiel, fondé sur les apparences immédiates. Il faut juger d’un régime sur le long terme, dix quinze ans au moins: favorise-t-il, sur plusieurs années, un gouvernement du pays compatible avec le bien commun. Pour cela, la bonne démarche est de comparer les résultats: chômage, commerce extérieur, état de l’industrie, déficit, pouvoir d’achat, violence, pression fiscale, dette publique, prélèvements obligatoires, niveau de pauvreté, maîtrise de l’immigration et intégration des populations issues de l’immigration, influence internationale, sécurité, niveau scolaire… Une fois cette comparaison faite, il est possible de juger de la réussite respective des régimes politiques.

La Constitution n’est qu’un aspect de la question du régime. Le mode de sélection des élites politiques, le régime électoral, l’organisation territoriale, la culture politique, bref, tout ce qui contribue à la décision publique doit être prise en compte. A cet égard, il n’est pas question de chercher le « meilleur des systèmes », mais le « moins mauvais ». Les régimes italiens et allemands ont d’énormes défauts qui apparaissent au grand jour. Mon sentiment, à contre-courant de tout ce qui se dit et s’écrit, est que le régime français, tel qu’il est aujourd’hui, une Ve République dégénérée, est encore pire.

A travers le présidentialisme outrancier, il détruit le débat d’idées, lui substituant le culte de l’image et de l’émotion médiatique – positive ou négative – autour d’un visage. A cet égard, il cultive l’abêtissement national. Il saccage idée d’intérêt général et de bien commun au profit d’une sorte de « vanité  providentielle ». Il remplace l’esprit de la res publica, la chose publique, par le naufrage narcissique et l’obsession de la « trace dans l’histoire ». Il plonge le pays dans un climat de gesticulation médiatique permanente, de fausses décisions, de réformes factices, de démagogie délirante, d’immobilisme absolu  au profit d’un culte du « moi » stérile et sans issue. Il ne cesse d’éloigner la classe dirigeante du monde des réalités et de creuser l’abîme entre elle et le pays. Pis:  le régime français ne sait plus produire des hommes d’Etat, tournés vers l’intérêt général et le destin du pays. A travers le filtre de la télévision, il produit des acteurs et des illusionnistes.

Le débat qui agite l’opposition sur la question d’un rapprochement de la « droite avec le fn », avec la bénédiction du monde médiatique, est absolument minable et méprisable. S’il existe une opposition digne de ce nom, dans la France d’aujourd’hui, elle n’a qu’une seule question à se poser: comment remettre à plat le régime politique français qui sombre dans la déchéance, entraînant comme un boulet la France avec lui.

Les réponses existent: septennat non renouvelable, respect de la lettre de la Constitution autour d’un premier ministre en charge du Gouvernement et responsable devant un Parlement souverain et déconnecté de l’Elysée, recours au référendum pour quelques choix fondamentaux qui engagent la nation, démocratie locale et décentralisation dans le respect de l’unité nationale. D’ailleurs, je n’en suis pas à attendre des réponses de la classe politique: mais au moins qu’un responsable politique, un seul, ait la lucidité, la vision nécessaire, que dis-je, l’audace de soulever ces questions cruciales au rebours du matraquage et de la dictature du conformisme.

Maxime TANDONNET

 

 

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Lecture: La violence et le sacré, René Girard, Grasset, 1972.

Pourquoi chroniquer un ouvrage si ancien? Mes lectures se font au fil des rencontres de  hasard avec les livres, comme des amis, dans les bibliothèques et les librairies et d’ailleurs, je conçois la vie comme le rattrapage de tout ce que j’aurais dû acquérir dans l’enfance et la jeunesse… « La violence et le sacré » fait partie des chefs d’oeuvre de la pensée du XXe siècle, de ces textes dont la lecture fournit une grille de lecture du monde contemporain.

Pour René Girard, « le désir est essentiellement mimétique, il se calque sur le désir modèle; il élit le même objet que ce modèle« . Or, « Deux désirs qui convergent sur le même objets se font mutuellement obstacle. Toute mimesis portant sur le désir débouche automatiquement sur le conflit. »

C’est pourquoi selon lui, la violence est inhérente à toute forme de vie sociale. Elle est d’autant plus féroce que les « différences » entre les hommes – justifiant des désirs différenciés – s’estompent. Le nivellement naturel correspond à une marche des sociétés vers l’uniformité (mis en question des traditions fondatrice des hiérarchies rituelles, sociales, sexuelles ou liées à l’âge). Il produit ainsi les conditions d’une explosion destructrice: les membres du corps social convergent tous vers les mêmes désirs.

Comment dès lors, s’interroge le penseur, l’humanité peut-elle survivre et se développer dans ces conditions? Selon lui, les sociétés se préservent en canalisant la violence réciproque sur une victime émissaire, qui est l’un de ses membres, représentatif des autres, mais qui se voit, par ce biais, ostracisé et considéré comme un être singulier. Le sacrifice est l’acte par lequel la violence réciproque est canalisée sur cette victime émissaire. Celle-ci, dès lors, est à la fois maudite – au moment du sacrifice – et magnifiée en tant que fondatrice du nouvel ordre social pacifié qui est issu de la crise sacrificielle.

La victime émissaire se voit sacralisée et devient un emblème d’essence religieuse, socle de la paix renouvelée, d’un nouvel ordre social et culturel.  « C’est bien pourquoi toute existence sociale serait impossible s’il n’y avait pas de victime émissaire, si, au-delà d’une certain paroxysme, la violence ne se résolvait pas en ordre culturel. Au cercle vicieux de la violence réciproque, totalement destructrice, se substitue le cercle vicieux de la violence rituelle, créatrice et protectrice. » 

René Girard fonde sa démonstration sur les études ethnologiques,  les mythologies de la Grèce antique, les grands textes de la littérature et de la pensée occidentale – Freud y est abondamment cité. Il n’évoque quasiment jamais, dans ce livre considéré comme son chef d’oeuvre, les implications possibles de ses réflexions sur l’interprétation du monde contemporain. Cependant, il nous fournit un outil prodigieux de compréhension de la réalité et de l’actualité, autour du désir mimétique, de la violence apocalyptique qui domine l’esprit humain et du sacrifice rituel de la victime émissaire comme issue à la destruction générale.

A lire aussi: Des choses cachées depuis la fondation du monde (Grasset, 1978), où René Girard applique sa théorie à la bible et au christianisme, et Les origines de la culture, Desclée de Brouwer,  2004, ouvrage de synthèse et de vulgarisation de son oeuvre.

Maxime TANDONNET

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Débat d’idées et vision de l’avenir

Attention! L’intention de mon article pour le Figaro Vox n’est pas de rouvrir un débat pour ou contre Sarkozy, ni sur le bilan de sa présidence dès lors que celui-ci est retiré de la vie politicienne. Tel n’est pas le sujet. Elle est simplement de constater que, par-delà l’effarante, l’invraisemblable, la monstrueuse médiocrité de la politique française en ce moment, le débat d’idées et la réflexion sur le destin commun sont encore possibles…

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Les affres d’un changement de nom pour tenter de faire oublier le reste ; un lapsus malheureux ; de belles images narcissiques et vaniteuses : au cours du weekend du 10 au 12 mars, la politique française a connu une nouvelle rechute dans les abysses de la médiocrité.

Pourtant, il s’est trouvé un homme politique pour redresser le niveau du débat public: M. Nicolas Sarkozy. Tenus à Abou Dhabi, ses propos sur l’avenir de l’Europe témoignent d’une volonté de prendre de la hauteur qui contraste fortement avec la vie politique et médiatique française du temps présent. Ainsi, alors qu’une grande partie du monde politicien se réjouit du Brexit, y voyant l’occasion de dépouiller la Grande-Bretagne, avec une tonalité anglophobe qui rappelle de sinistres souvenirs, le président Sarkozy tient, lui, des propos d’une toute autre envergure.

Au rebours de la meute, il affirme que le Brexit est un « cauchemar pour tout le monde et que tout le monde y perd, [que] le projet européen est vieux, [et que] nous avons besoin de mettre un nouveau traité européen sur la table qui repense l’Europe – sans considérer les 60 années passées, mais les 60 années à venir – et dire aux Britanniques : vous avez décidé de quitter la vieille Europe, mais voici une nouvelle Europe, votez maintenant si vous voulez être membre de ce club. » Ces paroles témoignent d’une authentique vision de l’avenir, refusant la fatalité d’une Europe bureaucratique et déconnectée des Européens et formulant l’espoir d’une refondation  du projet européen.

Ses déclarations sur l’immigration reflètent une même volonté de prospective qui tranche avec les calculs de courte vue et les exploitations à la petite semaine en tout genre sur cette question : « En trente ans, l’Afrique va passer d’un milliard d’habitants à 2,3 milliards. Le seul Nigeria, vous m’entendez, le Nigeria, dans trente ans, aura plus d’habitants que les États-Unis. Le peuple dit : On ne peut pas accueillir toute l’immigration. Et c’est vrai. Il ne s’agit pas de supprimer l’immigration. Mais dans trente ans, il y aura 500 millions d’Européens et 2,3 milliards d’Africains. Si l’Afrique ne se développe pas, l’Europe explosera. Ce n’est pas un sujet populiste, c’est un sujet tout court. » Un tel discours à caractère géostratégique, tenant compte des réalités démographiques et économiques sur le long terme, illustre ce que doit être une vision d’homme d’Etat.

Nicolas Sarkozy soulève enfin la question de l’avenir de la démocratie dans le monde moderne: « Comment pouvons-nous avoir une démocratie et, en même temps, accepter un leadership? Comment pouvons-nous avoir une vision à dix, vingt ou trente ans et en même temps avoir un rythme électoral aux Etats-Unis, par exemple, de quatre ans? Les grands leaders du monde viennent de pays qui ne sont pas de grandes démocraties et je crois que c’est le leadership qui fait le pays. »

Là aussi, il se montre ici fidèle à une vision du pouvoir politique qui a toujours été la sienne, fondée sur la croyance en la nécessité d’un chef de la nation, garant de la continuité de l’Etat et de l’intérêt national. Alors que le taux d’abstention a atteint 51% aux dernières élections nationales, Sarkozy a raison d’ouvrir un tel débat, sans tabou, sur la nature du pouvoir politique. Certes, il  aurait pu rappeler que la démocratie a produit les plus grands leaders politiques du XXe siècle, vainqueurs des totalitarismes: Clemenceau, Churchill, Roosevelt, de Gaulle… Il aurait pu ajouter  que le chef de la nation, dans une démocratie,  ne peut être qu’un homme d’exception, par sa vision et son sens de l’Etat ; et qu’en France, il en vient un ou deux par siècle. Il aurait pu également préciser que rien n’est possible sans une équipe solide et déterminée autour de lui, et sans un peuple qui lui fait confiance pour conduire le pays dans la bonne direction. De même aurait-il pu souligner qu’en démocratie, la responsabilité, devant un parlement ou devant la nation, est la contrepartie de l’autorité.

En tout cas, alors que la vie politique française au quotidien fait naufrage dans la polémique, les postures vaniteuses et les manipulations de l’opinion publique, l’intervention du président Sarkozy montre que le débat d’idées n’est pas mort. Dans un climat de grave confusion des esprits, un ancien chef de l’Etat est parfaitement dans son rôle quand il met son expérience et sa vision de l’avenir –  sans pouvoir être suspecté d’ambition personnelle – au service du débat d’idées et de l’intérêt général.

Maxime TANDONNET

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La médiocratie

Il serait d’une rare mauvaise foi de prétendre que la France est encore une démocratie. Le pouvoir du peuple n’a plus grand chose à voir avec le régime Français. Sur tous les grands sujets du moment, économie, social, frontières, sécurité, Europe, il semble acquis une fois pour toute qu’il n’a plus droit au chapitre. A la vérité, elle n’a rien non plus d’une dictature. Tout le monde peut dire et faire à peu près n’importe quoi, l’autorité est absente de l’école, de la vie quotidienne, de la rue et le pouvoir politique ne dirige plus rien. Le régime actuel est plus proche de l’anarchie que de la dictature et ceux qui parlent de dictature ne connaissent rien au monde ni à l’histoire. Non, c’est tout autre chose, une post-démocratie, ou plutôt, une médiocratie, le régime de la médiocrité triomphante.  Les vedettes de ce dernier weekend politique en ont fait l’âpre démonstration.  Nous ne leur ferons pas l’honneur de les désigner par le nom. De haut en bas, d’un extrême à l’autre, l’effondrement dans un abîme de mégalomanie ridicule, une avalanche de gestes et de paroles totalement ubuesques, une véritable naufrage dans le délire narcissique et prétentieux. De fait, ils n’ont rien à dire, rien à faire, rien à proposer, qu’à soigner leur ego malade. La névrose du moi-je, symptôme de la médiocrité absolue. D’ailleurs, cette explosion de frime vaniteuse, de narcissisme pathologique, de l’extrême droite à l’extrême gauche, n’a plus aucun rapport avec la politique au sens noble: le gouvernement de la cité. La scène du grand spectacle politicien ne cesse pas de fuir la vie quotidienne des Français, comme une bulle emportée dans le néant, dans l’indifférence générale. La France, avec ses entreprises, ses cadres, ses ouvriers, collectivités, son réseau associatif, son Etat et ses serviteurs, se porterait tout aussi bien sans la petite caste de frimeurs médiatisés qui gesticule dans les caméras, fanatisée par le moi-je, j’entends bien, la caste de l’extrême droite à l’extrême gauche. Personnellement, je me remettrai à croire en la politique quand une douzaine d’hommes ou de femmes, désintéressés pour eux-mêmes, ayant une vie ailleurs que dans les néants, pardon, les néons de la politique politicienne, un fond un peu solide sur le plan professionnel, intellectuel, personnel, déterminés à ne pas séjourner longtemps au sommet, et à tout donner pour l’intérêt général avant de disparaître, émergera du néant actuel. Je me remettrai alors à croire en la politique quand une douzaine de personnalités émergera du néant actuel avec la ferme intention de restaurer la res publica, la chose publique, sans prétendre faire de miracle,  sans frime, sans carriérisme, sans mégalomanie, mais juste travailler au bien commun. Mais est-ce envisageable? Quant à l’idée du héros sauveur du pays, elle viendra peut-être dans une situation de chaos absolue, de guerre planétaire, ou civile, ou les deux,  qui se produira un jour, de toute évidence. Mais si la France devait dans ces conditions se rallier à un héros, ce ne peut être qu’en dehors de tous les pitres qui la ridiculisent en ce moment, d’extrême droite à l’extrême gauche.

Maxime TANDONNET

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Réflexions sur un projet de réforme constitutionnelle

L’opinion publique, telle qu’elle s’exprime dans les sondages, est parfois instable et versatile. Le consensus populaire autour d’un projet de réforme n’est pas la garantie de son bien-fondé. Les Français approuvent à 90% les annonces du pouvoir politique autour de la réforme institutionnelle : réduction à 400 et à 200 du nombre des députés et des sénateurs, limitation du nombre de leurs renouvellements possible à trois et limitation de leur pouvoir d’amendement.

Comment une telle proposition pourrait-elle ne pas susciter l’adhésion profonde  de la population ? Elle désigne implicitement les parlementaires en bouc émissaires des déficits publics et des gaspillages. La vérité est bien sûr toute autre.  La dépense publique française, 57% du PIB, est dix points au-dessus de la moyenne de l’Union européenne, ce qui représente un différentiel d’environ 185 milliards d’euros. La cause de ce poids astronomique de la dépense publique est clairement identifiée : les dépenses sociales  (31,5% du PIB contre 26,7 % en moyenne européenne).

Les députés et les sénateurs ont bon dos. Quelles économies représenteraient la suppression d’une poignée de mandats ? Elles seraient sans aucune commune mesure avec le gouffre financier qui mine l’économie française, une goutte d’eau dans l’océan des déficits. Mais symboliquement, l’effet serait spectaculaire. Il est évidemment plus facile de susciter un enthousiasme populaire autour de chiffons rouges, en brassant d’obscurs instincts refoulés,  que de s’attaquer aux véritables problèmes de fond .

Ces projets ne seraient pas innocents. Aujourd’hui, à l’inverse des IIIe et IVe République, le rôle véritable du Parlement, son influence sur le cours des choses est réduit à la portion congrue.  Le quinquennat présidentiel, l’élection du chef de l’Etat juste avant l’élection législative, pour un mandat coïncidant avec celui des députés, a transformé l’Assemblée nationale en  annexe du pouvoir élyséen. D’ailleurs, l’élection législative n’intéresse plus les Français, au vu du taux d’abstention de 51% en juin 2017.

Les maux qui étaient reprochés aux parlementaires sous les IIIe et IVe République ont, surtout depuis l’instauration du quinquennat, basculé de l’autre côté de la barrière, et contaminé le pouvoir exécutif :  obsession de la réélection, démagogie, carriérisme narcissique, immobilisme sous le voile de la communication et de la gesticulation, indifférence envers l’intérêt général et le bien commun. Les plus mauvais aspects de la IIIe et de la IVe République ressuscitent sous d’autres formes, peut-être même en pire, figés, hors contrôle, sans possibilités de sanction ni de mise en œuvre d’une responsabilité politique pendant cinq ans.

La réforme constitutionnelle risque d’achever d’affaiblir et de ruiner l’autorité du Parlement. Limiter le nombre de mandats parlementaires dans le temps se présente a priori comme une mesure séduisante pour l’opinion, destinée à favoriser un brassage de la représentation politique. Pourtant, dans le contexte actuel, celui de l’abaissement outrancier de l’autorité du Parlement, s’ajoutant à l’interdiction du cumul des mandats, elle aura un effet gravement délétère. Elle réduira le niveau de l’attractivité du mandat, le capital d’expérience et de compétence qui restaient à l’Assemblée nationale et au Sénat. La  réforme projetée affaiblira encore le niveau de la vie politique française en la vouant à une médiocratie toujours plus évidente.

Quel régime sortira de l’affaiblissement supplémentaire du Parlement ? On pourrait imaginer une république référendaire, un développement de la démocratie directe, le pouvoir s’appuyant sur le vote populaire pour faire approuver sa politique et ses projets, à l’image de la Suisse. Peu probable : un régime impopulaire aura trop peur d’être désavoué par la vox populi. Le gouvernement de la France, dans le futur, n’aura rien d’une dictature autoritaire. Les contre-pouvoirs sont multiples, même s’ils ne sont plus au Parlement : Union européenne, cour de justice, conseil constitutionnel, tribunaux.

Le régime de l’avenir pourrait bien être une république du néant. Les députés et les sénateurs ont vocation à être la courroie de transmission entre la Nation, ses collectivités locales, et le pouvoir d’Etat. L’affaiblissement supplémentaire du Parlement contribuera à engendrer un régime politique éthéré, déconnecté de la réalité quotidienne des Français, réduit au culte abstrait de la personnalité. Privé d’assise, d’ancrage sur le terrain, de prise sur le monde réel, confiné à l’image personnelle sur-médiatisée, le pouvoir politique sera ainsi de plus en plus voué à l’impuissance, à la fuite dans la communication, à l’impopularité.

La réforme constitutionnelle ne va pas manquer de susciter une polémique sans fin, à l’image de la déchéance de nationalité en 2016, au détriment des vrais sujets de fond, la dette publique, l’écrasement fiscal, la montée des violences, le chômage de masse, la baisse du niveau scolaire, la maîtrise de l’immigration.  N’est-ce pas le but recherché ?

Maxime TANDONNET

 

 

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Circulez, y a rien à voir!

Tour d’horizon de l’actualité du jour. Selon BFMTV, « De nouvelles expertises viennent éclairer la mort d’Hitler ». Il est désormais absolument certain qu’il est mort suicidé dans son bunker à la chancellerie et qu’il n’a pas fui en Amérique latine. En voilà un joli scoop! Mais qui donc pouvait être assez ignare et stupide pour en douter? Bel éclairage. Voilà 70 ans que tout le monde le sait.  Merci la presse et la radio! Quand on dit que la France s’ennuie! Le Front national va changer de nom. Encore un effort et tout ira mieux. Il lui faudra ensuite changer la famille à sa tête, l’idéologie, le programme, les dirigeants, les militants, l’identité, le passé, l’histoire… Bref, du pain sur la planche. Le PS lui, ne change pas de nom mais s’apprête à élire son nouveau leader dans l’indifférence absolue du pays qui ne sait même plus qu’il existe encore et qui ne le remercie pas. La cote de confiance de M. Macron 35% (Ifop le Point) est pire que celle de M. Hollande au même stade de son mandat (36%) alors que la croissance et l’emploi s’améliorent, contrairement à 2013 où la France était au fond du gouffre. Mais quoi de plus normal? Trop d’image narcissique tue l’image narcissique. Et ce n’est qu’un début! Echange téléphonique avant-hier, avec un ami, député Républicain. « – Alors, ça va mieux pour vous?  -Penses-tu! on se prépare à une nouvelle guerre des chefs, entre Wauquiez et Pécresse en vue des présidentielles 2022 ». No comment.  Le président américain, M. Trump va rencontrer Kim-Jung-Un de Corée du Nord, à la stupéfaction générale. Après les menaces d’extermination nucléaire, le baiser sur la bouche. Quant à l’Allemagne, selon le président US, elle est est désormais un « Etat délinquant » en raison de son excédent commercial et de sa prospérité économique. En rire ou en pleurer? Pendant ce temps-là, en 2017, les profits du CAC 40 ont gagné 27% pour atteindre 100 milliards d’euros. Pendant ce temps-là, aux urgences du centre hospitalier universitaire de Reims, une dame de 73 ans est morte, faute de soins, (oui, oui, aux urgences d’un CHU!), pour avoir attendu un médecin pendant deux heures. Deux heures! Aux urgences d’un CHU! Evidemment, personne n’est responsable. Circulez, M’sieurs-dames, circulez, y a rien à voir!

Maxime TANDONNET

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Neymar: les grincheux avaient raison

Qui s’en souvient? La mémoire courte – l’oubli facile – est l’un des phénomènes les plus  fascinants de notre époque. La première grande hystérie médiatique de la « rentrée » d’août-septembre 2017 avait pour nom Neymar. Un fabuleux engouement avait saisi la « France d’en haut », politique et médiatique, à l’annonce du recrutement de la star du football brésilienne par Paris. Les plus hautes autorités de l’Etat s’en sont mêlées, prenant part à l’euphorie générale. Après l’annonce des jeux Olympiques à Paris le monde médiatique et politique encensait l’avènement d’un  moment phare du prestige national. Un nouvel horizon semblait s’ouvrir pour  le club de la capitale et pour le pays auquel était promise la couronne européenne.  Les quelques esprits chagrins qui se sont hasardés à ramer à contre-courant, dénonçant l’absurdité d’un tel délire collectif et l’étalage clinquant du pognon (222 millions), l’absurdité  de la divinisation d’un artiste du ballon rond,  ont fait l’objet de tous les quolibets de la foule médiatique: ringards, ronchons, pessimistes… Souvenir de cet éditorial du Point, le 4 août qui fustigeait, exemple parmi tant d’autres, les « mauvais-coucheurs », ou les « vierges en carton-pâte » (sic). Pour tout dire, nous étions nous-mêmes, comme d’habitude, parmi les mauvais coucheurs, comme le prouve cet article au Figaro Vox intitulé « Hystérie collective et démesure financière ». Mais aujourd’hui, le PSG est par terre, éliminé hier soir en huitième de finale par le Réal, réalisant un résultat encore moins bon que l’an dernier. Après une performance médiocre au match aller, Neymar était blessé pour le retour.  Il n’est évidemment pas question de se réjouir d’une défaite qui fait de la peine à tant de proches et qui indirectement, à travers eux et leur déception, nous affecte aussi. Mais voici une nouvelle fois l’occasion de dénoncer la bêtise, la crétinisation galopante, l’hystérie de la France d’en haut, la force du mimétisme et de la pensée unique, la dictature du conformisme, ce vertigineux découplage entre l’euphorie hystérique d’août dernier et le piètre bilan d’un transfert. Une fois de plus, les grincheux, les ronchons, les mauvais coucheurs, les moutons noirs, les réacs, les oiseaux de mauvais augure, les pessimistes, les esprits chagrins, oui, une fois de plus, comme d’habitude, les grincheux avaient raison.

Maxime TANDONNET

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L’effarant aveuglement de « l’Europe d’en haut » (élections italiennes)

Les élections législatives italiennes se traduisent par un raz-de-marée « antisystème », les deux tiers des suffrages se portant sur le nouveau parti « anti-élite » et sur la coalition anti-immigration autour de la Ligue du Nord. Les Italiens ont exprimé massivement, avec une participation de 74%, (sans aucune commune mesure avec la participation française de 49%), un vote de défiance absolue envers une classe politique perçue comme déconnectée de la réalité quotidienne et soumise à la technostructure bruxelloise. Ce vote de défiance intervient 12 ans et demi après les victoires du non aux référendums français et hollandais, trois ans après la crise grecque, un an après le  prodigieux séisme du Brexit et  alors que plusieurs pays d’Europe orientale, dont la Hongrie et la Pologne sont entrés en rébellion ouverte contre Bruxelles. Nous sommes sur un phénomène de long terme, un mouvement historique, qui est celui de la désintégration du Léviathan bruxellois, essentiellement en raison de sa politique migratoire. La question n’est pas de dire que c’est bien ou que c’est mal, mais simplement d’ouvrir les yeux. La France a tenu, n’a pas basculé sur le plan politique jusqu’à présent, en raison de deux artifices qui ont triomphé en 2017: l’imposture présidentialiste qui soumet la vie démocratique à une mystification médiatique et le lepénisme  à outrance destiné (avec succès) à diaboliser toute voix dissidente. Combien de temps cette double imposture peut-elle perdurer? L’Allemagne, avec sa coalition bancale, est désormais menacée à son tour d’un titanesque séisme politique. Il est difficile de compter sur la nomenklatura médiatique, politique, eurocratique, enfermée dans sa camisole de dogmes et de certitudes, son mépris de la « vile multitude », qui s’exprime dans la formule maudite de populisme (dérivé du mot « peuple »), pour prendre conscience de l’évidence du drame qui est en train de se nouer à l’échelle de l’histoire. Face à cette crise, on aurait pu imaginer une volonté commune de refonder l’Europe sur des bases radicalement nouvelles, le rejet de la logique bureaucratique, la restauration des valeurs démocratiques, le respect des nations, l’unité intrinsèque des peuples européens – qui s’exprime paradoxalement dans une révolte commune -, la maîtrise de l’immigration accompagnée d’un élan de solidarité avec l’Afrique. Mais c’est toujours la même chose, l’histoire bégaille: il faut qu’un désastre apocalyptique se produise pour que les yeux s’ouvrent enfin – et alors, il est trop tard.

Maxime TANDONNET

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Résistance à la crétinisation

Michel Onfray : «Les médias de masse ont intérêt à cultiver l’imbécillité»

 FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Alors qu’il lance sa propre Web TV en lien avec l’Université populaire de Caen, le philosophe Michel Onfray dresse un réquisitoire sans concession contre des médias devenus symboles de la défaite de la pensée (par Alexandre Devecchio)

FIGAROVOX. – Vous venez de lancer votre web TV. Pourquoi avoir créé ce nouveau média? À qui s’adresse-t-il?

Michel ONFRAY. – Pour disposer de temps afin de développer des argumentations et des démonstrations, ce qui est impossible dans un média dans lequel le temps c’est de l’argent. Et souvent: beaucoup d’argent… Dès lors, dans un média classique, ce qui est visé est moins l’information, vraie ou fausse d’ailleurs, que le spectacle susceptible de créer le buzz. Autrement dit, il faut obtenir le maximum de consommateurs devant leur écran à l’heure où le clystère publicitaire se trouve infligé. Or on n’obtient pas un public massif avec de l’argumentation ou de la démonstration, mais avec de la grossièreté ou du dérapage, de l’insulte ou de la haine, du mépris ou de la boxe. Quand jadis Paul Amar apportait sur un plateau une paire de gants de boxe, il montrait ce qu’étaient vraiment les choses. On l’a d’ailleurs congédié pour avoir dénudé le roi. Il faut désormais cogner, en dessous de la ceinture si l’on veut, pour obtenir le vacillement ou le k.-o. de l’adversaire. Ce média que j’initie avec mes amis s’adresse à tous ceux qui veulent prendre le temps d’entendre des arguments sur les questions d’actualité afin de se faire un avis par eux-mêmes, mais aussi sur mille autres sujets qui constituent les séminaires de l’UP.

INTERVIEW EN ENTIER

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Appliquer et non réformer la Constitution

La cote de confiance des deux têtes de l’exécutif s’effondre (30% selon un sondage, comme aux pires moments de l’époque Hollande) et rien n’est plus normal, plus logique, plus attendu. J’ai toujours dit que ce mandat serait encore pire que le précédent et s’achèverait dans un désastre encore plus calamiteux. Tel est le fruit d’un régime politique, et d’une sorte d’idéologie dominante qui s’appelle le narcissisme nihiliste, englobant tout sur son passage, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ou rien d’autre n’existe que l’obsession ou l’ivresse de l’image de soi. Les gesticulations, annonces spectaculaires aussitôt oubliées, coups de menton, polémiques débiles n’y changent rien. A chaque jour son nouveau sketch  pour occuper les esprits et faire croire au mouvement. Le fond du problème: les gens sont constamment pris pour des imbéciles qu’ils ne sont pas. C’est le régime politique, fondé sur le néant du culte de la personnalité, qui prend l’eau de toute part et fait naufrage. La réforme de la Constitution est un serpent de mer, exactement comme celle de M. Hollande sur la déchéance de la nationalité. La France n’a pas besoin d’une réforme de la Constitution. Il suffirait de cesser de violer quotidiennement celle du Général de Gaulle. « Le président de la République assure par son arbitrageIl est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traitésLa souveraineté appartient au peuple qu’il l’exerce par ses représentants et par le référendumLe gouvernement (Premier ministre et ministres) détermine et conduit la politique de la Nation. » Chacun voit bien comment la Constitution est trahie, violée, foulée au pied quotidiennement, par le narcissisme nihiliste et une image envahissante de big brother médiatique, aussi vaniteuse qu’impuissante et inefficace, qui écrase toute forme d’autorité politique de volonté et de démocratie. Toute réformette de la Constitution est grotesque. La seule réforme intéressante à faire serait de rétablir le septennat et de le rendre non renouvelable pour essayer de mettre fin au système délétère de la « présidence zébulon ». Le reste est sans intérêt. En attendant, il suffirait d’appliquer et de respecter la Constitution de 1958, c’est tout.  Mais aujourd’hui en France, appliquer et respecter une Constitution dans l’intérêt général du pays, c’est bien trop en demander… Constitution, intérêt général, bien commun, res publica, chose publique, démocratie, tout se confond, tout se dissout, tout se désintègre et tout se soumet à la tyrannie du nihilisme narcissique. Un régime politique dont la seule boussole, unique référence, horizon indépassable est l’ego forcené, ne peut que s’achever en capilotade.

MAxime TANDONNET

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Atlantico – « Parti médiatique » ou triomphe du conformisme?

Le site Atlantico m’a interrogé, en tandem avec M. Christophe Boutin, sur l’existence d’un « parti médiatique ». Plutôt qu’un parti, avec ce que cela suppose d’organisation et de préméditation, je crois plutôt à un instinct grégaire extrêmement puissant, un conformisme qui caractérise particulièrement notre époque. Bien loin de rendre service au pouvoir politique, l’esprit de servilité contribue toujours à aggraver sa déconnexion du monde des réalités.

1-Dans un billet de soutien à Laurent Wauquiez contre la « CIA médiatique » Jean Luc Mélenchon fustige un « parti médiatique » qui serait à la solde d’Emmanuel Macron. Derrière les accusations portées par le leader de la France Insoumise, ne peut-on pas effectivement constater un effet sociologique des médias qui marquerait un écart grandissant avec le reste de la population ?Comment peut quantifier la part consciente et inconsciente du support médiatique offert à Emmanuel Macron ? Le rôle du chien garde, dénoncé par Paul Nizan, et réaffirmé par Serge Halimi est-il encore à l’oeuvre? Avec quels effets sur l’opinion?

Il est sans doute excessif de parler de « parti médiatique ». Cela supposerait une organisation souterraine qui tire les ficelles d’une stratégie de soutien au pouvoir actuel. Il n’existe rien de tel. En revanche, je ne vois pas très bien comment, en toute bonne foi, on pourrait nier un climat général, dans le monde de la presse et des médias, plutôt complaisant envers l’équipe actuelle. Les chaînes d’information à l’image de BFMTV, sont dans une logique de ralliement au pouvoir. Les grandes chaînes, TF1 et France 2 et encore plus les radios, Europe 1 et RTL, les grands hebdomadaires, paraissent globalement dans une logique de soutien au pouvoir en place, et fort peu critiques, sauf exceptions ponctuelles. La presse suit également dans son ensemble, avec toutefois des nuances. Les Echos ou l’Express et le Point sont des inconditionnels. Le Monde et Libération ont parfois des articles critiques, développant une tonalité de contestation de gauche, par exemple sur l’immigration, mais dont l’effet est favorable au pouvoir en place en cautionnant une image de fermeté qui est largement recherchée. Globlement, la tonalité générale est à l’approbation. Il existe aussi une presse d’opposition, à l’image de Valeurs actuelles à droite et de Marianne à gauche ou l’Humanité, qui sont sans concession, mais elle paraît, aujourd’hui extérieure au grand courant idéologique général. Il me semble que le processus est inconscient, je ne crois pas qu’il y ait une volonté avérée et consciente de soutien au pouvoir en place, les choses se font naturellement. Il n’est pas question non plus d’effet « chien de garde » supposant une volonté avérée de propagande d’Etat, la réalité est infiniment plus insidieuse.

​  2-Quels sont les processus internes aux médias qui peuvent avoir pour résultat de créer cette impression, notamment au sein des débats toujours plus nombreux, organisés sur les plateaux télévisés ? La recherche de la modération lors de ces interventions n’entraîne-t-elle pas un effet de calque avec le « et de droite et de gauche » revendiqué par Emmanuel Macron ? 

Il me semble que le maître mot pour caractériser la situation actuelle est celui de conformisme. Il existe une véritable fascination ou séduction d’une large partie des hommes et femmes de médias pour le personnage d’Emmanuel Macron, sa jeunesse, qui renvoie au souvenir de Kennedy, son audace, sa modernité, son charisme. La personnalisation du pouvoir plaît au monde médiatique par son effet simplificateur, s’adressant aux émotions, à la passion, aux sentiments (d’amour ou de haine), plutôt qu’à la réflexion critique. Sur le plan idéologique, le pouvoir en place depuis 2017 a une vertu consensualiste. Il est, par ses origine, d’essence socialiste. Le président Macron est l’ancien conseiller et ministre de l’Economie du président Hollande. Mais par ses choix symboliques, notamment celui du Premier ministre, il convient au centre-droit. Cet effet unificateur surmontant les clivages traditionnels, crée un mouvement d’adhésion extrêmement puissant dans les médias. En outre, l’idéologie qu’incarne le pouvoir en place rejoint le mode de pensée dominant dans les médias et la presse, fondé sur une image de libéralisme économique et sociétal sans frontière, d’engagement marqué en faveur d’une conception de l’Europe fondée sur les transferts de souveraineté à Bruxelles, de prise de distance avec la nation comme source d’autorité et d’unité. Si le « populisme » est le mal absolu pour le monde de la presse et des médias, l’équipe actuelle peut se définir par son « anti-populisme ». Et c’est en celà qu’elle plaît. Le pouvoir en place se caractérise de même par un découplage accentué entre l’image et l’action sur le monde des réalités. Il cultive un style, une communication, une parole fondée sur la « transformation radicale » du pays et l’autorité sans concession. Mais « en même temps' », il a jusqu’à présent, évité soigneusement, dans les faits, tout ce qui est susceptible de bousculer le monde réel, de déplaire au monde médiatique, de susciter des crispations, de mettre en cause des droits acquis, et d’engendrer une situation de crise, à l’image symbolique de Notre-Dame-des Landes. Le monde médiatique, dans son ensemble, s’intéresse surtout à l’aspect virtuel de la vie gouvernementale, le spectacle, les images, les discours. Il renonce plus ou moins à creuser les sujets, à s’intéresser à l’impact réel, positif ou négatif des réformes, leur effet sur la réalité. C’est en cela que le conformisme, sauf exceptions, triomphe. Le courant souffle dans un sens. Il est très difficile de s’en démarquer sans se marginaliser.

3- Quels sont les limites de l’influence des médias ? Dans quelle mesure l’élection de Donald Trump, par exemple, le référendum de 2005 en France, peuvent-ils infirmer l’idée que les médias les plus puissants seraient faiseurs de roi au sein de nos démocraties ?

D’abord, il faut dire que cette situation est extrêmement fragile. Elle repose sur l’image et non l’analyse objective des réalités. Elle peut basculer à tout moment et les médias versatiles, se mettre à brûler ce qu’ils ont adoré. Il suffit de peu, un fait divers, une lassitude. Ce basculement se produira probablement à un moment ou à un autre, et il sera violent. Ce fut le sort de Nicolas Sarkozy et dans une moindre mesure, celui de François Hollande. Par ailleurs, concernant le pouvoir actuel,le décalage semble très marqué entre l’air du temps médiatique et le ressenti populaire. Le fossé entre la France dite « d’en haut », et la France dite « d’en bas », la majorité silencieuse, semble plus profond que jamais. Les deux mondes paraissent évoluer en parallèle. Malgré le matraquage médiatique quotidien et l’amélioration spectaculaire des statistiques de l’emploi, la cote de popularité du président de la Répubique s’est effondrée depuis le début de l’année (- 11% selon un sondage). Le ressenti populaire envers le pouvoir politique, jugé arrogant, est en décalage croissant avec celui du monde médiatique et des élites en général. Oui, on retrouve le syndrome du référendum de 2005 et de celui sur le Brexit comme celui de l’élection de Trump. La crise de confiance touche largement les médias. Ils sont la deuxième institution dont les Français ont le moins confiance : 24% (Cevipof 2018). Seuls les partis politiques font pire (9%). Même les banques et les syndicats sont mieux placés (27%). C’est cet unanimisme, consensalisme, conformisme qui fait si mal. Les Français ont l’impression que les médias disent tous à peu près la même chose et font un travail de moralisation, de façonnage des esprits, de propagande idéologique plutôt que d’information. Ils conçoivent, à travers le conformisme ambiant, l’existence d’une caste de « puissants » politique, économique, médiatique, qui s’entendent pour conditionner les esprits et imposer une pensée unique. Avec Internet et les réseaux sociaux s’est développé un espace de discussion, d’échange des idées et des informations qui prend le pas sur les médias traditionnels, avec évidemment le risque des fausses nouvelles et de l’extrémisme. Pourtant, on a besoin de professionnels de l’information et d’une presse libre et diversifiée dans les opinions qu’elle exprime. La liberté et le pluralisme de la presse sont les garants de la démocratie. Une presse et des médias qui retrouveraient une liberté de ton et d’expression, dans la pluralité des opinions sur tous les sujets, axée davantage sur l’information, la connaissance de la réalité, et non le lavage de cerveaux, beaucoup plus critique, au sens fort du terme, en positif ou en négatif, moins soumise aux phénomènes de conformisme, serait infiniment plus crédible et pourrait revenir en force dans l’estime et la confiance des Français tout en retrouvant une large audience.

Maxime TANDONNET

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Lecture: 1984, Georges Orwell, 1949, Gallimard 1972.

Ci-dessous, les notes d’un exposé oral fait par l’un de mes étudiants en culture générale (master 1) , d’un ouvrage qui est un monument de la littérature et de la pensée politique planétaire…

1984, George Orwell Eric Arthur Blair, qui écrit sous le pseudonyme de « George Orwell », naît en Inde en 1903 et meurt en 1950. « La ferme des animaux », publiée en 1945, et « 1984 », écrite en 1948, constituent ses deux oeuvres majeures.

En 1984, le monde est partagé entre trois régions: L’Océania, dans laquelle l’histoire se déroule, l’Estasia, et l’Eurasia. Ces puissances sont en guerre permanente les unes contre les autres. L’Océania vit sous la dictature d’un parti unique, lequel surveille tous les faits et gestes de ses résidents. A la tête du parti, « Big Brother » et quatre ministères (Vérité, Paix, Amour, Abondance) gouvernent le pays. Enfin, l’Océania est régie par les trois slogans suivants : « La guerre c’est la paix », « La liberté c’est l’esclavage », « L’ignorance c’est la force ». Le héros du livre est Winston Smith, un fonctionnaire du Ministère de la Vérité dont le travail consiste à modifier les journaux afin qu’ils correspondent exactement à la vérité du parti.

Le roman se déroule en trois parties. Dans la première, Winston Smith est un employé rigoureux. Le lecteur est témoin, chapitre après chapitre, de l’immixtion du parti dans chacun des morceaux de vie de Smith. Malgré son sérieux, Smith prend conscience de certaines réalités, qu’il prend en note dans son carnet secret. Dans la seconde partie du livre, Smith acquiert la conviction de son opposition du régime. Il rencontrera Julia dont il tombera amoureux, sentiment proscrit par le parti. Enfin dans la troisième, il rencontre O’Brien. Ce dernier prétend faire partie de « la Fraternité », l’organisation secrète qui lutterait contre le Parti. O’Brien apparait être en réalité un agent du parti. Smith et Julia sont arrêtés et torturés. Ils renient leurs convictions.

« 1984 » de George Orwell décrit les dérives que pourrait suivre le monde après 1948. L’auteur a été un contemporain du nazisme et du communisme totalitaire et s’inspire nettement de ces régimes pour écrire son roman. Mais en décrivant une société fictive il rend son message plus universel. Le régime contrôlerait les actes des résidents, mais aussi leurs esprits, l’histoire passée de l’Océania, et contrôlerait enfin la vérité. Sous le règne de Big Brother, aucune liberté n’est permise, et le résident fait l’objet d’une surveillance permanente. Dans cet ouvrage, Orwell tente de théoriser la mise en place d’un régime totalitaire.

Sa théorie s’appuie sur plusieurs piliers: la déshumanisation de la société, la propagande, le contrôle du temps, et enfin le contrôle de la pensée. Déshumanisation de la société afin de maintenir le régime, le parti cherche à briser les relations entre les individus. Pour ce faire, il faut maintenir et accentuer les distinctions entre les différentes classes de la société, et supprimer les sentiments individuels. A propos des classes, on observe dans cette société 3 classes bien distinctes: le « parti intérieur », déjà, qui correspond la classe politique, et dans laquelle les agents profitent de multiples avantages. Cette classe représente environ 2% de la population. Le « parti extérieur » ensuite, qui regroupe la catégorie de la population la plus surveillée par le parti car ils sont « les mains » du « parti intérieur ». Enfin, les prolétaires, qui sont maintenus dans un état tel qu’ils ne représentent aucune menace pour le système. Cette « classe inférieure » représente 70% de la population. Le premier facteur de déshumanisation est la distinction très nette entre ces trois classes; des personnes n’appartenant pas à la même classe ont l’interdiction de nouer des liens. En agissant ainsi, le parti chercher à créer de la méfiance entre les individus de chaque classe. Le deuxième facteur de déshumanisation est l’interdiction des sentiments individuels. Les rapports amicaux ou amoureux sont ainsi totalement proscrits. En supprimant les sentiments individuels, l’émergence d’un sentiment collectif, du triomphe de la collectivité au détriment des sentiments égoïstes est rendue possible. Pour contrôler les relations entre individus, le parti les espionne, notamment par l’utilisation de télécran. Le télécran permet la fin de la vie privée. Le télécran met également fin à la possibilité pour les individus de penser par eux-même, car toute pensée hétérodoxe, appelée « crime par la pensée », est susceptible d’être interceptée.

Le roman développe les outils du totalitarisme:

La propagande: deux minutes de la haine, ou la semaine de la haine confinent en un rituel qui consiste à passer quotidiennement deux minutes à exprimer sa haine envers les ennemis du parti. Dans ce roman, l’ennemi du parti s’incarne dans la figure d’« Emmanuel Goldstein ». Ce bouc émissaire sert à cristalliser la haine et à souder la nation contre un ennemi commun. La négation du passé. Selon la doctrine du Parti, le passé n’existe pas en soi: il n’est qu’un souvenir dans les esprits humains. Le monde n’existe qu’à travers la pensée humaine et n’a pas de réalité absolue. Ainsi, même si un fait est objectivement réel, mais qu’il n’existe pas dans la mémoire des hommes, alors il n’aura pas d’existence passée. La surveillance généralisée. Les technologie servent à exercer un contrôle sur  les individus. Le télécran de Big Brother, entre la télévision et l’ordinateur, est présent dans tous les aspects de la vie des individus, relayant la propagande et espionnant leur moindres faits et gestes. La guerre permet également de souder un pays face un ennemi commun. « La guerre favorise l’obéissance ». En plus de cela, la guerre entraîne la destruction des avancées technologiques, ce qui empêche l’amélioration du niveau de vie. Les individus sont ainsi maintenus dans la pauvreté et n’ont pour unique préoccupation que la substance. Ainsi, les individus ne se soucient pas de leur régime, la hiérarchie sociale est maintenue, et le parti peut rester au pouvoir. En entretenant un conflit permanent, le parti ne cherche pas à répondre à des enjeux stratégiques sur le plan extérieur, mais à assurer le maintien de l’ordre sur un plan intérieur.

Le contrôle de la pensée par le novlangue. Le Novlangue est une langue qui permet de réduire le vocabulaire de manière à ce que certaines pensées ne puissent se produire. Par exemple, les mots « Honneur, justice, démocratie» n’existent pas. Outil au service du parti, la Novlangue détruit les moyens intellectuels permettant de fomenter une révolution. Le métier de Winston Smith, fonctionnaire au ministère de la vérité, consiste ainsi à falsifier les documents de manière à ce que le Parti n’ait jamais tort, quels que soient ses changements de politique. Orwell conduit le lecteur à se questionner sur la dégradation du langage. Aujourd’hui, la télévision, internet, mais aussi la diminution des exigences scolaires contribuent à un appauvrissement de la langue. Cet appauvrissement de la langue pour appauvrir la pensée entre étrangement en résonance avec la période actuelle. Dans cet ouvrage, l’auteur montre en quoi le langage conditionne notre façon de pensée, et influe sur nos valeurs. Orwell s’inspire fortement du nazisme et du stalinisme. De ce point de vue il est tout à fait connecté à la réalité de l’époque. Par exemple, les enfants qui peuvent dénoncer leurs parents dans 1984 rappellent fortement les jeunesses hitlériennes.

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Ouvrage d’actualité? Prémonitoire ou dépassé? Etrangement, l’année 1984 se situe à peu près à mi-chemin entre la la date de publication du livre et l’époque actuelle. Elle représentait à ‘époque un avenir lointain mais elle se situe désormais dans un passé qui ne cesse de s’éloigner… Certes le livre peut paraître vieilli sur certains points. Le totalitarisme soviétique s’est effondré en 1990, avec sa dictature féroce, le Goulag, les dissidents envoyé en hôpital psychiatrique, l’économie étatisée, les files d’attente interminables, la pauvreté et la misère, l’absence de libertés publiques et individuelles. Pourtant, l’ouvrage comporte certains aspects étrangement prémonitoires et annonciateurs de notre époque: la honte et le reniement du passé, le bannissement de l’histoire nationale, la Novlangue – point le plus original du livre – et l’appauvrissement du langage et de l’écriture pour mieux manipuler les masses, la surveillance par les technologies (google), en politique le culte de la personnalité (Big Brother). Il se présente comme une mise en garde sévère lancée à l’époque contemporaine.

 

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Routine d’une misère politicienne…

M. Alain Juppé qualifie, dix jours plus tard, les propos de M. Wauquiez de « lamentables, minables, d’une extrême vulgarité » et compare la gestion de sa ville à celle de la région ARA. Le président Macron a passé 12 heures 30 au salon de l’agriculture, battant ostensiblement le record de M. Hollande qui n’y était resté que 10 heures. En outre, il a selon lui, « brisé les codes » M. Nicolas Sarkozy aurait, répondant aux excuses de M. Wauquiez, traité ce dernier de « grosse merde », selon le Canard Enchaîné –  mais il semblerait, de bonne source, que l’information soit authentique… Le Premier ministre lance la réforme du statut des cheminots, qui ne s’appliquera pas aux cheminots actuels, seulement aux prochains recrutés, ne concernera pas les retraites (c’est-à-dire l’enjeu essentiel) et entrera en vigueur à « une date à négocier ». Malgré toutes ces extrêmes précautions, les syndicats  ulcérés annoncent « une grève des transports illimitée », prêts à bloquer le pays pour sauver leur emblématique statut aussi longtemps que nécessaire. M. Montebourg, qui ne s’imaginait pas autrement, il y a bien peu, qu’en successeur des rois de France, en monarque républicain, pavoisant sur le perron de l’Elysée, a décidé de se lancer dans l’exploitation des amandes. Qu’il en soit honoré. Mme Pécresse est, elle aussi, « consternée » par les propos de Laurent Wauquiez. Les trois membres de la famille le Pen sont de sortie médiatique, comme des petits diablotins de leur boîte, se haïssent plus que jamais, et font le bonheur intense des médias et de la presse (une du Point). M. Darmanin ne démissionnera pas. Reste que l’image personnelle de cette étoile montante (filante?) de la politique française est sérieusement écornée. Le tribunal administratif de Paris a annulé, pour excès de pouvoir la « piétonisation » des voies sur berge qui empoisonne les habitants de l’île de France obligés – obligés – d’utiliser leur véhicule pour se rendre au travail. La mairie de Paris annonce qu’elle n’appliquera pas la décision de justice, se plaçant en marge de l’Etat de droit. Où est passé l’intérêt général? Où est passé le débat d’idées et de projet? Où est passée la France? Il paraît qu’un pays a la classe politique qu’il mérite. Discutable. A voir…

Maxime TANDONNET

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Lecture: Bergson, par Philippe Soulez et Frédéric Worms, Flammarion, 1997.

C’est toujours avec le plus vif plaisir que je partage sur ce site mes dernières lectures, non pour en faire un compte-rendu exhaustif, mais dans l’espoir de susciter un intérêt envers tel ou tel ouvrage que j’ai aimé et qui m’a procuré du bonheur. Henri Bergson est souvent considéré comme l’un des plus grands penseurs français du XXe siècle, plus ou moins délaissé aujourd’hui en dehors des cours de philosophie. Qui s’ intéresse encore au prix Nobel de littérature en 1927, « dernier grand nom de l’histoire de l’intelligence européenne » (selon Paul Valéry)?

Sur son enfance et sa jeunesse, on sait peu de choses. Il est né à Paris, en 1859, d’un père polonais, musicien, spécialiste de Chopin et d’une mère  irlandaise, tous les deux de confession juive.  Il connaît une adolescence solitaire et austère à Paris, où il suit ses études, tandis que ses parents sont installés à Londres. D’abord passionné par les mathématiques, où il se révèle extrêmement brillant, il opte pour la philosophie, intègre l’Ecole normale supérieure, second à l’agrégation à l’âge de 19 ans, la même année que Jean Jaurès et Emile Durkheim. L’ouvrage retrace les étapes de son ascension, tour à tour professeur à Clermont-Ferrand, pendant 5 ans, à Paris, au Lycée Henri IV, au Collège de France où son enseignement lui vaut un immense succès. Ses ouvrages sont relativement peu nombreux, moins d’une dizaine, dont les plus connus sont l’Essai sur les données immédiates de la conscience, le rire, l’Evolution créatrice, l’Energie spirituelle, les Deux sources de la morale et de la religion. « On n’est jamais tenu de faire un livre » écrivait-il.

Comment essayer  de résumer sa pensée et son apport à l’histoire des idées en quelques mots et sans faire trop de contre-sens? Bergson distingue d’une part « l’intelligence », qui permet aux hommes de se doter d’outils pour dominer la nature et améliorer leurs conditions de vie grâce à la maîtrise des technologies; et d’autre part  « l’intuition » source de la conscience de soi, comme être se définissant dans la « durée », et de rencontre avec  « l’élan vital » qui est la source de toute création et de la marche du monde, une rencontre débouchant sur le mysticisme et la religiosité. Il s’oppose ainsi au rationalisme, au matérialisme  et à l’intellectualisme.

Maigre, de taille moyenne, le front dégarni, un visage osseux, des yeux clairs, transparents, sa vie privée est également mal connue. Il était marié et il avait une fille, Jeanne, handicapée, sourde et muette, a vécu à Paris, à Saint-Cyr-sur-Loire, en Suisse où il disposait d’un chalet dans la montagne. De santé fragile, il souffrait, à partir de la quarantaine, de graves rhumatismes limitant sa mobilité et lui imposant des soins constants. Chez lui, la pensée ne doit pas être distinguée du vécu: « à savoir que les idées réellement viables, en philosophie, sont celles qui ont été vécues d’abord par leur auteur… »  Pourtant, il ne s’est jamais raconté, n’a pas fait le récit de sa vie, comme tétanisé par une modestie et une discrétion naturelle qui sont au cœur de son caractère.

Bergson fut envoyé à Washington au début de 1917 par le président de la République Poincaré et Aristide Briand, président du Conseil, pour pousser les Etats-Unis à entrer en guerre au nom de la morale universelle. Il s’est lié à cette occasion avec le président Wilson, et a conçu avec lui les bases de la sociétés des nations (SDN), sur laquelle il ne fondait pas des illusions démesurées. Le philosophe exprime sa confiance dans l’humanité, convaincu que l’intuition de l’élan vital peut rapprocher ce que les frontières et clivages idéologiques séparent au risque la guerre: « Pourquoi l’homme ne retrouverait-il pas la confiance qui lui manque, ou que la réflexion a pu ébranler, en remontant, pour reprendre de l’élan, dans la direction d’où l’élan est venu ».

Bergson est un philosophe  engagé dans la cité. Il se caractérise par sa passion absolue de la France, un profond et intense sentiment national. Lui-même se définit en produit et en continuateur de la pensée française. Se souvenant de son séjour aux Etats-Unis et de la décision du président Wilson, le 2 avril 1917, d’entrer en guerre au côté de la France, il écrivit: « J’ai vécu là des heures inoubliables. L’humanité m’apparaissait comme transfigurée. Surtout ma France adorée était sauvée. Ce fut la plus grande joie de ma vie. » Cet amour absolu et inconditionnel de la France lui valut l’inimitié de nombre d’intellectuels qui le lui ont amèrement reproché, notamment de Julien Benda, qui le visait particulièrement dans son célèbre ouvrage « La trahison des clercs » .

La fin de sa vie est tragique. A demi paralysé, il voit venir avec une horreur indicible la deuxième guerre mondiale et la défaite de la France, écrivant en 1939: « J’aurais sombré dans le pire désespoir si je ne m’étais dit et redit qu’on a jamais le droit de désespérer, qu’il reste toujours des devoirs à accomplir ». Après la débâcle, l’installation du régime de Vichy, et ses premières décisions antisémites, dans le contexte des persécutions nazies, il refuse toutes les mesures de faveurs que pourrait lui valoir sa notoriété et partage la souffrance des Français à Paris. Il décède pendant l’hiver 1941, dans l’indifférence, auprès de sa femme et de sa fille, de congestion pulmonaire en raison des rigueurs de l’hiver et de l’impossibilité de se chauffer. Un passage de son testament, écrit avant la guerre, en 1938, est profondément bouleversant et se dispense de tout commentaire:

« Mes réflexions m’ont amené de plus en plus près du catholicisme où je vois l’achèvement complet du judaïsme. Je me serais converti si je n’avais vu se préparer depuis des années la formidable vague d’antisémitisme qui va déferler sur le monde. J’ai voulu rester parmi ceux qui seront demain les persécutés. Mais j’espère qu’un prêtre catholique voudra bien, si le cardinal archevêque de Paris l’y autorise, venir dire des prières à mes obsèques. Au cas où cette autorisation ne serait pas accordée, il faudrait s’adresser à un rabbin, mais sans lui cacher et sans cacher à personne mon adhésion morale au catholicisme, ainsi que le désir, exprimé par moi, d’avoir les prières d’un prêtre catholique. » 

Maxime TANDONNET

 

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Voies sur berges: et l’Etat de droit?

Voilà qui est plus qu’étrange: le tribunal administratif de Paris a annulé, pour de multiples raisons, la fermeture à la circulation automobile des voies sur berges par la mairie de Paris. Cette dernière a indiqué, grosso modo, qu’elle n’appliquerait pas une décision de justice pourtant sans caractère suspensif (obligation de l’appliquer). Un nouvel arrêté sera pris pour couvrir le maintien de la mesure annulée par le TA et la mairie fera appel. Tout cela se passe le plus banalement possible. N’importe quel citoyen qui refusera d’appliquer une décision de justice se verra sévèrement sanctionné.  La mairie de Paris peut se permettre de piétiner une décision de justice, mieux, le proclamer haut et fort, mais tout est normal. Ni le pouvoir politique, ni les partis, ni les médias, ni la presse, ni les associations ne s’en offusquent. Circulez braves gens… Tous les signaux sont au rouge: dans un climat indifférent, résigné, imprégné d’une bonne dose de lâcheté, l’idéologie l’emporte sur le droit, et la France renonce subrepticement à son Etat de droit et à ses libertés.

Maxime TANDONNET

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Leçon sur une polémique

Ci-dessous, mon article intitulé Wauquiez, à qui profite le psychodrame? dans le Figaro du 23 février 2018. L’idée n’est évidemment pas de défendre une logique militante, de soutien de Laurent Wauquiez comme adversaire personnel du président Macron dans la perspective « d’un duel » et du remplacement de ce dernier en 2022. La perspective même d’un renouvellement de personne à l’Elysée en 2022, grosso modo dans le même état d’esprit, mais avec une coloration idéologique différente, droitisée, ne me concerne pas. La vraie question n’est pas de savoir qui connaîtra l’extase de fanfaronner  sur le perron de l’Elysée un 8 mai 2022. Elle est de se pencher sur le destin de la France dans un monde en pleine ébullition qui connaîtra, dans les cinq décennies qui viennent, plus de bouleversements et de déchirements que dans les cinq siècles passés. La polémique de ces derniers jours, après tant d’autres du même genre, est odieuse à trois titres: enregistrement (prémédité et organisé) et diffusion publique de propos tenus en privés; atteinte à la liberté de parole d’un homme politique, qui plus est leader de l’opposition; lynchage médiatique de plus de cinq jours, totalement grotesque tant il est disproportionné. La priorité, à mes yeux, est de dénoncer le naufrage de la politique française dans l’ultra-narcissisme, le culte de l’anecdotique, de l’image personnelle, le grand étalage d’illusionnisme,  au détriment de l’intérêt général. Et d’en sortir… La politique française est à réinventer, ses institutions, son régime, sa culture. Une seule chose doit nous importer: rouvrir le débat d’idées, refonder la politique sur la réflexion collective et le bien commun, comme il est écrit dans l’article ci-dessous: « Il est temps de parler aux Français des problèmes de la France, de la désindustrialisation, de la balance commerciale, de la dette publique, du matraquage fiscal, de l’emploi, des enjeux de l’immigration et du développement de l’Afrique, des dangers du communautarisme, de la nécessaire refondation de l’Europe et de la démocratie française, de la lutte contre le terrorisme. Rendre un sens à la politique: voilà ce que les Français attendent de M. Wauquiez, et des autres… »

Maxime TANDONNET

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Psychodrame Wauquiez, entretien Atlantico 2

Les propos tenus en off par le président des Républicains devant des étudiants de l’Ecole de management (EM) de Lyon (Rhône) continuent de provoquer des remous sur la scène politique.  S’il n’est pas question de défendre Laurent Wauquiez, ne peut-on pas voir dans cette affaire et les réactions qu’elle entraîne, un témoignage d’une vraie ligne de faille entre un pouvoir politique autocentré (et incapable de sortir de son agenda) et une population qui ne croit plus du tout à la parole officielle ?

Oui, je pense que cette polémique passionne le monde politique et médiatique mais rien n’indique qu’elle intéresse les Français. La disproportion est gigantesque. Laurent Wauquiez a tenu des propos dans un cadre privé et cette confiance a été trahie par l’un de ses interlocuteurs. Ses paroles sont évidemment contestables mais elles n’avaient rien de monstrueux. En démocratie, un chef de l’opposition a le droit de critiquer le pouvoir en place, même en termes excessifs et encore plus dans un cadre privé. Cela a déclenché un effroyable tollé. Depuis quelques années, la mode est au lynchage médiatique. La parole libre, non aseptisée, est vécue comme intolérable. Je pense sincèrement que ce psychodrame, tempête dans un verre d’eau, est inaudible pour les Français. Ils attendent que les politiques s’occupent de leurs problèmes, de chômage, de pouvoir d’achat, de sécurité. Les Français sentent bien que cette nième polémique furieuse vient à point nommé pour éviter de parler des vraies questions qui préoccupent les Français. Aujourd’hui, les politiques ne font que régler leurs comptes et défouler leurs rancœurs et jalousie. Ce phénomène de cour de récréation, depuis quatre jours, est tout simplement ridicule au regard des grands enjeux planétaires, la Syrie, la Turquie, l’Afrique. Il n’aura pour effet que de creuser encore le fossé entre la classe dirigeante et la nation.

Ne peut-on pas voir une forme d’hypocrisie dans les réactions des politiques  (Laurent Wauquiez n’est pas le premier à taper sur la gérance coûteuse d’Alain Juppé par exemple, et tout le monde peut tenir des propos « trash » en off) ?

En effet, je pense que cette hypocrisie est terriante. Il faut faire semblant de s’indigner, de pousser des cris d’orfraies. M. Wauquiez touche à un point sensible quand il parle de « dictature ». Bien sûr le terme est très excessif au regard de la la réalité historique des dictatures. Mais l’usage de mots excessifs pour choquer et provoquer une prise de conscience fait partie de la liberté d’expression. A l’époque de la présidence Sarkozy, combien de fois les médias et l’opposition ont fait usage des mots fascistes, réactionnaire, raciste, sans que cela ne gène personne? Les âmes sensibles, aujourd’hui, ne supportent pas que Wauquiez ait parlé de « dictature ». Or, au-delà de l’actuelle équipe au pouvoir, Laurent Wauquiez, en historien et en intellectuel politique, soulève-là une question fondamentale qui est celle de l’équilibre des pouvoir. Un système qui concentre dans un visage, un reflet médiatique, un nom, toute la substance du pouvoir politique, se substituant au gouvernement, au Parlement, aux partis politique, aux collectivités territoriales, ne peut que sombrer dans l’impuissance et l’échec. Le culte de l’image personnelle, la personnalisation à outrance du pouvoir conduisent au désastre. C’est tout ce que Laurent Wauquiez a voulu dire aux étudiants de l’école de commerce de Lyon. Visiblement, il a dit une vérité qui dérange pour susciter une telle déferlante de haine.

A l’heure où 83% des Français ont une image négative de la politique, que 9% seulement continuent à faire confiance aux partis (Cevipof janvier 2018), Laurent Wauquiez (s’il venait à assumer ses propos) ne pourrait-il pas paradoxalement incarner ce « langage du peuple » tant voulu par les Français et jusque-là jamais vraiment obtenu ?

Je pense que le peuple, le corps électoral est profondément fatigué des gigantesques polémiques qui caractérisent la politique française depuis plus d »une dizaines d’années. Il n’y a pas de « langage du peuple », ou le penser serait extrêmement méprisant. Les Français ne sont pas des imbéciles. Je suis bien convaincu que nul ne gagnera jamais de popularité dans la France profonde, ou périphérique, par des provocations stériles en particulier des attaques personnelles. Les dirigeants et responsables politiques ou médiatiques traditionnellement, sous estiment l’intelligence des Français et voient dans le peuple une entité indéfiniment manipulable par les émotions ou les mensonges. Les politiques doivent réinventer leur manière de parler aux gens en s’adressant à eux sur le ton de la vérité et de la sincérité. Il faut parler aux Français des problèmes de la désindustrialisation, de la balance commerciale, de la dette publique, des enjeux de l’immigration et du développement de l’Afrique, de la faillite du régime politique français, de la nécessaire refondation de l’Europe et de la démocratie. Le premier homme ou femme politique qui l’aura enfin compris aura pris un avantage décisif…

 

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Psychodrame Wauquiez, entretien Atlantico 1

  1. « L’affaire Wauquiez » provoque un remous certain dans la sphère médiatique et politique, mais a-t-elle un impact sur les lignes du paysage politique français ? Laurent Wauquiez risque-t-il une défection de ses électeurs ?

La question se situe à plusieurs niveaux. Il est certain que cet incident n’aura pas de conséquences sur le noyau dur de ses sympathisants et des militants qui l’ont élu. Son attaque contre Darmanin et ses accusations envers le président Macron ne vont pas forcément déplaire à la droite qui le soutient et qui veut en découdre avec le pouvoir actuel. Au contraire, la virulence des critiques dont Wauquiez fait l’objet, y compris de la part de ses adversaires dans son propre camp, peut favoriser une réaction de solidarité autour de lui. Cependant, au-delà de ce cercle, l’impact de ses déclarations est plus complexe. Laurent Wauquiez s’est visiblement fait piéger dans des conditions qui surprennent pour un homme politique de son expérience. Ce faux-pas n’est pas favorable en termes d’image personnelle car il peut être interprété comme un signe de naïveté par rapport à l’état d’esprit dominant, qui fait peu de cas du respect de la parole donnée et du sens de l’honneur. De même, les attaques personnelles auxquelles il s’est livré ne donnent pas le sentiment de relever le niveau de la politique française. On reste dans les batailles de personnes et les conflits d’ego, bien éloignés des grandes préoccupations des Français : prélèvements obligatoires, pouvoir d’achat, immigration, sécurité, emploi. Pour l’image de M. Wauquiez, la séquence n’est pas franchement favorable.

  1. Beaucoup d’élus de LREM ou d’autres partis adversaires de LR ont dénoncé la « trumpisation » de Laurent Wauquiez, s’attaquant principalement au fond de ses déclarations. Ne manquent-il pas la vraie trumpisation, celle de « l’attitude », qui lui interdit notamment de s’excuser de ses propos, afin de ne surtout pas donner l’impression de céder à une pensée « politiquement correcte » ?

Oui, je suis bien d’accord. La suspicion envers M. Wauquiez d’avoir délibérément proféré ces propos en sachant qu’ils seraient enregistrés et largement diffusés ne résiste pas un instant à l’analyse. S’il l’avait fait exprès, il n’aurait sûrement pas porté une telle critique envers Nicolas Sarkozy dont il a dû s’excuser. Il est impossible de parler de « trumpisation » à ce niveau, c’est-à-dire d’une volonté délibérée de provoquer un tollé médiatique pour faire parler de lui. En revanche, par son refus de toute forme d’excuse et regret vis-à-vis de M. Darmanin et du chef de l’Etat, il envoie un message à l’opinion publique : fermeté, intransigeance, détermination dans le combat politique qui est engagé. Il refuse d’autant plus de s’excuser qu’il estime être victime de la diffusion de paroles qui n’avaient pas vocation à sortir d’un cercle restreint. Là, nous ne sommes pas au niveau du débat d’idées ni de la mis en cause du politiquement correct (sur les minorités, l’immigration, les frontières, etc.) Nous sommes plus dans une logique de pure politique politicienne, d’opposition envers une équipe et de conquête du pouvoir, de retour à la logique droite/gauche. .

3. Cette stratégie de la « trumpisation » formelle opérée par Laurent Wauquiez vous semble-t-elle stratégiquement viable ? N’est-elle pas inadaptée au système électoral français (notamment au deuxième tour) ? Peut-elle fonctionner après la restructuration de la vie politique opérée par l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République ?

Franchement, je suis assez sceptique à cet égard. Depuis 8 ans, les Français voient la vie politique qui ne cesse de sombrer dans les polémiques, les coups tordus, les petites phrases haineuses, les scandales retentissants et la fuite dans la posture. 83% des Français ont une image négative de la politique et ils ne sont que 9% à faire confiance aux partis (Cevipof janvier 2018). Le taux d’abstention a atteint 80% aux dernières élections partielles. Les Français ne supportent plus le grand spectacle politicien, le carriérisme obsessionnel, les batailles d’ego. Ils attendent de Laurent Wauquiez, et des hommes et femmes politiques en général qu’ils se penchent sur leurs difficultés, leurs souffrances et leurs préoccupations. Tel est le sens même de la démocratie : les responsables politiques sont les représentants de la nation à son service. Ils ne sont rien d’autre que des serviteurs du pays et ils ont un devoir d’exemplarité. L’impression de « cour de récréation » n’est pas de nature à réconcilier les Français avec leur classe politique. La première mission de l’opposition, que devrait aujourd’hui incarner M. Wauquiez, est de donner une autre image de la politique, tournée vers le seul bien commun et la préparation de l’avenir. Laurent Wauquiez a donné une excellente impression lors de son « Emission politique » sur France 2 par son sang-froid et sa maîtrise des sujets. Dans l’affaire de l’école de commerce de Lyon, il ne s’est pas montré à son avantage, sauf peut-être aux yeux de ses militants, mais ce n’est pas eux qu’il faut convaincre, c’est l’opinion dans son ensemble. Les élections sont encore loin. A lui de prouver qu’il saura tirer les leçons de cet incident.

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Sur les ruines de la politique française

Laurent Wauquiez, président des Républicains, fait la une de l’actualité après avoir été enregistré devant des étudiants de l’école de Management de Lyon, tenant des propos explosifs, qui mettent en cause à la fois Nicolas Sarkozy, M. Darmanin et le président Macron. L’incident, fortement médiatisé, intervenait à la suite d’une « émission politique » réussie et d’une série de sondages révélant un début de percée dans l’opinion notamment chez les sympathisants Républicains.

Ces paroles ont déclenché une avalanche de critiques dans la classe politique et un lynchage médiatique en bonne et due forme. Les « porte-flingue » du pouvoir n’ont pas raté l’occasion de se déchaîner contre Wauquiez; mais plus encore, ses concurrents de droite lui ont assené des coups d’une rare férocité, qui en disent long sur le degré de haine et de jalousie atteint dans les rangs de la droite modérée. Trois jours plus tard, la déferlante haineuse bat son plein, dans des conditions dignes de n’importe quelle société totalitaire.

Wauquiez est accusé de révéler, par ces attaques personnelles, un tempérament agressif et exagérément carriériste, prêt à n’importe quelle bassesse pour parvenir à ses fins. Il est suspecté de « trumpisme », c’est-à-dire de chercher le scandale pour faire parler de lui à tout prix. La plupart des commentateurs voient dans ces faits un revers décisif, censé compromettre la suite de sa carrière.

Sur la forme, il n’est pourtant pas le premier à s’être fait piéger par un enregistrement. Manuel Valls, Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, M. Macron lui-même, ont connu de telles mésaventures. Dans un univers sans foi ni loi, chaotique, privé des repères de l’honneur et de la morale, la légèreté dont il semble avoir fait preuve est difficilement compréhensible pour un homme politique expérimenté. Quant à la suspicion d’avoir lâché ces propos en pleine conscience qu’ils seraient diffusés, elle paraît totalement déplacée : pourquoi dès lors tenir de telles paroles sur Nicolas Sarkozy dont il a dû s’excuser?

En vérité, plus que la maladresse de Laurent Wauquiez, l’exploitation qui en est faite est le reflet d’une nouvelle phase de déliquescence de la vie politique française dont la décomposition s’accélère. Cet événement et les proportions absurdes qu’il a prises reflètent la faillite générale d’un monde politico-médiatique obnubilé par le cirque politicien.

De sinistres craquements menacent tout l’édifice. Les déboires de M. Wauquiez vont de pair avec la vertigineuse chute de la popularité présidentielle (35% de satisfaits – Ipsos), malgré une conjoncture internationale plutôt favorable, signant l’échec d’une conception de la politique axée, de quinquennat en quinquennat, sur le culte de l’image personnelle et l’obsession de la communication. Le pouvoir en place, déchiré entre ses contradictions -vernis droitier et quintessence d’une politique socialiste de matraquage fiscal, contraintes économiques,  hausse de l’immigration, déclin de l’autorité de l’Etat, nivellement scolaire par le bas – est condamné à un dramatique échec.  La gauche socialiste et communiste n’en finit pas de se désintégrer. Au Front national le syndrome du « changement de nom » est celui d’un parti aux abois et entraîné comme les autres dans une grande vague de néant. Un an après la déflagration de 2017, la vie politique française poursuit son effondrement. Il n’en reste qu’un tas de ruines et pour l’instant, aucun signe de redressement possible.

Elle n’est plus qu’anecdotes, polémiques, coups médiatiques, guerres des ego narcissiques, obsession carriériste, culte des sondages. Dévoyée, détournée de ses objectifs, la politique française, comme un vaisseau fantôme, ne cesse de s’éloigner du débat d’idées et de la notion d’intérêt général. Les questions thématiques n’existent qu’à travers les annonces factices et bruyantes et les calculs démagogiques par exemple sur le « service universel ». Les grandes questions vitales pour l’intérêt de la nation paraissent définitivement enterrées: le renouveau de la démocratie, la refondation de l’Europe, la crise migratoire européenne, la lutte contre la fragmentation de la France et le communautarisme, la restauration de l’autorité de l’Etat contre la violence galopante, la compétitivité industrielle, le rétablissement de l’intelligence collective par l’école…

83% des Français ont une vision négative de la politique (cevipof janvier 2018) et l’abstentionnisme bat tous les records (80% aux législatives partielles). Le dernier psychodrame autour de M. Wauquiez n’est pas de nature à réconcilier les Français avec la politique. La décomposition de la politique française se poursuivra tant que les questions de personnes et les intérêts particuliers, matériels et de vanité, l’emporteront sur les enjeux fondamentaux de la démocratie et le bien commun du pays. Jusqu’où la chute peut-elle perdurer? Dans l’état de déconnexion qui caractérise la classe dirigeante ou influente, on ne voit hélas guère aujourd’hui qu’une grave crise de société ou internationale pour entraîner une prise de conscience.

Maxime TANDONNET

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Staline, le cour du tsar rouge, 1941-1953, T II, Simon Sebag Montefiore, Perrin, 2010.

Le tome II est encore plus passionnant que le tome I. Il débute avec l’offensive Barbarossa, le 21 juin 1941, quand sur ordre de Hitler, les chars allemands envahissent l’URSS. Si la décision du Führer allemand a souvent été interprétée par ses généraux comme un geste de folie furieuse, l’attitude du dictateur soviétique est au début tout aussi obtuse et irrationnelle, paralysée par sa confiance aveugle en Hitler. Contre toute évidence, les rapports de ses espions, les forces allemandes massées aux frontières, les premiers bombardements, il est dans le déni absolu du réel et refuse de croire son état-major. L’invasion a débuté, l’armée russe est en déroute: « Incroyablement entêté, le dictateur persistait à s’accrocher à l’idée d’une provocation des officiers allemands […] « Hitler n’est pas au courant, c’est clair ». Staline refusa de contre attaquer avant d’avoir reçu un message officiel de Berlin. « Ce gredin de Ribbentrop nous a joué un tour » répéta-t-il plusieurs fois à Mikoïan. Il refusait de blâmer Hitler. » Mais quand il prend enfin conscience de son erreur, ivre de fureur, il accuse ses généraux de l’avoir trompé et les tient pour responsables de cette bévue titanesque.

Après avoir totalement décapité la direction de l’armée soviétique lors des purges de 1937 (cf t I), pendant plusieurs jours, Staline paralyse les forces de l’armée rouge en s’enfermant dans son obstination et son aveuglement. Sa responsabilité dans la débâcle initiale de l’armée soviétique semble avérée.  Quel fut son rôle réel dans le retournement de la situation,  à partir de la défaite de l’armée allemande devant la capitale russe, en novembre-décembre 1941? Loin de se comporter en génie militaire, maréchal auto-proclamé, il démultiplie les hésitations, les ordres et les contre-ordres. Son refus d’évacuer Moscou a certes eu pour effet de galvaniser les forces de résistance. De fait, l’armée allemande a surtout été vaincue par le froid glacial, -30° . La force de Staline tient à son absolue cruauté. « Menacé d’être encerclé au Sud, Staline prit des mesures draconiennes pour que la terreur galvanise ses hommes au combat. La première semaine, il approuva l’ordre n° 246 du NKVD qui stipulait que les familles des soldats capturés par l’ennemi seraient exécutées, ordre qui fut rendu public par le décret n°270 […] Après tout, c’était la vieille méthode des Bolcheviks. »

Le livre ne cache rien du comportement personnel de Staline, les persécutions contre sa famille, y compris sa fille à laquelle il reproche une liaison amoureuse au point de faire déporter son compagnon, des attitudes obscènes, d’une saleté hallucinante en public, au milieu de ses généraux, le climat de terreur qu’il fait régner en permanence, menaçant de mort son entourage, tout ordre s’accompagnant d’une menace de pendaison en cas d’échec.

L’idée d’un Staline vainqueur de Stalingrad semble plus que douteuse. De ce qui ressort du livre, la victoire des soviétiques, sur laquelle se joue le sort de l’humanité, tient infiniment plus au courage du peuple russe et à la compétence de ses  officiers, qu’au supposé « génie militaire » de Staline.  Certes, ce dernier se complaît à harceler ses généraux de son arrivée au bureau  à midi jusqu’à son coucher à 4 heures. Il ne cesse de hurler, d’humilier, de mépriser son entourage qui tremble devant lui. Il adore moquer ses proches, les ridiculiser en public  et se défausser sur eux de ses responsabilités. Ainsi, il raille son ministre des affaires étrangères, Molotov en 1944, fustigeant en public « ton pacte avec Hitler » (d’août 1939).

Comme souvent les grands caractériels,  sa tendance est à respecter ceux qui lui tiennent tête et à écraser les plus lâches et lèche-bottes.  D’ailleurs, seul, le plus brillant de ses officiers, le général Joukov, lui aussi une brute épaisse, mais extrêmement intelligent, lui résiste; et face à lui, Staline baisse les yeux. L’ouvrage ne cache rien non plus des génocides orchestrés, en 1943 et 1944, par Staline et Beria, envers les minorités d’URSS, Allemands de la Volga, Tchétchènes, Ingouches, Kazakhs, Tatars de Crimée, exterminés et déportés par centaines de milliers, ni des tortures, des viols en masse, des persécutions commis par le NKVD, dans l’indifférence absolue du Tsar rouge qui attribue ces atrocités au besoin des soldats de se défouler.

La richesse de l’ouvrage tient au mélange constant de la grande et de la petite histoire. Voici le récit hallucinant d’un dîner entre les délégations soviétiques, américaines et britanniques, à l’issue de la conférence de Yalta, le 6 février 1945, quand les futurs vainqueurs festoient ensemble dans un climat ambigu, après s’être partagés l’Europe : « Un hôte inattendu assistait à ce dîner épique: Staline avait en effet invité Beria, ravi d’être sous les feux de la rampe, car il commençait à se sentir un peu à l’étroit dans son rôle de chef des services spéciaux. Roosevelt le remarqua et demanda à Staline: « qui est cet homme au pince-nez, assis en face de l’ambassadeur Gromiko? » « Lui? c’est notre Himmler » [le chef de la Gestapo], répliqua Staline sur un ton malicieux. C’est Beria. » L’homme de la police secrète ne dit rien, se contentant d’un sourire qui révéla ses dents jaunes, mais la remarque lui fit sans doute l’effet d’une douche froide [… ] Il était clair que Beria avait entendu. Les Américains étaient fascinés par cet homme mystérieux. Il était petit, gros, et ses verres épais lui donnaient un  air sinistre, mais diaboliquement intelligent. Obsédé par le sexe, Beria se mit à bavarder de la vie sexuelle des poissons avec Sir Archibald Clark Kerr, lui même un séducteur, qui était passablement éméché. De plus en plus ivre, sir Archibald se leva et porta un toast à Beria « celui qui veille sur notre sécurité, notre garde du corps »: un compliment déplacé et maladroit. Churchill, jugeant que Beria était loin d’être un ami recommandable, mit en garde son ambassadeur: « Archie, pas de ça. Fais attention dit-il en le menaçant du doigt. »

Décidément, un beau livre d’histoire, qui concilie réflexion, connaissance de l’histoire et bonheur d’un formidable moment de lecture.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Sept raisons de détester l’air du temps

Je déteste, jusqu’à la nausée:

– L’idolâtrie, le culte de la personnalité sous toutes ses formes possibles et imaginables, la naïveté,  l’extase du jour, l’éblouissement, la servilité mentale, la bêtise en somme,  autour de sauveurs providentiels, quels qu’ils soient, de l’extrême gauche, à l’extrême droite, avec  la complicité du monde médiatique.

– L’esprit de haine, de calomnie, de délation, qui pèse sur le pays, les dénonciations sans preuve, les lynchages sans autre forme de procès, y compris concernant les Darmanin ou les Hulot ou tout autre dans le genre, quels que soient l’indifférence ou le mépris que je porte par ailleurs aux personnages susceptibles d’être visés.

– La servilité médiatique, le conformisme bêlant, la lâcheté, l’esprit lèche-bottes, les mensonges, la propagande, le matraquage, l’aveuglement volontaire, la bouillie infâme qui circule sur les fausses réformes mensongères ou démagogiques, vides de tout contenu, qui ne servent qu’à exciter la polémique et manipuler l’opinion, les manipulations de masse qui consistent à maquiller les pires lâchetés, les échecs et reculades en victoires triomphales.

– Les détournements de la vie politique, de l’intérêt général, du bien commun et des débats d’idées, au profit de la vanité narcissique et maladive de quelques pitres médiatisés, la politique spectacle, le carriérisme forcené, la quête de notoriété, la revanche sociale à travers le mandat politique pour les plus médiocres intellectuellement, moralement, humainement, d’une génération.

– La trahison permanente de la démocratie, du pouvoir du peuple, à travers un mépris généralisé de ce que les soi-disant « élites dirigeantes ou influentes » considèrent comme « la vile multitude », les référendums foulés au pied, les élections validées avec plus de 50% d’abstention, cet état d’esprit qui tient les gens, le peuple, pour une entité négligeable et indéfiniment manipulable.

– La destruction de l’intelligence à travers le nivellement par le bas qui s’accélère (réforme du bac), l’effondrement du savoir, de la culture, de la réflexion et de l’esprit critique qui se manifeste dans le saccage scolaire et universitaire de l’histoire, de la littérature, de l’orthographe ; la crétinisation dont se nourrissent les manipulations de masse.

– La soumission passive et fataliste aux grandes tendances historiques qui, par-delà les gesticulations médiatiques et politiciennes,  entraînent une fois encore, la nation vers le précipice : crétinisation, déclin de l’autorité de l’Etat, chômage de masse, paupérisation galopante, désastres démographiques, désindustrialisation, violence de plus en plus exacerbée et sanguinaire, fragmentation de la société à travers le communautarisme.

Maxime TANDONNET

 

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A Maelys

Il est des crimes dont l’atrocité dépasse tout ce que le mots ou les phrases peuvent exprimer et qui vous laissent accablé, glacé, anéanti, comme transi d’horreur. Les paroles ne servent à rien et seul le silence est digne en de telles circonstances. Et pourtant, comment s’empêcher de dire qu’elle était jolie comme un ange, délicieuse, pleine de vie et d’avenir, faisant le bonheur de ses parents et de ses copines. Qu’il me soit permis d’exprimer mon infini chagrin pour cette tragédie sans nom et mon immense et sincère compassion pour les parents de Maelys.

Maxime TANDONNET

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Contre le service national universel ou parcours citoyen

La création d’une service national universel ou parcours citoyen est une fausse bonne idée.  S’il fallait mobiliser les Français face à une menace militaire pour soutenir leur armée ou participer à la défense de la France, une levée en masse  se justifierait pleinement. En revanche, une corvée d’un mois, créée ex-nihilo, sans but précis, réservée aux jeunes (pourquoi eux?) ne servirait strictement à rien. Trente jours n’est pas une période suffisante pour assurer un processus d’intégration: c’est le temps d’une colonie de vacances. Pire, cette durée serait semble-t-il décomposée en étapes citoyennes… L’opération coûterait une fortune: sans doute 4 à 6 milliards d’euros pour héberger, nourrir, encadrer une classe d’âge. Un pays qui compte une dette publique de plus de 2000 milliards d’euros (égale au PIB) et bat tous les records de prélèvements obligatoires peut-il encore se permettre de jeter les milliards par la fenêtre? Et dans quel but, quel objectif? En un mois, il est impossible de trouver le temps de former ou de préparer un jeune à une activité d’utilité quelconque, surtout un mois fractionné en trois. Le seul résultat serait d’engendrer une contrainte pour des jeunes qui travaillent, étudient ou cherchent un travail. Un quart  des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage et en souffrent et nombre des autres vivotent avec des salaires qui ne leur permettent pas de se loger (à Paris) donc privés d’autonomie. Alors, méritent-ils l’humiliation supplémentaire d’une corvée inutile et totalement privée de sens? Nous sommes là au cœur de la bêtise française. Il faut mettre en oeuvre une promesse de campagne présidentialiste grâce à laquelle un homme (celui-ci ou un autre, peu importe) peut bomber le torse et pavoiser sur la terrasse de l’Elysée. Et cela à n’importe quel prix: celui de dépenses astronomiques,  d’aggravation de la dette publique, de mise en branle d’une monstrueuse et vaine usine à gaz,  et du temps perdu pour tout le monde. Le grand spectacle politicien va occuper le monde médiatique pendant quelques semaines. Pendant ce temps, les vrais problèmes ne seront pas traités. Avant que la montagne n’accouche d’une souris. J’ignore si de mon vivant, des trois ou quatre décennies qu’il me reste à vivre, si Dieu le veut, j’aurai le plaisir de voir sombrer ce système qui atteint le paroxysme de la débilité.

Maxime TANDONNET

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« La France s’ennuie »

« La France s’ennuie », pourrait-on dire, à l’image de Pierre Viansson-Ponté, journaliste au Monde, le 15 mars 1968. Ces propos ont été considérés comme annonciateurs du séisme révolutionnaire de mai 68, il y a 50 ans tout juste et cela ne nous rajeunit pas…

L’actualité est, il est vrai, d’une pauvreté inouïe, comme écrasée par la routine. En surface, le grand Guignol habituel est à l’oeuvre: annonces tonitruantes, aussi creuses que verbeuses, polémiques virulentes, coups de menton, gesticulations médiatiques, avalanches de réformes factices. Et dans les profondeurs, poursuite de la pente dont tout le monde, finalement, s’accommode: déficits, prélèvements records, dette, chômage, pauvreté, violence, désindustrialisation, déclin de l’intelligence et de l’école, négation de l’autorité de l’Etat, fragmentation de la société… C’est fou comme le « nouveau monde » ressemble à « l’ancien »!

De cette comédie lamentable, un point me sidère particulièrement, comme incompréhensible: pourquoi les principaux politiciens s’accrochent-ils avec autant de hargne? Le métier est tragique: humiliations à grande échelle, mépris, échecs. Pourtant, ils ne doutent de rien.

M. Valls vient de déclarer que « le quinquennat de M. Hollande fut un échec ». Bien. Il en fut le pilier principal, comme Ministre de l’Intérieur, puis Premier ministre pendant trois ans. Qu’attend-il désormais?  Basta! C’est fini! Qu’il manifeste un peu de grandeur en faisant son mea culpa. J’ai voulu bien faire et j’ai échoué. La politique est un monde d’une violence et d’une difficulté extrême. C’est tellement facile, aujourd’hui de cogner sur Hollande, pour ceux qui en furent ses plus authentiques créatures. Qu’il écrive ses mémoires et cultive son jardin.

Mme LP est encore et toujours sur tous les écrans de télévision. Il fallait s’y attendre. Voilà au moins quarante ans que cette famille envenime les difficultés de la France, sert de repoussoir médiatique destiné à diaboliser les sujets qui préoccupent le pays autour de l’avenir de la nation, la sécurité, la maîtrise des frontières, le danger communautariste et de tremplin au pouvoir socialiste. Le monde médiatique tremble à l’idée de la disparition de ce pilier de l’idéologie française et il est prêt à tout pour la sauver de l’oubli.

Et d’autres encore réapparaissent: Mme Dati, Mme Moreno, mon ami M. Hortefeux, sont au premier plan de l’entourage de Laurent Wauquiez président des Républicains. Pourquoi donc?  Il ont eu leur place au tout premier plan. Il est temps de passer à autre chose. Les cimetières sont pleins de gens indispensables. La vie offre tellement de solutions en dehors de l’esbroufe politico-médiatique: voyager, lire, cultiver son jardin et même, travailler… La vie normale, en dehors de l’univers factice de la vanité médiatique, est pleine de satisfactions. Tout cela, franchement, n’est pas très bon signe…

Quant à M. Thévenoud, il vient de déposer un brevet autour de sa trouvaille: « phobie administrative ». Voici le symbole même du pire de l’imposture politicienne, « faites ce que je dis et ne dites pas ce que je fais ». Un pilier du pouvoir socialiste 2012-2017, spécialisé dans la fraude fiscale, dont il apparaît qu’il ne déclarait pas ses impôts. Voilà comment, sous une forme la plus emblématique, la plus paroxystique, on se moque des gens. Une faute grave, naufrage dans l’hypocrisie, disons que cela peut arriver dans certaines circonstances de la vie. Mais alors là, franchement, en tirer fierté au point de la graver dans le marbre, cela dépasse tout entendement…

Les hommes et femmes politiques ont une mission respectable: pendant dix ou quinze ans, servir la nation et le bien commun. Mais après, ils doivent accepter de passer la main. Oui, la France s’ennuie mais l’histoire ne se répète jamais en des termes identiques et ses soubresauts revêtent des habits nouveaux à chaque fois. Il n’y aura pas de mai 68 mais sans aucun doute une explosion prochaine, tout aussi tragique, mais sous des formes que nul ne peut imaginer.

Maxime TANDONNET

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20 ans déjà, Claude Erignac

Je l’ai bien connu quand j’étais son tout jeune directeur de cabinet à la préfecture de Versailles. Le rez-de-chaussée de la préfecture des Yvelines, voisine du château, était composé de vastes bureaux intimidants, salons prestigieux, aux murs et plafonds ornés de dorures, aux tapis et meubles anciens, de grandes portes-fenêtres donnant sur un parc.

Erignac, dès notre première rencontre, m’avait impressionné. Son personnage correspondait à ce décors: le pas sûr, l’allure cambrée, mince comme un fil, un visage étroit, allongé, des cheveux grisonnants, raides, coiffés en arrière, des lunettes sévères, le costume sombre tiré à quatre épingles, des chaussures parfaitement cirées. Il s’exprimait d’une voix claire, haute, autoritaire, homme d’action, décideur responsable qui ne se dérobait jamais. Il avait une vision rigoureuse du travail et de l’action: il lui fallait des résultats.  Les belles paroles inutiles, la frime, les cérémonies grandiloquentes lui étaient insupportables. Le temps lui paraissait compté : pas une minute ne devait être perdue.

Dans sa mission, il n’avait qu’un mot à la bouche : le service de l’Etat dont il défendait l’autorité. « Si je cède là-dessus, je cède sur tout » avait-il coutume de dire. Un député et président du Conseil général de l’époque, pressenti pour entrer au gouvernement ne l’impressionnait absolument pas. L’Etat, le détenteur de l’autorité républicaine, dans les Yvelines, à deux pas du château de Versailles, c’était lui et personne d’autre. Il n’avait peur de rien ni de personne.

Mais le soir tard, dans son bureau, il écoutait de l’Opéra en travaillant. Dans les moments de relâche, il pouvait se montrer d’une extrême gentillesse et humanité. De religion protestante, croyant et pratiquant, il perdit sa mère pendant son mandat versaillais. Dans le grand couloir qui longe les bureaux de la préfecture, je lui présentais mes condoléances. Après une brève poignée de mains, il me dit : « C’est un au-revoir, pas un adieu. Ma douleur est intime, personnelle. Elle ne doit strictement rien changer pour notre mission ». Il adorait le tennis, le vélo pendant le weekend. Il recevait des intellectuels à sa résidence et aimait leur parler d’histoire. Il était sans prétention leur posait mille questions mais ne donnait jamais de leçon. Erignac aimait passionnément la vie.

Quatre ans plus tard, au lendemain d’un 6 février maudit, un samedi matin, vers 8 heures, je reçois un coup de téléphone d’un proche. « Tu as entendu les actualités ? Le préfet de Corse a été assassiné ! Tu le connaissais n’est-ce pas ?» Je me rue sur la télévision. Je vois mon Erignac étendu par terre, la face contre sol, l’une de ses chaussures noire arrachée. Alors, je me suis effondré, comme jamais peut-être dans toute ma vie. Le sentiment d’injustice et de rage devant la bêtise éternelle et criminelle. Ils visaient le préfet. Ils ont assassiné un homme.

Maxime TANDONNET

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SDF « par choix »?

Un député issu du « renouvellement » de 2017 déclare que « l’immense majorité des SDF dorment dans la rue par choix. » Il parle ainsi d’hommes et de femmes qui sont de grands naufragés de la vie, ont sombré à la suite d’un malheur personnel, perte de leur emploi, maladie, addiction, séparation, rupture familiale, ou deuil. Ces paroles sont le fidèle reflet d’une partie du monde politique, issue de la recomposition, des hommes et femmes qui s’ébattent dans un monde virtuel, celui où ils vivent, et ne cessent de s’enfoncer dans une logique de déni de la réalité. Ces mots ont un côté table rase. Ils ont pour effet d’évacuer des choses qu’ils ne veulent pas voir tant elles les terrifient, contrastent avec le petit cocon narcissique dont ils s’enrobent. Par choix, la solitude? Par choix, le froid et la faim? Par choix, les nuits glacées? Par choix, les matins sans espoir? Par choix, la violence de la nuit? De tels mots sont l’expression parfaite de la fuite d’une petite caste devant le monde des réalités. Ils m’ont fait penser à ce Monsieur de la soixantaine qui vivait sous une tente du bois de Vincennes, mort il y a quelques années par grand froid dans l’explosion de son réchaud à gaz. Ils illustrent à merveille la perte de sens de la politique, en principe au service des hommes et des femmes, du bien commun. Pour tout dire, ils ne sont pas dignes du Parlement français, ni de la démocratie.  Ils sont le fruit d’un système à bout de souffle. La démocratie est censée faire émerger des hommes et des femmes de talent, de bon sens, dévoués à l’intérêt général. Détournée, dévoyée, elle produit tout le contraire, un mélange de nullité prétentieuse et de vanité stérile. La grande déflagration politique de 2017 aurait pu déboucher sur un progrès. Elle a engendré le pire.  La démocratie française est à refonder, à repenser de fond en comble.

Maxime TANDONNET

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Législatives partielles, l’euphorie est-elle de mise?

Les Républicains viennent de remporter les deux élections législatives partielles de Belfort, et du Val d’Oise, avec respectivement 59% ds voix et 51,5%, contre le candidat de LREM. « Une belle victoire pour notre famille politique » déclare l’un des nouveaux députés LR.

Le résultat de dimanche est en effet révélateur de plusieurs phénomènes. Il consacre l’effondrement du PS et la chute du FN, permettant ainsi à LR de se positionner en première force d’opposition. Il souligne également la situation précaire de l’équipe au pouvoir. Dans un contexte officiel et médiatique dominé par l’optimisme, le culte du renouveau, de la recomposition, ces résultats tombent comme un pavé dans la mare. Ils expriment, ni plus ni moins, une lassitude prématurée de l’opinion envers la fuite du politique dans le virtuel – culte de la personnalité, postures, images, annonces, fausses réformes tonitruantes dans tous les domaines – au détriment du monde des réalités, du quotidien et de la préoccupation – ou la souffrance – des Français.   A ce rythme d’usure du pouvoir, la glissade des 4 années et demi à venir s’annonce vertigineuse et lourde de menaces d’explosion.

Pour autant, nul ne saurait jubiler. De longues séries de victoires aux législatives partielles, de 2012 à 2017, n’ont pas empêché les Républicains de se fracasser en 2017. Avec le système du présidentialisme à outrance, la vie démocratique est asservie au moindre scandale, manœuvre, manipulation et autre coup médiatique. Mais surtout, ces résultats, s’ils dénotent le rejet du pouvoir en place, ne manifestent guère d’enthousiasme pour une solution de recours. Le taux d’abstention est considérable: 74% à Belfort et 80%  dans le Val d’Oise. Comment le nier et fermer les yeux sur la faiblesse de la participation? Ce taux d’abstention dénote que la défiance des Français envers la politique ne cesse de s’aggraver. Le vrai vainqueur, c’est l’indifférence: 80%!

Le sondage CEVIPOF sur la confiance des Français, vague 9, janvier 2018, en témoigne. A l’issue d’une année électorale à l’aune de la « transformation », il souligne que rien n’a changé en profondeur: le matraquage généralisé autour de « l’optimisme » et de la « table rase » laisse les Français de marbre. 33% d’entre eux font confiance à « l’institution présidentielle » (-1); 29% à l’Assemblée nationale (-13); 32% à l’Union européenne (-6). L’image des partis politiques ne cesse de se dégrader. Ils sont l’institution la plus impopulaire: 9% de confiance (-2)! Moins de 10% des Français font aujourd’hui confiance aux partis! 83% des Français pensent que les responsables politiques « ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme eux » (économie, social, autorité, immigration, sécurité…) La politique inspire aux Français : 39%, de la méfiance; 25% du dégoût; 11% de l’intérêt, 9% de l’ennui… Au total, 76% de perception négative et 22% de positive.

La fracture démocratique, le fossé entre la nation et ses milieux dirigeants, continue à s’aggraver par delà le « séisme » politicien de 2017. Le fond du sujet ne tient pas à telle ou telle performance électoraliste du jour. Il est tout entier dans la nature même de la politique et de la démocratie telle qu’elle est pratiquée.  La personnalisation médiatique du pouvoir à outrance, la plongée de la vie politique dans l’ivresse de la communication, le carriérisme narcissique sous toutes ses formes, le mépris des gens, du peuple – de ce qu’il pense et de ce qu’il veut – l’hallucinante débauche du « faire-croire et laisser-penser », la négation permanente du monde des réalités, l’obsession de la réélection et de l’image personnelle, au détriment de l’intérêt public, voilà tout ce que les Français, au-delà des hommes et des majorités, ne supportent plus.

La politique est à réinventer de A à Z, autour du Bien public, de la vérité, du rejet viscéral de tout excès de personnalisation du pouvoir, de la modestie, de la discrétion, de la mobilisation des énergies autour d’une ambition collective, de la volonté et de la fermeté dans la mise en oeuvre des décisions démocratiques, de la supériorité de la chose publique – res publica – sur toute forme d’intérêt personnel, matériel ou de vanité. La question n’est pas de « transformer » la France, formule excessive qui dénote une fuite du monde des réalités dans l’esbroufe, mais de substituer l’action en faveur de l’intérêt général à la provocation, aux calculs intéressés et à la manipulation. Et tant que cette prise de conscience du profond malaise politique de la France ne viendra pas, comme enfouie dans les sables de l’aveuglement, rien de solide ne se fera jamais, quels que soient les hommes et les majorités.

Maxime TANDONNET

 

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