L’Idéologie

Ce matin, à la radio, vers 9H, j’étais heureux à l’idée d’écouter M. Winock, historien de la République, présenter son nouveau livre. Je m’en faisais une joie. J’avais lu avec passion ses histoires des intellectuels français au XIX et au XXe. Un peu de hauteur fait tellement de bien! Et puis voilà. L’animateur de l’émission lui demande sur un ton euphorique (de mémoire):

  • « Le triomphe actuel de la jeunesse , les jeux olympiques de 2024 à Paris, l’exposition universelle en 2026 (?), la résurrection de l’idéal européen: alors, un grand vent d’optimisme souffle en ce moment sur la France qui a basculé dans une ère nouvelle?
  • Réponse: Oui je le crois profondément. »

Aussitôt, en une demi seconde, j’ai pensé au 5 millions de chômeurs, au 8 millions de pauvres, 3,6 millions de mal logés, à la crise migratoire et aux bidonvilles, à la violence quotidienne et à ce Monsieur poignardé à mort avant-hier en défendant sa femme agressée par des voyous, au 250 victimes du terrorisme islamiste en trois ans, et aux larmes de leur proches qui n’ont pas encore séché, à la prise de contrôle d’Alstom par Siemens.

Je me suis dit que l’Idéologie, le matraquage quotidien, l’esprit de servilité et la propagande, l’aveuglement et les jeux d’illusionnisme, le culte de l’avenir radieux, enveloppés dans un climat de béatitude hystérique,  devenaient chaque jour un peu plus insupportables et nuisibles. J’ai donc aussitôt éteint ma radio. Il reste à espérer que dans ce pays, une lueur de bon sens et de lucidité survive à la tornade de bêtise.

Maxime TANDONNET

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Histoires de présidents

Deux anecdotes qui en disent long sur l’évolution de l’institution présidentielle mais aussi et surtout sur l’état de la société français d’en haut sur le plan intellectuel comme sur le plan moral . Notées ici pour  y penser lors de la prochaine édition de mon livre.

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RTL 30 septembre

« Politique, ton univers impitoyable ? Pas toujours semble-t-il. Dans un portrait que Le Point consacre à Christophe Castaner, ce dernier raconte comme il a décidé de quitter le Parti socialiste pour rejoindre Emmanuel Macron. Devenu depuis porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner explique que c’est « des étoiles plein les yeux » qu’il a accepté de se lancer dans la campagne présidentielle aux côtés de l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande. Mais au-delà d’une relation politique, la relation Castaner-Macron semble avoir un plus à en croire le principal intéressé. « J’assume cette dimension amoureuse. Mon niveau d’exigence envers moi-même est tel que si je dois avoir un chef, je dois avoir de l’admiration pour lui. Et Emmanuel est fascinant. Tout l’est chez lui : son parcours, son intelligence sa vivacité, sa puissance physique même… », confie au Point le député des Alpes-de-Haute-Provence. »

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L’Express 30 septembre

« Alors que doit sortir jeudi prochain un livre racontant le crépuscule de la vie de Jacques Chirac, sa fille Claude dénonce un manque de respect et de dignité. « Chirac, le crépuscule », titre la Une de Paris Match cette semaine. L’hebdomadaire publie les bonnes feuilles d’un ouvrage, à paraître le 5 octobre, intitulé Président, la nuit vient de tomber. Un livre écrit par le journaliste Arnaud Ardoin, qui a recueilli le témoignage de Daniel Le Conte, un ancien collaborateur de Jacques Chirac qui l’a accompagné jusqu’à très récemment, y compris dans la maladie.  Ce livre, racontant selon Paris Match « la fin de vie du patriarche de la République », a suscité l’ire de la famille de l’ex président. Sa fille Claude Chirac, qui ne s’exprime que rarement s’est ainsi confiée dans une interview au Parisien. « Je souhaite dire – haut et fort – que ce livre a été fait à l’insu de Jacques Chirac et de sa famille, affirme-t-elle. Nous en ignorions absolument tout. Ça a été un choc assez violent d’en découvrir l’existence il y a quelques semaines. »

Maxime TANDONNET

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Françallemagne?

Les élites françaises, depuis très longtemps sans doute, couvent en leur sein un vieux rêve non dit: celui d’une fusion politique de nature fédérale entre la France et l’Allemagne. Ce projet, qui obsède en silence la France d’en haut, politique, administrative, intellectuelle, explique largement la résignation qui accompagne la prise de contrôle d’Alstom par Siemens. Il en fut tout autrement dans l’affaire du rachat des chantiers navals par l’Italie. Elle est dans l’ordre des choses, celui de l’intégration de la France dans un espace sous domination allemande. Pour ce faire, on s’en remet à de Gaulle et au traité franco-allemand de 1963. C’est un mensonge: de Gaulle ne concevait la relation franco-allemande que dans un contexte de stricte égalité entre les deux pays et d’indépendance des deux peuples.  Ce rêve caché explique aussi l’enthousiasme imbécile de la quasi totalité de la France d’en haut, tout le monde confondu, pour le Brexit: voici enfin le départ de l’empêcheur de tourner en rond! Tout ceci est tragique, nous faisons fausse route. L’idéal européen ne se conçoit que dans un équilibre entre les Nations européennes. Le triangle, France, Angleterre, Allemagne, est au centre de cet équilibre.  La France, historiquement culturellement, est au carrefour de multiples traditions: germanique, certes, mais aussi italienne, polonaise, espagnole, portugaise, britannique, russe, etc… Se résoudre à une soumission non dite à l’Allemagne, voilée derrière les coups de mentons et les roulements de mécanique, n’est pas seulement un crime, c’est une faute. La richesse de l’Europe ne se conçoit que dans un climat d’équilibre et d’égalité. La domination ou la suprématie d’une nation sur les autres est la voie royale vers la révolte, la déflagration et la désintégration. Quand je parle d’une nation ou quasi-nation européenne, c’est l’image qui compte: un ensemble de peuples unis par l’histoire et la culture, grecque, latine, chrétienne, la Renaissance et ses suites, et dont l’avenir se joue face à un monde qui comptera bientôt 11 milliards d’habitants, des menaces effroyables, démographiques, terroristes, économiques, migratoires, environnementales, l’émergence de géants politiques planétaires. Il est évident qu’il faudra s’unir pour relever ces défis. Mais dans un climat d’aveuglement sans nom, l’Europe, guidée par le renoncement, dont chaque jour offre une nouvelle illustration, marche en ce moment aux déchirements et à l’abîme.

Maxime TANDONNET

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L’eurocratisme destructeur de l’Europe

Européen dans l’âme, oui je pense l’être comme une immense majorité de français. Difficile d’être plus Européen que ce que je vais dire et pense réellement: de par mes racines, ma culture, mon histoire personnelle, ma sensibilité,  je suis autant Allemand, Anglais, Roumain, Portugais, russe et Italien que Français. Comment être plus Européen? En vacances au Portugal, en déplacement en Roumanie, je me sens plus chez moi que dans beaucoup de régions françaises. Je crois en une nation européenne, de culture, d’histoire, de tradition européenne, profondément unie face aux géants planétaires de l’avenir, l’Inde (1,5 Milliards d’habitants), la Chine (1,4), le Nigéria (1 milliard), le Brésil, l’Amérique, etc. Face aux menaces planétaires, terrorisme islamiste, bulles financières, crises migratoires, explosion démographique, guerres ethniques, destruction des ressources et de l’environnement, le sort des Européens est intrinsèquement, profondément imbriqué. Mais pourtant, tout ce que l’on appelle « construction européenne » depuis les années 2000, se traduisant par la mise en place d’un gigantesque bulldozer  bureaucratique, entraîne en ce moment les Européens dans une monstrueuse impasse. Le Brexit est un désastre absolu, contre l’histoire, contre l’intérêt des Européens. L’Angleterre est l’Europe. La révolution industrielle est partie d’elle. Elle a inventé les libertés (Habeas corpus) et la démocratie parlementaire. A travers son chef Churchill et son peuple courageux, elle seule, en Europe a résisté au nazisme, avant de l’écraser comme une mouche vénéneuse. C’est à elle avant tout, comme aux Russes et aux Américains, mais plus tard, que nous devons notre mode de vie et notre liberté. La France et l’Angleterre sont deux nations sœurs jumelles: il ne peut y avoir l’une sans l’autre. Les frontières nord de la France sont imprégnées de sang français et anglais versé de 1914 à 1918, pour la défense du monde libre. Il faudrait l’oublier?  Penser l’Europe sans l’Angleterre est une crétinerie sans nom, totalement banalisée. Cette idée débile, parfaitement admise de tout le monde, n’est que le signe de l’abaissement intellectuel de notre pays. Et puis, comment ne pas voir la réalité, la Grèce, la Pologne, la Hongrie, suivent le même chemin, celui de la sortie. La poussée de l’extrême droite en Allemagne, l’arrivée de 90 députés nationalistes au Reichtag, du jamais vu depuis 1929,  cet événement vertigineux, après la honteuse poussée de l’extrême droite en France, ne trouble personne…  Un processus de désintégration est en cours, dans l’aveuglement général. Mais la bêtise est maîtresse de ce monde. Plutôt que de se dire: tout est à repenser, à reconstruire, fonder sur des bases nouvelles, démocratiques, décentralisées, proches des citoyens de l’Europe, de leur souffrances et de leurs préoccupations,  avec les Britanniques et les Polonais, le réflexe de nos élites dirigeantes est de dire: persévérons avec nos œillères dans la voie qui conduit au désastre, créons plus de bureaucratie, plus de contraintes, plus des mépris des peuples. Accélérons notre oeuvre de destruction. Il est même question désormais de créer des euro-taxes! Franchement, il arrive un niveau de vertige où l’on ne sait plus que dire, que faire, que penser…

Maxime TANDONNET

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Pauvre pays!

Tiens, lu une réflexion intéressante d’une député LREM, ou ministre, je ne sais plus, à propos de la victoire des Républicains au Sénat, hier soir: « c’est le dernier sursaut de l‘ancien monde ». Ancien/nouveau monde. Cela m’a rappelé Jack Lang au soir du 10 mai 1981: « après la nuit vient la lumière ». Et comme chacun sait, depuis 1981, nous baignons dans la lumière. Avec un petit accent 1789, ou plutôt 1793/1794, voire 1917 ou 1949 en Chine: il y avait l’avant, maintenant, il y a l’après, et toute trace du passé doit être éliminée. Sauf que le passé, il est là, et bien là sous nos yeux. Rien n’a changé, sinon en pire dans ce pauvre pays. Le grand cirque continue, ou plutôt, accélère. Des manifestations et des grèves se déclenchent, avec pour objectif de bloquer l’économie française. Ils veulent recommencer le coup du blocage des dépôts d’essence. Grève ou sabotage? On hurle au « nazisme », un vieux réflexe de Pavlov. La dernière grande polémique nationale, celle d’avant hier.  Et au sommet, on se répand comme d’habitude en moulinets et en coups de menton. Le grand cinéma national tourne à plein pour des réforme qui, sur le fond – mais qui s’intéresse au fond – n’ont franchement pas grand chose de révolutionnaire,  ne touchent en rien au 35 heures, ni aux sacro-saintes rtt qui pénalisent l’économie français depuis 17 ans, pas un mot, rien sur les seuils, rien sur l’écrasement fiscal et social des entreprises, rien sur le contrat de travail ni le droit de la fonction publique. Alors pourquoi une telle disproportion entre les causes et les effets? Parce que cela arrange tout le monde. Il faut à tout prix noyer le néant et l’impuissance dans la gesticulation. Et les médias sont là pour jouer le jeu. En ce moment, partout, on nous ressort du le Pen à grande brassée. La grande terreur des bienpensants: la disparition du lepénisme qui priverait la France de son repoussoir absolu. Quand tous les partis auront disparu, celui-là sera toujours là, tant le monde médiatique, hypocritement, l’adore, le vénère, lui tend la main dès qu’il chancelle. Pauvre pays livré à une entreprise générale de saccage du bon sens, de la réflexion critique, de l’intelligence collective. Mais l’espérance se cache là où on ne l’attend pas, même modeste, même dérisoire, même infime. Marchant tristement dans la forêt, samedi, voilà sur quel trésor je suis tombé!

Maxime TANDONNET

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Les Républicains: Wauquiez/Sarkozy?

L’excellent site Atlantico m’a demandé hier si selon moi, M. Laurent Wauquiez avait intérêt à reprendre le discours de Nicolas Sarkozy en 2007. Le « non » que j’ai répondu, clair et net, n’est en rien une prise de distance vis-à-vis du président Sarkozy mais le fruit d’un simple constat: en 10 ans, la perception de la politique qu’ont les Français a radicalement changé et leur attente  n’a plus rien à voir avec celle de 2007.

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1-​Laurent Wauquiez s’annonce comme le grand favori dans la course à la présidence ​des LR , sur une ligne politique essentiellement tournée vers la protection des classes moyennes, l’identité, et la lutte contre l’assistanat, semblant correspondre à la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007. Dans quelle mesure cette ligne politique peut elle être suffisante à un monde post-crise de 2008 ? Ne s’agit il pas d’une cause du divorce entre la droite et les classes populaires ? 

Laurent Wauquiez a clairement affirmé que Nicolas Sarkozy était sa référence. Il est vrai que sa ligne est proche de celle du président élu en 2007. Peut-être que cette approche peut lui permettre de gagner la faveur des militants dans l’optique de l’élection à la présidence du parti. Mais cela n’a rien à voir avec s’imposer comme un recours sur la scène nationale. Depuis 2007, nous avons complètement changé de monde. Il y a eu la crise économique, mais aussi les affaires DSK et Cahuzac, la défaite de 2012, le quinquennat Hollande, le terrorisme, « fillongate » la tornade « En Marche ». Refaire 2007 n’a plus aucun sens. Ce qui caractérise la France d’aujourd’hui, c’est la crise de confiance envers le politique. La lutte contre l’assistanat ou pour la réhabilitation du travail ne peuvent plus suffire à convaincre l’opinion, après les souffrances de l’exclusion et du chômage dues à la crise. Quant à l’identité, c’est un thème abstrait, qui renvoie à l’échec du débat sur l’identité nationale en 2009. Non, il faut prendre en compte les bouleversements intervenus dans la conscience collective et changer de logiciel. Vouloir reprendre telle quelle la ligne de 2007, après les bouleversements qui sont intervenus en 10 ans serait suicidaire.

2-Nicolas Sarkozy était parvenu à « arracher » les classes populaires au Front national en 2007​, mais dans un monde pré-crise. Ainsi, et alors que le Front national s’est ​re​trouvé​ en concurrence avec la France insoumise ​pour les catégories populaires, Laurent Wauquiez pourra-t-il échapper à ces mêmes difficultés ?

​Oui, bien sûr, la marge est étroite entre d’une part l’idéologie d’En Marche, axé sur l’individu-roi, et les « antisystèmes », de droite et de gauche. Les Républicains de M. Wauquiez ne pourront pas se contenter du thème du libéralisme économique et sociétal, qui aura été obéré par l’expérience Macron d’un point de vue idéologique – sans pour autant que les mesures nécessaires à la relance de l’économie française aient été prises. Quant au discours « identitaire », il restera la marque de fabrique du FN. Il me semble que les classes populaires sont avant tout attirées par le parti de l’abstention aujourd’hui. On ne réalise pas à quel point la France connaît une crise de sa démocratique. 51% d’abstention aux législatives, c’est un résultat vertigineux dont personne n’a conscience. Aujourd’hui, il est caricatural de penser que la grande masse des classes populaires est attirées par les partis supposés « antisystème ». C’est le rejet du politique, le sentiment que la démocratie est en panne, que la représentation ne fonctionne pas qui caractérise aujourd’hui les classes populaires. Les classes populaires dans leur majorité, ne croient en personne, ni au FN ni à France insoumise, ni LREM, ni aux Républicains. Il faut en être conscient ! Et dans les temps qui viennent, avec la politique et le discours de LREM, les mesures annoncées, les fractures du FN, la rupture entre M. Mélenchon et le parti communiste, les divisions chez les Républicains, ce fossé entre les classes populaires et le monde politique ne peut que se creuser toujours davantage.

3- ​Comment la droite pourrait elle retrouver un discours plus « séduisant » pour les classes populaires ? En quoi, malgré la défaite, l’accent mis par François Fillon sur le volet économique, en opposition à une ligne Buisson qui rejette cette problématique au second plan, peut-il être un exemple à suivre ? La droite Wauquiez a-t-elle finalement tirer les leçons de la défaite de François Fillon ?

La droite, je préfère le terme « les Républicains », n’a pas intérêt à chercher à séduire. La séduction  suivie de la déception a beaucoup trop sévi ces dernières années. Non, aujourd’hui, les leçons du psychodrame autour de M. Fillon et d’une campagne électorale désastreuse, n’ont pas été tirées. La France a besoin d’une véritable révolution de sa conception de la vie politique. Il faut sortir justement de la séduction, de la sur-médiatisation et de la tyrannie de la communication. Il faut mettre fin à la dérive du régime dans un culte de la personnalité qui touche à l’absurde et n’a pas d’autre objectif que de cacher la faillite de l’Etat et des politique dans de nombreux domaines. Il faut bannir l’ambition carriériste que les Français ne supportent plus. En réalité, il faut réhabiliter le discours de la vérité et du désintéressement personnel. La politique doit cesser d’être affaire de posture vaniteuse et se mettre au service de la nation et de ses habitants. Il faut une transformation radicale de la gouvernance de la France, en finir avec la personnalisation à outrance du pouvoir, l’autre face de l’impuissance et du renoncement. Le Gouvernement du pays doit être une affaire d’équipe et non d’une image idolâtre. Il faut recentrer la politique sur l’action, le choix le gouvernement et non la communication et les manipulations : comment sauver l’école, lutter contre l’insécurité, la violence et le communautarisme des cités, chercher une issue à la crise migratoire en traquant les passeurs criminels, alléger les charges sur l’entreprise pour créer des emplois. La vocation des Républicains est d’engager cette profonde mutation de la politique française pour la sortir de la dictature de la communication, la recentrer sur les mots d’ordre vérité et action.

 

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La décomposition s’accélère (ou la grande déflagration)

L’actualité politique est passionnante… les polémiques imbéciles fleurissent de partout, ces derniers jours autour de « la retraite de M. Wauquiez », du « couscous », des voyages de Mélenchon, de « Colbert », etc. Parfois, on se demande comment il est possible d’atteindre un tel degré de crétinerie.  Cette gesticulation ne suffit même pas à masquer l’essentiel: la décomposition politique reprend, à une vitesse vertigineuse. Des Républicains, écartelés entre constructifs, centristes et droitiers, il faut bien reconnaître qu’il ne reste plus grand chose. Le parti socialiste n’arrête pas de s’émietter, même son candidat, M. Hamon crée son propre mouvement. La vieille SFIO plus ou moins retapée lors du congrès d’Epinay en 1971 est cette fois vraiment à l’agonie. Encore plus intéressant, les extrêmes, les antisystèmes se décomposent à leur tour, le FN explose dans une grande déflagration, M. Mélenchon et le PCF divorcent. Quant au pouvoir en place, il est déjà aux abois, un record absolu après même pas un semestre: tragique absence de ligne, mesures symboliques qui indignent tour à tour la droite et la gauche, fragilité absolue d’un pouvoir sans assises dans le pays, comme hors sol, reposant sur le culte d’une image médiatique, effondrement de la popularité, lâchage en règle du monde médiatique dont il est la plus authentique créature… Mais le plus effroyable, dans tout ce phénomène d’effondrement accéléré de la politique française, c’est que nul n’a la moindre idée d’une issue possible à cette désintégration générale. La cause profond de ce phénomène? La disparition du sens de l’intérêt général, le triomphe partout, de la mégalomanie narcissique, cette grande force de décomposition… Et nul ne voit ce qui vient après. Nous savons qu’une crise prodigieuse se profile. Mais nous n’avons pas la moindre idée de la suite. L’Histoire, la « force de l’événement », ce monstre insaisissable dont les ressorts profonds échappent à notre entendement, aura certes le dernier mot. Mais aujourd’hui, nous vivons suspendus au-dessus d’un étrange abîme qui nous donne le vertige.

Maxime TANDONNET

 

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L’erreur fatale des Républicains

Ces derniers temps, j’ai été en contact avec l’un des principaux chefs de file des Républicains, un personnage que j’apprécie beaucoup, respecte et soutiens. Il me disait qu’il connaissait mes analyses sur les dangers de la personnalisation du pouvoir à outrance, mais que celle-ci était inévitable pour deux raisons: le culte du chef dans son parti et la nature du régime présidentiel. Je pense que la vieille politique est morte et que nous entrons dans un autre univers profondément différent. Depuis 30 ans environ, les Français ne cessent d’éprouver, d’année en année un dégoût grandissant envers la politique. Cet écœurement se cristallise sur des présidents de plus en plus impopulaires et rejetés par la population: VGE, FM, JC, NS, FH, EM. La chute est vertigineuse et elle s’accélère. La politique française ne cesse de s’abîmer dans un monde où le renoncement à l’action, l’impuissance à changer la vie (chômage de masse, insécurité, déclin intellectuel, etc) se traduisent, en compensation, par un culte de la personnalité médiatique, l’illusion de l’autorité du chef, dont l’effet est de dissimuler la faiblesse de l’Etat face aux enjeux du quotidien. Songer aujourd’hui à faire émerger un nouvel Hollande ou Macron de droite, pour remplacer l’actuel dans 5 ans est pire qu’une erreur, une faute, un incorrigible et stupide aveuglement. Il faut tirer les conséquences de cet hallucinant coup de balai donné en 2017 par l’électorat à la classe politique traditionnelle. Pour regagner la confiance d’un peuple, sans laquelle jamais aucune réforme crédible et authentique ne sera désormais possible, pour donner une nouvelle impulsion à la France et l’engager dans le monde moderne, il faut une transformation radicale, absolue, non pas seulement des visages, mais de notre conception même de la politique. Le présidentialisme, le culte indécent de l’image personnelle, ce naufrage permanent dans  l’abîme de la vanité au détriment du monde des réalités, de la réforme et du bien commun, deviennent viscéralement insupportables à la nation. Mais comment peut-on ne pas le voir? Les Français n’en voudront plus. La politique doit se recentrer sur le collectif, la modestie, la simplicité, l’action au service de la France. Dans le monde moderne, l’image du héros, de l’homme seul qui sauve le pays, du chef providentiel ne peut plus faire illusion sauf auprès des imbéciles. Seul un groupe déterminé de 12 ou 15 hommes et femmes, intrinsèquement unis par le sens de l’intérêt général, étrangers à la mégalomanie narcissique, ce mal du siècle, peut entraîner un pays dans la voie du redressement. Plutôt que de créer chacun son petit parti minable, il leur faut s’unir pour la France, comme une sorte de cabinet de guerre britannique, et non se chamailler comme des gamins pour satisfaire leur ego médiatique boursouflé. Mais comment le leur faire comprendre?

Maxime TANDONNET

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Anecdotes révélatrices

Attention! Si j’écris ce billet à la première personne, en abusant du « je », ce n’est pas pour la frime ni par mégalo-narcissisme, le mal du siècle, mais pour conter des anecdotes vécues telles quelles – parole d’honneur – qui en disent long sur l’air du temps.

Hier matin, sur le marché de ma banlieue parisienne, je suis allé discuter avec deux militants communistes qui vendaient l’Humanité dimanche et faisaient de la retape pour la Fête de l’Huma. Deux sexagénaires, du type retraités de la classe ouvrière, le genre à avoir adhéré au parti à l’âge de 14 ans et durement travaillé à l’usine pendant 40 ans, eux-mêmes enfants d’ouvriers communistes. L’un d’eux était un « sans dents » au sens propre du terme: il lui manquait plusieurs dents de la mâchoire supérieure: caries non soignées faute d’argent  pour finir les fins de mois dans leur enfance; enfin, j’imagine. Tous deux m’ont parlé du pouvoir actuel avec une rage et une haine indescriptible, dépassant de loin tout ce qui aurait pu être dit sur Sarkozy à la belle époque. Je ne peux même pas retranscrire ici leurs propos. Quand j’ai essayé de me faire « l’avocat du diable », j’ai senti une violente colère monter et suis passé à autre chose.

Hier soir, avec ma femme, soirée parisienne mondaine, costard/cravate. J’ai parlé à un homme d’affaire, encore jeune, golden boy, travaillant dans la finance internationale, dynamique, intelligent, enthousiaste. Il vouait une intense admiration au pouvoir actuel. La raison de cette extase: la suppression prochaine, enfin, la suppression annoncée, de l’ISF pour les valeurs mobilières. Il m’expliquait, entre les mots, que sa fortune placée en actions, atteignant quelque chose comme 20 millions d’euros, lui valait un impôt monstrueux au titre de l’ISF. Ce sera une « bénédiction », me disait-il. Me faisant, toujours, l’avocat du diable je lui objectais qu’il resterait l’ISF sur l’immobilier, frappant les propriétaires de maisons et d’appartement. « C’est pas un problème, me répondait-il, l’immobilier, on s’en arrange toujours (sic) » (j’imagine qu’il voulait dire: en achetant sa maison en Belgique ou en Suisse). Pour être franc, ce genre de discours, dans le même milieu, béatifiant le pouvoir actuel du fait de ses projets sur l’ISF cela fait au moins trois fois que je l’entends.

France dite d’en haut/ France dite d’en bas. Les deux France face à face, l’une sans frontière et l’autre « périurbaine », qui se regardent en chiens de faïence. Jusqu’où la grande fracture? Sans doute faut-il en effet réformer la fiscalité française pour lutter contre la fuite des capitaux et s’aligner sur le régime des autres pays Européens à cet égard, favoriser l’investissement y compris immobilier et l’emploi, tout cela dans un grand effort d’explication sans mépris ni condescendance. Cependant, il me semble qu’un pouvoir politique qui attacherait son identité, sur le plan du symbole,  à la suppression de l’ISF pour les (seules) valeurs mobilières, est voué à un rejet populaire massif et au désastre. Et même si nos mauvaises et grotesques institutions de la VIème République (ou Vème bis) lui permettent de tenir artificiellement 5 ans, moribond, cette longue période de survie jouera comme  compresseur de haine. Et si rien ne change, si tout continue sur le même pente – un pouvoir politique coupé de la sensibilité populaire, une opposition démocratique rongée par ses obsessions narcissiques, le résultat sera clair et net: la gauche radicale, dans 5 ans prendra le pouvoir avec l’aide de l’extrême droite (toujours dans la crétinerie du système présidentiel 1er tour/ 2ème tour), plongeant le pays dans un chaos indescriptible et ils ne restera à nos « financiers sans frontière » que leurs larmes pour pleurer ou leurs dollars pour fuir lâchement un pays à feu et à sang. Si rien ne change, j’ai dit…

Maxime TANDONNET

 

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Conservatisme ou évolution

Le parti républicain doit-il s’ancrer dans le conservatisme ou s’adapter aux évolutions de la société?  Voici la question – difficile – posée par Atlantico hier soir… Et mes réponses.

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1-​Ce 15 septembre, Jean François Copé a déclaré à propos de la PMA « Sur ce sujet, il faut évoluer, et donc, pour ma part,  je ne m’y opposerai pas ». En quoi la droite a t-elle besoin « d’évoluer »​ sur ce types de sujets ? Qu’est ce que la droite a à perdre à vouloir « évoluer » et qu’a-t-elle à ​y​ gagner ?

Il me semble qu’un sujet comme la PMA ne peut pas faire abstraction de la sensibilité personnelle des hommes ou femmes politiques. Un parti, une majorité ou une opposition peut difficilement imposer un carcan idéologique où tout le monde devrait se fondre. Cela reviendrait à obliger des personnes à se renier  et à trahir leur pensée profonde. Je ne pense pas que la question soit d’imposer une ligne unique sur un sujet qui concerne les convictions éthiques et éventuellement religieuses. Chacun doit pouvoir se prononcer en son âme et conscience. C’est une affaire de liberté d’opinion. En revanche les responsables politiques ne doivent pas non plus me semble-t-il tout réduire à la tactique politicienne, se positionner sur telle question pour se différencier, apparaître moderne et soigner une image. Donc je ne pense pas que « la droite » en tant qu’entité collective, ait besoin d’évoluer collectivement sur de tels sujets à dominante éthique, mais plutôt d’admettre que ces questions ne relèvent pas du clivage droite/gauche mais de l’intime conviction de chacun en évitant aussi de diaboliser et d’insulter ou de mépriser celui qui ne pense pas comme vous. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir de consensus sur un tel sujet tant il relève de l’intime. C’est là qu’une réflexion de fond et un vrai débat de société, fondé sur l’échange des arguments, serait nécessaire.

​ ​​2- Ne peut on pas voir dans les défaites électorales de la droite, une conséquence de ses « évolutions »​ passées ? D’un point de vue philosophique, que perd la droite en refusant le « conservatisme » ? 

Le conservatisme, c’est une étiquette, à connotation négative dans notre pays, un peu comme « la réaction ». D’ailleurs, la droite accuse aussi la gauche de conservatisme sur les réformes économiques. Je pense que personne ne doit se laisser enfermer dans des étiquettes. Il faut prendre chaque sujet au cas par cas et s’interroger sans a priori sur les bonnes solutions pour le pays. Le conservatisme signifie que l’on est favorable au maintien des choses en l’état. Or nul ne conteste que la France a besoin d’être réformée en profondeur. Je crois que personne n’a rien à gagner à se proclamer conservateur dans une société qui a besoin de transformations. En revanche, la droite devrait être beaucoup plus ferme dans ses convictions et dans la défense de ses valeurs éducatives, intellectuelles, qui sont le socle de la vie en société. Ainsi, quand le précédent gouvernement a supprimé ou fortement réduit l’enseignement du latin et du grec, peu de responsables politiques ont marqué leur opposition. Certains l’ont fait, mais la plupart avaient trop peur de se ringardiser en défendant l’enseignement des langues classiques. De même, la réduction de l’enseignement du français, de l’histoire ont un impact désastreux sur le long terme en affaiblissant le niveau scolaire des Français c’est-à-dire leur capacité d’adaptation et leur esprit critique. Face à cette réalité, la question n’est pas d’être conservateur ou de ne pas l’être, mais  de lutter contre une grave dérive.  Et cela personne n’a su le faire.

3- ​Dans un environnement politique français particulièrement mouvant depuis la campagne présidentielle, la droite n’aurait elle pas justement intérêt à se définir clairement, en ignorant les tendances de l’opinion ? 

Mais comment ignorer les tendances de l’opinion dans une démocratie ? Au contraire, il faut chercher des réponses aux attentes des Français. Voyez le sondage CEVIPOF sur la confiance des Français. D’année en année, il indique que 89% des Français pensent que les politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux. La rupture entre les élites et le peuple ne cesse de s’aggraver. Elle se traduit par une poussée vertigineuse de l’abstention, plus de 50% aux dernières législatives, et par la montée du vote protestataire. Que disent les Français sur le chômage, l’école, l’autorité de l’Etat, la sécurité, la maîtrise de l’immigration ? Le rôle des politiques est d’être à leur écoute et de leur apporter des réponses. Ils doivent tenir un discours de vérité. Les gens n’attendent pas des solutions miracles. Ils veulent sentir que leurs attentes sont prises en considération par les dirigeants. La politique devient beaucoup trop une affaire de grand spectacle et d’image narcissique. La priorité absolue de la droite, dans l’avenir, est de la ramener au monde des réalités, en finir avec les postures pour se mettre au travail. Mon sentiment, c’est que dans l’avenir le mot d’ordre de la droite ne doit pas être le conservatisme, synonyme d’immobilisme ce qui serait suicidaire, mais le sens des réalités, de la vérité et de l’intérêt général. Mais nous n’en sommes malheureusement pas là…

 

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Lecture: Philippe Séguin, par Arnaud Teyssier, Perrin 2017

Demain sort en librairie la biographie de Philippe Séguin par l’historien M. Arnaud Teyssier, qui l’a bien connu et fut l’un de ses conseillers à la présidence de l’Assemblée nationale. Je recommande chaleureusement cet ouvrage  passionnant et fondamental pour la compréhension de l’histoire politique française de ces trente dernières années. Cette biographie est la première publiée après le décès de Philippe Séguin, donc complète, portant sur l’ensemble de sa vie.

Séguin est  né à Tunis en 1941, dans une famille issue d’un milieu modeste. La mort de son père sur le champ de bataille, engagé volontaire dans les forces de la France Combattante qui luttent contre l’armée hitlérienne  pour la libération de la France, alors qu’il n’avait que deux ans, est l’événement fondateur de sa vie. Elle est la clé de sa passion de la France qui imprègne son engagement et sa vie publique.

Il connaît, lors de son rapatriement en France, à la suite de l’indépendance de la Tunisie en 1956, une période d’adaptation difficile, sur le plan matériel. Cependant, il réussit de brillantes études: histoire, Sc Po Aix-en-Provence, l’Ena. Son rang à la sortie de cette école lui permet d’accéder à la prestigieuse Cour des Comptes. C’est Michel Jobert, secrétaire général de l’Elysée qui l’ayant repéré à sa sortie de l’Ena,  le présente à Georges Pompidou. Il est ainsi recruté comme conseiller à la présidence de la République. Il s’ouvre ainsi les portes de la politique et parvient à être élu député d’Épinal aux élections législatives de 1978.

M. Arnaud Teyssier revient sur les étapes de son ascension dans l’appareil du parti gaulliste, le RPR, dont Jacques Chirac est président. Il se fait remarquer à la fois par la clairvoyance et la justesse de ses analyses, ses convictions gaullistes et par son talent oratoire. Lors de la première cohabitation, en 1986-1988, il devient ministre des affaires sociales. Seconde grande étape de son ascension: en 1993, après la victoire du RPR et de ses alliés aux législatives, il est élu au Perchoir, à la présidence de l’Assemblée nationale. L’auteur présente Philippe Séguin dans toute la vérité du personnage, sans rien dissimuler: son exceptionnelle intuition visionnaire, sa passion de l’action et de l’intérêt général, ses qualités d’homme d’Etat – le dernier selon Arnaud Teyssier – mais aussi, derrière un physique impressionnant, un caractère compliqué.

L’ouvrage insiste fortement sur les grands combats de Philippe Séguin, et sa solitude face à la tyrannie de l’air du temps. Bien sûr, il a laissé son nom au combat contre le traité de Maastricht en 1992: « Un peu après 22H30, dans une ambiance très lourde, l’orateur monte à la tribune. Il s’engage alors dans un discours fleuve, de près de deux heures trente qui, malgré sa longueur, grâce à sa précision et à quelques morceaux de bravoure, produit une forte impression, sur le moment, sur les députés présents, mais surtout dans les jours qui suivent. » L’auteur raconte les coulisses de son fameux débat télévisé avec François Mitterrand, gravement malade, expliquant la modération du ton de Philippe Séguin, par respect pour l’homme affaibli comme pour la fonction présidentielle.

Arnaud Teyssier tord ici le cou à une légende mensongère: Séguin n’avait rien d’anti-européen, il était au contraire profondément attaché à l’unité européenne et en particulier à l’accueil dans l’Union des pays de l’Est rescapés du communisme soviétique. En revanche, il voyait avec une lucidité hors du commun le danger de fonder la construction européenne sur la logique d’une gigantesque usine à gaz bureaucratique. Sa crainte majeure tenait à la destruction de la démocratie nationale.

Dans une vision fulgurante, il annonce alors toutes les conséquences du traité: un chômage de masse irréductible, la fracture démocratique entre la Nation et ses dirigeants, les tensions et déséquilibres entre Etat européens qui iront jusqu’à l’explosion (aujourd’hui le brexit), la décomposition nationale, la poussée extrémiste, en particulier le risque d’une percée du FN en France une  perspective qui le révulse. On sait à quel point l’histoire lui donnera raison contre à peu près tout le monde.

Mais il y aura pire peut-être aux yeux de  Philippe Séguin: le trafic de l’histoire. Puisant son inspiration dans la pensée et l’action du général de Gaulle, la conscience omniprésente de son père qui a donné sa vie pour la France et qu’il n’a pas connu, il n’acceptera jamais la mode de la repentance qui s’empare des esprits dans les années 1990 et 2000. Son dernier combat sera avant tout intellectuel: dénoncer la mode de la haine de la France et de l’autoflagellation, rayonnante parmi les élites.

L’aspect le plus fascinant du personnage tient à sa dimension intellectuelle, sa passion de l’histoire, sa volonté d’articuler réflexion et action, et sa vision prophétique de l’avenir.  Bref, à cette lecture, on ne peut s’empêcher de se demander si l’intelligence retrouvera un jour sa place en politique, à l’ère de la tyrannie de la communication et de l’émotionnel et si un homme d’Etat resurgira du néant. Arnaud Teyssier, dans une écriture splendide, grâce à une documentation fouillée, une connaissance personnelle approfondie du personnage, nous raconte avec son talent habituel l’histoire d’une rébellion solitaire contre la tyrannie montante de la bêtise, du conformisme et de la lâcheté.

Maxime TANDONNET

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La dictature des polémiques et l’anéantissement du politique (Figaro Vox)

L’actualité politique française est écrasée par le mot « fainéants » que le chef de l’Etat a prononcé, le 8 septembre à Athènes, à propos des mouvements sociaux. Hormis la tragédie de Saint Martin, plus rien d’autre n’existe dans la vie politique et médiatique depuis quatre jours. Comment en arrive-t-on à ce qu’un mot, d’usage assez courant, et bien entendu isolé de son contexte, puisse ainsi s’imposer comme l’événement fondamental de la vie intérieure d’un pays ?

La gauche se réconcilie à la faveur de cette parole. Les extrêmes, droite et gauche, jubilent : l’occasion était trop belle ! Les syndicats se mobilisent. Les médias et la presse se déchaînent, ne parlent que de l’événement, les réseaux sociaux s’embrasent. Les qualificatifs ne manquent pas : « dérapage », « mépris », « insulte envers les Français », etc. L’Elysée persiste et signe. Et la polémique s’enflamme. Certes, ce n’est pas la première fois qu’une parole présidentielle provoque un tollé. Qui a oublié le «pauvre con » ou les « sans dents » ? L’ampleur du scandale est pourtant révélatrice du naufrage de la vie politique et médiatique française dans la médiocrité.

Tout d’abord, il exprime à merveille la banalisation du culte de la personnalité –positif ou négatif. La vie politique et médiatique, dans le régime actuel, n’existe plus qu’à travers les faits, les gestes et les paroles d’un visage, une image, un reflet médiatique : le président de la République. Cette fixation mentale se traduit par un mouvement de pendule entre idolâtrie et lynchage. La vie politico-médiatique, transformée en grand spectacle de téléréalité, n’est plus qu’un jeu d’adoration ou de haine envers un personnage, son héros et anti-héros. Le président est désormais naturellement à la fois emblème et bouc émissaire national. A l’émerveillement de l’élection de mai 2017  succède aujourd’hui la disgrâce et la chasse à l’homme. Monstrueuse illusion : comme si dans le monde moderne et son infinie complexité, le sort collectif pouvait dépendre d’un seul homme…

La réflexion, le débat d’idées, la préparation d’un destin commun, c’est-à-dire politique au sens noble du terme, ont disparu corps et biens. Il n’en reste que des poussières. Tout n’est plus qu’invectives, insultes, provocations, petites phrases méchantes, scandales, trahisons, postures mégalomanes, frime et coups médiatiques. Les sujets de fond sont broyés dans la grande hystérie politico-médiatique qui submerge la France. Oui, le pays a besoin, non seulement de réformes, mais d’une profonde transformation. Il traverse une crise titanesque : l’école, les banlieues, la sécurité, le maîtrise des frontières, la liberté d’entreprise, la dette publique, le poids de la fiscalité, etc. Qui parle encore de ces sujets de fond ?

Dans l’aveuglement, l’indifférence, l’incompréhension, la res publica, la chose publique, est moribonde. La décomposition politique, loin d’avoir atteint un seuil en mai-juin 2017, donne le sentiment de s’accélérer. Jamais la crise de confiance entre les Français et leur classe dirigeante n’avait été aussi profonde. 89% des Français estiment que les politiques ne s’intéressent pas à ce que « pensent les gens comme eux » (CEVIPOF). Cette fracture ne peut que s’aggraver dans l’avenir. Le Parlement, qui devrait être le creuset de la démocratie, du débat de société, de la représentation nationale, le vivier des futurs responsables politiques, a quasiment disparu du spectre national ; tandis que le Gouvernement ne cesse de se fondre dans l’ombre élyséenne. Les partis poursuivent leur mouvement de désintégration. Que reste-t-il du PS et des LR en dehors des affrontements d’ambition? Or, rien de crédible n’est venu les remplacer ni se substituer à eux.

Voilà à quoi servent les gigantesques polémiques stériles qui se déclenchent autour d’un mot : cacher le mouvement qui emporte la politique française dans l’impuissance et le néant. Le fond du problème tient à la crise concomitante de l’intelligence politique et des hommes d’Etat. La réflexion de fond, l’idée même de gouvernement et de volonté générale ont été anéanties. Dans sa remarquable biographie de Philippe Séguin (Perrin, 2017), M. Arnaud Teyssier  dévoile les coulisses du grand démantèlement de la politique française qui survient dans les années 1990. Il révèle comment un homme d’Etat – le dernier selon lui – fasciné par le destin de la France, se trouve broyé par le carriérisme narcissique et la médiocrité envahissante. Aujourd’hui, nous ne voyons pas l’issue de cette crise.

Maxime TANDONNET

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L’opposition républicaine, les ordonnances et le mouvement social

La site Atlantico m’a interrogé hier soir, avec M. Jérôme Fourquet de l’IFOP, sur ce que devait être l’attitude de « la Droite » face aux ordonnances et le mouvement social. Voici mes réponses:

La première journée de contestation de la Réforme du marché du travail a lieu cette semaine. La droite doit-elle intervenir dans le conflit social selon vous ? Ne risque-t-elle pas de se mettre à dos son électorat classique en le faisant ? (il y a également le risque d’apparaître cynique après avoir soutenu le programme de “purge” de Fillon)

 Les Républicains ne peuvent pas se permettre de jouer la politique du pire face aux réformes prévues par les ordonnances. Ce serait suicidaire et contradictoire par rapport à leur discours habituel. Les français sentiraient bien la politique politicienne et le désir d’utiliser le conflit pour affaiblir le gouvernement. Quel que soit l’issue ils en sortiraient affaiblis. Si les ordonnances passent, ils seront dans le camp des vaincus, avec le fn et la gauche radicale. Le gouvernement apparaîtra comme seul contre tous ayant atteint ses objectifs. Si, à la suite d’une grave crise de société, le gouvernement est obligé de reculer, ce ne sont pas les Républicains qui apparaîtront comme les vainqueurs, mais bel et bien la rue et le parti de gauche et les socialistes.

Selon un sondage Elabe pour BFM TV, 39% des français estiment qu’aucun mouvement politique n’incarne le mieux l’opposition en particulier. Ils sont 9%  à penser que les Républicains l’incarnent. Faut-il voir ici l’occasion pour la droite d’incarner l’opposition ?

Non, il faut raisonner à terme, ce n’est jamais une bonne chose d’apparaître comme étant dans le camp de la démagogie. La France a besoin de réformes profondes. Même si l’on ne partage pas entièrement le point de vue du gouvernement sur les réformes, la droite n’a rien à faire du côté des extrêmes. Elle ne devrait pas prendre part à une bataille frontale contre des réformes qui certes ne règlent pas tout, mais qui vont tout de même sur certains points dans un sens favorable. Peut-être qu’une majorité de Français est opposée à cette réforme. Mais il faut réfléchir et agir avec une perspective de long terme, et non pas d’aller dans le sens du vent le jour le jour. Il faut penser à l’après. Si cette réforme échoue, sous le poids de la rue, il est clair qu’une étape supplémentaire sera franchie dans la voie d’un pays de plus en plus ingouvernable et impossible à réformer. Si un jour les Républicains accèdent au pouvoir, comment pourront-ils proposer des changements beaucoup plus conséquents, s’ils se sont opposés à des réformes d’inspiration libérale ? Une attitude d’obstruction systématique serait incompréhensible et fatale pour l’avenir à terme de la droite républicaine. Il faut regarder les choses avec une vision de long terme par-delà les aléas du jour le jour et des calculs politiciens.

Comment la droite doit-elle s’exprimer pour compter dans ce débat et ne pas se retrouver prise en étau entre la République en Marche et la France insoumise ? Sans pour autant s’opposer à la réforme, la droite ne gagnerait-t-elle pas à expliquer pourquoi elle vote le texte ou ce qu’elle aurait fait différemment par exemple ? (déverrouiller le temps de travail et les seuils sociaux par exemple).

 Je pense que les Républicains ne peuvent pas faire le jeu de la rue dans cette affaire, ils seraient les premiers perdants in fine. En revanche, il leur appartient d’exercer leur mission d’opposition responsable et républicaine. Tout en s’élevant au-dessus du climat d’hystérie qui caractérise la France actuelle, ils doivent remplir leur mission politique d’opposition et s’exprimer sans tabou ni préjugés sur les sujets. Qu’il y a-t-il de positif et de négatif dans cette réforme ? En quoi la procédure des ordonnances et l’absence de débat parlementaire est-elle contestable, risquant de cristalliser l’opposition dans la rue et la violence, plutôt que dans le débat, au risque de tout faire échouer ? Que manque-t-il à ces ordonnances, pour être réellement efficace et permettre de relancer l’économie et l’emploi, sur les 35 heures, le contrat de travail, les charges sociales et fiscales, réglementaires pesant sur l’entreprise, les fameux seuils ? Et puis, l’opposition républicaine, plutôt que de se déchirer lamentablement sur les ambitions personnelles, doit se focaliser sur ce qui fait la richesse de la vie politique : le débat d’idées, sur les grands sujets de l’avenir, la réforme de l’Union européenne, la libération des énergies économiques, le fonctionnement de la République et de la démocratie, l’école, les frontières, l’unité et l’indivisibilité de la France… En somme, oui à la politique, au sens noble du terme, non à la violence et au chaos.

 

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Pourquoi les insultes et les polémiques?

Tout n’est pas si innocent. Quand un haut responsable politique, n’importe lequel, commet un « dérapage »,  comme on le dit , aussi violent soit-il, ce n’est pas un hasard. Il le fait volontairement, dans un but précis: provoquer le scandale. On atteint alors le sommet de la politique de communication et de manipulation médiatique. Chacun est dans son rôle: le provocateur et les offusqués de service. Les grossièretés et paroles méprisantes tombés du plus haut sommet de la République ont un sens, un but bien précis dans la politique moderne. Elles visent à provoquer du tumulte, un écran de fumée destiné à masquer le pire: l’impuissance, le renoncement, l’impopularité. Le chaos verbal, l’esclandre national permet de recouvrir l’échec, d’occuper l’opinion, et gagner du temps, retarder la marche à l’abîme. Enfin, c’est l’objectif recherché. Mais malheureusement, les responsables politiques qui pratiquent ce petit jeu et leurs complices, c’est-à-dire ceux qui alimentent la tempête, se trompent. C’est toujours pareil, les « grands » sont intimement persuadés de l’inintelligence populaire. Ils se croient par définition plus intelligents que les « petits », ceux d’en bas, la vile multitude,  les « sans dents », les moutons noirs, etc… Mais c’est là que le bât blesse dangereusement. Ils n’imaginent pas à quel point leur jeu ne trompe personne. Ils se retrouvent pris à leur propre piège. Un dangereux engrenage se met en route, celui du mépris des grands et du dégoût populaire, et la crevasse ne cesse de s’élargir jusqu’au grand naufrage qui viendra bien un jour ou l’autre.

[Merci infiniment à d’éventuels auteurs de commentaires de bien vouloir s’en tenir au niveau de la réflexion politique générale, sans porter de jugements nominatifs qui n’apporteraient rien sur le fond]

Maxime TANDONNET

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Qui est M. Laurent Wauquiez (témoignage)?

M. Laurent Wauquiez a de bonnes chances semble-t-il de prendre la tête des Républicains. Rarement un homme politique n’aura fait une telle unanimité contre lui dans la France dite « d’en haut », celle des éditorialistes et des plateaux de télévision. Un grand vent médiatique souffle contre lui et sa diabolisation est en route.

Or, il se trouve que je le connais, un peu, à peine, pour l’avoir rencontré à deux reprises en tête à tête ou petit comité. Cela ne suffit évidemment pas pour juger un homme. Cependant, il ne me paraît pas mériter le déluge de haine et de moquerie que l’on voit s’abattre sur lui en ce moment par la France bien-pensante. D’où ce billet.

Il me semble, au-delà des clichés et des rumeurs, parfaitement intègre. C’était en pleine affaire Bygmalion. Il nous disait que l’image donnée par cette affaire était exécrable et semblait réellement accablé par la tournure d’événements qui visiblement, le révulsaient jusqu’au plus profond de son être.

Je le pense aussi profondément lucide sur la situation de la France, les problèmes d’intégration et de déchirement de la communauté nationale, la crise migratoire, la violence quotidienne, le terrorisme, la dette publique et les déficits, le chômage et la désindustrialisation, l’état de l’opinion. Il écoute ce qu’on lui dit, en tient compte, montrant par là n’être pas un personnage obtus et enfermé dans des certitudes opaques. Son livre sur l’Europe, paru en 2014, particulièrement clairvoyant, montre qu’il n’est pas du genre à craindre les tabous et à se figer dans la pensée conformiste et sclérosée.

A côté de cela, il n’a rien d’un extrémiste, je l’ai toujours entendu chercher des solutions raisonnables et mesurées, réalistes, aux problèmes qui se présentent au pays et à l’Europe. L’accuser de « courir après le fn », est une crétinerie infinie, inspirée par la jalousie. En privé, j’ai constamment entendu chez lui un refus absolu et catégorique de toute espèce d’arrangement avec ce parti. Un jour viendra dans ce pays où il ne sera plus possible de proférer la moindre idée, la moindre parole, s’éloignant un tantinet de l’idéologie médiatique unique, sans être faussement accusé de « courir après le fn ».  Il ne restera plus qu’à courber la tête devant le rouleau compresseur. La lâcheté et l’aveuglement achèveront alors de rendre irrémédiable le divorce entre les élites politico-médiatiques et la nation.

Alors, bien sûr, j’ai des doutes aussi, des incertitudes, des interrogations, ne le connaissant pas assez pour le juger. Il peut, à travers son image télévisée, paraître excessivement ambitieux, individualiste, et narcissique, obsédé par les Elysée plutôt que par l’intérêt général. Si tel était le cas,  les Français ne le supporteraient pas longtemps et il irait en quelques mois rejoindre le grand cimetière des mégalos tout en entraînant son parti à l’abîme. A lui de corriger cette image et de démontrer qu’elle est fausse, de mobiliser sa belle mécanique intellectuelle pour comprendre qu’après tant de catastrophes politiques, le temps du culte de la personnalité, de l’ivresse et de la communication narcissique, est en voie de s’achever au profit de nouvelles formes de la politique plus centrées sur la modestie et sur le service de l’intérêt général.

Maxime TANDONNET

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Discours sur l’Europe

Le site Atlantico m’a interrogé hier soir ce que pourrait être un discours alternatif sur l’Europe, pour les Républicains. Voici mes propositions:

Ce 7 septembre, Emmanuel Macron tiendra un discours de refondation européenne à Athenes. Alors que Laurent Wauquiez est aujourdhui favori dans la course à la présidence des LR, quel pourrait etre un tel discours de refondation européenne, issu de ce parti ? 

La question de l’Europe a été passée sous silence au cours des différentes phases électorales de fin 2016 et début 2017, des primaires au second tour des législatives. En effet, les hommes politiques n’aiment pas en parler car il divise à l’intérieur même de leur camp. Ce silence est regrettable car il n’existe pas de sujet plus fondamental aujourd’hui. Un tabou invraisemblable pèse sur la question. Plusieurs ténors des républicains ont enjoint à Laurent Wauquiez de ne pas franchir la ligne « rouge » à ce sujet, le menaçant même de quitter le mouvement. Cette attitude n’a aucun sens. Elle revient à imposer le silence et le conservatisme absolu sur la question européenne qui au centre de notre avenir. Pourtant le sujet intéresse Laurent Wauquiez qui a écrit un livre à ce sujet en 2014, préconisant le retour à une Europe centrée sur les six pays fondateurs. Il est clair que l’Union européenne de décennie en décennie, n’a pas répondu à l’attente des Européens sur les grands sujets du moment, le terrorisme, la désindustrialisation, la crise migratoire, le chômage, la pauvreté. Les Républicains ne peuvent pas fermer les yeux et faire comme si tout était parfait en faisant de l’Europe un sujet intouchable.

Quelles sont les lignes de partage réelles entre une vision macroniste de l’Europe et une vision de droite? En quoi sont elles différentes?

Il me semble que le pouvoir actuel, à l’image d’ailleurs de tous les gouvernements français depuis trente-cinq ans, est sur une vision résolument conservatrice de l’Europe : « c’est ainsi et il est impossible de faire autrement. » Or, entre le dogme d’une perfection intouchable et la vision extrémiste favorable à la sortie pure et simple de l’Union, il existe à l’évidence une troisième voie. Qu’est-ce que l’Europe avant tout ? Une réalité géographique, culturelle, historique, économique, un ensemble de nations unies par une solidarité extrêmement forte face aux menaces planétaires.  Le Brexit, la succession des crises grecques, polonaise, hongroise, le contraste entre la réussite éblouissante de l’Allemagne sur le plan économique et les difficultés où s’ébattent les Méditerranéens,  soulèvent de profondes interrogations. Fermer les yeux sur ces questions reviendrait à condamner l’Europe à un long et irrémédiable processus de délitement et de désintégration.  L’échec de l’Europe face à la crise migratoire est symptomatique de la crise qu’elle traverse. Il faut réfléchir à une refondation de l’Europe sur des bases différentes. Il faut moins de bureaucratie, de normes, de directives et règlements, de jurisprudences, imposées depuis Bruxelles. Il faut au contraire, davantage de volonté politique commune, de mise en commun des forces, des moyens, des interventions conjointes par exemple pour combattre les passeurs criminels et esclavagistes qui sévissent au sud de la Méditerranée et accumulent des fortunes gigantesques au prix du sang et des larmes de millions de personnes. Il faut que l’Europe mette en commun ses forces économiques pour soutenir le développement économique et social des pays du Sud. Moins de bureaucratie, plus de politique et de volonté : voilà la clé de l’avenir.

De par son histoire et ses grandes figures, quel est l’héritage que la droite se doit d’assumer dans un tel projet européen? 

La question posée ainsi est difficile car la question européenne dépasse le clivage droite ou gauche. Aujourd’hui, hélas elle oppose plutôt les européïste et anti-européïste de droite comme de gauche. Les Républicains ont tout intérêt à tenter de briser cette logique en développant une approche novatrice de l’Europe. La question n’est pas « plus ou moins » d’Europe, mais de penser l’Europe autrement, dans une perspective dynamique et de bon sens. L’héritage européen est double. Celui de Jean Monnet et de Robert Schuman doit être clairement revendiqué. A l’origine du traité de Rome en 1957, il avait un sens très précis : « une union toujours plus étroite entre les peuples. » Il faudrait se poser la question : pourquoi l’Europe donne-t-elle le sentiment de s’éloigner tous les jours un peu plus de cet idéal européen? Et comment refonder une Europe sur des bases plus démocratiques et proches des préoccupations des Européens ? Mais est-on seulement capable d’ouvrir les yeux  à ce sujet ? Rien n’est moins évident tant les dogmes et les tabous ruinent toute tentative de réflexion. Et puis, il y a l’héritage gaullien de l’Europe, celui de la réconciliation franco-allemande et celui du plan Fouchet. Enterré en 1960, ce dernier voulait une Europe fondée, non sur des règles bureaucratiques, mais sur la volonté commune de gouvernements agissant collectivement, dans le cadre d’une politique unifiée. La question n’est évidemment pas de revenir sur de vieux débats qui remontent à plus d’un demi-siècle. Elle est plutôt de s’inspirer des messages des pères fondateurs de l’Europe, dans leur diversité, de Monnet à de Gaulle, pour tenter de définir une nouvelle voie et de réconcilier l’Europe avec elle-même.

 

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Sauver la démocratie parlementaire (Figaro Vox)

Voici mon dernier article pour Figaro Vox. L’affaire El Guerrab est ici un point d’entrée pour parler du déclin du prestige du Parlement. Il me semble que les Français, dans leur ensemble, surtout ceux la France dite « d’en haut », se trompent en méprisant le Parlement. On pense généralement que parlementarisme est synonyme d’indécision et de faiblesse, contrairement « au culte du chef unique ». Dans le monde moderne, cette vision est une crétinerie. Le pire des contresens est de considérer que le Gaullisme est antiparlementaire. Le « Parlementarisme rationalisé » instauré par la Constitution de 1958, visait à sortir du « régime d’assemblée » ou « régime des partis » qui annihilait le pouvoir exécutif. Il n’a jamais été question, à l’époque, de quitter le régime parlementaire, mais de définir un équilibre raisonnable entre le Parlement et le Gouvernement. Aujourd’hui, bien au contraire, nous sortons subrepticement de la démocratie parlementaire, dans un climat de mépris de l’Assemblée nationale qui pèse dangereusement sur ce pays. Or, il ne peut pas y avoir de démocratie ni de gouvernement efficace de la France sans une Assemblée nationale, des députés, puissants et respectés. Le Parlement est presque par définition, le noyau de la vie démocratique nationale. C’est du creuset parlementaire, du suffrage populaire, que sont issus (presque) tous les grands hommes politiques, les dirigeants du pays qui ont compté dans l’histoire. Le Parlement est le réceptacle naturel du débat d’idées et de projets. Une Nation doit pouvoir se parler à elle-même des grands sujets qui conditionnent son avenir, sans tabous, à travers son Parlement. Les élus nationaux sont par excellence le trait d’union entre la Nation et ses dirigeants, et rien de solide ne peut se faire sans cette courroie de transmission. Enfin, le soutien d’une majorité puissante, solide, déterminée, respectée, expérimentée, compétente, est indispensable pour gouverner, choisir, décider. Le Parlement est l’assise, le socle, l’ancrage dans le pays qui permet à un gouvernement de le diriger efficacement et de le réformer. Tuer l’Assemblée nationale, ou la réduire à trois fois rien, est plus qu’une erreur, c’est une faute et la voie royale vers l’impuissance, l’inefficacité, la rupture entre le peuple et les « élites », et enfin, le désastre final.

Maxime  TANDONNET

Affaire El Guerrab,  un nouveau coup dur pour la démocratie française

Parmi les événements politiques de la rentrée figure la mise en examen d’un député LREM, pour avoir blessé un militant socialiste à coups de casque. Au-delà des faits eux-mêmes, qui regardent avant tout la justice, cet incident et son impact médiatique appellent nombre de réflexions sur l’évolution de la politique française.

Il s’inscrit dans une longue série d’événements qui ont pour effet de pousser toujours plus loin le discrédit sur l’Assemblée nationale et les députés : affaire Cahuzac ;  taux d’abstention gigantesque, historique, aux législatives (51%) ; mesures de « moralisation » touchant essentiellement les parlementaires et les traitant ainsi en boucs émissaires; interdictions de cumul (disparition des députés-maires) ; scandales liés à des affaires de droit commun ou de corruption touchant une poignée de députés.

Ces humiliations, à caractère emblématique, se déroulent sur fond d’affaiblissement structurel des missions parlementaires : part croissante des lois qui se limitent à transposer en droit français les directives européennes ; activisme du Conseil constitutionnel qui censure la moitié des textes législatifs ; usage banalisé du 49-3 et des ordonnances ; effets du quinquennat présidentiel, aboutissant à placer l’Assemblée nationale, élue juste après le chef de l’Etat, en position systématique de subordination par rapport à l’Elysée ; effacement, face à l’omni-présidence élyséenne, du Premier ministre et du Gouvernement, responsables, eux, devant l’Assemblée nationale. Aussi bien sur le plan de la production législative que sur celui du contrôle de l’exécutif, le pouvoir de l’Assemblée nationale et des députés poursuit son déclin.

Or, il n’existe pas de démocratie sans un Parlement puissant et respecté. La Constitution de 1958, à l’origine, n’a jamais entendu nier le rôle de l’Assemblée nationale. A travers le « parlementarisme rationalisé », son objectif était de mettre fin au « régime d’assemblée » à une instabilité ministérielle chronique due à la toute-puissance des partis et à l’incohérence des majorités, pour assurer un équilibre entre Parlement et Gouvernement. Un bon régime politique se conçoit, comme le soulignait Montesquieu,  dans la coexistence de trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire. Aujourd’hui, la France a basculé dans l’excès inverse à celui des IIIe et IVe République, avec l’écrasement de l’autorité parlementaire, dont les conséquences sont tout aussi désastreuses.

L’affaiblissement, à la fois symbolique et sur le plan des responsabilités réelles de l’Assemblée nationale est dramatique pour la démocratie française. Le Parlement, par-delà ses défauts à travers les âges, est le noyau de la démocratie nationale. A travers des députés issus du terrain, d’une implantation locale, de l’élection, de la démocratie de proximité, il assure un trait d’union entre la Nation, la France dite « d’en bas », et les autorités politiques du pays, ses élites dirigeantes, la France dite « d’en haut ». Or, cette courroie de transmission est aujourd’hui brisée. D’où la fracture démocratique, la vertigineuse crise de confiance des Français envers leurs élites dirigeantes, qui ne cesse de s’amplifier.

Le parlement est aussi, traditionnellement, le lieu privilégié du débat d’idées et de l’échange sur les destinées du pays. Rien n’est plus fascinant que de relire les grands débats parlementaires dans l’histoire de France : la hauteur, la grandeur des échanges qui ont fondé la démocratie française entre des personnages d’un haut niveau d’intelligence et de culture. Ce creuset démocratique, noyau de la politique au sens noble du terme, a disparu, noyé dans l’agressivité, la banalisation des injures et du sectarisme, désormais la violence physique elle-même. Où sont passé les grands débats parlementaires sur les sujets cruciaux du moment, aujourd’hui le chômage, la « crise migratoire », les banlieues, l’éducation nationale, le communautarisme, l’Europe ? Quand le sens du dialogue démocratique se meurt, à travers la négation du Parlement, la haine s’empare de la cité et jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat.

 Le Parlement est, depuis toujours, la pépinière des ministres, des Premiers ministres, voire des présidents de la République, avant tout élus de la Nation, des grands leaders historiques du pays, de droite comme de gauche : Ferry, Gambetta, Waldeck, Jaurès, Poincaré, Millerand, Clemenceau, Tardieu, Blum, Pinay, PMF, Giscard, Mitterrand, Séguin, etc. Quoi qu’on pense d’eux, il est indéniable que ces élus de la Nation, d’une époque révolue, issus de la vie parlementaire et de la confrontation au suffrage universel, étaient d’un niveau intellectuel infiniment supérieur aux dirigeants actuels, avant tout hommes de manœuvre et de communication. Les exceptions existent, tels de Gaulle et sa créature, Pompidou, qui n’étaient pas issus du Parlement, mais ces personnages de l’histoire, hors du commun, n’ont bien évidemment aucun équivalent aujourd’hui.

 L’Assemblée nationale a accueilli pendant des siècles des personnalités qui étaient parmi les plus talentueuses de leur génération, orateurs, hommes de caractère et d’intelligence, portés par le suffrage universel. Sa perte de prestige et d’autorité se traduit par un grand chaos, néant politicien, où prévalent le plus souvent, la cooptation, le piston, les  désignations arbitraires depuis Paris, le copinage, les trahisons, et (sauf exceptions), la prime à la médiocrité, morale comme intellectuelle.

L’effacement du parlement, la disparition de son autorité, signifient tout simplement la mort de la démocratie française, dans l’aveuglement, l’incompréhension et l’indifférence générale. Le système présidentialiste, cette idée mensongère que le pouvoir politique peut s’incarner dans l’image médiatisée d’un seul homme, un « sauveur » anéantissant les autres sources de la puissance publique, notamment le Parlement, conduit à une fuite de la vie politique dans le virtuel, son déracinement, l’illusion de l’autorité, sa rupture avec la nation, la disparition du débat d’idées, l’impuissance, et inévitablement le désastre final. La France devrait avoir une priorité absolue aujourd’hui : reconstruire sa vie démocratique.  

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Atlantico, Wauquiez, les valeurs « de droite »

1-Dans une interview donnée au Figaro, Laurent Wauquiez a indiqué « Je défends les valeurs de travail, d’effort, les classes moyennes, je refuse le communautarisme et l’intégrisme islamique qui petit à petit ronge notre société. Je considère que l’on a besoin d’assumer notre histoire et nos racines et que la France n’a pas à se renier pour retrouver du souffle et de l’ambition« . Au dela de la personnalité de Laurent Wauquiez. En quoi les « valeurs » énoncées ici sont elles conformes aux attentes des électeurs de droite ? 

Elles correspondent aux attentes d’une grande partie des Français, pas seulement des électeurs de droite. Quand on regarde le sondage annuel de CEVIPOF, on s’aperçoit ce que ces principes sont plébiscités par 70% des Français. C’est tout le problème du décalage entre la France dite d’en bas, la majorité silencieuse, et les élites dirigeantes ou influentes. Ce discours sur la réhabilitation du travail, l’indivisibilité de la République, c’est-à-dire le refus du communautarisme et du repli identitaire, la fierté de la France est largement populaire. En revanche il déplaît profondément au monde médiatique et aux milieux influents, dominés par l’idéologie de l’individualisme total et de la défiance envers la nation. Ceux là n’auront de cesse que de le dénigrer. C’est toute la difficulté de l’exercice.  Ce discours de Laurent Wauquiez avait permis à Nicolas Sarkozy de convaincre les Français et de gagner les présidentielles à une large majorité en 2007.

2-En quoi la prise en compte de ces valeurs de l’électorat peut être jugée suffisante, ou non, à une réelle reconstruction de la droite ? Quelles sont les thématiques sur lesquelles la droite devrait proposer une ligne politique plus affirmée ? En quoi les questions relatives à l’Europe, à la mondialisation, au capitalisme financier, essentielles dans le corps électoral, peinent à trouver une réponse de la part de la droite française actuelle ? Quel pourrait être le positionnement de la droite française sur ces questions ? 

Proclamer des valeurs n’est pas le principal problème de fond. Ce qu’il faut avant tout, c’est regagner la confiance dans le politique. Les Français ont été  trop souvent déçu et sont persuadés que le politiques ne s’intéressent qu’à eux-mêmes et ne respectent jamais leurs engagements. L’enjeu fondamental pour Laurent Wauquiez, est de trouver les mots qui permettront de les convaincre de sa détermination à agir, non par ambition personnelle, mais par engagement en faveur du bien commun. Tel est l’immense défi qui se présente à lui… Sur l’Europe et la mondialisation, ou les frontières, il doit prendre le risque de la vérité quitte à s’attirer les foudres du monde médiatique. Pourquoi l’Union européenne est moribonde aujourd’hui, avec le Brexit, la Hongrie, la Grèce ? Pourquoi le déséquilibre entre la réussite de l’Allemagne et l’affaiblissement de l’Europe méditerranéenne est une menace pour le continent ? Comment faire face à la  crise migratoire ? Quelle politique des frontières ? Toutes ces questions ont sombré dans le tabou absolu. Personne n’ose les affronter.  Il est urgent de les regarder en face et de tenir un discours de vérité.

3-Quelles sont les leçons pouvant être tirées des expériences étrangères, notamment dans l’évolution des différents partis de droite des grands pays industrialisés ? 

Désolé mais je ne trouve pas d’exemple satisfaisant dans l’actualité et transposables en France. Il me semble que la crise politique touche largement le monde occidental. L’expérience Trump aux Etats-Unis ne fournit pas un modèle probant pour la France. Elle est marquée par une fuite dans la communication et la provocation, avec le système des Tweets du président. Cela fait beaucoup de bruit, déclenche de gigantesques polémiques, tempêtes dans un verre d’eau, mais nul ne peut dire où cela mène. Il faut faire le contraire : agir sur le fond des dossiers pour faire bouger les choses en évitant les gestes et les mots qui déchirent. La situation en Grande-Bretagne n’a rien non plus de réjouissant, quand on voit le Gouvernement de Mme May englué dans un processus de Brexit dont personne ne voit l’issue. Le courant républicain français doit réinventer son propre modèle, fondé sur le pragmatisme, une volonté de transformation profonde de la politique, pour la sortir de la crise de défiance, réconcilier les Français avec la vie politique, en la sortant de la logique de la communication narcissique pour la réconcilier avec l’intérêt général. Le chantier est immense…

 

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La violence et le chaos

On ne sait pas où va s’arrêter la dégringolade. De mieux en mieux. Voilà encore une nouvelle sidérante: un député LREM qui blesse grièvement un cadre socialiste, à coups de casque de scooter. Le cauchemar est sans fin. Voilà quelque chose qui ne ressemble à rien de ce que j’aie jamais vu en une quarantaine d’années de vie consciente à la politique. Le député n’est pas n’importe qui. En principe, il représente la Nation. Il détient une parcelle de la souveraineté nationale.  Et voilà un député, tout droit sorti du chaos des élections de 2017 qui assomme un militant socialiste à coups de casque et le blesse grièvement. Envoyer un homme à l’hôpital – ou au cimetière – serait-ce moins grave qu’un compte en Suisse? Et là, tout le monde s’en fiche éperdument. Mais alors, d’où les ont-ils sorti leurs députés censés incarner le renouvellement des têtes? Le renouvellement, c’est maintenant… Et de mieux en mieux.  Jamais, de mémoire d’homme, on avait vu un truc pareil! Il faut y voir l’apothéose de la destruction de la politique, de la démocratie, une honte absolue, cette violence physique, tellement à l’image du chaos dans lequel sombre la république française. Quelle exemplarité! Quelle image pour les jeunes! Tout ceci est de plus en plus répugnant, mais où cela peut-il s’arrêter?

Maxime TANDONNET

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Qu’est-ce qu’un homme d’Etat?

L’homme d’Etat se distingue de l’homme « providentiel » ou du « sauveur ». Il se situe dans le monde des réalités, de la direction d’un Etat et non dans le mythe et l’image. Il a pour objectif le gouvernement des hommes et des choses, en aucun cas le désir d’être reconnu, admiré ou pire, « sa trace dans l’histoire ». Les hommes d’Etat sont une espèce rarissime tandis que les sauveurs providentiels, engendrés par le matraquage médiatique, abondent. Alors, voici 13 critères de l’homme d’Etat, qui permettent de s’en approcher, sachant que la perfection ne sera bien entendu pas de ce monde:

  • Il se situe dans une logique de fierté, et non de vanité: jamais il ne vous parlera de lui-même, de ses livres, ses sports préférés, ou n’étalera sa supposée culture: la posture prétentieuse est étrangère à son comportement.
  • Il déteste les apparats du pouvoir (palais, voiture de fonction, avions personnels, courtisans), les contraintes du faux prestige, et n’est obsédé que par l’envie de réussir pour son pays.
  • Il ne cherche pas à s’incruster, jamais, car sa vraie vie est ailleurs que dans la politique: il n’y reste que tant qu’il ressent sa présence comme nécessaire et utile.
  • Seul le destin collectif le passionne, l’avenir de son pays; sa place personnelle dans la postérité lui est indifférente. Il se définit comme un humble serviteur de l’intérêt général.
  • Visionnaire, il distingue l’essentiel de l’accessoire, voit juste sur les intérêts à long terme de son pays qui sont au cœur de sa motivation. Le sens de l’histoire, l’intelligence du monde et de ses mouvements lui sert de boussole.
  • Chez lui, la communication n’est pas une fin en soi, mais un outil au service de l’explication d’une politique, de l’action sur le monde des réalités.
  • Il rejette toute espèce de démagogie, promesse irréaliste ou nuisible, et ne parle que pour dire la vérité sans concessions.
  • Il n’est obsédé que par l’action, l’impact de ses décisions sur la réalité, le gouvernement, les choix, la décision. Tout le reste l’indiffère.
  • Il ne cherche pas dix-mille responsables des échecs et des difficultés (les ministres, les politiques, le peuple) mais les assume sans aucun état d’âme.
  • Il connaît ses propres limites, ne décide rien sans avoir écouté ses proches le temps nécessaire et délègue systématiquement les responsabilités dans un esprit de confiance.
  • Sa force est dans la connaissance des hommes, le choix de son entourage, toujours dans l’intérêt général et non l’apparat ou les calculs politiciens.
  • Il n’a pas peur pour lui même, ni des insultes, ni des moqueries, ni d’être traîné dans la boue, lynché, roué de coup. Son image lui importe peu.
  • Il est d’une parfaite intégrité, trace une barrière absolue entre les intérêts privés et publics, refuse toute forme de favoritisme ou de copinage, paie ses factures personnelles.

L’homme d’Etat procède du monde des réalités, d’un mérite, d’une action, d’un bilan. C’est en cela qu’il est radicalement distinct du « sauveur », créature médiatisée, produit d’une manipulation, d’une propagande. La notion d’homme d’Etat est plus proche de celle du héros. La question fondamentale, à laquelle je n’ai point de réponse: dans le monde actuel, ultra médiatisé, un contexte d’affaiblissement de la culture historique et littéraire, l’homme d’Etat peut-il encore trouver sa place et émerger au plus haut sommet de l’Etat?

Maxime TANDONNET

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Une responsabilité collective

La France est probablement à la veille d’une crise politique majeure. Dans mon livre sur l’histoire des présidents de la République (Perrin 2013, réédition Tempus 2017), j’écrivais: « Le chef de l’Etat, ultra-médiatisé, incarne à lui seule le pouvoir politique dans toutes ses dimensions. Le cocktail de la grandiloquence – le statut de premier français – et de l’humiliation quotidienne est explosif. Il explique cette fuite en avant dans l’expression d’une vanité débridée aux accents suicidaires. Dans la France actuelle, le président de la République n’est plus le guide de la nation, mais son bouc émissaire naturel. » Nous assistons en ce moment, avec trois mois d’avance sur mes attentes, au commencement du lynchage collectif de l’occupant de l’Elysée. Pourtant, cet hallali a quelque chose d’infiniment malsain, à l’image de l’état d’esprit de la France actuelle. En effet, la responsabilité d’une situation extrêmement délétère est collective, universelle. Qui sont les fautifs?

  • L’ancienne classe politique est responsable: M. Juppé et M. Bayrou se déchaînent en ce moment sur le plus jeune président de la République, avec une virulence qui donne le vertige. « C’est de la com, c’est de la com! » Ils ne le savaient pas avant? Ce dernier ne serait peut-être pas là si tous deux ne lui avaient pas ouvert grand la voie du succès, surtout Bayrou avec son alliance, emblématique du recentrage de l’ancien ministre de M. Hollande. M. Fillon lui-même a fait le lit du « dégagisme ». Il commit la maladresse hallucinante de promettre qu’il se retirerait en cas de mise en examen. Mis en examen, il s’est maintenu contre vents et marées, trahissant sa parole et précipitant le désastre. Et M. Hollande qui donne aujourd’hui des leçons! Quelle image de la parole politique! Voilà pourquoi nous en sommes là, au bord de l’abîme.
  • Le monde médiatique est lui aussi responsable: pendant des années, des mois, BFM, itv, mais aussi TF1, F2 et F3, rtl et Europe 1 nous ont vendu un sauveur de la France, jeune, moderne, beau. Aujourd’hui, les mêmes chaînes commencent à le traîner dans la boue et parlent de ses frais de maquillage. Mais qui sont les maquilleurs? Qui a vendu à la France, dans un matraquage sans précédent, un homme providentiel, l’envoyant ainsi au casse-pipe? Qui a offert un prodigieux tremplin à la droite extrême, en jouant à fond le jeu de la « dédiabolisation » et en lui assurant  une sur-présentation médiatique pour permettre sa présence au second tour et assurer ainsi le résultat?
  • Les supposées élites françaises sont responsables, la haute administration, les cadres du privé, les intellectuels: tout ce petit monde a fait aussi, globalement, preuve d’un grand aveuglement coupable, une euphorie sans fondement, qui expliquent largement l’impasse vers laquelle nous marchons. Certes, les places étaient bonne à prendre. Mais tous ces gens supposés intelligents ne voyaient donc pas le néant sous la bulle médiatique, l’isolement, l’absence d’assise politique, le vertige de la position centrale au-dessus de l’abîme, entre la gauche et la droite, la fragilité d’un pouvoir dont la seule légitimité est le dégagisme, l’inexpérience, le gouffre vertigineux qui s’ouvre en permanence sous le culte de la personnalité d’un autre âge? Allons donc!
  • Le peuple, le sacro-saint peuple est responsable. Evidemment pas tout le monde, mais un bon paquet de Français quand même. Certes, le choix était devenu quasi inexistant au moment des présidentielles. Mais aux législatives, l’électorat, dans son ensemble à une responsabilité vertigineuse dans le désastre en cours. Où étaient les 51% d’abstentionnistes le jour du second tour, un 13 juin? Ceux-là ont, eux aussi, une part de responsabilité. Il était encore possible à ce moment là de sauver les meubles en élisant une assemblée d’alternance, républicaine, avec un Premier ministre chargé de mettre en œuvre une politique responsable, tout en rééquilibrant les institutions entre un président arbitre et un véritable gouvernement d’action. La chance était à saisir. Mais la lumière n’est pas venue. La morale du troupeau a prévalu, comme d’habitude: il fallait une « majorité présidentielle ». L’opinion, intoxiquée, a suivi, par indifférence et manque de lucidité.

Oui, la responsabilité de la crise politique n’est pas celle d’un homme seul et de son entourage. Elle est collective, elle est partagée, et le lynchage d’un homme qui vient, que l’on sent approcher à une vitesse vertigineuse, une nouvelle infamie et étape dans la décomposition politique du pays.

Maxime TANDONNET

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La politique et les valeurs

La droite française semble vouloir se reconstruire sur la question des valeurs traditionnelles, d’où cette tribune collective publiée par le Figaro Vox qui en appelle à M. Laurent Wauquiez en ce sens. Etrangement, au prétexte d’un choix supposé aller dans le sens du conservatisme, les cent auteurs de ce texte mettent en avant un mot, celui de valeurs, largement galvaudé par le parti socialiste, qui se définissait comme celui des « valeurs » humanistes et libertaires. Quand la droite parle des valeurs, elle songe à autre chose: la nation, la famille, la religion, les traditions, le travail. Il me semble que cette vision de la reconquête n’est pas la bonne. La politique consiste à faire des choix relatifs à la marche de l’Etat. Or, l’Etat est et doit rester un outil de gouvernement des réalités et non pas de promotion des valeurs, définition de ce qui vaut ou ne vaut pas. Ce n’est pas à lui de définir les valeurs, une notion personnelle qui concerne chacun et la société civile. La politique et l’Etat ont des missions précises: assurer la sécurité des biens et de personnes, le contrôle des frontières, la maîtrise de l’immigration, la liberté d’entreprendre, l’indivisibilité du territoire, la lutte conte le terrorisme, la qualité de l’éducation nationale pour que tous les citoyens soient en mesure d’acquérir le bagage intellectuel, en fonction des capacités de chacun, qui lui permettront de vivre, de travailler et de participer à la vie de la cité en « honnête homme ». Que demander de plus à l’Etat? Aujourd’hui, il est à mille lieues d’accomplir ces missions fondamentales. Bien au contraire, il y a renoncé. Le discours sur les valeurs est une forme de fuite des réalités. Le but de l’alternance à venir doit être de réhabiliter l’autorité et les moyens de l’Etat pour assumer ces missions, d’un point de vue concret, réaliste, pragmatique. Le discours sur les valeurs divise, déchire, favorise la polémique et in fine, l’échec électoral. La politique doit être pour l’essentiel une question de volonté et d’action en faveur de l’intérêt général et les valeurs laissées à la vie privée.

Maxime TANDONNET

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Le grand décalage

M. François Hollande a annoncé qu’il restait dans la vie politique et qu’il entendait y jouer un rôle majeur. Sans doute, par delà les haines qu’il suscite, n’est-il pas pire que la moyenne. Il a réussi de belles études, dont science po et HEC, prouvant qu’il dispose d’un minimum de bagage intellectuel. Il est parvenu au sommet par la ruse et l’habileté, roulant dans la farine nombre d’adversaires, ce qui montre qu’il n’est pas bête. Mais voilà, le système politique français, présidentialiste, est une machine à produire de la folie. Il transpose des êtres moyens dans un statut de demi dieu au sens des dieux de l’Olympe. Dès lors, la raison humaine, fragile, ne peut pas y résister et la marche dans la déraison est inévitable. L’étrange décalage entre le statut de demi dieu, éblouissant, dans la lumière médiatique et la réalité d’une fonction présidentielle largement vidée de sa substance par les transferts de compétence aux bureaucraties et aux juridictions, ne peut qu’engendrer un glissement subreptice dans la déraison. Dès lors, tout sens des réalités se perd dans les limbes et le monde se peuple de chimères. M. Hollande, comme toute personne placée dans sa position, vit dans un univers parallèle et n’a absolument pas admis que sa « trace dans l’histoire », à laquelle il ne cesse de se référer, était déjà totalement effacée et que les Français ne voudraient bien entendu plus jamais de lui. Derrière cette dérive, ce n’est pas l’homme qui est en cause, ce serait trop simple, il suffirait de le remplacer par un autre. Les choses sont beaucoup plus graves touchant à la marche de la société, de la culture politique. Pour ma part je n’ai jamais douté que l’actuel ferait in fine, dans les cinq ans qui viennent, encore dix fois pire que M. Hollande et que son successeur, quel qu’il soit, dans un processus de chute irrémédiable, ferait encore dix fois pire que lui – sauf évidemment si ce système destructeur de la raison et de la politique vole en éclats d’ici là. C’est tout un mode de fonctionnement de la politique, qui entraîne le pays dans le déni du réel et dans une sorte d’illusion permanente d’une autorité qui n’existe plus et par conséquent dans le chaos.

Maxime TANDONNET

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Débat: préparer demain

Cher Monsieur Tandonnet

Je partage votre point de vue. L’essentiel aujourd’hui est de mettre en place sinon un programme politique tout au moins une ligne qui tienne compte à la fois de nos certitudes et des demandes que nous entendons monter à Droite et à Gauche et que nous avons trop négligées. Le « dégagisme » n’est pas le rejet des grandes tendances historiques qui font notre pays, mais bien plutôt le rejet des hommes et des femmes qui veulent s’en exonérer dans une perspective évidemment personnelle.
Pour faire référence à l’actualité, Neymar est sans doute un des plus grands joueurs de football au monde, mais tout seul, sans dix autres personnes, il ne peut rien, pas même entrer sur le terrain.
La vraie difficulté reste que les citoyens ne croient plus un mot de ce qu’on leur raconte précisément parce que la domination irréversible d’un seul ne garantit en rien que les retournements les plus imprévus ne puissent intervenir. L’homme ou la femme de l’Elysée, aujourd’hui, n’est responsable de retournements que devant lui même.De ce point de vue une ligne adoptée solennellement par une équipe et servie collectivement donnera des garanties infiniment plus fortes puisque celui ou celle qui s’en démarquera devra en rendre compte aux autres.
Encore faut-il que le débat ait lieu avant que la conclusion en soit tirée. Un débat au cours duquel nous saurons affirmer que tout, absolument tout peut être soutenu et combattu. Peut-être, ce n’est pas mon avis mais peu importe, le programme de François Fillon était-il le meilleur. Examinons le et confrontons le avec d’autres vues et nous constaterons ce qu’il en est.
Il nous faut une équipe qui s’engage sur une ligne et non sur une allégeance. C’est cette équipe qui choisira son capitaine. D’ici là, des affrontements mortifères, même s’ils sont prévus par des statuts gagneraient à nous être épargnés.

Etienne Tarride

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Bonjour à toutes et à tous, bonjour Monsieur Tarride,
Sur le plan des principes, tout cela est idéal mais dans les faits que se passe-t-il réellement dans le sport, comme dans l’industrie ou la politique :
– la constitution d’une équipe commence généralement par la désignation de son leader qui se positionne comme tel et s’entoure ensuite des personnes ad hoc qu’il choisit.
– une équipe constituée intègre un nouveau leader, celui-ci commence en général par imposer, nécessairement très rapidement ses projets, ses idées et les moyens qu’il compte appliquer pour les mettre en œuvre.
Et comme le leader a envie de réussir et de conserver sa position de leader et qu’accessoirement son équipe réussisse, tous ces braves gens tombent très vite dans le phénomène de cour et d’allégeance.
Je n’ai jamais vu tout au long de ma carrière d’autre schéma et ai donc du mal à imaginer le travail d’une équipe sans chef et sans vision précise qui choisirait son leader une fois le travail accompli.
Mais je reste un grand naïf et voudrais bien y croire.

Gérard Bayon

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Les primaires cause de la débâcle?

Le site Atlantico m’a demandé hier de revenir sur les primaires et leur avenir. Bien sûr, ces primaires, contraires à l’esprit de la Ve République et à la notion d’un corps électoral, d’un peuple français unique, ont eu un impact désastreux mais elles n’étaient que la partie visible de l’iceberg. L’échec hallucinant du camp républicain et l’explosion en plein vol d’une alternance, à l’époque considérée comme inévitable, a d’autres causes profondes bien plus graves. Il me semble que dans la France actuelle, ultra-médiatisée, dont l’esprit critique est affaibli par le déclin de l’enseignement des humanités – français, philosophie, histoire – une France soumise à mille formes d’idolâtrie et d’influences, il devient quasi impossible aux républicains modérés de reprendre le pouvoir à travers la désignation et la sublimation d’un leader en charge de la conquête élyséenne. Tout candidat républicain modéré (y compris M. Wauquiez), se verra dans les années qui viennent, plongé dans une sorte de géhenne médiatique dont il sortira anéanti au profit du parti socialiste, d’un ersatz du parti socialiste, ou d’une formation extrémiste, tremplin systématique de la victoire de celui-ci. Désormais, ce n’est pas, ce ne sera plus jamais à travers l’image d’un homme ou d’une femme qu’il faut espérer revenir au pouvoir, mais par la voie du seul débat d’idées et d’un projet, c’est-à-dire par la démocratie. Le choix des hommes et des femmes chargés de le mettre en œuvre, l’équipe de l’avenir, ne peut que découler de ce choix. La politique française continue à faire naufrage. L’électeur se prononce sur l’émotion forgée autour de l’image d’un homme plutôt que sur le fond des idées. Compte tenu de la pensée unique qui règne sur le monde médiatique, ce phénomène jouera toujours contre le candidat républicain modéré.  Il faut donc tenter d’en sortir, préparer sa transformation et pour cela, convaincre l’opinion. Mais dans le contexte d’abrutissement où nous vivons, qu’il est difficile de faire passer ce message tout simple de bon sens!

Maxime TANDONNET

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1-Dans un entretien donné au Fig​aro, le député LR Daniel Fasquelle a déclaré: « L’immense majorité des militants que je rencontre me disent qu’ils ne veulent plus d’une primaire ouverte dans laquelle des gens de gauche peuvent venir voter. S’il y a une primaire, elle devra être réservée aux militants voire aux sympathisants mais pas au delà ». Quelles pourraient être les conséquences, pour LR, de renoncer à des primaires ouvertes, aussi bien en termes de ligne politique que de structures du parti ?Quels sont les courants, ou les personnalités, qui pourraient profiter d’un tel changement ?

Les primaires de la droite et du centre en novembre 2016 et du parti socialiste en janvier 2017 ont abouti à un fiasco invraisemblable. Aucun des deux candidats sélectionnés, ni M. Fillon, ni M. Amont n’ont figuré au second tour des élections présidentielles. Alors que la généralisation des primaires devait être la marque des présidentielles de 2017, les deux candidats du second tour, M. Macron, ni Mme le Pen, justement, n’avaient pas été désignés par des primaires. Alors peu importe qu’elles soient ouvertes ou fermées, le scrutin des présidentielles a été un plébiscite des Français dans leur ensemble contre les primaires. Pourquoi ? Parce que les primaires, mauvaise imitation du système américain, sont une aberration au regard de l’esprit de la république française. En s’adressant à une fraction de la nation par exemple partageant les valeurs de droite ou les valeurs de gauche, elles divisent le corps social, poussent à la radicalisation des positions en s’adressant à la frange la plus idéologique des sympathisant d’une cause politique. Les Français ont rejeté ce système. Comment serait-il concevable de le remettre sur la table quelle qu’en soit la forme? Le mot même de primaires est désormais maudit comme une déviance au regard de l’esprit de la Ve République.

2- En poursuivant cette logique, quelles seraient les conséquences d’un renoncement pur et simple à tout système de primaire ? Quelles pourraient en être les conséquences internes au Parti ? Le risque de division peut-il être vraiment mieux « contrôlé » dans une telle configuration ?

Le problème est plus général de mon point de vue. Il procède d’une dérive pernicieuse du fonctionnement de la République française. Avoir fait de l’élection présidentielle le centre vital et unique de la vie politique est une monstruosité antirépublicaine et antidémocratique. Cela revient à faire de la politique l’instrument de sublimation d’un homme ou d’une femme, au détriment du débat d’idées et du projet de société. L’électorat se prononce sur l’émotion que suscite chez lui tel ou tel personnage, largement façonnée par l’image qu’en ont donné les médias, et non plus sur une ligne politique ou sur un programme. Le rôle d’un parti politique, dans une démocratie européenne, n’est en aucun cas de servir de tremplin aux ambitions d’un personnage. Il est avant tout de construire un projet sur la base d’un débat d’idées. L’abandon de toute idée de primaires devrait s’accompagner d’une sortie de l’obsession présidentialiste et d’un retour aux fondements républicains : un parti sert avant tout à bâtir un projet en exprimant les attentes de la Nation. Ce retour aux fondements de la démocratie aurait pour effet d’atténuer les clivages : on se déchire sur les passions autour du choix d’une idole mais on se réunit pour construire une ambition commune.

3- L’élection du nouveau Président des LR aura lieu les 10 et 17 décembre prochains, un scrutin pour lequel Laurent Wauquiez est annoncé favori. Dans le cas d’un renoncement aux primaires pour les échéances de 2022, en quoi la présidence du parti d’opposition peut elle être perçue comme un avantage ou un inconvénient dans la course présidentielle ? 

Etre président de l’un des deux grands partis traditionnels, surtout 5 ans à l’avance, me semble être aujourd’hui, en soi, un lourd inconvénient pour la présidentielle, voire une position quasi rédhibitoire. Toutes ces années à recevoir des coups, à devoir assumer des scandales, la calomnie, les dénonciations, les intrigues, les déchirements peuvent avoir pour effet de ternir son image en termes de choix présidentiel. En outre, les Français ont manifesté en 2017 leur rejet viscéral des partis traditionnels en élisant un président qui n’en provenait pas. Le scrutin de 2017 a déjoué tous les pronostics et rien de ce qui était prévu huit mois à l’avance ne s’est réalisé. Prendre un poste aujourd’hui à la tête d’un parti en pensant qu’il va permettre d’être élu président de la République me semble totalement inconcevable. En revanche, l’atout formidable de Laurent Wauquiez, s’il est désigné président de LR serait de prouver sa capacité à redonner un sens au mot politique : non pas la glorification narcissique d’un homme ou d’une femme, mais l’expression des attentes populaires, l’animation du débat d’idées, la conception d’une ligne politique, d’un projet collectif sur tous les grands sujets vitaux du moment : les institutions, l’autorité de l’Etat, la dette, l’emploi, la crise migratoire, la transformation nécessaire de l’Union européenne, la sécurité des biens et des personnes, l’indivisibilité de la France contre les communautarisme. S’il réussissait dans ce défi de réconcilier les Français avec la politique son image en sortirait évidemment grandie et il pourrait s’imposer comme l’homme de l’avenir.

 

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Des idées et des hommes

Voici une phrase intéressante, lue dans le Figaro du 17 août: «Notre famille politique va très mal», s’inquiète Georges Fenech. «Nous n’avons plus de père naturel fondateur», relève-t-il, regrettant la mise en retrait de Nicolas Sarkozy, François Fillon ou encore Alain Juppé. Or «pour exister toutes les idées doivent être incarnées», juge-t-il. Voici un point de vue que je ne partage pas. La crise des Républicains n’a pas pour origine l’absence d’un leader incontestable. Elle vient des profondeurs: ils ne savent plus qui ils sont, où ils vont et ce qu’ils pensent. Avant de chercher un homme ou une femme, un chef, il leur faut une ligne. Seules comptent les idées et une fois qu’elles sont connues intervient le choix des personnes chargées de les mettre en œuvre. Le culte de la personnalité est le signe, soit de l’extrémisme totalitaire, soit du néant et de l’absence de projet. Rien ne serait plus suicidaire que de se polariser, aujourd’hui, sur la succession de M. Macron en 2022. Que voulons-nous en matière d’impôts, de libération des énergies, de libertés publiques, de dette, d’autorité de l’Etat, de politique migratoire, d’école, de travail, de sécurité, de lutte contre l’islamisme radical et de terrorisme, de transformation profonde de l’union européenne? Si la position est la même que celle d’En Marche, les Républicains, en tant que parti, n’ont plus aucune raison d’être. Si elle doit être différente, il faut en priorité la penser, la concevoir, la formaliser et la proposer aux Français dans le cadre d’une réflexion collective. L’idée d’un président de « droite » en 2022 destiné, avec sa femme, à fanfaronner à son tour sur le perron de l’Elysée et sous les caméras de télévision m’est insupportable. La personnalisation excessive du pouvoir, l’histoire récente et l’expérience en cours le prouvent, est synonyme d’impuissance, d’inefficacité, de renoncement et de crise de confiance. La question n’est pas de faire émerger une nouvelle idole. Etre soi-même consiste à rejeter toute tentation idolâtre, qu’elle soit sur le modèle lepeniste, celui d’en Marche ou gauchisante. Le camp des républicains modérés doit impérativement se mettre au travail et refonder la politique autour des seules idées, de la notion de vérité et d’action au service uniquement de l’intérêt général. Le choix des hommes et des femmes appelés à les mettre en œuvre ne peut que découler de cette réflexion. Affirmer le contraire, considérer que rien n’est possible sans un « chef » à proposer aux Français, ce serait prendre les gens pour des imbéciles.

Maxime TANDONNET

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La porte étroite

L’une des polémiques qui a fait suite à les attentats de Barcelone concerne l’accusation de racisme, sur twitter, reprise par une partie de la presse, d’une ex miss France pour avoir demandé aux gouvernements de « mieux protéger les citoyens Européens« . L’anecdote est cependant lourde de signification et appelle plusieurs réflexions:

  • Comment en vient-on à ce que la parole d’une ex-miss France prenne une telle ampleur au point de nourrir les médias et la presse? Oui, quelles références intellectuelles, quels ouvrages, quel mérite personnel, dans le champ de l’esprit ou de l’expérience professionnelle ou politique, pour donner une telle place aux propos de miss France? Nous sommes dans une époque qui donne plus d’importance à la parole d’une miss France – aussi respectable soit-elle – , qu’à celle d’un historien, d’un philosophe, d’un universitaire, d’un homme d’Etat, d’un  homme politique au sens noble du terme, d’un haut responsable ayant fait ses preuves dans la conduite des affaires publiques ou privées. Tel est le fruit de plusieurs décennies de nivellement par le bas et du déclin de l’enseignement des humanités, littérature, philosophie, histoire… La médiocratie en marche.
  • Au fond, il est reproché à cette dame d’avoir prononcé le mot Européens dans un contexte tragique. Si sa phrase s’en était arrêté là, avant Européens, elle n’aurait intéressé personne. Le lynchage de la jeune femme a un sens. Nous assistons, à un niveau jamais égalé, au triomphe de l’idéologie de « la haine de soi » qui domine les milieux influents du monde occidental en ce moment et le plonge dans le conformisme, la peur, l’impuissance et le renoncement, le refus de se gouverner. « Abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé«  écrivait JP Sartre en 1961 dans une sorte de vision prémonitoire.
  • L’accusation de racisme, en l’occurrence, est absurde: il est bien évident que parmi les Européens, quel que soit le sens du mot, résidents de l’Europe ou citoyens européens, figurent des personnes issues de toutes les origines, couleurs de peau et religions. Mais surtout, où va-t-on si le seul fait de prononcer le mot « Européens » suscite une telle avalanche de haine et d’insultes, en particulier celle de racisme, devenue l’injure suprême? Dès lors que toute référence historique, culturelle, civilisationnelle – les Européens – devient peu à peu suspecte de racisme, que devient la liberté d’expression, quelle parole pourra-t-on prononcer, demain, sans le risque de se voir roué de coups?
  • Entre le racisme authentique, criminel – toute forme de rage collective fondée sur le refus de la différence -, et l’idéologie totalitaire de la haine de soi, qui envahit tous les aspects de la vie médiatique, et se traduit par de grandes vagues de  lynchage, quel peut être la place d’un discours modéré, réaliste, politique au sens noble du terme? La porte est étroite!
  • Nous atteignons un degré vertigineux de décomposition des valeurs, des notions de respect, du bien et du mal, violence virtuelle, récupérations charognardes, phénomènes de meutes et de lynchages sadiques, autant de la part des extrémismes de droite ou de gauche, que des milieux les plus conventionnels. Le silence deviendra-t-il un jour, dès lors, la seule réponse à apporter à ce phénomène de démence collective? Alors, pourquoi ne pas se taire? Le silence du mépris n’est-il pas au fond la seule forme de résistance à la profusion de la parole stupide, à un tel niveau de bêtise totalitaire,  la seule réponse  adaptée au chaos mental actuel? En attendant que s’éloigne l’ouragan de crétinisme. Mais va-t-il s’éloigner un jour?

Maxime TANDONNET

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La crise du leadership occidental

Exprimer les choses comme on les voit ou comme on les ressent, par delà l’écran de fumée des habitudes et de la routine, n’est pas faire montre de pessimisme, mais de franchise voire de lucidité. Le monde politique occidental, son « établissement », ses élites dirigeantes et médiatiques, sont en train de sombrer dans un tourbillon de crétinisme, ou de démence.

L’une des caractéristiques de notre époque est l’hallali lancé par la quasi totalité des médias, radios, télévision, presse, en Amérique comme en Europe, contre un certain Donald Trump. Ce lynchage médiatique ne semble pas tenir, pour l’essentiel, à une politique, des choix et des résultats. Il s’applique surtout à une série de prises de position individuelles, par tweet. De fait, M. Trump n’est pas réellement président des Etats-Unis à ce titre. Il ne gouverne pas, ou si peu, le pays en s’appuyant sur des outils de gouvernement, des règles de droit, une administration. Il lâche des provocations sur twitter, du matin au soir, de manière sauvage, hors d’un cadre légal,  probablement sans consulter personne.

L’aveu est effroyable: face aux pesanteurs, aux obstacles, à l’impossibilité de changer les choses, devant le constat d’échec et d’impuissance – la lutte contre le terrorisme, la situation au Moyen Orient ou la Russie – il faut occuper les esprits, donner le sentiment du mouvement par une gesticulation verbale sans fin, fuir le réel en jonglant avec les émotions.

Le monde médiatique raffole de cette situation et sombre dans une succession de crises d’hystérie qui en disent long sur son état mental. Il s’est trouvé une sorte de gibier de potence, de bouc émissaire à cogner du matin au soir, non pour sa politique, un épiphénomène qui n’intéresse personne, mais sur ses provocations personnelles. Face à la bête traquée, la meute déchaînée, unanime, rendue folle par l’odeur du sang, ne supporte plus la moindre atteinte à ses obsessions mentales.

La vie publique américaine, mais aussi française et sans doute occidentale, bascule ainsi dans le virtuel. Les faits, les réalités, la géopolitique l’économie, les rapports internationaux, les menaces sont relégués au second plan. Comme dans une sorte de jeu vidéo gigantesque, l’essentiel se focalise sur la sphère irréelle, celle des indignations, des symboles et des émotions fugaces.

La démocratie américaine est profondément malade, tournant à une affligeante débilité et entraînant les autres démocraties occidentales dans sa dérive, en particulier la France. Le présidentialisme américain, déformé par la communication à outrance, devient la tragédie grotesque d’un pantin désarticulé, pourchassé par des clowns méchants. Pendant ce temps, le monde occidental, sans leadership, sans gouvernement, est confronté à l’horreur du terrorisme islamiste. Le cauchemar peut-il prendre fin, et quand?

Maxime TANDONNET

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Barcelone ensanglantée

Paris, Nice, Bruxelles, Berlin, Manchester, Barcelone aujourd’hui. L’Europe, ensanglantée par le terrorisme islamiste traverse depuis quelques années les heures les plus sombres de son histoire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Les gouvernements sont paralysés par la peur et les complexes de l’histoire, tandis que prolifère l’esprit de trahison. Ces drames atroces annoncent probablement, d’ici quelques années, une déstabilisation générale et un chaos indescriptible. Il est tellement facile de massacrer en fonçant dans la foule avec un camion. Les cellules dormantes de l’Etat islamique en Europe sont probablement infinies, tout comme les moyens de communication avec Internet, et les ferments d’une crise dramatique sont d’ores et déjà en place. Le sommet de la bêtise contemporaine: traiter la parole réaliste de pessimiste… Il ne devrait pas y avoir de problème plus urgent pour les pouvoirs politiques que de préparer la défense de l’Europe, unie face à la même terreur et de se donner les moyens de protéger la vie de ses habitants. On s’indigne, on s’émeut des fleuves de larmes et de sang, et puis on oublie le plus vite possible en se noyant dans les anecdotes, les vagues émotionnelles, la manipulation de masse, les slogans, et les polémiques, avant que l’horreur ne frappe de nouveau. L’histoire ne se répète jamais à l’identique mais il est évident que les démocraties occidentales sont confrontées à une montée de la barbarie, une menace sanguinaire qui rappelle la poussée des nationalismes fasciste et hitlérien dans les années 1930. L’angélisme actuel, cette idéologie rayonnante, fait écho au pacifisme des années 1930. La lâcheté et le déni du réel sont, aujourd’hui comme hier, le fléau suprême de l’Europe. La réaction générale est la même : fermer les yeux et détourner la tête. L’Europe ensanglantée, à travers ses gouvernements nationaux et ses institutions communes, l’affirmation de son unité absolue et solidarité vitale face à la menace, a besoin d’être gouvernée: contrôle des frontières nationales et européennes, surveillance des cellules dormantes, lutte contre la délinquance, terreau de la violence aveugle, pistage des sites islamiste sur Internet, reprise en main des territoires perdus, messages de l’Education nationale, fermeté face aux dérives communautaristes.  Se réveillera-t-elle un jour ?

[NB:d’éventuels commentaires à tonalité haineuse ou profitant de la tragédie pour s’en prendre aux personnes de confession musulmane dans leur ensemble, ne pourront évidemment pas être repris sur ce site].

Maxime TANDONNET

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Un régime devenu pire que la IVe République

Attention! Les propos ci-dessous ne visent en aucun cas à la critique personnalisée d’un homme, mais à la dénonciation d’un régime politique qui, par delà les hommes et les alternances, conduit la France à l’impuissance.

A l’origine, dans la Ve République, telle qu’elle a été conçue en 1958 et 1962, le président de la République, élu au suffrage universel pour sept ans, fixe un cap au pays, dirige sa politique étrangère et de défense, incarne la Nation, arbitre et protecteur, et s’en remet au Parlement et au Gouvernement, Premier ministre et ministres, pour gouverner le pays. De corruption en corruption, ce principe a été bafoué, violé, foulé au pied. Nous en sommes arrivés, notamment avec le quinquennat présidentiel, à un système qui n’a plus aucun rapport avec la logique de la Ve République, et devenu encore moins efficace que la IVe République dans ses pires moments.

La mission constitutionnelle du chef de l’Etat, à l’origine empreinte de hauteur, de sagesse et de vision historique, traverse une crise sans précédent. Ce dernier a été transformé en un super député, dont la circonscription coïncide avec l’ensemble du territoire national, élu pour un mandat de super député, dont la préoccupation naturelle est de soigner son image, au mieux pour préparer sa réélection et au pire dans l’obsession de sa « trace ». Il symbolise à lui tout seul, à travers son omniprésence médiatique, l’ensemble du pouvoir politique. Une sorte de névrose permanente se cristallise sur son personnage, son reflet médiatisé, qui absorbe, efface, annihile toute autre source de responsabilité publique: parlement, premier ministre, ministres, collectivités locales. La faiblesse et l’indécision, jadis reprochées au régime d’assemblée se sont, sous d’autres formes, réincarnées dans le présidentialisme actuel.

L’image personnelle s’imposant comme l’objectif fondamental de la vie politique, le monde des réalités passe au second plan. Le débat d’idées, la vie démocratique, la notion de projet collectif, s’efface de l’horizon des Français. Le pouvoir se focalise sur l’impératif de communiquer, faire croire ou passer un message, répandre des illusions et mobiliser l’attention autour d’émotions fugaces. Le mythe du héros médiatique se substitue à la notion d’intérêt général ou du bien commun. Mais l’action véritable –  celle qui ébranle une société dans ses profondeurs pour la transformer, supposant des efforts, une mobilisation collective, une volonté générale, des remises en cause, du mouvement, des risques et des colères, devient inconcevable. Le principe de décision, de décision authentique, dans tous les domaines stratégiques pour le pays – économie, social, crise migratoire, indivisibilité de la France, sécurité des biens et des personnes, démocratie locale – tend à s’effacer. L’idée de gouvernement des hommes et des choses est sacrifiée à l’obsession du paraître. Jour après jour, la vie publique consiste à habiller la résignation d’un manteau de paroles et d’images.

La IVe République avait ses défauts, immenses, autour de l’instabilité gouvernementale. Cependant, des décisions se prenaient, émergeaient, par delà son chaos: reconstruction, politique industrielle, plan quinquennal, résistance au stalinisme, alliance atlantique, sortie de la crise indochinoise, indépendances du Maroc et de la Tunisie, traité de Rome, etc.  Aujourd’hui, l’apparence de la stabilité recouvre le néant et l’indécision. Le principe même de gouvernement ne cesse de s’estomper. En Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, des  choix s’effectuent, en bien ou en mal. La France bien au contraire, se fige peu à peu dans sa névrose de l’image présidentielle. Le danger n’est pas celui de la personnalisation du pouvoir, mais pire, celui de la personnalisation de l’impuissance et de l’immobilisme qui débouche inévitablement sur une vertigineuse impopularité.

Par-delà le choix des hommes, le salut passe par une prise de conscience de la crise de régime qui ne cesse de s’aggraver, supposant une rupture avec les clichés, les tabous, les conformismes, et surtout l’indifférence et la méconnaissance qui pèsent sur le sujet. A cet égard, nous ressentons comme un léger frémissement dans le monde politique autour de voix amies. Epiphénomène ou prémices d’une secousse de grande ampleur?

Maxime TANDONNET

 

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Réflexions sur du mythe des Cent jours et sur le culte de la personnalité

Les quinquennats se suivent et se ressemblent à certains égards. L’étape des « Cent jours » qui survient vers le 15 août est toujours le moment du premier bilan, généralement dominé par le désenchantement après « l’état de grâce. » 2017 ne faillit pas à la règle, au vu des derniers sondages.

Cette tradition remonte aux Cent jours de Napoléon. Elle fait référence à la brève période de trois mois au pouvoir de l’Empereur qui suit son évasion de l’île d’Elbe le 20 mars 1815. Ces événements, du « vol de l’Aigle » jusqu’à l’abdication définitive, sont au cœur de la légende napoléonienne.

Le rituel des Cent jours pourrait donner lieu à une réflexion sur un phénomène clé de la vie politique française : le culte de la personnalité. Il avait atteint son paroxysme sous l’Empire napoléonien autour du mythe du sauveur. Mais par un formidable paradoxe, il semble avoir traversé les siècles, les guerres, les révolutions et les crises, pour s’imposer aujourd’hui au cœur de la « politique spectacle » contemporaine.

Aujourd’hui, le culte de la personnalité, autrement dit le « présidentialisme », attisé par la médiatisation, n’est pas seulement un mode de fonctionnement du pouvoir. Il est, dans la France du XXIe siècle, une véritable idéologie, un système d’idées destiné à légitimer le pouvoir en place. Cette idéologie procède de « l’ère du vide »: la personnalisation à outrance recèle l’absence de projet collectif et d’un destin commun à bâtir. Elle se développe sur les ruines de la politique, au sens noble du terme, le gouvernement de la cité, la capacité à agir, choisir, décider, gouverner la Nation.

Comme masque d’un néant collectif, elle consiste à sublimer un personnage, le président, à le désigner comme l’incarnation unique du pouvoir d’Etat, étouffant dans son reflet médiatique toute autre source de responsabilité publique, le gouvernement, les ministres, le Parlement, les collectivités territoriales, la Nation. Fondé sur l’émotion – d’amour ou de haine – qui entoure un visage, le culte de la personnalité donne prise à toutes les manipulations possibles : idolâtrie d’un jour, lynchage du lendemain. Cette idéologie repose sur des bases précaires. Il suffit d’un faux pas, pour que l’adulation bascule dans l’exécration.

Contrairement aux apparences qui entourent la notion de chef, elle est foncièrement inefficace et contraire au principe d’autorité. Le culte de l’image personnelle, dans le monde moderne, est incompatible avec le risque de la décision, de l’action authentique et de la transgression parfois nécessaire. L’obsession du paraître étouffe le faire.

La personnalisation du pouvoir est aussi vivace aujourd’hui qu’il y a deux siècles, mais elle a changé de signification. Napoléon incarnait la puissance, avant de faire naufrage. Nos présidents surmédiatisés du XXIe siècle incarnent au contraire l’impuissance et l’impopularité.

Est-il possible de rompre avec cette logique, cette idéologie ? La France aurait tout intérêt à redécouvrir un autre message issu lui aussi de sa tradition historique, celui des grands républicains, les Ferry, Gambetta, Waldeck Rousseau, Millerand, Poincaré, etc., qui tenaient en horreur la personnalisation narcissique du pouvoir, considérée comme une réminiscence monarchique ou impériale de mauvais goût. La politique, chez eux, n’avait pas de sens en dehors de l’intérêt général, le destin de la cité, l’action et les choix de gouvernement. Ils apparaissaient au grand jour, certes, en tant qu’auteurs de décisions issues d’un travail d’équipe, dont ils assumaient la responsabilité individuelle et collective, mais seulement le temps nécessaire, sans mégalomanie ni prétention de « leur trace dans l’histoire ».

Leur modèle n’est sans doute pas transposable tel quel dans la France moderne. Mais il devrait au moins servir de référence et de contrepoids à l’obsession narcissique qui a, depuis trop longtemps, envahi la politique et les médias français au détriment de l’intérêt public.

Maxime TANDONNET

 

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Quel avenir pour la politique française?

L’opposition démocratique est à repenser dans ses fondements mêmes. Le spectacle qu’elle donne aujourd’hui est désespérant, comme un fidèle reflet de la déliquescence du pouvoir en place: invectives violentes à l’égard des « traîtres » (jusqu’à quand?); recours absurde devant le Conseil Constitutionnel contre la disposition législative interdisant les emplois familiaux des parlementaires; opposition systématique, mais néant de la pensée, de la réflexion.

Tout continue comme avant, comme si la politique n’avait pas d’autre sens que celui des carrières personnelles et des règlements de compte: attitudes qui sont devenues totalement insupportables aux Français. A cet égard, la disparition des grands leaders (NS, Juppé, Fillon) ne semble pas avoir changé grand chose et le vrai renouvellement de fond – celui des idées et des comportements –  n’est pas plus en marche ici qu’ailleurs…

C’est pourtant maintenant que tout se joue et qu’un nouveau départ pourrait se prendre. Nous marchons sans doute vers une grave crise de régime, à moyen terme. Il est de la responsabilité des républicains modérés de proposer une alternative raisonnable et crédible aux Français. Nul ne le fera à leur place. Mais pour cela, il n’existe aucune autre solution qu’une profonde et radicale transformation de la culture politique. Il est temps de se mettre au travail de réflexion, non pas sur un programme précis, mais sur la conception, les buts de la politique. Tout doit partir d’une seule question de fond: quelle réponse à la méfiance,  au dégoût des Français envers la politique? Mais ont-ils seulement pris conscience de la gravité de la situation démocratique et de l’ampleur de la crise de confiance?

L’expérience En Marche semble déjà plongée dans l’impasse, malgré une conjoncture économique internationale favorable, minée par sa contradiction fondamentale entre le renouvellement des apparences (visages) et la continuité du fond (narcissisme et fuite dans la communication).

Qu’avons nous, ensuite, quand le fond de l’abîme sera atteint, à offrir aux Français et les réconcilier avec la vie politique, le débat démocratique? Voilà la question unique qui se présente aujourd’hui. Des pistes? En voici quatre!

  • En finir avec le culte médiatique de la personnalité, totalement indigne de la France et du XXIe siècle mais surtout, symptôme de l’impuissance et de l’inefficacité, pour redonner un sens à la notion de gouvernement collectif, dans l’intérêt général, et de responsabilité des décideurs.
  • Réhabiliter la notion de vérité, vérité de la situation du pays en matière de désindustrialisation, de déficits, de dette publique, de sécurité, de montée de communautarisme, d’autorité de l’Etat, de menace terroriste
  • Redécouvrir le sens de l‘action politique relative aux intérêts concrets de la France et des Français et à leurs préoccupations: règlement de la crise migratoire européenne, avec le courage et l’audace de combattre les passeurs esclavagistes; lutte contre le chômage comme priorité absolue et seule véritable politique sociale; restauration de l’unité de l’Etat et indivisibilité de la République.
  • Préparer l’avenir, autour d’un renouveau de l‘intelligence: transformation profonde des médias pour valoriser la connaissance, la culture, la réflexion, le rejet de toute manipulation, propagande et idéologie; réforme de l’éducation nationale autour de la revalorisation des savoirs fondamentaux, la langue française, au cœur de notre patrimoine intellectuel, l’histoire, la philosophie.

Nous sommes à mille lieues de cette prise de conscience! Puisse cet appel servir à quelque chose!

Maxime TANDONNET

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Quelle moralisation?

Moraliser la vie politique est une grande ambition, un enjeu fondamental. La suppression de la « réserve parlementaire » me semble être non seulement une erreur, mais en outre une décision contreproductive. Elle aboutit à jeter une suspicion sur les parlementaires et à affaiblir toujours davantage leur autorité ce qui est dramatique. Dans l’histoire, jamais aucun pouvoir n’est sorti grandi de la marginalisation du Parlement. La question de la moralisation de la politique doit être envisagée à grande échelle. Elle soulève des questions gigantesques, qui concernent la nature de la vie politique: Comment, dans la politique moderne, mettre fin à la tyrannie de la communication, c’est-à-dire le mépris des gens, pour réhabiliter l’action et l’intérêt général? Comment mettre fin à l’excès de personnalisation du pouvoir, la focalisation de la vie politico-médiatique autour d’une personne, autant pour l’idolâtrer que pour la lyncher, au détriment du monde réel et du bien commun? Comment définir un nouvel équilibre entre les pôles de pouvoir que sont la présidence (l’autorité), le gouvernement (la décision, l’action), le législatif (le contrôle), le judiciaire (la sanction)? Comment restaurer l’autorité de l’Etat, l’efficacité du pouvoir politique dans la réponse à apporter aux souffrances, aux inquiétudes, aux problèmes concrets des Français (chômage, pouvoir d’achat, dette publique, crise migratoire, sur-fiscalité, sécurité, terrorisme, etc.)? Comment assurer la responsabilité effective des pouvoirs publics, pour leurs choix ou non choix? Comment reconquérir la confiance dans le politique, la représentation démocratique? Comment assurer l’objectivité et l’impartialité du service public de l’audiovisuel (télévisions, radios) en le libérant des pressions idéologiques ou partisanes et en assurant la liberté et l’égalité dans l’expression publique? Comment réhabiliter l’intelligence collective, la culture politique, à travers l’éducation nationale, la redécouverte des enseignements fondamentaux, du français, de l’histoire, de la philosophie? La moralisation de la politique ne se limite pas une collection de mesures inspirées de l’actualité, lancées en pâture à l’opinion publique. Elle concerne tout simplement la restauration en France d’une démocratie digne de ce nom. Voilà quel est le grand enjeu de l’avenir sur lequel nos amis de l’opposition démocratique devraient se pencher d’urgence.

Maxime TANDONNET

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Présidentialisme/Statut de première dame?

D’abord une précision: les attaques, moqueries, vulgarités proférées sur la Toile envers Mme Macron suscitent chez moi un indicible sentiment d’horreur. Rien ne m’est plus viscéralement insupportable que la méchanceté sous toute ses formes, surtout dirigée envers une femme. Jadis, quand les présidents de la République étaient populaires, avant le grand tournant des années 1970, leurs épouses l’étaient aussi. Elles cultivaient une image de discrétion, de désintéressement et de générosité, s’investissant dans l’action humanitaire. A l’époque où les Français s’aimaient en tant que peuple français, les femmes de président ont été populaires. Dans mon livre sur l’histoire des présidents de la République (Perrin, 2013/2017), je raconte cette scène fabuleuse, lors du décès de Germaine Coty, le 13 novembre 1955 « Des écoles entières vinrent à la Madeleine et les enfants tenaient une rose à la main. Le Parisiens défilèrent pendant des heures. Ce fut simple et poignant. Le peuple semblait vouloir montrer à quel point il aime les vertus simples et profondes. Lorsque, après la cérémonie funèbre, le convoi déboucha sur le quai, trente péniches massées à la Concorde firent entendre un long mugissement en signe de deuil, tandis que la mariniers, massés sur le pont, alignés bord à bord, se découvraient. » C’était un attachement simple, venu du cœur et jamais il n’est venu à l’idée de personne, à l’époque, de statufier la personne de Mme Coty.  L’idée d’un statut de première dame me semble être incompatible avec les principes de la République française. Les hommes et les femmes sont tous égaux en droit. Un statut s’obtient soit par une élection, soit en tant que reconnaissance d’un mérite (sélection, concours). En aucun cas le statut ne saurait procéder d’un lien familial. Sinon, pourquoi ne pas prévoir un statut pour les enfants du couple? Alors, nous changeons de système, nous poussons jusqu’à son ultime paroxysme la personnalisation du pouvoir, consacrons une sorte de monarchie dégénérée, et il n’est plus question de parler de république ni d’égalité des droits. Tout ce débat invraisemblable, alors que tant de dossiers gigantesques s’accumulent sur l’avenir de la France, montre une fois de plus le dérèglement général des sens qui prévaut en ce moment.

Maxime TANDONNET

 

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Rachat de Neymar, sport ou argent fou ? (Figaro Vox)

Bien sûr, je lis la masse des commentaires de presse sur Internet qui s’indignent de ce que l’on puisse seulement s’interroger sur la pertinence de ce transfert et de son montant. C’est la « loi du marché » nous dit-on en gros et l’investissement sera rentable pour tout le monde.

Peut-être!

Est-il tout de même permis de s’interroger sur les fondements intellectuels, idéologiques, éthiques, intellectuels surtout, d’une société qui rémunère un homme 1650 fois le SMIC pour courir après un ballon? Du « pain et de jeux », certes, mais tout est question de mesure…

Est-il aussi permis de s’interroger sur le niveau intellectuel d’une société qui s’offusque violemment de la rémunération d’un PDG responsable de centaines de milliers voire de millions d’emplois dans le monde, mais qui en parallèle, s’émerveille, s’extasie sans nuances d’une somme plus du double versée à un joueur de ballon?

Est-il enfin permis de s’interroger sur l’impact pour les enfants et adolescents de cette image de sommes gigantesques gagnées à courir après un ballon sur le terrain de jeu?

Le football, sacralisé? Sans doute, mais parlons alors d’une nouvelle religion médiatique, d’un culte moderne , et admettons que cette mystique, nouvel opium du peuple, qui mélange idolâtrie de masse et valse des milliards, n’a plus grand rapport avec le sport au sens noble du terme… En tout cas, celui que nous aimons.

Ai-je le droit de dire cela sans être taxé de « pisse vinaigre », ronchon, grincheux, ringard,  grognon, gros hypocrite, misanthrope, rouspéteur, jaloux, hargneux, pessimiste, râleur, réactionnaire, fasciste, etc?

Maxime TANDONNET

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L’actualité, en ce début d’août 2017, est dominée par l’annonce du transfert de Neymar au Paris Saint Germain et le coût de sa clause de rachat à Barcelone pour le club parisien : 222 millions d’euros. A cela s’ajoutent les informations qui circulent sur le futur salaire net du joueur, estimé à 30 millions d’euros nets annuels. Le coût total de l’opération, sur plusieurs années, serait d’environ 400 millions d’euros, selon des estimations.

La presse et les médias relèvent le caractère « astronomique » de ces montants mais pour l’instant, au moment de l’annonce, la polémique n’est pas au rendez-vous. Dans l’ensemble, le ton initial des commentaires est plutôt compréhensif, oscillant entre enthousiasme et fatalisme. On évoque les rentrées fiscales pour l’Etat et les perspectives d’amortissement de cette dépense pour le PSG, la rentabilité potentielle de l’investissement. Aujourd’hui, au premier stade de la nouvelle, les médias, la presse morale comme les partis politiques, globalement, se plient au relatif consensus dominant.

La question de principe, autour des inégalités et de la « décence » de certaines rémunérations, d’habitude si prégnante en France, se fait étrangement discrète. Qui oserait encore rappeler qu’avec 400 millions d’euros, on construit une centaine d’écoles (de dix classes), ou qu’un salaire net de 30 millions d’euros annuel représente 1690 SMIC ?

Pourtant, l’annonce quelques mois plus tôt de la rémunération du PDG de Renault, 7,2 millions d’euros annuels (et le double avec Nissan), donc un montant bien inférieur, avait déclenché une furieuse polémique. Deux poids, deux mesures ? La rémunération d’un personnage responsable du quatrième groupe mondial de l’industrie automobile, produisant des millions de véhicules, assurant l’emploi, directement ou indirectement, de centaines de milliers de salariés, est considérée comme insupportable au regard du principe d’égalité. Mais une rémunération qui représente plus du double, pour un joueur de football, assortie d’une clause de rachat de 220 millions d’euros, semble naturellement acceptée.

La moindre suspicion relative à l’argent, y compris d’origine privée, chez un homme politique ou responsable public, provoquera un monstrueux tollé, de l’extrême gauche à l’extrême droite, jusqu’à déstabiliser une démocratie. Mais la valse de centaines de millions, concernant un sportif ultra-médiatisé, ne suscite guère d’état d’âme et peu d’interrogations. Comment expliquer de tels paradoxes ?

Nous ne sommes plus, à titre principal, dans la logique du sport au sens du Petit Robert : « Activité physique exercée dans le sens du jeu, de la lutte et de l’effort. » En revanche, le phénomène relève de l’idolâtrie. Nous nageons dans l’irrationnel. Neymar est une icône planétaire, une star. Il est adoré comme une sorte de demi-dieu médiatique. D’où le caractère sensationnel de sa venue à Paris. Or, l’adoration, l’exercice d’un culte, y compris d’un culte médiatique, n’a pas de prix.

De fait, sur le plan de la créativité, le football – vingt-deux hommes qui courent après un ballon – est un spectacle en soi assez pauvre. Sa puissance d’entraînement et de fascination repose sur le seul instinct de foule et l’exaltation de la domination sur un adversaire – à l’inverse d’une œuvre d’art qui suscite l’émerveillement par elle-même. Neymar sans la perspective de victoires et de remporter la Ligue des Champions n’est plus rien. Il est des mots que l’on ose à peine prononcer tant ils paraissent devenus archaïques : par exemple celui de chauvinisme.

L’engouement pour le recrutement de Neymar au PSG, le relatif unanimisme qui prévaut pour l’instant autour de cet événement, dans la presse, les milieux intellectuels, les partis politiques y compris de gauche, les plus prompts à s’indigner des salaires des grands dirigeants d’entreprise, reflètent un climat préoccupant. Ils témoignent d’une perte de sens, de l’affaiblissement des repères intellectuels, de la réflexion critique. Est-il seulement permis de s’interroger sur l’exagération qui entoure la vénération d’une star du football au regard des enjeux véritables du destin collectif, sur les plans intellectuels et politiques? Ou sur l’impact pour les jeunes du modèle associant culte de la personnalité et argent roi gagné sur un terrain de jeu? « Opium du peuple », disiez-vous ?

Une étude réalisée entre 2002 et 2006, publiée en 2017 par la revue Intelligence, dénonce un effondrement du quotient intellectuel dans les pays occidentaux (la France y figure au 9ème rang à égalité avec l’Espagne et les Etats-Unis). Le phénomène Neymar, parmi d’autres du même genre, cette euphorie à la fois excessive, artificielle et grégaire, serait-elle le produit d’un affaiblissement général de la culture et de l’intelligence critique?

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Lecture d’été: Napoléon, Jean Tulard, Fayard 1977

Il paraît que l’on enseigne plus, ou si peu, Napoléon au collège et au lycée. Voici une bonne raison pour se replonger dans ce grand classique des biographies de Napoléon. L’ouvrage est complet et didactique en même temps, trouve un bel équilibre entre l’événementiel et la description de la société française de ce temps. Jean Tulard nous fait partager un agréable moment de littérature historique. Ce livre a un immense avantage: il est non idéologique, non partisan, ne cherche pas à nous imposer un jugement de valeur, un point de vue politicien (ce qui est le sommet de la vulgarité et de la bêtise quand on prétend se mêler d’histoire).  Sans revenir à la chronologie, très claire dans cet ouvrage, ni au contenu proprement dit, voici quelques rappels ou considérations éparses que sa lecture m’a inspirés:

  1. Aucune conviction ne tient face à l’ambition et à l’orgueil. On l’oublie souvent: Napoléon est une créature de la Terreur. Venu de l’aristocratie corse, il a bâti sa carrière sur un engagement initial en faveur de l’indépendance de la Corse (pascal Paoli). Puis, avant tout ennemi de la monarchie qu’il exècre, il embrasse la cause jacobine, proche de Robespierre « le jeune » (le frère de Maximilien) et alors partisan résolu de la Convention dans ce qu’elle a eu de plus sanglant. Arrêté pour robespierrisme à la suite de Thermidor, c’est par une sorte de paradoxe étonnant qu’il est devenu par la suite l’icône du camp conservateur. Le grand écart entre la vision contemporaine de Robespierre, généralement considéré comme diabolique, et Napoléon, vu comme un héros de l’histoire, a quelque chose de contradictoire quand on sait que tous deux ont été des alliés jusqu’aux pires moments de la Terreur et la carrière de Napoléon issue en partie de cette alliance.
  2. La force du charisme: Napoléon est un personnage au départ assez banal. Il est maigre, mal habillé,  d’allure complexée, d’une apparence extrêmement simple, voire minable, tel que le décrivent ses contemporains, vêtu d’une gabardine trop grande pour lui, élève et étudiant moyen, même lors de sa scolarité militaire, faible orateur, avec son accent corse. Son « génie politique », n’est pas non plus évident, plus souvent mené par les événements et exploité par d’autres (Barras) que vraiment tacticien et dominateur. Intelligence stratégique sur le champ de bataille? Sans doute mais il est servi par une génération de grands généraux, le dynamisme et la jeunesse d’un peuple, commet lui-même parfois de lourdes erreurs. Non, sa puissance personnelle tient sans doute à autre chose: un étrange et mystérieux charisme. Il envoûte, magnétise, ensorcelle ce qui l’approchent, en particulier ses généraux et ses soldats: la simplicité, le regard, la voix, un rayonnement mystérieux, indescriptible, qualité indéfinissable, propre aux « grands hommes ».
  3. Qu’est ce que le culte de la personnalité? Il en est de deux sortes: au XXIe siècle, la personnalisation du pouvoir est une construction factice, médiatique, sublimation sans fondement de personnages le plus souvent médiocres. A l’évidence, le culte de la personnalité, sous Napoléon, est tout autre chose: le fruit d’une oeuvre gigantesque.  Jusqu’à 1804, Napoléon, ou plutôt Bonaparte, est dans une logique d’héroïsme pur. Le personnage est immense. Il entraîne le pays par son fabuleux rayonnement. Les exploits qu’il accomplit sont sans équivalents dans le monde contemporain. Songeons un peu: en cinq ans, il remodèle en profondeur la carte de l’Europe notamment après Marengo (soumission de l’Autriche, domination sur l’Italie, l’Allemagne occidentale, paix d’Amiens avec la Grande Bretagne). Il accomplit la prouesse gigantesque de pacifier la France, en conciliant les acquis de la Révolution (principe d’égalité, code civil, biens nationaux) et l’essentiel de la France traditionnelle à travers le Concordat et la réhabilitation du christianisme. Après la Révolution, Napoléon réconcilie la France avec elle-même et favorise un grand élan de prospérité. Il fallait le faire…
  4. L’héroïsme est éphémère. Voici un point de vue personnel que nul n’est obligé de partager. A partir de 1804-1805, il me semble que le héros immense, au sommet de sa gloire, bascule dans la démesure. Ainsi parle-t-il après Austerlitz, et un an après son couronnement: « Soldats, la dynastie de Naples a cessé de régner! Son existence était incompatible avec le repos de l’Europe et l’honneur de ma couronne. Marchez, précipitez dans les flots, si tant est qu’ils vous attendent, ces débiles bataillons des tyrans des mers. [A Joseph] « Vous lui direz que je le fais roi de Naples, mais que la moindre hésitation, la moindre incertitude le perd entièrement. Je ne reconnais pour parents que ceux qui me servent. Ceux qui ne s’élèveront pas avec moi ne seront plus de ma famille. J’en fais une famille de rois ou plutôt de vice-rois. » L’esprit humain, quel qu’il soit, est fragile.  Ces paroles ne me paraissent pas être celles d’un homme qui a gardé toute sa lucidité. Elle ne sont pas celles d’un personnage sensé, ayant conservé toute sa raison. Il me semble, à la lecture de ces phrases, que Napoléon, à ce stade, aveuglé par son succès, a perdu pied et que son désastre est déjà en gestation. Je crois qu’il n’est d’héroïsme dans l’histoire que de courte durée, éphémère, le « sauveur » a une mission de quelques mois, quelques années au grand maximum, mais dès qu’il tente d’inscrire son action dans le temps, de s’incruster, de fixer, d’institutionnaliser son héroïsme, il roule à l’abîme entraînant son peuple avec lui.

Maxime TANDONNET

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Carte postale des mégalithes

Voici une petite carte postale de nos vacances dans les mégalithes. Désolé, nous ne connaissions pas… Originaires du Sud-Ouest et de Corse, parisianisés, le mot « vacances » rimait pour nous avec celui de « Sud ». La Bretagne, comme lieu de repos, gagne pourtant à être connue. Le littoral, protégé par d’immense dunes qui s’étirent à l’infini, constellées de petites fleurs rouges et jaunes et ses rochers noirs, est préservé comme nulle part ailleurs. L’océan déploie des palettes de bleu indescriptibles sous une lumière aux mille nuances. La baignade est fraîche au début, mais délicieuse une fois apprivoisée la température de l’eau. Les langoustines et les huîtres abondent, sublimissimes. On y trouve, en accompagnement, d’exceptionnels petits muscadets vieillis en fût de chêne, produits à moins d’une centaine de kilomètres à vol d’oiseau, dont l’existence était insoupçonnable. Dans l’ensemble, les Bretons sont extrêmement accueillants, adorent faire découvrir leur région qu’ils aiment passionnément. Ici, tout est calme et serein, le tourisme de masse, la foule et les embouteillages parisiens n’y ont pas pénétré, même au plus haut de la période estivale. Mais surtout, nous sommes tombés sous le charme des champs de mégalithes de Carnac, Locmariaquer, Erdeven, etc. Ils sont la trace principale, sur le territoire français, de l’époque néolithique, 6000 ans avant JC, qui marque la fin de la préhistoire et l’entrée dans l’histoire avec l’invention de l’agriculture, de l’élevage, la sédentarisation et les premiers villages. Les archéologues n’ont pas réussi à percer le mystère de ces alignements de pierres granitiques qui s’étirent à l’infini, que les hommes ont élevées là au prix d’efforts titanesques. Leur signification est sans doute à la fois politique et religieuse, peut-être expression de la puissance des populations de l’époque pour impressionner d’éventuels envahisseurs, étrange message des hommes du début de la civilisation, ayant traversé plus de 8 millénaires pour parvenir jusqu’à nous. Que voulaient-ils nous dire? Sans doute garderont-ils leur mystère pour l’éternité. A chacun d’entre nous de déchiffrer leur message, de s’en faire l’interprète. Et c’est tant mieux ainsi.

MaximeTANDONNET

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Chute record de popularité: est-ce vraiment « normal »?

Le président de la République connaît une chute record de sa popularité (-10%), de 62% à 52% en un mois selon VSD, c’est-à-dire encore plus forte et plus spectaculaire que celle de tous les anciens chefs de l’Etat avant lui. M. Hollande affirme que le phénomène est « inévitable ». Pour la plupart des commentateurs, les choses sont « normales ». A mes yeux, cette banalisation est au contraire inacceptable.  Elle marque le début d’une débâcle déjà annoncée depuis déjà longtemps. Elle est le signe d’un monstrueux dévoiement des institutions de la République, qui s’accélère de décennie en décennie et précipite la vie politique dans un abîme d’impuissance.

Le chef de l’Etat est en principe élu par le peuple sur un acte de confiance et d’adhésion. Il est l’homme du destin. Dès lors que la confiance s’effondre juste après avoir été accordée, les Français sont victimes d’un dol comme disent les juristes. En principe, le rôle du président est d’incarner le pays, son avenir, sa grandeur, son prestige international, sa sécurité, son destin, dans un esprit d’unité, de sagesse et de vision, de lui donner un cap. C’est cela un chef de l’Etat et rien d’autre. Son premier devoir est d’être populaire, c’est-à-dire reconnu et source d’estime et de confiance. Un président malaimé, voire rejeté par le peuple est le signe d’une rupture de la confiance. Il revient en revanche au Premier ministre et à son gouvernement de définir, d’exprimer, de mettre en oeuvre et d’assumer une politique, donc l’impopularité, avec le soutien et sous le contrôle de l’Assemblée nationale. D’où la distinction entre les fonctions de chef de l’Etat et de Premier ministre ou de gouvernement, vitale pour le bon fonctionnement de la politique nationale.

Mais tout se mélange, tout se confond dans le grand faisceau d’une surexposition médiatique et un étrange courant de bêtise et d’inculture politique notamment dans les plus hautes sphères de l’Etat. Le régime de culte de la personnalité dont la France s’enivre, la France médiatique, politique, élitiste, cette idée qu’un reflet médiatique, l’image du visage d’un homme concentre à elle seule l’ensemble de la responsabilité publique est la porte ouverte vers l’impuissance, l’humiliation et la déchéance. Elle a l’avantage de  la facilité, de la simplicité, mais relève de la plus totale illusion: dans nos société complexe, un seul homme ne maîtrise presque rien. Elle donne l’illusion de l’autorité et de l’efficacité.  Mensonge grossier et vulgaire: en précipitant le visage, censé incarner le pouvoir, dans un abîme d’impopularité (censé être responsable de tout), elle condamne la politique française à la défiance, au dégoût, au rejet populaire, donc inévitablement à la crise d’autorité et de confiance et au gouffre de l’échec permanent. Le même passage de l’idolâtrie hébétée au statut de bouc émissaire national se reproduit, de présidence en présidence, désastreux pour le moral des Français et l’autorité de l’Etat, dans l’aveuglement général… Une lueur de lucidité peut-elle un jour jaillir de quelque part?

Maxime TANDONNET

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Sans cravate?

Que faire un 21 juillet à 20H10 quand il tombe des trombes d’eau sur votre lieu de vacances? Appuyer sur le bouton de télévision! Pour la première fois depuis 8 jours. Journal de TF1. Tiens! Les têtes ont changé là aussi: mode du renouvellement. Surprise, heureuse surprise: une émission consacrée à l’Assemblée nationale! L’esprit de renouveau soufflerait-il vraiment? Tiens! Serait-ce une réflexion, aux heures de grande écoute, sur la nécessité de réhabiliter la démocratie parlementaire? la représentation du peuple? la souveraineté des élus de la Nation? le débat d’idées et de projet démocratique? Que nenni! Le sujet du jour était consacré, pendant une dizaine de minutes, à la réforme du code vestimentaire des députés. Désormais, ceux ci seront dispensés de l’obligation de porter cravate! Voilà tout ce qui intéresse notre époque: l’image, la surface, l’apparence, l’effet de mode… Tout un état d’esprit: l’illusion, le culte de l’enveloppe pour cacher le néant du contenu. Mais quelle importance au fond? Qu’ils viennent débraillés si le souhaitent, voire en pyjama ou en maillot de bain? De fait, dans la vie publique, la cravate est traditionnellement un symbole de sérieux et de respect pour le citoyen-contribuable. Sa mise en cause n’est donc pas de nature à redorer le blason d’une institution, l’Assemblée déjà gravement affaiblie, qui devrait être – en principe – le coeur battant de la démocratie et des libertés. Or, la France n’a jamais eu autant besoin d’un creuset de débat, l’Assemblée, pour contrer le naufrage de la politique française dans l’impuissance et la gesticulation narcissique. TF1, 20H10, fausse joie, éphémère et naïve illusion: la crétinisation de la France est bel et bien en route.

Maxime TANDONNET

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Une affaire d’homme ou de système?

De décennie en décennie, l’écroulement de la vie politique française donne le sentiment de s’accélérer. A chaque fois, c’est la même chose, mais de pire en pire. La période électorale vient juste de s’achever, et déjà la béatitude chancelle et les signes avant-coureurs d’un désastre s’accumulent. 99% des commentaires et avis éclairés des experts interprètent la vie politique à travers les faits et gestes d’une sorte de demi-dieu médiatique. Or, depuis le milieu des années 1970, suivant une pente constante, le politique erre, de faillites en échecs à traiter les problèmes des Français. Au-delà d’une simple affaire de personne, c’est le système politico-médiatique, dans ses profondeurs, qui est aujourd’hui en cause. Tant que la vie politique française se limitera à l’exaltation d’une image annihilant tout le reste – enjeux fondamentaux, peuple, Premier ministre, ministres, parlementaires – le pays continuera à sombrer dans le mensonge et l’immobilisme. De fait, aujourd’hui, c’est la règle du jeu qui doit changer, en finir avec le triomphe de la vanité stérile, de l’impuissance narcissique et réinventer la politique au sens noble du terme, celui du Gouvernement collectif de la cité pour le bien commun. Toute la politique française est à repenser de fond en comble. Il faut réhabiliter l’intelligence politique par l’enseignement de l’histoire: réapprendre aux nouvelles générations comment depuis un siècle, le culte de la personnalité conduit toujours à la médiocrité ou au désastre; combattre, par le débat d’idées, la mégalomanie nihiliste; réhabiliter la modestie et l’humilité dans le gouvernement du pays, une vie publique tournée vers le sens de la vérité, le bien commun, la volonté d’améliorer la réalité; expliquer comment l’autorité et la confiance ne sont jamais une affaire de posture prétentieuse mais bien au contraire, d’exemplarité. A court terme, des solutions pragmatiques permettraient d’amorcer une restauration de la vie politique sans révolution institutionnelle: par exemple faire élire l’Assemblée nationale avant le président de la République. Cette formule marquerait une étape modeste mais significative dans le retour à la souveraineté du Parlement, le pouvoir d’un chef de Gouvernement et de ministres tournés vers l’action et responsables devant lui; un chef de l’Etat qui en soit un, c’est-à-dire impartial, au-dessus de la mêlée, unitaire, visionnaire et emblème de sagesse. Le climat d’abêtissement général est désespérant car nous ne voyons nulle part poindre la moindre lueur de lucidité dans le chaos intellectuel ambiant. Une hystérie chasse l’autre: hier et encore un peu aujourd’hui, l’apothéose idolâtre, demain le lynchage atroce et humiliant que nous sentons déjà poindre. S’enivrer de bêtise et de méchanceté pour ne pas avoir à penser et encore moins à agir. Quand allons nous en sortir?
Maxime TANDONNET

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