Le scandale du burkini

Personnellement, j’ai vécu, il y a quelques décennies, dans un pays où était appliquée la charia dans des conditions féroces: mains coupées des voleurs, pendaison des apostats ou autres supposés hérétiques, etc. Eh bien je n’ai jamais vu de burkini. Sur la plage, les hommes et les femmes se mettaient à l’écart mais le burkini n’existait pas. Aucun texte sacré ne prévoit que les femmes doivent se baigner tout habillées. Pourquoi cette aberration? elle a d’une part une dimension de fanatisme absolu, exacerbé: il est interdit de montrer le corps féminin. La promotion du burkini est une offensive de l’islamisme radical contre les valeurs de liberté et d’égalité (homme-femme). Mais ce fanatisme se mêle à une logique commerciale: de grandes enseignes qui ont développé le burkini depuis 2004 font fortune avec les ventes. C’est ce mélange de fanatisme anti-femme anti-occidental, et d’opportunisme pécuniaire qui est particulièrement déroutant. L’objectif est de « faire du fric » avec l’oppression banalisée des femmes. Le silence des féministes à ce sujet est monstrueux. Que la mairie de Grenoble ait voté l’autorisation du burkini en piscine montre bien la puissance de l’idéologie de la soumission. Il est ahurissant que des personnalités prétendues de gauche (verte) ait accepté une telle atteinte à la liberté et à l’égalité (homme-femme). Les hommes auraient droit de profiter du plaisir de la baignade sans la contrainte de vêtements et les femmes seraient obligées (par contrainte religieuse) de se couvrir pour se baigner? En plus, la liberté s’arrête où commence celle de l’autre. On ne se baigne pas, pour des raisons d’hygiène, tout habillé dans une piscine ou au bord de la mer. D’ailleurs, c’est pourquoi les shorts sont interdits en piscine. Ici, nous ne sommes pas dans le cas d’une simple polémique destinée à couvrir les autres questions, mais devant un grave sujet de société. Il est incompréhensible que les plus hautes autorités de l’Etat ne se soient pas saisies du sujet.

MT

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L’édito de M. Julien Aubert, député LR, sur le changement de Premier ministre

Trois semaines. Il aura fallu trois semaines d’attente à Emmanuel Macron pour nommer Elisabeth Borne, dont on nous parlait déjà au lendemain de l’élection présidentielle.

Les électeurs qui n’ont jamais voté autant à droite, n’auront jamais assez critiqué la déconnexion des élus et qui souffrent de la politique écologique menée depuis 5 ans héritent donc … d’un Premier ministre de Gauche, jamais élue et ex-dir cab de Ségolène Royal.

On aura compris que le Président s’est résolu à cette nomination après avoir cherché des profils aussi antagonistes que Valérie Rabault (PS) ou Catherine Vautrin (ex-UMP). On aura compris aussi qu’Emmanuel Macron n’a pas la moindre idée de la ligne politique du futur gouvernement, car ces dames n’ont rien à voir…

Ce qui est inquiétant dans cette affaire, c’est qu’à part le sexe (féminin), le Président n’avait pas beaucoup de critères sur le poste. Des précédentes nominations, tout au plus peut on déduire qu’il vaut mieux avoir un prénom royal et un pedigree à plus de bac + 5. Il a fini par choisir quelqu’un d’assez effacé. Au royaume de Borne, les aveugles sont rois.

Il s’agissait surtout de bloquer la Gauche alors que LR a résisté aux sirènes..

Néanmoins, ne tombez pas dans le panneau. Toute la propagande qui circule à propos de Mélenchon est fausse : c’est l’idiot utile de Macron, l’épouvantail rabatteur de voix. NUPES est ultra-implantée dans 40 circonscriptions et peut espérer atteindre le second tour dans 100 : il n’y a pas de péril rouge et Mélenchon n’y croit pas lui-même puisqu’il ne va pas à l’élection. Le United Colors of Melenchon est tout aussi factice que le United Colors of Macron.

Il n’y a plus qu’à attendre désormais le nouveau gouvernement, casting des Judas d’hier et des Brutus d’aujourd’hui. Alors qu’une crise majeure va s’abattre sur le pays, tout ceci est risible.

Le seul vote utile pour l’alternance est donc LR, à condition que ce parti se reconstruise et se réforme. En 2012, les Français ont voté FN, ils ont eu Hollande.

En 2017, les Français ont voté FN, ils ont eu Macron.

En 2022, les Français ont voté FN ou Reconquete, ils ont eu Macron.

Demain, enfin la clarté !

JA

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Politique spectacle

Nous vivons une période extrêmement dangereuse avec la guerre en Ukraine, le retour de l’inflation et de graves pénuries prévisibles. Mais la France n’a plus vraiment de gouvernement. La situation est si confuse que la démission du dernier gouvernement a été annoncée… par erreur avant d’être démentie. Quelle importance? Le politique ne consiste plus vraiment à gouverner – piloter – mais à pavoiser, fanfaronner, éblouir. Quant au prochain gouvernement, qui sera nommé dans les heures à venir, on ne sait qu’une chose: il sera « dirigé » par une femme. Nul ne s’intéresse à sa mission, ses orientations, le cap qu’il devra suivre. Et pour cause: il n’en aura pas. Il était question parmi les noms qui ont circulé, de Mme Vautrin, droite anti mariage pour tous ou de Mme Touraine, ex-aile gauche du PS. Les deux (et quelques autres) étaient interchangeables… Une seule chose compte: le Premier ministre sera une femme pour la première fois depuis 1991. Son sexe sera donc l’alibi de la nouveauté, l’émotion, la surprise, le choc de communication assuré. Rien de moins élégant pour les femmes qui auraient pu aussi, si elles l’avaient voulu se donner une femme à l’Elysée (donc la première place et non la seconde sous l’autorité d’un homme) puisque plusieurs d’entre elles étaient en lice aux présidentielles… Le coup est destiné à obtenir une majorité absolue à l’AN. La vraie question est le pays va-t-il gober? et combien de temps encore?

MT

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Effondrement des vocations, effondrement intellectuel

« Les résultats d’admissibilité des concours de professeurs sont annoncés jusqu’en juin, selon la discipline. Le nombre d’admissibles est pour l’instant très bas pour cette session 2022 notamment en maths et en allemand. Ils sont ainsi 816 admissibles pour le Capes de mathématiques… sur 1.035 postes à pourvoir. A titre de comparaison, 1.702 candidats ont été admissibles pour 1.167 postes en 2021. Une situation similaire au Capes d’allemand, avec seulement 83 admissibles pour 215 postes ouverts cette année, contre 179 admissibles en 2021. Un vivier qui sera encore réduit à l’admission. Cette situation alerte les enseignants. Au CRPE (concours de recrutement des professeurs des écoles), la dynamique est la même. « Les premiers chiffres font craindre le pire : des académies qui chaque année pourvoient tous les postes offerts pourraient effectivement ne pas faire le plein. La chute importante du nombre de candidats présents fait baisser fortement le taux d’admissibilité. Ainsi, à Montpellier, le nombre d’admissibles par poste offert au concours externe n’est que de 1,53. A Grenoble, il est de 1,22 et pour l’académie de Dijon, ce chiffre tombe à 1,15″, s’inquiète le SNUIPP-FSU dans un communiqué.« 

L’effondrement vertigineux des vocations à l’enseignement est peut-être l’une des pires catastrophes qu’un pays puisse connaître sur le long terme. La courroie de transmission du savoir et de l’intelligence est rompue. Ce n’est pas seulement (pas seulement) une affaire de salaire. Même si les professeurs sont moins bien rémunérés que dans certains autres pays européens, leur rémunération est calquée sur la catégorie A de la fonction publique alors que d’autres métiers de la FP continuent d’attirer massivement les candidats (concours des IRA ou de la police). Ce sont les conditions épouvantables d’exercice de leur métier qui dissuadent les vocations: indiscipline en classe, violence, tyrannie des parents d’élèves, mépris envers le plus beau métier du monde. La politique exécrable de nivellement par le bas dont tous les gouvernements sont coupables, notamment le dernier avec la suppression des séries au lycée et la neutralisation à peu près complète du bac, est au cœur du malaise. Les professeurs ont le sentiment que leur métier consiste moins à transmettre le savoir et l’intelligence qu’à jouer les travailleurs sociaux ou les agents de police. Le pire est la dérive idéologique de l’éducation nationale quand l’école devient un outil de lavage des cerveaux plutôt que de transmission de la connaissance chargé d’inculquer aux écoliers et collégiens le wokisme, la théorie du genre, l’écriture inclusive ou l’indigénisme. S’il est un signe d’effondrement évident de la France – sur le long terme bien entendu – il est bien là, évident, incontestable.

MT

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Les « extrêmes » ont bon dos

Remember. Recuerda. Errinnern. Ricordare. Lembrar. Souviens-toi! Le rythme du matraquage médiatique vise à nous faire oublier au fil des évènements. Mais la mémoire est un outil privilégié de l’esprit critique et de la résistance à l’abêtissement politique. Souvenez-vous. Nous avons eu toute la précampagne, de septembre à janvier, autour du lynchage d’Eric Zemmour. C’était facile: les médias et les experts jacassants ne parlaient que de lui du matin au soir sur toutes les chaînes de radio et de télé. Donc il grimpait mécaniquement dans les sondages. Et l’oligarchie bavarde criait au loup. Que n’a-t-on entendu? Du plus classique (raciste, fasciste) au plus abject: « Juif de service » (Jadot), « archétype de la culture juive » (Mélenchon) mais comme ces attaques immondes venaient de personnalités dites de gauche, elles passaient comme une lettre à la poste… dès lors l’obsession zemmourienne, cette bulle de haine obsessionnellement entretenue, permettait de ne parler de rien d’autre. Puis l’invasion de l’Ukraine a écrasé la suite de la campagne autour de la sublimation médiatique de notre national chef de guerre. Au second tour, le monde politico-médiatique est revenu naturellement au danger « lepeno-fasciste ». Totalement occulté pendant 5 ans, le danger « lepeno-fasciste » a réapparu pour déferler comme un tsunami. Sur toutes les ondes, de 6 heures du matin à minuit: il fallait voter Macron pour faire barrage au « front national » cette réminiscence des heures les plus sombres de l’histoire. Mais aujourd’hui, à la veille des élections législatives, les médias surtout radios-télés reprennent leur matraquage exactement selon la même méthode mais sur un mode inversé : « le nouveau le Pen ». L’épouvantail extrémiste, c’est désormais, non plus l’extrême droite, mais l’extrême gauche, M. Mélenchon et son NUPE qui sommet de l’abomination, osent contester au « petit prince » réélu la majorité à l’Assemblée nationale. Et le matraquage reprend, obsessionnel, pathologique, dément: si vous ne votez pas macroniste, vous aurez – non plus le fascisme cette fois – mais le bolchevisme, l’affreux Mélenchon avec son couteau sanglant entre les dents. Vous savez, c’est toujours la même hypocrisie qui est à l’œuvre: parler d’un personnage jusqu’à la nausée pour le faire grimper dans les sondages avant de crier au loup et d’appeler à voter pour l’autre, l’unique, le petit sauveur providentiel. Honte à ceux des médias qui jouent ce sale jeu totalitaire destiné à étouffer toute forme d’opposition crédible et perspectives d’alternance. Au profit de l’autre extrémisme, l’extrémisme central qui tire les ficelles dans un contexte d’effondrement général qu’il a largement favorisé, et cela pour s’incruster 1000 ans au pouvoir sur un monceau de ruines

MT

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Un climat étrange et explosif

Dernier rebondissement de la comedia del arte (voire mon article précédent pour Figaro Vox): M. Ménard se rallie à son tour au camp macroniste. Or on s’en souvient, le maire de Bézier fut élu avec le soutien du parti lepéniste. Quel est le point commun entre M. Ménard, (ex?) lepéniste conservateur, M. Cohn Bendit, écologiste libertaire, M. Bayrou, chrétien démocrate centriste, M. Raffarin, libéral chiraquien, M. Copé, droite « décomplexée », Mme Touraine, aile gauche du parti socialiste, M. Chevènement, héraut de la gauche étatiste et souverainiste, M. Sarkozy, euro-atlantiste? Tous sont désormais ralliés au macronisme. Il fut y voir l’ère du vide. Les idées ne comptent plus et la politique se limite à l’allégeance à un emblématique gourou. Mais ce n’est pas tout. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve république, ce président qui éblouit la classe politique de l’extrême gauche à l’extrême droite, ne fait pas l’objet d’un état de grâce dans le pays. Il subit bien au contraire un état de disgrâce. Selon les Echos, sa côte de confiance après son élection chute de 4 points pour atteindre 34% de confiance: une situation invraisemblable pour un président tout juste élu. Le pays dit aussi, à travers de nombreux sondage, à plus de 60%, qu’il ne veut pas donner de majorité parlementaire au président Macron. Les politiques sont engagés dans une sorte de course de vitesse pour balayer cette tendance dont il ne veut pas entendre parler. Le président affirme que le peuple à parlé aux présidentielles et « qu’il n’y aura pas de troisième tour ». D’ailleurs, il a déjà choisi son premier ministre nonobstant des résultats considérés comme déjà acquis à la Chambre. Mme le Pen elle-même déclare que la logique des institutions veut que le chef de l’Etat ait une majorité à l’Assemblée. Franchement, dès lors, à quoi sert l’élection législative? A quoi sert-il d’élire des députés au SU puisque tout est joué lors de la présidentielle? La classe politique nage dans le pétainisme le plus obscur et l’esprit de la « Révolution nationale »: le pays s’est donné un « chef » et le parlement est de fait suspendu puisque son élection ne compte pas. L’incompréhension entre les élites politiques et le peuple atteint son paroxysme. Evidemment nul ne le souhaite mais nous roulons à coup sûr vers un indescriptible chaos.

MT

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Droite après la déroute, refuser la compromission (pour FigaroVox)

L’article ci-dessous que m’a demandé le Figaro Vox et publié sous un autre titre résume assez bien ma vision des derniers événements politiques

Au lendemain de l’élection présidentielle et à la veille des législatives, la droite, au sens des Républicains et de leurs alliés, se montre discrète, sinon inexistante. L’actualité politique se polarise sur les débats à gauche autour du ralliement du parti socialiste à une alliance avec les Insoumis, les Verts et les communistes… La droite ne cherche pas, comme en 2017, à se donner l’illusion d’une revanche possible aux législatives. Privée de leader et de projet, elle a comme intériorisée par avance la défaite.

La cause essentielle de ce défaitisme est évidemment l’ampleur de la débâcle subie par Valérie Pécresse à la présidentielle. Comment se relever d’un pareil coup de massue ? L’humiliation d’un score inférieur à 5% a eu pour effet de répandre le doute sur la survie de cette formation.

A cette déroute s’ajoute le ralliement de Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron. L’ancien chef de l’Etat ne s’est pas contenté de soutenir ponctuellement le « front républicain » contre la candidature de Mme le Pen, mais il a appelé son parti à rejoindre la future majorité présidentielle.

Cet appel de l’ancien président de la République repose sur une analyse de la situation largement partagée par les experts. LR devrait trouver sa place dans la recomposition politique en cours : une alliance centrale composée de Renaissance (le parti présidentiel) et de LR, opposée à une gauche radicalisée sous la bannière de Jean-Luc Mélenchon et à la droite lepéniste.

Nicolas Sarkozy invite ainsi son parti à changer radicalement de cap et se ranger dans une majorité macroniste – qu’il a critiquée pendant cinq ans. Cette invitation, qui n’a été que partiellement écoutée, a ainsi fortement contribué au désarroi d’une partie de la droite.

Mais au-delà de ces facteurs ponctuel, la tragédie de LR a des causes profondes ou structurelles. La raison d’être d’une « droite républicaine » est d’offrir au pays une perspective de gouvernement sur la base du bien commun, dans le respect du principe de réalité et des équilibres économiques et financiers.

Or, la vie politique de la France a fait naufrage dans le grand spectacle en rupture avec les défis de la réalité. Elle est désormais dominée par une fuite sans précédent dans la commedia dell’arte.

La gauche se reconstruit, non pas sur un projet cohérent et viable, mais sur le ralliement à un personnage charismatique, un homme de spectacle au talent indéniable qui ne lésine pas sur la provocation –  Jean-Luc Mélenchon.

Le camp conservateur a montré sa préférence envers une candidate, Mme le Pen, qui incarne une autre forme de radicalité sans le moindre embarras pour la faisabilité de ses idées, par exemple « l’interdiction totale du voile dans l’espace public » (et dès lors de tout signe religieux), évidemment inconcevable du point de vue pratique comme juridique.

Mais paradoxalement, le macronisme au pouvoir relève de cette même logique inhérente au « nouveau monde » politique. Elle consiste à sublimer un visage médiatique par une débauche de communication, comme paravent à l’accumulation des difficultés : chute du niveau scolaire, explosion de la dette publique et des déficits, déclin des libertés, désindustrialisation s’exprimant dans le déficit commercial record, poussée de la violence et de l’insécurité, perte de la maîtrise des frontières et chômage de masse et désormais inflation…

Quelle peut être la place d’une formation politique dite « de gouvernement », c’est-à-dire attachée au principe de réalité ou de vérité, dans un contexte où la politique fait naufrage dans l’exubérance narcissique, la démagogie éhontée et la manipulation massive des émotions collectives, notamment la peur – comme nous l’avons vu sous l’épidémie de covid 19 ? Telle est la grande question…  

La droite est victime de valeurs du gaullisme devenues folles : « l’incarnation » à laquelle elle est traditionnellement attachée (c’est-à-dire l’identification d’un projet collectif à un leader) a sombré dans l’idolâtrie ou le culte nihiliste de la personnalité (sous toutes ses formes).  Et c’est cela qui marche aujourd’hui, dans le contexte d’une société malléable, influençable, privée – en raison du déclin scolaire – de références historiques et des repères de l’intelligence politique. Or, au jeu d’une surenchère dans l’esbroufe, la droite est perdante.

Pourtant, la droite qui dit « non » à la recomposition politique – et au ralliement à la présidence Macron – fait le choix du refus de la fatalité. Son raisonnement consiste à ne pas accepter la logique d’un gouvernement de « troisième force » (sur le modèle de la IVe République de 1947 à 1951). Abandonner le monopole de l’opposition à la gauche radicalisée et la droite lepéniste reviendrait à interdire toute possibilité d’alternance raisonnable et dès lors à porter à son paroxysme la fracture démocratique entre le peuple et une classe dirigeante rendue inamovible et irresponsable pour des décennies.

Certes, les futurs députés réfractaires de droite courent le risque de se retrouver ultra-minoritaires à l’Assemblée nationale dans l’immédiat. Mais à long terme et dans un contexte politique, économique et social qui s’annonce comme chaotique, leur choix de ne pas céder aux sirènes du ralliement peut se retourner en leur faveur. L’expérience de l’histoire montre que souvent, dans les profondeurs de la débâcle et du chaos, le pays se tourne à la fin  vers ceux qui, mêmes ultra-minoritaires, sont restés fidèles à leur conviction.

MT

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Burqa obligatoire à Kaboul, le grand silence des bonnes consciences

Le gouvernement des talibans ordonne l’obligation pour les femmes de porter la burqa. Cette mesure est d’une barbarie et d’une sauvagerie inouïe. C’est une manière d’engrillager les femmes partout où elles se déplacent. Leur prison de tissu ne les quitte jamais où qu’elles aillent. Les priver de visage revient à les déshumaniser, les anéantir. Une femme qui marche dans la rue n’est plus une personne mais une silhouette sans visage, privée de son identité, de sa personnalité. Le ministre des Affaires étrangère s’est trompé au moment de la chute de Kaboul en prétendant que les talibans pouvaient avoir changé. Gouverner, c’est prévoir dit-on. Mais surtout, ce qui impressionne, c’est une fois de plus le silence des défenseurs des droits de l’homme et des féministes. Où sont passés les communiqués indignés de gouvernements occidentaux? Et que dire de la torpeur des pourfendeurs de l’esclavagisme? Dès lors que des islamistes sont en cause, des ennemis de l’occident, les bonnes consciences se taisent en vertu de la haine de soi. Misogynie, sexisme, les mots ne suffisent pas. On est là face à un acte de sauvagerie inouïe visant les femmes Mais cela ne semble pas émouvoir grand monde… Cette indifférence, qui confine à la complicité: encore un signe de la soumission occidentale.

MT

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Racisme anti russe

« Ils s’appellent Anna, Arsène, Maria ou Victoria. Ils sont ressortissants russes, clients de la Société Générale et de BNP Paribas, deux des « Trois vieilles », les piliers de l’industrie bancaire française. Ils ne sont ni oligarques, ni proches du pouvoir russe et ils ont choisi la France, parfois depuis de nombreuses années, pour y travailler ou y étudier. La guerre en Ukraine est ensuite passée par là : il y a deux semaines, vers la fin du mois de mars, leur quotidien est devenu particulièrement compliqué. »

L’un des pires symptômes de la crétinisation ambiante est le déchaînement de haine qui s’accentue envers les Russes. Il faut beaucoup de bêtise pour confondre la politique de Poutine et la vie quotidienne des ressortissants russes qui n’y sont évidemment pour rien quand ils n’en souffrent pas dans leur chair. Qui est assez imbécile pour imaginer que le bannissement des joueurs de tennis ou autres sportifs russes, des chef d’œuvre de la littérature russe en bibliothèques ou de la vodka dans les grandes surface ou que la persécution des personnes de nationalité russe, en leur confisquant leurs biens, en leur interdisant de voyager ou d’accéder à leur compte en banque sera de nature à faire plier le régime de Moscou? Par crétinisation et déclin de l’intelligence, on confond résister et humilier. Syndrome du roquet: pour compenser l’impuissance face à des évènements, on joue les héros en persécutant des personnes qui n’ont pas la moindre part de responsabilité dans ces événements. Il est scandaleux d’oublier que 17 millions de Russes ont sacrifié leur vie entre 1941 et 1945 pour abattre la barbarie nazie. C’est environ quarante fois le nombre d’Américains ou de Britanniques ou de Français morts pendant le deuxième guerre mondiale… C’est à eux principalement – au sacrifice de ces 17 millions de Russes – que les Français doivent de ne pas vivre sous la botte hitlérienne. On voudrait le nier aujourd’hui mais c’est pourtant la vérité. Ces 17 millions étaient les arrière-grands parents de ceux que les occidentaux se plaisent à humilier en ce moment. La Russie éternelle, celle de Crime et Châtiment ou de Guerre et Paix est aussi proche de nous par l’histoire et la civilisation que l’Allemagne ou le RU. Relire ou lire d’urgence ces deux romans pour sentir à quel point la France et la Russie sont fondamentalement des nations sœurs, dans l’espoir qu’elles se retrouvent le plus vite possible, et surtout, surtout, résister par tous les moyens à la bêtise.

MT

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Qu’est-ce qui cloche dans ce pays?

Le tweet d’un simple particulier à plus de 300 000 lecteurs soit environ un Français sur 200, ne saurait être complètement anodin. Il se contente d’ailleurs de poser une question: la question de la démocratie française. Pourquoi le résultat des urnes n’a-t-il à peu près aucun rapport avec les aspirations profondes du pays. Bien entendu, on peut railler les sondages: les sublimer quand ils prédisent et façonnent l’élection de votre idole, et les dénigrer quand ils soulèvent une question de fond. C’est une manière comme une autre de nier la réalité d’un profond malaise démocratique, en proposant de casser le thermomètre. « 80% des Français ne voulaient pas le duel le pen/macron et ils l’ont eu; 70% des Français ne voulaient pas la réélection de macron et ils l’ont eue; 65% des Français ne veulent pas d’une majorité LREM et ils vont sans doute l’avoir. Qu’est-ce qui cloche dans ce pays? » La question n’est pas de discuter la légitimité de scrutins qui sont à la fois parfaitement légaux et légitimes dans la mesure où ils sont conformes à la règle du jeu. La question est de s’interroger sur la pertinence de cette règle du jeu Elle consiste à essayer d’ouvrir les yeux – ou cesser d’être des dupes – pour constater que le régime politique français, entièrement fondé sur la manipulation des émotions (d’amour et de haine) et la fuite devant la réalité, repose désormais sur une forme de despotisme ou tyrannie de la bêtise et s’éloigne de la démocratie à vue d’oeil – le pouvoir du peuple ou de la nation. Le succès de ce simple tweet souligne à quel point le pays a besoin d’ouvrir un débat sur ces questions.

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Discours de Maastricht, trente ans après : la prophétie de Philippe Seguin (pour Figaro Vox)

Le discours de Philippe Séguin sur le traité de Maastricht (5 mai 1992), célèbre aujourd’hui ses 30 ans. Or, il est sidérant de constater à quel point l’actualité donne raison à un homme qui fut de toute évidence le dernier grand visionnaire de la politique française. Sa démarche fut souvent ringardisée, considérée comme l’avatar d’un souverainisme aigri et dépassé. Les commentateurs sont ainsi pour la plupart passés à côté de ce grand discours prophétique:

« Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d’experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences […] Craignons alors que, pour finir, les sentiments nationaux, à force d’être étouffés, ne s’exacerbent jusqu’à se muer en nationalismes et ne conduisent l’Europe, une fois encore, au bord de graves difficultés, car rien n’est plus dangereux qu’une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s’exprime sa liberté, c’est-à-dire son droit imprescrip­tible à choisir son destin…Mais qu’on y prenne garde : c’est lorsque le sentiment national est bafoué que la voie s’ouvre aux dérives nationalistes et à tous les extrémismes! »

Que voulait-il dire ? Le traité de Maastricht était entièrement fondé sur une logique de transfert massif des compétences politiques nationales à l’Union européenne : la monnaie, la sécurité l’immigration, les politiques sociales et économiques, environnementale, etc. Il consistait ainsi dans une dépossession progressive des autorités politiques nationales au profit des instances supranationales que sont la Commission, le Parlement européen, et surtout la Cour de Justice de l’Union européenne, juridiction suprême à laquelle revient la prérogative de délimiter le partage entre le champ de compétence national et européen et qui arbitre généralement en faveur du second.

La préoccupation de Philippe Séguin portait avant tout sur le danger démocratique de ce processus. La démocratie se définit comme le pouvoir du peuple. Or, s’il existe une civilisation européenne riche de sa diversité, il est impossible de parler aujourd’hui d’un « peuple européen » ou d’une « nation européenne ». Dès lors, le transfert à l’Union européenne de compétences qui incombaient jusqu’alors aux parlements nationaux élus au suffrage universel ne peut qu’aboutir à l’émergence d’un monstre bureaucratique privant les peuples européens de leur souveraineté. Et ce sentiment de dépossession, favorisant les frustrations nationales, ne pouvait dès lors déboucher que sur une flambée des extrémismes, c’est-à-dire l’exacerbation des passions comme résultat de l’impuissance.

Or, cet extrémisme à visages multiples, annoncé par Philippe Séguin comme l’une des conséquences inévitables de l’affaiblissement des démocraties nationales, s’impose aujourd’hui comme le maître de la politique française. L’extrémisme peut se définir comme la démagogie exacerbée, le déni de la réalité et la fuite dans les chimères ou la manipulation des émotions. Ce n’est donc pas un hasard si les partis de gouvernement de ces dernières décennies, notamment LR et le parti socialiste, sont en train de faire naufrage. Eux qui se sont partagés le pouvoir depuis trente ans ont échoué à répondre aux attentes des Français et n’ont cessé de décevoir. Mais que pouvaient-ils faire – par exemple dans la lutte contre le chômage ou la maîtrise des frontières – en l’absence des leviers de décision, progressivement annihilés par les conséquences du traité de Maastricht?

Aujourd’hui l’extrémisme triomphe, sous toutes ses formes. Il est à gauche, marqué par le ralliement de l’ensemble des forces dites de « progrès » au courant de la France Insoumise. La gauche dite de gouvernement, qui prônait un compromis entre le « changement » et la réalité (économique, financière), incarnée par des personnalités comme Michel Rocard est en miettes. La politique de la « table rase » à laquelle en ce moment se convertissent les partis de gauche, est fondée sur un discours radical : un multiculturalisme forcené, un wokisme et écologisme à outrance.  Mais cette chute de la gauche dans l’extrémisme a son pendant sur l’autre rive avec le triomphe du lepénisme, devenu de loin la première force « de droite ». Or, qu’est-ce que le lepénisme sinon un naufrage accéléré dans les slogans mensongers et démagogiques à l’image du retour de la retraite à 60 ans ou de l’emblématique « interdiction du voile dans l’espace public » évidemment inconcevable en pratique.

Mais sous une autre forme l’extrémisme se retrouve dans la pratique du pouvoir. N’est-ce pas l’actuel chef de l’Etat réélu qui a qualifié son projet « d’extrême centre ». Et si l’extrême centre relevait de la même essence que l’extrême gauche ou l’extrême droite ? La France connaît un vertigineux déclin sur tous les plans, qui ne date évidemment pas du seul précédent quinquennat : effondrement du niveau scolaire, déficit commercial record, explosion des déficits et de la dette publique, hausse dramatique de la pauvreté, catastrophe sanitaire, saccage des libertés, montée continue de la violence et la délinquance, perte de la maîtrise des frontières et corruption… Le naufrage de la politique dans  l’exubérance narcissique, le coup de communication et les provocations de toutes sortes – faute de pouvoir traiter les problèmes de fond – est aussi une forme d’extrémisme qui nourrit les deux autres… Aujourd’hui, la France, privée des leviers démocratiques de l’action politique et réduite à l’impuissance, désespère de n’avoir pas écouté Philippe Séguin quand il en était encore temps.

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Trente ans déjà, 5 mai 1992, le discours prophétique de Philippe Séguin sur le traité de Maastricht (extraits)

« Mais qu’on y prenne garde : c’est lorsque le sentiment national est bafoué que la voie s’ouvre aux dérives nationalistes et à tous les extrémismes. »

Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d’experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise lei conséquences. Que l’on m’entende bien : je ne viens ici donner de leçon à personne ; mais que l’on veuille bien, en retour, respecter ma propre démarche ! Je me serais d’ailleurs bien passé d’être là. Il eût mieux valu, à l’évidence, que des voix plus fortes que la mienne engagent le combat.

Elles ne l’ont pas souhaité, je me garderai de les juger. Je me contente de faire et d’assumer un autre choix. Ce n’est pas si facile.

A la décharge des absents, je reconnais bien volontiers que le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terro­risme intellectuel qui règne aujourd’hui, disqualifie par avance quiconque n’adhère pas à la nouvelle croyance, et l’expose littéralement à l’invec­tive. Qui veut se démarquer du culte fédéral est aussitôt tenu par les faiseurs d’opinion (…) au mieux pour un contempteur de la modernité, un nostalgique ou un primaire, au pire pour un nationaliste for­cené tout prêt à renvoyer l’Europe aux vieux démons qui ont si souvent fait son malheur.

Mais il est des moments où ce qui est en cause est tellement important que tout doit s’effacer. Et je ne parle pas ici au nom d’une France contre l’autre, car dès lors qu’il s’agit de la France, de la République et de la démocratie, il ne peut plus être question de la droite et de la gauche, l’enjeu, au. delà des partis, des clivages les plus naturels, des oppositions les plus légitimes, des querelles les plus anciennes, n’est rien de moins que notre communauté de destin. Et cette communauté de destin est gravement mise en péril par les accords, alors que ceux-ci ne sont ni la condition de la prospérité, ni la condition de la paix, Dans le monde tel qu’il est, l’idéal comme le réalisme commandaient de faire prévaloir une tout autre conception de l’Europe, voilà ce que je voudrais maintenant développer devant vous.

Monsieur le président, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, que l’on ne s’y trompe pas la logique du processus de l’engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d’un fédéralisme au rabais fonda­mentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique, L’Europe qu’on nous propose n’est ni libre, ni juste, ni efficace. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement l’anti 1789. Beau cadeau d’anniversaire que lui font, pour ses 200 ans, les pharisiens de cette Répu­blique qu’ils encensent dans leurs dis­cours et risquent de ruiner par leurs actes!

Je sais bien que l’on veut à tout prix minimiser les enjeux et nous faire croire que nous ne cédons rien d’essentiel en ce qui concerne notre indépendance! Il est de bon ton, aujour­d’hui, de disserter à l’infini sur la signification même du concept de souveraineté, de le décomposer en menus mor­ceaux, d’affirmer qu’il admet de multiples exceptions, que la souveraineté monétaire, ce n’est pas du tout la même chose que l’identité collective, laquelle ne courrait aucun risque. Ou encore que l’impôt, la défense, les affaires étrangères, au fond, ne jouent qu’un rôle relatif dans l’exercice de la souve­raineté,

Toutes ces arguties n’ont en réalité qu’un but : vider de sa signification ce mot gênant pour qu’il n’en soit plus question dans le débat.

La méthode est habile. En présentant chaque abandon par­cellaire comme n’étant pas en soi décisif, on peut se per­mettre d’abandonner un à un les attributs de la souveraineté sans jamais convenir qu’on vise à la détruire dans son ensemble.

Le procédé n’est pas nouveau. Il y a 2500 ans déjà, de demi-longueur en demi-longueur, Achille se rapprochait en courant de la tortue de Zénon sans jamais la rattraper.., Seu­lement, ce n’est là que paradoxe. Dans la réalité, Achille gagne bel et bien la course ; de même, à force de renonce­ments, aussi ténu que soit chacun d’eux, on va bel et bien finir par vider la souveraineté de son contenu. Car il s’agit là d’une notion globale, indivisible comme un nombre premier. On est souverain ou on ne l’est pas ! Mais on ne l’est jamais à demi. Par essence, la souveraineté est un absolu qui exclut toute idée de subordination et de compromission. Un peuple souverain n’a de comptes à rendre à personne et n’a, vis-à-vis des autres, que les devoirs et les obligations qu’il choisit librement de s’Imposer à lui-même.

Souvenez-vous du cri de Chateaubriand à la tribune de la Chambre, en 1816 : «  Si l’Europe civilisée voulait m’imposer la charte, j’irais vivre à Constantinople. »

La souveraineté, cela ne se divise pas ni ne se partage et, bien sûr, cela ne se limite pas.

Rappelons-nous d’ailleurs, pour avoir un exemple plus récent de ce que vous appelez de vos vœux, ce que put signi­fier pendant « le printemps de Prague» la doctrine de la souveraineté limitée, tant il est vrai que la « souveraineté divisée », « la souveraineté partagée», « la souveraineté limitée» sont autant d’expressions pour signifier qu’il n’y a plus du tout de souveraineté ! Et, de fait, quand on accepte de prendre des décisions à la majorité sur des questions cruciales, et dès lors que ces décisions s’imposent à tous sans pouvoir jamais être remises en cause ultérieurement à l’échelon national, on passe clairement de la concertation à l’intégration, Aussi, quand on nous dit que les accords de Maastricht organisent une union d’Etats fondée sur la coopération intergouverne­mentale, on travestit délibérément la réalité, Tout au contraire, ces accords visent à rendre inapplicable le droit de veto et à créer des mécanismes qui échappent totalement aux Etats,

Cela est vrai pour la politique monétaire et pour la poli­tique sociale. Mais cela le sera aussi pour la politique étran­gère et la politique de défense, D’ailleurs, vous nous l’avez rappelé, monsieur le ministre, les pays membres prennent eux-mêmes l’engagement de ne défendre que des positions communes au sein des organisations internationales, et cet engagement vaut aussi pour la France et le Royaume-Uni en leur qualité de membres permanents du Conseil de sécurité de l’O.N.U. : cette situation, contraire aux dispositions de la charte, plusieurs de nos partenaires l’interprètent déjà, nous le savons, comme une transition vers le transfert de ces deux sièges à la Communauté.

Tout ce dispositif est donc fort peu respectueux de la sou­veraineté des Etats membres tant en ce qui concerne la nature des règles de décisions que le caractère irréversible des transferts de pouvoirs envisagés.

Certains s’en accommodent. Quant à moi, Ce n’est pas l’avenir que je souhaite à mon pays. D’ailleurs, les tenants de la marche vers le fédéralisme ne cachent pas leur dessein. Ils veulent bel et bien, et ils le disent, que les progrès du fédéralisme soient sans retour en droit et, surtout, en pratique, et force est de constater que nous voilà d’ores et déjà pris dans un redoutable engrenage. Depuis que la règle de la majorité s’applique de plus en plus largement dans les prises de décision du Conseil européen et que les jurispru­dences convergentes de la Cour de cassation et du Conseil d’Etat admettent que les traités et le droit communautaire qui en est dérivé bénéficient d’une primauté absolue sur nos lois nationales, le Gouvernement, dès lors qu’il est en minorité au Conseil, non plus que le Parlement français, n’a plus son mot à dire pour infléchir les règles communautaires jugées inac­ceptables pour la France.

Où allons-nous si le juge, tout en déclarant qu’il ne veut pas censurer la loi, s’arroge le droit de la rendre inopposable ou inapplicable? La République, ce n’est pas une justice aux ordres : mais ce n’est pas non plus le gouvernement des juges, a fortiori quand il s’agit de juges européens qui font parler l’esprit des traités !

Craignons alors que, pour finir, les sentiments nationaux, à force d’être étouffés, ne s’exacerbent jusqu’à se muer en nationalismes et ne conduisent l’Europe, une fois encore, au bord de graves difficultés, car rien n’est plus dangereux qu’une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s’exprime sa liberté, c’est-à-dire son droit imprescrip­tible à choisir son destin

Mais qu’on y prenne garde : c’est lorsque le sentiment national est bafoué que la voie s’ouvre aux dérives nationalistes et à tous les extrémismes!

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Nouvelles de la caste

Le « nouveau monde » se porte bien. Mme le Pen a parlé d’une « grande victoire » après sa troisième débâcle électorale aux présidentielles et la huitième de la dynastie le Pen. Un macronnard de première me disait avant-hier : « Tant mieux, tant mieux, heureusement qu’elle est là ! Qu’elle continue! » M.Valls après avoir raté sa reconversion espagnole à la mairie de Barcelone, revient en France la tête haute comme futur député LREM au titre des Français à l’étranger. Prestigieux retour… Mme Dubost, personnalité clé de la macronie, quitte la politique après un scandale autour d’une question de lingerie en accusant son entourage de l’avoir mal renseignée. Tout cela n’est pas fameux pour l’image de la politique !  Le président Macron, paraît-il, négocie avec l’ex-président Sarkozy en coulisses, on ne sait trop quoi, mystère, et en parallèle, propose Matignon à des femmes politiques (de tout bord, quelle importance ?) qui refusent les unes après les autres. Ce n’est pas forcément très bon signe non plus… L’un de ses plus proches amis politiques à l’Elysée, transfuge de la droite, M. Solère, jadis chantre de l’exemplarité, accumule les mises en examen pour différentes affaires sans que cela ne paraisse intéresser ni troubler personne le moins du monde. On est bien loin du lynchage médiatique de M. Fillon en 2017. Deux poids, deux mesures.  Enfin, le renouvellement ? M. Caron, adulé sur tous les plateaux de télévisions fait une entrée tonitruante en politique comme candidat de gauche aux législatives, proposant d’instituer un « permis de voter » qui exclurait du droit de vote une partie de la population insuffisamment éclairée, c’est-à-dire, on le suppose, ne pensant pas comme lui.  No comment… Côté LR, la vague des ralliements opportunistes à LREM poursuit ses ravages. Mais nous avons déjà suffisamment parlé de ces minables. A gauche, le grand rassemblement de LFI, des communistes, des verts peut être des socialistes s’accélère, non pas autour d’un projet républicain, mais autour du chantre du communautarisme. Et « en même temps », parallèlement à cet immonde pataquès, une information tombe dans l’indifférence générale : la mortalité infantile est en augmentation en France. Emmanuel Todd l’avait très bien remarqué dans un ouvrage prophétique paru en 1976, la chute finale à propos de l’URSS. La hausse de la mortalité infantile, exceptionnelle dans les sociétés industrialisées, est le signe le plus patent du déclin (politique, économique, social, sanitaire) et l’annonce d’un effondrement inéluctable. Mais voilà qui n’intéresse évidemment personne, et surtout pas la caste, trop affairée à sombrer dans le ridicule.

MT

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Le Mali dénonce les accords de défense. Et après?

La junte au pouvoir au Mali a annoncé lundi soir rompre les accords fixant le cadre juridique de la présence au Mali des forces française Barkhane et européenne Takuba, ainsi que le traité de coopération en matière de défense, conclu en 2014 entre le Mali et la France. La décision de la junte malienne de dénoncer les accords de défense avec Paris est «injustifiée», a protesté mardi le ministère français des Affaires étrangères, précisant que la France poursuivrait son retrait militaire «en bon ordre» comme prévu dans les prochains mois. «Informée, le 2 mai, de la décision unilatérale des autorités de transition maliennes de dénoncer» ces accords, la France «considère cette décision injustifiée et conteste formellement toute violation du cadre juridique bilatéral qui serait imputable à la force Barkhane», souligne la porte-parole du Quai d’Orsay dans une déclaration écrite.

La France a envoyé au Mali des soldats français pour défendre ce pays contre les djihadistes. Une cinquantaine de militaires français ont perdu la vie dans l’opération Barkhane. Désormais le gouvernement malien dénonce les accords de défense et demande donc un départ accéléré de l’Armée française. Il est quand même phénoménal de voir ainsi traitée la France qui a perdu une cinquantaine de soldats pour protéger ce pays des djihadistes. Et les familles des morts pour rien, pour que tout s’achève dans l’humiliation, que deviennent-elles? A quoi cela a-t-il servi, in fine? On aimerait comprendre, avoir des explications. Tout cela parce qu’un autocrate élyséen a décidé un jour d’envoyer des forces là-bas, évidemment sans débat ni discussion. Il faudrait que les responsables de ce genre de sinistre comédie au goût sanglant, qui se termine aussi mal, par un aussi retentissant fiasco et une humiliation (« maintenant, vous dégagez ») aient des comptes à rendre.

MT

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Le mythe d’une recomposition politique

Parler de trahison ou de félonie à propos des derniers transfuges LR vers Macron est incompréhensible aux oreilles de nombreux responsables politiques. Beaucoup d’entre eux ne savent pas ce que veulent dire les mots trahison ou félonie. Ils ont au moins entendu parler du Prince de Machiavel et en ont tiré la conviction que la politique n’avait aucun rapport avec la morale. Et beaucoup d’entre eux (pas tous!) ont fait carrière selon un cheminement identique: se placer dans la roue d’un mentor politique avant de le poignarder dans le dos pour prendre sa place. La félonie ou la trahison font partie d’un mode de fonctionnement normal et banalisé.

Les personnalités LR qui rejoignent le camp de M. Macron se moquent éperdument du bilan épouvantable de son premier quinquennat et de l’absence de projet qui caractérise le début du second. Ils sont dans le calcul. Ils estiment que la politique française est en pleine recomposition. La gauche est en train de réaliser son accord historique, autour de Mélenchon, pour les législatives. La droite dite « nationaliste » n’a jamais été aussi puissante. Il importe donc à leurs yeux de se coaliser dans une force centrale, de centre-gauche et centre-droit autour du président de la République, opposée aux deux « extrêmes », à droite et à gauche, et assez puissante pour leur résister.

Or, cette vision est fausse. Plus qu’amorale, elle est idiote. Avant de faire d’eux des traitres ou des félons – dès lors que ces notions n’ont pas grand sens en politique – elle en fait des imbéciles qui jouent à se croire indispensables… La France est traversée de tensions dramatiques. Sa situation financière (héritée des derniers quinquennats) est désastreuse. Sa société est fragmentée, au bord de la guerre civile. La violence est répandue, banalisée – comme la corruption. La pauvreté et les inégalités n’ont jamais été aussi considérables. Son niveau scolaire et sanitaire connaît un vertigineux effondrement. Sa démocratie est à l’agonie et plus personne n’y croit. La France est un baril de poudre qui va inévitablement exploser à la moindre étincelle. L’occupant actuel de l’Elysée sera logiquement et justement tenu pour responsable des événements dramatiques qui ne peuvent manquer de se produire tôt ou tard. Il sera emporté dans la tourmente avec ceux qui l’auront rallié.

La France aura alors besoin d’une opposition crédible et responsable, autre que les extrémistes, islamo-gauchistes ou « nationalistes » pour prendre la relève. Peu importe qu’elle soit infiniment minoritaire aujourd’hui. Le pays se tournera alors naturellement vers ceux qui seront restés fidèles à leur engagement et leurs convictions, qui n’auront rien lâché ni rien cédé et qui auront résisté jusqu’au bout, résisté aux sirènes du cynisme et à la bêtise.

MT

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Quel Premier ministre? (pour Figaro Vox)

Emmanuel Macron a indiqué, ce mercredi 27 avril, qu’il allait nommer un Premier ministre “attaché à la question sociale, environnementale et productive”, lors d’une visite à Cergy, dans le Val-d’Oise. Que vous inspire ces propos ?

Ma première réaction est de trouver cette déclaration plutôt vague. Quel homme politique n’est pas attaché à la question sociale, environnementale et productive ? Ensuite, elle ne peut concerner qu’un Premier ministre et un gouvernement à titre temporaire. En effet, le choix du Premier ministre doit forcément tenir compte de la composition de l’Assemblée nationale. Or, celle-ci est aujourd’hui aléatoire. Certains experts considèrent que dans la logique pure de la Vème République issue du quinquennat, les élections législatives, comme en 2002, en 2007, en 2012 et en 2017, devraient forcément déboucher sur une majorité présidentielle de soutien au chef de l’Etat. Possible. Mais nous savons que la situation actuelle est très particulière. Le chef de l’Etat a été réélu par défaut face à une candidate repoussoir dont la présence au second tour devait quoi qu’il arrive assurer sa réélection. Au paroxysme de la décomposition politique et de l’effondrement des repères traditionnels de la politique française, une forte majorité de Français estime que la réélection du président Macron est une mauvaise chose. Une très forte majorité des deux tiers ne veut pas qu’il dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée. Dès lors, nous sommes aujourd’hui dans le brouillard. La logique autocratique du quinquennat va-t-elle prévaloir ou bien allons-nous vers la situation inédite d’une Assemblée plus diversifiée qui fonctionnera sur des majorités d’idées loin d’une logique de soumission inconditionnelle ?  Nul ne peut le dire aujourd’hui, mais le choix du Premier ministre après juin en dépendra.

 Emmanuel Macron ne semble pas faire des questions sécuritaires et identitaires une priorité de son prochain quinquennat. N’y a-t-il pas un décalage avec le verdict des urnes ?

A ce stade le président est dans une situation où il privilégie la tactique politique justement en vue d’obtenir une majorité absolue aux législatives – ce dont il est loin d’être assuré. Un échec sur ce point serait un désaveu terrible du pays qui aurait pour effet d’annihiler en partie l’effet de sa réélection. Il va donc tout faire pour éviter une situation qui serait vécue comme une grave humiliation et aurait pour effet de l’affaiblir fortement en transformant son étrange victoire des présidentielles en étrange défaite aux législatives… Or, on sent bien que ses craintes en ce moment viennent davantage de la gauche mélenchonniste que de la droite. Il estime que le compte de la droite LR est largement réglé avec l’effondrement de Valérie Pécresse à la présidentielle et les multiples trahisons ou ralliements de la droite en sa faveur qui ont eu pour effet, à ses yeux, d’achever la désintégration de LR qu’il pense avoir cassé. Il ne craint pas non plus la droite lepéniste dont il sait que l’effet repoussoir rend peu probable une poussée en nombre de sièges aux législatives. Dès lors, il se retourne délibérément vers la gauche en laquelle il voit la vraie menace susceptible de le priver d’une majorité absolue. C’est pourquoi il insiste sur des thèmes plutôt connotés de gauche dans le choix de son futur Premier ministre (social et écologie) et fait silence sur les thématiques de droite (sécurité, identité). On peut imaginer que le choix du Premier ministre, acte suprême de communication, se portera dans ce contexte vers une personnalité à image plutôt progressiste.

Pendant l’entre-deux-tours, le président candidat n’a cessé de s’adresser aux électeurs soucieux du changement climatique. Quid des autres ?

En effet, je pense que le chef de l’Etat a constaté comme tout le monde que la grande masse de son électorat est désormais formée des milieux retraités, plus de 65 ans, conservateurs et privilégiés. Cette évolution de son image est liée à l’histoire de son quinquennat. La réélection du Président Macron ne semble pas être liée à une image favorable de son bilan économique, social, sécuritaire, sanitaire ou écologique, mais (outre l’absence de concurrent sérieux) à un réflexe légitimiste de milieux qui votent plutôt à droite en général et qui ont vu en lui une sorte de « sauveur national » dans la lutte menée contre les gilets jaunes, les non vaccinés et autres parias de la société… Mais il est vraisemblable que le président Macron ne peut pas se satisfaire de cette image – d’ailleurs totalement artificielle ou surfaite – de protecteur de la bourgeoisie âgée et privilégiée. C’est pourquoi il a complétement réorienté son discours sur le « climat » qui est de loin la première préoccupation des jeunes. Reste à savoir quel sera le résultat de cette volte-face… L’opération peut réussir mais elle peut aussi avoir pour effet d’indisposer les milieux conservateurs qui ont voté pour lui sans pour autant lui regagner la confiance de la clientèle de gauche qu’il cherche à séduire.

Les récentes déclarations d’Emmanuel Macron posent, aussi, la question du rôle du premier ministre

Encore une fois, on est dans l’incertitude. Les élections présidentielles se sont déroulées d’une manière que de nombreux Français ont ressentie comme peu démocratique : cinq années de conditionnement intense des esprits au duel le Pen Macron et à la réélection inéluctable de ce dernier, occultation complète des débats sur le bilan du quinquennat, absence de toute réflexion sur l’avenir de la France, avalanche de trahisons et naufrage de cette élection dans une logique purement plébiscitaire… Le taux d’abstentionnisme et de vote blanc a atteint un niveau record de près d’un tiers. Le déroulement assez indigne de cette élection souligne les limites de la présidentialisation outrancière du régime. Dans l’hypothèse de l’élection d’une Assemblée suffisamment hétérogène pour conserver son libre arbitre, il est possible que la fonction de Premier ministre redevienne centrale dans les institutions. L’élection d’une Assemblée nationale qui serait autre chose qu’une assemblée godillot asservie à l’Elysée, déboucherait forcément sur la nomination d’un Premier ministre de caractère qui serait amené à gouverner la France de manière plus autonome par rapport au chef de l’Etat, c’est-à-dire en parfaite conformité avec la lettre de la Constitution (articles 20 et 21) et la tradition républicaine antérieure aux années 2000 et au quinquennat.

MT

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Cohabitation ou pas? l’erreur d’analyse car c’est tout autre chose que demandent les Français

Selon le sondage BVA pour RTL et Orange, 64% des Français interrogés ne souhaitent pas qu’Emmanuel Macron obtienne une majorité à l’Assemblée. Ce qui signifie donc qu’ils sont favorables à une cohabitation. 

Non! Cette vision est largement faussée. L’idée de cohabitation renvoie aux années 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002, à l’image d’une opposition entre le président de la République et l’Assemblée nationale. Elle a été vécue comme une anomalie au regard du fonctionnement normal des institutions c’est-à-dire la toute puissance d’un président élu au suffrage universel et dirigeant le pays de manière autocratique grâce à une Assemblée nationale soumise ou asservie à son autorité. Ce cas de figure était permis par le septennat et la non coïncidence systématique entre le mandat présidentiel de 7 ans et celui des députés, de 5 ans. La cohabitation était donc vécue comme une situation exceptionnelle à laquelle devait remédier le quinquennat, c’est-à-dire la coïncidence des mandats présidentiel et parlementaires à partir de 2002. La cohabitation a laissé de fâcheux souvenirs de conflits au sommet de l’Etat.

Or, c’est tout autre chose que veulent aujourd’hui les Français. Leur volonté ainsi exprimée procède d’un violent abaissement structurel de la fonction présidentielle. Ils ont probablement conscience des conditions particulièrement délétères du déroulement du dernier scrutin présidentiel: intensité de 5 années de matraquage médiatique et sondagier destiné à permettre un statu quo, climat de peur (covid, Ukraine, « extrémismes »), favorable au réflexe légitimiste, occultation de tout débat de fond sur le bilan et sur le projet, faiblesse de l’offre alternative…

Ce n’est pas une cohabitation (provisoire et conflictuelle) que veulent aujourd’hui les Français, mais bien plus, bien davantage: un retour durable à un fonctionnement plus démocratique des institutions. Ils entendent sortir d’une logique d’autocratie et de fait du prince, qui ne date pas de l’actuel occupant de l’Elysée mais ne cesse de s’accentuer au fil des décennies au point de devenir paroxystique. Le mythe du chef ou du guide national relève largement de la manipulation de masse: le culte de la personnalité sert à couvrir l’impuissance et le déclin d’une société dans tous les domaines. Dans cette logique, la mégalomanie est la contrepartie de la faiblesse et de l’échec.

Les Français dans leur ensemble ne croient pas aux solutions miracles mais ils veulent réinstiller dans le pilotage du pays une dose de dialogue et d’écoute, de respect des gens et d’engagement collectif. C’est tout ce qu’ils essayent d’exprimer en ce moment notamment à travers l’enquête d’opinion précitée. Ils pensent qu’une Assemblée moins soumise et moins servile que l’actuelle Assemblée et sa prétendue majorité présidentielle peut contribuer à revivifier le débat d’idées et le fonctionnement de la France. Ils ont raison. Reste à savoir si cette modeste espérance suffira à surmonter les forces du mensonge, de la vanité narcissique et de la bêtise. Et là, ce n’est pas gagné.

MT

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La belle manipulation (pour Atlantico)

Que le RN ait un fort passif politique, qui lui donne une position marginale dans le champ de la représentation républicaine, justifie-t-il encore que le vote des électeurs de la France, dite périphérique, soit traité comme un danger pour la République et que ces votants soient considérés comme parias ?

On est là face à toute l’ambiguïté d’un mode de fonctionnement du système politique. C’est vrai que les clivages sociologiques ont beaucoup joué dans ce vote. En gros les catégories socio-professionnelles aisées et les retraités ont fortement voté E. Macron considéré comme leur protecteur. Les milieux populaires et en âge d’être actifs se sont plutôt portés vers M. le Pen comme symbole de rejet. Pour autant, le vote le Pen a été fortement conditionné depuis des décennies par le système médiatique et politique. Selon une étude dite Arcadie sur le temps de parole des parlementaires, l’exposition médiatique Mme le Pen entre 2018 à 2020 a écrasé de manière caricaturale tous les autres responsables politiques (trois fois plus que Le leader socialiste Olivier Faure !). On est dans une logique de manipulation : surexposer à outrance Mme le Pen tout en lui conservant un fond de diabolisation lié à l’identité et l’histoire de son parti. Ainsi, le vote populaire est fortement incité, par le matraquage quotidien, à se tourner vers la figure de Mme le Pen. On en arrive dès lors très facilement à disqualifier ce vote populaire, présenté non comme populaire, mais populiste ou extrémiste, puisque lepéniste. En gros, on pousse le peuple à voter le Pen pour mieux disqualifier son vote ensuite. Ce qui permet d’assurer sans difficulté la réélection du favori des milieux bourgeois et conservateurs.

Le cordon sanitaire que dressent les partis politiques autour du RN et qui empêche toute possibilité d’alliance a-t-il encore un sens aujourd’hui ? Le danger démocratique ne vient-il pas plus, actuellement, de cette posture que de la possible élection de candidats RN aux législatives ?

La démocratie ou le suffrage universel comme disait Churchill est évidemment le pire des systèmes à l’exception de tous les autres, ce qui revient à dire, le meilleur. Mais à la condition d’être honnête, de respecter les règles d’équité entre les candidats et de ne pas faire l’objet de manipulations systématiques. N’oublions pas que dans l’histoire du XXème siècle, nombre de régimes totalitaires ont été instaurés à l’issue d’élections au suffrage universel. Les élections en France ne se déroulent pas dans des conditions satisfaisantes sur le plan de l’équité entre les forces politiques et les candidats. Pendant 5 ans, de 2017 à 2022, les relais d’influence, experts, politistes, commentateurs, ont joué à fond le jeu de la dédiabolisation d’une Marine le Pen passionnée de ses chats. A son sujet, presque plus personne dans la classe politique ou les médias n’utilisait la formule maudite « extrême droite ». Il s’est même trouvé un ministre pour la juger « molle »… Objectif : s’assurer à coup sûr, avant le premier tour, par la normalisation de Mme le Pen, la reproduction du duel de second tour Macron/le Pen, assurance absolue de la réélection de l’actuel président. Puis, après ce résultat obtenu, la diabolisation à outrance est revenue aussi vite que l’éclair avant le second tour : extrême droite fasciste, raciste, etc. Par ce tour de prestidigitation en deux temps, la réélection de M. Macron à une écrasante majorité s’est imposée comme une évidence… Non par adhésion, mais comme rempart contre « l’extrême droite ». Bien sûr que le même processus va jouer aux législatives afin d’assurer la mainmise complète d’une équipe sur tous les rouages de l’Etat. Et peut être même aux présidentielles de 2027, puisque Mme le Pen ne semble pas décider à décrocher… Ce ne sera alors, en 2027, que le neuvième échec d’un membre de la famille le Pen.

Le coût social très fort qui consiste à s’afficher électeur mais surtout candidat RN dans des élections locales n’a-t-il pas tendance à produire une moindre qualité de la représentation politique et à entretenir un phénomène négatif ?

Bien d’accord. Le matraquage médiatique que je viens de décrire – qui est une évidence pour tout observateur de bonne foi – est absolument attentatoire à toutes les valeurs de démocratie et de la République. Par la sublimation d’un personnage proclamé le défenseur attitré des milieux populaires tout en préservant sa diabolisation intrinsèque – prête à ressortir à tout moment opportun – le système politico-médiatique discrédite le vote de toute une partie du pays. On est dans la logique même, non dite, de « la vile multitude » dont parlait Thiers en 1850 et qu’il fallait faire taire à tout prix car dangereuse pour la préservation de l’ordre bourgeois de l’époque. Mais les partis traditionnellement défenseurs des milieux populaires, l’ex-parti gaulliste comme le parti socialiste, tous les deux en plein effondrement, ont aussi une part de responsabilité considérable. En s’alignant sur l’idéologie dominante, les dogmes post frontières, communautaristes et le culte de l’argent roi, le renoncement aux valeurs de solidarité nationale – dont l’occupant de l’Elysée est la figure emblématique – , ils ont donné à la France populaire et travailleuse le sentiment de l’abandonner, ouvrant la voie à la confiscation mortifère du débat entre macronisme et lepénisme.  

MT

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Réhabiliter l’intelligence politique (pour la Revue politique et Parlementaire)

Les qualificatifs de la presse quotidienne pour célébrer la victoire d’Emmanuel Macron « apothéose », « exploit », « triomphe » contrastent avec la résignation apparente du pays.  Faut-il s’extasier de la réélection d’un président réélu avec 38,5 % des inscrits dans le contexte d’un vertigineux déploiement de propagande sur cinq ans et face à un adversaire « diabolisé » dont tout le monde savait par avance que ses chances de l’emporter étaient infimes ?

Depuis 1965, l’élection présidentielle a toujours été vécue comme le moment clé de la démocratie française. A travers la « rencontre d’un homme et de la Nation », le pays effectuait un choix de destin. Ainsi, en 1974, il optait pour le libéralisme économique et sociétal. En 1981, il se donnait au « socialisme à la française » qui prétendait changer la vie, puis confirmait cette option en 1988. En 1995, il prenait conscience de la nécessité de remédier à la « fracture sociale » et en 2002 plébiscitait le retour à la sécurité. En 2007, il se prononçait en faveur de l’identité nationale et de la valeur travail, puis en 2012 se tournait vers celui qui voulait taxer lourdement les « riches ». Même en 2017 dominait le thème du renouvellement et de l’exemplarité.

Certes ces promesses ont rarement été tenues mais au moins, elles donnaient jusqu’à présent un habit d’illusion à l’élection présidentielle. En revanche, jamais le vote suprême n’a été aussi vide et dépourvu de tout sens qu’en 2022. Pour la première fois, il s’est cantonné à une dimension plébiscitaire entièrement tournée vers la confirmation de l’occupant de l’Elysée.

Jamais non plus une élection présidentielle n’est apparue comme aussi conditionnée par avance. Depuis 2017, la réélection du président Macron paraît avoir été comme planifiée à travers son inévitable duel de second tour contre Mme le Pen. En 2017, les Français ont eu le sentiment de ne pas avoir réellement de choix de second tour. Contre la candidate lepéniste, sa victoire était acquise d’avance. Plusieurs enquêtes d’opinion (par exemple le sondage Marianne de février 2020) ont montré que les Français dans leur immense majorité, à 80%, ne voulaient pas voir se reproduire cet affrontement qui les prive de véritable alternative. Mme le Pen, présentée comme la candidate « d’extrême droite », n’a jamais eu la moindre chance de l’emporter comme le confirme l’importance de l’écart entre les deux candidats de second tour. Voici donc deux élections présidentielles, en 2017 et 2022, où, à l’issue d’un matraquage médiatique et sondagier intense, l’électorat s’est vu privé d’un véritable choix.

Cette élection présidentielle, vide de sens et une nouvelle fois privée d’alternative sérieuse au second tour, a en outre donné une image particulièrement délétère de la politique française. De bout en bout, elle aura été dominée par les trahisons et les ralliements opportunistes, par le refus des débats de fond sur le bilan du dernier quinquennat et par le mythe du sauveur providentiel face aux grandes peurs de l’époque : crise des gilets jaunes, épidémie de covid 19, guerre en Ukraine et enfin extrémisme de droite ou de gauche. De fait, les Français ont plébiscité un prétendu héros ou sauveur providentiel bien davantage qu’ils n’ont débattu de leur avenir.  Rien n’est moins conforme à l’image d’une démocratie moderne et sûre d’elle-même.

L’aspect le plus préoccupant de cette situation tient à l’état d’esprit du pays. A aucun moment le scrutin présidentiel de 2022 ne s’est joué sur la confrontation d’idées ou de projets. Il a reflété la fragmentation du pays et sa radicalisation. Jamais une élection n’aura donné lieu à une déchirure aussi profonde et irréductible entre deux blocs qui se trouvaient face à face, d’une part la bourgeoisie satisfaite, mondialisée et européiste, d’autre part la France périphérique, populaire, la plus exposée aux souffrances, au mépris et à l’arrogance. Mais cette élection signe aussi l’affaiblissement de la culture politique d’une nation. La substitution du culte d’un personnage au débat d’idées et à la réflexion sur l’avenir, est le signe d’un recul aussi bien du caractère que de l’intelligence collective. Sans doute faut-il y voir le résultat, à long terme, de l’effondrement du niveau scolaire mis en évidence par nombre d’études internationales (classement PISA).

Comment sortir d’un système qui aggrave les déchirements d’un pays, rompt avec sa tradition démocratique et reflète un déclin intellectuel ? La seule issue possible, qui ne se conçoit que sur le long terme, consiste à réhabiliter le débat d’idées et de projets, au détriment d’un culte de la personnalité – peu digne du pays de Montaigne, de la Fontaine et de Montesquieu –  auquel se réduit désormais la politique française. Le retour au moins partiel à une démocratie parlementaire, se prêtant davantage au débat et à la réflexion collective qu’à l’exaltation vaniteuse d’un seul individu est évidemment souhaitable. L’occasion d’un rééquilibrage des institutions se présente avec les élections législatives de juin 2022. Après un scrutin présidentiel sans débat, sans suspens et généralement vécu comme ennuyeux, il n’est pas impossible que ces élections législatives se traduisent par un regain d’intérêt du pays et  la désignation d’une Assemblée nationale qui déboucherait sur tout autre chose qu’une simple majorité godillot. La France a tout à gagner à la redécouverte d’un Parlement souverain et d’un Gouvernement susceptible de diriger le pays en tenant tête, quand les circonstances s’y prêtent, au chef de l’Etat. Mais nous n’en sommes pas là…

Maxime Tandonnet

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La réélection de M. Macron est le fruit de la résignation (pour Figaro Vox)

« Les soirs de victoire on s’imagine qu’il n’y aura plus jamais, jamais, jamais de défaite […] Mais quand on est un vieux soldat, Madame Jeanne, on sait ce qu’il en est. » (Charles Péguy). Sur le Champ-de-Mars, les partisans et admirateurs d’Emmanuel Macron jubilent, à l’issue de cette grande première qu’est la réélection d’un président de la République sous le système du quinquennat. Et si cet exploit – qui s’accompagne d’une abstention record pour ce type de scrutin – n’était qu’un trompe-l’œil ? Et si l’euphorie qui accompagne le verdict des urnes, n’était autre que le paravent d’une faillite démocratique ? Car en vérité, de quoi cette victoire est-elle le fruit ?

Elle est le fruit de la résignation : les Français, dans leur immense majorité, ont affirmé à maintes reprises qu’ils ne voulaient ni du duel Le Pen-Macron (à 80% selon un sondage Marianne de février 2020), ni de la réélection du président Macron. En définitive, ils n’ont pas trouvé d’issue collective au piège qui s’est refermé sur eux : cinq années de dédiabolisation médiatique intense de MLP pour assurer sa présence au second tour (assurance d’une réélection), suivies, dans l’entre-deux-tours, du retour précipité des épouvantails (fascisme, racisme, etc.). Cette victoire est celle de la fatalité, annoncée comme inéluctable depuis cinq ans par les sondages.

Elle est le fruit de la fracture sociale :  jamais une élection présidentielle n’aura donné lieu à une déchirure aussi profonde et irréductible entre deux blocs qui se trouvent face à face, d’une part la bourgeoisie satisfaite, mondialisée et européiste, d’autre part la France périphérique, populaire, la plus exposée aux souffrances, au mépris et à l’arrogance, celle qui a reçu en pleine figure les injures de sa classe dirigeante, des « sans dents » à « ceux qui ne sont rien » ou « ne peuvent même pas se payer un costume ». Cette élection ne fut jamais l’occasion, classique en démocratie, d’une bataille entre deux projets, mais d’un affrontement irréductible entre deux France inconciliables… Et son résultat ne fait que cristalliser la déchirure.

Elle est le fruit de la peur : « Celui qui contrôle la peur des autres devient maître de leur âme » (Machiavel). Face aux Gilets Jaunes, au covid19, à la menace militaire ou nucléaire russe puis au « danger extrémiste », de droite comme de gauche, le président Macron s’est imposé dans la posture du « sauveur national » notamment aux yeux d’une bourgeoisie urbaine, conservatrice et fortunée, plutôt âgée et peureuse qui forme désormais le noyau dur de son électoratau côté d’une bourgeoisie « progressiste » séduite par ses mesures sociétales.  

Elle est le fruit de l’aveuglement : l’occultation absolue du bilan d’un quinquennat restera comme le trait majeur de cette élection, par exemple sur l’aggravation de la pauvreté, le saccage des libertés, l’explosion de la dette publique et des déficits, l’effondrement du niveau scolaire et des services publics, notamment sanitaire, ou le déclin industriel qui s’exprime dans un déficit record du commerce extérieur, l’insécurité et la perte du contrôle des frontières… De tout cela, jamais il n’a été question. Et ne parlons même pas des affaires…

Elle est le fruit de la félonie : jamais sans doute une campagne électorale n’aura été à tel point marquée par une avalanche de trahisons, de mesquineries ou de volte-face opportunistes, à l’image de celles qui ont contribué à clouer au sol la candidature de Mme Pécresse. La courtisanerie s’est enrichie d’une puissante vague de conformisme, les appels à voter « Macron » s’imposant comme un gage de respectabilité pour le monde politico-médiatique comme pour celui du spectacle ou du sport médiatisé.

Elle est le fruit du nihilisme : historiquement chaque élection présidentielle avait un contenu qui transcendait le choix d’une personnalité : les libertés en 1981, la fracture sociale en 1995, l’identité nationale en 2007, etc. Jamais sans doute une élection n’aura été si vide de projet ou de sens qu’en 2022, réduite à sa dimension plébiscitaire, exaltation narcissique et culte de la personnalité d’un autre âge. L’avenir du pays en aura été, du début à la fin, le grand oublié.

Cette étrange élection a exacerbé les passions sur fond de néant abyssal du point de vue des idées, dans un climat extraordinairement délétère sinon explosif. Aussi a-t-elle toutes les chances de déboucher sur cinq nouvelles années de déchirement et de chaos. Mais elle peut aussi, le cas échéant, représenter une chance de renouveau démocratique. En effet la neutralisation d’un scrutin présidentiel sans débat, quasiment sans suspens et ressenti comme profondément ennuyeux de bout en bout, pourrait (peut-être) se traduire par un renouveau de l’intérêt envers les élections législatives de juin – comme séance de rattrapage de la démocratie française. Et la perspective inédite de l’élection d’une Assemblée nationale qui déboucherait sur tout autre chose qu’une simple majorité godillot, ouvrirait alors la perspective d’un rééquilibrage du fonctionnement de l’Etat autour d’un Parlement, d’un Premier ministre et un Gouvernement dignes de la démocratie, capables de gouverner le pays dans l’intérêt général et de tenir tête au locataire de l’Elysée. Mais nous n’en sommes pas là…

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Réélection d’E. Macron, l’édito de Julien Aubert (député LR)

Edito : A vaincre sans péril…

Fin du suspense. Emmanuel Macron a donc été réélu par le peuple avec 58% des voix. Il est désormais de nouveau président de la République, et sa légitimité institutionnelle doit être respectée.

Sur le fond, je n’ai pas changé d’avis. Cette « victoire » laisse un goût amer. Contrairement à Jacques Chirac qui n’avait pas voulu d’un second tour face au FN, le plan cynique d’Emmanuel Macron était celui-ci depuis le début. Il a fonctionné, sans surprise, avec le fameux effet « loup-garou ». Son seul danger était la qualification d’un candidat capable de le menacer techniquement et en responsabilité. Elu sur un hold-up, il a donc été réélu sur un braquage. Plus d’un électeur macronien sur deux au second tour s’est déplacé pour faire barrage au RN plutôt que pour son programme.

Ce troisième échec de Marine Le Pen démontre que le vote RN n’amènera pas l’alternance. Or, le temps presse. Tous les 5 ans, la France change : immigration massive, communautarisme et clientélisme, idéologisation de la jeunesse. Elle change … en mal. Tous ceux qui sont en colère doivent se rendre à l’évidence : cette colère profite à ceux qui en sont à l’origine.

Pour ceux qui sont soulagés par l’élection d’Emmanuel Macron, qu’ils soient convaincus que scrutin après scrutin, la prise en otage de la démocratie au nom du « front républicain » devient de plus en plus contestée : environ un tiers des Français se sont abstenus ou ont voté blanc. Le RN a gagné 9 points en 5 ans. Ce n’est qu’un répit. La colère a bel et bien forci en 5 ans et elle finira, si on y prend garde, à exploser au grand jour. Les gilets jaunes n’étaient qu’une secousse sismique de petite intensité à coté de ce qui nous attend.

La Droite a donc une responsabilité historique : si elle devait disparaître au cours des prochains mois, le peuple Français sera piégé dans un non-choix démocratique : le grand parti opportuniste central (qui fait toujours la même politique), la gauche wokiste et communautariste, ou enfin le vote protestataire institutionnalisé. La France depuis 10 ans agonise de ce blocage.

Voilà pourquoi, j’espère que les élections législatives seront l’élection du sursaut : il est indispensable de rééquilibrer l’Assemblée nationale et que ce président mal élu ne dispose pas de la totalité des pouvoirs. L’armée des clones, qui a obéi aveuglément depuis 5 ans, n’a abouti qu’à conforter Emmanuel Macron dans des choix délétères. Dans les jours qui viennent, j’annoncerai mes intentions sur ce sujet.

Je suis convaincu en tous les cas, comme en 2017, que la Droite doit se renouveler et défendre de nouveau le peuple.

Julien AUBERT

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Lecture: Adieu la liberté, Essai sur la société disciplinaire de Mathieu Slama, Les presses de la Cité 2022 (présentation de M. Gérard Bayon)

J’ai éprouvé beaucoup de plaisir à lire cet essai mordant qui analyse comment la crise sanitaire liée au covid a fait voler en éclat les principes réputés inviolables, inaliénables et inconditionnels de la Déclaration des droits de l’homme et des citoyens, qui a révélé un nouveau totalitarisme « soft » et soucieux du « safe » permettant aux journalistes allemands de qualifier opportunément notre pays « d’Absurdistan autoritaire »

M. Slama explique comment un régime ultra-présidentiel a réduit le Parlement à une chambre d’enregistrement et comment les cours constitutionnelles (Conseil d’État et Conseil constitutionnel) en sont arrivées à valider le système devenu répressif qui ne protège même plus les Français de l’arbitraire.

La démocratie n’est plus considérée comme inestimable mais est devenue un obstacle dans la gestion de toute crise, qu’elle soit sanitaire, terroriste, sécuritaire ou climatique.

Comment les Français, réputés rebelles, ont-ils pu se laisser déposséder petit à petit de nombreuses libertés essentielles ?

Les restrictions deviennent aujourd’hui « la condition de la liberté ».

Pour l’auteur, l’éclipse de démocratie vécue lors de cette crise n’est que la confirmation d’un mouvement déjà ancien qui a préparé les Français à l’abdication volontaire en chaque citoyen de la première des libertés : celle de penser et de dire ce qu’il pense, La conception limitatrice de la liberté n’est pas née de la crise sanitaire, mais elle a été préparée par des lâchetés et des renoncements

successifs avec un point de bascule en 2002, quand M. Houellebecq est accusé d’avoir « blasphémé l’islam ».

« Les Français ont vécu une véritable humiliation collective. Comment appeler autrement une situation où chacun de nos gestes et de nos comportements est soumis à un contrôle strict et permanent, où l’on nous accorde des dérogations de libertés comme on accorde des promenades à des prisonniers, où l’on annonce notre « libération » et la fin progressive des restrictions sanitaires tout en en maintenant quelques unes ou promulguant de nouvelles, où l’on mène une politique de vaccination disciplinaire et coercitive,,, où l’on nous autorise à sortir notre chien mais pas à visiter nos grands-parents ? »

Consciemment ou inconsciemment il faudra beaucoup de temps pour mesurer l’ampleur des dégâts causés par la politique sanitaire mise en œuvre depuis 2020. La jeunesse a perdu une grande partie de son innocence et elle a été particulièrement déstabilisée, par la dureté, la répression, la discipline arbitraire, les abus de pouvoir rendant la vie invivable alors qu’elle ne risquait aucune forme grave de la maladie.

« A la manière d’une secte, la société tout entière s’est rangée derrière un unique mot d’ordre : l’enfermement. Le caractère religieux du moment que nous avons vécu ne fait donc guère de doute. Il se retrouve dans la manière dont nous avons obéi à des injonctions qui, parce qu’elles se réclamaient de la science nous ont paru incontestables, de même que les injonctions d’un prêtre paraissent incontestables aux croyants…La science médicale, dans cette histoire, a fait office de religion civile, avec ses prêtres (les médecins), son inquisition (les scientifiques médiatiques), ses porte-parole (le gouvernement) ses normes et principes (la distanciation et la solidarité), ses hérétiques (les opposants à la politique sanitaire),son ennemi commun (le virus), son grand récit (une pandémie mondiale qui menace de ruiner le monde) et son blasphème (critiquer les mesures sanitaires). »

En se référant à la pensée de J J Rousseau, d’E.de La Boétie, de M. Foucault, d’A. De Tocqueville et de G. Deleuze, l’auteur décortique les processus d’infantilisation du peuple, de l’idéologie woke et de management par la peur qui font de nous autant de micro-fascistes chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte dans son quartier ou sa rue.

Gérard Bayon

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Entre arrogance et incompétence, le triomphe de la médiocrité

Ci-dessous mon compte-rendu du débat de second tour pour le Figaro Vox. Ce débat était l’aboutissement d’une manipulation qui dure depuis 5 ans et destinée à assurer la réélection malgré tout du président Macron. Une opération réussie au-delà de toute espérance! Mais franchement, au prix de quelle médiocrité! La France ne méritait pas une chose pareille.

Ce duel entre Marine le Pen et Emmanuel Macron, ce débat de second tour du 20 avril, les Français n’en voulaient à aucun prix. A l’image de multiples enquêtes d’opinion sur ce thème, un sondage de février 2020, publié par Marianne, le confirmait sans le moindre doute possible : 80% des Français, soit 8 français sur 10 espéraient l’éviter. Et pourtant, ils n’ont pas réussi à y échapper. Pourquoi ?

« Celui qui contrôle la peur des autres devient maître de leur âme » a écrit Machiavel. Face aux Gilets Jaunes puis lors de la crise sanitaire et au moment de l’invasion de l’Ukraine, le président Macron s’est imposé dans la posture du « chef de guerre », notamment aux yeux d’une bourgeoisie âgée et apeurée. Ainsi se présentait-il en archi favori à sa propre succession, non pour son bilan, ni pour son projet, mais par un réflexe légitimiste face à des crises qui n’en finissent pas de s’enchaîner…

Quant à Marine le Pen, elle est, depuis cinq ans, largement promue par la puissance médiatique en opposante quasi-officielle bénéficiant d’une couverture télé/radio digne d’un chef de l’Etat. Selon une enquête réalisée dans le cadre du « projet Arcadie » réalisée entre 2018 à 2020 sur l’exposition médiatique des parlementaires, son temps de parole (197 heures) pulvérise celui de tous ses adversaires (trois fois celui du leader socialiste Olivier Faure…)

Ce débat que les Français ne voulaient pas s’est donc imposé à eux, du fait des circonstances et d’un certain matraquage sondagier et médiatique. Les Français n’en voulaient pas mais le « Système », comme disait le Général de Gaulle, les a condamnés à subir une nouvelle fois ce débat.

Toutefois, par rapport à d’autres débats récents, les deux adversaires ont su préserver une certaine dignité et correction. Ils ne se sont que rarement invectivés ou coupés la parole, donnant même l’impression, par moment, de se respecter… De 21 H à près de minuit, ce débat s’est révélé sans grande surprise, beaucoup plus équilibré que cinq ans auparavant quand M. Macron avait écrasé la candidate le Pen.

Le président Macron se montrait fidèle à lui-même, extrêmement professoral, précis, maîtrisant au mieux ses dossiers, frôlant en permanence l’arrogance, y compris envers les journalistes.  Il ne s’est jamais départi de son autosatisfaction sur tous les sujets : chômage, hôpital, énergie, sécurité, immigration. En cinq ans, à ses yeux tout avait été parfait ou presque. Dans un débat assez technique, il ne cessait de marquer des points sur le plan de la compétence et de la technicité, mettant plusieurs fois sa concurrente face à ses contradictions ou ses approximations.

Mme le Pen était aussi égale à elle-même, parfois confuse, imprécise et démagogue. Elle frôlait le désastre avec ses propositions illusoires telle que l’interdiction du foulard sur la voie publique dont son concurrent n’avait aucun mal à montrer le caractère irréaliste. De même manifestait-elle d’invraisemblables lacunes sur la Constitution, confondant l’article 11 (référendum sur l’organisation des pouvoirs publics) et l’article 89 (référendum de révision constitutionnelle). Là aussi Monsieur Macron n’avait aucun mal à la mettre face à sa contradiction dès lors que son raisonnement aboutissait à écarter le Parlement du processus de révision constitutionnelle alors qu’elle venait de se prononcer en faveur de son renforcement. Mais à une heure avancée de la nuit, qui cela pouvait-il bien intéresser ?

Paradoxalement, elle donnait le sentiment de prendre l’ascendant sur le plan de l’empathie et de la sensibilité à la souffrance populaire sur laquelle elle ne cessait de revenir. Sa prestation pouvait donner au téléspectateur une image nettement moins compétente mais plus sincère et plus proche du peuple que celle de son adversaire … Elle tentait de mettre les rieurs de son côté à propos des éoliennes (accusant de président Macron d’en saturer les côtes maritimes « sauf au Touquet ») suscitant l’exaspération de ce dernier. Ses critiques virulentes contre les résultats de la politique économique du quinquennat (dette publique, chômage, pauvreté, commerce extérieur) ont eu de même pour effet de faire sortir Emmanuel Macron de ses gonds…

Une certitude en tout cas : ce débat, plus politicien que politique au sens noble du terme, ne changera pas grand-chose à la suite de l’élection présidentielle et ne marquera pas l’histoire politique française…  L’exercice de « politique spectacle » était plutôt réussi avec, face à face, deux adversaires qui se toisent depuis cinq ans. Cette nouvelle rencontre de l’autosatisfaction et de la démagogie, décousue, s’est souvent empêtrée dans les détails et les polémiques. Mais à aucun moment les grands sujets qui engagent l’avenir du pays n’ont été abordés avec la hauteur qui sied à l’élection présidentielle : la réindustrialisation du pays, la place de la France dans le monde, l’avenir de notre système éducatif et le redressement intellectuel du pays, la lutte contre la fracture sociale et la préservation de l’unité nationale, la refondation de la démocratie française…  

MT

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Le risque d’une violence post électorale (pour Atlantico avec Thibault de Montbrial)

[NB: seules mes réponses sont retranscrites ci-dessous pour des raisons évidentes de respect de la propriété littéraire mais j’invite les lecteurs à se reporter tout autant aux propos de M. Thibault de Montbrial sur le site Atlantico]

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle a suscité du mécontentement. Dans quelle mesure la présidentielle risque-t-elle d’échouer à purger les passions, les colères ou les attentes politiques françaises ?

Le premier tour de cette élection présidentielle montre un pays extrêmement déchiré. Derrière M. Macron, ses trois suivants sont des candidats considérés comme antisystèmes ou protestataires : Mme le Pen, M. Mélenchon et  M. Zemmour. A eux trois, ils font plus de 50% des suffrages. Et à ceux-là s’ajoute un abstentionnisme considérable pour une présidentielle. Nous avons une France satisfaite, urbaine et bourgeoise, ultra-minoritaire, qui se retrouve dans le vote Macron et une France contestataire qui est fortement majoritaire mais divisée. A cela s’ajoutent les conditions de déroulement du scrutin. A aucun moment la campagne n’a donné lieu à un débat sur le bilan du quinquennat, l’explosion vertigineuse des dépenses et de la dette, la violence quotidienne, la gestion de la crise sanitaire et les libertés, la désindustrialisation et l’aggravation du déficit du commerce extérieur, le niveau scolaire ou la maîtrise des frontières.  L’élection n’a donné lieu à aucune réflexion sur l’avenir. Elle s’est limitée à n’être qu’un jeu d’images entre prétendants au statut de gourou élyséen. Elle apparaîtra, dans le futur, comme un non-événement, s’achevant naturellement par le duel annoncé depuis cinq ans et dont l’issue n’a jamais fait de doute pour personne. Il est évident que la frustration démocratique du pays est propice à la révolte.
 
Quelle est le risque que ressurgisse, après la présidentielle, des colères sociales ou des colères politiques, comme on l’a vu avec les anti vax ou les Gilets Jaunes ?

Il est impossible de dire à l’avance comment se manifestera cette colère à l’avenir. La prétendue et très relative popularité de l’occupant de l’Elysée repose sur une bulle d’illusion. Il a séduit une partie de l’électorat âgé, conservateur et bourgeois, par sa posture de chef de guerre contre les gilets jaunes, les « non vaccinés » puis l’Ukraine tout en gardant son statut d’icône progressiste auprès d’une petite frange de la « gauche moderne », bourgeoise et aisée, pour ses réformes sociétales (PMA sans père). Mais cette image est extrêmement fragile. Le spectacle quotidien et le « en même temps » ont permis de la préserver aux yeux d’environ 40% des Français. Cette image d’un chef de l’Etat réélu par défaut, en l’absence de véritable débat démocratique et de concurrent sérieux, risque de s’effondrer rapidement au contact des réalités économiques et sociales du second quinquennat. Dans un système qui fonctionne outrageusement sur le culte de la personnalité, la colère pourrait alors se focaliser contre l’occupant de l’Elysée son image cristallisant les mécontentements.
 
A quel point les milieux d’ultra gauche et d’ultra droite sont-ils actuellement tentés par des actions violentes ? Dans quelle mesure la violence politique est-elle de plus en plus envisagée comme mode d’action ?

Tant que la violence se limite aux milieux d’ultra-gauche et d’ultra-droite, elle n’est pas forcément dangereuse pour le pouvoir politique. Celui-ci, au contraire, a beau jeu de se proclamer en défenseur de l’ordre social. Une violence politique radicale et minoritaire ne gênera pas spécialement le pouvoir politique macronien qui pourrait au contraire en tirer profit. Le danger est plutôt celui d’un embrasement général autour du mécontentement populaire : banlieues, salariés, indépendants, fonction publique, chauffeurs routiers, transports, étudiants et lycéens. La fracture entre les milieux dirigeants ou influents et le pays profond a atteint un niveau paroxystique. La grande question est de savoir jusqu’à quand les blessures pourront être pansées une à une par le recours à l’argent facile et la paix sociale achetée avec le carnet de chèques des finances publiques – c’est-à-dire l’argent des contribuables actuels ou ceux des générations à venir (dette publique). Jusqu’à quand ?

Quel est le risque d’explosion réelle de la violence politique post-présidentielle ?

Après les présidentielles viendront les législatives. Tout laisse penser qu’elles ne feront qu’entériner la débâcle démocratique, avec l’élection mécanique d’une assemblée godillot dans la suite des présidentielles comme en 2017. Nous avons substitué le culte d’un gourou élyséen au débat démocratique et aux idées. L’émotion autour d’un seul personnage – vénération d’un héros ou haine d’un roitelet – s’est substituée à la raison politique et au sens de l’intérêt général. La politique a donné ces dernières années une image profondément détestable aux Français : les félonies spectaculaires, l’exubérance vaniteuse, le mépris des gens (depuis les « sans dents » aux « Gaulois réfractaires », ou « ceux qui ne sont rien » et qu’on a  « très envie d’emmerder »), les scandales étouffés – et pas des moindres –, la courtisanerie quotidienne d’une grande partie des media, ont écrasé toute forme de débat démocratique. Le sentiment partagé que la politique n’offre plus aucune solution favorise la tentation de la révolte. Celle-ci peut certes se traduire en un premier temps par une apathie et un repli individualiste croissants des Français sous l’effet de l’écœurement. Mais notre pays est un baril de poudre en raison de l’abolition de fait d’une démocratie digne de ce nom. Dès lors, le danger pour la France est bel et bien celui d’une révolution violente. D’où et quand viendra l’étincelle, c’est une autre question…

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Lecture : Laure Moulin, Jean Moulin , Edition du club France loisirs, 1982 (réédition de la biographie originale de 1969 – présentation de Cyril Grataloup)

[JE SOUHAITE DE JOYEUSES PÂQUES AUX VISITEURS DE CE SITE ET LEUR PROPOSE UN EXCELLENT COMPTE-RENDU DE LECTURE EN CETTE FÊTE DE LA RESURRECTION]

Jean Moulin est né le 20 juin 1899 à Béziers. Il est issu d’une famille modeste de la basse provence. Son père, Antoine, est professeur de français et conseiller général de l’Hérault, il fut un modèle pour Jean et pour sa soeur Laure. En 1884, une épidémie de choléra sévit dans la région, Antoine assiste le médecin. En 1907, le frère de Jean meurt à 19 ans d’une péritonite.

Jean est un élève assidu… notamment pour la matière du dessin. Il est bachelier en 1917 et fait des études de droit.

Lors de la guerre de 1914-18, la famille Moulin accueille des réfugiés venus de l’Est, Jean leur installe des lits dans une ferme voisine. En avril 1918, il est soldat et part dans les Vosges.

A la fin de la guerre, il entre comme attaché au cabinet du préfet de l’Hérault. Jean publie des dessins dans certains journaux (pseudonyme Romanin). Il eût pu faire une belle carrière dans les arts. Il aime se déplacer avec son carnet de croquis. Il est d’une nature réservée, d’une grande gentillesse.

En 1925, il devient sous préfet à Albertville. Il se marie en 1926 mais divorcera en 1928 sans avoir eu d’enfant, le couple n’était pas heureux, selon Laure.

En 1928, Jean se lie d’amitié avec Pierre Cot qui est élu député à Chambéry et deviendra ministre. Ils ont une passion commune pour le ski.

En 1932, Jean est un opposant d’André Tardieu, président du Conseil, alors que son père Antoine soutient le gouvernement. Le 06 mai 1932, le président de la République Paul Doumer est assassiné par un homme d’origine russe, à demi fou, il est remplacé par Albert Lebrun. En décembre 1932, Pierre Cot, ministre, demande à Jean Moulin d’être son chef de cabinet. Il prend le temps d’aller aux archives nationales, dans les bibliothèques afin d’aider son père à rédiger un livre d’histoire.

En février1934, Jean assiste aux émeutes à Paris, les émeutiers ont porté les premiers coups face aux forces de l’ordre. Jean est secrétaire général de la préfecture de la Somme et à l’été, il part se détendre en mer Méditerrannée sur le yacht de son ami Paul Chatin.

En 1936, la victoire du Front Populaire voit accéder Léon Blum à la présidence du Conseil. Moulin est chef de cabinet de Pierre Cot, ministre de l’Air. En janvier 1937, Jean devient préfet de l’Aveyron et fait la fierté de son père, qui mourra au printemps 1938. En janvier 1939, il devient préfet d’Eure et Loire, à Chartres. Jean pressent la guerre, il demande au ministère de se faire affecter comme sergent dans l’armée et écrit au ministre « Ma place n’est point à l’arrière… ».

La guerre éclate puis les Allemands arrivent à Chartres, ce sont les journées tragiques. Il aide la population, organise le ravitaillement et répète « J’ai confiance, nous vaincrons ». Mais la population fuit, ainsi que les agents de la préfecture; en outre, les officiers allemands veulent lui faire signer un document mensonger, Jean refuse, il est frappé, emprisonné. Il tente de se trancher la gorge. Il est soigné mais conservera une cicatrice sur le cou. En novembre 1940 , il est relevé de ses fonctions de préfet , il commence une vie clandestine dans le sud de la France sous le nom de Joseph Mercier, il rencontre le consul des Etats Unis à Marseille qui va l’aider à rejoindre l’Angleterre à l’automne 1941. Il rencontre le général de Gaulle pour la première fois à Londres le 25 octobre 1941 qui voit en lui un homme capable d’unifier les mouvements de résistance. Le 03 janvier 1942, Jean est parachuté en France, avec deux autres hommes dont un « radio » pour les transmissions de messages; il rapporte l’ordre de mission signé par De Gaulle

Son ami Pierre Cot est en exil aux Etats Unis et une amie, Antoinette Saxe l’aide à organiser sa vie clandestine. En juillet 1942, Daniel Cordier est parachuté en France, il devait travailler avec Georges Bidault mais « le patron » ( Rex* alias Moulin) lui demande d’être son secrétaire. Cordier se souvient que Moulin avait une puissance de travail inouïe, il dictait des courriers à destination de Londres des nuits entières et pour se détendre, il parlait souvent de peinture. Moulin était un grand amateur d’art. La tâche de Moulin est colossale et il doit faire face à l’hostilité de certains chefs de la Résistance tels Frenay. Sa soeur Laure rend également hommage à l’ensemble de l’équipe de la délégation générale de Jean (secrétaires, les  » radios », les « courriers », les adjoints etc), des admirables soldats de l’ombre avec le patriotisme le plus pur, nombreux et nombreuses ont été arrêtés, interrogés, torturés, déportés.

En mai 1942, Jean est convoqué au ministère de l’intérieur à Vichy. Il y rencontre le directeur du personnel qui souhaite que Jean reprenne un poste de préfet. Il refuse le poste et continue à oeuvrer dans la résistance, mais pendant plusieurs mois, de nombreuses réunions et discussions sont stériles. Jean doit arbitrer, négocier et ramener le calme « Messieurs, il y a la France », disait-il souvent.

En septembre 1942, Frenay et un autre chef résistant, D’Astier de la Vigerie, partent à Londres rencontrer le général. Ils émettent des critiques contre Moulin, absent. De Gaulle les recadrent, ils baissent pavillon et acceptent finalement l’union des mouvements. En janvier 1943 est créé le comité de coordination des mouvements de résistance. De Gaulle doit montrer à Churchill et Roosevelt des preuves de son autorité sur la résistance, Roosevelt étant hostile à De Gaulle. Puis en février 1943, Jean retourne à Londres pour la 2e fois avec le général Delestraint. Il a pour mission de créer le Conseil National de la Résistance. Le chef de la France Libre remet à Jean la Croix de la libération. De Gaulle est entouré du colonel Passy et d’ André Philip. Puis c’est le retour en France dans un avion Lysander avec Delestraint et Pineau et parachutage au nord de Roanne. La gestapo arrive sur place 10 minutes après l’atterrissage.

Henri Frenay s’oppose régulièrement à Moulin, il voit en lui l’homme de Moscou. Laure indique que Frenay se trompe et explique que Jean n’était pas communiste, il était par exemple très lié à Georges Bidault qui lui n’était pas communiste.

Le 14 mai 1943, le Conseil National de la Résistance est créé et la première réunion se tient le 27 mai, en présence de 17 membres. Moulin lit le message du général de Gaulle, « …l’unité doit être dans l’action… ». Georges Bidault est aux côtés de Jean. C’est un couronnement pour les efforts inouïs réalisés par Jean depuis 3 ans de vie clandestine. L’ennemi est aux aguets; Klaus Barbie traque les résistants et recherche très activement Moulin et ses proches.

Les dernières vacances de Jean se passent à Pâques 1943, à St Andiol, avec Laure et leur mère. Ce sera la dernière fois qu’elle voit son frère après un repas chez des voisins cultivateurs.

Le 09 juin 1943 , le général Delestraint, chef de l’armée secrète est arrêté à Paris. Il aurait été dénoncé par René Hardy, un des cadres du mouvement de résistance Combat dirigé par Frenay.

Le 23 juin 1943, lors s’une réunion clandestine chez le docteur Dugoujon pour organiser la succession de Delestraint, Moulin et d’autres résistants (Aubrac, Lacaze, Larat, Schwartzfeld …) sont arrêtés par la gestapo. Ils sont interrogés, frappés. Moulin est enfermé à la prison de Montluc à Lyon et torturé par Barbie. Christian Pineau, résistant, arrêté en mai et emprisonné, dira plus tard qu’il a vu Jean à l’agonie sur un banc, réclamant un peu d’eau et perdant connaissance. Puis Jean sera transféré vers Paris, à Neuilly, dans une villa du chef de la gestapo, pour être de nouveau interrogé. Il mourra peu de temps après. Laure apprend sa mort mi juillet par un proche de Jean. Le 19 octobre 1943, un agent de la gestapo vient annoncer à Laure la mort de son frère. La raison officielle donnée par les Allemands? Une paralysie du coeur ! Elle n’en parle pas à sa mère.

Ils ont été trahi. Selon Laure « qui eût pu croire que Judas se glisserait parmi les meilleurs combattants ? » René Hardy, qui serait à l’origine de la trahison de Caluire sera arrêté à la libération, emprisonné, jugé, acquitté deux fois. Laure écrit « ces acquittements n’ont convaincu ni les victimes de la trahison de Caluire , ni moi même ». Delestraint qui sera fusillé, répétait en prison, « C’est Didot (alias René Hardy) qui m’a trahi ».

Laure va s’affairer à rechercher les circonstances de la mort de son frère, en se rendant à Paris et au siège de la gestapo, avenue Foch. Jean aurait été incinéré par les Allemands et Laure recherche l’ l’urne.

Le 06 octobre 1946, à Béziers, une grande journée est organisée en l’honneur de Jean Moulin, Georges Bidault y prononce un discours magnifique : »…comme vous étiez content le soir du 27 mai 1943 [après la 1ere réunion du CNR], vous aviez semé le grain, hélas vous n’étiez pas là au jour de la moisson ».

Laure va oeuvrer pour faire connaître le parcours de son frère. Les cendres de Jean sont transférées au Panthéon en décembre 1964, André Malraux y prononce un discours resté inoubliable, en présence du général de Gaulle et de nombreux résistants.

Par Cyril GRATALOUP

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Le despotisme de la peur (n’ayons pas peur)

« Celui qui contrôle la peur des autres devient maître de leur âme » (Machiavel). La France a tout le temps peur. Nous avons eu la peur de la révolution populaire avec la crise des gilets jaunes en 2018-2019. Puis nous avons eu la peur de la peste bubonique (2020-2022) ayant justifié un état d’exception des emprisonnements à domicile – qui n’ont strictement servi à rien et de violentes mesures discriminatoires envers une nouvelle catégorie de parias, les « non vaccinés ». Nous avons peur de l’anéantissement nucléaire qu’agitent les médias eu sujet de la guerre en Ukraine. Et puis actuellement, une nouvelle vague de « peur de l’extrême droite » avec la perspective (bien plus théorique que réelle) de l’élection de Mme le Pen. Que signifie extrême droite? Mesures discriminatoires – désignation de boucs émissaires? Gabegie financière et démagogie absolue pour ruiner le pays avec une explosion de la dette publique? Culte de la personnalité rappelant les heures sombres (« Maréchal, Nous voilà, le sauveur (la sauveuse) que la France attendait!« )? Etat d’urgence permanent et violation des principes de l’Etat de droit et de la démocratie? Abolition de fait de la démocratie parlementaire (parlement godillot)? Saccage des libertés individuelles (absurdistan, confinements, couvre-feu, persécutions des personnes non vaccinées qu’on a « très envie d’emmerder »?) Alors voilà. Le lepénisme en action, avec ses conséquences pour les équilibres financiers d’un pays déjà en ruines, les libertés, l’Etat de droit, le principe de non discrimination, est sans aucun doute répugnant. Mais nous subissons déjà, au moins depuis 5 ans, quelque chose qui s’appelle l’autoritarisme inefficace et qui lui ressemble comme un frère jumeau. Le Pen l’a rêvé, l’autre l’a fait. Qu’est-ce qui peut être pire? Encore faudrait-il le formuler. La peur de ladite extrême droite n’a donc pas lieu d’être. Nous avons déjà sombré dans le pire. N’ayons pas peur pour ne pas ne pas nous laisser manipuler en permanence et promener comme un bon troupeau docile.

MT

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Le septennat: une double promesse illusoire (pour Figaro Vox)

Je ne dis pas que cela ne serait pas une bonne chose, mais je dis que cela ne se fera pas.

Le président-candidat Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur d’un retour au septennat lors d’une interview au Point le 12 avril. Il rejoignait ainsi son adversaire Marine le Pen qui préconise elle aussi cette réforme institutionnelle. Quelle signification peut avoir cette soudaine et inattendue conjonction ?

Le président de la République française était élu pour sept ans depuis les lois constitutionnelles de 1875 fondant la IIIe République. Au fil des années, cette durée, excédant celle du mandat parlementaire (quatre ou cinq ans), avait un sens. Le chef de l’Etat était placé au-dessus de la mêlée politique. Il incarnait la continuité de l’Etat, chargé de fixer un cap au pays, de le représenter à l’international, garant de sa sécurité et de son intégrité territoriale. En revanche, incombait au président du Conseil (ou Premier ministre depuis 1958) et aux ministres, le gouvernement du pays au quotidien et la défense de sa politique devant le Parlement. L’élection du chef de l’Etat au suffrage universel (auparavant, il était désigné par le Parlement, puis un collège de notables en 1958), à partir de 1962, ne remettait pas en cause fondamentalement cette logique d’un président de la République guide de la nation, irresponsable devant le Parlement, chargé de l’essentiel et déléguant la conduite de la politique intérieure au Premier ministre et au Gouvernement.

Le quinquennat adopté en 2000 a contribué à transformer la fonction présidentielle. Elu juste avant l’Assemblée nationale et la durée de son mandat se confondant avec celle des députés, le chef de l’Etat est tombé du piédestal où le septennat l’avait placé. La fonction s’est banalisée ou désacralisée, faisant de lui le chef d’une majorité à l’Assemblée nationale, l’équivalent d’un président du Conseil d’autrefois, irresponsable pendant cinq ans. Sa mission principale est désormais de mettre en œuvre les promesses sur lesquelles il s’est fait élire en s’appuyant sur des députés, élus dans la foulée de son élection et qui lui sont entièrement redevables de leur mandat. En devenant une sorte de super-chef de gouvernement élu au suffrage universel, médiatisé à outrance, incarnant à lui seul la substance du pouvoir politique, cette « hyperprésidence » aboutissait à neutraliser le Premier ministre, devenu un simple « collaborateur » et faire-valoir du rayonnement élyséen.

 En se prononçant pour le septennat, les deux candidats du second tour signifient qu’ils entendent renouer avec une présidence de la République, visionnaire, impartiale, protectrice et déléguant au Premier ministre le soin du gouvernement du pays. La prise de position du président Macron peut même s’interpréter comme procédant d’un regard rétrospectif critique envers son propre quinquennat dominé par le « coup d’éclat permanent ».

Pourtant, cette conversion tardive, sur un point aussi fondamental pour l’équilibre des institutions, a probablement d’autres motivations. L’une d’elle est électoraliste. Emmanuel Macron a prouvé qu’il était un orfèvre dans l’art de déposséder ses adversaires de leurs thèmes favoris de campagne. Après le report de la retraite à 65 ans pour séduire la droite (suivie d’un rétropédalage après le premier tour), parler désormais d’un retour au septennat est une manière de marcher sur les plates-bandes de son adversaire.

Cependant, le président Macron, semble-t-il se distingue de cette dernière en s’opposant au principe de septennat « non renouvelable » en vertu de la liberté de choix de l’électorat. Faut-il lire dans cette déclaration une intention voilée de remise en cause de la disposition constitutionnelle selon laquelle le mandat présidentiel ne peut être renouvelé qu’une seule fois ? Et cela dans la perspective d’une éventuelle troisième candidature ?

Ce qui est certain, c’est que les promesses ou les annonces électorales de révision constitutionnelle sont les plus difficiles à tenir ou à mettre en œuvre. Elles ne peuvent se réaliser qu’avec l’accord des deux assemblées puis un référendum ou un vote des 3/5ème des parlementaires au Congrès de Versailles. La réduction du nombre de parlementaires et la proportionnelle, promises en 2017 n’ont ainsi jamais vu le jour. Quel que soit le futur chef de l’Etat, il est vraisemblable que le retour au septennat, sujet infiniment plus sensible, se heurtera à des obstacles considérables.

D’ailleurs, les promesses grandiloquentes – et généralement oubliées – sont souvent le signe de l’impuissance ou le masque d’arrière-pensées toute autre. Si vraiment le futur chef de l’Etat souhaitait revenir à une conception équilibrée – républicaine – du fonctionnement des institutions, fondées sur un chef de l’Etat impartial et fixant le cap, responsable de la politique étrangère et de défense, un Premier ministre véritable chef de Gouvernement et un Parlement souverain et contrôlant efficacement l’exécutif, il n’est pas besoin de révolution constitutionnelle, ni de la VIème République chère à M. Mélenchon, ni même d’un hypothétique retour au septennat.

Il suffirait d’appliquer sérieusement les articles 5, 20 et 21 de la Constitution de 1958. Une décision pratique toute simple, sans la moindre réforme législative ou constitutionnelle, permettrait d’ailleurs à restaurer un fonctionnement des institutions respectueux de la démocratie parlementaire : faire élire l’Assemblée nationale avant le président de la République – ce qui reviendrait à rendre au Parlement son autorité et son prestige, au Gouvernement sa mission fondamentale et au chef de l’Etat la sienne. Mais il est tellement plus facile de tracer des plans sur la comète que d’assumer des choix parfaitement réalistes qui auraient un impact direct et immédiat…

MT

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La sinistre manipulation

Voilà ce que j’écrivais, ici même, il y a deux ans: « Le bulldozer médiatique, l’appareil de propagande radio-télévision, a commencé son gigantesque matraquage pour organiser la mise scène du duel de titans le Pen/Macron. Le plan est déjà conçu et se met en route. Pendant les 22 mois qui viennent, tout ne sera que dédiabolisation, banalisation, et même valorisation du lepénisme, doublant le spectacle quotidien du champion de l’Elysée. Puis, dès la fin du premier tour, une fois acquis le second tour le Pen/Macron, la fascisation reprendra, furieuse, hystérique, obsessionnelle. Avec un objectif: devinez lequel? [la réélection] Tout est prêt, le scénario est déjà en route. Seule (petite) inconnue: le bon sens populaire et le réflexe patriotique peuvent-ils enrayer cette sinistre mécanique? Existe-t-il encore, dans les profondeurs de la nation, une intelligence nationale, une force de caractère, une puissance de rébellion démocratique permettant de déjouer l’odieux scénario? Cela, nous le saurons dans moins de deux ans. » Nous y sommes. Les pires prédictions s’accomplissent une à une. Deux années de plus ont passé et nous connaissons désormais la sinistre réponse…

MT

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Pourquoi je voterai blanc au second tour (par Julien Aubert)

Pour des raisons de respect de la propriété littéraire, il ne m’est pas possible de reprendre intégralement ce texte qui est en accès libre sur le Figaro.fr et auquel je renvoie bien volontiers les lecteurs. Car ce texte est stupéfiant de lucidité et de courage. Il est en lui-même un acte de résistance face à la tyrannie de la bêtise. C’est souvent dans les périodes les plus sombres que s’élèvent des voix isolées, mais libres et talentueuses. Qu’un homme politique puisse penser exactement la même chose, à la virgule près, que soi-même, pour en venir à la même conclusion est rassurant. Tout ne serait-il pas irrémédiablement perdu? Le triomphe de la crétinerie, du cynisme et de la lâcheté n’est peut-être que provisoire. La voix de M. Julien Aubert, député LR, nous éclaire comme une torche dans les ténèbres et nous rassure: comme disait l’autre, ce qui ne tue pas rend plus fort.

« Le mot République a pour moi un sens. Durant ces cinq dernières années, j’ai pu constater avec beaucoup de Français que la République d’Emmanuel Macron n’obéissait pas aux mêmes valeurs que les miennes, que les nôtres. Sous sa présidence d’affaires, l’opportunisme a pris le pas sur la loyauté, le favoritisme et le cynisme sur l’intérêt général, la tactique politicienne sur la vision de la Nation, la lâcheté adossée au mépris sur le courage. Sous sa présidence solaire et solitaire, la dictature des « experts » a conduit à marginaliser le Parlement, les corps intermédiaires, jusqu’au vote de mesures liberticides. La présidence de Janus s’achève avec une Nation plus abaissée et plus divisée que jamais, surendettée, vassalisée […]

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Le vote de l’absurde (pour Figaro Vox)

«  L’absurde est la notion essentielle et la première vérité » écrit Albert Camus dans le Mythe de Sisyphe. Le second tour de l’élection présidentielle de 2022 sera donc exactement le même que celui de 2017, opposant Marine le Pen à Emmanuel Macron. Dans plusieurs enquêtes d’opinion, notamment un sondage Marianne de février 2020, les Français avaient massivement exprimé, à 80%, leur refus de voir ce duel se reproduire. Par le plus étrange des paradoxes, ils viennent ainsi de bafouer leur propre volonté. Cette glaciation de la vie politique, les Français n’en voulaient en aucun cas mais ils l’ont pourtant décidée eux-mêmes, sans doute par résignation et par une montée de l’indifférence matinée d’écœurement dont témoigne un absentéisme élevé.

L’une des leçons emblématiques de ce scrutin est la qualification de Mme le Pen avec un score élevé. Certes, « l’effet Zemmour » a exercé un puissant recentrage en sa faveur. Mme le Pen avec ses chats a réussi à faire oublier le FN dont elle est issue. Son étiquette « d’élève médiocre » qui lui est accolée par les media a facilité un phénomène d’identification populaire, par réaction à l’image d’élitisme arrogant qui sied à son adversaire. Mais surtout, Mme le Pen a remporté haut la main la course au néant. La source de son triomphe est d’avoir rogné peu à peu sur tous les aspects saillants du discours lepéniste. Où sont passées les convictions d’hier, « l’immigration zéro », le référendum sur la sortie de l’Europe et sur l’euro, et jusqu’au retour à la retraite à 60 ans ? Cette neutralisation du discours traditionnel et sa réorientation sur le thème consensuel du « pouvoir d’achat » a exercé un effet rassurant sur l’opinion : au moins, elle qui ne propose rien ne nous fera pas de mal supplémentaire.

Mais le vide est face à son reflet, comme dans une mise en abyme. « Le présidentcandidat Emmanuel Macron bat tous les records de popularité » jubilait Paris-Match le 8 mars dernier à l’image d’une obséquiosité médiatique trop répandue. Son quinquennat se confond avec la sublimation d’une image personnelle : sauveur face aux Gilets Jaunes, chef de guerre devant l’épidémie de covid 19 puis l’invasion de l’Ukraine. En refusant les débats du premier tour, il s’est situé au-dessus de la mêlée. Cette posture jupitérienne lui a permis d’esquiver la polémique sur son bilan en matière de politique sociale, de libertés (emprisonnements à domicile, couvre-feu, stratégie du bouc émissaire – « emmerder les non vaccinés ») et sur les résultats obtenus dans la crise sanitaire notamment en comparaison avec l’Allemagne. La même posture a eu pour effet d’évacuer tout questionnement sur l’explosion des dépenses de l’Etat : 560 milliards d’euros en deux ans dont seulement 100 liés au « quoi qu’il en coûte » sanitaire (Cour des Comptes), d’où la vertigineuse augmentation de la dette publique. La non campagne du « président-Jupiter »se traduit par son relatif succès à peu près conforme aux sondages.

Mais ce néant des idées s’accompagne d’une radicalisation spectaculaire de la scène politique française. Les trois candidats derrière le candidat-président, Marine le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour, présumés protestataires et antisystèmes, atteignent la majorité absolue à eux trois… Les partis classiques de la politique française poursuivent leur effondrement. Le naufrage de Valérie Pécresse est une autre leçon dramatique de cette élection. L’électorat LR s’est dispersé entre M. Macron, Mme le Pen et Eric Zemmour. Il n’a servi à rien de tenter bâtir un projet sérieux tourné vers le bien commun. Les idées et les projets se noient désormais dans le nihilisme narcissique et la surenchère démagogique. Au jeu de la bataille d’image, Mme Pécresse fut la grande perdante, victime du mépris, et des moqueries (le chien Douglas). Les partis traditionnels poursuivent leur agonie, entraînés dans l’abîme avec la mort du débat d’idées et de projets.

La question du sens de l’élection présidentielle est désormais posée. Celle-ci avait jusqu’à présent une signification, même vague, transcendant le choix d’un individu.  En 1974, Giscard d’Estaing annonçait une « société libérale avancée » ; 1981 Mitterrand voulait « changer la vie »; en 1995 Chirac s’en prenait à la « fracture sociale » ; Sarkozy en 2007 prônait l’identité nationale ; en 2012, Hollande prétendait « taxer les riches » ; le thème du « renouvellement » dominait la campagne de 2017. Ces slogans se sont souvent traduits par de lourdes déceptions mais ils donnaient un sens au scrutin présidentiel.

Or, ce premier tour des présidentielles de 2022 fut bien au contraire celui du néant. L’avenir de la France face aux grands enjeux de l’avenir a été totalement occulté. Le pays de Montaigne, de Pascal et de Descartes peut-il se contenter de se donner tous les cinq ans une sorte de gourou élyséen ? Une élection par défaut ou par l’absurde, jusqu’à la caricature : demain Mme le Pen sera élue par déchaînement d’anti-macronisme ou bien M. Macron le sera par anti-lepénisme et peur de « l’extrémisme ».

Quelle que soit son issue finale, la campagne électorale de 2022 a confirmé la déliquescence morale et intellectuelle de la politique française. En fait d’exemplarité, elle a fait naufrage dans le spectacle délétère dominé par le narcissisme, l’obséquiosité et les félonies. Inévitablement, la frustration démocratique des Français tournera demain à la violence et au chaos.

D’un mal peut-il enfin sortir un bien ? Il est possible que l’effondrement de l’élection présidentielle dans la gesticulation nihiliste se traduise, par effet de balancier, dans un renouveau de la démocratie parlementaire autour de l’élection législative suivante, alors vécue comme une session de rattrapage. Alors que l’explosion de la droite se profile à l’horizon (inévitable dans l’hypothèse de la réélection de M. Macron), la poignée de parlementaires de droite qui résisteront encore et toujours aux sirènes de l’opportunisme – au nom de l’honneur et d’une certaine vision de l’histoire – pourrait dès lors jouer un rôle clé, face à la tempête qui vient, dans la reconstruction à venir de la démocratie française.

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RV ce soir à 20H sur Histoire TV

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Réflexion sur le phénomène électoral MLP

La poussée de Mme le Pen dans les sondages est la surprise de cette dernière ligne droite. Elle défie le bon sens commun: la quasi totalité des analyses la donnait finie après son débat raté de 2017 et son fiasco du second tour. Et puis, la candidature Zemmour en 2022 devait achever de l’étouffer. Or, d’après les sondages, Mme le Pen se trouve aujourd’hui quasiment à égalité avec M. Macron. Elle est encore bien loin de la victoire. Mais la dynamique est en sa faveur. Son élection, désormais possible, provoquerait un effet de sidération et ne ferait que poursuivre le naufrage de la France dans le chaos et le désespoir politique. Là dessus, n’ayons pas le moindre doute. Ce constat évident n’interdit pas de réfléchir à ce qui se passe en ce moment. Ici, j’essaye juste de comprendre. Voici 13 essais d’explication d’un phénomène qui traduit l’accélération de la crise politique française.

  • Le rejet de M. Macron, son personnage comme sa politique et son entourage, amplifié par l’affaire McK a atteint un niveau paroxystique, tel que beaucoup de Français, de droite ou de gauche, même hostiles à Mme le Pen, sont prêts absolument à tout pour éviter le spectre d’un second quinquennat.
  • Le souvenir du duel de 2017 profite finalement à Mme le Pen en la consacrant comme l’adversaire quasi officiel de M. Macron.
  • Mme le Pen est bien connue et sa notoriété établie (en bien ou en mal): l’électorat est finalement conservateur et se replie vers les visages auxquels il est habitué.
  • Généralement considérée par les observateurs de la politique française comme plutôt simple et peu cultivée, cette étiquette « d’élève médiocre» qui lui est accolée facilite l’identification des classes populaires par réaction à l’élitisme arrogant que son adversaire incarne.
  • L’ »effet Zemmour » a exercé un puissant effet de recentrage de Mme le Pen dans l’opinion en la « désextrémisant » mécaniquement sur l’échiquier politique (Mme le Pen a refusé de cautionner le slogan « grand remplacement »).
  • La logique de sa campagne est désormais au-delà de celle de la dédiabolisation. Elle est engagée dans la course au néant, l’absence de toute idée et de tout projet voire de tout discours et même son silence exercent un effet rassurant sur l’opinion: au moins elle ne nous fera pas de mal supplémentaire.
  • Les penchants autoritaires du dernier quinquennat, la violation des libertés et de l’Etat de droit (emprisonnement à domicile, couvre-feu, stratégie du bouc émissaire – « emmerder les non vaccinés ») ont neutralisé la crainte d’une dérive liberticide (nous l’avons déjà vécue).
  • La gabegie dépensière du pouvoir, les 500 milliards de dépenses supplémentaires (dont seulement 100 M liés à la crise sanitaire) identifiés par la Cours des Comptes ont de même neutralisé la critique de mauvaise gestionnaire et de démagogue envers Mme le Pen.
  • L’extrême personnalisation de la politique, la polarisation des débats autour des émotions collectives l’emporte sur la face obscure des choses : Mme le Pen avec ses chats et ses larmes faciles recouvre désormais le FN, son histoire et les calembours de son père.
  • La vague de trahisons subie par Mme le Pen (la plupart des grands élus RN qui n’ont guère brillé par la clairvoyance ont rejoint Eric Zemmour) l’a renforcée dans un statut de victime.  
  • L’incroyable déliquescence de la politique française – la banalisation des félonies et de la courtisanerie, les mensonges et le narcissisme outrancier – a engendré une atmosphère tellement délétère que l’image négative de Mme le Pen s’en trouve neutralisée (pas pire que le reste…)
  • Les Français dans leur ensemble ont tellement vécu dans le chaos permanent et la peur depuis une dizaine d’années (attentats islamistes, Gilets Jaunes, crise sociale, covid 19, Ukraine) que le saut dans l’inconnu que serait l’arrivée de Mme le Pen à l’Elysée ne les impressionne plus vraiment.  
  • Une partie éclairée de l’électorat anticipe sur la fin du présidentialisme et sur l’élection d’une Assemblée hétérogène qui sera amenée à diriger le pays à travers un Premier ministre indépendant du chef de l’Etat: Mme le Pen n’est à ses yeux qu’un moyen pour chasser l’équipe actuelle. MT
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Histoire: le néo socialisme

Ci-dessous, quelques extraits d’un passionnant article de la revue Histoire publié en mai 1983. « Ni droite, ni gauche – comment le fascisme vient aux antifascistes ». Ou comment une partie de la SFIO (PS de l’époque) a fait scission pour basculer dans l’autoritarisme. Un rappel indispensable .

Avec Jacques Doriot, Marcel Deat a été une des grandes figures de la Collaboration issue de la gauche. Zeev Sternhell démontre ici que Marcel Déat n’avait pas attendu la défaite de 1940 pour forger son fascisme : la crise « néo-socialiste » de 1933 ouvrait une des voies qui mènent au totalitarisme.

Le processus de glissement de gauche à droite est à considérer comme un des éléments majeurs dans la genèse du fascisme. Ce glissement, trois générations vont le répéter en France, successivement, – trois générations de révoltés qui poursuivent toujours le même objectif : la remise en cause globale de l’ordre établi.

A la fin des années 1880, blanquistes, divers communards et radicaux d’extrême gauche se lancent dans le boulangisme parce qu’ils y voient avant tout le moyen d’abattre la République bourgeoise et parlementaire. Les « gauchistes » de l’époque s’unissent aux nationalistes pour désigner le libéralisme comme l’ennemi prioritaire. La seconde génération de « transfuges » commence son revirement à la veille de la Grande Guerre. Quatre noms sont représentatifs : Georges Sorel*, Édouard Berth*, Hubert Lagardelle*, Gustave Hervé*. La théorie du socialisme éthique développée par l’école syndicaliste révolutionnaire domine alors cette révolte, dirigée à la fois contre la démocratie libérale et le socialisme parlementaire.

La synthèse de Georges Sorel – deux forces, socialisme et nationalisme, qui s’opposent à la démocratie libérale – précède la guerre et s’effectue sans rapport aucun avec elle : elle ne manquera pas de poids sur la génération suivante. Le socialisme sorélien est lui-même déjà une forme de révisionnisme qui vient constater l’échec du déterminisme marxiste : la société industrielle n’évolue pas comme elle le devrait et le prolétariat perd sa combativité. Rien n’est plus méprisable aux yeux de Georges Sorel que l’orthodoxie marxiste, symbolisée par le social-démocrate Karl Kautsky* ; rien n’est plus dramatique pour lui que l’immobilisme de cette gauche qui trouve dans le respect d’un marxisme figé, ossifié dans de vieilles formules, de quoi excuser sa propre impuissance.

Une même analyse sera faite par le Français Marcel Déat, par le Belge Henri de Man, et par les néosocialistes des années trente. Le révisionnisme « néo » reprend l’essentiel de la critique du marxisme élaborée au début du siècle par, entre autres, Georges Sorel et Roberto Michels. Aux yeux des révisionnistes, Léon Blum ne fait que remplacer Karl Kautsky.

Un socialisme éthique

En vérité, ce socialisme se métamorphose. En dépit de son attachement formel au syndicalisme ouvrier, il devient comme un effort de régénération morale de la société en général et de sauvetage de la civilisation, beaucoup plus qu’un mouvement de libération de la classe ouvrière. Son langage ouvriériste ne change rien à l’affaire. La facilité avec laquelle se fait le glissement de Georges Sorel vers le nationalisme et l’antisémitisme, quelques années à peine après les Réflexions sur la violence (1906), montre combien superficiel était cet ouvriérisme antiintellectualisme.

Cette approche nouvelle permet, en effet, de concevoir le socialisme indépendamment de la classe ouvrière : il peut donc y avoir un socialisme sans prolétariat. Chez les syndicalistes révolutionnaires, chez les contestataires de l’entre-deux-guerres, le socialisme apparaît finalement de nature plus pédagogique qu’économique et logiquement indifférent à l’antagonisme des classes. Il en résulte que la relation entre le socialisme et le prolétariat n’est que secondaire. De même que tous les mouvements ouvriers ne sont pas socialistes, de même tous les socialistes ne sont pas prolétaires et le socialisme n’appartient pas nécessairement à une structure sociale donnée. Il existe un socialisme de toujours, un socialisme « éternel », répéteront les hommes de la génération de l’entre-deux-guerres, – un socialisme pour tous les hommes, pour tous les temps. Dès le moment où, comme jadis Georges Sorel, ils perdent la foi dans les vertus révolutionnaires du prolétariat, ils se tournent vers le dernier agent historique de régénération morale et de transformation sociale : la nation, au lieu du prolétariat défaillant. Transition logique, par laquelle on passe du syndicalisme révolutionnaire au socialisme national […]

En publiant Perspectives socialistes, Marcel Déat espère engager un grand débat qui lui permettra sinon de conquérir le parti socialiste de l’intérieur, du moins de s’imposer comme un chef de tendance avec lequel il faudrait compter. Marcel Déat pense créer un choc, donner un coup de bélier qui, en ébranlant l’édifice, infléchira l’évolution du socialisme français. C’est pourquoi la question de la participation au pouvoir, qui semble le débat de fond au sein de la SFIO, est une question secondaire. Ou plutôt elle découle d’objectifs beaucoup plus vastes. Car Déat ne se propose rien de moins que de « lancer une offensive révolutionnaire par le centre ». Le néo-socialisme constitue alors dans son esprit le moteur d’« une véritable révolution par étapes ».

L’enjeu des classes moyennes

L’explication de Perspectives socialistes s’ordonne sur trois axes principaux. 1) Il faut d’abord reconnaître que le marxisme n’est qu’une méthode et non un dogme, une métaphysique. 2) Il faut ensuite capter les classes moyennes qui subissent, elles aussi, l’exploitation capitaliste sans appartenir pour autant au prolétariat. 3) Il faut enfin réconcilier le socialisme avec la nation et développer une puissante action sur l’État et par l’État. En utilisant le formidable instrument qu’est un État transformé et modernisé, le socialisme sera capable de faire cette « révolution dirigée », qui reste la seule possible […]

En 1914, Marcel Déat est mobilisé. Il fait partie de cette génération du front, durablement marquée par la guerre : « Cette expérience, dira-t-il, nous a pour une grande part formés, pétris, façonnés, marqués pour toujours. Car de vingt à vingt-quatre ans, nous avons été soldats, combattants, et rien que cela » (cl. J.-L. Charmet). guère. Pour ces hommes, non seulement le prolétariat n’a pas le monopole de la sagesse et du désintéressement, mais il ne fait pour eux aucun doute que le progrès ne travaille pas en faveur du socialisme. L’évolution technologique, les structures sociologiques créées par elle et la guerre moderne sapent les fondements mêmes du marxisme. Elles mettent en valeur l’interdépendance des classes sociales, leurs intérêts communs en tant que membres d’une même collectivité nationale […]

La rébellion intellectuelle entretenue par Marcel Déat depuis Perspectives socialistes culmine en juillet 1933 au congrès tenu par la SFIO salle de la Mutualité et engendre la scission à l’issue de laquelle est fondé, le 5 novembre 1933, le parti socialiste de France. A la veille de la scission déjà, Marcel Déat n’hésite pas à parler franc : « Je n’aime pas le marxisme de Ponce-Pilate », lance-t-il à l’adresse de « certains camarades » dont la tête « s’incline irrésistiblement sur le mol oreiller doctrinal ».

Un an plus tard, le Bordelais Adrien Marquet*, le plus dur des « néos », est plus explicite encore, il exige de son parti un engagement sans faille « dans la lutte anti-marxiste, antiblumiste, anticommuniste ». A cet effet, après avoir renoncé à la « politique au Parlement », il faut résolument prendre « la tête du mouvement qui débarrassera la classe ouvrière endormie du marxisme ». En 1935, dans la foulée des événements de février 1934, le ton se durcit et les ambitions se font plus larges : « Dans le désarroi des esprits et la panique des vieux cadres », Marcel Déat et les « néos » s’apprêtent à suppléer « les partis défaillants » ; ils entendent créer « un puissant mouvement, à la fois populaire, national, révolutionnaire, […] capable de propager l’ordre au-dedans et au-dehors, assez sûr de lui pour considérer sans préjugé idéologique les données européennes et pour chercher des lignes d’accord avec tout le monde, même avec le fascisme et avec le national-socialisme ». Telle était la nature véritable du néo-socialisme qui allait véhiculer une idéologie fasciste relativement bien articulée.

Très vite le parti socialiste de France tombe entre les mains de ceux qui, afin de pouvoir « agir, agir vite et fort, emballer la France […] voudraient un mouvement puissant comme le mouvement hitlérien ». L’analogie soulève une tempête de protestations, mais elle n’empêche pas Montagnon d’accuser ses collègues de la Chambre de mal juger « l’Allemagne présente. Vous n ‘avez pas compris ce qu’il y avait de curieux, de profond dans le mouvement hitlérien ». Deux mois plus tard, attaqué par la gauche de son parti, Montagnon s’explique à nouveau, cette fois devant les instances du parti socialiste de France : « Oui, il y a dans le mouvement hitlérien quelque chose de curieux et de profond, il y a dans ce mouvement un élan de socialisme et un élan de brutalité. » C’est bien dans cet esprit que Marcel Déat entend lancer une « révolution préventive et dirigée, aussi profonde qu’on voudra ». Cette formule, à l’époque déjà, résonne fâcheusement : on l’aime pourtant beaucoup dans le camp Déat, parce que l’on cherche toujours à approfondir le fossé avec la SFIO. Les feuilles « néos » des XVIIIe et XXe arrondissements s’en donnent tout particulièrement à cœur joie. Pour Néo, le bulletin dont Montagnon est l’unique rédacteur, pour Paris-Demain, l’hebdomadaire de Marcel Déat dans le XXe arrondissement, la notion même de néo-socialisme constitue, en vertu de cette volonté de couper les ponts, un titre de gloire.

Ni gauche ni droite

Le programme politique du mouvement néo-socialiste exprime la volonté « d’opérer la relève des vieux partis » et, en se mettant « à la tête du mécontentement général », la volonté de créer « un grand rassemblement » qui mènera à « une révolution dirigée ». A cet effet, sans avoir « rien de bassement empirique », le programme élaboré devra laisser de côté les « doctrines refroidies » et capter cette « communauté énorme de mécontentement » qui éclata le 6 février 1934, place de la Concorde. Pour « rassembler ces forces anticapitalistes », pour répondre à l’attente des chômeurs, il faut plus que « des gargarismes idéologiques. La France est saturée de philosophie politique, elle a la nausée des grandes machines et des programmes sans fin. Elle veut de l’immédiat, du positif, du simple et de l’efficace ».

Quelques mois plus tard, Marcel Déat exige de ses troupes la capacité de se « guérir, définitivement, du faux humanisme, de la fausse liberté de pensée… » Il veut protéger le nouveau parti « contre le dogmatisme et contre la sclérose », et il n’hésite pas à rappeler à ses censeurs que « c’est pour avoir été férocement doctrinaire que les vieux partis se sont détournés de l’action et qu ‘en effet ils ont fait faillite ». A ces « hommes tournés vers l’action », Montagnon propose d’oublier les vieilles « conceptions de droite et de gauche » car, « si vous voulez qu’un jour cette gauche triomphe, il faudra bien qu’elle morde sur cette droite ». Pour Marcel Déat, ce qui compte vraiment dans l’action, c’est « le mouvement », c’est « la convergence pratique autour d’un certain nombre de formules immédiates… », qui permette de rassembler autour d’un « centre d’attraction », dans un même élan de jeunesse et d’espérance, cette masse énorme d’hommes venus de tous les horizons politiques : des hommes qui flottent indécis non seulement parmi les groupes et les partis de gauche, mais aussi entre la gauche et la droite, et qui comprennent aujourd’hui que les similitudes philosophiques et les parentés doctrinales comptent moins que l’accord sur un programme immédiat. Aucun programme fasciste n’a jamais mieux dit.

En effet, c’est au nom de leur « besoin d’action » que les dissidents du socialisme français se dressent contre le parti. Leur rejet de la voie adoptée par Léon Blum constitue à leurs yeux « un effort pour pétrir le destin ». Il faut imiter ce « dynamisme » qui a fait ailleurs le succès du fascisme. « Notre idéal est à court terme et nos certitudes provisoires » lancent les « néos » à l’heure de la scission. En reprenant le mot d’Henri de Man, ils se définissent comme « des volontaristes ». Tous ces hommes n’ont que faire d’un Léon Blum, ce « clerc qui ne trahit point » ; ils ont le « goût de servir », et « ils veulent servir à l’abri d’un ordre clair et fort ».

Le modèle totalitaire

Aux cotes des « équipes d’action » fonctionnent les « équipes techniques », dont la fonction essentielle « est de pénétrer l’État au Heu d’essayer de le renverser ». Pour que le parti puisse s’infiltrer dans l’appareil gouvernemental, il lui faut des renseignements, il lui faut des hommes capables de mettre en marche l’économie dirigée. Il lui faut former des cadres économiques et techniques nouveaux : les équipes techniques constituent une sorte d’école du pouvoir, mais d’un pouvoir rajeuni, revigoré et réformé.

Dans l’élaboration de ce socialisme national et autoritaire, un rôle de toute première importance est rempli par le planisme. En effet, l’idée planiste, telle que l’élaborent Henri de Man puis Marcel Déat, ne fait rien de moins que terminer, en termes concrets, l’œuvre de démolition du marxisme entreprise dans les ouvrages théoriques des deux leaders socialistes. Pour les planistes, la grande affaire n’est plus désormais « comment changer la société », mais « comment assurer l’autorité de l’État sur l’économie ». En d’autres termes, il ne s’agit plus d’une marche vers un nouveau type de rapports entre les hommes, mais d’empêcher les monopoles bancaires de mettre en tutelle l’ensemble de la vie économique. Henri de Man et Marcel Déat préconisent alors un système d’économie mixte, système intermédiaire entre le capitalisme et le socialisme. La notion de « système intermédiaire » sera une des idées-clés du néo-socialisme. Elle jouera un rôle essentiel dans le glissement vers le fascisme.

Rapidement, il s’avère que l’abandon de la lutte contre le capitalisme a pour corollaire deux autres conclusions importantes. D’abord les planistes accentuent leur formule de « l’État fort » qui sache parler au nom de « l’intérêt général » et qui « ait le souci de la nation » : ils proclament bien haut la nécessité d’une révision du régime parlementaire, d’une adaptation des structures du pouvoir et d’une réforme de l’État dans un sens autoritaire […]

En second lieu, le planisme réhabilite le corporatisme et le reprend à son propre compte. Henri de Man insiste sur « l’analogie entre le corporatisme médiéval et le syndicalisme moderne ». L’auteur belge essaie de démontrer que le plus grand ennemi du capitalisme fut sous l’Ancien Régime le corporatisme. Un corporatisme qui n’a jamais cessé de représenter les intérêts de classe et qui agissait alors précisément comme le mouvement syndical contemporain, – un corporatisme dont l’un des soucis principaux fut d’empêcher le régime capitaliste de se développer. Finalement, le leader socialiste reprend l’idée qu’avaient défendue, depuis le début du siècle, René de la Tour du Pin* et la tendance sociale de l’Action française : la Révolution française, en se réclamant de l’anticorporatisme, visait à rendre impossible toute organisation ouvrière autonome. C’est donc contre cette révolution bourgeoise et libérale, symbole de la victoire du capitalisme, que s’affirme le corporatisme.

Comment le fascisme vient aux antifascistes

Dans un contexte de révolte contre le marxisme et le libéralisme, mais non contre la propriété privée, le courant planiste contribue puissamment à forger un socialisme autoritaire, antiparlementaire, un socialisme pour la nation dans son ensemble, au-delà des classes sociales divergentes et des intérêts opposés. Le planiste ne préconise pas seulement une économie dirigée et rationalisée, il n’annonce pas un renouvellement de la pensée socialiste : il prépare, il est déjà, un socialisme national. Que des socialistes de bonne foi ne l’aient pas compris dès le début ne change rien à l’affaire. Que des hommes comme André Philip*, Léon Jouhaux* ou le jeune Hugh Gaitskell* (qui, trente ans plus tard sera à la tête du parti travailliste britannique) aient alors travaillé avec des futurs nazis, des collaborateurs notoires comme Marcel Déat, Paul Marion ou des Vichyssois comme René Belin*, Georges Lefranc*, Alfred Fabre-Luce*, y change encore moins. Ce qui compte, c’est que le planisme, en dépit du fait qu’il n’est jamais parvenu à conquérir ni la SFIO ni l’ensemble de la CGT, joue un rôle de taille dans le long processus d’imprégnation fasciste et de destruction progressive du socialisme et de la démocratie dans la France des années trente.

La répudiation du marxisme par les planistes, tous les planistes venus de la gauche, n’est pas seulement la répudiation d’un passé commun à tous les socialistes, mais aussi le refus d’un certain avenir. Le planisme n’est pas un refus du principe de l’exploitation : il ne veut pas s’attaquer à une société vouée à la recherche du profit. Le planisme ne veut pas construire une autre société : il accepte les principes fondamentaux qui régissent l’ordre bourgeois existant. Il n’envisage, en fait, que le transfert d’une partie, plus ou moins importante, du pouvoir économique vers l’État.

D’autre part, le planisme « néo » se trouve toujours associé au corporatisme et il lance une réforme de l’État dans un sens franchement autoritaire, antiparlementaire, dénigrant toute forme d’internationalisme, liée à un profond mépris du « matérialisme » et qui ne pouvait que contribuer à l’imprégnation fasciste. Car, dans le planisme, l’essentiel n’est pas la rationalisation de l’économie nationale, mais bien l’embrigadement de toutes les classes sociales dans le cadre d’un État fort, libéré des entraves de la démocratie. Le planisme exprime la supériorité du politique sur l’économique, de la volonté et de l’énergie sur la matière. Ce n’est pas l’effet du hasard si aussi bien Henri de Man que Marcel Déat remplacent l’explication matérialiste de l’histoire par une explication psychologique et volontariste. Pour des hommes possédant une connaissance sans faille de la théorie, il ne s’agit pas de corriger les excès du marxisme vulgaire, mais bien de substituer, au marxisme tout court, un nouveau cadre conceptuel.

Finalement, il convient de mettre en évidence encore un autre élément de ce glissement vers le fascisme de toute une école de pensée du socialisme francophone. Le néosocialisme a bien pour objectif de constituer une solution de rechange au fascisme. En gagnant les classes moyennes et en les soudant au prolétariat, le néo-socialisme soustrait au fascisme ses assises sociologiques. En jetant les bases d’un « nouveau socialisme », il l’attaque au niveau doctrinal et se propose comme solution de rechange idéologique. Seulement, à vouloir battre le fascisme par ses propres moyens et sur son propre terrain, « le nouveau socialisme » en vient, par la logique de la situation et des impératifs du combat politique, à ressembler au fascisme. En cherchant à prendre le fascisme de vitesse, les révoltés du socialisme français en viennent à formuler eux-mêmes un ensemble d’idées qui, très rapidement, se développent en idéologie fasciste. C’est pourquoi, dix ans plus tard, dans Paris occupé, on ne trouvera guère d’idées chez le « chef » du Rassemblement national populaire qui n’aient été jadis clairement exprimées par le secrétaire général du parti socialiste de France.

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L’indifférence et le chaos…

Ils sont douze, comme les apôtres. Leur visage trône sur la place du marché. Mais nul passant ne s’y intéresse, nul ne s’attarde. Ils sont comme posés là, inutiles, dans l’indifférence générale. Même les tagueurs, même les habitués des graffitis électoraux, pour la moindre cantonale, cette fois-ci les ignorent. Selon un sondage CSA de ce matin, 70% des Français ne veulent pas de la réélection de M. Macron. C’est pourtant bien lui qu’ils s’apprêtent, sauf surprise, à reconduire à l’Elysée. L’ancien ministre de M. Hollande en 2017, fier comme Artaban, leur avait promis un « renouvellement », une « transformation de la France » et même un « nouveau monde ». Les naïfs y ont cru (moi, jamais). Le bilan de son mandat est de fait accablant: effondrement scolaire, poussée de la violence et de l’insécurité, saccage des libertés, pauvreté et chômage massif (3,4 à 6 millions de chômeurs selon pôle emploi), dramatique explosion des déficits et de la dette publique, affaiblissement de l’Etat de droit, clanisme et corruption… Le cadavre de son premier quinquennat exhale une odeur fétide de narcissisme obsessionnel, de félonie et de courtisanerie. Désormais, il n’a plus rien à dire ni à proposer en dehors d’un vague conservatisme teinté de progressisme. Les Français, à 70%, n’en veulent plus mais vont probablement le reconduire. De fait, selon la loi des sondages, une seule alternative s’offre à eux désormais: le recours à l’héritière de Jean-Marie le Pen, c’est-dire le naufrage dans la démagogie grossière et salace. Nul ne sait à coup sûr ce qui va résulter de ce duel minable entre la peste et le choléra. Mais par la suite, quel qu’en soit l’issue, la France doit s’attendre à un dégoût radical de la chose publique et l’effondrement du pays dans un profond et violent chaos. Cette apothéose de la médiocrité ne débouchera pas sur autre chose que « des larmes et du sang »: cela, vous en avez ma parole.

MT

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Lecture: Les 15 jours qui ont fait basculer Kaboul – témoignage de l’ambassadeur de France- David Martinon, l’Observatoire, 2022 (présentation de M. Gérard Bayon)

Adage Afghan : « vous avez les montres, nous avons le temps »

Ce livre débute par le récit haletant de la prise de Kaboul par les talibans le 15 août 2021. A 6h22’ l’info tombe : à 30 kms au nord de Kaboul, la prison des communistes afghans et soviétiques depuis 1980 est en train de tomber aux mains des talibans, les gardes préfèrent se rendre sans combattre et les détenus talibans et ceux de Daech rejoignent l’insurrection.

Minute par minute, nous vivons toute l’organisation pour quitter l’ambassade de France pour l’aéroport de Kaboul où l’ambassadeur s’est réfugié avec ses équipes, quelques minutes avant la prise de Kaboul par les talibans.

Dès son arrivée et sa prise de fonction à Kaboul, D. Martinon doit se conformer et respecter des règles de sécurité strictes pour se déplacer dans ce pays où les assassinats ciblés se multiplient, où les déplacements même en véhicules blindés ne permettent pas d’être à l’abri d’un attentat par bombe magnétique, où la corruption, les escroqueries, les détournements de fonds publics par la moindre autorité règnent partout y compris à la justice.

Le pays est dirigé depuis 2014 par le président A. Ghani arrivé au pouvoir par la seule volonté des États Unis mais qui ne dispose d’aucune légitimité. Sa réélection en 2019 immédiatement contestée, se traduit rapidement par un partage du pourvoir avec le docteur Abdullah Abdullah, qui mène de son côté des pourparlers de paix avec les talibans.

D. Martinon rencontre également celui qui deviendra un ami : le fils du commandant Massoud : Ahmad, courageux et charismatique qui sera reçu à l’Élysée au printemps 2021 et qui représentera peut-être l’avenir de ce pays.

Il rappelle qu’en 20 ans, les fonds colossaux déversés dans ce pays de 39 millions d’habitants, par les États Unis, l’Europe et le Japon ont transformé une économie de subsistance et de contrebande en une économie de rente avec l’aide internationale.

Dès la confirmation du retrait des G.I. par le nouveau président des États Unis : J. Biden, le 14 avril 2021, le compte à rebours avant que la république Afghane tombe inévitablement au mains des talibans est enclenché.

Suit, le récit jour après jour, de l’organisation des 2805 évacuations homériques, improbables et quelquefois invraisemblables des Français, des Européens et des Afghans amis dont la vie est menacée de façon certaine et imminente s’ils sont découverts par les talibans.

On découvre le désespoir de milliers d’Afghans affamés et agglutinés jours et nuits aux grilles de l’ambassade de France puis aux accès de l’aéroport espérant pouvoir fuir leur pays par tous moyens, on ressent la tension permanente, la fatigue et surtout le courage qui règnent parmi toutes les équipes diplomatiques, militaires, policières qui œuvrent sans relâche à ces évacuations.

Le signal de fin sera donné après l’attentat de kamikazes le 26 août après-midi à l’Abey gate, accès privilégié à l’aéroport par les Français et qui causera 185 victimes,

Le 27 août à l’aube, la diplomatie Française et ses équipes quittent l’Afghanistan laissant les Américains finir leur travail jusqu’au 30 août, 24 heures en avance sur le calendrier fixé avec les Talibans
L’avenir du peuple Afghan et surtout des femmes et des filles ne cessera de s ‘assombrir depuis lors.

Gérard Bayon

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L’impasse démocratique

Le déroulement des prochaines élections présidentielles, tel qu’il est promis par les sondages depuis cinq ans, semble en passe de se réaliser. Il est d’une affligeante tristesse. Ce devrait donc être, comme prévu, selon la loi des sondages, le Pen/Macron. Cette affiche de second tour a quelque chose d’invraisemblable. Le jeune sauveur providentiel euphorique de 2017qui promettait un « nouveau monde », un « renouvellement » et une « transformation de la France » présente un piètre bilan: endettement record du pays, accélération du déclin scolaire, banalisation de la violence et de l’insécurité, saccage des libertés (confinements, couvre-feu, passe vaccinal), affaiblissement des services publics (hôpital), chômage de 3,4 à 6 millions de personnes (statistiques pôle emploi), 10 millions de pauvres, perte du contrôle des frontières, corruption (Benalla, McKinsey, etc.). Son projet ne tient plus aujourd’hui que dans une étrange sublimation narcissique matinée de courtisanerie et de félonie. La réélection d’un personnage profondément détesté par une grande partie de la France, déjà rongé par les échecs, les scandales et l’impopularité, ne peut qu’entraîner le pays un peu plus loin dans l’abîme. Mme le Pen ne vaut guère mieux. Elle est l’héritière d’une famille qui pollue la vie politique française depuis un demi siècle par ses excès et ses provocations. Elle n’a pas la moindre expérience de l’Etat, n’a jamais exercé la moindre responsabilité publique. Elle n’a jamais été en situation de prendre une seule décision et de l’assumer. Son regard est vide. Elle ne dispose d’aucun ancrage dans les territoires, d’aucun entourage crédible, d’aucun relai dans l’administration, l’entreprise ou les médias et n’incarne rien d’autre que les violents déchirements d’une nation. Son éventuel mandat ressemblerait comme à un frère à celui de M. Macron: impuissance chronique, vertigineux chaos, gabegie financière pour apaiser les tensions, fuite dans la mégalomanie, la logorrhée et les gesticulations narcissiques pour couvrir l’effondrement du pays. Mme le Pen a quelque chance sérieuse d’être élue au second tour, par rejet de son alter-ego: une chance sur trois environ, ce qui est beaucoup. Et après? M. Macron ou Mme le Pen sont les deux facettes de la même mauvaise pièce, de la même politique spectacle. Les amoureux transis de l’un et les groupies fanatisés de l’autre maudiront mon propos. Pourtant, il ne dit rien d’autre que la sinistre vérité. Vous ne me croyez pas? Vous allez voir… Il est lamentable que les Français n’aient pas trouvé en cinq ans la force collective de caractère et de lucidité pour se débarrasser de l’odieux tandem. La France est plongée dans une impasse démocratique qui ne peut pas ne pas la conduire tôt ou tard à la catastrophe.

MT

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Lecture: De l’Histoire à l’histoire, Daniel Cordier, Témoins, Gallimard, 2013 (par Cyril)

Daniel Cordier est né en 1920 à Bordeaux dans une famille de négociants. Il a été parmi les premiers Français à rejoindre le Général de Gaulle après l’appel du 18 juin 1940. Il fut révolté par l’annonce de l’Armistice. Il devint secrétaire de Jean Moulin par hasard, marchand d’art par passion et historien par accident.

Il est l’auteur de Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon (1989), Jean Moulin, la République des catacombes (1999) puis d’Alias Caracalla (2009).

Il avait pris ses distances après la guerre en préférant le silence, seule réponse à apporter à tous les mensonges qui fleurissaient dans la société des années 1950 pour faire croire que la France avait été majoritairement résistante. Il a vu comment certains Français se sont conduits pendant l’Occupation et il a entendu comment ils en ont parlé après guerre : comique et honteux.

En mars 1943, à Paris, l’auteur raconte avoir remarqué sur le trottoir un homme d’une soixantaine d’années accompagné d’un enfant : tous les deux portaient l’étoile jaune. C’était la première fois qu’il en voyait. « Je ressens encore l’insupportable choc de cette scène ». Il s’agissait de deux êtres innocents marqués comme du bétail. « Je fus envahi par la honte…; de ce jour, mon passé idéologique [maurrassien] s’est désintégré ».

Daniel Cordier et Jean Moulin viennent en effet d’horizons très différents. Pourtant « Rex » (Jean Moulin) lui fait confiance en le prenant comme secrétaire, en le jugeant sur son engagement à rejoindre la France libre et De Gaulle et non sur ses convictions. C’est seulement en octobre 1944 qu’il apprendra qui était « Rex », son patron.  Pierre Meunier, qui a connu Jean Moulin au ministère,  le lui révèlera.

Daniel Cordier regrette très fortement que les résistants n’aient pas tenté de faire sortir Jean Moulin de prison après l’arrestation de Caluire. « Cela en dit long sur ce que la résistance pensait de lui » (page 134).

Après l’arrestation de Jean Moulin, en raison d’une trahison, Daniel Cordier alias « Alain » continue son travail mais la Gestapo arrête plusieurs de ses amis fin 1943 et dispose même d’une photo de lui. Il veut partir pour Londres. Puis en mars 1944, il part finalement en Espagne et est arrêté par la police espagnole, il est emprisonné pendant un mois. Il y voit des soldats allemands déserteurs. Puis il est libéré, s’envole pour Londres et travaille au BCRA.

Au retour de la guerre, il rentre à Bordeaux et d’anciens camarades lui disaient « Qu’est ce que tu fichais à Londres ? »  « Cette question témoignait d’un grand mépris à mon égard » (page 148). Il rencontre et livre son témoignage à Laure Moulin, la soeur de Jean, alors qu’elle rédigeait la biographie de Jean (cf Laure Moulin, Jean Moulin, Les Editions de Paris, 1969).

Il explique que le combat des résistants intéressait peu ou pas une majorité de Français (les gens avaient peur, refusaient souvent de loger des résistants etc.), avec des exceptions telles Mme Moret qui l’héberge, l’accueille en le considérant comme son fils. Les Français ne voulaient pas se battre. En plus, le nombre important de dénonciations provoquait des hécatombes. « Voilà la vérité que chaque Français doit assumer pour lui même ».

Jean Moulin avait compris la faiblesse des mouvements de résistance et avait décidé d’intégrer les syndicats et anciens partis au Conseil de la Résistance, ce qui provoquait des tensions avec certains chefs résistants dont Henri Frenay. Ce dernier lors d’une émission de télévision en 1977 attaque la mémoire de Jean Moulin en le qualifiant de crypto communiste. Daniel Cordier va alors tenter de défendre Jean Moulin en réalisant des recherches historiques pendant les années d’après. 

Il rend hommage à ses amis résistants, courageux, bravant les dangers liés à la clandestinité. François Briant, Maurice de Cheveigné, Stéphane Hessel rencontrés à Londres, seront arrêtés et déportés puis libérés des camps.

Deux autres amis, compagnons de la Libération, ont travaillé avec lui au secrétariat de Jean Moulin. Laure Diebold et Hugues Limonti ont été arrêtés en 1943, déportés mais reviendront vivants des camps.

Il raconte sa cruelle déception de constater, tout au long de la guerre, le silence et l’inaction d’écrivains qu’il admirait, tels Gide ou Valéry. « Combien d’intellectuels ont véritablement participé au combat ? « (page 127).

Ce livre retrace les lignes de la grande Histoire (celle que l’on vit) et la petite histoire (celle que l’on écrit). Aussi, l’auteur explique que les témoignages sont parfois peu fiables  (notre mémoire peut nous tromper) alors que les documents sont des preuves pour les historiens et sont irréfutables (par exemple les archives du BCRA, bureau central du renseignement et d’action).

D’après lui, le seul engagement qui honore un homme est celui de la Liberté. En 2013, il restait 23 Compagnons de la Libération, aujourd’hui, en 2022, ils sont tous décédés.

Daniel Cordier est décédé le 20 novembre 2020 et Hubert Germain, dernier Compagnon, le 12 octobre 2021.

A nous de transmettre leurs récits, leurs ouvrages et honorer leur mémoire…

Cyril

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Les douze petits clowns

Le système politico-médiatique est donc parvenu à ses fins. Cinq années de propagande, de sondages obsessionnels et de matraquage intensif: le deuxième tour devrait être comme prévu dès le départ Macron-Le Pen en vue de l’élection quasi certaine du premier. Oh là là, ce fut serré nous dira-t-on par la suite! Il s’en sera fallu de peu… Oui mais le résultat sera là. Le bilan de l’équipe au pouvoir est sans aucun doute le pire de l’histoire depuis 1945: effondrement économique (déficit commerce extérieur), l’explosion vertigineuse de la dette publique que devront rembourser nos enfants, ravage des libertés, désastre scolaire (suppression des séries, déclin de l’enseignement du français et des maths), poussée de la violence, perte de la maîtrise des frontières, montée de la pauvreté et des inégalités. Nous avons assisté à une sidérante destruction de toute forme d’honneur dans l’avalanche de félonie, de courtisanerie et d’obséquiosité et aussi une vertigineuse banalisation de la corruption. Mais la catastrophe ne tient pas tellement dans la réélection annoncée. Cinq années de plus ou de moins, dans l’histoire d’une débâcle, n’y changeront pas grand chose. Ce qui me terrifie, c’est la généralisation de la bêtise. Douze petits clowns candidats: l’élection reine, la présidentielle, a évacué toute forme de réflexion sur l’avenir de l’Etat et de la Nation. Elle n’est que gesticulations télévisuelles, pitreries et grimaces pour séduire l’électeur. Douze petits clowns qui se chamaillent et rivalisent de promesses démagogiques alors que les finances de l’Etat sont en ruines. L’électeur est invité à s’identifier à l’un de ces clowns, à sa petite gueule, ses cabrioles et ses pitreries. La réflexion sur l’avenir de la France, son économie, ses finances, son Etat, sa démocratie, sa société et sa place dans le monde est radicalement évacuée, bafouée, ridiculisée. Les Français sont invités à choisir leur prochain gourou, leur prochain paon et la couleur de son plumage: rien de plus, rien de moins. Mais dans ce pays – et c’est bien ce qui est terrifiant – aucun intellectuel (ou presque), responsable politique, écrivain, scientifique, vestige d’un homme d’Etat ne se pose la question de l’effarante imbécilité criminelle d’un système politique. La bêtise de ces intellectuels, dont le rôle est tout de même d’inviter à la réflexion, pas de lécher le cul des puissants, donne le vertige. J’ai absolument honte d’anciens amis, de gauche ou de droite, les jeunes comme les vieux, qui se bousculent pour aller à la soupe. Ils sont ridicules, minables, têtes à claques. Tout se passe comme si un immense troupeau de lâches et d’imbéciles se ruait vers sa pitance. Désormais, une révolution est inévitable, quand et comment, c’est une autre question.

MT

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Vers un ralliement d’une partie des députés LR? (pour Figaro Vox)

–          De nombreux élus LR pensent rejoindre Emmanuel Macron en cas de réélection du président sortant. Serait-ce un choix pragmatique, selon vous, pour peser sur les choix du gouvernement ?

Tout dépend des conditions dans lesquelles ce mouvement se produirait. D’abord, l’annoncer par avance, avant le premier tour, relèverait de la félonie en achevant de saborder la candidature de Valérie Pécresse.  Certes, la politique et la morale, depuis Machiavel, ne font pas bon ménage. Mais certaines trahisons opportunistes sont tellement caricaturales qu’elles ne peuvent que se retourner, à terme, contre leurs auteurs et nourrir une image déplorable de la vie politique. En outre, la situation électorale paraît extrêmement volatile et nul ne peut aujourd’hui jurer de ce que donneront les résultats du premier tour et quel sera le duel du second tour…

Si les résultats du premier tour confirment le verdict des sondages avec la double qualification d’Emmanuel Macron et de Marine le Pen, il est vraisemblable, en effet, que de nombreux députés ou candidats à la députation LR se rallieront à la candidature de l’actuel chef de l’Etat pour tenter de conserver ou gagner leur siège ce qui entraînera une scission de fait. Dans un climat de confusion extrême, les législatives déboucheront alors sur une majorité composite, formée des restes de LREM et des nouveaux ralliés de LR, une majorité qui d’ailleurs ne sera peut-être que relative.

Dès lors, tout dépendra de l’état d’esprit des nouveaux ralliés de LR : se fondront-ils dans une logique de majorité présidentielle obséquieuse ou entendront-ils conserver une liberté de parole et de vote ? Au début, la première hypothèse risque de prévaloir. Mais au fil du temps et de l’usure du pouvoir cette majorité composite a de bonnes chances de s’effilocher. Nous aurions alors une Assemblée nationale sans véritable majorité stable et fonctionnant sur la base d’alliances de circonstance.

–          Marine Le Pen connaît une forte progression dans les sondages, si bien que son accession au pouvoir ne semble plus impossible. Pensez-vous qu’une partie des Républicains pourraient aussi travailler avec elle ?

Contrairement à 2017, même en cas de deuxième tour entre Mme le Pen et M. Macron, la réélection de l’actuel président est loin d’être une certitude (même si elle reste probable). En se fondant sur les sondages, nul ne peut désormais exclure à coup sûr l’accession de Mme le Pen à l’Elysée. Une vague protestataire nourrie du dernier scandale – vague touchant la droite mais aussi une partie de la gauche -, dans un contexte d’abstentionnisme massif, peut entraîner un « séisme électoral ». Mais dès lors, Mme le Pen n’aurait sans doute pas de majorité parlementaire RN compte tenu de la faiblesse de l’enracinement local de ce parti.

Or, les députés de tout bord, issus des législatives, ne pourront pas faire la grève des gouvernements au risque de plonger le pays dans un chaos indescriptible. Un gouvernement de coalition serait formé, peut-être à dominante droitière mais ce n’est même pas certain. Le plus probable est que, dans cette hypothèse, la nouvelle présidente se trouverait marginalisée et que le pouvoir reviendrait durablement entre les mains d’une Assemblée nationale, condamnée à chercher des majorités de coalition, et au Premier ministre – probablement issu de la société civile – qui en émanerait, avec son gouvernement, dans un contexte dominé par la paralysie et l’instabilité.

–          Cette élection achèvera-t-elle la recomposition du paysage politique français ?

Une recomposition, oui, mais en apparence seulement. Le scénario le plus probable qui se profile dans l’immédiat est en effet celui d’un gouvernement de « Troisième force », avec un chef de l’Etat et sa majorité LREM/LR de coalition centrale, harcelée de part et d’autre par une gauche radicalisée (celle qui vote pour M. Mélenchon), et une droite puissante constituée de l’électorat de Mme le Pen et de M. Zemmour. Ce schéma renvoie d’ailleurs aux débuts de la IVe République de 1947 à 1951, quand l’alliance du MRP et de la SFIO défendait le « Système » contre le PCF à sa gauche et le RPF à sa droite.

Mais en réalité, le scénario d’une recomposition relève de l’illusion. Nous nous dirigeons sans doute à plus long terme vers une situation de plus en plus chaotique. Depuis quelques années, la substance de la politique française se concentre dans l’image présidentielle, renforcée par la succession des crises (Gilets jaunes, covid19, Ukraine). En cas de réélection, cette image présidentielle ne manquera pas d’être durement frappée par l’usure du pouvoir. D’ailleurs, comme le souligne l’actualité, elle est extrêmement fragile et précaire, exposée en permanence au risque du scandale ou du mécontentement social.

Tous les piliers de la Ve République s’effondrent : les partis traditionnels, le clivage droite/gauche, la notion de majorité présidentielle, l’intérêt général, l’autorité gouvernementale… Il reste un certain « rayonnement » élyséen pour couvrir le champ de ruines, mais pour combien de temps encore ? Ensuite, sur les cendres de la politique française et une poussée sans doute inévitable de la violence, il faudra songer à refonder la démocratie autour de la démocratie de proximité, du référendum, d’une représentation nationale plus équitable et mieux respectée, d’une approche plus humble et moins personnalisée du bien commun. Mais nous n’en sommes pas là…

MT

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Que peut-il encore se passer?

Le constat est largement partagé: jamais une campagne présidentielle n’aura été aussi creuse et insipide. Tout se passe comme si le pays devait se donner un gourou destiné à pavoiser pendant cinq ans pour couvrir l’effondrement en profondeur d’une nation. Mais ce néant ne signifie pas que tout est joué d’avance.

Les Français doivent savoir que contrairement aux apparences, le chef de l’Etat, du point de vue juridique, dispose de peu de pouvoirs personnels selon la Constitution. Sous certaines conditions, il peut dissoudre l’Assemblée (article 12) et s’attribuer les pleins pouvoirs en situation de révolution ou de guerre, en recourant à l’article 16 – avec de nombreux garde-fous.

Pour le reste, l’exercice quotidien du pouvoir, notamment voter les lois ou recourir au référendum, il a besoin d’une majorité à l’Assemblée nationale, d’un Premier ministre et d’un gouvernement dont le choix est conditionné par la majorité parlementaire.

Le chef de l’Etat a pris une importance aussi considérable du fait de son élection au suffrage universel depuis 1962, de l’alignement des élections législatives sur la sienne et de son intense médiatisation. Quand le président n’a pas de majorité servile à l’Assemblée nationale, il perd l’essentiel de son autorité au profit d’un Premier ministre soutenu par la majorité parlementaire (1986-1988, 1993-1995 ou 1997-2002).

Dès lors, aujourd’hui, dans le contexte sondagier, le champ des possibles reste ouvert. La perspective d’une réélection du président Macron, suivie de la réélection dans la foulée d’une majorité macroniste (LAREM et assimilés) est une possibilité parmi d’autres. Ce serait le choix du statu quo et du prolongement à l’identique des cinq dernières années (30% de chances).

Une autre issue est envisageable. La conscience collective donne lieu à un découplage entre le culte de la personnalité et la satisfaction envers une politique. Si M. Macron dispose d’une relative popularité, surtout du fait de son action internationale, le bilan de son quinquennat est sévèrement jugé par les Français. Ce phénomène pourrait se traduire dans les urnes par la réélection de l’actuel président mais en parallèle l’élection d’une Assemblée nationale hétérogène, sans majorité précise.

Le quinquennat a été prévu pour éviter ce genre de situation mais sa logique pourrait céder face à la décomposition du paysage politique et idéologique. Un tel avènement se traduirait par un bouleversement du fonctionnement des institutions, la désignation d’un gouvernement indépendant du chef de l’Etat – peut-être dans un contexte conflictuel – et un mode d’exercice du pouvoir aléatoire, fondé sur des alliances, des majorités d’idées ou de circonstances (30% de chances).

Mais la réélection de l’actuel président est loin d’être une certitude. En se fondant sur les sondages, nul ne peut désormais exclure à coup sûr l’accession de Mme le Pen à l’Elysée du fait notamment de la candidature Zemmour qui a donné un puissant coup de pouce à sa « dédiabolisation » en la débordant sur la droite…Une vague d’antimacronisme, nourrie des dernières affaires, touchant la droite mais aussi une partie de la gauche, dans un contexte d’abstentionnisme considérable, peut entraîner un « séisme ».

Mais dès lors, Mme le Pen n’aurait sans doute pas de majorité parlementaire RN compte tenu de la faiblesse de l’enracinement local de ce parti. Elle porterait à la perfection le symptôme du président « gourou » et l’Elysée deviendrait totalement marginalisé, l’exercice du pouvoir politique basculant du côté du Parlement, avec une Assemblée probablement hétéroclite et du Gouvernement qui en émanerait dans un contexte dominé par la paralysie et l’instabilité (30% de chances).

Il reste 10% de chances… pour tout autre chose. Pour un tout autre scénario, imprévu, imprévisible, inconcevable aujourd’hui, celui qui dépasse l’imagination, balaye la loi des sondages, celui laissé dans les mains de la providence…

MT

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