Le sondage interdit

Le sondage CEVIPimagesQ97MTRRDOF de janvier 2017 sur la confiance des Français devrait être le « livre de chevet » de tous les responsables politiques. Pourtant, largement passé sous silence, boycotté par la France dite « d’en haut », tant il dérange ses habitudes de pensée. Chaque année, en janvier, il exprime le sentiment de la majorité silencieuse. En cette période préélectorale, entre les primaires de droite et les primaire de gauche, il souligne que la fracture entre la France dite d’en haut, celle de la politique nationale, médiatisée, et la France dite d’en bas, celle de la majorité silencieuse, ne cesse de s’aggraver, malgré la déferlante de la posture « anti système ». Pour 89% des Français, les responsables politiques nationaux « ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux ». 64% font confiance à leur maire, mais 25% au président de la République. 70% pensent que la « démocratie fonctionne mal ». 83% font confiance aux hôpitaux,  82% à l’armée, 81% aux PME, mais 24% aux médias et 11% aux partis politiques… La politique inspire à 40% de la méfiance, 28% du dégoût, 10% de l’ennui, 3% de la peur, soit 81% de perception négative. 75% estiment que le notions de droite et de gauche ne veulent plus dire grand chose. 77% jugent les politiques devraient moins communiquer et « prendre des mesures » dans l’intérêt général. 79% pensent que les grandes décisions engageant l’avenir doivent « faire l’objet d’un débat approfondi », et 79% que « les camps opposés devraient s’entendre dans l’intérêt du pays ». 91% sont « attachés à la démocratie » et 62% veulent que « les citoyens participent davantage à la décision ». 32% se sentent « uniquement français, 34% plus Français qu’Européens et 33% autant Français qu’Européens ».

Le spectacle actuel de la politique française, au niveau national, médiatisé, est en effet consternant: obsession carriériste, démagogie forcenée (le revenu universel), exaltation factice de personnages qui n’ont jamais rien prouvé, idolâtrie nihiliste  (Macron, le Pen), culte de la polémique et de la provocation, mépris de la France profonde à travers le déni des sujets fondamentaux, notamment la réforme de la démocratie. Sous l’effet d’une mode idéologique venu d’outre-Atlantique, les candidats se proclament tous « anti système » mais se vautrent dans la routine politicienne sans tenir le moindre compte de l’attente d’une transformation radicale de la vie publique qui  s’exprime des profondeurs de la Nation: démocratie de proximité, recours au référendum, recomposition générale de la politique française, réhabilitation de l’autorité du gouvernement sous le contrôle d’un Parlement représentatif des citoyens, prise en compte systématique de l’avis des Français sur les grands sujets, maîtrise des frontières, l’Europe, l’école, l’autorité, l’économie, la sécurité, etc. La question centrale de la fracture démocratique entre la classe dirigeante, influente, médiatisée et la majorité silencieuse est largement ignorée de la campagne électorale en cours. La fuite dans la logorrhée « anti système », devenue le paroxysme de la banalité,  ni changera rien. La vérité est que les gens ne supportent plus de subir des orientations et des décisions sur lesquels ils n’ont pas le sentiment d’avoir été écoutés. La remise à plat concrète de la vie politique française, du système des partis, des modes de décision, le renforcement de la démocratie de proximité, la sortie de la personnalisation excessive du pouvoir qui corrompt la politique en la soumettant aux passions idolâtres, au détriment de la raison et de l’intérêt public: tel est le sujet fondamental qui détermine tous les autres. Mais le sondage remet en question nombre de rentes de situation et de droits acquis, bouscule trop de rêves narcissiques et mégalomanes. Voilà pourquoi, sans doute, cette enquête passionnante du CEVIPOF, qui n’épargne personne de la politique nationale, médiatisée, de l’extrême droite à l’extrême gauche,  dérange tellement, fait l’objet d’un véritable boycott et d’un enterrement médiatique de première classe…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Le triste spectacle américain

6596475_n85zdb9k_1000x625L’hystérie anti Trump déferle en marge des cérémonies de passation de pouvoir. Un grand média français relaye l’appel « anti fasciste » de multiples collectifs contre le nouveau président américain voyant dans le trumpisme « un mélange toxique de suprématisme blanc, de misogynie, de xénophobie de militarisme, et de régime oligarchique« . En 2008, l’élection de Barak Obama a provoqué une vague d’euphorie dans la haute société occidentale. Entre temps sont passés la crise financière de 2009, le triomphe du terrorisme et de l’Etat islamique au Moyen-Orient, la nouvelle guerre froide avec la Russie. De « l’Obamania » de 2008, il ne reste que des ruines sur lesquelles a prospéré la candidature Trump. Pour la frange progressiste de l’opinion ce vertigineux basculement de l’air du temps est insoutenable: d’où le déchaînement de haine auquel nous assistons, jusqu’au déni de sa légitimité et appel à l’impeachment, un fait sans précédent pour la démocratie américaine.

Pourtant, la mobilisation anti-Trump, aussi excessive, grotesque et scandaleuse soit-elle, ne suffit pas à transformer ce dernier en héros et à apparaître comme un espoir pour le monde occidental. Son discours « anti élite« , « anti système« , sa haine de « l‘establishment » exhale la démagogie. Il est toujours facile d’accuser la haute administration, les élites administratives et financières, « Washington »  de tous les maux et d’en faire les boucs émissaires de la société. Lui-même, héritier richissime,  n’est-il pas le plus digne représentant de l’Amérique d’en haut? La contradiction sur laquelle repose le trumpisme est patente. « Plus c’est gros, etc… » Sa parole nationaliste, isolationniste et protectionniste n’est  pas digne d’une grande nation américaine sûre d’elle-même: « l’Amérique d’abord », « acheter et embaucher américain ». La prospérité américaine est en partie liée à son rayonnement planétaire: le discours du repli nationaliste sonne faux. Le chauvinisme obtus, le dénigrement de tout ce qui vient de l’extérieur, ne donnent pas une image d’assurance ni de puissance tranquille.  Attendre les faits pour le juger? Certes, mais qu’attendre d’un homme qui se gargarise du mot « peuple », s’entoure des plus riches milliardaires et nomme son gendre parmi ses  proches conseillers? La provocation systématique, les postures, les phrases choc et la communication à outrance font elles un homme d’Etat? Qu’il soit permis d’en douter. Les coups de gueule ne préjugent en rien de la capacité à opérer des choix réalistes et de bon sens puis à les assumer. Au contraire, serais-je tenté de dire…  L’hypocrisie – faire ovationner Mme Clinton après avoir juré pendant la campagne de l’envoyer en prison – ne me dit rien qui aille.

Jadis, les présidents américains ont donné de grands personnages de l’histoire. Il suffit de prononcer les noms de Roosevelt, Truman, Eisenhower, etc. Les trois derniers n’ont pas laissé un souvenir impérissable: Clinton, Bush, Obama… Pourquoi la démocratie américaine produit elle désormais des personnages médiocres, aussi limités à tout point de vue? Peut-être est-ce le signe d’un déclin général du bon sens et de l’intelligence collective…  En Amérique comme ailleurs. Je doute fortement que M. Trump, à la présidence des Etats-Unis, soit de nature à restaurer l’image de la Maison Blanche… J’espère me tromper (sans jeu de mot).

Maxime TANDONNET

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Les parias de la République (entretien Figaro vox)

9782262047221Ci-dessous, l’entretien avec Figaro vox au sujet de mon livre les parias de la République (Perrin 2017)

(1)    Votre dernier ouvrage dresse le portrait de huit parias de la République, personnages politiques haut en couleur devenus pestiférés, rejetés de tous, diabolisés. Quel est leur rôle dans l’histoire ?

Les huit parias de la République sont des hommes et des femmes qui ont tous pris une part active au gouvernement du pays. Ce ne sont pas de simples trublions ou provocateurs qui se seraient contentés de paroles et de protestations ou de démagogie. Ils ont été confrontés à la réalité du pouvoir et aux responsabilités. Ils furent présidents du Conseil, Premier ministre, président de la République pour l’un d’eux, ou bien un ministre essentiel. Ils ont été des décideurs, des gouvernants, de hauts dirigeants, animés de convictions ou d’une volonté politique forte. Cependant, du fait de leur intelligence, de leur culture, de leur volontarisme et de leur attachement au bien commun, ils n’ont pas été compris par les élites, la classe politique de leur temps. Donc, ils ont été rejetés, diabolisés, maudits à leur époque. Mais ce qui m’a le plus sidéré, c’est la poursuite de leur statut de pestiférés dans le temps. Malgré les aspects positifs de leur action, leur image reste maudite des décennies ou des siècles plus tard. Cette injustice souligne la vanité de toute prétention à laisser « sa trace dans l’histoire ».

(2)    Au fond, sont-ce des caractères indépendants et visionnaires qui ont eu raison avant tout le monde ?

Oui, c’est un point essentiel. Chaque époque a sa pensée unique ou son idéologie dominante. Les parias sont des personnalités qui, du fait de leur intelligence visionnaire, se sont élevées au-dessus du conformisme triomphant. Souvent, ils ont eu raison avant tout le monde. C’est pourquoi, ils ont été broyés par leur époque. On a beaucoup caricaturé le duc de Broglie et la formule « d’ordre moral » qui lui fut prêtée dans les années 1870. De fait, sa passion des valeurs traditionnelles notamment autour de la famille, se présente comme une mise en garde contre l’anomie, un monde relativiste, sans repères, sans principes, sans valeurs. Il voyait poindre dès 1875 les horreurs du XXe siècle, d’une société relativiste, sans bien ni mal, la barbarie, les guerres sanguinaires, les régimes totalitaires. Dans un tout autre genre, Joseph Caillaux est un personnage hors norme. Il était l’un des seuls, dans la classe politique et intellectuelle, à mettre en garde son époque contre l’ultra-nationalisme dominant dans les années 1900 et à prédire les atrocités de la Grande guerre ainsi que ses conséquences épouvantables: le totalitarisme, les guerres apocalyptiques, la cascade « de malheurs sans nom », l’effondrement de l’Europe. Non seulement il n’a pas été écouté, mais il a été persécuté par la classe dirigeante de l’époque. De même, Alexandre Millerand et André Tardieu furent de véritables visionnaires dans les années 1920 et 1930, fustigeant la faiblesse de la IIIe République et l’angélisme des élites françaises devant la montée du nationalisme allemand puis du nazisme. Eux aussi ont été ignorés et traités comme des pestiférés. Attention, je ne dis pas que ces hommes eurent toujours raison! Ils se sont parfois trompés. Je songe à Georges Bidault, prophétique dans son engagement dans la résistance au côté de Jean Moulin et dans les années de reconstruction, visionnaire de la réconciliation franco-allemande, mais sombrant dans un étrange aveuglement face à la décolonisation… De mes huit parias, il est celui dont le destin est le plus mystérieux, le plus insaisissable. Quant à Michel Poniatowski, lui aussi avec ses forces et se faiblesses, ses excès et ses erreurs, il fut le premier des hommes politique français en 1974 à tirer la sonnette d’alarme contre la montée de la violence dans des sociétés privées de repères, le communautarisme, la fragmentation de la société, la nécessité de maîtriser les frontières. Trop tôt, trop fort : son appel en faveur de l’autorité de l’Etat, quelques années après mai 1968, ne lui a pas été pardonné.

(3)    Un homme d’Etat est-il un paria qui a réussi ?

Un homme d’Etat doit concilier trois qualités: une vision de l’histoire, le sens du bien commun et le courage personnel. Ils sont très peu nombreux à avoir durablement émergé dans l’histoire politique française. En effet, en raison de leur supériorité, ils sont rapidement pris en chasse par le marais et réduits au silence avant d’être lapidés. Le véritable homme d’Etat est un paria en puissance. Le Général de Gaulle fut un paria tout à fait particulier, un paria qui a réussi. Il faut se souvenir de la manière dont il fut traité dans les années 1950 et 1960. Il était en permanence insulté, qualifié de réactionnaire et de fasciste. Dans le Coup d’Etat permanent, François Mitterrand utilise à son propos les mots de « caudillo, duce, führer... » C’est un comble pour le chef de la résistance française au nazisme… S’il fut un paria qui a réussi, c’est en raison de sa place hors norme dans l’histoire, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la décolonisation. Mais dès lors, il n’est plus vraiment un paria au sens de la définition que j’en donne, son image à la postérité étant largement positive et consensuelle.

(4)    Votre description des parias fait penser à la figure chère à René Girard du bouc émissaire. Le bouc émissaire chez Girard sert à réguler la violence de la société par une violence qui converge vers une unique personne. Les parias que vous décrivez traduisent-ils une violence inhérente à la forme démocratique et au régime républicain ?

En effet, pour tout vous dire, la lecture des livres de René Girard, notamment La violence et le sacré et Les choses cachées depuis la fondation du monde m’a inspiré l’idée de cet ouvrage sur les parias de la République. Sa grille de lecture peut s’appliquer à l’histoire politique française: la quête d’un bouc émissaire, victime expiatoire de la violence collective, et son lynchage par lequel la société politique retrouve son unité. Le cas d’Edith Cresson est intéressant à cet égard. Quand on lit la presse de l’époque, quand on replonge dans les actualités du début des années 1990, la violence, la férocité de son lynchage nous apparaissent comme sidérants. On a beaucoup parlé de ses maladresses, provocations et fautes de communication qui furent réelles. Mais l’acharnement contre elle, les insultes, la caricature, la diffamation contre une femme Premier ministre qui prenait une place convoitée par des hommes, a atteint des proportions vertigineuses. On en a oublié des aspects positifs de sa politique: le rejet des 35 heures, la promotion de l’apprentissage, des privatisations et de la politique industrielle, la volonté de maîtriser les frontières. Elle fut vraiment une femme lynchée. Et sur ce sacrifice, les politiques de son camp ont tenté de se refaire une cohésion. Sans succès. Encore aujourd’hui, je constate à quel point elle fut haïe. Des personnalités de droite ou de gauche m’ont vivement reproché de tenter de la « réhabiliter » parmi mes parias! De fait, je ne cherche pas à la réhabiliter et ne cache rien de ses erreurs, mais je mets le doigts sur un épisode qui n’est pas à l’honneur de la classe politique française. La violence est certes inhérente à la république dès lors que la république suppose une concurrence pour les postes, les mandats, les honneurs. Cette violence devrait être tempérée par la morale, le sens de l’honneur, du respect des autres, par les valeurs au sens du duc de Broglie. Elle ne l’a pas été à l’égard d’Edith Cresson. Elle l’est de moins en moins aujourd’hui, comme en témoigne la multiplication des lynchages politico-médiatiques à tout propos.

(5)    Parmi les huit parias que vous décrivez, si vous deviez en choisir un, qui vous serait particulièrement cher, lequel serait-ce ?

J’éprouve une tendresse particulière pour André Tardieu et rêverais de pouvoir passer une heure avec lui. C’est un grand bourgeois parisien d’une puissance intellectuelle hors normes, éternel major des concours les plus prestigieux. Avec ses allures de dandy, il fréquente les restaurants et l’opéra, ne se prend jamais au sérieux. D’une gaîté et d’une drôlerie permanente, charismatique, éblouissant, d’où son surnom de Mirobolant, il est un grand séducteur des plus jolies actrices de son temps. Parvenu au pouvoir en 1929, il pressent avant tout le monde la gravité de la crise de 1929-1932 et lance, trois ans avant Roosevelt une politique de relance par les grands investissements, un véritable New Deal français. Totalement incompris, notamment pas le parti radical, il est chassé du pouvoir et empêché d’accomplir son projet de modernisation du pays. C’est un tournant de sa vie. Il en conçoit une profonde amertume et bascule dans une vision tragique du monde. Il met en garde les élites françaises contre la faiblesse des institutions de la IIIe République qui ne permettent pas de gouverner. Il dénonce, bien avant tout le monde, dès 1933, le danger mortel que le nazisme fait courir à la civilisation, contre l’angélisme de la classe politique et des élites à cet égard. Il réclame un renforcement du pouvoir du gouvernement face aux partis politiques alors tout puissants. Non seulement il n’est pas écouté, mais il est véritablement lynché, traité de réactionnaire et de fasciste, par la gauche, mais aussi par la droite, dont ses anciens amis politiques par exemple Paul Reynaud. Dès lors, il se retire en 1936 dans la solitude absolue du hameau de Monti, sur les hauteurs de Menton, pour y trouver le soleil. Je trouve profondément injuste le procès qui lui est fait encore aujourd’hui. Il suffit de lire dans son œuvre maîtresse « La Révolution à refaire « son engagement en faveur du vote des femmes – contre l’ensemble de la classe politique de l’époque, surtout la gauche radicale – pour comprendre à quel point sa vision est moderne et démocratique. Elle a inspiré, de A à Z, la Ve République du général de Gaulle qui hélas, ne lui a pas assez rendu hommage…

(6) Pourquoi insistez-vous tant sur la vie privée de vos parias? N’est-ce pas une forme de voyeurisme?

Je ne le pense pas. Leur vie intime explique beaucoup de leurs convictions et de leur politique. On ne peut pas comprendre leur engagement sans une analyse approfondie de leur caractère, de leur histoire personnelle, et sans se plonger délibérément dans leur vie privée. Si je parle longuement des amours de Joseph Caillaux et du drame de l’assassinat du directeur du Figaro, Gaston Calmette, par sa seconde épouse, Henriette, c’est parce que ce drame, fruit d’un hallucinant quiproquo, a peut-être eu des conséquences vertigineuses sur la grande histoire… De même, la vie de famille de Jules Moch est au centre de son comportement et de sa politique. La mort de son fils aîné, André, qu’il aimait passionnément, grand résistant assassiné par la Milice en 1944, fut un traumatisme infini qui peut expliquer certains aspects de son engagement. Chez lui, le désordre et le chaos sont la voie royale vers la guerre, la dictature et le crime. Homme de gauche d’une autre époque, difficilement compréhensible aujourd’hui, il est foncièrement attaché à l’ordre républicain et à la stabilité qui sont les garanties de la paix. La liberté et l’égalité sont incompatibles avec le désordre. Il est réellement socialiste, au sens de son époque, favorable à l’étatisme et à l’égalité. Mais il ne supporte pas l’anarchie. Il est d’une gauche autoritaire, qui trouve ses racines dans la Convention, mais aussi dans la politique de Clemenceau et dans la Résistance, étant l’un des Quatre-Vingts parlementaires qui ont refusé les pleins pouvoirs à Pétain. Sa diabolisation actuelle et sa réputation « d’assassin des ouvriers » est une grave injustice. Contrairement à la légende, il n’a jamais ordonné de « tirer sur les mineurs ». Dans un pays dévasté par les pénuries alimentaires et de charbon en 1947-1948, vivant sous la menace des chars de Staline, alors que l’Europe de l’Est était placée sous le joug soviétique, Jules Moch, ministre de l’Intérieur, a assuré le maintien de l’ordre et la sauvegarde de la Nation. Cet ami fidèle de Léon Blum dont il était particulièrement proche, était alors considéré, jusqu’à 1950, comme un véritable sauveur et encensé par toute la classe politique, en particulier le parti socialiste, à l’exception des communistes. Il a refusé le tournant « libéral libertaire » de mai 1968 de la gauche française et détestait Mitterrand, symbole à ses yeux du « social-narcissisme ». Ennemi du désordre, obsédé par l’horreur de la guerre et de l’oppression, détestant l’arme atomique, homme d’autorité, une autorité républicaine, mais hostile à toute forme de culte de la personnalité, il est le plus inclassable de tous nos parias…

(7)    Vous écrivez également que notre société aujourd’hui ne permet plus à de grands parias politiques d’émerger, comme s’ils étaient tués dans l’œuf car pour qu’il y ait de grands parias, encore faut-il qu’il y ait de forts tempéraments ? La fin des grands parias signe-t-elle la mort de la politique ?

Oui, mais il me faut être clair: j’éprouve une immense admiration pour les maires et les grands élus politiques qui consacrent leur vie à l’intérêt général, souvent dans la discrétion et la modestie. En revanche, il me semble que globalement, la vie politique médiatisée, apparente, nationale, sombre dans une médiocrité toujours plus grande, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Je ne suis pas sûr qu’il existe en ce moment des hommes ou femmes d’Etat potentiels, visionnaires, davantage concernés par le bien public que par leur destin personnel, sans peur et déterminés. La vie politique médiatisée devient de plus en plus une affaire d’image, de coups médiatiques, de manipulations, de polémiques et de posture. Elle est orientée vers le culte du « moi », le bavardage, la communication narcissique au détriment de l’action et du bien public. Jusqu’aux années 1980, les grands politiques étaient souvent des personnes d’une haute culture historique et littéraire, qui leur donnait une hauteur, un recul, une vision historique, une perspective par rapport à l’actualité, à leur propre destin, à l’avenir du pays. Aujourd’hui, nous assistons au triomphe du narcissisme qui faisait horreur à Jules Moch. C’est pourquoi nous n’avons plus semble-t-il de grands parias de l’histoire, maudits à cause de leur supériorité intellectuelle et de leur caractère. De tels tempérament sont étouffés dans l’œuf, écartés par anticipation de la carrière politique. Il me semble que les jeunes les plus brillants d’une génération choisissent d’autres voies que la politique qui de toute façon devient de plus en plus, à la base, une affaire de réseau personnel, familial ou clanique. Jadis, me semble-t-il, les politiques, candidats aux élections, à l’exemple de mes parias, étaient souvent repérés et désignés pour leurs qualités personnelles, intelligence et caractère. Aujourd’hui, les choses se jouent davantage sur le népotisme familial ou le copinage. D’où cette impression de médiocratie montante. Nous avons en revanche, dans notre univers politique ultra-médiatisé, une multitude de petits parias quotidiens qui font l’objet d’un passage à tabac médiatique, mimétique, à la suite de fautes de comportement, de paroles déviantes au regard du politiquement correct, ou de la pure calomnie. Ces parias d’un jour, d’une semaine, banalisés, n’ont rien à voir avec le grands parias de l’histoire, en voie de disparition… Ce phénomène exprime bien un déclin de la vie politique et démocratique.

 (8)    Vous avez été le conseiller de Nicolas Sarkozy. Considérez-vous qu’il fut un paria ?

Franchement, c’est difficile à dire en l’absence de recul historique. Nicolas Sarkozy a fait l’objet d’un lynchage permanent et violent pendant son quinquennat: insultes au jour le jour, calomnies et les aspects positifs du bilan de son action ont été étrangement passés sous silence. Pourtant, il me semble trop tôt pour lui appliquer le qualificatif de paria au sens où je l’entends dans mon ouvrage, supposant un bannissement qui se poursuit dans l’histoire. Comment sera-t-il jugé dans vingt ans? Qui peut le dire? Souvenons-nous de Mitterrand et de Chirac. Leur fin de règne fut pathétique, pitoyable. Qui s’en souvient encore? La mémoire contemporaine est tellement courte… Aujourd’hui, ils sont plutôt encensés et n’ont rien de parias…

(9) François Fillon a choisi d’incarner une droite assez dure, stratégie validée lors de primaires où il a su d’adresser au cœur de son électorat, mais qui se heurte aujourd’hui à un électorat beaucoup plus large, peut-être apeuré par son programme économique. L’ancien Premier ministre est austère, d’aucuns diront rigide. A-t-il le profil d’un paria ?

Il a le profit d’un bouc émissaire, sans aucun doute, faute de pouvoir parler de paria à ce stade. D’ici à l’élection présidentielle et par la suite, s’il l’emporte, il sera inévitablement maltraité et son tempérament à la fois réservé et volontaire ne peut qu’exciter la hargne envers lui. Il faut noter que François Hollande, quoi qu’on en pense, n’a pas été épargné par le monde médiatique et la presse qu’il croyait toute acquise à sa cause… C’est une vraie question que je me pose: le président de la République, qui incarnait du temps du général de Gaulle et de Pompidou, le prestige, l’autorité, la grandeur nationale, est-il en train de devenir le bouc émissaire naturel d’un pays en crise de confiance? Ultra-médiatisé, il incarne à lui tout seul le pouvoir politique dans la conscience collective. Mais ne disposant pas d’une baguette magique pour régler les difficultés des Français, apaiser leurs inquiétudes, il devient responsable malgré lui de tous les maux de la création. Je pense qu’il faut refonder notre vision du pouvoir politique, lui donner une connotation moins personnelle et individualiste. Le temps est venu de redécouvrir les vertus d’une politique davantage axée sur l’engagement collectif, le partage de la responsabilité, entre le chef de l’Etat, le Premier ministre, la majorité, la nation, au service du bien commun.

 

 

 

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Le discours de Nice de M. Fillon

000_ig3exLe discours de Nice de M. Fillon a été largement caricaturé ou biaisé dans sa présentation. Dès lors, il me paraît utile de le reproduire ici dans son intégralité. Dès lors que ce discours est présenté comme fondateur de sa campagne présidentielle, il faut que chacun puisse se forger une idée de son contenu. Mon sentiment personnel? La candidat Républicain fait preuve de beaucoup de courage, d’audace et de lucidité en donnant la priorité à la question de l’immigration et de l’intégration qui préoccupe les Français, contre les sirènes du conformisme. Ses propositions à cet égard sont fortes, sérieuses, travaillées, conciliant réalisme, fermeté, justice et humanité. Elles sont le résultat d’un travail et d’une réflexion approfondie de personnes de son entourage qui à l’évidence connaissent le dossier sur le bout des doigts et seront les mieux placées ensuite pour mettre en œuvre des mesures conciliant le réalisme, la nécessaire maîtrise des flux et le respect des principes de la France. Cependant, sur le ton général du discours, si j’avais un conseil à donner au candidat républicain, c’est de sublimer sa parole, sur la forme et le fond, en dépassant le « je ». Il aurait à gagner à parler d’une œuvre collective et pas seulement individuelle. L’idée de citer au moins une fois Nicolas Sarkozy, dont il fut le Premier ministre pendant cinq ans, voire Jacques Chirac, Pompidou et de Gaulle, donnerait de la perspective à son discours. J’en reviens à ma conviction intime: le « je » présidentiel est désormais une notion périmée, qui conduit au narcissisme élyséen, c’est-à-dire la solitude, l’isolement, l’inefficacité, le lynchage médiatique, le repli, l’échec humiliant et désespérant. Ce « je » exacerbé est me semble-t-il,  l’une des sources de la tragédie du chef de l’Etat actuel. Une politique, à mes yeux, ne peut réussir dans le monde moderne, qu’à travers une intense mobilisation collective: le Président et son entourage certes, mais aussi un Premier ministre puissant, un gouvernement, un Parlement souverain, une majorité, et surtout la confiance d’une Nation. Autrefois, je ne le savais pas. Je croyais comme tout le monde « au sauveur providentiel ». J’ai vécu – 7 ans d’expérience dans les allées du pouvoir – , écouté, beaucoup lu, réfléchi et ma pensée en a été transformée. M. François Fillon aurait donc, à mes yeux, tout avantage, en une seconde étape de sa campagne, à passer du « je » au « nous ». Qui le lui dira?

Maxime TANDONNET

Mes amis, mes chers compatriotes,
C’est à Nice et c’est avec vous que repars en campagne.
A cette ville que j’aime et à vous tous, j’adresse mes vœux de bonheur et de succès pour cette nouvelle année qui commence.
Je suis parmi vous, avec le cœur encore serré par la tragédie du 14 juillet.
De ce souvenir monte en moi une volonté inflexible de défendre nos valeurs.
Si les Français me font confiance, je prendrai tous les moyens et je solliciterai tous les Etats vo- lontaires, de Washington à Moscou, d’Ankara à Téhéran, pour détruire l’Etat islamique et ses ram- ifications terroristes.
Dans ce combat, j’aurai besoin de nos compatriotes musulmans pour faire le ménage contre ceux qui instrumentalisent leur foi.
Nous sommes la France, nous sommes Nice, et jamais nous ne baisserons la tête devant ceux qui veulent abattre notre liberté.
C’est nous qui les battrons parce que nos valeurs sont plus belles et plus fortes !
A vos côtés, je puis dire cette phrase simple et belle : « je suis Français et j’en suis fier ».
Comme vous, je me sens l’héritier d’une Histoire, d’une culture, d’un patrimoine, d’un drapeau, et ce drapeau est suffisamment large pour fédérer tous les Français qui veulent, à nos côtés, servir leur pays.
Cela s’appelle le patriotisme, et n’en déplaisent à certains, nous le revendiquons, nous l’assumons et nous irons au bout de notre conviction : la France doit être aimée et impérativement redressée.
Durant trois mois nous avons vécu au rythme des primaires et vous avez donné une formidable leçon de démocratie à tous ceux qui doutaient de nous.
Après ma victoire, je m’étais fixé trois objectifs.
D’abord rassembler toutes les forces et les sensibilités de ma famille politique.
C’est fait : après la compétition des primaires, les Républicains font bloc.
Je salue fraternellement tous les militants et les élus qui m’ont rejoint sans état d’âme.
J’aurai besoin d’eux, j’aurai besoin de leur engagement et j’aurai besoin des Alpes Maritimes !
Mon second objectif était d’unir la droite et le centre autour de ma candidature.
C’est fait et je remercie les élus et sympathisants de l’UDI qui, avec un grand sens des re- sponsabilités, ont décidé de se battre à mes côtés.
Nous avons quelques différences entre nous, mais ce qui nous uni est tellement plus fort que ce qui nous distingue, et surtout, ce que nous avons à faire pour la France est bien plus important que toutes nos affaires partisanes.
Enfin, je devais mettre en place une équipe de campagne ouverte à tous. C’est fait !
Maintenant, mes amis, nous sommes en ordre de bataille et nous allons foncer ensemble.
Je laisse les sondages aux sondeurs, les scénarios écrits d’avance aux scénaristes, je ne crois qu’une chose : la victoire récompensera le camp le plus décidé, le plus convaincu.
Ma détermination est de fer et je ne doute pas de la vôtre.
Vous êtes des militants de la France et pour la France je vous demande une mobilisation et une résolution sans faille.
Ne cédez à aucune intimidation, ne marchez jamais à l’ombre, affirmez ce que vous voulez et ce que vous êtes.
On vous accuse de vouloir redresser la France de façon radicale. Assumez et ripostez car c’est vous qui avez raison de penser que la situation réclame du courage.
On vous accuse de défendre les valeurs de la liberté, de l’autorité, de la famille, du travail. As- sumez et ripostez car vous n’avez pas à vous excuser d’avoir du bon sens.
Je compte sur vous et vous pouvez compter sur moi pour ne pas changer ce que je crois et ce que je veux.
Il y a deux mois, je n’étais pas le candidat de l’establishment et je n’ai pas l’intention de le deve- nir : je vais repartir sur le terrain, replonger dans le quotidien des Français pour les écouter, les convaincre et les rassembler.
Je veux leur faire partager ma volonté d’action, pas la solder en affadissant mes convictions.
La démocratie, ça n’est pas des convictions pour les primaires, d’autres convictions pour les pré- sidentielles et pourquoi pas encore des convictions pour les législatives !
Je me bats pour redresser notre pays, pas pour ruser avec lui, et, une fois au pouvoir, pour passer entre les gouttes.
Je l’avais dit et je le répète, je relève un pari difficile pour un peuple si longtemps abreuvé d’illusions politiques et de douces promesses : le pari de la vérité et du changement de fond.
Alors certes, inéluctablement, presque mécaniquement, la radicalité et la franchise de mon projet m’exposent aux blâmes et aux caricatures de ceux qui sont mous et flous.
Les balles sifflent de partout. Visiblement, je gène certains.
« Tous contre Fillon !», « tous contre la droite », tous contre ces « pauvres » électeurs de la primaire qui, nous répète-t-on, ne représentent que 4 millions de Français.
Mais il ne suffit pas d’être contre encore faut-il avoir quelque chose à dire. Qu’ont-ils à dire et à proposer ceux qui nous mitraillent ?
Rien de nouveau mais surtout rien de fort pour répondre à l’urgence d’un pays qui décroche et qui souffre.
Devant mes propositions, le système se rebiffe et use des arguments les plus fallacieux. Rien d’anormal, si ce n’est que le débat est bas.
Contre le redressement national, mes adversaires ont rédigé leurs tracts : « sang et larmes » « purge », « casse sociale », et pourquoi pas l’apocalypse !
La casse sociale, elle est là, sous nos yeux, mais on préfère étouffer la réalité plutôt que de la re- garder en face.
6 millions de Français qui pointent à Pole emploi ; 2 millions de jeunes qui ne sont ni à l’Ecole, ni en formation, ni en emploi ; la pauvreté qui augmente faute de croissance ; des quartiers dé- glingués par la délinquance ; des campagnes abandonnées ; des classes moyennes et des familles qui n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois ; un système de santé débordé ; les plus beaux actifs de la France rachetés par l’étranger ; 2000 milliards de dettes pour nos enfants…
Tout ça c’est la réalité, tout ça c’est maintenant, tout ça c’est le bilan de François Hollande, bi- lan qu’il a lui-même jugé tellement catastrophique qu’il a renoncé à se représenter.
Oui, tout cela crève les yeux, mais rien n’y fait : 40 ans que la gauche nous rejoue le film de la « casse sociale » ; 40 ans qu’elle instrumentalise la peur contre tout changement ; 40 ans qu’elle croit pouvoir traiter les fonctionnaires et les ouvriers comme des clientèles électorales, avec maintenant pour acolyte l’extrême droite qui joue la même partition que l’extrême gauche.
Derrière ces postures, la faillite nous guette et la colère monte mais ces gens-là vous disent qu’il ne faut rien changer.
Avec les primaires de la gauche, dénommées primaires de la « Belle alliance populaire » – prière de ne pas rire ! – on est en plein déni et en plein dans le vieux logiciel socialiste.
Comme disait Edgar Faure, « l’immobilisme est en marche, rien ne l’arrêtera ! ».
C’est la course de lenteur entre celui qui dépensera le plus, celui qui réformera le moins et celui qui promettra le beurre et l’argent du beurre.
Evacués Hollande et les résultats calamiteux de son quinquennat, oubliés les déficits, finis les en- gagements européens, ravalées les déclarations d’amour aux entreprises, aux orties le 49.3 et la Vème République !
Quel que soit le vainqueur de ces primaires, il y aura bien, entre nous, une différence de fond : moi, je veux redresser la France ; à gauche, on veut l’assister dans son déclin, Mr Macron com- pris.
Je dénonce cette capitulation et rien ni personne ne m’empêchera de lui opposer un chemin plus grand et plus droit.
Je suis gaulliste. Que voulez-vous, on ne se réinvente pas et, au surplus, je n’ai qu’une patrie et qu’une vie pour la servir !
Je veux incarner la fierté d’une nation qui ne se laisse pas abattre.
C’est mon combat, et je viens vers vous, porté par la confiance que fait naître en moi cette incroy- able aventure d’un pays qui par sa bravoure, sa culture, son goût du progrès, a réussi à se placer parmi les cinq plus grandes puissances du monde.
Nous sommes les héritiers d’une Nation bâtie par des femmes et des hommes qui ont travaillé sans relâche, et tout nous commande de faire aussi bien qu’eux.
Cette nation millénaire est montée sur les barricades pour la justice, s’est sacrifiée pour son indé- pendance afin que le peuple français soit toujours libre de dire « je suis là et j’exige le respect ». Exigez ce respect !
Exigez-le de toutes vos forces car le réveil national est d’abord entre vos mains.
Depuis trois ans, je sillonne notre pays.
« Laissez-nous travailler, laissez-nous réussir, qu’on nous fiche la paix », voilà ce que m’ont dit les milliers de Français que j’ai rencontrés.
Notre peuple n’est pas fatigué, c’est le système qui est complètement usé, avec cette incroyable accumulation de règles, de normes, de soupçons qui vampirisent les volontés.
La bureaucratie a envahi nos vies.
Tout est encadré, nivelé, passé à la moulinette d’une logique pernicieuse : mieux vaut, nous dit-on, la paperasse que l’audace, mieux vaut parait-il le chômage et les 3000 pages du code du travail que l’assouplissement de l’emploi, mieux vaut le diktat syndical que le référendum d’entreprise, mieux vaut un champ en jachère que quelques arpents non déclarés, mieux vaut les écrous administratifs que la responsabilité, mieux vaut -on vous le dit, on vous le répète- une circulaire qu’une initiative…
Eh bien non !
Mieux vaut pour moi le risque d’oser que l’uniformité dans la médiocrité. Voilà ce que je crois et voilà ce que m’ont dit tous les salariés et agents publics.
C’est ce système que je veux changer en redonnant au pays sa liberté !
Oui, avec vous mes amis, j’assume la première valeur de notre devise républicaine.
Et d’ailleurs, si cette valeur de la liberté n’est pas portée par la droite, alors qui la portera ? Surement pas les socialistes qui de tout temps ont préféré l’égalitarisme mou. Et surement pas l’extrême droite, dont le projet économique est un copier-coller de celui de l’extrême gauche.
Pour la liberté et pour le plein emploi, je veux concentrer le code du travail sur ses principes fon- damentaux et renvoyer le reste au dialogue social.
Je donnerai aux entreprises et à leurs salariés le pouvoir de négocier pleinement entre eux les heu- res et les conditions du travail.
Moi je fais le pari de la vraie négociation sociale, dans les entreprises, là où entrepreneurs et salar- iés savent de quoi ils parlent.
Et parce que l’Etat doit donner l’exemple d’une nation qui se retrousse les manches, nous ré- tablirons dans les administrations publiques les 39 heures.
Là aussi il y aura des négociations car chacun devra bénéficier des fruits de cet effort, mais cela se fera car je veux une fonction publique performante, au service d’un Etat fort.
Par la liberté, je donnerai à ceux qui veulent entreprendre le pouvoir de le faire en renforçant le statut des autoentrepreneurs et en créant celui de travailleur indépendant.
Avec le numérique, c’est le début d’une nouvelle économie qui va dynamiser les générations à venir, avec un potentiel d’un million d’emplois nouveaux.
Par la liberté, je donnerai aux investisseurs de France le goût d’investir ici, chez nous, pour nos industries, pour nos emplois.
Je baisserai massivement les charges et j’allégerai la fiscalité qui pèse sur l’investissement.
Je suis un patriote : je préfère supprimer l’ISF que de voir l’économie française sans capitaux, passer sous contrôle étranger.
Plutôt que de nous rouler par terre pour attirer les fortunes du Qatar et les fonds de pensions amé- ricains, je veux des fortunes françaises qui investissent pour la France.
N’en déplaise à ceux qui pensent que le bonheur est de marcher à genoux, c’est la liberté qui est le meilleur carburant des sociétés vivantes ; c’est la liberté qui créera des initiatives et des emplois ; c’est la liberté qui relancera l’ascenseur social aujourd’hui bloqué dans le sous-sol de ce système qui vous explique depuis trop longtemps qu’il vaut mieux l’ombre pour tous que la lumière pour ceux qui veulent en sortir.
Les jeunes n’ont pas peur de la liberté. Ils n’ont que rage pour cet immobilisme poussiéreux qui les englue.
Les chômeurs n’ont pas peur de la liberté. Ils ont peur de rester coincés au chômage. L’autoentrepreneur, l’artisan, le jeune agriculteur, eux qui s’endettent et se lancent, ils n’ont pas peur de la liberté. Ils la réclament à cor et à cris.
Je parle de liberté, oui, et j’en parle pour les sans grade, les sans carnets d’adresse, les oubliés, les déclassés, les humiliés, les courageux, les intrépides, les audacieux, bref, ceux pour qui la liberté est une opportunité de prendre leur destin à pleine main.
Et celui qui la prend s’engage pour réussir sa vie et pour prouver qu’il existe en lui une flamme ; et de fil en aiguille, de flamme en flamme, c’est tout un peuple qui se redresse et se met à gagner. En cinq ans, nous pouvons élever notre compétitivité et égaler l’Allemagne, en cinq ans nous pou- vons réduire notre chômage en dessous de 7%, remettre nos finances publiques à l’équilibre et d’ici 10 ans nous pouvons être la 1ère puissance européenne.
Alors oui, mes amis, liberté à la Liberté. Mais la liberté sans l’autorité, c’est l’anarchie.
Je veux rétablir l’autorité de l’Etat, l’autorité de la loi, la nécessité de l’ordre.
Qu’un père de famille puisse gagner dix fois moins que le dealer qui trafique au pied de son im- meuble, c’est une honte.
Que nos policiers puissent être attaqués aux cocktails Molotov, ça n’est pas un fait divers, c’est un scandale.
Qu’un de vos concitoyens, tout près d‘ici, se croit autorisé à décider de son propre chef, quels étrangers peuvent entrer et résider en France, c’est le contraire de la démocratie et de la Ré- publique.
Nul n’est au-dessus de la loi !
La loi et la sécurité doivent être partout et pour tous, avec des forces de l’ordre modernisées et une Justice ferme et rapide.
Nos forces sont sous-équipées, et elles le sont notamment sur tout ce qui relève des nouvelles technologies pour cerner et chasser la délinquance.
Nos forces s’éreintent dans des tâches administratives. Elles doivent passer plus de temps sur le terrain.
Pour cela, la tranquillité publique commande de renforcer le rôle des maires et des polices munic- ipales qui sont au plus près des populations.
Et puis, il faut une justice rapide et ferme.
Chacun est responsable de ses actes ! Un voyou est un voyou avant d’être une prétendue victime de la société.
Le sentiment d’impunité des délinquants est le résultat d’un manque de fermeté et de civisme qui devraient s’exercer à tous les niveaux : dans la famille qui doit assumer ses devoirs ; à l’Ecole qui ne doit rien céder devant l’indiscipline et l’inculture des caïds en herbe ; dans les prétoires où la Justice doit passer vite et nette.
L’impunité zéro doit être la règle.
Je veux rétablir les peines planchers pour les récidivistes.
Un délit : une sanction ! Voilà la règle qui doit être parfaitement claire pour les délinquants.
Cette fermeté retrouvée réclame de reprendre le programme de construction de places de prison interrompu par Hollande et Taubira.
Vous m’aurez compris : j’en appelle à un nouvel état d’esprit face à la violence et à une mobilisa- tion nationale pour qu’à chaque coin de rue nos policiers et gendarmes se sentent respectés, soutenus et le terroriste comme le délinquant réprouvés, coincés, pourchassés.
La peur doit changer de camp et nul ne doit pouvoir se dire que le mal rapporte plus que le bien.
Mes amis,
Il y a des lieux en France où le sentiment d’appartenir à la même nation s’est disloqué. Les replis identitaires avancent et l’intégration recule.
L’unité nationale commande une autre politique de l’immigration.
Il ne faut pas céder aux injonctions de la bien-pensance, qui nous adresse toujours le même mes- sage, qui se veut angélique et qui est en réalité inconscient : liberté pour les migrants et honte aux frontières.
Non, la France est généreuse mais elle n’est pas une mosaïque et un territoire sans limite ; c’est une Nation, en droit de choisir qui peut la rejoindre, en droit aussi d’exiger des étrangers qu’ils se plient à ses règles et à ses coutumes.
Il existe chez nous, depuis la chrétienté, une tradition de l’hospitalité pour les victimes de persécu- tions politiques.
Il existe aussi une tradition d’ouverture aux talents venus d’ailleurs.
Je pense à Romain Gary, venu de l’Est de l’Europe s’installer à Nice avec sa mère quand il était enfant, et qui toute sa vie voudra être plus français que tous les Français, s’acharnant à réussir par les littérature et par les armes.
Mais ces traditions d’ouverture doivent être raisonnables et raisonnées.
Nous comptons 6 millions de chômeurs et près de 9 millions de pauvres.
Dans ce contexte, l’immigration doit être fermement contrôlée et réduite au minimum.
Il faut tout d’abord ramener notre politique d’asile à l’aune de sa seule ambition et mettre fin à son détournement.
L’asile sert à protéger les victimes politiques ; il sert aux personnes qui ont fui les persécutions ou les guerres dans leurs pays.
L’accueil des véritables réfugiés est un devoir, mais ne nous laissons pas déborder par ceux qui n’ont pas ce statut.
Les demandes d’asile ont explosé depuis 2012.
Les crises du Proche-Orient n’expliquent pas cette augmentation massive, car 70 % des demandes sont rejetées comme infondées.
Ce qui est en cause, c’est la multiplication des détournements de procédures nourris par les filières et les passeurs. La méditerranée est devenue le tombeau de dizaine de milliers d’êtres humains, femmes et enfants.
Ces passeurs de faux rêves sont des passeurs de morts qu’il faut traquer et neutraliser.
Ce qui est en cause aussi, c’est la longueur des procédures qui permettent aux illégaux de s’installer et de viser la régularisation de leur situation.
Seuls 4% des déboutés de l’asile sont effectivement éloignés ; les autres se maintiennent en France contre la loi.
Je veux reconstruire le système de l’asile pour mettre fin à ces abus.
Il faudra veiller à ce que les demandeurs d’asile puissent présenter leur demande à l’étranger, dans nos consulats, dans les pays qui leur servent de premier refuge.
Il faut, en second lieu, réduire la durée d’instruction des demandes d’asile. Obligation sera faite aux demandeurs de former leur demande dans un délai de 15 jours après l’entrée sur notre territoire, sous peine de la voir traiter par une procédure accélérée.
La durée maximale d’examen d’une demande d’asile devra être limitée à 120 jours au total, voies d’appel comprises.
Pour être contrôlé, l’hébergement des demandeurs d’asile sera assuré dans des centres dédiés, gérés par l’Etat ou pour son compte par des associations.
Enfin, ceux des demandeurs d’asile dont la demande aura été définitivement rejetée devront impérativement être éloignés du territoire.
La décision de rejet devra s’accompagner immédiatement de la notification à l’intéressé d’une obligation de quitter le territoire français.
Pour faciliter leur éloignement, ceux des demandeurs d’asile dont la demande apparaîtra manifestement infondée ou qui sont originaires de pays réputés sûrs, seront placés en rétention administrative pendant l’examen de leur demande, de manière que leur éloignement soit garanti en cas de rejet de leur demande.
Il faudra généraliser le passage dans les centres de rétention administrative.
Si nécessaire, mon gouvernement renégociera la directive « éloignement » pour tirer les conséquences de ce qui était prévisible : l’assignation à résidence privilégiée par Monsieur Valls est un échec qui ajoute encore aux difficultés de maîtrise des procédures d’asile.
Penser qu’un étranger en situation irrégulière quittera de lui-même le territoire national est naïf. La durée maximale de la rétention administrative devra être portée de 45 jours à 180 jours.
A ceux qui pousseront des cris d’orfraie en entendant cette proposition, je rappelle que cette durée est de 18 mois en Allemagne et qu’elle est illimitée au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.
Ce délai de six mois permettra d’organiser, en collaboration avec les autorités des pays d’origine, le retour effectif de leurs ressortissants.
On ignore souvent que le retour dans leur pays des étrangers en situation irrégulière est soumis à la délivrance d’autorisations par les pays dont ils sont les ressortissants.
Or ces pays freinent parfois la délivrance de ces documents, par mauvaise volonté ou par lenteur administrative.
C’est pourquoi, je veux que la coopération des pays d’origine à notre politique d’immigration soit une condition de l’aide au développement que nous leur versons et du nombre de visas que nous délivrons à leurs ressortissants.
Il s’agit d’assurer une forme de réciprocité pour faire respecter notre souveraineté.
En revanche, je ne crois pas moralement possible de limiter le droit à la scolarisation des enfants d’immigrés clandestins. Les enfants ne sont pas responsables. C’est l’honneur de la République que d’assurer cette scolarisation.
Une politique sérieuse de l’immigration repose aussi sur le règlement des situations de crise comme celle de Calais.
Le gouvernement de François Hollande a tardé à démanteler les campements, en leur laissant prendre une ampleur inconnue jusque-là.
Il n’a pas négocié avec le Royaume-Uni un rééquilibrage des accords du Touquet de 2003 pour traiter les causes du problème.
C’est une exigence pour nous : les Britanniques doivent prendre toute leur part dans l’accueil de ces migrants, y compris les mineurs isolés, qui veulent traverser la Manche.
En 30 ans, la population de l’Afrique va plus que doubler.
Avec solennité, je dis que l’immigration en France n’est pas l’avenir de l’Afrique. L’avenir des Africains est dans le développement de leurs pays, dans la création d’emplois en Afrique !
L’aide au développement peut y participer dans le cadre d’un nouveau partenariat entre la France et le continent africain.
La France y apportera sa maîtrise des technologies les plus modernes en particulier dans l’accès à l’énergie avec l’initiative remarquable de Jean-Louis Borloo, ses capacités de formation de la main d’œuvre africaine et, si nécessaire, des financements ciblés.
Mais c’en est fini de la période où la question de l’immigration était passée sous silence dans les discussions bilatérales entre la France et chaque pays africain, au motif qu’il s’agissait des questions trop complexes ou trop sensibles.
La question de l’immigration ne doit plus être un tabou dans nos relations avec les pays d’origine.
A l’évidence, mes amis, l’ampleur des enjeux migratoires commande une coordination européenne.
Je le répète depuis 2012, il faut réformer les accords de Schengen.
Je veux que les frontières extérieures de la zone Schengen soient de véritables frontières, où les contrôles des voyageurs, notamment non européens, seront systématiques.
Si les étrangers doivent attendre 2 heures pour entrer, ils attendront 2 heures, comme dans n ‘importe quel aéroport aux Etats Unis !
Quant aux pays membres de Schengen qui ne satisfont pas aux exigences d’un contrôle rigoureux aux frontières extérieures, ils doivent sortir de l’espace Schengen.
Dans le contexte de guerre contre le totalitarisme islamique, tant que les frontières de l’Europe ne seront pas protégées par nos partenaires, la France rétablira durablement de vrais contrôles à ses frontières nationales.
Ici à Nice, cet engagement prend tout son sens.
Dans le contexte terroriste que connaît l’Europe, il y a quelque chose d’aberrant à savoir que l’auteur de l’attentat de Berlin a pu gagner la Hollande, puis la Belgique, la France, et enfin l’Italie.
Je ne condamne personne mais le moins qu’on puisse dire, est que nous avons impérativement besoin de développer nos systèmes et nos échanges d’information, et de tirer les conséquences du développement de la vidéo-surveillance.
Il ne suffit pas d’équiper nos gares ou nos aéroports en caméras de vidéo-surveillance, encore faut- il exploiter de manière rigoureuse les images issues de la vidéo-surveillance.
La France doit non seulement lutter contre l’immigration illégale mais elle doit aussi réduire son immigration légale au strict minimum.
Les délivrances de visas et de titres de séjour n’ont cessé de dériver ces dernières années : le nombre de visas accordés en 2015 a augmenté de 40 %, par rapport à 2012.
Pour reprendre les choses en main, il faut que le Parlement puisse adopter chaque année des quotas limitant le nombre d’étrangers qui pourront être admis en France, en fonction de nos besoins économiques et de nos capacités d’intégration.
Concrètement, cela signifie qu’un visa de long séjour ou une carte de séjour pourront être refusés lorsque le contingent annuel sera dépassé ; la demande devra alors être examinée l’année suivante.
C’est en fixant ces plafonds que nous pourrons limiter strictement l’immigration familiale, dont le regroupement familial.
Si, pour assurer cette politique, il faut réviser la Constitution mais aussi faire bouger les lignes de l’interprétation que la Cour européenne des droits de l’Homme donne de la Convention européenne des droits de l’Homme, eh bien je prendrais mes responsabilités devant le peuple français.
Ces quotas d’immigrants tiendront compte non seulement des besoins de la France mais aussi des capacités d’intégration à la société française.
Ces capacités seront vérifiées dans le pays d’origine, tant pour les visas de long séjour que pour les cartes de séjour, en prenant en compte la maîtrise de la langue française et l’adhésion aux valeurs de la République.
Il faudra enfin, et c’est le bon sens même mais il a été complètement perdu de vue au cours des années, que ceux des étrangers qui, une fois arrivés en France, ne respectent pas leur parcours d’intégration, puissent être sanctionnés, par le non renouvellement de leur titre de séjour.
Et puis, je veux prendre en compte les conséquences des migrations à l’intérieur de l’Union européenne, et notamment les effets d’une concurrence mal maîtrisée.
La directive sur les travailleurs détachés a progressivement installé sur notre territoire un véritable dumping social au cœur de l’Europe. C’est le cas dans le transport par camion, dans la construction où des milliers d’emplois français sont concurrencés de façons inéquitables.
Nous renégocierons cette directive et je ne céderai pas sur un principe : en Europe, pour un travail égal, le salaire doit être égal et les cotisations sociales aussi.
Trop souvent, l’immigration est encouragée par l’attractivité de notre système social.
Il n’est pas acceptable qu’un étranger vienne en France dans le seul but de bénéficier de la solidarité nationale.
Je veux que le bénéfice de toutes les prestations sociales soit conditionné à une durée de résidence préalable pour les étrangers en situation régulière.
Ceux-ci ne pourront donc postuler aux allocations logement et familiales qu’au bout de deux ans. Ce délai permettra de vérifier la volonté d’intégration du nouvel arrivant et d’apprécier s’il est réellement autonome financièrement.
Pour les étrangers en situation irrégulière, il faut mettre fin au dérapage financier de l’aide médicale d’Etat, dont le coût dépasse le milliard d’euros, et dont le nombre de bénéficiaires a augmenté de 50 % depuis 2012.
Cette aide médicale d’Etat sera supprimée et remplacée par la seule prise en charge des urgences médicales et des maladies infectieuses.
Lorsque la France a fait confiance à des étrangers et que ceux-ci la trompent et ne respectent pas ses lois, l’Etat doit être de la plus grande fermeté.
Il en va de son autorité et de la crédibilité de notre politique.
C’est pourquoi je propose qu’un étranger condamné pour des crimes et délits puisse être expulsé du territoire français vers son pays d’origine.
Enfin, pour les étrangers qui, après s’être installés durablement en France et espèrent en obtenir la nationalité, il faut définir notre exigence : c’est l’assimilation, c’est-à-dire la volonté d’être pleinement membre de notre famille nationale.
L’acquisition de la nationalité française est un honneur. Elle se mérite. Elle se mérite, pour l’essentiel, par un patient effort pour adopter nos valeurs, nos coutumes, nos traditions.
Qui dit assimilation dit une maîtrise de la langue française parce que c’est bien le minimum quand on prétend devenir Français.
Qui dit assimilation dit aussi respecter les principes fondamentaux de la République. Respecter l’égalité hommes-femmes, partout, sans condition.
Respecter la liberté de conscience comme la liberté d’expression.
Respecter l’autorité de l’Etat et des lois, s’approprier une histoire, un drapeau.
Etre assimilé, c’est tout simplement aimer la France.
Nous devons revoir nos procédures d’accès à la nationalité.
Nous sommes l’un des pays qui permet le plus facilement à des ressortissants étrangers d’acquérir sa nationalité.
En quatre ans, le nombre de naturalisation par décret a augmenté d’un tiers, pour concerner 113 000 nouveaux Français en 2015.
Les instructions de Monsieur Valls pour augmenter le nombre de naturalisations seront donc abrogées.
La durée minimale de résidence en France exigée d’un candidat à la naturalisation sera portée à 8 ans, comme c’est le cas en Allemagne.
La République pourra s’opposer à toute entrée dans la communauté nationale dès lors que l’assimilation du postulant à la nationalité ne sera pas établie.
Les étrangers qui ont fait l’objet d’une condamnation pénale verront leur demande écartée.
L’acquisition de la nationalité sur simple déclaration à la suite d’un mariage ne sera possible qu’après 5 ans de vie commune et l’assimilation du conjoint étranger fera l’objet d’une vérification.
Les jeunes nés en France de parents étrangers pourront, comme c’est le cas aujourd’hui, accéder à la nationalité française mais cet accès devra être le fruit d’un choix, mûri par chacun de ces jeunes et formalisé dans une déclaration de volonté de devenir Français.
Voilà la politique d’immigration que je veux pour notre pays.
Je la crois nécessaire à notre unité et nécessaire à la fraternité des liens qui doivent unir les Français et ceux des étrangers qui nous rejoignent avec sincérité et espoir en la France.
Mes amis, maintenant je vais relever avec vous le défi du redressement national.
Ce défi, je le gagnerai si toutes celles et tous ceux qui en ont assez des mensonges, assez du dé- clin, se lèvent.
Je m’attaque au consensus, je m’attaque au confort du conservatisme, je m’attaque à une citadelle, et je ne pourrai la percer qu’avec l’appui de tous ceux qui veulent, avec moi, enclencher la révolu- tion du bon sens.
Alors, je donne rendez-vous à toutes celles et tous ceux qui ont la tête sur les épaules.
J’appelle tous ceux qui ont des valeurs solides.
J’appelle tous ceux qui savent que le bonheur est une conquête.
J’appelle tous ceux qui ont dans le cœur la fierté d’être français.
Sur le chemin de la victoire nous traverserons les vents contraires ; nous passerons à travers les bourrasques ; nous franchirons tous les ponts.
Vous êtes partant et je le suis, alors j’irai, avec vous, chercher les cœurs vaillants.
Nous irons au-devant de toutes les forces françaises, et nous les réveillerons, nous les soulèverons, nous les entrainerons, et vous verrez qu’elles nous porteront au-delà de nos propres espérances. Nous serons alors, tous ensemble, la France en action !
Vive la France et vive la République.

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Les véritables scénarios de 2017

sans-titreLe monde médiatique ne voit de l’année politique 2017 que l’écume des choses. L’attention se polarise sur la seule élection présidentielle. En effet, il est infiniment plus attractif de limiter la vie électorale à une bataille de quelques personnages. Le sensationnel, l’émotionnel, le romanesque dominent ainsi les esprits. Or, cette présentation, quasi généralisée, est largement trompeuse. En 2017 se tiendront deux élections: présidentielles et législatives. Le chef de l’Etat ne dispose pas ou peu de pouvoirs propres. Il ne peut décider et agir qu’avec l’appui d’une majorité parlementaire qui vote les lois et contrôle le gouvernement, pouvant renverser le Premier ministre et les ministres. Dès lors, on ne peut avoir de vision de l’avenir qu’en combinant les résultats des deux élections. Au stade actuel, 5 scénarios sont envisageables:

  • Une victoire de François Fillon suivi d’un succès des Républicains aux législatives: tel est l’unique scénario qui assure pour les cinq ans à venir la possibilité d’un gouvernement effectif de la France et la poursuite du système de majorité présidentielle qui domine les institutions depuis les années 1960. (Chances: 40%)
  • Une victoire de M. Macron aux présidentielles. Dès lors que celui-ci, situé au centre gauche, n’émane pas d’une force politique particulière, il est improbable qu’il puisse disposer d’une majorité stable. Il serait plus ou moins soutenu par une coalition instable centre-gauche/centre droite, sous les feux de la gauche et de la droite: après un bref état de grâce, une période d’instabilité politique s’ouvrirait renvoyant aux époques troubles de la IIIe et de la IVe Républiques. (Chances: 20%)
  • Une victoire de Mme Le Pen aux présidentielles, serait suivie d’élections législatives sans doutes marquées par des désistements droite/gauche puis une situation où le chef de l’Etat se verrait dépourvu de toute majorité et de toute possibilité de soutien parlementaire: d’où une paralysie totale, aucune réforme envisageable, impossibilité absolue de nommer un Premier ministre et de gouverner (y compris par référendum, supposant une proposition du Premier ministre). On peut imaginer soit une marginalisation radicale de l’institution présidentielle, soit un séisme politique, une crise majeure de six à douze mois, provoquant un blocage du pays, et s’achevant par de nouvelles élections. (Chances 15%)
  • Une victoire surprise d’un candidat socialiste à la suite d’une campagne éclair d’une puissance exceptionnelle (M. Valls, M. Montebourg, M. Hamon), marquée par un retournement spectaculaire de l’opinion. Une telle victoire à l’arraché, avec un score très faible au premier tour, à la faveur d’une deuxième tour face à Mme Le Pen, ne permettrait sans doute pas d’obtenir une majorité aux législatives tant le rejet du pouvoir socialiste est fort dans l’opinion. Dès lors, on entrerait dans une cohabitation conflictuelle entre un chef de l’Etat de gauche et une majorité de droite du type 1986-1988, ou 1993-1995. Mais le président ne serait pas Mitterrand – avec ses défauts mais aussi sa finesse politique. Au regard du niveau intellectuel des candidats socialistes tel que nous le constatons, il faut s’attendre au pire. (Chances 15%)
  • Autre: à ce stade, moins de 4 mois avant le scrutins, la percée d’un autre candidat, par exemple une surprise venue de la société civile aux présidentielles semble improbable mais ne peut être exclue dans le climat actuel d’exaspération  de la population. (Chances 10%).

Maxime TANDONNET

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L’affligeante médiocrité de la campagne présidentielle

sans-titreOn s’habitue à tout paraît-il. Pourtant je ne peux m’empêcher d’être sidéré par la médiocrité de cette campagne pour les élections présidentielles, dans moins de 4 mois. Les arguments sont monstrueux de bêtise narcissique et de sectarisme nihiliste. J’ai presque honte à les répercuter ici:

  • Abolition de l’article 49 3 (dont personne n’a rien à faire) comme thème majeur de campagne pour faire oublier son utilisation abusive;
  • au nom « des valeurs de gauche », lutter contre une  « droite » hostile au « vote des Noirs (sic) »
  • Promouvoir un revenu universel de 750 euros, versé par l’Etat « à toute personne de plus de 18 ans » (coût de centaines de milliards d’euros et instauration d’une logique d’assistanat généralisé et d’abrogation du travail comme mode d’existence)

Première grande polémique de 2017: M. Fillon ayant déclaré à la télévision qu’il était « chrétien ». Voilà qui est bien gentil mais quelle importance et qu’apporte cette polémique? Choisit-on un président pour sa croyance religieuse intime ou pour les modalités d’exercice de sa présidence et la politique qu’il entend mener? Quel intérêt de la conviction religieuse de M. Fillon pour l’avenir de la France?

Quant à « l’homme qui monte », le sublime M. Macron, il a certes une bonne tête médiatique de gendre idéal mais quel mérite, en dehors d’avoir trahi Hollande? Quelle action, quelle réussite? Quant à ses idées, nous les cherchons en vain: pas la moindre proposition, pas la moindre espèce de vision de l’avenir, la République, la France, l’Europe: pas une once de nouveauté! Et ça marche!

Pour la candidate lepéniste, ce n’est pas mieux. Voir ses déclarations: le vide absolu, des « je-je-je » partout, ce « je » magique, merveilleux, salvateur: j’arrive, je sauve l’économie, l’école, etc., toujours dans une fuite éperdue de respectabilité et de dédiabolisation. Mais qu’a-t-elle fait cette dame, d’où vient-elle, qu’a-t-elle réussi, quel mérite personnel pour se proclamer ainsi en sauveuse de la nation?

Mon avis: nous descendons toujours plus bas dans la déchéance médiatico-politique. Cette plongée dans le néant d’idées, dans l’ivresse narcissique, dans la violence sectaire, dans le culte de l’anecdotique et la divinisation du « je », n’est rien d’autre que le reflet du vide absolu dans leurs petits cerveaux.

Les vrais sujets du jour sont la réhabilitation de la démocratie et de la politique, la lutte contre le terrorisme, les frontières, la question du développement de l’Afrique, l’Europe et les Etats face à la crise des migrants, la déstabilisation générale du Moyen-Orient qui commence à emporter la Turquie, la compétitivité de l’économie française et la revalorisation du travail, l’avenir de la famille etc.

Mais ils ne savent, ils ne peuvent pas parler d’autre chose que de leur bobine et penser à autre chose que leur sale petit fantasme de splendeur élyséenne…

Tout ceci est d’une infinie gravité car cela reflète sans doute l’abêtissement de la société française d’en haut, celle qui passe dans les médias; conséquence sur le long terme du déclin de l’intelligence, de l’ouverture d’esprit, de l’esprit critique. Un gigantesque conformisme domine les esprits de la classe politico-médiatique autour du culte du « je » et plus rien ne compte désormais. Nous assistons tout simplement au triomphe de la bêtise.

Je ne sais pas où nous allons, mais nous y allons en klaxonnant comme dirait l’autre.

Maxime TANDONNET

 

 

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Les parias de la république (Maxime Tandonnet, Perrin, 2017)

9782262047221Le 5 janvier sort en librairie mon dernier livre, sur les « parias de la République », publié par les éditions Perrin. Ce livre d’histoire qui commence avec la Révolution, présente pour l’essentiel le portrait de huit personnalités de la vie politique française: le duc de Broglie, Joseph Caillaux, Alexandre Millerand, André Tardieu, Jules Moch, Georges Bidault, Michel Poniatowski, Edith Cresson. Etiquetées de droite comme de gauche, même si leur pensée et leur action transcendent ces catégories, elles ont en commun de n’avoir pas été comprises de leur temps, traitées en pestiférées, parfois en raison de leur intelligence visionnaire et de leur force de caractère bien supérieures à la moyenne. Lynchées, calomniées, traquées jusque dans leur vie intime, plus ou moins oubliées aujourd’hui, ensevelies sous les sables de la médiocrité, elles avaient raison contre tout le monde: d’où l’avalanche de haine qui s’est abattue sur elles.  Ce livre raconte le combat de personnalités hors du commun, par leur culture, leur vision, leur volonté,  contre le conformisme et la démagogie de plusieurs époques, sans pour autant taire leurs défauts et leurs erreurs. Mes parias sont des hommes d’Etat déchus, et la seule femme qui n’ait jamais été chef de gouvernement en France. Livre d’histoire, bien sûr, mais d’une brûlante actualité à l’heure où la France déboussolée  cherche désespérément des « hommes d’Etat », c’est-à-dire tout autre chose que nos zébulons de la politique spectacle, et tout autre chose aussi que des supposés « sauveurs providentiels ».

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Présentation de l’éditeur:

Les parias de la République
Maxime TANDONNET
ISBN : 9782262047221
430 pages
05/01/2017

Avant DSK et Cahuzac, les politiques déchus déchaînaient déjà les passions.

Bien avant DSK et Cahuzac, les politiques défrayaient la chronique ! Que ce soit Albert de Broglie, Joseph Caillaux, Alexandre Millerand, André Tardieu, Jules Moch, Georges Bidault, Michel Poniatowski ou encore Edith Cresson, tous ont déchaîné les passions, tutoyé les sommets, avant de subir les affres de la chute.
Ces personnalités ont pourtant servi au plus haut niveau de l’Etat et ont joué un rôle parfois décisif dans l’histoire de notre pays, avant d’être tour à tour trahies, abandonnées et diabolisées, à l’exemple de Jules Moch. Ce socialiste féru d’ordre, plusieurs fois ministre sous la IVe République, a compté parmi les quatre-vingts parlementaires qui refusèrent les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940, a pris une part active à la reconstruction et au refus du stalinisme, avant de sombrer en raison de sa gestion musclée des grèves de 1948.
Intelligence, esprit visionnaire, force de caractère et sens du bien commun font souvent de ces incompris, bannis de l’Histoire, des personnages hors normes. Sans chercher à les réhabiliter, Maxime Tandonnet en dresse des portraits dont la force est de mêler vie intime et convictions publiques. Il mène également, à travers ces huit maudits, une réflexion sur le monde politique et s’interroge sur la notion d’homme d’Etat.

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Mes voeux pour 2017

imagesJe suis heureux de présenter mes meilleurs vœux aux visiteurs, lecteurs habituels et contributeurs à ce blog qui existe depuis plus de six ans. Je les remercie pour leur fidélité, pour leur tolérance et leur ouverture d’esprit dans l’échange des idées. Il va de soi que si je ne sentais pas d’intérêt autour de ce site, il aurait disparu depuis bien longtemps. 2015 et 2016 ont été deux années épouvantables pour la France et l’Europe. 2017 sera une année politique. Il nous faut souhaiter que la France retrouve des dirigeants sérieux, raisonnables, corrects, déterminés à agir dans l’intérêt général. Il n’y aura pas de grand soir, ni de solution miracle ou providentielle. Notre espérance est plus simple, pragmatique et réaliste: en finir avec toute sorte de charlatanisme, personnalisation médiatique du pouvoir poussée à l’extrême, mégalomanie et démagogie; replacer peu à peu le pays dans la voie du bien commun, de son avenir collectif, avec la conscience des difficultés, des obstacles à franchir du travail acharné qui nous attend, et des défis qu’il faudra surmonter. Mais je suis heureux de souhaiter à tous et à toute une année heureuse sur le plan personnel. La vie politique est un moyen et rien de plus. Le véritable objectif est personnel: il touche à l’amitié, aux joies de la famille, aux plaisirs de la vie quotidienne, à la  fierté d’être soi-même, d’exercer un métier ou une passion, de se cultiver en lisant, en écoutant et en voyageant. Mes vœux s’adressent dont à tous les amis de ce site, en les remerciant du fond du cœur pour tout ce qu’ils font et en espérant leur aide et leur présence en cette nouvelle année qui commence.

Maxime TANDONNET

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Lecture: 1917, Jean-Christophe Buisson, Perrin

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A quelques jours de l’année 2017, j’ai le plaisir de recommander chaleureusement la lecture de 1917. Présenté sous forme de chronologie, jour après jour, cet ouvrage décrit une année charnière de l’histoire de l’humanité. Il mélange les grands événements géostratégiques et la vie quotidienne. Le communisme soviétique, les fascismes, la puissance américaine, le déclin de l’Europe, les déchirements planétaires qui vont ensanglanter un siècle et se prolongent aujourd’hui: cette années semble contenir en elle-même tous les germes de l’histoire contemporaine.

Maxime TANDONNET

Présentation de l’éditeur:

L’album du centenaire, par un des plus grands écrivains d’histoire actuels.

1917 est une année cardinale non seulement dans le déroulement de la Première Guerre mondiale mais plus largement dans l’histoire du monde.

1917, c’est d’abord l’année des deux révolutions en Russie, prélude à la fondation du premier État communiste et au développement d’une idéologie qui bouleversera tout le XXe siècle. C’est aussi l’année où, pour la première fois, les États-Unis interviennent militairement en Europe, inaugurant leur leadership sur la planète.

1917, c’est également l’année de la déclaration Balfour, qui promet aux Juifs la création d’un État ; l’apparition de la notion de « guerre totale » ; l’émergence du mouvement dada et l’invention du terme de surréalisme. Mais aussi et encore : la naissance de l’art conceptuel, le premier disque de jazz, la création de la Coupe de France de football, l’épopée de Lawrence d’Arabie, les apparitions de la Vierge à Fatima, les exploits aériens de « l’as des as » et du « baron rouge »…

L’ambition de cet ouvrage novateur est de révéler tous ces aspects à l’aide d’une chronologie-monde sélective, très écrite, commentée et superbement illustrée. Une vingtaine de focus sont également proposés pour raconter les 1917 de personnalités en devenir : Hitler, Staline, de Gaulle, Churchill, Roosevelt, Mussolini, mais aussi Céline, Proust, Picasso, Marie Curie, Freud, Einstein et quelques autres.

En ressort la conviction que cette année sans pareille aura creusé la tombe de l’Europe des Empires au profit d’une nouvelle ère où la mondialisation de la puissance marchera de pair avec le progrès technique et la brutalisation des êtres.

Extraits de l’introduction:

« Cette année-là éclatent en Russie deux révolutions: l’une mettra bas en quelques jours le régime monarchique et une dynastie solidement installés depuis trois siècles; l’autre instaurera un système totalitaire inédit qui s’étendra à tous les continents et fera plusieurs dizaines de millions de victimes

Cette année-là, Marie Curie, double prix Nobel de physique et de chimie, pose les fondations du premier centre de lutte anti-cancer en France.

Cette-année-là, les Etats-Unis rompent avec leur isolationnisme séculaire et décident de se mêler pour la première fois des affaires européennes en engageant massivement des troupes dans un conflit loin de leur sol.

Cette année-là, Guillaume Apollinaire  invente le mot surréalisme, tandis que se développe le mouvement dada qui ouvre une galerie, lance une revue et monte des expositions;

Cette année-là, l’ex-leader socialiste Benito Mussolini écrit que son pays a besoin, à sa tête, d’un homme qui « connaisse le peuple, soit son ami, le dirige et le domine, quitte à lui faire violence.

Cette année-là est enregistré aux Etats-Unis le premier disque de jazz de l’histoire.

Cette année-là éclate le plus vaste mouvement de mutinerie au sein de l’armée française. »

 

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Le gaullisme en 2017

XVMdf4f52a8-86ef-11e5-b528-ec00c552b8adCe matin, le site Atlantico m’a demandé qui selon moi, dans la classe politique, incarnait le mieux le gaullisme en cette veille de 2017. Ma réponse est reprise ci-dessous. Il me semble qu’il faut distinguer deux choses. D’une part, la pensée du Général, au-delà des idées reçues et des clichés véhiculés sur le sujet: indépendance nationale, compétitivité économique et respect des grands équilibres, ouverture des frontières à la concurrence, grandeur internationale de la France, Europe unie des Nations, chef de l’Etat souverain au-dessus de la mêlée. D’autre part, la posture gaullienne, la hauteur de vue, la vision historique, l’absence de calcul personnel, la parfaite probité et la rigueur du comportement. De fait, je n’avais pas de réponse claire et définitive. Sur le premier point, la pensée du Général a été largement trahie par les milieux politiques et dirigeants, y compris ceux qui se réclament du gaullisme. Quant au second point, il est totalement négligé. En tout cas, mon sentiment profond, c’est que l’attitude consistant à se prendre pour le Général, le héros de l’appel du 18 juin, de la décolonisation et de la fin de la guerre d’Algérie, relève soit de la crétinerie caractérisée, soit de la démence narcissique.PHO18977142-c08d-11e3-9132-fa53e8173fe1-640x230

Maxime TANDONNET

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Ce dimanche, Jean-François Lamour, responsable des investitures LR pour les prochaines législatives, a été très clair envers Henri Guaino, affirmant que sa critique du programme de François Fillon l’exposait au risque de ne pas être investi par le parti pour ces élections. Alors que la droite « chiraquienne » est quelque peu rentrée dans le rang depuis les années Nicolas Sarkozy, qui est plus ou moins gaulliste aujourd’hui à droite ? Cette question a-t-elle encore un sens ?

Il faut bien sûr se poser la question de la nature du gaullisme. On ne dispose pas d’un corps de doctrine stable défini par le général de Gaulle et ses points de vue ont varié dans le temps. Quelques formules renvoient au gaullisme: indépendance nationale, Europe des Nations, politique de grandeur, participation, effort et rigueur sur le plan financier. Pour le gaullisme, dans la Constitution de la Ve République, le chef de l’Etat est un souverain au-dessus de la mêlée qui fixe un cap mais laisse le Premier ministre gouverner. On voit bien que la droite a clairement tiré un trait sur le fond de cet héritage. Elle a choisi délibérément depuis le début des années 1990, la politique des transferts de souveraineté à Bruxelles. Elle a oublié le thème de la participation. Elle a laissé se creuser la dette et les déficits publics, se qui représentait, pour le Général, un désordre inadmissible. Elle a consenti à l’affaiblissement de l’industrie française. Enfin, avec le quinquennat et les primaires, elle a accepté une transformation radicale de la fonction du chef de l’Etat, en faisant de lui un super chef de gouvernement et leader d’une majorité. C’est ainsi que la fonction présidentielle est devenue partisane, ce qui est le sommet du scandale au regard de la conception du général de Gaulle. Aucun des leaders des Républicains ne s’est opposé à cette évolution. Le dernier de ce camp politique, Philippe Séguin, est mort en 2010. Dès lors, il reste la posture gaullienne, la prétention, par delà le fond des sujets, à se dire l’héritier du général. Alors là, c’est assez facile: tout le monde se donne des airs gaulliens et se réclame de lui: M. Juppé, M. Fillon, M. Le Maire, etc. Même au parti socialiste, même du côté extrémiste, certains se revendiquent de la légende gaullienne. On banalise le général en oubliant qu’avant tout, il fut le héros de l’appel à la résistance du 18 juin 1940, de la décolonisation de l’Afrique et de l’indépendance de l’Algérie. Il est l’une des grandes figures de l’histoire de France. Il appartient à la grande histoire. Se prendre pour le Général de Gaulle, aujourd’hui, est un signe express de bêtise ou de démence.

Alors que Michèle Alliot-Marie et Henri Guaino ont tous deux décidé de s’engager dans la présidentielle sans passer par la case primaire et qu’Alain Juppé a été nettement désavoué par les électeurs au second tour de cette même primaire, peut-on y voir le signe que le gaullisme ne peut plus s’accommoder aujourd’hui du système partisan et de la mainmise des partis politiques sur la vie politique ?

Mme Alliot-Marie se réclame du gaullisme mais on aimerait comprendre à quel titre elle serait plus gaulliste que M. Juppé, M. Fillon, M. Le Maire ou tout autre. Elle a été l’un des principaux ministres des gouvernements des présidents Jaques Chirac et Nicolas Sarkozy, avec un bilan sûrement fort honorable. Mais quelles prises de position, quels actes, quelles attitudes, permettent de marquer sa différence gaulliste? Franchement, il serait intéressant de le savoir. Quant à Henri Guaino, de fait, il existe surtout en tant que créature de Nicolas Sarkozy. Le gaullisme est fondé sur un état d’esprit particulier. Ce n’est pas le « je » qui compte, mais uniquement la Nation. Le Général ne doit rien à personne et ne s’accroche jamais. Dès qu’on ne veut plus de lui, il part. Le 20 janvier 1946, en désaccord avec les partis, il démissionne. En mai 1958, il attend qu’un consensus pour son rappel se fasse dans la classe politique. Pendant sa présidence, il ne cesse de répéter que son mandat tient à la confiance populaire. Le jour où les Français ne voudront plus de lui, il s’en ira. Le 27 juin 1969, il démissionne après sa défaire au référendum sur la régionalisation et le Sénat. Les responsables politiques actuels font tout le contraire. Ils s’accrochent en permanence, pour durer le plus longtemps possible. Ils cumulent parfois les mandats pendant des décennies, et mêmes battus d’un côté par le suffrage universel, s’arrangent pour réapparaître ailleurs. Beaucoup ne savant pas s’arrêter, passer à autre chose, admettre qu’ils ne sont pas indispensables. Cette attitude est à l’exact opposé de l’exemple du général de Gaulle. Quant aux partis politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche, il servent surtout de tremplin à la réalisation d’ambitions électorales, à travers les investitures. Mais cela ne signifie évidemment pas que le fait de se démarquer de ces partis soit une garantie de gaullisme. Dans le cas de M. Macron, par exemple, sa candidature hors PS n’en fait pas un candidat gaullien. Tout son succès pour l’instant tient à la médiatisation, à une apparence, à une image. Or, le gaullisme est tout le contraire: une volonté, une ambition, un projet d’action.

Nicolas Dupont-Aignan et son mouvement Debout la France ne cachent pas leur volonté de s’emparer de ce créneau se réclamant du gaullisme. Pour autant, le voir réaliser un score à la présidentielle de plus de 6 ou 7% reste assez improbable. Cela signifie-t-il selon vous que les électeurs de droite ont tourné la page de cet « héritage » ? Peut-il réellement s’incarner dans un candidat, dans un parti ?

Nicolas Dupont-Aignan, sur le fond des idées, démontre une constance et une fidélité au idées gaullistes qui l’honorent. Concernant, son avenir électoral, dans le climat actuel, il faut se méfier des pronostics et des sondages. Sa difficulté vient de son positionnement politique, d’un puissant parti lepéniste, et de l’absence de soutien du reste de la droite républicaine. Non, je ne pense pas que les électeurs de droite aient renoncé à l’héritage gaullien. Au contraire, il me semble qu’une vraie nostalgie entoure la personnalité du Général. Elle représente à la fois l’héroïsme de la Résistance et les années 1960, de plein emploi, de croissance, d’espérance collective. Il donne l’image d’une politique intègre. Le souvenir du Général, qui exigeait de payer les factures d’électricité de son appartement privé à l’Elysée, est resté gravé dans les esprits. Il est intéressant de voir comment, même chez les plus jeunes, l’image du Général reste très présente et positive. Il ne faut pas se faire d’illusion, son époque est révolue: le de Gaulle héros national ne reviendra plus tel quel. Mais la figure qu’il incarne dans l’imaginaire collectif reste très présente: un homme passionné par le seul intérêt de son pays, attaché à son indépendance et à sa grandeur et générosité, tout en tenant compte de l’environnement international, qui ne s’accroche pas, prêt à tout plaquer si on ne veut plus de lui, d’une parfaite honnêteté. Même s’il y a là une sorte de paradoxe relative à l’exercice des primaires, par nature contraires à la présidence telle que la concevait le Général, on peut penser que les électeurs ont porté leur suffrage vers François Fillon en percevant en celui-ci, le temps des débats télévisés, une lointaine réminiscence du Général de Gaulle, par exemple quand il a parlé des chrétiens d’orient, de la politique d’indépendance et des réalités sur le plan international. Désormais, le plus difficile pour lui est de ne pas décevoir cette impression…

 

 

 

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Noël otage de la folie des hommes

imagesVoici ma dernière tribune au Figaro Vox consacrée à la célébration de Noël en 2016. J’y dénonçais cette lamentable polémique, devenue rituelle, chaque année à la même époque, autour de la crèche dans certaines mairies. A quel niveau de déchéance intellectuelle et de bêtise faut-il que nous soyons tombés pour que l’image d’une famille, un père, une mère et leur nouveau né dans une étable, puisse rendre malade une poignée d’individus de la France dite « d’en haut »… Cette polémique, à l’heure où les chrétiens sont persécutés dans de nombreuses région du monde est particulièrement insoutenable. Ainsi, nos pensées en ce Noël 2016, vont aux chrétiens persécutés dans le monde, à ceux d’Irak et de Syrie, victime d’un génocide, à ceux d’Alep qui ont tout perdu dans les ruines d’une ville martyre de la folie des hommes.

« Nous allons célébrer Noël au milieu des ruines, c’est un signe important pour les chrétiens d’Alep. Noël c’est la nativité d’une nouvelle espérance. C’est le Seigneur qui nous donne toujours la grâce de vivre » Mgr Tobji, évêque maronite d’Alep.

« Le bruit infernal de la guerre étouffe le Gloria des anges… Cette symphonie de Noël pour la paix cède devant la haine, l’atrocité cruelle et l’indifférence mondiale… Puissent les trois mages apporter les cadeaux dont la Syrie a grand besoin : la paix, le pardon et la compassion. »   Mgr Samir Nassar,  Archevêque Maronite de Damas.

Maxime TANDONNET

 

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Comment M. Fillon peut-il gagner l’élection présidentielle?

000_ig3exVoici ma dernière contribution pour le site Atlantico. Elle concerne les élections françaises de 2017 et la candidature de M. François Fillon. Même s’il apparaît aujourd’hui comme le favori du scrutin présidentiel, sa position est fragile et complexe comme le soulignent de nombreux sondages. Le site d’information me demandait comment, de mon point de vue, il pouvait parvenir à dépasser les inquiétudes que suscite son projet économique et social et dépasser les contradictions qui nuisent à son image dans l’opinion. Les événements de Berlin ne font que me renforcer dans mes convictions: les présidentielles se joueront dans 5 mois avant tout sur le régalien, la sécurité, les frontières. Il faut d’ailleurs s’attendre à de nouvelles tragédies dans les mois qui viennent, en Europe, peut-être en France et à de nouvelles secousses telluriques dans l’opinion. Mais ne jamais perdre de vue qu’un président de la République, sans majorité parlementaire, est privé de quasiment tout moyen d’action. Les législatives, dont nul ne parle et ne paraissent intéresser personne car moins propice au grand spectacle médiatique, de fait, comptent au moins autant que les présidentielles.

Maxime TANDONNET

Dans un sondage Ifop pour Le JDD paru ce dimanche, le programme de François Fillon est jugé inquiétant par 62% des Français et 50% des sympathisants LR. Cette inquiétude est-elle justifiée ?

La France est dans une situation économique et sociale désastreuse avec ses 5,5 millions de chômeurs, ses gigantesques déficits et sa dette publique, le poids de ses prélèvements obligatoires, 47%, en hausse vertigineuse ces dernières années, son phénoménal matraquage fiscal. A côté, l’économie allemande est florissante, en situation de plein emploi, dégageant des excédants considérables. Sur le fond, François Fillon a profondément raison de vouloir rétablir le sérieux dans la gestion du pays et se rapprocher du modèle allemand. Aucun pays au monde ne peut consommer plus qu’il ne produit, sauf à sombrer dans la dépendance.Toutefois, la raison et la rationalité ne font pas toujours bon ménage avec la politique. Les propositions économiques et sociales de François Fillon ne sont pas l’essentiel en soi d’un point de vue politique. Ce qui compte sur le plan politique et ce qui jouera en définitive, c’est la manière dont elles seront perçues. Or, à cet égard, la position de M. Fillon est fragile. Il suffit d’un chiffre, d’une image, d’une sensation, pour provoquer des basculements vertigineux de l’opinion. Pour les oppositions de gauche ou d’extrême droite, il sera aisé de brandir un chiffon rouge et de manipuler l’opinion au point de provoquer un mouvement de rejet. Aujourd’hui, certaines des propositions de François Fillon font peur à une majorité de Français qui n’ont pas voté à la primaire, y compris du côté d’un électorat du secteur privé acquis à la droite modérée. C’est un fait indéniable dont il faut prendre acte. La France est une société malade, fragile, déchirée, profondément traumatisée par la vague d’attentats terroristes, par les scandales politiques, par l’exclusion due au chômage. Le terreau de la révolte et de vertigineuses surprises électorales existe. Ne pas en tenir compte serait une attitude suicidaire.

Par quels moyens François Fillon peut-il parvenir à rassurer ? Renoncer à la radicalité et à la rupture – qui sont ses principales marques de fabrique et qui lui ont permis de remporter la primaire de la droite – ne serait-il pas une stratégie risquée ?

En restant lui-même! En cultivant ce qui a fait sa force pendant la primaire. Le succès de François Fillon n’est pas tellement lié aux détails des propositions de son programme. Celui-ci était connu dès septembre 2015 avec la publication de son livre « Faire ». Or, la réussite de M. Fillon s’est affirmé dans les semaines qui ont précédé les primaires. Elle repose sur une impression forte qu’il a su imposer pendant la « guerre éclair » des primaires, notamment lors des débats télévisés: attachement aux valeurs traditionnelles de la France, à travers son soutien aux chrétiens d’Orient, image de sérieux de son projet économique et social et dans sa vision de la diplomatie, axée sur le dialogue avec la Russie, projet d’Europe des Nations, autorité et sécurité, une apparence de sobriété, de modestie et de probité contrastant avec les exubérances vaniteuses de la classe dirigeante que les Français ne supportent plus. C’est tout cet ensemble, de l’ordre de l’impression, qui explique sa réussite. Il doit donc s’ancrer dans cette image de modération, de capacité d’écoute des Français, d’attachement aux principes nationaux, à la source de son succès. Cela ne signifie en rien qu’il lui faille renoncer aux mesures nécessaires pour le redressement du pays. Toutefois, il ne faut pas qu’il apparaisse dans un rôle autocratique, déterminé à imposer unilatéralement un catalogue précis et détaillé préconçu à l’avance qui donnera prise à toutes les manipulations des oppositions de gauche et d’extrême droite. Sa réussite finale passe par l’explication et la volonté de dialogue avec les Français. La hauteur de la mission présidentielle doit guider sa politique. D’ailleurs, il semble fondamental , au regard des expériences récentes, de sortir de la confusion des rôles. Le chef de l’Etat fixe un cap, protège les Français et prépare le destin du pays. Le programme détaillé et précis du futur quinquennat législatif ne peut procéder, dans une démocratie normale, que d’une majorité parlementaire et d’un futur Premier ministre. Retrouver cette hauteur présidentielle, dans le discours et la pratique, est la clé de la réussite d’un futur chef de l’Etat.

Cette entreprise visant à rassurer les Français et une partie de son électorat sur son programme ne risque-t-elle pas d’être rendue difficile par certains candidats à la présidentielle qui pourraient surenchérir en un front commun sur la casse du modèle social ?

Nous allons vers une période extrêmement difficile pour François Fillon et tous ceux qui le soutiennent. Il sera pris dans le feu croisé de la gauche socialiste et de l’extrême droite. Il va devenir de toute évidence le nouvel épouvantail des milieux politiciens et tous les coups seront permis. Rien ne va lui être épargné. Son projet économique et sociale sera passé au crible de ses deux adversaires. On va évidemment l’accuser de thatchérisme, et dénoncer ses supposées intentions de casser le modèle social. Il va être insulté en permanence, traité de réactionnaire par la gauche et de faux jeton par l’extrême droite. Même sur le plan personnel, il sera inévitablement traîné dans la boue. Il va devenir le point de mire des attaques de l’ensemble des autres candidats. L’avalanche de critiques et d’accusation qu’il risque de subir pourrait ensevelir assez vite le souvenir de sa victoire aux primaires. En somme, son élection en mai 2017, dans un climat où l’opinion est extrêmement volatile et imprévisible, est loin d’être acquise. Sa grande chance est justement le statut de paria qui ne va pas manquer d’être le sien. Sans avoir besoin de s’autoproclamer « anti-système » à l’image de nombreux politiques actuels, il pourrait, à force de devenir le souffre-douleur de la classe politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite, s’attirer la sympathie de l’opinion ce qui serait son meilleur atout en mai 2017.

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Ich bin ein Berliner

2051865_direct-attentat-de-berlin-le-suspect-serait-toujours-en-fuite-web-tete-0211612409856_1000x533Face au massacre du marché de Noël survenu hier soir à Berlin, il n’est pas question de jouer la mouche du coche et d’ajouter mon commentaire à l’avalanche d’explications et d’avis qui déferle. Après Paris en janvier et novembre 2015, Bruxelles, Nice, Berlin est frappé par le terrorisme dans des conditions de lâcheté et de barbarie indescriptible. Bien sûr, « nous sommes tous Berlinois » en ce nouveau jour maudit: Paris, Bruxelles, Nice, Berlin, se confondent dans le martyre, dans la souffrance des victimes, la détresse et le malheur de leurs proches. Nous vivons sans doute le début d’une tragédie qui s’apprête à ensanglanter l’Europe du XXIe siècle. Les dirigeants et les responsables politique du continent n’en ont pas encore pris toute la mesure. Nous attendons en vain une lueur de clairvoyance et de lucidité mais rien de tel ne semble poindre à  l’horizon.

Maxime TANDONNET

(Merci aux éventuels commentaire de bien vouloir respecter la mesure et la prudence qu’appelle une telle tragédie)

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Primaires de gauche

11425115Voici ma réponse à l’interview croisée de ce jour donnée au site Atlantico. Pour ma part, je reste convaincu que ce n’est pas une affaire droite/gauche. Dans l’histoire, et même dans l’actualité, il existe des personnes classées « à gauche » qui ont le sens de l’Etat, des réalités et de l’intérêt général ainsi que l’amour sincère de la France. Là, c’est tout autre chose: un groupe de candidats ultra-médiatisés, qui se disent de gauche et se réclament « des valeurs », mais atrocement imbus d’eux-mêmes, mélangeant, en un cocktail explosif,  l’ivresse du « je », la fuite dans le sectarisme agressif et l’idéologie la plus primitive. Leurs propositions sont sans queue ni tête: tirage au sort de parlementaires, référendum sur le « 49-3 » – dont tout le monde se fout -,  revenu universel de 800 euros par mois en dehors de tout travail dès l’âge de 18 ans – juste ce qu’il faut pour créer une génération de rentiers placés sous la tutelle de l’Etat -,  32 heures de travail hebdomadaire payées 39, etc. Tout pour se différencier et se faire remarquer à n’importe quel prix: juste de quoi anéantir l’économie française. Mais les réponses de Yves Roucaute sont bien meilleures que les miennes. Lui n’y va pas par quatre chemins, mettant en cause la vertigineuse inculture des candidats et leur ego boursouflé. François Fillon n’est certes pas parfait mais soyons conscient que lui-même, associé à une majorité de « Républicains », en 2017, est désormais la seule solution pour échapper au pire, tout au moins à court terme. ll me semble que tous ceux qui aiment la France et veulent lui éviter l’irréparable, tous ceux qui ont l’intelligence de comprendre que la politique n’offre jamais de solution parfaite, au-delà de leurs divergences, ont le devoir de le soutenir.

Maxime TANDONNET

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Eloge de la culture française

sans-titreAu fil de ma lecture de l’œuvre de Friedrich Nietzsche, je tombe dans Ecce Homo, l’un de ses derniers ouvrages avant sa chute, sur un passage que je ne peux m’empêcher de reproduire ici:

« C’est au fond vers un petit nombre de vieux auteurs français que je retourne toujours à nouveau. Je ne crois qu’à la culture française et tout le reste que l’on appelle en Europe « culture » me semble un malentendu, pour ne rien dire de la culture allemande… Les rares cas de haute culture que j’ai trouvés en Allemagne étaient tous d’origine française. Ainsi et surtout en était-il de Mme Cosima Wagner, la voix de beaucoup la mieux autorisée en matière de goûts que j’aie jamais entendue. Si non seulement je lis mais j’aime Pascal […]; si j’ai quelque chose de la fantaisie capricieuse de Montaigne dans l’esprit – et qui sait? – peut-être dans le corps, si mon goût d’artiste défend – et non sans une certaine âpreté – les noms de Molière, de Corneille, de Racine, contre un génie inculte comme Shakespeare. Cela ne m’empêche pas de trouver aussi un très grand charme en la compagnie des tous derniers venus entre les Français. Je ne vois pas dans quel siècle de l’histoire on pourrait réunir, par un plus beau coup de filet, des auteurs si curieux et en même temps si délicats que dans le Paris actuel: je nomme au hasard, car leur nombre est considérable: Paul Bourget, Pierre Loti, Gyp, Meilhac, Anatole France, Jules Lemaitre ou, pour en distinguer un autre, de ceux de la forte race, un vrai latin que j’aime particulièrement, Guy de Maupassant. Je préfère, entre nous soit dit, cette génération même à ses grands maîtres, qui ont tous été corrompu par la philosophie allemande. M. Taine par exemple, qui a été corrompu par Hegel, auquel il doit d’avoir si mal compris de grands hommes et de grandes époques […] Stendhal est un des plus beaux hasards de ma  vie. »

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La chasse au Fillon a commencé

xvm6e05672a-afe0-11e6-8924-aaf6bf1e52eaIl allait s’y attendre. Moins d’un mois après son succès aux primaires le monde politico-médiatique se mobilise contre Fillon. La cible? Ses propositions en matière de sécurité sociale. Tout le monde s’y met: l’ensemble des hebdos, de droite comme de gauche, les grands quotidiens dits « de gauche », le parti socialiste. Et à l’heure qu’il est, peu de voix, peu de soutiens pour le soutenir. C’est la logique du lynchage de masse, de la chasse en meute qui commence. Encore n’est-ce là que le tout début du commencement. Son talon d’Achille, tel qu’identifié par ses chasseurs? Son programme de réforme de la sécurité sociale. Quel sera l’impact de ce début de passage à tabac? Difficile à dire. Il peut se trouver renforcé par ce traitement en paria de la République. Mais il peut aussi chuter. L’opinion publique est versatile, imprévisible. Elle est dominée par les passions, les émotions. La peur, dans un pays malade, fragilisé, frappée par le terrorisme, le chômage massif, la crise migratoire européenne,  peut faire des ravages. Si cette campagne de dénigrement parvient à accrocher, sur un chiffon rouge, un chiffre, elle peut s’embraser comme un incendie. Mon conseil? Il est tout simple: la République, toute la République, rien que la République. Que dit-elle la République? Un principe oublié: le chef de l’Etat ne doit jamais aller dans les détails, en aucun cas. C’est une faute mortelle pour lui que d’aller dans les détails. Il fixe un cap, un objectif. Par exemple: équilibre de la sécurité sociale fin 2018. Ensuite, c’est à la majorité présidentielle et au futur gouvernement de l’atteindre. Le président porte la politique de grandeur internationale, montre l’exemple, protège les Français, fait valoir les grands principes de la France et prépare l’avenir. Si lui et son équipe ne comprennent pas cela dans les mois qui viennent, il faut s’attendre à un semestre de cauchemar et sans certitude de l’emporter en mai 2017. Ensuite s’ouvrirait un abîme pour le pays (voir mon billet précédent).

Maxime TANDONNET

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La triste et inquiétante relève…

imagesLa vie politique française aurait, selon les commentateurs, connu un tournant majeur en cette fin 2016. Le temps de la relève serait venu après l’échec et le retrait de grandes figures  de ces dernières années: Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande. Faut-il s’en réjouir? La nouvelle génération des politiciens nationaux, médiatisés, celle des « quadras » me semble pourtant infiniment pire que l’ancienne. Je parle ici des acteurs médiatisés de la politique spectacle, absolument pas des jeunes députés, maires, élus, qui œuvrent dans la discrétion pour le bien du pays. Sincèrement, je n’arrive pas à savoir qui m’horripile le plus parmi la nouvelle vague médiatisée, celle les abonnés des plateaux de tf1, F2, itv et bfm, supposée prendre la relève, de l’extrême gauche à l’extrême droite incluses. Je les ressens comme des cerveaux vides, des néants ambulants, des braillards, des caricatures de ce que la vie politique produit de pire dans le monde occidental. Ils sont dans la frime, le culte de l’ego, l’ivresse de soi, la posture narcissique, le vide absolu d’idées, de convictions, le déni radical du bien commun. A la FNAC, j’ai feuilleté le livre de l’un d’eux, le plus à la mode. Pas question pour moi de payer un centime pour acheter le livre d’un politicien médiatique. On fait de la politique pour agir ou animer une réflexion d’alternance, pas pour pondre des faux-livres programmatique. Un livre, c’est quelque chose de sacré, le fruit d’une réflexion personnelle, d’une longue recherche, on n’écrit pas un livre pour être élu. Eh bien je n’y ai trouvé qu’une enfilade de lieux communs et de banalités confondantes.  Les néo-politiciens médiatisés  reproduisent en les caricaturant les défauts de l’ancienne génération: culte narcissique de la personnalité éhonté. Ces M’sieurs/dames passent leur temps « à faire don de leur personne à la France ». Ils paraissent convaincus que leur petite personne est par elle-même de nature à sauver le pays. Sont-ils assez inintelligents pour le penser vraiment?  Ils ne connaissent pas une bribe d’histoire, vivant dans le seul éclair des néons médiatiques. Jeu des « petites phrases », de la provocation, de la polémique stérile, agressivité forcenée comme masque du néant, sectarisme poussé à sa plus extrême imbécillité: « Moi je suis de gauche, moi je suis de gauche! » ou pire, « moi je suis le peuple »; fuite vertigineuse devant la réalité et le sens des responsabilités: proposition de passage au « revenu universel » ou aux « 32 heures ». Juste ce qu’il faut pour tuer en six mois l’économie française.  Ils se sentent magnifiques dans leur posture révolutionnaire mais n’ont derrière eux toute une carrière de lèche-botte, de combines et de trahison. Royaume de la posture prétentieuse et de la démence carriériste. Les voir fonctionner me donne le vertige: vers quelle calamité marchons nous?

Maxime TANDONNET

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La République assassinée

xvm8c617720-bd66-11e6-98b1-8273aa744392Voici ma contribution d’hier au Figaro Vox. Je le vois bien à travers les commentaires qui suivent la contribution qui m’était demandée: cette obsession de ma part envers la question des institutions politiques est largement incomprise. Et pourtant, elle ne cesse de se renforcer chez moi… J’en parle souvent, parce que j’y vois le nœud du problème, le centre névralgique des difficultés de la France. Les institutions sont le cerveau d’une République dont tout le reste de la vie publique dépend. Elles permettent de gouverner, de commander, de donner une direction au pays. La plupart des autres enjeux en dépendent: les conditions de la croissance (fiscalité, prélèvements, droit du travail), la sécurité, l’autorité de la loi, la maîtrise des frontières, l’éducation nationale, la cohésion nationale. Je suis en désaccord avec le raisonnement consistant à dire que les problèmes viennent de l’extérieur: « mondialisation », « capitalisme financier », Union européenne, etc. D’autres pays soumis aux mêmes contraintes s’en sortent beaucoup mieux et il est trop facile d’accuser « les autres ». En outre, la capacité de dire « non » à des sujétions extérieures abusives – que je ne nie pas –  ne saurait provenir que d’une volonté intérieure. De même, il est plus que facile d’accabler les hommes ou femmes au pouvoir, de les traîner dans la boue, les haïr et de leur faire porter le chapeau des désastres, à titre individuel. Penser que le « bien » est à droite et le « mal » à gauche, ou l’inverse, ne règle rien non plus: depuis 4 décennies, tout le monde se plante, tout le monde échoue. Pourquoi le système politique français est-il donc si mauvais, si inefficace, si médiocre? Le présidentialisme irresponsable est, selon moi, à l’origine d’une plongée sinistre du monde politique dans la démence narcissique, détruisant tout ce qui se rapporte à une bonne gouvernance: sens de l’intérêt général, parole et politique tournées vers le bien commun, priorité au destin collectif. Sauf quelques héros de l’histoire, les hommes et les femmes de pouvoir ne sont pas plus intelligents, ni courageux, ni désintéressés que la moyenne. Les institutions devraient servir à compenser cette médiocrité naturelle, presque normale. Or, les nôtres ne font au contraire que l’amplifier. Ce n’est qu’en France que l’on assiste à un tel spectacle: ni en Allemagne, ni en GB, ni en Italie. Moi aussi j’ai envie de pester contre nos neuneux mégalos qui poussent tous les jours comme les champignons, d’extrême gauche à l’extrême droite, de la droite, de la gauche et du centre, gesticulent, disent les pires insanités ou absurdité uniquement pour se faire remarquer des médias. Mais je me dis qu’il y a une cause à cette démence de la France dirigeante, la « France dite d’en haut ». Elle est à chercher dans la dérive des institutions politiques. Le régime politique français actuel, véritable négation de la Ve du Général de Gaulle, mais aussi des bons principes oubliés de la IIIe et de la IVe – responsabilité et sanction des échecs ou des défaillances – me semble favoriser la folie mégalomaniaque de la politique française dont chaque jour offre une nouvelle illustration et nous entraîne dans un gouffre sans fin.

Maxime TANDONNET

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Lors des débats sur les primaires de la droite et du centre, les candidats ont évacué la question des institutions et de la réforme constitutionnelle, en déclarant tous ou presque que la Constitution donnait largement satisfaction. De fait, cette question intéresse peu les Français. Il est plus ou moins acquis dans l’opinion que la faillite d’un système politique est de la seule responsabilité des hommes et femmes chargés de le faire fonctionner et non de la règle du jeu suprême. Erreur monumentale: les institutions servent justement à pallier les carences, les faiblesses et les dérives des personnes. Les hommes d’Etat, réunissant dans leur personne une vision historique, un caractère bien trempé et le désintéressement personnel, ne sont pas légion aujourd’hui. Il faut donc se contenter d’un personnel politique qui, sauf exceptions, ne brille ni par l’intelligence ni par le tempérament. C’est à cela que servent les institutions: corriger, neutraliser, sanctionner les imperfections des hommes.

Tout l’édifice reposait sur un chef de l’Etat souverain, incarnant l’unité nationale et le destin du pays.

Or aujourd’hui, il n’est pas de plus grande hypocrisie que de parler encore de la Ve République du général de Gaulle. Celle-ci est morte, détruite, fracassée, ensevelie. Tout l’édifice reposait sur un chef de l’Etat souverain, incarnant l’unité nationale et le destin du pays, demeurant au-dessus de la mêlée politicienne et des soubresauts de l’actualité, responsable de la politique de grandeur sur le plan international. L’autorité présidentielle repose en principe sur son prestige et la confiance du peuple. Le Général de Gaulle ne concevait pas que le président puisse être impopulaire. Dans l’hypothèse d’un doute sur sa popularité, il lui revenait de présenter la question de confiance, à travers un référendum, et de démissionner en cas d’échec. L’idée même d’un président discrédité, à l’image de la situation actuelle, était inconcevable dans l’esprit de la Ve république. Quant au Premier ministre, il était tout le contraire d’un collaborateur du chef de l’Etat ou d’un concurrent de ce dernier, comme il en est aujourd’hui. L’article 21 de la Constitution fait de lui l’unique chef de gouvernement en charge de la politique économique, sociale, sécuritaire et par conséquent de la communication autour de son action, sous le contrôle de l’Assemblée nationale.

Le Premier ministre est devenu la doublure et le concurrent du président de la République.

Le schéma actuel n’a plus aucun rapport avec cette organisation initiale. Le Chef de l’Etat surmédiatisé incarne désormais le pouvoir politique dans sa globalité, président touche-à-tout, super communiquant et omniprésent, en première ligne sur tous les sujets. Le Premier ministre est sa doublure et son concurrent, tous deux bataillant pour occuper le devant de la scène médiatique, comme d’ailleurs les ministres à un niveau inférieur, obnubilés par leur destin personnel. L’ensemble de la vie gouvernementale se concentrant à l’Elysée, la conquête de la présidence, devient l’obsession de la classe politique. Plus rien ne compte désormais et la vie publique semble emportée dans un tourbillon de narcissisme généralisé au détriment de l’action gouvernementale et du bien commun.

Le quinquennat a banalisé la fonction présidentielle.

Les derniers développements de l’actualité politique ont achevé de détruire les institutions de la Ve république, déjà abîmées par le quinquennat qui a banalisé la fonction présidentielle. Celle-ci fut conçue en 1958 pour réduire le «régime des partis». Mais les partis sont de retour, non à travers le Parlement, mais à travers la présidence de la République dont ils ont fait la conquête en 1981. Le chef de l’Etat est désormais avant tout un chef de parti. La généralisation des primaires comme mode de désignation des candidats à l’élection suprême achève de transformer le président de la République en homme d’un camp contre un autre, d’un parti au sens large, bafouant l’image du chef de l’Etat impartial et protecteur de l’unité nationale.

Le renoncement de François Hollande marque le paroxysme de cette désintégration de la Ve République.

Le renoncement de François Hollande à présenter une seconde candidature, sous la pression de ses amis et (semble-t-il) du Premier ministre marque le paroxysme de cette désintégration de la Ve République. Détrôné, ayant renoncé à la hauteur de sa mission en s’occupant de tout et en communiquant en permanence, il devient de facto le comptable des échecs et des déceptions d’une politique nationale dont seul, en principe, le Premier ministre devrait porter la responsabilité. Les rôles sont inversés: non seulement le Premier ministre ne protège plus le président de la République, mais il revient à ce dernier d’assumer des échecs, par exemple sur l’emploi, qui incombent, selon la Constitution au seul Premier ministre… Au-delà des fautes personnelles, la logique est imparable: le président de la République, réputé tout puissant et responsable de tout, ne dispose d’aucune baguette magique pour régler les problèmes des Français. Il devient le parfait bouc émissaire. Dès lors, en voulant sauver son image, il parle à tort et à travers et ne fait que s’enfoncer jusqu’à l’irréparable.

Parler d’un retour à la IIIe ou à la IVe République pour décrire la faillite actuelle du régime est une aberration.

Parler d’un retour à la IIIe ou à la IVe République pour décrire la faillite actuelle du régime est une aberration. Ces deux Républiques avaient certes le défaut de l’instabilité en certaines périodes. Pourtant elles ont engendré de grands hommes d’Etat, tels Pierre Waldeck Rousseau, George Clemenceau, Raymond Poincaré, Léon Blum, Antoine Pinay, Pierre Mendès-France, Charles de Gaulle (en 1958). Elles avaient l’immense avantage de préserver le lien entre l’exercice du pouvoir et la responsabilité. Tout dirigeant qui échouait ou dérapait dans son comportement se voyait aussitôt sanctionné et remplacé. Elles ont ainsi permis à la France des victoires et des progrès gigantesques. Elles avaient certes de graves imperfections, mais sans commune mesure avec la déchéance radicale d’un régime qui a sombré dans la confusion, l’impuissance, la personnalisation narcissique et que plus rien désormais ne permet d’appeler la Ve République.

Oui, la réforme de la Constitution, pour rendre à la fonction présidentielle sa hauteur, replacer le Premier ministre au cœur de l’action gouvernementale sous le contrôle d’un parlement déterminé à le sanctionner en cas d’échec ou d’écart de comportement, restaurer le principe de responsabilité et de sanction, devrait être la grande priorité de l’heure. Le retour au septennat est une possibilité qui est loin de faire l’unanimité, mais il faudrait au moins clarifier le partage des rôles entre le chef de l’Etat et le chef de Gouvernement, restaurer le principe de responsabilité devant le Parlement de ce dernier et de sanction en cas d’échec de la politique dont il a seul la charge. Sinon, tout recommencera comme avant et les Français ne tarderont pas à s’en rendre compte.

 

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Les sables mouvants

sans-titreNous vivons une époque politique très particulière. L’incertitude est la maîtresse du monde. Nous ne pouvons rien prévoir, rien anticiper. L’opinion atteint un niveau de versatilité, d’imprévisibilité sans précédent. Le pays est littéralement déboussolé, par le contexte des massacres terroristes qui l’on ensanglanté, par le désastre du chômage et de la fragmentation, du repli identitaire, la montée des haines et de la violence, de la pauvreté qui atteint des records, par les excentricités des dirigeants politiques. Il ne faut pas y voir à proprement parler une colère, celle qui provoque des émeutes et des guerres civiles, mais plutôt un sentiment d’anomie, de nihilisme, de scepticisme radical, de dégoût de tout, un climat plus propice à la révolte qu’à la révolution. En France, nous marchons sur des sables mouvants. Qui pouvait s’attendre à la rentrée de septembre, à la chute d’Alain Juppé, que tout le monde ou presque voyait futur président de la République, à celle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande? Qui pariait sur le succès « aux primaires de la droite et du centre », de François Fillon? Ce phénomène touche le monde occidental: Brexit, Trump, référendum italien Renzi, Merkel en mauvaise posture, paralysie de l’Espagne, etc. L’opinion semble gagner par la frénésie de prendre le contrepied de  tout ce que le monde politico-médiatique veut lui imposer. Dès lors, la vie politique paraît livrée à tous les vents et toutes les tempêtes, à des courants obscurs, aux retournements les plus stupéfiants. Dans 4 mois, nous aurons de grandes élections en France. Il serait folie de penser que  tout est gagné d’avance pour le camp des républicains modérés, le nôtre. L’imprévisible est roi et rien ne se passe jamais comme attendu. Dans le monde actuel, toute certitude semble destinée à être contredite par les événements, tout calcul voué à être brisé… L’avenir est otage des soubresauts de l’émotion collective. Il suffit d’un rien pour que tout bascule. Démentir les sondages devient le défouloir collectif des peuples. Vertige de l’inconnu: des passions explosives fermentent et peuvent s’embraser sous l’effet de la peur, de l’humiliation ou de l’incompréhension, provoquer un cataclysme électoral.  les scénarios les plus invraisemblables peuvent désormais se produire et plonger le pays dans une affreuse tragédie. Ne rien exclure, pas même la victoire du néant. Rien ne permet d’écarter l’arrivée à l’Elysée d’un M. Valls,  M. Mélenchon ou Mme Le Pen, ou autre, puis un furieux chaos parlementaire, une paralysie générale, l’achèvement de la descente aux enfers de la France. Se tenir prêt à l’invraisemblable pour tenter de le conjurer par tout moyen: telle est la seule attitude valable aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Choqué…

imagesLQT0IDKV« Article 20 de la Constitution: le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Article 21: Le Premier ministre dirige l’action du Gouvernement. Il est responsable de la Défense nationale.  » Ce n’est pas rien, quand même. Je suis choqué que dans une période de tragédie pour le pays, ensanglanté par le terrorisme depuis deux ans, dévasté par le chômage massif avec 5,5 millions de personnes privées d’emploi, un Premier ministre puisse quitter son poste, 6 mois à l’avance, pour se présenter à l’élection présidentielle. Le plus sidérant est l’absence de tout regard critique de la presse et des médias. Ce Monsieur, qui partage à 100% le bilan d’une politique, croit sincèrement que son accession à la lumière de « premier français » est de nature à sauver le pays. De l’extrême gauche à l’extrême droite, cette course au statut de sauveur élyséen marque un déclin de l’intelligence et du bon sens: ils se voient sincèrement en « hommes providentiels, se disent « de gauche » mais ont-ils jamais ouvert un livre d’histoire? Toute l’histoire de la « gauche » française est celle d’une révolte contre la personnalisation du pouvoir au nom de la res publica, la chose publique et du bien commun. Dans le camp d’en face, je vois heureusement quelque raison d’espérer. Peut-être que M. Fillon, s’il est élu président de la République, aura compris que l’occupant de l’Elysée ne saurait être un soi-disant sauveur providentiel mais un simple serviteur de la France. L’idée de désigner M. Gérard Larcher, un homme d’expérience et de dialogue, pour appliquer les articles 20 et 21 de la Constitution, défendre et réformer le pays dans le dialogue, la paix et la fermeté, me paraît judicieuse et porteuse d’espoir. Les valeurs de la res publica, celles d’une politique consacrée au seul bien du pays sont peut-être enfin de retour. Je veux y croire. Il ne faut plus les lâcher.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Nice bien aimée

sans-titreAu sujet des tous derniers développements de la politique française, il existe un niveau d’écœurement, de  dégoût et de nausée qui n’appelle plus chez moi que le silence du mépris:  j’éviterai de commenter les ultimes insanités de l’actualité politique d’aujourd’hui.

Je voudrais au contraire parler d’une ville que j’aime profondément. Nice est la fille aux yeux bleus des sommets alpins enneigés et des profondeurs de la Méditerranée. La mer donne l’image d’une mosaïque de reflets qui se meuvent au fil des courants et je n’ai trouvé nulle part une telle harmonie de nuances bleutées. Le soleil y brille en permanence. Les Niçois n’ont pas l’accent ni l’exubérance chaleureuse de leurs voisins marseillais mais leur gentillesse est toute simple, discrète et sincère.

Chaque année, au début de décembre, je passe quelques jours dans cette cité  où j’enseigne à la faculté de droit et de sciences politiques.

Mais cette année, la promenade des Anglais exhalait un autre parfum que celui des embruns et du vent salé. Une odeur de malheur et de souffrance flottait dans la douceur de cette fin d’automne. Je ne pouvais plus m’enivrer du spectacle de la mer avec le même bonheur que les autres années. J’avais honte de mon plaisir à la regarder, l’entendre et la respirer, et le soleil couchant m’a fait penser à une nappe du sang. Parsemés, tout au long de la promenade, contre la rambarde, des fleurs, des bougies et des jouets d’enfants.

Les passants avaient encore le regard sombre des lendemains de désastre. Ils avaient envie de parler, de raconter l’apocalypse. « J’y étais. Il est venu d’ici, il a roulé tantôt sur la chaussée, tantôt sur la promenade, jusqu’aux lumières, là-bas… » Tous avaient des amis que la foudre a frappés en leur enlevant un proche ou plusieurs. Dans leurs yeux, je lisais un mélange de sidération, d’incompréhension, de détresse infinie. Je ne reproduirai pas ici, par discrétion, les scènes insoutenables qui m’ont été confiées, touchant aux enfants et à leurs parents. La France a-t-elle bien pris, durablement, toute la mesure du niveau de l’horreur qui a frappé Nice? Etrange contraste entre l’émotion nationale qui se dilue avec le temps et la souffrance inaltérable de ceux qui ont vécu cet effroyable cauchemar.

Maxime TANDONNET

 

 

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Au delà de la décision de M. Hollande

imagesCi-joint mon article pour Figaro Vox sur l’annonce par François Hollande de son renoncement à solliciter un renouvellement de son mandat. Ce geste, me semble-t-il, est à son honneur. En revanche, une chose m’échappe complètement: je ne comprends pas comment nul ne semble voir qu’au-delà de la personne de M. François Hollande, la France traverse une crise profonde de sa culture politique, de sa vie publique, de son mode de gouvernement, une crise dévastatrice de la res publica, de la « chose publique ». Le « cas Hollande »  me paraît être l’arbre qui cache la forêt. Comment la France des intellectuels, des politiques, des observateurs avisés, passe-t-elle ainsi à côté de l’essentiel?

Maxime TANDONNET

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Le 1er décembre 2016 restera une date significative dans l’histoire de la Ve République. Pour la première fois depuis près de 60 ans, un chef de l’Etat renonce, à l’issue de son premier mandat, à solliciter le renouvellement de son bail élyséen. Ce choix annoncé cinq mois à l’avance, est le résultat d’une situation devenue ingérable pour lui: abîme d’impopularité, isolement politique croissant, sondages lui annonçant une déroute, voire une humiliation au premier tour des présidentielles. La publication de l’ouvrage Un président ne devrait pas dire ça semble avoir été l’élément déclencheur de sa chute.

Si le président Hollande avait au contraire annoncé sa candidature, il aurait subi une avalanche de critiques sur le thème du mépris de l’opinion, de l’aveuglement et de l’enfermement dans une tour d’ivoire. D’ailleurs, l’immense majorité des observateurs et éditorialistes prévoyaient sa candidature. Pourquoi ne pas lui rendre hommage pour un acte de lucidité sur la situation politique générale et sur lui-même, contre l’attente générale? En moins d’une semaine, la communauté nationale a été frappé par deux séismes, deux nouvelles que nul n’attendait un mois auparavant ou n’avait anticipé: la victoire de François Fillon aux primaires de la droite et du centre puis l’annonce de cette candidature de François Hollande.

Il existe deux manières d’analyser cet événement.

Le réflexe normal, habituel, constant, consiste à tenir le personnage de François Hollande comme unique responsable de cette déroute politique. Dans cette vision, il n’était pas adapté à la fonction, pour des raisons tenant à sa personnalité, à son inexpérience de l’Etat, à son absence de conviction et son opportunisme. Par ses actes, il se serait lui-même jeté dans l’impasse. Il ne ferait alors que récolter ce qu’il avait semé. Dans cette optique, le remplacement de François Hollande à l’Élysée en mai prochain serait en soi un premier pas dans le redressement de la France.

Il est une question que nul aujourd’hui ne semble avoir envie de se poser: Et si la chute de François Hollande n’était que l’expression ultime d’un malaise politique français infiniment plus profond? Sans entrer dans une logique d’excuse ou de complaisance à son égard, nous assistons quand même, autour de cet événement qu’est l’annonce de sa non-candidature, à un sidérant ballet de personnalités en tout genre, qui paraissent obnubilées par l’idée de prendre sa place. Il est reproché au président, à travers sa logorrhée auprès de journalistes, d’avoir voulu se mettre en scène. Mais ce à quoi nous assistons par ailleurs, autour de lui, ressemble bel et bien à une fuite généralisée dans la démence narcissique. La vie politique se résume désormais, de A à Z, à une grande explosion de vanité de la part d’une multitude de personnages qui n’ont rien prouvé de plus que lui, et qui s’enivrent du rêve élyséen.

Dès lors que l’obsession de soi-même devient l’alpha et l’oméga de la vie publique, le sens de l’intérêt général devient un sujet secondaire. L’idée même du gouvernement de la France pour le bien commun prend une connotation chimérique. La politique devient un grand exercice de posture, de communication, de spectacle et de culte du moi. Dans cet état d’esprit, il est utopique d’attendre des dirigeants obsédés par «leur trace dans l’histoire» qu’ils placent l’intérêt général au centre de leurs préoccupations.

Etrangement, le sujet n’intéresse personne. Pourtant, le présidentialisme à la française est bel et bien malade. Il faut bien voir que depuis Georges Pompidou, la cote de confiance des chefs de l’Etat connaît une érosion constante, jusqu’à atteindre un plancher. Aujourd’hui en France, toute la vie publique nationale et médiatisée se confond avec le visage et la voix d’un homme: l’occupant de l’Élysée. Le culte médiatique de la personnalité présidentielle atteint des dimensions vertigineuses, digne de la Corée du Nord. Mais dès lors que le chef de l’Etat ne dispose pas d’une baguette magique pour régler tous les problèmes, sa magnificence bascule en peu de temps dans l’extrême impopularité. Le prestige présidentiel tourne au lynchage collectif d’un bouc émissaire national. D’où la fuite en avant dans la parole et le néant narcissique, jusqu’à sa chute finale.

La victoire de François Fillon aux primaires est le signe d’une prise de conscience de l’électorat «de la droite et du centre» de cette dérive . Le choix d’un homme d’apparence simple, discrète et modeste, est révélateur d’une envie de sobriété et d’efficacité à la tête de l’Etat. Encore faut-il que, s’il était élu en mai 2017, le nouveau président tire toute les conséquences de la crise politique française et qu’il sache renouer avec les fondements mêmes de la République: un président qui fixe le cap, dans une relative discrétion personnelle, un Premier ministre qui gouverne dans le seul intérêt général, sans ambition présidentielle, des ministres qui pensent à diriger le pays plutôt qu’à leur destin individuel, un Parlement qui légifère et contrôle le Gouvernement. Est-ce trop en demander?

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Impact politique de la victoire de M. Fillon aux primaires

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Ci-joint mon entretien de ce matin avec le site Atlantico, concernant les suites de la victoire de M. François Fillon aux primaires.

Le volet économique et social du programme de François Fillon est souvent critiqué car il serait incompatible avec les intérêts des classes populaires et moyennes. Dans quelle mesure cette analyse réduit-elle les personnes défavorisées à leur seule condition sociale ? L’économie est-elle vraiment la dimension qui détermine en priorité le vote de ces catégories ?

Il faut s’attendre bien sûr à ce que le programme économique et social de François Fillon soit caricaturé par ses adversaires et présenté comme « défavorable » à la classe moyenne et populaire. Le chiffon rouge qui sera agité à ce propos sera par exemple la suppression de l’ISF. Or, tout le projet du vainqueur de la primaire est axé sur une volonté de lutte contre le chômage et la relance de l’initiative privée et des créations d’emplois. Dès lors, il est bien dans l’intérêt des classes moyennes et populaires les plus touchées par ce fléau, en particulier les jeunes et les femmes. Pourtant, on ne peut pas nier que le projet économique et social de M. Fillon suscite des inquiétudes dans le pays, notamment sur les retraites, la sécurité sociale, la fonction publique. Le rejet du pouvoir socialiste est infiniment plus fort que cette inquiétude aujourd’hui. Mais jusqu’à quand ? Il ne faut jamais oublier que l’opinion est versatile. Dès lors, ce serait s’aveugler que d’ignorer cette inquiétude et de ne pas la prendre en compte. Qu’est-ce qui motive le vote des catégories populaires ? C’est l’attitude de l’Etat face à leurs situations personnelles ou familiales. Elles votent en fonction de leur perception de la manière dont l’Etat prend en compte leurs difficultés quotidiennes, leurs préoccupations et notamment leur angoisse sur l’avenir de leurs enfants. Elles attendent un Etat qui assume ses responsabilités en matière d’emploi, d’éducation, de retraites, de santé, de pouvoir d’achat, de logement, de sécurité, de cohésion nationale, de maîtrise des frontières. A l’inverse, elles condamnent des dirigeants qui à leurs yeux, faillissent à cette mission de protection. Elles votent en fonction de leurs attentes à cet égard.

Au regard de la sociologie électorale du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, du référendum sur le Brexit et de l’élection de Donald Trump, peut-on considérer que les catégories les plus défavorisées, considérant qu’elles n’ont plus rien à perdre, optent pour la solution la plus radicale ?

Oui, tous ces événements ont un point commun. Et on pourrait aussi parler, auparavant, du non à la Constitution européenne par la France et les Pays Bas en 2005. Il faut y voir un geste de défiance envers le discours dominant des milieux dirigeants, une vision qui prône l’ouverture des frontières, la mondialisation, la société multiculturelle, la valorisation des minorités, l’individu roi, interchangeable, la table rase, et l’argent comme une valeur dominante. Il est clair que nous assistons dans le monde occidental à une réaction des milieux populaires, exclus des bienfaits de la mondialisation, contre ce mode de pensée dominant. Le drame du monde occidental tient au fait que les milieux dirigeants n’ont pas voulu entendre cette détresse. Cette indifférence ou cet aveuglement ont donc favorisé des expressions extrêmes dominées par les provocations, un discours de haine ou de fuite dans la démagogie ou le nationalisme de repli. Nicolas Sarkozy, en 2007, a tenté d’y apporter une autre réponse. Aujourd’hui, le succès de François Fillon correspond de toute évidence à l’espérance d’un discours et d’une politique qui tiennent compte du malaise populaire, à travers notamment la réhabilitation de l’Etat, des frontières, de l’autorité, de la nation, une nation à la fois ouverte sur le monde et protectrice. Le défi est immense car il n’a pas le droit de décevoir.

Quelles leçons pourrait-on en tirer pour la France ? Alors que le Front national semble désormais défendre le modèle existant, François Fillon peut-il, d’une certaine manière, paraître aux yeux de l’électorat populaire plus radical que Marine Le Pen ?

La difficulté de l’expérience Fillon, tient au fait qu’elle doit répondre à deux exigences d’apparence contradictoire: la libéralisation de l’économie française, pouvant être ressentie comme une variante de la mondialisation et la défense des valeurs traditionnelles, y compris autour de l’identité de la France. Il me semble dangereux, pour cette raison, de vouloir imposer soudain par le haut des réformes économiques et sociales nécessaires mais difficiles. Leur réussite passe par l’explication, la communication, le dialogue et surtout le respect du travail parlementaire, donc forcément la prise en compte des réalités de terrain et de la sensibilité populaire. Le recours au « 49-3 » ou à des formules expéditives serait suicidaire. En voulant trop bien faire, trop vite, le risque est d’aboutir à l’effet inverse recherché, de gigantesques mouvements sociaux, une succession de reculs dans une situation de chaos, un désastre politique entre 2017 et 2022, débouchant sur l’arrivée au pouvoir d’une forme ou d’une autre d’extrémisme démagogique en 2022, c’est-à-dire la destruction de toute l’œuvre accomplie. Attention : cinq années passent si vite…

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Espérance, oui, euphorie, non…

xvm6e05672a-afe0-11e6-8924-aaf6bf1e52eaLa victoire de François Fillon aux primaires de la droite et du centre est une excellente nouvelle pour la France. Sans doute ne faut-il pas se tromper sur sa signification. Elle s’est dessinée en une quinzaine de jours à la suite des trois débats télévisés. Elle n’est pas le résultat, me semble-t-il, de la découverte soudaine de son programme rendu public depuis des mois, par les électeurs. Elle est le fruit d’une intuition, d’une sensation, d’une émotion collective. Par son image, de calme, de compétence, de probité, il a crevé l’écran. Sa personnalité, dominée par la sobriété, contrastait avec les gesticulations, la logorrhée du pouvoir actuel dont les Français ne veulent plus. Il rassure dans le chaos général et la décomposition accélérée, de la vie politique française, donnant une image de stabilité personnelle.

En revanche, je pense qu’il serait folie de se laisser griser. Ma modeste expérience de la vie politique me laisse penser qu’en la matière, tout enthousiasme débouche sur la déception. La mission présidentielle consiste à tracer un cap pour le pays, un état d’esprit, une volonté collective, une exemplarité, à engendrer la confiance. C’est à ce titre que les électeurs de la primaire ont choisi M. Fillon.  Elle n’est pas de fixer un programme dans le détail. Le chef de l’Etat n’est pas le chef de gouvernement. La politique économique et sociale est de la responsabilité de la majorité parlementaire et du Premier ministre qui en émanera. Or, nul ne peut préjuger de ce qu’il en sera de l’une comme de l’autre. Le parti socialiste peut sortir revigoré de la confrontation avec un programme très libéral qui à l’évidence, inquiète les Français. Le parti lepéniste a peu de chances aux présidentielles mais il peut réaliser une percée aux législatives sur des propositions démagogiques. Dans le camp de la droite et du centre, les cicatrices laissées par les primaires seront-elles surmontées? En situation de tripartisme, avec une force majoritaire fracturée par les rancunes, quelle serait la marge de manœuvre de l’exécutif? En tout cas, en voulant tout faire lui-même, en se substituant à la majorité parlementaire et au Premier ministre, en voulant appliquer un catalogue de mesures sans tenir compte du Parlement et du Gouvernement, M. Fillon s’exposerait au pire, reproduirait l’erreur de ses prédécesseurs et serait inéluctablement condamné au désastre. L’opinion est erratique, dominée par des passions irrationnelles. La confiance peut se perdre bien plus vite qu’elle ne se gagne: en deux jours et non en deux semaines

Et puis une fois les élections gagnées, le cas échéant, le nouveau pouvoir sera-t-il en capacité d’imposer, en peu de temps et de manière soudaine, un train de réformes draconiennes au pays? La France est extrêmement fragile, ensanglantée, traumatisée par les attentats terroristes,  les 6 millions de chômeurs, sa société fracturées. Il suffit sans doute d’une étincelle pour tout embraser. Certes, il est facile aujourd’hui, de se sentir fort. Mais il faut aussi imaginer tous les scénarios possibles: le pays bloqué pendant trois mois, les transports, les routes, les raffineries. Et alors, que fait-on? Que l’on cède ou non, le quinquennat est déjà fini, au bout de trois mois. D’autres attentats épouvantables peuvent survenir. Et puis ce climat odieux de terreur intellectuelle qui écrase la France, dont nous avons eu un aperçu dans l’entre-deux tours: les insultes, les mensonges, les caricatures, les crachats, le déchaînement de propagande médiatique, la presse les médias en ébullition… Dire la vérité oui, mais aussi fonder toute politique sur la prise en compte de la seule réalité. Sortir la France de la dictature des postures, des manipulations et des polémiques stériles où elle est engluée depuis trop longtemps: voici qu’elle serait la véritable révolution.

Maxime TANDONNET

 

 

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Le départ de Nicolas Sarkozy

xvmdd17c84e-b317-11e6-8924-aaf6bf1e52eaVoici ma dernière tribune, concernant l’échec de Nicolas Sarkozy à la primaire, pour Figaro Vox. J’y exprime exactement ce que je pense, sans idolâtrie mais avec respect et profonde sincérité. Pour tout dire, je ne croyais pas à son retour à la tête du pays, et encore moins depuis qu’il a repris la présidence des républicains en septembre 2014. Le climat général ne permettait pas de l’espérer; mais surtout, l’histoire a ses lois, la roue tourne, le fleuve coule et ne revient jamais à sa source comme il le disait souvent lui-même. D’où mon silence à ce propos: il m’était impossible, par loyauté, de dire que je n’y croyais pas.  Quant à faire semblant, j’en étais incapable. J’étais sans illusion. Je sais que beaucoup de personnes ne le supportent pas. Elles ont tort. A la différence de tous ceux qui le haïssent ou le méprisent, moi, je le connais un peu, l’ai fréquenté pendant 7 ans où j’étais l’un de ses conseillers et je dirais même, en certaines périodes, proche conseiller. Il y a une chose que je suis viscéralement incapable de comprendre et d’admettre: que des gens qui lui doivent absolument tout, qui n’existeraient pas sans lui, et qui grâce à lui ont fait carrière en politique, élus députés, parfois même nommés ministres, se retournent contre lui et trahissent. C’est quelque chose qui échappe à mon entendement. Aujourd’hui, il a chuté, certes, mais il est impossible d’escalader une montagne sans redescendre un jour. La politique est un jeu qui finit toujours mal, notamment pour les plus grands.

Maxime

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Maxime Tandonnet : «Le départ de Nicolas Sarkozy laisse un grand vide»

On l’aime ou on le déteste. Il fascine ou il exaspère. Parfois les deux en même temps. Pour la première fois depuis une bonne quinzaine d’année, sa voix bruyante ou silencieuse est absente du débat public. Depuis une semaine, une éternité… Son allocution de dimanche soir, à l’issue de sa défaite, était d’une grande dignité. On l’a beaucoup dit. De fait, elle était à son image, conforme à sa personnalité.

Nicolas Sarkozy a chamboulé la manière de faire de la politique en France. Dans ce domaine, il fut un précurseur, un créateur.

Nicolas Sarkozy a chamboulé la manière de faire de la politique en France. Dans ce domaine, il fut un précurseur, un créateur. Il faut se souvenir qu’en 2002, la France sortait d’une longue période de glaciation à droite. Depuis 1981, elle a été au pouvoir dans le cadre de la cohabitation avec un président socialiste (1986-1988 et 1993-1995). Ou alors, elle détenait l’Elysée mais avec une Assemblée et un gouvernement socialiste (1997-2002). Elle n’a été réellement au pouvoir que pendant deux ans (1995-1997). Son attitude était aseptisée: sur des sujets comme la sécurité, les frontières ou l’autorité de l’Etat, qui préoccupent tellement les Français, jusqu’à 2002, il fallait être prudent et se taire, y compris à droite.

Ce courage politique est vraiment sa marque de fabrique.

Sarkozy a fait sauter le couvercle, notamment comme ministre de l’Intérieur en revendiquant haut et fort sa volonté de restaurer l’autorité et la sécurité. Il a réveillé son camp politique en choisissant de parler sans tabou de ces sujets. Il n’a pas craint d’affronter le politiquement correct ou ce qu’il appelle la «pensée unique». Il n’a pas eu peur de bousculer les convenances, l’idéologie dominante. Ce courage politique est vraiment sa marque de fabrique. Il n’a pas peur des coups, des moqueries, des insultes. Il aime l’affrontement, la polémique. Il existe un style Sarkozy, fondé sur le mouvement permanent, l’expression d’une énergie dans l’action, la médiatisation à outrance et la communication.

Trop loin ? Il a développé une sorte d’autorité personnelle, un charisme sans équivalent.

Il a poussé très loin la personnalisation de la politique. Trop loin? Il a développé une sorte d’autorité personnelle, un charisme sans équivalent. C’est à la fois un bien et un mal. Un bien car il a su mobiliser les énergies pour réaliser avec succès des réformes extrêmement difficiles, comme celle sur l’âge de la retraite en 2010, sur la fiscalité, sur la sécurité avec les peines plancher ou la rétention de sûreté pour les criminels sexuels, le rapprochement police/gendarmerie par exemple, sur la politique de maîtrise de l’immigration et d’intégration. Le jour où les historiens se pencheront sur son bilan, ils seront sidérés de l’ampleur de l’œuvre accomplie en cinq ans.

Mais cette personnalisation peut-être aussi un mal: dès lors que le pouvoir s’incarne en un homme, il devient dépendant de l’image de celui-ci et se fragilise. A court terme, la personnalisation du pouvoir peut doper l’action. A long terme, dans l’excès, elle risque d’affaiblir l’Etat et la notion de gouvernement, elle attise les passions au détriment de la raison.

Les Français connaissent mal Nicolas Sarkozy.

En tout cas, les Français connaissent mal Nicolas Sarkozy. Certains voient en lui un ambitieux, un carriériste, un obsédé du pouvoir. Avec ses qualités et ses défauts, il est tout autre chose. Il est animé par la passion de la France et de l’intérêt national. Ceux qui l’ont connu le savent. Il pense être indispensable au pays, justement par son énergie, son courage politique. D’où son retour dans la mêlée, animé par l’envie de bien faire. A-t-il tort, a-t-il raison de le penser? L’avenir nous l’apprendra. Trouvera-t-on chez son ou ses successeurs la même volonté d’action, le même courage politique dans la tempête? Il est impossible de le dire aujourd’hui.

Le personnage est profondément humain, parfois trop humain.

Le personnage est profondément humain, parfois trop humain. Son étrange habitude de recevoir à l’Élysée, en 2007-2012, au rythme de plusieurs fois par semaine, les victimes de la criminalité, des catastrophes naturelles, des accidents de la vie, sans ostentation, sans la presse ni les caméras, ses compatriotes dans la souffrance, en est le signe patent.

Sa méthode combinant le volontarisme dans l’action, parfois la provocation verbale contre les tabous, a des effets paradoxaux sur le plan électoral. Elle a admirablement réussi en 2007, parce qu’il y avait un effet de surprise, de nouveauté. Elle a échoué de peu en 2012, dans un contexte épouvantable. L’inconvénient de la personnalisation sarkozyste du pouvoir tient aux passions excessives qu’elle suscite, parfois d’admiration, mais aussi de haines inexpugnables . Cette méthode, enfin, s’est effondré en 2017.

Il est bien trop intelligent pour limiter sa vie à l’ambition politique, ce royaume de l’illusion et de l’éphémère.

Un phénomène étrange s’est produit. Dans les années 2002-2012, Nicolas Sarkozy était en phase avec la majorité silencieuse. Nul autre que lui ne l’a mieux ressentie, dans son besoin de protection face à la tourmente du monde. Après 2012, son instinct politique a été moins heureux. Il était de toute évidence extrêmement difficile de redevenir président de la République après l’avoir été une première fois. Tout effet de surprise est passé, les rancœurs et les haines subsistent, exacerbées, et l’usure du pouvoir persiste. Le défi était inconcevable, dès l’origine. Pourquoi ne l’a-t-il pas senti, alors que son instinct politique, jusqu’alors, l’avait si bien guidé? C’est la question que l’on peut légitimement se poser…

Son retour en politique est-il désormais envisageable? Dans un monde aussi chaotique, nul ne peut préjuger de rien. En cas de chaos généralisé et d’effondrement des institutions, qui sait? Tout peut arriver. Mais dans une logique de paix et de situation normale, un tel retour paraît inconcevable. Les Français lui ont dit «non», comme ils dirent «non» à de Gaulle un certain 27 avril 1969. Il est déjà passé à autre chose. Nicolas Sarkozy a servi la France pendant 20 ans. Il est bien trop intelligent pour limiter sa vie à l’ambition politique, ce royaume de l’illusion et de l’éphémère.

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Analyse du résultat du premier tour des primaires

xvm6e05672a-afe0-11e6-8924-aaf6bf1e52eaVoici mes contributions au Figaro Vox sur l’analyse de la victoire de François Fillon au premier tour des primaire et à Atlantico, sur les difficultés à venir.

Victoire de Fillon au premier tour des primaires, un séisme historique

La victoire écrasante de François Fillon au premier tour des élections primaires de la droite et du centre, dans le contexte d’une mobilisation historique de l’électorat, constitue un séisme politique, comparable à ceux qui émaillent la vie démocratique dans le monde occidental depuis quelques années: « non » français et néerlandais au référendum sur la Constitution européenne en mai 2005, référendum sur le Brexit en juin dernier, victoire de Donald Trump aux Etats-Unis. Que s’est-il passé? Deux semaines auparavant, personne n’imaginait un tel scénario, la totalité des sondages donnant Fillon bien loin derrière le duo de tête Juppé-Sarkozy. En quinze jours, l’ancien Premier ministre 2007-2012 a pris 30 points. Il y a-t-il, dans l’histoire de la démocratie française, un basculement aussi spectaculaire et massif?
Il serait trompeur d’y voir la prise de conscience soudaine par les Français du programme de François Fillon, connu depuis un an. Non, c’est autre chose, un phénomène qui relève de la psychologie collective. Comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, un mouvement de révolte du corps électoral, vient de se produire. Les Français se sont rebellés contre la loi des médias et des sondages, obstinés à leur vendre un scénario, celui de la victoire d’Alain Juppé, candidat de l’apaisement, contre Nicolas Sarkozy l’homme du clivage. Le peuple a voulu démentir un certain matraquage en plébiscitant massivement une troisième option. La notion même de primaires de la droite et du centre s’est trouvée dépassée. Les Français, probablement de différentes sensibilités, ont utilisé cette occasion pour exprimer leur colère. Ce résultat est avant tout celui d’une révolte populaire contre les élites politiques et médiatiques, une réponse de la nation au sentiment qu’une caste médiatisée veut lui imposer sa manière de voir, de penser et de voter.
La victoire de Fillon procède d’un instinct, d’une sensibilité qui a rejailli soudain comme un éclair. Elle n’est pas née du néant. Il faut se souvenir que l’ex Premier ministre de Nicolas Sarkozy fut franchement populaire dans les années 2007 et 2012. Sa cote dépassait constamment de 10 points celle du chef de l’Etat. Certains y voyaient un dérèglement des institutions, une Ve République où d’ordinaire, le Président de la République est plus populaire que son chef de gouvernement. La bataille contre Jean-François Copé pour la conquête de l’UMP en 2012 avait brouillé l’image du député de Paris. C’est cette popularité qui a resurgi soudainement le 20 novembre 2016.
L’événement est de taille. En plébiscitant François Fillon, les Français sont en train d’enterrer la notion « d’hyper présidence ». Ils rejettent l’image du narcissisme présidentiel, un chef de l’Etat qui, depuis une quinzaine d’années, prétend incarner à lui seul le pouvoir politique, omniprésent dans les médias, communicant suprême de la République. Ils refusent le culte de la personnalité, la présidence bavarde qui noie les échecs et l’impuissance dans la logorrhée et les postures.
En effet, la personnalité de François Fillon est essentielle pour comprendre le séisme en cours. Son personnage donne une image de simplicité, de discrétion, voire d’un tempérament silencieux, peu porté sur l’esbroufe. D’où l’impact considérable des trois débats télévisés qui coïncident avec sa montée en puissance. Après des années de gesticulation et de fanfaronnade, les Français ont manifesté leur soif d’accalmie élyséenne, de travail sérieux et collectif pour diriger la politique française. Contre la parole débridée et impuissante, ils ont exprimé l’espoir de l’action efficace. Contre la politique spectacle, ils ont fait le choix d’une certaine image de sobriété et d’autorité modeste que Fillon a su imposer.
Quelques années après les affaires DSK et Cahuzac, ce vertigineux basculement en faveur de l’ex Premier ministre qui n’a jamais été confronté à la justice, marque une volonté assainissement de la vie publique.
En cette période tragique pour le pays, ensanglanté par le terrorisme, dévasté par les six millions de chômeurs, la vertigineuse montée du communautarisme, le déclin industriel, un contexte international tourmenté, François Fillon a trouvé un style gaullien, des paroles qui rassurent et inspirent la confiance. Il s’est exprimé sans ambages en faveur du dialogue avec Moscou et de la priorité absolue à la lutte contre Daesh au Moyen-Orient. Sur ce point, il s’est radicalement différencié de l’idéologie « politiquement correcte » portée par la plupart de ses adversaires.
Mais surtout, les Français électeurs de la primaires ont été convaincus par son engagement répété en faveur des chrétiens d’Orient victimes d’un génocide. Par ces mots, il a su toucher au cœur de la France, de ses valeurs, de l’une de ses traditions les plus profondément ancrées dans son histoire. Tout en évitant le discours identitaire et le danger d’exacerber les déchirures de la société française, son appel répété et insistant en faveur des minorités chrétiennes persécutées dans le monde a eu probablement pour effet de mobiliser en sa faveur l’électorat chrétien de France. Et cela, personne ne l’avait vu venir…

Entretien avec le site Atlantico

Quel(s) effet(s) pourrait-on observer, sur le vainqueur de la primaire de la droite, et sur cette dernière d’une manière plus générale, du processus de désignation du candidat de la gauche à partir de janvier ? L’éclipse médiatique probable pourrait-elle avoir un effet négatif sur le camp LR ? 

C’est vrai qu’à partir de 2017, tout sera infiniment plus compliqué pour le vainqueur. Son état de grâce sera de très courte durée. Les primaires de gauche prendront l’ascendant sur le plan médiatique. Elles seront l’événement politique du début de l’année avec un lot d’incertitude gigantesque. On ne parlera plus que de cela avec pour conséquence une banalisation de la position du vainqueur de la primaire de la droite et du centre. L’émergence d’un candidat charismatique à gauche n’est pas à exclure. Mais les périls ne s’arrêtent pas là. On peut imaginer une prolifération de candidatures de droite ou du centre qui ne sont pas passés par la primaire. Compte tenu de la volatilité de l’électorat, un engouement pour une de ces candidatures n’est pas à exclure. Le poids du parti lepéniste et son score sont une autre inconnue. De même une autre inconnue tient à la confirmation ou non du phénomène Macron. La victoire aux primaires de droite n’est pas forcément l’assurance d’une victoire facile aux présidentielles de mai 2017. Et ne parlons pas de la suite qui peut être extrêmement chaotique. Le nouveau président aura-t-il une majorité présidentielle ? Rien n’est moins sûr si le tripartisme devait se confirmer aux législatives. Quelle sera l’attitude des syndicats face aux réformes libérales que proposent les candidats ? Le pays peut-il être bloqué ? Le nouveau président sera-t-il en position de tenir ses promesses ? 2017 sera quoi qu’il arrive, une période d’incertitude intense.

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Primaires, 55 minutes d’attente

sans-titre-4Etonnant spectacle ce matin, une queue immense, devant le bureau de vote. J’y suis retourné trois fois et n’ai pas encore pu voter… On se croirait dans un pays en pleine tragédie, où les files d’attente se pressent pour du pain, des œufs et du riz. Là c’est autre chose, les queues interminables de la démocratie, pour s’exprimer pour dire combien on en a marre, combien ou veut le changement. Il se passe quelque chose dans ce pays. Ce ne sont plus les primaires de la droite et du centre, mais un plébiscite, une révolte. Dans ma commune de banlieue-village, ce n’étaient pas la droite et le centre qui votaient. Il y avait tout le monde dans la file d’attente. Ce n’étaient pas des primaires, ce n’était pas une affaire de droite, de gauche ou du centre, mais un plébiscite pour l’alternance. Il se passe quelque chose. Nous en saurons plus ce soir. Si l’on en croit la majorité des prises de positions sur ce blog et ce que j’entends partout autour de moi, un phénomène soudain de ralliement à M. Fillon, sans doute le Fillon bras droit de Séguin et se proclamant « souverainiste » et défenseur des chrétiens d’orient. Ou bien autre chose peut-être, un réflexe d’espoir autour de Nicolas Sarkozy et sa volonté d’alternance franche, ou bien encore un mouvement unitaire en faveur de Juppé. Mais enfin, il se passe quelque chose. J’ai mon idée bien sûr. Une certitude, la révolte, la soif d’alternance, de changement, de renouveau qui s’exprime en ce moment, par delà la logique des primaires.

NB: j’ai réussi à voter: 55 minutes de file d’attente!

Maxime TANDONNET

 

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Le discours anti-système, paroxysme du système

xvmb69ec014-acb9-11e6-a681-5cfa72a17503Voici ma dernière tribune pour Figaro Vox. Le discours « anti-système » n’est d’après moi rien d’autre que la dernière mode idéologique.

« Pourtant, ce discours anti-système, par sa banalisation et sa généralisation, finit par prendre un caractère étrangement systématique… D’ailleurs, il ressemble curieusement au pire de la vie politique actuelle, de l’extrême droite à l’extrême gauche. De fait, à quoi ressemble cette dernière aujourd’hui? Partout dans le monde occidental, à une surenchère de la communication, de la parole, de la provocation, du culte des images, et de l’émotion, toujours plus éloignée du monde réel. Peu importe le fond: c’est l’impression qui compte, le coup destiné à forcer l’attention médiatique. La personnalisation à outrance de la vie politique est le paroxysme de ce phénomène qui recouvre le néant des projets. La vie politique se focalise sur le culte de personnages aux visages médiatisés, leur prénom, ou leur silhouettes, une logique de séduction narcissique. On ne se bat plus pour des idées ou un projet, mais pour une voix, un style, une couleur. Les postures se substituent aux projets. Les slogans remplacent les idées. Une grande vague de néant submerge la vie publique. La réalité s’efface devant le rêve et les manipulations. Le discours anti-système n’est au fond que le dernier slogan à la mode, la quintessence d’une dérive de la politique dans les limbes de la communication. Le véritable renouveau passe par bien autre chose que la parole anti-système. Il consiste à renouer avec les fondements de la politique au sens le plus noble du terme : le gouvernement de la cité. Il passe par la réhabilitation de la réflexion sur les grands sujets fondamentaux de l’époque : l’Europe, la Nation, l’Etat, les frontières, les équilibres planétaires, la démographie, la politique industrielle. Il doit se traduire dans le culte de la décision, du travail, de l’action et des résultats au service de l’intérêt général. Il ne se conçoit pas une remise en cause radicale de la logique de la personnalisation outrancière de la vie politique qui désormais étouffe la notion du bien commun. »

Hier soir, le dernier débat de la primaire de la droite et du centre, cet exercice formel où l’échange est avant tout prétexte à la posture, ne m’a pas vraiment rassuré. Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, il n’augure rien de bon pour le quinquennat 2017-2022. Mais voyons: ce ne sont pas les primaires en soi qui sont en cause. C’est plus profondément la dérive présidentialiste du régime politique français qui corrompt tout, en poussant la politique vers le culte de la personnalité et l’idolâtrie imbécile, le spectacle au détriment de la res publica, du monde réel et du bien commun. C’est la stricte vérité. Mais qui peut l’entendre aujourd’hui?

Maxime TANDONNET

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Lecture: Salaud d’élu, Julien Aubert, éditions Cent mille milliards

41icro9a6kl-_sx308_bo1204203200_Nous sommes nombreux à juger sévèrement la vie politique nationale, ou plutôt médiatisée, de l’extrême droite à l’extrême gauche: chute dans la démence narcissique, obsession carriériste, ivresse du culte de la personnalité qui renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire. Nous sommes nombreux à ressentir de l’écœurement face à la dictature des polémiques, de la communication à outrance, le bavardage pathologique, des manipulations, les volte-face et des postures. Nous sommes nombreux à déplorer l’effondrement du politique – le gouvernement de la cité – et du sens du bien commun.

Pour autant, il est essentiel d’éviter la tentation de la généralisation. L’écœurement légitime face au spectacle médiatisé ne doit pas se transformer en dégoût général de la vie publique et des responsables politiques dans leur ensemble. La France tient encore debout grâce à l’engagement et au dévouement de milliers d’élus, députés, sénateurs, maires, conseillers régionaux et départementaux, qui se consacrent au bien public dans la discrétion et la modestie, en dehors d’une ambition personnelle maladive. La politique connaît la même fracture que la Nation, entre ses élites médiatisées et sa majorité silencieuse. Le témoignage de Julien Aubert est précieux à cet égard. Voilà un député de moins de quarante ans qui ne doit strictement rien à personne, ni à son nom  de famille, ni à son réseau personnel, ni au parrainage d’un notable de la politique. Il ne s’est jamais livré à la courtisanerie ni à la flagornerie et n’a pas eu besoin de trahir pour réussir. Au départ démuni de tout soutien, il a su gagner simplement la confiance des électeurs du Vaucluse, sur le terrain. Son récit est important car il exprime me semble-t-il, l’avenir de la politique au sens noble du terme.

« Il est des souvenirs qui vous marquent pour la vie. Il faisait encore beau ce samedi de septembre 2011, lorsque j’ai débarqué en gare d’Avignon avec ma valisette, plein d’espoir à l’idée d’obtenir le Graal: l’investiture de l’UMP dans la cinquième circonscription du Vaucluse, nouvellement créée après le redécoupage […]

Je ne connaissais plus personne dans le département, sinon mon père et ma grand-mère mais j’avais le feu sacré. Je n’avais aucune expérience de terrain, ni aucun goût pour les jeux d’appareil partisan. Il m’a fallu convaincre un à un les responsables locaux, les adhérents et les militants de mon parti, puis les électeurs, que je pouvais faire l’affaire, qu’on pouvait me donner ma chance. J’ai cru en ma bonne étoile et l’histoire s’est bien terminée. Lorsque j’ai été élu de justesse député du Vaucluse en pleine vague rose, le 17 juin 2012, face au patron départemental des socialistes, j’ai eu droit à mon lot de félicitations. J’étais en quelque sorte un rescapé, compte tenu du nombre des députés sortants battus […]

La politique meurt du copier-coller des idées classiques véhiculées par les partis traditionnels. Alors que le peuple a soif de rupture, sa classe politique lui propose du mièvre, du tiède, du réchauffé […] A défaut d’avoir un programme pour les primaires de 2016 et les présidentielles de 2017, j’en profite pour exposer modestement quelques idées rarement défendues sur les plateaux de télévision avec une priorité: guérir la France de sa fièvre antidémocratique ».

Maxime TANDONNET

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Primaires, que choisir?

sans-titreLe présent billet n’est pas le signal de l’approbation du principe des primaires. Je trouve la vie politique française d’une rare médiocrité comme je l’ai écrit dans le Figaro de jeudi dernier. Confondre la politique, le destin de la cité, avec les sentiments qu’inspirent les voix, les visages, les paroles d’une poignée de figurines médiatisées me semble dérisoire.  Et les primaires sont la quintessence d’une personnalisation à outrance de la politique, d’une dérive absurde de la chose publique au loin des principes de l’intérêt général. La politique devrait consister à unir, rassembler, fédérer: M Sarkozy, M. Juppé, M. Fillon, M. Le Maire, etc. qui ont gouverné ensemble, ont fait la même politique dont ils partagent la responsabilité, appartiennent au même parti, plutôt que de se tirer dans les pattes publiquement, devraient être nuits et jours réunis autour d’une table et discuter des moyens de sauver ce pays. Qui aura le privilège de fanfaronner sous les ors de l’Elysée? Et sans nul doute de devenir en 6 mois l’homme le plus haï et le plus moqué de France? Ce n’est pas l’essentiel! Ils n’ont qu’à tirer au sort, ou, s’ils sont incapable de faire passer l’intérêt de la France avant leur intérêt personnel, faire confiance au suffrage universel pour les départager au premier tour, comme le prévoit la Constitution. Les primaires sont le contraire de la politique au sens noble du terme, tout le contraire: plutôt que de rassembler, elles désintègrent. Les programmes? Mais je ne crois pas une seconde à un programme concocté dans un coin par un bonhomme et son écurie d’experts. Les seuls programmes qui comptent, qui ont une (petite) chance d’être appliqués, sont ceux qui procèdent d’une future majorité parlementaire, largement validés et acceptés par elle! Tout juste ce qui n’existe pas dans l’actuel climat de décomposition.

Pourtant, il faut être pragmatique. Avons-nous le choix? Non. Il n’est pas question d’attendre un quelconque salut ou redressement national du processus en cours 2016-2017. En tout cas je n’y crois pas un instant. Mais il faut éviter à tout prix le chaos lepéniste comme socialiste pour cinq années supplémentaires. Donc, se résigner par défaut, à voter à ces foutues primaires, sans illusion, comme il arrive dans la vie quotidienne de devoir faire des choses auxquelles on répugne: voter dimanche prochain, pour celui qui aura le plus de chance d’éviter un cataclysme. Justement ci-dessous une contribution intéressante de M. FrédéricN qui prend parti pour un candidat (cette position n’engageant que lui):

« Le 20 Novembre : voter pour un programme et non pour un homme ( Frederic_N)
Je remercie M Tandonnet de me laisser la parole en cette vieille de primaires pour essayer de vous convaincre d’y participer, malgré les doutes qui sont émis sur ce blog, et de le faire dans un sens très précis. Comme il ne s’agit pas de se raconter des histoires, je le ferai autour de quatre questions
– Ces primaires servent-elles à quelque chose ?
S’il y a un consensus sur ce blog, c’est bien pour s’inquiéter des menaces qui pèsent sur l’avenir de notre pays, emblématiques d’ailleurs des menaces qui pèsent sur l’Europe. De même nous nous accordons pour mesurer l’impuissance de l’Etat français et de ses dirigeants politiques. Mais quelle est la responsabilité des dirigeants de la droite dans cette affaire ? Elle n’en est que partiellement responsable. L’honnêteté, au contraire, oblige à reconnaître que cette droite a vécu pendant plus de 50 ans sous le magistère de la gauche et que c’est d’abord là, dans cette soumission volontaire, que se situe sa faiblesse. C’est cette dépendance que lui reproche enfin – car c’est elle la vraie coupable ! – une partie de sa base électorale.
Or qu’on le veuille ou non la primaire (celle de cette année au moins) est un début de réponse à cette situation. C’est ce qu’a montré le déroulement des débats télévisés et il faut être bien aveugle pour parler de simples conflits d’égo. Ce qu’ont vu au contraire des millions de téléspectateurs c’est un débat sur des programmes là où ils n’avaient en mémoire que coups tordus – jurisprudence Chirac – mise en scène – jurisprudence Giscard – et bling bling – jurisprudence Sarkozy. Dans notre histoire récente c’est la première fois que cela arrive : la droite a non seulement discuté sur le fond mais elle l’a fait devant son électorat. D’ailleurs je cite Luc Ferry ce matin sur Radio classique « ce qui me convainc d’aller votre c’est la comparaison avec le débat américain : on a en France un débat de grande qualité »
– Dans quelle mesure ces primaires auront-elles un effet ?
Evidemment il ne faut pas être dupe, non seulement les couteaux sont tirés, mais surtout ils cachent le même strabisme vers la gauche que celui qu’on a vu à l’oeuvre depuis tant d’années. L’utilisation de Bayrou par Juppé va dans ce sens, Sarkozy a raison. Mais hélàs, la nomination de Baroin aussi. Non pas que Juppé et Sarkozy soient de « sournois comploteurs à la solde de l’oligarchie » comme on l’entend ici et là. Mais tout simplement du fait de la résistance prévisible qu’entraînera toute tentative de décision de leur part. Non seulement elle se heurtera, et contre l’esprit même de la démocratie, à la « résistance » de la gauche et des médias. Mais surtout, elle se heurtera au fait que l’administration penche à gauche de toutes ses pores : sans légitimité claire, sans soutien politique et sans programme d’action efficace il est illusoire de faire une politique de droite en France. Et sur le denier point on en est très loin, Juppé et Sarkozy ne font qu’en prendre acte. C’est d’ailleurs ce que voudront nous expliquer les médias: que la gauche devra être aussi au gouvernement et tout bloquer puisque c’est grâce à elle que Juppé ou Sarkozy battront Marine le Pen.
Mais justement, la primaire participe de la nécessité de cette « contre légitimité » dont le futur président aura besoin. A la fois par l’intérêt qu’elle suscite et à la fois par son contenu programmatique, elle pèse dans le sens contraire aux intérêts de la gauche. Plus il y aura de votants, et plus le futur élu aura la légitimité de la combattre. Plus il sera clair et plus il se heurtera avant les présidentielles à la gauche. Et plus sa victoire sur elle au premier tour sera considérée comme une victoire de ses idées.
Aller à la primaire c’est simplement contribuer à cette légitimité du futur président Républicain.
– Mais pour qui voter alors ?
A cette primaire – et même s’il n’est pas favori – je suggère aux lecteurs de ce blog de voter pour Fillon. Pour une raison simple. Malgré les médias, cette primaire a parlé de programme politique. Or Fillon est le candidat qui s’est le plus assimilé à l’idée d’un programme cohérent, au moins un minimum. Bien sûr on pourrait en discuter tous les points. Beaucoup ici semblent notamment revenir à cette vieille tradition de la droite gaulliste de s’en prendre au libéralisme. Mais je leur pose cette question : vous pensez, pour la plupart d’entre vous, que le problème de la Nation est de lutter contre sa désintégration, voire à la menace islamique. Mais pensez-vous que la France puisse résister à ces démons si elle n’est pas puissante économiquement ? Soyons sérieux. Beaucoup de gouvernements se sont essayés à faire de l’antilibéralisme que ce soit en Grèce, au Brésil ou au Vénézuela. Pensez-vous que ces pays se sont renforcés ou affaiblis ? A contrario pensez-vous sérieusement que le (socio) libéralisme ait affaibli nos voisins allemands ?
Poser de telles questions c’est y répondre.
– Doit-on s’en remettre à un homme quel qu’il soit ?
Disant cela je ne veux surtout pas entretenir d’illusions. Il y a de nombreux trous dans le programme Fillon. Notamment sur sa mise en œuvre. Pour ne prendre que cet exemple, Il ne nous explique pas comment il fera pour redresser un appareil d’Etat tenu par la gauche. Il ne dit rien là où il faudrait prendre le problème à bras le corps, par exemple en délogeant la gauche des positions qu’elle occupe dans tous les lieux de formation des cadres de l’état (et pas seulement à l’ENA, sans doute la moins mauvaise de ces écoles, qu’on la compare par exemple à Sciences Po ! ). Ce faisant il s’expose à de cruelles désillusions quand on s’apercevra qu’un sabotage subtil annihilera la plupart des mesures qu’il croira prendre.
Mais justement, quel que soit le futur président un tel affrontement est inéluctable. En fait, il a déjà commencé dans le cas de l’école, de la police, voire de la magistrature. Et la question qui se posera – brutalement – sera celle du rapport de force. Comme dans le cas de la SNCF et de Juppé.
Or qu’on le veuille ou non , ce rapport de force sera indexé sur le nombre de gens qui auront voté, non pas tant pour un homme, que pour un programme politique.
Et surtout pour sa mise en œuvre.

FrédéricN

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Système, antisystème

trump-2Toujours dans la suite de l’élection de M. Donald Trump, hier soir, le site Atlantico m’a interviewé sur la question des candidats « antisystèmes » aux présidentielles françaises. En bref, ma réponse paradoxale a consisté à dire que, de Trump aux « antisystèmes » français, les vrais antisystèmes » ne sont pas forcément ceux qui cultivent cette qualité…

Maxime TANDONNET

1/ A la suite de la victoire de Donald Trump, plusieurs candidats ont laissé entendre qu’ils pouvaient représenter le renouveau de la classe politique, voire qu’ils étaient eux-mêmes des candidats « antisystème ». Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg ou encore Nicolas Dupont Aignan, Nathalie Kosciusko-Morizet, Marine Le Pen… Quels sont les critères qui permettent de définir une attitude et un positionnement « antisystème » ? Comment les électeurs peuvent-ils se représenter un tel positionnement ?

Nous assistons, à la suite de l’élection de Donald Trump, à un phénomène assez paradoxal. D’une part, les médias, les commentateurs décrivent cette élection comme d’essence quasi diabolique, le triomphe du populisme contre l’idéologie dominante des élites dirigeantes et intellectuelles. Mais d’autre part, une grande partie du monde politique, de droite ou de gauche, veut s’inspirer du modèle Trump, la dernière mode en politique: l’antisystème ou supposé tel. Mais pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord définir ce qu’on entend par « le système' ». On peut l’analyser à deux niveaux.
D’abord il se définit comme l’ensemble des institutions, de l’idéologie, des valeurs dominantes dans les élites médiatiques, politiques et intellectuelles. Aujourd’hui, en ce sens, la représentation du « système » porte sur les bienfaits de la mondialisation, de l’ouverture, de la diversité, le culte des minorités, de la mobilité planétaire et de l’effacement des frontières. Ce idéologie dominante dans les élites médiatique, autrement dit le « politiquement correct » a été fortement incarnée par Mme Clinton, jusque dans son discours de candidate battue. Elle s’opposerait ainsi au « populisme », sensibillité dominante dans le peuple, la majorité silencieuse, fondé au contraire sur l’idée de retour à la Nation, un repli sur l’identité. Sur cette base, en se fondant sur le sens le plus commun du mot, les « antisystèmes » seraient les adversaires d’une certaine idéologie dominante. Etre « antisystème » reviendrait à prôner le retour à la Nation et au peuple contre la « globalisation », l’identité contre la diversité, les frontières contre l’ouverture. Dans cette optique, M. Trump serait la quintessence d’un antisystème, comme les politiques français s’inspirant de son modèle. Sa victoire représenterait un basculement idéologique, le premier grand revers de la vision mondialiste depuis la fin de la guerre froide en 1990 : d’où l’aversion qu’elle suscite auprès des élites médiatiques et intellectuelles.
Cependant, cette manière de voir les choses, la plus habituelle, ne répond pas vraiment à la question et se cantonne au superficiel. Elle semble évidente mais elle est artificielle et fausse. Il existe une autre façon de comprendre les termes de système et d’antisystème, au second degré. De fait, à quoi ressemble la vie politique aujourd’hui? Partout dans le monde occidental, à une surenchère de la communication, de la parole, de la provocation, du culte des images, toujours plus éloignée du monde réel. Peu importe le fond: c’est la provocation qui compte, celle qui permet de forcer l’attention médiatique. Dès lors, M. Trump, tout en cultivant un style anti-système, serait la quintessence du système. Il a fait campagne sur des coups médiatiques, des provocations parfois violentes destinées à marquer une rupture avec le « politiquement correct ». En flattant le peuple, il porte la manipulation de ce dernier au plus haut niveau. Déjà, à la suite de son élection, certaines de ses propositions les plus délirantes, sur la base desquelles il a été élu, auraient été retirées de son site Internet de campagne! C’est tout dire! Le phénomène est sans précédent à ce niveau. En France, la politique suit cette fâcheuse tendance à fuir le réel dans la provocation. En cela M. Trump est bien à la mode. Le système politique est d’abord dominé par le culte de la parole, de la communication, de la provocation, de la médiatisation et de la manipulation de masse. La personnalisation à outrance de la vie politique est le paroxysme de ce phénomène. On ne se bat plus pour des idées ou un projet, mais pour une image médiatisée, un visage une voix, un style. Les slogans remplacent les idées et les provocations sans lendemain se substituent aux projets. Peu importe ce qu’il en restera dans la confrontation avec la réalité. Le réel s’efface devant le rêve.
L’antisystème serait au contraire, dans mon idée, le retour au réel et à la volonté de gouverner, de choisir, de décider, une forme de discrétion et de modestie, d’effacement du « moi-je » et de réhabilitation de l’intérêt général comme but de la politique. L’antisystème, aujourd’hui, défendrait la vérité et la politique des réalités.

2/ On remarque que ces positionnements concernent à la fois des figures politiques de droite et de gauche. Pourriez-vous nous décrire, pour chacun d’eux, l’offre politique qu’ils représentent ? 

M. Macron, Mme NKM se veulent à leur manière des antisystèmes qui remettent en cause les fondements de leur propre parti. De fait, ils existent avant tout par des petites phrases qui ont défrayé la chronique! Ils sont bien à cet égard des représentants typiques du système… Le courant lepéniste est depuis plusieurs décennies, construit sur la personnalisation du pouvoir, sur le jeu des provocations verbales et d’une forme d’hyper médiatisation autour d’un nom, de silhouettes, de visages. Là aussi, il est l’un des grands précurseurs du système, au cœur même du système politico-médiatique. M. Montebourg est une personnalité intéressante: flamboyant, il apporte un style personnel très marqué, même si ses idées n’ont rien de bien révolutionnaire. Tout est dans l’image, la communication. M. Mélenchon est aussi un personnage très singulier, représentant d’un phénomène où les idées s’incarnent dans un homme, un style, un visage. De tous ceux que vous m’avez cité, le plus authentique anti-système serait peut-être M. Dupont Aignan. Il n’est pas dans une logique de surmédiatisation de sa personne, ni de provocation ou de surenchère verbale. Il a quelques idées forces, autour du gaullisme, une tradition aujourd’hui délaissée. Mais en refusant le jeu de la surmédiatisation et de la provocation, il peine à percer dans l’opinion et à se faire connaître… Tout le paradoxe de la politique actuelle est là: le véritable anti-système, celui qui refuse la logique de la surmédiatisation et de la dictature des provocation, donc la « trumpisation » est-il condamné à l’échec? Pour l’instant, on peut le craindre…

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L’Amérique n’appartient qu’à elle-même

sans-titreCi-dessous, un beau texte à méditer de M. Julien Aubert, député les Républicains du Vaucluse, sur l’élection présidentielle américaine

Edito : l’Amérique n’appartient qu’à elle-même

Il existe deux manières d’expliquer le scrutin américain : en cherchant des similitudes avec la France et le reste du monde occidental, ou en insistant sur la nature particulière de ce pays. La vérité se situe probablement à mi-chemin.
Oui, comme je l’explique du reste dans mon livre, il y a une montée de ce que les médias appellent « le populisme », terme méprisant auquel je préfère celui de rejet des élites. C’est un vote massif de tous les dindons de la farce, après trente ans de dérèglementation, mondialisation et libéralisation, qui a pour verso une ouverture sans précédent des frontières avec les problèmes migratoires qui en découlent. Ces dindons peuvent varier d’un pays à l’autre, mais le message est identique : nous voulons peser sur le cours des choses, nous voulons être protégés, nous voulons chasser ceux qui ont présidé aux décisions qui nous ont conduit dans ce mal-être identitaire et économique. Ils sont de plus en plus perméables à des discours simplificateurs et révolutionnaires, quitte à s’asseoir sur toute approche rationnelle des problèmes. L’incompréhension avec « les élites » polyglottes et mobiles est totale, que ces dernières vivent à Londres, Paris ou New-York. Il n’y a qu’à lire les tweets de notre ambassadeur là-bas, tellement représentatif de ces petits marquis de la mondialisation heureuse. Du Brexit à Trump, de Siriza à Podemos, c’est un vote croissant contre la mondialisation et l’intégration mondiale.
Aux Etats-Unis, cependant le scrutin garde sa saveur particulière. C’est un pays janus, capable de voter pour Georges Bush, Ronald Reagan ou Donald Trump – lorsque le pays profond des « petits-blancs » se réveille – ou Bill Clinton, Jimmy Carter, Barack Obama – lorsque sa partie mondialisée (les villes, les minorités) prend le dessus. Le pays est lui-même un pays monde et du coup la fracture entre les deux Amériques va croissante, et explique la fin du consensus politique américain. Lorsque Barack Obama a été élu, il y a 8 ans, pour l’Amérique du Tea Party, cela a été vécu comme un traumatisme. L’élection de Donald Trump sonne comme le retour de balancier, et ne déroge pas par rapport aux autres alternances. J’étais étudiant aux Etats-Unis et j’ai vécu le recomptage Gore/Bush : je peux vous assurer que c’était autrement plus violent. Copé-Fillon à coté, c’était de la gnognotte.
Trump a gagné, parce que le rejet d’Hillary Clinton, illustration de tout ce que je n’aime pas en politique, a été plus fort, et parce que le système politique des grands électeurs permet aux perdants de la mondialisation d’être majoritaires au niveau fédéral tout en étant (encore) minoritaires en voix. Si le Vaucluse ou la Correze comptait plus que Paris ou Marseille, le FN serait effectivement aux portes du pouvoir.
Le peuple souverain a voté. Il peut se tromper, c’est le privilège de la démocratie.
Marine le Pen peut voir les similitudes avec Trump. Etonnant, car moi il me fait penser à son père, dont elle aime dénoncer les outrances. On pourrait lui rétorquer aussi que les Américains ont mis à la porte une famille dynastique qui depuis un quart de siècle utilise son nom comme une marque collective.
Tout ceci prouve surtout qu’il y a urgence, dans notre pays, à rétablir une démocratie qui agit, qui fonctionne, qui résout les problèmes, et que notre petit monde germano-pratin qui a enterré la nation en 1990, n’a toujours rien compris au réveil des peuples, comme en 1848, comme en 1968, qui ne fait que commencer.

Julien AUBERT

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Visions franchouillardes du phénomène Trump

sans-titreBien sûr, une majorité des commentaires et éditoriaux s’interrogent sur l’impact du phénomène Trump dans la vie politique française. Ils seront considérables, sans aucun doute, un peu comme la crevasse d’un tremblement de terre qui déchire tout le monde occidental. Nous assistons à la confirmation du nouveau clivage entre tentation du recours au national et ouverture  planétaire, ou repli et mondialisation. Ce clivage semble l’emporter sur le classique droite/gauche axé sur la question sociale. D’où la sensation de séisme. Pourtant, les exploitations politiciennes franchouillardes sont à mes yeux totalement erronées. Le phénomène Trump en soi est bien d’essence américaine: le milliardaire, nouveau venu sur la scène politique, en guerre contre l’Establishment et surtout, contre son parti, qui réussit son « miracle » par la magie d’une communication. Nous sommes en plein dans le mythe américain, à mille lieues de toute mentalité française. Le matraquage permanent autour de la comparaison avec Mme le Pen est à mes yeux totalement déplacé: sa légitimité est historique, dynastique, établie, tenant au lien de famille avec le  créateur de ce parti, extrêmement puissant électoralement, qui existe depuis près de 50 ans, occupe une place essentielle sur la scène française depuis 30 ans (1986). On est strictement à l’inverse de la logique du rebelle Trump qui surgit soudain en politique, en guerre contre l' »Establisment » de son parti et fracasse tout sur son passage … Idem pour les comparaisons avec le président Sarkozy. Lui a été ministre de l’Intérieur et de l’Economie pendant 5 ans. Puis président de la République pendant 5 ans encore. Il est un homme d’expérience, sans aucun rapport avec le phénomène Trump, une sorte d’éclair qui jaillit du néant. Les commentaires français se fourvoient. Les uns jubilent les autres paniquent. A tort… Il y a dans la victoire de Trump une gigantesque opération de marketing qui est à l’œuvre, un formidable coup de bluff, un fabuleux coup de communication s’appuyant avant tout sur le rejet viscéral du candidat d’en face, Mme Clinton. Si les démocrates avaient mis un candidat tout juste présentable  face à Trump, sans doute l’issue eût été radicalement différente et les commentaires inverses de ce que l’on entend aujourd’hui… Le fond du programme de M. Trump est au repli protectionniste. Or, il est mensonger de faire croire que l’économie américaine peut se refermer sur elle-même comme une huitre et que cette perspective représente une solution économique pour l’Amérique. Le monde réel ne se manipule pas comme les mots et les images. Que sortira-t-il de cet extraordinaire coup de bluff?  Quelques changements peut-être, sur les relations avec la Russie ou la politique au Moyen-Orient. Mais sans doute au final une énorme et magistrale déception et le sentiment toujours plus profond du fossé entre le discours politique et le réel. Voilà, depuis hier, Trump est à la mode, comme Obama il y a huit ans. Dans quelques jours tous les politiciens français se convertiront, ouvertement ou hypocritement, au « style » Trump. Pardon de dire ce que je pense, mais la France d’aujourd’hui n’a absolument pas besoin d’un Trump, clinquant, communiquant, manipulateur. Les grands bavards et les forts en gueule, la France a déjà donné! Au contraire, elle a besoin d’une poignée d’hommes ou femmes d’Etat sérieux, visionnaires, donc cultivés et intelligents, audacieux et courageux pour ne pas avoir peur de dire la vérité, et aussi désintéressés, motivés par l’intérêt du pays, prêt à gouverner plutôt qu’à communiquer. Tout le contraire de la classe dirigeante actuelle, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Hélas, à l’avenir, il sera sans doute beaucoup plus facile de trouver une sorte d’avatar francisé de Trump qu’une poignée de véritables hommes d’Etat.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Le séisme américain

sans-titreLa victoire de Donald Trump représente un véritable séisme politique en Amérique, mais aussi en France et en Europe. Elle épouvante la quasi totalité du monde médiatique, intellectuel, politique. Les commentaires de ce matin, consternés, font peine à entendre, insupportables dans leur unanimisme et leur conformisme grégaire. Ce résultat est le fruit de la fracture profonde, qui déchire tout le monde occidental, entre la majorité silencieuse, celle de l’identité malheureuse, traitée de populistes, et les « élites » ouvertes sur l’international, le culte des minorités, de la repentance et de la modernité. Aux Etats-Unis, elle exprime la revanche de « ceux d’en bas ». Elle est aussi, il ne faut pas l’oublier, le fruit d’un effroyable fiasco du modèle politique américain: l’extrême impopularité de Mme Clinton, représentante d’une dynastie qui a déjà lourdement sévi et dont les Américains ne voulaient plus. Bien sûr, le monde médiatique, les experts, les idéologues vont crier à la fin du monde, comme à la suite du Brexit. Or, peut-être qu’entre les deux candidats, c’est le moins nocif, le moins nul et le moins pire qui l’a emporté. Mme Clinton, avec son regard illuminé, son mélange malsain d’angélisme (« le monde a besoin d’amour« ), et de bellicisme furieux (en découdre au plus vite avec Assad et les Russes), annonçait un vent de folie nouveau sur le monde. Mais l’élection de M. Trump n’a rien de réjouissant tant le personnage n’existe que par les provocations et les coups tordus, un programme délirant et inapplicable. Le moins pire des deux? Sans doute, mais guère plus. En attendant vient de s’ouvrir une nouvelle ère d’incertitude et d’inconnue.

Maxime TANDONNET

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Primaires, toujours pas convaincu…

sans-titreLe deuxième débat des primaires, jeudi soir, ne m’a pas plus convaincu que le premier. Bien sûr, on s’habitue à tout. Il n’empêche, cette surenchère d’attaques personnelles des candidats les uns contre les autres a quelque chose, quand on y réfléchit, de profondément affligeant. Oui, on s’habitue à tout. Voir d’anciens ministres, de pures créatures de Sarkozy, qui lui doivent tout de A à Z, s’en prendre à lui personnellement et à son quinquennat auxquels ils ont pris part, me donne le vertige. Nous sommes en pleine fragmentation, en plein nihilisme. Où sont les valeurs de respect, de loyauté, de reconnaissance? On a le droit évidemment d’être candidat contre lui. Mais d’attaquer ainsi frontalement, méchamment, celui à qui l’on doit absolument tout, à quelque chose de désespérant. Quant à lui, l’ancien président, que faisait-il là dedans, parmi ses anciens ministres? J’en suis toujours à me le demander… Tout cela n’était absolument pas du niveau d’un ex-chef de l’Etat. Le ton du débat n’était pas à la hauteur. J’attends de futurs président de la République potentiels qu’ils traitent des sujets de niveau présidentiel: la lutte contre l’endettement de la France, la réforme nécessaire et urgente de l’Europe, comment trouver des solutions avec le Royaume-Uni pour éviter le Brexit,  l’action européenne, nationale et internationale pour mettre fin à la « crise des migrants » et son cortège de tragédies, la place de la France dans la nouvelle guerre froide, les relations avec la Russie, le développement de l’Afrique, la stabilisation du Moyen-Orient, en politique intérieure l’arrêt du communautarisme et de la fragmentation du pays, la lutte contre l’exclusion, la transformation profonde de l’éducation nationale pour réhabiliter l’intelligence . De toute ces questions, pas un mot ou presque. Le débat portait notamment sur le nombre de policiers à créer: 10 000, 20 000, 50 000. C’est l’affaire d’un futur ministre de l’Intérieur, pas d’un prochain président! Et puis, l’obsession politicienne, ces échanges hargneux et croupissants autour de Bayrou comme de le Pen. Il n’était pas possible de les oublier cinq minutes pour parler de l’avenir de la France? Une certaine presse en raffole, et attribue des notes aux candidats pour leur prestation, un peu comme aux joueurs de football après un match. Une seule question intéressait la « France d’en haut »: lequel a-t-il gagné? Personnellement, je n’ai pas vu de gagnant mais une perdante: la France. Tout cela est de bien mauvais augure. La France a besoin d’être gouvernée, de suivre un cap, d’apporter sa confiance à une nouvelle équipe. Pour l’instant, aucune lumière ne vient éclairer notre horizon malheureux.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Les nouveaux enfants du siècle, Alexandre Devecchio, les éditions du Cerf, 2016

1540-1L’ouvrage d’Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro, 29 ans,  est le fruit d’une méticuleuse enquête sur la jeunesse française tentée par la radicalité sous ses formes diverses, en réaction contre la mondialisation. La richesse exceptionnelle de l’ouvrage tient à l’osmose parfaitement réussie entre les témoignages vécus qui abondent et les références intellectuelles. D’une lecture agréable et facile, rédigé d’une belle plume, il permet de concilier le plaisir d’un excellent livre et la réflexion sur l’évolution de notre société, ses fractures, son avenir. Ils ont vingt ans. Ils sont islamistes et partent pour le Djihad. Ils sont souverainistes ou identitaires. Ils sont catholiques et animent la Manif pour tous. Tout les oppose, mais ils s’opposent tous à la globalisation, au libéralisme, à la fin de l’histoire. Par leurs révoltes et par leurs fractures, ils sont le miroir de la France d’aujourd’hui et de demain.
Des caves des cités aux couloirs de Sciences-Po, des sites propagandistes aux collectifs militants, des émeutes aux manifestations, ce livre fait plonger dans le chaudron d’une génération sulfureuse. Enquête sans précédent, il donne la parole à ses protagonistes, notoires ou anonymes. Essai inédit, il les inscrit dans les débats intellectuels et les retournements idéologiques dont ils sont à la fois les héritiers et les contestataires.
Jusqu’où iront leurs volontés tragiques et antagoniques de refaire le monde défait de leurs parents ? Nous annoncent-ils un futur de conflits communautaires, ethniques et religieux, ou un avenir placé sous le signe du sursaut politique et spirituel ? Je recommande vivement la lecture de ce livre qui apporte un éclairage neuf et essentiel sur l’avenir de la société française. « Qu’est-ce qui, dès lors, par-delà les différences et divergences de leurs révoltes, unit les nouveaux enfants du siècle? Précisément, ils sont le miroir d’une France en morceau. Ils forment une génération fracturée dont les multiples lignes de faille sont encore plus complexes que celles définies par Guilly pour leurs parents. Elles expliquent pourquoi les jeunes, censés être davantage tournés vers l’avenir et ouverts sur le monde  que leurs aînés, inclinent majoritairement vers différentes formes de la radicalités et y basculent volontiers. S’ils convient de ne pas mettre les formes exacerbées de d’engagement qu’ils se choisissent sur le même plan, elles sont néanmoins le fruit d’une même rupture qui est en premier lieu d’ordre générationnel ».

Maxime TANDONNET

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Un rêve étrange

images[1]Cette nuit, en première partie de nuit, j’ai fait un rêve étrange. Je recevais la visite du général de Gaulle, celui des années 1940 en uniforme militaire, avec ses deux étoiles, le visage vieilli toutefois. Il avait la silhouette du héros de 1940, mais son visage portait bien ses 126 ans. Il était immense.

  •                                         *
  • « Vous avez l’air  tout chose, Tandonnet, me disait-il. Est-ce si extraordinaire de rencontrer le général de Gaulle? »
  • Eh  bien, mon Général, c’est quand même pas tous les jours qu’on rencontre un géant de l’histoire…
  • Non, c’est vrai, par les temps qui courent… Et vous comment allez-vous?
  • Le moins mal possible, mais je voulais profiter de votre présence pour vous demander ce que vous pensiez de la politique française actuelle.
  • Ah, non, s’il vous plaît, ne m’en parlez pas! Je ne suis pas venu pour me vautrer dans le marécage.
  • Mon Général, pensez-vous qu’il faille voter aux primaires?

Il a levé les bras au ciel, un peu énervé par ma question.

  • Faites comme vous voulez! franchement, que voulez-vous que je vous dise?
  • Dites, mon Général, voyant le pays tel qu’il est aujourd’hui, vous auriez fait tout ce que vous avez fait, l’Appel du 18 juin, le retour en 1958, la fin de la guerre d’Algérie, la décolonisation, la modernisation et l’ouverture de l’économie française à la concurrence internationale, la politique de Grandeur?
  • Mais oui, Tandonnet, oui, je l’aurais fait, sans aucun doute, je l’aurais fait de toute manière!
  • Pourquoi?
  • Parce qu’il y a quelque chose qui nous dépasse tous: l’Honneur, même dans la pire mélasse, dans les pires calamités, une voix qui nous dit: ne renonce jamais, quoi qu’il arrive. Fais ton Devoir, suis ton sens de l’Honneur, écoute le Destin qui te guide. Allez, bonne chance Tandonnet, et surtout, pensez un peu à vous!

Alors, je me suis réveillé de ce rêve étrange, trempé de sueur. Le Général s’en était allé.

Maxime TANDONNET

 

 

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Lecture: Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, Gallimard 2016

5139azqki-l-_sx339_bo1204203200_Le dernier livre de Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, est un petit bijou. Il vient comme une bouffée d’oxygène en cette période de moisissure. L’écrivain voyageur se lance dans la traversée de la France à pied, du Mercantour à la Normandie, par les « chemins noirs » des cartes IGN. Survivant d’un grave accident, une chute de huit mètres d’un toit, il s’était promis, sur son lit d’hôpital, d’accomplir ce périple s’il survivait et recouvrait l’usage de ses jambes. J’avais déjà parlé de cet auteur que j’aime beaucoup. Sur les chemins noirs est une succession de paysages, de rencontres impromptues, d’états d’âme nostalgiques, un hymne à la « France d’en bas », à la nature, au passage du temps. La souffrance des séquelles de sa chute est en toile de fond de cette plongée dans la solitude émaillée de brèves rencontres. Les visions s’enchaînent, dans un style d’une rare pureté. Cet ouvrage ne comporte pas une once de prétention, ni de message idéologique, encore moins de vulgarité. Il est tout ce que l’on aime aujourd’hui, simplicité, discrétion, modestie, humour. « A Barjac, une plaque sur le mur du cimetière: « Passant, arrête-toi et prie, c’est ici la tombe des morts. Aujourd’hui pour moi, demain pour toi. » Le souvenir de ma mère défunte me murmurait confusément ce genre de choses. Sa pensée m’escortait par des jaillissements nés d’une vision: pourquoi le souvenir des disparus est-il lié à des spectacles anodins comme une branche oscillant dans le vent ou le dessin de l’arête d’une colline? Soudain, les spectres surgissent. Pendant quelques mois, j’avais porté une bague à tête de mort qu’on m’avait retiré après ma chute. L’inscription latine gravée au revers du crâne disait la même chose que la plaque de Barjac: « Je fus ce que tu es, tu seras ce que je suis » […] Décidément,  j’avais deux millénaires de retard. Il était criminel de croire que les choses duraient. Les matinées de printemps étaient des feux de paille. »

Maxime TANDONNET

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Le piètre et le néant

418kdkvldwl__sx322_bo1204203200_Le livre de M. Davet et M. Lhomme, « Un président ne devrait pas dire ça » (Stock 2016) pulvérise les records de ventes et provoque une crise de régime. A vrai dire son contenu n’a pas grande importance sur le plan de l’histoire ou de la réflexion politique. Mais le succès et l’impact de l’ouvrage sont fascinants par ce qu’il révèlent. Dans ce document, l’ère du vide narcissique et voyeuriste bat son plein: « C’est à ce moment là que nous lançons au chef de l’Etat: « Il faut se teindre les cheveux pour être président? »  On craignait un peu sa réaction. Allait-il s’empourprer devant la médiocrité du questionnement, se draper dans sa si précieuse vie privée? Sa réponse nous a surpris à tout point de vue. Hilare, il nous lance: « Alors là, le coiffeur devrait en témoigner: je ne me suis jamais fait teindre les cheveux. Jamais, jamais! Mon père avait les cheveux comme ça! ». Ce qui me sidère? C’est qu’un tel étalage de néant, sans le moindre intérêt, en provoquant une crise de régime, entraîne davantage de dégâts politiques que la mort de 250 personnes dans des attentats terroristes commis en moins de deux ans sur le sol français, le drame de 6 millions de chômeurs et combien d’exclus, cette hallucinante et désastreuse crise des migrants, le Brexit, la désintégration en cours de l’Europe politique, l’impuissance générale de l’Etat … Ce livre est celui d’une hallucination, d’une démence collective, le livre d’une France d’en haut ayant perdu ses repères intellectuels et éthiques, devenue incapable de distinguer l’accessoire et l’essentiel, le mal et le bien. Je ne pense pas (contrairement à l’opinion unanime) que M. Hollande soit à l’origine, au départ, moins intelligent ni plus cynique ou plus médiocre que la moyenne des Français, des politiciens français, des 50 ou 60 candidats à la présidentielle. Le système politique français est  fondé sur l’illusion d’un président de la République tout puissant, personnalisant le pouvoir politique à lui seul, au cœur du faisceau médiatique, privé de tout contrôle, toute sanction possible et mise en jeu de sa responsabilité. Or, en réalité, ses capacités d’agir à lui seul sur le monde réel sont réduites, en tout cas sans commune mesure avec son image de Jupiter intouchable. Ce vertigineux décrochage entre le mythe et la réalité, entre la magnificence médiatisée et la médiocrité ou l’impuissance quotidienne, viendrait à bout de n’importe quel esprit « normal », l’emportant en marge de la raison. Je crois que le décalage entre l’image vaniteuse de « premier français »  et la réalité d’un chef de l’Etat devenu, presque par définition, le bouc émissaire du mal français, porte en soi les germes d’un glissement dans la dépression sinon la folie. Dans les débats politiques en cours, notamment les primaires, je cherche la moindre trace, le moindre soupçon de réflexion sur le sujet. Pour l’instant, dans le fleuve de paroles qui nous submerge, je n’en ai pas trouvé une seule…Pas une.

Maxime TANDONNET

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Au-delà du brouillard

imagesm5v71us6-2La semaine dernière, le site Atlantico m’a interrogé sur les conséquence qu’aurait l’élection de M. Alain Juppé à la présidence de la République. Précisons que je n’ai absolument rien contre lui. Les attaques dirigées contre sa personne, son âge, son passé, me déplaisent tout autant que celles dirigées contre Nicolas Sarkozy ou François Fillon ou tout autre d’ailleurs. L’exercice est de prospective: réfléchir à la suite… Nous vivons une drôle d’époque politique, réduite à des haines viscérales, des passions idolâtres, la fuite dans les polémiques, la calomnie, les insultes et moqueries, les lynchages, les provocations, la logorrhée, les trahisons, la lâcheté,  la tyrannie des anecdotes et du bavardage, le néant absolu de vision, d’idée et de projet. Nous sommes en droit d’avoir honte pour notre pays devant un tel spectacle. Cette plongée dans le ridicule qui n’épargne personne, de l’extrême droite à l’extrême gauche, est sans doute une manière médiatique de fuir le monde réel, de se saouler de crétinerie, d’oublier les massacres qui ont ensanglanté le pays depuis deux ans, le démembrement en cours de l’Europe, la crise des migrants, la fragmentation de la France et sa chute dans la violence, les 5,5 millions de chômeurs,  la démence des présidentielles américaines qui n’annonce rien de bon, l’explosion du Moyen-Orient et l’effacement international de notre pays.

Il existe deux manières de voir l’avenir. Une linéaire, en projetant les tendances en cours: élection 2017 de M. Juppé sous le signe de « l’apaisement », de l’unité et de la sagesse, quelques velléités de réformes économiques, puis recul face aux résistances et aux scandales, et puis cinq ans d’immobilisme, retour au grand blabla national, furieux et délirant lynchage médiatique contre lui, décomposition de la droite modérée, monopolisation de la vie politique par un parti socialiste gauchisé et le parti lepéniste, arrivée au pouvoir en 2022 des socialistes radicalisés et d’un programme de « vraie gauche »: 32 heures hebdomadaires, revenu universel pour tous, ouverture des frontières, école obligatoire jusqu’à 18 ans, recrutement massif de fonctionnaires, ponction fiscale sur « les riches » et sur l’entreprise privée, effondrement économique du pays, chaos absolu, fuite massive à l’étranger… Ainsi, dans cette logique vénéneuse, la fin de la France semble inéluctable, en germe dans le délire actuel, comme programmée. Et puis il en est une autre qui met l’accent sur l’évènement, l’accident de l’histoire, un réveil de la Nation, une crise titanesque, une prise de conscience collective, la disparition des partis actuels, une recomposition politique autour de nouveaux leaders, qui fassent passer l’intérêt général avant leur destin personnel, le retour à des hommes d’Etat sérieux, discrets et dévoués à la cause publique. Par définition, nous ne pouvons anticiper sur une telle fracture qui échappe à notre entendement. Le fond de ma pensée: je ne crois pas à une poursuite linéaire de notre effondrement mais plutôt à l’accident de l’histoire et à une résurrection de la France.

1/ Lors de son meeting à Toulon ce jeudi soir, Alain Juppé a déclaré « Pendant toute ma vie politique, je me suis efforcé de rassembler la famille à laquelle j’appartiens » avant de tendre la main aux déçus du sarkozysme et du hollandisme. Si cette stratégie peut s’avérer gagnante électoralement dans l’idée, est-il possible de satisfaire politiquement ces deux catégories dans la réalité ?
Qui sont les déçus du hollandisme? Pour l’essentiel, une frange de gauche qui rejette le discours libéral en faveur de l’entreprise et reproche au chef de l’Etat de n’avoir pas été suffisamment à gauche et d’avoir renoncé à certaines promesses comme sur le droit de vote des étrangers. Les déçus du hollandisme attribuent le chômage et la faible croissance à la « politique de l’offre », vécue comme une véritable trahison. Aujourd’hui ce noyau dur de l’électorat socialiste penche vers Mme Taubira ou Jean-Luc Mélenchon. Qui sont les déçus du sarkozysme? Plutôt une frange conservatrice de l’opinion qui lui en veut de n’avoir pas obtenu les résultats qu’elle espérait sur la sécurité, l’autorité, l’ordre, l’immigration. Parmi eux se trouvent aussi des souverainistes qui ne lui pardonnent pas le traité de Lisbonne, lui reprochant d’avoir ainsi détourné la victoire du non au référendum de 2005. Certains de ceux -là, pas tous, sont tentés par un vote lepéniste. Réunir dans un même vote les déçus du sakozysme et les déçus du hollandisme semble totalement irréaliste : les noyaux durs des déçus des deux camps sont aux antipodes du point de vue idéologique .
2/ Une présidence Juppé pourrait-elle être celle du « consensus mou » ? A force de vouloir rassembler, quel est le risque qu’Alain Juppé, s’il est élu président, ne prenne que des mesures en demi-teinte ?
On voit bien dans quel état d’esprit se situe M. Alain Juppé. Il souhaite apparaître comme l’homme de la sagesse, de l’apaisement, de l’unité nationale, celui qui transcende les clivages du pays. Il serait malvenu de le lui reprocher. La France est un pays meurtri par la vague de terrorisme. Elle est profondément lasse des polémiques, des scandales, des batailles haineuses de politiciens. La France ressent un besoin d’apaisement et d’unité. L’opinion publique est contradictoire. Certes, elle se droitise au sens où elle veut de l’autorité. Mais aussi elle est en quête d’unité. La force de M. Juppé est de l’avoir compris. Sa posture est donc habile et légitime. En tant que candidat à l’Elysée, il propose de renouer avec un président au-dessus de la mêlée. Avec beaucoup de sens politique, il fait ainsi de son âge, plus de soixante-dix ans, un atout. La clé de son succès dans les sondages est là. En outre, avec son concept « d’identité heureuse », il cultive la sympathie des médias, radios, télévisions, presse y compris de gauche en épousant le discours du « vivre ensemble ». Toutefois, si son éventuel mandat présidentiel est conforme à sa stratégie électorale, fondée sur le souci de plaire, de séduire, de susciter un consensus en sa faveur, de ne brusquer aucune frange de l’opinion, le risque évident est d’entrer dans une période d’immobilisme, d’inaction et de gouvernement par la communication. Donc, très vite de décevoir.
3/ Une présidence Juppé pourrait-elle contribuer à augmenter l’insatisfaction générale ?
La situation est étrange. D’une part, tout se passe comme si, six mois à l’avance, le futur chef de l’Etat était déjà désigné… Mais paradoxalement, jamais l’avenir n’a été aussi imprévisible. Va-t-on vers une reprise durable ou une nouvelle crise financière? Où et quand frappera le terrorisme djihadiste? Avec le tripartisme et la poussée électorale lepéniste, la plus grande inconnue règne sur la composition de la future assemblée. Quelle sera l’attitude des députés sarkozytes? Accepteront-ils une politique de consensus droite/gauche/centre, sur l’immigration, la sécurité? Une majorité présidentielle sera-t-elle possible pour gouverner? Si l’on s’en tient à un raisonnement strictement linéaire, fondé sur la seule prolongation des tendances actuelles, le naufrage d’une présidence Juppé paraît vraisemblable, dans la continuité de celle de M. Hollande: immobilisme, déception, aggravation des tensions sur la sécurité et l’immigration, poussée de chômage, communication à outrance, affaiblissement de l’Etat, montée des violences, fuite des dirigeants dans la logorrhée, poursuite de la décomposition de la société française, graves troubles sociaux, terrorisme, effondrement de la confiance et , très vite, chute vertigineuse du chef de l’Etat dans l’impopularité. Toutefois, une rupture de cette logique infernale n’est pas à exclure. Les marges de manœuvre pour éviter l’engrenage sinistre sont limitées mais elles existent. Que peut-on espérer? Qu’émerge une majorité à l’Assemblée solide et ferme, décidée à assumer sa mission d’exercice de la souveraineté et à obliger l’exécutif à prendre ses responsabilités. Le choix par le chef de l’Etat d’un excellent Premier ministre et d’un gouvernement déterminés à gouverner dans l’intérêt général et à régler les problèmes de la France. Un retour de la confiance lié au changement d’équipe… Une forte reprise de la croissance mondiale et une baisse du chômage. Mais bon, les chances de ce scénario optimiste sont relativement minces.
4/ Alors qu’Alain Juppé compte, en 2017, récupérer tous les électeurs déçus par les deux présidents précédents, vers qui les déçus du juppéisme pourraient-ils se tourner en 2022 ? 
C’est bien là que se situe la vraie question. Quand on voit l’exaspération de l’opinion aujourd’hui, on peut imaginer qu’elle sera encore décuplée en cas de nouvelle déception en 2017-2022. Que se passera-t-il alors aux élections de 2022? Dans cette hypothèse, on peut imaginer une vertigineuse débâcle de la droite aux élections présidentielles et législatives de 2022. Trois scénarios sont alors possibles. 1/ Le retour du parti socialiste, mais probablement sur une toute autre ligne que celle du quinquennat Hollande. Il faut alors envisager un parti socialiste nouveau, fortement radicalisé, qui voudra faire une « vraie politique de gauche » : « revenu universel », 32 heures hebdomadaires, scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, surtaxation de l’entreprise privée, recrutements massifs dans la fonction publique. 2/ Si les questions de sécurité et la crise migratoire européenne ne connaissent pas d’amélioration avant 2022, dans un climat d’exaspération générale, un triomphe du parti lepéniste à cet horizon est également possible. On peut même imaginer le pire, une vie politique monopolisée par la frange radicale des socialistes et par le parti lepéniste, sur les décombres des « partis de gouvernement ».Le recours à la démagogie, la plongée dans l’utopie et un climat de guerre civile ne feront alors sans doute qu’aggraver le désastre. 3/ Et puis une troisième alternative en 2022, celle du renouveau, une recomposition politique, l’émergence de nouvelles forces politiques, aujourd’hui inconnues, d’un nouveau leader, d’une nouvelle équipe, ayant la confiance de la Nation, décidés à restaurer l’autorité républicaine, la démocratie, la liberté d’entreprise, à gouverner pour le seul bien commun. L’histoire réserve parfois des surprises phénoménales. Il n’est pas interdit d’espérer.

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