Un léger malaise

XVMc60e9eca-6943-11e6-87fe-fc2be0a30832La loyauté est une vertu à laquelle je suis profondément attaché et je suis toujours outré de voir des anciens conseillers de Sarkozy qui lui doivent absolument tout, leur montée en politique, leur mandat, et qui se retournent contre lui, le critiquent méchamment voire même vont jusqu’à ce présenter à des élections contre lui. Ce phénomène m’est insupportable.  Toutefois, il me semble que dire ce que l’on pense ou l’écrire, dans la plus absolue courtoisie, n’est pas une marque d’infidélité. Au contraire, la flagornerie, la dissimulation de ce que l’on pense est une forme de trahison: cacher ses sentiments et ses idées pour espérer une faveur, c’est priver la personne concernée d’un avis divergent qui, pourquoi pas, pourrait lui être utile. Personnellement je dois à mes sept années passées dans la « Sarkozie » (2005-2011) ni mandat ni promotion, mais la richesse inouïe d’une expérience au cœur du pouvoir et la fierté d’avoir travaillé à ses côtés. Je lui en serai toujours reconnaissant. Mais pourquoi ne pas le dire, sa déclaration de candidature qui débouchera peut-être sur son élection, me laisse un arrière-goût de perplexité.

Le mythe du chef, du boss qui revient et qui s’apprête à sauver le pays me laisse de marbre. Je n’y crois pas. Le rôle d’un président est d’insuffler un esprit, une volonté, de s’entourer, d’incarner un retour à la confiance et de laisser les autres gouverner. L’idée d’un homme qui tient dans ses mains les manettes de l’avenir est fausse. Dans un monde infiniment complexe, la société ne peut évoluer en bien qu’avec une volonté collective, un gouvernement, des ministres puissants et engagés au service du bien commun, un Parlement respecté, actif, des citoyens engagés et unis par la confiance dans une direction commune. Il n’est pas de pire danger que la reproduction du modèle actuel, cette image de l’hyper président qui occupe chaque jour l’espace médiatique ne cesse de parler et veut incarner à lui seul la politique de l’emploi de la sécurité, l’Europe, la diplomatie, les questions militaires, enfin tout, au mépris du bon sens, et de la vérité. Ce culte du chef tout puissant,  qu’il eût mieux valu laisser aux extrémistes de droite comme de gauche, m’est de plus en plus insupportable. Car il est mensonger.

Le président Sarkozy annonce une politique de grande fermeté, d’identité et de retour à l’autorité. Il choisit comme emblème le regroupement familial. Ce n’est pas mon sujet du jour et je n’ai pas envie de m’y étendre. Pourtant, le regroupement familial aujourd’hui n’est pas un problème pour la France. Il est défini par une loi du 24 juillet 2006, justement la loi Sarkozy, qui prévoit des conditions précises de logement, de revenu et d’intégration pour faire venir sa famille en France. Le nombre de bénéficiaire est plutôt bien maîtrisé, autour de 20 000 en moyenne par an. Pourquoi remettre en cause ce qui justement, marche bien grâce à une réforme consensuelle dont il est l’auteur (enfin, le « porteur ») ? Les difficultés de l’immigration en Europe et en France viennent de tout autre chose: l’incapacité des gouvernements à faire respecter les lois sur l’entrée et le séjour notamment au regard de l’immigration irrégulière . Bien sûr, on me dira, le regroupement familial, c’est un symbole; un symbole, c’est-à-dire un chiffon rouge qui excite les foules quand on l’agite. Mais pourquoi ne pas laisser la méthode des chiffons rouges qu’on agite et qui n’ont strictement aucun intérêt, aucune portée pratique, aux partis extrémistes, de droite comme de gauche?

Enfin, le président Sarkozy annonce, dans son interview au Figaro, que M. Baroin est le mieux placé pour devenir son Premier ministre.  La contradiction entre le choix de M. Baroin (qui voulait interdire les crèches dans les mairies) et le discours d’identité, axé sur la religion chrétienne du président Sarkozy m’intrigue. Cela veut-il dire que l’avis du futur Premier ministre n’a aucune importance? Et on en revient au modèle du « collaborateur » de 2007-2012? Ou bien que le discours sur le christianisme est de circonstance? Mais surtout, le fait de désigner un Premier ministre pressenti huit mois à l’avance me trouble profondément. Cela signifie que le choix du Premier ministre est un simple appendice de la volonté présidentielle. Les futurs rapports de force au Parlement, les résultats des élections, donc la volonté populaire et  la possibilité de l’émergence de nouveaux leaders se trouvent ainsi niées. Nous poursuivons dans la logique de l’hyper présidence de type hollandaise, ce système qui ronge le pays depuis trop longtemps, concentrant toute l’image de la vie politique et de la vie publique dans le visage d’un homme, comme aux pires époques de l’histoire, cet homme étant voué à devenir le bouc émissaire du pays, le réceptacle de toutes les déception et de toutes les frustrations, puis à l’entraîner comme un boulet dans l’abîme.

Enfin, une chose qui m’exaspère particulièrement, c’est la cohorte des ralliements de personnages qui le méprisaient et le haïssaient en privé il y a si peu de temps. Ceux-là, je les ai repérés.

Quand je dis qu’il faut en sortir, nous n’en sortons pas et nous enfonçons toujours un peu plus profondément dans le marasme.

Maxime TANDONNET

 

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Les frontières et Jean-Claude Juncker

images (2)Le président de la Commission européenne a déclaré lundi « les frontières nationales sont la pire invention de l’histoire ». Il réagit ainsi à la montée des passions européennes qui s’en remettent aux frontières face à la crise des migrants et pour protéger les populations devant la menace terroriste. Ces propos sont totalement déplacés. Il n’existe pas de nation sans territoire, donc sans frontière. Les nations se sont forgées en Europe contre les Empires autoritaires qui niaient leurs frontières: empire napoléonien, empire ottoman, autro-hongrois ou empire allemand de Guillaume II. Elles sont le fruit d’une lutte pour la liberté. Au XXème siècle, en luttant pour protéger leurs frontières ou pour les reconquérir, des hommes se battaient aussi contre les plus monstrueux totalitarismes de l’histoire qui visaient à abolir les frontières nationales pour créer une puissance universelle gouvernée par leur idéologie sanguinaire. Face à la tourmente de notre époque et aux menaces qui montent, pour la liberté, le droit à la vie, la sécurité, les frontières sont le dernier recours. Les abroger reviendrait à livrer des centaines de millions d’Européens à la terreur. Le droit de l’Union européenne n’a d’ailleurs jamais prévu la suppression des frontières nationales, c’est-à-dire l’existence de territoire nationaux délimités, mais l’abrogation conditionnelle des contrôles aux frontières intérieures, ce qui est différent. En voulant prendre le contre-pied de ce qu’il qualifie de « populisme », M. Juncker attise les passions et aggrave la confusion. Il tient des propos d’idéologue. Il n’a pas été désigné à la tête de la Commission dans ce but. Que cherche-t-il? A discréditer encore davantage une institution remise en cause de partout?

Maxime TANDONNET

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Nous marchons à la catastrophe

images (1)Avez vous remarqué à quel point la vie politique française sombre tous les jours un peu plus dans le trivial et la médiocrité: déferlante de mégalomanie, culte de la personnalité à outrance, manipulation des statistiques, trahisons invraisemblables,  dissimulations avérées, fayotage ubuesque,  petites phrases et déclarations débiles, servilité du monde médiatique (radio télévision), obsession de l’anecdotique. Les élections de 2017 peuvent elles mettre fin à ce climat délétère?

Non, si l’on raisonne de manière linéaire, sur la base d’un enchaînement logique des événements. Que va-t-il se passer? La désintégration du parti socialiste ne peut que s’accélérer. Les derniers développements « à gauche » sont significatifs à cet égard avec la poursuite du naufrage présidentiel. Les primaires vont désigner un candidat de droite. Ce dernier va se retrouver en avril mai, au second tour, contre le fn. La situation de la France, dans huit mois, ira encore plus mal (économie, emploi, terrorisme, sécurité). Le deuxième tour des présidentielles va se transformer en lutte titanesque entre le candidat du « vivre ensemble » (droite/gauche) contre celui du « populisme ». Le show médiatique effacera tous les sujets : sécurité, économie, emploi, les banlieues, les frontières, la réforme des institutions et de l’Europe. Les législatives s’inscriront dans la foulée des présidentielles. Puis le mandat du candidat de droite, élu avec le soutien de la gauche, comme en 2002, portera la marque de ses origines: un consensus droite/gauche à préserver, tout entier dirigé dans une lutte homérique contre le « populisme ». Cela permettra de fuir les transformations profondes et courageuses dont la France a besoin pour ne pas décrocher des autres nations européennes: la restauration de la liberté d’entreprise, la réduction drastique des prélèvements obligatoires, le retour à des institutions politiques responsables et démocratiques, le rétablissement de l’autorité de la loi, le sauvetage de l’éducation nationale, etc.

Peu à peu, en l’absence des réformes authentiques et nécessaires dont le pays a tant besoin,  la situation va empirer, avec une fracture croissante entre le monde virtuel, politico-médiatique, et celui des réalités. La politique tournera de plus en plus au spectacle narcissique.  Plus l’effondrement de la société française va s’accélérer, et plus ses responsables s’enfonceront dans la cirque médiatique. En 2022, le pays sera donc encore plus en miettes qu’aujourd’hui. La lutte se fera entre des socialistes revigorés et radicalisés par le mécontentement général et le parti lepéniste, dans une surenchère de démagogie et d’isolationnisme entre les deux ailes extrêmes de l’échiquier politique. Les premiers l’emporteront sans doute dans un pays déboussolé. Et la suite, quoi qu’il arrive, n’est rien d’autre que la disparition de la France en tant que démocratie et puissance européenne.

Pourtant, rien n’est écrit, rien n’est jamais certain. La logique des enchaînements de cause à effet peut connaître de profondes ruptures « C’est ici le plus grand mystère peut-être de l’événement, mon ami, c’est ici proprement le mystère et le mécanisme même de l’événement, historique, le secret de ma force, mon ami, le secret de la force du temps, le secret temporel mystérieux, le secret historique mystérieux, le mécanisme même temporel, historique, la mécanique démontée, le secret de la force de l’histoire, le secret de ma force et de ma domination… » (Charles Péguy, Clio). Il peut se passer quelque chose d’extraordinaire, des événements à la dimension de l’histoire qui chambouleraient la logique d’un scénario catastrophe, sans doute extérieurs  à la sphère politique, mais quoi? Mon imagination n’est pas assez fertile pour le concevoir…

Maxime TANDONNET

 

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L’horreur présidentialiste

588945Je demande d’avance pardon aux visiteurs de ce site que mon billet du jour va déplaire.  Ce que j’ai lu dans l’article du Point ci-joint m’a choqué. Il me semble que la chute dans la névrose narcissique, chez un homme « normal » à l’image des dirigeants politiques actuels, c’est-à-dire simplement moyen sur le plan intellectuel et humain, installé sous les ors de l’Elysée, est un phénomène inéluctable. Le mélange de sentiment de la toute puissance, l’exposition médiatique quotidienne comme dieu-vivant  et la réalité d’une quasi impuissance, dans le contexte d’une irresponsabilité de fait – à l’abri de toute sanction – , ne peut conduire qu’à de tels naufrages. La présidence gaullienne était faite pour les grands hommes visionnaires et de caractère, pas pour les hommes normaux. Penser à « sa trace dans l’histoire », à sa réélection, vanter son bilan en cours de mandat, parler de soi ainsi et de ses états d’âme, petits malheurs de sa personne,  se livrer à l’autosatisfaction et au culte de soi, encouragé par la béatitude médiatique, quand on est censé diriger le pays, dans l’état de désintégration où il se trouve (chômage massif, désespérance des jeunes, pauvreté, exclusion, communautarismes triomphants, violence aveugle, attentats sanglant ayant meurtri la Nation dans sa chair,  vertigineuse poussée électorale de l’extrême droite), exhale un parfum de surréalisme, de déconnexion radicale, de perte de tous les repères. Ce n’est pas à l’homme que j’en veux, à l’individu lambda, l’homme normal, moyen, inintéressant, « Monsieur tout le monde », mais à l’institution présidentielle telle qu’elle est devenue et qui pousse à ce genre de vertige. Le prochain président, parmi les soixante candidats en course, fera de même. La présidence de la République élyséenne – tenu par tout autre qu’un grand homme de l’histoire – l’illusion de la toute puissance intouchable,  est un naufrage qui entraîne pays à l’abîme. Je suis pour en sortir, confier le gouvernement, le pouvoir à un Premier ministre responsable devant le Parlement et devant les Français, comptable de chacune de ses paroles, de ses actes, de ses résultats, susceptible d’être remercié en cas d’errance manifeste.  La France ne peut plus continuer ainsi.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Médiocrité, médiocratie

en-politique-comme-dans-les-entreprises-les-mediocres-ont-pris-le-pouvoir,M282116Voici une interview du philosophe Alain Deneault, professeur au Québec, au sujet de son dernier livre, La Médiocratie, éd. Lux (2015). Sa thèse sur l’invasion de la médiocrité dans les cercles dirigeants est impressionnante de lucidité. Il suffit de voir l’escalade de l’horreur politicienne en France, dans cette période où nous entrons, autour des primaires et de futures élections présidentielles, cette entreprise de décervellement national,  autour d’une cinquantaine de figurines médiatiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche, cette idolâtrie du clinquant et du vide narcissique, sans le moindre questionnement sur le fond des sujets, sur l’avenir de la politique, des institutions, de l’Europe, sur le destin du pays, et tout cela dans le climat le plus soumis, le plus servile, le plus uniforme et consensuel qui soit. J’en ai froid dans le dos. Ce triomphe de la médiocrité est le fruit de deux choses: l’obsession d’un système à trancher les têtes qui dépassent et le déclin à long terme de l’Education nationale, la perte des repères historiques, littéraires, philosophiques, d’où l’effondrement de l’esprit critique. La médiocratie triomphe partout dans le monde occidental – voir le déroulement de la campagne américaine – et nous entraîne à l’abîme.

(Télérama 7 décembre 2015)

– Qu’entendez-vous par « médiocratie » ?
– En français, il n’existe pas d’autre mot que celui de « médiocrité » pour désigner ce qui est « moyen ». « Supériorité » renvoie à ce qui est supérieur, « infériorité » à ce qui est inférieur, mais « moyenneté » ne se dit pas. Il y a pourtant une distinction sémantique entre la moyenne et la médiocrité, car la moyenne relève le plus souvent d’une abstraction : revenu moyen, compétence moyenne, c’est-à-dire une place au milieu d’une échelle de valeurs. La médiocrité, en revanche, est la moyenne en acte.
La médiocratie désigne ainsi un régime où la moyenne devient une norme impérieuse qu’il s’agit d’incarner. C’est l’ordre médiocre érigé en modèle. Il ne s’agit donc pas pour moi de stigmatiser qui que ce soit, mais plutôt de comprendre la nature de cette injonction à être médiocre qui pèse aujourd’hui sur des gens qui ne sont pas forcément enclins à l’être.
– Quelle est cette injonction ? D’où vient-elle ?
– La médiocratie vient d’abord de la division et de l’industrialisation du travail qui ont transformé les métiers en emplois. Marx l’a décrit dès 1849. En réduisant le travail à une force puis à un coût, le capitalisme l’a dévitalisé, le taylorisme en a poussé la standardisation jusqu’à ses dernières logiques. Les métiers se sont ainsi progressivement perdus, le travail est devenu une prestation moyenne désincarnée.
Aux yeux d’un grand nombre de salariés, qui passent de manière indifférente d’un travail à un autre, celui-ci se réduit à un moyen de subsistance. Prestation moyenne, résultat moyen, l’objectif est de rendre les gens interchangeables au sein de grands ensembles de production qui échappent à la conscience d’à peu près tout le monde, à l’exception de ceux qui en sont les architectes et les bénéficiaires.
– A l’origine de la médiocratie, vous insistez également sur la montée en puissance de la « gouvernance »…
– C’est le versant politique de la genèse de la médiocratie. D’apparence inoffensive, le terme de gouvernance a été introduit par Margaret Thatcher et ses collaborateurs dans les années 80. Sous couvert de saine gestion des institutions publiques, il s’agissait d’appliquer à l’Etat les méthodes de gestion des entreprises privées supposées plus efficaces. La gouvernance, qui depuis a fait florès, est une forme de gestion néolibérale de l’Etat caractérisée par la déréglementation et la privatisation des services publics et l’adaptation des institutions aux besoins des entreprises. De la politique, nous sommes ainsi passés à la gouvernance que l’on tend à confondre avec la démocratie alors qu’elle en est l’opposé. Dans un régime de gouvernance, l’action politique est réduite à la gestion, à ce que les manuels de management appellent le « problem solving » : la recherche d’une solution immédiate à un problème immédiat, ce qui exclut toute réflexion de long terme, fondée sur des principes, toute vision politique du monde publiquement débattue. Dans le régime de la gouvernance, nous sommes invités à devenir des petits partenaires obéissants, incarnant à l’identique une vision moyenne du monde, dans une perspective unique, celle du libéralisme.
– Etre médiocre, ce n’est donc pas être incompétent ?
– Non. Le système encourage l’ascension des acteurs moyennement compétents au détriment des super compétents ou des parfaits incompétents. Ces derniers parce qu’ils ne font pas l’affaire et les premiers parce qu’ils risquent de remettre en cause le système et ses conventions. Le médiocre doit avoir une connaissance utile qui n’enseigne toutefois pas à remettre en cause ses fondements idéologiques. L’esprit critique est ainsi redouté car il s’exerce à tout moment envers toute chose, il est ouvert au doute, toujours soumis à sa propre exigence. Le médiocre doit « jouer le jeu ».
– Que voulez-vous dire ?
– « Jouer le jeu » est une expression pauvre qui contient deux fois le même mot relié par un article, c’est dire son caractère tautologique. C’est une expression souriante, d’apparence banale et même ludique. Jouer le jeu veut pourtant dire accepter des pratiques officieuses qui servent des intérêts à courte vue, se soumettre à des règles en détournant les yeux du non-dit, de l’impensé qui les sous-tendent. Jouer le jeu, c’est accepter de ne pas citer tel nom dans tel rapport, faire abstraction de ceci, ne pas mentionner cela, permettre à l’arbitraire de prendre le dessus. Au bout du compte, jouer le jeu consiste, à force de tricher, à générer des institutions corrompues.La corruption arrive ainsi à son terme lorsque les acteurs ne savent même plus qu’ils sont corrompus. Quand des sociétés pharmaceutiques s’assurent que l’on guérisse à grands frais des cancers de la prostate pourtant voués à ne se développer de manière alarmante que le jour où ceux qui en sont atteints auront 130 ans. Quand l’université forme des étudiants pour en faire non pas des esprits autonomes mais des experts prêts à être instrumentalisés.
Le recteur de l’Université de Montréal l’a affirmé sur le ton de l’évidence à l’automne 2011 : « Les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises. » Des entreprises qui justement siègent au conseil d’administration de l’université, même si celle-ci demeure largement financée par l’Etat. Le recteur de notre principale université francophone rejoignait ainsi, presque mot pour mot, les propos de Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, affirmant en 2004 que sa chaîne vendait « du temps de cerveau disponible » à Coca-Cola.Jouer le jeu, c’est aussi, où que l’on soit, adopter le langage de l’entreprise privée… Dans l’ordre de la gouvernance, le service public disparaît et sa terminologie avec. Le patient d’un hôpital, l’usager du train ou du métro, le spectateur d’une salle de concert, l’abonné d’un musée, tous deviennent des « clients ». A la radio d’Etat, au Québec, un journaliste culturel m’a récemment demandé si j’étais « consommateur de théâtre ». Et la bibliothèque nationale, quand je suis en retard pour rendre les livres que j’ai empruntés, m’envoie un courriel qui commence par « Cher client ». Ces mots ne sont pas anodins. Ils sont révélateurs. Ils en disent long sur la révolution anesthésiante que nous vivons aujourd’hui.
– Vous placez l’expert au centre de la médiocratie. Pourquoi ?
L’expert est souvent médiocre, au sens où je l’ai défini. Il n’est pas incompétent, mais il formate sa pensée en fonction des intérêts de ceux qui l’emploient. Il fournit les données pratiques ou théoriques dont ont besoin ceux qui le rétribuent pour se légitimer. Pour le pouvoir, il est l’être moyen par lequel imposer son ordre.
– L’expert s’enferme ainsi dans les paramètres souhaités par telle entreprise, telle industrie, tel intérêt privé. Il ne citera pas Coca-Cola dans une étude sur l’obésité parce que la marque a financé l’étude. Il affirmera que les variations climatiques ne sont pas liées à l’activité industrielle parce que Exxon Mobil subventionne ses recherches. Il nous faudrait un nouveau Molière pour faire subir aux experts le sort que l’auteur du Malade imaginaire a réservé aux médecins de son temps.
– La médiocratie ne pousse-t-elle pas aussi à l’affadissement du discours politique ?
– Sans surprise, c’est le milieu, le centre, le moyen qui dominent la pensée politique. Les différences entre les discours des uns et des autres sont minimes, les symboles plus que les fondements divergent, dans une apparence de discorde. Les « mesures équilibrées », « juste milieu », ou « compromis » sont érigées en notions fétiches. C’est l’ordre politique de l’extrême centre dont la position correspond moins à un point sur l’axe gauche-droite qu’à la disparition de cet axe au profit d’une seule approche et d’une seule logique.
Dans ce contexte médiocre, règne la combine. Les gouvernants se font élire sur une ligne politique et en appliquent une autre une fois élus, les électeurs profitent des municipales pour protester contre la politique nationale, votent Front national pour exprimer leur colère, les médias favorisent ces dérapages en ne s’intéressant qu’aux stratégies des acteurs. Aucune vision d’avenir, tout le jeu politique est à courte vue, dans le bricolage permanent.
– Comment résister à la médiocratie
– Résister d’abord au buffet auquel on vous invite, aux petites tentations par lesquelles vous allez entrer dans le jeu. Dire non. Non, je n’occuperai pas cette fonction, non, je n’accepterai pas cette promotion, je renonce à cet avantage ou à cette reconnaissance, parce qu’elle est empoisonnée. Résister, en ce sens, est une ascèse, ce n’est pas facile.
Revenir à la culture et aux références intellectuelles est également une nécessité. Si on se remet à lire, à penser, à affirmer la valeur de concepts aujourd’hui balayés comme s’ils étaient insignifiants, si on réinjecte du sens là où il n’y en a plus, quitte à être marginal, on avance politiquement. Ce n’est pas un hasard si le langage lui même est aujourd’hui attaqué. Rétablissons-le.

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Pour une monarchie républicaine

588945La France est un pays plongé dans un chaos indescriptible: chômage massif, effondrement industriel, désintégration sociale, exclusion, violence, poussée des passions identitaires et du communautarisme, massacres terroristes. La politique a atteint son degré zéro quand l’impuissance publique se mue en grand spectacle médiatique quotidien. Elle ne se présente plus comme la mobilisation des énergies en vue du bien commun, mais au contraire le morcellement des passions autour d’une myriade de névroses narcissique. Il manque à ce pays qui s’effrite un point commun, un regard d’ensemble, une repère collectif. La France a besoin d’un chef de l’Etat qui soit impartial, garant de l’unité du pays, dont la parole, en ces temps de désordre et de panique généralisée, soit entendue et respectée. Il manque à la France un personnage au-dessus des partis et des passions. La France a définitivement rompu depuis un siècle et demi avec le principe de la monarchie héréditaire. Elle a besoin d’une monarchie républicaine, élective, fondée sur le suffrage universel. Qui se souvient que les rois francs étaient élus à l’origine? Le monarque républicain n’a strictement rien à voir avec la « présidence-zébulon » d’aujourd’hui, qui prétend s’occuper de tout, joue les hommes providentiels, mais faute de pouvoir régler les problèmes, gesticule sans cesse dans les médias pour se faire remarquer en espérant sa réélection. (Je ne parle pas de l’homme mais de l’institution telle qu’elle est vécue). Le président monarque a l’obligation de se tenir au-dessus de la mêlée. A l’inverse d’un politicien en quête d’élection ou de réélection, il incarne l’unité et la continuité, le désintéressement personnel. Il est choisi par les Français et ne saurait en aucun cas émaner d’un parti politique.  C’est le Premier Ministre et les ministres qui gouvernent le pays au quotidien, prennent les décisions et les coups, assument leur responsabilité devant le Parlement. Le monarque républicain parle peu mais sa parole est précieuse. Les temps de silence et de discrétion sont la source de l’autorité qu’il inspire. Il est sans prétention, rejette toute idée de culte de la personnalité, ne revendique pas d’être l’homme du destin ou de la providence, ni le « père de la nation ». Cependant, sa parole rassure, rassemble, oriente. Son autorité est naturelle, respectée, reposant sur l’estime de la Nation, sur une vision de la France. Son image inspire la loyauté et la confiance. Il concilie la lucidité et la force de caractère. Il est irréprochable dans son comportement personnel qui doit être un exemple.  Il est le garant de la sécurité du pays et de son destin. Il est élu pour sept ans dans la tradition française qui remonte à 1875, et non rééligible. Il n’est pas un homme providentiel ni un prétendu sauveur, mais un homme  d’Etat en charge de l’avenir.

Maxime TANDONNET

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Faut-il faire des « prières pour la France »?

Cloches-a-midi-et-priere-pour-la-France-les-catholiques-celebrent-l-Assomption (2)Bien sûr, beaucoup de visiteurs de ces pages seront gênés par mon propos de ce jour, mais je dis toujours ce que je pense. En ce 15 août 2016, la conférence des évêques de France a décidé de faire des « prières pour la France » et faire sonner les cloches des églises à midi. Je comprends mais en même temps, cet appel ostensible, médiatisé me met un peu mal à l’aise, personnellement. Son esprit me rappelle vaguement l’image des heures sombres de 1940, quand après la débâcle et sous l’occupation par l’Allemagne nazie, les églises se remplissaient de fidèles qui priaient pour la France. Dans ce geste, il y a comme une résignation, un découragement, après la vague d’attentats terroristes, le constat d’un malheur si absolu qu’il n’existerait plus d’autre issue que de s’en remettre à la providence. Prier pour les victimes des attentats, pour leur famille, partager leur souffrance, oui bien sûr. « Prier pour la France », je le sens moins bien. La France a-t-elle besoin de prières ou d’une politique courageuse et efficace, d’un Etat solide et ferme, du retour au sens du bien commun et de l’intérêt général? D’ailleurs, le climat général, l’air du temps, rappelle un peu, dans des circonstances qui n’ont rien à voir, celui de 1940. La comparaison revient dans diverses analyses. Montée du culte de la personnalité, des passions éthérée, fuite dans l’émotionnel et la quête du « sauveur », désespoir généralisé, sentiment d’asphyxie, repentance collective, formatage de la pensée, attirance pour toute sorte d’idolâtries personnelles, de l’extrême droite à l’extrême gauche… De fait, nous ne sommes pas en 1940, sous une occupation sanguinaire et le destin nous appartient. La situation actuelle ressemble plus à d’autres grandes crises marquée par l’impuissance publique, comme celle de la guerre d’Algérie en 1958.   Ce n’est pas de prière, ni d’un homme ou d’une femme providentiel que ce pays a besoin – plus le temps passe et plus toute forme de la personnalisation exagérée de la politique m’est insoutenable comme une forme de paroxysme de la manipulation -, mais d’une salutaire prise de conscience collective et d’un retour au valeurs républicaines autour du bien commun, de la vérité et de la volonté générale. De Gaulle allez-vous me dire? Oui, mais il n’est plus là et la France ne compte aujourd’hui bien évidemment aucun homme de l’histoire à son image. Au fond, la sortie du tunnel dépend de chacun d’entre nous. C’est pourquoi je pense que nous allons nous en sortir. Beaucoup se jouera sans doute aux élections législatives de juin 2017, dans moins d’un an. La France a besoin de changer en profondeur et d’un électrochoc pour cela, peut-être l’avènement d’une nouvelle majorité et d’une nouvelle équipe au pouvoir.

Maxime TANDONNET

 

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Sur le droit du sol, la politique et l’avenir de la France

XVM1c4e79d8-60d7-11e6-95d3-93f63f555425Si j’en juge pas les commentaires qui suivent mon article sur le droit du sol, pour Figaro Vox, il n’est pas facile de s’expliquer, de faire passer un message pragmatique, dans la sphère politique. Je le sais avec une certitude absolue: engager une réforme du droit du sol après une éventuelle alternance en 2017, après l’avoir promise pendant la campagne, serait désastreux. Ce serait typiquement un mode de continuation de la gouvernance politique actuelle: agiter les passions, exploiter les émotions,  les leurres et les polémiques pour faire oublier le réel. Six  mois d’agitation hystérique, de fureur, de haine frénétique et de temps perdu. Car pendant ce temps, on ne ferait rien d’autre sur les vrais problèmes, chômage, entreprise, libéralisation de l’économie, lutte contre la dette et les déficits, sécurité des biens et des personnes. Or, de fait, une réforme du droit du sol ou une suppression ne servirait strictement à rien, à rien, je vous en donne ma parole. Elle mettrait en cause un principe qui remonte, pas seulement à la République, mais à des siècles d’histoire. Pour un impact sur le réel strictement égal à zéro. Il est facile d’agiter des chiffons rouges et de faire hurler. Six mois qui s’achèveraient par un fiasco, qui accoucheraient d’une souris ou par un recul obérant tout autre chantier pour les 4 ans et demi à venir. « Française, Français, j’ai bien réfléchi depuis six mois, le pays n’est pas prêt, et moi, responsable de son unité, j’ai pris une grande décision, etc… » Dire comme le font beaucoup de politiciens actuels que la France « doit rétablir le droit du sang », relève de la pure propagande : en France, la nationalité s’acquiert aujourd’hui essentiellement par le droit du sang c’est-à-dire la filiation (90%), un peu par la naturalisation, et très marginalement par le droit du sol. Il est facile d’agiter les chiffons rouges inspirés des franges les plus extrêmes de la classe politique. Il est plus difficile de regarder la vérité en face et de relever les défis du réel: maîtriser effectivement et efficacement l’immigration en engageant une action volontariste pour faciliter l’intégration des étrangers en situation régulière, réguler l’immigration en fonction des capacités d’accueil de la France et assurer le retour dans leur pays des migrants en situation irrégulière, faire respecter la loi (avec toutes les garanties d’humanité nécessaires mais sans faiblesse), contrôler efficacement les frontières, frapper de manière impitoyable les filières esclavagistes, dégager les moyens gigantesques nécessaires, dans le cadre de la solidarité européenne, pour assurer la stabilisation et le développement des pays d’origine. Voilà ce qu’il faut faire avec constance et fermeté. Il n’y a pas d’autre solution que de reprendre le travail de fond. Mais c’est tellement plus facile d’agiter les chiffons rouges. Les socialistes l’ont fait pendant six mois avec la déchéance de la nationalité. Le résultat, nous l’avons vu. Déchéance de la nationalité, droit du sol: le principe est le même. Certes, les chiffons rouges peuvent permettre de récupérer quelques voix et peut-être faire gagner les élections. Et encore, ce n’est même pas sûr car les Français, échaudés, sentent bien l’odeur des chiffons rouges. Mais après? Qu’est-ce qui compte, gagner les élections, ou travailler au bien commun et à l’intérêt général? Gagner en 2017. Puis, faire les zouaves pendant cinq ans en gesticulant et en agitant les polémiques et les chiffons rouges: à chaque semestre sa polémique et son chiffon rouge. En commençant par le droit du sol. C’est tout juste ce dont je ne veux pas. Vous comprenez ce que j’essaye de dire?  Et pour finir, retour triomphal des socialistes en 2022. Cette fois, les socialistes frange dure: Mme Aubry alliée à M. Mélenchon et M. Hamon. Tenez, j’y suis déjà: TF1, le 6 mai 2022, 20 H40:  « Française, français, vous avez fait votre choix. Je le respecte. Je salue mon successeur et souhaite sa réussite. Pour ma part, j’ai pris une grande décision: je me retire définitivement de la vie politique.  J’aime mon pays du fond du cœur et continuerai à le servir autrement… Vive la République, vive la France! »

Maxime TANDONNET

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Homme providentiel et homme d’Etat

images (1)Dans les périodes de troubles que nous vivons, la tentation évidente est d’espérer une reprise en main politique de notre pays. D’ailleurs, même si le pire n’est jamais certain, la période qui s’ouvre s’annonce profondément chaotique, d’une violence et d’une incertitude extrême: bruits de bottes en Turquie, risque d’embrasement général au Moyen-Orient, déstabilisation croissante de l’Afrique,  affrontement de deux personnages douteux pour la présidence des Etats-Unis, menaces sur l’économie mondiale, désintégration de l’esprit européen. Nous voyons un monde qui marche à grand pas vers le gouffre. Quel dirigeant politique pour tenir le gouvernail dans la grande tempête qui vient?

Il me semble essentiel de ne pas confondre homme providentiel et homme d’Etat.

Le premier, l’homme providentiel, est le fruit d’une imposture, d’une construction médiatique. Sa réussite ou sa force tient à son image, à son apparence, au mythe qui se dégage autour de lui et qui est entretenu. Son prestige est de nature mystique. Il est le sauveur, d’essence quasi-surnaturelle. Il met en avant son destin personnel, supposé se confondre avec celui de la  France. Il soigne son apparence, sa prestance, son image. La relation qu’il entend établir avec la 001Nation est d’amour, d’affectif, de passion. Il veut être aimé, admiré, adulé, et entend inscrire sa trace dans les manuels d’histoire. Sa personne est en soi une garantie de protection et de réussite. L’archétype de cette construction artificielle d’une autorité autocentrée sur l’image est celle de Philippe Pétain en 1940, présenté comme le père des Français, icône dont l’image est présente partout et que les foules se pressent pour acclamer sur les routes; un personnage qui ose dire au fond de l’apocalypse « je fais don de ma personne ». A cet égard, le livre de réflexion le plus extraordinaire que je n’aie jamais lu (parmi des milliers…) s’intitule « Mythes et mythologies politiques », de Raoul Girardet – le Seuil 1986. Je le recommande du fond du cœur.

Le second, l’homme d’Etat, est d’une autre nature. Il ne parle jamais de lui. Il ne revendique pas de lien mystique avec la France ou les Français. Son image personnelle ou sa trace dans l’histoire ne l’intéressent pas. Il est arc-bouté sur l’idée du bien commun. Il ne songe qu’à servir l’intérêt général. Il ne compte pas s’accrocher indéfiniment en politique mais s’y maintenir tant qu’il s’y sent utile. Il se retire sans état d’âme quand il sent que le pays ne veut plus de lui ou à la suite d’un échec. D’ailleurs, la vie politique n’est pas une fin en soi à ses yeux, mais une vocation au service de son pays. Il lui préfère de Raymond_Poincaré_1914[1]loin le bonheur simple de l’anonymat.  Il n’annonce jamais de réforme qu’il sait ne pas pouvoir accomplir. Il ne joue pas à faire rêver et ne parle que pour dire la vérité du possible et du souhaitable tel qu’il les conçoit. Il ne communique pas, sinon pour expliquer sobrement son action. Les gesticulations, les polémiques inutiles, les promesses démagogiques et le spectacle émotionnel lui font horreur. Il n’a qu’une idée, accomplir de profondes réformes nécessaires et défendre les intérêts de son pays et de ses habitants, leur sécurité et leur prospérité. Il est l’homme des réalités, de la politique des réalités et de la vérité. Il est d’une probité absolue et chez lui, tout mélange entre les intérêts privés et publics est inconcevable.

Le monde politique est peuplé d’une multitude de petits bonshommes ou petites bonnes femmes providentiels en puissance, sans intérêt, bavards, ivres de leur « personne »; en revanche, les hommes ou les femmes d’Etat, à l’image d’un Raymond Poincaré ou d’un Pierre Mendès-France (dans les années 1950, ensuite, la vieillesse est un naufrage), chez qui le faire passe avant le paraître, l’action avant la parole, et le gouvernement avant l’image, manquent cruellement de nos jours. Je ne crois pas que la logique des « primaires » et des « présidentielles » soit de nature à en favoriser l’émergence, tant l’exercice paraît conditionné par le jeu  de la grande farandole médiatique. Non, l’homme ou la femme d’Etat ne peut émerger que dans des circonstances exceptionnelles, au fond du gouffre, quand le pays se réveille et ne peut qu’ouvrir enfin les yeux.  J’imagine, dans mes rêves les plus fous, l’émergence de nulle part, du fond de l’abîme, d’un mystérieux inconnu, étoile filante de la politique, un grand Premier ministre lucide et volontaire, issu d’une majorité nouvelle qui parlerait aux Français en leur disant: « Je n’ai que du sang et des larmes à vous offrir. Mais si vous me faites confiance, je vous donne ma parole que nous allons nous en sortir ensemble. Et demain, quand la France sera sortie du tunnel, vous n’entendrez plus jamais parler de moi car mon destin personnel, auprès de l’avenir de notre Nation, ma soi-disant trace dans l’histoire, ne vaut pas plus que ma première chemise ».

Maxime TANDONNET

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Lecture: L’insouciance, par Karine Tuil – Gallimard

CVT_Linsouciance_9924Dans son roman L’insouciance, publié par Gallimard, Karine Tuil esquisse un étonnant portrait de la France d’en haut, et des élites parisianistes. Les destins de personnages plus vrais que nature s’y entrecroisent: jeunes politiciens ambitieux, journalistes à la mode, officiers traumatisés de retour d’Afghanistan, conseillers élyséens déchus, représentants de la diversité… Ce monde étouffe sous les névroses et les tabous: carriérisme effréné, sexe et frustrations, hantise d’être traité de raciste. L’auteur m’a longuement interrogé sur la vie à l’Elysée avant d’écrire son livre. A cette occasion, j’ai découvert le travail méticuleux de documentation du romancier. Il est impossible de raconter une histoire aux rebondissements multiples mais j’en citerai un passage d’un parfait réalisme psychologique – qui me rappelle de lointains souvenirs: « Ce matin-là, il avait rendez-vous à l’Elysée pour récupérer ses derniers cartons. Il eut un choc en pénétrant dans son bureau: toutes ses affaires avaient été vidées et entreposées dans des caisses; c’était la deuxième fois en un mois que l’on déménageait ses effets personnels sans le prévenir. « Qui a donné l’autorisation de vider mon bureau? » […] Les caisses s’entassaient dans un coin, son nom mal orthographié inscrit dessus au marqueur. Il tenta de se réconforter en se persuadant qu’il n’aurait jamais pu travailler dans ce petit bureau où il avait été relégué après l’incident. » Un beau livre écrit avec une plume superbe, au style haletant et  d’un réalisme époustouflant…

Maxime TANDONNET

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Rencontre

sans-titreLe 6 juillet dernier, à 16 heures, j’étais reçu à sa demande par l’un des amis politiques les plus anciens et les plus proches du président Sarkozy. Il me lisait parfois, sur ce site, le Figaro Vox ou Atlantico, et voulait discuter avec moi de la situation politique. Nous étions heureux de nous retrouver après tant d’années depuis la défaite de 2012 et avons longtemps parlé de choses et d’autres. Puis, c’est moi qui ai abordé la politique en l’interrogeant sur la question qui hante les esprits: « Pouvons-nous perdre en 2017? » Lui pensait que non. Les socialistes sont dans un tel état qu’ils ne peuvent plus remonter. Le principal sujet de fond est de savoir qui l’emportera de Juppé ou de Sarkozy aux présidentielles. Mon interlocuteur préférait Sarkozy bien sûr, non pour une question d’âge, mais parce qu’il le jugeait plus apte à réformer le pays. Moi, comme toujours, je lui ai dit franchement le fond de ma pensée. Attention! La France de 2017 a profondément changé en dix ans et sa « culture politique » n’a plus aucun rapport avec celle de 2007. Nous avons eu les dévastatrices affaires DSK et Cahuzac, le mandat épouvantable de M. Hollande, l’escalade du chômage envers et contre les promesses, la vague d’attentats terroristes qui ont ensanglanté le pays, la dévastatrice  « crise des migrants », signe de l’impuissance nationale et européenne, les batailles d’ego de l’opposition, la vertigineuse poussée d’extrême droite… La mentalité n’est plus du tout la même. Toute confiance dans la classe politique a disparu.  La fracture entre la France dite « d’en bas », la majorité silencieuse, et les élites politiques a  atteint un niveau effroyable. Les Français, dans leur immense majorité,  ne supporteront plus jamais l’idée même de la présidence personnalisée, pour ne pas dire narcissique ou mégalomane, surmédiatisée et gesticulante à l’image des trois ou quatre précédentes. Ce n’est pas qu’ils descendront forcément dans la rue, mais ils feront la révolution du mépris, de l’indifférence et du repli sur soi, ce qui est aussi grave. Il faut repenser totalement, radicalement la vie politique, sur le principe de la modestie et du silence comme source de l’autorité, de l’action avant la parole, de l’efficacité sobre, de la dé-médiatisation, ou médiatisation minimale, du travail d’équipe et collectif, axé sur les réformes et les résultats, avec un véritable Premier ministre et de véritables ministres chargés de décider, de gouverner, de diriger et de choisir, plutôt que de parler et de frimer; imposer la loi de la vérité, du rejet absolu de la polémique, de l’idéologie et du passionnel pour se concentrer sur les seules réalités, le refus de l’idolâtrie, de la communication permanente, du spectacle émotionnel, des mensonges, manipulations de l’opinion.  Mon interlocuteur était, à ma surprise, largement d’accord avec moi. « C’est le quinquennat qui a tout foutu en l’air » m’a t-il affirmé. « Alors abrogeons-le! Et revenons à un septennat qui serait non renouvelable. Ce sera une première étape! » Il était totalement d’accord et m’a demandé si je pouvais faire une note à ce sujet pour le président. Ensuite est venu le carnage de Nice, puis mon départ en vacances à l’île de Ré, énormément de travail accumulé à mon retour. Je ne l’ai toujours pas faite…

Maxime TANDONNET

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La grande défiance

CnXe6DFWIAAEQkm (2)Après l’attentat de Nice, une tragédie d’ampleur nationale, largement étouffée par la politique et les médias au regard de sa gravité, une cassure s’est produite dans les profondeurs de la Nation. Je la ressens à travers mille conversations quotidiennes. Elle se traduit dans les sondages. La défiance est maintenant générale envers les milieux de l’élite dirigeante et politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Après un tel massacre, pour la première fois à la suite d’un attentat, aucun réflexe d’unité autour du pouvoir en place ne se produit. Quant aux extrêmes, ils ne profitent en aucun cas de la situation, bien au contraire. Dans le grand silence de juillet/août, les gens sont accablés, effondrés. Il s’attendent au pire pour leur avenir. Ils ne pensent qu’à la violence sanguinaire qui vient, avec une immense angoisse pour leurs enfants. Ils ne se sentent plus protégés. Leur rejet de la classe politique dans sa globalité, la crise de confiance, prend des proportions indescriptibles.  Ils ne voient en ce moment aucune issue politique, aucune sortie du tunnel. L’impression que les dirigeants politiques ne s’intéressent qu’à leur destin personnel fait des ravages. Mais isolés dans leur tour d’ivoire, ces derniers ne paraissent absolument pas s’en apercevoir. La peur, le découragement et le dégoût, dans la torpeur de l’été, se sont emparés des Français. Face au carnage, le comportement des autorités locales comme nationales a franchi les bornes du supportable, dans l’autosatisfaction, l’autoprotection, le déni de responsabilité, l’incrustation à tout prix, voire les tentatives de récupération. Personne, de toute la classe politique médiatisée, n’a trouvé les mots justes. « Un drame effroyable s’est produit. Plus rien ne compte à côté de ce cataclysme pour notre pays, le malheur des victimes et de leur famille. La politique n’est pas une fin en soi. Elle est uniquement au service de la France. Un drame de cette ampleur, dans la France du XXIe siècle,  ne peut pas être le fruit du hasard ni de la fatalité.  La première mission de l’Etat est de protéger les Français.  Toutes les responsabilités seront établies et les responsables sanctionnés. Une telle tragédie nationale ne se reproduira pas. J’en prends l’engagement auprès de vous sur mon honneur et sur la poursuite de mon mandat politique » . Voici les seuls mots dignes d’un homme d’Etat. Ils ne sont pas venus. Evidemment… Par delà les élections et les alternances, une profonde transformation de la mentalité politique, un changement radical de l’état d’esprit de la classe dirigeante, le retour au sens du bien commun contre la démence narcissique, serait la seule issue possible au drame de la France. Mais qui peut y croire en ce moment?

Maxime TANDONNET

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Fuite dans les limbes

sans-titreA chaque nouveau massacre par les terroristes islamistes, nouvelle stratégie de fuite dans les limbes.

  • 1) Attentats de Charlie hebdo et du magasin casher de la Porte de Vincennes: gigantesques rassemblements, vague de bons sentiments autour du « vivre ensemble », de la liberté d’expression, de « l’esprit Charlie ».
  • 2) Carnage du Bataclan et des cafés du 11e arrondissement: raidissement nationaliste, état de guerre, drapeaux tricolores aux fenêtres, état d’urgence, déchéance de la nationalité, unité nationale.
  • 3) Massacre de Nice et aussitôt après, égorgement d’un prêtre en pleine messe: solidarité avec les catholiques, « grand messe », flambée de religiosité,  dialogue des religions, organisation de l’islam de France, et en parallèle « défense de l’Etat de droit ».
  • 4) Quid si un nouveau malheur doit survenir?

La fuite dans les limbes reflète la politique telle qu’elle est devenue aujourd’hui: avant tout un mode de communication: manipuler les consciences, agiter les émotions, démultiplier les postures, faire croire ou faire rêver. Les dirigeants n’ont plus vocation à gouverner, à choisir et à décider, mais à occuper les  esprits dans l’attente des prochaines élections. Ce phénomène permet d’évacuer la question fondamentale en démocratie des responsabilités après un drame ou une catastrophe et des éventuelles sanctions. Le sujet n’est jamais envisagé: 250 tués en 18 mois, trois massacres et tout le monde aurait-il été parfait? La fuite dans les limbes dispense les gouvernants de l’action, de la décision et de l’engagement à changer le réel. Ma grande interrogation est la suivante: l’opposition réalise-t-elle la gigantesque imposture que devient la vie politique? Si elle revient au pouvoir en 2017, a-t-elle la volonté d’y remédier? Est-elle prête à remettre la vie gouvernementale sur ses pieds, à rejoindre le réel, à retourner sur terre? A prendre ses responsabilités concrètes, opérationnelles, en sortant de l’émotionnel? Ou s’apprête-t-elle à poursuivre le grand spectacle médiatisé? Franchement rien ne permet de le dire aujourd’hui. On aimerait savoir…

Maxime TANDONNET

 

 

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Massacre de Nice, témoignage.

stephane-erbs-ici-dans-sa-maison-a-cessieu-(isere)-a-ete-violemment-percute-par-le-camion-le-14-juillet-a-nice-et-sa-femme-rachel-a-ete-tuVoici le témoignage poignant, d’un homme qui a perdu son épouse lors du carnage de Nice.  La dignité du ton, la lucidité des paroles m’ont incité à le reproduire ici. Ces propos, recueillis par le quotidien le Dauphiné, contrastent avec la vague monstrueuse de bêtise, de démagogie, d’esprit de récupération, de déni des responsabilités qui déferle en ce moment sur le monde médiatique et politicien. Ce texte reflète la fracture entre la France dite d’en haut et la majorité silencieuse. Je dirais qu’il exprime à la perfection mon ressenti actuel et celui, je crois, de beaucoup de Français. A lire jusqu’au bout: la fin est bouleversante, saisissante de vérité. C’est tellement, tellement ce que je pense!

Maxime TANDONNET

« Un homme a été fauché à trois mètres de moi. Les enfants criaient. C’était une scène de guerre. » À Rachel, on pratique un massage cardiaque. En vain. Lui, terrassé par la douleur, ne parvient pas à se relever. Souffle coupé. « On craignait une hémorragie interne. On m’a mis un bracelet rouge pour être évacué en priorité. » Sous les yeux de l’aînée, qui racontera la soirée à son père. La description d’un « carnage » dont, par pudeur, il tait les détails. Rachel, déjà, est recouverte par un drap blanc. Stéphane apprend par les pompiers qu’elle est décédée. « Le lendemain, on a cherché son corps, on a appelé les hôpitaux, on se disait qu’il y avait peut-être un espoir. » Un test ADN pratiqué sur sa belle-sœur l’éteindra définitivement. 2 800 habitants ont rendu hommage à celle « qui souriait tout le temps ». Il dit aussi Alex et Mohamed. « Deux jeunes qui m’ont tout de suite mis en position latérale de sécurité, se sont occupés des enfants, ont appelé ma famille, mes amis. ». Comme ce Jean-François, qu’il n’avait pas vu depuis cinq ans, qui fut sur place en dix minutes. Et Alex et Mohamed : « Ils m’ont accompagné : “Serre-moi la main ! ; Parle-moi ! ; Ta fille est là !” La solidarité des Niçois a été formidable. »Il dit les urgences, scènes « d’apocalypse et de professionnalisme » mêlées. Il apprend là qu’il s’agit d’un attentat. « Le personnel médical ne donnait pas l’impression d’être débordé. Une cellule psychologique nous a suivis, deux ou trois contacts par jour, et ça nous a fait beaucoup de bien. » Eux-mêmes supportaient mal le pire. « Quand on a pu voir le corps de Rachel, la toucher, en robe, super belle, on était encadré et une jeune psychologue a éclaté en sanglots. » Dès le soir de l’attaque, une sollicitude exclusive et inquiète, familiale et amicale, a convergé vers la famille Erbs. Parents, belle-sœur, frère, etc. ont débarqué à Nice. À Cessieu, 2 800 habitants se sont mobilisés comme un seul homme pour soutenir, rendre hommage à celle « qui souriait tout le temps ». Une « perle », dit-il. « Les messages, les fleurs devant la mairie, cela a fait chaud au cœur. » Il dit son dégoût, plus que sa colère, Stéphane Erbs. Des hommes politiques, tous. « Ils ont envoyé à la fourrière toutes les voitures des familles de victimes du parking de l’hôpital pour l’arrivée du président ! Il est resté cinq minutes, a fait trois photos avec des blessés, il est reparti. Et la ministre de la Santé ! Elle n’a pas levé la tête, pas dit bonjour, pas adressé le moindre mot de soutien. » Il parle récupération. « Si, comme l’affirme Christian Estrosi, l’événement présentait un risque, il devait prendre ses responsabilités, l’annuler. » Il dit l’après. Le chef d’entreprise adaptera son temps de travail. Le père de famille donnera priorité à ses enfants. Il n’y a ni larmes, ni pathos. En nous raccompagnant, c’est même lui qui dit « merci ».

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US: l’horreur politicienne

XVM083459b4-574e-11e6-8bbd-3f43e935fa5cLa tournure de la campagne des présidentielles américaines atteint un niveau d’indécence et de pourriture difficilement imaginable. Tout n’est que polémiques, scandales, révélations salaces. Hier, la presse américaine publie en une des photos de la femme de M. Donald Trump nue.    Comment faire pire dans l’ordre de la saloperie? L’élection du président américain, opposant deux candidats à peu près aussi nuls et grotesques l’un que l’autre, deux véritables pitres médiatiques, incarne la mort du politique, au sens du débat d’idées et du gouvernement de la cité.  Heureusement, l’Amérique dispose d’autres ressources, parce qu’elle est une société dynamique et une fédération décentralisée, l’essentiel se jouant sur le plan local. Mais Diable! Pourquoi les Français sont-ils obsédés par le modèle présidentiel américain, au point de ne songer qu’à l’imiter, avec le présidentialisme à outrance, le quinquennat, l’hyper présidence médiatique, les primaires? Le cocktail du culte de la personnalité – l’idée mensongère que la responsabilité et le pouvoir se concentrent dans les mains d’un homme ou d’une femme – et de la surmédiatisation quotidienne, conduit tout droit à la gesticulation, à l’impuissance, à la déchirure, au ridicule. Comment ne le voit-on pas? Les conséquences sont infiniment pires en France qui ne dispose pas des ressources vitale de la société américaine, en particulier sa décentralisation et sa dynamique économique. Attention! Les élections présidentielles françaises de 2017 s’annoncent aussi minables que les élections présidentielles américaines mais leurs conséquences seront dix fois pires!

Maxime TANDONNET

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Le débat interdit

CnXe6DFWIAAEQkm (2)La fuite dans la communication grandiloquente et émotionnelle se poursuit, notamment depuis l’assassinat d’un prêtre, mardi, par des terroristes islamistes. On en oublierait presque que le 14 juillet, 84 personnes ont été massacrées à Nice. Des hommes, des femmes, des enfants ont perdu la vie et des familles pleurent leurs proches qu’elles ne reverront plus. Plus personne n’en parle. La question des responsabilités publiques, du niveau le plus local (il est indéniable que la municipalité a une responsabilité dans l’organisation d’une grande manifestation sur son territoire) à celui de la politique nationale, a été niée, écrasée, bafouée. Personne n’est responsable. 84 vies détruites, sans compter les blessés qui garderont des séquelles? « Circulez, M’sieurs-dames, y a rien à voir. » Aucune conséquence n’en sera tirée, aucune sanction ne tombera. Tout le monde garde sa place au chaud. La fatalité, la normalité, l’habitude. Personne n’y est pour rien. 84 petites vies… Et si c’était votre fils, votre fille, ou l’un de vos amis? Quelques responsables politiques courageux ont émis une idée. En « temps de guerre » – un état de guerre unanimement reconnu – si l’on envisageait une « retenue administrative » des terroristes potentiels, surveillés, extrêmement dangereux, susceptibles  de passer à l’acte, par exemple ceux qui sont passés en Syrie ou en tenté de s’y rendre? Cette proposition est-elle si scandaleuse, dans la mesure où elle est destinée à sauver des vies? Elle a été évacuée et caricaturée à l’aune des grands principes, des « valeurs »: « Etat de droit », refus de « Guantanamo ». Même l’extrême droite s’en est indignée! Ivresse de la posture, du paraître et vertige des splendeurs élyséennes… Pourtant, en temps de guerre, quand les vies de centaines d’innocents sont menacées, est-il inconcevable d’adapter l’Etat de droit pour s’assurer, le temps nécessaire, la rétention de personnes extrêmement dangereuses, passées entre les mains de daesh? Que la démocratie se donne, tant que dure la guerre, les moyens de se défendre, d’assurer la protection de ses citoyens, est-ce si scandaleux, intolérable? Au moins poser la question en s’interrogeant sur la faisabilité et l’impact réel. En pensant: et si c’était votre fille, votre fils ou vos amis les plus proches, au Bataclan, à Nice ou ailleurs? Combien de centaines de vies encore massacrées avant que le tabou ne soit levé? Merci en tout cas aux responsables politiques dont la voix n’a pas tremblé (j’ai noté Sarkozy, Fillon, Dupont-Aignan, Wauquiez, etc. )

Maxime TANDONNET

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Dissoudre l’Assemblée?

panorama2En principe, la logique des institutions républicaines voudrait que le chef de l’Etat décide d’appliquer l’article 12 de la Constitution: dissoudre l’Assemblée nationale. Toutes les conditions d’une telle décision sont réunies. Nous connaissons une crise de société d’une gravité infinie. Jamais, dans l’histoire contemporaine, un prêtre n’avait ainsi été assassiné pendant sa messe. Depuis janvier 2015, quatre attentats terroristes ont entraîné la mort de plus de près de 240 personnes. La France est martyrisée, dans un état de déstabilisation qui est sans précédent peut-être depuis la guerre d’Algérie. La société française se trouve aujourd’hui traumatisée, accablée, disloquée. La colère, l’exaspération et la révolte atteignent des niveaux indescriptibles. Les responsables politiques, à travers leur masque d’autosatisfaction, d’impassibilité et leur discours formaté, semblent vivre dans un autre monde,  inconscients du drame épouvantable qui se noue en ce moment. Des vautours jubilent grassement et tournoient au-dessus de la scène d’apocalypse. La dissolution de l’Assemblée nationale est la seule issue possible à la crise actuelle.

  • Sous la menace des attentats terroristes, la France ne peut pas se permettre d’entrer aujourd’hui dans une période électorale de 9 mois, une fenêtre de vide et d’inconnu qui ouvre le champ à de nouveaux massacres.
  • La crise de confiance envers le pouvoir exécutif et l’usure du pouvoir atteignent un tel niveau historique – paralysant la vie politique et l’appareil d’Etat – que dans des circonstances aussi dramatiques, la parole doit revenir sans délai au peuple.
  • L’élection législative anticipée permettrait de remettre au premier plan le débat des idées et des projets, notamment sur la lutte contre le terrorisme; elle aurait pour effet de sortir d’une logique de « guerre des ego » entre les candidats à la présidentielle, qui mène à l’impuissance et au chaos.
  • Elle donnerait au pays la possibilité de repartir sur des bases nouvelles, sans doute une recomposition de la classe politique avec une assemblée renouvelée, un autre gouvernement, et par conséquent de prendre un nouvel élan dans la lutte contre le terrorisme et le redressement national (économie, emploi, éducation).
  • Elle rétablirait l’équilibre vital des institutions: le président de la République, élu en 2017, indépendamment de l’élection législative, redevenant alors un véritable chef de l’Etat, modèle et guide de la Nation, en charge de la politique extérieure et de défense et laissant le Premier ministre gouverner.
  • En donnant aujourd’hui la parole au peuple, elle aurait pour effet de briser la montée aux extrêmes de la vie politique française, sa fuite dans l’hystérie et les chimères, la poussée de démence mégalomane, dont l’ascension extrémiste – qui ne fait que rajouter du chaos sur le chaos, n’offrant aucune issue politique – n’est que le paroxysme, une fuite dans les limbes qui entraîne depuis trop longtemps le pays vers le pire.

Dissoudre l’Assemblée dans les semaines avenir: une décision d’Etat, une décision historique. Les circonstances l’imposent. Aura-t-elle lieu? En vérité, j’en doute fortement…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

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L’été cauchemar

hommage-saint-etienne-du-rouvray-attentat-jacques-hamel-630x0Qui de notre génération, celle née dans les années 1960 et 1970, a souvenir d’un été aussi tragique pour la France? Un vieux prêtre âgé de 86 ans a été égorgé pendant sa messe dans un village de Normandie par des terroristes islamistes. Après les massacres de Charlie et de la porte de Vincennes, du Bataclan, de Nice, l’escalade dans l’horreur se poursuit. Le message est clair: l’Etat islamique daesh est parvenu à transposer la barbarie sur le territoire Français, à imposer sa loi de terreur et amplifier un climat de désintégration. La réponse des milieux dirigeants ne varie pas d’un pouce: déni de responsabilité, fuite dans l’émotionnel, culte de la fatalité (« vivre avec le terrorisme »). Face à un système politique pétrifié, les courants extrémistes et le fanatisme prolifèrent sur le dégoût général, aggravant ainsi confusion et désespérance.  Les questions de fond sont occultées: comment la France en est-elle arrivée, au fil des décennies, à cette étrange défaite? Quels discours, quelles politiques, quels choix, quelles décisions ont produit un tel désastre? Qui sont les responsables de cette situation? Quelles transformations profondes pourraient sauver le pays en matière d’intégration, de maîtrise des frontières, de sécurité, d’éducation nationale, de politique étrangère, de justice, de défense, d’organisation et de fonctionnement de l’Etat, de restauration de l’autorité de la loi, de modèle médiatique? Quelles solutions politiques, à la fois réalistes et crédibles? Quelles issues collectives, nationales? Comment rétablir l’ordre républicain? En ce moment, nous nageons dans l’aveuglement et le brouillard le plus opaque. Le débat d’idées se noie dans un climat délétère qui mêle tyrannie émotionnelle, démence vaniteuse – aggravée par l’approche des élections -, manipulations de masse, fuite éperdue face aux réalités. Quand viendra le bout du tunnel? Peut-être le jour où plus personne ne l’attendra.

Maxime TANDONNET

NB: l’opposition ne fait que son devoir d’opposition en soulevant des questions, si l’on en juge par l’interview du président Sarkozy au Monde du 28 juillet. Il lui reste l’essentiel à accomplir: convaincre les Français de sa détermination dans l’action autant que dans la parole.

« Ce nouveau drame montre à quel point nous devons changer de dimension dans notre riposte au terrorisme islamiste. Je ne peux pas accepter l’application de schémas intellectuels du passé à la réalité d’aujourd’hui… toute la lumière devra être faite sur le parcours judiciaire de ces terroristes, sur les moyens de surveillance et sur l’appréciation de la dangerosité de ces individus… L’urgence, c’est la sécurité des Français. Et cela passe par la vérité. Le gouvernement la doit aux familles des victimes et à tous les Français… Notre système doit protéger les victimes potentielles plutôt que les auteurs probables d’un futur attentat…Il y a dans cette guerre que nous engageons, les innocents, les coupables et une zone grise, avec ceux qui ne sont pas encore passés à l’acte… Si les démocraties ne défendent pas les citoyens, les citoyens se défieront de la démocratie. »

 

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2017, réussir l’alternance

DSC02314Soyons sans illusion. Une éventuelle alternance en 2017 s’annonce extrêmement difficile, douloureuse, sinon empoisonnée. Penser le contraire est d’une naïveté insigne. Les innombrables candidats à l’élection présidentielle de 2017 devraient y réfléchir avant de fanfaronner et de se croire investis d’une mission providentielle. Les oppositions, radicalisées par l’échec, seront ivres de haine; la situation politique d’une majorité de « troisième force », entre socialistes et lepénistes, extrêmement inconfortable ; les médias, radios/télévision, une partie de la presse, plongés dans une logique de harcèlement permanent; les syndicats sur un pied de guerre, prêts à en découdre et à bloquer le pays; la menace terroriste plus effroyable que jamais; la situation économique, sociale, financière, profondément dégradée avec ses gigantesques déficits, ses prélèvements obligatoires hallucinants, sa dette publique, et ses cinq millions de chômeurs; les obstacles juridiques et budgétaires à la réforme plus dirimants que jamais; le pays exsangue, démoralisé, déchiré, désespéré, désabusé. Comment gouverner dans ces conditions sans sombrer dès les premiers mois dans l’impopularité, le rejet chronique, une crise de confiance qui entraînerait la nouvelle équipe dans une spirale d’échec, d’impopularité vertigineuse, de paralysie totale? Le prochain quinquennat peut-il être pire que l’actuel? Je le crois profondément. Voici quelques recommandations pragmatiques liées au mode d’exercice du pouvoir qui peuvent contribuer à éviter une nouvelle catastrophe:

  1. La fin de l’hyper-présidence: le chef de l’Etat doit impérativement cesser de se donner en spectacle médiatique quotidien. Il n’est plus ressenti comme le « sauveur » mais comme le bouc émissaire national. A force de paraître, il incarne les soubresauts et malheurs de l’actualité et non plus la continuité de l’Etat. Il devient le coupable idéal de tous les maux de la création. Bien au contraire, le président de la République doit cultiver une autorité supérieure par le silence, la discrétion, la modestie, le mystère autour de sa personne. Il doit se montrer économe de ses paroles et apparitions, donner pendant cinq ans l’image du guide impartial, souverain, irréprochable sur le plan du comportement, en charge de l’avenir et de l’unité du pays. A la fois emblème et chef de la Nation, il lui faut impérativement protéger son prestige et sa dignité par une attitude empreinte de réserve, de volonté implacable et d’intelligence visionnaire. Il doit donner l’exemple du désintéressement personnel. Tout quinquennat est mort à partir du moment où un chef de l’Etat est soupçonné de préparer sa réélection.
  2. La politique des réalités: la vie politique se constitue de deux sphères  à la fois distinctes et complémentaires: la communication et l’action sur le réel. La première a pris ces dernières années une place démesurée au détriment de la seconde. Les polémiques, les fausses annonces, les coups médiatiques l’envahissent chaque jour un peu plus. La grande révolution à venir devrait être celle du retour au réel. Il faudra éviter tout psychodrame ou provocation inutile. Les querelles idéologiques, les batailles de principes doivent être bannies à jamais. Les ministres ont pour mission de diriger leur ministère et de conduire une politique, pas de gesticuler. Sous peine de limogeage immédiat, ils devront s’abstenir de s’exprimer publiquement sans l’accord préalable du Premier ministre et sur d’autres sujets que leur ministère. Tout manquement à la solidarité gouvernementale, initiative politicienne dans un but carriériste, doit se traduire par sa destitution automatique. Le gouvernement n’est pas une plaisanterie mais une équipe chargée de diriger la politique de la France.
  3. Le principe de responsabilité: le chef de gouvernement ou Premier ministre doit pour sa part incarner la responsabilité politique. Son rôle n’est pas celui d’un collaborateur du chef de l’Etat qui ne rêve que de lui succéder. Il est l’homme qui assume le risque de la décision. Sa présence à Matignon n’est pas un honneur ni une récompense ni un tremplin pour l’avenir. Il est en charge d’une mission précise qui lui est dévolue par le président de la République en accord avec la majorité à l’Assemblée nationale. Son bail doit être de deux ans. Pour apporter au pays les réformes et les transformations nécessaires au redressement du pays, dans un contexte aussi épouvantable, cette durée est le maximum qu’un être humain puisse supporter. Il ne doit jamais reculer ni renoncer. Il a une obligation de résultats, pas de moyens. En cas d’insuccès ou d’incapacité à faire passer les réformes pour lesquelles il est mandaté, sa responsabilité est engagée et son devoir immédiat est de démissionner, avec les honneurs de celui qui s’est battu pour son pays.
  4. Le  principe démocratique: la réussite de l’alternance passe avant tout par la résorption de la fracture démocratique. 88% des Français ont une mauvaise image de la politique (cevipof 2016). Le taux d’abstention et le vote extrémiste battent des records. Il est impératif de combattre cette cassure entre le peuple et les élites politiques. Un gouvernement a besoin du soutien populaire pour faire passer ses réformes et ses projets. Ce n’est pas le bavardage et les gesticulations intempestives qui peuvent le lui assurer, mais des gages concrets de respect. Le recours au référendum doit intervenir pour les décisions cruciales touchant à l’avenir de la Nation et bien entendu, son verdict respecté à n’importe quel prix. La représentation parlementaire doit être renouvelée en permanence, un brassage constant des élites politiques est indispensable; les perdants aux élections législatives doivent revenir à leur métier d’origine. Il faut combattre le cumul excessif des mandats, y compris dans le temps, mettre fin à l’image détestable d’une caste politique étanche et rivée à ses intérêts de carrière, redécouvrir le sens profond du mandat législatif comme mode de représentation de la Nation. De nouvelles couches de populations, venus de tous les horizons professionnels – pas seulement la fonction publique – doivent être mis en position d’accéder aux mandats parlementaires.

 

Voilà, mais en achevant ces quelques lignes, une impression contrastée et contradictoire me vient à l’esprit: relèvent-elle du bon sens le plus élémentaire ou de l’utopie délirante dans le contexte présent?

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Un glissement sournois

DSC02314« Fascisme, totalitarisme, dictature », ces mots ont été tellement dévoyés et galvaudés! Pourtant, nous assistons à un glissement subreptice des mentalités, qui éloigne peu à peu le régime français de la démocratie libérale et le rapproche au fil du temps d’un esprit autoritaire. Certaines déclarations récentes reflètent une tendance générale préoccupante. Ainsi, il serait devenu « insupportable » voire « dangereux » de critiquer l’action de l’Etat (sic). Ces mots illustrent une pente qui tend à nier la liberté d’expression comme le pluralisme, le rôle d’un Parlement  et la place d’une opposition, y compris en « temps de guerre ». Mais le plus effarant tient à l’indifférence dans laquelle ces propos sont accueillis, comme s’ils étaient normaux et habituels… Ce glissement, qui ne date pas d’aujourd’hui, phénomène de long terme, s’exprime sous des aspects multiples:

  • Le culte de la personnalité, cette extravagante surexposition médiatique quotidienne des dirigeants  du pays.
  • Le poids croissant de la communication et de la propagande dans la vie publique.
  • La poussée de la violence politique, de l’extrémisme sous toutes ses formes, des insultes, des haines, des colères, du sectarisme.
  •  La déresponsabilisation de l’exercice du pouvoir, ce sentiment que tout peut arriver sans conséquence pour une caste protégée.
  • Le contrôle idéologique sur les grands médias, télévision et radio, qui répètent tous le même message sur tous les sujets.
  • La coupure entre les « élites politiques » et la population qui ressent un écœurement croissant envers la vie politique (88%).
  • Les manipulations électorales liées à la poussée extrémiste, au tripartisme, permettant l’éventualité d’un pouvoir ultra-minoritaire.
  • L’obsession générale de la conservation ou de la conquête du « pouvoir » à des fins de vanité exacerbée voire d’intérêt personnel.

La pente autoritaire de la vie politique française qui s’accentue d’année en année, n’est en aucun cas synonyme d’autorité effective ni d’efficacité et encore moins de réussite de la l’action de l’Etat. De fait, plus la politique est faible et indécise, plus elle glisse dans l’autoritarisme  stérile. La question du mode de gouvernance du pays devrait être le sujet fondamental de la vie politique française dans la perspective d’une éventuelle alternance en 2017. Il est symptomatique que le sujet n’intéresse personne.

Maxime TANDONNET

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Les heures les plus sombres

DSC02314La logique de repentance bat son plein dans le monde occidental. L’Allemagne vient d’annoncer son intention de présenter ses excuses à la Namibie pour un génocide intervenu au début du siècle dernier. La voie paraît ouverte pour un nombre infini d’actes de repentance. L’histoire de l’humanité est faite d’une succession de massacres. Chacun doit-il donner lieu à un acte de repentance? Par exemple, les Américains et les Canadiens vont-ils s’excuser pour l’extermination des Indiens? les Australiens, les néo-zélandais pour la destruction des populations aborigènes? Pendant que le monde occidental rumine sa mauvaise conscience, la guerre terroriste bat son plein. Les massacres s’enchaînent sur le sol de l’Europe. Après Paris, Bruxelles, Nice et les 84 tués de la promenade des Anglais.  La réaction des autorités politiques et des faiseurs d’opinion est atterrante. Elle est presque toujours identique: la négation et l’oubli aussi vite que possible. L’idéologie de la mauvaise conscience et de la haine de soi écrase les esprits. La dictature de l’émotion ne cesse de s’amplifier.  Il est inadmissible, inconcevable que l’Occident, oppresseur par définition, puisse être lui-même victime. Donc, les faits sont à chaque fois niés ou minimisés. On parle de loup solitaire, de malade mental, de fou furieux. Le tournant de l’histoire, qui a fait passer le monde occidental de puissance dominante à cible d’une agression criminelle est rejeté, nié, refusé. L’attitude des autorités politiques est stupéfiante. Elle tient toute entière dans le déni. « Circulez, y a rien à voir. » Bombarder l’Etat islamique daesh ne réglera  rien. Le terrorisme est dans les esprits, répandu partout, se nourrissant de ses martyrs. Le djihadisme est un état mental particulier, mystérieux, une sorte de nihilisme absolu qui consiste à tuer et à massacrer le plus possible dans des conditions d’atrocité les plus inouïes, y compris sa propre vie.  Face à ce nihilisme sacralisé,  contradiction génératrice d’une violence hallucinante, culte de la mort comme fin en soi qui porte en germe la destruction de toute humanité, quelles sont nos armes d’occidentaux? Pour l’instant aucune. Nous sommes toujours dans la phase de sidération, de stupéfaction, d’attentisme. Les gesticulations de nos classes dirigeantes et médiatiques n’y changeront rien. Le piège se referme.   Tout ceci n’est qu’un début, les signes avant-coureur de la catastrophe qui vient. L’aveuglement volontaire (par lâcheté) ou involontaire (par bêtise) n’y changera rien.  Avant tout, il faudrait en finir avec le culte de la mauvaise conscience et de la repentance qui paralyse les défenses du monde occidental. C’est vers l’avenir qu’il faut regarder, un avenir extrêmement sombre que nul ne veut voir en ce moment et se préparer au pire.

Maxime TANDONNET

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Soleil couchant

DSC02219Voici une photo prise hier soir sur mon lieu de vacances. Les mois qui viennent s’annoncent effroyables pour le pays. Tout, dans sa vie collective, me dépite en ce moment. L’irresponsabilité et l’autosatisfaction des uns, dans le contexte d’un pays ensanglanté par le terrorisme, me donnent le vertige. Ce type de réaction et de comportement échappe à mon entendement. Mais en outre, toute suspicion de récupération possible à des fins d’ambition personnelle de la succession de tragédies que la France vient de vivre m’est insupportable, qu’elle provienne de la gauche, de la droite, du centre ou des extrêmes. Je souhaite une transformation profonde de la politique française, la fin de la dictature des coups médiatiques, du paraître, des manipulations et de l’illusion, le retour à l’action, au collectif, à la culture de résultats, l’émergence d’une autorité nouvelle, aussi ferme et efficace qu’elle se doit d’être modeste, temporaire et responsable. Le pouvoir politique n’a pas une obligation de moyens, mais de résultats. Des dirigeants qui échouent doivent disparaître de la vie publique. Aujourd’hui, il faut s’attendre à tout. Des événements invraisemblables peuvent se produire à tout moment. Préparons-nous à de graves secousses. Rien ne vaut un soleil couchant pour faire le vide un instant, tout oublier, se ressourcer dans la lumière du soir en attendant le chaos de l’année qui vient …

Maxime TANDONNET

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Réflexions sur l’attentat de Nice et ses suites

CnXe6DFWIAAEQkm (2)Le carnage de Nice et ses suites immédiates en disent long sur l’état de déliquescence de la vie publique nationale. Nous atteignons en ce moment le paroxysme du désastre politique français. Notre pays a été ensanglanté trois fois en un an et demi. Il n’existe (semble-t-il) aucun équivalent en Europe ni dans le monde occidental d’une telle succession de massacres sur la période. Or, la France n’est pas la seule engagée dans la coalition militaire anti-daesh. Mais c’est elle qui est devenue le maillon faible aujourd’hui. La crise politique est franco-française. Il est absurde d’en accuser la terre entière, « l’Europe », la mondialisation, le « capitalisme financier », comme le font les partis extrémistes en tout genre. Le drame est avant tout franco-français. Le régime politique français – le fonctionnement concret de la vie politique – est devenu nuisible, néfaste, dangereux. Nous sommes dans un système dégénéré qui nie la notion de responsabilité. Il est inacceptable, en démocratie, qu’après trois actions terroristes aussi meurtrières en un an et demi, tout continue comme avant. La question n’est pas celle de la faute, mais bien celle de la responsabilité. On essaye de noyer le sujet de la responsabilité dans un soi disant appel à « l’union nationale », au refus de la « polémique », ou l’invocation de la « fatalité », etc. Tout cela est incompréhensible aujourd’hui. En démocratie, à la suite de plusieurs drames atroces, la transparence et la responsabilité sont des impératifs absolus. L’union nationale ne se conçoit que dans la clarté et la cohérence, le respect du principe de responsabilité. Cette responsabilité est d’ailleurs autant nationale que locale. La France est un pays en guerre – contre l’islamisme radical. Les hauts dirigeants ne cessent de le rappeler. Alors, fait-on des feux d’artifice et grands rassemblements de foule dans un pays en guerre? La question mérite au moins d’être posée. Elle concerne l’échelon local autant que le niveau national. Or, le système politique français est profondément malade en empêchant le jeu de cette responsabilité. Il est vain de s’en prendre aux « hommes », d’accuser nominativement les individus au pouvoir. Pour parvenir au sommet de l’Etat, dans la politique française, voire même à la tête d’une grande mairie, il faut de toute façon, une haute dose de carriérisme et d’opportunisme. Dès lors, comment concevoir que des dirigeants parvenus à ce niveau et à ce prix, aient ensuite l’honnêteté, le courage, la lucidité d’assumer par eux-mêmes, par choix personnel, cette responsabilité? Tout le monde ne peut pas s’appeler Charles de Gaulle. Par delà les personnes, ce qui est en cause est un mode d’exercice du pouvoir. Les institutions, le fonctionnement de la vie politique, devraient, dans une démocratie, permettre au principe de responsabilité de s’exercer nonobstant les attitudes individuelles des hommes et des femmes. Or, nous vivons dans une situation de verrouillage absolu: du fait de l’hyper présidence (un chef de l’Etat à la fois dépositaire des attributs du pouvoir ou de ses symboles et totalement irresponsable pendant 5 ans) et du « parlementarisme majoritaire »: une majorité de parlementaires obsédés par leur seule réélection et totalement soumis à l’exécutif. Cette déresponsabilisation de la politique française est dramatique, désastreuse. Elle joue à plein au sommet de l’Etat, mais aussi par mimétisme, à tous les niveaux du pouvoir, y compris local. Elle empêche de modifier des politiques qui échouent. Elle encourage l’immobilisme, l’impuissance, le renoncement (nonobstant les coups de menton)  dans certaines situations où justement, l’immobilisme, l’impuissance, le renoncement(derrière les coups de menton), sont inqualifiables. Elle favorise les délires extrémistes, de droite et de gauche, les expressions démentes et mensongères qui prolifèrent en ce moment sur le chaos français et qui, dans une grande surenchère d’irresponsabilité, ne font qu’accélérer la descente aux enfers de la France. Nous ne sommes plus dans une affaire de combat droite/gauche. Le seul enjeu, désormais, c’est de sauver la France. Au prix d’une transformation profonde de la vie politique française et d’une réhabilitation, à tous les niveaux, du principe de responsabilité.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

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L’épouvante

Aucun terme ne permet d’exprimer ce que l’on ressent face à l’abominable carnage de la promenade des Anglais à Nice, cette nuit de 14 juillet. 84 morts dont de nombreux enfants: le troisième massacre, sur le territoire français, en un an et demi, après ceux de janvier et novembre 2015. Le sentiment qu’on éprouve est indescriptible, celui d’un immense chagrin pour les victimes et leurs familles, une horreur qui dépasse les mots, dépasse l’entendement. Il n’est pas question de réagir en donneur de leçon mais en citoyen de ce pays, accablé, horrifié, épouvanté. Jusqu’où cela peut-il durer? Quand cette période atroce va-t-elle prendre fin? CnXe6DFWIAAEQkm (2)Aujourd’hui, une pensée s’impose parmi les autres: celle de la responsabilité.

Maxime TANDONNET

 

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Monsieur M.

sans-titreMonsieur M., au cœur de l’actualité, n’est rien d’autre à mes yeux que la quintessence de la politique française: popularité artificielle, médiatique, reposant sur sa bonne figure de gendre idéal; propension illimitée à déclencher des polémiques stériles et jouer de la provocation sans suite; vertigineux cynisme. Pure créature du président Hollande, il  profite de la débâcle générale du camp socialiste pour tirer son épingle du jeu et enfoncer un peu plus ce dernier. Comment cela s’appelle-t-il déjà? Comment dites-vous? Ah, oui: une déloyauté, une infidélité, une trahison. Mais qui donc est encore à cela près, dans la belle « France d’en haut »? Monsieur M. n’a rien prouvé, rien démontré, rien réussi. Son unique bilan? Le désastre de l’économie française. Il avait une bonne occasion de montrer un autre visage de la politique nationale, celui d’un haut responsable public, déterminé à faire au mieux son travail dans des circonstances difficiles et dans  l’intérêt général. Les sirènes de la mégalomanie l’ont entraîné dans leur gouffre. Le voici candidat providentiel, lui aussi, en sauveur naturel de la France, après tant d’autres qui ont mal fini et avec tant d’autres aujourd’hui. Lui qui n’a à peu près rien montré ni prouvé, ni décidé, ni choisi, que ferait-il parvenu à l’Elysée, parvenu est bien le mot, avec son petit carton de réformes, face à la rage des syndicats et à la fureur de la rue, dans un pays bloqué, lui qui a validé par sa présence au pouvoir quelques ignominies bien socialistes, telles que  la suppression « du jour de carence » pour les fonctionnaires en arrêt maladie? Lui qui n’a même pas la force de démissionner, il ne ferait rien du tout, il frimerait, poserait, ferait semblant, jouerait la montre pour tenir cinq ans et se représenter. Monsieur M. ne renouvelle rien du tout. Bien au contraire, il incarne et il aggrave la mauvaise pente de la vie nationale, sa fuite dans le délire et l’hystérie. Il ne renouvelle rien du tout, bien au contraire: il est l’archétype du politicien actuel.

Maxime TANDONNETtéléchargement

 

 

 

 

 

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Un vote insoutenable

images7RTRHE00Critiquer le milieu politique a un côté lassant, pénible, mais comment se taire face à des scandales qui sont insupportables et soulèvent l’indignation? Un Parlement souverain, respecté, efficace et responsable, est à mes yeux l’une des clés du redressement de la France. Je ne cesse de le répéter. L’attitude d’une petite caste d’élus nationaux (pas tous) qui protège ses intérêts envers et contre tout scrupule m’est d’autant plus insupportable. Sur 15 députés présents lors d’une séance, il s’est trouvé une majorité pour rejeter une proposition d’amendement rendant inéligible l’auteur de violences sur les personnes (sexuelles, conjugales, ou autre). Je trouve ce vote d’autoprotection dans un hémicycle vide, insoutenable! Comment admettre qu’une personne condamnée pour viol, atteinte sexuelle, violence contre sa femme ou ses enfants, puisse prétendre à représenter la Nation? Bien sûr que toute personne condamnée pour corruption  ou violence devrait être inéligible à vie! Et passer à autre chose. Le mandat parlementaire n’est pas un privilège à vie, que je sache, mais un honneur et un devoir! Dans un autre genre, j’ai écrit dans Figaro Vox un article dénonçant le recrutement de M. Barroso, ancien président de la Commission européenne de 2004 à 2014, par la banque d’affaires Goldman Sachs. Cette embauche donne prise à l’accusation de collusion entre les dirigeants de l’Union européenne et la finance internationale. Pantouflage à l’échelle du continent, elle donne  une image des plus hauts dirigeants de l’Europe vendus à la finance internationale et donc une Union soumise à cette dernière. Le symbole est désastreux, inqualifiable pour « l’Europe d’en haut » et cette affaire ne peut que conforter les partis extrêmes, de droite comme de gauche, qui en disent exactement la même chose d’ailleurs. Les dirigeants politiques nationaux ou européens donnent le sentiment d’avoir basculé dans une autre planète ou de se trouver hors sol, déresponsabilisés,  intouchables, imperturbables, protégés de tout état d’âme et de tout scrupule, coupés du monde. C’est inadmissible!

Maxime TANDONNET

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Lecture d’été, Aventures en mer rouge

imagesMes livres de chevets ne sont pas toujours les derniers best seller! Par hasard, je suis tombé sur un chef d’œuvre vieux de presque un siècle et que je ne connaissais  pas: Aventures en mer rouge, d’Henri de Monfreid. Le récit, haletant, nous entraîne au cœur de la féérie des paysages de la Mer Rouge et de l’Abyssinie. Le narrateur nous emporte dans la magie d’une aventure qu’il a réellement vécue, à mi-chemin entre Arthur Rimbaud et Pierre Loti. Dans le monde policé et normé qui est le nôtre, le personnage fascine par sa course perpétuelle à la transgression, à la fois immense écrivain et marginal. Contrebandier,  chercheur de perles, trafiquant d’armes et de drogue, toujours de bonne foi, adversaire acharné des ronds de cuir de la « coloniale », magistrats et fonctionnaires, en butte aux trahisons de ses amis et aux pièges de ses ennemis, à l’hypocrisie, incompris dans la solitude, il finit toujours par se tirer des pires pétrins. Le talent éclabousse son œuvre; qu’on en juge:

« Les hauts mimosas épineux étalent leurs parasols au-dessus de ces pierres anonymes, et le vent tiède de la brousse passe sur elles comme une caresse d’apaisement. Il va vers la mer, tout chargé des senteurs chaudes de la terre, et la grande mousson du large l’emportera dans la solitude. La mer scintille entre les branches basses sous la lueur de la planète rousse qui monte dans le ciel. Le bruit strident des grillons invisibles s’exhale de toute la terre et remplit l’espace d’une immensité sonore […] Autour de nous, maintenant, les grillons se sont tus; il se fait comme un trou de silence dans ce frémissement qui semble unir les étoiles à la terre […] Tout d’ailleurs, porte à de sombres pressentiments: le vent qui siffle dans la mâture et la mer qui gronde autour de nous en brisant sur le récif tout proche. Des gerbes d’écume surgissent comme des fantômes désespérés, retombent et étalent sur l’eau d’étranges monstres blancs. Le cône de basalte de la montagne de Syian se dresse dans la nuit, impassible, comme s’il attendait que la pauvre chose fragile que nous sommes vienne se briser sur les roches cachées sous l’eau noire ».

L’œuvre compte des milliers de pages splendides de cet acabit! Je viens d’achever le premier tome (Les secrets de la mer rouge). J’emporte les deux autres en vacances. Si vous cherchez la magie d’une évasion absolue, la fascination de l’aventure, un dépaysement radical, la musique et les visions d’un beau texte de littérature, faites comme moi, prenez le dans vos bagages cet été!

Henry de Monfreid, Aventures en mer Rouge (trois tomes), Grasset 1988 (la première édition est de 1921).

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

 

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Bof…

sans-titre19 millions de téléspectateurs pour France-Allemagne, liesse nationale sur les champs Elysées, extase, moment historique de gloire patriotique, victoire historique, grandeur retrouvée, moment de rêve national… Les personnalités politiques ne savent plus comment surenchérir dans l’enthousiasme bien calculé. Moi, j’aime bien le football, même si, homme du Sud-Ouest, je lui préfère largement  le rugby. Mais trop, c’est trop, cet engouement pour un ballon qui entre ou non dans un filet et le coup de sifflet aléatoire d’un arbitre… Le spectacle en cours a quelque chose d’étrangement conformiste, moutonnier, convenu, presque cloné…  Que des jeunes s’amusent et fassent la fête, tant mieux après une année épouvantable. Mais de là à voir dans un match de football, jeu de « pied-ballon », un événement politique et historique, international, un phénomène à la hauteur des événements planétaires, une revanche historique de la France sur l’Allemagne… Ah, l’Allemagne vaincue! Certes, une dose légère de chauvinisme (le mot est lâché)  ne gène personne quand elle est dans un esprit ludique et festif, sans haine ni mépris de l’adversaire, et avec un regard critique voire d’auto dérision. Mais un gros paquet d’hystérie collective, notamment dans la « France d’en haut », la sublimation d’un simple jeu  de ballon médiatisé, avec un fond revanchard, c’est le reflet d’un désarroi général, d’une perte de repère, de la société du vide. Mais le plus intrigant, à mes yeux, est dans la puissance du consensus, de l’unanimisme, l’absence de toute espèce de distance critique… Oui, je sais, je suis un grincheux, ringard, misanthrope, un vieux con pour tout dire. J’ai besoin de vacances, sans aucun doute. Oui, et alors?

Maxime TANDONNET

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La question du pouvoir politique

imagesKXOQHPN0L’expérience du pouvoir politique finit toujours mal dans le monde moderne. Les derniers présidents américains ne laisseront pas un souvenir impérissable: Clinton, Bush, Obama. La campagne électorale américaine, de scandales en polémiques, atteint les sommets de la déchéance ou du ridicule entre Clinton (Madame) et Trump. Les dirigeants européens plongent les uns après les autres dans la catastrophe, Mme Merkel et ses tergiversations sur « les migrants », Schengen, la Turquie; M. Cameron et son Brexit, M. Hollande et ses 12% de popularité. M. Renzi est au plus mal en Italie, l’Espagne est sans gouvernement, la Grèce s’enfonce toujours un peu plus dans l’indifférence. Hussein, Ben Ali, Moubarak, Khadafi, etc:  sauf exception, le métier de dictateur ou d’homme providentiel conduit à un triste sort. Qui se souvient, car les gens ont la mémoire courte, à quel point les présidents Mitterrand et Chirac furent impopulaires sinon honnis à la fin de leur mandat? Et tout va de pire en pire. La vie politique française offre aujourd’hui un spectacle affligeant, entre ses cinquante candidats aux présidentielles, sa montée aux extrêmes, ses primaires débiles, sa violence croissante comme voile du néant, une poignée d’individus que l’on sent prêts à tous les mauvais coups pour garder la place à n’importe quel prix. Qu’est-ce que le pouvoir politique et pourquoi, dans le monde moderne, conduit-il presque inévitablement à l’échec sinon au ridicule? Une hypothèse: nous avons changé d’ère tandis que la politique fonctionne encore sur un vieux modèle désuet, dépassé par le monde moderne. La question porte notamment sur la personnalisation médiatique du pouvoir. Elle correspond à une époque dominée par la radio et la télévision, comme sources dominantes et à sens unique, de haut en bas, de l’information et de la communication politique. Notre planète a radicalement changé avec Internet et la mise en réseau de la vie sociale. Plus un dirigeant est médiatisé, plus il devient la cible d’une sorte de lynchage universel. Son prestige, son autorité, sa capacité à décider et à gouverner en sortent anéantis. Il se réfugie dans le grand spectacle de la polémique et la posture, les coups politico-médiatiques. Mais plus il communique, et moins il gouverne. Il s’enfonce en permanence dans le grotesque. Jadis, le culte de la personnalité incarnait le mal en démocratie. Aujourd’hui, il est banalisé, généralisé, absorbant la substance de la vie politique au détriment du bien commun. Il faut repenser le pouvoir politique, tendre peu à peu vers l’anonymat, la modestie, la dépersonnalisation, la dé-médiatisation, la simplicité, la proximité, le réel, la décentralisation, la volonté collective, le pouvoir du peuple (démocratie locale et directe).  Qui connaît le nom des dirigeants suisses par exemple? Et ce pays ne se porte pas si mal… Bien sûr qu’il faut un capitaine pour rendre in fine les arbitrages, comme me le faisait remarquer hier soir un ami auquel j’expliquais mes idées. Mais un capitaine est à la barre de son navire et à la tête de son équipage, pas sur la scène de spectacle. Peu importe son nom et son visage tant qu’il conduit, avec son équipage, les passagers à bon port.  Mon message est totalement inaudible dans le climat de bêtise et de mégalomanie ambiante. En tout cas, le voilà lancé…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Sincérité/loyauté

téléchargement (2)De tout cœur, je souhaite pour la France une alternance en 2017 et l’arrivée au pouvoir du camp républicain modéré ou libéral (le mot « Droite » me révulse toujours autant, comme celui de « Gauche » d’ailleurs pour son hypocrisie), faute de mieux et faute de pouvoir espérer dans l’immédiat la transformation profonde de la vie politique dont je rêve. A mes yeux, au point où nous en sommes, l’alternance et sa réussite constituent des enjeux de salut public et de survie pour le pays. Dans l’article ci-joint, pour le Figarovox, je dis exactement, précisément ce que je pense du projet Républicain. Il comporte de bonnes idées, mais d’autres franchement mauvaises (la suppression de l’interdiction des cumuls de mandats) et d’autres qui sont inapplicables en l’état. Je lui reproche surtout de minimiser la question fondamentale de notre époque: comment gouverner la France? Proposer des réformes est inutile si on ne se donne pas les moyens de les appliquer, face à la multitude des obstacles (juridiques, financiers, sociaux, administratifs, psychologiques). J’ai vécu de l’intérieur les années 2002-2012. J’ai vu à quel point, malgré toute l’énergie, le charisme la volonté individuelle, il était difficile, voire impossible de mettre en œuvre les réformes nécessaires à la France. La première règle de toute réflexion politique devrait être: comment faire, comment allons-nous agir?  Or, ce point est quasi absent du projet. Les 180 commentaires qui suivent mon article sont intéressants. Beaucoup me reprochent, compte tenu de mon passé, mes critiques envers le projet des Républicains. Personnellement, pour avoir longtemps côtoyé ce milieu, j’ai tendance à penser qu’un point de vue libre – tout en restant poli – est plus utile aux politiques que des attitudes de flagornerie auxquelles ils sont habitués de la part de ceux qui attendent les places. De fait, ma conception de la loyauté passe par la sincérité.

Maxime TANDONNET

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L’étrange projet

téléchargement (2)Samedi 2 juillet, les Républicains ont rendu public leur projet pour 2017. L’événement est de taille. Dans la perspective vraisemblable d’une alternance l’an prochain, ce document a vocation à servir de fondement à la politique suis sera menée pendant cinq ans. C’est donc avec le plus grand intérêt que j’en ai pris connaissance. Malheureusement, il me faut avouer que ce texte ne m’a guère convaincu. Certes, les bonnes idées ne manquent pas mais son épaisseur est révélatrice d’un malaise: un catalogue de 370 pages, sans priorités, traitant tous les sujets sur le même plan (logement, social, environnement, immigration, etc.) La question fondamentale, à mes yeux, celle du gouvernement de la France – la gouvernance – n’apparaît qu’à la fin, visiblement bâclée et traitée par dessus la jambe. Pour réformer le mode de gouvernement du pays, il est proposé en quelques lignes de « mettre fin à l’interdiction du cumul des mandats » (député-maire), de réduire le nombre des parlementaires, de supprimer le Conseil économique et social, de faciliter les consultations grâce au numérique (les termes « référendum d’initiative populaire » n’apparaissent pas), diminuer le « nombre des autorités administratives indépendantes » (???). Pardon à mes amis du parti des Républicains, mais je trouve cette légèreté inquiétante. Elle tendrait à souligner que les états-majors politiques, sont totalement à côté de la plaque, n’ont strictement rien compris au drame de ce pays. Quand une Nation ne parvient plus à se gouverner, elle fait naufrage comme un navire sans gouvernail pris dans la tempête. L’impuissance politique est le problème majeur de la France. L’exercice du pouvoir s’est transformé en un grand spectacle de communication et de manipulation, fait de polémiques stériles, de promesses et d’annonces sans lendemain, de scandales, de coups de menton et de petites phrases. Mais l’appareil gouvernemental a perdu prise sur le réel dans une France devenue largement ingouvernable. Toutes leurs belles propositions de réforme ne serviront à rien s’il est impossible de les mettre en œuvre: annulations par le Conseil constitutionnel, ou une autre juridiction (Conseil d’Etat, Cour de Cassation), absence de crédits liée aux restrictions budgétaires, au poids de la dette publique, obstacle du droit européen (directives, règlements, jurisprudences de la cour de Justice européenne et de la Cour européenne des droits de l’homme), blocage et mauvaise volonté des administrations, faiblesse du gouvernement et des ministres plus intéressés par leur destin personnel que par leur ministère,  reculades face aux manifestations et aux grèves massives risquant de paralyser le pays, principe du lynchage médiatique qui oblige le chef de l’Etat surmédiatisé et incarnant à lui seul la responsabilité politique, à faire machine arrière pour sauvegarder son « image ». Voilà tout un ensemble de facteurs qui explique la paralysie politique du pays depuis des décennies… Je n’invente rien, je l’ai vécu de l’intérieur de 2005 à 2011, place Beauvau et à l’Elysée jusqu’à la fameuse catastrophe de mai 2012.  Le projet des Républicains esquive ainsi le seul sujet qui compte aujourd’hui, celui de la gouvernance du pays, tous les autres n’en étant que la déclinaison. Il se présente comme un grand corps sans tête ni colonne vertébrale. Il aurait dû commencer par ce qui est fondamental: quelle présidence future, quel rôle pour le Premier ministre et les Ministres? Comment gérer les blocages de la technocratie et des juridictions? Quelle réponse donner aux contradictions entre les ambitions politiques et le droit européen? Facile d’annoncer des promesses qu’on ne peut pas mettre en œuvre! En matière d’immigration par exemple, l’idée fondatrice du projet est celle de la mise en place de « plafonds d’immigration familiale ». Un vieux serpent de mer dont j’entends parler depuis 2002 au moins! Or, ils sont inapplicables aujourd’hui comme hier car contraires au droit constitutionnel (préambule 1946), à l’article 8 de la CEDH et au droit européen (directive de 2003). Alors, que fait-on? Et je ne parle pas des propositions sur « Schengen II » qui supposent une refonte totale du règlement du 15 mars 2006 sur le « code frontière »; ce n’est pas impossible mais dans des conditions extrêmement complexes et difficiles à réunir: accord de la Commission européenne, puis « majorité qualifiée » du Conseil et enfin vote favorable du Parlement européen. Pourquoi ne pas le dire? J’entends d’ici le politicien lambda, fustigeant mes observations et me traitant de « technocrate obtus » n’ayant « rien compris ». Mais la vérité, c’est qu’ils ne pourront pas faire une large part de ce qu’ils annoncent et se retrouveront coincés de toute part. Les gesticulations, les cris, les hurlements, les polémiques, l’excitation, les coups médiatiques, les insultes, l’agitation ne serviront à rien. Le résultat sera le même: le néant. Que sommes nous en droit d’exiger d’eux aujourd’hui ?

  • Des propositions conformes à la réalité de ce qu’il est possible de faire ou non, en finir avec les sornettes: bref, la vérité, ce mot devenu étranger à la vie politique.
  • Et quand ce n’est pas possible en l’état, pour les raisons que je viens d’expliquer, qu’ils disent comment ils comptent s’y prendre pour surmonter ou écarter les obstacles, juridiques, financiers, sociaux ou tout au moins essayer, au prix de quelles crises, quelles ruptures, quelles fractures, quelle résistance, quelles révolutions, quelles batailles, quels choix fondamentaux? Et jusqu’où?

Oui, étrange et inquiétant projet, sans ligne, sans priorités, sans méthode ni moyens… Serait-il le reflet de la vieille imposture française selon laquelle l’arrivée d’un « homme providentiel » à l’Elysée suffira à tout régler? On n’ose l’imaginer tant la supercherie est éventée. Or, ce n’est pas seulement 2017 qui se joue aujourd’hui , c’est la période 2017-2022. Les Français ne supportent plus de se sentir manipulés et trahis. On leur a trop souvent fait le coup. En cas d’échec de 2017 à 2022, les conséquences seront épouvantables. Il n’est pas impossible que les Français aient alors la tentation de se venger en portant au pouvoir les courants extrémistes de gauche ou de droite, voire un mélange des deux, qui cette fois-ci plongeront le pays dans un abîme sans fin,  la faillite et la guerre civile.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

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Michel Rocard

sans-titreA mon arrivée à Orly-Ouest ce matin, première nouvelle: le décès de Michel Rocard. Je l’avais rencontré il y a des années, en 1993, à son bureau, quand il était maire de Conflans-Saint- Honorine. Il m’avait frappé par sa simplicité, sa gentillesse, ses difficultés d’élocution, parlant très vite avalant ses mots. Avec passion, il évoquait son bilan à Matignon de 1988 à 1991, comme voulant s’assurer en me parlant, guettant des signes d’approbation, que son passage au sommet de l’Etat avait été une réussite. Il fait partie de ses rares hommes politiques pour lesquels j’éprouve une profonde sympathie personnelle. J’apprécie notamment son réalisme, sens du bien commun, réelle humilité et surtout son absence de sectarisme droite-gauche. Absolument rien à voir avec ces petits politiciens actuels qui compensent leur vide intellectuel et moral par une surenchère de haine et de rage fielleuse envers le camp opposé, d’autant plus bêtes et méchants qu’ils n’ont rien à dire, rien à proposer. Michel – j’ai envie de l’appeler Michel – était à mille lieues au-dessus de la crétinerie politicarde. Cela dit, je mentirais en affirmant que j’admire et approuve son bilan. Il s’est tout de même beaucoup trompé. Son RMI fut un échec pitoyable. Destiné à favoriser l’insertion des exclus, il a encouragé l’assistanat qui touche désormais plus de deux millions de personnes. L’idée était bien compréhensible, mais son volet insertion a disparu au fil du temps au profit d’un outil de redistribution de masse sans contrepartie. Quant à la CSG qu’il a aussi inventée, elle fut un gigantesque tremplin dans le matraquage fiscal de la France et l’explosion des prélèvements obligatoires qui minent dangereusement l’économie française. Certes, il fut extrêmement populaire, sans doute parce que les Français sentaient qu’il n’était pas un politicien comme un autre.  Avec le recul, son bilan à la tête du pays est franchement discutable.

Maxime TANDONNET

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La table rase et l’ingratitude

sans-titreMême dans mon exil lointain et temporaire, je ne peux m’empêcher de ressasser les événements de ces derniers jours. Il  y a une chose que j’ai du mal à supporter, c’est l’idéologie de la table rase et le culte moderne de l’ingratitude. L’ingratitude, la déloyauté sont des comportements banalisés qui suscitent chez moi une horreur indescriptible. J’observe l’avalanche de mépris et de haine des classes dirigeantes européennes contre le Royaume-Uni après le Brexit « Dégagez! Allez-vous en! Partez vite! T’es encore là, toi? » Cette attitude me révolte jusqu’à la nausée. Car c’est bien à la Nation britannique que s’adresse cette avalanche de haine. Les milieux dirigeants européens s’acharnent à oublier ce qu’ils doivent à la grande nation britannique. Faut-il le rappeler? Des centaines de milliers de soldats anglais ont versé leur sang au côté des poilus pour défendre la France en 1914-1918. Et la Résistance en 1940? et le non au Reich hitlérien? et la victoire contre le nazisme, à qui la devons nous? Aux Anglais qui ont été le peuple le plus lucide et le78951798 plus courageux de la planète. C’était il y a même pas un siècle, quatre-vingts ans, et qu’est-ce que c’est quatre vingts ans à l’échelle de l’histoire? Une vie d’homme! Et il faudrait tout oublier? La noblesse et l’intelligence devraient conduire à une attitude inverse: restez Messieurs les Anglais, nous allons trouver une solution dans l’immédiat qui préserve la dignité de tout le monde, et rebâtir une Europe bien plus unie et démocratique que le système dont vous ne vouliez plus et la rebâtir évidemment avec vous! Car la France et l’Angleterre sont deux nations sœur, qui ont versé le même sang et nous savons tout ce que nous vous devons, la liberté et la démocratie et que nous n’imaginons pas un instant notre avenir sans vous!558666803

Maxime TANDONNET

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Carte postale

imagesEn ce moment, je suis en mission Outre-mer, à quelque 8000 kilomètres de Paris. Il ne faut pas croire que dans ces moments, on profite des plages de rêve, la mer d’huile, le soleil et les cocotiers. Non, c’est costume sombre et cravate, ruisselant de transpiration par 35°, de réunion en réunion, de 8 heures à 18 heures. Et comme la nuit tombe de bonne heure, pas question de profiter de la mer en fin de journée. Mais quand même, la distance et le dépaysement produisent une sensation étrange, presque enivrante de détachement, d’indifférence, une sorte de trêve et de paix intérieure. Comme ils paraissent loin, le brexit, les primaires, la bourse… Et tous ces pitres de la grande comédie politico-médiatique… On les perçoit à travers une sorte de brouillard d’indifférence, comme dans une rêve étrange. Les milliers de kilomètres font voir le monde autrement, et réconcilient avec la vie, le bonheur de découvrir de nouveaux visages et paysages, de lire un bon livre dans le silence d’une chambre d’hôtel, dîner sur une terrasse au bord de la mer. Internet passe mal et ce soir, je n’ai aucune envie de parler de choses sérieuses. Merci aux visiteurs et contributeurs de ce blog et bien amicalement…

Maxime TANDONNET

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Brexit, catastrophe ou chance d’une refondation?

imagesY87S0SEXVoici deux tribunes au Figaro vox parue pendant le Brexit:

Ce que je ressens sur l’Europe est difficile à faire comprendre, autant aux yeux des nationalistes que des bruxellistes, qui sont, de fait, les deux faces d’une même tragédie. Essayons de le dire en quelques phrases:

  1. Il n’existe pas d’Europe sans le Royaume-Uni, l’un des pays les plus proches de la France par la culture, l’histoire, les mariages, les échanges humains, l’économie. L’Europe seulement continentale, sans le Royaume-Uni, est une idée absurde et inacceptable.sans-titre
  2. Le système bruxellois, mis en place depuis 1990, est désormais ressenti par une majorité d’Européens, comme une mécanique oppressante et dangereuse pour les libertés et la démocratie. Depuis trois ans la succession des crises et leur traitement (grecque, migrants, Turquie) ont considérablement amplifié le malaise, tout comme les provocations inutiles (« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens« – M. Juncker janvier 2015).
  3. Le référendum britannique n’est qu’un symptôme de tensions profondes à l’œuvre depuis longtemps, qui se manifestent par la poussée vertigineuse, partout, du vote et de la violence extrémistes (de droite et de gauche). L’aveuglement général à ce sujet est l’un des mystères de notre temps. Jusqu’où cela peut-il aller?
  4. Dans le monde d’aujourd’hui, l’Europe est une réalité intangible, qui dépasse largement les traités: Français, Britanniques, Allemands, Italiens, Espagnols, Roumains, Portugais, Polonais, etc. forment une même entité de culture et d’histoire, plus que jamais confrontée aux mêmes menaces, dans un monde dominé par les géants de milliards d’habitants. Qui n’entre nous ne se sent pas « chez lui » à Londres, à Rome ou à Lisbonne? L’unique chance de survie du continent européen est dans son unité.
  5. La clairvoyance et le courage consisteraient à tout remettre à plat, admettre les erreurs commises ayant mené à l’impasse actuelle et fonder l’unité européenne sur la politique, la notion de cité européenne. Le salut est dans une confédération qui rassemble les forces, fédère ce qui doit l’être (l’environnement par exemple) tout en préservant les démocraties et les libertés nationales.
  6. Aujourd’hui, les forces d’intelligence, de lucidité, de volonté, de vision historique et d’audace permettant une prise de conscience et une refondation n’existent pas dans les classes dirigeantes européennes. La refondation est donc improbable dans l’immédiat. Elle a une chance de se produire quand le processus de désintégration aura atteint son paroxysme.imagesAX7GGNUD

Maxime TANDONNET

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Brexit, une autre approche

imagesY87S0SEXBrexit, or not Brexit? Il me semble d’abord que les menaces brandies envers les Britanniques, s’ils votaient pour les Brexit, sont une infamie. Je n’arrive pas à comprendre à quel niveau de bêtise, d’inculture, d’anomie, il faut en arriver pour insulter ou menacer ainsi le peuple qui a versé des fleuves de sang au côté des Poilus, pour défendre la terre de France en 1914-1918 et la Nation, la seule en Europe occidentale, qui a tenu tête au nazisme et au fascisme, seule pendant un an, avant de les terrasser. Car c’est bien aux Anglais et à Winston Churchill que nous devons la liberté et la démocratie. La crétinerie  ambiante à Bruxelles558666803 et à Paris est quelque chose qui me dépasse, m’horrifie. Quant au fond, il me semble que le référendum britannique n’a pas l’importance vitale que lui donnent les commentaires. Selon moi, l’enjeu n’est plus de « sortir » de l’Union européenne mais de la « construire » sur des bases nouvelles, à la fois infiniment plus fortes et plus souples. Car l’Union européenne est morte depuis plusieurs années, dans l’aveuglement et la cécité générale. La crise grecque, les coups tordus de Mme Merkel et M. Junker avec les migrants et la Turquie, les dérogations phénoménales consenties à la Grande-Bretagne (sur l’immigration) sont la preuve que l’esprit de l’Europe, comme « union politique toujours plus étroite entre les peuples« , est depuis longtemps disparu. Il en reste une bureaucratie écervelée et des juridictions, un corps de « directive », de « règlements » et de jurisprudences qui court toujours, comme un canard décapité. Mais l’âme de l’Europe, le projet, l’idée politique d’une Europe unifiée est d’ores et déjà par terre. Or, dans un monde en ébullition, un XXIe siècle qui s’annonce encore plus épouvantable que le précédent, dominé par des géants de milliards d’habitants, les nations européennes, qui ont une histoire et une culture communes, tellement imbriquées, ont le devoir de s’unifier pour survivre, avec le Royaume-Uni bien entendu. Tel est le défi de l’avenir, non pas sortir de l’Europe, mais la bâtir sur des fondements nouveaux.

Maxime TANDONNET

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2017, les vraies élections

panorama2La politique du pays est en train de se transformer radicalement, de basculer dans un autre monde, au rythme des bouleversements de la société. Le modèle de la gouvernance française issu des années 1970 et renforcé dans les années 2000 est à bout de souffle. Jamais plus personne ne reviendra sur le discrédit de l’institution présidentielle telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui: l’hyperprésidence narcissique. Le naufrage de l’Elysée dans sa version actuelle est sans retour. Toute prétention à exercer le rôle de roitelet du pays est désormais vouée au ridicule.  En effet, les Français ne sont pas aussi manipulables et naïfs que ne semblent le penser les leaders politiques. Ils savent, d’instinct, que l’idée d’un personnage tout puissant, surmédiatisé, tenant à lui seul les leviers du pays, entretenue par la classe politique et les médias, est une gigantesque imposture dans le monde moderne.

En 2017, le dernier masque de cette légende pourrait tomber. Il en sortira, quoi qu’il arrive l’élection d’un chef de l’Etat déjà usé jusqu’à la corde par son historique au pouvoir, cramé dès son installation à l’Elysée, ridiculisé par la tragédie des primaires, cible providentielle des médias, des corps intermédiaires (magistrats), de l’opinion publique. Privé d’une autorité stable et durable, il ne disposera plus jamais sans doute d’une véritable « majorité présidentielle » à l’Assemblée, à cause du tripartisme nouveau dans le pays, voire quadripartisme, de l’émergence des « frondeurs » de droite et de gauche et de la déliquescence du prestige présidentiel. Or comme chacun le sait, les pouvoirs personnels du chef de l’Etat sont réduits (celui de dissoudre l’Assemblée). Pour le reste, il ne décide rien tout seul, pas même le référendum et en l’absence de majorité présidentielle claire, sombre obligatoirement dans la paralysie et l’impuissance.

C’est pourquoi l’avenir du pays repose aujourd’hui sur l’élection de l’Assemblée nationale, les législatives, l’espoir, même ténu, d’une recomposition politique autour de majorités d’idées, constituées de députés sensibles à la notion de bien commun et d’intérêt national; et par-delà, l’émergence, d’un Premier ministre homme neuf,  autoritaire, à la tête d’un gouvernement puissant et déterminé à réformer le pays. Un miracle? Peut-être, mais c’est le seul envisageable, tant la déconfiture présidentielle, à sans-titre travers notamment les primaires, semble s’accélérer. Dans une période aussi troublée et incertaine, rien n’est pourtant écrit d’avance. Une crise majeure, sociale, politique, militaire, dans l’année qui vient, pourrait déboucher sur un tel scénario totalement inédit.

Dans ce contexte, le président de la République devra, non pas s’effacer, mais retrouver un rôle plus conforme à la lettre et à l’esprit des institutions  autour du destin à long terme de la Nation, de la politique étrangère et de défense. Ceci est pour moi une évidence. Pourtant, infiniment rares sont les esprits qui commencent à le comprendre tant cette idée contraste avec la mythologie politique française. Ils existent, j’en ai rencontré. Les politiques, dans leur immense majorité, ne peuvent même pas l’imaginer. Le hochet élyséen les enivre. Quoi? L’apparence de la toute puissance, sans une once de responsabilité personnelle pendant cinq ou dix ans? Mais les faits et la loi des réalités, sont infiniment supérieurs à leurs fantasmes de toute puissance.

Maxime TANDONNET

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Primaires de gauche, le social-nihilisme

téléchargementLa décision du parti socialiste d’appliquer un système de primaires pour 2017 est bien dans l’air du temps. Elle révèle un parti qui n’a plus rien à offrir en dehors d’une lutte de  petits bonshommes pour la conquête des ors de l’Elysée. Cette formation qui se définit comme le « parti des valeurs » ne fait même plus semblant d’en avoir. D’ailleurs, que pourrait-il bien en rester après une longue bataille d’un trimestre pour imposer la « déchéance de nationalité » et un incroyable cinéma destiné à faire voter une loi de libéralisation économique qui n’est plus qu’une coquille vide? Pour oser se prétendre « de gauche » (c’est-à-dire « du peuple ») dans un tel contexte, il faut un toupet à couper le souffle. Qu’a-t-il d’autre à offrir, le parti socialiste en dehors d’un culte de la personnalité misérable, des gesticulations quotidiennes et son radotage sur les valeurs? Parti des valeurs, vraiment? Non parti de l’argent facile et du néant. Comparer le parti socialiste actuel à celui de Vincent Auriol, Jules Moch, voire même Guy Mollet est faire insulte à ces derniers. Mais, me direz-vous, ce n’est guère mieux du côté de l’opposition avec ses 13 candidats aux primaires ivres d’eux-mêmes, et son incapacité dégueulasse – j’utilise volontairement un mot fort – à s’unir et s’entendre au moins pour définir une esquisse de ligne collective ou de direction au pays. Il faut bien reconnaître que la soi-disant « gauche » et la soi-disant « droite », avec leur vide sidéral et leurs putains de primaires, donnent le sentiment de faire tout leur possible pour se ressembler toujours davantage et coller à l’étiquette honteuse « d’umps ». Et puis, en effet, nous avons les deux extrêmes, les extrémistes, protestataires, soi-disant « anti-système », de  droite et de gauche, les fronts contre l‘umps, spécialistes de la récupération du malheur, de la détresse et de l’angoisse, eux aussi dépourvus de la moindre esquisse de solution réaliste – en dehors de tout casser et de désigner des boucs émissaires, tels la « mondialisation », les « capitalistes » ou « les riches » – aussi intéressés et calculateurs que les autres malgré le masque de la radicalité, les supposés anti-systèmes qui sont le cœur même du « système », portant à un stade supérieur, jusqu’à la caricature, le culte de la personnalité comme reflet de leur néant.  Je vous demande pardon mais je n’arrive pas à comprendre, même au plus profond du désespoir, comment des êtres normalement constitués, puissent éprouver autre chose que le sentiment de dérision à la vue de ces visages grimaçants. Alors que reste-t-il? Il reste « Nous », la majorité silencieuse, immense, effarée par le spectacle du néant politicien, profondément unie, mais sans cadre, sans guide, sans pilote, sans voix…

Maxime TANDONNET

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Brexit, la question européenne

imagesAX7GGNUDUn gigantesque aveuglement volontaire empoisonne la vie de l’Union européenne. Les milieux influents ou dirigeants de l’Europe ne veulent pas voir la réalité qui est celle d’un rejet croissant des institutions bruxelloises par les peuples européens. C’est un constat, une réalité objective et non un jugement de valeur.

Ce sont les Grecs qui sont les plus sévères dans leurs réponses, mais ils ont certes quelques raisons d’être agacés : 71% ont une opinion défavorable à l’UE. La France arrive juste derrière la Grèce : 61% d’opinions défavorables. En revanche, surprise, le Royaume-Uni, avec 48% d’opinions défavorables, est au même niveau que l’Allemagne ou l’Espagne. Parmi les 10 peuples sondés, les plus « pro-européens » sont les Polonais : 72% ont des opinions favorables à l’UE, seulement 22% des opinions défavorables.(Enquête d’opinion menée par le Pew Research Center juin 2016 dans dix pays européens).

Ce phénomène qui s’accélère à une vitesse fulgurante, s’explique par le sentiment que les institutions bruxelloises sont devenues une mécanique obtuse qui ne tient aucun compte de la volonté des peuples. La politique migratoire de l’Union européenne est au centre de de rejet massif.

Qu’attendre des dirigeants et des leaders européens dans ce contexte, au-delà de la seule question du Brexit? Ils ont au minimum un devoir de cohérence. Trois scénarios et trois seulement sont possibles:

  • La poursuite de l’évolution en cours, conjuguée à la préservation ou à la relance du principe démocratique en Europe (le pouvoir du peuple): une explosion de l’Union européenne est dès lors inéluctable.
  • La poursuite de l’évolution en cours, mais l’abrogation de la démocratie: le vote existe toujours mais l’émergence de systèmes bureaucratiques aboutit à l’anéantissement de facto de l’effet de ces votes.  D’où la montée du vote et de la violence extrémistes, de droite ou de gauche, le retour des pulsions nationalistes et fascisantes (un Allemand sur 10 souhaite le retour d’un Führer selon Atlantico 17 juin 2016).
  • Le choix du réalisme: les dirigeants qui depuis les années 1990 ont conduit l’Europe dans cette effroyable et mortelle impasse  admettent leur erreur et se mettent autour d’une table avec l’objectif de penser une nouvelle orientation pour le continent, fondée sur le respect de la volonté populaire. Mais est-ce possible? Le potentiel d’intelligence et de volonté politique existe-t-il pour permettre une telle inflexion?

La vérité est qu’il n’y a pas d’autre scénario possible: l’explosion et le retour à l’isolement des Etats, ce qui équivaut à un suicide face aux gigantesques défis planétaires, l’abrogation de facto de la démocratie et le retour à la violence nationaliste et extrémiste (en cours), ou enfin la lucidité et le courage d’une transformation radicale de la gouvernance européenne – issue malheureusement improbable dans le contexte d’aveuglement et de négation de la volonté politique.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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La crise de l’autorité

XVMde2178d0-3300-11e6-b83c-3bf6a2dbaabfLa situation chaotique à laquelle nous assistons est le fruit d’une crise de l’autorité sans précédent. La banalisation de la violence, des destructions, du terrorisme sanglant, du sabotage est le signe d’un pays qui sombre dans l’anarchie. L’extrême impopularité des dirigeants du pays débouche sur le chaos social. La France ne se sent plus gouvernée. Le poisson pourrit par la tête et la déliquescence au sommet de l’Etat se diffuse au corps social.  Un changement d’homme à la tête de l’Etat et de majorité en 2017 suffira-t-il à résoudre la crise? Rien n’est moins certain. Compter sur le changement de personnalité à l’Elysée, à Matignon et dans les ministères, peut paraître superficiel et trompeur. C’est tout le système politique français qui est en cause. D’ailleurs, la France est le seul pays en Europe qui sombre dans un tel climat de quasi guerre civile. Accuser « l’Europe » ou la « mondialisation » d’une tragédie franco-française est la dernière des manipulations. Bien sûr, on s’habitue à tout, mais le régime français tel qu’il est devenu est foncièrement pervers et nuisible. C’est un système qui est en cause, plus qu’une personne. Un seul homme, le chef de l’Etat, est censé incarner à lui seul le pouvoir politique. Or, il est irresponsable pendant cinq ans. Son image cumule tous les échecs et les déceptions, mais elle est intouchable, hors de portée.  Il est à la fois encensé par les médias et profondément haï en bouc émissaire suprême. Impuissant à agir, il est conduit à parler, gesticuler, fanfaronner, démultiplier les coups médiatiques, nonobstant les incohérences, les contradictions et les absurdités, chaque initiative tournant au fiasco. Il sombre ainsi dans le culte de lui-même, entraîne la vie politique dans un tourbillon de folie mégalomane. L’obsession de prendre sa place se substitue au sens du bien commun.  Dans la France d’en haut, en proie à la démence, plus personne ne distingue la parole et l’action, le rêve et la réalité, les chimères et les faits. Et ce spectacle misérable laisse le pays sans repère, sans direction, sans modèle, ouvrant la voie au chaos sanglant qui s’est emparé de la France. Or, il n’existe pas d’homme providentiel, de dieu vivant, de sauveur qui prendra la place de M. Hollande pour rétablir l’ordre. Le prochain fera mieux pendant trois mois, puis il s’enfoncera à son tour dans l’abîme, suivant la même logique, et le pays, toujours plus profondément avec lui. L’unique commencement de réponse au désastre actuel est une refondation de la démocratie française autour d’un Peuple et d’un Parlement souverains, d’un Premier ministre, chef de gouvernement et responsable de sa politique devant le Parlement, de ministres puissants, décideurs et non plus communicants, d’un chef de l’Etat impartial, qui soit le « guide de la France », incarnation de la sagesse et de l’autorité morale, et non plus un illusionniste égaré. De fait, il suffirait d’appliquer la Constitution de la Cinquième République. Mais comme par hasard, cela n’intéresse absolument personne… Dans une France plongée dans la démence, qui pourrait songer, même cinq minutes, à appliquer la Constitution?

Maxime TANDONNET

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