Progrès de l’esprit totalitaire

Les « climato-rassuristes » sont désormais dans le viseur. L’étau se resserre. La nuance est importante: ce ne sont pas seulement les climato-sceptiques, discutant la thèse officielle sur les causes du réchauffement climatique qui sont démonisés, mais les climato-rassuristes qui ne la mettent pas forcément en cause mais cherchent à en nuancer les conclusions pour conjurer la peur ou la panique. L’idée est donc de pointer, marginaliser, diaboliser des gens qui font simplement mine de se différencier d’une logique de peur. Il rejoignent ainsi explicitement dans le camp du mal, selon cet article estampillé TF1 les Gilets Jaunes, et les anti-contraintes sanitaires (sic) c’est-à-dire tous ceux qui ont contesté d’une manière ou d’une autre l’Absurdistan, l’ensemble des mesures liberticides imposées par le pouvoir politique au prétexte de l’épidémie de covid19, dont l’efficacité est pourtant discutée par certains de ses plus fervents partisans de l’époque. Les dissidents de la peur, ceux qui mettent en garde contre le discours de la peur, discours de la peur sanitaire, discours de la peur climatique, ceux qui voient dans ces discours de la peur un outil de manipulation sont ainsi amalgamés et condamnés au bûcher médiatique en tant que populistes, complotistes ou autre fascisants, etc. Ils refusent de se soumettre au discours de la peur. Ils ne se rangent pas à la loi du troupeau. Ils désobéissent en essayent de penser, discuter, contester. Leur doute est en soi monstrueux. Ils en sont condamnés, maudits, diabolisés. L’idée est d’identifier et désigner et pointer du doigt, dans une logique de chasse aux sorcières, le cercle des mal pensants, réfractaires ou manifestant une forme de scepticisme face à la vérité officielle ou médiatique, parias de la pensée « normale ». Bien noter: c’est le doute en soi qui est maudit, qualifié d’obscurantiste, d’irresponsable, sinon criminel. Le retour de l’esprit totalitaire (l’idéologie unique ne souffrant pas le doute ou la dissidence), insidieux, par la voie la plus banale (TF1), au coeur de nos société occidentales, est l’un des phénomènes les plus étranges de notre époque.

MT

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En finir avec le copinage

« Les risques de cas secondaires autour d’un cas importé sont très faibles, et les risques de propagation du coronavirus sont très faibles » déclarait Mme Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, le 24 janvier 2020 au sortir du Conseil des ministres à propos du covid19. Aujourd’hui Mme Buzyn, sans doute en récompense de cette bel accès de lucidité – aux conséquences évidemment dramatiques – , est nommée conseillère à la Cour des Comptes. Tel est le rêve des politiciens au pouvoir: transformer la haute fonction publique en réceptacle pour leurs amis, copains, congénères, ministres frappés par le scandales ou l’échec, élus renvoyés par les électeurs. C’est pourquoi ils ont supprimé les corps de hauts fonctionnaires avec leurs modes de sélection, de formation, de promotion par le mérite et l’expérience. Conseiller à la Cour des Comptes est un métier spécifique qui nécessite des compétences, des qualités intellectuelles évaluables par des concours, examens, procédures de sélection, une expérience et une pratique de longues années sanctionnée par des promotions en fonction des résultats. Idem pour les métiers de préfet, de directeur d’administration, d’ambassadeur, d’inspecteur des finances, etc. L’idée de nommer Mme de Montchanin, ex ministre que les électeurs (c’est-à-dire la Nation) ont sanctionné lors des législatives, ambassadrice à Londres comme le veut une rumeur qu’on espère infondée, est tout aussi loufoque. Le redressement de la France passe entre autre, par la fin du copinage, du fait du prince. Toute nomination à un poste de la haute administration, un métier de serviteur de l’Etat, doit être soumise à un mode de sélection rigoureusement impartial et impersonnel dans lequel le piston, l’entre-soi, le favoritisme et la courtisanerie doivent être absolument bannis.

MT

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Les approximations bien peu scientifiques d’un président de conseil scientifique

M. Delfraissy le président de feu, le conseil scientifique de sinistre mémoire déclare dans un bel élan d’autosatisfaction: l’excès de mortalité en France en 2020 et 2021 a été bien plus faible que chez nos voisins. Quels voisins? Au 1er août 2022, le nombre de morts déclaré par million d’habitants en France était de 2255. Il était certes inférieur au RU (2736), la Belgique (2775), l’Italie (2904), pas loin de celui de l’Espagne (2331). Mais aussi, il était nettement supérieur à celui de l’Allemagne (1726), celui des Pays-Bas (1290), de la Suisse (1598), de la Suède (1849), de la Finlande (905)… Il faudrait aussi prendre en compte le désastre économique et financier de la gestion française du covid 19 en vertu du quoi qu’il en coûte qui s’exprime aujourd’hui dans l’explosion de la dette publique et le retour dramatique de l’inflation. On ne pourra jamais mesurer l’impact des souffrances et humiliations engendrées par le saccage des libertés publiques (confinements, couvre-feu, Absurdistan), la manipulation des peurs et la désignation de boucs émissaires (l’immonde passe vaccinal uniquement destiné à emmerder les non vaccinés). Le bilan des décès par million d’habitants prouve sans aucun doute possible que le recours au despotisme sanitaire (France, Italie) n’a rien réglé au regard des pays qui s’en sont mieux sortis en se montrant dans l’ensemble plus respectueux des libertés (Suède, Allemagne, Suisse). M. Delfraissy, à l’image des responsables publics qui ont dirigé la France en cette période est globalement content de lui…l’excès de mortalité en France en 2020 et 2021 a été bien plus faible que chez nos voisins. Evidemment, nous ne sommes plus à une aberration près. On s’était habitué à tout: aux mensonges les plus flagrants comme aux manipulations les plus outrancières. Mais celle-là, dans l’indifférence et la crédulité générales, est tellement grossière… J’aurais bien envie de dire selon une formule assez convenue: c’est l’Histoire qui jugera tous ces gens. Mais au fond, l‘Histoire les jugera, qu’est-ce que cela signifie vraiment?

MT

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Comment réduire un peuple à l’esclavage (en tout cas essayer)

Réduire un peuple à l’esclavage lentement mais sûrement comment cela ‘est-il possible? Il faut utiliser une combinaison de moyens divers qui vont dans le même sens. La méthode la plus sûre consiste à l’asservir par la peur (lui « foutre la trouille » pour parler en terme trivial). Le covid 19 en a fourni une superbe illustration. Pendant deux ans, les autorités ont terrorisé le pays à travers les oracles de scientifiques fanatisés, des informations apocalyptiques, les prévisions de centaines de milliers de morts prétendument inévitables et une multiplication de mesures liberticides (le célèbre Absurdistan dont l’apothéose fut le passe vaccinal). Aussi efficace que le peur: l’assistanat, ou la distribution à tout va de chèques sans provision (financés par la dette sur les futures génération), à l’exemple des fameux « chèques alimentaires », dont l’effet à terme est de dissuader un peuple de vivre librement par son travail, son initiative et son mérite. Détruire méthodiquement, un à un tous les pans de son instruction publique au prétexte d’égalitarisme autrement dit nivellement par le bas. Une nation est d’autant plus aisément manipulable qu’elle est constituée d’esprit vierges, sans orthographe, sans littérature, sans raisonnements mathématiques, sans connaissance historique. Maudire certains mots ou leur donner une connotation péjorative comme celui de Liberté. Noyer le pays sous les fausses valeurs idolâtres à l’image de la compétition sportive médiatisée (jeux olympiques etc.). Lui infliger du matin au soir un « chef » ou guide national, c’est-à-dire un pitre gesticulant et pérorant sur les ruines de l’intelligence et de l’esprit critique (quel qu’il soit évidemment). Cela marche-t-il? Cela marche assez bien mais pas complètement: la preuve…

MT

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Sur la mauvaise pente de la démagogie

Le « quoi qu’il en coûte » poursuit le « c’est gratuit, c’est l’Etat qui paye » et le « socialisme à la française » de jadis. Selon la Cour des Comptes, la dette publique française s’est accrue de 560 milliards en 2020 et 2021 dont 160 pour la crise sanitaire et le reste en augmentations diverses. Aujourd’hui le pouvoir politique poursuit cette politique de la cigale avec encore son supposé « plan de protection du pouvoir d’achat de 20 milliards » un record absolu en Europe (cf Figaro de ce matin). Ou s’arrêtera la gabegie? Car le remède est pire que le mal. Le pays surtout à travers la puissance publique dépense bien plus qu’il ne produit d’où l’explosion des déficits, de la dette publique et de l’inflation et le déclin économique. Et cette politique de gabegie se traduit à terme par un appauvrissement du pays et la paupérisation de la Nation. En prétendant défendre le pouvoir d’achat, ils appauvrissent les Français à travers l’inflation et la dette publique qu’il faudra bien rembourser. Même démagogie sur le plan régalien (sécurité, immigration). Les coups de menton, l’incantation, la fuite en avant dans les provocations et la surenchère ne sont rien d’autre que la face visible de l’impuissance et de la démission. Plus ils crient et gesticulent ou multiplient les « annonces », moins ils en font. En matière économique et financière comme sur le plan régalien ils jonglent avec les illusions et les mirages. Ce qui est terrible c’est que la communication du pouvoir oppose le « sérieux gouvernemental » aux deux « extrêmes ». Or la politique mise en oeuvre par delà les batailles de jappements est justement celle préconisée par les dits « extrêmes »: gabegie sans fin et sans aucun équivalent en Europe et fuite en avant dans la technique du coup de menton stérile. Tout cela se paiera un jour il faut le savoir.

MT

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« la droite doit rompre son lien avec Nicolas Sarkozy »: une déloyauté inutile

On a le droit sinon le devoir d’être en parfait désaccord avec le président Sarkozy sur sa position prise lors des dernières élections présidentielles et législatives voire de la trouver incompréhensible. En revanche, M. Ciotti est une pure créature de M. Sarkozy. Il était membre de son cabinet de ministre de l’Intérieur. Il lui doit tout. Sans NS, comme beaucoup de responsables politiques actuels, il n’existerait pas en tant qu’homme politique (peut-être que cela eût d’ailleurs mieux valu pour lui). On a le droit de penser tout le mal du monde des dernières prises de position du président Sarkozy. Et même de le penser très fort. Cependant, quand on lui doit tout, absolument tout, il est préférable, du point de vue de la loyauté, de le garder pour soi, surtout quand une déclaration à ce sujet est absolument inutile au regard des intérêts de la France et ne fait qu’envenimer la situation à droite. D’autant plus que M. Ciotti fut, si on se souvient bien, l’un des plus farouches partisans des mesures sanitaires liberticides, jusqu’à l’imbécile et honteux passe vaccinal, et n’a guère manifesté à cette occasion une grande liberté de pensée à l’égard de l’exécutif.

(On m’excusera l’irrégularité de la tenue de ce blog en ce moment, pour des raisons saisonnières bien évidentes…)
MT

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Les arrière-pensées de la classe dirigeante

Ne croyez pas autre chose. Le rééquilibrage des institutions lié à l’absence de « majorité présidentielle absolue » – dont nous sommes nombreux à nous réjouir – est vécu par la classe politique nationale comme une simple parenthèse qui se refermera bientôt. Ils continuent d’être obnubilés par l’ambition mégalomane, non pas d’œuvrer à terme pour le bien commun de la France, mais d’arborer le plumage du paon sur le perron de l’Elysée et préparer leur « trace dans l’histoire ». C’est ainsi que la France fait naufrage depuis des décennies, à force d’être soumise à des délires vaniteux, et faute d’être gouvernée dans l’intérêt général (éducation, finances, industrie, sécurité, libertés, frontières et migrations, etc.). Les grandes manœuvres sont déjà en cours en vue de restaurer dans son intégralité la république narcissique au plus tard en 2027. Les incroyables ronds de jambe de l’héritière lepéniste auprès de la majorité présidentielle ont pour objectif de parachever sa prétendue « dédiabolisation » et d’assurer sa présence au deuxième tour de 2027. Puis entre les deux tours, le syndrome « fasciste/raciste » retombera massivement et toujours aussi efficacement sur elle comme un couperet pour ouvrir tout naturellement la voix au successeur de M. Macron. Le tour sera joué. Bis repetita. Ce ne sera que la quatrième présidentielle perdue de la candidate – en attendant la cinquième? – et la neuvième ou dixième de sa famille. Jamais un peuple ne se sera aussi facilement laissé piéger… Pour la continuité macronienne, quelques grands ministres transfuges de la droite sont sur les rangs, le couteau entre les dents tellement ils y voient leur destin naturel. Face à eux l’ancien Premier ministre M. Philippe qui, par le plus étrange des phénomènes de psychologie de foule, caracole en tête des sondages malgré un bilan particulièrement catastrophique (renoncement à NDDL, taxe carbone, 80 km/H et crise des GJ, positions particulièrement liberticides sur le covid19). Mais le président préfèrera sans doute adouber l’un de ses lieutenants historiques. Une jolie bagarre en perspective… Par ailleurs, en donnant une image d’indiscipline, de vulgarité et de chaos, les nouveaux députés sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis et de préparer le retour de bâton. La bataille de la tenue vestimentaire entre « débraillés » et « cravatés » est symptomatique de la tragédie: tout est bon pour fuir dans les chamailleries puériles le débat sur la situation dramatique du pays et la politique nécessaire à son redressement. Il faut dire que le niveau intellectuel de la classe dirigeante et parlementaire française ne lui permet probablement pas de regarder plus loin que les murs de la cour de récréation. Alors, que faire? Comment tenter de conjurer la fatalité? pour commencer, nous-mêmes, ouvrir les yeux, être aussi nombreux que possible à essayer de voir juste et à sentir l’impasse qui se dessine, la drame qui couve en ce moment…

MT

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Loi relative à la protection du pouvoir d’achat: la difficile vérité

« Avoir toujours raison… c’est un grand tort » selon le titre du tome 1 des Mémoires d’Edgar Faure (Plon 1982). La formule n’est certes pas modeste, mais si éloquente. Il est difficile de critiquer un projet de loi sur la protection du pouvoir d’achat soutenu à l’Assemblée par la majorité, la droite et le parti lepéniste et recueillant un vaste consensus dans le pays. Quoi? On va enfin voter une loi qui protège votre pouvoir d’achat! Quelle chance! Face à un tel unanimisme, le scepticisme n’est pas évident à porter, sauf à passer pour l’ermite solitaire, le Misanthrope grincheux et ronchon. A quoi sert la loi? En principe, la loi sert à définir les normes de la vie sociale ou le budget de l’Etat. « La croissance ne se décrète pas » comme avait dit un homme politique dans les années 1970 (VGE ou Barre?), quand il restait une once de bon sens dans ce pays. Pour le paraphraser: le pouvoir d’achat ne se détermine pas par un vote du Parlement. Beaucoup de mesures que comprend le projet de loi ne nécessitent pas de loi (exemple, la hausse des minima sociaux). Cette loi dite de pouvoir d’achat reprend en auberge espagnole tout un tas de mesures sans rapport entre elles (minima sociaux, primes secteur privé, redevance TV, fiscalité, retraites, plafond loyers etc.), artificiellement regroupées à des fins de communication. Elle ne touche qu’à la surface des choses. En vérité, l’action de l’Etat en faveur du pouvoir d’achat ne saurait être qu’une œuvre de long terme, notamment liée à une politique économique courageuse favorisant le travail et la compétitivité, à la qualité de la gestion des finances publiques pour lutter contre le chômage, la dette et l’inflation. Il est trompeur de faire croire au pays qu’une simple loi intitulée protection du pouvoir d’achat est de nature à préserver le pouvoir d’achat face à des tensions inflationnistes profondes et au chômage massif dont le pouvoir politique (de décennie en décennie) est largement responsable. Certes, grâce au résultat des législatives, l’attention collective a partiellement basculé du perron de l’Elysée à l’hémicycle du Palais Bourbon. Tant mieux. Mais de la fanfaronnade narcissique au grand Guignol de cour de récréation, la différence de fond est-elle si importante? Non, tout cela n’est qu’apparences et jeu d’illusions. Nous restons dans le même principe: celui de la com’ à outrance, circus politicus, pour masquer l’échec, l’impuissance et l’appauvrissement.

MT

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« Ces gens-là » :  les polémiques à répétition, signes de l’impuissance ou de l’abêtissement politique? (pour Figaro Vox)

La vie politique française semble poursuivre son inexorable effondrement comme le prouve la dernière grande polémique de l’été. La victime en a été Madame Cayeux maire de Beauvais, venue de LR, ministre nouvellement nommée du gouvernement d’Elisabeth Borne. Ses prises de positions de jadis contre « le mariage pour tous » la rendaient suspecte aux yeux d’une partie de la classe politique, dite progressive, venue de la gauche et convertie au macronisme.

Revenant sur les critiques que lui valait cet engagement, cette personnalité s’en est publiquement démarquée avant de provoquer un tollé en évoquant ses amis parmi « ces gens-là » c’est-à-dire les couples de même sexe, mariés sur le fondement du mariage pour tous.

Cette formule « ces gens-là » a été ressentie comme humiliante voire dégradante par une partie du monde médiatique et politique français. Et l’affaire a pris des proportions démesurées. Une pétition réclamant sa démission a recueilli des centaines de signatures. Plusieurs membres du gouvernement ont condamné ces paroles. Ainsi, comme s’il ne suffisait pas au pouvoir exécutif d’avoir perdu la majorité absolue aux législatives, il aura suffi d’une anecdote pour ébranler la solidarité gouvernementale… tout juste quelques semaines après les élections nationales.

La formule « ces gens-là » mérite-telle en effet un pareil tollé ? Elle renvoie bien évidemment à la célèbre chanson de Jacques Brel qui fustige une famille bourgeoise rancie. A ce titre, elle peut-être en effet taxée de maladresse. Mais qu’une maladresse de langage tourne à l’affaire d’Etat souligne la fébrilité de ce qu’il est convenu d’appeler « la France d’en haut », ou une grande partie d’entre elle et sa dégradation au rang de cour de récréation d’école primaire.

Les mêmes qui jugent cette formule méprisante envers une partie de la population française se sont-ils formalisés quand des chefs de l’Etat ont parlé avec, au moins autant de légèreté, d’une autre partie de cette population avec des mots bien plus explicites : sans dents, gaulois réfractaires, fainéants, illettrés, ceux qui ne sont rien et ne peuvent même pas se payer un costume ou les chômeurs auxquels il suffirait de traverser la rue pour trouver un emploi ?   Non ; alors, pourquoi ce deux poids deux mesures dans l’indignation ?

Pendant ce temps-là, le monde continue d’avancer dans le plus grand chaos. La guerre se poursuit en Ukraine, la paupérisation gagne du terrain en Afrique. En France les classes populaires sont frappées de plein fouet par l’inflation tandis que le chômage continue de toucher plus de 5 millions de personnes selon pôle Emploi, la dette publique poursuit sa vertigineuse progression avec la remontée des taux d’intérêt et une grave récession menace le pays. Dans un climat de banalisation de la violence quotidienne, trois jeunes joueurs de rugby ont été massacrés à Angers, au cœur du « jardin de la France » pour avoir pris la défense d’une jeune fille importunée… Et ce drame fait infiniment moins de bruit…

« Ces gens-là », c’est-à-dire les responsables de la France prétendument d’en haut, politique et médiatique préfèrent sans doute se vautrer dans les indignations successives et les tollés à répétition plutôt que d’ouvrir les yeux sur le monde des réalités et relever les vrais défis de l’avenir. Les cris d’orfraies font plus de buzz que le travail laborieux. Et les polémiques à répétition permettent de couvrir d’un rideau de fumée les échecs et l’impuissance publique. A moins que l’effondrement du niveau scolaire depuis plusieurs générations soit à la source d’un authentique abêtissement du monde politico-médiatique désormais privé de la faculté intellectuelle de distinguer l’accessoire de l’essentiel, ou les tempêtes dans un verre d’eau des vraies tempêtes de l’histoire.

MT

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A quoi servent les petites phrases (pour Atlantico)

  1. Interrogé à propos des Uber files, Emmanuel Macron a déclaré «Comme le dirait un de mes prédécesseurs, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre». Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron se fait remarquer par des petites phrases qui suscitent la polémique. Quelle est la tactique derrière ces sorties ?

Il y a plusieurs dimensions dans cette déclaration. D’abord la référence à Jacques Chirac, clin d’œil à un certain électorat de droite. Ensuite la tactique est évidente, elle est classique chez lui. Il s’agit de noyer le fond d’une question sérieuse dans la provocation et la polémique qu’elle engendre. Nous l’avions déjà constaté lors de l’affaire Benalla, sur un ton similaire : « qu’ils viennent me chercher ». C’est aussi une manière de rester dans la logique jupitérienne, signifiant qu’il se situe au-dessus du marécage politicien. Enfin peut-être une manière de se rassurer lui-même. Dans sa position de chef de l’Etat, protégé par le mandat de cinq ans, il se considère comme intouchable quoi qu’il arrive. Cette petite phrase le rappelle aux autres et à lui-même… 

2) Quel peut être son intérêt pour lui et pour sa majorité à agir de la sorte ?

L’intérêt pour lui est de noyer le sujet dans l’indifférence et la dérision.  Il laisse ses lieutenants batailler sur le front de la polémique. Et lui montre ainsi qu’il s’occupe des questions sérieuses, en particulier la guerre en Ukraine. L’objectif est aussi politique. Par ce comportement il tend à attiser les clivages entre les partis qu’il considère comme républicains et dignes d’un dialogue, et ceux avec lesquels il exclut de travailler, comme non républicains : RN et Insoumis. En excitant les esprits par cette provocation, il creuse le clivage entre les protestataires qui vont se saisir de ce prétexte pour l’attaquer et les autres, moins enclins à la bataille frontale. Là aussi on est dans une constante du macronisme, opposer les forces du progrès dont il se conçoit comme le champion, aux populismes ou extrémismes…  

3) A quel point cela entretient-il l’image d’un président qui n’accepte pas les responsabilités et qui préfère choquer que convaincre ?

Jusqu’à présent la politique de la provocation lui a plutôt bien réussi. On se souvient de déclarations choc qui ont marqué le premier quinquennat : les Gaulois réfractaires, ceux qui ne sont rien et ceux qui réussissent, les chômeurs qui n’ont qu’à traverser la rue pour trouver du travail. Et même à quelques semaines des élections, sa phrase incroyable pour un président passée à la postérité, « j’ai très envie d’emmerder les non vaccinés », ne l’a pas desservi, loin de là. Cela s’appelle la transgression. Faute de devoir s’expliquer sur le bilan de la gestion gouvernementale de l’épidémie ou sur l’intérêt du passe vaccinal, cette phrase mettait les rieurs vaccinés de son côté et montrait du doigt la petite minorité pestiférée des non vaccinés. Force est de constater que l’esprit critique des Français face à cette transgression habile, ni la solidarité envers les nouveaux parias ainsi désignés, n’ont joué d’une manière ou d’une autre.  

4) Dans quelle mesure ce genre de comportement est-il délétère ?

Il peut le cas échéant se retourner contre lui à plus ou moins long terme. Si la France, comme c’est prévisible, fait naufrage dans le chaos social, économique et politique, sa réputation d’audacieux provocateur et de pourfendeur du populisme sous toutes ses formes peut brutalement se retourner contre lui. Ses petites phrases apparaîtront non comme l’expression de l’audace mais comme celle de l’impuissance et de l’arrogance. En peu de temps, cette image peut se dégrader violemment et définitivement dans un contexte d’usure du pouvoir aggravé, devenue emblématique du malheur collectif. Et alors, plus personne ne contrôle plus rien. Dans l’histoire, les seconds mandats présidentiels se terminent généralement assez mal. Celui-ci pourrait bien ne pas déroger à la règle.

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Barbarie sanguinaire au « jardin de la France »

Pendant que la classe politique et médiatique se contorsionne autour de « l’homophobie » supposée d’une ministre, ses propos sur « ces gens-là » et sur les déclarations débiles d’une misérable député d’extrême gauche concernant Pétain, la barbarie française a encore sévi, à l’aune de l’indifférence et de la banalisation. A Angers, au cœur du « jardin de la France », un réfugié soudanais de 32 ans a massacré au couteau trois jeunes gens venus de la France d’Outre-Mer pour jouer au rugby dont un mineur de 16 ans. Les médias parlent d’une « rixe » ce qui suppose une bagarre, donc une sorte de co-responsabilité. Selon les témoignages, les trois jeunes gens avaient pris la défense d’une jeune fille importunée sexuellement par le tueur. Qu’est-ce qu’un réfugié? Une personne persécutée dans son pays d’origine et non un potentiel barbare sanguinaire. Que faisait ce tueur à Angers? Ou est l’erreur? Ou est la faute? A ceux-là qui ferment les yeux: et si c’était votre frère ou votre fils tombé sous le couteau? Les médias parlent de rixe ou de fait divers pour banaliser un crime atroce et éluder la question de la chaîne des responsabilité qui mène au massacres de trois jeunes gens courageux ayant pris la défense d’une jeune femme. Un signe supplémentaire, un de plus, du vertigineux effondrement de ce pays dans un climat de déni et d’irresponsabilité.

MT

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« Ces gens-là »

Connaissez-vous Mme Caroline Cayeux? D’après sa fiche wiki, cette dame est maire de Beauvais LR nouvellement ralliée à la macronie et promue ministre du gouvernement Borne. Ancienne opposante au « mariage pour tous » (qui semble avoir regretté ses positions de l’époque), elle a déclenché une grave polémique pour avoir utilisé les mots « ces gens-là » à propos des couples de même sexe. Cette formule brelienne (« chez ces gens-là, madame« ) a été ressentie comme méprisante. Sans doute eût-il mieux valu qu’elle les qualifiât de « Gaulois réfractaires » de « ceux qui ne sont rien », « d’illettrés », « ne peuvent même pas se payer un costume », « chômeurs n’ayant qu’à traverser la rue » ou de gens qu’elle avait « très envie d’emmerder ». Nul n’y aurait vu, au gouvernement et dans la majorité présidentielle, la moindre trace de mépris… En tout cas le micro-incident – à peine une parole maladroite – se transforme en polémique d’Etat jusqu’à faire oublier Mc Kinsey et Uber… Une partie de la majorité et du gouvernement réclame sa démission et le pouvoir politique se déchire. Pendant ce temps-là la guerre se poursuit à l’Est de l’Europe, la famine gagne en Afrique, les taux remontent, la dette publique et les déficits explosent, l’inflation se propage, la misère progresse en France malgré les chèques en blanc du gouvernement, le niveau scolaire continue de s’effondrer, la barbarie se banalise partout dans le pays… Mais « ces gens-là« , ceux-là qui sont censés nous gouverner, n’ont décidément rien d’autre à foutre. Au fond, le vrai problème n’est pas que gouvernement ait loupé la majorité absolue aux législatives. C’est juste la faiblesse du niveau intellectuel, ou, pour le dire autrement, la bêtise incommensurable des dirigeants de ce pays.

MT

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Une authentique révolution politique (Pour Figaro Vox)

Ce que je dis depuis les élections législatives de juin se confirme: la France est en train de connaître une authentique révolution politique, une fracture qui inspire des sentiments partagés: une intense et profonde satisfaction sur le plan des valeurs démocratiques et libérales mais aussi une légitime inquiétude face à la perspective du chaos – et le risque d’un retour de balancier. En ce 14 juillet 1789, 2022, pardon! Rien n’est simple.

L’actualité politique française de ces derniers jours confirme que les élections législatives de juin, qui s’annonçaient comme purement routinières et malgré un taux d’abstention record de 54%, ont débouché sur une authentique révolution politique. Elles ont mis un terme brutal à soixante années d’histoire de la Vème République, depuis les législatives de 1962, dominées par l’existence d’une majorité absolue, ou quasi-absolue, qu’elle fût, comme dans l’immense majorité des cas, une majorité présidentielle, ou, comme dans les scénarios de cohabitation, en faveur du Premier ministre (1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002). Même en 1988, à l’issue de la réélection du président Mitterrand, ses Premiers ministres savaient trouver au centre gauche les quelques voix qui manquaient au parti socialiste pour voter les budgets et les lois.

Le morcellement de l’Assemblée nationale issu des dernières élections législatives marque une rupture profonde avec cette tradition. Il est sans aucun précédent depuis les législatives de 1962. Nous sommes passés dans une nouvelle ère de la politique française qui correspond à des mouvements en profondeur de la société et de la sensibilité collective. A une immense majorité (71% selon un sondage), les Français ont délibérément voulu priver le chef de l’Etat et l’exécutif de la majorité absolue. Mais ils ne l’ont pas accordée non plus à un Premier ministre de cohabitation potentiel.

Cette victoire de la majorité silencieuse – qui a obtenu contre toute attente ce qu’elle voulait – signe la quintessence de la crise de confiance populaire envers la politique gouvernementale. Les Français ont dit non à la présidence Jupiter, à l’exercice narcissique du pouvoir et à la prétention de l’autorité verticale. Ce résultat exprime un message cohérent. Certes les Français ont reconduit un chef de l’Etat dans des circonstances exceptionnelles (crise sanitaire, Ukraine) et en l’absence d’alternative jugée crédible. Mais en parallèle, échaudés par un bilan qu’ils jugent sévèrement, ils lui ont retiré les pleins pouvoirs pour diriger le pays à sa guise.

Cette fragmentation de l’Assemblée nationale traduit par ailleurs, sur le plan des institutions, la décomposition de la politique française et la crise des partis politiques. Elle est d’autant plus spectaculaire qu’elle s’est imposée malgré un mode de scrutin – d’arrondissement à deux tours – destiné à assurer une majorité absolue. Elle introduit, au cœur du pouvoir, le fameux « archipel français » une France en morceaux, dont l’Assemblée nationale devient un fidèle reflet. Le chaos de la société française, qui s’est exprimé notamment dans la crise des Gilets Jaunes, a ainsi forcé les portes du Parlement.

L’Assemblée nationale qui vient d’être élue ressemble comme à une sœur à la toute dernière de la IVème République, élue en 1956, dans un climat chaotique dominé par la guerre d’Algérie, marquée par l’entrée en masse d’un puissant parti poujadiste (étiqueté extrême droite), une forte poussée du parti communiste, l’émiettement des autres formations dite « de gouvernement ». Le discours du chef de l’Etat comme celui de Mme Borne reproduit d’ailleurs le mode de pensée des gouvernants de l’époque qui composaient les gouvernements en excluant les deux partis considérés comme « extrêmes » : « ces formations (RN et LFI)  ne s’inscrivent pas comme des partis de gouvernement. »

Les réflexes de la république parlementaire reviennent en un bond spectaculaire par-dessus six décennies d’histoire politique… Les oppositions de droite comme de gauche unissent leur vote pour mettre en échec une disposition de la nouvelle loi sanitaire. Par ce vote, elles enterrent deux années de gestion autoritaire de l’épidémie de covid19, fortement contestée pour son caractère bureaucratique, liberticide et douteux sur le plan de l’efficacité – et elles consacrent le basculement du régime.

Tout ceci est-il un bien ou un mal pour le pays ? Le retour de l’Assemblée nationale au centre des enjeux politiques représente, de toute évidence, une bouffée d’oxygène démocratique. Il est le fruit d’un mouvement de balancier naturel qui répond au sentiment d’une dérive autocratique (ne pouvant même pas se justifier par l’amélioration des résultats de l’action publique). Mais comme l’écrit Montaigne : « D’un mal ne sort pas forcément un bien : un mal encore pire peut en sortir ». Si l’Assemblée nationale ne trouve pas, dans les mois à venir un mode de fonctionnement stabilisé, fondé sur le contrôle rigoureux de l’exécutif en dehors de toute obstruction systématique, dans un contexte économique et financier particulièrement trouble, la crise politique française débouchera sur une violente tempête sociale. Et alors, le risque est de voir le balancier rebasculer dans l’autre sens à la faveur d’un chaos total – par exemple à l’issue d’une dissolution…

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L’erreur d’Alain Finkielkraut (De fait, ils ne sont ni cultivés, ni intelligents)

« L’élite actuelle est certes intelligente, mais elle est inculte. » La formule d’Alain Finkielkraut ouvre un débat intéressant. Le mot élite est bien sûr à prendre au sens sociologique, celui de caste dirigeante ou influente qui exerce le pouvoir politique ou contribue à façonner l’opinion à travers la parole médiatique (présence sur les plateaux de télévision). AF me semble ici confondre intelligence et désinhibition ou malignité. Ce qui fait la force de l’élite actuelle n’est pas son intelligence, mais son nihilisme. Les représentants de cette élite n’ont généralement aucun scrupule à trahir, à tuer le père, à retourner leur veste dans tous les sens, à se ridiculiser, à se contredire, à mentir et manipuler, ou se vautrer dans le déshonneur. Issus de la génération des enfants-rois, privés de surmoi, ils vivent dans l’auto-sublimation narcissique. Cette aptitude à se livrer aux pires mauvais coups sans le moindre scrupule ni mauvaise conscience pour parvenir à leurs fins est le secret de leur réussite. Rien ne les arrête. L’intelligence est (à mes yeux) une notion bien différente: une sensibilité au monde et à son évolution, à autrui comme à ses propres limites. Or, cette sensibilité est justement la chose qui leur manque le plus cruellement. D’ailleurs, l’idée même d’intelligence inculte qui est au centre du raisonnement d’AF prête à discussion. Ne confond-il pas culture et érudition? Etre cultivé ne se réduit pas à une masse de connaissances accumulées ou mémorisées. L’homme cultivé, ou honnête au sens du XVIIe siècle n’est pas forcément un érudit mais se distingue par son ouverture, sa curiosité, son envie d’apprendre et de comprendre, par la lecture et l’écoute – de nourrir sa sensibilité. Il est à l’écoute du monde, de son histoire politique, littéraire et artistique, à l’écoute des autres au quotidien. Bref, une tête bien faite plutôt que bien pleine. Et c’est là que les deux notions se rejoignent: l’intelligence et la culture dont les élites actuelles sont tout aussi dépourvues, de l’une comme de l’autre, puisque inséparables.

NB: Compte tenu de la recrudescence impressionnante des insultes (sous anonymat ou pseudo) qui me parviennent par la voie des commentaires, je me permets de rappeler que ne sont mis en ligne que les commentaires respectueux d’un minimum de correction (sauf manque de vigilance de ma part).

MT

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Covid 19, c’est nous qui avions raison (mais où sont passés les responsables du fiasco?)

Pendant deux ans, nous n’avons eu de cesse de fustiger violemment la succession des mesures liberticides auxquelles l’épidémie de covid 19 a donné lieu: les confinements policiers, les couvre-feu, l’Absurdistan (fermeture des librairies), les excès du passe sanitaire (interdiction d’accès aux terrasse des cafés), l’abominable et absurde passe vaccinal destiné à « emmerder les non vaccinés« . Nous avons dénoncé sans relâche une politique de despotisme sanitaire, consistant à alimenter la peur par des prédictions apocalyptiques et en parallèle, étouffer les libertés publiques tout en désignant des boucs émissaires à la vindicte de la foule apeurée (les non vaccinés) dans la perspective des élections nationales. Et cela ne fonctionnait pas si mal: une immense partie de l’opinion de droite comme de gauche approuvait, crachant sur les non vaccinés, jubilant à leur malheur, appelant à les exclure et les terroriser toujours davantage. Do you remember? Nous qui n’étions pas dans la ligne avons été insultés, traînés dans la boue, parfois même par des proches: « irresponsable, complotiste, imbécile, populiste, criminel (sic) etc. » Le seul fait de s’interroger sur l’efficacité d’un vaccin – considéré alors comme le remède miracle mais qui depuis a largement montré ses limites – revenait à sombrer dans les ténèbres de la diabolisation. Aujourd’hui la septième vague sévit, ni plus ni moins virulente que les précédentes. Mais la mode a changé. Le contexte n’est plus le même, surtout politique. En écartant à ce stade tout retour à la tyrannie sanitaire, le pouvoir reconnaît implicitement sa responsabilité liberticide pendant deux ans. Tout cela était bel et bien inutile et absurde. Les dégâts causés sont irrémédiables: gigantesque endettement du pays, faillites, souffrances et malheurs individuels qui resteront à jamais gravés dans les mémoires. D’ailleurs, les soignants ne sont toujours pas réintégrés. Mais les responsables de ce gigantesque fiasco sont toujours en place, droits dans leur bottes, comme si rien jamais ne s’était passé.

MT

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Lecture: Goering « l’homme de fer », François Kersaudy, Perrin 2022 (collection « maîtres de guerre »)

En lecture d’été, sur la plage ou dans un transat face à la mer ou la montagne, je recommande vivement la lecture passionnante de ce Goering, maître de guerre, un bel ouvrage enrichi de nombreuses illustrations. Issu d’une famille d’officiers, ayant vécu une jeunesse dorée de château en château, le jeune Goering est une tête brûlée, beau garçon, séducteur, rebelle, délaissé par son père, élève médiocre et insolent. Aventurier, il entre dans l’armée et s’impose comme un des as de l’aviation allemande en 1914-1918 avant d’être séduit par la personnalité d’Hitler dont il est l’un des premiers compagnons et leader du parti « national socialiste », en exil en Autriche après le coup d’Etat raté de 1923. Goering est un nazi à part. Adversaire des autres grands pontes du parti hitlérien, notamment Goebbels et Himmler qui le méprisent et le haïssent, il est bien davantage un opportuniste cynique qu’un idéologue. Sans doute d’une intelligence supérieure à celle de ses comparses, il s’enrichit dans des affaires douteuses, se montre très réservé face aux coups de force puis aux conquêtes de son idole dont il pressent à chaque fois qu’elles conduisent à la catastrophe. Mais totalement fasciné et sous l’emprise du chef nazi, terrorisé par lui, il se soumet systématiquement. Son comportement est plus celui d’un voyou ou d’un bandit sans scrupule que d’un idéologue, obsédé par le pillage des œuvres d’art pour son propre compte, notamment confisquées à des familles juives, partout où sévit la barbarie nazie. Cumulant les fonctions, celle de ministre de l’Intérieur de Berlin, de responsable de la planification et de ministre de l’aviation, dauphin du Führer (appelé à lui succéder en cas de disparition), il se comporte en dilettante, ne se rend pas sur les champs de bataille, ne s’occupe guère des dossiers et questions de fond, part en vacances ou à la chasse au moment des grandes attaques hitlériennes – notamment lors de l’offensive Barbarossa contre l’URSS le 20 juin 1941. Dès lors, tenu pour responsable des échecs de l’aviation allemande notamment lors de la bataille d’Angleterre, puis des bombardements massifs des villes allemandes, y compris de la défaite de Stalingrad (il a délibérément menti sur les capacités de l’aviation à secourir l’armée en perdition pour calmer la colère du Führer), il tombe en disgrâce. Mais jusqu’au bout, jusqu’à son suicide par empoisonnement pour éviter la pendaison, après sa condamnation à mort lors du procès de Nuremberg, il n’aura de cesse que de vouloir défendre son Führer… Un livre superbe sur les ravages de l’opportunisme, du cynisme et de l’idolâtrie.

MT

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Quelle ligne pour la droite républicaine? (Pour Atlantico)

Mercredi 6 juillet, la Première ministre Elisabeth Borne présentera sa déclaration de politique générale à l’Assemblée et au Sénat. Dans un futur imaginaire où la droite se refondait et distinguait de l’actuelle majorité, quelles seraient ses intentions sur le régalien

Il est certain que la réponse aux attentes des Français sur le régalien est un enjeu crucial pour la droite dans la perspective d’une reconquête de l’opinion, en particulier sur l’autorité de l’Etat, la sécurité et la maîtrise de l’immigration.  Les propositions de réformes sont connues et elles sont apparues à maintes reprises dans les projets de LR notamment aux dernières présidentielles. L’enjeu essentiel se situe ailleurs. Il est dans la crédibilité à mettre en œuvre ces réformes et à les faire appliquer. Aux dernières élections nationales, présidentielles comme législatives, la droite n’a pas réussi à regagner la confiance de l’électorat en particulier sur le régalien. D’abord il lui faut réussir à mettre en avant une équipe assez solide et unie pour entraîner un mouvement de confiance dans le pays. Tel est évidemment le plus difficile… Sur le plan des idées, la bonne méthode est de valoriser quelques mesures phares par exemple des peines planchers pour les auteurs de violences aggravées et les récidivistes ou la lutte contre les filières esclavagistes en Méditerranée, puis de s’engager sur un calendrier resserré à les mettre en œuvre quelles que soient les circonstances.

Cette nouvelle droite aurait-elle de nouvelles idées pour refonder le système éducatif ? 

En matière éducative, la question essentielle ne me semble pas tenir au futur système ou aux institutions, ni à des modalités d’organisation. Elle est dans la définition d’un objectif fondamental : le redressement scolaire. Pour cela il faut effectuer un choix politique majeur. La droite doit rompre avec la philosophie du nivellement par le bas dans un but égalitariste. Le slogan de 80% d’une classe d’âge au niveau du bac, fondateur de toutes les politiques depuis les années 1980, est trompeur et s’est traduit par l’effondrement du niveau du bac et des études. Il faut réhabiliter l’idéal du mérite et de l’élévation par le savoir et l’intelligence. Tout est une affaire d’état d’esprit : l’excellence doit redevenir le cœur de la philosophie de l’éducation nationale. Quelques principes simples : on n’entre pas en sixième sans avoir acquis les fondements de l’écriture et de la lecture ; on n’obtient pas le bac sans la maîtrise de l’orthographe. Il faudra rehausser le niveau d’exigence des diplômes, restaurer l’enseignement des mathématiques et du latin, et la culture générale dans les concours. L’égalité des chances authentique passe par le renouveau de la notion de mérite intellectuel et non par le bradage des examens et des diplômes qui débouche sur un retour de la sélection par l’argent et les relations familiales.

Quel serait son logiciel idéologique afin de trouver sa place entre Renaissance et le RN ?

La politique moderne semble vouée à la fuite dans les excès et les coups médiatiques, la recherche du buzz à tout prix : exaltation du culte de la personnalité, communication à outrance, provocations visuelles ou verbales, petites phrases explosives autour desquelles la machine médiatique s’emballe dans de violentes crises d’hystérie. A ce jeu-là, macronisme, lepénisme et mélenchonisme triomphent.  La droite aurait tout avantage à se positionner à contre-courant de l’air du temps et à réinvestir le champ de la raison et de l’intelligence collective. Son rôle pourrait être d’offrir une alternative au glissement de la politique française dans l’exubérance, la posture, l’idolâtrie et l’hystérie. Inverser la tendance à l’aggravation de la fracture entre la France profonde devrait être la priorité absolue de la droite républicaine. Elle doit réapprendre à parler au peuple et le respecter comme l’unique souverain. Il lui faut se réorganiser autour du seul débat d’idées sur les grands sujets de préoccupation des Français dont le déclin scolaire, en se démarquant de la dérive narcissique et hystérique de la politique nationale et de toute forme de personnalisation névrotique. Elle doit porter un message simple et clair : les politiques ne sont pas des dieux de l’Olympe mais des serviteurs de la Nation. Bien sûr la voie est étroite mais le pari sur le bon sens des Français mériterait d’être tenté.

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Mon article paru dans le Figaro du 1er juillet contre l’idée d’un ralliement de la droite à la majorité présidentielle

La « droite classique » se déchire sur la question de son éventuel ralliement à la majorité présidentielle qui permettrait au chef de l’Etat de retrouver sa majorité absolue perdue à l’issue des législatives. « Si l’on s’en tient aux évidences, oui le président de la République est de droite » pouvait-on entendre sur France Inter le 19 novembre 2021. Ce point de vue, communément répandu, justifierait en soi un tel ralliement. Qu’en est-il en réalité ?

Sur le plan de la posture, les références de droite ne manquent pas. L’image qu’Emmanuel Macron s’est donnée d’un « chef de guerre », d’une autorité verticale ou jupitérienne, lui ont valu d’être plus souvent comparé à Bonaparte qu’à Léon Blum. Dans un pays profondément traumatisé par la vague d’attentats islamistes, la crise des Gilets Jaunes et l’épidémie de covid 19, cette image martiale (nonobstant quelques apparitions plus enjouées) rassure ou séduit une partie de l’opinion conservatrice.

Mais la politique ne peut pas se réduire à n’être qu’un spectacle et un jeu d’illusions. La vraie question qui mérite d’être posée est celle de l’adéquation entre la politique suivie depuis 2017 et les fondamentaux de la droite. Or, les orientations choisies et les résultats obtenus sont plutôt aux antipodes des idées et des projets qu’ont toujours défendus les Républicains et leurs alliés.

Le « quoi qu’il en coûte » du président Macron se présente comme une variante du « c’est gratuit, c’est l’Etat qui paye » prôné par son prédécesseur. La Cour des Comptes a fait état d’une augmentation de 560 milliards € de la dette publique en 2020 et 2021 (dont 140 milliards € seulement dus à la crise sanitaire), portée à 113% du PIB. Cette augmentation vertigineuse de la dette qui pèsera sur les futures générations s’est paradoxalement accompagnée d’une dégradation manifeste des services publics notamment sanitaires, dramatique pour la vie quotidienne des Français.

Sa politique éducative est dominée par une logique de nivellement par le bas : suppression des séries et des mathématiques obligatoires en première et terminale, neutralisation du baccalauréat par l’adoption du contrôle continu et du fumeux « grand oral ». Bien entendu le dernier quinquennat n’est pas seul responsable de l’effondrement scolaire français que révèlent les études internationales (PISA, TIMS), mais il a, de toute évidence, amplifié la pente.

L’effondrement industriel français a de même des causes bien antérieures à 2017. Pourtant, il s’est sensiblement aggravé en cinq ans dans un climat d’impuissance et de résignation. Ainsi, notre déficit commercial était de 109,6 milliards € en 2021, pour un excédent allemand de 179 milliards ou italien de 50,4 milliards € (Eurostat)… Et que dire du bilan social avec plus de 9 millions de pauvres selon l’INSEE, 2 millions d’allocataires du RSA et 5,2 millions de personnes encore privées de travail selon pôle emploi ? 

En deux ans de crise sanitaire, la succession des confinements bureaucratiques, dans un contexte d’état d’urgence permanent, a valu à la France la réputation « d’Absurdistan ». Pourtant, le bilan est loin d’être probant en termes de décès par million d’habitants, au regard de pays qui se sont révélés plus respectueux des libertés (Allemagne, Pays-Bas, Suède). La droite dite libérale peut-elle s’en satisfaire ?

En matière de maîtrise de l’immigration la politique des cinq dernières années, dans la ligne du quinquennat précédent, est marqué par une spectaculaire hausse des arrivées : 270 925 premiers titres de séjour et 121 554 demandeurs d’asile en 2021 (200 000 et 60 000 en 2012). Quant à l’ensauvagement de la société, il se manifeste à travers de multiples tragédies quotidiennes et l’augmentation des coups et blessures (+12% en 2021) comme les violences sexuelles (+33% en partie attribuables à « la libération de la parole »).

Qui, à droite, aurait intérêt à se solidariser d’un tel bilan, aussi contraire à ses ambitions maintes fois affichées pour le pays, sachant que rien ne permet sérieusement d’envisager un changement de cap radical du président et de ses équipes – bien au contraire ?

Et qui, à droite, partage l’approche présidentielle d’une « souveraineté européenne »? La droite a-t-elle vocation à s’aligner sur une vision de la société fondée sur un élitisme de classe (« des gens qui ne sont rien ») ; une repentance qui voue la colonisation à n’être qu’un « crime contre l’humanité » et l’histoire nationale à la « déconstruction » ou s’indignant de la prétention de « deux mâles blancs » à traiter de la question des banlieues ? 

Par leur vote des 13 et 20 juin, les Français ont clairement refusé au président Macron une majorité présidentielle absolue. 71% des Français, par défiance envers l’exécutif, se déclarent aujourd’hui satisfaits de ce résultat électoral (Elabe). Or, l’idée de « accord de gouvernement » consiste justement à tourner le dos au verdict populaire en reconstituant, par une négociation en coulisse, une majorité présidentielle absolue. Bafouer la volonté populaire par une combinaison politicienne reviendrait à violer frontalement le verdict du suffrage universel et à aggraver encore le discrédit de la parole publique qui déjà, se traduit par une abstention gigantesque.

Face au risque d’une crise financière, sociale et politique d’une extrême violence, dont la poussée inflationniste annonce les prémices, la disparition de la droite « classique » confondue avec le macronisme, priverait la France d’une espérance d’alternance démocratique. Elle ouvrirait sans doute la voie à l’arrivée inéluctable au pouvoir soit du RN soit, plus probablement, d’une gauche radicalisée sur le modèle de la Nupes. Quant à l’argument en faveur d’un accord de gouvernement pour « éviter le chaos », il relève de l’hypocrisie car rien n’empêche une droite libre de soutenir au cas par cas des projets de lois jugés nécessaires à l’intérêt général.

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Le tragique destin de M. A.

Appelez cela comme vous voulez, trahison, opportunisme, félonie ou autre ou réfutez chacun de ces mots. Toujours est-il que M. A a retourné sa veste, abandonné ses amis auxquels il devait sa carrière, pour obtenir un fromage, un poste de ministre en ralliant l’adversaire. L’argument selon lequel « ce sont ses amis qui ont changé et pas lui », celui de toutes les trahisons en politique, ne tient pas la route: quelques semaines auparavant, il était le premier à fustiger ceux des siens qui avaient rejoint la majorité macroniste. Rattrapé par son destin, il est sévèrement puni. Il a perdu à la fois son poste de ministre, sa position de leader politique et son honneur. Tel est dans tous les domaine de la vie, le sort de la plupart de ceux qui changent de camp. On a le droit de changer d’avis, d’évoluer dans ses idées. On n’a pas le droit de trahir pour un fromage. Il fallait bien qu’il paye tôt ou tard. Lui même est finalement assez chanceux que sa punition ait été si rapide. Pour d’autres, qui en apparence s’en sortent mieux, elle sera d’autant plus sévère qu’elle aura pris plus de temps. La vie est comme un chat de gouttière qui joue longuement avec sa proie avant de la broyer. En outre cette affaire donne une image particulièrement glauque de la politique et elle donne même raison aux 54% d’abstentionnistes. Quoi, se déplacer pour des mecs pareils? Dramatique pour la démocratie française.

MT

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« Droite émissaire »

Les mots droite et gauche ne veulent pas dire grand chose selon moi. Ces notions sont très relatives dans le temps, ainsi l’idée de nation était une idée de gauche, voire d’extrême gauche jusqu’au début du XXème siècle, avant de passer plutôt à droite. Et ce constat est valable pour beaucoup de choses (les notions de peuple, de liberté, etc.) La gauche qui a favorisé la colonisation (Jules Ferry, Gambetta) est devenue anti colonialiste) l’histoire coloniale étant défendue par la droite qui lui était plutôt défavorable au XIXème siècle. La gauche a repris à son compte le post-frontiérisme, l’argent roi, l’ultra narcissime alors qu’elle était autrefois collectiviste. On est bien d’accord: tout cela ne vaut pas dire grand chose car tout est relatif dans le temps.

Je parle de « droite » par convention, pour qualifier un courant politique qui traverse les deux derniers siècles. Dans l’Entre-deux-Guerres, ce courant s’appelait communément les « Modérés » plutôt que la Droite. Le nom du parti était « l’Alliance démocratique » dont les leaders étaient Poincaré puis Tardieu. En 1945, ce courant s’est identifié au Général de Gaulle. Il s’est recomposé entre MRP (parti de la fidélité) et les Indépendants (conservateurs). Puis après 1958, il s’est confondu avec le gaullisme et ses nuances pompidolienne puis giscardienne. Voici pour une très brève historique. Tout cela pour dire que je préférerais une autre appellation que « droite » mais c’est le terme qui s’impose aujourd’hui.

Ce courant se caractérise sur le principe, par quelques traits qui le distinguent à la fois de la gauche socialiste, écologiste et communiste et de la droite nationaliste maurrassienne: le libéralisme économique (au sens du respect de l’entreprise, de la concurrence et des équilibres financiers nationaux, la rigueur de la gestion des comptes publics), l’attachement à une Nation ouverte sur le monde et sur l’Europe (ce qui ne signifie pas forcément européisme au sens de bureaucratique), l’intransigeance sur l’autorité de l’Etat et l’ordre public (sécurité, maîtrise de l’immigration et des frontières), la priorité absolue à la préparation de l’avenir par l’excellence scolaire et le mérite, le prestige de la France dans le monde, la défense rigoureuse des libertés… Je parle ici des principes.

Voilà, ce courant est gravement malade aujourd’hui, pour avoir perdu ses repères et sa boussole. Il est victime de multiples lâchetés, renoncements, trahisons. Il est donc en perdition. Il s’est trop fourvoyé idéologiquement, écartelé entre les extrémismes, et se laissant intimider par les idéologies dominantes. Fondé sur une vision de la politique qui s’ancre dans le réalisme économique et social, il est débordé par le naufrage de la politique dans la grande esbroufe hystérique, qu’elle s’exprime sous la forme l’ivresse narcissique ou la démagogie extrémiste sous toutes ses formes au détriment du bien commun.

On n’a le droit de le haïr, de le détester, de le maudire, de le vomir. C’est presque normal. Malgré son état de grave délabrement, il reste le dernier grain de sable qui empêche la monopolisation totale de la politique française par les trois formes de démagogie hystérique: l’exaltation narcissique comme cache-sexe du chaos et de l’échec et le retour des utopies totalitaires nationalistes et marxisantes qu’on croyait éradiquées en France.

En revanche, on a le droit aussi d’essayer de résister à la propagande qui déferle, issus notamment de ces courants extrémistes qui rêvent de l’achever. L’idée que cette droite dont je parle est la seule ou principale responsable de l’élection de M. Coquerel à la présidence de la commission des finances s’est imposée comme une trainée de poudre dans tout le pays. Or, cette idée est mensongère.

Il suffit de regarder la composition de la fameuse commission au moins pour se poser la question. Elle est composée de 73 membres au total. LR en avait 8. Le RN avait 11 membres. Le parti présidentiel en avait 32. La Nupe en avait 21 et il restait en plus M. de Courson (centriste). La majorité présidentielle, fortement dominante, a refusé de prendre par au vote soi disant par un principe républicain totalement imbécile et qui n’est gravé nulle part et n’a aucune existence solide. Ponce Pilate se lavait ainsi les mains. M de Courson, ne voulait en aucun cas se salir en mêlant ses voix à celle du RN. Dans ces conditions, même au pire, en mêlant artificiellement les voix RN et LR, il était mathématiquement impossible d’éviter l’élection de M. Coquerel. Faire de ces 8 membres LR (sur 73 membres), les principaux voire seuls responsables de cette issue dramatique – comme beaucoup de personnes en sont persuadées – est mensonger.

Une confidence? Je n’ai jamais eu de carte LR et n’ai jamais foutu les pieds au siège de ce parti (ni d’aucun parti), sauf une fois pour une opération de promotion d’un livre. Je me moque du parti LR et je souhaiterais d’ailleurs qu’il se transforme complètement à commencer par son nom. Je trouve juste qu’en dehors de la poignée de félons qui l’ont abandonné pour un fromage (et d’ailleurs, certains en payent chèrement le prix, comme tous les traitres finissent mal tôt ou tard), les hommes et femmes qui continuent à défendre ce courant politique en voie de marginalisation en ce moment, malgré les trahisons, les mensonges, l’avalanche de propagande, les catastrophes électorales, la déferlante des haines extrémistes, ont au moins ce mérite. Et mon espoir, modeste il est vrai, mais espoir quand même, est que dans le chaos politique, économique, social, l’explosion de violence inévitable, c’est à eux que l’avenir donnera raison, comme ces résistants fidèle qui ne sont qu’une poignée à l’origine à ne pas céder, avant que le cours de l’histoire tourne en leur faveur.

MT

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Article dans le Figaro du 01/07

Ici, l’article dans le Figaro:

Sur le plan de la posture, les références de droite ne manquent pas. L’image qu’Emmanuel Macron s’est donnée d’un «chef de guerre», d’une autorité verticale ou jupitérienne, lui a valu d’être plus souvent comparé à Bonaparte qu’à Léon Blum. Dans un pays profondément traumatisé par la vague d’attentats islamistes, la crise des «gilets jaunes» et l’épidémie de Covid-19, cette image martiale (nonobstant quelques apparitions plus enjouées) rassure ou séduit une partie de l’opinion conservatrice […] Mais la politique ne peut pas se réduire à n’être qu’un spectacle et un jeu d’illusions. La vraie question qui mérite d’être posée est celle de l’adéquation entre la politique suivie depuis 2017 avec les fondamentaux de la droite. Or, les orientations choisies et les résultats obtenus sont plutôt aux antipodes des idées et des projets qu’ont toujours défendus Les Républicains et leurs alliés.

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Sur l’avenir de la droite dite « classique » ou « de gouvernement » (Pour Atlantico)

Le président Macron a exclu LFI et le RN d’un accord de gouvernement en estimant que ces deux partis « n’étaient pas des partis de gouvernement ». Pourtant, selon l’article 3 de la Constitution, les représentants de la Nation (députés et sénateurs) ont pour mission d’exprimer la souveraineté nationale. Chaque député, individuellement, est un représentant de la Nation, nonobstant sa couleur politique. Il est détenteur d’une fraction de la souveraineté sur un strict pied d’égalité avec les autres membres de l’Assemblée nationale. Dans un Parlement éclaté où le RN comme LFI disposent d’une forte représentation de 89 ou 72 sièges, une exclusion morale de ces deux partis, qui sont des partis reconnus comme légaux, n’aurait aucun sens : elle revient à traiter une grande partie de l’électorat qui les a élus en paria. La donne a changé : on ne peut plus traiter des forces électorales aussi importantes et représentant une si grande partie de l’électorat avec des cordons sanitaires.

Le lepénisme constitue depuis quatre décennies une sorte de repoussoir, ou d’épouvantail de la vie politique française. L’obsession des partis politiques de droite est de ne pas être assimilé à cette formation considérée comme diabolique du fait de son identité, de son histoire, de la place qu’y joue une famille. François Mitterrand, à l’époque président de la République, a toujours manœuvré pour en assurer la promotion et piéger ainsi la droite classique. Les calembours de son créateur ont fortement contribué à le diaboliser. Ainsi, pendant des décennies, la droite classique a laissé au FN/RN le monopole de questions politiques pour éviter le risque d’être assimilé à ce parti : l’immigration, la sécurité, la Nation face à l’Europe. Où quand elle se hasardait à le faire, la gauche morale avec le concours des médias l’accusait de lepénisation, donc de connivence avec « le mal absolu ». Quarante ans de diabolisation et de cordon sanitaire ont profité au RN qui n’a jamais été aussi puissant, avec deux fois de suite, une candidate au second tour des présidentielles et désormais 89 députés.

Le RN a conquis une partie de la place de la droite classique sur l’échiquier politique. Les défauts congénitaux du RN, sa démagogie, ses provocations, son népotisme familial se retournent en sa faveur. Une partie du pays, ancrée dans le rejet du « Système », s’est identifiée à sa gouaille antisystème. Déchirée entre la macronie et le parti lepéniste, la droite a ainsi perdu sa place de grande force de gouvernement ou d’alternance et se trouve réduite à n’être plus qu’une minorité à l’Assemblée nationale avec 69 députés. Il faut dire la vérité : elle a largement perdu la confiance du peuple. A force de vouloir coller au politiquement correct, sur la crise sanitaire, sur l’Europe, sur la nation, l’école, la sécurité ou les sujets migratoires, sur les services publics, elle a oublié de parler au peuple et s’est déconnectée de la France profonde. La manière dont elle a stupidement approuvé certaines mesures liberticides, inutiles et de pure gesticulation lors de l’épidémie de covid 19 –  destinées à « emmerder les non vaccinés » – est exemplaire de cette soumission à l’air du temps qui a fait sa perte.

Le défi, pour la droite classique, c’est de réapprendre à s’adresser au peuple, à ses propres électeurs, mais aussi à ceux qui sont partis au RN ou chez Eric Zemmour et l’immense masse des abstentionnistes, le plus grand parti de France avec la majorité absolue de 54% ! Pour regagner la confiance, elle doit redevenir un mouvement populaire sans céder à l’intimidation et la peur d’être qualifiée de « populiste ». Il lui faut cesser d’être obsédé par les autres, le macronisme ou le lepénisme et tracer sa propre voie en s’adressant au peuple. La droite a un nouveau style à adopter, celui de responsables politiques qui ne sont rien d’autre que les serviteurs de la Nation et qui arrêtent une fois pour toute de se prendre pour des dieux de l’Olympe. Il lui faut se définir comme étant aux antipodes de toute forme d’arrogance jupitérienne, mais au contraire attachée au respect intransigeant du peuple – l’unique souverain. La réhabilitation de la démocratie doit être au centre de ses préoccupations par le recours au référendum et à la démocratie de proximité (communale). Un discours sobre de vérité doit se substituer à la fuite dans l’esbroufe quotidienne. C’est à l’écoute du pays profond qu’il lui revient de fonder son discours sur les grands thèmes de l’époque, la dette publique, la question sociale, la lutte contre le chômage et la pauvreté, l’école, la sécurité, la maîtrise des frontières, les services publics vitaux pour la vie quotidienne, la réforme de l’Europe.

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Le marchands de mépris

L’une des grandes figures du mouvement les Insoumis, a traité le président Macron de « chef de rayon chez Carrefour« . Il a ainsi déclenché un tollé du côté des partisans ou admirateurs de l’occupant de l’Elysée qui s’offusquent d’une telle comparaison: #R traite #Macron de « chef de rayon chez Carrefour. » C’est la énième insulte ou provocation adressée au #Président par les amis de #Melenchon . Sont-ils à la hauteur du débat #démocratique et des enjeux majeurs qui se profilent à l’#AssembléeNationale ? #NupesMarcheDeDupes. La polémique en dit long sur l’état mental d’une partie de la France dite « d’en haut ». De la part du (soi-disant) Insoumis, utiliser « chef de rayon chef Carrefour » comme une insulte montre le dédain de la France populaire. Et de la part des macronistes, s’indigner que leur idole puisse être comparé à un chef de rayon montre la puissance de l’idéologie du mépris, envers ceux qui, à leurs yeux, « ne sont rien », les « Gaulois réfractaires », « ceux qui ne peuvent même pas se payer un costume », bref « les sans dents ». C’est toute une conception du monde qui est à l’œuvre. La société se partagerait entre les lumières de l’esbroufe médiatique et du Grand-Guignol politicien d’une part et les ténèbres de la banalité, de l’humilité, du quotidien laborieux et anonyme d’autre part. A cet égard, la gauche morale, sous ses habits gauchisants, et l’arrogance macronienne, issus des mêmes origines idéologiques, se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Et si un chef de rayon chez Carrefour, qui bosse huit heures par jour et cinq jours par semaine pour 2300 euros nets mensuels, dans des conditions difficiles, et qui aime son métier, permet à des milliers de personnes de se nourrir chaque jour, et se lève tôt le matin pour faire vivre sa famille, et si un chef de rayon chez Carrefour avait (au moins) autant de mérite, autant d’importance, autant de valeur que n’importe quel dirigeant politique ou n’importe quel roitelet au monde, vaniteux sur son trône? Mais comment voulez-vous faire comprendre cela à des imbéciles?

MT

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Un pouvoir gravement déstabilisé

« Le président de la République, qui a chargé Elisabeth Borne de bâtir «un nouveau gouvernement d’action», a annoncé pouvoir aller «des communistes aux LR» mais a d’office exclu la France Insoumise et le Rassemblement national [car] ces formations ne s’inscrivent pas comme des partis de gouvernement. »

L’exclusion a priori de deux partis politiques fortement représentés à l’Assemblée est un exercice douteux au regard des principes fondamentaux de la démocratie française qui se traduisent dans la Constitution. Selon son article 3, les représentants de la Nation (députés et sénateurs) ont pour mission essentielle d’exprimer la souveraineté nationale. Chaque député, individuellement, est un représentant de la Nation, nonobstant sa couleur politique. Il est, d’un point de vue formel, institutionnel ou juridique, du fait même de son élection, le détenteur d’une fraction de la souveraineté à égalité avec les autres membres de l’Assemblée nationale. .

Le président, en tant que gardien des institutions, au-dessus de la mêlée, ne peut donc pas jeter l’anathème sur une partie des députés, avant même qu’ils n’aient commencé à siéger, en les privant indirectement – à travers leur exclusion de toute vocation à exercer le pouvoir contrairement aux autres – d’une partie de leur légitimité démocratique issue des urnes. Selon l’article 4, les partis politiques doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. Dès lors, s’ils ne sont pas dissous ou interdits et s’ils ont été autorisés à prendre part aux élections, avant d’entrer au Parlement, ils sont présumés répondre à ces critères.

D’ailleurs, l’idée de contrat de gouvernement avec une partie (présumée fréquentable) de l’Assemblée nationale est elle-même discutable. Le rôle du Parlement est de voter la loi, contrôler l’action du gouvernement et de l’évaluer (article 24). L’enfermement d’une partie de l’Assemblée nationale dans un pacte avec l’exécutif heurte frontalement la Constitution (quel contrôle possible si on est lié par un contrat de gouvernement?) et le principe fondamental de la Séparation des pouvoirs (Montesquieu).

Il faut voir dans ce réflexe une survivance de la logique d’un Parlement servile du fait d’une majorité présidentielle absolue et de députés godillots qui a prévalu jusqu’aux dernières législatives. La logique de l’ancien système s’était notamment traduite avant les élections par la signature d’une « charte de gouvernement » entre l’exécutif et les candidats de sa (présumée) future majorité, par laquelle ils s’engageaient à soutenir ses projets de loi. On n’a jamais assez dit à quel point ce procédé est inconstitutionnel et antirépublicain, violant de plein fouet le principe selon lequel les représentants de la nation sont libres de leur vote (Tout mandat impératif est nul article 27). Aujourd’hui, le pouvoir voudrait perpétuer cette mise sous tutelle à une majorité redéfinie…

Dimanche dernier, par leur vote, les Français ont clairement condamné cette dérive. Il est invraisemblable que le pouvoir ne le sente pas, ne le comprenne pas. En s’accrochant désespérément aux vestige d’un régime en cours d’effondrement, le pouvoir politique ne fait lui-même que s’enfoncer dans le chaos.

MT

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L’idée même d’un « pacte de gouvernement » LR-Ensemble méprise la volonté populaire

L’idée, agitée par quelques individualités de droite, d’un pacte de gouvernement entre Ensemble (la majorité présidentielle) et la soixantaine de députés de droite (LR et alliés) pour rendre au chef de l’Etat une majorité absolue à l’Assemblée, méprise frontalement la volonté populaire. 71% des Français sont satisfaits qu’il n’y ait pas de majorité absolue à l’Assemblée nationale, selon un sondage Elabe pour BFM et l’Express. Et cette étude est confirmée par de multiples enquêtes d’opinion et corrobore un vaste courant de satisfaction que l’on ressent partout dans le pays.

C’est en effet dans le cadre d’un large consensus que les Français ont choisi cette option par un geste de défiance envers l’exécutif. Ils ont voulu mettre fin à la présidence dite « Jupiter ». Or, l’idée de pacte de gouvernement consiste justement à tourner le dos à ce verdict populaire en reconstituant, par voie de négociation interne à la classe politique une majorité présidentielle absolue. Bafouer la volonté populaire, aussi clairement exprimée dans les urnes, par une combinaison politicienne telle qu’un « contrat de gouvernement » entre Ensemble et LR, reviendrait à violer frontalement le verdict du suffrage universel et à aggraver encore le discrédit de la parole publique et la fracture démocratique entre le peuple et ses représentants qui déjà, se traduit par une abstention gigantesque (54% aux législatives!).

Un tel pacte de gouvernement aboutirait de fait, pour LR, à endosser le bilan du premier quinquennat, la dette publique à 3000 milliards, le vertigineux effondrement scolaire, les politiques sanitaires aussi inefficaces que liberticides, l’accélération du déclin industriel, le désastre sécuritaire, etc. Ce choix équivaudrait à enchaîner le destin de la droite à un nouveau quinquennat dont tout laisse penser qu’il conduit le pays à l’abîme. Il aurait pour effet de laisser le monopole de l’opposition aux formations radicalisées, en guerre idéologique, mais dont les propositions rivalisent de démagogie. Quel plus magnifique cadeau pourrait faire la droite au RN que de disparaître absorbée dans la macronie! Alors que s’ouvre sans doute une ère de crise financière, économique, sociale et politique d’une extrême violence, la disparition de la droite « classique » qui serait alors avalée par « Ensemble » et discréditée, priverait la France d’une espérance de relève démocratique (que pourrait représenter une droite libre) et d’échapper au naufrage. Elle ouvrirait sans doute la voie à l’arrivée inéluctable au pouvoir d’une alliance de gauche radicalisée sur le modèle Nupes.

Quant à l’argument en faveur d’un pacte de gouvernement pour éviter le chaos, il relève de la parfaite hypocrisie. Car rien n’empêche le cas échéant une droite indépendante du gouvernement d’approuver au car par cas des projets de lois nécessaires à l’intérêt général en conditionnant son soutien à l’approbation de ses amendements. La seule question est de savoir si l’opposition LR doit se soumettre à la macronie en entrant dans une combinaison ministérielle pour une poignée de maroquins. Le véritable choix est entre la soumission à un pouvoir qui depuis 5 ans, ne cesse d’humilier et de dépecer la droite et la résistance au nom de l’intérêt supérieur de la France.

MT

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Si ce n’est pas une crise de régime, ça lui ressemble

Odoxa Backbone Consulting pour Le Figaro: 83% des Français jugent qu’Emmanuel Macron ressort affaibli de ces élections et 76% estiment qu’il sera empêché de mettre en œuvre son programme. 70% des sondés affirment que le chef de l’État porte lui-même la responsabilité de cette situation politique. Lors de son allocution télévisée, il est resté fidèle à cette image revendiquée de président Jupiter, balayant d’un revers de main une réalité qui se dérobe. Lui s’en tient à ce qu’il considère comme sa légitimité issue de son élection d’avril dernier. Mais la France profonde a le sentiment de n’avoir pas eu de véritable choix à l’occasion de cette élection présidentielle ressentie comme tronquée pour mille raisons. L’incompréhension entre le pays et l’Elysée a des racines anciennes qui remontent aux années 1990, mais elle atteint en ce moment une forme paroxystique à travers le personnage de l’actuel chef de l’Etat qui concentre dans son image tout ce que le pays ne supporte plus. Le paradoxe est terrifiant car tout ce passe comme si le peuple venait de le réélire, avec sa personnalité désormais bien connue – dont l’arrogance est le masque d’une fragilité intérieure – dans le but inconscient de se le donner en pâture. Le séisme était prévisible depuis bien des années : 29 mars 2017, sur « L’inévitable changement de régime: Nous sortons quoi qu’il arrive du présidentialisme. Il faut avoir la lucidité de l’admettre, même si c’est douloureux pour nos esprits intoxiqués par la personnalisation du pouvoir. Mais pour trouver quoi? Nous sommes face à deux possibilités: soit l’émergence d’une majorité nette au Parlement, qui pourra permettre à un Premier ministre et à un Gouvernement, sous son contrôle, de gouverner pendant plusieurs années et de réformer le pays; soit un délitement complet de l’Assemblée nationale, le chaos jusqu’au bout, un émiettement comparable à celui de la IVe République sur sa fin, dominé par l’impuissance et l’instabilité gouvernementale ». Avec cinq ans de décalage, nous y sommes! Mais la pire erreur serait de croire qu’un système mieux équilibré est en train de naître en ce moment. La nouvelle donne, qui ne présente aucune perspective de gouvernement stable, risque de se traduire par une fuite encore aggravée dans l’hystérie et le Grand Guignol narcissique au détriment de l’action et du bien commun. La crise de régime entre un exécutif hors sol et profondément détesté par le pays et une Assemblée en miettes est réelle, profonde, dramatique, sans issue apparente aujourd’hui et annonce probablement une explosion de violence dans les mois à venir.

MT

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Entretien avec M. Denis Daumin, de la Nouvelle République du Centre-Ouest

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Le paradoxe français ou l’arrogance reflet inversé de la décomposition

Les historiens le diront peut-être un jour. Le déclin français s’exprime de longue date sous des formes nombreuses: effondrement éducatif et intellectuel (le plus tragique), industriel, sécuritaire, financier, fragmentation d’une société de plus en plus violente et haineuse en permanence au bord de la guerre civile, etc. Il faut beaucoup d’aveuglement pour ne pas le sentir. L’explosion de la société française se traduit désormais dans la politique. C’est une erreur de voir dans l’issue des dernières législatives un retour heureux (et évidemment souhaitable) à un régime parlementaire équilibré. Pas du tout. C’est autre chose qui se passe: une étape supplémentaire dans la décomposition du pays avec l’arrivée en masse à l’Assemblée de mouvements extrémistes et ultra-démagogiques qui vont violemment s’affronter et se haïr dans un climat toujours plus grand Guignol plutôt que de travailler au redressement national et aggraver ainsi le discrédit du Parlement plutôt que de permettre le renforcement de celui-ci. En face, l’arrogance jupitérienne est le reflet inverse de cette désintégration accélérée. Les coups de menton autoritaires, l’autosatisfaction et les éclairs morgueux sont le signe imparable du désarroi et de l’impuissance. La fuite dans le grand spectacle narcissique est la compensation d’un effondrement collectif et personnel. Et le mythe du chef autoritaire, guide de la France, le pur produit de la faiblesse et de la désintégration. Nous sommes sur une pente de plus en plus vertigineuse. Mais qui peut ne pas s’en rendre compte?

MT

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Législatives, entre jubilation et chaos (pour Atlantico avec M. Sébastien Laye)

Les législatives ont débouché sur une situation inédite où le « cercle de la raison » qu’à pu incarner le macronisme s’est retrouvé majoritaire mais loin d’avoir une majorité.  Les Français viennent-ils de mettre un coup d’arrêt au phénomène de dépolitisation massive observé ces dernières années ?

Il est certain que le résultat des législatives est une énorme surprise. La plupart des experts s’attendaient, comme lors de toutes les élections législatives suivant une présidentielle depuis 1981, à un vote de routine et de simple confirmation des présidentielles dans l’indifférence et la résignation absolue du pays. Or, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. Un véritable séisme politique vient de se produire. Les élections législatives de 2022, par rapport à toutes celles qui se sont déroulées dans le passé, ont pris un sens politique. Les électeurs ont voulu sanctionner le président de la République et tout ce qu’il incarne. Auparavant, les élections présidentielles avaient été neutralisées : au prix d’un spectaculaire matraquage médiatique, d’une succession de tragédies (Covid19, Ukraine), et de l’absence de tout débat lors de la campagne, les Français ont eu le sentiment que cette élection présidentielle leur avait été volée. Ils se sont rattrapés lors des législatives en utilisant cette occasion pour sanctionner le pouvoir. Cela dit, il ne faut sans doute pas exagérer l’effet « retour à la politique » : avec 54% d’abstentionnisme, ce serait bien présomptueux !


La prétention à la résolution des problèmes par l’expertise technocratique dépolitisée et l’évacuation du débat des problèmes liés à la mondialisation, de la financiarisation du capitalisme ou de l’immigration, par exemple, ont-elles fini par lasser les Français ?

Sans aucun doute ! Et à ce sujet, le scandale McKinsey a probablement marqué les esprits des électeurs. Le vote des législatives peut s’interpréter comme une revanche des Gilets Jaunes. Il faut bien voir que les vainqueurs de ce scrutin sont les mouvements dits « antisystème », la NUPES de Jean-Luc Mélenchon et le RN de Marine le Pen. Le premier notamment a appelé à désobéir à l’Europe, donc aux directives et règlements de Bruxelles. Les socialistes et les écologistes, ralliés à la NUPES se sont placés sous l’aile du tribun Jean-Luc Mélenchon. En d’autres termes, ce résultat reconstitue la victoire du « non » au référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Il faut y voir un succès du « populisme » contre les élites dirigeantes politiques, financières, médiatiques. L’effet de soufflet a été particulièrement puissant du fait de la personnalité du président récemment réélu. A tort ou à raison, son personnage incarne aux yeux de nombreux français, l’arrogance et la déconnexion des élites dirigeantes. Cet effet d’incarnation est particulièrement mobilisateur pour les courants protestataires.

Dans quelle mesure le moment est similaire à ce qu’ont connu l’Italie avec la coalition mouvement cinq étoiles/Salvini ou les États-Unis avec l’élection de Trump ou le Royaume-Uni avec le Brexit ?

Dans tous ces mouvements (cinq étoiles/Salvini, élection de Trump ou Brexit) se retrouve en effet la contestation du « Système » ou de « l’Establishment » bref des élites politiques, économiques, financières ou médiatiques ainsi que le rejet de la mondialisation. La fracture démocratique ou le sentiment d’une rupture entre la bourgeoisie dominante et le peuple frappé par l’exclusion le chômage, l’insécurité ou l’immigration, parfois la misère, est un phénomène qui touche l’ensemble du monde occidental. Il s’exprime de manières différentes d’un pays à l’autre. Il me paraît évident que le résultat des législatives françaises de 2022 est de la même nature, relève du même réflexe antiélitisme et anti-mondialisation, même si ses deux bénéficiaires, la NUPES et le RN, paraissent opposés, l’un insistant sur la condamnation du capitalisme international et l’autre sur l’immigration.

 Aucun de ces pays n’a véritablement réussi à transformer ces moments de rupture en nouvelle offre politique adaptée au monde du XXIe siècle. La France est-elle mieux armée que les autres pour réussir quelque chose de ce point de vue… ?

Ah non, la France n’est pas mieux armée pour réussir quelque chose de ce point de vue. En comparaison avec Cinq étoiles ou Trump, la situation en France des mouvements antisystème relève à ce stade de la cause perdue. Les deux premiers, en Italie et aux Etats-Unis ont eu leur chance au pouvoir, qu’ils n’ont pas réussi à saisir durablement. En revanche, en France, les mouvements dits « populistes », ne tiennent rien de précis. Ils sont profondément divisés par des haines aussi idéologiques qu’instinctives, entre la NUPES et le RN. La NUPES elle-même n’est qu’une alliance de circonstance entre des mouvements très disparates qui commencent déjà à se déchirer. Et que proposent-ils en dehors d’un catalogue de mesures ultra-démagogiques ? Leur triomphe aux législatives est illusoire. Il est purement négatif destiné à priver le chef de l’Etat et l’équipe au pouvoir de leur capacité à mener certaines réformes comme celle, annoncée, des retraites. Mais de ce scrutin ne ressort rien de positif, ou constructif. Le chaos de la société française, l’archipel français, la fragmentation du pays, la montée des haines, de l’extrémisme et de la violence viennent d’entrer en masse à l’Assemblée nationale, par réaction contre la morgue et la déconnexion des élites. En soi, c’est une bonne chose que les tensions qui déchirent la société s’expriment au grand jour au Parlement. Mais pour l’instant, rien ne laisse espérer que tout ceci puisse déboucher sur une esquisse de redressement du pays.

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Le séisme politique (pour Figaro Vox)

« Ce serait un cauchemar » déclarait sur Europe 1, le 16 juin, un parlementaire proche du président Macron à propos du risque pour ce dernier de perdre la majorité absolue à l’issue des législatives de 2022. Le scénario qui vient de se réaliser dépasse le pire des cauchemars de l’équipe au pouvoir avec un nombre de députés macronistes bien plus faible qu’annoncé par les sondages avec un peu plus de 200 députés et très éloigné de la majorité absolue.

Ce geste de défiance, intervenant juste après une élection présidentielle, est sans aucun précédent dans l’histoire politique. Certes après la réélection de François Mitterrand en 1988, le parti socialiste avait échoué à atteindre le seuil fatidique, mais il le frôlait et bénéficiait du soutien d’une frange de centre-gauche ralliée à son Premier ministre Michel Rocard. La situation est aujourd’hui infiniment plus dramatique pour le chef de l’Etat.

Pire : depuis la réduction de sept à cinq ans du mandat présidentiel en 2000, tous les chefs de l’Etat ont bénéficié d’une confortable majorité : Jacques Chirac en 2002, Nicolas Sarkozy en 2007, François Hollande en 2012 et Emmanuel Macron en 2017. Tel était l’un des fondements du régime présidentiel issu de l’adoption du quinquennat : le peuple français après avoir choisi le président de la République, lui « donnait » systématiquement une majorité pour gouverner. Ainsi, l’échec du président Macron à obtenir une majorité absolue constitue un tournant dans le fonctionnement du système politique français. Faut-il y voir l’entrée du chaos à l’Assemblée nationale à l’image des IIIème et IVème république finissantes, ou le retour à une démocratie parlementaire digne de ce nom?

C’est un pays déboussolé qui vient de réélire un chef de l’Etat juste avant de lui couper les ailes.  En vérité, cette révolution par les urnes porte à son paroxysme la décomposition politique française. Dans un contexte de désintérêt, d’indifférence et d’abstentionnisme record, elle traduit l’aggravation vertigineuse de la fracture démocratique, le divorce croissant entre la Nation et ses dirigeants. Le message est clair : le président de la République a été élu par défaut en l’absence d’une autre solution acceptable, surtout au second tour de l’élection présidentielle. Désormais, le pays lui refuse sa confiance mettant ainsi fin au mythe de la république jupitérienne. Le dernier quinquennat a sublimé un mode d’exercice de la fonction élyséenne qui consiste à couvrir les déceptions, les échecs et les malheurs collectifs voire les catastrophes sous une débauche de communication narcissique et de provocations. Aux législatives, les Français ont clairement voulu sanctionner cette dérive.

La défiance s’est principalement exprimée dans le vote en faveur de NUPES (environ 150 députés) mais aussi du Rassemblement national (près de 90 députés) qui effectue une entrée historique à l’Assemblée nationale.

Dans le monde de la politique spectacle outrancière, où le sensationnel écrase la raison collective, tout se passe comme si les Gilets Jaunes avaient ainsi pris leur revanche dans les urnes, trois ans après l’échec de leur mouvement dans la rue et le mépris dont ils se disent avoir été les victimes. Déjà Jean-Luc Mélenchon se posait en leader spirituel de ce mouvement : « Macron avait dit, qu’ils viennent me chercher ! c’est fait » tonnait-il le 17 novembre 2018. Symboliquement, l’échec du chef de l’Etat et la poussée conjointe de la NUPE et du RN se présentent comme une victoire des forces dites « anti-systèmes ».  Le geste de défiance semble dirigé contre le président de la République et plus généralement contre l’arrogance des élites dirigeantes envers les milieux populaires, la France dite périphérique, le peuple des ronds-points. Il renvoie à la fois au « non » au référendum sur la Constitution européenne en 2005 et à l’esprit initial du mouvement des Gilets Jaunes. C’est un vote populaire dirigé contre le dit « Système », un vote de revanche.

La nouvelle Assemblée fragmentée, à l’image de la France, s’annonce ainsi chaotique. Un système politique que les experts jugeaient invulnérable est désormais rattrapé par le chaos de la société française. Cette issue achève une Vème République déjà moribonde. Elle rend quasi-impossible les réformes annoncées par l’exécutif (en particulier en matière de retraites) et fragilise fortement tous les gouvernements qui seront nommés par le président Macron et vivront sous la menace permanente d’une motion de censure.

Dans ce contexte, la droite dite « classique » ou de « gouvernement » qui conserve un nombre de députés significatifs, a une carte évidente à jouer. Moins affaiblie que les sondages ne l’avaient annoncé, elle peut exercer demain un rôle charnière dans la nouvelle assemblée, en tant que « troisième voie » entre la majorité relative d’Emmanuel Macron et les formations radicalisées que sont la NUPES et le RN. Elle pourra notamment être amenée à voter, après avoir imposé ses conditions, d’éventuels projets de loi gouvernementaux conformes à l’intérêt du pays.

Mais, ce positionnement se conçoit uniquement sous réserve de rejeter le piège d’une soumission à l’exécutif qui la ferait apparaître dans un rôle de supplétif, indigne et suicidaire puisque liant son destin à celui d’un quinquennat mort-né. Les électeurs de LR ont, eux aussi, voulu sanctionner sévèrement l’expérience macronienne.  Ce serait trahir leur volonté que d’entrer dans une logique de contrat de gouvernement. Bien au contraire, à la veille d’une période profondément troublée sinon chaotique et violente, la capacité d’une droite, même minoritaire, à incarner de nouveau la relève, dépend de la fermeté avec laquelle elle exercera sa mission d’opposition éclairée, aussi bien envers le pouvoir présidentiel qu’envers les excès prévisibles d’autres formations.  

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Articles de presse sur ma biographie de Georges Bidault

Une trêve dans l’actualité politique: voici quelques-uns des articles de presse parus au sujet de ma biographie de Georges Bidault publiée par les éditions Perrin, sortie en librairie en mars dernier:

« Un héros Shakespearien: Qui connaît encore Georges Bidault ? Que Maxime Tandonnet, haut fonctionnaire et historien, soit remercié de l’avoir tiré du purgatoire, ou plutôt de l’enfer » (Jean-Marc Bastière, le Figaro Littéraire, 02 mars 2022)

« Figure du pestiféré: Historien et haut fonctionnaire d’origine bordelaise, Maxime Tandonnet se passionne pour les oubliés ou les pestiférés de l’histoire politique française. Autant dire que Georges Bidault lui tendait les bras […] Cette biographie érudite se lit comme un roman » (Benoît Lasserre, Sud Ouest 9 mars)

« Il succéda à Jean Moulin, et fut l’une des grandes figures de la IVe République […] Son attachement à l’Algérie Française fit de lui un paria, un oublié. Merci à Maxime Tandonnet pour cette passionnante et nécessaire biographie de Georges Bidault (Guillaume Tabard, du Figaro 13 mars sur Twitter)

« En lisant la solide biographie que Maxime Tandonnet consacre à Georges Bidault, on comprend très vite que cette grande figure politique devrait figurer au panthéon Républicain  »  (Frédéric le Moal, le Littéraire, 27 mai)

« Une biographie passionnante de Georges Bidault retrace le parcours hors norme de ce démocrate-chrétien, successeur de Jean Moulin à la tête du Conseil national de la Résistance, personnalité décisive de la IVème République puis opposant à de Gaulle sur le dossier algérien » (Philippe Maxence, Valeurs Actuelles, 9 juin)

« Laquelle de ses deux vies faudra-t-il retenir, laquelle donnera plus de sens à son existence ? Confronté à ce dilemme, Maxime Tandonnet a cherché une cohérence aux deux vies de Georges Bidault » Marie-Danielle Demelas, Causeur, 19 avril 2022)

« Bidault l’intransigeant. Ce sont les ressorts complexes de l’engagement politique que met à jour Maxime Tandonnet dans cette biographie subtile de Georges Bidault » (Le Figaro Magazine, 29 avril)

« Un ouvrage lumineux sur Georges Bidault » (Figaro Vox 7 juin)

« Un professeur d’histoire: quelle vie ! Alors qu’il a joué un rôle absolument majeur dans la politique française des années 1940-1960, Georges Bidault est passé de la lumière à l’ombre en 1962 et est presque devenu aujourd’hui un inconnu du grand public. Un parcours étonnant, une vie d’engagement au cœur des drames de la France du XXe siècle. Une belle et solide biographie ». (Rémy Porte, Revue Guerres et conflits 28 avril)

« Vie d’un héros réprouvé: Une vie tragique au fond, bien restituée par cette biographie de Maxime Tandonnet. » Bojum, Sylvain Bonnet 22 avril

« Maxime Tandonnet dresse le portrait à la fois politique et intimiste de cet illustre inconnu, au parcours hors norme, petit provincial de la classe moyenne, issu d’un milieu modeste, qui, succédant à Jean Moulin à la tête de la Résistance intérieure, fut l’un des plus authentiques héros du XXe siècle, avant de faire naufrage dans la diabolisation, au début des années soixante, pour ses prises positions en faveur de l’Algérie française. » (Histoire Magazine mai 2022)

Historiquement Show Histoire TV 447

Ci-dessous, l’article paru dans Valeurs Actuelles le 9 juin:

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Une éventuelle absence de majorité absolue? C’est à la fois peu et beaucoup

Nous sommes nombreux, parmi les observateurs de la vie politique à le souhaiter plus ou moins: quoi? L’absence de majorité présidentielle absolue au second tour des législatives. D’abord, ce n’est pas gagné selon les sondages, mais c’est une possibilité, un scénario envisageable. Ce serait à la fois peu et beaucoup, pas forcément dans le bon sens.

En fait, ce serait assez peu. Le président Macron est un communiquant qui a été élu sur le thème de la « transformation de la France » en 2017 mais dont la débauche de communication n’a servi qu’à masquer l’immobilisme total d’un quinquennat sur le plan des réformes économiques et sociales nécessaires et la ruine des finances publiques. Une majorité absolue a pour objectif de permettre à un chef de l’Etat de promouvoir de grandes réformes. L’absence de majorité absolue lors du deuxième quinquennat ne ferait qu’amplifier encore l’immobilisme: ni plus, ni moins! Elle n’empêcherait en rien l’exubérance narcissique comme masque du néant. Par ailleurs, le macronisme et le mélenchonnisme ont la même souche idéologique: le parti socialiste. Ils sauront se retrouver sur le sociétal (sécurité, immigration, moeurs)…

Mais ce serait quand même beaucoup: d’abord, un grave désaveu pour l’Elysée, la sanction de présidentielles bâclées ou étouffées, un signe de profonde défiance envers le président réélu, une sorte de mandat présidentiel mort-né. Bref, cinq ans de perdus pour la France, mais c’était déjà en germe quand les Français l’ont réélu. La ruine politique qui s’annonce peut permettre de trouver un espace pour bâtir autre chose… Aussi une respiration démocratique, l’atténuation du jupéterisme autocratique et vaniteux. Des choses aussi invraisemblables que le renouvellement indéfinis de l’état d’urgence et la suspension de la liberté (covidesque) seront plus difficiles à instaurer sans débat. Le Parlement pourrit alors retrouver un semblant d’espace de débat. Mais il convient de ne pas se réjouir: avec 500 députés sur 577 issus de la mouvance socialiste, communiste et écologiste, enrichie de quelques félons, le pire est peut-être à attendre.

MT

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Sur le résultat du premier tour des législatives (pour Figaro Vox)

L’un des enseignements essentiels du premier tour les législatives de 2022 est la confirmation de la chute de la droite dite classique, ou républicaine. Avec 13, 62 % des voix, LR et ses alliés deviennent la quatrième force politique avec la perspective de perdre environ la moitié de leurs sièges à l’Assemblée nationale.

Ce piètre résultat n’est pas seulement la conséquence directe de la débâcle des présidentielles. L’échec de la droite est global, touchant à la fois les présidentielles et les législatives. Et la quête de boucs émissaires ne réglera rien. Si Valérie Pécresse a connu un tel revers aux présidentielles, c’est sans doute, au moins en partie, parce que le mouvement politique qu’elle représentait n’était plus en phase avec le pays. La droite n’a de chance de pouvoir se relever à l’horizon des cinq ans à venir qu’au prix d’une analyse des causes profondes de son échec.

En premier lieu, dans le contexte de la politique nationale et surmédiatisée, le succès ne se conçoit pas sans un leader capable de mobiliser des troupes en vue de la conquête du pouvoir. Que serait Ensemble sans Emmanuel Macron ou Nupes sans Mélenchon, ou le RN sans Marine le Pen? Et qui peut prétendre que la droite aurait gagné en 2007 sans le leadership de Nicolas Sarkozy ? C’est le coup de génie de Jean-Luc Mélenchon de s’être présenté en candidat au poste de Premier ministre (même sans illusion). Il reste que l’émergence du « patron » est un sujet complexe : ce dernier doit tout à la fois afficher un profil de fermeté pour convaincre son camp et d’ouverture pour rassembler au-delà. La droite n’est pas parvenue depuis dix ans à identifier un leader à la fois mobilisateur et rassembleur…

De même, la dynamique d’unité est une condition de la victoire en matière électorale. La gauche est parvenue – même de manière artificielle – à donner une impression unitaire. Au contraire, la droite était plus divisée que jamais. Au clivage habituel avec le RN s’est ajouté le départ de la frange droitière de l’électorat de droite vers Eric Zemmour et une série de nouveaux ralliements opportunistes, même marginaux, à la « majorité présidentielle ». Cette impression d’écartèlement fut dévastatrice.

La droite doit surtout réapprendre à s’adresser au peuple. Lors de ces élections présidentielles comme législatives, elle semble avoir perdu le contact avec le pays. Sans doute lui fallait-il impérativement apporter des réponses solides et crédibles sur le plan de la sécurité et de la maîtrise de l’immigration. Mais elle s’est leurrée en voulant suivre Eric Zemmour sur le terrain stérile du débat autour du « grand remplacement ». De même, la question de la dette publique est cruciale pour l’avenir, mais elle ne permet pas de gagner une élection. La droite n’a pas vu venir l’exaspération des Français sur le pouvoir d’achat et sur la vertigineuse dégradation des services publics, notamment sanitaires et scolaires, dont la conséquence est dramatique pour la vie quotidienne des Français. En 2022, par manque de vision, elle a largement abandonné ces questions au RN et à Nupes.

La droite a enfin sous-estimé le rejet du macronisme par une vaste majorité du pays. Au lendemain du premier tour, cette défiance s’exprime dans le score misérable réalisé par Ensemble ou la coalition présidentielle, sans précédent dans l’histoire de la Ve République. Le pays, tout en réélisant largement « par défaut » le président Macron a manifesté sa lassitude envers un mode de gouvernement qui consiste à noyer les échecs, le déclin et les souffrances de la Nation sous une débauche de communication. En soutenant pendant deux ans la politique « d’Absurdistan » bureaucratique dans la lutte contre l’épidémie de covid 19, la droite a donné une impression de soumission en délaissant à la gauche et au RN le rôle d’opposition.

Toute la classe politique sort vaincue de cette élection législative. Que plus de la moitié de l’électorat se soit abstenue au premier tour d’un scrutin aussi important est une tragédie démocratique. Qu’une coalition présidentielle réunisse à peine un peu plus de 12,5% des électeurs est un désaveu cinglant. Une autre leçon de ce scrutin, est l’extrême volatilité de l’électorat.  Six mois auparavant, les observateurs étaient quasi unanimes pour prendre acte « du décès de la gauche ». Or la voici soudain de retour, ramenant avec elle le clivage gauche-droite que le macronisme pensait avoir enterré…Depuis cinq ans les experts sont unanimes pour affirmer que « la France n’a jamais été aussi à droite ». Mais la droite sort écrasée, laminée des élections nationales et c’est la gauche ou assimilée qui triomphe… Dans un climat d’extrême nervosité, tous les basculements sont possibles.

Face à une Assemblée dont l’écrasante majorité sera bel et bien issue de la gauche (le président Macron provient du même parti socialiste que M. Mélenchon…), dans un contexte politique et social qui s’annonce extrêmement chaotique et violent, la droite peut demain se présenter en recours.  La clé du succès sera de retrouver le chemin des 52, 5% d’abstentionnistes par indifférence, dépolitisation et par écœurement.

Ainsi, la droite ne doit pas seulement parler de sa propre refondation, mais de la refondation de la démocratie française. Un système par lequel il suffit de réunir 12, 5% des électeurs pour obtenir une majorité absolue (même incertaine à ce stade) et les pleins pouvoir est non seulement absurde mais inepte. Il est de la responsabilité de la droite de soulever cette question et d’y apporter des réponses.

Après des décennies de défiance croissante envers la parole publique, liées à la succession des échecs, des promesses non tenues et des affaires dans tous les camps, il lui faudra convaincre que la politique peut être un engagement exemplaire, sincère et désintéressé au service de la vérité, de la France et des Français, et dans le respect intangible du peuple, plutôt qu’un vulgaire spectacle d’illusionnisme. A cet égard le nombre de députés importe peu : l’histoire rappelle sans cesse qu’il suffit d’une poignée d’hommes et de femmes déterminés pour montrer le sens de l’honneur.

MT

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Quand le Parlement européen devient fou

Le Parlement européen vient de voter l’interdiction de commercialiser toute voiture thermique (essence) à partir de 2035. Ce n’est pas dans si longtemps: 12 ans. La voiture à essence est l’un des fondements de la civilisation moderne, l’outil de nos déplacements professionnels ou personnels. Elle est une clé de notre liberté. Le véhicule électrique est beaucoup plus couteux et d’utilisation complexe (question des bornes). La production des voitures à essence représente des millions d’emplois qui font vivre les familles. La reconversion de toute l’industrie automobile européenne dans un délai de 12 ans semble parfaitement utopique. Ce vote imposant une date couperet est monstrueux de stupidité à trois égards: la production d’électricité (hors nucléaire, lui aussi banni) suppose des gigantesques émissions de carbone encore plus polluantes; l’Europe est seule à s’imposer un tel fardeau contrairement à la Chine, l’Inde, l’Amérique et l’Afrique, dès lors, ses réductions d’émission de CO2 (500 millions d’habitants sur 8 milliards) seront une goutte d’eau dans l’océan; le coût d’un véhicule électrique est bien supérieur et les pays du Sud ne seront pas équipés de bornes électriques, d’où une fantastique perte de compétitivité… Il s’explique par le terrorisme intellectuel mâtiné de masochisme et de haine de soi: s’imposer de futures souffrances par pénitence, même si cela ne sert à rien. Tant de bêtise et de jubilation à se faire du mal est confondant… Et grand silence universel sur une telle aberration!

MT

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Cet étrange et pestilentiel demi-camembert

Le demi-camembert qui circule dans la presse et sur les réseaux sociaux est révélateur d’une réalité: moins de la moitié des Français ont l’intention d’aller voter aux élections législatives et beaucoup parmi les autres iront par routine et sans conviction. Les états-majors politiques sont en effervescence: oui ou non la majorité absolue? Oui ou non une majorité pestilentielle [au sens ou la notion même de majorité présidentielle, se traduisant par l’asservissement du Parlement, est pestilentielle]? Jadis, l’élection de l’Assemblée nationale était l’expression même de la démocratie française. Aujourd’hui, elle est devenue l’emblème de l’indifférence et de la manipulation de masse. Mais aussi de la stupidité: dans son camembert, l’Ifop-fiducial LCI identifie par avance une majorité pestilentielle comme si le résultat de l’élection était déjà tout acquis: ce n’est pas la peine d’aller voter, la majorité pestilentielle est déjà un fait, une réalité. Et après, vous accuserez les abstentionnistes d’incivisme! S’en sont-ils seulement rendu compte? Aujourd’hui, les instituts de sondages considèrent que la majorité pestilentielle – présidentielle (pardon) – est un fait acquis. Savez vous que les députés de la prétendue majorité pestilentielle ont dû signer une charte par laquelle ils s’engagent à voter les textes du gouvernement? Alors que le rôle du Parlement est de contrôler le gouvernement? Une telle pratique est non seulement inconstitutionnelle et anti républicaine (« Tout mandat impératif est nul« ), mais pire, elle est déshonorante pour ceux qui s’y prêtent. Le plus intriguant: pourquoi personne, strictement personne (sauf moi) ne dénonce ce système invraisemblable? Quand la démocratie foulée aux pieds, ruinée, triturée, décomposée, bafouée, ridiculisée, n’est plus malheureusement qu’une vaste foutaise.

MT

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Toute récupération du Conseil national de la Résistance est inacceptable (pour Figaro Vox)

Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé la création d’un « Conseil national de la refondation » réunissant des « forces politiques, sociales, associatives ainsi que des citoyens ». Cette initiative renvoyait explicitement au Conseil national de la Résistance (CNR), créé au printemps de1943 pour rassembler les partis politiques et les mouvements de résistance et préparer la libération de la France. « Nous vivons un temps comparable », a ajouté le président de la République.

Présidé par Jean Moulin, préfet mandaté par le Général de Gaulle pour unifier les réseaux de la lutte clandestine, le Conseil de la Résistance (CR), se réunit pour la première fois à Paris le 27 mai 1943 et lança un appel dont l’auteur était Georges Bidault, âgé de 42 ans, professeur d’histoire et ancien éditorialiste du journal démocrate-chrétien l’aube.

Cette motion condamnait la « dictature de Vichy » et soutenait la création d’un gouvernement provisoire (à Alger), « confié au général de Gaulle qui fut l’âme de la résistance aux jours le plus sombres et qui n’a cessé depuis le 18 juin 1940 de préparer […] la renaissance de la patrie détruite comme des libertés républicaines déchirées ».

A la suite de l’arrestation de Jean Moulin par la Gestapo à Caluire et de sa mort sous la torture, un mois plus tard, le CR élut Georges Bidault, son fidèle compagnon, pour lui succéder à la présidence de cette organisation représentative de la résistance intérieure, qui prit le nom de CNR quelques mois plus tard.

Certes, le président Macron n’est pas, loin de là, le premier responsable politique français à faire référence au CNR.  « Une histoire commence avec le Conseil national de la résistance et nous n’en sommes pas sortis » déclarait François Mitterrand dans un discours du 14 mars 1994. Au plateau des Glières, Nicolas Sarkozy est revenu à plusieurs reprises sur cette même histoire. Le 28 mai 2013, le président Hollande, au lycée Buffon s’en réclamait à son tour. Honorer une institution qui a incarné pendant plus d’un an la France en lutte contre la barbarie nazie est le devoir sacré d’un président de la République. Cependant, rien n’est plus contraire à l’esprit du CNR que d’en faire une récupération ou de prétendre l’imiter.

Premièrement, le CNR était à l’origine composé de seize d’hommes rassemblés pour la Libération de la France. Traqués par la Gestapo, ils risquaient en permanence la torture, la déportation et la mort. A l’inverse des résistants de l’extérieur (à Londres ou à Alger), les membres du CNR étaient pourchassés sans répit par les tortionnaires de la Gestapo. Certains, comme Jean Moulin, ont payé le prix fort de leur engagement. Georges Bidault lui-même a échappé par miracle aux multiples souricières qui lui furent tendues. Le courage était ainsi la première caractéristique des membres du CNR. Toute prétention à les imiter en faisant abstraction de leur sacrifice et de leur héroïsme qui n’ont pas d’équivalent possible aujourd’hui en France, relève ainsi du contre-sens.

Deuxièmement, leur démarche était désintéressée sur le plan personnel – dès lors qu’ils risquaient leur vie à tout moment – motivée par le seul patriotisme, à l’inverse de la médiocre tambouille politicienne actuelle. Entièrement mobilisé pour la Libération de la France, le CNR était aux antipodes des calculs électoralistes. D’ailleurs, à l’exception des forces qui ont rejoint la collaboration, sa composition couvrait quasiment tout l’échiquier politique de l’avant-guerre, depuis les communistes (Vallon pour le Front national, Mercier), jusqu’à la droite conservatrice (Jacques Debû Bridel) en passant par la SFIO, les radicaux, les démocrates-chrétiens (Georges Bidault), la droite classique (Alliance démocratique) et les grands mouvements de la Résistance. Certes, sa sensibilité sur le plan économique et social penchait à gauche, mais la composition du CNR était œcuménique. A cet égard, l’esprit du CNR était à mille lieues de la politique-spectacle actuelle, avec ses gourous, ses duels, ses provocations et ses coups narcissiques inefficaces.

Troisièmement, le projet politique du CNR s’est exprimé dans une charte du 14 mars 1944, dont Georges Bidault coordonna la rédaction, fondement idéologique des politiques de la Libération et de la reconstruction : nationalisations massives, politique familiale universelle (allocations familiales), statut de la fonction publique, création de la sécurité sociale, rétablissement de la démocratie parlementaire (en opposition à la « dictature pétainiste ») et des libertés. Or, comme le rappelle Arnaud Teyssier dans le Figaro du 4 juin dernier, les principes du CNR étaient précisément à l’opposé de l’idéologie dominante actuelle et des politiques qui en émanent en particulier l’affaiblissement des services publics, notamment scolaires et hospitaliers, le démantèlement des structures de l’Etat (suppression des corps préfectoral et diplomatique) et le déclin de la solidarité nationale, au profit d’une « start up nation », qui s’exprime notamment dans la montée de la pauvreté. Honorer le CNR, oui, mille fois oui. Le récupérer, à quelque fin que ce soit, non, mille fois non !

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La vérité sur Nupes et le mélenchonnisme

C’est un éternel problème: la mémoire courte. Quelques mois auparavant, M. Mélenchon et son parti des Insoumis étaient en pleine débâcle. L’homme était fustigé partout pour son « populisme » soupçonné d’antisionisme en raison de déclarations douteuses, les médias le dénigraient violemment et les sondages étaient catastrophiques. Tout le monde était à peu près certain qu’il était fini. Et soudain, à travers la NUPES, alliance des gauches, il a réussi à revenir au premier plan jusqu’à s’imposer comme leader de l’opposition. De même on disait la gauche disparue, morte et enterrée et la France devenue droitière menacée par la poussée d’extrême droite. C’était il y a quelques mois seulement. La vérité, c’est que la France n’est pas du tout en train de se réveiller mélenchonniste. Elle est juste en plein chaos politique. Après des présidentielles biaisées, un duel Le Pen/Macron imposé depuis 5 ans par le matraquage sondagier et médiatique qui devait, inévitablement, déboucher sur une réélection, le pays dans ses profondeurs ressent une terrible frustration. Il n’a qu’une idée en ce moment: exprimer son mécontentement et aussi son inquiétude. La NUPES est certes aux antipodes du bien de la France avec son fanatisme écologiste, « anti police » et communautariste. Mais elle a su créer une sensation de dynamique unitaire – il n’en fallait pas davantage – et incarner ainsi l’opposition la plus résolue au macronisme. Elle s’est imposée comme l’expression radicale d’un rejet et d’un refus d’une majorité absolue au service du pouvoir à l’occasion des législatives. La NUPES est l’expression d’un autre nihilisme ou miroir inversé du nihilisme macronien. L’électeur de la NUPES ne vote pas pour Mélenchon mais contre Macron. Ainsi, son électorat ne peut que déborder largement les frontières de la gauche extrême voire de la gauche tout court. La seule question qui se pose aujourd’hui est de savoir si cette poussée de la NUPES se traduira par l’échec d’une majorité absolue. Ensuite, son existence ne sera bien évidemment qu’un feu de paille.

MT

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Touchez pas au Conseil national de la Résistance

Il semble que la mémoire du CNR fasse l’objet d’une tentative de récupération par le pouvoir politique à travers un prétendu conseil national de la refondation. Moins les politiques connaissent l’histoire, plus ils sont tentés de la détourner à des fins électoralistes. Le CNR devrait être sacralisé, sanctuarisé. Que nul jamais n’y vienne mettre ses sales pattes. Le CNR était composé d’une vingtaine d’hommes rassemblés pour la Libération de la France. Traqués par la Gestapo, ils risquaient en permanence la torture, la déportation et la mort – engageant même la vie de leurs proches. Leur démarche était absolument désintéressée, aux antipodes de la médiocre tambouille politichienne actuelle. D’ailleurs, le CNR, à l’opposé d’une opération électoraliste, était représentatif de tout l’échiquier politique, depuis les communistes (Vallon, Mercier), jusqu’à la droite nationaliste (Jacques Debû Bridel) en passant par la SFIO, les radicaux, les démocrates-chrétiens, la droite classique (Alliance démocratique) et les grands mouvements de la Résistance. Le projet politique du CNR (pour l’après Libération), comme le rappelle mon ami Arnaud Teyssier dans le Figaro, était précisément à l’opposé de l’idéologie dominante actuelle: rétablissement de la démocratie parlementaire contre l’autocratie, consolidation de l’Etat de droit et des outils de la solidarité nationale, méfiance envers le culte de l’argent. Toute – toute – récupération électoraliste de l’histoire, surtout à contre-emploi, est odieuse. Mais le plus terrifiant, ce n’est pas la mauvaise foi. C’est la bêtise.

MT

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Politique, « la journée des NUPES »

Ce qui se passe avec les NUPES est passionnant et témoigne du chaos politique ambiant et l’extrême volatilité de l’opinion. Quelques mois auparavant, on s’en souvient, tous les experts s’accordaient pour dire que « la gauche » était morte et définitivement enterrée. La France était à droite, dans son immense majorité, résolument à droite à l’image du « leader nationaliste » Z qui selon les mêmes experts, menaçait la République. Quant à M. Mélenchon, qualifié par les commentateurs les plus savants, quasi unanimes, de démagogue populistes au rancard et aux provocations indignes, il était voué aux oubliettes de l’histoire. Oui, oui, souvenez vous! Remember! Et puis voilà… A la veille des législatives de 2022, la gauche ressuscitée par son flanc gauche, la NUPES domine le paysage politique. C’est elle, la gauche dure, radicale, populiste, et non la droite nationaliste, qui dispute la première place au parti présidentiel. C’est d’elle, la NUPES, c’est-à-dire la gauche de la gauche, que provient l’espérance d’éviter le spectre d’une majorité absolue. Alors pourquoi cette résurrection invraisemblable, contraire à tous les diagnostics, toutes les analyses des experts les plus pointus? Cela ne tient pas à un projet que nul ne connaît et qu’il vaut mieux ne pas connaître. Cela tient à presque rien: une « grande gueule » ayant le culot de se proclamer candidate au poste de Premier ministre (contrairement à tous les autres leaders qui ont choisi le renoncement); à un nom, une étiquette la NUPES; à une dynamique d’unité (aussi factice soit-elle). Les Français qui annoncent voter pour cette alliance ne sont pas forcément des gauchistes convaincus. Mais voilà, la NUPES, par sa seule existence, au milieu de l’atonie politique générale, a su attirer l’attention de la France qui désespère et qui ne supporte pas la morgue de ses actuels dirigeants. La poussée de la NUPES cristallise en parallèle la frousse du bourgeois possédant et bienpensant, terrifié par Mélenchon après l’avoir été par le Pen. De fait, la NUPES n’a aucune intention ni aucun moyen de gouverner le pays. Mais elle a réussi à s’imposer comme la première incarnation du grand malaise. Elle prouve aussi que dans ce paysage de chaos mental et intellectuel, il suffit d’une étincelle pour renaître de ses cendres.

MT

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La banalisation de la barbarie (pour Figaro Vox)

Deux événements dramatiques se sont produits à quelques heures d’intervalle : le décès d’Alban Gervaise, médecin militaire sauvagement agressé à Marseille le 10 mai et les violences extrêmement graves émaillées d’agressions contre les personnes qui ont perturbé le déroulement de la finale de la ligue des champions entre le Real de Madrid et Liverpool à Saint Denis samedi dernier – et retardé d’une demi-heure son coup d’envoi.

Le Figaro a rendu compte de la tragédie marseillaise dans les termes suivants : « La victime […] était accompagnée de ses deux enfants de 3 et 7 ans, scolarisés en maternelle et en CP dans l’école catholique, qu’il venait de récupérer. Assis sur un banc à proximité, l’agresseur avait surgi par-derrière avant de s’acharner sur le médecin, lui assenant plusieurs coups de couteau dans le thorax […] Maîtrisé et désarmé par quatre passants, l’agresseur avait été interpellé par les policiers avec un couteau suisse en sa possession […] Déjà connu des services de police, mais pas du renseignement territorial, le suspect aurait crié des allégations religieuses pendant l’agression, selon plusieurs témoins ».

Les grands médias radios télévision n’ont, semblent-ils, quasiment pas rendu compte de ce drame (à l’exception de chaînes d’information en continu comme CNews). Les journaux – en dehors de l’article précité – ont été peu prolixes à ce sujet.A l’exception du maire de Marseille, il semble que l’on n’ait guère entendu parler d’autres hommages officiels à la victime. Le sort de ses enfants meurtris à vie par la vision de leur père massacré devant eux, de sa veuve et de ses parents ne paraît pas avoir ému grand monde à l’échelle nationale. Il est bien loin le temps où, face à des tragédies de ce genre, un président de la République recevait à peu près systématiquement les parents des victimes au Palais de l’Elysée pour témoigner de sa compassion et de la solidarité nationale.

 Le traitement policier et judiciaire de l’assassinat d’Alban Gervaise a jusqu’à présent débouché sur la décision de ne pas retenir le mobile terroriste. Il serait bien entendu irresponsable de contester ce choix, effectué par des professionnels, sur la base de l’examen d’un dossier individuel. On imagine que la ligne de partage entre la psychopathie et le fanatisme sanglant n’est pas toujours évidente à tracer. Ou commence et où s’arrête la folie ? « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou » a écrit Pascal dans ses Pensées.

Mais au-delà de cette question de la qualification juridique du crime, le caractère de barbarie extrême de ce meurtre gratuit, à coups de poignard, d’un médecin-militaire de 41 ans, devant ses jeunes enfants qu’il venait de récupérer à l’école – un établissement catholique semble-t-il – ne fait, lui, strictement aucun doute quel qu’en soit le mobile.

Alors comment expliquer, à côté de l’immense et justifié scandale que provoquent les événements de Saint Denis, le silence ou la discrétion médiatique autour de la tragédie de Marseille – pourtant d’une violence et cruauté extrême ? Sans doute faut-il y voir un terrifiant effet de routine : la France a compté, depuis dix ans, plus de 250 victimes du terrorisme islamiste (même si cette fois-ci, le crime ne relève pas de la qualification juridique de terroriste). De même, contrairement aux événements de Saint Denis, les caméras de télévision du monde entier n’étaient pas braquées sur la rue de la petite école, théâtre du drame.

Après les tragédies sanguinaires de l’affaire Mehra, de Charlie Hebdo et du magasin cacher de la porte de Vincennes, du Bataclan, de Nice, de Saint Etienne de Rouvray, de la gare de Marseille et de bien d’autres, le phénomène auquel nous assistons est celui d’une banalisation du mal absolu dans la vie quotidienne. Un Premier ministre déclarait en 2015 : « Il faudra s’habituer au terrorisme ». Encore une fois, la qualification de terroriste n’a pas été retenue mais quoi qu’il en soit, c’est bien à la barbarie sanglante que la France « dite d’en haut », politico-médiatique, a tendance à s’habituer. Et que les faits se soient produits à Marseille, une cité particulièrement touchée par les meurtres, amplifie encore cette impression de routine. Cette omerta s’explique par l’habitude, mais aussi probablement par la volonté de ne pas porter un coup supplémentaire au « vivre ensemble » déjà si malmené. Calcul absurde : la discrétion médiatique et le silence face à un tel drame, surtout à l’heure des réseaux sociaux, n’apaise en rien le sentiment d’angoisse et de révolte qui en émane dans le pays.

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