La crise du leadership occidental

Exprimer les choses comme on les voit ou comme on les ressent, par delà l’écran de fumée des habitudes et de la routine, n’est pas faire montre de pessimisme, mais de franchise voire de lucidité. Le monde politique occidental, son « établissement », ses élites politiques et médiatiques, sont en train de sombrer dans un tourbillon de crétinisme, ou de démence.

L’une des caractéristiques de notre époque est l’hallali lancé par la quasi totalité des médias, radios, télévision, presse, en Amérique comme en Europe, contre un certain Donald Trump. Ce lynchage médiatique ne semble pas tenir, pour l’essentiel, à une politique, des choix et des résultats. Il s’applique à une série de prises de positions individuelles, par tweet. De fait, M. Trump n’est pas réellement président des Etats-Unis à ce titre. Il ne gouverne pas, ou si peu, le pays en s’appuyant sur des outils de gouvernement, des règles de droit, une administration. Il lâche des provocations sur twitter, du matin au soir, de manière sauvage, hors d’un cadre légal,  probablement sans consulter personne.

L’aveu est effroyable: face aux pesanteurs, aux obstacles, à l’impossibilité de changer les choses, devant le constat d’échec et d’impuissance – la lutte contre le terrorisme, la situation au Moyen Orient ou la Russie – il faut occuper les esprits, donner le sentiment du mouvement par une gesticulation verbale sans fin, fuir le réel en jonglant avec les émotions.

Le monde médiatique raffole de cette situation et sombre dans une succession de crises d’hystérie qui en disent long sur son état mental. Il s’est trouvé une sorte de bouc émissaire à cogner du matin au soir, non pour sa politique, un épiphénomène qui n’intéresse personne, mais sur ses provocations personnelles. Face à la bête traquée, la meute déchaînée, unanime, rendue folle par l’odeur du sang, ne supporte plus la moindre atteinte à ses obsessions mentales.

La vie publique américaine, mais aussi française et sans doute occidentale, bascule ainsi dans le virtuel. Les faits, les réalités, la géopolitique l’économie, les rapports internationaux, les menaces sont reléguées au second plan. Comme dans une sorte de jeu vidéo gigantesque, l’essentiel se focalise sur la sphère irréelle, émotionnelle.

La démocratie américaine est profondément malade, tournant à une affligeante débilité et entraînant les autres démocraties occidentale dans sa dérive, en particulier la France. Le présidentialisme américain, déformé par la communication à outrance, devient la tragédie grotesque d’un pantin désarticulé, pourchassé par des clowns méchants. Pendant ce temps, le monde occidental, sans leadership, sans gouvernement, est confronté à l’horreur du terrorisme islamiste. Le cauchemar peut-il prendre fin, et quand?

Maxime TANDONNET

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Barcelone ensanglantée

Paris, Nice, Bruxelles, Berlin, Manchester, Barcelone aujourd’hui. L’Europe, ensanglantée par le terrorisme islamiste traverse depuis quelques années les heures les plus sombres de son histoire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Les gouvernements sont paralysés par la peur et les complexes de l’histoire, tandis que prolifère l’esprit de trahison. Ces drames atroces annoncent probablement, d’ici quelques années, une déstabilisation générale et un chaos indescriptible. Il est tellement facile de massacrer en fonçant dans la foule avec un camion. Les cellules dormantes de l’Etat islamique en Europe sont probablement infinies, tout comme les moyens de communication avec Internet, et les ferments d’une crise dramatique sont d’ores et déjà en place. Le sommet de la bêtise contemporaine: traiter la parole réaliste de pessimiste… Il ne devrait pas y avoir de problème plus urgent pour les pouvoirs politiques que de préparer la défense de l’Europe, unie face à la même terreur et de se donner les moyens de protéger la vie de ses habitants. On s’indigne, on s’émeut des fleuves de larmes et de sang, et puis on oublie le plus vite possible en se noyant dans les anecdotes, les vagues émotionnelles, la manipulation de masse, les slogans, et les polémiques, avant que l’horreur ne frappe de nouveau. L’histoire ne se répète jamais à l’identique mais il est évident que les démocraties occidentales sont confrontées à une montée de la barbarie, une menace sanguinaire qui rappelle la poussée des nationalismes fasciste et hitlérien dans les années 1930. L’angélisme actuel, cette idéologie rayonnante, fait écho au pacifisme des années 1930. La lâcheté et le déni du réel sont, aujourd’hui comme hier, le fléau suprême de l’Europe. La réaction générale est la même : fermer les yeux et détourner la tête. L’Europe ensanglantée, à travers ses gouvernements nationaux et ses institutions communes, l’affirmation de son unité absolue et solidarité vitale face à la menace, a besoin d’être gouvernée: contrôle des frontières nationales et européennes, surveillance des cellules dormantes, lutte contre la délinquance, terreau de la violence aveugle, pistage des sites islamiste sur Internet, reprise en main des territoires perdus, messages de l’Education nationale, fermeté face aux dérives communautaristes.  Se réveillera-t-elle un jour ?

[NB:d’éventuels commentaires à tonalité haineuse ou profitant de la tragédie pour s’en prendre aux personnes de confession musulmane dans leur ensemble, ne pourront évidemment pas être repris sur ce site].

Maxime TANDONNET

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Un régime devenu pire que la IVe République

Attention! Les propos ci-dessous ne visent en aucun cas à la critique personnalisée d’un homme, mais à la dénonciation d’un régime politique qui, par delà les hommes et les alternances, conduit la France à l’impuissance.

A l’origine, dans la Ve République, telle qu’elle a été conçue en 1958 et 1962, le président de la République, élu au suffrage universel pour sept ans, fixe un cap au pays, dirige sa politique étrangère et de défense, incarne la Nation, arbitre et protecteur, et s’en remet au Parlement et au Gouvernement, Premier ministre et ministres, pour gouverner le pays. De corruption en corruption, ce principe a été bafoué, violé, foulé au pied. Nous en sommes arrivés, notamment avec le quinquennat présidentiel, à un système qui n’a plus aucun rapport avec la logique de la Ve République, et devenu encore moins efficace que la IVe République dans ses pires moments.

La mission constitutionnelle du chef de l’Etat, à l’origine empreinte de hauteur, de sagesse et de vision historique, traverse une crise sans précédent. Ce dernier a été transformé en un super député, dont la circonscription coïncide avec l’ensemble du territoire national, élu pour un mandat de super député, dont la préoccupation naturelle est de soigner son image, au mieux pour préparer sa réélection et au pire dans l’obsession de sa « trace ». Il symbolise à lui tout seul, à travers son omniprésence médiatique, l’ensemble du pouvoir politique. Une sorte de névrose permanente se cristallise sur son personnage, son reflet médiatisé, qui absorbe, efface, annihile toute autre source de responsabilité publique: parlement, premier ministre, ministres, collectivités locales. La faiblesse et l’indécision, jadis reprochées au régime d’assemblée se sont, sous d’autres formes, réincarnées dans le présidentialisme actuel.

L’image personnelle s’imposant comme l’objectif fondamental de la vie politique, le monde des réalités passe au second plan. Le débat d’idées, la vie démocratique, la notion de projet collectif, s’efface de l’horizon des Français. Le pouvoir se focalise sur l’impératif de communiquer, faire croire ou passer un message, répandre des illusions et mobiliser l’attention autour d’émotions fugaces. Le mythe du héros médiatique se substitue à la notion d’intérêt général ou du bien commun. Mais l’action véritable –  celle qui ébranle une société dans ses profondeurs pour la transformer, supposant des efforts, une mobilisation collective, une volonté générale, des remises en cause, du mouvement, des risques et des colères, devient inconcevable. Le principe de décision, de décision authentique, dans tous les domaines stratégiques pour le pays – économie, social, crise migratoire, indivisibilité de la France, sécurité des biens et des personnes, démocratie locale – tend à s’effacer. L’idée de gouvernement des hommes et des choses est sacrifiée à l’obsession du paraître. Jour après jour, la vie publique consiste à habiller la résignation d’un manteau de paroles et d’images.

La IVe République avait ses défauts, immenses, autour de l’instabilité gouvernementale. Cependant, des décisions se prenaient, émergeaient, par delà son chaos: reconstruction, politique industrielle, plan quinquennal, résistance au stalinisme, alliance atlantique, sortie de la crise indochinoise, indépendances du Maroc et de la Tunisie, traité de Rome, etc.  Aujourd’hui, l’apparence de la stabilité recouvre le néant et l’indécision. Le principe même de gouvernement ne cesse de s’estomper. En Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, des  choix s’effectuent, en bien ou en mal. La France bien au contraire, se fige peu à peu dans sa névrose de l’image présidentielle. Le danger n’est pas celui de la personnalisation du pouvoir, mais pire, celui de la personnalisation de l’impuissance et de l’immobilisme qui débouche inévitablement sur une vertigineuse impopularité.

Par-delà le choix des hommes, le salut passe par une prise de conscience de la crise de régime qui ne cesse de s’aggraver, supposant une rupture avec les clichés, les tabous, les conformismes, et surtout l’indifférence et la méconnaissance qui pèsent sur le sujet. A cet égard, nous ressentons comme un léger frémissement dans le monde politique autour de voix amies. Epiphénomène ou prémices d’une secousse de grande ampleur?

Maxime TANDONNET

 

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Réflexions sur du mythe des Cent jours et sur le culte de la personnalité

Les quinquennats se suivent et se ressemblent à certains égards. L’étape des « Cent jours » qui survient vers le 15 août est toujours le moment du premier bilan, généralement dominé par le désenchantement après « l’état de grâce. » 2017 ne faillit pas à la règle, au vu des derniers sondages.

Cette tradition remonte aux Cent jours de Napoléon. Elle fait référence à la brève période de trois mois au pouvoir de l’Empereur qui suit son évasion de l’île d’Elbe le 20 mars 1815. Ces événements, du « vol de l’Aigle » jusqu’à l’abdication définitive, sont au cœur de la légende napoléonienne.

Le rituel des Cent jours pourrait donner lieu à une réflexion sur un phénomène clé de la vie politique française : le culte de la personnalité. Il avait atteint son paroxysme sous l’Empire napoléonien autour du mythe du sauveur. Mais par un formidable paradoxe, il semble avoir traversé les siècles, les guerres, les révolutions et les crises, pour s’imposer aujourd’hui au cœur de la « politique spectacle » contemporaine.

Aujourd’hui, le culte de la personnalité, autrement dit le « présidentialisme », attisé par la médiatisation, n’est pas seulement un mode de fonctionnement du pouvoir. Il est, dans la France du XXIe siècle, une véritable idéologie, un système d’idées destiné à légitimer le pouvoir en place. Cette idéologie procède de « l’ère du vide »: la personnalisation à outrance recèle l’absence de projet collectif et d’un destin commun à bâtir. Elle se développe sur les ruines de la politique, au sens noble du terme, le gouvernement de la cité, la capacité à agir, choisir, décider, gouverner la Nation.

Comme masque d’un néant collectif, elle consiste à sublimer un personnage, le président, à le désigner comme l’incarnation unique du pouvoir d’Etat, étouffant dans son reflet médiatique toute autre source de responsabilité publique, le gouvernement, les ministres, le Parlement, les collectivités territoriales, la Nation. Fondé sur l’émotion – d’amour ou de haine – qui entoure un visage, le culte de la personnalité donne prise à toutes les manipulations possibles : idolâtrie d’un jour, lynchage du lendemain. Cette idéologie repose sur des bases précaires. Il suffit d’un faux pas, pour que l’adulation bascule dans l’exécration.

Contrairement aux apparences qui entourent la notion de chef, elle est foncièrement inefficace et contraire au principe d’autorité. Le culte de l’image personnelle, dans le monde moderne, est incompatible avec le risque de la décision, de l’action authentique et de la transgression parfois nécessaire. L’obsession du paraître étouffe le faire.

La personnalisation du pouvoir est aussi vivace aujourd’hui qu’il y a deux siècles, mais elle a changé de signification. Napoléon incarnait la puissance, avant de faire naufrage. Nos présidents surmédiatisés du XXIe siècle incarnent au contraire l’impuissance et l’impopularité.

Est-il possible de rompre avec cette logique, cette idéologie ? La France aurait tout intérêt à redécouvrir un autre message issu lui aussi de sa tradition historique, celui des grands républicains, les Ferry, Gambetta, Waldeck Rousseau, Millerand, Poincaré, etc., qui tenaient en horreur la personnalisation narcissique du pouvoir, considérée comme une réminiscence monarchique ou impériale de mauvais goût. La politique, chez eux, n’avait pas de sens en dehors de l’intérêt général, le destin de la cité, l’action et les choix de gouvernement. Ils apparaissaient au grand jour, certes, en tant qu’auteurs de décisions issues d’un travail d’équipe, dont ils assumaient la responsabilité individuelle et collective, mais seulement le temps nécessaire, sans mégalomanie ni prétention de « leur trace dans l’histoire ».

Leur modèle n’est sans doute pas transposable tel quel dans la France moderne. Mais il devrait au moins servir de référence et de contrepoids à l’obsession narcissique qui a, depuis trop longtemps, envahi la politique et les médias français au détriment de l’intérêt public.

Maxime TANDONNET

 

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Quel avenir pour la politique française?

L’opposition démocratique est à repenser dans ses fondements mêmes. Le spectacle qu’elle donne aujourd’hui est désespérant, comme un fidèle reflet de la déliquescence du pouvoir en place: invectives violentes à l’égard des « traîtres » (jusqu’à quand?); recours absurde devant le Conseil Constitutionnel contre la disposition législative interdisant les emplois familiaux des parlementaires; opposition systématique, mais néant de la pensée, de la réflexion.

Tout continue comme avant, comme si la politique n’avait pas d’autre sens que celui des carrières personnelles et des règlements de compte: attitudes qui sont devenues totalement insupportables aux Français. A cet égard, la disparition des grands leaders (NS, Juppé, Fillon) ne semble pas avoir changé grand chose et le vrai renouvellement de fond – celui des idées et des comportements –  n’est pas plus en marche ici qu’ailleurs…

C’est pourtant maintenant que tout se joue et qu’un nouveau départ pourrait se prendre. Nous marchons sans doute vers une grave crise de régime, à moyen terme. Il est de la responsabilité des républicains modérés de proposer une alternative raisonnable et crédible aux Français. Nul ne le fera à leur place. Mais pour cela, il n’existe aucune autre solution qu’une profonde et radicale transformation de la culture politique. Il est temps de se mettre au travail de réflexion, non pas sur un programme précis, mais sur la conception, les buts de la politique. Tout doit partir d’une seule question de fond: quelle réponse à la méfiance,  au dégoût des Français envers la politique? Mais ont-ils seulement pris conscience de la gravité de la situation démocratique et de l’ampleur de la crise de confiance?

L’expérience En Marche semble déjà plongée dans l’impasse, malgré une conjoncture économique internationale favorable, minée par sa contradiction fondamentale entre le renouvellement des apparences (visages) et la continuité du fond (narcissisme et fuite dans la communication).

Qu’avons nous, ensuite, quand le fond de l’abîme sera atteint, à offrir aux Français et les réconcilier avec la vie politique, le débat démocratique? Voilà la question unique qui se présente aujourd’hui. Des pistes? En voici quatre!

  • En finir avec le culte médiatique de la personnalité, totalement indigne de la France et du XXIe siècle mais surtout, symptôme de l’impuissance et de l’inefficacité, pour redonner un sens à la notion de gouvernement collectif, dans l’intérêt général, et de responsabilité des décideurs.
  • Réhabiliter la notion de vérité, vérité de la situation du pays en matière de désindustrialisation, de déficits, de dette publique, de sécurité, de montée de communautarisme, d’autorité de l’Etat, de menace terroriste
  • Redécouvrir le sens de l‘action politique relative aux intérêts concrets de la France et des Français et à leurs préoccupations: règlement de la crise migratoire européenne, avec le courage et l’audace de combattre les passeurs esclavagistes; lutte contre le chômage comme priorité absolue et seule véritable politique sociale; restauration de l’unité de l’Etat et indivisibilité de la République.
  • Préparer l’avenir, autour d’un renouveau de l‘intelligence: transformation profonde des médias pour valoriser la connaissance, la culture, la réflexion, le rejet de toute manipulation, propagande et idéologie; réforme de l’éducation nationale autour de la revalorisation des savoirs fondamentaux, la langue française, au cœur de notre patrimoine intellectuel, l’histoire, la philosophie.

Nous sommes à mille lieues de cette prise de conscience! Puisse cet appel servir à quelque chose!

Maxime TANDONNET

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Quelle moralisation?

Moraliser la vie politique est une grande ambition, un enjeu fondamental. La suppression de la « réserve parlementaire » me semble être non seulement une erreur, mais en outre une décision contreproductive. Elle aboutit à jeter une suspicion sur les parlementaires et à affaiblir toujours davantage leur autorité ce qui est dramatique. Dans l’histoire, jamais aucun pouvoir n’est sorti grandi de la marginalisation du Parlement. La question de la moralisation de la politique doit être envisagée à grande échelle. Elle soulève des questions gigantesques, qui concernent la nature de la vie politique: Comment, dans la politique moderne, mettre fin à la tyrannie de la communication, c’est-à-dire le mépris des gens, pour réhabiliter l’action et l’intérêt général? Comment mettre fin à l’excès de personnalisation du pouvoir, la focalisation de la vie politico-médiatique autour d’une personne, autant pour l’idolâtrer que pour la lyncher, au détriment du monde réel et du bien commun? Comment définir un nouvel équilibre entre les pôles de pouvoir que sont la présidence (l’autorité), le gouvernement (la décision, l’action), le législatif (le contrôle), le judiciaire (la sanction)? Comment restaurer l’autorité de l’Etat, l’efficacité du pouvoir politique dans la réponse à apporter aux souffrances, aux inquiétudes, aux problèmes concrets des Français (chômage, pouvoir d’achat, dette publique, crise migratoire, sur-fiscalité, sécurité, terrorisme, etc.)? Comment assurer la responsabilité effective des pouvoirs publics, pour leurs choix ou non choix? Comment reconquérir la confiance dans le politique, la représentation démocratique? Comment assurer l’objectivité et l’impartialité du service public de l’audiovisuel (télévisions, radios) en le libérant des pressions idéologiques ou partisanes et en assurant la liberté et l’égalité dans l’expression publique? Comment réhabiliter l’intelligence collective, la culture politique, à travers l’éducation nationale, la redécouverte des enseignements fondamentaux, du français, de l’histoire, de la philosophie? La moralisation de la politique ne se limite pas une collection de mesures inspirées de l’actualité, lancées en pâture à l’opinion publique. Elle concerne tout simplement la restauration en France d’une démocratie digne de ce nom. Voilà quel est le grand enjeu de l’avenir sur lequel nos amis de l’opposition démocratique devraient se pencher d’urgence.

Maxime TANDONNET

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Présidentialisme/Statut de première dame?

D’abord une précision: les attaques, moqueries, vulgarités proférées sur la Toile envers Mme Macron suscitent chez moi un indicible sentiment d’horreur. Rien ne m’est plus viscéralement insupportable que la méchanceté sous toute ses formes, surtout dirigée envers une femme. Jadis, quand les présidents de la République étaient populaires, avant le grand tournant des années 1970, leurs épouses l’étaient aussi. Elles cultivaient une image de discrétion, de désintéressement et de générosité, s’investissant dans l’action humanitaire. A l’époque où les Français s’aimaient en tant que peuple français, les femmes de président ont été populaires. Dans mon livre sur l’histoire des présidents de la République (Perrin, 2013/2017), je raconte cette scène fabuleuse, lors du décès de Germaine Coty, le 13 novembre 1955 « Des écoles entières vinrent à la Madeleine et les enfants tenaient une rose à la main. Le Parisiens défilèrent pendant des heures. Ce fut simple et poignant. Le peuple semblait vouloir montrer à quel point il aime les vertus simples et profondes. Lorsque, après la cérémonie funèbre, le convoi déboucha sur le quai, trente péniches massées à la Concorde firent entendre un long mugissement en signe de deuil, tandis que la mariniers, massés sur le pont, alignés bord à bord, se découvraient. » C’était un attachement simple, venu du cœur et jamais il n’est venu à l’idée de personne, à l’époque, de statufier la personne de Mme Coty.  L’idée d’un statut de première dame me semble être incompatible avec les principes de la République française. Les hommes et les femmes sont tous égaux en droit. Un statut s’obtient soit par une élection, soit en tant que reconnaissance d’un mérite (sélection, concours). En aucun cas le statut ne saurait procéder d’un lien familial. Sinon, pourquoi ne pas prévoir un statut pour les enfants du couple? Alors, nous changeons de système, nous poussons jusqu’à son ultime paroxysme la personnalisation du pouvoir, consacrons une sorte de monarchie dégénérée, et il n’est plus question de parler de république ni d’égalité des droits. Tout ce débat invraisemblable, alors que tant de dossiers gigantesques s’accumulent sur l’avenir de la France, montre une fois de plus le dérèglement général des sens qui prévaut en ce moment.

Maxime TANDONNET

 

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Rachat de Neymar, sport ou argent fou ? (Figaro Vox)

Bien sûr, je lis la masse des commentaires de presse sur Internet qui s’indignent de ce que l’on puisse seulement s’interroger sur la pertinence de ce transfert et de son montant. C’est la « loi du marché » nous dit-on en gros et l’investissement sera rentable pour tout le monde.

Peut-être!

Est-il tout de même permis de s’interroger sur les fondements intellectuels, idéologiques, éthiques, intellectuels surtout, d’une société qui rémunère un homme 1650 fois le SMIC pour courir après un ballon? Du « pain et de jeux », certes, mais tout est question de mesure…

Est-il aussi permis de s’interroger sur le niveau intellectuel d’une société qui s’offusque violemment de la rémunération d’un PDG responsable de centaines de milliers voire de millions d’emplois dans le monde, mais qui en parallèle, s’émerveille, s’extasie sans nuances d’une somme plus du double versée à un joueur de ballon?

Est-il enfin permis de s’interroger sur l’impact pour les enfants et adolescents de cette image de sommes gigantesques gagnées à courir après un ballon sur le terrain de jeu?

Le football, sacralisé? Sans doute, mais parlons alors d’une nouvelle religion médiatique, d’un culte moderne , et admettons que cette mystique, nouvel opium du peuple, qui mélange idolâtrie de masse et valse des milliards, n’a plus grand rapport avec le sport au sens noble du terme… En tout cas, celui que nous aimons.

Ai-je le droit de dire cela sans être taxé de « pisse vinaigre », ronchon, grincheux, ringard,  grognon, gros hypocrite, misanthrope, rouspéteur, jaloux, hargneux, pessimiste, râleur, réactionnaire, fasciste, etc?

Maxime TANDONNET

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L’actualité, en ce début d’août 2017, est dominée par l’annonce du transfert de Neymar au Paris Saint Germain et le coût de sa clause de rachat à Barcelone pour le club parisien : 222 millions d’euros. A cela s’ajoutent les informations qui circulent sur le futur salaire net du joueur, estimé à 30 millions d’euros nets annuels. Le coût total de l’opération, sur plusieurs années, serait d’environ 400 millions d’euros, selon des estimations.

La presse et les médias relèvent le caractère « astronomique » de ces montants mais pour l’instant, au moment de l’annonce, la polémique n’est pas au rendez-vous. Dans l’ensemble, le ton initial des commentaires est plutôt compréhensif, oscillant entre enthousiasme et fatalisme. On évoque les rentrées fiscales pour l’Etat et les perspectives d’amortissement de cette dépense pour le PSG, la rentabilité potentielle de l’investissement. Aujourd’hui, au premier stade de la nouvelle, les médias, la presse morale comme les partis politiques, globalement, se plient au relatif consensus dominant.

La question de principe, autour des inégalités et de la « décence » de certaines rémunérations, d’habitude si prégnante en France, se fait étrangement discrète. Qui oserait encore rappeler qu’avec 400 millions d’euros, on construit une centaine d’écoles (de dix classes), ou qu’un salaire net de 30 millions d’euros annuel représente 1690 SMIC ?

Pourtant, l’annonce quelques mois plus tôt de la rémunération du PDG de Renault, 7,2 millions d’euros annuels (et le double avec Nissan), donc un montant bien inférieur, avait déclenché une furieuse polémique. Deux poids, deux mesures ? La rémunération d’un personnage responsable du quatrième groupe mondial de l’industrie automobile, produisant des millions de véhicules, assurant l’emploi, directement ou indirectement, de centaines de milliers de salariés, est considérée comme insupportable au regard du principe d’égalité. Mais une rémunération qui représente plus du double, pour un joueur de football, assortie d’une clause de rachat de 220 millions d’euros, semble naturellement acceptée.

La moindre suspicion relative à l’argent, y compris d’origine privée, chez un homme politique ou responsable public, provoquera un monstrueux tollé, de l’extrême gauche à l’extrême droite, jusqu’à déstabiliser une démocratie. Mais la valse de centaines de millions, concernant un sportif ultra-médiatisé, ne suscite guère d’état d’âme et peu d’interrogations. Comment expliquer de tels paradoxes ?

Nous ne sommes plus, à titre principal, dans la logique du sport au sens du Petit Robert : « Activité physique exercée dans le sens du jeu, de la lutte et de l’effort. » En revanche, le phénomène relève de l’idolâtrie. Nous nageons dans l’irrationnel. Neymar est une icône planétaire, une star. Il est adoré comme une sorte de demi-dieu médiatique. D’où le caractère sensationnel de sa venue à Paris. Or, l’adoration, l’exercice d’un culte, y compris d’un culte médiatique, n’a pas de prix.

De fait, sur le plan de la créativité, le football – vingt-deux hommes qui courent après un ballon – est un spectacle en soi assez pauvre. Sa puissance d’entraînement et de fascination repose sur le seul instinct de foule et l’exaltation de la domination sur un adversaire – à l’inverse d’une œuvre d’art qui suscite l’émerveillement par elle-même. Neymar sans la perspective de victoires et de remporter la Ligue des Champions n’est plus rien. Il est des mots que l’on ose à peine prononcer tant ils paraissent devenus archaïques : par exemple celui de chauvinisme.

L’engouement pour le recrutement de Neymar au PSG, le relatif unanimisme qui prévaut pour l’instant autour de cet événement, dans la presse, les milieux intellectuels, les partis politiques y compris de gauche, les plus prompts à s’indigner des salaires des grands dirigeants d’entreprise, reflètent un climat préoccupant. Ils témoignent d’une perte de sens, de l’affaiblissement des repères intellectuels, de la réflexion critique. Est-il seulement permis de s’interroger sur l’exagération qui entoure la vénération d’une star du football au regard des enjeux véritables du destin collectif, sur les plans intellectuels et politiques? Ou sur l’impact pour les jeunes du modèle associant culte de la personnalité et argent roi gagné sur un terrain de jeu? « Opium du peuple », disiez-vous ?

Une étude réalisée entre 2002 et 2006, publiée en 2017 par la revue Intelligence, dénonce un effondrement du quotient intellectuel dans les pays occidentaux (la France y figure au 9ème rang à égalité avec l’Espagne et les Etats-Unis). Le phénomène Neymar, parmi d’autres du même genre, cette euphorie à la fois excessive, artificielle et grégaire, serait-elle le produit d’un affaiblissement général de la culture et de l’intelligence critique?

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Lecture d’été: Napoléon, Jean Tulard, Fayard 1977

Il paraît que l’on enseigne plus, ou si peu, Napoléon au collège et au lycée. Voici une bonne raison pour se replonger dans ce grand classique des biographies de Napoléon. L’ouvrage est complet et didactique en même temps, trouve un bel équilibre entre l’événementiel et la description de la société française de ce temps. Jean Tulard nous fait partager un agréable moment de littérature historique. Ce livre a un immense avantage: il est non idéologique, non partisan, ne cherche pas à nous imposer un jugement de valeur, un point de vue politicien (ce qui est le sommet de la vulgarité et de la bêtise quand on prétend se mêler d’histoire).  Sans revenir à la chronologie, très claire dans cet ouvrage, ni au contenu proprement dit, voici quelques rappels ou considérations éparses que sa lecture m’a inspirés:

  1. Aucune conviction ne tient face à l’ambition et à l’orgueil. On l’oublie souvent: Napoléon est une créature de la Terreur. Venu de l’aristocratie corse, il a bâti sa carrière sur un engagement initial en faveur de l’indépendance de la Corse (pascal Paoli). Puis, avant tout ennemi de la monarchie qu’il exècre, il embrasse la cause jacobine, proche de Robespierre « le jeune » (le frère de Maximilien) et alors partisan résolu de la Convention dans ce qu’elle a eu de plus sanglant. Arrêté pour robespierrisme à la suite de Thermidor, c’est par une sorte de paradoxe étonnant qu’il est devenu par la suite l’icône du camp conservateur. Le grand écart entre la vision contemporaine de Robespierre, généralement considéré comme diabolique, et Napoléon, vu comme un héros de l’histoire, a quelque chose de contradictoire quand on sait que tous deux ont été des alliés jusqu’aux pires moments de la Terreur et la carrière de Napoléon issue en partie de cette alliance.
  2. La force du charisme: Napoléon est un personnage au départ assez banal. Il est maigre, mal habillé,  d’allure complexée, d’une apparence extrêmement simple, voire minable, tel que le décrivent ses contemporains, vêtu d’une gabardine trop grande pour lui, élève et étudiant moyen, même lors de sa scolarité militaire, faible orateur, avec son accent corse. Son « génie politique », n’est pas non plus évident, plus souvent mené par les événements et exploité par d’autres (Barras) que vraiment tacticien et dominateur. Intelligence stratégique sur le champ de bataille? Sans doute mais il est servi par une génération de grands généraux, le dynamisme et la jeunesse d’un peuple, commet lui-même parfois de lourdes erreurs. Non, sa puissance personnelle tient sans doute à autre chose: un étrange et mystérieux charisme. Il envoûte, magnétise, ensorcelle ce qui l’approchent, en particulier ses généraux et ses soldats: la simplicité, le regard, la voix, un rayonnement mystérieux, indescriptible, qualité indéfinissable, propre aux « grands hommes ».
  3. Qu’est ce que le culte de la personnalité? Il en est de deux sortes: au XXIe siècle, la personnalisation du pouvoir est une construction factice, médiatique, sublimation sans fondement de personnages le plus souvent médiocres. A l’évidence, le culte de la personnalité, sous Napoléon, est tout autre chose: le fruit d’une oeuvre gigantesque.  Jusqu’à 1804, Napoléon, ou plutôt Bonaparte, est dans une logique d’héroïsme pur. Le personnage est immense. Il entraîne le pays par son fabuleux rayonnement. Les exploits qu’il accomplit sont sans équivalents dans le monde contemporain. Songeons un peu: en cinq ans, il remodèle en profondeur la carte de l’Europe notamment après Marengo (soumission de l’Autriche, domination sur l’Italie, l’Allemagne occidentale, paix d’Amiens avec la Grande Bretagne). Il accomplit la prouesse gigantesque de pacifier la France, en conciliant les acquis de la Révolution (principe d’égalité, code civil, biens nationaux) et l’essentiel de la France traditionnelle à travers le Concordat et la réhabilitation du christianisme. Après la Révolution, Napoléon réconcilie la France avec elle-même et favorise un grand élan de prospérité. Il fallait le faire…
  4. L’héroïsme est éphémère. Voici un point de vue personnel que nul n’est obligé de partager. A partir de 1804-1805, il me semble que le héros immense, au sommet de sa gloire, bascule dans la démesure. Ainsi parle-t-il après Austerlitz, et un an après son couronnement: « Soldats, la dynastie de Naples a cessé de régner! Son existence était incompatible avec le repos de l’Europe et l’honneur de ma couronne. Marchez, précipitez dans les flots, si tant est qu’ils vous attendent, ces débiles bataillons des tyrans des mers. [A Joseph] « Vous lui direz que je le fais roi de Naples, mais que la moindre hésitation, la moindre incertitude le perd entièrement. Je ne reconnais pour parents que ceux qui me servent. Ceux qui ne s’élèveront pas avec moi ne seront plus de ma famille. J’en fais une famille de rois ou plutôt de vice-rois. » L’esprit humain, quel qu’il soit, est fragile.  Ces paroles ne me paraissent pas être celles d’un homme qui a gardé toute sa lucidité. Elle ne sont pas celles d’un personnage sensé, ayant conservé toute sa raison. Il me semble, à la lecture de ces phrases, que Napoléon, à ce stade, aveuglé par son succès, a perdu pied et que son désastre est déjà en gestation. Je crois qu’il n’est d’héroïsme dans l’histoire que de courte durée, éphémère, le « sauveur » a une mission de quelques mois, quelques années au grand maximum, mais dès qu’il tente d’inscrire son action dans le temps, de s’incruster, de fixer, d’institutionnaliser son héroïsme, il roule à l’abîme entraînant son peuple avec lui.

Maxime TANDONNET

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Carte postale des mégalithes

Voici une petite carte postale de nos vacances dans les mégalithes. Désolé, nous ne connaissions pas… Originaires du Sud-Ouest et de Corse, parisianisés, le mot « vacances » rimait pour nous avec celui de « Sud ». La Bretagne, comme lieu de repos, gagne pourtant à être connue. Le littoral, protégé par d’immense dunes qui s’étirent à l’infini, constellées de petites fleurs rouges et jaunes et ses rochers noirs, est préservé comme nulle part ailleurs. L’océan déploie des palettes de bleu indescriptibles sous une lumière aux mille nuances. La baignade est fraîche au début, mais délicieuse une fois apprivoisée la température de l’eau. Les langoustines et les huîtres abondent, sublimissimes. On y trouve, en accompagnement, d’exceptionnels petits muscadets vieillis en fût de chêne, produits à moins d’une centaine de kilomètres à vol d’oiseau, dont l’existence était insoupçonnable. Dans l’ensemble, les Bretons sont extrêmement accueillants, adorent faire découvrir leur région qu’ils aiment passionnément. Ici, tout est calme et serein, le tourisme de masse, la foule et les embouteillages parisiens n’y ont pas pénétré, même au plus haut de la période estivale. Mais surtout, nous sommes tombés sous le charme des champs de mégalithes de Carnac, Locmariaquer, Erdeven, etc. Ils sont la trace principale, sur le territoire français, de l’époque néolithique, 6000 ans avant JC, qui marque la fin de la préhistoire et l’entrée dans l’histoire avec l’invention de l’agriculture, de l’élevage, la sédentarisation et les premiers villages. Les archéologues n’ont pas réussi à percer le mystère de ces alignements de pierres granitiques qui s’étirent à l’infini, que les hommes ont élevées là au prix d’efforts titanesques. Leur signification est sans doute à la fois politique et religieuse, peut-être expression de la puissance des populations de l’époque pour impressionner d’éventuels envahisseurs, étrange message des hommes du début de la civilisation, ayant traversé plus de 8 millénaires pour parvenir jusqu’à nous. Que voulaient-ils nous dire? Sans doute garderont-ils leur mystère pour l’éternité. A chacun d’entre nous de déchiffrer leur message, de s’en faire l’interprète. Et c’est tant mieux ainsi.

MaximeTANDONNET

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Chute record de popularité: est-ce vraiment « normal »?

Le président de la République connaît une chute record de sa popularité (-10%), de 62% à 52% en un mois selon VSD, c’est-à-dire encore plus forte et plus spectaculaire que celle de tous les anciens chefs de l’Etat avant lui. M. Hollande affirme que le phénomène est « inévitable ». Pour la plupart des commentateurs, les choses sont « normales ». A mes yeux, cette banalisation est au contraire inacceptable.  Elle marque le début d’une débâcle déjà annoncée depuis déjà longtemps. Elle est le signe d’un monstrueux dévoiement des institutions de la République, qui s’accélère de décennie en décennie et précipite la vie politique dans un abîme d’impuissance.

Le chef de l’Etat est en principe élu par le peuple sur un acte de confiance et d’adhésion. Il est l’homme du destin. Dès lors que la confiance s’effondre juste après avoir été accordée, les Français sont victimes d’un dol comme disent les juristes. En principe, le rôle du président est d’incarner le pays, son avenir, sa grandeur, son prestige international, sa sécurité, son destin, dans un esprit d’unité, de sagesse et de vision, de lui donner un cap. C’est cela un chef de l’Etat et rien d’autre. Son premier devoir est d’être populaire, c’est-à-dire reconnu et source d’estime et de confiance. Un président malaimé, voire rejeté par le peuple est le signe d’une rupture de la confiance. Il revient en revanche au Premier ministre et à son gouvernement de définir, d’exprimer, de mettre en oeuvre et d’assumer une politique, donc l’impopularité, avec le soutien et sous le contrôle de l’Assemblée nationale. D’où la distinction entre les fonctions de chef de l’Etat et de Premier ministre ou de gouvernement, vitale pour le bon fonctionnement de la politique nationale.

Mais tout se mélange, tout se confond dans le grand faisceau d’une surexposition médiatique et un étrange courant de bêtise et d’inculture politique notamment dans les plus hautes sphères de l’Etat. Le régime de culte de la personnalité dont la France s’enivre, la France médiatique, politique, élitiste, cette idée qu’un reflet médiatique, l’image du visage d’un homme concentre à elle seule l’ensemble de la responsabilité publique est la porte ouverte vers l’impuissance, l’humiliation et la déchéance. Elle a l’avantage de  la facilité, de la simplicité, mais relève de la plus totale illusion: dans nos société complexe, un seul homme ne maîtrise presque rien. Elle donne l’illusion de l’autorité et de l’efficacité.  Mensonge grossier et vulgaire: en précipitant le visage, censé incarner le pouvoir, dans un abîme d’impopularité (censé être responsable de tout), elle condamne la politique française à la défiance, au dégoût, au rejet populaire, donc inévitablement à la crise d’autorité et de confiance et au gouffre de l’échec permanent. Le même passage de l’idolâtrie hébétée au statut de bouc émissaire national se reproduit, de présidence en présidence, désastreux pour le moral des Français et l’autorité de l’Etat, dans l’aveuglement général… Une lueur de lucidité peut-elle un jour jaillir de quelque part?

Maxime TANDONNET

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Sans cravate?

Que faire un 21 juillet à 20H10 quand il tombe des trombes d’eau sur votre lieu de vacances? Appuyer sur le bouton de télévision! Pour la première fois depuis 8 jours. Journal de TF1. Tiens! Les têtes ont changé là aussi: mode du renouvellement. Surprise, heureuse surprise: une émission consacrée à l’Assemblée nationale! L’esprit de renouveau soufflerait-il vraiment? Tiens! Serait-ce une réflexion, aux heures de grande écoute, sur la nécessité de réhabiliter la démocratie parlementaire? la représentation du peuple? la souveraineté des élus de la Nation? le débat d’idées et de projet démocratique? Que nenni! Le sujet du jour était consacré, pendant une dizaine de minutes, à la réforme du code vestimentaire des députés. Désormais, ceux ci seront dispensés de l’obligation de porter cravate! Voilà tout ce qui intéresse notre époque: l’image, la surface, l’apparence, l’effet de mode… Tout un état d’esprit: l’illusion, le culte de l’enveloppe pour cacher le néant du contenu. Mais quelle importance au fond? Qu’ils viennent débraillés si le souhaitent, voire en pyjama ou en maillot de bain? De fait, dans la vie publique, la cravate est traditionnellement un symbole de sérieux et de respect pour le citoyen-contribuable. Sa mise en cause n’est donc pas de nature à redorer le blason d’une institution, l’Assemblée déjà gravement affaiblie, qui devrait être – en principe – le coeur battant de la démocratie et des libertés. Or, la France n’a jamais eu autant besoin d’un creuset de débat, l’Assemblée, pour contrer le naufrage de la politique française dans l’impuissance et la gesticulation narcissique. TF1, 20H10, fausse joie, éphémère et naïve illusion: la crétinisation de la France est bel et bien en route.

Maxime TANDONNET

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Une affaire d’homme ou de système?

De décennie en décennie, l’écroulement de la vie politique française donne le sentiment de s’accélérer. A chaque fois, c’est la même chose, mais de pire en pire. La période électorale vient juste de s’achever, et déjà la béatitude chancelle et les signes avant-coureurs d’un désastre s’accumulent. 99% des commentaires et avis éclairés des experts interprètent la vie politique à travers les faits et gestes d’une sorte de demi-dieu médiatique. Or, depuis le milieu des années 1970, suivant une pente constante, le politique erre, de faillites en échecs à traiter les problèmes des Français. Au-delà d’une simple affaire de personne, c’est le système politico-médiatique, dans ses profondeurs, qui est aujourd’hui en cause. Tant que la vie politique française se limitera à l’exaltation d’une image annihilant tout le reste – enjeux fondamentaux, peuple, Premier ministre, ministres, parlementaires – le pays continuera à sombrer dans le mensonge et l’immobilisme. De fait, aujourd’hui, c’est la règle du jeu qui doit changer, en finir avec le triomphe de la vanité stérile, de l’impuissance narcissique et réinventer la politique au sens noble du terme, celui du Gouvernement collectif de la cité pour le bien commun. Toute la politique française est à repenser de fond en comble. Il faut réhabiliter l’intelligence politique par l’enseignement de l’histoire: réapprendre aux nouvelles générations comment depuis un siècle, le culte de la personnalité conduit toujours à la médiocrité ou au désastre; combattre, par le débat d’idées, la mégalomanie nihiliste; réhabiliter la modestie et l’humilité dans le gouvernement du pays, une vie publique tournée vers le sens de la vérité, le bien commun, la volonté d’améliorer la réalité; expliquer comment l’autorité et la confiance ne sont jamais une affaire de posture prétentieuse mais bien au contraire, d’exemplarité. A court terme, des solutions pragmatiques permettraient d’amorcer une restauration de la vie politique sans révolution institutionnelle: par exemple faire élire l’Assemblée nationale avant le président de la République. Cette formule marquerait une étape modeste mais significative dans le retour à la souveraineté du Parlement, le pouvoir d’un chef de Gouvernement et de ministres tournés vers l’action et responsables devant lui; un chef de l’Etat qui en soit un, c’est-à-dire impartial, au-dessus de la mêlée, unitaire, visionnaire et emblème de sagesse. Le climat d’abêtissement général est désespérant car nous ne voyons nulle part poindre la moindre lueur de lucidité dans le chaos intellectuel ambiant. Une hystérie chasse l’autre: hier et encore un peu aujourd’hui, l’apothéose idolâtre, demain le lynchage atroce et humiliant que nous sentons déjà poindre. S’enivrer de bêtise et de méchanceté pour ne pas avoir à penser et encore moins à agir. Quand allons nous en sortir?
Maxime TANDONNET

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La dignité d’une démission

La démission est un geste extrêmement rare pour un haut responsable public. En général, le réflexe normal d’un grand patron de l’armée, de l’administration ou de la justice en disgrâce est de s’accrocher le plus longtemps possible à son rocher afin d’en retirer le maximum d’avantages personnels. La démission a une signification forte: mes convictions, mon sens du bien commun sont supérieurs à ma carrière. Je ne suis pas d’accord et j’en tire les conclusions qui s’imposent. Vainement, je cherche dans ma mémoire des exemples de ce type, mais aucun ne me vient à l’esprit. Il doit bien y en avoir, mais ma mémoire me fait ici défaut. Les ministres démissionnaires abondent, mais ce n’est pas la question: le ministre qui quitte son poste volontairement, agit le plus souvent avec une arrière-pensée à l’esprit, notamment celle de se désolidariser d’un fiasco politique et de se lancer dans le projet d’une élection présidentielle. Le haut responsable public qui démissionne est dans une toute autre approche: il sacrifie délibérément sa carrière au nom de sa conception de l’intérêt général, du bien public. Sa vision de l’intérêt général l’emporte sur son intérêt privé. Le message est sulfureux dans une France d’en haut rongée par le culte de l’ego. A l’heure où la vie publique française est plongée dans une vague d’obsession narcissique mélangé à un instinct grégaire qui fait froid dans le dos, le geste de Pierre de Villiers, en écho à la tragédie de la France, est digne d’un homme d’Etat.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Saint Louis, Jean Richard Fayard 1983

Bien entendu, pour une lecture de vacance, dans une petite crique perdue de la Bretagne, le Saint Louis de Jean Richard, paru il y a plus de trois décennies, n’est pas le dernier best seller. Et pourtant, il se trouve d’authentiques trésors dans les bibliothèques familiales que l’on découvre avec ravissement… Impossible de présenter un résumé chronologique de cet ouvrage, mais à sa lecture, quelques observations me sont venues à l’esprit. Saint Louis (1214-1270) est le souverain d’une nation dont la suprématie sur l’Europe et probablement sur le monde est incontestable. Il est « le roi du plus puissant royaume d’Occident ». L’Angleterre de Henri III est alors affaiblie, ayant perdu la plupart  de ses possession en France sous Philippe Auguste et prend garde de ne pas s’attaquer au royaume de France. L’Empire allemand de Frédéric II est déchiré et en guerre larvée avec la papauté. Plusieurs points m’ont fasciné dans le règne de Louis IX étrangement moderne dans ses méthodes de gouvernement:

  • La puissance du plus grand souverain de l’Occident, ou de la Chrétienté, n’a d’égale que son humilité et sa modestie. Il trace une frontière absolue entre sa mission de roi de France, dont il sublime la grandeur, le prestige, et sa propre personne, toute en humilité et en modestie, soumission à Dieu (après sa première croisade en Egypte, il renonce à tout vêtement luxueux). Belle leçon envers nos roitelets contemporains, ivres de leur ego, comme si la vanité était inversement proportionnelle au prestige et à l’intelligence politique réelle.
  • L’obsession de la morale publique et de la vertu des détenteurs de la puissance publique: Louis IX généralise les Enquêtes dans son Royaume et livre une chasse impitoyable à toute forme d’injustice, toute exaction des fonctionnaires royaux, toute forme de corruption ou de détournement de pouvoir. Les coupables sont systématiquement sanctionnés et les victimes dédommagés. La justice est le principe fondamental de son gouvernement. La paix est son objectif prioritaire et les princes, barons, souverains de tout le monde occidental ont recours à son arbitrage. Pourtant, il n’hésite pas à partir en guerre, avec l’armée royale, contre un « grand » auteur d’un crime contre la loi du royaume ou d’un abus contre les populations. Lui-même est capable de se remettre en cause. Il admet la critique sur son comportement et ses propres fautes notamment de ses proches amis, dont Joinville, le témoin de son règne.
  • Le mode de gouvernement de Saint Louis n’est en rien celui d’un autocrate mégalomane. La modestie et l’humilité, du plus grand souverain de l’Occident, ne sont pas que de façade. Etrange contraste entre la puissance et la simplicité et l’humilité. Il ne décide jamais rien tout seul. Tous ses choix sont effectués dans le cadre de son conseil. Suivant les principes de la chevalerie, Louis IX est entouré de barons, dont le nombre et la personnalité diffèrent selon les périodes. Il leur expose les enjeux d’un problèmes, par exemple le lancement d’une « croisade ». Il écoute leurs conseils, renonce dès lors qu’une majorité est en désaccord et fonde ses choix sur l’avis de ses barons, le consensus qui se dégage de leur débat. Le sommet de l’intelligence politique: savoir s’entourer et savoir écouter.
  • Bien sûr, il y a l’image d’Epinal du règne de Louis IX qui en fait un souverain contesté aujourd’hui: les croisades, l’obsession de convertir au christianisme les Musulmans et les Juifs, la chasse aux Lombards, accusés d’usure, les supplices (atroces) infligés aux auteurs de blasphèmes ou de jurons… Mais cette image relève largement de l’anachronisme: comment juger du point de vue contemporain un souverain du XIIIe siècle, dans une société dont la vie quotidienne, politique, spirituelle, est entièrement confondue avec la foi chrétienne comme impératif absolu? Les persécutions que nous ressentons, à l’aune de nos valeurs contemporaines, comme insupportables, s’expliquent (et non pas s’excusent) par des considérations religieuses, en un temps où la religion est tout, et en aucun cas par des motifs raciaux ou ethniques. J’essaye à cette lecture de faire abstraction de cette différence fondamentale d’époque et de valeurs dominantes pour réfléchir à ce qu’il y a de moderne, d’éternel dans le règne de Louis IX,  les leçons à en retenir sur le plan du gouvernement des hommes.

Maxime TANDONNET

NB: Je confirme aux habitués de ce blog et à ses visiteurs mes difficultés présentes avec Internet et leurs demande de bien vouloir m’excuser pour les retards ou les échecs dans le maniement des commentaires.

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Au-delà de la polémique, l’enjeu démographique africain

Ci dessous, ma dernière tribune au Figaro Vox, ce matin, à la suite des déclarations de M. Macron qui ont provoqué une polémique invraisemblable.

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La polémique stérile est devenue une figure imposée de la vie politico-médiatique française. Un mot, une phrase, ressentis comme sortant des sentiers battus de la pensée correcte, et la crise d’hystérie se déclenche. Le psychodrame de la semaine est venu du chef de l’Etat en personne. « Des pays ont encore sept à huit enfants par femme. Vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». Cette déclaration a provoqué un tollé dans une partie de la presse et des médias. Le mot de « racisme » a même été lâché. Ces paroles méritent-elles une pareille accusation? Le sujet de la démographie africaine doit-il relever du tabou absolu?
En vérité, d’après la division des populations de l’ONU, le taux de fécondité moyen de l’Afrique subsaharienne est de 5,4 enfants par femme, contre 1,5 en Europe. Toutefois, il est de 7,6 enfants au Niger, 7,1 en Somalie, 6,8 au Mali et au Tchad. A cet égard, M. Macron n’a fait qu’énoncer une réalité.
D’après les estimations de l’ONU, le nombre d’habitants du continent africain, de 808 millions en 2000 atteint aujourd’hui 1,2 milliard et sera de 4,2 milliards en 2100, soit un tiers de la population mondiale. L’Afrique sera alors 9 fois plus peuplée que l’Europe (500 millions d’habitants). Or, la démographie relève de tendances lourdes, difficiles à infléchir sur une ou deux générations: 41% des Africains ont aujourd’hui moins de 15 ans et rien ne laisse prévoir pour l’instant une baisse de la natalité future.
La croissance économique permettra-t-elle à l’Afrique subsaharienne de nourrir cette population et de vivre dignement? Telle est la vraie question… Or, la course de vitesse entre les courbes de la croissance démographique et de la croissance économique est loin d’être gagnée. Depuis deux ans, la première, de 2,7% par an, excède même la seconde (1,5% en 2016 et 2,5% en 2017 selon la Banque mondiale) même si quelques pays réalisent plus de 7% de croissance économique (Ethiopie, Rwanda, Tanzanie). La pauvreté est globalement en recul en Afrique, mais les inégalités internationales se creusent. Ainsi, selon la banque mondiale, le revenu annuel moyen en France est de $42 250 et celui du Niger de $410: une différence de plus de 1 à 100! 250 millions d’Africains sont sous-alimentés (PNUD). Un tiers des enfants n’est pas scolarisé.
Toute l’histoire de l’humanité démontre que le développement économique et l’accès à la prospérité s’accompagnent d’une transition démographique et d’une chute de la fécondité. Pourquoi l’Afrique subsaharienne ferait-elle exception à ce constat ? Il n’est pas illégitime de souligner, comme l’a fait M. Macron, le lien entre démographie et développement.
L’enjeu est colossal pour l’avenir de la planète. Si l’Afrique ne s’engage pas à la fois dans un processus de stabilisation de sa démographie et de progrès économiques, politiques et sociaux de grande ampleur dans les décennies à venir, ce continent risque de devenir une poudrière. L’émergence de gigantesques métropoles livrées à la misère se traduira alors par une explosion de conflits ethniques et religieux, une montée des fanatismes, de la violence et du terrorisme. L’émigration fournira sans doute une solution à une partie de la population mais elle se heurtera inévitablement aux limites des capacités d’accueil et aux enjeux de cohésion sociale des pays de destination. Si l’Afrique devait sombrer dans le chaos, à l’horizon du siècle à venir, l’Europe y plongerait avec elle. L’avenir de l’Europe et celui de l’Afrique sont indissociables.
Il est entendu que le futur de l’Afrique dépend des Africains eux-mêmes. Cependant, dans un monde global, certaines questions fondamentales relatives à l’Afrique s’imposent aussi à l’échelle planétaire: le volume et la réforme de l’aide au développement ; les règles du commerce international; l’action internationale pour faciliter la modernisation économique, politique et sociale, la stabilisation et la transition démographique du continent africain. L’émancipation de la femme par l’instruction et le contrôle des naissances, notamment, est un sujet de caractère universel qui devrait transcender toute forme de tradition.
L’avenir du continent africain représente sans doute l’un des grands enjeux planétaires du siècle. Le destin de l’Afrique au cœur de l’avenir de l’humanité, mérite mieux qu’un procès en inquisition et une misérable polémique franco-française.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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De pire en pire

Une ère nouvelle devait s’ouvrir, celle de la recomposition ou du renouvellement de la politique française. Non seulement rien n’a changé sur le fond des choses, mais nous assistons impuissants à l’aggravation de ses pires travers, comme la quintessence des dérives de ces dernières décennies. Le phénomène a des causes diverses, dont la dérive des institutions (l’excès de présidentialisme), l’évolution des mentalités (l’ère du vide), la médiatisation à outrance de la politique (la politique spectacle), le déclin de la politique au sens noble du terme, celui de « gouvernement de la cité »:

  • Apothéose du culte narcissique de la personnalité, à un niveau encore jamais atteint depuis plus d’un demi siècle, et qui donne le vertige;
  • Enchaînement des polémiques stériles au jour le jour (la dernière en date, sur l’Afrique);
  • Absence de cap, foisonnement des annonces vagues et contradictoires et des volte-face (réformes fiscales);
  • Fuite permanente du monde des réalités (enjeux de la dette publique, du chômage, de la désindustrialisation, de la réforme de l’Europe, de la crise migratoire);
  • Destruction larvée des sources d’autorité et d’action que sont le Gouvernement, le Premier ministre, les ministres, et le Parlement, noyées dans le reflet médiatique d’un seul individu;
  • Nullité de l’opposition républicaine, obsédée elle aussi par ses querelles mégalomanes, ses ambitions individuelles débiles, plutôt que par la réflexion collective sur un avenir commun;
  • Mépris de la « France d’en haut » dans son ensemble (y compris les partis extrémistes) pour les sentiments et des opinions des gens (exemple sur les jeux olympiques à Paris).

Face à cette évolution tragique, cette marche inexorable vers l’abîme, un sentiment général d’apathie et de fatalisme domine aujourd’hui les esprits. Il n’y aura sans doute pas de révolution, les Français sont trop anesthésiés et indifférents pour cela, mais sûrement de révolte larvée, se traduisant par un dégoût toujours plus grand de la chose publique et le repli individualiste avec le risque de l’arrivée au pouvoir, à terme, dans un climat d’écœurement absolu, d’aventuriers extrémistes, de gauche ou de droite qui plongeront le pays dans un chaos irréversible.

Maxime TANDONNET

 

 

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Politique et religion, le débat

Par Annick Danjou: Colibri, j’ai dit: « On peut être non croyant et non pratiquant sans pour autant être ennemi de l’église » ce qui veut bien dire que la religion a sa place évidemment mais ne doit pas se mêler à la politique. Contrairement [à d’autres] je pense que c’est ce mélange et l’importance actuelle de la religion dans tous les pans de la société qui entraînent les conflits et la haine qui s’installe dans notre pays. Pourquoi considérer que la religion, même catholique qui fait partie de notre culture, devrait accompagner les décisions ou les actes politiques? La religion est personnelle et si nous en sommes arrivés là, c’est bien à cause d’une religion qui s’impose dans notre vie quotidienne et qui personnellement m’indispose par ce qu’elle engendre et représente. Lorsque j’étais jeune, nous n’avions pas ces conflits, nous n’y pensions même pas, à l’école nous étions tous mélangés et personne ne parlait religion, je serai incapable de dire si mes amies de l’époque, au lycée, à la fac étaient catholiques, juifs, musulmans ou athées, ce n’était pas le sujet et c’était parfait. Notre vie était plus sereine.

Réponse de Colibri:

Je vais me faire un peu lourd et insistant. Je ne partage pas le point de vue que le fait religieux doit rester du domaine de la vie personnelle. A ce compte là pourquoi la politique ne resterait-elle pas du domaine de la vie personnelle? L’athéisme? La franc maçonnerie? Le sport? La musique? etc…etc… Je pense que la laïcité c’est organiser et codifier l’existence publique des religions et éviter si possible les débordements mais certainement pas les rendre responsables de tout ce qui ne va pas aujourd’hui. Nous vivons un monde sans foi ni loi et c’est sans doute ce qui pousse des millions de personnes à rejoindre des mouvances religieuses. Nombreux sont ceux qui ne se reconnaissent pas dans la société de consommation. Elle ne leur apporte pas le bonheur et nombreux sont celles et ceux qui cherchent ailleurs à combler un vide intérieur que le culte du corps, de l’épanouissement personnel, de la consommation à tout crin ne comble pas. Un dernier point enfin, comme un train peut en cacher un autre, la religion de l’argent se cache derrière l’affirmation que ce sont les religions qui provoquent les guerres et les conflits en cours. C’est mon point de vue mais j’accepte bien entendu que vous ne le partagiez pas du tout.

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La libération de Mossoul

Une nouvelle heureuse en ce début de l’été 2017: la reprise de Mossoul par l’armée irakienne. Voilà un événement considérable bien sous estimé par l’actualité. L’Etat islamique Daesh est en passe de perdre sa capitale. Cet événement est d’une portée gigantesque dont notre époque ne semble pas avoir pleinement conscience. Il se produit sur le théâtre d’un chaos aux dimensions titanesques: millions de réfugiés, destruction de trésors de l’antiquité, extermination des minorités chrétiennes et yazidies, anéantissement de populations, crimes génocidaires, actes de barbarie d’une cruauté hallucinante. L’armée irakienne soutenue par les Etats-Unis et le monde occidental, y compris la France, est en train de libérer la ville de Mossoul au prix d’une bataille sanglante qui dure depuis huit mois. Peut-être qu’un jour, les historiens compareront la victoire de Mossoul à celle de Stalingrad. Quand la civilisation humaine l’emporte sur la barbarie absolue… (Notons que les radios, ce matin, préfèrent de bien loin parler de l’exclusion de M. Solère des Républicains!)

Maxime TANDONNET

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Questions sur une élection

Un directeur d’une grande société privée française m’adresse un message éloquent:

« Merci pour vos excellentes analyses de la crise politique actuelle – car c’en est une, d’une violence inouïe pour les gens de convictions comme moi, mais les Français encore hypnotisés ne semblent pas en avoir pris conscience. La Vème est à bout de souffle, sous le poids de cette maudite élection présidentielle qui annihile tout débat de fond au profit des questions de personnes et d’apparences. Tout le monde parle de la crise de la droite, mais si les législatives avaient eu lieu en mars, avant la présidentielle, elle aurait eu 400 députés ! Un véritable hold-up démocratique qui durera ce qu’il durera… Le régime devient une dictature souriante, intelligente, mais une dictature quand même ! »

L’élection du chef de l’Etat au suffrage universel se comprenait sans doute en 1962, dans un tout autre contexte. Aujourd’hui, avec la médiatisation à outrance de la vie politique, le triomphe du spectacle, de l’émotion et des images, la disparition des hommes d’Etat au profit des communicants, la montée de la médiocrité intellectuelle et morale dans la classe dirigeante, il est pertinent de s’interroger sur le bienfondé de l’élection au suffrage universel du président de la République qui écrase l’élection législative et le débat d’idées, au cœur de toute démocratie. Le sujet est profondément tabou, inaudible. Il fait partie de « vaches sacrées » intouchables. Sans doute est-il irréaliste de songer à revenir sur le principe de l’élection du président au suffrage universel quelles qu’en soient les conséquences nuisibles. Mais qu’au moins, tout honnête homme ou femme puisse ouvrir les yeux sur un phénomène qui corrompt la vie démocratique française et s’interroger sur la possibilité de concilier l’élection du chef de l’Etat par le peuple avec des solutions de rééquilibrage des institutions destinées à rétablir la démocratie.

Maxime TANDONNET

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Les causes d’un échec (Atlantico)

Hier, le site Atlantico m’a fait revenir, avec M. Edouard Husson, sur les raisons de la défaite du camp républicain en 2017 (voir ci-dessous). Comprendre le passé pour préparer l’avenir. Il me semble que la politique française  combine à un degré jamais atteint l’instinct grégaire, la lâcheté, le cynisme et la mégalomanie. La déloyauté, la sournoiserie, l’opportunisme, les coups de bluff, dans l’aveuglement général, ne sont plus l’exception mais la règle banalisée et admise. La relève? L’espérance? Qu’une poignée d’hommes et de femmes  honnêtes, parmi les républicains modérés, se lèvent et s’unissent pour dire sans ambages la simple vérité aux Français sur la nature de l’évolution politique en cours depuis des décennies, le nihilisme narcissique, en les regardant droit dans les yeux, avec l’ambition, à long terme, de remettre la vie publique au service de l’intérêt général et lui seul. Ce serait peu et énorme à la fois. Mais j’en suis à me demander sincèrement si dans ce pays, à l’exception de quelques intellectuels maudits, la flamme de la lucidité brûle encore quelque part.

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1-​Selon un sondage Ipsos Le Monde publié en 2016, 88% des français considèrent que la France « a besoin d’un vrai chef pour remettre de l’ordre, alors que 84% d’entre eux pensent que l’autorité est une valeur qui est trop souvent critiquée. Dans le même temps, un nouveau sondage Ipsos Sopra Steria indique que 65% de français estiment qu’il y a trop d’étrangers, 61% pensent que ces derniers ne sont font pas assez d’efforts pour s’intégrer, et que seuls 40% d’entre eux considèrent que l’Islam est compatible avec les valeurs de la société française. Au regard de tels résultats, comment expliquer la victoire d’Emmanuel Macron sur des valeurs telles que le « progressisme  » ou la « tolérance » ou, plus frontalement, comment expliquer que les candidats qui ont porté des thèmes apparaissant comme majoritaires ne sont pas parvenus à remporter la Présidentielle ?

 Il faut remarquer qu’Emmanuel Macron a été élu avec un niveau d’adhésion au premier tour assez faible : 17% des électeurs inscrits. Idem aux législatives : compte tenu du taux d’abstention considérable, de plus de 50%, En Marche a obtenu une majorité absolue en sièges à l’Assemblée nationale avec 16% des participants. Le camp conservateur était probablement majoritaire dans le pays en termes d’idées. Il a perdu en raison de la puissance électorale du fn de 20 à 25 qui lui enlève une grande partie de son potentiel. Depuis 1980, c’est à cela que sert le fn très médiatisé : faire perdre le camp républicain. Il a perdu aussi en raison du gigantesque scandale touchant François Fillon, qui a broyé le débat d’idées. De fait les questions de fond ont été totalement évacuées de cette campagne présidentielle. C’est là toute l’absurdité du présidentialisme français. On vote pour une image, en fonction des passions du moment, attisées par les médias. Les idées et les projets n’ont plus grand-chose à voir avec le scrutin dans un contexte de conditionnement collectif qui fait peine à voir…

2- Quels ont été les erreurs commises par ces candidats « conservateurs » vis à vis de l’électorat ? Faut il y voir une incapacité d’apparaître comme des candidats « acceptables », un trop plein d’idéologique, ou de « populisme » ? Quel a été le rôle des personnalités elles mêmes dans cette défaite ?

 En dehors des maladresses de communication lors du scandale, oui de nombreuses erreurs ont été commises. Le candidat républicain, à mon sens, en a trop fait sur l’aspect identité chrétienne, par exemple quand il a déclaré « je suis chrétien ». C’est peut-être vrai mais ce n’est pas l’objet de l’élection présidentielle, dans une République indivisible et laïque. On n’imagine pas le général de Gaulle, catholique pratiquant, déclarer lors des présidentielles de 1965 « je suis chrétien ». La religion est personnelle. Et puis, peu importe la croyance d’un candidat, la seule chose qui doit compter, dans une République démocratique, c’est l’orientation politique qu’il donne, la ligne qu’il entend faire suivre au pays. Donc, il me semble que M. Fillon s’est trop enfermé dans une posture traditionnelle. Un candidat aux présidentielles devrait parler de sa vision du pays, et le moins possible de lui-même. Il aurait pu parler davantage de la politique migratoire de la France et de l’intégration des populations étrangères dans notre pays. Il avait un excellent programme pour cela. Un discours de réalisme et de fermeté, foncièrement républicain est possible sur ces sujets, sans dériver dans l’identitaire, le « je suis chrétien » maladroit dans une République qui ne reconnaît aucune distinction d’origine ni de religion. Je pense que in fine, cela l’a desservi.

  1. Inversement, et toujours au regard de ces sondages, comment expliquer que la majorité des électeurs aient pu porter la victoire d’Emmanuel Macron, incarnant volontairement le ni-droite ni-gauche, ou le « pragmatisme » face à l’idéologie ? Comment LREM a t elle pu séduire ces électeurs « majoritaires » ? 

Encore une fois, il faut relativiser l’adhésion initiale à LREM qui a bénéficié du contexte chaotique de 2017. Mais je crois surtout que le principe du succès de ce mouvement tient en un mot : le dégagisme. L’affaire Fillon est venue après une succession de scandales qui profondément traumatisé les Français : DSK, Cahuzac, Thévenou, « les sans dents », les livres de confidence du président Hollande, puis, cerise sur le gâteau, cet épouvantable psycho-drame qui a entaché les présidentielles. Il me semble que les votes de 2017, présidentielles puis législatives, ont été dominés par un immense mouvement d’humeur contre la classe politique. M. Macron a su avec un talent formidable, incarner le renouvellement à un moment donné. Sur cette vague de mécontentement, il a triomphé. Toutefois les visages ont changé mais les problèmes et les inquiétudes des Français demeurent. A aucun moment, sur un cycle électoral de six mois, les questions de fond n’ont été abordées. Tout s’est joué sur fond de polémiques, de postures et d’images. Nous sommes encore dans la phase d’éblouissement. Mais la France risque de payer un jour ces élections sans débat démocratique.

 

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Détestable moquerie

Une jolie phrase trouvée chez la Bruyère (Les caractères): « La moquerie est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins ». Un site Internet, à caractère plus ou moins officiel, publie chaque année les « perles du bac ». Il n’est pas interdit de s’interroger sur cette curieuse manie d’ironiser sur les perles, parfois révélatrices d’une incroyable faillite de l’enseignement du français, de l’histoire et de la philo. La responsabilité n’en incombe sûrement pas aux lycéens mais aux responsables publics, depuis des décennies qui ont favorisé, sciemment ou inconsciemment, la chute des connaissances et des savoir-faire dans ces domaines. Et c’est d’eux qu’il conviendrait de se moquer… Et si je répercute ci-dessous ces perles trouvées sur Internet, ce n’est pas pour ajouter de l’ironie à l’ironie. Bien au contraire, certaines de ces perles (quelques unes, pas toutes), jugées ridicules par ceux qui ont pris l’initiative de les publier, sont étrangement imprégnées d’un bon sens voire d’un humour évident qui fait défaut à nombre de donneurs de leçons sur la place publique!

Maxime TANDONNET

Les perles des copies du bac session 2017

  • Pour se libérer de sa culture, il faut tout d’abord oublier tout ce que l’on sait. Ainsi nous devenons stupides mais libre, et c’est peut-être mieux comme ça.
  • Une œuvre d’art c’est comme une jolie fille, c’est beau à regarder mais interdit de toucher.
  • Macron a tout pour être un bon président : il est beau, il est jeune, il est intelligent et il s’habille bien pour séduire les électeurs et surtout les électrices.
  • Mais nous ne sommes pas dupes ! La beauté d’une œuvre se détermine surtout par son prix de vente. Ce qui est cher est beau, et ce qui n’est pas cher n’est pas beau. Tout le reste n’est que baliverne et futilité.
  • Je peux prendre l’exemple de l’affaire François Fillon pour illustrer ma démonstration. Il avait tous les droits d’avoir des costumes gratuits, mais ce n’était pas juste aux yeux du peuple et de la plupart des gens qui ne peuvent même pas aller faire les courses et acheter des chaussures pour leurs enfants.
  • La France a connu trois présidents de la république depuis 1946 : Le Général de Gaulle, Sarkozy et François Hollande.
  • Le premier ministre représente l’Etat, qui est lui-même représenté par le gouvernement du président de la république et par l’administration qui permet de créer les lois.
  • La plupart des fonctionnaires sont inutiles en France et coûtent trop cher. Sauf peut-être les professeurs de lycée et collège qui font un travail vraiment incroyable et qui ne sont pas assez payés.
  • Pour un communiste, un socialiste est en fait un marxiste, alors que pour un socialiste, un communiste est en réalité un syndicaliste. Alors qu’en vérité, le marxisme est très proche du communisme, et le socialisme n’est pas tant éloigné que ça du syndicalisme. Ce sont des concepts très ressemblants, mais qui peuvent éventuellement symboliser des concepts en réalité très éloignés selon le point de vue et la position de chacun.
  • Je n’irai pas jusqu’à dire que la justice c’est de la poudre de perlimpinpin, mais cela reste un sujet à débattre.
  • Le trou de la sécu est de plus en plus grand, au point que la France tout entière va bientôt tomber dedans.
  • Depuis 1946 de nombreux moments de joie se sont succédés dans la politique française, avec l’élection de Sarkozy par exemple, et celle de Mitterrand 5 ans avant.
  • Il n’est pas nécessaire d’être un homme riche pour être un homme libre. Comme l’a dit un grand philosophe, il vaut mieux être un peu malade que beaucoup mort.
  • La richesse de l’âme n’a de grandeur que le montant du compte bancaire.
  • Rendre la raison c’est retomber sur terre. Mais la raison c’est surtout quelque chose qui se passe dans notre cerveau, donc ce n’est pas forcément sur terre. Du coup la question n’est pas évidente et cela complique l’analyse.
  • Benoit Hamon avait une très bonne idée avec le « revenu universel », cela nous aurai permit de vivre sans aller travailler. Et c’est quand même la base du bonheur.
  • La loi, la liberté, n’est-ce pas, au final, que de la poudre de perlimpinpin lancé aux yeux du peuple pour mieux le contrôler ?
  • Ce n’est pas la raison qui peut rendre raison de tout, c’est juste qu’à la fin, personne n’a raison et tout le monde meurt.

 

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Le Congrès de Versailles

Ci-dessous, l’analyse historique et institutionnelle que j’ai faite, pour Figaro Vox, de la réunion du Congrès de Versailles le 3 juillet, dans des conditions qui sont sans précédent.

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Le Congrès de Versailles, réunissant l’Assemblée nationale et le Sénat, n’est pas une institution nouvelle. Il a été créé par la Constitution de 1875, établissant la IIIe République. Sous la IIIe et la IVe république, il servait, en principe tous les sept ans, à élire le président de la République. Sous la Ve république, son rôle a été profondément transformé. Le chef de l’État était élu par un collège élargi de grands électeurs, puis à partir de 1962, au suffrage universel. Le Congrès servait désormais à voter les modifications constitutionnelles, chaque fois que le Gouvernement renonçait à soumettre ces dernières au référendum.

Depuis la révision constitutionnelle de 2008, commencée par le président Sarkozy, le chef de l’État est autorisé à s’exprimer devant le Congrès. Cette réforme, d’apparence anodine, aboutissait à rompre avec une tradition républicaine fondamentale. Depuis 1873 et la présidence d’Adolphe Thiers, au titre de la séparation des pouvoirs, le président de la république ne devait en aucun cas s’exprimer directement devant la Chambre. Nicolas Sarkozy a fait usage de cette nouvelle possibilité en juin 2009, pour annoncer son «grand emprunt», et François Hollande en novembre 2015, à la suite de l’attentat du Bataclan. Emmanuel Macron innove en étant le premier président de la République, depuis la réforme constitutionnelle de 2008, à ouvrir son mandat par une déclaration devant le Congrès. Par ce geste solennel, il franchit un nouveau palier dans la présidentialisation du régime qu’il porte à un niveau jamais atteint ni par Sarkozy, ni par Hollande.

À l’origine, la Constitution de 1958 créait un régime «semi-présidentiel» fondé sur un équilibre entre les pouvoirs. Le président de la République se présentait comme une autorité supérieure, impartiale, incarnation de l’unité, de la sécurité et du destin de la Nation, élu pour sept ans (article 5). Le Premier ministre disposait d’un rôle fondamental, complémentaire de celui du chef de l’État. Il était chargé de gouverner le pays, de mettre en œuvre la politique économique et sociale de la Nation, avec le soutien de sa majorité à l’Assemblée, et sous le contrôle du parlement (article 20 et 21). Le Premier ministre et ses ministres avaient seuls la mission de présenter et de défendre la politique du Gouvernement devant l’Assemblée nationale et le Sénat. La répartition des rôles variait en fonction de la personnalité des présidents et de leur premier ministre: de Gaulle/Pompidou, Giscard d’Estaing/Barre, Mitterrand/Mauroy, Mitterrand/Rocard, etc. Mais dans les grandes lignes, le partage entre les missions de nature présidentielle (long terme, politique étrangère et de défense) et l’action gouvernementale, la conduite d’une politique, se trouvait respecté.

Les années 2000 ont ouvert la voie à un processus de présidentialisation du régime qui voit le pouvoir présidentiel écraser tout autre pôle de responsabilité politique.

Déjà, le passage du septennat au quinquennat a bouleversé les équilibres politiques. Le président de la République, élu juste avant l’Assemblée nationale, pour un mandat coïncidant avec celui des députés, devenait de facto le chef de la majorité parlementaire, responsable de la mise en œuvre de son propre programme. Dès lors, le président de la République perdait son rôle de sage au-dessus de la mêlée, se substituant au chef de Gouvernement dont la mission se trouvait considérablement amoindrie. La prise de parole du président de la République devant le Congrès, notamment en début de quinquennat, marque une étape nouvelle, décisive, dans la présidentialisation du régime. Autant sur le plan du symbole que de la pratique, il s’impose à lui tout seul comme l’incarnation d’une politique gouvernementale face au Parlement, à la place du Premier ministre qui parlera après lui. De fait, le chef de l’Etat se substitue ainsi au chef de gouvernement dans l’exercice traditionnel de la déclaration de politique générale.

Le quinquennat qui s’ouvre en 2017 semble ainsi porter à son paroxysme une présidentialisation engagée par les deux précédents qui tend vers la disparition de fait (et un jour peut-être, de droit), du poste de premier ministre. Est-ce un bien, est-ce un mal? Le phénomène de l’hyper-présidence s’inscrit dans la tradition française de l’homme providentiel. L’image du chef unique renvoie, dans l’inconscient collectif, à celle de l’autorité, du pouvoir sans partage. La médiatisation de la politique, devenue un grand spectacle quotidien, centrée sur un seul homme, décuple la personnalisation du pouvoir. Pourtant, au-delà des illusions, l’hyper-présidence n’est aucun cas une garantie d’efficacité ni d’autorité de l’État, bien au contraire. La concentration du pouvoir à l’Élysée a pour effet de démotiver et déresponsabiliser les autres pôles de décision. Mais surtout, élu sur une image, dont il tient sa légitimité, le président de la République aura inévitablement pour priorité de préserver celle-ci, voire de l’améliorer, surtout s’il entend briguer un second mandat. Consciemment ou inconsciemment, cette inclination l’emportera toujours sur l’intérêt général du pays. L’hyper-présidence, en tant que système de pouvoir, favorise inévitablement la communication, les postures et les illusions au détriment des choix de gouvernement et de la confrontation avec la réalité. L’hyper-présidence, fondée sur une forme d’idolâtrie médiatique, à la fois fragile et superficielle, risque à tout moment de basculer dans le rejet et le lynchage d’un président devenu bouc émissaire et d’engendrer ainsi une crise de confiance.

Depuis des décennies, il manque cruellement à la France un chef de l’État au sens le plus noble du terme, autorité morale au-dessus de la mêlée, visionnaire, impartial, exemplaire, incarnation du pays, parole de la Nation et symbole de confiance. Il lui manque aussi un Premier ministre puissant, autoritaire, responsable de ses choix, capable d’assumer le risque de profondes réformes. Il lui manque enfin un Parlement respecté, indépendant, représentatif du pays, expression de la démocratie, chargé de soutenir et de contrôler la politique du Gouvernement.

Le débat sur la «VIe République» est totalement biaisé: nous sommes déjà sous une VIe République, fausse imitation du régime américain, qui n’a strictement plus aucun rapport avec la Ve République du général de Gaulle! Cette dérive politique, de décennie en décennie, facteur d’indécision, d’immobilisme, et de fuite dans la posture, explique en partie le décrochage de la France en Europe et dans le monde. De fait, le bon sens devrait conduire à un retour aux fondamentaux de la Ve République, à un septennat, rendu non renouvelable, à un rééquilibrage des pouvoirs, à parts égales entre le chef de l’État, le Gouvernement et le Parlement. Mais dans l’aveuglement, la béatitude, l’abêtissement général et la dictature des illusions, qui y songerait?

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Le pouvoir rend-il fou?

Avertissement: le billet ci-dessous procède d’une réflexion générale et historique, et ne s’applique à aucune situation particulière.

« Le pouvoir rend fou et le pouvoir absolu rend absolument fou ». Le cerveau humain est fragile. Il est dominé par de puissantes passions qui agissent comme les courants des profondeurs marines: parmi ceux là, la vanité l’emporte sur tous les autres. L’idée du pouvoir suprême, de la place de premier à la tête d’un groupe social est de nature à provoquer un choc  et des dégâts vertigineux au niveau de la conscience, de la lucidité, de la vision du monde, du sens des réalités et du bien commun, favoriser le glissement dans un monde parallèle. Le chemin qui mène à l’hôpital psychiatrique n’est jamais très éloigné de n’importe quel trône. Pour résister dans ces conditions, il faut une personnalité hors normes, une intelligence visionnaire, une culture et une éducation exceptionnelles permettant de relativiser les choses, de sentir la vanité du monde auquel on appartient, la finitude de l’existence entre les deux infinis (Pascal). Les rois de France étaient élevés dans l’idée de leur humilité, notamment à travers la soumission au divin, jusqu’à ce que la dernière dynastie s’égare à son tour: la chute de Louis XVI et son assassinat sont en germes dans la magnificence du règne de Louis XIV. Enfin, tel est mon avis. les grands esprits d’une envergure exceptionnelle, nourris des humanités, capable de dominer par l’intelligence, la culture personnelle ou la foi en Dieu l’extrême violence des pulsions mégalomanes, n’existent probablement pas dans le monde moderne dominé par le nihilisme, l’ivresse de l’émotionnel et les néons aveuglants du spectacle médiatique. L’unique solution serait de concevoir des formes de pouvoir qui permettent d’enfermer les passions vaniteuses dans le principe d’une démocratie équilibrée, modeste, et d’une œuvre collective tournée vers l’intérêt général. Autrefois, cela s’appelait la République, la res publica, la chose publique, mais celle-ci, en France, dans le climat de conformisme et de bêtise ambiant, est devenue hélas un mot galvaudé, servi à toutes les sauces, tellement banalisé que largement privé de sens.

Merci de tout cœur à d’éventuels commentaires de respecter le caractère général, historique et anonyme de ce billet: il porte sur toute forme de pouvoir personnalisé à l’excès et en aucun cas sur telle ou telle situation particulière.  

Maxime TANDONNET

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Et après?

La vie politique française se trouve dans une nouvelle impasse qui s’amplifie de décennie en décennie: narcissisme, posture,  coups médiatiques, polémique stérile, aggravant la fracture démocratique entre la classe dirigeante et les Français. Après le « renouvellement » complet des visages que restera-t-il? La question ne se posera plus en termes de simple alternance des hommes et des femmes,  mais de transformation d’un système, d’un mode de gouvernement, d’un état d’esprit. Le vrai sujet sera la restauration de la res publica, de l’esprit public. Il faudra abolir le système de l’hyper-présidentialisme, la sublimation médiatisée d’un personnage pour masquer tout le reste,  qui pousse un pays à l’abêtissement et l’impuissance collective;  en finir avec toute forme de culte de la personnalité pour réhabiliter le bien commun; organiser un débat et une consultation nationale sur la réforme politique; repenser en profondeur le mode de désignation des dirigeants politiques, la démocratie locale, l’équilibre entre les pôles de pouvoirs présidentiels, gouvernementaux, législatifs, judiciaires, nationaux et européens; restaurer les  notions de volonté générale, de Gouvernement et de choix en faveur de l’intérêt public; bref réinventer la politique, au sens noble du terme. Dans quelque temps, le pays va se trouver au pied du mur. Il est de notre devoir de s’y préparer à travers une remise en cause globale, une réflexion sur la transformation profonde de la politique française qui s’impose, dans le sens de l’intérêt général, de l’action pour le bien commun et de la démocratie. L’idée n’est pas d’inventer une solution miracle à tous les problèmes – qui n’existe pas –  mais de replacer la France sur de bons rails. La grande question n’est plus celle du choix des acteurs mais celle de la règle du jeu. Ouvrir ce chantier, d’une extrême difficulté, celui de la restauration de la res publica,  devrait être l’objectif prioritaire de l’opposition républicaine.

Maxime TANDONNET

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Le Congrès et l’hyperprésidentialisme

La possibilité pour le président de la République de s’exprimer devant le Congrès, l’Assemblée et le Sénat réunis à Versailles, a été introduite dans la Constitution en 2008. Cette réforme, rompant avec une tradition républicaine qui remonte à 1873, a une apparence toute sympathique. Elle met fin à un cloisonnement entre l’autorité élyséenne et le pouvoir législatif. Elle va dans le sens de la fluidité, de l’échange, de la transparence. Mais dans les profondeurs du mode de gouvernance du pays, elle est gravement nocive, consacrant l’hyper-présidentialisation du régime, un chef de l’Etat qui se substitue au Premier ministre, y compris dans ses rapports avec le Parlement. Le président devient ainsi, avec l’hyper-présidentialisme, le Gouvernement à lui tout seul, l’incarnation d’un programme, d’une politique, ou d’une non politique. Il s’impose comme le seul comptable des échecs et des déceptions inévitables, donc le bouc émissaire naturel du pays. Il perd la hauteur et la distance, source d’une sagesse, d’une vision, d’une impartialité, qui devraient faire la richesse naturelle de la fonction présidentielle. Pendant 5 ans, il incarne à lui seul le pouvoir mais il est irresponsable de ses actes, de ses paroles et de ses décisions – ou de ses non-décisions. Le pouvoir, ou l’apparence du pouvoir, sans la responsabilité personnelle, est le cercueil de toute démocratie. Pour échapper à la mise à mort programmée, dans un monde aussi difficile et complexe, où les miracles n’existent pas, il n’a pas d’autres ressources que de fuir dans la communication, la posture médiatique ou la polémique jouer sur le lavage de cerveau médiatique, sur la supposée crédulité ou naïveté ambiante. L’hyper-présidentialisme a l’apparence de l’autorité, à travers le mythe du chef. En vérité, il détruit l’autorité et l’efficacité. Mais cela n’aura qu’un temps car – c’est toujours la même chose – les Français, les « gens » comme on dit dans les hautes sphères, sont bien plus lucides qu’on ne le croit généralement.  La logique vénéneuse d’un système politique rendu débile est déjà à l’œuvre.

Maxime TANDONNET

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Fausse route

Mme Pécresse et M. Wauquiez seraient tous deux candidats pour prendre la tête de LR, l’une version chiraquienne et l’autre « droitisation ». Tous deux, je les connais un peu. Valérie est une ancienne camarade de « promo » et Laurent m’a reçu à l’Assemblée et à dîner. Tous deux sont  simples, charmants, intelligents. Mais à mes yeux, ils font fausse route. Après une débâcle sans précédent historique du camp des républicains modérés, ils reproduisent les errements qui l’ont conduit au désastre. L’image de la guerre des chefs est dévastatrice.  Chirac/VGE,  Chirac/ Balladur, Sarkozy/Villepin, Copé/Fillon, Fillon/Juppé/Sarkozy. Et maintenant nous aurions Pécresse/Wauquiez? Je ne crois guère au succès de l’expérience Macron, malgré tout ce qu’elle a aujourd’hui  de sympathique et de vivifiant. Elle me semble reproduire les causes profondes de l’échec de toutes les présidences: vider de leur substance les outils de l’exercice du pouvoir, les leviers de la puissance publique et de l’autorité –  le Premier ministre, le Gouvernement, le Parlement – au profit de l’image sublimée d’un visage médiatique, devenu l’enjeu suprême de la vie publique. C’est tout autre chose qu’il faudrait faire: en finir une fois pour toutes avec guerres des chefs et que les présidents de régions et de départements, les maires de grandes villes du camp des républicains modérés se réunissent et se mettent à l’écoute de la Nation, notamment de ses 84% de Français qui n’ont pas voté pour un candidat d’En Marche et se voient plongés dans le désarroi. Le temps est à la réflexion et non à la conquête des postes qui ronge le pays et l’a entraîné sur un champ de ruines. Quelles erreurs avons-nous commis pour être ainsi rejetés? Et comment préparer l’avenir en commun, collectivement, renouer avec la politique au sens noble du terme, le Gouvernement de la cité en vue du bien commun? Comment restaurer la démocratie française,  l’autorité de l’Etat, réhabiliter le discours de la vérité, répondre aux angoisses et aux souffrances de la Nation? Déjà, cinq ans à l’avance, la nouvelle empoignade pourrait donner le sentiment que certains pensent aux prochaines présidentielles plutôt qu’ à la France! Erreur tragique, source de tous nos maux.

Maxime TANDONNET

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La purge

Mme Natacha Polony vient, paraît-il, d’être limogée d’Europe 1. Il fallait s’y attendre: la jeune femme tient un discours différent de la parole et de la pensée officielles régnant sur les grands médias nationaux – TF1, France 2 et 3, RTL, Europe 1, France Inter, BFM – à propos de tous les sujets importants: multiculturalisme, effacement des frontières, de l’autorité et de l’Etat-nation, euphorie politique ambiante. Elle met en cause jusqu’au matraquage médiatique et l’enrégimentement actuel des cerveaux. En voici un échantillon: « Ne sentez-vous pas cet air nouveau, cette fraîcheur qui fait de la France un pays désirable et plein d’élan? Les commentateurs, cette semaine, rivalisaient d’originalité. On vante son «pouvoir d’attraction», cette façon de «secouer une torpeur». Tel ancien ministre de l’Économie semble nous dire, comme Jack Lang en mai 1981, que «la France est passée de l’ombre à la lumière». L’Europe aussi. Oui, même l’Europe, aujourd’hui, «pense printemps». Ceux qui croyaient que le rôle des médias dans le débat démocratique est de mettre en perspective, de donner les éléments intellectuels et factuels qui permettent de percer la surface des événements, sont de doux utopistes. Intelligence: du latin inter-ligere : relier les choses entre elles (l’imbécile dit «je ne vois pas le rapport»). Mais il y a longtemps qu’on n’exige plus le latin dans le cursus honorum du commentateur professionnel. » Sa liberté de ton et de pensée sont intolérables, quasi-criminels  sur les ondes dominantes: syndrome du mouton noir. Sa séduction et sa beauté physique représentent une circonstance aggravante. Le discours « néo-réactionnaire », porté par une jolie femme au charme rayonnant? voilà qui perturbe les schémas de la pensée dominante, jette un trouble sur les esprits, comme une note discordante, un caillou dans la mare. Il fallait qu’elle soit expurgée, d’urgence. C’est fait. Notons le silence apeuré de l’ensemble du monde politico-médiatique et intellectuel – sauf, Michel Onfray semble-t-il –  devant cet acte de censure. Une mécanique d’écrasement de l’intelligence et de la liberté est en marche et plus rien ne l’arrêtera dans un pays soumis et en abêtissement accéléré.

Maxime TANDONNET

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Quand l’obsession des affaires détruit la politique

Dernière contribution au Figaro Vox:

Une grave crise politique secoue la France à l’issue d’une double élection présidentielle/législative : un record de vitesse absolu dans l’histoire de la Ve République. Et cette crise est de grande ampleur : la démission des ténors du Modem, M. François Bayrou, Mme Sarnez et Mme Goulard, qui occupaient des postes clés au gouvernement, ébranle un pilier du dispositif de conquête de l’Elysée et du Palais Bourbon qui a si bien fonctionné en ralliant l’opinion centriste. Les sources même d’un succès se trouvent donc altérées au risque d’indisposer les électeurs qui ont accordé leur confiance au tandem En Marche-Modem.

Les affaires sont déjà de retour. Les leaders du parti de M. Bayrou sont accusés d’emploi fictif. Aucune condamnation, cela va s’en dire, n’a été prononcée et les démissions sont intervenues avant même d’éventuelles mises en examen. Un simple soupçon, concernant des pratiques certes illégales, mais hors enrichissement personnel, suffit donc à provoquer une grave secousse politique. L’image du nouveau pouvoir, qui tient avant tout sa légitimité du renouvellement et de la recomposition politique, se voit donc profondément salie.

Certes il est parfaitement légitime que les politiques ayant commis des fautes soient sanctionnés sur un plan personnel, au même titre que n’importe quel citoyen coupable d’une infraction. Mais la question qui se trouve posée aujourd’hui est d’une toute autre nature : celle de la paralysie continue du pouvoir politique par l’obsession de la vertu.

La France n’en sort pas. Les « affaires » et la pureté des dirigeants tournent à l’obsession et étouffent toutes les autres questions. Dans une sorte de roulement continu, les scandales s’enchaînent les uns aux autres, écrasant la vie publique. Depuis 2011, une tornade sans fin de mises en cause du comportement des responsables politique semble emporter la politique française : DSK, Cahuzac, Thévenoud, « Merci pour ce moment » et ses suites, Bygmalion au centre des primaires…Les présidentielles de 2017 ont été broyées par le « Fillongate ». Et puis aujourd’hui, voici le nouveau pouvoir, mandaté pour assainir la vie politique, pour changer son visage, frappé à son tour par le scandale.

Une hystérie chasse l’autre. Un jour, la France médiatique s’enivre d’optimisme, de jeunesse, d’euphorie, d’exaltation, de jubilation, de culte de la personnalité. Le lendemain, elle bascule dans le soupçon, l’accusation, le lynchage, le passage à tabac, la quête de boucs émissaires. A l’image d’un Robespierre, elle a soif de vertu, de sang et de têtes qui tombent. Les idoles et les héros du matin se métamorphosent le soir en pestiférés.

Et tout le reste disparaît car cette quête de la pureté relègue au second plan les enjeux vitaux pour le pays. L’obsession de la vertu en politique renverse le cours de l’histoire politique, bouscule les logiques électorales, déstabilise les gouvernements les plus fraîchement désignés. Elle exprime la fuite de la vie publique dans l’émotion, l’image et le spectacle permanent, la personnalisation des choses au détriment de la politique au sens noble du terme : le gouvernement de la cité.

La France, en deux ans a été ensanglantée par le terrorisme et vit sous la menace de nouveaux attentats. Le pays compte toujours 3,5 à 5,5 millions de chômeurs. Il est déchiré par l’exclusion, la crise des cités sensibles et de l’éducation nationale, la violence quotidienne, le danger du communautarisme, la pauvreté, la crise migratoire européenne. Il est confronté à une situation internationale chaotique, au retour de la guerre froide, au risque d’une déstabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique par le djihadisme. Mais ces questions décisives pour l’avenir du pays s’effacent de l’actualité, étouffées par l’obsession de la vertu.

Consciemment ou inconsciemment, cette fixation obsessionnelle de la France médiatisée sur la vertu des politiques reflète une tendance à l’anéantissement de la volonté générale, de la notion de gouvernement et de choix collectif. En neutralisant le politique c’est-à-dire la maîtrise du destin, elle tend à livrer le pays au laisser-faire, à l’indécision et au chaos. Au fond, ce qui est en cause, c’est l’autorité du politique, du suffrage universel, donc la démocratie. Et ces événements ne peuvent qu’amplifier le discrédit populaire envers la chose publique, qui s’exprime dans un niveau d’abstentionnisme phénoménal.

 

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Un étrange silence

Le silence absolu du président Sarkozy a quelque chose d’étonnant. Lui qui parlait toujours se tait alors que des événements décisifs sont en cours, pour le pays et pour sa « famille politique » comme il disait. Il a consacré l’essentiel de sa vie à la France, cinq ans ministre, cinq ans chef de l’Etat mais aujourd’hui, dans le grand chaos politique qui règne, il ne dit plus rien. Pourtant, la France a besoin, dans le maelström actuel, la décomposition générale des partis et des esprits, un peuple qui ne sait absolument plus où il en est, d’une voix d’expérience qui pourrait être celle d’un ancien chef de l’Etat désormais au-dessus de la mêlée. Alors, pourquoi se silence? Plusieurs hypothèses:

  • L’instinct du grand fauve politique: il attendrait que le pays touche au fond de l’abîme, le chaos et de la violence pour se présenter en « recours »? Improbable, après le coup reçu sur la tête en novembre dernier.
  • Il éprouverait une secrète séduction pour l’expérience en cours, notamment le jeu des manœuvres politiciennes, qu’il peut difficilement déclarer. Ce sont les rumeurs du Canard Enchaîné, mais je n’y crois guère, le sachant trop fin analyste de la politique française pour ne pas sentir le gouffre qui est en train de s’ouvrir sous les pieds du nouveau pouvoir.
  • Il est dans un état d’esprit d’écœurement et de découragement profond face à l’état de la politique française qui le pousse à s’en abstraire même sur le plan psychologique et à l’envie de se faire oublier et de passer à autre chose. Le plus vraisemblable peut-être.

Il manque au pays quelque chose comme une sagesse, une expérience, une voix au dessus des passions des calculs et des tourments de l’actualité. Il est étrange que la France ne parvienne plus à se doter d’hommes d’Etat visionnaires qui sachent éclairer son avenir et fournir une lumière de sagesse dans la tempête.

Maxime TANDONNET

 

 

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La scission morbide

Ci dessous mon entretien avec Atlantico d’hier soir. La scission des Républicains ne me semble pas être fondamentalement une question idéologique, mais beaucoup plus bassement, une sordide affaire de carriérisme, de calculs personnels, de paris vaguement nauséeux. Certes, l’apaisement de la vie politique est un impératif absolu: il faut que les différents camps, majorité/opposition se parlent courtoisement, et puissent travailler ensemble sur des points de convergences. Mais cette démocratie apaisée, si nécessaire, n’a aucun rapport avec les phénomènes auxquels nous assistons actuellement: retournements de veste, trahisons, ralliements, abandons en rase-campagne, scandaleuse attitude de gens qui doivent leur carrière à un parti et le poignardent dans le dos. Les lâcheurs sont des irresponsables: en cas d’échec du pouvoir actuel – et c’est déjà bien parti, en deux mois, un record absolu -, leur attitude, leur empressement à jouir des privilèges du pouvoir, privilèges matériels comme de vanité, en affaiblissant l’opposition républicaine, condamne la France à s’en remettre aux extrémistes. Au delà de l’euphorie médiatique surannée qui empoisonne l’air du temps depuis bientôt deux mois, une crise politique, sans précédent quelques jours après une élection nationale, déjà bat son plein. Une hystérie chasse l’autre. En un rien de temps, l’air du temps bascule du tout au tout et l’idolâtrie d’hier se métamorphose tout naturellement en lynchage. Le processus ne fait que s’accélérer: en 60 jours quand il fallait 6 mois jusqu’à présent. Les opportunistes sont déjà en train de perdre leur pari: leur punition approche à grand pas. Evidemment, les élections sont passées. Les Français, une nouvelle fois, se sont fait avoir. Il faut dire que certains ne réfléchissent pas beaucoup…

Maxime TANDONNET

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1- Suite au second tour des élections législatives, et à l’initiative de certains cadres LR, un groupe LR « macron compatible » pourrait être amené à voir le jour à l’Assemblée. Dans le cadre de cette scission, un député aurait confié au journal le Monde « Ils installent un clivage en se décrivant comme les intelligents contre les gros beaufs qui s’opposent. Forcément, ils énervent beaucoup de monde ». Alors que la coexistence de deux droites, au moins, peut être considérée comme un phénomène structurel, comment expliquer​, désormais, cette rupture ?​ Quelles sont les modifications, les changements, qui permettent une telle rupture ? 

Cette rupture s’explique par le contexte politique: en apparence, le rejet des partis traditionnels qui se sont succédé au pouvoir et la réussite électorale hors du commun d’Emmanuel Macron. Toutes les catégories traditionnelles de la politique française ont été désintégrées, notamment la clivage droite gauche. Une partie de la droite, les constructifs, a choisi de jouer pleinement le jeu de l’entrée de la politique française dans une ère nouvelle. Ils se sentent donc à l’avant garde, plus modernes et plus intelligents que ceux qui sont demeurés dans « l’ancien système » considérés au fond comme des réactionnaires qui n’ont pas pris le train « en marche ». Les autres, la majorité de la droite, parient sur les difficultés à venir du nouveau pouvoir et demeurent dans une logique d’alternance à venir. Ce sont deux visions antagonistes de l’avenir politique du pays sur le quinquennat à venir et deux analyses divergentes du phénomène En Marche: une transformation profonde et durable pour les uns, une grande illusion, une recomposition en trompe-l’œil, sans doute vouée à l’échec, pour les autres.

2-En en est on réellement arrivé à un stade de « deux droites irréconciliables » d’un point de vue idéologique, ou faut il plus y voir une accumulation de logiques personnelles ? Quels sont les précédents sous la Ve République ? 

 Je ne suis pas certain que la rupture en cours soit l’expression des vieux clivages à droite, notamment chiraquiens contre balladuriens/sarkozystes. Ainsi, dans l’avant garde supposée se trouvent des sarkozystes, alors que Mme Pécresse ou M. Baroin, qui n’ont pas cédé aux sirènes d’En Marche sont plutôt chiraquiens. De même, la cassure ne recouvre pas forcément la divergence idéologique traditionnelle entre le RPR souverainiste (ligne Pasqua/Séguin) et l’UDF européiste. Décidément, on est beaucoup plus dans des logiques de calculs individuels et carriéristes. Un précédent sous la Ve République vient aisément à l’esprit. En 1974, l’UDR – le mouvement gaulliste – soutenait Jacques Chaban Delmas, ex Premier ministre de Georges Pompidou. Une partie de cette formation, sous l’impulsion de Jacques Chirac, fit scission et se rallia à Valéry Giscard d’Estaing, centriste libéral, qui incarnait la modernité, le renouveau, le changement, provoquant ou facilitant la victoire de ce dernier. Là aussi, plus que l’idéologie, les calculs personnels l’emportaient. Jacques Chirac fut Premier ministre pendant deux ans. Puis les choses ont mal tourné. Il est entré, avec son RPR (l’ex UDR) dans une logique de fronde contre VGE et il a fortement contribué à l’échec de ce dernier lors de sa seconde candidature en 1981 contre François Mitterrand.

3-La droite est elle en situation de remporter des élections en cas de divisions ? La scission n’est elle pas une promesse de disparition ? 

Difficile à dire. L’opinion publique est devenue insaisissable, imprévisible, prise de soubresauts erratiques. L’assise de popularité du nouveau pouvoir est extraordinairement faible: 32% des suffrages au premier tour des présidentielles avec une participation de moins de 50% cela donne un socle d’adhésion de 16%, extrêmement faible pour un début. Il suffit sans doute de très peu de chose pour que le nouveau pouvoir soit empêtré dans un vertigineux engrenage d’impopularité et sombre rapidement dans un rejet radical. On ne peut pas parler vraiment d’état de grâce et la nouvelle équipe, au bout de quelques semaines, est déjà engluée dans des affaires alors qu’elle avait bâti son succès sur une image de purification des mœurs politiques. Rien ne laisse prévoir une amélioration sur les grands sujets de préoccupation des Français, la violence, l’Etat de droit, la cohésion nationale, la maîtrise des frontières, la lutte contre les inégalités et le communautarisme… La rue et les syndicats menacent les projets de réformes sociales. Le climat d’euphorie, de culte de la personnalité et le charme qui règnent en ce moment sur les médias et une partie de la presse forment un écran de fumée cachant une situation profondément instable et précaire, sans doute plus complexe et plus périlleuse encore que les débuts de quinquennat Hollande. Dans peu de temps, une deuxième vague de « dégagisme » risque de déferler au détriment des bénéficiaires de la première, encore plus violente. Dès lors, vers qui se tourner? Si une opposition modérée et républicaine ne parvient pas à s’imposer et à proposer une alternative crédible aux Français, les vainqueurs finaux de la décomposition politique seront les partis extrémistes, de droite comme de gauche et la France sombrera dans le chaos.

 

 

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Une démocratie à refonder

Le temps électoral s’est achevé et voici ma dernière contribution, de lundi matin, au Figaro Vox. Le nouveau pouvoir dispose d’un atout important: son pragmatisme. Il ne semble pas être parasité par les démons idéologiques de l’ancien, qui soit disant « n’aimait pas les riches ». Cependant, un nouveau mythe vient de naître qu’il convient de pourfendre: celui des « pleins pouvoirs ». La France est un pays effroyablement difficile à gouverner cumulant les contraintes qui pèsent sur l’exercice du pouvoir: obstacles juridictionnels, poids de  jurisprudences nationales et européennes, endettement et déficits publics, pression des médias et de la rue, etc. De fait, la marge est extrêmement étroite. Les pleins pouvoirs n’existent pas. L’avenir de la nouvelle équipe est gravement obéré par la fracture démocratique, le vertigineux abîme entre l’euphorie du monde médiatique, l’impression de la toute puissance qui s’exprime dans la majorité absolue à l’Assemblée, et la réalité d’une Nation qui dans ses profondeurs, oscille entre indifférence et hostilité, comme en témoigne l’extrême faiblesse du soutien populaire au nouveau pouvoir (16% du corps électoral au premier tour des législatives). On ne gouverne pas la France efficacement et durablement en l’absence d’un socle de confiance populaire. Trop de gouvernement se sont fracassés pour avoir négligé cette évidence. Le politique est un funambule qui marche sur une corde raide au-dessus d’un gouffre. Dans ce contexte, il est de la responsabilité de l’opposition républicaine (dite « la droite »*) de se tenir prête à assurer la relève. Celle-ci devra alors, dans un contexte dramatique, prendre des accents non pas réformistes, mais révolutionnaires au sens positif et noble du terme. Dans un climat de désespoir collectif, il lui incombera de proposer au pays  non pas de simples mesures ponctuelles, mais une transformation radicale du modèle politique, axée sur la reconquête de la démocratie à la fois parlementaire, directe et de proximité, avec pour objectif de résorber la fracture démocratique, entre la « France d’en haut » et « la France d’en bas » et de regagner la confiance de cette dernière. C’est la règle du jeu elle-même qui devra changer, dans l’objectif de remettre au premier plan de la vie publique l’intérêt des citoyens et leurs préoccupations dans tous les domaines: emploi, sécurité, éducation, ordre public, autorité, frontières, lutte contre le communautarisme et la pauvreté… Si les Républicains ne parviennent pas à prendre conscience de cette priorité absolue – ils en sont loin aujourd’hui – un boulevard s’ouvrira à l’extrémisme, notamment de gauche et au retour de l’utopie destructrice.
* Une formule qui me fait de plus en plus horreur, car réductrice et obsolète, dont l’opposition modérée aurait tout intérêt à se débarrasser.
Maxime TANDONNET

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A voté!

Nous sommes à la fin d’un cycle électoral de sept mois. Il faut se souvenir: fin novembre 2016, le triomphe de F Fillon aux primaires, la certitude d’une victoire de la droite aux présidentielles et aux législatives. Déjà dans les ministères, on discutait des places futures dans les cabinets… Et puis un séisme politique, l’un des pires scandales médiatico-judiciaires de ces dernières années, l’effondrement de Fillon. Et voilà où nous en sommes ce matin. Il existe deux manières de voir les choses. La première, celle du sauveur, qui fait la une de Paris-Match, le Point, l’Express, les grandes titres de TF1 et F2, l’extase de BFM, d’Europe 1 et RTL : celle d’un jeune homme héroïque, d’une grande beauté, d’une intelligence exceptionnelle, géniale, qui est en train de reprendre le pays en main et de le sauver grâce au retour de la jeunesse, de la modernité et de l’optimisme; l’autre celle du chaos,  selon laquelle la France, notamment depuis les affaires DSK, Cahuzac, celle des « sans dents », la vague d’attentats terroristes sur son sol (250 morts), est plongée dans un profond désordre collectif, mélange d’indifférence absolue et d’euphorie qui se traduit par des gestes imprévisibles, surréalistes et éphémères à l’image du résultat des élections en cours. Alors,  formidable redressement national ou pire illusion de l’histoire politique française? Je penche pour la seconde hypothèse mais j’espère de tout cœur me tromper bien évidemment, étant conscient qu’en la matière, seuls les crétins ont des certitudes absolues. Une intuition pourtant: la démocratie française me paraît être à l’agonie, comme le souligne le bel entretien sur Figaro Vox ci-joint, de Jérôme Sainte-Marie – « une élection sans le peuple »  dont je recommande vivement la lecture. En 2022, si la pente actuelle se prolonge, dominée par la vertigineuse fracture entre les élites et le peuple, la France devrait voir l’avènement au pouvoir d’un extrémisme socialiste et destructeur. Pour l’éviter, le salut de la France est dans notre camp: fonder une opposition républicaine déterminée à restaurer la démocratie dans le pays, au prix d’une transformation radicale du fonctionnement de ses institutions politiques et de l’esprit public, la fin du culte de la personnalité et du despotisme des images, d’une restauration de l’intelligence et de la pensée, de l’esprit critique, à l’école, dans les médias,  du renouveau de la notion de gouvernement, d’intérêt général, de volonté collective. Nous avons une révolution à refaire (j’y reviendrai). Le tout est d’en prendre conscience… Et ce n’est pas gagné!

Maxime TANDONNET

 

 

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De la violence quotidienne

Par Philippe:

Bonjour Maxime,

Mais qui est responsable? L’Etat en premier! Nos politiques les premiers sont responsables de cette violence. Depuis plusieurs années nos politiques s’expriment avec la violence verbale. Plus de débat « on tweet »  » Les réseaux sociaux sont un ramassis de violences verbales et la violences verbales mène toujours à la violence physique. Lorsque l’on voit des émissions style ‘ONPC » où, lorsque les protagonistes ne sont pas d’accord avec les idées de l’invité, on le lynche, on l’insulte, la violence verbale est partout. Je vois lors de mes déplacements dans les entreprises, lors de désaccord la violence verbale fuse dans tous les sens. Mais pour qu’il y ai débat, il faut avoir un minimum de culture littéraire, historique, géographique. Mais comme l’on nivelle par le bas au niveau de l’éducation nationale, que l’on nivelle vers le bas avec des émissions de télé débiles, que l’on nivelle vers le bas avec de la désinformation permanente, on ne peut faire qu’un peuple de crétins, une populace crétine facilement manipulable.
Le comble: le journaliste de l’AFP qui, tout de suite, a diffusé les photos sur les réseaux sociaux. Où chacun commentait avec une certaine haine. Nous sommes en régression.
Cela est comparable aux jugements qui se déroulaient sur la place publique au Moyen-Age où le peuple criait « Coupable, la mort,! » et se gargarisait de voir le sang du décapité, les membres du démembré, tirés par les chevaux. Ils ne cherchaient pas à savoir si il était coupable, l’individu était livré à la vindicte populaire. Le peuple se rassasiait de cette violence.
Nous sommes dans les mêmes effets, le peuple veut ses jeux, ses sacrifiés, son taux d’hémoglobine pour être satisfait. Lorsque l’on voit les mouvements féministes qui veulent la parité, mais ne sont nullement choqués lorsque des ados regardent sur les réseaux une pornographie hyper violente où les femmes sont humiliées; considérées comme de vulgaires objets sexuelles, Que des gamins font des viols collectifs et disent que ce n’est pas un viol, que les filles aiment cela. Que des gamins peuvent tuer ou brûler vif une ados. Lorsque une bande de Bobos gauchos friqués voulaient que l’on aille « rouler des pelles » aux policiers, et qu’aujourd’hui ils veulent la têtes de ces mêmes policiers et trouvent normal qu’ils se fassent tabasser; cela vous montre le taux de régression de notre pays.
Le peuple ne réfléchit plus. Il se laisse manipuler.
Le peuple ne s’est même pas aperçu lors de ces élections qu’il a perdu sa souveraineté, que le pouvoir médiatique et financier a choisi pour lui, ceux qui nous dirigeront pour les cinq prochaines années.
Cette violence sera de plus en plus présente. Le déclin d’un pays, d’une civilisation se fait toujours dans la violence, la barbarie et la mort.

Philippe

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2017 n’est pas 1958 (Figaro Vox)

Ci-joint une nouvelle tribune pour le Figaro Vox, qui répond à une opinion aussi fausse qu’elle est couramment admise.

A la veille d’un deuxième tour des élections législatives totalement annihilé, pour la première fois dans l’histoire de la République française, on se dit qu’il faudra un jour établir, au moins sur le plan historique, les responsabilités dans l’effondrement, en quelques décennies, de la vie politique et démocratique française et de sa vertigineuse plongée dans un climat d’abêtissement dont le culte nihiliste de la personnalité est le signe le plus patent aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

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Non, 2017 n’est pas 1958

L’année politique 2017 est-elle comparable à 1958 comme le suggère l’entretien de M. Jérôme Jaffré avec le Figaro du 12 juin ? La ressemblance est en effet saisissante. En 1958, l’avènement du général de Gaulle au pouvoir s’est traduit par un renouvellement de la classe politique. Une partie du personnel de la IVe République, enlisée dans la guerre d’Algérie et l’instabilité gouvernementale, a été écartée aux élections législatives du 23 et du 30 novembre. Les partisans du Général, dont beaucoup de nouveaux venus sur la scène nationale, effectuaient une percée : déjà, le dégagisme avant la lettre?

Cependant, la comparaison s’arrête là, car au-delà des apparences, la nature des événements est profondément différente. 1958 est toute autre chose qu’un brusque mouvement d’humeur hostile au milieu politique. Sa logique n’est pas celle de la table rase, mais bien au contraire d’un acte de confiance envers l’auteur de l’appel du 18 juin, chef de la Résistance de 1940 à 1944, et du gouvernement français de 1943 à 1946. De Gaulle est porté au pouvoir avec un projet de transformation profonde des institutions, en préparation depuis plus de dix ans– discours de Bayeux et de Strasbourg – touchant non seulement à la Constitution mais aux piliers de la société française (lois organiques sur les finances, la magistrature, l’hôpital, etc.). L’équivalent n’existe pas aujourd’hui. Aucun bouleversement du régime politique, judiciaire, administratif, n’est en gestation.

Surtout, 1958 exprime un grand moment de confiance populaire. Le phénomène vient des profondeurs de la Nation qui accorde sa confiance au général de Gaulle notamment pour mettre fin à la guerre d’Algérie. La fracture démocratique, entre la France dite d’en haut, celles des élites intellectuelles et dirigeantes, et la France dite d’en bas, la majorité silencieuse, ne sévit pas encore. Les Français croient alors dans la politique et la démocratie. Aux élections législatives du 23 novembre 1958, le taux de participation dépasse les 77% puis 80% au référendum sur la Ve République. Le soutien explicite au nouveau gouvernement dépasse les 43%,  dont l’UNR du Général à 17,6%. Par ailleurs, en nombre de voix, les autres formations traditionnelles, dans une logique de soutien conditionnel à de Gaulle, se maintiennent : MRP à 10%, gauche parlementaire (SFIO) à 17,20%. Aux extrêmes, le PCF est stable à 18,90% mais « l’extrême droite », exprimant le « rejet du système » réalise un score marginal : 3,3%.

En 1958, en effet, l’heure est à la construction et non à la destruction.

Le climat actuel, en 2017, semble radicalement différent. Le taux d’abstention au premier tour des législatives, supérieur à 50%, un record absolu, souligne la démobilisation populaire persistante face à la chose publique et l’absence de retour à la confiance dans les profondeurs du pays. Le score de la « majorité présidentielle », 32% (16% du corps électoral compte tenu de l’abstention) ne dénote guère d’élan national vers les nouveaux dirigeants. La conquête d’une majorité absolue à l’Assemblée, en complet décalage avec le scepticisme du pays, repose essentiellement sur l’effondrement vertigineux des partis traditionnels, de gauche comme de droite. L’exaspération populaire, à l’issue d’une cascade de scandales, demeure à vif. L’esprit antisystème se maintient à un niveau très élevé, sans doute majoritaire, et pas seulement à travers un FN à 18%.

De fait, 1958 et 2017 ne sont pas comparables. Entre-temps, la politique a changé de nature. A l’époque, elle avait pour objectif de transformer la réalité. Il fallait avant tout sortir la France de la guerre d’Algérie pour éviter une guerre civile. Et de Gaulle, à travers une réforme constitutionnelle introduisant la démocratie directe, le référendum, comme source d’une autorité supérieure, s’en donnait les moyens. La politique telle qu’elle est vécue, un demi-siècle plus tard, ne cesse de s’éloigner du gouvernement des choses. Dominée par le spectacle médiatique, elle se réduit chaque jour davantage au culte de l’image narcissique et aux aléas de l’émotion collective. En 1958, la sortie de la guerre d’Algérie représentait un gigantesque défi, relevé et surmonté par de Gaulle. Aujourd’hui, les enjeux vitaux ne manquent pas non plus: la réforme de l’Europe, la crise migratoire, la montée de la violence et du communautarisme, la dette abyssale, le chômage massif…Mais l’état d’esprit général consiste plutôt à s’éloigner de l’action et à s’enivrer dans les faux-semblants, l’hystérie, les crises d’idolâtrie généralement suivies de tragiques lynchages. De 1958, il reste certes la personnalisation du pouvoir à outrance. Mais elle a changé de nature : expression d’une profonde confiance populaire en 1958, masque de l’impuissance publique en 2017.

 

 

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Répugnante violence

Mme Nathalie Kosciusko-Morizet a été victime d’une agression sur un marché parisien alors qu’elle tractait pour sa candidature, par un personnage qui l’a insultée, a arraché ses tracts et l’a violemment bousculée. Elle a été hospitalisée et souffre aux dernières nouvelles d’un traumatisme crânien. Chacun a le droit de ne pas partager ses idées et de ne pas l’apprécier. Mais ce geste immonde est à l’image des dérives de notre société: vulgarité, méchanceté, intolérance, crétinerie. Il y a deux mondes qui ne cessent de se séparer, le monde médiatique, virtuel, où tout est neutralisé aseptisé, purifié; et celui de la rue, gagné par l’anomie, le chaos, la barbarie. Quand la démocratie est en panne, quand la politique se désintègre, quand plus personne ne veut se parler, à l’image de ces candidats aux législatives qui (paraît-il), sûrs de leur supériorité et de leur certitude d’élection, refusent tout débat, il reste la violence, voire même la violence sous la formes la plus barbare, la plus imbécile, la plus lâche, celle de l’agression d’une femme dans la rue, une femme courageuse, sans protection ni garde du corps. La nature a horreur du vide et la mort du débat d’idées ouvre la voie à la violence dans la rue. J’ai un peu connue Nathalie dans les réunion à l’Elysée ou à Matignon. Elle est simple et gentille, drôle, sans aucun rapport avec son image médiatique où elle joue un autre rôle. Toute ma solidarité et mes vœux de rétablissement à Mme Kociusko-Morizet.

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Au soir du 18 juin…

De Jean-Louis MICHELET:

Un seul enjeu.
Au soir du 18 Juin, le président aura battu tous ses adversaires politiques à plate couture, certes, et beaucoup pourront applaudir et sabler le champagne, mais ce même soir, se présentera à lui, un défi autrement plus redoutable et féroce que personne n’a et n’avait prévu : Celui de l’adversité.
Que ce soit au sommet de l’état, au gouvernement, dans cette nouvelle assemblée, dans les médias , chez beaucoup de commentateurs , bien sûr, personne n’en parle car personne ne la voit , tous aveugles ou plutôt aveuglés et grisés par un simili de victoire et par l’illusion du renouveau.
Les résultats de toutes ces élections ont un immense mérite : Ils ne font que valider une fracture sociale, latente hier, évidente aujourd’hui, dans tous les domaines : sociaux, économiques, éducatifs, identitaire, sécuritaire et culturel.
Quel visage a t- elle cette adversité ? : Elle a les traits profondément marqués de la désunion nationale, ceux des forces contraires qui vous sapent les plus belles et plus solides constructions des meilleurs compagnons, avec tout son corollaire de conséquences négatives.
Dorénavant, une seule question s’impose à la Nation dans son ensemble : Comment rétablir au plus vite ce déséquilibre social entre cette France d’en haut et cette France d’en bas .Comment ramener dans le giron de la Nation cette très grande majorité de français désabusés, déboussolés, perdus ne faisant plus confiance à personne et surtout pas aux hommes politiques d’aujourd’hui.
Et contrairement aux apparences, il ne faudrait pas croire que cette France d’en haut, cette France qui va bien ou pas trop mal, est exemptée de tout et passe allègrement sur les difficultés de notre société actuelle. Il y a les apparences et la réalité. Sauf exceptions, comme toujours, Il ne faudrait pas la voir déshumanisée, insensible et à mille lieues de cette France d’en bas.
Retrouver l’unité perdue de la Nation, voilà bien l’enjeu pour demain, le seul qui vaille.
Le véritable caractère de l’homme d’état, de l’homme d’action s’affirme, se démontre, s’accroît, se fortifie uniquement dans l’adversité.
N’est pas de Gaulle qui veut.
Mais faut-il encore en prendre conscience. J’en doute.

Jean-Louis MICHELET

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Le désastre annoncé

Attention: ceci n’est en aucune façon une critique du président de la République, M. Macron, mais une réflexion sur l’évolution à long terme de la politique française.

Nous vivons dans une bulle de mensonge, d’illusion, de fausseté qui prend des proportions hallucinantes. Nous serions donc en train de vivre une révolution politique, comparable à celle de 1958, dominée par l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération et l’éradication par les urnes de l’ancienne: le dégagisme. Les visages changent, certes, en surface, mais sur le fond, les événements  actuels traduisent la quintessence de l’effondrement en cours depuis au moins vingt ans de la vie publique nationale. La puissance publique, l’autorité, la politique au sens du « gouvernement des choses » ne cesse de s’anéantir comme un cadavre en décomposition. Le culte médiatique de la personnalité, qui prend des proportions toujours plus vertigineuses, ne sert qu’à voiler, couvrir  cet anéantissement.  Le monde médiatique veut nous faire croire à une vague de fond, un vaste engouement populaire qui s’exprime dans un triomphe aux législatives. La vision est mensongère. LREM s’apprête à obtenir quatre cinquièmes des sièges de députés, une majorité absolue. Un triomphe? De fait, le niveau d’adhésion populaire véritable est équivalent à 16% du corps électoral (32% avec une participation de moins de 50%). 16% des électeurs donnent 80% du pouvoir législatif. Oui, triomphe, apothéose de l’absurdité. De fait, 84% des électeurs manifestent leur hostilité ou leur indifférence: l’immense majorité des Français. Derrière un visage transfiguré par la lumière médiatique, nous assistons en ce moment à une étape supplémentaire dans l’effondrement de l’ensemble des piliers, des outils de l’autorité publique : un gouvernement zéro, déjà en pleine déchirure; une Assemblée nationale totalement soumise, donc inexistante; une Nation plus réservée et distante que jamais, l’absence de toute assise et de confiance populaire. Le conformisme bêlant de la quasi totalité des commentaires de presse, de radio, de télévision, plongées dans l’extase, fait peine à voir. Je songe à cet expert en pleine béatitude sur Europe 1, ce matin, nous expliquant doctement comment M. Macron préparait déjà sa réélection en 2022… Les mois qui viennent donneront lieu à une nouvelle vague de manipulation de masse. Ainsi, ils vont ressortir par tous les moyens la famille le Pen afin de replonger la France dans sa bataille de titans entre le « bien et le mal ». La fuite dans l’irréel va encore s’accélérer violemment et les drames de la société s’accumuler derrière l’écran de fumée d’une jubilation médiatique sans précédent: chômage de masse, pauvreté, violence quotidienne, communautarisme et repli sur soi, crise migratoire européenne, désindustrialisation, terrorisme. Le dégoût, le découragement, le désespoir d’une nation vont s’amplifier jusqu’au vertige. Le drame est avant tout intellectuel: il tient à la crétinisation, non pas du pays dans son ensemble, mais de ses élites dirigeantes et médiatiques. La France roule à l’abîme.  Sans doute reste-t-il aujourd’hui une poignée de Républicains lucides sur la nature des évènements en cours et préoccupés, non par eux-mêmes, mais par l’avenir de leur pays. Il est temps qu’ils s’unissent, établissent les responsabilités dans le naufrage en cours, qui ne date pas d’hier, et réapprennent à parler le langage de la vérité, du désintéressement, du courage, de la confiance, de l’intelligence.

Maxime TANDONNET

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Solidarité avec le Royaume-Uni

A l’heure ou Londres est de nouveau touchée par l’incendie tragique d’une tour d’habitation, après la vague de terrorisme qui a ensanglanté le pays, nous réaffirmons ici notre absolue et totale solidarité avec le Royaume-Uni, nation sœur de la France, par l’histoire, la culture, les hommes et les femmes. La France n’oubliera jamais les fleuves de sang versés par des centaines de milliers d’Anglais sur la frontière Nord Est pour la défense du territoire français et la liberté en 1914 et 1918. Elle n’oubliera jamais que Londres a incarné pendant quatre ans la résistance au nazisme dans une Europe dévastée par la pire barbarie de l’histoire. A la suite de l’invasion hitlérienne de juin 1940, Churchill et de Gaulle ont proposé la fusion des deux nations, la France et le Royaume-Uni dans la résistance au nazisme. Ce merveilleux geste symbolique a été rejeté par les anglophobes qui prenaient le pouvoir entre Bordeaux et Vichy. Hélas, les anglophobes qui prétendent « châtier » l’Angleterre pour son brexit demeurent encore beaucoup trop nombreux dans notre pays et sur le continent européen. Mais ce n’est pas à eux qu’il faut penser. Aujourd’hui la France, dans son ensemble, partage les malheurs du Royaume-Uni, lui exprime son absolue solidarité et espère voir un jour revivre l’esprit de Churchill et de Gaulle en juin 1940.

Maxime TANDONNET

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La fracture démocratique

Voici ma dernière tribune pour le Figaro Vox commentant les résultats du premier tour des législatives. Au premier degré, c’est vrai, la chute des plusieurs personnalités socialistes, l’effondrement du PS comme du FN constituent de vrais sujets de satisfaction ou de jubilation intérieure. Mais au-delà, ces élections confirment la tragédie de la vie politique française. Une participation inférieure à 50%, à l’occasion d’élections législatives témoigne de l’indifférence croissante des Français vis-à-vis de la chose publique. Ce taux d’abstention historique, pour des élections qui représentent la pierre angulaire de la démocratie française, est le signe de l’effondrement de cette démocratie, dans l’indifférence générale.  En toute logique, avec moins de 50% de participation, de telles élections devraient être considérées comme nulles. La victoire de LREM qui devrait remporter les quatre cinquièmes des sièges de députés, avec l’adhésion d’environ 16% du corps électoral, souligne jusqu’à la caricature l’absurdité du système politique français. Tel est le fruit de la personnalisation à outrance du pouvoir, du culte de la personnalité, d’un présidentialisme débilitant, de la destruction des débats d’idée et des projets, bref de la démocratie, à l’heure où celle-ci n’a jamais été aussi nécessaire dans le contexte du terrorisme, d’un chômage de 5,5 millions de personnes, de la crise migratoire, de la montée de la violence. Il est soit mensonger, soit stupide de considérer que « la France » soutient LREM. La France, 84% de la France,  est profondément écœurée et vient de marquer son indifférence face à la chose publique. Ce n’est pas LREM qui triomphe, c’est la classe politique française dans son ensemble qui s’effondre tout autour, comme à travers un vieux plancher vermoulu.  Le décalage entre d’une part l’euphorie et l’aveuglement médiatique et d’autre part, l’indifférence populaire est titanesque. Nous nous acheminons vers un pouvoir politique de plus en plus déconnecté du monde réel, privé de racines démocratiques, confiné dans une bulle de néant à la dérive, ballotée au gré du vent, toujours plus éloigné des préoccupations populaires. Le gouffre qui ne cesse de se creuser me paraît annonciateur d’une crise politique ou une crise de société dramatique et en train de couver derrière l’extase politico-médiatique en pleine déferlante.

Maxime TANDONNET

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