La question élyséenne

588945Les derniers sondages montrent un nouvel effondrement de la popularité présidentielle, notamment dans la perspective d’une seconde candidature: 10 à 13% au premier tour…  Le message vient des profondeurs de la Nation: les Français veulent passer à autre chose. L’actuel occupant de l’Elysée bénéficie d’un traitement plutôt privilégié de la presse et des médias: jamais de « unes » humiliantes ou insultantes des hebdo, une presse quotidienne critique mais assez gentille (Le Monde , Libération), des radios et une télévision publique qui lui assurent une audience quotidienne. Pourtant, le personnage ne passe pas dans l’opinion. Une sorte d’incommunicabilité entre lui et la France s’est installée. La cause profonde tient au masque impassible de l’autosatisfaction sur fond d’une situation calamiteuse: chômage, terrorisme, violence, fragmentation, chaos sociétal…  Mais voilà, la solution de facilité consiste à lier le malaise présidentiel à une personnalité, la sienne. Cette idée est généralisée, à droite comme à gauche. Il suffirait dès lors qu’il parte pour que s’enclenche une dynamique d’amélioration. Or, je n’en crois pas un mot. De mon point de vue, la calamité politique française tient à l’institution élyséenne telle qu’elle est devenue. Penser aujourd’hui, que M. Juppé, M. Fillon, M. Sarkozy, M. Macron, M. Le Maire, M. Mélenchon ou Mme le Pen s’en tireront mieux me paraît être une fantastique illusion. Le prochain président, telles que les choses se présentent aujourd’hui, est condamné à suivre le même trajectoire maudite que l’actuel, sinon encore bien pire. Le régime dans lequel nous vivons est celui d’une dictature virtuelle. « Dictateur: celui qui après s’être emparé du pouvoir, l’exerce sans contrôle (petit Robert) ». Virtuellement, sur le plan de l’image médiatique, le chef de l’Etat français est l’homme qui incarne à lui seul le pouvoir politique et échappe pendant cinq ans, à tout contrôle, toute responsabilité, toute sanction possible. Or, au-delà des apparences la dictature est toujours un système de faiblesse et d’impuissance qui ne saurait conduire qu’au désastre, pour l’intéressé et pour le pays. Derrière le revêtement de la puissance, elle plonge le prince médiatique dans l’isolement, l’enferme dans l’autosatisfaction, le prive peu à peu des relais nécessaires à l’exercice de l’autorité, le coupe de la Nation et du monde des réalités, détruit la confiance, le prestige et l’autorité naturelle, qui sont le carburant de l’action et du gouvernement des choses. Elle fait de lui le bouc émissaire des frustrations, des angoisses et des souffrances collectives. Elle ne peut que mal finir, comme le souligne l’histoire. Le régime actuel n’a plus aucun rapport avec celui mis en place en 1958 par le Général de Gaulle, fondé sur un chef de l’Etat « guide de la Nation », arbitre, garant des institutions, et un Premier ministre, chargé seul de gouverner la France et responsable de ses actes devant le Parlement. Mais ce qui me frappe le plus, dans cette dérive du régime vers une dictature virtuelle, de quinquennat en quinquennat, synonyme de faiblesse, d’impuissance politique et de destruction de l’autorité, c’est l’extraordinaire aveuglement général qui l’enrobe, comme si toute vision, sens critique et lucidité avaient disparu dans ce pays. Merci au lecteur, effaré par mon propos, d’essayer de le comprendre avant de le juger blasphématoire…

Maxime TANDONNET

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Identité, souveraineté, volonté politique

DSC02219Il peut paraître étrange que le débat politique se focalise, à l’aube de cette période électorale, sur les questions d’identité et de souveraineté. Le politique fait fausse route à mes yeux en se concentrant sur ces deux sujets. L’identité ne se décrète pas. Que peut faire le politique en ce domaine? Tout le monde veut ressusciter le « récit national ». Imagine-t-on une seconde obliger les professeurs a ânonner « nos ancêtres les gaulois » tout en sachant que cela ne veut strictement rien dire? Faire chanter tous les matins la Marseillaise aux élèves? Arborer le drapeau tricolore dans chaque salle de classe? Organiser une levée des couleurs dans chaque établissement scolaire? Obliger les radios, la télévision, la presse à consacrer des émissions et des articles à la grandeur nationale? Demander aux citoyens d’arborer des petits fanions tricolores aux fenêtres? Contrôler Internet? Toute tentative d’embrigadement des esprits aboutirait, par réaction, à l’effet inverse de celui recherché. Ceci est un faux débat: le politique, dans le monde moderne, sauf en Corée du Nord, n’a pas les moyens d’orienter ou de maîtriser l’esprit du temps, la conscience collective. Heureusement d’ailleurs…

Quant à la notion de souveraineté, elle est l’excuse permanente au renoncement. Le mythe bat son plein. Quand la France souffre, c’est à cause des autres, d’un supposé carcan extérieur qui nous pénalise. L’Union européenne est le bouc émissaire tout trouvé. Certes, le machin Bruxellois, avec sa logique bureaucratique, ses normes et jurisprudences abscons n’inspire guère la sympathie des foules. Et pourtant, comme il est facile d’en faire le responsable de tous les maux! Depuis 1992, le traité de Maastricht interdit formellement aux Etats de franchir la barre d’un déficit public de 3%. Depuis un quart de siècle, 25 ans, la France, l’Italie, l’Espagne, la Grèce, etc. s’assoient dessus, année après année: 4, 5, 6, 7%… En un quart de siècle, l’ombre d’une sanction européenne s’est-elle jamais abattue sur l’un des coupables? Jamais: tigre de papier. Et ne parlons même pas de l’endettement maximum de 60%…Quant à Schengen, la libre circulation, pilier de l’Union européenne, le jour où les Allemands, les Autrichiens, les Danois, les Belges, les Suédois n’en ont plus voulu, ils ont envoyé paître tout le monde, rétabli leurs contrôles aux frontières, nul n’a bronché et la Commission s’est faite toute petite. Les eurocrates se contorsionnent pour faire croire que cela s’est fait dans le respect des règles. Aucun mensonge n’est plus avéré. De fait, les dogmes et les règlements les plus draconiens ont été déchiquetés dans la grande broyeuse des intérêts nationaux. Je pourrais en écrire des tonnes sur le sujet mais ce serait atrocement ennuyeux… Quant à l’OTAN, qui est assez naïf pour croire qu’elle est à l’origine de l’engagement de la France dans de multiples conflits? Faux, mensonge. Jamais les Etats-Unis ni l’OTAN n’ont obligé l’armée française à aller en Afghanistan, en Libye, au Centrafrique, au Mali, ni même au Moyen-Orient.

Non, le grand sujet du moment est ailleurs. Il est plus grave au fond car il tient au fond de l’âme, à la vie intérieure d’un peuple et de ses dirigeants. Il concerne la volonté politique, la conscience d’un destin collectif, l’élan vital, l’envie de continuer d’exister. Que proposent les politiques en ce moment? du rêve, des polémiques et des postures! Bien sûr les politiques ne sont pas les seuls responsables. Mais enfin quand on voit que beaucoup d’entre eux, de tous les partis (de l’extrême gauche à l’extrême droite) ne trouvent rien de mieux à proposer que le « revenu universel » pour les plus de 18 ans, c’est-à-dire de figer la jeunesse dans une logique d’assistanat et de dépendance à l’Etat, cela fait tout de même froid dans le dos. Quel signal, quel exemple! Comment une telle démagogie, une telle irresponsabilité sont-elles possibles? La France aurait au contraire besoin de réformes gigantesques pour mettre fin à ses déficits, rendre son économie et ses entreprises compétitives pour créer des emplois. Il lui faudrait une transformation radicale afin de restaurer l’autorité républicaine, la sécurité des biens et des personnes, l’intégrité de son territoire, le respect de ses lois sur les frontières et sur les migrations, l’application des décisions de justice, etc. Et puis un travail immense pour adapter son éducation nationale au monde moderne, développer l’apprentissage, préparer ses jeunes au monde de l’entreprise. Mais voilà, tout le monde ou presque se fout des vrais sujets. Et d’ailleurs, dans un pays qui donnerait du travail à ses jeunes, qui permettrait à chacun, sur tout le territoire, de sortir de chez lui sans être insulté ou frappé, ou de se rendre à un concert, d’aller prendre un verre sur une terrasse, ou assister à un feu d’artifice sans le spectre d’un attentat terroriste, un pays où l’autorité de l’Etat et les principes constitutionnels, les lois et l’ordre public seraient scrupuleusement respectés, tout manquement sanctionné, la question de l’identité ne se poserait même pas. Les Français et surtout les jeunes, de toutes origines bien sûr, auraient les raisons d’être tout naturellement fiers de leur pays.

Maxime TANDONNET

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Le quinquennat 2017-2022 est-il déjà foutu? Et comment éviter le pire?

sans-titreIl ne faut pas confondre pessimisme et réalisme ou lucidité, clairvoyance. Bien sûr, la perspective de l’alternance en 2017 est un soulagement, une bouffée d’oxygène. A l’horizon de sept mois, l’espoir d’en avoir peut-être fini avec le malaise qui prévaut en ce moment. Oui mais après? Nous vivons, d’ores et déjà, les prémices d’une nouvelle apocalypse 2017-2022, quel que soit le nom du futur occupant de l’Elysée.

Que pourra faire un homme, aussi énergique, sage ou ambitieux soit-il, dans le contexte piégé qui s’annonce: un parti socialiste furieux et revanchard; un parti lepéniste sans doute plus puissant que jamais; une majorité relative de « troisième force », déchirée par les rancunes et les déceptions, coincée entre deux fortes minorités au Parlement; une hystérie médiatique permanente, des déchaînements de rage sans fin à la moindre parole, la moindre décision sur tous les sujets possibles; des corps intermédiaires plongés dans une logique de sabotage quotidien; des syndicats déterminés à bloquer le pays à la moindre réforme; une opinion forcément versatile, comme toujours, qui aura tôt fait de se retourner; le chômage, la violence, le terrorisme; un climat de plus en plus sectaire, et féroce pour cacher le vide d’idées et de projets; des sondages calamiteux dès la rentrée de septembre et déjà, le doute…

Non, non, ce n’est pas du pessimisme, mais du réalisme! « Et voilà qu’on crie au pessimisme, injure dont les éternels vieillards poursuivent toute pensée qui ne se destine qu’aux pionniers de demain. » Qui a pu dire une chose aussi vraie? Nietzsche bien entendu. J’anticipe, je sais à l’avance ce qui va se passer et pour tout dire, j’y suis déjà…  Les coups de menton, les provocations verbales et les moulinets ne serviront à rien sinon à répandre l’illusion pendant cinq minutes: le futur chef de l’Etat, quel qu’il soit, risque de se trouver comme un bouchon de liège qui prétend remonter le courant de la Seine de ses petits bras musclés!

Alors que faire? Ouvrir les yeux tout d’abord et comprendre que l’exercice du pouvoir sera piégé comme un champ de mines. Ah, si j’avais des conseils à donner, si j’avais une chance même infime, d’être écouté; et mieux, entendu!

  1. LA VERITE: Regardez la France dans les yeux. Dites lui la vérité. Il n’existe aucun remède magique. Il n’y aura pas de miracle et la sortie du marasme général (économique, mental, sécuritaire, international, etc.) dépend de la mobilisation, des efforts collectif à long terme et de la prise de conscience de tous.
  2. LE COLLECTIF: donner l’illusion d’un seul homme aux manettes est la porte ouverte sur l’enfer et l’effondrement. Nous ne sommes plus au temps de Louis-Napoléon Bonaparte. Il faudra le comprendre un jour. Nous ne sommes pas non plus dans la Roumanie de Ceausescu ni dans la Corée de Kim-Il-Un!  Il faut au contraire bannir toute forme de culte de la personnalité. Pris dans le feu médiatique et des réseaux sociaux,  l’immensité de la tâche et des difficultés, celui qui prétendra incarner à lui seul le pouvoir, aujourd’hui, sombrera inévitablement dans le ridicule, la honte, la folie et entraînera le pays avec lui. Il faut au contraire que le président élu se place en retrait, en recours, dirige en coulisse, discrètement par son autorité morale. Il doit s’en remette à une équipe d’une douzaine d’hommes soudés par la seule volonté de servir la France  (et non pas leur minable petit destin personnel) dans une situation épouvantable. Partager le fardeau et la responsabilité: cela s’appelle un Gouvernement. Gouverner, une notion tragiquement oubliée.
  3. L’ EXEMPLARITE: on n’imagine pas à quel point « l’image » est décisive dans le nouveau monde de transparence absolu issu d’Internet et de la médiatisation. Cinq ans à tenir, c’est à la fois long et court. Cinq ans sans abuser à des fins personnelles des moyens de l’Etat, les avions, les voitures, les appartements et des villas; cinq ans à considérer chaque centime issu de la poche du contribuable comme sacré; cinq ans sans paroles inutiles, sans provocations verbales, sans fanfaronnade absurde; cinq ans sans s’adonner à des comportements ridicules; cinq ans  dans la dignité absolue qui sied à un chef de l’Etat, incarnant la Nation. Est-ce envisageable?
  4. LA DEMOCRATIE: à qui appartient un pays? Non à l’infime minorité de sa classe dirigeante et à ses élites. Il est inconcevable aujourd’hui, dans le nouveau monde qui émerge, de gouverner sans le peuple, la communauté nationale. Tout est à repenser dans la démocratie: il est impérieux, en urgence absolue de restaurer la souveraineté et la représentativité du Parlement pour en refaire le creuset du destin collectif; de pratiquer les référendums nationaux sur toute question de principe engageant l’avenir du pays. Il est vital de décentraliser la France pour rapprocher le pouvoir des citoyens en faisant des maires les pivots de la puissance publique au quotidien. Jamais ce principe n’a été autant bafoué, foulé aux pieds dans tous les domaines. La France doit devenir une fois pour toute une République décentralisée autour de la commune, cellule de base de la démocratie.

Réussir le prochain quinquennat? Seulement au prix d’un bouleversement des mentalités, au rebours de tout ce qui fait en ce moment, et j’ignore totalement si cette prise de conscience est concevable aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Nocives et dangereuses primaires

sans-titreCi-dessous ma contribution au site Atlantico, sur les primaires de la droite et du centre. Je vois dans leur déroulement la quintessence d’une corruption de la politique française et de l’esprit de la Ve République: fuite dans les polémiques stériles, sublimation du carriérisme narcissique, explosion nombriliste de la vie politique, abandon du sens de l’intérêt général, aggravation du sectarisme militant, plongée de la vie publique française dans la polémique permanente, disparition de l’autorité républicaine, poussée des extrémismes haineux. Elles ne font qu’achever la Ve République bien malade. Mais évitons de dire qu’elles marquent un retour à la IIIe ou à la IVe République. Ces deux régimes, malgré leurs immenses défauts, en particulier l’instabilité, produisaient au moins quelques personnalités qui croyaient en un destin collectif et à la notion de gouvernement. La IIIe et la IVe étaient quand même moins désastreuses que la Ve BIS actuelle, fondée sur la sublimation du néant et de l’impuissance, la dictature des postures et de la communication, l’ivresse de soi, le culte de la personnalité généralisé (pas seulement à l’extrême droite) et la manipulation de masse.

Un score très serré aux primaires peut-il avoir des conséquences négatives?

Le danger d’un score très serré à l’image de l’élection du président de l’UMP en 2012 serait qu’il ouvre la voie à des discussions sur la sincérité du scrutin et une polémique à ce sujet. Il semble que toutes les précautions soient prises pour éviter ce scénario catastrophe, mais si le scrutin se joue à quelques centaines de voix près on ne peut exclure une telle hypothèse, des demandes de recompte. Une remise en cause de la légitimité du résultat des primaires serait désastreuse. Le climat dans les camps des deux principaux candidats n’est pas à la sérénité. Les choses sont très passionnées. Le débat d’idées compte assez peu en fait. C’est beaucoup plus le style, la posture qui comptent. Les bons mots, les petites phrases tendent à creuser ce clivage. On voit bien la différence de posture: la sagesse de M. Juppé et la transgression de M. Sarkozy. En quoi diffèrent leurs projets sur l’école, la croissance, l’emploi, la sécurité, l’Europe? C’est difficile à dire aujourd’hui. On est donc dans une logique de clivage très forts, affectifs, passionnels, axés sur la personnalité. Les partisans de M. Sarkozy rejettent M. Juppé et réciproquement. Je pense que tous deux joueront le jeu à l’issue de la primaires: il s ne voudront pas passer pour les responsables de l’échec de leur camp. Mais au niveau des partisans, c’est moins évident. La mobilisation pour les présidentielle sera difficile. Oui, un score très serré peut compliquer le ralliement du camp battu au vainqueur.

Les primaires vont-elles influer sur le fonctionnement de la vie politique française?

Selon le sondage, 28% des Français envisagent de participer à la primaire. 84% expliquent cette intention par le sentiment que la primaire va désigner le vainqueur du scrutin. Cette participation potentielle est considérable: presque un tiers de l’électorat! Ces primaires sont peut être inévitables dans le contexte ultra dégradé de la politique française: poussée lepéniste qui interdit de prendre le risque d’une présence de plusieurs candidats de droite au premier tour et guerre des ego à droite qui éloigne toute perspective d’un accord sur le candidat le mieux placé. Mais il faut quand même voir que ces primaires sont une étrangeté démocratique. Dans la mesure où elles ont toute chance de désigner le futur chef de l’Etat, elles tendent à se substituer aux présidentielles. Le prochain président serait donc désigné par une sorte de suffrage restreint, une fraction du corps électoral. On peut plaisanter sur le coût de deux euros. Mais cette somme, destinée à écarter des électeurs les moins motivés, n’a pas la même la même valeur pour un étudiant qui vit, une fois son loyer payé, avec 140 euros par mois, et un cadre supérieur qui touche 10 000 euros par mois. La rigueur du filtre jouera en fonction du revenu des personnes. Il y a un fond malsain dans ce mode de scrutin et ce filtre par les deux euros qui rappelle le souvenir de Thiers, optant pour le suffrage censitaire plutôt que le suffrage universel par méfiance envers la « vile multitude ». Et puis la condition morale de « valeurs de la droite et du centre » semble assez douteuse du point de vue démocratique. Que sont les valeurs de la droite et du centre, par rapport aux valeurs des autres camps? Le libéralisme économique? L’autorité de l’Etat? Personne ne le sait précisément aujourd’hui. En outre, la formule est terriblement sectaire: la possibilité de voter et de désigner le futur président dépendrait de « valeurs » et de l’appartenance à un camp idéologique opposé à un autre. On voit toute la dérive de ces primaires au regard des principes de la démocratie. Elles aboutissent, dans le contexte actuel, avec la quasi-certitude de la présence du candidat lepéniste au second tour, à faire désigner le chef de l’Etat par une fraction du corps électoral et non par la Nation dans son ensemble. Elles consacrent une logique de division du peuple français.

Peuvent-elles favoriser des manipulations électorales?

Il y a une immense incertitude de ces primaires qui tient à l’étendue de la participation. 11% des Français sont sûrs de voter, et 17% se déclarent votant potentiels. Qu’il y a-t-il derrière ce potentiel? On peut tout imaginer. En principe des sympathisants Républicains. Mais qu’est-ce qui empêche des électeurs socialistes de participer ou des sympathisants lepénistes? En fonction de la mobilisation, on voit que le résultat de ces primaires peut être soumis à toutes les manipulations et les manœuvres, par exemple un vote significatif des électeurs socialistes pour faire désigner le candidat le moins bien placé face à François Hollande au premier tour des présidentielles…. Ou bien le même type de comportement des sympathisants lepénistes pour favoriser leur candidat. L’incertitude est réelle. Rien ne permet de dire avec certitude comment est composée la fraction du corps électoral qui désignera le prochain candidat à la présidentielle, probable futur chef de l’Etat. Sommet de l’absurde: son nom dépendra peut-être, non pas du choix des électeurs de la droite et du centre, mais du niveau respectif de participation à ces primaires des adversaires socialistes ou lepénistes…

En cas de victoire, comment gouverner s’il y a des divisions au sein de la majorité ?

Tout dépend du déroulement des primaires, de leur issue et du comportement du vainqueur! Il me semble que celui qui remportera les primaires aura tout intérêt à prendre dans son entourage des proches du perdant et à jouer à fond la carte du consensus. En outre, son adversaire renoncera sans doute à la vie politique et appellera à soutenir le vainqueur. On peut imaginer aussi que malgré les rancunes et les passions, les grands élus nationaux se rallieront au nouveau candidat officiel. Ils y auront tout intérêt en tout cas, pour jouer un rôle par la suite et le cas échéant, participer au gouvernement. Mais je suis d’accord: comment gouverner après les présidentielles est la grande question aujourd’hui. Dans la tradition de la Ve République, l’électorat donne une majorité parlementaire au chef de l’Etat pour gouverner. Or le climat actuel est très particulier, totalement inédit et nul ne sait sur quoi il débouchera: poussée lepéniste, discrédit de la classe politique, forte abstention, dévalorisation de la fonction présidentielle. Le chef de l’Etat sera sans doute élu par dépit bien plus que par adhésion. Il ne bénéficiera d’aucun « état de grâce ». Trouvera-t-il une majorité confortable pour gouverner: rien n’est moins sûr. Si le candidat lepéniste effectue un score élevé au second tour, celui-ci peut se traduire par une nombre de députés significatif. Dès lors, dans l’hypothèse ou par réaction contre l’élection présidentielle, les socialistes parviennent à limiter les dégâts aux législatives, ce qui est tout à fait possible au vu du score des dernières régionales, la France peut devenir encore plus ingouvernable qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Quels autres risques voyez-vous inhérents à cette primaire ?

Les primaires de la droite et du centre ont plongé la France dans un climat électoral avec trois mois d’avance. Il me semble que cette extension du temps électoral est nocive pour la France. Notre pays a besoin de travailler et d’être en paix avec lui-même. L’ouverture des hostilités commence beaucoup trop tôt. Les primaires aggravent le climat de division et de sectarisme. En outre, elles donnent lieu à des polémiques personnelles, des procès d’intention, des batailles d’individus qui ne ne contribuent sans doute pas à réconcilier les Français avec la politique. J’y vois le risque, surtout si les primaires se déroulent dans un mauvais climat, qu’elles poussent certains français à la tentation de l’abstention et à l’aggravation de la défiance envers la politique. Il ne faut pas écarter enfin le risque pour la droite de montée en puissance d’un candidat ou plusieurs candidats n’ayant pas participé aux primaires, M. Bayrou par exemple. Et alors, nous retombons dans le scénario catastrophe : plusieurs candidats de droite et du centre ouvrant la voie à la qualification du candidat socialiste, au second tour, face au candidat lepéniste. Une zone d’inconnue absolue s’ouvrirait alors pour le pays.

Maxime TANDONNET

 

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La crétinisation de la France

imagesCertaines polémiques, attisées par les politiciens de l’extrême gauche à l’extrême droite et surtout par quelques médias hystériques, sont tellement grotesques que je me refuse à en parler. Celle qui embrase la France dite « d’en haut » depuis deux jours est particulièrement stérile et stupide. Il est effroyable de constater le degré de bêtise atteint par notre France dite « d’en haut », la France bavarde, verbeuse, médiatisée. Voici une merveilleuse interview dans Figaro Vox de Michel Onfray sur l’imbécillité contemporaine que je suis heureux de mettre en lien. Nous sommes sans doute à un moment charnière de l’histoire du monde. L’idéal européen, cette idée d’une Europe en paix et unie politiquement, est en pleine désintégration, en grande partie du fait de la démission européenne face aux enjeux des flux migratoires. Il faut une dose de naïveté et d’aveuglement formidable pour ne pas s’en rendre compte. Les nationalismes de la pire espèce, agressifs et haineux, renaissent partout de leurs cendres, y compris désormais en Allemagne. La violence et le désœuvrement se répandent. Le Moyen-Orient est plongé dans une guerre barbare, d’une atrocité inouïe, une terreur dont la France est l’un des principaux réceptacle. Les Etats explosent, les frontières  se décomposent, des milliers de personnes sont massacrées tous les jours dans l’indifférence générale. Une partie de l’Afrique est ravagée par la montée des haines sanguinaires, l’explosion démographique et la misère absolue. Des fleuves de sang coulent sur la planète. Le fanatisme gagne partout. Les Etats-Unis donnent des signes inquiétants à travers deux candidats aux présidentielles aussi douteux l’un que l’autre. Lundi, j’ai déjeuné avec un homme d’affaires anglo-saxon à la tête d’un puissant cabinet « d’analyse des risques ». Après lecture de mes chroniques sur Figaro Vox et Atlantico, il voulait m’interroger sur mon idée de la désintégration politique du monde occidental. Lui-même m’expliquait que la bulle financière qui s’est créée depuis huit ans était bien pire que celle qui a conduit au crash de 2008. A l’horizon de 2018-2019, son explosion est probable. Or, en raison de la généralisation des taux d’intérêt zéro, les autorités monétaires seront cette fois-ci privées de tout moyen de réduire les taux d’intérêt pour combattre la récession.  Et pendant ce temps-là, la France dite d’en haut, la franchouillarde, politico-médiatique, la France hystérique rumine sur ses petites névroses et se s’embrase au sujet d’Astérix le Gaulois.

Maxime TANDONNET

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Sept conseils au prochain président

sans-titreLa place et le rôle du chef de l’Etat, voilà un sujet qui me passionne, auquel j’ai beaucoup réfléchi, enrichi par l’expérience de 4 ans et demi, comme conseiller à l’Elysée, et par d’innombrables lectures destinées à l’écriture d’un livre sur l’histoire des vingt-quatre présidents. L’idée n’est pas de livrer les clés de la réussite. Ce serait à la fois horriblement prétentieux et vain, mais de s’interroger sur les meilleurs moyens de ne pas échouer, garder l’estime des Français, faire au mieux ou au moins mal, dans une situation épouvantablement difficile. Voici quelques principes de bon sens:

  • Tenir absolument ses engagements de campagne sur tous les points. On ne recule jamais, on ne plie pas, on respecte sa parole. Mieux vaut démissionner que renoncer à une réforme annoncée.  Un contrat présidentiel est le socle d’un quinquennat, le déchirer revient à se condamner à l’échec et les Français ne pardonnent jamais ce genre de trahison. Mieux vaut réfléchir avant de se lancer sur des promesses qu’on ne pourra pas tenir et de cibler quelques propositions clés qui tiennent à l’avenir du pays,  plutôt que de s’engager sur un long catalogue détaillé.
  • Ne jamais se moquer des citoyens, manipuler ou dissimuler les chiffres, les informations, communiquer pour faire semblant d’agir ou lancer des réformes creuses destinées à donner le sentiment de l’action.  Il existe un instinct populaire extrêmement affuté – ignoré de la classe dirigeante – par lequel les « gens » perçoivent aussitôt la manipulation ou la moquerie et ne la pardonnent jamais.
  • Renoncer à toute forme de partialité. Il est scandaleux qu’un chef de l’Etat soit aussi un leader partisan. Il doit être le président de tous les Français, l’élu de la Nation. Cela ne l’empêche pas de faire des choix politiques, au sens noble du terme, dans l’intérêt national, mais il lui est interdit de favoriser tel ou tel camp, par exemple, comme le font tous les présidents depuis Mitterrand, d’inviter les parlementaires ou les leaders d’une majorité à l’Elysée. Le meilleur moyen de lutter contre les déchirements et les communautarismes est de donner soi-même l’image de l’unité. Couv. Histoire présidents
  • Ne jamais penser à la réélection: il est impardonnable de dévoyer un quinquennat en en faisant le tremplin d’une hypothétique réélection. Cela revient à détourner l’intérêt général au profit d’un intérêt de destin personnel et entrer dans un engrenage dramatique: toujours plus de démagogie et de manipulation. Un chef de l’Etat ne doit jamais chercher la popularité, ou vouloir être aimé, car tel est le meilleur moyen de se faire haïr et mépriser. Les citoyens le sentent parfaitement: d’où l’escalade de l’impopularité. J’approuve les candidats à la présidentielles qui se sont engagés à ne pas se représenter en 2022.
  • Un devoir de modestie, de discrétion et de sobriété: rien n’est pire que le bavardage ou la gesticulation au sommet de l’Etat. L’une des premières vertus d’un président est d’inspirer la confiance, incarner la sagesse. Or, le silence et le mystère sont la source de toute forme d’autorité naturelle et du prestige. Le chef de l’Etat doit s’adresser aux Français deux ou trois fois par an, mais pas plus. Il ne doit pas fanfaronner à longueur de journée dans les médias et noyer le pays de paroles. Moins il apparaît dans les écrans de télévision, plus ses apparitions sont rassurantes. Moins il parle et plus sa parole est précieuse et écoutée.
  • Respecter le domaine présidentiel: il est mensonger de laisser croire que dans un monde d’une infini complexité, un seul homme peut s’occuper de tout. Le chef de l’Etat est responsable de la politique internationale, des grandes options européennes, de la défense et du destin à long terme du pays, donc des grandes orientations et priorités de la nation. Il faut en finir avec l’illusion du président touche-à-tout. L’exercice de la présidence suppose du recul et de la hauteur, avant tout une vision de l’avenir.
  • Savoir déléguer au maximum: le président de la République est le gardien de la Constitution. Il doit impérativement respecter son principe fondamental: le Premier ministre est le chef du gouvernement, responsable devant le Parlement. Il est seul comptable, sous la double tutelle du président et du Parlement, de la politique intérieure, de l’emploi, de la sécurité, etc. Il doit aussi en assumer les échecs. Le chef de l’Etat n’a pas le droit de se substituer au chef du Gouvernement et à ses ministres, par exemple en parlant à tout propos de l’emploi et de la vie gouvernementale dans les moindres détails, sinon, non seulement il trahit la Constitution mais il décourage le Premier ministre et les ministres de travailler et en outre, il entre dans l’engrenage fatal de l’impopularité. Le rôle du président est de nommer le Premier ministre, de lui confier une mission de deux ans, puis de le laisser assumer sa responsabilité avec la majorité parlementaire. Et lui rendre des comptes au bout de deux ans.

Voilà des idées toute simples, évidentes, presque des lapalissades, qui ont hélas peu de chance d’être comprises et surtout appliquées. Pourtant, je ne vois pas d’autre moyen d’éviter un nouveau désastre présidentiel entre 2017 et 2022, qui déboucherait alors sur l’arrivée au pouvoir de l’extrémisme de droite ou de gauche.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

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Commentaire sur le projet de M. Bruno Le Maire

sans-titreVoici un commentaire du programme de M. Bruno Le maire pour lequel j’étais sollicité, en tandem avec M. Jean Petaux, universitaire, par le site d’information Atlantico. Je trouve qu’il y a beaucoup de bonnes idées, notamment sur le renouvellement de la politique française, mais une lacune fondamentale qui tient au renforcement de l’hyper-présidentialisme, selon moi l’une des causes du blocage français.

Bruno Le Maire, parmi les candidats de la primaire de droite, est celui qui incarne par son âge le renouvellement de génération. Il est intéressant de se demander si cet objectif se retrouve dans son projet. La publication d’un volumineux contrat présidentiel de plus de 1000 pages, allant jusqu’aux détails les plus fins . Les modalités de remboursement par la sécurité sociale des lunettes et des soins dentaires sont des sujets importants dans la vie des Français, mais ne relèvent-elles pas d’un programme législatifs davantage que d’un contrat présidentiel ? De même que le nombre précis d’agents qui seront recrutés par l’office français des réfugiés et apatrides) ? Ce projet s’inscrit clairement dans la logique de l’hyperprésidence, à l’œuvre depuis une quinzaine d’années, surtout depuis le passage au quinquennat, celle d’un chef de l’Etat incarnant à lui seul le pouvoir politique, se substituant de fait au Premier ministre, aux ministres, à la majorité parlementaire. Telle n’est absolument pas la logique initiale de la Ve République, gaullienne, qui fait du président de la République « un arbitre, garant du fonctionnement régulier des pouvoirs publics, de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités ». Ce projet présidentiel s’apparente surtout au programme de gouvernement d’une majorité. Dans sa conception élyséenne, qui fusionne les notions de présidence et de gouvernement, Bruno Le Maire s’inscrit donc dans la continuité de l’hyperprésidence actuelle qui fait du chef de l’Etat l’unique pivot de la vie politico-médiatique.

D’ailleurs, ses propositions concernant la réforme des institutions n’innovent pas fondamentalement. Il propose une mesure très intéressante visant à favoriser le brassage de la classe politique en limitant à trois le nombre de mandats parlementaires consécutifs. L’ambition de renouvellement de la classe politique est l’aspect le plus original et ambitieux de ce programme. Il entend supprimer le Conseil économique et social, limiter le nombre de parlementaires, le cumul des mandats, et obliger les élus nationaux à démissionner de la fonction publique. Cela reflète une louable intention de réaliser des économies et d’assainir la vie politique, mais ne remet guère en cause l’équilibre entre les pouvoirs publics et le mode de fonctionnement du système politique français et surtout, son hyperprésidentialisme qui est l’un de des grandes causes du blocage politique de la France: donner l’illusion que toute l’essence du pouvoir se concentre en une seule main revient à dévaloriser et démotiver les autres acteurs du gouvernement de la France. Quant au recours accru au référendum, il est conforme à une proposition commune à quasiment tous les candidats et qui reflète la volonté de surmonter la coupure entre la France des élites dirigeantes et le peuple.

Le projet de M. Le Maire a l’immense avantage de ne pas tourner le dos à la question européenne et d’aborder franchement ce sujet crucial pour l’avenir. Pour autant, il donne le sentiment de se situer plus dans une logique de continuité que de renouveau et d’imagination. Renforcer l’axe franco-allemand, conduire une réflexion approfondie avec les cinq autres membres fondateurs de l’Europe sur le projet européen: tout cela est nécessaire mais ne dit pas grand chose sur les réformes radicales dont l’Europe a besoin pour se relancer et surmonter les faiblesses constatées au cours des dernières années: fracture entre l’Allemagne et les pays du Sud, échec dans la gestion de la crise des migrants, explosion du chômage, poussée électorale extrémiste et nationaliste, Brexit, vertigineuse montée de l’euroscepticisme. Le contrat présidentiel par ses propositions sur ce point, ne semble pas à la hauteur d’un défi d’une ampleur titanesque pour les générations à venir. Par exemple, la création d’un corps de gardes frontières est un sujet dont il est question depuis 1999. L’idée serait de doter la structure de coordination actuelle, FRONTEX, de ses propres moyens en recrutant 1000 fonctionnaires européens. On a du mal à voir en quoi ce coûteux recrutement aurait le moindre impact sur la maîtrise des frontières Européennes.

En matière d’emploi, les propositions de Bruno Le Maire vont à l’évidence dans le bon sens: allègements de charges pour les entreprises, privatisation de pôle emploi, création d’une allocation de solidarité unique favorisant la reprise d’un emploi, simplification de la vie des entreprises. Un point de son programme sur l’emploi et la réindustrialisation mérite une attention particulière: sa volonté clairement affirmée de renforcer et de développer l’apprentissage, la formation professionnelle, la revalorisation du travail manuel et des formations technologiques, l’objectif de renforcer les liens entre l’entreprise et l’éducation nationale, pour la relance de l’industrialisation de la France, une politique qui est au centre de la réussite allemande. Ces propositions sont une clé de l’avenir économique de la France. Cet engagement en faveur d’un rapprochement du modèle allemand semble être la touche particulière du projet en matière économique.

Dans le domaine de régalien, M. Bruno le maire touche un point essentiel en préconisant un renforcement du pouvoir et de la responsabilité des maires. Ils sont les plus proches de la réalité de terrain. Il leur appartient de définir et de conduire la politique locale de sécurité, en matière de prévention des crimes et des délits et de protection des population, dans le cadre d’une coordination départementale par les préfets. Ce volet du projet comporte nombre de vœux intéressants mais dont on a du mal à voir ce qu’ils recouvrent de bien nouveau: renforcer la coordination police gendarmerie, élaborer un plan national de lutte contre les cambriolage. Il prône une « justice d’exception » contre le terrorisme. La sévérité de la justice est-elle vraiment le fond du problème face à des individus déterminées à mourir en tuant un maximum de personnes? Sur le sujet de l’immigration, central dans le projet de M. Le Maire, les propositions semblent s’éloigner de la réalité de terrain. Il propose curieusement de conditionner le regroupement familial au revenu d’un travail adapté à la taille de la famille. Tel est déjà le cas depuis les réformes de 2006 et 2007. Il préconise un contrat d’accueil et d’intégration obligatoire, qui existe depuis 2003, renforcé en 2006. Quand à son idée de mettre fin au caractère suspensif des recours devant la justice en cas de mesure d’éloignement (si l’on a bien compris), elle serait illégale au regard des principes constitutionnels, de la CEDH et du droit européen.

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Sur la notion d’identité et sur l’Europe face au Brexit

DSC02219Voici mes deux dernières contributions au Figaro Vox, concernant le débat sur l’identité en politique et sur le Conseil européen informel de Bratislava en l’absence du Royaume-Uni. Il est parfois un peu stressant de penser, sur à peu près tous les sujets, le contraire de tout le monde, la droite, la gauche, le extrêmes, le monde médiatique, l’opinion publique… Dès lors, deux hypothèses se présentent, et deux seulement: soit je suis un imbécile (ce que je suis tout près à admettre), soit c’est le monde qui devient stupide et fou. Et aucune des deux n’est bien réjouissante…

Sur le premier point, mon sentiment est que le rôle des politiques n’est pas de ruminer sur l’identité, ce qui ne débouche jamais sur rien, mais uniquement de prendre  – ou de se préparer à prendre –  des décisions, c’est-à-dire d’arbitrer, de choisir, bref, de gouverner, gouverner, ce vilain gros mot. Le ministère de la parole est aussi celui de l’enfumage et de l’impuissance, présente ou avenir. « Une capitulation est essentiellement une opération par laquelle on se met à parler au lieu d’agir » (Péguy). Les débats de principe déchirent alors que l’action rassemble.

Quant à la tenue du sommet de Bratislava sans le Royaume-Uni, qui est toujours membre de l’Union européenne aujourd’hui, je la juge absurde, au sens fort, philosophique du terme: absurde. Les eurocrates, fonctionnaires, politiques, bruxellois ou nationaux, voient dans l’Europe un empilement de directives, de règlements, de jurisprudence et de sans-titresanctions. Dès lors, dans cette conception de l’Europe, il est logique qu’ils puissent se satisfaire de la sortie du Royaume-Uni et vouloir l’accélérer. Moi qui suis infiniment européen, moi qui me sens français, anglais, allemand, italien, portugais, roumain, etc. moi qui me sens infiniment plus européen que n’importe quel eurocrate, je vois l’Europe tout autrement: le la vois comme une personne humaine, une personne en chair et en os,  et le départ du Royaume-Uni, la grande Nation vainqueur du nazisme et du fascisme, équivaut à mes yeux à l’amputation d’un bras ou d’une jambe. Dès lors, le devoir des Européens, me semble-t-il, n’est pas de pousser le Royaume-Uni dehors à la suite de son référendum – la Grande Nation vainqueur du nazisme et du fascisme – en l’excluant du conseil informel, mais bien au contraire, de lui sans-titreouvrir les bras et de faire l’effort d’imagination pour fonder une nouvelle Europe, à la fois beaucoup plus unie, soudée, rassemblée, plus puissante et aussi plus respectueuse des démocraties nationales, avec le Royaume-Uni. Bon. J’en suis bien conscient, ma position, qui me vient du fond de l’âme, ne peut que faire hurler tout le monde, la droite, la gauche, les extrémistes, les eurocrates et les europhobes. Mais je dis ce que je pense, c’est tout, même sans grand espoir d’être entendu… »Il est inutile d’espérer pour entreprendre, ou de réussir pour persévérer », comme l’a dit un grand européen (je ne sais plus qui…)

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: Histoire du monde, J.M Roberts, O.A Westad, Perrin 2016 (T1)

couv_histoire_monde_3d-1Il n’existe pas de plus grand bonheur dans la vie que la lecture d’un excellent livre. Depuis quelques nuits, je suis plongé dans l’Histoire du monde de Roberts et Westad. Dès les premières lignes, sur la genèse de l’humanité, ce livre prend à la gorge et on a un mal fou à la quitter tant il est captivant,  fascinant, bouleversant. Il se lit exactement comme un roman d’aventure, l’aventure de notre espèce. Il combine l’érudition et une prodigieuse facilité de lecture, sans la moindre trace d’idéologie. Il nous explique avec des mots simples la naissance de l’homme, la sortie de la préhistoire – qui n’était pas sans splendeurs –  et le processus d’édification des civilisations environ 6000 ans avant JC autour des cités de Mésopotamie. Le plus étrange est cette continuité entre les millénaires sur lesquelles l’ouvrage insiste, pointant le lien entre la première grande civilisation, Sumer, et les idées, les pensées, les croyances qui sont parvenues jusqu’à nous.

« Outre ce genre de relevés, l’invention de l’écriture [par Sumer 6 à 4000 av JC] permet à l’historien de s’immiscer dans le passé d’une autre façon. Grâce à elle, il dispose enfin d’éléments solides qui lui permettent de parler en connaissance de cause des mentalités […] L’épopée de Gilgamesh est la plus vieille histoire du monde. C’est lui, tel qu’on le retrouve également dans d’autres poèmes, qui devait devenir le premier personnage et le premier héros de la littérature mondiale. Pour le lecteur moderne, le passage le plus frappant de cette épopée est certainement celui où se trouve évoquée l’arrivée d’une grande inondation qui détruit tout le genre humain, à l’exception d’une famille qui survit en construisant une arche […] La Mésopotamie inférieure a dû être sujette de tout temps à des variations du niveau des eaux qui mettaient gravement en danger le fragile système d’irrigation dont dépendait sa prospérité. Les inondations, notamment, avaient vite fait de tourner à la catastrophe; elles ont pu contribuer à engendrer ce fatalisme désabusé dans lequel certains spécialistes ont vu la clé de la religion sumérienne. C’est cette humeur sombre qui donne la tonalité à l’épopée. Gildamesh multiplie les exploits dans un effort incessant pour s’affirmer face aux lois d’airain des dieux qui vouent l’humanité à l’échec […] De l’eau finit par émerger la terre: ce qui nous est proposé ici équivaut peut-être à un récit de la création du monde, à une genèse. Dans l’Ancien Testament [qui  s’en inspire], c’est la volonté de Dieu qui fait sortir la terre des eaux, et cette interprétation a satisfait la plupart des Européens cultivés pendant près d’un millénaire. Il est fascinant de penser que nous pourrions devoir une bonne part de notre fonds culturel à la reconstruction mythique faite par les Sumériens de leur préhistoire, c’est-à-dire de l’époque où les marais du delta furent transformés en terres agricoles. »

Cet ouvrage splendide, qui mène sans le moindre effort à l’air vivifiant de la plus haute altitude, nous incite à relativiser notre place dans l’histoire, en tant qu’individu, que nation, les malheurs du quotidiens et les déceptions de l’actualité, à comprendre d’où nous sommes issus. Elle ouvre bien sûr de nouveaux horizons, gigantesques, à la réflexion sur le passé et l’avenir de l’espèce humaine. Mais là n’est pas le plus important à mes yeux. Cette lecture est la source d’un intense moment de plaisir et de bonheur tout simple, le bonheur de la découverte et n’est-ce pas là l’essentiel de ce qu’il faut attendre d’un livre?

Maxime TANDONNET

 

 

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Faut-il voter aux primaires?

sans-titreNous sommes nombreux à nous poser la question, ici même, au boulot, sur le marché du samedi matin, ou les dîners entre amis. La réponse n’est pas simple. Sur le principe, je suis un adversaire, que dis-je, un ennemi des primaires pour des raisons déjà mille fois exposées:

  • Elles mettent l’accent que la bataille d’ego et de visages plutôt que sur le débat d’idées, donc favorisent la personnalisation de la politique au détriment de l’intérêt général;
  • Elles renforcent le pouvoir médiatique à travers le façonnement de l’image des candidats ;
  • Elles  trahissent l’esprit de la Ve République en faisant du chef de l’Etat l’homme d’un camp politique contre un autre et non l’élu de la Nation dans son unité;
  • Elles entraînent une désintégration de la politique en poussant à l’individualisation des enjeux plutôt qu’au rassemblement;
  • Elles contribuent au délitement de la vie publique en allongeant de plusieurs mois la campagne électorale alors que la France a besoin de travailler plutôt que de se déchirer dans les polémiques;
  • Elles poussent la vie politique à la médiocrité en favorisant la démagogie, les scoops  médiatiques et les pires coups bas pour l’emporter;
  • Elles bloquent le renouvellement de la politique en favorisant les notables des partis;
  • Elles comportent un risque de manipulation avéré (participation en masse d’adversaires de manière à faire pencher le vote dans un sens qui leur est favorable);
  • Elles expriment la déliquescence du sens du bien commun, quand des individus sont incapables de s’entendre et de se mettre d’accord pour l’intérêt de la France.
  • Elles encouragent le sectarisme à travers la notion de « valeurs de droite » et de « valeurs de gauche ».

J’y vois donc un poison pour la démocratie et la vie la politique françaises, pour l’avenir de notre pays, pour la république. Et pourtant, peut-on en faire abstraction, les boycotter? L’enjeu des scrutins de 2017 est considérable. Tout peut arriver, y compris le pire, c’est-à-dire un deuxième tour des présidentielles entre le parti lepéniste et le parti socialiste qui signifierait la réélection inéluctable de l’actuel chef de l’Etat et peut-être, dans la foulée – même si rien n’est certain – une nouvelle majorité socialiste à l’Assemblée. Tous leurs calculs et tous leurs espoirs vont en ce sens. Dès lors, malgré l’aversion que suscite le système des primaires, il nous faut être pragmatiques, accepter la réalité telle qu’elle est, aussi désolante soit-elle. Parfois, les compromis empoisonnés sont inévitables car un poison peut servir de contrepoison à un poison encore pire. Donc, il faut aller voter aux primaires mais sans illusion, sans naïveté, sans puérilité d’imaginer élire un sauveur ou un homme providentiel. Le seul et unique enjeu de ces primaires est tout bêtement de sélectionner le candidat qui aura le plus de chance  d’éviter la tragédie nihiliste d’un deuxième tour des présidentielles 2017  entre le parti lepéniste et le parti socialiste. Lequel est-il le mieux placé? je n’en sais strictement rien aujourd’hui. Ensuite, pour l’espérance, il faudra attendre autre chose, les législatives,  la perspective d’une recomposition politique, de l’émergence d’une avant-garde déterminée à sortir la France de l’impasse, un événement historique majeur, ou que sais-je?

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Lecture, Napoléon à Sainte Hélène (Las Cases, Gourgaud, Montholon, Bertrand) Robert Laffont

imagesdcuzrv3tVoici un livre d’une richesse inouïe, que je relis tous les trois ou quatre ans avec une fascination grandissante. Il raconte les dernières années de Napoléon à Sainte Hélène, par quatre fidèles qui ont choisi, avec leurs familles, de partager son exil. La magie qui en émane provient du contraste entre les misères du quotidien et l’ambition de bâtir la légende de l’une des plus stupéfiantes épopées de l’histoire de l’humanité. La vie à Sainte Hélène, d’un petit groupe d’hommes et de femmes reclus, coupés du monde, vivant en permanence les uns sur les autres est d’une trivialité, d’une bassesse et d’un ennui qui donnent le vertige: obsession du mauvais temps, de la pluie et du vent, de la santé de l’Empereur qui se dégrade, de son humeur maussade, de ses colères et de ses moments de gentillesse, des persécutions du gouverneur britannique, des querelles et des haines intestines, flagorneries pour tenter de capter l’héritage de Napoléon, les jalousies, les adultères. Sur la fange quotidienne cette poignée d’hommes construit une légende en rapportant les paroles de l’Empereur, lâchées spontanément au jour le jour. Elles sont dominées par une angoisse: l’image que son œuvre titanesque, avec ses réussites et ses tragédies, laissera dans l’histoire:  « J’ai refermé le gouffre anarchique et débrouillé le chaos. J’ai dessouillé la Révolution, ennobli les peuple et raffermi les rois. Jai excité toutes les émulations, récompensé tous les mérites, et reculé les limites de la gloire. Tout cela est bien quelque chose! Et puis sur quoi pourrait-on m’attaquer qu’un historien ne puisse me défendre? Serait-ce mes intentions? Mon despotisme? Mais il montrera que la dictature était de toute nécessité. Dira-t-on que j’ai gêné la liberté? Mais il prouvera que la licence, l’anarchie, les grands désordres étaient au seuil de ma porte. M’accusera-t-on d’avoir trop aimé la guerre? Mais il montrera que j’ai toujours été attaqué. D’avoir voulu la monarchie universelle? Mais il fera voir qu’elle ne fut que l’œuvre fortuite des circonstances. Enfin, sera-ce mon ambition? Ah, sans doute, il m’en trouvera, et beaucoup; mais de la de la plus grande et de la plus haute qui fut peut-être jamais […] La puissance et la vie sont passagère; la gloire seule demeure, elle est immortelle. Mais demandait alors l’Empereur, l’histoire serait-elle bien juste et pourrait-elle l’être? »

Maxime TANDONNET

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L’explosion de la politique française

téléchargementNous assistons en ce moment, dans l’aveuglement général, à l’explosion de la vie politique française. A droite comme à gauche, il n’en reste qu’une guerre démentielle entre des individus malades à l’ego boursouflé. Nul n’a la moindre idée de ce que sont encore la gauche et la droite d’ailleurs. Les partis politiques n’existent plus, les projets, les idées collectives ont volé en éclat. Tout le monde veut être président de la République. Chacun pond son petit bouquin dans son coin. Le vide politique ouvre grand les vannes à la peur, à la haine et à la terreur. La dérive du système politique français, sa vraie-fausse américanisation, autour d’un présidentialisme dégénéré et de ses primaires explique en grande partie la désintégration de la politique française. Je suis pour revenir aux fondements de la République : le pouvoir à un Gouvernement, incarnant l’autorité républicaine, responsable pendant deux ou trois ans, responsable devant un Parlement formé de députés et de sénateurs élus par la Nation chargés de mettre en œuvre le programme de la Nation, indépendants dans leurs choix et leurs  votes, et responsables directement devant la Nation. Et un chef d’Etat constitutionnel, au dessus de la mêlée, totalement impartial, dont l’autorité naturelle procède de la discrétion et du désintéressement, incarnant la politique internationale et de défense, la continuité, l’unité et le destin collectif à long terme. La politique à quelque niveau que ce soit, est un engagement au service du pays pendant une dizaine d’années avant de laisser la place à d’autres. La République moderne est née sur le rejet du « pouvoir personnel ». Un système politique réduit à n’être plus qu’un jeu de personnes (et quelles personnes!) ne mérite plus le qualificatif de République, res publica, la chose publique. Les sauveurs de pacotille, les hommes ou femmes providentiels, au paroxysme de la crétinerie et du néant, sortis tout droit d’une salle d’opéra de l’année 1940, nous n’en voulons plus. Il faut restaurer la République, la res publica, la chose publique, en finir en urgence absolue avec la bataille de coqs qui devient la honte française, la honte de tous les Français qui travaillent en particulier des plus jeunes, et se battent pour s’en sortir.

Maxime TANDONNET

 

 

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Le discours de Wagram

sans-titreDans cet entretien avec M. Vincent Tournier, pour le site Atlantico,  je donnais mon sentiment le discours de  « Wagram » jeudi. Il y est question de « l’identité nationale », qui doit être « évolutive et non figée ». Il faut bien avouer que ce genre de débat m’est insupportable. Pour moi, les dirigeants politiques ont vocation à gouverner. La tâche est immense dans notre pays qui compte 3,5 à 6 millions de chômeurs selon les modes de calcul, et qui a été ensanglanté à trois reprises par le terrorisme en dix-huit mois, par de attentats ayant causé 250 morts. A cela s’ajoute les violences et le chaos quotidien, les banlieues à la dérive, les destructions d’emploi marchand, les records de prélèvements obligatoires,  l’exclusion, la pauvreté, le vertigineux déclin de l’éducation nationale (10% d’illettrés en France!).  Il me semble que les débats identitaires dans ce contexte sont déplacés. Ils relèvent des intellectuels. Le travail des autorités est de décider, faire des choix, agir. Quand des dirigeants se perdent dans la parole, les polémiques (minables), la posture, le paraître, cela signifie qu’ils fuient les réalités, les bilans,  les réformes nécessaires. J’ajoute que je trouve monstrueux un système politique où les plus hauts dirigeants d’un pays donnent le sentiment, huit mois à l’avance, de penser avant tout à leur réélection. Soit ils se croient vraiment indispensables, c’est la preuve absolue de leur aveuglement. Soit ils sont dans une logique de pure cynisme et de volonté de conserver leur position personnelle, preuve d’un vertigineux déclin de l’esprit public. Franchement, je ne sais pas ce qui est le pire des deux. Il me semble que l’alternance en 2017 est aujourd’hui un devoir démocratique, une affaire de salut public. En revanche, si les futurs dirigeants du pays retombent dans les errances actuelles – le paraître, la logorrhée  et l’obsession de la réélection au détriment du bien commun et des réformes urgentes dont la France a besoin – à mes yeux d’électeur, dans le contexte actuel de chaos et de montée des extrémismes, ils se rendront coupables de haute trahison devant l’histoire.

Maxime TANDONNET

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Un bel exemple

ob_c52f94_2014-assemblee-nationale-depute-laurenUn député de la Côte d’Or, M. Grandguillaume, a décidé de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat et de reprendre son travail. Le sectarisme, comme le culte de la personnalité et la démagogie sont les trois fléaux de la politique. Il se trouve parfois des gestes nobles, qui méritent d’être salués, par delà les divergences d’opinion ou d’engagement. La politique est une mission de représentation de la Nation. Elle ne devrait pas être une situation à laquelle on s’accroche toute sa vie. Une profession est l’exercice d’une compétence que l’on a acquise par une formation, des examens ou concours, une expérience. Etre élu est tout autre chose qu’une profession me semble-t-il. Représenter les Français suppose d’être un Français comme les autres, de continuer à appartenir au commun des mortels, d’être capable de reprendre un travail normal, avec des responsabilités concrètes dans une entreprise privée ou publique, des résultats à obtenir, s’insérer dans une hiérarchie. Si la vie politique est monopolisée par un milieu dans lequel on entre pour ne plus en sortir, elle se coupe de la vie réelle. Pour faire vivre la démocratie, le brassage est nécessaire, le renouvellement permanent. Les rentes de situation politicienne de toute une vie sont intolérables. La politique est un milieu où l’on entre par cooptation, relation partisane, personnelle, amicale. Sans doute est-ce là inévitable et normal. Encore ne faut-il pas en abuser, en s’y éternisant, du fait de l’habitude des électeurs, des avantages en termes électoraux que donne l’occupation d’un mandat ou d’une fonction, ou de l’ancrage partisan qui se traduit par une perpétuation de l’investiture. Les dynasties politiciennes (fils, filles, nièces, époux, petits-enfants) sont le paroxysme de la corruption d’une démocratie. Je les trouve personnellement odieuses, d’où qu’elles viennent. Voilà, je voulais saluer ce beau geste exemplaire d’un homme politique que je ne connais pas mais qui n’a visiblement pas pris la grosse tête et donne une image de ce qu’il y a de meilleur dans la vie politique: le désintéressement personnel.

Maxime TANDONNET

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Repenser le pouvoir politique?

DSC02219Ne revenons pas sur le spectacle indigne de la politique française, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ce mélange d’obsession narcissique, de démence carriériste, de corruption et de mouchardage, de poussée de la violence extrémiste, de culte du mensonge, de course à l’absurde, et de manipulation permanente de l’opinion publique, de néant radical des idées, des projets et du sens du bien commun. J’ai honte pour mon pays de cet innommable spectacle de cour de récréation – et encore –   et n’en vois pas un pour racheter l’autre. Mais ailleurs dans le monde occidental, est-ce beaucoup mieux?

Quand même, les présidentielles américaines, donnent le sentiment de deux semi-débiles face à face, englués dans un climat aussi détestable que le nôtre: accusations personnelles, affaires de sexe, de famille et de fric, polémiques sans nom… En Allemagne, la débâcle de Mme Merkel, dont elle est entièrement responsable, est foudroyante. En Grande Bretagne, Mme May qui annonce des « jours difficiles » ne semble pas bien savoir où elle va et que faire de son Brexit, reporté à 2018… En Espagne, il n’y a plus de gouvernement stable depuis neuf mois… Nous pourrions aussi parler du Brésil (M. Lula, héros planétaire des années 2000…) et de tant d’autres où la vie politique est en plein effondrement.

Peut-être fonctionnons-nous sur un mode d’exercice du pouvoir obsolète, qui est dépassé par le monde moderne. La radio puis la télévision, dans le contexte de nations fermées ont engendré la personnalisation du pouvoir, l’idée que le pouvoir politique s’incarne dans un visage. Nous sommes à l’ère d’Internet, de la transparence absolue, des nations ouvertes, de la circulation des idées, des images et des capitaux à la vitesse de la lumière, un monde ou des milliards d’individus devant leur écran ou le smartphone à tout moment ont accès à une infinité d’information et peuvent s’adresser à tous…

Pourtant, notre culture politique n’a pas changé: nous vivons avec ancré au fond de nous même l’idée d’un visage pour guider le pays. Pris pour cible dans un univers ou plus rien ne permet de contrôler les paroles et les images, ce visage est tenté par la fuite en avant, dans une sorte d’engrenage de la communication pour sauver son paraître. Ses décisions sont motivées avant tout par la quête de l’image et de l’apparence. Déconnecté de la réalité, des rapports de force, de la notion du possible et des relations de cause à effet, les choix d’image et de posture s’enchaînent et sont à l’origine des pires désastres de ces dernières années.

Il faut prendre acte du changement d’époque, repenser le pouvoir politique en profondeur, le sortir de la logique de la personnalisation qui désormais, ne saurait conduire qu’au désastre et à l’impuissance.  Jadis, elles se rattachaient aux idées extrémistes, de droite comme de gauche. Aujourd’hui, elle est généralisée. Une Nation dans le monde moderne devrait être gouvernée par un conseil d’une douzaine d’hommes et de femmes sur un pied d’égalité, totalement solidaires, ne s’exprimant qu’avec l’accord et au nom de tous, élus pour une période relativement brève et non reconductibles, votant en cas de désaccord. Le chef de l’Etat (s’il faut faire une concession au besoin d’une nation de s’identifier à travers une personne miroir) doit redevenir un sage et une autorité morale, un arbitre sans pouvoir de décision hormis les crises mettant en danger la survie de la nation.

Il faut pousser à fond la démocratie directe et la proximité en transférant le pouvoir aux communes et aux citoyens, en utilisant les ressources d’Internet pour faire vivre la démocratie. La discrétion, l’anonymat, l’efficacité et le gouvernement modeste, le silence actif, par contraste avec le tourbillon médiatique, doivent s’imposer comme les valeurs clés de l’avenir. La mégalomanie, la personnalisation à outrance et la communication narcissique doivent être bannies.

Pardon si ce que j’écris est perçu comme idiot. J’observe le cataclysme en cours dans le monde occidental et j’essaye de réfléchir. Ma réflexion est tellement isolée qu’elle peut paraître absurde et j’en suis bien conscient. Pourtant, je ne doute pas qu’elle touche un point décisif pour l’avenir du monde occidental.

Maxime TANDONNET

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Conseils de résistance

Sondages, crises d’hystérie, idolâtrie, flambée de bêtise: en ce dernier pas de la rentrée de septembre, nous entrons dans une période politique effroyable qui va empirer à l’approche des primaires de la droite puis des présidentielles. Comment, dans les mois qui viennent, rester soi-même et résister à la manipulation?

DSC022191/ Songer qu’il n’existe pas de solution miracle. La politique peut jouer sur 20% du réel, mais 80 % lui échappent. Les promesses de transformation radicale sans tenir compte du monde réel ne sont que des mensonges et une forme de moquerie du monde, la pire de toute.

2/ L’élection présidentielle est abusivement considérée comme le cœur de la vie politique française. Relire la Constitution: le chef de l’Etat a relativement peu de pouvoirs propres. Il dépend entièrement de l’élection législative. Et c’est là que tout se jouera. Le reste est manipulation médiatique. L’élection présidentielle n’a d’importance que dans la mesure où elle peut avoir un effet déclencheur pour les législatives. Et encore, dans le climat actuel  de discrédit de la présidence de la République, il n’est même pas certain que cet effet joue en 2017 comme il a joué jusqu’à présent.

3/ Se méfier des passions et de toute forme d’idolâtrie. Avoir l’idée de livrer son avenir à un personnage politique parce qu’on le trouve sympathique, jeune et dynamique, parce qu’il monopolise les unes de magazine ou les émissions de radio-télévision, ou pour toute autre raison, est largement illusoire et source inévitable de déception. Laisser croire que dans le monde moderne, avec son infinie complexité, le destin collectif puisse dépendre d’une seule personnalité, relève de l’exagération. Le retour du « culte de la personnalité », comme dans les années 1930 et 1940, sa banalisation dans l’indifférence et l’aveuglement général, est une étrangeté de notre époque.

4/ Mépriser la haine: le dénigrement des adversaires est signe de lâcheté et d’impuissance. Tel politicien odieux lors d’un meeting ou devant l’écran de télévision va se métamorphoser en gentil toutou lors d’un face à face privé. Plus un homme ou une femme sont hargneux médiatisés, plus ils sont lâches et indécis face au réel. C’est une constante.

5/ Il est difficile d’imaginer la difficulté et la complexité de la chose publique. Pour faire son choix dans un vote nominatif, il est préférable de s’en tenir autant que possible aux actes passés plutôt qu’aux paroles: qu’a fait concrètement tel ministre, tel maire, tel député? Il est tellement facile de lancer des mots et des formules et tellement plus difficile de décider et de prendre ses responsabilités dans la confrontation avec le réel et de devoir assumer ses actes. Deux mots doivent guider l’électeur: vérité et réalisme.

6/ Résister au matraquage des sondages. Il en sort tous les jours. Nous allons en être gavés. Or, la plupart son biaisés, destinés à peser sur l’opinion dans un sens ou un autre, voire même achetés. Il faut à tout prix réussir à s’en décrocher, en faire abstraction.

7/ Si le monde politico-médiatique sombre dans l’hystérie, il faut rester soi même, guidé par la raison et le sens critique. Les propositions qui sont sorties ces derniers temps sont la plupart du temps destinées à faire des voix, sans rapport avec l’intérêt du pays. Je songe à la polémique sur le « droit du sol » par exemple. La démagogie est reine. La politique médiatique, nationale vit de chiffons rouges et de serpents de mer qui resurgissent.  Les vrais sujets ne sont pas censés attirer les électeurs, par exemple la baisse des charges pour relancer la croissance ou l’autorité de la loi. Il ne faut pas se laisser manipuler et toujours préférer le réalisme à la démagogie.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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L’antisarkozysme, degré zéro de la politique

220px-Flickr_-_europeanpeoplesparty_-_EPP_Summit_October_2010_(105)Que le est le point commun entre Fillon, le Pen et Macron? Tous trois ont pendant ce week-end de rentrée politique, violemment cogné sur N. Sarkozy. Dans cette politique française, quand un politicien n’a rien à dire, il tire sur N. Sarkozy. Je n’ai pas souvenir d’une plus grande imposture que le déchaînement de propagande médiatique en faveur de M. Macron. Quel résultat ou bilan, quelles idées originales et nouvelles peuvent justifier cet engouement? Je plains sincèrement, du fond du cœur, mes compatriotes qui marchent à la supercherie. Je ne dis pas qu’il est moins bien ou pire qu’un autre, mais simplement que rien ne justifie l’hystérie autour de lui. Quand au « lepénisme délepénisé », il n’en reste qu’un vide dérisoire se transformant en culte de la personnalité d’un autre âge. Là aussi, au pays de Descartes, Montaigne, Pascal et de Bergson, je ne parviens pas à comprendre comment une chose pareille est possible. Et puis François Fillon, j’en ai déjà parlé, je n’y reviens pas sinon pour dire qu’il est à mes yeux la plus grande déception politique de ces cinq dernières années. Les oreilles de Sarkozy on dû siffler: « brutalité cynisme social », « affaires judiciaires », « allégeance au roi d’Arabie », etc. Quand les politiciens n’ont plus rien à dire et plus rien à proposer, ils cognent sur le bouc émissaire tout trouvé, N. Sarkozy. L’expérience de M. Hollande, chef de l’Etat, ne leur a pas suffi. Une campagne électorale 2012 et deux années de présidence normale axées sur l’anti-sarkozysme pour en arriver où nous en sommes… Quand le néant conduit au néant… Je ne sais pas, mais il existe des sujets importants pour des candidats à la présidentielles: quelles solutions concrètes  contre la dette publique, la réforme de l’éducation nationale et de la santé, la lutte contre le terrorisme, la relance de l’idéal européen, la restauration d’une démocratie responsable. Mais non. Il faut qu’ils fuient dans le délire en accablant un bouc émissaire. Et celui-ci est tout trouvé. Mais ils le replacent ainsi au centre de la vie politique et il n’est pas sûr que cette avalanche de haine le desservent au fond…

Maxime TANDONNET

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Supprimer l’ENA?

sans-titreLe sujet revient sur la table tous les deux ou trois ans. Quand certains responsables politiques n’ont rien à dire ni à proposer, ils promettent la suppression de l’Ena. Le chiffon rouge est supposé faire vibrer les foules et attirer les électeurs. L’Ena a un avantage, et un seul, mais il est considérable: les préfets, les ambassadeurs, les directeurs d’administration centrale sont choisis par un concours sélectif, fondé sur des épreuves écrites anonymes, où tous les candidats sont à égalité. Dans un pays comme la France, l’Ena est le seul moyen pour que les préfets, les ambassadeurs, les directeurs, soient désignés par le mérite intellectuel, et non par le piston: ministre nommant préfète sa maîtresse ou ambassadeur son petit neveu; député ou sénateur obtenant la titularisation de leur fils ou de leur fille; président de la République, désignant le cousin germain du médecin de la meilleure amie de sa fille, etc. Je vous le dis car j’ai vu comment cela fonctionnait quand j’étais proche du pouvoir. J’ai même vu un jour, il y a très longtemps, un haut responsable, ultra-républicain, auquel nous donnerions tous le bon Dieu sans confession, se contorsionner pour obtenir la modification d’un décret afin de pouvoir faire nommer son ancienne maîtresse sur un poste de haut rang dans la fonction publique. C’est ainsi; parole d’honneur. Sans l’Ena, les préfets, les ambassadeurs, les directeurs seraient recrutés dans les Think tanks des partis politiques, en récompense des plus serviables et des plus obséquieux. Supprimer l’Ena est le vieux rêve de quelques politiciens, pas de tous heureusement. Ce serait détruire l’un des derniers piliers de la République qui tient encore debout.

Changer l’Ena, c’est autre chose. Il est mensonger de l’accuser de tous les maux de la création. Le déclin de l’esprit public, cette fièvre de mégalomanie narcissique qui pousse les responsables à l’obsession de leur destin personnel au détriment de l’intérêt général, à la source du drame français, est un phénomène de psychologie collective, lié au monde moderne. L’Ena n’y est pour rien. Cependant, je connais mieux que quiconque les défauts de mon ancienne école. Beaucoup de ce qui lui est reproché est fondé. C’est vrai que cette école sélectionne en majorité des esprits formatés et  malléables, à l’image de la France d’en haut dans son ensemble. Sur la mondialisation, l’Europe, l’économie, l’Etat, la France, 70% des énarques pensent à peu près la même chose. Il reste 30% certes… Il est vrai aussi que l’attitude, la morgue et l’arrogance de certains énarques est insupportable, je le comprends. Cette espèce de croyance en leur supériorité sur le commun des mortels et en leur « intelligence » est inadmissible. Elle ne tient pas à l’Ena d’ailleurs, mais à une mentalité « élitiste » bien plus large. Le phénomène se retrouve ailleurs, chez les agrégés des universités par exemple, ou les autres grandes écoles. Enfin, l’Ena est handicapée par l’image dégradante de certains hommes politiques énarques parvenus aux plus hautes fonctions de l’Etat. Seulement, il faut savoir que les énarques politiques sont une infime minorité, 2% des anciens élèves, guère plus. L’Ena a servi de tremplin à leurs ambitions, mais sans l’Ena, ils auraient trouvé une autre voie d’accomplissement de ces dernières(autre grande  école, ou le Barreau, comme sous la IIIe République…) Les autres, 98%, sont des personnes comme vous et moi, qui aiment leur travail et veulent se rendre utiles.

Changer l’Ena en profondeur, alors oui, je suis d’accord. Il faudrait réhabiliter la culture historique dans le mode de sélection des futurs énarques. La suppression de l’épreuve d’histoire est à mes yeux un pur scandale. En valorisant l’économie et le droit, on favorise des esprits habiles, mais superficiels. L’épreuve d’histoire au concours d’entrée, destinée à valoriser une vision en profondeur des choses, un caractère, devrait être impérativement restaurée avec le plus fort des coefficients. De même, bien entendu, il faudrait supprimer la scolarité d’un an qui ne sert à rien, ou la réduire à quelques mois, et la remplacer par des stages de terrain, en entreprise, dans les collectivités locales ou le monde associatif, au plus près des réalité, dans les quartiers sensibles. Voilà, on l’aura deviné. Je suis pour l’Ena, mais une autre Ena. Je vais même le confesser et faire hurler, je suis fier d’être énarque, fier de mon ancienne école. Et je le serai toujours, j’emporterai ma fierté dans la tombe quand les jaloux et les traitres auront eu sa peau. Peut-être suis-je le seul à le savoir, mais je sais le mal infini que je me suis donné pour intégrer cette école, seul avec mes livres et mon stylo, sans une once de relation et sans le soutien de quiconque.  Je méprise infiniment les anciens énarques qui crachent dans la soupe, qui doivent tout à cette école et qui proposent de la supprimer jouant ainsi les révolutionnaires alors que cette idée est l’apothéose du conformisme et l’ultime étape du déclin de l’esprit public.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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M. Macron et l’ère du vide

imagesCe qui me sidère n’est pas l’aventure de M. Macron en elle-même. Il y a quelque chose d’humain, trop humain dans son comportement. L’attitude de ce Monsieur est symptomatique de l’ère du vide et de l’anomie générale. Allons donc. Après deux ans comme ministre de l’Economie, il a pour tout bilan six millions de chômeurs, alors que la situation s’améliore partout en Europe, 100 000 emplois marchands détruits, une économie asphyxiée d’impôt (records de prélèvements obligatoires avec 44% du PIB), une dette de 2000 milliards d’euros. Et le voici se présentant comme l’homme providentiel, le nouveau sauveur de la France… Son unique mérite? Quelques petites provocations bien calculées qui ont fait le bonheur des médias, sur les 35 heures, la fonction publique, etc. Et le célèbre, « je ne suis pas socialiste ». Tiens, voilà qui tombe bien, moi non plus! Mais M. Macron, tout le monde se moque de ce que vous n’êtes pas socialiste. Le fait est que vous avez été conseiller d’un président socialiste pendant deux ans et ministre d’un gouvernement socialiste pendant deux ans. C’est tout ce qui compte. Un minimum de cohérence ne fait de mal à personne. M. Macron est un politicien des plus classiques, avec la particularité de n’avoir jamais été élu. M. Hollande lui a fait confiance, en le nommant conseiller, puis ministre. M. Macron envisage de se présenter contre lui. Il a tout simplement trahi cette confiance. Cela s’appelle la déloyauté. Il faut dire que de l’extrême droite à la gauche, poignarder dans le dos son créateur est un phénomène à la mode, tout comme le culte du « je », sauveur providentiel, les « dons de ma personne », comme les petites provocations verbales qui font hurler et ne conduisent jamais à rien. M. Macron ne renouvelle rien du tout. Bien au contraire, il est la quintessence, l’incarnation même du vide en politique. M. Macron était ministre de l’Economie d’un pays à la dérive. Il quitte le navire, huit mois avant la fin, comme un capitaine qui abandonne l’équipage et les passagers en plein naufrage. Voilà tout. Quand il a été nommé à Bercy, j’avais un a priori favorable, et je l’ai écrit. Le 2 septembre 2014, un fier et clinquant billet intitulé « haut fonctionnaire et ministre ». Après tout, on ne peut pas être tout le temps négatif, comme il m’est parfois reproché. J’ai voulu être constructif, positif. Je me suis dit: en voilà un, enfin, qui va bosser, plutôt que de faire de l’esbroufe.  Eh bien, je me suis trompé. Me suis planté. Comme un idiot, un naïf. Mais que voulais-je dire? Ah, oui! Ce n’est pas sa démarche qui me surprend et m’inquiète, non. Elle est tellement banale, tellement classique. Non, ce qui m’intrigue, c’est l’extraordinaire, prodigieux engouement du monde médiatique. Après le burkini des plages, de quoi parle-t-on, du matin au soir? M. Macron est vraiment présenté partout dans les médias comme une sorte de sauveur providentiel. Et là, c’est grave: signe du vertigineux effondrement intellectuel de la France « dite d’en haut ».

Maxime TANDONNET

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Qu’est-ce qui peut sauver ce pays?

bougie1600x1200Soyons positifs et optimistes, pour une fois! Qu’est-ce qui peut sauver ce pays? La politique française a besoin de sortir du virtuel, des gesticulations, des névroses et des crises d’hystérie pour revenir au monde des réalités. Notre pays a besoin d’être gouverné et de réformes extrêmement profondes pour sauver son éducation nationale, relancer son économie par une baisse considérable des prélèvements obligatoires et la restauration de la liberté d’entreprise, un retour à l’autorité pour protéger les citoyens et faire respecter les frontières, européennes et nationales.

Le contexte des primaires et des présidentielles de 2017 semble entraîner la France dans une véritable démence, à droite à gauche, aux extrêmes. Personnellement, je n’imagine pas que de ce marécage putride sortira le salut ou même l’espérance. Pendant les mois qui viennent, nous allons continuer à plonger dans le ridicule. Je ne comprends pas comment le pays de Montaigne, Pascal, Bergson, le pays de la pensée, peut sombrer dans une telle imbécillité. Il n’y a pas, je vous en donne ma parole d’honneur, « d’homme ou de femme providentiel ». Imaginons, n’importe lequel, s’installant à l’Elysée en mai 2017. Il sera fou de bonheur. Fou est le mot, ou plutôt, pris de démence narcissique. Toute une vie pour devenir le premier homme ou la première femme de France! Vous réalisez? Moi, à la tête de la Vème puissance de l’univers ! Moi parmi les plus grands de ce monde! Moi sur le perron de l’Elysée, face aux caméras du monde entier, le premier, ma beauté, ma force, ma grandeur? Et dans cette ivresse brutale du prestige élyséen,  l’émerveillement de soi, sublimation du je, la folie des grandeurs, tout le reste s’effacera en particulier l’intérêt de la France. C’est ainsi que le pays s’effondre, de décennie en décennie.

En vérité, la porte du salut est étroite, presque invisible. Il ne viendra pas des présidentielles, j’en suis infiniment convaincu et le spectacle minable  auquel nous assistons, à droite, à gauche, aux extrêmes, ne fait que me conforter dans cette idée. Tout culte de la personnalité me devient insoutenable. Nous ne sommes plus au temps de Louis-Napoléon Bonaparte. Le culte de la personnalité ou l’idolâtrie sont les pires symptômes de la bêtise contemporaine. Il est ahurissant de constater à quel point l’ensemble de la classe politique, y compris la soi disant « gauche », se plie au modèle du culte de la personnalité ou du sauveur providentiel qui rappelle tellement de moments sombres de l’histoire. Ce qui m’exaspère le plus, personnellement, c’est de sentir à quel point partout, à droite, à gauche, aux extrêmes, on prend les gens pour des imbéciles.

S’il existe une issue possible, elle se situerait plutôt du côté des élections législatives, peut-être au-delà de 2017 d’ailleurs. Sait-on jamais, un éclair de lucidité venue de la France profonde. De nouvelles têtes émergent de la société civile, non contaminées par la bêtise et la mégalomanie ambiante. Les frontières partisanes explosent, une recomposition générale se produit. Une trentaines d’hommes et de femmes supérieurs, par leur intelligence visionnaire et leur force de caractère, motivés par le seul intérêt du pays et son avenir, qui n’ont aucune intention de faire carrière en politique et de s’y éterniser, autour d’un solide Premier ministre, forment un gouvernement et entraînent les autres dans leur sillage, avec la confiance du pays. Ils se donnent deux ans pour remettre la France sur les rails du retour à l’autorité de la loi et de la liberté d’entreprise, sauvetage de l’Education nationale, du savoir et de l’intelligence… Bien sûr, ce scénario semble utopique, sorti d’un rêve, mais à vrai dire, je n’en vois pas d’autre. Il se produit parfois des cassures totalement imprévisibles dans le cours de l’histoire et que personne n’a jamais senti ni vu venir. C’est la « magie de l’événement » ou de « force de l’histoire » dont parle Péguy.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

 

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Mesquinerie, la tragédie politicienne

imagesOn pense avoir tout vu, tout entendu. On n’est jamais au bout de ses surprises. Les attaques de François Fillon contre Nicolas Sarkozy, hier, de son fief de la Sarthe, sont sidérantes. « On n’imagine pas de Gaulle mis en examen ». L’imagine-t-on se livrant à une telle mesquinerie politicienne? M. Fillon a été Premier ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans, de 2007 à 2012. Comme conseiller élyséen, j’ai assisté à des dizaines de réunions, peut-être une cinquantaine, où  jamais je n’ai constaté de divergence importante entre eux. En novembre 2010, M. Fillon qui aurait pu être remplacé par M. Borloo s’est battu pour rester à Matignon. J’ai toujours entendu Sarkozy, à l’époque, dire en public, « François, c’est le meilleur ». Bien sûr, M. Fillon a parfaitement le droit, sans déloyauté, de se présenter aux primaires. C’est la règle du jeu. Il a le droit d’être en désaccord radical avec les options actuelles de Nicolas Sarkozy et de le dire haut et fort. Mais ces attaques personnelles d’une rare méchanceté, pour un homme qui a été si proche de Sarkozy, son Premier ministre pendant cinq ans, ces agressions dont la presse et les médias se gargarisent ce matin, sont déshonorantes. Le problème n’est pas seulement qu’elles nuisent à la personne de Sarkozy. Mais surtout, en montrant un visage aussi lamentable de la « droite », elles font le jeu des socialistes et de l’extrême droite. Elles sont catastrophiques pour l’image de la politique et pour l’avenir de la France.

Maxime TANDONNET

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Taisez-vous!

imagesCAGZA3N8L’une des caractéristiques de notre époque politique est la profusion de la parole, le triomphe de la logorrhée. Pour exister, il faut parler, communiquer, s’exprimer. Que font les responsables politiques actuels ? Ils passent leur vie à parler, à blablater, à bavarder. Leur sujet de prédilection? Eux-mêmes.  La parole n’est pas maîtrisée, ni calculée. Ils passent leur temps à se contredire, à prétendre aujourd’hui l’inverse de ce qu’ils disaient hier et de ce qu’ils diront demain. Ils cherchent la provocation, le bon mot qui déclenchera l’attention médiatique. Sur tous les sujets, la cacophonie est absolue. Mais ce gouvernement de la parole est désastreux. Il ne signifie qu’une chose: la disparition de la politique au sens du gouvernement de la cité. Cette profusion est un signe patent: plus ils parlent, moins ils agissent. L’abondance du verbe est destinée à cacher la désertion du monde réel et celui de l’action. Je parle, donc je n’agis pas. Blagasser, du matin au soir, avec la presse et devant les caméras, est le signe du refus de gouverner et de prendre ses responsabilités. En outre, la logorrhée produit un effet quasi automatique: elle entraîne le ridicule et détruit l’autorité. On ne peut réformer un pays, son économie, son système social, son éducation, ses institutions, que dans la discrétion. Chez les hommes de pouvoir du temps présent, le bavardage est une sorte d’ivresse, de fuite en avant pour exister. Mais chaque parole de trop est un abandon de poste, une désertion, le signe d’un refus d’agir et de protéger ceux qui en ont besoin. Bien sûr, notre époque se noie dans le piaillement assourdissant des réseaux sociaux. Mais justement, au cœur de ce vacarme généralisé, la discrétion prend toute sa richesse, toute sa splendeur.    « Rien ne rehausse mieux l’autorité que le silence » écrivait le Général (Au fil de l’épée, 1932). Ou encore, Charles Péguy: « Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte. » Par ces mots, je songe à l’alternance espérée, en 2017. Au comportement des futurs dirigeants, parler ou gouverner, nous saurons très vite à quoi nous en tenir. 220px-Charles_peguy[1]

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Un léger malaise

XVMc60e9eca-6943-11e6-87fe-fc2be0a30832La loyauté est une vertu à laquelle je suis profondément attaché et je suis toujours outré de voir des anciens conseillers de Sarkozy qui lui doivent absolument tout, leur montée en politique, leur mandat, et qui se retournent contre lui, le critiquent méchamment voire même vont jusqu’à ce présenter à des élections contre lui. Ce phénomène m’est insupportable.  Toutefois, il me semble que dire ce que l’on pense ou l’écrire, dans la plus absolue courtoisie, n’est pas une marque d’infidélité. Au contraire, la flagornerie, la dissimulation de ce que l’on pense est une forme de trahison: cacher ses sentiments et ses idées pour espérer une faveur, c’est priver la personne concernée d’un avis divergent qui, pourquoi pas, pourrait lui être utile. Personnellement je dois à mes sept années passées dans la « Sarkozie » (2005-2011) ni mandat ni promotion, mais la richesse inouïe d’une expérience au cœur du pouvoir et la fierté d’avoir travaillé à ses côtés. Je lui en serai toujours reconnaissant. Mais pourquoi ne pas le dire, sa déclaration de candidature qui débouchera peut-être sur son élection, me laisse un arrière-goût de perplexité.

Le mythe du chef, du boss qui revient et qui s’apprête à sauver le pays me laisse de marbre. Je n’y crois pas. Le rôle d’un président est d’insuffler un esprit, une volonté, de s’entourer, d’incarner un retour à la confiance et de laisser les autres gouverner. L’idée d’un homme qui tient dans ses mains les manettes de l’avenir est fausse. Dans un monde infiniment complexe, la société ne peut évoluer en bien qu’avec une volonté collective, un gouvernement, des ministres puissants et engagés au service du bien commun, un Parlement respecté, actif, des citoyens engagés et unis par la confiance dans une direction commune. Il n’est pas de pire danger que la reproduction du modèle actuel, cette image de l’hyper président qui occupe chaque jour l’espace médiatique ne cesse de parler et veut incarner à lui seul la politique de l’emploi de la sécurité, l’Europe, la diplomatie, les questions militaires, enfin tout, au mépris du bon sens, et de la vérité. Ce culte du chef tout puissant,  qu’il eût mieux valu laisser aux extrémistes de droite comme de gauche, m’est de plus en plus insupportable. Car il est mensonger.

Le président Sarkozy annonce une politique de grande fermeté, d’identité et de retour à l’autorité. Il choisit comme emblème le regroupement familial. Ce n’est pas mon sujet du jour et je n’ai pas envie de m’y étendre. Pourtant, le regroupement familial aujourd’hui n’est pas un problème pour la France. Il est défini par une loi du 24 juillet 2006, justement la loi Sarkozy, qui prévoit des conditions précises de logement, de revenu et d’intégration pour faire venir sa famille en France. Le nombre de bénéficiaire est plutôt bien maîtrisé, autour de 20 000 en moyenne par an. Pourquoi remettre en cause ce qui justement, marche bien grâce à une réforme consensuelle dont il est l’auteur (enfin, le « porteur ») ? Les difficultés de l’immigration en Europe et en France viennent de tout autre chose: l’incapacité des gouvernements à faire respecter les lois sur l’entrée et le séjour notamment au regard de l’immigration irrégulière . Bien sûr, on me dira, le regroupement familial, c’est un symbole; un symbole, c’est-à-dire un chiffon rouge qui excite les foules quand on l’agite. Mais pourquoi ne pas laisser la méthode des chiffons rouges qu’on agite et qui n’ont strictement aucun intérêt, aucune portée pratique, aux partis extrémistes, de droite comme de gauche?

Enfin, le président Sarkozy annonce, dans son interview au Figaro, que M. Baroin est le mieux placé pour devenir son Premier ministre.  La contradiction entre le choix de M. Baroin (qui voulait interdire les crèches dans les mairies) et le discours d’identité, axé sur la religion chrétienne du président Sarkozy m’intrigue. Cela veut-il dire que l’avis du futur Premier ministre n’a aucune importance? Et on en revient au modèle du « collaborateur » de 2007-2012? Ou bien que le discours sur le christianisme est de circonstance? Mais surtout, le fait de désigner un Premier ministre pressenti huit mois à l’avance me trouble profondément. Cela signifie que le choix du Premier ministre est un simple appendice de la volonté présidentielle. Les futurs rapports de force au Parlement, les résultats des élections, donc la volonté populaire et  la possibilité de l’émergence de nouveaux leaders se trouvent ainsi niées. Nous poursuivons dans la logique de l’hyper présidence de type hollandaise, ce système qui ronge le pays depuis trop longtemps, concentrant toute l’image de la vie politique et de la vie publique dans le visage d’un homme, comme aux pires époques de l’histoire, cet homme étant voué à devenir le bouc émissaire du pays, le réceptacle de toutes les déception et de toutes les frustrations, puis à l’entraîner comme un boulet dans l’abîme.

Enfin, une chose qui m’exaspère particulièrement, c’est la cohorte des ralliements de personnages qui le méprisaient et le haïssaient en privé il y a si peu de temps. Ceux-là, je les ai repérés.

Quand je dis qu’il faut en sortir, nous n’en sortons pas et nous enfonçons toujours un peu plus profondément dans le marasme.

Maxime TANDONNET

 

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Les frontières et Jean-Claude Juncker

images (2)Le président de la Commission européenne a déclaré lundi « les frontières nationales sont la pire invention de l’histoire ». Il réagit ainsi à la montée des passions européennes qui s’en remettent aux frontières face à la crise des migrants et pour protéger les populations devant la menace terroriste. Ces propos sont totalement déplacés. Il n’existe pas de nation sans territoire, donc sans frontière. Les nations se sont forgées en Europe contre les Empires autoritaires qui niaient leurs frontières: empire napoléonien, empire ottoman, autro-hongrois ou empire allemand de Guillaume II. Elles sont le fruit d’une lutte pour la liberté. Au XXème siècle, en luttant pour protéger leurs frontières ou pour les reconquérir, des hommes se battaient aussi contre les plus monstrueux totalitarismes de l’histoire qui visaient à abolir les frontières nationales pour créer une puissance universelle gouvernée par leur idéologie sanguinaire. Face à la tourmente de notre époque et aux menaces qui montent, pour la liberté, le droit à la vie, la sécurité, les frontières sont le dernier recours. Les abroger reviendrait à livrer des centaines de millions d’Européens à la terreur. Le droit de l’Union européenne n’a d’ailleurs jamais prévu la suppression des frontières nationales, c’est-à-dire l’existence de territoire nationaux délimités, mais l’abrogation conditionnelle des contrôles aux frontières intérieures, ce qui est différent. En voulant prendre le contre-pied de ce qu’il qualifie de « populisme », M. Juncker attise les passions et aggrave la confusion. Il tient des propos d’idéologue. Il n’a pas été désigné à la tête de la Commission dans ce but. Que cherche-t-il? A discréditer encore davantage une institution remise en cause de partout?

Maxime TANDONNET

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Nous marchons à la catastrophe

images (1)Avez vous remarqué à quel point la vie politique française sombre tous les jours un peu plus dans le trivial et la médiocrité: déferlante de mégalomanie, culte de la personnalité à outrance, manipulation des statistiques, trahisons invraisemblables,  dissimulations avérées, fayotage ubuesque,  petites phrases et déclarations débiles, servilité du monde médiatique (radio télévision), obsession de l’anecdotique. Les élections de 2017 peuvent elles mettre fin à ce climat délétère?

Non, si l’on raisonne de manière linéaire, sur la base d’un enchaînement logique des événements. Que va-t-il se passer? La désintégration du parti socialiste ne peut que s’accélérer. Les derniers développements « à gauche » sont significatifs à cet égard avec la poursuite du naufrage présidentiel. Les primaires vont désigner un candidat de droite. Ce dernier va se retrouver en avril mai, au second tour, contre le fn. La situation de la France, dans huit mois, ira encore plus mal (économie, emploi, terrorisme, sécurité). Le deuxième tour des présidentielles va se transformer en lutte titanesque entre le candidat du « vivre ensemble » (droite/gauche) contre celui du « populisme ». Le show médiatique effacera tous les sujets : sécurité, économie, emploi, les banlieues, les frontières, la réforme des institutions et de l’Europe. Les législatives s’inscriront dans la foulée des présidentielles. Puis le mandat du candidat de droite, élu avec le soutien de la gauche, comme en 2002, portera la marque de ses origines: un consensus droite/gauche à préserver, tout entier dirigé dans une lutte homérique contre le « populisme ». Cela permettra de fuir les transformations profondes et courageuses dont la France a besoin pour ne pas décrocher des autres nations européennes: la restauration de la liberté d’entreprise, la réduction drastique des prélèvements obligatoires, le retour à des institutions politiques responsables et démocratiques, le rétablissement de l’autorité de la loi, le sauvetage de l’éducation nationale, etc.

Peu à peu, en l’absence des réformes authentiques et nécessaires dont le pays a tant besoin,  la situation va empirer, avec une fracture croissante entre le monde virtuel, politico-médiatique, et celui des réalités. La politique tournera de plus en plus au spectacle narcissique.  Plus l’effondrement de la société française va s’accélérer, et plus ses responsables s’enfonceront dans la cirque médiatique. En 2022, le pays sera donc encore plus en miettes qu’aujourd’hui. La lutte se fera entre des socialistes revigorés et radicalisés par le mécontentement général et le parti lepéniste, dans une surenchère de démagogie et d’isolationnisme entre les deux ailes extrêmes de l’échiquier politique. Les premiers l’emporteront sans doute dans un pays déboussolé. Et la suite, quoi qu’il arrive, n’est rien d’autre que la disparition de la France en tant que démocratie et puissance européenne.

Pourtant, rien n’est écrit, rien n’est jamais certain. La logique des enchaînements de cause à effet peut connaître de profondes ruptures « C’est ici le plus grand mystère peut-être de l’événement, mon ami, c’est ici proprement le mystère et le mécanisme même de l’événement, historique, le secret de ma force, mon ami, le secret de la force du temps, le secret temporel mystérieux, le secret historique mystérieux, le mécanisme même temporel, historique, la mécanique démontée, le secret de la force de l’histoire, le secret de ma force et de ma domination… » (Charles Péguy, Clio). Il peut se passer quelque chose d’extraordinaire, des événements à la dimension de l’histoire qui chambouleraient la logique d’un scénario catastrophe, sans doute extérieurs  à la sphère politique, mais quoi? Mon imagination n’est pas assez fertile pour le concevoir…

Maxime TANDONNET

 

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L’horreur présidentialiste

588945Je demande d’avance pardon aux visiteurs de ce site que mon billet du jour va déplaire.  Ce que j’ai lu dans l’article du Point ci-joint m’a choqué. Il me semble que la chute dans la névrose narcissique, chez un homme « normal » à l’image des dirigeants politiques actuels, c’est-à-dire simplement moyen sur le plan intellectuel et humain, installé sous les ors de l’Elysée, est un phénomène inéluctable. Le mélange de sentiment de la toute puissance, l’exposition médiatique quotidienne comme dieu-vivant  et la réalité d’une quasi impuissance, dans le contexte d’une irresponsabilité de fait – à l’abri de toute sanction – , ne peut conduire qu’à de tels naufrages. La présidence gaullienne était faite pour les grands hommes visionnaires et de caractère, pas pour les hommes normaux. Penser à « sa trace dans l’histoire », à sa réélection, vanter son bilan en cours de mandat, parler de soi ainsi et de ses états d’âme, petits malheurs de sa personne,  se livrer à l’autosatisfaction et au culte de soi, encouragé par la béatitude médiatique, quand on est censé diriger le pays, dans l’état de désintégration où il se trouve (chômage massif, désespérance des jeunes, pauvreté, exclusion, communautarismes triomphants, violence aveugle, attentats sanglant ayant meurtri la Nation dans sa chair,  vertigineuse poussée électorale de l’extrême droite), exhale un parfum de surréalisme, de déconnexion radicale, de perte de tous les repères. Ce n’est pas à l’homme que j’en veux, à l’individu lambda, l’homme normal, moyen, inintéressant, « Monsieur tout le monde », mais à l’institution présidentielle telle qu’elle est devenue et qui pousse à ce genre de vertige. Le prochain président, parmi les soixante candidats en course, fera de même. La présidence de la République élyséenne – tenu par tout autre qu’un grand homme de l’histoire – l’illusion de la toute puissance intouchable,  est un naufrage qui entraîne pays à l’abîme. Je suis pour en sortir, confier le gouvernement, le pouvoir à un Premier ministre responsable devant le Parlement et devant les Français, comptable de chacune de ses paroles, de ses actes, de ses résultats, susceptible d’être remercié en cas d’errance manifeste.  La France ne peut plus continuer ainsi.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Médiocrité, médiocratie

en-politique-comme-dans-les-entreprises-les-mediocres-ont-pris-le-pouvoir,M282116Voici une interview du philosophe Alain Deneault, professeur au Québec, au sujet de son dernier livre, La Médiocratie, éd. Lux (2015). Sa thèse sur l’invasion de la médiocrité dans les cercles dirigeants est impressionnante de lucidité. Il suffit de voir l’escalade de l’horreur politicienne en France, dans cette période où nous entrons, autour des primaires et de futures élections présidentielles, cette entreprise de décervellement national,  autour d’une cinquantaine de figurines médiatiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche, cette idolâtrie du clinquant et du vide narcissique, sans le moindre questionnement sur le fond des sujets, sur l’avenir de la politique, des institutions, de l’Europe, sur le destin du pays, et tout cela dans le climat le plus soumis, le plus servile, le plus uniforme et consensuel qui soit. J’en ai froid dans le dos. Ce triomphe de la médiocrité est le fruit de deux choses: l’obsession d’un système à trancher les têtes qui dépassent et le déclin à long terme de l’Education nationale, la perte des repères historiques, littéraires, philosophiques, d’où l’effondrement de l’esprit critique. La médiocratie triomphe partout dans le monde occidental – voir le déroulement de la campagne américaine – et nous entraîne à l’abîme.

(Télérama 7 décembre 2015)

– Qu’entendez-vous par « médiocratie » ?
– En français, il n’existe pas d’autre mot que celui de « médiocrité » pour désigner ce qui est « moyen ». « Supériorité » renvoie à ce qui est supérieur, « infériorité » à ce qui est inférieur, mais « moyenneté » ne se dit pas. Il y a pourtant une distinction sémantique entre la moyenne et la médiocrité, car la moyenne relève le plus souvent d’une abstraction : revenu moyen, compétence moyenne, c’est-à-dire une place au milieu d’une échelle de valeurs. La médiocrité, en revanche, est la moyenne en acte.
La médiocratie désigne ainsi un régime où la moyenne devient une norme impérieuse qu’il s’agit d’incarner. C’est l’ordre médiocre érigé en modèle. Il ne s’agit donc pas pour moi de stigmatiser qui que ce soit, mais plutôt de comprendre la nature de cette injonction à être médiocre qui pèse aujourd’hui sur des gens qui ne sont pas forcément enclins à l’être.
– Quelle est cette injonction ? D’où vient-elle ?
– La médiocratie vient d’abord de la division et de l’industrialisation du travail qui ont transformé les métiers en emplois. Marx l’a décrit dès 1849. En réduisant le travail à une force puis à un coût, le capitalisme l’a dévitalisé, le taylorisme en a poussé la standardisation jusqu’à ses dernières logiques. Les métiers se sont ainsi progressivement perdus, le travail est devenu une prestation moyenne désincarnée.
Aux yeux d’un grand nombre de salariés, qui passent de manière indifférente d’un travail à un autre, celui-ci se réduit à un moyen de subsistance. Prestation moyenne, résultat moyen, l’objectif est de rendre les gens interchangeables au sein de grands ensembles de production qui échappent à la conscience d’à peu près tout le monde, à l’exception de ceux qui en sont les architectes et les bénéficiaires.
– A l’origine de la médiocratie, vous insistez également sur la montée en puissance de la « gouvernance »…
– C’est le versant politique de la genèse de la médiocratie. D’apparence inoffensive, le terme de gouvernance a été introduit par Margaret Thatcher et ses collaborateurs dans les années 80. Sous couvert de saine gestion des institutions publiques, il s’agissait d’appliquer à l’Etat les méthodes de gestion des entreprises privées supposées plus efficaces. La gouvernance, qui depuis a fait florès, est une forme de gestion néolibérale de l’Etat caractérisée par la déréglementation et la privatisation des services publics et l’adaptation des institutions aux besoins des entreprises. De la politique, nous sommes ainsi passés à la gouvernance que l’on tend à confondre avec la démocratie alors qu’elle en est l’opposé. Dans un régime de gouvernance, l’action politique est réduite à la gestion, à ce que les manuels de management appellent le « problem solving » : la recherche d’une solution immédiate à un problème immédiat, ce qui exclut toute réflexion de long terme, fondée sur des principes, toute vision politique du monde publiquement débattue. Dans le régime de la gouvernance, nous sommes invités à devenir des petits partenaires obéissants, incarnant à l’identique une vision moyenne du monde, dans une perspective unique, celle du libéralisme.
– Etre médiocre, ce n’est donc pas être incompétent ?
– Non. Le système encourage l’ascension des acteurs moyennement compétents au détriment des super compétents ou des parfaits incompétents. Ces derniers parce qu’ils ne font pas l’affaire et les premiers parce qu’ils risquent de remettre en cause le système et ses conventions. Le médiocre doit avoir une connaissance utile qui n’enseigne toutefois pas à remettre en cause ses fondements idéologiques. L’esprit critique est ainsi redouté car il s’exerce à tout moment envers toute chose, il est ouvert au doute, toujours soumis à sa propre exigence. Le médiocre doit « jouer le jeu ».
– Que voulez-vous dire ?
– « Jouer le jeu » est une expression pauvre qui contient deux fois le même mot relié par un article, c’est dire son caractère tautologique. C’est une expression souriante, d’apparence banale et même ludique. Jouer le jeu veut pourtant dire accepter des pratiques officieuses qui servent des intérêts à courte vue, se soumettre à des règles en détournant les yeux du non-dit, de l’impensé qui les sous-tendent. Jouer le jeu, c’est accepter de ne pas citer tel nom dans tel rapport, faire abstraction de ceci, ne pas mentionner cela, permettre à l’arbitraire de prendre le dessus. Au bout du compte, jouer le jeu consiste, à force de tricher, à générer des institutions corrompues.La corruption arrive ainsi à son terme lorsque les acteurs ne savent même plus qu’ils sont corrompus. Quand des sociétés pharmaceutiques s’assurent que l’on guérisse à grands frais des cancers de la prostate pourtant voués à ne se développer de manière alarmante que le jour où ceux qui en sont atteints auront 130 ans. Quand l’université forme des étudiants pour en faire non pas des esprits autonomes mais des experts prêts à être instrumentalisés.
Le recteur de l’Université de Montréal l’a affirmé sur le ton de l’évidence à l’automne 2011 : « Les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises. » Des entreprises qui justement siègent au conseil d’administration de l’université, même si celle-ci demeure largement financée par l’Etat. Le recteur de notre principale université francophone rejoignait ainsi, presque mot pour mot, les propos de Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, affirmant en 2004 que sa chaîne vendait « du temps de cerveau disponible » à Coca-Cola.Jouer le jeu, c’est aussi, où que l’on soit, adopter le langage de l’entreprise privée… Dans l’ordre de la gouvernance, le service public disparaît et sa terminologie avec. Le patient d’un hôpital, l’usager du train ou du métro, le spectateur d’une salle de concert, l’abonné d’un musée, tous deviennent des « clients ». A la radio d’Etat, au Québec, un journaliste culturel m’a récemment demandé si j’étais « consommateur de théâtre ». Et la bibliothèque nationale, quand je suis en retard pour rendre les livres que j’ai empruntés, m’envoie un courriel qui commence par « Cher client ». Ces mots ne sont pas anodins. Ils sont révélateurs. Ils en disent long sur la révolution anesthésiante que nous vivons aujourd’hui.
– Vous placez l’expert au centre de la médiocratie. Pourquoi ?
L’expert est souvent médiocre, au sens où je l’ai défini. Il n’est pas incompétent, mais il formate sa pensée en fonction des intérêts de ceux qui l’emploient. Il fournit les données pratiques ou théoriques dont ont besoin ceux qui le rétribuent pour se légitimer. Pour le pouvoir, il est l’être moyen par lequel imposer son ordre.
– L’expert s’enferme ainsi dans les paramètres souhaités par telle entreprise, telle industrie, tel intérêt privé. Il ne citera pas Coca-Cola dans une étude sur l’obésité parce que la marque a financé l’étude. Il affirmera que les variations climatiques ne sont pas liées à l’activité industrielle parce que Exxon Mobil subventionne ses recherches. Il nous faudrait un nouveau Molière pour faire subir aux experts le sort que l’auteur du Malade imaginaire a réservé aux médecins de son temps.
– La médiocratie ne pousse-t-elle pas aussi à l’affadissement du discours politique ?
– Sans surprise, c’est le milieu, le centre, le moyen qui dominent la pensée politique. Les différences entre les discours des uns et des autres sont minimes, les symboles plus que les fondements divergent, dans une apparence de discorde. Les « mesures équilibrées », « juste milieu », ou « compromis » sont érigées en notions fétiches. C’est l’ordre politique de l’extrême centre dont la position correspond moins à un point sur l’axe gauche-droite qu’à la disparition de cet axe au profit d’une seule approche et d’une seule logique.
Dans ce contexte médiocre, règne la combine. Les gouvernants se font élire sur une ligne politique et en appliquent une autre une fois élus, les électeurs profitent des municipales pour protester contre la politique nationale, votent Front national pour exprimer leur colère, les médias favorisent ces dérapages en ne s’intéressant qu’aux stratégies des acteurs. Aucune vision d’avenir, tout le jeu politique est à courte vue, dans le bricolage permanent.
– Comment résister à la médiocratie
– Résister d’abord au buffet auquel on vous invite, aux petites tentations par lesquelles vous allez entrer dans le jeu. Dire non. Non, je n’occuperai pas cette fonction, non, je n’accepterai pas cette promotion, je renonce à cet avantage ou à cette reconnaissance, parce qu’elle est empoisonnée. Résister, en ce sens, est une ascèse, ce n’est pas facile.
Revenir à la culture et aux références intellectuelles est également une nécessité. Si on se remet à lire, à penser, à affirmer la valeur de concepts aujourd’hui balayés comme s’ils étaient insignifiants, si on réinjecte du sens là où il n’y en a plus, quitte à être marginal, on avance politiquement. Ce n’est pas un hasard si le langage lui même est aujourd’hui attaqué. Rétablissons-le.

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Pour une monarchie républicaine

588945La France est un pays plongé dans un chaos indescriptible: chômage massif, effondrement industriel, désintégration sociale, exclusion, violence, poussée des passions identitaires et du communautarisme, massacres terroristes. La politique a atteint son degré zéro quand l’impuissance publique se mue en grand spectacle médiatique quotidien. Elle ne se présente plus comme la mobilisation des énergies en vue du bien commun, mais au contraire le morcellement des passions autour d’une myriade de névroses narcissique. Il manque à ce pays qui s’effrite un point commun, un regard d’ensemble, une repère collectif. La France a besoin d’un chef de l’Etat qui soit impartial, garant de l’unité du pays, dont la parole, en ces temps de désordre et de panique généralisée, soit entendue et respectée. Il manque à la France un personnage au-dessus des partis et des passions. La France a définitivement rompu depuis un siècle et demi avec le principe de la monarchie héréditaire. Elle a besoin d’une monarchie républicaine, élective, fondée sur le suffrage universel. Qui se souvient que les rois francs étaient élus à l’origine? Le monarque républicain n’a strictement rien à voir avec la « présidence-zébulon » d’aujourd’hui, qui prétend s’occuper de tout, joue les hommes providentiels, mais faute de pouvoir régler les problèmes, gesticule sans cesse dans les médias pour se faire remarquer en espérant sa réélection. (Je ne parle pas de l’homme mais de l’institution telle qu’elle est vécue). Le président monarque a l’obligation de se tenir au-dessus de la mêlée. A l’inverse d’un politicien en quête d’élection ou de réélection, il incarne l’unité et la continuité, le désintéressement personnel. Il est choisi par les Français et ne saurait en aucun cas émaner d’un parti politique.  C’est le Premier Ministre et les ministres qui gouvernent le pays au quotidien, prennent les décisions et les coups, assument leur responsabilité devant le Parlement. Le monarque républicain parle peu mais sa parole est précieuse. Les temps de silence et de discrétion sont la source de l’autorité qu’il inspire. Il est sans prétention, rejette toute idée de culte de la personnalité, ne revendique pas d’être l’homme du destin ou de la providence, ni le « père de la nation ». Cependant, sa parole rassure, rassemble, oriente. Son autorité est naturelle, respectée, reposant sur l’estime de la Nation, sur une vision de la France. Son image inspire la loyauté et la confiance. Il concilie la lucidité et la force de caractère. Il est irréprochable dans son comportement personnel qui doit être un exemple.  Il est le garant de la sécurité du pays et de son destin. Il est élu pour sept ans dans la tradition française qui remonte à 1875, et non rééligible. Il n’est pas un homme providentiel ni un prétendu sauveur, mais un homme  d’Etat en charge de l’avenir.

Maxime TANDONNET

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Faut-il faire des « prières pour la France »?

Cloches-a-midi-et-priere-pour-la-France-les-catholiques-celebrent-l-Assomption (2)Bien sûr, beaucoup de visiteurs de ces pages seront gênés par mon propos de ce jour, mais je dis toujours ce que je pense. En ce 15 août 2016, la conférence des évêques de France a décidé de faire des « prières pour la France » et faire sonner les cloches des églises à midi. Je comprends mais en même temps, cet appel ostensible, médiatisé me met un peu mal à l’aise, personnellement. Son esprit me rappelle vaguement l’image des heures sombres de 1940, quand après la débâcle et sous l’occupation par l’Allemagne nazie, les églises se remplissaient de fidèles qui priaient pour la France. Dans ce geste, il y a comme une résignation, un découragement, après la vague d’attentats terroristes, le constat d’un malheur si absolu qu’il n’existerait plus d’autre issue que de s’en remettre à la providence. Prier pour les victimes des attentats, pour leur famille, partager leur souffrance, oui bien sûr. « Prier pour la France », je le sens moins bien. La France a-t-elle besoin de prières ou d’une politique courageuse et efficace, d’un Etat solide et ferme, du retour au sens du bien commun et de l’intérêt général? D’ailleurs, le climat général, l’air du temps, rappelle un peu, dans des circonstances qui n’ont rien à voir, celui de 1940. La comparaison revient dans diverses analyses. Montée du culte de la personnalité, des passions éthérée, fuite dans l’émotionnel et la quête du « sauveur », désespoir généralisé, sentiment d’asphyxie, repentance collective, formatage de la pensée, attirance pour toute sorte d’idolâtries personnelles, de l’extrême droite à l’extrême gauche… De fait, nous ne sommes pas en 1940, sous une occupation sanguinaire et le destin nous appartient. La situation actuelle ressemble plus à d’autres grandes crises marquée par l’impuissance publique, comme celle de la guerre d’Algérie en 1958.   Ce n’est pas de prière, ni d’un homme ou d’une femme providentiel que ce pays a besoin – plus le temps passe et plus toute forme de la personnalisation exagérée de la politique m’est insoutenable comme une forme de paroxysme de la manipulation -, mais d’une salutaire prise de conscience collective et d’un retour au valeurs républicaines autour du bien commun, de la vérité et de la volonté générale. De Gaulle allez-vous me dire? Oui, mais il n’est plus là et la France ne compte aujourd’hui bien évidemment aucun homme de l’histoire à son image. Au fond, la sortie du tunnel dépend de chacun d’entre nous. C’est pourquoi je pense que nous allons nous en sortir. Beaucoup se jouera sans doute aux élections législatives de juin 2017, dans moins d’un an. La France a besoin de changer en profondeur et d’un électrochoc pour cela, peut-être l’avènement d’une nouvelle majorité et d’une nouvelle équipe au pouvoir.

Maxime TANDONNET

 

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Sur le droit du sol, la politique et l’avenir de la France

XVM1c4e79d8-60d7-11e6-95d3-93f63f555425Si j’en juge pas les commentaires qui suivent mon article sur le droit du sol, pour Figaro Vox, il n’est pas facile de s’expliquer, de faire passer un message pragmatique, dans la sphère politique. Je le sais avec une certitude absolue: engager une réforme du droit du sol après une éventuelle alternance en 2017, après l’avoir promise pendant la campagne, serait désastreux. Ce serait typiquement un mode de continuation de la gouvernance politique actuelle: agiter les passions, exploiter les émotions,  les leurres et les polémiques pour faire oublier le réel. Six  mois d’agitation hystérique, de fureur, de haine frénétique et de temps perdu. Car pendant ce temps, on ne ferait rien d’autre sur les vrais problèmes, chômage, entreprise, libéralisation de l’économie, lutte contre la dette et les déficits, sécurité des biens et des personnes. Or, de fait, une réforme du droit du sol ou une suppression ne servirait strictement à rien, à rien, je vous en donne ma parole. Elle mettrait en cause un principe qui remonte, pas seulement à la République, mais à des siècles d’histoire. Pour un impact sur le réel strictement égal à zéro. Il est facile d’agiter des chiffons rouges et de faire hurler. Six mois qui s’achèveraient par un fiasco, qui accoucheraient d’une souris ou par un recul obérant tout autre chantier pour les 4 ans et demi à venir. « Française, Français, j’ai bien réfléchi depuis six mois, le pays n’est pas prêt, et moi, responsable de son unité, j’ai pris une grande décision, etc… » Dire comme le font beaucoup de politiciens actuels que la France « doit rétablir le droit du sang », relève de la pure propagande : en France, la nationalité s’acquiert aujourd’hui essentiellement par le droit du sang c’est-à-dire la filiation (90%), un peu par la naturalisation, et très marginalement par le droit du sol. Il est facile d’agiter les chiffons rouges inspirés des franges les plus extrêmes de la classe politique. Il est plus difficile de regarder la vérité en face et de relever les défis du réel: maîtriser effectivement et efficacement l’immigration en engageant une action volontariste pour faciliter l’intégration des étrangers en situation régulière, réguler l’immigration en fonction des capacités d’accueil de la France et assurer le retour dans leur pays des migrants en situation irrégulière, faire respecter la loi (avec toutes les garanties d’humanité nécessaires mais sans faiblesse), contrôler efficacement les frontières, frapper de manière impitoyable les filières esclavagistes, dégager les moyens gigantesques nécessaires, dans le cadre de la solidarité européenne, pour assurer la stabilisation et le développement des pays d’origine. Voilà ce qu’il faut faire avec constance et fermeté. Il n’y a pas d’autre solution que de reprendre le travail de fond. Mais c’est tellement plus facile d’agiter les chiffons rouges. Les socialistes l’ont fait pendant six mois avec la déchéance de la nationalité. Le résultat, nous l’avons vu. Déchéance de la nationalité, droit du sol: le principe est le même. Certes, les chiffons rouges peuvent permettre de récupérer quelques voix et peut-être faire gagner les élections. Et encore, ce n’est même pas sûr car les Français, échaudés, sentent bien l’odeur des chiffons rouges. Mais après? Qu’est-ce qui compte, gagner les élections, ou travailler au bien commun et à l’intérêt général? Gagner en 2017. Puis, faire les zouaves pendant cinq ans en gesticulant et en agitant les polémiques et les chiffons rouges: à chaque semestre sa polémique et son chiffon rouge. En commençant par le droit du sol. C’est tout juste ce dont je ne veux pas. Vous comprenez ce que j’essaye de dire?  Et pour finir, retour triomphal des socialistes en 2022. Cette fois, les socialistes frange dure: Mme Aubry alliée à M. Mélenchon et M. Hamon. Tenez, j’y suis déjà: TF1, le 6 mai 2022, 20 H40:  « Française, français, vous avez fait votre choix. Je le respecte. Je salue mon successeur et souhaite sa réussite. Pour ma part, j’ai pris une grande décision: je me retire définitivement de la vie politique.  J’aime mon pays du fond du cœur et continuerai à le servir autrement… Vive la République, vive la France! »

Maxime TANDONNET

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Homme providentiel et homme d’Etat

images (1)Dans les périodes de troubles que nous vivons, la tentation évidente est d’espérer une reprise en main politique de notre pays. D’ailleurs, même si le pire n’est jamais certain, la période qui s’ouvre s’annonce profondément chaotique, d’une violence et d’une incertitude extrême: bruits de bottes en Turquie, risque d’embrasement général au Moyen-Orient, déstabilisation croissante de l’Afrique,  affrontement de deux personnages douteux pour la présidence des Etats-Unis, menaces sur l’économie mondiale, désintégration de l’esprit européen. Nous voyons un monde qui marche à grand pas vers le gouffre. Quel dirigeant politique pour tenir le gouvernail dans la grande tempête qui vient?

Il me semble essentiel de ne pas confondre homme providentiel et homme d’Etat.

Le premier, l’homme providentiel, est le fruit d’une imposture, d’une construction médiatique. Sa réussite ou sa force tient à son image, à son apparence, au mythe qui se dégage autour de lui et qui est entretenu. Son prestige est de nature mystique. Il est le sauveur, d’essence quasi-surnaturelle. Il met en avant son destin personnel, supposé se confondre avec celui de la  France. Il soigne son apparence, sa prestance, son image. La relation qu’il entend établir avec la 001Nation est d’amour, d’affectif, de passion. Il veut être aimé, admiré, adulé, et entend inscrire sa trace dans les manuels d’histoire. Sa personne est en soi une garantie de protection et de réussite. L’archétype de cette construction artificielle d’une autorité autocentrée sur l’image est celle de Philippe Pétain en 1940, présenté comme le père des Français, icône dont l’image est présente partout et que les foules se pressent pour acclamer sur les routes; un personnage qui ose dire au fond de l’apocalypse « je fais don de ma personne ». A cet égard, le livre de réflexion le plus extraordinaire que je n’aie jamais lu (parmi des milliers…) s’intitule « Mythes et mythologies politiques », de Raoul Girardet – le Seuil 1986. Je le recommande du fond du cœur.

Le second, l’homme d’Etat, est d’une autre nature. Il ne parle jamais de lui. Il ne revendique pas de lien mystique avec la France ou les Français. Son image personnelle ou sa trace dans l’histoire ne l’intéressent pas. Il est arc-bouté sur l’idée du bien commun. Il ne songe qu’à servir l’intérêt général. Il ne compte pas s’accrocher indéfiniment en politique mais s’y maintenir tant qu’il s’y sent utile. Il se retire sans état d’âme quand il sent que le pays ne veut plus de lui ou à la suite d’un échec. D’ailleurs, la vie politique n’est pas une fin en soi à ses yeux, mais une vocation au service de son pays. Il lui préfère de Raymond_Poincaré_1914[1]loin le bonheur simple de l’anonymat.  Il n’annonce jamais de réforme qu’il sait ne pas pouvoir accomplir. Il ne joue pas à faire rêver et ne parle que pour dire la vérité du possible et du souhaitable tel qu’il les conçoit. Il ne communique pas, sinon pour expliquer sobrement son action. Les gesticulations, les polémiques inutiles, les promesses démagogiques et le spectacle émotionnel lui font horreur. Il n’a qu’une idée, accomplir de profondes réformes nécessaires et défendre les intérêts de son pays et de ses habitants, leur sécurité et leur prospérité. Il est l’homme des réalités, de la politique des réalités et de la vérité. Il est d’une probité absolue et chez lui, tout mélange entre les intérêts privés et publics est inconcevable.

Le monde politique est peuplé d’une multitude de petits bonshommes ou petites bonnes femmes providentiels en puissance, sans intérêt, bavards, ivres de leur « personne »; en revanche, les hommes ou les femmes d’Etat, à l’image d’un Raymond Poincaré ou d’un Pierre Mendès-France (dans les années 1950, ensuite, la vieillesse est un naufrage), chez qui le faire passe avant le paraître, l’action avant la parole, et le gouvernement avant l’image, manquent cruellement de nos jours. Je ne crois pas que la logique des « primaires » et des « présidentielles » soit de nature à en favoriser l’émergence, tant l’exercice paraît conditionné par le jeu  de la grande farandole médiatique. Non, l’homme ou la femme d’Etat ne peut émerger que dans des circonstances exceptionnelles, au fond du gouffre, quand le pays se réveille et ne peut qu’ouvrir enfin les yeux.  J’imagine, dans mes rêves les plus fous, l’émergence de nulle part, du fond de l’abîme, d’un mystérieux inconnu, étoile filante de la politique, un grand Premier ministre lucide et volontaire, issu d’une majorité nouvelle qui parlerait aux Français en leur disant: « Je n’ai que du sang et des larmes à vous offrir. Mais si vous me faites confiance, je vous donne ma parole que nous allons nous en sortir ensemble. Et demain, quand la France sera sortie du tunnel, vous n’entendrez plus jamais parler de moi car mon destin personnel, auprès de l’avenir de notre Nation, ma soi-disant trace dans l’histoire, ne vaut pas plus que ma première chemise ».

Maxime TANDONNET

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Lecture: L’insouciance, par Karine Tuil – Gallimard

CVT_Linsouciance_9924Dans son roman L’insouciance, publié par Gallimard, Karine Tuil esquisse un étonnant portrait de la France d’en haut, et des élites parisianistes. Les destins de personnages plus vrais que nature s’y entrecroisent: jeunes politiciens ambitieux, journalistes à la mode, officiers traumatisés de retour d’Afghanistan, conseillers élyséens déchus, représentants de la diversité… Ce monde étouffe sous les névroses et les tabous: carriérisme effréné, sexe et frustrations, hantise d’être traité de raciste. L’auteur m’a longuement interrogé sur la vie à l’Elysée avant d’écrire son livre. A cette occasion, j’ai découvert le travail méticuleux de documentation du romancier. Il est impossible de raconter une histoire aux rebondissements multiples mais j’en citerai un passage d’un parfait réalisme psychologique – qui me rappelle de lointains souvenirs: « Ce matin-là, il avait rendez-vous à l’Elysée pour récupérer ses derniers cartons. Il eut un choc en pénétrant dans son bureau: toutes ses affaires avaient été vidées et entreposées dans des caisses; c’était la deuxième fois en un mois que l’on déménageait ses effets personnels sans le prévenir. « Qui a donné l’autorisation de vider mon bureau? » […] Les caisses s’entassaient dans un coin, son nom mal orthographié inscrit dessus au marqueur. Il tenta de se réconforter en se persuadant qu’il n’aurait jamais pu travailler dans ce petit bureau où il avait été relégué après l’incident. » Un beau livre écrit avec une plume superbe, au style haletant et  d’un réalisme époustouflant…

Maxime TANDONNET

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Rencontre

sans-titreLe 6 juillet dernier, à 16 heures, j’étais reçu à sa demande par l’un des amis politiques les plus anciens et les plus proches du président Sarkozy. Il me lisait parfois, sur ce site, le Figaro Vox ou Atlantico, et voulait discuter avec moi de la situation politique. Nous étions heureux de nous retrouver après tant d’années depuis la défaite de 2012 et avons longtemps parlé de choses et d’autres. Puis, c’est moi qui ai abordé la politique en l’interrogeant sur la question qui hante les esprits: « Pouvons-nous perdre en 2017? » Lui pensait que non. Les socialistes sont dans un tel état qu’ils ne peuvent plus remonter. Le principal sujet de fond est de savoir qui l’emportera de Juppé ou de Sarkozy aux présidentielles. Mon interlocuteur préférait Sarkozy bien sûr, non pour une question d’âge, mais parce qu’il le jugeait plus apte à réformer le pays. Moi, comme toujours, je lui ai dit franchement le fond de ma pensée. Attention! La France de 2017 a profondément changé en dix ans et sa « culture politique » n’a plus aucun rapport avec celle de 2007. Nous avons eu les dévastatrices affaires DSK et Cahuzac, le mandat épouvantable de M. Hollande, l’escalade du chômage envers et contre les promesses, la vague d’attentats terroristes qui ont ensanglanté le pays, la dévastatrice  « crise des migrants », signe de l’impuissance nationale et européenne, les batailles d’ego de l’opposition, la vertigineuse poussée d’extrême droite… La mentalité n’est plus du tout la même. Toute confiance dans la classe politique a disparu.  La fracture entre la France dite « d’en bas », la majorité silencieuse, et les élites politiques a  atteint un niveau effroyable. Les Français, dans leur immense majorité,  ne supporteront plus jamais l’idée même de la présidence personnalisée, pour ne pas dire narcissique ou mégalomane, surmédiatisée et gesticulante à l’image des trois ou quatre précédentes. Ce n’est pas qu’ils descendront forcément dans la rue, mais ils feront la révolution du mépris, de l’indifférence et du repli sur soi, ce qui est aussi grave. Il faut repenser totalement, radicalement la vie politique, sur le principe de la modestie et du silence comme source de l’autorité, de l’action avant la parole, de l’efficacité sobre, de la dé-médiatisation, ou médiatisation minimale, du travail d’équipe et collectif, axé sur les réformes et les résultats, avec un véritable Premier ministre et de véritables ministres chargés de décider, de gouverner, de diriger et de choisir, plutôt que de parler et de frimer; imposer la loi de la vérité, du rejet absolu de la polémique, de l’idéologie et du passionnel pour se concentrer sur les seules réalités, le refus de l’idolâtrie, de la communication permanente, du spectacle émotionnel, des mensonges, manipulations de l’opinion.  Mon interlocuteur était, à ma surprise, largement d’accord avec moi. « C’est le quinquennat qui a tout foutu en l’air » m’a t-il affirmé. « Alors abrogeons-le! Et revenons à un septennat qui serait non renouvelable. Ce sera une première étape! » Il était totalement d’accord et m’a demandé si je pouvais faire une note à ce sujet pour le président. Ensuite est venu le carnage de Nice, puis mon départ en vacances à l’île de Ré, énormément de travail accumulé à mon retour. Je ne l’ai toujours pas faite…

Maxime TANDONNET

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La grande défiance

CnXe6DFWIAAEQkm (2)Après l’attentat de Nice, une tragédie d’ampleur nationale, largement étouffée par la politique et les médias au regard de sa gravité, une cassure s’est produite dans les profondeurs de la Nation. Je la ressens à travers mille conversations quotidiennes. Elle se traduit dans les sondages. La défiance est maintenant générale envers les milieux de l’élite dirigeante et politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Après un tel massacre, pour la première fois à la suite d’un attentat, aucun réflexe d’unité autour du pouvoir en place ne se produit. Quant aux extrêmes, ils ne profitent en aucun cas de la situation, bien au contraire. Dans le grand silence de juillet/août, les gens sont accablés, effondrés. Il s’attendent au pire pour leur avenir. Ils ne pensent qu’à la violence sanguinaire qui vient, avec une immense angoisse pour leurs enfants. Ils ne se sentent plus protégés. Leur rejet de la classe politique dans sa globalité, la crise de confiance, prend des proportions indescriptibles.  Ils ne voient en ce moment aucune issue politique, aucune sortie du tunnel. L’impression que les dirigeants politiques ne s’intéressent qu’à leur destin personnel fait des ravages. Mais isolés dans leur tour d’ivoire, ces derniers ne paraissent absolument pas s’en apercevoir. La peur, le découragement et le dégoût, dans la torpeur de l’été, se sont emparés des Français. Face au carnage, le comportement des autorités locales comme nationales a franchi les bornes du supportable, dans l’autosatisfaction, l’autoprotection, le déni de responsabilité, l’incrustation à tout prix, voire les tentatives de récupération. Personne, de toute la classe politique médiatisée, n’a trouvé les mots justes. « Un drame effroyable s’est produit. Plus rien ne compte à côté de ce cataclysme pour notre pays, le malheur des victimes et de leur famille. La politique n’est pas une fin en soi. Elle est uniquement au service de la France. Un drame de cette ampleur, dans la France du XXIe siècle,  ne peut pas être le fruit du hasard ni de la fatalité.  La première mission de l’Etat est de protéger les Français.  Toutes les responsabilités seront établies et les responsables sanctionnés. Une telle tragédie nationale ne se reproduira pas. J’en prends l’engagement auprès de vous sur mon honneur et sur la poursuite de mon mandat politique » . Voici les seuls mots dignes d’un homme d’Etat. Ils ne sont pas venus. Evidemment… Par delà les élections et les alternances, une profonde transformation de la mentalité politique, un changement radical de l’état d’esprit de la classe dirigeante, le retour au sens du bien commun contre la démence narcissique, serait la seule issue possible au drame de la France. Mais qui peut y croire en ce moment?

Maxime TANDONNET

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Fuite dans les limbes

sans-titreA chaque nouveau massacre par les terroristes islamistes, nouvelle stratégie de fuite dans les limbes.

  • 1) Attentats de Charlie hebdo et du magasin casher de la Porte de Vincennes: gigantesques rassemblements, vague de bons sentiments autour du « vivre ensemble », de la liberté d’expression, de « l’esprit Charlie ».
  • 2) Carnage du Bataclan et des cafés du 11e arrondissement: raidissement nationaliste, état de guerre, drapeaux tricolores aux fenêtres, état d’urgence, déchéance de la nationalité, unité nationale.
  • 3) Massacre de Nice et aussitôt après, égorgement d’un prêtre en pleine messe: solidarité avec les catholiques, « grand messe », flambée de religiosité,  dialogue des religions, organisation de l’islam de France, et en parallèle « défense de l’Etat de droit ».
  • 4) Quid si un nouveau malheur doit survenir?

La fuite dans les limbes reflète la politique telle qu’elle est devenue aujourd’hui: avant tout un mode de communication: manipuler les consciences, agiter les émotions, démultiplier les postures, faire croire ou faire rêver. Les dirigeants n’ont plus vocation à gouverner, à choisir et à décider, mais à occuper les  esprits dans l’attente des prochaines élections. Ce phénomène permet d’évacuer la question fondamentale en démocratie des responsabilités après un drame ou une catastrophe et des éventuelles sanctions. Le sujet n’est jamais envisagé: 250 tués en 18 mois, trois massacres et tout le monde aurait-il été parfait? La fuite dans les limbes dispense les gouvernants de l’action, de la décision et de l’engagement à changer le réel. Ma grande interrogation est la suivante: l’opposition réalise-t-elle la gigantesque imposture que devient la vie politique? Si elle revient au pouvoir en 2017, a-t-elle la volonté d’y remédier? Est-elle prête à remettre la vie gouvernementale sur ses pieds, à rejoindre le réel, à retourner sur terre? A prendre ses responsabilités concrètes, opérationnelles, en sortant de l’émotionnel? Ou s’apprête-t-elle à poursuivre le grand spectacle médiatisé? Franchement rien ne permet de le dire aujourd’hui. On aimerait savoir…

Maxime TANDONNET

 

 

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Massacre de Nice, témoignage.

stephane-erbs-ici-dans-sa-maison-a-cessieu-(isere)-a-ete-violemment-percute-par-le-camion-le-14-juillet-a-nice-et-sa-femme-rachel-a-ete-tuVoici le témoignage poignant, d’un homme qui a perdu son épouse lors du carnage de Nice.  La dignité du ton, la lucidité des paroles m’ont incité à le reproduire ici. Ces propos, recueillis par le quotidien le Dauphiné, contrastent avec la vague monstrueuse de bêtise, de démagogie, d’esprit de récupération, de déni des responsabilités qui déferle en ce moment sur le monde médiatique et politicien. Ce texte reflète la fracture entre la France dite d’en haut et la majorité silencieuse. Je dirais qu’il exprime à la perfection mon ressenti actuel et celui, je crois, de beaucoup de Français. A lire jusqu’au bout: la fin est bouleversante, saisissante de vérité. C’est tellement, tellement ce que je pense!

Maxime TANDONNET

« Un homme a été fauché à trois mètres de moi. Les enfants criaient. C’était une scène de guerre. » À Rachel, on pratique un massage cardiaque. En vain. Lui, terrassé par la douleur, ne parvient pas à se relever. Souffle coupé. « On craignait une hémorragie interne. On m’a mis un bracelet rouge pour être évacué en priorité. » Sous les yeux de l’aînée, qui racontera la soirée à son père. La description d’un « carnage » dont, par pudeur, il tait les détails. Rachel, déjà, est recouverte par un drap blanc. Stéphane apprend par les pompiers qu’elle est décédée. « Le lendemain, on a cherché son corps, on a appelé les hôpitaux, on se disait qu’il y avait peut-être un espoir. » Un test ADN pratiqué sur sa belle-sœur l’éteindra définitivement. 2 800 habitants ont rendu hommage à celle « qui souriait tout le temps ». Il dit aussi Alex et Mohamed. « Deux jeunes qui m’ont tout de suite mis en position latérale de sécurité, se sont occupés des enfants, ont appelé ma famille, mes amis. ». Comme ce Jean-François, qu’il n’avait pas vu depuis cinq ans, qui fut sur place en dix minutes. Et Alex et Mohamed : « Ils m’ont accompagné : “Serre-moi la main ! ; Parle-moi ! ; Ta fille est là !” La solidarité des Niçois a été formidable. »Il dit les urgences, scènes « d’apocalypse et de professionnalisme » mêlées. Il apprend là qu’il s’agit d’un attentat. « Le personnel médical ne donnait pas l’impression d’être débordé. Une cellule psychologique nous a suivis, deux ou trois contacts par jour, et ça nous a fait beaucoup de bien. » Eux-mêmes supportaient mal le pire. « Quand on a pu voir le corps de Rachel, la toucher, en robe, super belle, on était encadré et une jeune psychologue a éclaté en sanglots. » Dès le soir de l’attaque, une sollicitude exclusive et inquiète, familiale et amicale, a convergé vers la famille Erbs. Parents, belle-sœur, frère, etc. ont débarqué à Nice. À Cessieu, 2 800 habitants se sont mobilisés comme un seul homme pour soutenir, rendre hommage à celle « qui souriait tout le temps ». Une « perle », dit-il. « Les messages, les fleurs devant la mairie, cela a fait chaud au cœur. » Il dit son dégoût, plus que sa colère, Stéphane Erbs. Des hommes politiques, tous. « Ils ont envoyé à la fourrière toutes les voitures des familles de victimes du parking de l’hôpital pour l’arrivée du président ! Il est resté cinq minutes, a fait trois photos avec des blessés, il est reparti. Et la ministre de la Santé ! Elle n’a pas levé la tête, pas dit bonjour, pas adressé le moindre mot de soutien. » Il parle récupération. « Si, comme l’affirme Christian Estrosi, l’événement présentait un risque, il devait prendre ses responsabilités, l’annuler. » Il dit l’après. Le chef d’entreprise adaptera son temps de travail. Le père de famille donnera priorité à ses enfants. Il n’y a ni larmes, ni pathos. En nous raccompagnant, c’est même lui qui dit « merci ».

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US: l’horreur politicienne

XVM083459b4-574e-11e6-8bbd-3f43e935fa5cLa tournure de la campagne des présidentielles américaines atteint un niveau d’indécence et de pourriture difficilement imaginable. Tout n’est que polémiques, scandales, révélations salaces. Hier, la presse américaine publie en une des photos de la femme de M. Donald Trump nue.    Comment faire pire dans l’ordre de la saloperie? L’élection du président américain, opposant deux candidats à peu près aussi nuls et grotesques l’un que l’autre, deux véritables pitres médiatiques, incarne la mort du politique, au sens du débat d’idées et du gouvernement de la cité.  Heureusement, l’Amérique dispose d’autres ressources, parce qu’elle est une société dynamique et une fédération décentralisée, l’essentiel se jouant sur le plan local. Mais Diable! Pourquoi les Français sont-ils obsédés par le modèle présidentiel américain, au point de ne songer qu’à l’imiter, avec le présidentialisme à outrance, le quinquennat, l’hyper présidence médiatique, les primaires? Le cocktail du culte de la personnalité – l’idée mensongère que la responsabilité et le pouvoir se concentrent dans les mains d’un homme ou d’une femme – et de la surmédiatisation quotidienne, conduit tout droit à la gesticulation, à l’impuissance, à la déchirure, au ridicule. Comment ne le voit-on pas? Les conséquences sont infiniment pires en France qui ne dispose pas des ressources vitale de la société américaine, en particulier sa décentralisation et sa dynamique économique. Attention! Les élections présidentielles françaises de 2017 s’annoncent aussi minables que les élections présidentielles américaines mais leurs conséquences seront dix fois pires!

Maxime TANDONNET

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Le débat interdit

CnXe6DFWIAAEQkm (2)La fuite dans la communication grandiloquente et émotionnelle se poursuit, notamment depuis l’assassinat d’un prêtre, mardi, par des terroristes islamistes. On en oublierait presque que le 14 juillet, 84 personnes ont été massacrées à Nice. Des hommes, des femmes, des enfants ont perdu la vie et des familles pleurent leurs proches qu’elles ne reverront plus. Plus personne n’en parle. La question des responsabilités publiques, du niveau le plus local (il est indéniable que la municipalité a une responsabilité dans l’organisation d’une grande manifestation sur son territoire) à celui de la politique nationale, a été niée, écrasée, bafouée. Personne n’est responsable. 84 vies détruites, sans compter les blessés qui garderont des séquelles? « Circulez, M’sieurs-dames, y a rien à voir. » Aucune conséquence n’en sera tirée, aucune sanction ne tombera. Tout le monde garde sa place au chaud. La fatalité, la normalité, l’habitude. Personne n’y est pour rien. 84 petites vies… Et si c’était votre fils, votre fille, ou l’un de vos amis? Quelques responsables politiques courageux ont émis une idée. En « temps de guerre » – un état de guerre unanimement reconnu – si l’on envisageait une « retenue administrative » des terroristes potentiels, surveillés, extrêmement dangereux, susceptibles  de passer à l’acte, par exemple ceux qui sont passés en Syrie ou en tenté de s’y rendre? Cette proposition est-elle si scandaleuse, dans la mesure où elle est destinée à sauver des vies? Elle a été évacuée et caricaturée à l’aune des grands principes, des « valeurs »: « Etat de droit », refus de « Guantanamo ». Même l’extrême droite s’en est indignée! Ivresse de la posture, du paraître et vertige des splendeurs élyséennes… Pourtant, en temps de guerre, quand les vies de centaines d’innocents sont menacées, est-il inconcevable d’adapter l’Etat de droit pour s’assurer, le temps nécessaire, la rétention de personnes extrêmement dangereuses, passées entre les mains de daesh? Que la démocratie se donne, tant que dure la guerre, les moyens de se défendre, d’assurer la protection de ses citoyens, est-ce si scandaleux, intolérable? Au moins poser la question en s’interrogeant sur la faisabilité et l’impact réel. En pensant: et si c’était votre fille, votre fils ou vos amis les plus proches, au Bataclan, à Nice ou ailleurs? Combien de centaines de vies encore massacrées avant que le tabou ne soit levé? Merci en tout cas aux responsables politiques dont la voix n’a pas tremblé (j’ai noté Sarkozy, Fillon, Dupont-Aignan, Wauquiez, etc. )

Maxime TANDONNET

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Dissoudre l’Assemblée?

panorama2En principe, la logique des institutions républicaines voudrait que le chef de l’Etat décide d’appliquer l’article 12 de la Constitution: dissoudre l’Assemblée nationale. Toutes les conditions d’une telle décision sont réunies. Nous connaissons une crise de société d’une gravité infinie. Jamais, dans l’histoire contemporaine, un prêtre n’avait ainsi été assassiné pendant sa messe. Depuis janvier 2015, quatre attentats terroristes ont entraîné la mort de plus de près de 240 personnes. La France est martyrisée, dans un état de déstabilisation qui est sans précédent peut-être depuis la guerre d’Algérie. La société française se trouve aujourd’hui traumatisée, accablée, disloquée. La colère, l’exaspération et la révolte atteignent des niveaux indescriptibles. Les responsables politiques, à travers leur masque d’autosatisfaction, d’impassibilité et leur discours formaté, semblent vivre dans un autre monde,  inconscients du drame épouvantable qui se noue en ce moment. Des vautours jubilent grassement et tournoient au-dessus de la scène d’apocalypse. La dissolution de l’Assemblée nationale est la seule issue possible à la crise actuelle.

  • Sous la menace des attentats terroristes, la France ne peut pas se permettre d’entrer aujourd’hui dans une période électorale de 9 mois, une fenêtre de vide et d’inconnu qui ouvre le champ à de nouveaux massacres.
  • La crise de confiance envers le pouvoir exécutif et l’usure du pouvoir atteignent un tel niveau historique – paralysant la vie politique et l’appareil d’Etat – que dans des circonstances aussi dramatiques, la parole doit revenir sans délai au peuple.
  • L’élection législative anticipée permettrait de remettre au premier plan le débat des idées et des projets, notamment sur la lutte contre le terrorisme; elle aurait pour effet de sortir d’une logique de « guerre des ego » entre les candidats à la présidentielle, qui mène à l’impuissance et au chaos.
  • Elle donnerait au pays la possibilité de repartir sur des bases nouvelles, sans doute une recomposition de la classe politique avec une assemblée renouvelée, un autre gouvernement, et par conséquent de prendre un nouvel élan dans la lutte contre le terrorisme et le redressement national (économie, emploi, éducation).
  • Elle rétablirait l’équilibre vital des institutions: le président de la République, élu en 2017, indépendamment de l’élection législative, redevenant alors un véritable chef de l’Etat, modèle et guide de la Nation, en charge de la politique extérieure et de défense et laissant le Premier ministre gouverner.
  • En donnant aujourd’hui la parole au peuple, elle aurait pour effet de briser la montée aux extrêmes de la vie politique française, sa fuite dans l’hystérie et les chimères, la poussée de démence mégalomane, dont l’ascension extrémiste – qui ne fait que rajouter du chaos sur le chaos, n’offrant aucune issue politique – n’est que le paroxysme, une fuite dans les limbes qui entraîne depuis trop longtemps le pays vers le pire.

Dissoudre l’Assemblée dans les semaines avenir: une décision d’Etat, une décision historique. Les circonstances l’imposent. Aura-t-elle lieu? En vérité, j’en doute fortement…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

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L’été cauchemar

hommage-saint-etienne-du-rouvray-attentat-jacques-hamel-630x0Qui de notre génération, celle née dans les années 1960 et 1970, a souvenir d’un été aussi tragique pour la France? Un vieux prêtre âgé de 86 ans a été égorgé pendant sa messe dans un village de Normandie par des terroristes islamistes. Après les massacres de Charlie et de la porte de Vincennes, du Bataclan, de Nice, l’escalade dans l’horreur se poursuit. Le message est clair: l’Etat islamique daesh est parvenu à transposer la barbarie sur le territoire Français, à imposer sa loi de terreur et amplifier un climat de désintégration. La réponse des milieux dirigeants ne varie pas d’un pouce: déni de responsabilité, fuite dans l’émotionnel, culte de la fatalité (« vivre avec le terrorisme »). Face à un système politique pétrifié, les courants extrémistes et le fanatisme prolifèrent sur le dégoût général, aggravant ainsi confusion et désespérance.  Les questions de fond sont occultées: comment la France en est-elle arrivée, au fil des décennies, à cette étrange défaite? Quels discours, quelles politiques, quels choix, quelles décisions ont produit un tel désastre? Qui sont les responsables de cette situation? Quelles transformations profondes pourraient sauver le pays en matière d’intégration, de maîtrise des frontières, de sécurité, d’éducation nationale, de politique étrangère, de justice, de défense, d’organisation et de fonctionnement de l’Etat, de restauration de l’autorité de la loi, de modèle médiatique? Quelles solutions politiques, à la fois réalistes et crédibles? Quelles issues collectives, nationales? Comment rétablir l’ordre républicain? En ce moment, nous nageons dans l’aveuglement et le brouillard le plus opaque. Le débat d’idées se noie dans un climat délétère qui mêle tyrannie émotionnelle, démence vaniteuse – aggravée par l’approche des élections -, manipulations de masse, fuite éperdue face aux réalités. Quand viendra le bout du tunnel? Peut-être le jour où plus personne ne l’attendra.

Maxime TANDONNET

NB: l’opposition ne fait que son devoir d’opposition en soulevant des questions, si l’on en juge par l’interview du président Sarkozy au Monde du 28 juillet. Il lui reste l’essentiel à accomplir: convaincre les Français de sa détermination dans l’action autant que dans la parole.

« Ce nouveau drame montre à quel point nous devons changer de dimension dans notre riposte au terrorisme islamiste. Je ne peux pas accepter l’application de schémas intellectuels du passé à la réalité d’aujourd’hui… toute la lumière devra être faite sur le parcours judiciaire de ces terroristes, sur les moyens de surveillance et sur l’appréciation de la dangerosité de ces individus… L’urgence, c’est la sécurité des Français. Et cela passe par la vérité. Le gouvernement la doit aux familles des victimes et à tous les Français… Notre système doit protéger les victimes potentielles plutôt que les auteurs probables d’un futur attentat…Il y a dans cette guerre que nous engageons, les innocents, les coupables et une zone grise, avec ceux qui ne sont pas encore passés à l’acte… Si les démocraties ne défendent pas les citoyens, les citoyens se défieront de la démocratie. »

 

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