Célébrer le centenaire du 11 novembre 1918

Il semble que, dans les hautes sphères de l’Etat, on s’interroge sur l’opportunité de célébrer le 11 novembre 1918, comme centenaire de la Victoire. Il est vrai que cette victoire était en trompe-l’œil, suivie de 21 ans de renoncements et de lâcheté et de l’une des plus terribles débâcles de l’armée française. Nos autorités renâclent aussi à choquer le partenaire allemand par une célébration. Toutefois, cet hommage, ne le devons-nous pas aux 10 millions de jeunes Français de l’époque qui ont atrocement souffert dans les tranchées pendant 4 ans pour défendre la liberté et la démocratie, aux 1,5 million qui ont donné leur vie dans la fleur de l’âge pour le pays et aux 1,5 millions de mutilés? En outre, le 11 novembre , la Victoire contre l’empire militariste de Guillaume II, le retour de l’Alsace et de la Lorraine, Clemenceau et Poincaré: nous sommes aux cœur du mythe national constitutif de l’unité de la nation, tellement menacée aujourd’hui. Le 11 novembre 1940, les lycéens et les étudiants parisiens ont donné le signal du début de la résistance au nazisme en célébrant le 11 novembre sous l’arc de triomphe,  malgré l’interdiction prononcée par l’occupant et en s’exposant ainsi à de violentes représailles. Je l’ai raconté dans un livre. Cela non plus, il ne faut pas l’oublier…

A la veille du 11 novembre 1940, les autorités d’occupation déclarent « prohibée sous toutes ses formes l’expression d’un souvenir insultant pour le Reich et attentatoire à l’honneur de la Wehrmacht ». A la Sorbonne et dans les lycées parisiens, cet ordre suscite une vague d’indignation. Initié par un petit groupe d’étudiants du Quartier latin, l’appel à un rassemblement patriotique se propage comme une traînée de poudre dans les établissements scolaires et universitaires. Le 11 novembre 1940, trois mille jeunes filles et garçons remontent les Champs-Elysées, se rassemblent devant l’Arc de triomphe pour commémorer la Victoire de 1918 et entonnent La Marseillaise, défiant ainsi l’armée d’occupation d’Hitler. L’intervention de la Wehrmacht et la répression qui s’ensuit sont impitoyables : quinze blessés, un millier d’interpellations, cent vingt-trois arrestations, surtout de jeunes lycéens emprisonnés et martyrisés. Cet acte de résistance constitue, au dire même du général de Gaulle, la première réponse de la France à l’appel du 18 juin. De fait, les conséquences furent considérables, marquant la rupture entre le régime de Vichy et une partie de l’opinion publique, qui tourna désormais ses espoirs vers la France libre. Cet événement, qui aurait dû entrer dans la légende nationale, a quasiment sombré dans l’oubli. Il est temps de le redécouvrir.

Maxime TANDONNET

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Pavane pour une république (presque) défunte – par Patrice Gueniffey

En ces temps d’hystérie généralisée, je suis heureux de partager un texte superbe, inédit, de réflexion de fond sur la crise de la politique française, de M. Patrice Gueniffey, historien et auteur de nombreux ouvrages à succès, dont Napoléon et de Gaulle, Perrin 2017, deux héros Français

Depuis la Révolution française, toute notre histoire constitutionnelle et politique pourrait être résumée à une quête : celle du gouvernement qu’appelle la société démocratique issue de la Révolution française. Si celle-ci avait en effet inventé un nouveau type de société, elle avait échoué à lui donner un gouvernement.

Entre parlementarisme (quatre républiques et deux régimes monarchiques et parlementaires) et autoritarisme (deux empires), il aura fallu près de deux siècles pour trouver enfin, en 1958-1962, une solution pas très différente du régime auquel songeaient les hommes de 1789 : qui associe autorité et liberté, exécutif fort et droits du parlement, monarchie et république, la première inscrite dans la fonction présidentielle (qui rappelle à bien des égards la figure du roi de justice), la seconde dans la coopération du gouvernement et du parlement.

Autrement dit, pour la première fois dans notre histoire moderne, la France possède depuis 1958 un régime politique entouré d’un large consensus – l’unanimité n’est pas de ce monde – qui réunit les deux caractéristiques que le constitutionnaliste anglais Walter Bagehot estimait, dans un traité publié en 1864, The English Constitution, indispensables à tout régime politique, qu’il soit de forme monarchique ou républicaine : la dimension « dignified » et la dimension « efficient », la première incarnée par l’exécutif, la seconde trouvant son expression dans l’action des pouvoirs publics. Et d’ajouter :

« In such constitutions there are two parts (…) : first, those which excite and preserve the reverence of the population – the dignified parts, if I may so call them ; and next, the efficient parts – those by which it, in fact, works and rules. There are two great objects which every constitution must attain to be successful (…) : every constitution must first gain authority, and then use authority ; it must first win the loyalty and confidence of mankind, and then employ that homage in the work of government. »

Autant dire qu’un régime politique ne tient pas seulement dans un assemblage plus ou moins ingénieux d’institutions. Il s’explique également, et d’abord, par la pratique des institutions, et par la personnalité ou le comportement de ceux qui gouvernent. La constitution, il est vrai, confère la capacité juridique de vouloir et de décider ; mais en aucun cas elle ne donne la capacité politique de vouloir et de décider.

Cette dernière dépend avant tout de la confiance, cette relation un peu mystérieuse qui ne se quantifie pas, aussi appelée légitimité, que le suffrage peut bien établir, ou en tout cas attester au moment de l’élection, mais sans garantir qu’elle se maintiendra jusqu’à la prochaine échéance. Si les institutions autorisent à gouverner, la possibilité de gouverner effectivement dépend d’une relation entre gouvernants et gouvernés dont la substance est avant tout morale et se déploie au-delà du cercle tracé par la constitution.

En d’autres termes, et cela vaut pour tous les régimes politiques, sauf hypothèse d’un système purement tyrannique dont on chercherait en vain un exemple dans l’histoire – même les pires tyrannies ne se sont maintenues qu’autant qu’elles étaient soutenues par une fraction au moins de l’opinion –, s’il ne peut exister de capacité réelle de décider sans confiance, la confiance ne peut exister sans respect ni déférence.

Les tribulations de la Ve République, et en vérité ce qui ressemble bien à sa chute, en offrent une illustration frappante, et pour une raison évidente : la personnalisation de la fonction présidentielle y renforce l’importance de tout ce qui tient à la personne et au comportement de ceux qui en sont investis.

Sans prétendre dévoiler un secret qui n’en est plus un, il est évident aujourd’hui que, si la lettre de la Constitution demeure (partiellement, tant le texte a été amendé, au point d’en être défiguré), son esprit a disparu.

Pour le comprendre, reprenons la distinction établie par Bagehot et demandons-nous jusqu’à quel moment la Ve République a été « efficient ». Il n’est pas exagéré de dire que le tournant s’est produit en 1986, lorsque François Mitterrand, la gauche ayant été battue aux législatives, ne s’est pas démis de ses fonctions et que la droite a accepté, par crainte d’une crise de régime et par un désir irrépressible de revenir aux affaires et de prendre sa revanche sur 1981, de gouverner avec le Président socialiste. En fait, la droite se résignait, en échange d’un pouvoir purement nominal, à ne pas gouverner puisque, même sortie vainqueur des élections, sa légitimité législative pouvait difficilement rivaliser avec celle, présidentielle, d’un chef de l’Etat au surplus décidé à ne pas faire la vie facile au nouveau gouvernement. L’institutionnalisation, au sommet de l’Etat, de la paralysie et de l’impuissance fut le premier résultat de cette cohabitation, contre l’esprit de la Ve République, qui était justement de remédier à l’impuissance qui avait marqué la fin du régime précédent.

Cette situation, sanctionnée par la défaite de Jacques Chirac en 1988, se reproduisit par deux fois, à intervalles rapprochés, avec les mêmes conséquences, en 1993-1995 d’abord, en 1997-2002 ensuite. La réforme du quinquennat acheva de faire du régime fondé en 1958 l’expression même de la paralysie et de l’impuissance : le Président ne se voyait-il pas pour ainsi dire destitué de la position en surplomb qui lui avait été accordée, transformé en un super-premier ministre, rôle où il perdait encore un peu plus l’apparat propre à la fonction, dépossédé enfin, pratiquement, du recours à la dissolution qui faisait de lui l’arbitre de la vie politique ?

Le « dignified » ne pouvait survivre longtemps à l’écroulement de « l’efficient ». On peut dire de cette « dignified part » qui suscite le respect et constitue la condition sine qua non de l’action politique qu’elle a subsisté jusqu’à la présidence de Jacques Chirac incluse, en raison d’un facteur purement accidentel : la prestance naturelle du personnage.

Ce qui veut bien dire que cette « qualité » ne tient pas tant à la somme des pouvoirs réunis dans les mains du Président qu’au respect dont l’investissent les Français, mais qu’il doit ensuite conserver. Or, ce côté « dignified », c’est tout simplement la légitimité qui seule rend possible l’usage politique des prérogatives juridiques prévues par la Constitution. Si la personne de Chirac a permis de prolonger un peu l’apparence du pouvoir gaullien – dont il faut reconnaître qu’il fit encore usage en 2003, en s’opposant à la guerre d’Irak –, en réalité toute « légitimité » avait déjà disparue. Les costumes croisés de Chirac étaient comme un voile qui dissimulait le vide et le néant.

Dans l’histoire politique française, on a très souvent vu le peuple renverser ses gouvernants, par l’émeute ou par les urnes. Mais, de mémoire d’historien, on n’avait encore jamais vu le gouvernement renverser le peuple : même le 18 brumaire, même le 2 décembre 1851, et même le 10 juillet 1940. Or, c’est ce qui se passa en 2005 à l’occasion du référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe. Evénement gravissime – qui rappelle ce que Guglielmo Ferrero écrivait dans son essai Pouvoir. Les Génies invisibles de la cité : la base de toute confiance politique réside dans le respect loyal, par les gouvernants, de la constitution qui les oblige. Ferrero admettait une exception, en faveur des « gouvernements qui commencent » et que ne protège aucun consensus majoritaire. Dans le cas de la Ve République, en 2005, il y avait longtemps que le consensus majoritaire était acquis, ce qui ôte au crime toute circonstance atténuante.

Cette trahison – plus encore, ce véritable coup d’Etat contre la constitution et les principes de notre république – a marqué le divorce définitif entre le peuple et ses élites. D’un côté, des électeurs qui n’attendent plus rien de leurs dirigeants, de l’autre des élites qui se croient désormais déliées de tout devoir envers leurs commettants.

C’est alors, entre le vote du 29 mai 2005 et la ratification par le Congrès du traité de Lisbonne en février 2008, que la dimension « dignified » de la Constitution s’est défaite.

En effet, dès lors qu’il est devenu inutile de conquérir et de s’attacher durablement la confiance du pays pour donner une base solide au pouvoir de gouverner, donc de décider, pourquoi se gêner ? D’autant qu’à ce moment où l’ancienne génération politique issue de la guerre et des années 1950 et 1960 finissait de disparaître, on assistait, comme dans tous les secteurs, à une baisse de la qualité du personnel politique, de plus en plus formé au moule des grandes écoles ; de plus en plus issu de l’administration ; de moins en moins instruit ; associant de plus en plus souvent manières vulgaires et intérêts sans intérêt ; sans compter enfin que, venu à la politique dans un temps de paix, son apprentissage s’était identifié plutôt au management ou à la gestion d’affaires prosaïques qu’aux grandes décisions requises dans les temps de troubles et de dangers.

Forts de la victoire qu’ils avaient remportée en 2005, nos dirigeants ont donc commencé à prendre leurs aises. D’un autre côté, s’ils n’ont plus de raisons de respecter les citoyens dont ils ne tiennent plus leur pouvoir, ceux-ci n’ont plus besoin d’être très regardants sur les qualités de leurs dirigeants, puisque de toute façon ils n’en attendent plus rien, ou en tout cas rien de mieux qu’une suite sans fin de trahisons et de manquements aux règles.

Vous aurez observé que depuis 2007, et la date n’est pas innocente, le quinquennat se réduit en fait à un mandat présidentiel annuel (et probablement la situation serait-elle la même si l’on avait conservé le septennat, renouvelable ou non). Nicolas Sarkozy, qui pourtant ne manquait ni de talent, ni de volonté, ni de courage, ni d’idées, a été « tué » par de minuscules incidents, mais dotés d’une très forte charge symbolique : la malencontreuse soirée au Fouquet’s, le yacht de Bolloré, le (plutôt touchant d’ailleurs) « Avec Carla, c’est du sérieux », sans oublier, bien sûr, le fameux « Casse-toi, pauv’ con ! ». On n’en finirait pas d’égrener les bourdes, les scènes grotesques et les propos malheureux dont François Hollande se fit une spécialité, et il serait cruel d’égrener tant de fautes que n’équilibre aucun bilan positif, à aucun moment ni dans aucun domaine. On rappellera simplement que si cet homme par ailleurs plutôt sympathique fut méprisé comme aucun autre chef d’Etat avant lui, il le dut à son dialogue plein de sollicitude et d’humanité avec Leonarda. D’un coup, ce qui pouvait lui rester de prestige et même seulement de respect en cet automne 2013 se dissipa comme un rond de fumée. Jamais il ne se remit de cette humiliation infligée aux Français. C’est comme s’il était descendu, entraînant avec lui la France dans l’abjection.

Episodes minuscules, fautes de comportement, maladresses qu’on pardonnerait à tout un chacun, certainement, et, dira-t-on, que l’on devrait rapporter à leur juste mesure en ne les confondant pas avec les questions vraiment importantes. C’est vrai, mais ces petites choses insignifiantes ont agi sur l’organisme comme la prolifération sournoise de cellules cancéreuses. On songe à Victor Hugo disant de Napoléon III : « Ce n’est pas que nous le haïssons, c’est qu’il nous fait honte ! » Il est des humiliations que le coupable ne peut pas plus réparer que les témoins ne peuvent les oublier. C’est comme si les Français se sentaient  insultés par celui qui a la charge de représenter.

Certainement notre obsession de la transparence n’arrange rien. On savait bien que de Gaulle ne portait pas toujours dans son cœur le peuple français, mais à l’exception du fameux « Tous des veaux », ils n’étaient pas nombreux à connaître les commentaires peu amènes qu’il faisait à l’endroit des Français : « Qu’ils crèvent ! » était son mot favori. Mais ces propos amers ne franchissaient pas les murs de la Boisserie, et chaque Français n’avait pas encore endossé le costume du valet de chambre qui traque sans répit sur les réseaux sociaux la moindre parole et le moindre geste des puissants. Peut-être est-il aujourd’hui matériellement impossible d’échapper à l’inquisition médiatique et de conserver un respect auquel contribuait notablement l’ombre dont s’enveloppaient ceux qui gouvernent : le secret de la famille cachée de Mitterrand ne fut pas éventé avant sa disparition. Il faut dire que Jean-Edern Hallier, qui menaçait de tout révéler, fut opportunément écrasé alors qu’il circulait à bicyclette.

Mais il y a autre chose : peut-être la Ve République souffre-t-elle du même syndrome que la monarchie d’Ancien Régime. Louis XIV avait fait du métier de roi quelque chose de presque inaccessible au commun des mortels, qui exigeait du souverain qu’il renonçât à tout bonheur privé et fût roi vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Aucun de ses successeurs, ni Louis XV ni Louis XVI, n’avait réussi, ni même essayé, de se tenir à cette altitude. L’un tenait à ses plaisirs, l’autre au bonheur simple de la vie de famille, et ce qu’ils avaient d’humain, de trop humain, n’avait pas peu contribué à la perte de prestige d’une monarchie dont le Roi-Soleil restait, pour ainsi dire, le mètre-étalon. Le général de Gaulle n’a-t-il pas fait la même chose en fondant le Ve République ? Qui d’autre que lui pouvait, lui succédant, devenir de Gaulle ? Pompidou n’y réussit pas mal, mais il était couvert par l’ombre encore très présente du Général. Giscard d’Estaing ne put s’empêcher de jouer de l’accordéon, d’avoir des accidents avec des actrices, de boire le café avec des éboueurs et d’accepter quelques diamants offerts par des potentats africains. L’air est trop pur à ces altitudes. Comme il n’y eut pas de deuxième Louis XIV, il ne pouvait y avoir de nouveau de Gaulle. Seul François Mitterrand, en cultivant le secret et en s’entourant d’un mur d’apparence, sut endosser le costume taillé pour le chef du Coup d’Etat permanent.

Emmanuel Macron le montre bien, lui qui, après une si détestable campagne électorale (« Il n’y a pas de culture française ! »), avait su se glisser dans le costume présidentiel avec une aisance déconcertante et qui, le soir de son élection, en impressionna plus d’un. J’avoue avoir alors pensé, comme beaucoup de Français qui n’étaient pas de son camp, que peut-être on avait trouvé l’oiseau rare, celui qui, sans être de Gaulle, possédait assez d’épaisseur et de substance pour enfin réformer ce pays réputé irréformable. Ses apparitions à l’étranger tranchaient avec le débraillé et le comportement toujours un peu ridicule de son prédécesseur.

Las, ce n’était qu’une illusion d’optique, liée précisément à l’insignifiance du prédécesseur. Au fond, n’importe qui serait apparu comme un prodige après le précédent locataire de l’Elysée. Il aura suffi, après une année dont on ne peut dire qu’il n’en restera rien, d’un été pour que tout s’écroule, et de la même façon qu’après 2007 et 2012. Ce ne sont pas les attaques de l’opposition (qui, dans le cas d’Emmanuel Macron, n’existe pas, sauf sous la forme du Rassemblement national qui est en fait, aujourd’hui, sa meilleure chance de survie politique), qui ont mis un terme prématuré à son quinquennat, mais, une nouvelle fois, d’infimes choses qui touchent à l’essentiel : des petites phrases mal contrôlées prononcées hors des frontières ; un mépris mal caché pour ceux qui l’ont élu – les retraités en particulier – ; un goût juvénile pour l’affrontement et une certaine vulgarité d’époque, dont il y aurait beaucoup à dire.

Encadrant la mystérieuse affaire Benalla qui, parce que mystérieuse, nourrit fantasmes et soupçons, deux photos qui ont en vérité profondément choqué les Français : la première prise à l’Elysée lors de la fête de la musique, la seconde à Saint-Martin en compagnie de deux personnages douteux à demi-dénudés.

Il est probable qu’Emmanuel Macron s’est prêté à l’objectif du photographe sans penser à mal. C’est un désir profond des gens arrivés au sommet que de redescendre de temps en temps, et de descendre d’autant plus bas qu’ils sont montés plus haut. On rencontrait les mêmes dans l’aristocratie française à la veille de la Révolution. Il est bien normal que l’aristocratie de l’ENA adopte aujourd’hui les mêmes comportements et se livre, sans honte, à ce que Tom Wolfe appelait d’une expression si parlante, « La nostalgie de la boue », le plaisir de se vautrer, d’épouser l’espace d’un instant le contraire de ce qu’on est. Tom Wolfe en avait donné un exemple dans Le Gauchisme de Park Avenue : le grand chef d’orchestre Leonard Bernstein faisant la roue devant les Black Panthers, le temps d’une réception mondaine.

Mais laissons là ces considérations sociologiques sur les faiblesses de nos élites technocratiques, qui témoignent surtout de ce qu’en fait, aucun de nos gouvernants ne peut plus monter très haut.

La constitution protège notre Président, et c’est heureux. Son mandat réel d’un an, désormais expiré, se prolongera encore, nominalement, jusqu’en 2022. Sauf catastrophe bien sûr. Des événements graves pourraient même lui redonner momentanément un peu de lustre, même si les attentats de 2014 et 2015 ont montré qu’il ne fallait pas en escompter un regain durable de crédibilité politique. Surtout, l’absence toute opposition organisée, sauf aux extrêmes, protège non seulement le Président, mais le système tout entier dont la famille Le Pen est le meilleur allié puisque, ne pouvant accéder au pouvoir, elle assure comme une rente aux vieux partis, en dépit du discrédit qui est le leur. Et il est peu probable de voir la gauche et la droite se renouveler et se reconstituer, tant elles ont été laminées par l’absurde système des primaires que ces têtes molles avaient inconsidérément adopté en 2017.

Dans ces conditions, peut-être, mais nous abordons ici en terre d’Uchronie, verra-ton ce président désormais privé de toute vraie légitimité, abandonné par la confiance et réduit au maigre carré de ses soutiens de départ (moins Gérard Collomb), continuer de gouverner un peu dans l’intérêt de ses amis et beaucoup dans l’intérêt du cahier des charges fixé par Bruxelles, délivré de toute crainte par l’absence d’alternative. Pour rester en Uchronie et en supposant que la droite et la gauche restent plongées dans l’état de coma dépassé qui est le leur, François Hollande ne pourrait-il pas concevoir l’audacieux scénario d’un retour gagnant en 2022, où il apparaîtrait, le temps ayant fait son œuvre, comme une sorte de Jacques Chirac bonnasse et grâce à Dieu mieux portant ? Il y a des époques où il vaut mieux s’amuser de tout.

Mais revenons à la question centrale : si l’absence de dignité accroît l’inefficacité (l’impuissance politique), l’inefficacité structurelle explique aussi l’indignité et la médiocrité de nos dirigeants (même quand ils se réclament de la pensée de Paul Ricoeur).

Le déclin de l’efficacité du politique a commencé juste après la mort de De Gaulle, lorsqu’on a commencé d’élargir les compétences du Conseil constitutionnel.

J’irai vite. Ce « juge », qui n’était là que pour protéger l’exécutif contre les empiètements du législatif, a peu à peu conquis le statut de « juge de la loi », évolution qui exprimait en fait le renversement des relations entre droits individuels et intérêt commun. Le territoire de compétence du Conseil constitutionnel n’a cessé de s’accroître, au point que l’action du gouvernement (et de tous les responsables politiques) est exposée aujourd’hui à la menace permanente d’un veto des juges, et de juges dont chacun sait qu’ils ne sont pas neutres politiquement.

Les rapports entre démocratie et république (qui ne vont pas forcément ensemble) s’en sont trouvé bouleversés : on est passé d’une république où l’intérêt public l’emportait, le cas échéant, sur les droits individuels, à une démocratie où rien n’est supérieur aux droits des individus.

Ce qui a conforté cette évolution, contribué à ce véritable renversement hiérarchique entre autorité du politique et pouvoir des juges, et entraîné l’impossibilité pratique de toute vraie action politique qui en découle (le gouvernement administre mais ne gouverne plus), c’est que, depuis la fin des années 1970, le pouvoir est essentiellement et de plus en plus empêché : le « souverain captif » d’André Tardieu, ce n’est plus le peuple, mais l’Etat.

Si, concernant les relations entre politique et magistrature, nous sommes revenus à la fin de l’Ancien Régime, lorsque les Parlements (qui étaient alors des cours judiciaires auxquelles on avait donné le droit d’enregistrer, donc de rendre applicables les lois) avaient le pouvoir de faire échec aux politiques réformatrices, dans le domaine strictement politique la marge d’action des gouvernements s’est vu réduite comme peau de chagrin : la décentralisation administrative les a désarmés par le bas ; la construction européenne et la fin des monnaies nationales les ont désarmés par le haut (quelle politique peut-on conduire si l’on ne dispose pas de la maîtrise de la monnaie ?) ; enfin, la globalisation économique a réduit leurs possibilités d’intervention en matière industrielle ou commerciale. L’économie échappe aujourd’hui en grande partie au contrôle des Etats, en tout cas de ceux qui ont laissé tomber de leurs mains « le sceptre et la couronne ». Pour ceux-là – et je ne parle ici que de l’Europe occidentale – le territoire de l’action politique a considérablement rétréci.

On comprend bien que cette déconstruction systématique de l’Etat et la réduction de son champ d’action a eu des conséquences : d’abord le remplacement de l’action politique par les techniques de la « communication », celles-ci ayant pour fonction de couvrir d’un rideau de fumée l’impuissance réelle de nos gouvernements ; et, comme il faut bien faire quelque chose, le déplacement de la décision de l’important vers l’accessoire et l’inutile, autrement dit ce que nous appelons pompeusement les « questions sociétales », ce bric-à-brac où le grotesque côtoie le insignifiant, mais qui, dans la pratique, se traduit par la mise en œuvre et la garantie de droits toujours plus nombreux au bénéfice des individus et, surtout, de prétendues minorités.

Marcel Gauchet l’avait écrit dès 1980 : « Les droits de l’homme ne sont pas une politique. » Les droits de l’homme, c’est en réalité ce qui reste lorsqu’il n’y a plus de politique.

Imagine-t-on, en cas d’accident nucléaire, nos malheureux gouvernements envoyer sur le lieu de la catastrophe, pour éviter que les conséquences n’en soient encore pires, 600 000 militaires, ouvriers, techniciens et pompiers, comme l’ont fait les Soviétiques à Tchernobyl en 1986 ? Certes non. Le nucléaire est d’ailleurs une très bonne illustration du passage, en un demi-siècle, de l’efficacité à l’impuissance politique. Dans quel autre domaine trouve-t-on l’exemple d’une politique qui fut l’effet d’une décision ensuite appuyée par la volonté et la détermination de gouvernements qui surent mobiliser les ressources nécessaires pour mener à bien ce projet ? C’est l’un des grands chapitres de l’histoire des IVe et Ve Républiques. Nous le savons, la plupart de nos centrales ont aujourd’hui dépassé la durée pour laquelle elles avaient été conçues. Pour être à la hauteur des initiateurs de cette politique, il faudrait, en procédant à des arbitrages et des choix douloureux en matière budgétaire, lancer un grand programme de rénovation et de remplacement de notre parc nucléaire, étant entendu qu’il n’existe pas aujourd’hui d’alternative sérieuse à ce mode de production de l’énergie. Mais c’est justement que nos gouvernants n’ont plus les moyens, et moins encore le courage, d’aller contre l’opposition d’une poignée d’écologistes brandissant de grands principes moraux qui ont désormais valeur de tables de la loi et qui, pour le savoir, n’avoueront jamais que l’abandon du nucléaire signifie, comme en Allemagne, de renouer avec le charbon. Comme tétanisés, nos gouvernants promettent donc la fin du nucléaire, suffisamment éloignée dans le temps pour être certains de ne pas avoir à assumer les conséquences de cette capitulation, tout en sachant que le vieillissement des centrales en activité n’est pas sans exposer à quelques risques bien plus sérieux.

Cette situation rappelle fâcheusement la fin de la IVe République, qui ne cessait d’envoyer des renforts sur l’autre rive de la Méditerranée alors même que la majorité des dirigeants ne croyait déjà plus à la possibilité de garder durablement l’Algérie.

Face aux défis qui ne sont plus devant nous, mais qui sont déjà là – environnementaux, démographiques, migratoires ou tenant à la cohésion de nos sociétés – et qui exigeraient de définir des priorités, de faire des choix et de prendre des décisions certainement déplaisantes, nos gouvernants sont absolument désarmés.

Les institutions restent debout ; mais il n’y a plus personne pour les habiter. Faut-il croire à un sursaut ? A une initiative forte et mobilisatrice qui permettrait de renouer les liens de confiance qui se sont dénoués ? Comme on sait, la confiance revient difficilement, dès lors qu’elle a été trahie. Les couples le savent bien. Les raccommodements durent le plus souvent ce que durent les illusions. La solution viendra-t-elle de l’extérieur du système, comme en 1800, en 1940, en 1958 ? Nul ne peut le savoir, ni prévoir sous quelle forme. L’avenir est taiseux, il garde son secret.

Mais peut-être, pour ne pas trop accabler nos dirigeants, est-il nécessaire de rappeler aussi que les citoyens portent leur part de responsabilité dans cette situation. Après tout, si notre république se meurt, ou plutôt se vide de sa substance, c’est aussi qu’il n’y a plus vraiment de républicains. Nous formons assurément une démocratie, et même de plus en plus. Mais une république ? Le démontrer exigerait d’entrer dans quelques considérations détaillées, mais nous pouvons tenir pour acquis que la démocratie est en train de tuer la république, ou que trop de démocratie tue la démocratie. Alexis de Tocqueville en avait fait le sombre pronostic il y a plus d’un siècle : des deux formes de la démocratie, comme égalité sociale et comme liberté politique, la première aurait raison de la seconde. La démocratie comme condition sociale, poussant à l’individualisation toujours plus poussée de nos sociétés, éroderait, jusqu’à les détruire, les idées de bien commun, d’intérêt public, d’amitié sociale, de devoirs envers la collectivité sans lesquelles il ne peut y avoir de citoyenneté, autrement dit de liberté politique, cette liberté politique sans laquelle la démocratie-égalité n’aurait pu s’enraciner. La plante étouffe la racine qui l’a nourrie. Nous en sommes là. La démocratie s’est étendue, depuis la Seconde guerre mondiale, à la plus grande partie de la surface de la terre, et même là où elle ne s’est pas acclimatée, les libertés civiles progressent. Elle est partout, les citoyens nulle part. C’est que le fardeau est trop lourd à porter, et que de moins en moins nombreux sont nos contemporains qui acceptent de sacrifier aux devoirs du citoyen les droits qui n’ont cessé de se multiplier et dont chacun entend jouir pleinement et sans entraves. Une récente étude, publiée au début de 2017 par la revue Journal of Democracy, ne montrait-elle pas que plus on descend l’échelle des âges, moins la démocratie apparaît comme un régime séduisant ? C’est que le lien entre la cause – la liberté – et l’effet – les droits – s’est dénoué. Dès lors, la prédiction la plus plausible qu’on puisse faire consiste à suivre la prémonition de Tocqueville : le gouvernement non-démocratique de la société démocratique des individus, société dans laquelle Homo festivus (si bien anatomisé par Philippe Muray) succédant à Homo politicus, le régime de la simple surveillance destiné à protéger ce grand enfant démocratique contre lui-même, remplacerait le gouvernement de la collectivité par elle-même.

Nous entrons dans une nouvelle ère, et, en définitive, nous avons les dirigeants que nous méritons. Quid, alors, de l’avenir ? Eh bien, nous verrons, ou nous ne verrons pas.

En 1820, Joseph de Maistre, lassé d’entendre Louis de Bonald, son vieux complice en contre-révolution, se plaindre de la marche des choses, lui écrivait ceci :

« Je vois parfaitement ce qui vous choque et vous afflige ; mais j’appelle à mon secours une de mes maximes favorites (…) : L’œil ne voit pas ce qui le touche. Qui sait si vous n’êtes pas dans ce cas, et si l’état déplorable qui vous arrache des larmes est cependant autre chose que l’inévitable nuance qui doit séparer l’état actuel de celui que nous attendons ? Nous verrons ; ou bien nous ne verrons pas, car j’ai soixante ans ainsi que vous, et si le remède est chronique comme la maladie, nous pourrons bien ne pas voir l’effet. »

Patrice GUENIFFEY

 

 

 

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On ne débat plus, on exécute (Michèle Tribalat)

La dernière contribution de Mme Michèle Tribalat, sur son site personnel, témoigne de la difficulté du débat d’idées dans le contexte d’une idéologie dominante qui prétend détenir la vérité scientifique, accapare les milieux supposés intellectuels et les canaux de communication officiels, utilisant l’invective pour réduire au silence toute opposition critique. En voici quelques extraits:

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« Deux affaires récentes racontent le règlement de compte de deux gêneurs, Stephen Smith et Christophe Guilluy. Le premier a écrit un livre traitant de l’avenir des migrations subsahariennes qui a rencontré un gros succès – La ruée vers l’Europe : La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent. Le second vient de publier No Society, la fin de la classe moyenne occidentale, dont certains commentaires laissent à penser qu’il n’a pas été vraiment lu.

Dans ces deux affaires, un procès en légitimité est fait aux auteurs qui, contrairement à ceux qui les ont pris en grippe, n’auraient pas les compétences nécessaires pour traiter les sujets qu’ils abordent.

Deux solutions pour liquider professionnellement un gêneur : ou on y va seul, mais soutenu par des titres qui rendent la contestation quasiment impossible aux yeux du grand public ou des journalistes, ou, n’écoutant que son courage, on chasse en groupe et on se met à plusieurs pour revendiquer les compétences dont manquerait le fauteur de trouble.

Le cas de Stephen Smith relève du premier cas. Le démolisseur, François Héran, est présenté, à tour de rôle ou en même temps, comme philosophe, anthropologue,  sociologue ou démographe, sans oublier ses titres académiques : directeur de l’Ined pendant 10 ans, fraîchement nommé professeur au Collège de France et directeur du tout récent Institut Convergences sur les migrations. Avec tout ça, il ne peut que parler d’or. Si l’on y ajoute le fait que la première salve a été tirée dans une revue de réputation scientifique – Population & Sociétés, le quatre pages de l’Ined – l’effet médiatique est assuré. En effet, le plan de bataille a consisté à frapper fort sur le terrain scientifique, puis à finir le travail dans la presse ou sur internet. Le timing est impeccable. Et si l’accusé se rebelle, l’accusateur est à peu près sûr d’avoir le dernier mot ; un journal ne se risquerait pas à refuser ses pages à un aussi grand savant. Sans compter la reprise en boucle sur internet. Aucun décodeur donc pour voir si la réfutation, dénommée scientifique avec une certaine emphase par son auteur et ceux qui le répètent sans en connaître, tient la route. Pas même les décodeurs du Monde qui titra le 12 septembre 2018 sur la réponse des démographes, comme si un homme aussi prestigieux – « sociologue, anthropologue et démographe, meilleur spécialiste du sujet »- ne pouvait qu’entraîner l’ensemble de la profession derrière lui. Il faut dire, à la décharge du Monde, que la publication dans la supposée très sérieuse revue Population & sociétés de l’Ined peut le laisser croire.

Le succès provient d’abord de la satisfaction idéologique procurée par la dénégation d’un risque de migrations massives en provenance de l’Afrique. Ouf ! On croit tenir là un argument scientifique à opposer aux prophètes de malheur. C’est ainsi que la sociologue Dominique Méda répondit ceci à Guillaume Erner, l’animateur des Matins de France Culture, qui l’interrogeait lundi 15 octobre sur la nécessité d’un débat avec ceux qui pensent mal : « Je pense qu’il faut absolument débattre. Je pense à une autre controverse sur l’immigration, le fait qu’on va être submergés par l’Afrique subsaharienne. C’est très bien, évidemment il faut donner autant… Les médias ont un rôle absolument central… dans cette question. Il faut donner autant de place à l’un qu’à l’autre… Et montrer… François Héran a fait une démonstration magistrale pour montrer la fausseté des thèses du premier. Donc il faut absolument débattre. »

François Héran fait l’hypothèse, dans sa démonstration magistrale, qu’il existe un rapport fixe dans le temps entre la population résidant en Afrique subsaharienne et celle d’immigrés de cette origine résidant en Europe, et donc en France. Si la population subsaharienne double d’ici 2050, celle vivant en France doublerait aussi […]

Que disent donc les observations rétrospectives de ce rapport supposé fixe par François Héran ? De 1982 à 2015, la population immigrée d’Afrique hors Maghreb a été multipliée par 5,1 en France, alors qu’elle ne l’a été (heureusement !) que par 2,4 en Afrique hors Maghreb. L’hypothèse à la base de la démonstration magistrale est donc fausse et conditionne entièrement la conclusion qu’en tire François Héran.

Ce raisonnement était à la portée de tous, a fortiori des 7 membres du comité de rédaction de Population & Sociétés, dont le rédacteur en chef, Gilles Pison. Là aussi, la satisfaction idéologique et le fait que tous partagent la même idéologie ont prévalu sur l’esprit critique attendu d’un comité de rédaction. C’est même la partie de l’histoire qui m’attriste le plus : les relecteurs de la revue de vulgaristation de l’Ined, institut public de recherche scientifique, n’y ont vu que du feu. Je passe ici sur la morgue et le mépris affichés à l’égard de Stephen Smith dans d’autres publications. Cette exécution s’est faite au prix d’une simplification outrancière de son livre qui, rappelons-le, présente, en conclusion, cinq scénarios qui ne se réduisent pas à celui critiqué par François Héran dans lequel Stephen Smith se demande ce qui se passerait si l’Afrique subsaharienne rejoignait en trente ans un niveau de développement équivalent à celui du Mexique.

Dans le cas de Christophe Guilluy, traité par le géographe Jacques Lévy invité le 9 octobre des Matins de Guillaume Erner sur France Culture, d’ « idéologue géographe du Rassemblement National », ce sont vingt-et-un géographes, historiens, sociologues, politistes…, membres de la rédaction de la revue Métropolitiques, qui se sont chargés de l’exécution pour la partie scientifique, quand Thibaut Sardier, journaliste à Libération se chargeait du reste consistant, pour l’essentiel, à trouver une cohérence à des potins glanés auprès de personnes ayant côtoyé Christophe Guilluy ou ayant un avis sur lui (Libération, 15 octobre 2018, p. 24-25).

La tribune des vingt-et-un s’intitule « Inégalités territoriales : parlons-en ! » On est tenté d’ajouter : « oui, mais entre nous ! ». On se demande si les signataires ont lu le livre qu’ils attaquent, tant la critique sur le fond est générale et superficielle. Ils lui reprochent d’abord le succès de sa « France périphérique » qui a trouvé trop d’échos, à leur goût, dans la presse, mais aussi auprès des politiques, de gauche comme de droite. Pour le collectif de Métropolitiques, Christophe Guilluy est un démagogue et un prophète de malheur qui, lorsqu’il publie des cartes et des statistiques, use « d’oripeaux scientifiques » pour asséner des « arguments tronqués ou erronés », « fausses vérités » qui ont des « effets performatifs ». Christophe Guilluy aurait donc fait naître ce qu’il décrit, alimentant ainsi « des visions anxiogènes de la France ». Ce collectif se plaint de l’écho donné par la presse aux livres de Christophe Guilluy qui soutient des « théories nocives », alors que ses membres si vertueux, si modestes, si rigoureux et si honnêtes intellectuellement sont si peu entendus et que « le temps presse ». Le même collectif aurait, d’après Thibaut Sardier, déclaré que l’heure n’était plus aux attaques ad hominem ! On croit rêver.

Le même Thibaut Sardier donne à Jacques Lévy, le vrai géographe, l’occasion de préciser sa pensée : « Je ne veux pas dire qu’il serait mandaté par le RN. Mais sa vision de la France et de la société correspond à celle de l’électorat du parti ». Le vrai géographe en témoigne : « on ne peut être progressiste si on ne reconnaît pas le fait urbain et la disparition des sociétés rurales. » Voilà donc des propos contestant l’identité politique [de gauche] que Christophe Guilluy pourrait se donner pour lui en attribuer une autre, de leur choix, et qui justifie son excommunication, à une époque où il est devenu pourtant problématique d’appeler Monsieur une personne portant une moustache et ayant l’air d’être un homme (émission Arrêt sur images du 29 juin 2018) !

Et l’on reproche à Christophe Guilluy de ne pas vouloir débattre avec ceux qui l’écrasent de leur mépris, dans un article titré, c’est un comble, « Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? » Mais débattre suppose que l’on considère celui auquel on va parler comme son égal et non comme une sorte d’indigent intellectuel que l’on est obligé de prendre en compte, de mauvais gré, simplement parce que ses idées ont du succès et qu’il faut bien combattre les théories nocives qu’il développe. »

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La déconnexion

Sans prétention, il est plus utile de chercher à comprendre le sens des événements en cours plutôt que de se soulager en déversant son trop plein de fiel. Tout ce qui se passe en ce moment était tellement prévisible, tellement attendu! Bien sûr, on a le droit de s’être trompé et d’ouvrir enfin les yeux; mais alors, il faut avoir le courage et l’honnêteté de l’admettre, ce que les commentateurs, les mêmes, basculant d’une hystérie à l’autre, de l’hystérie idolâtre à l’hystérie lyncheuse, paraissent incapables de faire. Plutôt que d’adorer ou de lyncher, deux attitudes qui relèvent de la même démission de la pensée, il me semble préférable, encore une fois sans prétention, d’essayer – j’ai bien dit essayer – de réfléchir.

D’autres effondrements politiques ont eu lieu dans l’histoire récente: 1992-1993, Mme Edith Cresson, le suicide de M. Bérégovoy, puis 1995, le gouvernement Juppé, la paralysie du pays, la dissolution et ses conséquences, le désastreux gouvernement Jospin les 35 heures… Mais aujourd’hui, à la différence des crises du passé, aucune alternative crédible, majoritaire, ne se présente, même mauvaise, dans un paysage politique totalement morcelé, émietté, à droite comme à gauche.

Voilà ce qui se passe: nous atteignons le paroxysme de la déconnexion entre la sphère dirigeante et le pays profond. Entre eux, il n’y a plus aucun rapport, aucune liaison, aucune compréhension possible. Le discours officiel, celui que nous entendions hier soir, semble avoir basculé dans un monde irénique, une sphère éthérée, privée de tout contact avec la réalité.

Il faut voir dans cette situation l’apothéose d’une évolution de long terme, la sublimation de l’individu roi, l’ultra-narcissisme sans frontière comme valeur prédominante, et le sacrifice de la notion de destin collectif. Dès lors, la politique n’est plus tournée vers le service de la nation, mais sombre chaque jour un peu plus dans le grand-guignol destiné à la satisfaction vaniteuse d’une poignée de médiocres et à l’abêtissement des masses.

Question fondamentale: combien de temps peut vivre un pays en l’absence d’un pilotage politique?  En apparence, indéfiniment. Mais dans les profondeurs du pays, cette disparition d’un gouvernail favorise un empilement des désastres: généralisation de la violence, souvent sanglante, migrations non maîtrisées, explosion des dépenses publiques, de la dette, des prélèvements, poussée du communautarisme islamiste dans les « cités », désindustrialisation, chômage gigantesque et pauvreté, vertigineux effondrement du niveau scolaire…

Une attente, un espoir, un espoir infime? En finir avec les frasques narcissiques de ces Messieurs-Dames, de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant pas l’extrême centre, qui n’est pas meilleur que les deux autres extrêmes, aussi délirant, aussi despotique, manipulateur, inefficace et impuissant; et qu’une poignée d’hommes politiques et d’intellectuels se lèvent et proclament: il est temps de restaurer la démocratie et la République française. En finir avec toute forme d’ultra-narcissisme, d’idolâtrie et de prétention mégalomaniaque. Restaurer la République, la Res publica, c’est-à-dire le sens de l’intérêt général, du destin collectif, du bien commun. La France doit se refonder sur les idées, les projets, la volonté générale, populaire, et non plus la sublimation positive ou négative (le lynchage), l’adoration idiote, avant la pendaison symbolique, de quelques pitres médiatisés.

Maxime TANDONNET

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Quand des Français se livrent aux idoles et méprisent les héros

La levée de bouclier de parents d’élèves, de certains professeurs et de militants politiques contre le choix d’Honoré d’Estienne d’Orves  pour dénommer le lycée de Carquefou  est bien à l’image de notre époque. Honoré d’Estienne d’Orves est l’un des tout premiers résistants, résistant de la première heure, dès 1940. Officier de marine, père de quatre enfants, ayant rejoint la France libre de de Gaulle, il a été fusillé par les Allemands à l’âge de 41 ans. L’une de ses filles, rencontrée lors d’un salon du livre, Porte de Versailles, il y a quelques années (2013 je crois) me racontait sa dernière visite à son père en prison, juste avant son exécution. En me parlant, elle n’avait pas de larmes dans ses yeux. Elle avait alors sept ans. Son père, qui était évidemment tout pour elle, lui demandait de ne pas pleurer: « je n’ai fait que mon devoir » lui a-t-il confié et ce furent ses derniers mots dont elle se souvenait. Mais comment une époque aussi globalement médiocre que la nôtre, qui se prosterne devant les pousseurs de ballon et les aboyeurs du petit écran, pourrait-elle admettre l’image des authentiques héros, une image qui la  renvoie à sa médiocrité? Contrairement à une légende, à des récupérations aussi ignobles que mensongères, d’Estienne d’Orves n’était pas spécialement monarchiste et n’avait strictement aucun rapport avec l’Action française; il n’était pas plus de droite nationaliste que socialiste ou communiste. C’est sa fille qui me l’a dit. Il était apolitique, sans idéologie, Français, patriote, soldat, et estimait n’avoir fait que son devoir en rejoignant la Résistance gaulliste. Que l’on puisse s’élever, pour des raisons de sectarisme idéologique, d’ailleurs infondées, contre le fait d’honorer un tel personnage n’est pas seulement honteux, mais profondément misérable. Oui, à quel degré de misère morale et intellectuelle en est-on arrivé pour que, 80 ans après le supplice d’Honoré d’Estienne d’Orves, notre pays puisse offrir un tel spectacle?  Ci-dessous un texte absolument remarquable à ce sujet, de M. Robert Redeker, publié par le Figaro Vox.

Maxime TANDONNET

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Quand des Français adorent les idoles et méprisent les héros

Des parents d’élèves et des élus de gauche se sont dressés pour empêcher qu’un lycée, à Carquefou, portât le nom d’une très grande figure de la Résistance,  Honoré d’Estienne d’Orves. En l’occurrence, la tentative de censure – un peu comme Staline effaçant des photos les alliés et compagnons passés de saison – était idéologique: cette gauche reprochait à ce héros ses penchants monarchistes. Ces incultes eussent préféré, selon leur aveu, que cet établissement s’appelât lycée Hubert Reeves, ou bien lycée Michel Serres – noms tout à fait estimables, convenons-en. A Marseille, les élus de gauche viennent de refuser qu’une place devienne Place Arnaud Beltrame, au motif que ce nom risquerait de choquer une partie de la population. Manifestement, la France d’aujourd’hui, surtout celle de gauche, a du mal avec ses héros. Un constat s’impose: cette France se livre sans pudeur aux idoles – des chanteurs, des sportifs, des animateurs télé – et fuit les héros, qui ont donné leur vie pour elle.

Nous vivons le temps des idoles. Des idoles fabriquées dans des usines affectées à cet effet: les industries planétaires du divertissement, dont la télévision, la radio, et internet, fournissent les trois principaux distributeurs. Ce sont des idoles bien peu exigeantes: elles ne dérangent pas notre confort, elles nous endorment, nous ensommeillant dans la consommation passive. La critique pascalienne du divertissement s’applique: ces idoles nous éloignent du cœur de la vie humaine, de l’important, de ce qui différencie l’homme des bêtes. La vie humaine n’est pas la vie domestique, a noté Hannah Arendt. Mais c’est quoi, demandera-t-on, une vie humaine? C’est une vie dont le but n’est pas la survie, mais la liberté. Et la liberté, c’est quoi, continuera-t-on? C’est l’empire sur soi-même, la mise-à-distance de ses envies et désirs, la capacité de renoncement. Être libre, c’est échapper à la domination des désirs.

Le héros est notre juge, son regard nous renvoie à notre inanité, et cela notre époque ne le supporte pas.

Dans ce cas, pourquoi cette méfiance devant les héros, cette mise-à-l’écart, qui se confirme jusque dans les manuels scolaires et les salles de classe? L’école, en effet, contrairement à ce qu’elle faisait jusqu’aux années 80, se refuse à transmettre l’imagerie des figures héroïques de l’histoire de France. Elle veut promouvoir une autre figure de l’être humain, plus compatible avec le consumérisme hédoniste qui tient lieu désormais d’idéal collectif. Depuis l’estrade du professeur de collège, Thuram et Zidane seront préférés à Clovis, à Charles Martel, à Godefroy de Bouillon, à Saint Louis, voire à Jeanne d’Arc. C’est que les héros sont encombrants. Ils sont même exigeants. Leur principal défaut: du haut de leur stature, ils nous jaugent et nous jugent. Pire encore, aux yeux de nos contemporains: leur grandeur demande de la fidélité. Le héros procède exactement de la même façon que la culture: le passé juge le présent. Le héros est notre juge, son regard nous renvoie à notre inanité, et cela notre époque ne le supporte pas. Le héros affirme que le passé est plus grand que le présent.

Les héros sont encombrants parce qu’ils sont vertueux. Ils font passer la vertu avant la jouissance. Les idoles, elles, à la semblance des dieux païens grecs ou romains – ce que Platon leur reprochait – s’adonnent aux vices liés à la soumission aux désirs, désinhibant par ces exemples les dérèglements de la foule. Toutes les idoles sont esclaves, toutes propagent l’exemple de l’esclavage. A l’inverse de ces idoles, les héros ne poursuivent ni la gloire ni l’argent – ils se sacrifient. Ils ne mettent pas, comme ces idoles, en avant le moi, mais l’instance à laquelle ils vouent leur vie jusqu’à la donner, la nation, la patrie, la France. Un héros est en rupture avec l’idéologie dominante du moi-je, de l’hédonisme généralisé, de l’épanouissement personnel. À l’inverse des idoles, les héros se déploient dans la liberté, qui est tout le contraire de la facilité et de la passivité que favorisent les idoles. Bref, les héros forment l’école aujourd’hui interdite, souvent haïe: l’école de la liberté.

À l’inverse des idoles, les héros ne poursuivent ni la gloire ni l’argent. Ils se sacrifient.

Si notre époque produit des pseudo-héros, la place des véritables héros s’est tellement rétrécie que nous ne ferions pas preuve de cécité en y voyant une place vide. Le héros manque. Les pseudo-héros de notre époque, les héros de marché, qu’ils soient joueurs de football ou bien stars du show-business, ajointent leurs actions à l’argent, à la bourse, réclament des revenus toujours plus élevés. Ils placent le criterium de leur valeur à l’extérieur de ce qu’ils font – dans l’argent contre lequel leur talent est échangé. C’est là, chacun le voit, le contraire de la liberté. L’acte héroïque, à l’opposé, vaut par lui-même, il est à lui-même son critérium. Il est inestimable – en dehors de tout prix. Il n’y a pas d’unité de mesure de l’héroïsme – il est franc, il est libre, il est simple, il est impayable. On se fait rétribuer pour marquer un but, on n’est pas payé pour devenir un héros – loin de là, on le paye fréquemment de sa mort.

Robert REDEKER

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Edito de M. Julien Aubert (député LR) : Un long Dimanche de remaniement

Remaniement: Emmanuel Macron prend son temps. L’opinion publique s’interroge. Les médias dissertent sur la fragilisation politique de l’Exécutif. En réalité, trois facteurs explicatifs sont à l’oeuvre :

1. Le premier facteur d’explication est l’appauvrissement qualitatif de la classe politique nationale. Elle est le résultat tout d’abord de la dégradation de la fonction ministérielle, fille de la moralisation et du recul de l’Etat : avant même d’être nommé, vous êtes mis à nu sur la place publique (patrimoine), puis vos moyens sont bridés (limitation des effectifs de cabinet) avant de réaliser que la décentralisation, l’agenciarisation de l’Etat et la quête perpétuelle d’économies vous privent de marge de manoeuvre. Au surplus, l’époque est au lynchage permanent. Entre la polémique perpétuelle qui fait le fil rouge de l’actu et le buzz des réseaux sociaux, être ministre, c’est devenir une cible. On retrouve une vieille accusation de viol. On fouille dans vos marchés publics anciens ou votre permis de construire. Tout est utilisable, de la facture de cigare à un trajet en avion trop coûteux. En échange, la reconnaissance symbolique de votre titre est très faible.

2. On en arrive donc au point où il est plus intéressant (voire même plus rémunérateur !) d’être Maire de Lyon ou de Tourcoing que Ministre.
L’appauvrissement qualitatif est aussi le résultat mécanique de l’application de la loi sur le non-cumul des mandats, qui fait que les élus « de poids » ont dû arbitrer en 2017 entre un siège au Parlement et leur collectivité. Assez logiquement, ils ont quasiment tous choisi de quitter l’Assemblée -Estrosi, Pecresse, Wauquiez, Le Foll, Valls…. – car les collectivités locales offrent la perspective de budgets et de moyens, alors que depuis quinze ans toutes les réformes ont amputé les moyens donnés aux parlementaires. La conséquence est que le vivier parlementaire dans lequel on puisait pour bâtir un gouvernement s’est rétréci.

3. Le dernier facteur est conjoncturel. C’est le phénomène En Marche, l’histoire d’une secte devenue religion en quelques mois. Aujourd’hui, le Gourou, élu avec une poignée de fidèles, sait que tout le culte tient grâce à lui et il a peu de numéros 2, 3 ou 4 pour l’aider. La personnalité narcissique d’Emmanuel Macron aggrave cet état de fait : peu convaincu de l’apport politique de sa propre majorité, habitué à tout décider seul, très au fait de son talent, il n’a pas pour ses troupes parlementaires une perspective de carrière à leur fournir et de toutes manières infantilise les ministres. Or, qui a envie d’être un simple porteur de valises-maroquins ? Personne. Napoléon en son temps eut le même destin : son génie lui permit de conquérir sans coup férir l’Europe mais lorsque la machine s’enraya, personne à part lui ne pouvait sauver l’Empire de la débâcle. L’Empereur ne pouvant être partout, il s’épuisa. L’incompétence de Grouchy à Waterloo ne put être compensée par le génie Napoléonien et sonna le glas de cette méthode. En d’autres termes, un type brillant ne peut pas contrebalancer seul une masse de lieutenants incompétents.

Ce remaniement qui traîne, succédant à des ministres qui s’émancipent du Président, est donc certes lié à des paramètres conjoncturels mais aussi structurels. Alors que la France a mis des siècles à se doter d’un pouvoir politique national fort, l’incurie et la méconnaissance de l’Histoire nationale ont fini par porter leurs fruits après des décennies de réformes contreproductives, et le gouvernement de la France risque à ce rythme là de ressembler à la commission européenne, composée d’experts sans poids politique.

Julien AUBERT

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Histoire: la guerre de Trente ans (Arte)

Arte diffusait hier soir, de 21H à 23H50, un documentaire sur la guerre de Trente ans qui a dévasté l’Europe de 1618 à 1648. « Chaos: En 1618, une révolte protestante éclate à Prague, la capitale de la Bohême, qui fait partie du vaste Saint Empire romain germanique. Les rebelles chassent leur roi catholique et se dotent d’un souverain calviniste, Frédéric V, qui épouse Élisabeth Stuart, la fille du roi d’Angleterre. L’empereur catholique Ferdinand II veut éradiquer cette résurgence protestante. Les armées se préparent à entrer en guerre et recrutent des mercenaires. Le jeune Peter Hagendorf s’engage pour sa part dans l’armée du royaume de Bohême, où, dans les églises, les calvinistes détruisent des œuvres d’art, avec l’assentiment du roi. À Anvers, le peintre Pierre Paul Rubens se désole de cette furie iconoclaste. » Le film est d’une qualité exceptionnelle. Il bascule sans cesse entre la grande histoire, celle des empereurs, des rois et des batailles, et l’histoire simple des individus pris dans la tourmente et victimes dans leur chair de la folie humaine. On suit Rubens, le père Joseph (conseiller de Richelieu), Peter Hagendorf, soldat protestant, engagé dans les armées catholiques du Saint Empire romain germanique qui tient son journal de bord. Rien n’est simple: derrière la religion se profilent les rapports de force entre les Etats et l’éternel tourbillons des passions humaines. L’histoire  est infiniment plus chaotique et imprévisible que n’importe quel roman sorti de l’imagination d’un individu. L’histoire est faite pour être aimée, offrir des moments d’évasion et de bonheur intense. Elle s’apprend, mais aussi elle se raconte, ou plutôt, elle s’apprend en se racontant et elle s’adresse à tous. La curiosité vaut mieux que l’érudition et le meilleur livre, le meilleur film d’histoire est celui qui touche le plus grand nombre.  S’instruire par le plaisir: quel plus grand bonheur peut-il y avoir sur cette terre? Tout change mais rien ne change jamais: le contexte, les technologies, les idéologies n’ont plus aucun rapport d’un siècle sur l’autre. Mais l’homme reste toujours exactement le même: ivresse du pouvoir, tyrannie de la vanité, démence collective qui entraîne le chaos. Il faut aimer l’histoire, jusqu’à la passion et s’y abandonner pour déchiffrer le présent et l’avenir. Et pour mille émissions grotesques et minables que diffuse la télévision, il se trouve parfois un pur joyau de culture, de plaisir et d’intelligence. Celui-ci est à ne pas manquer. La suite samedi prochain!

Maxime TANDONNET

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« J’espère que le pays ne vous pardonnera pas »

« Vous n’avez pas honte ? Honte de votre paresse ? Honte de votre sectarisme ? » Il faudrait ajouter, à  la jolie phrase de M. Ruffin, « honte de votre bêtise? » Ce dernier a beau être de l’autre rive, il faut lui reconnaître le talent  des formules. « J’espère que le  pays ne vous pardonnera pas ». Par ces mots, il s’adressait à la majorité LREM qui venait de s’opposer à l’ouverture d’un débat sur un amendement présenté par LR en faveur des élèves handicapés, uniquement parce qu’il émanait de l’opposition LR. Ah, il est beau le « nouveau monde« : paresse, sectarisme, bêtise… Sans doute font-ils infiniment pire que l’ancienne majorité socialiste. Jamais sans doute, dans l’histoire de France, même aux pires moments des années 1930, la vie politique n’aura atteint un tel degré de médiocrité.  « Vous n’avez pas honte ? » Comme c’est bien dit! Mais il n’est pas seulement question, dans ce constat affligeant, de l’équipe au pouvoir. L’opposition républicaine, entre le cataclysme en marche et l’effondrement de l’imposture lepéniste, devrait avoir un boulevard grand ouvert devant elle. Or, cette opposition républicaine, en tout cas dans ses sphères les plus visibles et médiatisée, se révèle d’une bassesse presque aussi affligeante. « J’espère que le  pays ne vous pardonnera pas ». J’espère que le pays ne pardonnera pas aux coupables d’un carriérisme éhonté, qui font passer leur ego boursouflé, maladif, avant l’intérêt de la France et se ridiculisent en contorsions minables dans la perspective de pavoiser à leur tour sur le perron de l’Elysée.  « J’espère que le  pays ne vous pardonnera pas ». J’espère qu’il ne pardonnera pas les trahisons pour un maroquin, les manifestations de mégalomanie, les coups tordus, les retournements de vestes, les petites crapuleries grotesques qui ridiculisent la démocratie française. Mais attention, il reste des personnalités politiques intéressantes en France. A l’Assemblée, j’apprécie par exemple M. Guillaume Larrivé, Mme Constance Le Grip ou M. Julien Aubert. Ce sont des hommes et femmes de qualité qui réfléchissent et qui pensent à la France avant de s’enivrer du fantasme élyséen. Au Sénat aussi, un pole de résistance est en train de naître autour de M. Gérard Larcher, M.Bruno Retailleau ou M. Philippe Bas. Voici un petit groupe de personnalités honnêtes, au sens du XVIIe siècle, d’où peut-être, partira la reconstruction de la démocratie française, un peu comme la République a été refondée en 1870 par une infime poignée d’hommes après le naufrage du Second Empire. Nous ne demandons pas aux politiques d’être des génies, des héros, ou des idoles. Par les temps qui courent, chez tout sauveur providentiel sommeille un pitre dégénéré. Nous leur demandons  simplement de cesser de prendre les gens pour des imbéciles. Et le reste en découlera…

Maxime TANDONNET

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Le grand paradoxe (pour Atlantico)

Alors qu’Emmanuel Macron subit une vraie crise de popularité dans les sondages et que les déboires politiques s’accumulent, le peu de succès de la manifestation du 9 octobre traduit un constat : les Français peinent à se mobiliser alors que des mouvements sociaux d’ampleur avaient pu avoir lieu lors du quinquennat précédent dans des circonstances analogues. Comment expliquer ce paradoxe d’une France qui rejette la politique menée sans que cela ne se traduise par une progression des mobilisations, et, ce dans un contexte latent d’accumulation de faits divers reportant des actes de violence gratuite ? 

Le climat général ne semble pas se prêter à une mobilisation dans la rue et des mouvements de masse pour faire plier le pouvoir politique. La crise de défiance ne touche pas uniquement le Gouvernement comme le montre le sondage CEVIPOF sur la confiance des Français réactualisé chaque année. Le discrédit touche aussi lourdement les syndicats: ils sont la troisième institution en laquelle les Français ont le moins confiance: 27%, à égalité avec les banques, devant les médias (24%) et les partis politiques, « lanterne rouge » avec 9% des personnes interrogées qui leur font confiance. A l’inverse, les Français font confiance à l’armée (76%) et aux petites et moyennes entreprises (76%). Tout ceci n’est pas le signe d’une envie de révolution… Les Français ne sont pas prêts à s’en remettre à des formes de mobilisation qui seraient susceptibles de les pousser à manifester. Tout se passe comme si la société française était gagnée par la tentation du repli individualiste. Ce que vous appelez « l’impopularité » du président Macron est une forme de déception et d’indifférence, pas forcément un désir de chamboulement politique, de chaos et d’aventure! Le pays compte 8,8 millions de personnes vivent avec moins de 1024 euros par mois, ce qui est considéré comme le seuil de pauvreté et 6 millions de personnes privées d’emploi, selon un décompte large. Les mécontentements se multiplient à l’exemple des retraités. Pourtant, la colère reste individuelle, atomisée. Chacun tente de s’en sortir par ses moyens individuels. Une sorte de fatalisme pèse sur la France.

Les Français font-ils preuve d’inertie, de résignation, ou peut-on se préparer à une contestation de nature plus radicale ? Quels sont les risques de voir la résignation dériver en un mouvement de nature violente ? 

Rien n’est plus calme qu’un baril de poudre une demi seconde avant l’étincelle… Il est impossible de présumer du prolongement indéfini de ce climat de résignation. Les grands mouvements sociaux surgissent souvent aux moment où nul ne les attend. Quelques mois avant mai 1968, un journaliste du monde, Pierre Viansson-Ponté proclamait dans un éditorial célèbre: « la France s’ennuie ». Une révolution est partie de cette lassitude et de cette apathie apparente. De même, quelques mois avant le mouvement social de fin 1995 qui a paralysé le pays pendant trois semaines, un climat apaisé prévalait sur la politique de réformes conduite par Alain Juppé Premier ministre. Pour déclencher un mouvement social, il faut un élément catalyseur, un projet de réforme emblématique qui cristallise le mécontentement et les inquiétudes en vertu d’une alchimie complexe… Ensuite, tout peut aller très vite, au moment où nul ne l’attend, partie de presque rien, la colère fait boule de neige et le pays, en quelques jours, peut sombrer dans le chaos et la violence.

De la contestation syndicale à une révolte des banlieues, quels seraient les « foyers » de tels mouvements à surveiller ?

La perte d’influence des syndicats n’est en aucune façon un gage de paix sociale. Les mouvements les plus durs et les plus déterminés proviennent souvent de la base. Dès lors, l’absence d’interlocuteurs institutionnels avec lesquels négocier une sortie de crise ne fait qu’amplifier les difficultés. Une révolte des banlieues à l’image des événements d’octobre et novembre 2005 est toujours possible mais par nature imprévisible. Un blocage du pays par des groupes de salariés tenant des positions stratégiques (routiers, sncf, ratp) se produira inévitablement si ces derniers se sentent lésés dans leurs intérêts personnels, ce que tous les gouvernements depuis 2012 sont parvenus à éviter. La crainte de tous les dirigeants politiques est la révolte des jeunes. Les familles ou les retraités dans la rue, cela ne comporte pas de risque majeur. Mais il y a, pour tous les pouvoirs politiques, une véritable appréhension à voir les lycéens ou les étudiants dans la rue, avec le risque d’un drame qui serait fatal à n’importe quel gouvernement. Toute politique, toute réforme touchant aux jeunes peut être source d’un embrasement rapide. Qu’en sera-t-il des réformes de l’Education nationale, ou de la création du service national universel obligatoire? Pour l’instant, ces projets semblent plutôt acceptés mais les choses peuvent dégénérer rapidement.

Cette situation est-elle plus le fait d’une mauvaise structuration de ces oppositions, incapables de canaliser cette colère ou ce rejet, ces ou faut-il y voir une forme de lassitude de la population ?

La configuration politique du pays semble ne pas se prêter à un mouvement social massif. Le paysage politique est totalement éclaté: un pouvoir de connotation centriste, aux contours idéologiques indéfinis, une gauche morcelée en cinq ou six tendances, une droite tout aussi atomisée. Dans ce contexte fragmenté, une mobilisation sociale ne saurait venir des états-majors politique. Mais cette situation atomisée est aussi porteuse de graves périls. Un pouvoir ultra-personnalisé autour de l’image du chef de l’Etat, est par là-même particulièrement fragile. Une situation où l’autorité politique est contestée, privée de légitimité, ou le pouvoir est ressenti comme éloigné du peuple et donnant des signes de faiblesse ou d’indécision, favorise la tentation de la désobéissance et du chaos, peut se prêter à tous les débordements venus des profondeurs de la société. Et encore une fois, les choses se produisent toujours au moment où nul ne les attend.

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Au pied du mur (pour Atlantico)…

Voici mon interview de ce jour pour Atlantico, à la veille du remaniement, sur le thème d’un éventuel Macron II après Macron I ? La dernière phrase de l’entretien, prospective, est la plus importante: Alors? Alors, il faut bien voir que la politique française se trouve aujourd’hui plongée dans une vertigineuse impasse. Dans les années qui viennent, le chaos politique a toutes les chances de s’aggraver. Jamais l’incertitude sur l’avenir du pays n’a été aussi considérable. Si l’opposition républicaine ne parvient pas à s’organiser et à offrir une alternative crédible, la voie est cette fois-ci toute ouverte en 2022 pour une expérience radicale, de droite ou plus probablement, de gauche.   

1-« Après la phase « Macron 1 »,peut-on s’attendre à un « Macron 2 », ? A quoi pourrait ressembler le macronisme 2.0 auquel fait allusions Pierre Moscovici  

En vérité, il existe deux possibilités: soit l’accentuation de la voie qu’il a prise jusqu’à présent, soit une prise de conscience de l’abîme qui est en train de s’ouvrir sous ses pas et un changement de cap.

Dans la première hypothèse, nous verrions s’approfondir le scénario d’une mise en scène de son propre personnage, en héros romanesque de la cause du bien post-national et européiste, livrant une lutte sans merci au « mal nationaliste et populiste ». Cette posture est probablement celle à laquelle songe M. Moscovici. Elle a l’inconvénient de radicaliser la cassure entre les élites, économiques, médiatiques, administratives et judiciaires, qui peuvent s’identifier à cette présidence, et la grande masse de la population qui se sent méprisée. Elle condamne alors cette présidence a une impopularité toujours plus grande.

L’autre hypothèse est celle d’une remise en question et de l’inflexion du cours d’un quinquennat. Elle suppose le choix de l’humilité, de la sincérité, de la vérité, le retour à une présidence plus discrète, laissant le Premier ministre et les ministres gouverner le pays conformément à la lettre de la Constitution, un discours de réconciliation avec la France dite « d’en bas », axé sur une vision plus unitaire des choses. D’autres chefs de l’Etat ont su, dans le passé, s’adapter à une situation bien compromise, à l’image du tournant de François Mitterrand en 1983. Dans l’esprit de chaque personnalité dirigeante s’affrontent une vanité hors du commun et une part de bon sens ou de réalisme. Laquelle des deux l’emportera dans ce cas d’espèce?

 2-Qui sont ceux qui pourraient venir composer cette deuxième vague ? Quelles sont les orientations politiques qui pourraient encore venir grossir les rangs du macronisme à la veille des élections européennes ? 

 Dans la première hypothèse, celle de la fuite en avant, les gains ne peuvent être que limités. On peut imaginer le ralliement de personnalités très engagées dans le système bruxellois, telles que M. Moscovici, ou d’autres qui ont servi au plus haut niveau à Bruxelles, pourquoi pas M. Barnier lui-même. Ceux-là joueront à fond le jeu de la lutte à mort contre le populisme maudit, la vile multitude, les peuples « réfractaires ». Mais dès lors que les sondages de popularité continueront alors à s’effriter, la tendance générale restera à la débandade et la classe politique dans son ensemble suivra le sens des sondages.

Dans la seconde hypothèse, en revanche, celle du changement de cap et de l’adoption d’un discours et d’une attitude plus unitaires, la marge de gains possibles est étendue. On peut imaginer un retour vers le président Macron des déçus du macronisme, par exemple M. Collomb, voire M. Valls lui-même. A la faveur d’une remontée dans les sondages, des personnalités de droite et du centre qui ont pris leur distance ces derniers mois, M. Bertrand ou M. Estrosi, pourraient revenir à des sentiments plus favorables, ceux qui ont prévalu en gros jusqu’à l’été 2018.

 3-A l’inverse, quels sont les rangs qui pourraient être imperméables aux sirènes du macronisme ? 

 L’opinion publique est comme un paquebot, une fois lancée dans une direction, il est extrêmement difficile d’en modifier le cap sur une période de quelques années, en tout cas un quinquennat. La sensation négative produite par une personnalité politique est durable. Une majorité de l’opinion publique ne croit plus au discours sur la « transformation de la France » et encore moins à celui sur le « nouveau monde ».  Il paraît inconcevable de modifier, en quelques années, l’impression générale négative des retraités et des Français de la classe moyenne sur le quinquennat de M. Macron.

Même des événements titanesques, comme les attentats terroristes, nous l’avons constaté sous le mandat de M. Holllande, provoquent un réflexe légitimiste autour du président, mais il est de courte durée et l’impression profonde, négative, finit par prévaloir.

La rupture avec la gauche socialiste et communiste paraît irrémédiable et l’adoption de la PMA n’y changera pas grand chose. L’image inégalitaire de M. Macron dans cette partie de l’opinion, le rejet que suscite sa personne et son parcours, sont trop forts pour être surmontés. Un élargissement de la majorité à droite est encore plus inconcevable, dès lors que de nombreux aspects de la présidence actuelle sont vécus comme le prolongement du quinquennat hollande, notamment sur les sujets régaliens (sécurité, politique d’immigration), sur la dette publique et les déficits, sur le poids des prélèvements fiscaux et sociaux.

Alors? Alors, il faut bien voir que la politique française se trouve aujourd’hui plongée dans une vertigineuse impasse. Dans les années qui viennent, le chaos politique a toutes les chances de s’aggraver. Jamais l’incertitude sur l’avenir du pays n’a été aussi considérable. Si l’opposition républicaine ne parvient pas à s’organiser et à offrir une alternative crédible, la voie est cette fois-ci toute ouverte en 2022 pour une expérience radicale, de droite ou plus probablement, de gauche.

 

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Chronique de la France prétendue « d’en bas »

Les facéties, les obsessions et les crises d’hystérie de la France dite « d’en haut » nous font oublier les mouvements de fond qui transforment la société française. Mon cours hebdomadaire sur le droit de la nationalité s’adresse à des étudiants en Master. Il se déroule, depuis 7 ans, dans une université de la banlieue parisienne, devant une trentaine d’étudiants largement représentatifs de la population d’un quartier populaire d’Ile-de-France. Ils sont bosseurs et intelligents, la plupart de milieux défavorisés, de toutes origines, bénéficiaires d’une bourse d’études, déterminés à s’en sortir par les études et le savoir. Oui, ce n’est pas sc po ni hec, mais c’est pourquoi je suis fier de mes étudiants. Hier, je commentais pour eux l’arrêt du Conseil d’Etat du 11 avril 2018, 2e et 7e chambre réunies. Par ce arrêt,  le Conseil d’Etat validait la décision du gouvernement, sur recommandation d’un préfet, s’opposant à l’acquisition de la nationalité française de l’épouse d’un Français qui, lors de sa cérémonie d’accueil dans la nationalité française, avait refusé de serrer la main du Secrétaire général de la préfecture et d’un élu local au nom de ses convictions religieuses. L’arrêt de la haute juridiction motivait ainsi le sens de cette décision: « le comportement de l’intéressée, dans un lieu et un moment symbolique, révélait un défaut d’assimilation« . Je me suis permis de demander à mes étudiants, à vrai dire plutôt à mes étudiantes, (90% de filles dans ce cours), lesquels étaient d’accord avec cette décision du Conseil d’Etat. Brouhaha général et surprise: trente mains levées, toute la classe, à l’unanimité, comprenait et approuvait la décision du Conseil d’Etat s’opposant à l’acquisition de la nationalité française pour défaut d’assimilation…

Maxime TANDONNET

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Lecture: Le vague tonitruant (suivi de) Le vrai de par la loi, par Radu Portocola, éditions Kryos, 2018 (130 pages, 9,50€)

M. Radu Portocala est un journaliste d’origine roumaine, ayant connu la dictature communiste. La richesse et l’intérêt de son oeuvre tiennent aux analogies qu’il perçoit, (sans jamais pour autant verser dans l’amalgame ou l’exagération simpliste), entre un système  fondé sur le culte de la personnalité, une pensée unique et la négation des libertés individuelles et publiques, et l’époque contemporaine.

Radu Portocala, Le vague tonitruant (éditions Kryos, 2018)

Quatrième de couverture: Pendant la campagne électorale d’Emmanuel Macron, sa voix s’est faite souvent tonitruante, mais ses paroles sont restées toujours vagues. Un vague très profitable, calculé pour rassurer les uns et leurrer les autres. Depuis, rien n’a changé. Des réformes tonitruantes aux effets vagues, un discours qui veut tout dire et qui, en même temps, dit si peu. Dans un monde qui se plaît à perdre ses contours, Emmanuel Macron est, sans nul doute, l’homme de la situation.Vingt-cinq réflexions sur le personnage Macron, le style Macron, l’époque Macron. «Le Vrai de par la Loi», écrit à propos de la loi anti-fake news, fait un bref inventaire des mensonges que les États ont proférés au fil du temps au nom de causes qu’ils définissaient comme bonnes. La censure qui vient fonctionnera sûrement dans un seul sens. Le mauvais.

Extrait: « Protéger le peuple contre les fausses informations (quand on est civilisé, on dit « fakenews ») est un acte de haute bienfaisance. Le peuple étant « stupide », il faut bien qu’il y ait des êtres éclairés, intronisateurs du vrais et trappeurs du faux, qui lui disent: tu croiras ceci, tu rejetteras cela. Bien entendu, ces guides devront, eux-mêmes, s’abreuver à la source limpide qu’est la sagesse étatique, car nul n’est plus à même de savoir, comprendre, discerner, que l’Etat et ceux qui nous regardent de son sommet. Il faudra sans doute créer un Conseil national d’établissement de la vérité et du mensonge, composé exclusivement de personnes capables de prouver, témoins à l’appui, leur absolue innocence en matière de menterie. Cette instance sera, avant tout, chargée de définir le vrai et le faux, et ce sera bien plus difficile qu’on ne peut l’imaginer. »

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Anniversaire de la Constitution: le réveil du bon sens

Un enquête d’opinion Odoxa le Figaro révèle ce matin que seuls « 44% des Français sont attachés à la Ve République », à l’occasion du soixantième anniversaire de cette dernière. Il est fascinant de constater à quel point l’opinion, dans son immense majorité comprend mieux les choses que les élites médiatiques et politiques. Oui, les institutions politiques actuelles de la France contribuent au malaise général, ce que les personnalités dirigeantes ou influentes ne perçoivent pas, ou si mal. Les institutions, dans leur fonctionnement quotidien, reposent sur une imposture. Elles ont l’apparence de l’autorité à travers la sublimation d’un chef. Pourtant, l’excès de la personnalisation du pouvoir qui touche à son paroxysme favorise l’inefficacité et le chaos. La réélection présidentielle s’impose comme la fin suprême, au détriment du bien commun. Dans ce système, le culte d’un personnage, devenu un but en soi, prend le pas sur l’intérêt général. La communication prend donc une place démesurée et écrase le sens de l’action authentique au service de la nation. L’obsession de l’image présidentielle, socle du régime, a pour effet d’affaiblir  l’Etat et ses outils de gouvernement: Premier ministre, ministres, parlementaires, services publics, collectivités.

Oui les Français ont raison. L’obsession de la course à l’Elysée transforme le monde politique en une maison de fous et accélère la chute de la France par rapport aux pays voisins. L’argument selon lequel le système actuel favorise la stabilité des gouvernements est mensonger: il permet certes une apparence de stabilité, liée à la déresponsabilisation des acteurs: pendant cinq ans, ils peuvent provoquer les pires catastrophes, par leurs gestes, leurs paroles, leurs choix ou plutôt, non-choix, à l’abri de toute sanction. Mais les conséquences de leurs errements, qui ne s’expriment pas immédiatement, se manifestent sous d’autres formes. La crise est larvée, profonde, se retrouve dans le découragement ou le dégoût des citoyens. La crise de confiance se substitue à la crise politique: or, elle est infiniment pire. Elle n’éclate pas d’un seul coup mais se traduit par une déliquescence de l’esprit public. Le gouvernement n’est pas renversé tous les six mois mais il tourne dans le vide, se démotive et se délite – d’où la vague de démissions –  tout en se coupant de la population.

Cependant, la plupart des commentateurs commentent une erreur essentielle. Ils confondent la Ve République du Général de Gaulle et le régime actuel qui n’a plus rien à voir. Il suffit de relire le texte de la Constitution du 4 octobre 1958 –  notamment ses articles 5, 20 et 21 – qui est d’une clarté absolue: un président arbitre et protecteur, impartial, au-dessus de la mêlée; un gouvernement seul en charge de gouverner le pays; un Parlement dont la mission est d’exercer la souveraineté nationale et de contrôler le gouvernement. Au fil du temps, la Ve République a été totalement dévoyée de ses objectifs. Elle finit par se réduire, de quinquennat en quinquennat, aux facéties médiatisées d’un acteur élyséen, et une bataille de postures, au détriment de l’intérêt général, du choix d’une politique cohérente et efficace axée sur le bien commun. Le quinquennat présidentiel, adopté en 2000, en a eu un impact désastreux en favorisant « l’omniprésidence ».

L’opinion publique, à travers ce sondage, montre qu’elle sent bien l’essentiel. Reste à en convaincre les élites médiatiques et dirigeantes, ce qui est plus difficile tant les esprits sont intoxiqués. Et puis, une génération narcissique acceptera-t-elle de renoncer à son rêve de magnificence élyséenne? Sans doute suffirait-il de peu de choses pour s’engager dans la voie d’un redressement. La question n’est pas de « transformer la Constitution » et encore moins de passer à une VIe République, mais simplement de l’appliquer! Il est étrange qu’une Nation qui se veut républicaine et démocratique ait ainsi banalisé à un tel point le viol permanent de sa Constitution. Certes, le retour à un septennat, rendu non renouvelable, aurait pour avantage évident d’atténuer la démesure élyséenne qui corrompt la vie politique. Mais il n’est même pas certain qu’il soit indispensable. Une idée simple, ne nécessitant aucun changement juridique, serait de faire élire l’Assemblée nationale avant le président de la République. Dès lors nous aurions une majorité en charge de l’application d’un projet, un Gouvernement digne de ce nom, chargé de l’appliquer, et un président guide et protecteur, au-dessus de la mêlée, conformément à l’esprit initial de la Ve République. Le président Macron, en décidant la dissolution de l’Assemblée nationale avant la fin de son mandat, rendrait ainsi un fier service au pays.

Maxime TANDONNET

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Une République à refonder

La crise politique actuelle, après la démission de deux piliers du gouvernement, M. Hulot et M. Colomb, était largement prévisible. Un système politique entièrement fondé sur le culte de la personnalité et son pendant, la courtisanerie, conduit inévitablement à la débâcle. Il repose sur l’image d’un individu. Quand celle-ci est au pinacle, la cour politique, médiatique, se prosterne devant elle. Mais quand vient la chute, inévitable, l’idolâtrie se transforme en lynchage. Une logique imparable frappe la France politique: émerveillement de l’élection et sublimation lamentable d’un homme, chute progressive dans la déception, fuite dans la communication narcissique et désastreux effondrement de l’image sur laquelle repose tout le système, entraînant dans sa chute l’ensemble du régime. Et dès lors, Nous payons chèrement la stupidité d’un régime fondé sur l’illusion et la manipulation, au détriment de la raison. La question essentielle n’est pas celle de l’acteur principal, mais celle de l’esprit public: les idées et la conscience du bien commun doivent prévaloir sur l’émotion collective autour d’un personnage. La France a besoin de refonder sa république, sa démocratie. Il faut en finir avec le culte de la personnalité, qui est l’apothéose de la stupidité et de la naïveté. Le président de la République a pour mission essentielle de représenter la République française sur la scène internationale. Son rôle n’est pas de frimer, de provoquer, de gesticuler et de parler ou de paraître du matin au soir médiatiquement pour compenser l’impuissance générale et l’absence de politique. Le Gouvernement a vocation à gouverner le pays, prendre des décisions, effectuer des choix et les assumer sous l’impulsion d’une majorité. La Parlement incarne la souveraineté, son rôle est d’exprimer la voix de la Nation, et de contrôler et sanctionner le gouvernement. Le peuple, dans une démocratie, doit être respecté. La classe politique, de l’Elysée au palais Bourbon, n’est rien d’autre que son humble serviteur, dans l’intérêt général. Le principe d’un système fondé sur la vanité et la frime conduit inexorablement au grotesque et à la catastrophe. La République est à refonder.

Maxime TANDONNET

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Au-delà des polémiques

Les polémiques se succèdent et s’amplifient comme des vaguelettes, jour après jour. La moitié  d’entre elles, environ, concernent le chef de l’Etat. La dernière: celle des selfies de Guadeloupe. Nous assistons à un phénomène significatif au regard de l’histoire de la présidence de la République: un personnage dont la mission historique est d’incarner la hauteur, le prestige, la permanence de l’Etat et l’unité nationale, s’impose au contraire, au fil des années, comme le visage de la polémique quotidienne.

L’erreur classique est d’y voir un enchaînement d’erreurs de communication. Bien au contraire, ces polémiques me semblent correspondre à un état mental de la société. Elles reflètent l’ordre narcissique qui submerge le monde occidental, si bien décrit dans l’Ere du vide, par Gilles Lipovetsky. L’unique valeur qui émerge du chaos contemporain est la sublimation de l’individu-roi: se faire voir, parler de lui, apparaître dans les écrans de télévision, en bien ou en mal, écrase toute autre considération, notamment celle du bien commun. La politique moderne est avant tout une adoration totémique du « je ».

La polémique efface les vrais sujets dont plus personne ne parle: l’explosion de la dette publique (99% du PIB), le chômage de masse (6 millions de personnes concernées), l’insécurité, le déclin de l’autorité de l’Etat. Bien sûr, elle choque la masse des Français, mais peu importe. Le peuple est déconsidéré, assimilé à la vile multitude (sans dents). Le populisme (la sensibilité réelle ou supposée du peuple) est l’ennemi, le pestiféré. La priorité est de le combattre. En revanche la polémique ne déplaît pas à une petite minorité, la gauche caviar parisienne et « branchée »: c’est elle qui compte, détient la clé du bien et du mal, représente le socle électoral à qui il faut s’adresser.

Et surtout le calcul électoraliste domine toute autre considération. La République narcissique n’a qu’un projet, qu’un but, la sublimation de l’individu-roi à travers l’objectif suprême de la réélection. L’éternel scénario ne cesse de se reproduire, toutes les semaines, tous les jours: scandale tonitruant, suivi aussitôt des hurlements de la présidente du parti lepéniste, tous les micros et toutes les caméras tendus vers cette dernière. Le piège: nous enfermer dans une alternative maudite: le « bien » post national, contre le « mal » nationaliste. Ne laisser aux Français aucun autre choix, avec, in fine, une certitude: le triomphe du « bien » post national en 2022. Ce formidable scénario n’a qu’une faiblesse: les gens ne sont peut-être pas aussi naïfs ni manipulables que ne le pensent les élites dirigeantes. Il ouvre sur une vertigineuse incertitude.

Ne pas sur-réagir à des polémiques qui ne devraient appeler que le dédain et l’indifférence. On s’indigne de ce que « l’image présidentielle » serait affectée. Quelle importance? Cette obsession  de l’image d’un individu, pour l’adorer ou la lyncher, est le sommet de la crétinerie. La France n’a finalement plus grand chose à voir avec le Palais de l’Elysée et l’image médiatique de son occupant. La soi-disant « dignité de la fonction », selon la formule à la mode, importe peu au regard de l’intérêt et la destinée du pays. Il faut réfléchir en termes de débats d’idées, de projet de société, d’intérêt général, de destin collectif et cesser de se polariser sur le grand cirque médiatique. La bêtise ne doit pas passer par nous.

Maxime TANDONNET

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Disparition de René Pétillon

L’étau se resserre et l’idéologie dominante frappe de plus en plus fort. Ils ont fait taire Taddeï. Aujourd’hui, dans l’indifférence générale, l’émission de Michel Onfray vient d’être interdite sur France-Culture. De quoi  punit-on le philosophe? Simplement, sur la plupart des grands sujets de l’époque (Europe, islamisme, immigration, politique française) de ne pas penser, de ne pas écrire et parler comme le troupeau bêlant de la France dite « d’en haut ».  « Il faut se défaire du mauvais goût de vouloir être d’accord avec le plus grand nombre » (Nietzsche, Par delà le bien et le mal). Comment s’inspirer de ce conseil aujourd’hui sans être traîné dans la boue, pourchassé comme un gibier de potence et traité en paria ?Le psychodrame du jour est venu des Antilles. Ces  polémiques quotidiennes, à quoi se réduit notre vie publique, deviennent insoutenables. Le grotesque marque le stade ultime de l’anéantissement du politique. Mais dans ce climat d’hystérie idiote qui n’appelle que le mépris, une triste nouvelle vient de tomber: la disparition de René Pétillon. Ce dernier a réussi un merveilleux exploit en ces temps de médiocrité et de despotisme de la bêtise: nous faire rire. « L’enquête corse » est en effet un chef d’oeuvre de drôlerie, une caricature à la fois réaliste et désopilante, sans méchanceté. Le rire est l’une des libertés les plus précieuse et les plus menacées. Il ne fait aucun doute que 80% des blagues de Coluche, des Inconnus ou de Thierry le Luron seraient interdites aujourd’hui, par la loi du conformisme.  Toute occasion de rire est une forme de résistance à la dictature de la crétinerie. Merci ,et au revoir, M. René Pétillon, un grand merci sincère pour ce moment de bonheur  et de liberté que vous nous avez donné à l’occasion de vacances de rêve dans l’île de Beauté.

Maxime TANDONNET

 

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Quarante ans de chute (par M. Radu Portocala)

M. Radu Portocala est un journaliste d’origine roumaine. Persécuté et banni par la dictature de Ceaucescu, il a trouvé refuge en France.  Il dénonce aujourd’hui les dérives du monde occidental qui lui rappellent les pires souvenirs de son passé. Il m’a transmis un témoignage que je suis heureux de reproduire dans ces pages. 

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En 1977, la police politique roumaine (Securitate), très intéressée par mon « cas », me promettait un grand nombre d’années de recueillement pénitencier, excellente occasion de méditer avec plus de sérieux que je ne l’avais jamais fait auparavant aux bienfaits du socialisme réel.

N’appréciant pas à sa juste valeur cette heureuse perspective, je fis appel à l’un de mes oncles d’Athènes, ambassadeur et ami de Constantin Karamanlis, alors chef du gouvernement grec. Une note fut adressée dès le lendemain aux autorités de Bucarest, demandant que je sois autorisé à quitter la Roumanie dans les plus brefs délais, même si cela devait impliquer une procédure d’expulsion. Simultanément, des instructions étaient données aux ministères grecs pour que tous les dossiers roumains soient bloqués tant que cette autorisation ne m’était accordée.

(Je compris, avec les années, qu’aucun autre pays n’aurait fait et risqué autant pour sauver une personne qui, comme moi, était absolument insignifiante.)

L’affaire prit, tout de même, trois mois.

Arrivé enfin à Athènes – dans le monde libre, comme on disait alors –, prêt à commencer une nouvelle vie, j’avais une certitude absolue : je n’allais plus jamais être confronté aux misères, aux absurdités, aux imbécillités que j’avais connues sous le régime de Gheorghe Gheorgiu-Dej (1945-1965) et de Nicolae Ceausescu (1965-1989). Je n’étais plus dans cette cage étriquée où toute pensée et, a fortiori, toute parole comportait les plus grands risques. Le nivellement par le bas était resté derrière moi, tout comme la réduction des esprits à une effarante uniformité.

Comment pouvais-je anticiper ce qui allait suivre ? Comment était-il possible, alors, d’imaginer que le monde libre allait commencer la construction minutieuse d’un carcan dans lequel il s’enfermerait pour mieux mourir d’étouffement ?

C’était en 1977 et l’ultra-gauche américaine n’avait pas encore inventé le politiquement correct, cette abomination qui s’est répandue de par le monde comme les répliques d’un séisme dévastateur. L’Europe n’avait pas encore découvert les délices pervers d’un gauchisme que même Lénine avait qualifié de « maladie infantile du communisme ». Les politiciens de droite ne tenaient pas encore des discours de gauche. On pouvait encore respirer.

Aujourd’hui, quatre décennies plus tard – seulement quatre décennies ! –, des illuminés prétendent édifier un monde nouveau, endroit étrange où chacun peut être suspect d’avoir commis ou être susceptible de commettre un méfait proscrit par des règles de plus en plus contraignantes. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde-tribunal, où chacun est à la fois juge et procureur, et où on regarde les avocats – s’il s’en présente, ce qui est de moins en moins évident – comme des coupables au même titre, si ce n’est plus, que ceux qu’ils cherchent à défendre.

Non, je ne pouvais concevoir, en 1977, qu’un jour il me sera donné de voir des écrivains et des journalistes condamnés au silence, que la grande presse assurera la publicité des réquisitoires-condamnations – comme au début des régimes communistes, quand des accusateurs publics tordaient les destins dans les enceintes des Tribunaux populaires.

Comment penser, en 1977, qu’un jour, quarante ans plus tard, j’assisterai à tant de choses que je croyais avoir laissées derrière moi, dans l’univers trouble de Ceausescu ?

Radu PORTOCALA

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Dégoût absolu

Bien sûr, il y a mille et une raisons de s’indigner chaque jour: un jeune poignardé devant une boite de nuit, une dame âgée martyrisée dans la rue, ce rappeur qui appelle à « pendre les blancs et à massacrer leurs bébés » dans l’indifférence ou le déni des bien-pensants, etc. Impossible de réagir à chaque fois sinon à s’abandonner au tourbillon de la folie collective. Mais voici une nouvelle qui me bouleverse plus particulièrement, comme touchant à la quintessence de l’abject: traîner dans la boue un père ayant perdu sa fille dans l’attentat du Bataclan en l’accusant de « haine » Voilà: on prend un homme ayant subi la tragédie la plus épouvantable qui puisse survenir à un homme, la perte d’un enfant, dans des conditions aussi ignobles, et on en rajoute dans l’ignominie en l’insultant à grande échelle: car accuser publiquement un homme de « haine » (le mot marqué en gras), avec tout ce que cela sous-entend, c’est l’accabler de la pire des injures. Je n’ai même pas envie de nommer le journal qui laisse publier ce genre de lynchage d’un homme à terre, frappé par le malheur. Le respect d’un père dont un enfant a été martyrisé me semble être le b-a-ba de toute civilisation. Montrer du doigt, en l’accusant de « haine », la plus authentique victime de la haine: à quel niveau de dérèglement des sens en sommes-nous arrivés? Voilà comment sous le voile de la bonne conscience, de la pensée bienheureuse, et de l’angélisme béat, la cruauté la plus répugnante se profile sournoisement et se banalise dans notre société.

Maxime TANDONNET

 

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Si M. Barnier est tête de liste LR…

M. Barnier, je le connais un peu pour l’avoir fréquenté au cours de ma carrière. Je n’ai rien contre lui; rien pour lui non plus. Cependant, il faut être cohérent. Je partage sans la moindre nuance le point de vue du président Sarkozy: « Le Brexit est une hérésie. C’est scandaleux qu’on ait laissé partir les Anglais» (Le Figaro). Le départ des Britanniques a pour cause principale le désastre de la politique migratoire européenne et allemande. Il repose sur une monstrueuse aberration: le Royaume-Uni, inventeur de la démocratie parlementaire, des libertés publiques et individuelles (Habeas corpus) bien avant les autres, à l’origine de la révolution industrielle, le Royaume-Uni est l’Europe. La France et le Royaume-Uni sont deux nations sœurs: les Français sont chez eux à Londres (200 000 Français), comme les Anglais à Paris ou à Périgueux. Les plaines de la Picardie sont imprégnées de sang anglais versé pour défendre la France en 1914-1918 et notre liberté, aujourd’hui, nous la devons aux Anglais et à Churchill qui n’ont pas cédé face à la barbarie nazie. Les régimes anglophobes de l’époque contemporaine, ont tous laissé d’affreux souvenirs. L’idée d’une Europe sans l’Angleterre est une pure crétinerie. Dès lors, il est absolument hors de question que je vote pour une personnalité – quel que soit mon respect pour elle –  chargée de la négociation du Brexit, et incarnant ainsi une politique qui me répugne. Comme aucune autre liste a priori ne me conviendra, dans cette hypothèse, il ne me restera plus qu’à rejoindre le grand parti dominant, celui des abstentionnistes. Et beaucoup feront comme moi. Il est préférable que les dirigeants LR en soient avertis par avance.

Maxime TANDONNET

 

 

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Sur la candidature de Manuel Valls à Barcelone

Voici ma dernière tribune pour Figaro Vox, consacré à la candidature de Manuel Valls à la mairie de Barcelone. J’écris avec la préoccupation d’éviter tout autant le lynchage que l’obséquiosité, ces deux formes de la crétinerie. Il ne faut surtout pas y voir un pamphlet à charge ou à décharge de l’intéressé, mais à travers lui, un essai de réflexion sur le sens de l’Etat, l’ambition, le déclin de la politique, au sens de l’engagement au service d’une conviction.

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La mémoire politique des peuples est souvent courte. Qui se souvient encore de ce que Manuel Valls représentait, il y a une demi- douzaine d’années ? Un grand espoir de la démocratie française. Quelques mois après sa nomination comme ministre de l’Intérieur du gouvernement Ayrault, sa popularité pulvérisait les records. Un sondage IFOP/Paris-Match des 11 et 12 octobre 2012 faisait état d’une cote de confiance de 75%. A la stupéfaction du commentateur de cette enquête d’opinion, un tel niveau d’adhésion faisait de lui « la personnalité préférée des Français ». Or, cet honneur est habituellement réservé « à quelqu’un qui n’exerce pas ou plus de responsabilité de premier plan. » Alors que François Hollande et son Premier ministre se voyaient déjà entraînés dans le gouffre de l’impopularité, Manuel Valls se présentait comme l’étoile montante de la politique française. A cette époque, nul ne doutait qu’il aurait un jour vocation à accéder à l’Elysée.

De fait, Manuel Valls, comparé parfois à Nicolas Sarkozy, fut le précurseur, à gauche, d’une méthode politique révolutionnaire fondée sur la transgression verbale des tabous de son camp idéologique. Ainsi, le 24 septembre 2013, il provoquait un tollé en déclarant : « Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie et en Bulgarie. » Les prises de position de ce genre lui valaient le soutien de l’opinion de droite et d’une partie de la gauche, le propulsant à la tête des sondages et faisant ainsi de lui l’homme de l’avenir. Manuel Valls poussait à la perfection une stratégie de conquête du pouvoir adossée à la communication.  Se réclamant de Georges Clemenceau, il revêtait les habits d’une figure oubliée, depuis mai 1968, de la scène politique française : le républicain de gauche, homme d’ordre et d’autorité.

Pourtant, déjouant tous les pronostics, Manuel Valls a échoué. Il n’a pas su confirmer dans la durée son exceptionnelle popularité des années 2012-2014. Il s’est laissé voler la vedette par Emmanuel Macron qui a triomphé en s’emparant de sa méthode de communication axée sur la provocation verbale à contre-courant de son camp politique (par exemple sur les 35 heures). M. Valls a commis une erreur stratégique en acceptant Matignon en 2014, liant ainsi son destin au naufrage de la présidence Hollande. Ses colères à l’Assemblée nationale, sa gestion musclée de la « manif pour tous », ses hésitations sur la déchéance de la nationalité, ont nui à son image. Mais surtout, par son acceptation du principe des « primaires de gauche », il s’est soumis à la discipline du parti socialiste, reculant devant la transgression suprême et laissant le champ libre à M. Macron.

La candidature de M. Valls à la mairie de Barcelone intervient à la suite de son échec dans sa tentative de succéder à François Hollande à l’Elysée. Elle pourrait engendrer une situation qui n’a semble-t-il aucun précédent dans l’histoire politique : un député français, ancien Premier ministre, reconverti en maire d’une grande ville espagnole.

Les interrogations que suscite l’initiative de l’ancien Premier ministre de François Hollande ne tiennent pas aux grands principes juridiques. La loi française adoptée lors du passage de M. Valls à Matignon, prévoit une incompatibilité entre le mandat de député et l’exercice de la fonction de maire d’une commune française. Elle est muette sur l’hypothèse d’un cumul entre le mandat parlementaire et la présidence d’une municipalité d’un autre pays, tant le cas pouvait paraître incongru… Pourtant, il ne fait guère de doute que M. Valls, élu maire de Barcelone, serait amené, par cohérence avec ses propres engagements, à démissionner de son mandat de député français. En outre, le statut de binational franco-espagnol de M. Valls et l’existence d’une citoyenneté européenne depuis le traité de Maastricht peuvent justifier sa reconversion. Il faut d’ailleurs reconnaître à ce dernier le mérite de n’avoir jamais rompu avec ses racines barcelonaises et d’avoir toujours revendiqué un double attachement, français et espagnol.

Le malaise que suscite sa décision de briguer la magistrature suprême de la ville de Barcelone ne se situe pas au niveau du droit, ni même des grands principes nationaux. Il est d’une autre nature. Par sa fermeté dans la lutte contre l’islamisme radical ou son opposition aux  « quotas d’immigration » de Mme Merkel, sa volonté de mener une lutte implacable au terrorisme, Manuel Valls continuait de représenter une figure singulière dans la gauche française. Sa voix et son message pouvaient encore  peser sur la scène nationale. En faisant le choix de la mairie de Barcelone, il donne le sentiment aux Français de renoncer aux sources de son engagement et de privilégier son destin personnel sur ses convictions de toujours. Son geste exprime un certain nihilisme politique: le  rêve de magnificence élyséenne une fois évaporé, plus rien ne semble compter de la vie publique française.  En cela, il se montre parfaitement conforme à l’image de la politique moderne, comme outil de promotion ou de revanche sociale, de satisfaction d’un besoin de reconnaissance, et non comme engagement au service de l’intérêt général. Bref, Manuel Valls se montre à cette occasion en politique de son époque plutôt qu’en homme d’Etat. A l’heure où 87% des Français affichent une image négative de la vie politique (Cevipof), cette reconversion barcelonaise n’est sans doute pas de nature à restaurer leur confiance.

 

 

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Quelle résistance au maelström de bêtise?

Sous le quinquennat Sarkozy, nous subissions une polémique (ou micro-scandale) par mois, sous celui de Hollande, grosso modo une par semaine, désormais, nous en sommes au rythme de plusieurs par jour. Les psychodrames qui nous envahissent sont innombrables: Benalla, Valls à Barcelone, le président et le jeune chômeur, le Pen, Moix, Campion. J’en passe et j’en oublie. Quelle sera la polémique de demain? en est-on réduit à se demander. Un vent de folie imbécile souffle sur le pays médiatique  et répand son  chaos virtuel. Le nihilisme gagne du terrain. Tout n’est que retournements de veste, trahisons et rats qui quittent le navire. Encore n’est-ce là qu’un début. La France dite « d’en haut », tenaillée entre goût du lynchage et idolâtrie stupide, s’enivre de l’obsession élyséenne l’œil rivé sur la cote de popularité de l’occupant de l’Elysée qui s’effondre comme il était prévisible dès le départ.  Pendant ce temps, le pays souffre: le chômage augmente, la pauvreté, les déficits, les bidonvilles, les impôts, la violence gratuite qui se répand et fait des victimes: Marseille, Paris. Dès lors que l’image narcissique devient le but ultime de toute politique, plus rien du monde réel n’existe encore. La politique se réduit à une poignée d’annonces et au saupoudrage de milliards destinés à « se réconcilier » avec telle ou telle catégorie. La vie gouvernementale est privée de boussole.  Elle verse de plus en plus dans le grand spectacle – la frime, les gesticulations, les petites phrases – destiné à brouiller toujours davantage les repères, réduire le monde à l’affrontement entre le « bien » post national et le « mal populiste ». Avec un but ultime, totémique, quasi religieux: la réélection en 2022. Face à ce  maelström, la résistance, la nôtre, passe par la réflexion et le sang-froid. Les intellectuels  dignes de ce nom n’ont rien à faire sur les plateaux hystériques. Il faut au contraire prendre le contre-pied de la crétinerie ambiante. Le mépris doit changer de camp. Ignorer la grande déferlante de pitreries et rendre de la hauteur à la réflexion politique.  Le débat d’idées doit effacer la quête des idoles. Préparer la grande alternance, celle des projets et de  la politique au sens noble du terme, la pensée pour façonner un destin commun, la réhabilitation de l’école et de l’intelligence, la refondation de l’unité entre les peuples européens, ravagée par la bêtise bureaucratique, l’organisation de la relation entre l’Afrique et l’Europe, gagner la bataille contre le retour de l’esclavagisme et le trafic des personnes en Méditerranée, la reconquête de l’autorité de l’Etat, la lutte contre l’écrasement fiscal de l’économie française, l’explosion de la dette publique, la réindustrialisation du pays, l’affirmation de l’indivisibilité de la France. Mais tout cela n’a de sens qu’à la condition de rompre avec la folie narcissique qui empoisonne la vie politique française, de l’extrême gauche à l’extrême droite, sortir de la démence égotique et renouer avec un seul objectif: le service de l’intérêt général, le service de la France.

Maxime TANDONNET

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Le mal du siècle

Le temps passe et une anecdote qui remonte à deux ans m’est revenue à l’esprit, à la faveur de l’actualité. Ma parole d’honneur: elle est absolument authentique. Nous étions à la veille des tragiques « élections primaires de la droite et du centre ». En tant qu’ancien conseiller du président Sarkozy pour les questions de sécurité et d’immigration, je pouvais représenter pour ses adversaires une très modeste et discrète « prise de guerre », mais néanmoins significative… Il n’est pas de petit profit. Dès lors, quatre candidats à la candidature aux primaires (tous n’y ont pas été) ont eu la même idée de me contacter. Deux, les plus généreux, m’ont même invité à déjeuner au restaurant. J’y suis allé par curiosité intellectuelle et non par ambition ou goût de la trahison dès lors que de toute façon, ceux-là n’avaient qu’une chance réduite de gagner. Eh bien ce que j’ai entendu de leur bouche m’a sidéré: tous, qui m’avaient sollicité pour me parler et non pour m’écouter,  m’ont dit exactement la même chose, au mot près. Ils étaient portés par leur bonne étoile, avec la certitude absolue d’un destin personnel qui les vouait à sauver la France sinon l’Europe. L’un d’eux se savait « désigné par la providence » (même si, jugeait-il bon de préciser, il ne se prenait pas pour Jeanne d’Arc). Tous n’avaient aucun doute quant à leur accession prochaine à l’Elysée et leur vocation à incarner et diriger le pays et m’invitaient simplement à prendre acte de cette destinée et à m’y conformer. Ils m’ont fait peur. D’où la reprise ci-dessous d’un article tiré d’une rubrique médicale qui ne vise personne en particulier! Ce sujet qui touche à la santé mentale est dramatique. D’ailleurs, en cas de commentaires éventuels, je me permets de remercier par avance leurs auteurs à ne pas mettre en cause nominativement telle ou telle personne publique ou privée. Je pense simplement que cette maladie affreuse est le mal du siècle dans la France dite « d’en haut », celle des élites dirigeantes ou influentes, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qui touche un grand nombre d’individus ayant atteint les hautes sphères de la société et empoisonne la vie des autres. Nous sommes face à une épidémie qui ruine la démocratie et l’esprit de la res publica. Quand va-t-elle prendre fin?

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Souvent utilisé dans le langage courant pour décrire un comportement exagéré et égocentrique, le terme « mégalo », dérivé de la mégalomanie est en réalité une vraie pathologie psychique qui engendre de sérieux troubles du comportement.

Quelles sont les causes de l’apparition de ce trouble du comportement et comment y faire face ? Réponses maintenant !

Qu’est-ce qu’un mégalomane ?

La mégalomanie entre dans le cadre des psychoses chroniques délirantes. C’est-à-dire qu’elle se manifeste de façon régulière chez une personne.

Les caractéristiques de cette maladie psychique sont :

  • un surestimation de soi-même ;
  • un délire de grandeur ;
  • un délire de puissance ;
  • une auto-attribution de capacités extraordinaires ;
  • un désir immense de gloire ;
  • un orgueil démesuré.

La mégalomanie concerne donc des personnes qui ont une appréciation tout à fait fausse de leur prétendue puissance, de leur situation sociale ou de toute autre qualité. On parle alors souvent de « folie des grandeurs ».

Ce trouble psychologique entre dans la catégorie des psychoses ou psychoses « maniaco-dépressives » (terme générique définissant de multiples troubles de l’esprit et du comportement).

Les psychoses sont caractérisées par des déficits cognitifs dans des comportements « normaux » et souvent associées à divers types d’hallucinations ou délires, dont la mégalomanie fait partie. La mégalomanie traduit souvent un manque affectif.

Bon à savoir : le mythe d’Icare qui voulait voler et a fini par se brûler les ailes trop près du soleil est un exemple typique d’illustration de la psychose mégalomaniaque.

Causes de la mégalomanie

Il est difficile, au cours de troubles psychiques, d’identifier des facteurs favorisant l’éclosion d’un accès de mégalomanie.

Toutefois, on peut classiquement retrouver certains facteurs (qu’il conviendra de creuser lors d’une thérapie) :

  • un choc émotionnel ;
  • un conflit affectif ;
  • des affections somatiques ;
  • un deuil.

La mégalomanie étant dans la majorité des cas un des signes de plusieurs pathologies psychiatriques comme :

  • les troubles de la personnalité narcissique ;
  • les troubles de la personnalité antisociale ;
  • la schizophrénie ;
  • le trouble bipolaire.

La recherche estime encore aujourd’hui que le déclenchement d’une pathologie bipolaire (et par extension toutes les psychoses maniaco-dépressives, schizophrénie incluse) relève à la fois de facteurs génétiques et environnementaux.

On retrouve chez les personnes bipolaires des épisodes mégalomaniaques dans près de 78 % des cas.

Bon à savoir : les troubles maniaco-dépressifs font partie des 10 maladies les plus handicapantes selon l’Organisation Mondiale de la Santé. En France on estime près de 600 000 personnes touchées par ces troubles, soit 1,5 % de la population adulte dans toutes les catégories sociales.

Mégalomanie : quel traitement ?

La mégalomanie n’étant souvent qu’un symptôme d’une pathologie sous-jacente, il conviendra d’associer différents traitements afin d’essayer de minimiser les phases dites « maniaques » au cours desquelles la mégalomanie s’exprime le plus.

On combinera donc dans la plupart des cas :

  • psychothérapie (psychanalyse ou psychothérapie comportementale) ;
  • stabilisateurs d’humeur, anti-psychotiques et/ ou anti-dépresseurs.

Des psychothérapies individuelles ou de groupe peuvent également être efficaces.

Dans certains cas où la mégalomanie est excessive (sentiment de surpuissance exacerbé conduisant à des conduites dangereuses par exemple), une hospitalisation en établissement psychiatrique doit être envisagée.

Si vous pensez relever de ces symptômes ou bien avoir une personne de votre entourage relevant de ces symptômes, consultez votre médecin généraliste qui pourra vous orienter vers un spécialiste. En cas d’urgence vitale et de menaces envers lui-même ou autrui, orientez la personne en phase maniaque vers les urgences les plus proches

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Un vrai sujet: la misère croissante en Afrique

La vie politico-intellectuelle et médiatique a les yeux rivés sur l’immédiat et le court terme. Du « Benalla », du « Hulot », des polémiques minables, sans doute qu’il en faut. Mais la situation devient dramatique quand elles finissent par absorber tout le reste. 413 millions d’hommes et de femmes vivent avec moins de 1,9 dollar par jour et cette extrême pauvreté ne cesse de s’amplifier. Plutôt que les yeux rivés sur la pointe de sa chaussure, il faut regarder au loin pour essayer d’anticiper sur l’avenir. Le dernier rapport de la Banque mondiale fait état d’une aggravation de la pauvreté en Afrique, dont les conséquences seront colossales pour les Africains, mais aussi pour les Européens et les Français. Notre futur, celui de nos enfants et petits-enfants, se joue à ce niveau. C’est à cela qu’il faut réfléchir et tenter d’apporter des réponses.

Le Figaro, 19 septembre 2018:

« Le succès [du développement] est spectaculaire, notamment en Asie de l’Est, en Chine, et aussi en Inde. Ce progrès est souvent attribué à la mondialisation économique. «Sur les 25 dernières années, plus d’un milliard de gens sont sortis de l’extrême pauvreté, et le taux actuel de pauvreté dans le monde n’a jamais été aussi bas qu’il ne l’est aujourd’hui», observe Jim Yong Kim, le président du groupe Banque mondiale.

Malheureusement l’Afrique est totalement à contre-courant de cette tendance de long terme, et de façon plus marginale le Moyen Orient également sur les années récentes du fait de la guerre en Syrie et au Yémen. En 2002, l’Afrique subsaharienne représentait le quart du nombre de gens extrêmement pauvres dans le monde, or aujourd’hui c’est plus de la moitié (413 sur 736 millions). Le taux d’extrême pauvreté de l’Afrique (41,1%) est sans commune mesure avec celui des autres continents, comme le montre le tableau ci-joint. Sur les 27 pays de la planète qui comptent le taux le plus élevé, 26 sont aujourd’hui situés en Afrique.

Si l’Inde, du fait de son énorme population de 1,3 milliard d’habitants, affiche encore le plus grand nombre de très pauvres (170 millions, soit un taux de 13%) , les sondages partiels réalisés cette année «suggèrent que le Nigeria (190 millions d’habitants) devrait dès 2018 êtres le pays comptant le plus d’extrêmement pauvres en valeur absolue», note la Banque mondiale.

Or la situation ne paraît pas en voie de s’améliorer, bien au contraire. Alors que la Banque mondiale et l’ONU se sont donné pour objectif de «mettre fin à l’extrême pauvreté» à l’horizon 2030, cette ambition ne pourra être réalisée stricto sensu, et au mieux il faudra se contenter d’un taux de 3% . «En Afrique subsaharienne, même dans les hypothèses les plus optimistes, le taux de pauvreté restera à deux chiffres (au-dessus de 10%) en 2030», estiment les économistes de la Banque mondiale. »

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Pourquoi la droite ne profite pas de la chute de popularité de M. Macron (Figaro Vox)

Après 17 mois à l’Elysée, seuls 19% des Français jugent le bilan du président Macron positif (kantar-sofres). Cette chute dans l’impopularité, sinon normale, était largement prévisible: un régime politique fondé sur le culte de l’image présidentielle, une fuite en avant permanente dans la communication et l’obsession de la réélection au détriment de l’intérêt général, expose inévitablement le chef de l’Etat à devenir le réceptacle de toutes les colères et angoisses de la Nation. Le phénomène ne fait que s’amplifier de quinquennat en quinquennat, jusqu’au jour, peut-être, où les milieux dirigeants ou influents prendront conscience de son absurdité et de sa nocivité…

La véritable nouveauté, aujourd’hui, tient à l’incapacité apparente de l’opposition républicaine de profiter de cette chute et à offrir aux Français une espérance. L’impuissance à incarner, aujourd’hui, une alternative crédible, tient à trois facteurs.

D’abord, la défiance des Français envers la classe politique est générale comme le prouve le dernier sondage Odoxa relatif aux élections du Parlement européen: 21,5% à En Marche, soit 10% de l’électorat compte tenu de l’abstentionnisme probable, un score dérisoire pour un parti au pouvoir; 21% au RN soit un effondrement d’un tiers par rapport aux enquêtes d’opinion de 2014; 14% à LR, dans un contexte où la droite et la gauche se fracturent en une multitude de formations dont aucune n’emporte la conviction. La crise de confiance et la décomposition touchent à leur paroxysme.

Le second tient à la crise d’identité qui continue à déchirer les Républicains (LR). Ce courant a sans doute, dans l’ensemble, conscience des préoccupations de l’opinion publique, notamment sur les sujets régaliens (immigration, sécurité, communautarisme). Cependant, avec des nuances liées aux personnes, il vit dans l’obsession de la respectabilité et la peur d’être assimilé au « populisme ». D’où les déchirures apparues lors du vote du Parlement européen sur les sanctions envers la Hongrie. De même, en matière économique, le thème de l’entreprise a été préempté par M. Macron et En Marche (même si leur politique véritable reste socialiste au regard de la hausse continue des prélèvements obligatoires). Qui sont-ils? Que veulent-ils? La ligne de LR n’est pas clairement définie.

La troisième tient aux questions de personnes. Les querelles de chef (Wauquiez, Bertrand, Pécresse) pour la conquête du Graal élyséen, donnent une image désastreuse du parti qui le renvoie à ses heures les plus sombres. Elles cristallisent sur LR le sentiment de l’opinion publique que les responsables politiques sont davantage motivés par leur obsession narcissique et leur destin individuel que par l’intérêt de la France. Ce phénomène est d’autant plus dramatique qu’eux-mêmes donnent le sentiment de ne pas avoir pris conscience de l’effet déplorable, dans le pays, de ces éternels combats d’ego.

C’est une révolution copernicienne de la vie publique qui s’impose désormais pour tenter de regagner la confiance du pays et la crédibilité de la démocratie française. Les responsables politiques, doivent lancer un message d’humilité et de désintéressement aux Français: ils entendent se placer au service de la nation, le temps nécessaire, et non pas soumettre cette dernière à leurs désirs personnels de magnificence.

La réconciliation entre le monde politique (en particulier LR) et les Français, passe par un retour à la notion de res publica, d’intérêt général et aux seuls débats de fond: l’école, la dette publique, le niveau des prélèvements obligatoires, l’autorité de l’Etat, l’unité nationale, l’indivisibilité de la France, la maîtrise des frontières. Il faut proposer aux Français de sortir de la grande comédie de la lutte du « bien » post-national contre le mal « populiste » et renouer avec une conception de la politique fondée sur la vérité et l’action au seul service du bien commun.

Ce qu’attendent les Français du monde politique est somme toute simple et légitime en démocratie: être pris au sérieux, ne plus se sentir méprisés et considérés comme une vile multitude, proie naturelle de l’obscurantisme et du populisme, indéfiniment manipulable au gré des élections et au service des prétentions narcissiques des uns ou des autres. Il ne supportent plus la démagogie, l’hystérie quotidienne, le spectacle idolâtre, le sentiment d’un détournement de l’intérêt général au profit de calculs individuels, le culte de la personnalité sous toutes ses formes. La première formation politique qui prendra conscience de cet état d’esprit, parviendra à convaincre les Français qu’elle se place à leur service, et non au service d’intérêts particuliers, familiaux ou claniques, aura un avantage décisif sur toutes les autres.

Maxime TANDONNET

 

 

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Un épouvantable régime politique

 La rentrée 2018 est placée sous le signe de l’hystérie et de la bêtise: chaque jour sa nouvelle crise. L’affaire Benalla, continue de faire rage. Le Sénat, exerçant  sa mission démocratique de contrôle de l’exécutif, est accusé, dans un tourbillon de démence, de vouloir « destituer » le président de la République, la démission lacrymale de M. Hulot, de nouvelles polémiques sur la guerre d’Algérie, ou sur la boutique de l’Elysée, s’enchaînent au quotidien. Tous les records historiques d’impopularité sont battus. Pendant ce temps, la situation économique (croissance, chômage, déficits, dette publique) est désastreuse et le décrochage de la France vis-à-vis de ses voisins s’accélère, dans l’inertie absolue du pouvoir. L’effondrement du système scolaire et du niveau intellectuel général se poursuit. La pauvreté augmente (9 millions de personnes). La violence est tellement banalisée dans le pays  que nul n’en parle plus.  Le régime politique français, issu de la destruction de la Ve République, est une monstruosité. Il consiste dans une mélasse empoisonnée de sublimation et de lynchage accompagnée de l’abolition de toute notion de responsabilité. Ce système qui prospère sur les ruines de la Ve République, repose sur une aberration démocratique source de tous les désastres: il glorifie un personnage, en le couvrant d’un manteau de magnificence et de haine mélangées, tout en le protégeant pendant 5 ans de toute  sanction pour ses paroles, pour ses choix ou absence de choix, et ses résultats. L’institution présidentielle n’a de sens que si le chef de l’Etat, arbitre et autorité morale, reste au-dessus de la mêlée politicienne. Mais dès lors qu’il devient lui-même, personnellement, l’incarnation de cette mêlée politicienne, sa place et son rôle dans le système politique, son irresponsabilité, tournent à l’aberration.  Médiocrité des hommes ou débilité d’un régime? Les deux, qui se nourrissent mutuellement, dans une spirale infernale.  Ce système débile, fondé sur la déconnexion entre les attributs du pouvoir et l’idée même de responsabilité,  pousse à la déviance et favorise le pire de la nature humaine. Il serait simplement risible s’il n’entraînait pas la France, comme un boulet au fond de l’abîme.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Mémoires, Saint-Simon, Librairie générale française 2007.

Les mémoires de Saint-Simon sont bien entendu un grand classique, ce qui n’empêche pas, à tout moment de la vie, de se (re) plonger dans leur lecture. Il est impossible de résumer cet ouvrage fascinant et d’une sidérante actualité…Constitué de milliers de brefs chapitres sans véritables liens entre eux, chacun décrivant un personnage de la cour de Louis XIV ou une scène de la vie quotidienne dans le monde des courtisans. Dans un français somptueux, l’auteur esquisse, d’anecdote en anecdote, un tableau hallucinant de la courtisanerie. Il dépeint un monde dominé par l’obséquiosité, la vanité, la jalousie, l’égoïsme, la méchanceté et la calomnie. Un regard, un sourire du roi ou de Madame de Maintenon, met un homme ou une femme en transe pendant des semaines. Un mot, un signe de disgrâce est source d’une souffrance pire que la mort.

Les récits s’enchaînent, parfois d’une irrésistible drôlerie, et mettent en scène des personnages qui ne songent qu’à nuire à leur prochain pour se rapprocher du Soleil. La prétention et le ridicule sont en toile de fond de cet univers morbide: « Tout cela fut accompagné de tant de dépit, de jalousie, mais surtout de grimaces et de postures si étranges, qu’à la fin, il fut ramené à lui-même par un éclat de rire dont le grand bruit le fit soudainement retourner en tressaillant, et il vit alors sept ou huit personnes à table, environnées de valets, qui mangeaient dans le même pièce, et qui, [ayant] eu le plaisir de l’entendre et celui de le voir par la glace vers laquelle il s’était tourné […], n’avaient pu y tenir plus longtemps, avaient tous à la fois laissé échapper ce grand éclat de rire ».

Dans ce Grand Siècle de domination de la France sur l’Europe, on sent déjà, à cette lecture, un ferment de décadence qui s’est emparé des esprits. Moins d’un siècle avant la Révolution, Saint-Simon rend compte d’un univers rongé par la bêtise narcissique et le mépris du bien commun qui, aveuglé par le brouillard de la magnificence, ne réalise pas un instant qu’il roule à l’abîme et entraîne pays à la catastrophe:

 » Un funeste poison: « On voit de quel funeste poison est un premier ministre à un royaume, soit par intérêt, soit par aveuglement. Quel qu’il soit, il tend avant tout et aux dépens de tout à conserver, affermir, augmenter sa puissance; par conséquent son intérêt ne peut être celui de l’Etat qu’autant qu’il peut concourir ou être compatible avec le sien particulier. Il ne peut donc chercher qu’à circonvenir son maître, à fermer tout accès à lui, pour être le seul qui lui parle et qui soit uniquement le maître de donner aux choses et aux personnes le ton et la couleur qui lui convient, et pour cela se rendre terrible et funeste à quiconque oserait dire au roi le moindre mot qui ne fût pas de la plus indifférente bagatelle. Cet intérêt de parler seul et d’être écouté seul lui est si cher et si principal qu’il n’est rien qu’il n’entreprenne et qu’il n’exécute pour s’affranchir là-dessus de toute inquiétude. L’artifice et la violence ne lui coûtent rien pour perdre quiconque lui peut causer la moindre jalousie sur un point si délicat et pour donner une si terrible leçon là-dessus que nul sans exception ni distinction n’ose s’y commettre. Par même raison, moins il est supérieur en capacité et en expérience, moins veut-il s’exposer à consulter, à se laisser remplacer par délégation de pouvoir, à choisir sous lui de bons ministres, soit pour le dedans, soit pour le dehors. Il sent que, ayant un intérêt autre que celui de l’Etat, il réfuterait mal les objections qu’ils pourraient lui faire, parce que son opposition à les admettre viendrait de cet intérêt personnel qu’il veut cacher; c’est pour cette raison, et par crainte d’être démasqué, qu’il ne veut choisir que des gens bornés et sans expérience, qu’il écarte tout mérite avec le plus grand soin, qu’il redoute les personnes d’esprit, les gens capables et d’expériences; d’où il résulte qu’un gouvernement de premier ministre ne peut être que pernicieux. »

Saint Simon (1675/1755)

« Mémoires »

Maxime TANDONNET

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Avenir des Républicains (Atlantico)


  1. Les Républicains semblent avoir une grande difficulté politique, que ce soit sur le plan des personnes ou du contexte actuel à s’imposer et marquer pour de bon leur retour après la déroute de 2016. Ce retour n’est-il pas particulièrement difficile en ce qu’il implique de sortir de 40 ans de « cercle de raison » pour répondre aux attentes de leurs électeurs ?Il me semble que la difficulté des Républicains est double. La première est idéologique. Les Républicains ont du mal à savoir ce qu’ils sont et ce qu’il veulent. Ils ont bien conscience des préoccupations de l’opinion publique, notamment autour de l’immigration. Cependant, ils ne veulent pas être assimilés au populisme qui monte en Europe. D’où l’abstention d’une partie des députés LR lors du vote du Parlement européen sur les sanctions envers la Hongrie. C’est la même chose vis-à-vis du gouvernement italien et de la politique de son ministre de l’Intérieur Salvini. LR est déchiré entre la prise en compte des inquiétudes populaires et un souci de respectabilité européenne. En matière économique et sociale, les choses ne sont pas plus simples. LR est par nature et par l’histoire un parti libéral. Or, le thème du libéralisme a été préempté par M. Macron et En Marche, même si leur politique véritable n’a rien de libéral au regard notamment de la hausse continue des prélèvements obligatoires. LR ne peut donc même pas s’appuyer sur cette question pour marquer sa différence. La seconde tient aux questions de personnes. Les querelles de chef (Wauquiez, Bertrand, Pécresse) pour la conquête du Graal élyséen, donnent une image détestable du parti qui le renvoie à ses heures les plus sombres. Nul chez LR, et plus généralement dans la politique française, n’est aujourd’hui en mesure d’incarner la confiance du pays.

  1. En économie comme sur des questions sociétales telles que l’immigration, le ton employé pour défendre cette nouvelle donne chez les LR est souvent celui de la colère. L’enjeu n’est-il pas aujourd’hui de dépassionner les discours de la droite ?

Oui, je suis absolument d’accord. L’opinion publique est complexe. Elle attend des responsables politiques un discours de fermeté sur les sujets de société. Mais en parallèle, elle est en quête de sérieux, d’ouverture, de sobriété, de consensus. Elle veut de la clarté dans les choix politiques mais aussi, tout autant, de la rondeur et de l’apaisement. La population dans son ensemble n’a absolument pas les mêmes attentes que les militants d’un parti. Un homme politique, pour s’imposer, doit réussir à incarner cette complexité et même ces contradictions de l’opinion. Le volontarisme dans le traitement des questions de l’époque doit s’accompagner d’un appel à l’unité et au dépassement des clivages, les deux choses n’étant pas incompatibles. Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne électorale de 2007, avait réussi à opérer cette osmose. Oui, l’enjeu est bien de dépassionner le discours de droite, mais surtout, de réapprendre à considérer les électeurs comme des citoyens qu’il faut respecter et prendre au sérieux. Nous voyons bien comment la vie politique ne cesse de glisser, jour après jour, dans un tourbillon de coups de communication, de polémiques stériles et volontaires, et de coups de menton. LR doit proposer une rupture profonde avec cette conception de la politique qui ne repose plus que sur le grand spectacle narcissique.

  1. Quelles sont les barrières qui empêchent aujourd’hui Les Républicains de sortir de ce cercle de raison aujourd’hui?Mais je ne suis pas de l’avis qu’il faille pousser LR à sortir du cercle de la raison. Pour quoi faire? Pour offrir du rêve, du cinéma et de l’émotion aux Français? Les Français n’en peuvent plus de l’esbroufe et de la comédie. Il faut au contaire cesser de prendre les Français pour des idiots et se remettre à leur parler des sujets de fond, l’école, la dette publique, l’insécurité, le danger communautariste, la maîtrise des frontières. Ainsi, puisque le mot « libéralisme » a été obéré par le parti au pouvoir, il faut aller dans le concret et préparer des baisses d’impôts et de charges en faveur des entreprises et des particuliers. Sur le plan intenational et européen, il faut proposer aux Français de sortir de la grande comédie de la lutte du « bien » post-national contre le mal « populiste » et renouer avec les fondements de la diplomatie française qui n’a pas vocation à mépriser les choix démocratiques des autres. La France n’a pas vocation à s’isoler en toisant la terre entière, les Etats-Unis de Trump, la Russie de Poutine, l’Italie de Salvini, la Hongrie de Orban, l’Angleterre du Brexit, etc. Bien sûr LR connaît une crise grave, mais c’est tout le paysage politique fançais qui est en pleine décomposition. Les sondages sur les Européennes donnent 20% à En Marche, soit 10% de l’électorat compte tenu de l’abstentionnisme: un score dérisoire pour un parti au pouvoir privé d’alliances. Ils donnent aussi le RN à 20%: une baisse considérable, d’un tiers, par rapport aux sondages et au score de 2014! La droite et la gauche sont en miettes. Ma conviction, c’est que la première formation politique qui comprendra, enfin, que les Français ne veulent plus être pris pour des idiots indéfiniment manipulables, qu’ils ne supportent plus le grand spectacle idolâtre, narcissique et mégalomane que leur donne aujourd’hui la vie publique, qu’ils veulent que les politiques leur parlent uniquement du débat d’idées et des projets, cette formation politique aura pris un avantage considérable sur toutes les autres. C’est tout l’enjeu pour LR d’être la première à en prendre conscience.
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Histoire: punir la Hongrie (Budapest 4 novembre 1956)

Budapest, octobre/novembre 1956. Les étudiants hongrois décident d’ apporter à Nagy leur  soutien par une grande manifestation organisée le 23 octobre 1956. 50 000 personnes se rassemblent ; Nagy se présente au micro alors que la foule est grosse de 200 000 personnes. La faucille et le marteau ont été arrachés des drapeaux hongrois. Le discours du dirigeant communiste déçoit. Vers 21 heures, des coups de feu sont tirés. La statue de Staline est déboulonnée. Le Comité Central se rassemble devant l’urgence. Nagy est institué président du Conseil. Un communiqué annonce bientôt l’intervention des troupes soviétiques conformément à un article virtuel du pacte de Varsovie ; en réalité, les troupes sont entrées sans attendre la permission de la direction du parti hongrois. Le président du Conseil annonce des réformes à la radio et incite les manifestants à déposer les armes. En plusieurs endroits, les tankistes russes fraternisent avec les manifestants. Mikoyan et Souslov donnent à Kadar la direction du parti en remplacement de Gerö. Kadar était ministre de l’Intérieur au moment de l’affaire Rajk. Il fut chargé par Rakosi de proposer à Rajk d’avouer des crimes imaginaires en échange de la vie sauve. Rajk accepta et fut cependant tué. Ce jour, Kadar ne parle à la radio que de répression et de l’assistance de nos « frères et alliés les soldats soviétiques ». La grève gagne tout le pays. Le Conseil de Sécurité de l’ONU condamne l’intervention de l’armée rouge (28 octobre). Nagy renonce au système du parti unique. La menace d’une nouvelle intervention soviétique se précise pourtant ; Nagy et Kadar s’en offusquent. Mais Kadar à déjà rejoint la zone soviétique quand les chars reviennent. Le 4 novembre, une déclaration radio de Kadar annonce à 5h05 l’intervention et la justifie par un danger « contre-révolutionnaire ». « Les Russes attaquent méthodiquement et brutalement à la fois, avec des centaines de chars, n’hésitant pas par exemple à mitrailler de plein fouet une queue de ménagères à la porte d’une boutique de ravitaillement ». Nagy est exécuté. Des milliers de Hongrois sont massacrés. L’ONU condamne mais n’intervient pas. L’Assemblée générale approuve un long texte émanant des États-Unis mais il est trop tard.

(Source: Histoire de la Guerre froide, André Fontaine, édition du Seuil)

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Accélération de la décomposition politique

« M. Philippe Bas (…) ce petit marquis, m’impose aujourd’hui de venir devant lui, sinon il m’envoie la police ou la gendarmerie. (…) Ce sont des petites personnes qui n’ont aucun droit, et aucun respect pour la République française et la démocratie. (…) Le Sénat français, qui bafoue les règles constitutionnelles de notre pays, très sincèrement, je vous le dis franchement, je n’ai aucun respect pour eux. » La désintégration générale de la politique française s’accélère. Dans l’histoire de la République, jamais (à ma connaissance) un membre du cabinet élyséen n’avait été convoqué devant  une commission parlementaire. Sur le plan juridique, la situation n’est pas évidente. L’Elysée est en principe un prolongement du chef de l’Etat. Ce n’est pas un ministère, une partie de l’exécutif, un organe gouvernemental comme les autres, soumis au contrôle du Parlement. En principe, l’Elysée est dans une position d’arbitre, au-dessus de la mêlée.  Mais la pratique en veut autrement. La présidence de la République, désormais banalisée, au centre de la vie politicienne au quotidien, fait de facto office d’organe d’exercice du pouvoir exécutif. Dès lors, au regard de cette évolution de la vie publique, « le Château » plongé dans la politique quotidienne, se trouve tout naturellement soumis au contrôle parlementaire. Au-delà du droit constitutionnel, qui ne me paraît pas apporter de réponse claire, les événements en cours procèdent d’ une question de rapport d’autorité. Le défilé de responsables élyséens devant cette commission, sans aucun précédent, marque l’affaiblissement de l’autorité élyséenne devant le Sénat. Le paysage dévasté de la politique française tourne à la scène surréaliste: aujourd’hui, M. Benalla, mécontent d’être convoqué, se livre à un déchaînement d’insultes publiques envers les sénateurs, dont le rôle, faut-il le rappeler, en tant que parlementaires, est de représenter et d’incarner la Nation. Le prestige de la fonction présidentielle – au-delà de l’actuel occupant du Palais – ne cesse de s’effriter au regard du pays. Sur ce champ de ruines, le Gouvernement a quasiment disparu. L’Assemblée nationale n’existe plus, sinon dans la course aux prébendes. Le principe même d’autorité et de responsabilité est en miettes. La Nation, sidérée, écœurée, ne fait plus confiance à personne. Il reste le Sénat, comme un dernier repère dans la tempête. Jusqu’à quand? Un long processus de décomposition de la politique française, engagé depuis 2011 et l’affaire DSK, poursuit son oeuvre dévastatrice. Que peut-il en sortir: une poursuite indéfinie de la désintégration, supposant qu’un pays peut vivre sans politique nationale, ou bien une explosion, sous une forme ou sous une autre? Et quand? Si nous le savions…

Ci dessous  deux contributions à Atlantico sur des sujets connexes:

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Afrique, migrations, projection

L’INED vient de publier une étude intéressante sur l’avenir des migrations africaines. Ce travail a un véritable intérêt: les réflexions prospectives sur l’avenir sont trop rares pour ne pas se satisfaire de l’ouverture d’un tel débat de fond.

En résumé, selon cette étude:  » L’Afrique subsaharienne devrait représenter 22 % de la population mondiale vers 2050 au lieu de 14 % aujourd’hui. Le nombre de migrants originaires de cette région devrait donc augmenter. Mais de combien et vers quelles destinations ? François Héran replace les migrations africaines dans le tableau mondial des diasporas.

Ses conclusions peuvent se résumer en quelques phrases: 1/comparée aux autres régions, l’Afrique subsaharienne émigre peu, en raison même de sa pauvreté ; 2/ lorsqu’elle émigre, c’est à 70 % dans un autre pays subsaharien et à 15 % seulement en Europe, le reste se répartissant entre les pays du Golfe et l’Amérique du Nord ; 3/ si l’on intègre la croissance démographique projetée par l’ONU, les migrants subsahariens auront beau occuper une place grandissante dans les sociétés du Nord, ils resteront très minoritaires : tout au plus 3 % à 4 % de la population vers 2050 – très loin des 25 % redoutés. »

Cette vision qui a le mérite d’exister et d’ouvrir une nécessaire réflexion, est cependant discutable. Elle part du constat, sans doute réaliste, qu’il n’existe pas de mécanisme automatique de vases communicants liés au différentiel de taux de fécondité. Cependant, elle trouve ses limites dans une vision mécaniste, presque mathématique des réalités. En prenant en compte les statistiques actuelles, projetées dans l’avenir, elle débouche sur la leçon d’un scénario unique présenté comme acquis. Or, la réalité est sans doute différente.

Les flux migratoires du futur dépendent de circonstances de demain: la croissance économique de l’Afrique sera déterminante: si demain, les jeunes de ce continent trouvent du travail et des raisons de vivre sur place, ils seront moins enclins à partir. La croissance économique suivra-telle la croissance démographique? Aujourd’hui, nul n’a d’idée claire sur la situation économique de l’Afrique dans 30 ans.

Le contexte politique du continent aura un impact considérable. Les grands mouvements migratoires les plus massifs sont liés  aux conflits militaires et à l’instabilité politique. Un embrasement du continent africain, lié au partage des ressources, à l’explosion démographiques, aux conflits ethniques et religieux, entraînerait des flux migratoires incontrôlables. Nul n’a la moindre maîtrise sur cette donnée.

L’étude l’INED n’évoque pas le rôle des passeurs criminels. L’idée que la pauvreté est un obstacle à l’émigration est contestable dès lors que des filières poussent des millions de personnes démunies de tout à s’endetter pour émigrer, en leur vendant un Eldorado européen, avant de les contraindre à un véritable esclavagisme pour rembourser leurs dettes.

Enfin, les politiques suivies en Europe auront, elles aussi, un impact décisif. Il n’est pas question de préconiser une Europe forteresse, mais d’organiser les migrations en fonction des capacités d’accueil du continent européen tout en combattant avec le plus grande fermeté les formes nouvelles de la traite des personnes humaines. Les Nations européennes, individuellement et collectivement, en auront-elles la volonté et la capacité?

La réflexion engagée par l’INED est courageuse et respectable. Elle nous semble trop théorique, déconnectée du monde, de l’histoire et de ses incertitudes. La démographie peut-elle se suffire à elle-même, coupée des autres considérations, politiques, économiques, culturelles? La dimension aléatoire et incertaine de la réalité est absente d’un document certes extrêmement intéressant par son objet, mais trop universitaire et catégorique dans son contenu.

Maxime TANDONNET

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« La fabrique de l’islamisme » (rapport de l’Institut Montaigne)

L’institut Montaigne publie un rapport remarquable de M. Hakim El Karoui, normalien, agrégé de géographie, sur l’islamisme comme idéologie.  Ce document, dont un bref extrait est reproduit ci-dessous, doit être lu dans son ensemble pour mieux comprendre une menace qui pèse sur la cohésion des sociétés européennes. Après cette publication, nul ne pourra encore dire, à l’avenir, « qu’il ne savait pas. »

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2.3. Les salafistes, en situation de monopole

Arrivé plus tardivement que le Tabligh et les Frères d’Europe, le salafisme est aujourd’hui en situation de monopole. S’appuyant sur le travail de terrain et de réislamisation opéré par ses deux prédécesseurs, qui n’ont pas entièrement disparu, le salafisme est aujourd’hui en situation de monopole idéologique. Leur hégémonie se joue tant sur le plan théologique que sur le plan liturgique et à celui des normes quotidiennes. Il ne faut bien entendu pas comprendre par là que tous les musulmans de France sont des salafistes, loin de là, mais que le salafisme est devenu la référence à partir de laquelle se définissent (ou se distinguent) les pratiques et discours religieux, y compris ceux des Frères musulmans qui sont obligés d’adapter leur discours aux nouvelles attentes de leur public. Une présence diffuse. À partir des années 1990, les salafistes font leur apparition au sein de l’islam de France et se développent en parallèle et concurremment aux Frères musulmans et aux tablighis. 

Comme le précise Samir Amghar, la majorité des principaux prêcheurs du salafisme en France sont d’origine algérienne et s’y sont installés dans les années 1980 et 1990 (voir partie III, chapitre 4). Contrairement aux Frères musulmans, le salafisme n’a pas d’unité en France, et ne cherche pas à en avoir. Son implantation est locale, diffuse et fluide, sans structuration ni hiérarchie autre que l’autorité théologique des grands cheikhs. C’est ce qui fait la force d’une idéologie centrée sur l’individu et de petites communautés, et qui ne cherche pas la lumière, à l’inverse de l’UOIF. La conséquence est également celle d’un repli sur la communauté, la ville, le quartier, qui se communautarise. Les salafistes « prônent l’isolement et la séparation d’avec une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas » afin de vivre en imitant les premiers croyants musulmans et le Prophète Mahomet.

Selon les estimations, le salafisme militant concerne environ 15 000 à 20 000 personnes en France, sur une population relativement jeune et « trouve un terrain de diffusion particulièrement propice dans les anciennes “banlieues rouges” ». C’est notamment le cas de Trappes où l’influence de l’Arabie saoudite se fait ressentir dès les années 1980 au travers de distribution de livres, de pèlerinage à la Mecque et de prédicateurs itinérants distribuant des bourses d’étude pour Al-Azhar et les universités saoudiennes. Les facteurs socio-économiques ne sont pas suffisants pour expliquer l’essor de l’islamisme dans certaines zones françaises. Le contexte international occupe une place importante dans l’expansion islamiste. À titre d’exemple, selon Mohammed Ali Adraoui, la guerre d’Algérie dans les années 1990, a été déterminante dans la progression du salafisme en France. L’importation du conflit s’explique par les liens historiques, migratoires, politiques entre les deux pays. Beaucoup d’imams arrivent par ailleurs à cette époque, notamment à Marseille et Paris et sa banlieue. Trappes a également accueilli des algériens du GIA et du FIS expulsés de leur pays pour des raisons politiques : « En France, le discours des activistes du GIA fédère d’abord des sympathisants islamistes algériens, puis les premiers convertis, et touche désormais les beurs »

Les salafistes offrent une version plus simple de l’islam et attirent ainsi les jeunes. L’expansion locale du salafisme La diffusion du salafisme à l’échelle d’un quartier prend la forme de la création d’une ambiance de religiosité et de surveillance. Elle prend le plus souvent comme point de départ un centre, que ce soit un prêcheur charismatique, une mosquée ou une association. Elle prend ensuite comme appui d’autres associations, des lieux de rassemblement a priori sans lien avec la religion, et devient progressivement visible dans l’espace public. Dans certaines communes, c’est autour d’une personnalité charismatique que s’est développé l’islamisme radical. Grâce à un talent oratoire certain et d’un discours bien rodé, la première étape est la création d’un réseau de disciples qui prêchent ensuite dans d’autres mosquées, et permet ainsi de gagner en influence.

L’importance de l’imam Abdel Hadi Doudi, adoubé par Rabi’ al-Madkhali, dans l’essor du salafisme à Marseille en est un exemple. En décembre 2017, la mosquée As-Sounna dans laquelle il prêchait depuis une trentaine d’années a été fermée par les autorités pour six mois. Selon la préfecture de police, « en un peu plus d’une quinzaine d’années, le prosélytisme patient et continu d’Abdel Hadi Doudi a conduit à la diffusion du message salafiste à un quart des fidèles » Une note anonyme du renseignement territorial révélait que 25 % des musulmans de Marseille qui assistaient à des prêches du vendredi fréquentaient des mosquées salafistes. Celles-ci constituaient quinze des 80 mosquées de Marseille. Selon la note, Doudi aurait implanté ses disciples dans 17 mosquées du département76. Une dynamique claire de l’implantation et de la diffusion des idées islamistes apparaît. Comme l’explique Abderrahmane Ghoul, vice-président du Conseil régional du culte musulman, « dès que (les salafistes) mettent la main sur une mosquée, peu à peu cela infuse dans le quartier parce que les gens viennent prier au plus près de chez eux, tout simplement. Après, ce sont les commerçants, les snacks, les libraires qui basculent. Les salafistes prennent alors le pouvoir sur le quartier ».

C’est ainsi que l’islamisme s’est implanté à Sarcelles, en suivant les schémas classiques : entrisme dans les mosquées, politique tournée vers la jeunesse et investissement dans les champs associatifs. Les islamistes sont implantés dans le quartier de l’école Jean-Jaurès et rassemblent près de 50 à 60 fidèles par jour et 200 pendant le Ramadan. Ces chiffres sont cependant moins importants que ceux de la principale mosquée de la ville « Foi et Unicité » qui attire entre 300 et 400 fidèles. Des salles de prières sont aménagées dans les immeubles et les jeunes sont recrutés pour leur parler de la vie du Prophète et leur donner les bases de la connaissance théologique de l’islam.

Les relais du salafisme sont plus surprenants. Ainsi le kebab Chicken planet, situé entre la mosquée et le lycée de la ville de Trappes, devient par exemple l’épicentre du groupe salafiste trappiste, puis le point de repère des candidats au djihad en Syrie. Progressivement, une ambiance de suspicion et de surveillance se met en place. Toujours à Trappes, les salafistes « surveillent les commerces et ont peu à peu dissuadé les cafés tenus par la communauté, comme ils appellent les musulmans, de vendre de l’alcool et de la nourriture qui ne serait pas halal. Ils suivent des yeux les jeunes filles qui se rendent au lycée de la Plaine-des-Neauphle et leur font parfois la leçon pour un pull trop ajusté (…)

La thèse d’un vote musulman est souvent développée en période électorale. Cependant, le vote musulman, comme le démontre Hugo Micheron, ne passe pas directement par les urnes mais par des pressions exercées par de lobbys locaux comme l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, qui tentent de mobiliser les votes des communautés musulmanes en échange de certaines revendications. En revanche, il existe des lobbys qui, à l’échelle des municipales de 2014, se mobilisent pour faire élire des candidats sur la base de leur appartenance religieuse pour consolider l’islamisme localement. Cela montre aussi les négociations entre religieux et personnages politiques. Ces derniers ont recours aux groupes religieux pour pacifier les banlieues, lutter contre les réseaux de trafic locaux et contre la délinquance. En échange, ils soutiennent le financement des mosquées et des centres culturels.

Lieu de socialisation par excellence, en particulier chez les jeunes, les clubs de sport sont devenus une cible de choix pour les salafistes prosélytes (y compris djihadistes). Cet engouement se traduit par leur présence dans beaucoup de complexes sportifs amateurs, dans lesquels ils communiquent leurs normes et peuvent même aller jusqu’à recruter. En octobre 2015, une note du Service central censée rester confidentielle, présente le sport comme un « vecteur de communautarisme, voire de radicalisme ». Le document mentionne entre autres des prières sur la pelouse dans des clubs de foot de Perpignan, l’interdiction aux femmes d’accéder à certains clubs house, l’exigence de repas halal, l’interdiction de l’alcool et le refus de la mixité. Il mentionne également une association sportive à Strasbourg qui obligerait les filles à porter le voile et les garçons à prier pendant les mi-temps. Parfois, au lieu d’investir et de noyauter une structure préexistante, les salafistes en créent une nouvelle. Des clubs communautaires salafistes ont ainsi été ouverts, par exemple à Bobigny. Parmi eux, le Elle Club, anciennement Sunna Club, offre des équipements de sport et des cours de kick-boxing, « dans un cadre exclusivement féminin (…) Le tout sans musique ! »Plus globalement, la création d’associations fermées aux non-salafistes constituent une étape supplémentaire dans la séparation et l’émergence d’une société parallèle. Le rapport du Service central du renseignement territorial le précise d’ailleurs : ce communautarisme assumé fait de ces clubs des associations exclusivement musulmanes et ne favorise pas l’adhésion de membres non-musulmans. 

Le développement de l‘islamisme s’est historiquement concentré dans des villes connaissant un contexte socio-économique précaire. Il s’est essentiellement développé dans les anciens bassins industriels de l’après-guerre, dans les périphéries de grandes villes ou dans des villes de la reconstruction qui ont accueilli des immigrés pendant les Trente Glorieuses et qui connaissent aujourd’hui de forts taux de pauvreté et de chômage. La ville de Roubaix en est un exemple. Lors de la révolution industrielle du XIXe siècle, la commune française connaît un essor grâce à son industrie du textile. Cependant, dans les années 1960, Roubaix est frappée par la crise économique, les usines de textile déménagent à l’étranger et Roubaix doit se reconvertir. La ville, dont la population en 1997 était à 32 % d’origine étrangère, fait aujourd’hui partie des villes les plus pauvres de France avec en 2014, 45 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Roubaix a connu une douzaine de départs en Syrie.

Dans le livre La Communauté, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin mettent en évidence, au fil du récit, les changements qui s’opèrent à Trappes. Cette ville des Yvelines, dont la majorité des habitants travaillaient dans l’industrie automobile, a durement été frappée par la crise économique. Les auteures décrivent également une ségrégation géographique, deux mondes parallèles de part et d’autre du périphérique : « on va en France  Les journalistes expliquent qu’à l’élection du maire communiste en 1966, Trappes, bastion communiste, est déjà considérée comme une « contre société », un laboratoire pour le parti. On constate que les foyers d’islamisme comme les villes de Trappes, Roubaix, Clichy-sous-Bois, Aubervilliers, Marseille ou encore Strasbourg font partie des zones franches urbaines (ZFU) répondant à des critères comme le taux de chômage, la proportion de jeunes, proportion de personnes avec ou sans diplôme et le potentiel fiscal par habitant.

C’est dans ces zones défavorisées que l’Etat peine à dynamiser que la diffusion de l’islamisme s’effectue le mieux. Ainsi, ces villes connaissent des taux de pauvreté et de chômage bien au-dessus de la moyenne nationale : Trappes (taux de pauvreté de 24,6 % et 19,4 % de chômage), Roubaix (45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté) ou encore Aubervilliers (44,3 % de pauvreté et 23,8 % de chômage)91. L’expansion islamiste ne se limite cependant pas à ces quartiers des grandes villes. Lunel, par exemple, ne fait pas partie de ces ZFU et connaît pourtant un grand nombre de radicalisés : une vingtaine d’habitants ont rejoint les rangs de l’organisation État islamique en Syrie. Cette commune rurale de 25 000 habitants en Camargue ne totalise pas toutes les caractéristiques établies ci-dessus. Si Lunel n’est pas une ancienne ville industrielle comme les autres villes foyers d’islamisme, elle connaît tout de même une diffusion forte des idées islamistes. Les chiffres permettent cependant d’établir un lien : aujourd’hui 1/5 de la population est au chômage et 1/4 des habitants vit sous le seuil de pauvreté. La stigmatisation et l’exclusion des populations musulmanes a également joué un rôle très important. En effet la religion est vue à Lunel comme l’un des seuls processus d’intégration sociale, développant ainsi le communautarisme. La tendance générale révèle ainsi un contexte socio-économique difficile dans ces foyers, permettant d’expliquer le choix des islamistes de s’implanter au sein de ces quartiers plutôt que d’en autres.

Le salafisme s’oppose donc au frérisme, qu’il a en parti remplacé, puisqu’il ne cherche pas l’intégration (sous forme de communauté), mais le repli communautariste. Si l’identité musulmane est également au cœur de sa pensée, ce n’est pas d’un point de vue social et politique, mais d’un point de vue religieux. Il profite cependant du travail effectué pendant deux décennies par les Frères musulmans, qui ont installé auprès des populations musulmans l’importance de l’islam comme référence dans la vie quotidienne. La réponse apportée par l’identité musulmane n’a cependant pas le même sens. Là où elle signifie fierté communautaire mais volonté d’intégration chez les premiers, elle signifie rupture chez les seconds, rupture qui est conçue comme une solution et une fin en soi. La logique interne du discours salafiste : préserver la communauté En quoi la réception des idées islamistes conduit-elle aux positions de rupture, notamment observées dans les enquêtes d’opinion ? Pour le comprendre, il faut étudier les modalités du discours salafiste. En effet, les salafistes sont, parmi les islamistes, ceux qui utilisent le plus la référence religieuse.

Or, leur discours, émis dans un contexte comme l’Europe où les musulmans (et encore moins les salafistes) ne sont pas majoritaires, promeut clairement l’existence d’une communauté à part dont l’identité ne serait fondée que sur la religion, et qui aurait pour devoir de se séparer du reste de la population. Le communautarisme, volontaire, en est la conséquence. Il s’agit de comprendre la logique interne du discours qui y conduit. Ce discours, auparavant transmis uniquement via des objets culturels (livres notamment) ou des sermons (à la mosquée ou à la télévision), se déploie aujourd’hui également sur internet. Avant d’analyser le fonctionnement des communautés salafistes sur les réseaux sociaux (chapitre 2), il convient donc de se pencher sur les discours tels qu’ils sont présents en quantité sur des sites internet francophones qui apparaissent parmi les mieux référencés pour toute recherche sur l’islam un tant soit peu avancée. Ces sites, souvent associés à un compte Twitter qui renvoient vers eux, sont d’aspect simples, couleurs froides, ornés de palmiers, de calligraphies et photographies de la Kaaba, mais évitant toute représentation de visages humains. Leur contenu se focalise sur le discours strictement religieux et sur la mise en ligne de fatwas, traduites puisque originellement émises par des cheikhs saoudiens. 

Le discours de rupture nette avec le reste de la société est sous-tendu par un autre discours qui s’appuie sur le sentiment d’une décadence globale du monde ; pour échapper aux punitions divines qui risquent de s’abattre avant ou après la mort sur les pécheurs, il s’agit de se séparer physiquement d’une population considérée comme mécréante. L’enjeu est alors de parvenir à quitter le monde non salafiste et à s’en distinguer. Dans une société qui aurait péché par orgueil, les salafistes insistent sur la soumission aux ordres divins – rappelons que le terme « islam » signifie « soumission [à Dieu] » – tels qu’ils sont censés être clairement mis en œuvre dans les récits de la vie du Prophète. Les salafistes, jusque dans leur nom, revendiquent un respect scrupuleux de la tradition magnifiée qui serait l’émanation directe des actes idéaux des salafs, c’est-à-dire des « pieux ancêtres » compagnons de Mahomet. Puisque la société actuelle ne serait que décadence, il faudrait suivant la tradition du Prophète séparer physiquement la communauté des vrais croyants des mécréants et se distinguer de ces derniers en tout afin préserver la pureté de la communauté.

Dans cette logique, comme la société et son mode de fonctionnement sont viciés, il n’y a que les textes religieux qui peuvent guider et justifier ces comportements. Les textes et l’interprétation qui en est faite ne peuvent donc être critiqués de l’extérieur. La société décadente comme signe de la fin des temps Tous les discours de rupture avec la société française s’appuient sur une idée de décadence de cette société. Les mouvements intégristes et fondamentalistes, et le salafisme n’y coupe pas, accordent une très grande importance à cette idée d’une décadence. Pour les salafistes, les symboles de cette décadence supposée sont, par excellence, l’homosexualité et le comportement des femmes, deux thématiques qui permettent de mobiliser l’idée d’un renversement des valeurs et d’une transgression des normes divines. L’homosexualité est vue comme une perversion du couple hétérosexuel légitime : sa reconnaissance dans une société attesterait de la perversion du groupe dans sa globalité. La dénonciation de l’homosexualité par les salafistes procède tout d’abord de citations coraniques, avec la citation d’un passage dans lequel apparaît le prophète Lot. « L’acte du peuple de Lot » est alors sans ambiguïté interprétée comme la « sodomie » ou « l’homosexualité ». Dans le Coran (sourate 11 notamment), Lot est un prophète qui réchappe avec la majorité de sa famille à la destruction de son peuple.

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Ne touchez pas au participe passé!

Un mouvement d’opinion a vu le jour dans l’objectif de simplifier la règle d’accord du participe passé. Né en Belgique, il s’étend aujourd’hui en France.

Deux anciens professeurs de français écrivent dans Libération du 2 septembre:« Osons l’affirmer : les règles d’accord du participe passé actuelles sont obsolètes et compliquées jusqu’à l’absurde. [Les nouvelles règles proposées d’accord simplifiées] compte tenu du fait qu’elles ne sont pas fautives, qu’elles suivent l’usage, qu’elles libèrent du temps scolaire, qu’elles sont recommandées par toutes les instances officielles d’avis sur la langue et les universités, on est en droit de se demander pourquoi ces [nouvelles] règles ne sont pas appliquées. »

Nous voyons bien la logique qui est derrière ce raisonnement. D’abord, celle de la table rase: en finir avec une vieille règle grammaticale venue du passé qui complique l’orthographe du français. Les auteurs de cet article effectuent un rapprochement révélateur entre les règles d’accord du participe passé et la religion chrétienne. Ensuite le nivellement par le bas: puisque cette règle crée une inégalité sociale entre les personnes qui la maîtrisent et celles qui peinent à l’appliquer, il suffit d’y mettre fin pour rétablir l’équilibre. Une vision strictement inverse de celle des premiers républicains qui voyaient dans l’exigence scolaire un tremplin de la promotion sociale.

On en revient à l’éternelle question de la simplification de l’orthographe. Jusqu’à présent, les réformes ont porté sur l’écriture des mots. Aujourd’hui, un cran supplémentaire est franchi: on touche à un pilier grammatical, à la structure même de la langue. « Les fleurs que je t’ai offertes … »

De fait, les règles d’accord du participe passé avec les verbes être et avoir ne sont pas arbitraires. Elles ont une histoire qui remonte aux sources latines du français. Elles constituent une richesse, une subtilité de la langue. Les supprimer serait, non pas une simplification, mais un appauvrissement du français.

L’apprentissage de la règle d’accord du participe passé relève d’une subtile gymnastique de l’esprit et de la construction intellectuelle d’une personne. La logique de la simplification à tout prix conduit à la destruction du patrimoine intellectuel: à quoi sert le subjonctif? Et la grammaire en général? et les mathématiques? Et la philosophie? Et l’histoire? toutes ces disciplines si compliquées.

Cette règle ne sert à rien, disent-ils, elle est « inutile ». Mais elle est simplement belle! « les fleurs que tu m’as offertes! » Elle fait partie du charme du français, de sa beauté et de sa poésie, de la littérature. Faut-il supprimer la beauté et la poésie, le charme de la langue? La beauté et la poésie ne sont-elles pas tout simplement notre principale raison de vivre?

Mais au fond, cette idéologie de la simplification à tout prix, qui s’exprime dans ce débat, n’est-elle pas l’un des sous-bassement du monde moderne? Plutôt que de pousser les personnes à s’élever par le savoir et la culture en surmontant les difficultés de l’apprentissage, il suffirait de supprimer ces dernières pour assurer un strict égalitarisme entre tous les hommes.  Il est sidérant de voir comment les vieilles idéologies qui ont provoqué tant de malheurs resurgissent sous des formes les plus anodines et innocentes.

Maxime TANDONNET

 

 

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« Pourquoi le peuple français n’a-t-il plus confiance dans ses présidents? » (Figaro Vox)

Voici mon dernier article pour le Figaro Vox. Les événements politiques auxquels nous assistons depuis cet été (affaire Benalla, démission Hulot, effondrement de la confiance, etc.), sont dans la continuité d’une décomposition de la politique française qui remonte à plusieurs décennies et s’accélère depuis 2011. Elle est dominée par la disparition de l’esprit  public au profit de l’obsession narcissique et par l’effondrement de la confiance populaire dans la politique. La crise actuelle est dans la ligne de ce mouvement.  Mais nous sommes loin d’être au bout: le fond de l’abîme n’est pas encore atteint. Il faut s’attendre, demain, à de violentes secousses et à un chaos sans nom. Rien n’était plus affligeant que la vague de courtisanerie, d’obséquiosité et d’idolâtrie qui a suivi les élections de 2017. Mais l’excès inverse, c’est-à-dire la déferlante de haine et de moquerie qui lui succède n’est pas plus réjouissant. La logique du pire ne conduit à rien. Adoration et lynchage sont les deux faces de la même défaite du politique devant l’émotionnel. A mes yeux, (et sans vouloir paraître prétentieux), une seule attitude est valable: essayer de comprendre les causes du cataclysme en cours et réfléchir aux solutions de fond pour tenter d’en sortir.

Maxime TANDONNET

Figaro Vox, le 4 septembre 2018:

« Si je suis désavoué par une majorité d’entre vous, ma tâche deviendra évidemment impossible et j’en tirerai aussitôt les conséquences« . Cette déclaration du général de Gaulle à la veille du référendum de 1969 est emblématique de sa conception de la République, fondée sur le respect des Français. Chez lui, une impopularité présidentielle est inconcevable. La mission du chef de l’Etat repose exclusivement sur la confiance du peuple. Par le recours fréquent au référendum, le président de la République pose périodiquement la question de confiance à la Nation et il se retire si celle-ci est rompue. La Constitution de 1958 confie des prérogatives importantes au chef de l’Etat. Mais, selon un principe, qui est le socle de toute démocratie, ce pouvoir a une contrepartie: la responsabilité permanente devant le peuple.

Or, depuis 1970, il existe une constante: les présidents de la République sont toujours plus impopulaires les uns que les autres. L’institution présidentielle est prise dans l’engrenage d’une rupture toujours plus profonde avec la Nation. La chute est vertigineuse si l’on prend en compte la cote de confiance des chefs de l’Etat après un an de mandat: de Gaulle 69%, Pompidou 59%, VGE 59%, Mitterrand 57%, Chirac 42%, Sarkozy 33%(Kantar-tns-Sofres). Un sondage Ifop Paris-Match de septembre 2018 donne le président Macron encore plus impopulaire que son prédécesseur avec 31% de satisfaits (contre 32%) au même stade de leur mandat.

Les causes profondes de cette déchéance sont multiples. Depuis le tournant des années 1980, le politique échoue face aux grands problèmes de fond des Français: dette publique, déficits, violence et insécurité, chômage de masse, pauvreté, déclin industriel, maîtrise de la frontière, situation des banlieues, déclin de l’éducation nationale. Pour couvrir les échecs, les chefs de l’Etat modernes s’exposent dans une surcommunication. La médiatisation à outrance sert à masquer ou à faire oublier la défaite du politique sur le terrain de la réalité. Cependant, ce faux remède ne fait qu’aggraver le mal. Par cette surexposition, en prétendant incarner à eux seuls le pouvoir politique, dans une logique qui écrase le Parlement et le Gouvernement, les présidents se posent involontairement en boucs émissaires naturels de la Nation, incarnation de ses maux et de ses angoisses. Par le plus tragique des paradoxes, le chef de l’Etat, censé incarner le prestige national, finit par incarner de facto la déchirure, les souffrances et les angoisses de la Nation.

La question de la responsabilité présidentielle face à la Nation, au coeur de la République gaullienne, est annihilée, comme incongrue. Au contraire, les occupants de l’Elysée se placent dans une posture de rupture avec le peuple. Ils se persuadent de leur vocation à diriger le pays sans le soutien de la population, en ne comptant que sur eux-mêmes (voire une coterie de courtisans). Tel est le paroxysme en politique de la société narcissique et nihiliste décrite par Gilles Lipovetsky dans l’Ere du vide.

Cette erreur fondamentale est une source des malheurs politiques de la France contemporaine. Aucune démocratie ne peut être gouvernée sans la confiance durable de la Nation. Le général de Gaulle a sorti la France de la guerre d’Algérie, son plus grand défi depuis 1945, en s’appuyant sur la confiance du pays. Oui, la France est gouvernable, oui elle est réformable, mais sous réserve de la confiance du peuple en ses dirigeants. Le principe de l’autorité verticale, du haut vers le bas, l’autocratie, est absurde et illusoire dans le monde moderne. Il est inutile d’édicter des normes si la confiance n’est pas au rendez-vous, à tous les niveaux pour relayer les choix de société et les faire vivre.

Un président de la République sans la confiance populaire, qui est la courroie de transmission entre l’Elysée et le monde des réalités, est condamné à l’isolement et à l’impuissance. La confiance du peuple permet seule de légitimer l’action publique et de surmonter les intérêts particuliers et les obstacles intermédiaires. Il n’existe pas d’autorité, en démocratie, ni de réforme possible, en dehors de la confiance populaire. Comment peut renaître la confiance? Autour de valeurs comme la vérité, la modestie (contraire de la vanité stérile), l’action authentique, l’intérêt général, les responsabilités partagées avec le Premier ministre, les ministres et le parlement, la simplicité, le respect, l’honnêteté, la sincérité, l’écoute, la vision de l’avenir, la volonté unique de servir la France.

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Quand viendra une lueur de lucidité?

« C’est l’inversion des courbes, mais pas celle que François Hollande attendait. Pour la première fois depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron fait pire que son prédécesseur en termes de popularité. D’après le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match paru ce mardi, il ne réunit que 31% de satisfaits, contre 32% pour François Hollande en septembre 2013. »

Voilà ci-dessous ce que j’écrivais il y a un peu plus d’un an, juste après l’élection présidentielle:

La vraie question n’est uniquement pas celle de la personnalité du président M. Macron, mais de comprendre que la France a tout à repenser et tout à reconstruire, autant les mentalités que les institutions, sur le plan de sa vie politique.

Maxime TANDONNET

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Prendre conscience du désastre d’un système (pour Atlantico)

1-Dans le contexte de la démission de Nicolas Hulot de son poste ministériel, l’éventualité de la nomination de Daniel Cohn-Bendit pour le remplacer a été étudiée par l’exécutif. Dans quelle mesure cette hypothèse peut-elle démontrer, une nouvelle fois, l’importance prise par le marketing politique au détriment du politique lui même ? 

Oui, nous sommes en plein dans la politique moderne. Il faut se souvenir d’une phrase clé prononcée par le président Macron: « Je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque ». Aujourd’hui, la politique médiatisée prétend avant tout offrir un spectacle aux Français, avec ses héros et ses monstres, ses batailles, ses victoires et ses échecs, la litanie des sondages quotidiens… L’intérêt général n’est que secondaire dans ce schéma. Le but principal est de sublimer l’image d’un personnage et tendre vers le Graal suprême qui serait la réélection en 2022. Le fond du problème est que, dans les milieux dirigeants, nul ne croit plus vraiment dans le politique en tant que service du bien commun. La politique est devenue avant tout une affaire de postures, de messages et de symboles. Le roman qui s’écrit aujourd’hui est celui du « bien » post frontières, qu’incarne l’équipe au pouvoir en France, contre le mal nationaliste qui renaît à travers le Brexit, Salvini et Orban, le « populisme » sous toutes ses formes. L’idée de nommer ministre M. Cohn Bendit était bien dans la logique de ce message: ce dernier incarne le souvenir de mai 1968 et les valeurs de l’époque, en particulier le dépassement de l’Etat nation comme source de l’autorité politique.

2-Qu’est ce que la République a à perdre d’une telle situation ou l’enracinement territorial des élus, le temps long d’une carrière, formant une forme de « creuset politique », perd de son importance au profit du tout marketing ? Comment le fond est-il finalement en train de céder à la forme ? 

Des notions comme l’intérêt général, le bien commun, la res publica, la chose publique sont passées au second rang de la vie politico-médiatique. Le débat d’idées a disparu. L’essentiel est dans l’apparence, la perception qu’ont les électeurs de la situation générale et l’image qu’ils se font de leurs dirigeants. L’image l’emporte sur tout le reste. Un homme est élu président de la République sur son image télévisuelle. Cette image gagnante s’impose comme l’acte de naissance et le principe originel d’un quinquennat. Sa sauvegarde ou sa promotion devient le but en soi de la vie politique qui glisse dans le culte de la personnalité. Le danger de ce fonctionnement est la fuite permanente dans un monde virtuel. L’objectif est de valoriser une image, par la communication et les manipulations, et non pas d’améliorer la réalité qui dans ce schéma, n’a qu’une importance secondaire. De fait, les relais naturels entre le monde politique et la nation s’effacent dans la lumière aveuglante élyséenne: Premier ministre, ministres, députés et sénateurs. Le gouvernement qui est par définition la courroie de transmission entre le pouvoir d’Etat et le monde réel est quasiment annihilé. Le parlement, qui doit servir de relais permanent entre l’Etat et la France profonde est réduit à néant et entièrement dépendant de l’Elysée. Le peuple lui-même se sent en rupture complète avec le système politique: 87% des Français estiment que les politiques ne tiennent aucun compte de leur point de vue (CEVIPOF 2018).

3- En quoi l’importance prise par le marketing, par l’image, peut-elle cacher en termes de concentration du pouvoir ? Ne s’agit-il pas de la leçon de la démission de Nicolas Hulot ? 

Une erreur fondamentale est de parler de concentration du pouvoir ou de l’autorité. En réalité, il vaudrait mieux parler de concentration de l’impuissance. Toute l’attention médiatique converge vers l’Elysée. Plus rien n’existe (ou presque) que l’image élyséenne dans la vie publique, médiatique, journalistique française. L’Elysée veut s’occuper de tout, rendre les arbitrages, prendre les décisions dans les plus infimes détails, et toujours attirer à lui la lumière des caméras qui d’ailleurs, s’en donnent à coeur joie: il est tellement plus facile d’adorer ou de lyncher que de réfléchir au fond des sujets! Cependant, isolé dans sa tour d’ivoire, ayant aboli de fait les véritables sources d’autorité gouvernementale, le Premier ministre, les ministres, et amputé des relais sur le terrain que seraient des parlementaires puissants et respectés, l’Elysée ne maîtrise plus rien et les difficultés s’accumulent. Dès lors, l’institution présidentielle conçue pour rayonner de son prestige devient au contraire le bouc émissaire de tous les échecs, les frustrations, les déceptions. Comme vous le dites, la démission de M. Hulot, suivie d’une nouvelle chute de la cote de confiance du chef de l’Etat, est emblématique de cette logique infernale. C’est pourquoi de mandat en mandat, les présidents de la République sont toujours plus impopulaires les uns que les autres… Mais attention! Cela ne tient pas uniquement à la personnalité de l’actuel président. Bien sûr, cette dérive atteint aujourd’hui son paroxysme. Mais elle est en cours depuis des années. Or, la prise de conscience de la déraison qui s’est emparée du système est totalement absente. Les opposants au président Macron, sans exception, n’ont qu’une idée en tête: prendre sa place pour faire exactement comme lui. Tant qu’une lueur de clairvoyance ne viendra pas éclairer le monde politique sur la débâcle de la démocratie française, rien ne sera possible…

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Contre la réforme du bac (par M. René Chiche, professeur agrégé de philosophie)

Ci-dessous un large extrait de la dernière déclaration préalable que j’ai prononcée en séance plénière du #CSE le 21 mars 2018 à l’occasion de l’examen des textes qui mettent en oeuvre la réforme du #bac2021. Cette réforme, marquée par l’introduction du « contrôle continu », si elle devait être appliquée, porterait un coup fatal à la crédibilité d’un examen qui n’en a plus beaucoup, et qu’il fallait en effet « muscler » au lieu d’en faire une simple formalité ! Je n’entre pas ici dans les détails, et un mail sera prochainement diffusé à tous pour faire un compte rendu précis de cette séance marquée par 1/ le rejet presque unanime de l’ordre du jour et 2/ le rejet par une large majorité du décret modifiant le code de l’éducation concernant le baccalauréat.

Voici l’extrait :

Le ministère ouvre des chantiers tous azimuts et engage à un rythme soutenu des réformes dont certaines constituent, hélas sur le fondement de décisions unilatérales là encore, des modifications en profondeur entraînant des bouleversements d’une ampleur inédite et dont on ne mesure pas tous les effets (comme dans le cas du baccalauréat), multipliant à cette fin les textes qui sont illico soumis pour avis à un Conseil supérieur de l’éducation constamment mis devant le fait accompli, dont l’avis n’est sollicité que pour amender et voter des textes sans que leur opportunité ni leur nécessité n’aient été jamais débattues. Cette façon de procéder constitue la plus faible et la moins pertinente interprétation de la mission que la loi attribue à notre instance consultative, censée émettre des avis sur les objectifs et le fonctionnement du service public de l’éducation et non pas seulement sur les projets de décrets et autres arrêtés du ministre ou du premier ministre. Nous avons aujourd’hui l’occasion de le vérifier et de le déplorer une fois de plus, en nous trouvant contraint à devoir amender puis finalement nous prononcer, par un vote vraisemblablement sans effet sur le cours des choses, sur des textes mettant en œuvre une réforme du baccalauréat dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’était pas urgente, ni que son adoption à la hussarde dans le but de réaliser une promesse de campagne électorale ne témoigne d’une quelconque considération pour les professeurs chargés de son application sur le terrain, puisqu’ils n’auront même pas été consultés. Où l’impérieuse nécessité de simplifier le baccalauréat a-t-elle été exposée ? De quel incontestable diagnostic a-t-elle été conclue ? Quand l’avis du Conseil supérieur de l’éducation sur le fonctionnement du baccalauréat lui-même a-t-il été sollicité ? La moindre des choses eut été que le Rapport Mathiot, au lieu d’être présenté à la presse et qui plus est dans le cadre d’un salon, soit débattu ici-même, devant le Conseil supérieur de l’éducation et en présence de son auteur dont je note qu’il a été auditionné par la commission concernée de l’Assemblée Nationale. La moindre des choses eut été que les modifications du baccalauréat aussi bien que celles touchant à l’organisation des enseignements au lycée préconisées par celui-ci ou par je ne sais quelle officine les lui ayant prescrites ou fournies clef en main, fissent l’objet d’une discussion et d’un avis préalables avant la rédaction des textes destinés à les mettre en œuvre : à cette condition en effet, le Conseil supérieur de l’éducation aurait rempli pleinement sa mission, celle que lui assigne la loi de se prononcer sur les objectifs et le fonctionnement du service public de l’éducation, au lieu que ses membres se bornent à jouer avec plus ou moins de bonheur aux apprentis juristes dans un face-à-face si bien réglé avec l’administration qu’il ne laisse aucun suspens quant à ceux qui auront le dernier mot !

Nous ne sommes pas hostiles par principe ni par posture aux réformes décidées par le ministère, et nous avons ici même à plusieurs reprises salué les progrès de certaines mesures, quand bien même nous les trouvions fort timides. Mais nous n’applaudirons pas une réforme qui consiste à tout changer afin que rien ne change et qui, sous couvert de « muscler » le baccalauréat, rend encore tellement plus facile les conditions de son obtention qu’on se demande si la prochaine étape ne sera pas la suppression pure et simple de toute épreuve. En effet, quand on en arrive à substituer l’examen du livret scolaire à des épreuves dignes de ce nom, quand on envisage d’intégrer à hauteur de 10% la moyenne des bulletins en cours d’année (dont il faut rappeler que la prise en compte pour le baccalauréat contredit le principe selon lequel les membres du jury ne doivent pas examiner leurs propres élèves, et à propos de quoi il faut aussi rappeler que les notes mises en cours d’année ne font l’objet d’aucune harmonisation et relèvent de la formation), quand on attribue des coefficients ridicules à des épreuves écrites de quatre heures et des coefficients élevés à des épreuves orales de dix minutes dont les contours sont vagues, quand enfin on désorganise complètement l’année scolaire de la terminale sous couvert de reconquérir le mois de juin en classe de seconde, non seulement on ne résout aucune des difficultés qu’on prétend résoudre, mais on en créé de nouvelles.

La situation actuelle n’est guère satisfaisante, soit, mais il est plus que temps de voir la réalité en face si l’on veut que réformer redevienne synonyme d’améliorer. Ce n’est évidemment pas sur la lourdeur du baccalauréat qu’il y a consensus, en dehors du périmètre de la rue de Grenelle et de ses annexes, et l’on pouvait se borner à réduire le nombre des épreuves terminales en augmentant par exemple celui des épreuves anticipées passées dans les mêmes conditions, sans en profiter pour introduire ces bizarreries qu’on appelle Humanités numériques et scientifiques et qui s’ajoutent aux innombrables heures de rien qui encombrent les emploi du temps et n’ont pour seul notable résultat que d’amputer les horaires des disciplines vraiment formatrices, comme leur nom suffit à l’indiquer. Non, ce qui fait l’objet d’un consensus, nous le savons tous ici mais peu ont le courage d’en tirer les conséquences, c’est que le baccalauréat ne suffit plus à garantir que les savoirs qu’il est censé certifier aient été réellement acquis et soient effectivement possédés ; c’est que de nombreux élèves parviennent jusqu’en terminale sans posséder le niveau leur permettant de tirer pleinement profit des enseignements dispensés, notamment le niveau de maîtrise de la langue qui est la condition de toutes les autres acquisitions ; c’est qu’une fausse bienveillance conduit les uns et les autres à renoncer petit à petit à toute exigence et à surévaluer constamment les élèves, ce qui contribue, en transformant la réussite en promesse déconnectée de toute instruction et dispensée de tout effort, à maintenir toujours davantage chacun dans l’ignorance et la servitude. Voilà en effet ce qu’il convient d’appeler bachotage : vouloir obtenir le baccalauréat à tout prix, et souvent à n’importe quel prix, au lieu de vouloir être instruit. Or quelle mesure envisage-t-on pour endiguer ce mal ? Strictement aucune dans les textes proposés, dont l’effet le plus prévisible est au contraire de généraliser le bachotage sous toutes ses formes, comme tous ici l’ont déjà fait observer.

Une réforme intelligente du baccalauréat est encore possible à deux conditions. La première est d’éviter la précipitation, de ne pas susciter une pseudo-adhésion de la population à des mesures dont elle ignore le contenu précis et les effets à court et moyen terme, et de consulter les professeurs sans les sommer d’accepter des choix qu’ils contestent ni leur réserver, à titre de consolation, la négociation de détails. La seconde condition est de procéder avec rigueur en partant des principes, de ne pas chambouler l’organisation d’un examen bicentenaire pour régler des problèmes de fuites de sujet ou alléger la tâche des concepteurs des sujets, d’exposer avec clarté les difficultés qu’on se propose de résoudre et, par-dessus-tout, de ne pas séparer la question du sens du baccalauréat général de la question du sens des baccalauréats technologiques et professionnels. Action & Démocratie CFE-CGC considère en effet que les difficultés que connaît le baccalauréat général proviennent en grande partie de ce qu’on fait peser sur lui la charge de fonction que n’assurent plus ou qu’assurent imparfaitement, de leurs côtés, les baccalauréats technologiques et professionnels, et que ce n’est qu’en rendant à ces derniers leur vocation et leur attractivité, c’est-à-dire en en faisant le moyen d’accéder à un enseignement supérieur court pour l’un et à l’emploi immédiat pour l’autre, qu’on rendra par là au baccalauréat général sa vocation initiale, qui est de préparer à des études supérieures longues. Que les finalités de ces diplômes soient enfin clairement définies, qu’on étudie les modalités permettant à tout un chacun de les cumuler s’il le désire, et qu’on cesse parallèlement de pousser vers le baccalauréat général des cohortes d’élèves qui n’ont parfois ni le goût ni la volonté d’entreprendre de longues études, bref, que l’on démocratise enfin l’éducation, au lieu de la laisser se déliter sous l’effet d’une massification subie et fort mal accompagnée, et l’on verra que la plupart des maux se résorberont d’eux-mêmes, sans frénésie réglementaire ni agitation médiatique !

 

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Lecture: Jean Moulin, par Laure Moulin, Presses de la Cité 1982

Ce livre est autant un témoignage bouleversant qu’une biographie et c’est là toute sa richesse. Laure Moulin raconte la vie de son frère, en particulier sa jeunesse, telle qu’elle l’a partagée. Elle fut toute sa vie l’un des êtres les plus proches de lui, et de ceux qui l’ont le mieux connu. A cet égard, l’ouvrage diffère de toutes les biographies écrites sur lui.  Une question vient à l’esprit, tout au long de cette lecture fascinante: comment naissent les héros?

Jean Moulin est né en 1899, à Béziers. Il a passé l’essentiel de sa jeunesse en Provence, en particulier dans le village de Saint-Andiol, au nord-est des Bouches-du-Rhône, le fief familial où il a passé toutes ses vacances. La personnalité de son père semble l’avoir beaucoup marqué, professeur de collège, républicain de centre gauche, élu local radical-socialiste. Ce qui frappe dans l’histoire de Jean Moulin, jusqu’à la guerre, c’est la simplicité de son personnage. Il aime plus que tout son pays d’origine, les promenades et les bains de mer, le soleil. Tout semble ordinaire chez lui: élève médiocre, il peine à l’école et son père, d’après Laure Moulin, se montre excessivement sévère avec lui. Il est d’un physique banal, 1,70 M, mince, le visage doux. Sa carrière n’a rien d’extraordinaire: il commence des études de droit et se fait recruter, avec l’appui de son père, chef de cabinet du préfet de l’Hérault à Montpellier, proche de sa famille qui vit à Béziers.

Ses idées sont proches de celles de son père, républicain, laïc de centre-gauche, proche des radicaux. Pourtant, il est totalement anti-sectaire et entretient d’excellentes relations avec le clergé local. Dans l’exercice de son métier d’agent de préfecture, qui consiste à faire appliquer les lois de la République, il se montre parfaitement républicain et loyal, met en oeuvre les textes dans leur rigueur et réussit parfaitement dans cette mission. Rien ne semble le destiner à devenir un héros: « Jean prenait fort au sérieux son travail à la préfecture et il s’y faisait apprécier. Il ne supportait pas qu’on le blague un peu trop lourdement sur ses fonctions […] Ce qui frappait chez Jean, c’était une grande pudeur de sentiment et une réserve naturelle dans la conduite et le langage. Il évitait les réunions ou la liberté tournait à la licence, et ne supportait guère les attitudes ou les paroles trop crues. C’est du moins l’opinion de son camarade Louis. Lui et sa femme […]  m’ont exprimé l’étonnement qu’ils ont eu d’apprendre que Jean, qui paraissait alors peu sportif, ait eu le cran, plus tard, de se jeter en parachute et plus encore, de tenir tête aux bourreaux nazis sans la moindre défaillance […]: « C’était un ami charmant et sûr, à l’esprit ouvert, mais nous ne nous serions pas douté, du temps de nos études universitaires, qu’il y avait en lui l’étoffe d’un héros ».

Jean Moulin accomplit une carrière préfectorale classique, sous-préfet d’Alberville, sous-préfet de Chateaulin et de Thonon, préfet à Rodez, puis à Chartres. Sa vie privée est plutôt terne: une erreur de mariage à Alberville, qui lui vaut de graves déboires et un divorce. Il demeure très famille, retourne chaque fois qu’il le peut à Saint-Andiol où il retrouve son père, sa mère et sa sœur. A plusieurs reprises, il est nommé chef de cabinet de Pierre Cot, sous le Front populaire. Il entretient des relations amicales avec ce dernier. Qu’est-ce qui le distingue du haut fonctionnaire classique de la IIIe République, républicain sincère, de sensibilité radicale, comme il y en a tant dans les cabinets et les préfectures? Une passion peut-être: le dessin et la peinture. Il publie ses œuvres sous pseudonyme, notamment des caricatures de personnages célèbres qui lui valent un franc succès. A chacun  de ses postes, il côtoie les écrivains, artistes, poètes de préférence à toute autre catégorie sociale. Jean Moulin est un homme discret, honnête et modeste, un homme de devoir.

Il devient soudain un héros dans les circonstances les plus apocalyptiques de l’histoire. jean Moulin est préfet de l’Eure-et-Loire depuis le 22 février 1939. A la suite de la débâcle militaire de mai-juin 1940, il assiste dans son département à des scènes d’une atrocité indescriptible, les avions allemands qui survolent à 50 mètres les colonnes de populations en fuite et mitraillent à bout portant femmes, enfants, vieillards… Il démultiplie sa présence sur le terrain pour porter secours aux malheureux. Quand les officiers allemands se présentent à la porte de la préfecture, il ne reste plus personne à Chartres devenue déserte. Tout le monde est parti. Lui a refusé de suivre le mouvement et resté, fidèle à son poste, seul…

C’est alors qu’il entre dans l’héroïsme. Les militaires allemands, officiers et soldats, bien au contraire de l’image d’Épinal des « occupants qui sont corrects », veulent l’obliger à signer un document  qui attribue à des tirailleurs sénégalais le massacre d’une famille de fermiers. Ils refuse de signer. Il est alors martyrisé, jeté par terre et roué de coups, pendant plusieurs heures. Les Allemands le conduisent en plusieurs endroits et recommencent à le frapper avec une sauvagerie épouvantable. Il est conduit sur le lieu du massacre et découvre les corps atrocement mutilés et en décomposition , de femmes et d’enfants. Mais il refuse toujours de signer ces inepties. Enfermé dans une cellule en attendant la reprise des tortures, il tente de se suicider avec des morceaux de verre. Les Allemands comprenant qu’ils n’obtiendraient rien de lui, finissent par le raccompagner à sa préfecture. Un héros est né. L’Allemagne hitlérienne est déjà vaincue, a-t-on le sentiment à ce moment de la lecture. Tout le reste est bien connu.

Maxime TANDONNET

 

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L’effarante crétinisation de la politique française

Voici une phrase intéressante prononcée récemment par l’occupant de l’Elysée: « Je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque ». Nous voyons bien où la vie politique nationale tente de nous enfermer: une lutte à mort du bien contre les forces du mal. Celui qui incarne le dépassement des frontières, la jeunesse, la modernité, est engagé dans une lutte à mort, titanesque, contre les vestiges du nationalisme sanguinaire qu’incarnent le Brexit, Salvini et Orban. Le duel sans merci est lancé. Et ainsi, les Français sont sommés de s’abandonner au spectacle de l’affrontement de l’ange et du démon, de tout oublier, la dette publique, le chômage gigantesque, la violence qui saccage leur vie quotidienne, l’immigration sans contrôle, la pauvreté galopante, le communautarisme, l’écrasement fiscal de l’économie française, la vertigineuse impuissance de l’Etat, et pire que tout, le déclin du niveau scolaire général. Le rôle d’un dirigeant politique devrait être au contraire de donner de la hauteur et du recul au débat, de tenir un discours de vérité. Mais là, on fait tout le contraire: le rabaisser au plus bas niveau possible, celui de la bêtise absolue. Ce beau schéma ne comporte qu’une seule faille: La vile multitude, le peuple, les gens, ceux qu’on accuse de populisme, ne pas aussi stupides que ne le pense la classe dominante.  Ils ne supportent pas de se sentir méprisés. D’où la chute de popularité, constante, violente, inexorable. Mais au fond, le plus terrible, c’est de sentir à quel point ceux d’en haut, qui sont censés avoir réfléchi, fait de belles études, sont eux-mêmes englués dans un effrayant magma de bêtise et l’aveuglement: ivres de leur ego malade, ils ne voient rien, ne sentent rien, croient dominer le monde alors qu’ils marchent à l’abîme et entraînent le pays à l’abîme sans en avoir la moindre idée. Maxime TANDONNET

 

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Ca va mal finir!

Nouvelle crise d’hystérie ce matin, à propos des « Gaulois réfractaires ». Cette énième polémique hystérique, dans une vie politique qui n’est plus que succession de polémiques hystériques autour du totem élyséen, un peu comme une danse primitive  autour d’un totem, ou une cour de récréation de gamins surexcités, n’est évidemment pas innocente. Elle sert à recouvrir les échecs, les déceptions, les fausses réformes, les résultats désastreux, la poursuite ou l’accélération de l’effondrement général de la vie publique française. Elle n’est que la suite d’un été en pente raide. Dans une logique de narcissisme absolu, de fuite en avant paroxystique, elle veut dire: tout cela n’est pas de ma faute, c’est la faute du peuple, c’est de votre faute, à vous les Gaulois. Impression de gâchis, de tristesse infinie, de gouffre en train de s’ouvrir… Comment cela va-t-il finir? Nul ne le sait précisément. Très mal, sans doute…

Maxime TANDONNET

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Démission Hulot, non événement ou cataclysme?

La démission de M. Hulot est à la fois l’un et l’autre, non événement et cataclysme. Tout le monde savait depuis longtemps que l’histoire allait se terminer ainsi, depuis le premier jour. Quand allait-il démissionner? Telle était la seule question à son sujet. M. Hulot n’est pas un homme public, il n’est pas un élu, ni un responsable national ayant eu à prendre et à assumer des décisions pour l’intérêt général. Il est un homme de spectacle, un animateur de télévision. Il n’a pas été nommé pour son expérience de la chose publique, ni son sens de l’intérêt de l’Etat. Non, il est entré au gouvernement dans le cadre d’une opération de communication, comme un symbole de la société médiatique. Il était désigné par tous les sondages comme le Français le plus aimé des Français. Il fut une prise de guerre, un formidable coup de communication. D’autres présidents avaient essayé de le ferrer auparavant. Ils n’y étaient pas parvenus. Cette fois, l’opération a fonctionné. C’est sa popularité qui entrait au gouvernement, pas sa compétence d’homme d’Etat. M. Hulot s’est laissé entraîner par le grand vent d’optimisme qui a soufflé sur la « France dite d’en haut » à la suite de l’élection présidentielle de 2017. Il a voulu faire partie du « nouveau monde » qui soi-disant, devait balayer « l’ancien ». Cet été, il a senti que le vent tournait et que tout cela n’était pas bon en termes d’image personnelle. Alors, il a démissionné: c’est bien normal. Mais au-delà, nous assistons bien à un naufrage général, à l’effondrement d’une vision de la politique entièrement fondée sur le culte du je narcissique, de la posture, de la frime et de la communication à outrance. Nous assistons à la mort d’une conception de la vie publique fondée sur la négation du bien commun,  la manipulation de masse et le mépris des gens.   Qu’en sortira-t-il? Nous n’en savons rien.  Cette démission marque une étape de plus dans la grande implosion de la vie publique en cours depuis 6 ou 7 ans. Le fond de l’abîme n’est pas encore atteint. Un jour viendra l’heure de tout reconstruire.  Mon espoir: le retour à la Res publica, à la démocratie,  à la notion de gouvernement collectif pour l’intérêt général… Mais je le sais, nous en sommes loin…

Maxime TANDONNET

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