Sur le sens de la candidature de M. Michel Barnier (avec Atlantico)

Attention SVP, l’entretien ci-dessous avec Atlantico ne vaut en aucun cas prise de position en faveur d’un candidat LR plutôt qu’un autre mais tentative de réflexion sur le sens et l’intérêt d’une candidature. Il faut ajouter que je ne crois guère aux sondages qui depuis 4 ans et demi prédisent invariablement un deuxième tour des présidentielles le Pen/Macron et dès lors la réélection inéluctable de ce dernier. Des événements bousculant ce schéma – ou une prise de conscience de l’électorat – me semble-t-il, ne peuvent pas ne pas se produire dans les six mois qui viennent. Ma conviction est que le jeu reste ouvert et que Michel Barnier peut offrir un profil de chef de l’Etat potentiel intéressant.

#1 : Alors que Bertrand et Pécresse font la course en tête dans l’enquête menée pour LR par Pascal Perrineau, aucun des deux ne semble plier le match. Un homme comme Michel Barnier pourrait-il en profiter pour tirer son épingle du jeu ? Dispose-t-il de la stature dont pourrait avoir besoin le parti ?

Xavier Bertrand devance légèrement Valérie Pécresse (53% contre 51%). Avec 41% d’opinions favorables, Michel Barnier se positionne en troisième homme… Or, sa notoriété est sans doute moins grande que celle des deux candidats en tête, dès lors que sa carrière depuis une quinzaine d’années est davantage européenne que française et sa candidature est nettement plus récente et moins attendue. On peut donc supposer qu’il conserve une marge de progression. Quant à sa stature présidentielle, tout dépend de la conception présidentielle que l’on peut se faire. Si l’on cherche un président histrion sur le modèle de l’actuel, sur tous les fronts à la fois, accaparant la communication et déterminé à incarner à lui seul l’action gouvernementale, M. Barnier n’est pas l’homme de la situation. Sa personnalité relativement sobre et réservée et son âge (70 ans), ne s’y prêtent en aucun cas. En revanche, si l’objectif est de renouer avec une présidence plus Ve République, le chef de l’Etat traçant un cap, garant de la politique étrangère et de défense, tandis que le Premier ministre et les ministres se chargent des tâches de gouvernement et de la politique intérieure, M. Barnier par son image de stabilité voire d’humilité qui contraste avec celle de l’actuel occupant de l’Elysée, peut représenter une alternative crédible qui a toute sa légitimité.


#2 : Le positionnement ferme, mais sans excès, de Michel Barnier sur plusieurs sujets (immigration, europe, etc.) pourrait-il en faire une valeur refuge face à des candidats perçus comme plus inquiétants comme Zemmour ?

A ce stade, le positionnement idéologique de M. Barnier est la grande surprise de cette campagne à l’investiture des Républicains. Lui qui a consacré l’essentiel de sa carrière depuis une quinzaine d’années au renforcement de l’intégration européenne, semble aujourd’hui remettre en cause la suprématie du droit européen sur les démocraties nationales. C’est un changement de cap inattendu pour ne pas dire inespéré. Dans l’opinion, il peut s’interpréter de deux manières : soit par un accès d’opportunisme ; soit par la lucidité et l’humilité de celui qui tient compte de son expérience pour faire évoluer ses opinions. C’est exactement pareil pour l’immigration. Michel Barnier qui invitait l’Europe à anticiper « un afflux massif « de migrants en 2013 n’avait pas jusqu’à présent une réputation de fermeté sur ce sujet. Le changement de son discours peut être perçu soit comme artificiel soit comme une prise en compte courageuse de la réalité et de l’urgence d’apporter des réponses authentiques à un sujet qui préoccupe profondément les Français – d’où la poussée sondagière d’Eric Zemmour. A cet égard, au-delà de son slogan de « moratoire sur l’immigration » qui a produit l’effet politique et psychologique attendu, il lui reste à gagner une crédibilité par un projet réaliste et ambitieux. Son style sérieux d’homme de dossier, de travail en équipe, loyal à son parti politique et sa réputation de pragmatisme peuvent lui être des atouts précieux s’il parvient à convaincre de sa sincérité.

#3 : Le fait que Barnier prenne comme directeur de campagne Pierre Danon, ancien proche de François Fillon, est-il une stratégie intelligente pour se placer dans les pas du fillonisme ?

Il faut voir dans cette nomination un message montrant que les questions économiques et financières seront au cœur de son projet et qu’il fera le choix du bien commun contre la démagogie. Contre le slogan macroniste du « quoi qu’il en coûte » qui se prolonge bien au-delà de la crise sanitaire et se traduit par une gabegie de dépenses électoralistes, le choix du sérieux dans la gestion des comptes de l’Etat peut être un argument de campagne efficace auprès des Français. Le prochain quinquennat sera-t-il celui de la fuite en avant dans l’aggravation de la dette publique qui atteint déjà 120% du PIB ou celui de l’effort et du courage pour redresser une situation financière cataclysmique ? Les Français sont-ils prêts à entendre un discours de vérité ? Sans doute, mais l’équation est complexe : le retour au sérieux dans la gestion de l’Etat ne sera supportable que s’il s’accompagne de garanties sur l’Etat protecteur et la restauration des services publics sinistrés comme ceux de la santé et de l’Education nationale. Telle est peut-être la clé de la victoire électorale en 2022.

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Sur la fuite du « QR code » présidentiel

Scandale d’Etat d’hier: le QR code du président Macron a fuité. La vie politico-médiatique française se compose d’une accumulation de psychodrames quotidiens. Celui-ci est particulièrement ambigu. Un chef de l’Etat n’a guère besoin de QR code. Il ne se rend jamais dans les bars et les restaurants, déjeunant et dînant dans les salons de prestige de l’Elysée ou invité des puissants de ce monde. Jamais il n’est de sortie au cinéma ou autres spectacles si ce n’est à l’occasion d’opérations lourdes de communication monopolisant une floppée d’accompagnateurs et de gardes du corps – dans des circonstances où son passe sanitaire a peu de chance d’être exigé de lui… Il ne prend pas les transports en commun, se déplaçant avec l’avion du gouvernement. Le QR code présidentiel ne sert absolument à rien; il n’existe pas en tant qu’outil de la vie quotidienne. L’affaire est emblématique d’un système: la dramatisation romanesque autour de la personne du chef de l’Etat pour étouffer la réalité et anesthésier l’esprit critique. Le pouvoir politique vient de déposer un projet de loi destiné à prolonger l’utilisation du passe sanitaire. Il est bien loin le temps où ce même chef de l’Etat déclarait, le 29 avril dernier quand la situation épidémique était infiniment – infiniment – plus préoccupante qu’aujourd’hui: « Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis. » Aujourd’hui, il est largement entré dans les mœurs et la société s’en accommode. Son absurdité au quotidien ne gène presque plus personne: obligatoire en extérieur sur les terrasses des cafés où le risque de contamination est inexistant avec quelques précautions minimales, mais non prévu dans le métro où s’entassent des millions de personnes comme dans une bétaillère sans que cela ne gène personne. Il s’impose de fait comme un formidable outil de communication, expression d’un volontarisme politique face à l’épidémie. Ses conséquences en termes de libertés publiques, d’égalité entre les Français et de droit des personnes – dans le contexte de la banalisation du QR code – n’intéressent pas l’opinion dans son ensemble, assoiffée de sécurité à n’importe quel prix, notamment celui de l’illusion. L’ampleur donnée à la fuite du QR code présidentiel – un non événement – marque un pas supplémentaire dans cette banalisation: voyez, il est comme tout le monde avec son petit QR code ayant fuité. Cela s’appelle une manipulation.

MT

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Réflexion sur la candidature probable de M. Eric Zemmour

La probable candidature d’Eric Zemmour a l’intérêt de bousculer le système politique français. Depuis presque 5 ans, le despotisme sondagier voue la France à un second tour le Pen/Macron autour de 25/25% chacun et par conséquent à la réélection assurée de ce dernier face à la leader lepéniste. Le dispositif semblait immuable, intouchable, bétonné. La quasi candidature de M. Zemmour introduit une première lézarde dans ce barrage (il y en aura d’autres!). Les sondages le donnent en ce moment à 10 ou 11%. Mme le Pen s’effondre perdant plus de cinq points. Le jeu commence ainsi à se rouvrir car face à l’un des candidats LR au second tour, le président Macron est loin d’être aussi certain de la réélection. C’est la démocratie qui en sort gagnante. Par ailleurs, cette candidature et son succès sondagier soulignent une fois de plus la puissance du conditionnement médiatique, car M. Zemmour tient évidemment son ascension dans les intentions de vote à son exposition télévisuelle intense. Y voir un débordement par le droite du lepénisme affaibli par sa « dédiabolisation » me semble être une erreur de perspective. M. Zemmour est favorable à une assimilation poussée des populations issues de l’immigration (par exemple à travers sa « théorie des prénoms ») bien éloignée des thèses lepénistes les plus traditionnelles. Non, sa réussite sondagière est d’une autre nature. Surexposé médiatiquement, mais en parallèle pourchassé, maudit, viscéralement détesté, vomi, persécuté par quasiment tout le gratin des commentateurs, intellectuels, vedettes du showbiz, experts de toute sorte, à travers un mécanisme de surexposition/lynchage médiatique d’une rare hypocrisie, il s’impose comme le gibier de potence et le pestiféré absolu de la société médiatique. C’est ainsi que sa candidature devient un point de ralliement de nombreux électeurs qui à travers lui expriment leur rejet d’un système politico-médiatique. Mais autant le dire tout de suite, M. Zemmour ne sera jamais élu président de la République (et heureusement pour lui): infiniment trop clivant pour mobiliser jusqu’au bout le pouvoir médiatique en sa faveur (contrairement à l’actuel occupant de l’Elysée) et surtout, espérer pourvoir réunir à la fin 51% des électeurs. Peut-être que sa candidature, en secouant le cocotier, rouvre une chance à la droite à condition qu’elle sache s’en emparer. Mais nous n’en sommes pas là.

MT

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10 000 médecins suspendus?

Ils semblerait (à confirmer) que plus de 10 000 médecins (sur environ 150 000), soient en cours de suspension ou risquent d’être suspendus pour avoir refusé de se faire vacciner contre le covid 19. Si c’est vrai, j’insiste, si et seulement si c’est vrai, nous sommes toujours dans la logique du coup de menton et de l’autoritarisme obtus. Les médecins ont fait dix ans d’études, parfois plus, pour apprendre le beau métier de soigner, guérir ou apaiser la souffrance. On oppose des coups de mentons bureaucratiques à la science et à l’expérience. Rien n’est plus étrange que cette suspension pour refus de vaccination: aujourd’hui, les tests de dépistage sont extrêmement rapides, répandus et efficaces: résultat en quelques minutes. Si l’objectif était vraiment d’éviter que des médecins ne prennent le risque de contaminer leur patient, il suffisait de leur demander de se faire tester avant de prendre leur service ou en cas du moindre doute. D’ailleurs, une telle solution eût été plus efficace que l’obligation vaccinale dès lors que le vaccin (semble-t-il) protège des formes graves du covid 19 mais n’empêche pas à coup sûr la contamination. Telle est la France d’aujourd’hui et sa logique triomphante du coup de menton bureaucratique contre la confiance, le dévouement et la science. Le sujet n’est pas vraiment de protéger les patients – le test eût été une bien meilleure solution – mais de faire plier les médecins récalcitrants, les soumettre au nouvel ordre moral ou sanitaire. 10 000 médecins en moins – dans l’indifférence, la passivité, la lâcheté générales – alors que la France, confrontée aux déserts médicaux, a tant besoin de ses médecins…

MT

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Ah, la belle démocratie française!

48 H d’actualité française (jeudi 17 et vendredi 18) à travers les grands titres de la presse:

  • « Emmanuel Micron présente le TGV du futur »
  • « Le cap des 50 millions de vaccinés atteint, annonce Emmanuel Macron »
  • « Emmanuel Macron lance un plan pour protéger les indépendants »
  • « Chasse traditionnelle, Emmanuel Macron revient à la charge »
  • « Emmanuel Macron vient d’ouvrir le chantier de l’indemnisation des harkis »
  • « Emmanuel Macron reçoit pour la dernière fois Angel Merkel à l’Elysée »
  • « Emmanuel Macron annonce la mort du chef de l’Etat islamique au grand Sahara »
  • « Emmanuel Macron aux médaillés de Tokyo: vous devez faire beaucoup mieux aux JO de Paris »
  • « Emmanuel Macron promet un plan massif pour les équipements sportifs ».

Et chaque fois, tout ceci se manifeste par des apparitions médiatiques et des « annonces », non pas sur un mois, ni en sur semaine, mais en 48H (deux jours)! A quelque six mois des élections la grande foire aux promesses dépensières bat son plein: 1, 5 milliard € pour Marseille, 600 millions pour les agriculteurs, 600 millions pour le chèque énergie en faveur des ménages modestes, « plusieurs centaines de millions » pour les travailleurs indépendants, 2 milliards « primerenov », 30 milliards plan investissement, 1 à 2 milliards pour le « revenu engagement jeune » et ne parlons même pas de la gratuité des voyages en train pour les policiers. Le plus terrible, c’est que ces dépenses ne consistent pas à dilapider de l’argent en réserve mais à distribuer des sommes dont la France ne dispose absolument pas avec un déficit public de 10% du PIB et une dette publique de 120% du PIB…

Evidemment, il semble qu’on l’ait un peu moins entendu sur le dramatique fiasco de la rupture du contrat de la vente de sous-marin à l’Australie – un sujet diplomatique et défense qui pour le coup, relève pleinement de la responsabilité élyséenne…

Et puis ne parlons même pas de l’avalanche des petites magouilles bien répugnantes, les ronds de jambes le Pen/Macron, les fuites organisées sur une rencontre à l’Elysée entre M. Macron et M. Sarkozy…

Mais sans doute, le plus dramatique de toute cela, c’est la banalisation, l’accoutumance, la facilité avec laquelle la société française ferme les yeux et s’accommode de pratiques aussi peu démocratiques, entièrement tournées vers la réélection de l’actuel chef de l’Etat. S’il se trouve des imbéciles pour penser que la France est encore une démocratie dans laquelle tous les candidats au fauteuil élyséen se trouvent placés sur un pied d’égalité, c’est leur affaire (pas la nôtre).

MT

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Point Godwin: deux poids, deux mesures

Un afficheur ayant caricaturé le président Macron en Hitler a été condamné à 10 000 € d’amende. Cette sanction reflète une indignation générale des médias et de la presse à la suite de cette caricature. Pourtant, qui ne s’en souvient? de 2007 à 2012, le président Sarkozy était quotidiennement, banalement caricaturé en Hitler. D’ailleurs, il ne l’était pas seulement pas un obscur afficheur mais par des militants d’un grand parti politique, le parti socialiste, qui préparait son avènement au pouvoir. Et la presse bien pensante de l’époque, dans son ensemble, à l’image de Libération, s’offusquait, non pas de la caricature, mais que l’on puisse s’offusquer de cette caricature: « Sarkozy caricaturé en Hitler, l’affiche qui scandalise l’UMP. » Comme les temps changent! Et la France d’en haut, à l’époque, ricanait sous cape. Outre l’application banalisée du point Godwin à Sarkozy, on se souvient des Guignol sur Canal, tous les soirs, devant des millions de téléspectateurs, qui caricaturaient NS et ses ministres en uniformes nazis portant des brassards avec des croix gammées. Et il ne venait à personne, dans les allées du pouvoir, l’idée de porter plainte pour outrage. Alors, pourquoi ce deux poids deux mesures? D’abord l’une des raisons tient à l’identité politique des deux personnalités: quoiqu’il fasse ou dise, M. Macron provient du camp du bien, progressiste, socialiste, créature de François Hollande, contrairement à M. Sarkozy, se revendiquant en héritier de la « droite décomplexée ». Ensuite, face à l’impuissance chronique de l’Etat, à l’accélération de la décomposition française (violence, dette publique, chômage, déclin scolaire, etc), le pouvoir se cantonne toujours plus dans la majesté au détriment de l’action et des résultats: il se confond ainsi avec l’image et c’est pourquoi la sauvegarde de cette image devient une priorité et condition de survie. Enfin et c’est sans doute le plus terrible: la liberté a fondu comme neige au soleil en quelques années. Caricaturer un chef de l’Etat – tout chef de l’Etat- en Hitler est certes scandaleux. Mais la vraie honte s’applique aux auteurs de la comparaison. Dans une société libre et vivante, il n’y a pas besoin de procureur, de tribunal et d’amende pour sanctionner de telles comparaisons qui se retournent naturellement, au final, contre leurs auteurs. Cette totémisation de l’image présidentielle n’est pas le moindre des signes profonds de la désintégration de la France.

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MT

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« Les 3000 »

3000 personnels médicaux suspendus, pour ne pas avoir été vaccinés. C’est un chiffre étrange. Le personnel médical concerné serait de 2,4 millions de personnes dont 90% sont vaccinés covid 19. Donc sur cette base, 240 000 ne sont pas vaccinés mais pas non plus suspendus. [Ou alors je n’ai rien compris]. Les 3000 sont donc un chiffre rond, fétiche, utilisé pour l’exemple. Au fond, ce chiffre de 3000 désigne symboliquement les pelés, les galeux, les pestiférés. 3000 soignants et leur familles, pour l’exemple, privés de salaires. Cela mérite-t-il d’en être fier? Peut-être que demain, un sondage révélera que 85% des Français approuvent la suspension des 3000. Toute société qui souffre a besoin de se donner des boucs émissaires. Il est aussi question « d’alléger les contraintes sanitaires« . La pratique qui revient à bannir une partie de la population de la vie sociale et à instaurer un contrôle numérique des actes les plus élémentaires de la vie quotidienne pourrait au moins susciter quelques doutes et des interrogations. Mais non, elle est entrée dans la routine. A l’encontre de la vérité officielle, les statistiques montrent que l’imposition du passe sanitaire n’a en aucun cas favorisé la vaccination (plutôt en décélération depuis août). Elles soulignent que la décrue de l’épidémie, depuis fin juillet, est planétaire – pas seulement française. Si le bon sens commun ne suffit pas à établir que le passe sanitaire obligatoire sur les terrasses des cafés est avant tout une mesure emblématique, les comparaisons internationales le démontrent sans le moindre doute possible. Ce qui se passe en France est franchement inquiétant: culte du chef (j’en ai déjà beaucoup parlé), banalisation du recours au jeu des boucs émissaires, suspension des principes fondamentaux de la démocratie (liberté, égalité des droits). Mais par le plus sidérant des paradoxes, une sorte de basculement des valeurs – explicable par l’empire de la peur – cette situation, qui en d’autres circonstance eût été jugée nauséabonde, est comme annexée au camp du « bien », celui de la quasi unanimité des maîtres penseurs libéraux ou supposée de gauche, sans la moindre nuance. Et même tout au contraire, l’expression d’un doute entre à leurs yeux dans le champ du diabolique, de l’inadmissible, de la suspicion de complotisme fascisant. Fragilité et volatilité de l’intelligence qui explique bien des épisodes de l’histoire.

MT

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L’abominable système présidentialiste

Le régime présidentialiste n’est pas pour rien dans l’effondrement de la France depuis plusieurs décennies: économie, chômage, niveau scolaire, sécurité, frontières, dette publique. Nous avons pris la sale habitude de substituer la sublimation d’un histrion au bien commun du pays. En Angleterre, en Allemagne, en Espagne et en Italie, par exemple, rien n’est évidemment parfait mais les citoyens votent pour une majorité et son projet et une équipe pour le mettre en œuvre. En France, ils votent pour un pitre, un guignol narcissique adoubé par le pouvoir médiatique, le plus clownesque possible, ses grimaces, sa petite gueule, ses coups de menton, ses sourires, ses cabrioles, ses promesses en l’air et sa démagogie purulente. Certes on s’habitue à tout et on ne se rend même plus compte à quel point on nage dans la crétinisation. Les provocations monstrueuses (parfois bien dégueulasses) qui font parler de soi et exploser le compteur des sondages, la scandaleuse gabegie des crédits publics, les dépenses lamentables pour s’attirer les voix, l’avalanche de démagogie, de contradictions et de mensonges les plus flagrants, les plus caricaturaux et pourtant banalisés, la démence sondagière, le triomphe d’une vanité pathologique comme principe de gouvernement : c’est notre système! Non que les autres régimes soient parfaits. Rien n’est jamais parfait, ni en Angleterre ni en Allemagne, ni en Espagne, ni en Italie ni ailleurs. Au moins, ils ne sont pas ridicules. Certes, nous avions jadis une dramatique instabilité gouvernementale. Mais aujourd’hui, ce que nous avons désormais, aggravé par le quinquennat, est mille fois pire: à l’impuissance s’ajoute la tyrannie de la démagogie, du mensonge, de l’hystérie quotidienne, les déchirements, la violence verbale, la fuite en avant dans le grand-guignol. Et ce grand-guignol hystérique étouffe désormais le débat d’idées et la préparation de l’avenir. D’ailleurs, le plus abominable de tout cela est cette bêtise qui ruisselle de partout et nous dévore. Il suffit d’ouvrir les yeux quelques instants pour prendre conscience du grotesque de la situation. Les prochaines élections de 2022 auront peut-être au moins l’intérêt de pousser cette démesure dans la bêtise et le ridicule à sa dernière extrémité et d’obliger le pays à s’interroger enfin sur la démence de son système politique entièrement tourné vers l’exubérance vaniteuse de n’importe quel zozo au détriment de l’intérêt du pays.

MT

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Présidentielles: vous avez aimé 2017? Vous allez adorer 2022! (pour Figaro Vox)

Une longue séquence électorale s’ouvre en ce moment. Les élections présidentielles et législatives du printemps 2022 seront-elles l’occasion de restaurer la confiance des Français en la politique ? Bien au contraire, ce début de campagne informe et chaotique, sombrant dans la plus grande confusion idéologique, semble annonciateur d’une étape supplémentaire dans la décomposition de la démocratie française.

 Madame Anne Hidalgo, maire de Paris, avait promis qu’elle ne se présenterait pas. « Je ne cherche rien d’autre (…) Paris me comble. Je ne serai pas candidate à la présidentielle » (le 23 juin 2020, dans une interview à L’Express). Or, en définitive, elle vient d’annoncer sa candidature. Voilà qui n’est pas pour améliorer le crédit de la parole publique. D’ailleurs, Mme Hidalgo ouvre sa campagne par une proposition choc : doubler le salaire des enseignants. Or, l’Education nationale est le premier poste de la dépense budgétaire (76 milliards d’euros, pour l’essentiel en charge salariale). Dans un contexte ou le déficit budgétaire atteint près de 10% du PIB et la dette publique 120% et la France bat tous les records européens des prélèvements obligatoires, où trouvera-t-elle les financements ? Où est passé le parti socialiste en tant que « parti de gouvernement » se revendiquant comme responsable ? Et jusqu’où enfin ira  la fuite en avant dans la démagogie ?

Au-delà de la question toujours pendante des primaires, la confusion sur la ligne idéologique des candidats de droite continue de s’épaissir. Certes, à l’heure où s’achèvent deux quinquennats qui laisseront un arrière-goût amer de mépris et d’arrogance – des « sans dents » aux « Gaulois réfractaires » – M. Michel Barnier peut se prévaloir d’un excellent slogan de campagne : « Respecter les Français ». Toutefois, la tonalité de sa pré-campagne jette le trouble. Celui qui a forgé son identité politique sur un engagement pro-bruxellois inconditionnel, commissaire européen à plusieurs reprises et négociateur du Brexit, préconise un retour à la souveraineté juridique de la France face à la cour de justice européenne et la cour européenne des droits de l’homme (c’est-à-dire, de fait, un quasi Frexit). M. Barnier, riche de son expérience européenne, a parfaitement le droit de se rallier à un souverainisme gaullien… Encore devrait-il assumer clairement ce changement de cap et s’en expliquer pour être fidèle à son mot d’ordre si opportunément choisi : respecter les Français.  

Autre changement de cap, encore plus spectaculaire : celui de Mme le Pen qui place sa campagne sous le signe de la « liberté » inspiré des manifestants hostiles au passe-sanitaire. Pourtant son parti, le RN, est l’héritier en ligne directe du FN dont l’image s’attache bien davantage à la « préférence nationale », à « l’immigration zéro » et au « culte du chef » qu’à la défense des libertés. Le parti lepéniste est fidèle à sa méthode habituelle, récupérateur des thèmes abandonnés par les autres, en particulier la droite libérale qui s’est (globalement) accommodée de l’état d’urgence sanitaire et de mesures contraignantes supposées nécessaires à la lutte contre l’épidémie de covid19. Récupérer à contre-emploi le mot de « liberté », délaissé par ceux qui ont vocation devant l’histoire à le défendre, consacre la stratégie de « dédiabolisation » et contribue à la déstabilisation des repères classiques de la politique française.

Par ailleurs, une recommandation du CSA vient d’interdire au journaliste Eric Zemmour la poursuite de son émission sur CNews au prétexte de sa (possible) candidature au scrutin présidentiel. Dans une logique démocratique, cette jurisprudence devrait s’appliquer à tous les candidats y compris à Mme le Pen qui bénéficie d’une intense couverture médiatique[1] et au président de la République surexposé en permanence dans un douteux mélange des genres entre rayonnement présidentiel et campagne anticipée. Or, nous savons déjà qu’il n’en sera pas ainsi. M. Zemmour gène, non par ses propositions sur l’immigration (désormais banalisées à droite) mais par les 7 ou 8 points que lui prêtent les sondages. Arrachés pour l’essentiel au socle électoral de Mme le Pen ce mince capital d’intentions de vote suffit à fragiliser dangereusement le verrou sondagier de second tour le Pen-Macron, sur lequel reposent les chances (ou la certitude) d’une réélection de ce dernier. D’où l’embarras que suscite ce perturbateur d’un ordre établi même en l’absence de toute chance de l’emporter. 

Quant aux intentions de l’actuel occupant de l’Elysée, donné grand favori des sondages, elles ne sont qu’un secret de Polichinelle. Mais dans quel but? Après la promesse d’un « nouveau monde » son quinquennat fut dominé par le chaos des affaires, des Gilets Jaunes, de la crise sanitaire et finalement, par l’impuissance et l’aggravation vertigineuse de tous les fléaux de la société française (dette publique, violence, déclin scolaire, pauvreté, désintégration, chômage, etc.). Quel sens aurait un second mandat, en dehors de la jubilation courtisane et de la satisfaction narcissique ? Sa candidature ne sera évidemment pas de nature à dissiper l’atmosphère nihiliste ambiante. D’ailleurs, 59% des Français n’en veulent pas (Viavoice).

Voltes-faces invraisemblables se substituant au débat d’idées, traitements inéquitables, naufrage dans la démagogie, narcissisme et courtisanerie, censure et coups tordus : bref, une campagne électorale terrifiante est probablement en train de commencer, dans un contexte explosif où des manifestations se poursuivent de samedi en samedi.  Sera-t-elle encore plus chaotique et encore plus imprévisible que celle de 2017 ? Tout le laisse penser. « Vous avez aimé 2017 ? Vous allez adorer 2022 ! » L’abstentionnisme en sera-t-il le grand vainqueur ?  Il reste à espérer que la campagne et les élections de 2022 ne s’achèveront pas en guerre civile.


[1] Selon le « projet Arcadie » une enquête réalisée de 2018 à 2020 sur l’exposition médiatique des parlementaires, son temps de parole médiatique (197 heures) pulvérise celui de tous ses adversaires.

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Lecture: Un exil français – un historien face à la justice – Georges Bensoussan, l’Artilleur, septembre 2021 (présentation de Mme Michèle Tribalat)

Voir le texte complet de Mme Michèle Tribalat ici.

Dans quelques jours, chacun pourra lire le récit du calvaire judiciaire enduré par Georges Bensoussan pendant quatre ans. Ce calvaire commença par une poursuite lancée par le Parquet après un signalement du CCIF, aujourd’hui interdit.

Dans sa préface, Jacques Julliard souligne à quel point ce procès fut, en fait, celui de la clairvoyance, de l’engagement contre l’antisémitisme, de la lucidité et du courage de Georges Bensoussan. Il y dénonce la responsabilité de collectifs d’intellectuels qui chassent en meute. « Fuyez comme la peste les intellectuels de groupe, nous dit-il, c’est-à-dire le plus souvent les lâches et les mouchards » […]

Invité à débattre avec Patrick Weil sur « Le sens de la République », dans l’émission Répliques d’Alain Flinkielkraut diffusée le 10 octobre 2015 sur France Culture, il avait repris, de mémoire, des propos tenus par le sociologue Smaïn Laacher dans un film de Georges Benayoun (Profs en territoire perdus de la République) sur l’incrustation profonde de l’antisémitisme dans l’espace domestique arabe. Smaïn Laacher parlait d’un antisémitisme « déposé dans l’espace domestique [qui] est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Il est dans l’air qu’on respire ». Georges Bensoussan, avait exprimé l’idée à travers la métaphore « téter avec le lait de la mère ».

Quatre jours plus tard, une tribune collective, initiée par Laurence de Cock et publiée sur Mediapart, s’en prit à l’émission d’Alain Finkielkraut et fit semblant d’y avoir entendu l’expression d’« un racisme biologique » et des « paroles haineuses » susceptibles de relever des tribunaux. Le CSA se crut alors obligé d’intervenir et ce fut le début d’un « carnaval de lâchetés et d’abandons » signant la soumission à l’air du temps.

Georges Bensoussan devint alors « un propagandiste anti-arabe » dont son employeur – Le Mémorial de la Shoah – ferait bien, en plus de de lui battre froid, de se débarrasser. La touche perverse consistait à le faire passer pour un digne héritier des pires antisémites français. Rien ne fut épargné à l’authentique pourfendeur de l’antisémitisme d’où qu’il vienne, quand d’authentiques racistes et antisémites font l’objet d’une complaisance médiatique, dès lors qu’ils se mobilisent au nom de l’islamophobie, surtout s’ils peuvent se prévaloir d’être « racisés » comme on dit aujourd’hui (cf. Mehdi Meklat et ses tweets antisémites sous son pseudo Marcelin Deschamp) […]

Mais « l’odeur du sang » ayant attiré la meute, le parquet suivra un signalement du CCIF, dont la constitution de partie civile sera pourtant jugée irrecevable pour ancienneté de l’association insuffisante (ainsi que celle de son poisson pilote, selon l’expression de l’avocat Michel Laval, l’association SOS, soutien Ô sans papiers), lors du jugement en 1ère instance. Cependant, comme les champions de ce type de poursuites judiciaires (LDH, MRAP, SOS Racisme) accompagnés de la Licra, ne voulant pas être en reste, s’étaient aussi portés partie civile, le procès eut bien lieu et aboutit logiquement à une relaxe prononcée le 7 mars 2017.

On retrouva les mêmes parties civiles lors du procès en appel du 29 mars 2018, y compris le CCIF et son poisson pilote, mais avec deux défections : SOS racisme et la Licra dévastée par les querelles internes suscitées par son initiative. Ce procès aboutit, cette fois encore, à une relaxe le 24 mai 2018, après la requalification de l’incrimination par les parties civiles, comme elles en avaient le droit depuis la loi du 27 janvier 2017.

Elles ajoutèrent ainsi, à la provocation à la haine, l’injure et la diffamation en raison de la race et de la religion qui, après l’échec en première instance, pouvaient leur sembler accroître leurs chances de décrocher une condamnation et qui, de toute façon, conduisaient désormais aux mêmes peines (jusqu’à un an de prison et/ou 45 000 euros d’amende). Ainsi, depuis la loi de janvier 2017, quand on a perdu en première instance sur un motif, on peut tenter sa chance en changeant de motif ou en en ajoutant d’autres en appel. Cette requalification de dernière minute avait profondément outré Michel Laval, le défenseur de Georges Bensoussan.

Lors des deux procès, les parties civiles auront joué de tout : racisme biologique par assimilation du lait au sang, accusations de fomenter la division entre juifs et musulmans et d’essentialiser les Arabes… sans parler de l’assimilation de Georges Bensoussan aux antisémites français les plus ignobles. Il fut notamment comparé à Xavier Vallat lors du procès en appel […]

Si la publication des territoires perdus de la République fut étouffée à sa sortie, elle avait fini par trouver ses lecteurs et le titre est désormais devenu une expression courante, malgré les attaques que le livre continue de subir. Mais ce que le procès a révélé, c’est l’hostilité virulente à d’autres écrits de Georges Bensoussan, notamment à son livre sur le triste sort des Juifs en pays arabes. C’est ainsi que l’on vit des avocats se faire historiens pour disqualifier l’historien. Michel Tubiana, en appel, s’interrogea sur « la volonté permanente de destruction d’un lien entre les Juifs et les Arabes » dont serait animé Georges Bensoussan. Michel Tubiana ne veut pas abandonner la jolie histoire d’une vie harmonieuse des Juifs et des Arabes en pays arabes. L’historien qui dévoile la réalité douloureuse de cette cohabitation met en péril son déni confortable. Suivant le bon mot de John Ford, il préfère la fiction à la vérité.

C’est encore le CCIF (accompagné de son poisson pilote), association aujourd’hui interdite, rappelons-le, qui portera l’affaire en Cassation. Des autres associations, ne restera que la LDH, pour sa grande honte. Ce pourvoi sera rejeté le 17 septembre 2019. Même si elles n’ont pas obtenu des tribunaux ce qu’elles attendaient d’eux – la sanctification juridique du déni – perdre, pour ces associations, n’est pas un gros problème puisque, au final, il restera toujours quelque chose de leur suspicion infamante. Elles auront épuisé le moral et les finances de celui qu’elles ont poursuivi et ruiné sa réputation professionnelle et morale, tout en envoyant un message aux imprudents qui se risqueraient à révéler des vérités interdites […]

[Extraits d’un résumé ci-joint de Mme Tribalat]

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Par-delà la mise en examen de Mme Buzyn (pour Atlantico)

La jubilation collective, à la suite de la mise en examen de Mme Buzyn exhale une étrange odeur de pourriture. L’idée de ce papier pour Atlantico n’est en aucun cas de la défendre et encore moins de l’excuser. Elle est de montrer comment l’effacement de la responsabilité politique en France ouvre la voie à une responsabilité pénale qui menace tout gouvernement de paralysie et l’aggravation de l’impuissance et de la médiocrité politique. Elle est aussi de souligner comment Mme Buzyn fait office de bouc émissaire d’une effarante débâcle politique face à la crise sanitaire et comment cette dame paye pour tous les autres et notamment le principal fautif. Derrière cette mise en examen, toute l’hypocrisie et l’abomination d’un système.

Pour Atlantico:

L’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn a été mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui ». L’enquête avait commencé en juillet 2020 par la CJR, seul organisme capable de juger l’action d’un gouvernement. La justice a-t-elle les moyens nécessaires pour appréhender la mission d’un ministre et de le juger ? La situation de Mme Buzyn est-elle un cas isolé ?

Il me semble que c’est un événement tout à fait hors norme. Bien sûr, on a eu des cas de mise en cause devant la justice pour des raisons sanitaires, comme Georgina Dufoix dans l’affaire du sang contaminé. Mais son implication en tant que ministre reposait sur un lien de responsabilité beaucoup plus évident, en termes de durée et de décisions prises, de documents signés engageant sa responsabilité, même si in fine cela c’est terminé par sa mise hors de cause. Aujourd’hui, c’est tout autre chose. Mme Buzyn n’a été ministre qu’au tout début de l’épidémie. Ce qui lui est reproché semble-t-il, c’est sa déclaration initiale en janvier 2020 niant ou minimisant le risque d’épidémie du covid 19 en France. Il est clair qu’en tant que ministre, elle a commis une erreur d’appréciation colossale. Pour autant, il s’agit d’une faute de nature politique. Cette erreur d’appréciation, d’une gravité telle que l’on peut parler de faute, engage à l’évidence sa responsabilité politique. En revanche, sur le seul fait de cette déclaration, on ne voit pas en quoi sa responsabilité pénale, supposant une volonté de commettre une infraction, peut être engagée en tout cas davantage que celle des autres ministres ou du Premier ministre de l’époque.

Aucune décision de justice n’étant pure et parfaite en politique, y-a-t-il quelque chose de dangereux à mettre en examen pour de telles décisions ?

C’est extrêmement dangereux en effet car cela peut aboutir à une paralysie totale de l’action publique. Qui voudra s’engager et prendre des décisions, faire des choix, si toute prise de position est susceptible de vous entraîner devant un tribunal ? Personne. Plus personne ne voudra faire de politique active et prendre des décisions. Les seules décisions prises le seront sur la base de la prudence absolue, au risque de paralyser le pays. C’est ce qu’on a vu avec les confinements, les couvre-feux, le passe sanitaire. La question ne sera plus de gouverner, de conduire le pays sur la base de l’intérêt général, mais de se protéger à tout prix. Le risque est celui du blocage absolu du pays. En outre, dans ces conditions, qui osera faire le choix de métiers ou de carrière à responsabilité ? Personne. Il ne restera en politique que des médiocres déterminés à empocher les avantages de certains postes en évitant au maximum de prendre leurs responsabilités. Cela signifie la fin de la notion de gouvernement. Le pouvoir deviendra encore plus qu’aujourd’hui l’art de se couvrir au maximum quitte à provoquer la paralysie totale du pays.

À l’avenir, ce genre de décisions risque-t-il d’inciter les politiques à ne plus prendre directement de décision et à déléguer pour éviter de prendre le moindre risque ?

Ce risque est considérable. Dans le cas du covid 19, Mme Buzyn s’est à l’évidence gravement trompée. Mais elle n’est pas la seule. Que dire du chef de l’Etat qui invitait en se donnant en exemple, au début de mars, les Français à vivre normalement sans céder à la peur ? Tous ceux qui ont martelé pendant deux mois que la masque était inutile, avant d’en faire une sorte de remède miracle, ont une responsabilité gigantesque, à tous les niveaux. La tendance est de faire de Mme Buzyn le bouc émissaire d’une défaillance collective majeure qui a duré plus d’un an et qui engage toute une équipe au pouvoir, de politiques et de hauts responsables publics. Le fond du problème est celui de la responsabilité politique. Le système présidentiel fait que le principal responsable qui est au cœur de toutes les décisions est intouchable politiquement pendant 5 ans. En raison de l’effacement ou de la soumission du Parlement du fait de la « majorité présidentielle », le gouvernement et les ministres sont eux aussi, comme le président, irresponsables de fait politiquement. Il n’existe plus de système de mise en jeu effective de la responsabilité politique du pouvoir exécutif face au contrôle parlementaire. La disparition de la responsabilité politique ouvre la voie à une responsabilité individuelle pénale à l’image du sort réservé à Mme Buzyn. Cette responsabilité pénale, dans le système actuel, se développe sur un mode particulièrement injuste : le dirigeant central, le président de la République, celui qui est au cœur de la décision, est lui seul protégé par son immunité présidentielle. Dès lors, ce sont les autres, les ministres qui dans ce système, ont vocation à payer à sa place. Le traitement de Mme Buzyn, en bouc émissaire d’une défaillance générale et collective des plus hauts dirigeants du pays, est le signe patent de la tragédie démocratique de ce pays.

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Décors de carton-pâte

Le sentez-vous aussi? l’optimisme est de retour dans l’air du temps. La France est supposée bénéficier d’une belle reprise économique. La crise sanitaire serait pour l’essentiel dernière nous.

Le « bel hommage » à Belmondo expression d’une France en cours de rassemblement autour de son toujours jeune et brillant président. A quelque sept mois des présidentielles, l’espérance revient dans les éditoriaux et les commentaires.

Foutaise: un nouvel écran d’illusion et de mensonge est en train de s’étaler sur la France.

Le pays est plus malade qu’il n’a jamais été depuis au moins 60 ans. La violence et la délinquance se répandent et la quasi suppression du thermomètre statistique n’y change rien. Les flux migratoires atteignent des sommets. La dette publique gigantesque atteignant 120% du PIB écrase l’économie française. Le déficit commercial de 85 milliards € souligne le démantèlement en profondeur de l’industrie française.

Le chômage et le désœuvrement rongent le pays dans ses profondeurs. Les statistiques de pôle emploi, au plus près de la réalité parlent de 3,5 à 6 millions de personnes en recherche d’un emploi. A cela s’ajoute plus d’un millions de personnes indemnisées au chômage partiel – de fait privées elles aussi de travail. Le pays compte aussi 2 millions de RSA et environ 10 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. La situation des « territoires perdus de la République » est effroyable et les médias se contorsionnent pour dédramatiser une réalité explosive et son déchaînement de violence.

Dans la complaisance générale, l’épidémie de covid 19 s’est traduite par l’effondrement des principes de civilisation les plus élémentaires à l’image de cet abominable passe sanitaire dont nul n’a jamais démontré le moindre soupçon d’utilité et qui se traduit par le bannissement d’une partie de la population.

Le grand sourire de l’optimisme s’étale de nouveau béatement sur les ruines d’un pays en perdition. Le naufrage de la politique dans le culte de la personnalité, de Macron à le Pen, et sa noyade dans la houle quotidienne des sondages et des scandales, paravents de cette débâcle, n’y changeront rien. Une grande vague d’illusions et de mensonges à commencé à déferler sur le pays dans la perspective d’avril/mai 2022, sur le terrain propice d’un abrutissement médiatique général et de la crétinisation due à l’effondrement du niveau scolaire et intellectuel.

La solution ne tient pas pour l’essentiel aux gesticulations en cours autour du sacre élyséen. Elle passe par une prise de conscience à long terme du pays dans ses profondeurs et un travail de restauration de l’intelligence sur 2 ou 3 décennies, pas moins… Que faire? Au moins (au moins) ne pas être dupe, ne pas être idiot, avoir pleinement conscience de ce qui se passe: tout commence par là.

Maxime TANDONNET

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Hommage douteux

Aujourd’hui se déroulera « l’hommage national » à Jean-Paul Belmondo. Il faudrait quand même s’assurer de la volonté des personnalités célèbres avant de tels hommages. Nul ne sait ce qu’il en aurait pensé, mais de ce que l’on connaît de la personnalité de JP Belmondo, il n’est pas certain que la pompe nationale, les Invalides, le drapeau, la Marseillaise, le lyrisme et les discours eussent été vraiment dans son goût. Il était l’acteur de la gentillesse et de la simplicité populaire, pas de la pompe nationale. Contrairement à la plupart des stars actuelles spécialisées dans les leçons de moraline à tout va, lui ne portait pas de message, ne donnait de leçons à personne. Il n’avait pas d’autre ambition que de distraire, amuser, faire rêver… La recette de son succès, combinant le culte de la virilité, de l’humour et de l’audace sans peur est aux antipodes des valeurs dominantes actuelles. Sa simplicité et sa modestie naturelle – comme le révèlent de nombreux témoins de sa vie – ne semblent pas se prêter à l’institutionnalisation de sa mémoire! Pire: Belmondo n’était pas « politique », ils ne roulait pour aucun clan. Il y a quelque chose d’abject dans la récupération politichienne de son image. L’idée de grapiller quelques points dans les sondages grâce à une belle cérémonie à la veille d’une élection nationale est évidemment présente. Décidément, la caste des petits marquis poudrés salit tout, pourrit tout, souille tout, jusqu’aux hauteurs les plus élevées de la simple noblesse. Sans doute est il mille fois préférable de revoir même pour la millième fois le Professionnel que de se prêter à cette opération douteuse.

MT

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Sondages/présidentielles, les premiers craquements

Depuis bientôt 5 ans, la multitude des sondages en vue des présidentielles de 2022 donne une situation absolument figée et bétonnée en faveur du tandem le Pen-Macron et nous annonce comme une certitude absolue la reproduction du duel de 2017, ce duel qui assure sans le moindre doute possible la reconduction de l’actuel occupant de l’Elysée dans la béatitude et l’extase amoureuse de 80% des éditorialistes. Hier encore, un nouveau sondage ressassait l’éternel refrain. Est-ce le centième, le millième du même ordre? Pourtant, la couche de glace commence, sept mois à l’avance, à se lézarder et sans doute suffit-il de prêter l’oreille pour en percevoir les premiers craquements. Depuis 5 ans, le couple favori des sondeurs et des commentateurs se heurte à un plafond de verre de 20 à 25% des intentions de vote. Pour un chef de l’Etat en exercice qui accapare l’espace médiatique comme pour son opposante embouchée par le même pouvoir médiatique, un tel surplace après tant d’années n’est pas signe de solidité. La quasi candidature d’Eric Zemmour – quoi qu’on en pense – fait bouger les lignes et les 7 à 8 pourcents d’intentions de vote qui lui sont prêtées commencent à fissurer, même à la marge, un équilibre toujours présenté comme immuable en soulignant la vulnérabilité de la candidature lepéniste. Autre vérité soigneusement occultée : par-delà le barrage de béton que forme le couple sondagier de premier tour le Pen/Macron, la position de ce dernier est extrêmement précaire au second tour et par exemple, l’actuel occupant de l’Elysée serait largement battu par une candidature de droite (Bertrand 53/Macron 47). D’ailleurs, la presse étrangère est semble-t-il plus ouverte dans ses pronostics que ses homologues français. La Libre Belgique commente l’actualité politique française sur un ton qui contraste avec les certitudes dominantes des médias français: rien n’est joué, rien n’est acquis. A l’heure actuelle, Mme le Pen se présente ainsi comme l’ultime rempart du macronisme. Que se passera-t-il le jour où les Français vont réaliser, à la lumière du jour, cette monstrueuse mystification?

MT

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Talibans, l’esprit de Munich

Pour se donner bonne conscience, les élites du monde occidental font semblant de se demander si les talibans ont changé depuis 2001. Depuis l’abandon de l’Afghanistan entre leurs mains, ce pays est redevenu la proie de la barbarie à travers notamment les massacres des opposants et l’extermination des derniers vestiges des minorités religieuses, ou la fermeture des écoles de filles. Un décret oblige les étudiantes à porter le voile intégral cachant le visage et leur interdit l’accès aux mêmes enseignements que les hommes. L’obscurantisme est à l’oeuvre dans le plus grand silence et l’indifférence des occidentaux, y compris des féministes occidentaux… Rien n’est plus trompeur que le relativisme ambiant: « c’est leur culture, pas la nôtre » ou encore « c’est chez eux, pas chez nous ». La barbarie, où qu’elle se déroule, est la barbarie et ne connaît pas les frontières. C’est ainsi que les occidentaux avec le même relativisme, ont jadis fermé les yeux devant les plus épouvantables génocides. Certes, l’occident n’a plus les moyens de se faire partout et en tout temps le gendarme du monde. Mais au moins cesser d’être dupe sinon complice. Notre complicité avec ce qui se passe en Afghanistan n’est d’ailleurs pas seulement passive. Elle est active. Le rôle du Qatar comme financeur et base arrière des talibans ne fait aucun doute. Pourtant l’occident continue à s’agenouiller devant cet Etat. Ainsi, nulle voix ne s’élève contre le déroulement de la coupe du monde de football, cette grand-messe planétaire, au Qatar en 2022. Au nom de l’idole ballon rond, cet opium médiatique des peuples, nos sociétés prétendument féministes et protectrices des minorités s’accommodent gentiment et la tête baissée d’un déchaînement de barbarie dirigé principalement contre les femmes et des minorités religieuses de ce pays. Il est insupportable que l’an prochain se déroule un grand show médiatique planétaire dans un pays qui a apporté son soutien à l’encagement des femmes afghanes. Et dire le contraire est absolument, totalement, indiscutablement munichois.

MT

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Renforcement du despotisme sondagier

La rentrée 2021 est placée à l’aune d’une prodigieuse avalanche de sondages sur tous les sujets possibles et imaginables. Le saviez-vous? En ce début septembre, 67% des Français sont favorables au passe sanitaire (odoxo-backbone). Mais aussi 84% sont inquiets du dérèglement climatique soit davantage que du risque terroriste et de la délinquance (Harris). 20% apprécient Eric Zemmour (Elabe). 35% des Françaises sont insatisfaites sexuellement, contre 23% des Allemandes et 27% des britanniques (Ifop). [Bravo Messieurs les Français!] Mais 85% des Français sont « fiers de leur travail » (Harris Challenge). 33% des Français font confiance au président Macron, + 5% dont « une hausse impressionnante à droite » (yougov-Huffington post). Mais aussi 38% font confiance au président Macron, en baisse d’1% qui « perd 13% à droite » (Kantar Figaro magazine). 37% font confiance au président Macron, +3% selon Elabe les Echos pour qui  » la cote de confiance de Macron à son plus haut niveau depuis 3 ans« . Et pleuvent évidemment chaque jour les sondages de présidentielles et leur refrain sur l’inaltérable duel Macron-le Pen: 24-26 Macron, 19-23 le Pen (Ipsos le Parisien).

Ces sondages valent ce qu’ils valent, censés mesurer l’état de l’opinion à un moment donné. Par-delà les interrogations sur leur valeur scientifique, ils servent à façonner l’opinion, outils privilégiés du conformisme. De par leur fréquence, leur répétition obsessionnelle, ils visent à ringardiser et à marginaliser celui ou ceux qui ne pensent pas dans le sens du vent. Ils sont donc un instrument parmi d’autres d’embrigadement de la pensée. Ils expriment une forme de néant et de vide intellectuel: invitant les uns et les autres, dans le climat de nihilisme à suivre la voie du plus grand nombre en l’absence d’autre repère. Que le parti LR s’en remette à un sondage spécialement commandé pour l’aider à désigner son « candidat » est bien un signe du désarroi politique contemporain. Lire ou relire Nietzsche pour se prémunir contre la tyrannie sondagière: « Il faut se défaire du mauvais goût de vouloir être d’accord avec le plus grand nombre » (PDBM n°59). Et qu’on se rassure de ne pas être du côté de ce plus grand nombre. Il ne fait guère de doute que si les sondages avaient existé à l’époque, une immense majorité des Français aurait approuvé les accords de Munich le 30 septembre 1938 ou l’instauration du régime de Vichy le 10 juillet 1940.

Maxime TANDONNET

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Essai de réflexion sur le dernier scandale

Le scandale du jour est la vidéo mise en ligne par l’Elysée dans laquelle le président Macron exhibe les portraits de mcFly et Carlito dans le cadre d’un pari tout en souhaitant une bonne rentrée aux élèves et bâclant un hommage au professeur Samuel Paty. Les experts et autres analystes fourmillent d’interprétations ou d’explications. Il est question bien entendu de jeunisme exacerbé et démagogie. Surtout, le syndrome de la « transgression » est le plus souvent relevé. Pourtant, sans doute faut-il voir dans ce scandale autre chose qu’un phénomène se rattachant à la seule personnalité et au psychisme du chef de l’Etat – sans nier pour autant cette dimension.

Quasiment tous les jours et sous tous les prétextes, l’actualité est écrasée par le spectre présidentiel: Covid-19, vaccination, passe sanitaire, Afghanistan, Irak, Marseille, drogue, la rentrée scolaire, macFly et Carlito… Le culte de la personnalité, obsessionnel, permanent, insatiable, domine la conscience nationale à un degré et avec une intensité qui n’ont jamais été atteints dans la France contemporaine. Ce visage auquel le big brother de 1984 n’a rien à envier imprègne les cerveaux médiatisés, autant pour susciter l’extase et la béatitude que l’agacement ou la haine. Il envahit les écrans et les consciences au quotidien, obnubile les commentateurs, accapare l’attention, absorbe tout le reste de l’actualité – sans que cela ne dérange personne. Y voir uniquement un phénomène de nature psychique paraît dès lors superficiel.

Bien entendu, cette mise en scène quotidienne a un sens. Elle sert à recouvrir la tragédie d’un pays en plein effondrement: 5,7 millions de chômeurs (les vrais chiffres de pole emploi) sans compter le million et demi du chômage partiel, dette publique record de 120% du Pib, 9,6 millions de pauvres, 2 millions de personnes au RSA, déficit commercial de 85 milliards, vertigineux désastre scolaire qui voue la France à la dernière place du classement PISA en mathématiques, violence endémique se traduisant par une explosion de la criminalité, perte du contrôle des frontières et des migrations…

Telle est la sinistre et évidente réalité. L’histrion présidentiel a dès lors une fonction bien précise qui est d’occuper les esprits et de servir de leurre à la tragédie française. Avec la complicité active du pouvoir économique et ses relais médiatiques (voir la une ci-jointe du Parisien), l’actuel président joue plutôt bien ce rôle qui lui revient. Et une grande partie du peuple, asphyxié par la terreur de l’épidémie, est aussi complice si l’on en croit les sondages qui prédisent une réélection à peu près certaine. A quoi sert un président? faire de l’esbroufe à tout prix pour occuper les esprits, en bien comme en mal. Et pourquoi cela fonctionne-t-il si bien? Il ne suffit pas de dénoncer les calculs personnels ni une névrose narcissique. En vérité, tout cela fonctionne grâce à un contexte, une formidable et complaisante caisse de résonance médiatique et la servitude volontaire d’une partie de la population. Si le président Macron n’existait pas, il faudrait l’inventer et un jour, tôt ou tard, faudra-t-il le remplacer par quelque chose d’équivalent dans l’ordre de la médiocrité.

MT

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Droite: les guerres d’ambition contre l’intérêt général (pour le Figaro Vox)

[Ci-dessous mon dernier article pour Figaro Vox. En 2022, il est possible de débarrasser le pays du tandem « de second tour » le Pen-Macron dont la majorité des Français ne veut pas. Pour cela, il faudrait que l’opposition de droite donne un signe de rassemblement et de désintéressement personnel autour d’un projet collectif pour la France. Or, elle semble en ce moment prendre le chemin inverse en se focalisant uniquement et stupidement sur le seul choix du futur locataire de l’Elysée… Passer d’un naufrage narcissique à l’autre? Terrifiant gâchis ]

La plupart des observateurs en conviennent : rarement dans l’histoire politique contemporaine, la France n’a été aussi à droite. Lors des élections municipales de 2020, les Républicains (LR) obtenaient le meilleur score en termes de suffrages : 33, 71%, contre 29,63% (gauche) ; 15, 98% (Centre) ; 4, 38% (Vert) ; 3,33% (« extrême droite »). Les régionales de 2021 ont largement confirmé cette prépondérance : 29% (LR) ; 18% (RN) ; 12% (PS) ; 12% (Verts) ; 10% (LREM).

Certes, ces résultats doivent être relativisés en raison du caractère local des élections qui privilégie les sortants et de taux d’abstention élevés. Ils dénotent cependant à l’évidence une tendance profonde du pays confortée par un sondage IFOP du 23 juillet 2020 selon lequel 39% des Français se situent à droite, 32% au centre et 13% à gauche…

Or, par le plus grand des paradoxes, cette suprématie de la droite sur le terrain s’accompagne du plus grand doute sur la perspective de son  retour au pouvoir à la faveur des élections nationales de 2022. Dès que l’on s’éloigne de la France profonde pour en revenir au spectacle sondagier national et aux présidentielles, la droite se voit évincée selon tous les scénarios envisageables par le tandem de second tour le Pen/Macron (24 et 24% selon IPSOS), imperturbable depuis plus de 4 ans. Or, la glaciation de la scène politique nationale autour de ce duo porte le message lancinant d’une réélection quasi-assurée de l’actuel occupant de l’Elysée.

Pire : la droite donne le sentiment de continuer à s’enfoncer dans la confusion. Les grandes manœuvres sont lancées dans un indescriptible désordre. M. Wauquiez et M. Retailleau viennent d’annoncer leur retrait. M. Ciotti est en revanche candidat, s’ajoutant à Mme Pécresse, M. Juvin et M. Barnier pour les primaires, à M. Bertrand, hors primaire et tout cela sans compter l’entrée en scène de M. Zemmour. A huit mois des présidentielles, la droite se bat, non pour un projet de société à proposer aux Français, mais sur le mode de sélection de son candidat qui écrase toute autre considération.

Le mal de la droite, sa difficulté à transformer un sentiment populaire en perspective sérieuse de victoire électorale nationale, semble être avant tout d’ordre intellectuel, tenant à une sorte d’aveuglement ou de déconnexion quant aux attentes du pays.

Ses leaders n’ont visiblement toujours pas compris à quel point les querelles de personnes, batailles de chefs, les conflits d’ego internes à la droite et autres jeux d’écuries, à l’origine de toutes les défaites et de toutes les trahisons, étaient devenus insupportables aux Français.

Or, à huit mois du scrutin, la bagarre est d’ores et déjà enclenchée à l’image de la déclaration tonitruante d’une candidate revendiquant le monopole « des idées » évidemment contre tous les autres… Encore n’est-ce là qu’un début. Ce n’est sans doute pas un hasard si les deux plus attachés à la réflexion de fond, M. Wauquiez et M. Retailleau, se sont retirés de la compétition.

Obnubilé par « l’incarnation », nul à droite ne semble avoir pris la mesure de la lassitude des Français envers la dérive de la politique dans le narcissisme élyséen et la fuite dans la communication vaniteuse, après l’expérience des présidences « normale » puis « jupitérienne ». A quoi sert la politique ? A quoi sert-il d’aller voter : permettre à un individu prétendument supérieur de parader quotidiennement dans les médias ou sur le perron de l’Elysée ? Les femmes et les hommes de droite ont le tort immense de s’enferrer à leur tour dans le culte de la personnalité, le culte stérile du « moi-je » plutôt que de s’engager à restaurer le seul débat d’idées et l’intérêt général comme fondements de la politique.

Certes, les candidats de droite, en ordre dispersé, sont engagés dans une étrange course à la fermeté (parfois non sans démagogie stérile) en matière d’immigration. A cet égard, ils font un choix de répondre à une attente populaire évidente.

Mais sur tout le reste, ils s’ébattent dans le flou absolu, pariant sur leur séduction personnelle au détriment des questions de fond. Ils se sont tenus à distance des débats sur la recherche d’un équilibre entre sécurité sanitaire et défense des libertés face aux confinements ou couvre-feu successifs puis l’obligation du passe-sanitaire dans les actes de la vie quotidienne. La liberté n’est-elle pas l’un des fondamentaux de la droite ? De même, se montrent-ils étrangement pusillanimes sur les grands enjeux économiques et sociaux de l’époque, le chômage qui touche 6 millions de personnes, la dette publique (120% du PIB), la pauvreté et l’exclusion, la catastrophe scolaire (effondrement du niveau selon le classement PISA), etc. Et enfin, la question fondamentale de l’avenir de la démocratie française – tellement malmenée ?

On aurait pu imaginer que la droite, qui a tant de peine à trouver sa place sur le plan des idées entre lepénisme et macronisme, instruite par l’expérience et motivée par le bien commun du pays, se mobilise toute entière autour d’un projet collectif et s’engage à désigner au début de 2022, par commun accord de ses leaders, celui ou celle qui apparaîtra comme le mieux placé pour lui faire gagner collectivement l’élection présidentielle avant les législatives… A coup sûr, un tel engagement dans le sens de la responsabilité serait de nature à ramener la confiance du pays. Mais il ne faut surtout pas rêver…

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Un étrange mois d’août

Août est chaque année le mois où la fréquentation de ce blog s’effondre de moitié ou des deux tiers, pour des raisons bien évidentes. Mais en août 2021, surprise: cette fréquentation est l’une des plus fortes jamais enregistrées sur un seul mois, avec près de 90 000 visites: un record! …

Pourquoi? Le débat autour du passe sanitaire en est sans doute l’une des causes principales. Il s’est en effet passé quelque chose d’inhabituel. Au départ, cette mesure fut fondée sur une erreur d’appréciation ou bien une contre-vérité : l’annonce d’un « tsunami viral » (vision volontairement apocalyptique) lié au « variant delta » qui n’a pas vraiment eu lieu, ni en France (sauf en outre-mer), ni ailleurs en Europe.

Cette mesure soulevait à l’évidence de nombreuses questions au regard des fondements libéraux et égalitaires de la démocratie en interdisant de facto à une partie de la population (non détentrice du passe sanitaire) l’accès aux lieux les plus emblématiques de la vie quotidienne et en instaurant le principe de contrôle banalisé jusque sur les terrasses des cafés de ce fameux passe numérique.

Mais le plus étonnant dans l’affaire, ce fut le silence ou la compromission de quasiment toutes les consciences, intellectuelles, philosophique ou politiques, y compris les plus traditionnellement rebelles, autour de cette mesure (qui plus est contraire aux engagements initiaux des autorités). Ce blog (à son modeste niveau) a pris part à la réflexion et au doute face au puissant fleuve du conformisme.

Bref, un étrange mois d’août consacré de mon côté à la relecture de quelques chefs d’œuvre de la littérature française, un crayon à la main… Voici quelques jolies formules trouvées au fil du bonheur de cette relecture, qui sont facilement transposables à notre époque :

  • « Aussi, plus un homme est médiocre, plus promptement arrive-t-il; il peut avaler des crapauds vivants, se résigner à tout et flatter les petites passions basses des sultans » (Balzac, Les Illusions perdues).
  • « Mais votre conscience? – La conscience, mon cher, est l’un de ces bâtons que chacun prend pour battre son voisin et dont on se se sert jamais pour lui! » (Idem)
  • « Avec les monstres qui nous gouvernent, quelle chose au monde n’est pas possible?  » (La Chartreuse de Parme, Stendhal)
  • Cette âme de boue, qui n’a jamais vu que du mépris dans le regard des hommes, a le plaisir d’y voir maintenant la crainte, et même le respect; il peut devenir ministre de la police; et pourquoi pas? » (Idem)

MT

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Crise afghane et politique intérieure (pour Atlantico avec M. Edouard Husson)

1-Emmanuel Macron a accordé un entretien à TF1 ce dimanche après avoir participé à une conférence portant sur la stabilité au Moyen-Orient et la lutte contre le terrorisme dans le cadre de son déplacement en Irak et afin d’évoquer la situation en Afghanistan et dans la région, après le retour des talibans et l’attentat à l’aéroport de Kaboul, revendiqué par l’Etat islamique. Emmanuel Macron a également dévoilé sa stratégie sur la crise afghane auprès de la rédaction du JDD. Comment Emmanuel Macron tente-t-il d’imposer ses marques en cette rentrée ?  Quel bilan peut-on tirer de ses déclarations et de ses interventions au JT de TF1 et dans les colonnes du JDD ? Ses solutions pour tenter de résoudre cette crise (la poursuite des évacuations via des opérations humanitaires, la présence des soldats français en Irak ou l’instauration d’une « safe zone ») sont-elles crédibles et viables  alors même que selon des informations de France Info, un porte-parole des talibans rejette la proposition d’Emmanuel Macron de créer une zone sécurisée à Kaboul, mais assure que les Afghans pourront voyager après le 31 août, s’ils disposent d’un passeport et d’un visa ?  

« Puisque ces événements nous échappent, feignons de les organiser ». Jamais cette célèbre citation prêtée à Paul Valéry, ne fut mieux adaptée à la situation présente ! Les Etats-Unis et le monde occidental viennent de subir une défaite tragique en Afghanistan. Souvenons-nous. Les événements actuels ont leur source directe dans les attentats du 11 septembre 2001, qui firent plus de 3000 morts aux Etats-Unis. L’Amérique à la tête d’une coalition de pays occidentaux, dont la France, lance l’assaut contre les talibans qui dirigent l’Afghanistan, accusés de protéger Ben Laden, l’inspirateur de ce massacre. Le régime du Mollah Omar est renversé et les occidentaux s’installent à Kaboul avec le projet d’ancrer ce pays dans leur mouvance. Aujourd’hui la capitulation des occidentaux ne marque pas moins que la revanche posthume de Ben Laden et de Mollah Omar. Du chaos Afghan, la pire défaite du monde occidental en ce XXIe siècle, M. Macron s’efforce de tirer malgré tout une image positive et volontariste. Il propose de « parler » avec les talibans, d’instaurer une « safe zone » d’ailleurs rejetée par ces derniers. Mais les talibans vainqueurs de fait des Etats-Unis et du monde occidental, sont en position de force. Ils feront ce qu’ils veulent et sans doute ne faut-il pas en attendre la moindre concession de leur part.

2 – En se positionnant sur les sujets internationaux, le chef de l’Etat ne risque-t-il pas de s’éloigner des préoccupations des Français en cette rentrée ? Emmanuel Macron s’était déjà engagé dans la crise du Liban sans obtenir de réelles avancées. Le dossier afghan ne La situation afghane ne va-t-elle détourner le chef de l’Etat des enjeux majeurs de cette rentrée, notamment sur le plan politique hexagonal ?

L’orientation internationale des dernières prises de paroles élyséennes n’est en aucun cas déconnectée de la scène politique nationale. L’Afghanistan et l’Irak sont aussi des prétextes pour parler aux Français des sujets qui les préoccupent, immigration et terrorisme. La mise en scène du chef de l’Etat à l’étranger s’adresse à l’opinion intérieure. Le 17 août, le président Macron tenait un discours droitier, évoquant la nécessité de lutter contre l’immigration clandestine à propos de la déstabilisation de l’Afghanistan. Il provoquait ainsi un tollé à gauche. Hier soir, il soulignait que l’accueil des réfugiés était un devoir absolu et mettait en garde contre tout amalgame entre immigration et risque terroriste. Après un coup de barre à droite le 17, le chef de l’Etat s’efforce, le 29, de séduire à gauche conformément au « en même temps ». L’image du chef de l’Etat en déplacement au Moyen-Orient s’insère dans le spectacle politique franco-français. Mme le Pen en profite pour donner de la voix et se positionner en opposante attitrée. C’est aussi l’effet recherché au moment où l’opposition de droite, infiniment plus menaçante pour la réélection du président Macron, essaye de revenir dans le jeu.  Nous sommes en pleine politique intérieure et pré-campagne présidentielle.

3 – Alors qu’Emmanuel Macron a été vivement critiqué par la gauche pour ses prises de position sur la crise migratoire, le dossier afghan va-t-il permettre à Emmanuel Macron de donner des « gages » et lui permettre de convaincre l’électorat de droite (sur les flux migratoires, la situation des réfugiés, la coopération européenne contre le terrorisme, le sens de la présence au Sahel) ? 

A cela s’ajoute une volonté présidentielle de donner l’image d’une prise de hauteur, de s’extraire de la morosité nationale et de l’image ambiguë voire délétère donnée par l’imposition du passe sanitaire. Pourtant, l’effet de ces prises de parole est incertain et probablement mineur sur le plan des sondages et des élections. L’opinion est déchirée sur ces sujets. Elle est en plein accord pour l’accueil des Afghans ayant servi les intérêts français et menacés de mort par les talibans. Au-delà, elle redoute une nouvelle crise migratoire. L’identification de quelques partisans (isolés) des talibans parmi les arrivants d’Afghanistan n’est pas de nature à la rassurer sur la question sécuritaire.  Les Français sont bien plus lucides et réalistes que ne le pensent les dirigeants du pays. Ils sentent bien que les événements en cours au Moyen-Orient sont d’une extrême gravité et que la France – seule – pèse de peu de poids dans un tel dossier. Ils font le constat du naufrage et de l’implosion du monde occidental dans son ensemble dont la France, partie prenante à la coalition de 2001, ne peut se dissocier. La multiplicité des apparitions médiatiques du président de la République et ses prises de position, dominée par le principe du en même temps, n’est probablement pas de nature à rassurer l’opinion dans sa globalité ni à influer sensiblement sur la donne électorale.

MT

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Glaciation politique, jusqu’où?

Phénomène sans aucun précédent dans l’histoire politique française: à 8 mois des élections nationales, rien ne semble devoir perturber la glaciation électorale qui dure depuis plus de quatre années. Invariablement, depuis le deuxième tour des présidentielles de 2017, le tandem de second tour le Pen/Macron maintient sa domination sondagière, imperturbable, écrasant toute compétition avec 24 et 24% des intentions de vote.

Rien ne bouge, tout semble durablement gelé. Pendant toute cette période des événements titanesques se sont produits: la poursuite de la vague terroriste, la crise des gilets jaunes, l’épidémie de covid19 qui a bousculé la planète, la tragédie afghane. Pourtant, la scène politico-sondagière n’a pas évolué d’un iota, ni dans un sens ni dans l’autre, comme déconnectée de la réalité. L’effondrement électoral du RN comme du LREM aux élections régionales de mai-juin n’a rien modifié dans l’équilibre des forces, entérinant un découplage entre la politique de terrain et le spectacle sondagier national.

D’ailleurs, elle n’a pas donné lieu non plus à la poussée de l’un ou de l’autre des deux partenaires de cet étrange attelage. Avec la perspective d’un fort abstentionnisme, aucun des deux ne dépasserait les 12 ou 13% des électeurs: la glaciation est le produit de l’indifférence et non d’une adhésion. Non, tout est figé dans une sorte de marais barométrique, rien ne se passe, rien ne semble bouger. Et la domination sondagière de ce binôme porte au second degré le message lancinant d’une réélection quasi-assurée de l’actuel occupant de l’Elysée.

Les grandes manœuvres sont lancées à droite dans la plus absolue confusion. M. Wauquiez et M. Retailleau viennent d’annoncer leur retrait. Mme Ciotti est candidat. Il reste pour l’essentiel, Mme Pécresse et M. Barnier pour les primaires et M. Bertrand, hors primaire. On pourrait imaginer que la droite, motivée par le bien commun du pays, se mobilise autour d’un projet collectif et s’engage à soutenir sans faille le candidat qui apparaîtra comme le mieux placé au début de 2022. Ne surtout pas rêver… Là non plus, rien n’a changé en quatre ans, aucune leçon ne semble avoir profité et la droite est, elle aussi, figée dans les jeux d’écurie, la compétition des ego et les questions idiotes qui écrasent le débat d’idées et le sens de l’intérêt général: aimez-vous mieux Barnier, Bertrand ou Pécresse? [personnellement, je m’en f…]

Et pourtant, d’ici mai-juin 2022, nous pressentons que sous la couche superficielle de glace, le sol va craquer, que des événements imprévisibles vont se produire, que la scène politique va connaître des bouleversements titanesques et probablement rien ne se passera comme annoncé par les sondages. Mais que va-t-il en sortir? Nul d’entre nous n’en a la moindre idée.

MT

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Lecture: Dessine-moi une Eglise, Emmanuel Belluteau, Balland 2021

L’incendie de Notre-Dame, le 15 avril 2019 s’est imposé comme un emblème de la crise profonde que traversent l’Eglise catholique et au-delà le christianisme en France. Dans un ouvrage aussi dense que passionnant, Emmanuel Belluteau, président de l’Office chrétien des personnes handicapées qui mêle expériences personnelles et références évangéliques, ne lésine pas sur la gravité du constat. D’ailleurs, il n’hésite pas à citer des paroles cinglantes de Bertrand Vergely dont le mérite est d’inviter à un débat sans tabou: « Le christianisme, qui est originellement une religion de vie, est tombé en décadence. Il est devenu un ordre conservateur frileux […] * ».

Comment en sortir? A juste titre, E. Belluteau évite les sujets polémiques et autres serpents de mer habituels autour de la la réforme de l’Eglise catholique (par exemple la question du mariage des prêtres) qui divisent plus qu’ils n’apportent de solution. Il nous entraîne bien loin de toute forme d’hystérie pour se concentrer sur l’essentiel à ses yeux. Son intérêt se porte bien davantage sur l’état d’esprit de l’Eglise, évidemment l’Eglise au sens le plus large de la communauté des catholiques et même au-delà, de tous ceux qui se reconnaissent dans le message évangélique.

En 11 brefs chapitres, il propose un retour aux sources de la religion chrétienne et de ce message évangélique « Ce n’est pas en recourant à des solutions toutes faites que nous rebâtirons l’Eglise, ni par des pansements ou des formules faciles. Il nous faut au contraire revenir à ce qui constitue le cœur du témoignage que nous avons à porter et remettre ces fondamentaux au centre de la réflexion pour relever l’Eglise que nous aimons […] On a coutume de dire que c’est au sort qu’elle réserve aux plus fragiles de ses membres qu’on juge une société. Il en va de même pour l’Eglise, qui a tant fait pour affirmer la dignité de toute vie, qui a souvent été la première – et parfois la seule – au chevet des pauvres et des affligés et qui aurait tout à gagner à se souvenir de cette priorité […] Parce qu’ils ne peuvent souvent vivre que l’essentiel, sans calcul et sans artifice, les plus fragiles nous donnent à voir, dans la vérité et la simplicité de leur existence chahutée par la maladie ou le handicap (physique, mental, psychique, social), un témoignage étonnement proche du message évangélique. »

L’auteur met en avant les piliers d’un renouveau de l’Eglise tel qu’il l’envisage. Il préconise par exemple de redécouvrir le sacrement de la joie, au cœur de l’héritage du Christ: « Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » De même, il valorise le message d’audace et d’optimisme qui imprègne les Evangiles: « Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi? » Une Eglise, fière et humble, mais aussi forte et fragile ne doit jamais céder à la facilité du siècle et savoir tenir un cap dans la tempête « pour annoncer à un monde qui doute, y compris à contre-courant et parfois « en défendant l’homme contre lui-même » (Jean Marie Lustiger) que Dieu sauve et que la pardon est toujours possible. »

Enfin, l’auteur lance un appel à la fraternité qu’il illustre d’une anecdote bouleversante, à l’image de tout son livre: « Au cours d’un pèlerinage qu’il effectuait avec sa famille à medjugorje […] un journaliste a demandé à l’un de nos jeunes amis, Thibaud, s’il espérait être guéri miraculeusement de la myopathie qui l’empêchait de vivre normalement. Sa réponse a été édifiante pour tous ceux qui se trouvaient là […] Après avoir réfléchi un instant, Thibaud a relevé la tête vers son interlocuteur et lui a dit de sa voix faible et belle qu’il ne le souhaitait pas si les autres personnes souffrant de cette affection n’étaient pas guéries aussi! »

Je recommande chaleureusement la lecture de ce livre, mince par le volume mais épais par la richesse des sentiments et de la pensée qui l’inspirent et l’animent.

* La tentation de l’homme Dieu, le Passeur, 2015.

Maxime TANDONNET

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Sur une prétendue « intelligence supérieure »

« Durant cet entretien avec l’auteur, la seule qualité reconnue à l’actuel chef de l’Etat sera son intelligence supérieure. Aussitôt nuancée : « S’il est très intelligent, ce n’est pas pour autant un intellectuel, il est plus Patrick Bruel et Eddy Mitchell que le Panthéon. […] Il n’est pas très cultivé, il a une culture populaire. » 

Ce propos de l’ancien président de la République concernant l’actuel ne m’a guère surpris. C’est un lieu commun dans toute la classe politique et médiatique: il est « très intelligent » ou d’une « intelligence supérieure« . Il ne se trouve sans doute pas un député ou un élu pour démentir ce qui constitue un véritable axiome de la « France d’en haut » (politico-médiatique) en ce moment. Dire le contraire, ou nuancer le propos apparaît comme une imbécillité voire une hérésie. Non seulement il est intelligent, mais il est l’intelligence-même, nonobstant tous les autres défauts qui lui sont généralement reconnus.

On en revient à l’éternelle question: qu’est-ce que l’intelligence? Et à fortiori l’intelligence supérieure? A mes yeux, elle n’existe pas vraiment (sauf extrêmement rares exceptions du côté des génies créateurs). Ce qui s’en rapproche le plus dans la vie courante: la curiosité intellectuelle, avoir envie d’apprendre et de comprendre, l’humilité de celui qui commence à dire comme Socrate et Montaigne, tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, mais aussi une manière de sentir le monde où l’on vit, de percevoir intuitivement ce que ressentent les autres et les mouvements du monde.

Quand les politiques en général (ou leurs valets), parlent de la « grande intelligence » ou intelligence supérieure de l’un des leurs, ils parlent d’autre chose que ce que, moi, j’appelle intelligence. Ce qu’ils appellent « intelligence » est plus proche de la notion de ruse, de capacité à accomplir des mauvais coups et également de la capacité de séduction.

Leur idée de l’intelligence se confond ainsi avec la désinhibition, l’absence de surmoi et de toute limite intérieure, l’ivresse narcissique qui ne connaît aucune borne. L’intelligence supérieure telle que la conçoit M. Hollande – la sienne aussi – est l’attitude qui consiste à n’avoir aucun état d’âme à « tuer le père », liquider ses plus proches amis, mentir au point de ne même plus s’en rendre compte, et se contredire du matin au soir, prendre les gens pour de la piétaille indéfiniment séductible et manipulable.

Elle se reconnaît – cette intelligence supérieure dont parle l’ex-président – à l’impression que tel ou tel individu ne reculerait devant aucune perspective, aucune apocalypse, aucun fleuve de larmes ou de sang pour la jubilation du paon dans l’extase collective. Bref, ils voient de « intelligence supérieure » (la leur) dans ce qui n’est qu’ apothéose de la vanité et sa traduction dans les gestes et les paroles.

MT

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Les étranges statistiques du chômage

Jadis, sous les quinquennats précédents, le chômage était un enjeu politique essentiel. Son augmentation à partir de 2018 fut la cause directe des difficultés de la présidence Sarkozy et de la faillite de la présidence Hollande. Aujourd’hui, c’est plus simple: le chômage a disparu des écrans radar. Il n’en est plus question. Le chômage – ou la question de l’emploi – est étouffé en tant que sujet de société par la peur de l’épidémie. Sans doute faut-il y voir la conséquence du déclin de la valeur travail comme pilier de la vie sociale. Mais surtout, la formidable confusion autour des statistiques est à la source d’une perte de repères sur laquelle s’enracine la propagande officielle. Ainsi, l’INSEE, repris par les médias et les journaux parle de 2,4 millions de demandeurs d’emploi selon le mode de calcul du BIT en juillet 2021. Ce chiffre débouche sur un taux de chômage de 8,1%. Il signifie que la crise sanitaire a été surmontée sur le plan de l’emploi et ses conséquences effacées. Cependant, les statistiques de pôle emploi (DARES, ministère du travail) bien qu’émanant elles aussi de source officielle, sont radicalement différentes. Elles font état, pour la même période, de 3,7 millions de chômeurs inscrits en catégorie A (au sens du BIT), soit 1,3 million de plus que l’INSEE. Elles pointent presque 5,7 millions de demandeurs d’emploi au total (toutes catégories A, B et C confondues). Les chiffres de l’INSEE donnent l’image d’une situation plutôt favorable. Bien au contraire, les statistiques de pôle emploi – établies au plus près par le décompte un à un des demandeurs d’emploi inscrits – décrivent une situation désastreuse et un chômage battant des records historiques en France. Certes des écarts entre les modes de décompte sont parfois inévitables (et donneront lieu à moult explications techniques) mais rien ne saurait justifier une différence aussi colossale d’1,3 million de chômeurs. Bien entendu, c’est la bonne statistique de l’INSEE qui est considérée comme la vérité officielle par la presse bienpensante. Grand silence, absolument personne pour relever l’effarante contradiction. D’ailleurs, entre 2,4 et 5,7 millions, le gouffre du mensonge est impressionnant. Plus que jamais: on se moque des Français.

MT

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Sur l’essoufflement du « mouvement anti-passe » (pour Atlantico)

1 – Selon le ministère de l’Intérieur, 175 503 personnes ont manifesté samedi en France contre le passe sanitaire pour le sixième week-end consécutif, contre 214.000 la semaine dernière et 237.000 la semaine précédente. Comment expliquer l’apparent essoufflement du mouvement ? S’explique-t-il par l’absence de relais politiques des revendications portées ?

Je ne suis pas sûr qu’il s’explique par l’absence de relais politiques. Les Gilets jaunes ne bénéficiaient pas non plus d’un soutien politique en dehors des partis ou personnalités dits « antisystème ». En revanche, les manifestants contre le passe sanitaire sont pénalisés par l’absence d’un vaste soutien de l’opinion publique. Selon différents sondages, en tout cas pour l’instant, ils n’inspirent la sympathie que d’un tiers environ des Français, ce qui est faible en comparaison avec les Gilets jaunes au début qui recueillaient le soutien de 70% de la population. Par ailleurs, les médias (globalement) tirent à boulet rouge contre le mouvement anti passe avec une virulence et un unanimisme impressionnants, en généralisant à l’ensemble des manifestants des comportements certes scandaleux mais évidemment marginaux. Ce mouvement est systématiquement tourné en dérision, ridiculisé quand il n’est pas assimilé aux pires abominations de l’histoire. Ses détracteurs amalgament abusivement rejet du passe sanitaire et  combat « antivaccin ». Un tel contexte de matraquage médiatique incluant des sensibilités qui vont de l’extrême gauche à l’extrême droite, favorise évidemment sa marginalisation et son essoufflement.

2 – Y-a-t-il un risque que cet essoufflement ne soit que lié au creux du mois d’août, et que le mouvement reprenne de la vigueur à la rentrée ? 

Le creux du mois d’août joue peut-être mais là n’est pas l’essentiel. Un tel mouvement ne semble pas de prime abord de nature à mobiliser le pays dans ses profondeurs. Les Gilets jaunes portaient un message à caractère social – la détresse de la France profonde face à la taxe carbone. Aujourd’hui, le discours des antipasse sanitaire aura sans doute du mal à entraîner le pays. Sa motivation est plus intellectuelle ou morale : la défense de la liberté face à la menace d’une société de contrôle numérique. La peur de la contamination et de la maladie l’emportera toujours, dans la majorité, sur le goût de la liberté et de la dignité. Au fond, devoir subir un contrôle numérique pour s’asseoir à la terrasse d’un café (où le risque de contamination est nul en respectant certaines règles), ne semble pas perturber outre-mesure des consciences anesthésiées par la peur et le conformisme. Il est finalement assez facile de maîtriser l’opinion publique en agitant le spectre d’un « tsunami » viral. La réalité sur l’ensemble du territoire, est bien éloignée de cette vision apocalyptique : aujourd’hui en France, le covid-19 tue infiniment moins que le tabac et l’alcool. « Jamais le passe sanitaire ne sera un droit d’accès différenciant les Français » promettait le président de la République le 29 avril dernier. L’impressionnante volte-face du pouvoir politique est totalement occultée et passée sous silence dans le grand vent dominant. La perte des repères est vertigineuse.

3 – Alors que la vaccination se poursuit à un rythme important, y-a-t-il un risque que les manifestants, de plus en plus marginalisés, se radicalisent ?

Il n’y a pas forcément de lien entre l’essoufflement du mouvement et les progrès de la vaccination dès lors que la dénonciation du passe sanitaire ne coïncide généralement pas avec le refus du principe de la vaccination. Mais en effet, la radicalisation ou la récupération du mouvement par des groupes violents est un risque évident. Un basculement du courant antipasse dans la violence achèverait de diaboliser et de discréditer en peu de temps un mouvement dont la motivation initiale était de dénoncer les manipulations par la peur et de promouvoir la défense des valeurs républicaines de liberté et d’égalité face à des mesures que les plus hauts dirigeants du pays considéraient eux-mêmes, peu de temps auparavant, comme intolérables. Le pouvoir politique a au fond tout à gagner à la radicalisation du mouvement, pour apparaître à la fois comme le protecteur face à l’épidémie et face à l’émeute. La vérité, en revanche, a tout à y perdre. Nous assistons à une sidérante inversion des valeurs. Les quelques personnalités qui dénoncent encore la manipulation par la peur, l’extension du contrôle numérique à la vie quotidienne et la discrimination envers des personnes à raison d’un statut sanitaire, sont désormais présentées dans la béatitude générale comme les « égoïstes » et les liberticides. Il faut bien voir que nous sommes en pré-période d’élections nationales. L’approche des présidentielles explique beaucoup de choses : le climat de dramatisation volontaire de l’épidémie ou de soumission par la peur, la mise en scène autoritaire par le pouvoir et la lâcheté (globale) des oppositions.  Mais le plus étonnant et le plus tragique est la démission de la pensée. A de rares exceptions près, les intellectuels connus se sont sagement alignés sur le courant dominant, sans doute autant par aveuglement – « bêtise de l’intelligence » – que par souci de leur respectabilité.

MT

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Sur le mépris envers les « antipass » (pour le Figaro)

Voici ma tribune publiée ce matin par le Figaro (journal imprimé accès complet ouverts aux abonnés). Elle essaye en termes modérés d’expliquer en gros que les personnes défavorables à l’extension du passe sanitaire aux actes de la vie quotidienne méritent autre chose que le tsunami de mépris qui s’exprime dans la presse, la politique et les médias. Les « antipasse » ne sont pas la plupart d’entre eux, contre le principe d’une vaccination ou « antivaccins ». En dehors d’une poignée d’extrémistes, ils se disent dans leur ensemble préoccupés par les conséquences pour les libertés d’une société de contrôle numérique s’appliquant aux aspects les plus courants de la vie quotidienne. Ils refusent une société banalisant la surveillance (dans les restaurants, les terrasses et les grandes surfaces) et la délation – de manière tragiquement inutile ou disproportionnée. Ils dénoncent le discours apocalyptique sur covid 19, présenté comme une sorte de peste bubonique exterminatrice, justifiant ces mesures (comparaison courante avec la variole!) Ils déplorent les conséquences discriminatoires de ces mesures pour des personnes dépourvues de passe sanitaire – et n’y peuvent strictement rien (raison de santé par ex). Certaines réactions à cet article sont fascinantes. Au-delà du mépris (hautement revendiqué), elles expriment la puissance de la rage collective dans la quête du pestiféré (le « non vacciné », ou « l’antipasse » présenté comme coupable « d’égoïsme » et une menace pour la collectivité) et la capacité d’asservissement et d’aveuglement d’une foule sous l’emprise de la peur. On y retrouve l’éternelle mauvaise foi du lyncheur qui se dit lynché (ou le pourfendeur d' »antipasse » qui s’en prétend la victime). En lisant tout cela, on se dit que tout devient possible.

MT

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Kaboul, la défaite des Etats-Unis et du monde occidental

La chute de Kaboul au mains des talibans survient en plein cœur de l’apathie estivale. Elle est une tragédie largement sous estimée et relativement peu commentée qui marque un moment décisif dans l’histoire du XXIe siècle. Tout a commencé le 11 septembre 2001, à l’aube de ce nouveau millénaire. En représailles de l’attaque des Etats-Unis, une coalition occidentale sous l’égide de ces derniers prend d’assaut l’Afghanistan, d’où furent commandités les attentats. Le régime du mollah Omar qui protégeait Ben Laden est renversé, les talibans chassés de Kaboul où un régime pro-occidental puissamment encadré par les Etats-Unis et leurs alliés se met en place. Aujourd’hui, la reprise de Kaboul par les talibans qui livre le peuple Afghan à l’un des régimes les plus barbares de l’histoire contemporaine, marque la plus tragique défaite du monde occidental en ce XXIe siècle dont les images rappellent étrangement la chute de Saïgon en 1975. La première puissance mondiale et son écrasante supériorité économique, technologique et militaire vient de s’incliner devant la barbarie obscurantiste. Sans doute est-ce là atroce à dire, mais c’est la stricte vérité: la reprise de Kaboul, la fuite honteuse des forces américaines et de leurs alliés, prolonge les attentats du 11 septembre 2001 et scelle une victoire posthume de Mollah Omar et de Ben Laden, c’est-à-dire du mal absolu en ce XXIe siècle. Les talibans adossés à l’ambigu Pakistan, restaurent une plateforme de terrorisme planétaire à la face du monde occidental plongé dans la torpeur de l’été. Cette fois-ci, personne n’ira les déloger. Nous entrons dans une nouvelle ère qui s’annonce épouvantablement sanglante et profondément instable menaçant le monde occidental affaibli par la lâcheté, la culture de la haine de soi. Il faudrait en prendre conscience: la page d’un nouveau cauchemar est en train de s’ouvrir.

MT

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Des sans-dents aux « sans-pass », chronique d’un mépris

« Donc ça va être primauté aux vaccinés et vie de merde pour les non-vaccinés » : ainsi s’exprime le « conseiller d’un ministre de premier plan ». Cette phrase est à l’image de la politique sanitaire française. L’un des objectifs avoués des décisions du 14 juillet rendant le pacte sanitaire obligatoire dans la vie quotidienne est de faire pression pour obliger les Français à se faire vacciner. L’obligation de présenter un pass sanitaire pour s’asseoir à la terrasse d’un café est emblématique de ce choix. Elle ne sert évidemment à rien sur le plan pratique : en extérieur et en respectant des règles de distance, les risques de contamination sont inexistants, en tout cas pas pire que dans la rue ou les transports. Le symbole est terrifiant: une partie de la population, qui pour une raison ou pour une autre, ne dispose pas d’un pass sanitaire, est traitée en pestiférée et exclue de la vie sociale dont l’accès à la terrasse d’un café est emblématique. Elle semble poser les bases d’un contrôle numérique de la société dans lequel tout le monde est le gendarme de tout le monde: il est légitime de s’interroger sur cette orientation et de s’y opposer. Le choix d’empoisonner la vie des personnes pour les contraindre à se vacciner dégage le pouvoir politique de sa responsabilité qui découlerait d’une obligation vaccinale pour les personnes à risque ne présentant pas de contre-indication. Il repose tout entier sur l’idéologie du mépris, une vision de la population, des sans-dents aux sans-pass, autorisant les brimades et jusqu’à « une vie de merde » pour infléchir son comportement. De même, le discours quasi officiel qui consiste à dramatiser ou se montrer alarmiste pour propager la peur relève de la même logique, une vision « des gens » assimilés à la « populace », la vile multitude méprisable et indéfiniment manipulable, des sans-dents aux Gaulois réfractaires. La vérité, c’est que tout ce schéma est entièrement fondé sur le mensonge. Voyez encore les statistiques superbement tenues par le journal le Monde (pardon, je me répète, mais il faut répéter la vérité contre le mensonge). La situation présente sur l’ensemble du territoire n’a rien d’apocalyptique ni même d’alarmant. Désormais, le niveau de mortalité quotidienne semble se maintenir à un niveau à peu près équivalent à ce qu’il était avant l’épidémie. Toute mort est évidemment regrettable mais le covid 19 n’est qu’une partie infime du nombre total des décès dont sans doute beaucoup évitables (accidents, drogue, alcool, tabac, cholestérol). Pire, le discours selon lequel les brimades, humiliations, violation des droits de la personne depuis mi-juillet – à l’image des terrasses de café – seraient à l’origine d’une prise de conscience et d’une augmentation des vaccinations est profondément mensonger: la hausse du nombre des vaccinations sur une base volontaire est continue et constante depuis plusieurs mois: la méchanceté publique, le chantage et le mépris n’y ont strictement rien changé. Voir toujours les statistiques du Monde. En ce moment nous atteignons le paroxysme de l’idéologie du mépris. Le mal absolu de la politique française: ils prennent les Français pour des c….

MT

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Afghanistan, la trahison de l’Occident

Après la chute d’Herat la troisième ville d’Afghanistan, les talibans contrôlent une grande partie du pays et sont aux portes de Kaboul dont la conquête est désormais une question de semaines. Cette progression est la conséquence du retrait complet des forces américaines décidé par M. Biden. Vingt ans auparavant, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, une coalition internationale dominée par les USA était intervenue pour chasser d’Afghanistan les talibans au pouvoir qui protégeaient Ben Laden. Après avoir échoué dans la reconstruction de l’Afghanistan les occidentaux se sont progressivement retirés de ce pays, notamment la France (on se souvient du geste emblématique de M. Hollande juste après son élection en 2012 qui s’était fièrement rendu sur place pour annoncer le retrait des forces françaises). Les Etats-Unis, après vingt ans de présence en Afghanistan retirent définitivement les forces. Ils l’abandonnent ainsi, avec ses 40 millions d’habitants à une forme particulièrement épouvantable de la barbarie. Les islamistes afghans pratiquent la table rase au nom du Coran : destruction des bouddhas, interdiction de l’enseignement aux jeunes filles condamnées à l’illettrisme, de la musique, des lettres et des arts, d’Internet, enfermement des femmes contraintes de porter un grillage sur la figure pour sortir, extermination systématique de leurs opposants, pratique courante de la décapitation, de la lapidation et de l’amputation, peine de mort pour les homosexuels. En abandonnant les Afghans à la terreur, les occidentaux ne trahissent pas seulement leurs alliés et la population, ils tournent le dos à leur civilisation. Vaincus, ils créent dans le plus bel aveuglement les conditions d’une nouvelle base pour l’action terroriste partout dans le monde et en particulier en Europe et en France et pour la conquête des esprits dans tout le monde musulman. Il permettent la reconstitution d’un « Emirat » terroriste auquel Daesh n’a rien à envier. Cette odieuse trahison est générale, ne tient pas au seul M. Biden et l’Administration US. L’Occident obnubilé par la « crise sanitaire » ferme les yeux sur ce triomphe de la barbarie absolue. Parmi les défenseurs des droits de l’homme, notamment les féministes, les autorités morales et religieuses, nulle voix ne se fait entendre pour condamner cet abandon, ce reniement, cette acte hideux de lâcheté. Une honte absolue qui se paiera au prix du sang.

MT

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La grande faute du politique

Depuis bientôt un demi siècle, le politique a échoué sur à peu près tous les sujets: le chômage, la sécurité, les migrations, la pauvreté, les retraites, la dette publique… Aujourd’hui, il se jette comme un vautour sur un thème où il espère briller et se faire valoir: le traitement d’une maladie. L’effet de cette boulimie est de pourrir la question. Le sujet de la lutte contre une pandémie de covid 19 est avant tout médical et le débat de nature scientifique. Il est de la responsabilité de la communauté médicale et scientifique. Sa récupération outrancière et quotidienne par le politique est à l’origine d’une catastrophe.

Le rôle essentiel du politique est de donner aux médecins et aux hôpitaux les moyens de fonctionner: médicaments, masques, vaccins, équipements, places en réanimation. Or il n’a jamais su s’acquitter en temps voulu de cette mission: d’où son naufrage dans la logorrhée moralisatrice et accusatrice.

L’effet du surinvestissement de ce champ par le politique est désastreux: en mêlant, de fait, les questions sanitaires à une future campagne électorale, le politique jette le scepticisme et le doute. Il associe le traitement d’un sujet médical à l’idéologie et au mensonge. Il sème la peur et la confusion dans les esprits. En livrant la médecine à la politicaillerie et à l’hystérie médiatique, il déchire le pays et transforme, ce qui devrait être un sujet scientifique et médical, protégé de la folie, à l’abri des soubresauts idéologiques et politiciens, en nouvel objet de haine, de déchirement et de révolte. Il soumet à la contrainte, à la propagande et à l’idéologie des sujets qui ne devraient relever que de la responsabilité personnelle et de la médecine.

L’extension du « pass sanitaire » qui exclut sans la moindre raison même la plus infime une partie des Français, notamment les jeunes, des terrasses de café (effroyable emblème), annonce les bases d’une société discriminatoire de contrôle numérique et de délation ou chacun devient le gendarme d’autrui, est le fruit de cette terrifiante dérive. Idem: les menaces de « refermeture » ne relèvent pas de ce qui est tolérable de la part des politiques. Des dirigeants élus n’ont aucune légitimité pour exercer un chantage sur les citoyens à la destruction de leur pays (car la fermeture totale est une forme de destruction).

La dramatisation à outrance, les mots de « catastrophe » ou de « tsunami », destinés à répandre la peur ne sont pas dignes de responsables politiques. De fait, le taux de mortalité actuel est du niveau de l’avant covid d’après les statistiques de l’INSEE et le nombre d’une cinquantaine de morts déclarés au quotidien est 7 fois moins important que celui des victimes du tabac et de l’alcool ou équivalent à celui d’une épidémie passée inaperçue (2014-2015). L’alarmisme, le sensationnalisme, la manipulation de la peur et de la panique est l’un des aspects les plus sordides de cette crise, morale, intellectuelle, politique, au moins autant que sanitaire. Le rôle de dirigeants politiques est de rassurer, d’apaiser les esprits, de conquérir la confiance, la paix civile et non d’attiser la peur et la division.

Honte à ceux qui sèment le trouble et la peur, la haine entre Français. La récupération obsessionnelle de l’épidémie excite les passions et les angoisses autour de questions qui ne peuvent se traiter qu’à l’abri des tensions. Le naufrage dans l’infantilisation et la moralisation à outrance, l’esprit de pénitence – vous aurez une « vie de merde (sic) » – ne fait qu’amplifier les problèmes. Il désigne des coupables: les gens, la populace, les Gaulois réfractaires. Mais il a l’effet inverse à celui recherché en nourrissant la défiance, la fracture démocratique, en déchirant le pays et en anéantissant ce qui pouvait lui rester de paix et de confiance.

MT

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Quelle issue politique?

Le terme de « dictature » (au sens historique), parfois utilisé à propos de la politique française actuelle liée à l’épidémie de covid 19, est particulièrement trompeur. Dans une dictature ou dans un système totalitaire, mots qui renvoient inévitablement aux régimes de terreur du siècle précédent, l’auteur de ces lignes serait depuis longtemps en prison (ou mort) tout comme les autres voix dissidentes. D’ailleurs l’ordre policier actuel touche avant tout la surface des choses – spectacle des FDO contrôlant des consommateurs en terrasse – et ne fait que couvrir un prodigieux chaos social qui s’exprime dans la banalisation de la violence criminelle. L’usage d’un mot qui renvoie à des systèmes d’autarcie, l’emprisonnement ou l’assassinat des opposants, aux camps de concentration, l’interdiction totale des partis et de la presse d’opposition, de la liberté d’opinion et d’expression, prend toute sa part dans la confusion des esprits. Pour éviter les comparaisons fallacieuses, il suffit d’ouvrir un livre d’histoire aux pages des dictatures soviétique ou fascistes.

Ce que nous vivons en ce moment n’a pas de rapport avec une dictature au sens classique du terme. Nous vivons une période qui ressemble bien davantage à quelque chose de nouveau pouvant s’exprimer dans les formules d’absolutisme de la médiocrité, despotisme du néant ou du nihilisme, quintessence de l’absurdité : démence narcissique, foule médiatique apeurée et soumise au gré des manipulations, élites intellectuelles et administratives largement asservies, politiciens noyés dans le conformisme, remise en cause dans l’indifférence générale et l’aveuglement des principes fondamentaux de la nation (liberté, égalité, fraternité), faillite des institutions protectrices des droits de la personne, fragmentation du pays… Le tout repose, non pas sur un appareil totalitaire digne des dictatures du siècle dernier, mais sur la « servitude volontaire » de populations dominées par la peur, ainsi livrées à toutes les manipulations. Et ce phénomène est loin de ne toucher que la France.

Une seule question vient à l’esprit: pouvons nous en sortir avec les élections nationales de 2022? Un changement de cap, une grande alternance sont-ils concevables? Le spectacle actuel ne laisse quasiment pas d’espace à une issue politique. Au niveau des personnalités, aucune perspective visible ne permet le moindre espoir. Parmi les « éligibles » potentiels, notamment les « grands » candidats aux « primaires LR », pas un seul n’a donné le plus infime signe de courage ou d’intelligence en cet été tragique. Entre M. Macron et ces derniers, les Français choisiront sans doute l’original de préférence à la copie. Quant à un sursaut collectif, l’arrivée au pouvoir d’une équipe unie et déterminée à changer le cours des choses, c’est pure chimère en l’état : aucun signe d’unité ni de projet ou de ligne commune, ni même de conscience collective ne pointe à l’horizon. Et ne parlons même pas des candidats prétendus « antisystèmes » qui ne dépareillent en rien de la lâcheté, du vide et du ridicule ambiant.

Cela ne signifie pas que tout est perdu. Des voix lucides et courageuses se font entendre et parviennent à franchir le brouhaha du conformisme. En politique, M. David Lisnard, M. FX Bellamy, Mme Lydia Guirous… quelques rares intellectuels comme M. Mathieu Slama ou même dans le monde médical, le docteur Gérald Kierzek. C’est infiniment peu et beaucoup à la fois, montrant que la flamme de la résistance (intellectuelle) brûle toujours. Des événements d’une gravité inouïe peuvent se produire. Tous les ingrédients d’une révolte sont en place. L’opinion sous l’effet de l’exaspération peut se réveiller et se retourner soudain. D’une situation de chaos absolu peuvent émerger une prise de conscience, de nouvelles idées, des hommes et des femmes dignes de la France… Cela s’appelle, selon les termes de Charles Péguy « la force de l’histoire« . Rien ne prouve que tout cela se produira mais rien non plus, au regard de l’expérience des périodes de grand trouble, n’interdit de l’espérer.

MT

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Réflexion en 12 points sur le pass sanitaire (suite)

  1. La situation sanitaire, de fait, n’a rien de cataclysmique à en juger par le tableau du bord du Monde . Nulle trace du tsunami annoncé. La hausse des contaminations liée au variant delta semble plus ou moins stabilisée. Le nombre de morts déclarés n’augmente pas significativement (45/jour) même si évidemment toute mort est à déplorer mais le covid19 tue 7 fois moins que le tabac et l’alcool et moins désormais que certaines épidémies récentes. Le Monde a même le courage (exceptionnel) de faire observer qu’aujourd’hui, le taux de mortalité globale est équivalent à celui de 2019 (avant le covid). La manipulation de la peur est ainsi au centre d’une stratégie de soumission. On peut évidemment tout imaginer mais rien ne permet sérieusement d’anticiper sur une hécatombe justifiant de nouvelles mesures d’exception.
  2. Avec le pass sanitaire rendu obligatoire pour les actes de la vie quotidienne, les dirigeants du pays opèrent une authentique révolution. On peut se contorsionner dans tous les sens, s’offusquer, ricaner, calomnier, insulter, diaboliser, ringardiser, s’aveugler par tous les moyens, cela n’y change rien. En imposant le contrôle d’un laisser-passer pour entrer dans un train, un restaurant, un cinéma, la classe dirigeante tourne le dos à la tradition française de liberté. En interdisant l’accès de différents espaces indispensables à la vie quotidienne à une large partie de la population non détentrice du pass sanitaire, souvent pour des raisons indépendantes de sa volonté (résidence à l’étranger, médicale ou peur panique du vaccin que seule l’explication peut surmonter et non la contrainte), elle bafoue de plein fouet le principe d’égalité et officialise pour la première fois dans l’époque contemporaine, une forme de discrimination et d’exclusion officielle envers une grande partie des citoyens. Le sommet de l’absurdité est atteint avec l’argument selon lequel les non détenteurs d’un pass sanitaire (ou non vaccinés) représenteraient un danger pour les vaccinés – dès lors que ces derniers sont par définition protégés.
  3. Un formidable rouleau compresseur est en marche. Sans doute, même lors du référendum constitutionnel de 2005 ou de la crise des GJ, n’a-t-on jamais assisté à un tel unanimisme politique et médiatique. Dans un formidable élan mimétique, les grandes chaînes de télévision et de radio (TF1, F2, BFM, Europe 1, RTL, etc.), la presse quasi officielle de droite comme de gauche, (le Monde, Libé, les Echos, le Point l’Express, l’Obs, la presse régionale) à l’exception des éditoriaux du Figaro, de FigaroVox et de Marianne, s’expriment avec un unanimisme qui semble n’avoir aucun précédent : le pass sanitaire obligatoire est la voie du bien et sa contestation une chose abominable, complotiste, obscurantiste, criminelle, irresponsable, assimilée aux mal absolu que sont les « antipass » (après les « antivax »). Et ne parlons pas des 200 à 300 000 manifestants du samedi qui sont discrédités et traînés dans la boue par tous les moyens possibles et imaginables. Ce gigantesque élan de consensualisme est d’autant plus paradoxal qu’il s’effectue, de fait, à l’encontre des valeurs jusqu’alors dominantes, valeurs républicaines ou simplement françaises voire universelles de liberté et d’égalité.
  4. La contestation politique est réduite à néant ou renvoyée aux marges de l’échiquier. Le principal parti d’opposition (LR) est massivement rallié à la logique du pass sanitaire obligatoire. Toute forme d’esprit critique, face à la réalité du « tsunami » ou quant aux conséquences de cette réforme est gommée des esprits. Les pires sont les candidats à la présidentielle. Ils ne voient de salut que dans l’alignement inconditionnel. Lâcheté, inintelligence de l’histoire? [L’un d’eux, contacté par mes soins, m’a répondu exactement comme s’il récitait des éléments de langage fournis aux élus LREM].
  5. La détresse authentique d’une partie de la population française est ignorée, bafouée, passée sous silence. Les restaurateurs, propriétaires ou salariés de bars, les gens du cinéma ou du spectacle sont une fois encore martyrisés. Même menacés de lourdes sanctions (fermeture, puis 9000 € d’amende et un an de prison) ils n’accepteront jamais de se substituer à la police pour contrôler les pass sanitaires, ce n’est pas leur métier, ils n’en ont pas l’autorité. La fréquentation de leurs établissements ne peut que s’effondrer les condamnant à brève échéance. Les jeunes sont tout aussi maltraités: pendant des mois, exclus du vaccin car non prioritaires et aujourd’hui sommés de se faire vacciner sans délais sous peine d’un arrêt de mort sociale. Mais toute cette masse de désespoir n’intéresse personne, ringardisée par le rouleau compresseur politico-médiatique et une logique de manipulation de la peur qui n’a pas le moindre fondement.
  6. Nous assistons au paroxysme d’une déconnexion entre la sphère décisionnelle ou influente, médiatique, et la vie quotidienne des Français. Imposer la présentation d’un laisser-passer pour s’asseoir simplement à la terrasse d’un café en plein air, ou le risque de contamination est inexistant, en tout cas pas plus élevé que dans la rue et moins que dans le métro, est une mesure absolument grotesque et tragiquement humiliante, mais sous l’impact du rouleau compresseur, cela n’intéresse strictement personne et ne soulève aucune objection.
  7. D’après les sondages plus ou moins contradictoires, l’opinion est favorable au laisser-passer sanitaire à plus de 60%. C’est une erreur de s’en tenir à ce constat. L’opinion est versatile, fluctuante, volatile. Aujourd’hui, elle est satisfaite de la poigne qui lui paraît répondre au climat de peur et aux messages alarmistes. Mais quand des vidéos vont circuler sur Internet montrant des jeunes ou des mères de familles (stupidement) refoulés à la terrasse des cafés tandis que des cadres encravatés y seront accueillis, ou des échauffourées devant les restaurants ou les trains, comment les Français vont-il réagir?
  8. Les voix dissidentes sont rarissimes mais précieuses car elles évitent de nous plonger dans la solitude absolue. Parmi celles de ma préférence politique, j’ai noté M. Bellamy, M. Julien Aubert, Mme Lydia Guirous, M. David Lisnard, M. Damien Abad. Qu’ils soient remerciés pour leur courage et leur lucidité. [Quoi qu’il arrive je ne soutiendrai jamais, ne voterai jamais pour des politiques qui se sont montrés serviles et calculateurs, ou pire, imbéciles dans cette affaire d’une extrême gravité.]
  9. Un silence assourdissant pèse sur le caractère malsain de l’opération en cours. Selon le discours officiel, la fin ultime de ces mesures est de forcer la population à se faire vacciner. C’est reconnaître que son objectif est bien d’empoisonner la vie des Français non vaccinés voire la rendre impossible. Depuis quand un pouvoir politique aurait une légitimité à faire souffrir délibérément une partie ciblée de ses compatriotes en appliquant un principe de chantage à la vie quotidienne? La logique est celle d’une vaccination obligatoire qui ne dit pas son nom. Comment une telle hypocrisie et dérobade face au principe de responsabilité peut-elle aussi bien passer, dans la plus parfaite indifférence, voire banalisation? Idem sur le chantage ultime: laisser-passer ou reconfinement? Comment une nation adulte peut-elle accepter une telle infantilisation? Et qui aurait le courage de répondre: nous n’acceptons ni l’un ni l’autre?
  10. L’effet le plus flagrant du laisser-passer sanitaire est de déchirer le pays, les cercles d’amis, les familles. La grande fracture est de retour, celle de 2005 et celle de la crise des GJ. La majorité bienpensante qui suit le courant médiatico-politique dominant se retrouve face à la minorité diabolisée sous la caricature des « antipass » ou des « antivax » irresponsables individualistes contre l’intérêt général. Telle est le discours dominant. Il peut être aisément inversé en opposant la minorité résistante au nom de la liberté à la majorité bêlante. Mais peu importe, une sorte de guerre civile froide qui peut rapidement dégénérer est en train de s’installer dans le paysage français.
  11. Tout cela ne se comprend bien entendu que par le contexte politique et l’approche de l’élection présidentielle. La dramatisation, le naufrage dans l’autoritarisme, la recherche de l’affrontement procède d’une logique qui est à l’œuvre depuis bientôt cinq ans: fracturer le pays pour l’entraîner dans le schéma du conflit habituel entre la supposée modernité, éclairée et la France périphérique ou obscurantiste, c’est-à-dire le combat entre le héros du bien et l’incarnation du populisme ringard (soit le duel le Pen/Macron). La réélection de 2022 est bien entendu en filigrane de cette crise de société.
  12. Que va-t-il se passer maintenant? Le mouvement va probablement s’amplifier et dégénérer à la rentrée de septembre. En France, un choix politique pénalisant ou discriminant une partie de la population, notamment les jeunes, est le plus sûr chemin pour conduire le pays à la révolte, à la violence et au chaos. L’opinion exaspérée va se retourner. Le pouvoir tentera de reculer et d’édulcorer ou neutraliser le fond de ses mesures tout en préservant la coquille légale par exemple en renonçant au contrôle des terrasses ou en revenant à la gratuité des tests. Mais il n’est pas sûr que cela suffise. Le pouvoir a allumé un incendie qu’il aura toute peine à éteindre et il en sera forcément perdant dès lors que les yeux vont se dessiller. Problème: cette crise toute en soulignant la nocivité de l’équipe en place démontre aussi la nullité des solutions alternatives: pour l’instant en tout cas. MT

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Pass sanitaire, un étrange silence

Chacun a bien sûr le droit d’être pour ou d’être contre le pass sanitaire mais il est difficile d’y être indifférent. Son caractère désormais obligatoire pour les actes de la vie courante comme se rendre dans un restaurant ou prendre le train bouleverse bel et bien l’ordre des choses.

Pour la première fois dans la France contemporaine, la nouvelle règle opère une discrimination (hors sanction pénale) entre des citoyens de plein droit et des citoyens privés de certains droits en rapport avec le quotidien, officialisant une forme d’exclusion. Elle viole de plein fouet les promesses réitérées des plus hauts personnages de l’Etat ayant formellement promis à maintes reprises que jamais (« jamais ») une telle mesure – discriminante – ne serait mise en œuvre. Elle procède d’un climat de peur soigneusement entretenu et dont les fondements sont plus que douteux (les victimes déclarées du covid19, en ce moment 45 par jour, sont 7 fois moins nombreuses que celles de l’alcool et du tabac: 323). Elle engendre un monde de contrôle numérique ou chacun se fait le gendarme de tout le monde. Elle sacrifie la liberté individuelle en soumettant nombre d’activités à la détention de ce pass. Son utilité dans la lutte contre l’épidémie est profondément contestable à l’image de l’interdiction aux personnes qui en sont démunies de fréquenter les terrasses en plein air. Elle déchire une fois de plus le pays et divise les Français en ravivant un climat de guerre civile.

Tout cela devrait passionner, que dis-je, fasciner les intellectuels français prompts à s’enflammer pour toute sorte de micro-polémiques. Or, nous assistons à un silence absolu des grands noms de la littérature, de la philosophie, des médias et autres maîtres-penseurs. Où sont passés les intellectuels? Il en est de même dans le champ politique. Les médias surexposent en ce moment une personnalité isolée et caricaturale (manière de discréditer une sensibilité). Mais pour le reste, les politiques supposés respectables se taisent ou se terrent face à un enjeu de société. Où sont passés les politiques? Leur silence semble d’ailleurs proportionnel à leur ambition: éviter de se compromettre.

Alors, comment expliquer cette démission du monde intellectuel comme du monde politique? D’abord, hélas par l’aveuglement, l’incompréhension de ce qui est en train de se passer: il ne suffit pas de se proclamer « intellectuel », d’être invité sur les plateau de télévision, de disposer de tribunes multiples pour être lucide. Ensuite, par l’opportunisme: attendre de voir comment tout cela va tourner avant de prendre position. De même, par le conformisme: puisque cela vient d’un pouvoir supposé « progressiste », ce ne peut être que bien (que ne dirait-on des mêmes décisions prises par un pouvoir « populiste » ou juste droitier!). Enfin, par une forme de lâcheté, la frousse d’être catalogué « antivax » la nouvelle formule de diabolisation désormais pire que populiste ou complotiste (et mensongère car on peut rejeter le pass discriminant et liberticide tout en étant favorable au vaccin sur une base éclairée et volontaire).

On sent bien que le pays bouge dans ses profondeurs et qu’une grave explosion se prépare. En revanche, une fois encore, les supposées élites, politiques et intellectuelles ou la France dite « d’en haut », censées représenter les Français et apporter un éclairage à l’opinion, sont aux abonnés absents et largement à côté de la plaque. Et quand elles se réveilleront, il sera trop tard.

Maxime TANDONNET

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Pass sanitaire, un climat explosif (pour Atlantico)

Oui, mais le paradoxe n’est qu’apparent. Les sympathisants de partis politiques qui se réclament du libéralisme approuvent dans leur ensemble les mesures de contrainte tandis que les mouvements étatistes et anti-systèmes ou les « sans partis » y sont les moins favorables. Il faut comprendre que nous vivons sous l’emprise d’une peur qui bouleverse les repères traditionnels. 66% des Français sont inquiets. Ils vivent la progression du « variant delta » comme l’attente d’un troisième cavalier de l’apocalypse. Cette peur est cultivée par le pouvoir politique, médiatique, médical, qui abonde dans le catastrophisme. La simple vérité, par exemple, que le tabac et l’alcool en ce moment tuent 7 fois plus que le covid19, est totalement inaudible. La peur, comme le montre Hobbes dans le Leviathan, écrase la liberté. Or, les catégories les plus apeurées sont justement les plus satisfaites et conservatrices, la bourgeoisie installée qui a tout à perdre. Pour reprendre un titre célèbre, nous vivons une grande peur des bien-pensants. La fracture sociale qui était déjà à l’œuvre dans la crise des Gilets Jaunes joue très fort dans le clivage actuel : 75% des cadres sont pour le « pass » sanitaire obligatoire contre 50% des employés et ouvriers. S’y ajoute une fracture générationnelle encore plus marquée : 76% des plus de 55 ans (vaccinés) y sont favorables pour seulement 47% des 18-34 ans (la plupart non vaccinés).  C’est une constante dans l’histoire de France, ceux qui se lèvent les premiers pour défendre la liberté même très minoritaires, sont en général les moins favorisés et les jeunes.

  • Faut-il voir dans ces prises de position, en France et en Europe, la manifestation de l’intérêt personnel de cette frange de la population qui, parce qu’elle ne craint pas ces mesures pour elle-même, ne voit pas de problème à les imposer globalement ?

Nous vivons une nouvelle guerre civile froide autour du covid 19. La France se déchire sur le conflit entre partisans des mesures contraignantes et adversaires. Les « bien-pensants » majoritaires et portés par la peur caricaturent violemment les défenseurs des libertés, minoritaires, en les traitant systématiquement « d’anti-vaccin » –  alors qu’ils se battent non pas contre le vaccin, mais pour la liberté – de complotistes et d’obscurantistes. Les réfractaires à la politique de contraintes dénoncent de leur côté une « dictature sanitaire ». Une fois de plus, la France montre son incapacité à se parler en dehors de l’invective et du conflit. La majorité bien-pensante fait naufrage dans l’égoïsme: sous l’effet de la terreur, elle se montre incapable d’essayer de comprendre la détresse authentique d’une minorité déstabilisée par ces mesures : restaurateurs condamnés sous la menace de lourdes sanctions à se transformer en gendarmes du « pass » sanitaire, ce qui est évidemment impossible et obère leur survie ; jeunes auxquels la vaccination a été interdite pendant des mois et soudain menacés de mort sociale pour n’être pas encore vaccinés ; personnes de santé fragile qui redoutent parfois avec de bonnes raisons les effets du vaccin. Rien n’est plus fascinant que le déchaînement de mépris de la majorité bien-pensante envers ces catégories qui font désormais office de bouc émissaires de l’épidémie, accusées – par un absurde paradoxe – de menacer la vie des « vaccinés » (protégés).  

  • Cet électorat censé incarner et défendre les valeurs de la démocratie est-il en train de devenir, d’une certaine mesure, le moins démocrate de l’échiquier politique ? 

La démocratie, comme la liberté, est la dernière préoccupation de la majorité bien-pensante qui est sous l’emprise de la peur. Terrorisée par le discours alarmiste du pouvoir politico-médical sur le variant delta, elle songe avant tout à sauver sa peau et c’est tout ce qui l’intéresse en ce moment. Pourtant, le mode d’exercice du pouvoir politique soulève de légitimes interrogations.  Il se caractérise par une personnalisation obsessionnelle autour d’une figure « providentielle » ultra-médiatisée qui assène périodiquement au pays des « annonces » en dehors de tout débat de société. Le prétendu état de « guerre », proclamé le 16 mars 2020 n’a fait qu’exacerber ce phénomène. De fait, le Parlement affaibli par un état d’urgence qui l’a dépouillé de sa compétence en matière de libertés publiques et le recours systématique aux ordonnances, est devenu une simple chambre d’enregistrement. Le suffrage universel dont il procède est mis entre parenthèses en tant que source de toute légitimité à définir les règles d’une société. D’où l’abstentionnisme massif. Le débat d’idées est en recul partout, étouffé par la soumission du Parlement et le conformisme assourdissant qui règne dans le monde intellectuel ou médiatique.  En s’effaçant, le débat d’idées laisse place à un climat d’incommunicabilité, de caricature et de mépris. Rarement dans la période récente, les Français ne se sont détestés autant qu’aujourd’hui. Le pouvoir politique est le premier responsable de cette tension qu’il ne cesse d’attiser par son exubérance alarmiste. L’opinion majoritaire, en ce moment anesthésiée par la peur, peut basculer très vite. La situation actuelle est terriblement volatile et explosive.

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Réponse à M. Michel Barnier concernant sa proposition de « moratoire » sur l’immigration (pour Figaro Vox)

Dans une tribune publiée par le Figaro le 29 juillet 2021, M. Michel Barnier propose aux Français « un moratoire sur l’immigration. » Cette déclaration de l’ancien ministre des Affaires étrangères et commissaire européen, candidat possible à l’élection présidentielle de 2022, est digne du plus grand intérêt.

Elle manifeste une évolution de sa vision de ce sujet, à en juger par des prises de position plus anciennes de sa part : « Nous devons nous préparer à la possibilité d’un afflux plus massif encore   […] La réponse n’est sûrement pas dans la fermeture de nos frontières nationales, dans le recroquevillement ou l’attitude de se barricader, elle est dans davantage d’Europe.  »  (9 octobre 2013). Elle reflète ainsi une prise de conscience évidente, parmi les hommes politiques de droite, de la sensibilité croissante de l’opinion aux enjeux de la maîtrise de l’immigration. Manifester une position de fermeté sur ce sujet – trop longtemps délaissé au Front (puis Rassemblement) national –, s’impose comme une condition sine qua non à droite de toute ambition élyséenne.

En effet, les statistiques officielles font état d’une nette augmentation des flux vers la France : 277 000 premiers titres de séjour accordés en 2019 et 178 000 demandes d’asile (contre respectivement, 125 000 et 20 000 en 1995). Comment une telle hausse des entrées à des fins d’immigration, dans un pays qui compte 4 à 6 millions de personnes privées d’emploi, 10 millions de pauvres, un déficit public de 9% de PIB, pourrait-elle ne pas aggraver les phénomènes d’exclusion et de tensions identitaires et urbaines qui rongent la société française ? 60% des Français sont de l’avis que l’immigration est trop importante (CEVIPOF, février 2021). Aucun candidat de droite ne peut désormais se permettre d’ignorer ou de sous-estimer ce sujet.

Pour autant les mots ont un sens. Que signifie celui de moratoire ? « Accord sur la suspension d’une activité » selon le Petit Robert. M. Michel Barnier suggère ainsi de suspendre ou d’interrompre l’immigration pendant une période de 3 à 5 ans. Un tel discours semble renouer partiellement avec le principe d’immigration zéro – adapté à une période limitée – qui caractérisait le discours le plus courant à droite jusqu’au milieu des années 1980, récupéré ensuite par le front national. Dans son article, l’ancien commissaire européen précise que la formule ne se limite pas à un simple slogan politique, mais à une véritable ambition. D’où une interrogation évidente qui s’impose à l’esprit : un moratoire sur l’immigration – une suspension de ce phénomène – est-il réellement possible ?

De fait, interrompre totalement ou presque l’immigration pendant 3 à 5 ans – c’est-à-dire appliquer un moratoire – semble difficilement envisageable. La France doit-elle, même pendant cette période limitée, être le seul pays de l’OCDE à refuser tout accueil des étudiants étrangers (80 000 en 2019) y compris des étudiants brillants ou motivés ? Envisage-t-elle de suspendre les mariages mixtes qui représentent, de loin, l’essentiel de l’immigration familiale (50 000/90 000) ? Et comment ? Peut-elle se passer de toute forme d’immigration de travail, notamment dans le bâtiment, les travaux publics ou l’informatique qui emploient des travailleurs étrangers (30 à 40 000 entrées à ce titre) en l’absence de candidats ou de compétences sur le marché national? Doit-elle renoncer à sa tradition d’accueil des (authentiques) réfugiés (environ 30 000 reconnus comme tels chaque année) ? En tout cas, la notion de moratoire sur l’immigration le laisse – faussement – entendre.

Par ailleurs, les contraintes juridiques sont considérables. Le principe du regroupement familial (l’étranger qui fait venir sa famille, soit 25 à 30 000/an) est protégé par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, par le préambule constitutionnel de 1946 et par une directive européenne de 2003. Ces textes interdisent de le suspendre entièrement (même s’ils permettent de le restreindre par voie législative). Pour contourner cet obstacle, M. Michel Barnier s’engage dans une voie révolutionnaire en proposant l’adoption par référendum d’un « bouclier constitutionnel » garantissant « que les dispositions prises durant ce moratoire ne pourront être écartées par une juridiction française au motif des engagements internationaux de la France […] ».

Or, cette proposition se heurte frontalement à l’un des fondements de l’Union européenne qui est la suprématie du droit européen sur le droit national y compris constitutionnel, forgé par la jurisprudence et confirmé par la déclaration 17 annexée au traité de Lisbonne : « les traités et le droit adopté par l’Union […] priment sur le droit des Etats membres ». Elle rompt de manière radicale avec l’orthodoxie bruxelloise.  M. Barnier est-il, compte tenu de son parcours et de ses engagements pro-européens de toujours, le plus crédible pour la présenter ?

De fait, au prix d’une ferme volonté politique, de la constance dans l’effort et d’une détermination sans faille, le politique peut reprendre le contrôle de l’immigration pour l’adapter aux capacités d’accueil de la France contemporaine : une lutte inflexible, mobilisant tous les moyens nécessaires, y compris militaires, contre les filières esclavagistes qui ensanglantent la Méditerranée, une fermeté inflexible envers l’immigration clandestine en violation du droit international et national, une profonde refonte du droit d’asile et de l’immigration familiale dans le sens d’une maîtrise accrue et une relance de la politique de co-développement qui rattache l’aide au développement à la politique migratoire.

Pour autant, à l’heure où 80% des Français ont perdu toute confiance en la parole politique (CEVIPOF février 2021), les responsables politiques ont tout intérêt à ne pas s’engager sur des promesses irréalistes où des formules transgressives, séductrices mais illusoires à l’image du « moratoire sur l’immigration ». Gagner les élections est une chose. Exercer le pouvoir dans la dignité et le respect des électeurs en est une autre, à l’expérience beaucoup plus difficile.

MT

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A qui profite la dramatisation autour de la crise sanitaire?

L’épidémie de covid 19 et sa quatrième vague sont à l’origine d’une sorte de névrose médiatico-nationale. Les médias radio-télé procèdent à un matraquage intense, à chaque jour ses statistiques, ses déclarations et annonces fracassantes dont le caractère monstrueux sur le plan du respect des droits de la personne ne sert qu’à amplifier le désordre mental et la panique d’une société.

Un climat de terreur règne de nouveau sur ce pays comme à la veille d’une épidémie de peste bubonique qui s’apprêterait à emporter un tiers de la population. Et cette campagne de terreur qui s’enracine sur la crédulité et la lâcheté naturelle d’une partie (une partie seulement) de la population fonctionne plutôt bien. Les nouvelles rassurantes sont savamment occultées par la propagande politico-médiatique. La vérité, c’est qu’on ne meurt presque pas du variant delta selon les statistiques officielles (au Royaume-Uni comme en France). La vérité, c’est que la quasi totalité de personnes à risques sont (en principe) protégées par le vaccin. La vérité, c’est qu’au Royaume Uni, la courbe des contaminés au variant delta (dont l’explosion au printemps fut à la source du mouvement de panique français) est en chute libre depuis quelques jours. Qui nous dit ces informations contraires à la dramatisation ambiante? Personne. Silence: une censure de fait écrase toute nouvelle positive.

La peur autour du covid 19 en France comme ailleurs en Europe a un sens: elle sert à couvrir les immenses problèmes du pays dont plus personne ne parle. Extrait du Figaro de ce matin: « Les atteintes à l’intégrité physique, majoritairement des coups et blessures volontaires, n’ont jamais été aussi nombreuses. Avec plus de 350.000 agressions constatées en six mois [2021] contre 300.000 au premier semestre 2020 et 320.000 sur la même période de 2019. » On pourrait parler aussi des chiffres vertigineux du chômage (4 à 6 millions de chômeurs), du déclin dramatique du niveau scolaire (chute de la France dans le classement PISA, dernier rang de l’OCDE en mathématiques), des 10 millions de « pauvres » selon l’INSEE, de l’explosion de la dette publique à 120% du PIB (les impôts futurs de nos enfants), du déficit public de 10% du PIB, de la poursuite de la crise migratoire, etc… Mais tous ces graves sujets qui engagent l’avenir sont désormais passés sous silence. Ils le sont plus particulièrement à la veille de l’année électorale. A qui profite la grande névrose nationale? A ceux qui l’entretiennent cyniquement au jour le jour pour détourner les regards de leur faillite.

Maxime TANDONNET

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L’ordre du mépris

Comment le pass sanitaire fonctionnera-t-il ? N’y a-t-il pas de risque d’une société sanitaire à deux vitesses avec les vaccinés et les autres ?
Je tiens beaucoup à l’unité de la Nation. Sur le plan sanitaire, chaque innovation a été accessible à tous. Les tests sont gratuits en France. Très peu de pays sont dans ce cas. Nous n’avons laissé personne au bord de la route. La République et l’Etat Providence ont été au rendez-vous. Le « quoiqu’il en coûte », c’est aussi ça. Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis. 

Ces propos étaient ceux du chef de l’Etat, le 29 avril 2021 à la presse quotidienne régionale. Deux mois plus tard, le pass sanitaire devient obligatoire pour entrer dans les cinémas, les bars, restaurant, les spectacles, les transports en commun. Et cela se déroule dans le plus parfait silence (omerta) sur le spectaculaire revirement élyséen. L’argument selon lequel les circonstances ont contraint le pouvoir à cette volte-face est insoutenable : 25 000 contaminations quotidienne quand ces paroles furent prononcées, pour environ 15 à 20 000 aujourd’hui Mais surtout 350 morts par jour à cette époque (selon les statistiques officielles) pour une vingtaine aujourd’hui. De fait, la situation au regard du nombre des victimes, est infiniment moins inquiétante aujourd’hui que lors des poussées épidémiques précédentes qui n’avaient pas justifié des mesures aussi liberticides (et l’exemple britannique le confirme). Quant à la la courbe des contaminations, chacun sait qu’elle est totalement erratique depuis un an et un responsable public digne de ce nom, quand il a tenu ces paroles ne pouvait pas ne pas savoir qu’une quatrième reprise avait des chances de se produire surtout au regard de la situation en cours à ce moment là Outre-Manche.

Mais le plus abominable – les mots sont pesés – c’est le mépris social (de la France d’en haut, médiatique, intellectuelle ou supposée telle, politique) – envers les réfractaires qui au nom de la liberté et de l’égalité, se contentent de dire ou de penser en ce moment, exactement dans les mêmes termes que l’occupant de l’Elysée le 29 avril dernier. C’était formidable il y a deux mois car venant de l’occupant de l’Elysée. La même chose est immonde désormais, deux mois plus tard, car l’occupant de l’Elysée ayant tourné casaque, désormais dit le contraire. Voilà comment fonctionne une certaine supposée élite persuadée de sa supériorité.

Les noms d’oiseau fusent, comme dans une véritable chasse à l’homme: « irresponsables, égoïstes, complotistes, populistes, imbéciles, attardés, barbares, fascistes, nazis ou staliniens (vu sur twitter, parole d’honneur) ». Les moqueries, les caricatures, les paroles haineuses et méprisantes fusent envers les « antipass ». Il y aurait ainsi les lumières de la pensée éclairée des gens bien contre la tourbe infecte des « anti-pass ». Dans le sillage fidèle et étroit de l’occupant de l’Elysée, comme le guide du politiquement correct, la société bienpensante est entrée dans une logique de chasse au gaulois réfractaire, à l’immonde réactionnaire ou la vile populace, l’antipass ou l’antivax…

Si l’on en juge par les déclarations du 29 avril dernier, c’est donc un choix délibéré, assumé de « différencier » (sic) les Français qui a été accompli, c’est-à-dire de rouvrir, alimenter, exacerber la plaie ouverte par le référendum de 2005 entre la France bienpensante, bourgeoise mondialisée et la France périphérique. Cette logique de rupture par le mépris, en germes dans le quinquennat précédent qui vouait aux gémonies les « sans dents » est devenue le marqueur d’un quinquennat consacré au combat des lumières progressistes contre l’obscurantisme (dit) populiste personnifié par le gaulois réfractaire. En arrière-plan, cette volonté évidente (déclaration du 29 avril) de souffler sur les braises dans l’apathie et l’abrutissement d’une France d’en haut jamais sortie de son éblouissement, un seul objectif: la réélection grâce au renouvellement du second tour des présidentielles Macron/le Pen. Il faut une belle dose d’aveuglement ou de totale mauvaise foi (consciente ou inconsciente) pour ne pas être écoeuré par un tel spectacle.

Maxime TANDONNET

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Liberté, liberté chérie

La tendance médiatique est à la diabolisation des manifestants qui scandent le mot « liberté » dans la rue, présentés comme des extrémistes ou des populistes. Nous atteignons le paroxysme de l’inversion des valeurs, quand l’invocation de la liberté est jugée fascisante par nombre d’experts, commentateurs et supposés intellectuels. La question de la liberté est pourtant sérieuse. La CNIL elle-même a considéré que les mesures relatives à l’obligation du pass sanitaire représentaient « une atteinte particulièrement forte à la liberté. »

Ces paroles – d’une exceptionnelle gravité – n’ont semble-t-il guère ébranlé les murailles de la bonne conscience. Les inspirateurs, responsables ou chantres de ce dispositif affirment qu’il ne saurait être que provisoire. Qu’en savent-ils dès lors que nul n’a la moindre idée de la durée de la crise sanitaire qui se prolonge par vagues de contaminations et des futurs variants ? Un précédent est ouvert et les circonstances qui justifient le dispositif actuel ont toutes les chances de durer ou de se reproduire – indéfiniment – dans l’avenir.

L’atteinte aux libertés est en effet dévastatrice. L’obligation de décliner son identité et un laisser-passer certifiant un état sanitaire pour entrer dans un restaurant, un bar, un train, un hôpital ou un centre commercial, tous ces gestes les plus courants de la vie quotidienne, représente un phénoménal recul des droits de la personne et du libre arbitre individuel. Cela revient à exclure de la société – transformer en parias ou en sous-homme – les individus qui pour une raison ou une autre ne seront pas en mesure de présenter ce laisser-passer.

Obliger des professionnels à contrôler les laisser-passer de leurs usagers ou clients – sous peine d’une amende gigantesque de 45 000 € et d’un an de prison – engendre une société d’autosurveillance, d’embrigadement et de délation en transformant chacun en policier de l’autre. Faire de la non- vaccination un motif de licenciement, interdire l’accès aux EPHAD des non vaccinés représentent un impressionnant recul de la civilisation. Les premières victimes sont les jeunes. Pendant des mois, ils ont été écartés de la vaccination au prétexte qu’ils n’étaient pas menacés, le vaccin étant dès lors inutiles pour eux, et soudain le pouvoir exige d’eux qui aillent se faire vacciner sous la menace d’une sorte d’anéantissement social.

La vérité est que rien au monde ne permet de justifier ce basculement soudain dans une autre société bafouant la liberté quotidienne, officialisant la discrimination et l’autosurveillance policière. Les contaminations sont certes en hausse mais grâce au vaccin (notamment) diffusé sur une base volontaire, protégeant les personnes âgées et atteintes d’une comorbidité, ni les réanimations ni les décès ne sont en augmentation au regard des statistiques officielles. Dès lors qu’il est admis que le vaccin protège les personnes âgées ou fragiles et que le covid 19 n’est pas mortel pour les autres, la peur panique qui règne en ce moment sur les esprits et entraîne ce vent de folie est sans le moindre espèce de fondement.

Les véritables motivations de ce basculement n’apparaissent pas encore clairement aujourd’hui. Rien ne permet d’imaginer une sorte de « complot » planétaire dès lors que la France se singularise dans ce grand naufrage liberticide (à quelques exceptions près). La déraison politique en est sans doute la principale explication. Il faut y voir une fuite en avant autoritariste de la part de dirigeants paniqués à l’idée d’être accusés d’inaction face à la reprise épidémique, un effet paroxystique de la grande dérive narcissique : donner l’illusion de la poigne et la fermeté par des postures intransigeantes. L’obsession de la réélection présidentielle dans moins d’un an n’arrange rien…

Mais ce qui est le plus effroyable, bien plus que la dérive d’une poignée de dirigeants de circonstance, c’est l’aveuglement et la servilité qui entourent le naufrage en cours. La pensée unique fait rage dans les médias, au parlement, dans les institutions et les juridictions et même semble-t-il, une partie de l’opinion sous influence. La manière dont la France dite « d’en haut » tourne le dos à la tradition française de liberté et de respect des droits de la personne, s’accommode de cet encasernement de la vie quotidienne sans la moindre raison valable et dans la plus parfaite bonne conscience, puis s’efforce en ce moment de diaboliser ou fasciser le mot de « liberté », est le signe le plus patent de son vertigineux déclin intellectuel. Quant à l’idée folle de sacrifier la liberté au profit d’une sécurité absolue, elle est l’expression même de la lâcheté et de la soumission.

Maxime TANDONNET

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« Restaurer la fierté française », qu’est-ce que cela signifie?

« Je suis candidate pour restaurer la fierté française » a déclaré Mme Valérie Pécresse. Attention, il n’est pas question pour moi de critiquer cette dernière, « amie de 30 ans » qui fut une appréciée et estimée camarade de promotion (Condorcet 1992), mais de m’interroger sur le sens de cette phrase. D’ailleurs, comme à ses concurrents du même bord à la présidentielle je lui serais, quoi qu’il arrive, infiniment reconnaissant si elle parvenait à débarrasser le pays de la clique hollando-macronienne qui sévit depuis 10 ans (enrichie d’une poignée de renégats). Mais voilà, « restaurer la fierté française », cela commence assez mal. Qu’est-ce que la fierté française? De quoi sommes nous fiers, nous les Français: de notre langue, qui est la plus claire de toutes les langues; de notre histoire, celle des résistances aux invasions, celle des héros bâtisseurs, et d’un peuple particulier, capable de toutes les révoltes quand nul ne s’y attend; de la géographie d’une nation ouverte sur quatre mers et aux massifs montagneux, aux paysages sans équivalents; d’une littérature qui compte les plus grands génies européens, et ses créateurs, savants, peintres, entrepreneurs, mathématiciens. La fierté française n’est pas pour l’essentiel de l’ordre de la politique et du court terme mais de la civilisation. Nos raisons d’être fiers, rien ne saurait nous les enlever car elles sont fondées sur l’histoire, la culture et la géographie. Certes, les dirigeants politiques peuvent se ridiculiser, affaiblir l’image médiatique du pays, mais la fierté (profonde) de la France ne saurait se situer à ce niveau. Il n’y a donc rien à restaurer, chère Valérie, autrement dit, les Français n’ont pas besoin de toi pour être fiers de la France. En revanche, en se situant sur le plan de la grandiloquence, la candidate prête le flanc à la critique d’imiter ses prédécesseurs, celui-là même qui voulait « réenchanter le rêve français » comme celui qui prétendait, « transformer la France » ou encore engendrer un « nouveau monde ». Pour être franc, la grandiloquence stérile, la mégalomanie, et les délires narcissiques ont fait leur temps aux yeux des Français. Qu’attendent les Français des politiques? qu’ils manifestent leur volonté de régler au mieux les problèmes de sécurité, de chômage, de pauvreté, de déclin scolaire, de maîtrise de l’immigration. Ils ont besoin d’une équipe de bosseurs au service du pays et qui rendent des comptes de leur action. Pas de roitelets. Ni de roitelettes.

Maxime TANDONNET

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Pass sanitaire, la fracture des générations

Voici un sondage intéressant IFOP-JDD. Contrairement aux analyses dithyrambiques des médias radio-télé et de la classe politique (presque unanime), la France profonde ne suit pas le pouvoir macronien dans ses dérives post libertés et post démocratiques. Le président perd 2 points de confiance (38%) ce qui est sans précédent dans les situations de panique (qui généralement profitent à la popularité des dirigeants). Le mythe d’un peuple apeuré et conformiste prend sérieusement l’eau. Où sont passés les supposés 62% de satisfaits à l’issue des mesures annoncées par le pouvoir la semaine dernière? Le suivisme de l’immense majorité des politiciens (de l’extrême droite à l’extrême gauche incluses) est ainsi battu en brèche. Le peuple (globalement) semble plus attaché à sa liberté et à sa démocratie que les dites « élites » (dirigeantes, politiques, médiatiques et intellectuelles) supposées le diriger ou le guider. Par ailleurs cette même enquête montre une relative satisfaction des personnes âgées et vaccinées et une révolte des jeunes non vaccinés. Nous ne le répèterons jamais assez: les personnes âgées ou malades sont en principe protégées dès lors qu’elles sont vaccinées. Les jeunes ne sont pas menacés gravement par le covid19. Le vaccin protège contre les formes graves mais n’empêche pas la contagion. Dès lors, les jeunes non vaccinés ne menacent en aucun cas les anciens par le fait qu’ils ne sont pas vaccinés. Forcer les jeunes par des mesures liberticides et discriminatoires, relevant du chantage, à se faire vacciner dans l’urgence est non seulement inepte mais inutile. Transformer les restaurateurs, gens du spectacle, commerçants, en une sorte de police parallèle chargée de faire respecter l’identité des personnes et la détention d’un laisser-passer sous la menace de 45 000 € d’amende et un an de prison est totalement invraisemblable et il est encore plus invraisemblable que si peu de voix se soient fait entendre pour le dénoncer. C’est encore la logique du coup de menton: montrer les muscles pour donner l’illusion de la fermeté et gagner des points dans les sondages: heureusement c’est l’effet inverse qui se produit…. En accablant les jeunes, on passe du jeunisme et de la démagogie absolue (MacFly et Carlito) au souverain mépris de ces derniers. La France se fracture dangereusement comme nous l’avions prévu (Figaro Vox) dès le début, par la faute de ses dirigeants politiques. Le pouvoir tente déjà de reculer à toute vitesse (évidemment, il fallait s’y attendre) après ses annonces invraisemblables. Mais il est bien tard, le mal est fait. C’est tout un système de pouvoir qui frôle la démence: l’annonce autocratique de mesures non réfléchies sans débat, sans réflexion et sans discussion, dans le mépris de la représentation parlementaire. Tout cela est absolument lamentable et tout cela ne peut que mal finir.

Maxime TANDONNET

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