Fausse route

Mme Pécresse et M. Wauquiez seraient tous deux candidats pour prendre la tête de LR, l’une version chiraquienne et l’autre « droitisation ». Tous deux, je les connais un peu. Valérie est une ancienne camarade de « promo » et Laurent m’a reçu à l’Assemblée et à dîner. Tous deux sont  simples, charmants, intelligents. Mais à mes yeux, ils font fausse route. Après une débâcle sans précédent historique du camp des républicains modérés, ils reproduisent les errements qui l’ont conduit au désastre. L’image de la guerre des chefs est dévastatrice.  Chirac/VGE,  Chirac/ Balladur, Sarkozy/Villepin, Copé/Fillon, Fillon/Juppé/Sarkozy. Et maintenant nous aurions Pécresse/Wauquiez? Je ne crois guère au succès de l’expérience Macron, malgré tout ce qu’elle a aujourd’hui  de sympathique et de vivifiant. Elle me semble reproduire les causes profondes de l’échec de toutes les présidences: vider de leur substance les outils de l’exercice du pouvoir, les leviers de la puissance publique et de l’autorité –  le Premier ministre, le Gouvernement, le Parlement – au profit de l’image sublimée d’un visage médiatique, devenu l’enjeu suprême de la vie publique. C’est tout autre chose qu’il faudrait faire: en finir une fois pour toutes avec guerres des chefs et que les présidents de régions et de départements, les maires de grandes villes du camp des républicains modérés se réunissent et se mettent à l’écoute de la Nation, notamment de ses 84% de Français qui n’ont pas voté pour un candidat d’En Marche et se voient plongés dans le désarroi. Le temps est à la réflexion et non à la conquête des postes qui ronge le pays et l’a entraîné sur un champ de ruines. Quelles erreurs avons-nous commis pour être ainsi rejetés? Et comment préparer l’avenir en commun, collectivement, renouer avec la politique au sens noble du terme, le Gouvernement de la cité en vue du bien commun? Comment restaurer la démocratie française,  l’autorité de l’Etat, réhabiliter le discours de la vérité, répondre aux angoisses et aux souffrances de la Nation? Déjà, cinq ans à l’avance, la nouvelle empoignade pourrait donner le sentiment que certains pensent aux prochaines présidentielles plutôt qu’ à la France! Erreur tragique, source de tous nos maux.

Maxime TANDONNET

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La purge

Mme Natacha Polony vient, paraît-il, d’être limogée d’Europe 1. Il fallait s’y attendre: la jeune femme tient un discours différent de la parole et de la pensée officielles régnant sur les grands médias nationaux – TF1, France 2 et 3, RTL, Europe 1, France Inter, BFM – à propos de tous les sujets importants: multiculturalisme, effacement des frontières, de l’autorité et de l’Etat-nation, euphorie politique ambiante. Elle met en cause jusqu’au matraquage médiatique et l’enrégimentement actuel des cerveaux. En voici un échantillon: « Ne sentez-vous pas cet air nouveau, cette fraîcheur qui fait de la France un pays désirable et plein d’élan? Les commentateurs, cette semaine, rivalisaient d’originalité. On vante son «pouvoir d’attraction», cette façon de «secouer une torpeur». Tel ancien ministre de l’Économie semble nous dire, comme Jack Lang en mai 1981, que «la France est passée de l’ombre à la lumière». L’Europe aussi. Oui, même l’Europe, aujourd’hui, «pense printemps». Ceux qui croyaient que le rôle des médias dans le débat démocratique est de mettre en perspective, de donner les éléments intellectuels et factuels qui permettent de percer la surface des événements, sont de doux utopistes. Intelligence: du latin inter-ligere : relier les choses entre elles (l’imbécile dit «je ne vois pas le rapport»). Mais il y a longtemps qu’on n’exige plus le latin dans le cursus honorum du commentateur professionnel. » Sa liberté de ton et de pensée sont intolérables, quasi-criminels  sur les ondes dominantes: syndrome du mouton noir. Sa séduction et sa beauté physique représentent une circonstance aggravante. Le discours « néo-réactionnaire », porté par une jolie femme au charme rayonnant? voilà qui perturbe les schémas de la pensée dominante, jette un trouble sur les esprits, comme une note discordante, un caillou dans la mare. Il fallait qu’elle soit expurgée, d’urgence. C’est fait. Notons le silence apeuré de l’ensemble du monde politico-médiatique et intellectuel – sauf, Michel Onfray semble-t-il –  devant cet acte de censure. Une mécanique d’écrasement de l’intelligence et de la liberté est en marche et plus rien ne l’arrêtera dans un pays soumis et en abêtissement accéléré.

Maxime TANDONNET

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Quand l’obsession des affaires détruit la politique

Dernière contribution au Figaro Vox:

Une grave crise politique secoue la France à l’issue d’une double élection présidentielle/législative : un record de vitesse absolu dans l’histoire de la Ve République. Et cette crise est de grande ampleur : la démission des ténors du Modem, M. François Bayrou, Mme Sarnez et Mme Goulard, qui occupaient des postes clés au gouvernement, ébranle un pilier du dispositif de conquête de l’Elysée et du Palais Bourbon qui a si bien fonctionné en ralliant l’opinion centriste. Les sources même d’un succès se trouvent donc altérées au risque d’indisposer les électeurs qui ont accordé leur confiance au tandem En Marche-Modem.

Les affaires sont déjà de retour. Les leaders du parti de M. Bayrou sont accusés d’emploi fictif. Aucune condamnation, cela va s’en dire, n’a été prononcée et les démissions sont intervenues avant même d’éventuelles mises en examen. Un simple soupçon, concernant des pratiques certes illégales, mais hors enrichissement personnel, suffit donc à provoquer une grave secousse politique. L’image du nouveau pouvoir, qui tient avant tout sa légitimité du renouvellement et de la recomposition politique, se voit donc profondément salie.

Certes il est parfaitement légitime que les politiques ayant commis des fautes soient sanctionnés sur un plan personnel, au même titre que n’importe quel citoyen coupable d’une infraction. Mais la question qui se trouve posée aujourd’hui est d’une toute autre nature : celle de la paralysie continue du pouvoir politique par l’obsession de la vertu.

La France n’en sort pas. Les « affaires » et la pureté des dirigeants tournent à l’obsession et étouffent toutes les autres questions. Dans une sorte de roulement continu, les scandales s’enchaînent les uns aux autres, écrasant la vie publique. Depuis 2011, une tornade sans fin de mises en cause du comportement des responsables politique semble emporter la politique française : DSK, Cahuzac, Thévenoud, « Merci pour ce moment » et ses suites, Bygmalion au centre des primaires…Les présidentielles de 2017 ont été broyées par le « Fillongate ». Et puis aujourd’hui, voici le nouveau pouvoir, mandaté pour assainir la vie politique, pour changer son visage, frappé à son tour par le scandale.

Une hystérie chasse l’autre. Un jour, la France médiatique s’enivre d’optimisme, de jeunesse, d’euphorie, d’exaltation, de jubilation, de culte de la personnalité. Le lendemain, elle bascule dans le soupçon, l’accusation, le lynchage, le passage à tabac, la quête de boucs émissaires. A l’image d’un Robespierre, elle a soif de vertu, de sang et de têtes qui tombent. Les idoles et les héros du matin se métamorphosent le soir en pestiférés.

Et tout le reste disparaît car cette quête de la pureté relègue au second plan les enjeux vitaux pour le pays. L’obsession de la vertu en politique renverse le cours de l’histoire politique, bouscule les logiques électorales, déstabilise les gouvernements les plus fraîchement désignés. Elle exprime la fuite de la vie publique dans l’émotion, l’image et le spectacle permanent, la personnalisation des choses au détriment de la politique au sens noble du terme : le gouvernement de la cité.

La France, en deux ans a été ensanglantée par le terrorisme et vit sous la menace de nouveaux attentats. Le pays compte toujours 3,5 à 5,5 millions de chômeurs. Il est déchiré par l’exclusion, la crise des cités sensibles et de l’éducation nationale, la violence quotidienne, le danger du communautarisme, la pauvreté, la crise migratoire européenne. Il est confronté à une situation internationale chaotique, au retour de la guerre froide, au risque d’une déstabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique par le djihadisme. Mais ces questions décisives pour l’avenir du pays s’effacent de l’actualité, étouffées par l’obsession de la vertu.

Consciemment ou inconsciemment, cette fixation obsessionnelle de la France médiatisée sur la vertu des politiques reflète une tendance à l’anéantissement de la volonté générale, de la notion de gouvernement et de choix collectif. En neutralisant le politique c’est-à-dire la maîtrise du destin, elle tend à livrer le pays au laisser-faire, à l’indécision et au chaos. Au fond, ce qui est en cause, c’est l’autorité du politique, du suffrage universel, donc la démocratie. Et ces événements ne peuvent qu’amplifier le discrédit populaire envers la chose publique, qui s’exprime dans un niveau d’abstentionnisme phénoménal.

 

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Un étrange silence

Le silence absolu du président Sarkozy a quelque chose d’étonnant. Lui qui parlait toujours se tait alors que des événements décisifs sont en cours, pour le pays et pour sa « famille politique » comme il disait. Il a consacré l’essentiel de sa vie à la France, cinq ans ministre, cinq ans chef de l’Etat mais aujourd’hui, dans le grand chaos politique qui règne, il ne dit plus rien. Pourtant, la France a besoin, dans le maelström actuel, la décomposition générale des partis et des esprits, un peuple qui ne sait absolument plus où il en est, d’une voix d’expérience qui pourrait être celle d’un ancien chef de l’Etat désormais au-dessus de la mêlée. Alors, pourquoi se silence? Plusieurs hypothèses:

  • L’instinct du grand fauve politique: il attendrait que le pays touche au fond de l’abîme, le chaos et de la violence pour se présenter en « recours »? Improbable, après le coup reçu sur la tête en novembre dernier.
  • Il éprouverait une secrète séduction pour l’expérience en cours, notamment le jeu des manœuvres politiciennes, qu’il peut difficilement déclarer. Ce sont les rumeurs du Canard Enchaîné, mais je n’y crois guère, le sachant trop fin analyste de la politique française pour ne pas sentir le gouffre qui est en train de s’ouvrir sous les pieds du nouveau pouvoir.
  • Il est dans un état d’esprit d’écœurement et de découragement profond face à l’état de la politique française qui le pousse à s’en abstraire même sur le plan psychologique et à l’envie de se faire oublier et de passer à autre chose. Le plus vraisemblable peut-être.

Il manque au pays quelque chose comme une sagesse, une expérience, une voix au dessus des passions des calculs et des tourments de l’actualité. Il est étrange que la France ne parvienne plus à se doter d’hommes d’Etat visionnaires qui sachent éclairer son avenir et fournir une lumière de sagesse dans la tempête.

Maxime TANDONNET

 

 

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La scission morbide

Ci dessous mon entretien avec Atlantico d’hier soir. La scission des Républicains ne me semble pas être fondamentalement une question idéologique, mais beaucoup plus bassement, une sordide affaire de carriérisme, de calculs personnels, de paris vaguement nauséeux. Certes, l’apaisement de la vie politique est un impératif absolu: il faut que les différents camps, majorité/opposition se parlent courtoisement, et puissent travailler ensemble sur des points de convergences. Mais cette démocratie apaisée, si nécessaire, n’a aucun rapport avec les phénomènes auxquels nous assistons actuellement: retournements de veste, trahisons, ralliements, abandons en rase-campagne, scandaleuse attitude de gens qui doivent leur carrière à un parti et le poignardent dans le dos. Les lâcheurs sont des irresponsables: en cas d’échec du pouvoir actuel – et c’est déjà bien parti, en deux mois, un record absolu -, leur attitude, leur empressement à jouir des privilèges du pouvoir, privilèges matériels comme de vanité, en affaiblissant l’opposition républicaine, condamne la France à s’en remettre aux extrémistes. Au delà de l’euphorie médiatique surannée qui empoisonne l’air du temps depuis bientôt deux mois, une crise politique, sans précédent quelques jours après une élection nationale, déjà bat son plein. Une hystérie chasse l’autre. En un rien de temps, l’air du temps bascule du tout au tout et l’idolâtrie d’hier se métamorphose tout naturellement en lynchage. Le processus ne fait que s’accélérer: en 60 jours quand il fallait 6 mois jusqu’à présent. Les opportunistes sont déjà en train de perdre leur pari: leur punition approche à grand pas. Evidemment, les élections sont passées. Les Français, une nouvelle fois, se sont fait avoir. Il faut dire que certains ne réfléchissent pas beaucoup…

Maxime TANDONNET

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1- Suite au second tour des élections législatives, et à l’initiative de certains cadres LR, un groupe LR « macron compatible » pourrait être amené à voir le jour à l’Assemblée. Dans le cadre de cette scission, un député aurait confié au journal le Monde « Ils installent un clivage en se décrivant comme les intelligents contre les gros beaufs qui s’opposent. Forcément, ils énervent beaucoup de monde ». Alors que la coexistence de deux droites, au moins, peut être considérée comme un phénomène structurel, comment expliquer​, désormais, cette rupture ?​ Quelles sont les modifications, les changements, qui permettent une telle rupture ? 

Cette rupture s’explique par le contexte politique: en apparence, le rejet des partis traditionnels qui se sont succédé au pouvoir et la réussite électorale hors du commun d’Emmanuel Macron. Toutes les catégories traditionnelles de la politique française ont été désintégrées, notamment la clivage droite gauche. Une partie de la droite, les constructifs, a choisi de jouer pleinement le jeu de l’entrée de la politique française dans une ère nouvelle. Ils se sentent donc à l’avant garde, plus modernes et plus intelligents que ceux qui sont demeurés dans « l’ancien système » considérés au fond comme des réactionnaires qui n’ont pas pris le train « en marche ». Les autres, la majorité de la droite, parient sur les difficultés à venir du nouveau pouvoir et demeurent dans une logique d’alternance à venir. Ce sont deux visions antagonistes de l’avenir politique du pays sur le quinquennat à venir et deux analyses divergentes du phénomène En Marche: une transformation profonde et durable pour les uns, une grande illusion, une recomposition en trompe-l’œil, sans doute vouée à l’échec, pour les autres.

2-En en est on réellement arrivé à un stade de « deux droites irréconciliables » d’un point de vue idéologique, ou faut il plus y voir une accumulation de logiques personnelles ? Quels sont les précédents sous la Ve République ? 

 Je ne suis pas certain que la rupture en cours soit l’expression des vieux clivages à droite, notamment chiraquiens contre balladuriens/sarkozystes. Ainsi, dans l’avant garde supposée se trouvent des sarkozystes, alors que Mme Pécresse ou M. Baroin, qui n’ont pas cédé aux sirènes d’En Marche sont plutôt chiraquiens. De même, la cassure ne recouvre pas forcément la divergence idéologique traditionnelle entre le RPR souverainiste (ligne Pasqua/Séguin) et l’UDF européiste. Décidément, on est beaucoup plus dans des logiques de calculs individuels et carriéristes. Un précédent sous la Ve République vient aisément à l’esprit. En 1974, l’UDR – le mouvement gaulliste – soutenait Jacques Chaban Delmas, ex Premier ministre de Georges Pompidou. Une partie de cette formation, sous l’impulsion de Jacques Chirac, fit scission et se rallia à Valéry Giscard d’Estaing, centriste libéral, qui incarnait la modernité, le renouveau, le changement, provoquant ou facilitant la victoire de ce dernier. Là aussi, plus que l’idéologie, les calculs personnels l’emportaient. Jacques Chirac fut Premier ministre pendant deux ans. Puis les choses ont mal tourné. Il est entré, avec son RPR (l’ex UDR) dans une logique de fronde contre VGE et il a fortement contribué à l’échec de ce dernier lors de sa seconde candidature en 1981 contre François Mitterrand.

3-La droite est elle en situation de remporter des élections en cas de divisions ? La scission n’est elle pas une promesse de disparition ? 

Difficile à dire. L’opinion publique est devenue insaisissable, imprévisible, prise de soubresauts erratiques. L’assise de popularité du nouveau pouvoir est extraordinairement faible: 32% des suffrages au premier tour des présidentielles avec une participation de moins de 50% cela donne un socle d’adhésion de 16%, extrêmement faible pour un début. Il suffit sans doute de très peu de chose pour que le nouveau pouvoir soit empêtré dans un vertigineux engrenage d’impopularité et sombre rapidement dans un rejet radical. On ne peut pas parler vraiment d’état de grâce et la nouvelle équipe, au bout de quelques semaines, est déjà engluée dans des affaires alors qu’elle avait bâti son succès sur une image de purification des mœurs politiques. Rien ne laisse prévoir une amélioration sur les grands sujets de préoccupation des Français, la violence, l’Etat de droit, la cohésion nationale, la maîtrise des frontières, la lutte contre les inégalités et le communautarisme… La rue et les syndicats menacent les projets de réformes sociales. Le climat d’euphorie, de culte de la personnalité et le charme qui règnent en ce moment sur les médias et une partie de la presse forment un écran de fumée cachant une situation profondément instable et précaire, sans doute plus complexe et plus périlleuse encore que les débuts de quinquennat Hollande. Dans peu de temps, une deuxième vague de « dégagisme » risque de déferler au détriment des bénéficiaires de la première, encore plus violente. Dès lors, vers qui se tourner? Si une opposition modérée et républicaine ne parvient pas à s’imposer et à proposer une alternative crédible aux Français, les vainqueurs finaux de la décomposition politique seront les partis extrémistes, de droite comme de gauche et la France sombrera dans le chaos.

 

 

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Une démocratie à refonder

Le temps électoral s’est achevé et voici ma dernière contribution, de lundi matin, au Figaro Vox. Le nouveau pouvoir dispose d’un atout important: son pragmatisme. Il ne semble pas être parasité par les démons idéologiques de l’ancien, qui soit disant « n’aimait pas les riches ». Cependant, un nouveau mythe vient de naître qu’il convient de pourfendre: celui des « pleins pouvoirs ». La France est un pays effroyablement difficile à gouverner cumulant les contraintes qui pèsent sur l’exercice du pouvoir: obstacles juridictionnels, poids de  jurisprudences nationales et européennes, endettement et déficits publics, pression des médias et de la rue, etc. De fait, la marge est extrêmement étroite. Les pleins pouvoirs n’existent pas. L’avenir de la nouvelle équipe est gravement obéré par la fracture démocratique, le vertigineux abîme entre l’euphorie du monde médiatique, l’impression de la toute puissance qui s’exprime dans la majorité absolue à l’Assemblée, et la réalité d’une Nation qui dans ses profondeurs, oscille entre indifférence et hostilité, comme en témoigne l’extrême faiblesse du soutien populaire au nouveau pouvoir (16% du corps électoral au premier tour des législatives). On ne gouverne pas la France efficacement et durablement en l’absence d’un socle de confiance populaire. Trop de gouvernement se sont fracassés pour avoir négligé cette évidence. Le politique est un funambule qui marche sur une corde raide au-dessus d’un gouffre. Dans ce contexte, il est de la responsabilité de l’opposition républicaine (dite « la droite »*) de se tenir prête à assurer la relève. Celle-ci devra alors, dans un contexte dramatique, prendre des accents non pas réformistes, mais révolutionnaires au sens positif et noble du terme. Dans un climat de désespoir collectif, il lui incombera de proposer au pays  non pas de simples mesures ponctuelles, mais une transformation radicale du modèle politique, axée sur la reconquête de la démocratie à la fois parlementaire, directe et de proximité, avec pour objectif de résorber la fracture démocratique, entre la « France d’en haut » et « la France d’en bas » et de regagner la confiance de cette dernière. C’est la règle du jeu elle-même qui devra changer, dans l’objectif de remettre au premier plan de la vie publique l’intérêt des citoyens et leurs préoccupations dans tous les domaines: emploi, sécurité, éducation, ordre public, autorité, frontières, lutte contre le communautarisme et la pauvreté… Si les Républicains ne parviennent pas à prendre conscience de cette priorité absolue – ils en sont loin aujourd’hui – un boulevard s’ouvrira à l’extrémisme, notamment de gauche et au retour de l’utopie destructrice.
* Une formule qui me fait de plus en plus horreur, car réductrice et obsolète, dont l’opposition modérée aurait tout intérêt à se débarrasser.
Maxime TANDONNET

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A voté!

Nous sommes à la fin d’un cycle électoral de sept mois. Il faut se souvenir: fin novembre 2016, le triomphe de F Fillon aux primaires, la certitude d’une victoire de la droite aux présidentielles et aux législatives. Déjà dans les ministères, on discutait des places futures dans les cabinets… Et puis un séisme politique, l’un des pires scandales médiatico-judiciaires de ces dernières années, l’effondrement de Fillon. Et voilà où nous en sommes ce matin. Il existe deux manières de voir les choses. La première, celle du sauveur, qui fait la une de Paris-Match, le Point, l’Express, les grandes titres de TF1 et F2, l’extase de BFM, d’Europe 1 et RTL : celle d’un jeune homme héroïque, d’une grande beauté, d’une intelligence exceptionnelle, géniale, qui est en train de reprendre le pays en main et de le sauver grâce au retour de la jeunesse, de la modernité et de l’optimisme; l’autre celle du chaos,  selon laquelle la France, notamment depuis les affaires DSK, Cahuzac, celle des « sans dents », la vague d’attentats terroristes sur son sol (250 morts), est plongée dans un profond désordre collectif, mélange d’indifférence absolue et d’euphorie qui se traduit par des gestes imprévisibles, surréalistes et éphémères à l’image du résultat des élections en cours. Alors,  formidable redressement national ou pire illusion de l’histoire politique française? Je penche pour la seconde hypothèse mais j’espère de tout cœur me tromper bien évidemment, étant conscient qu’en la matière, seuls les crétins ont des certitudes absolues. Une intuition pourtant: la démocratie française me paraît être à l’agonie, comme le souligne le bel entretien sur Figaro Vox ci-joint, de Jérôme Sainte-Marie – « une élection sans le peuple »  dont je recommande vivement la lecture. En 2022, si la pente actuelle se prolonge, dominée par la vertigineuse fracture entre les élites et le peuple, la France devrait voir l’avènement au pouvoir d’un extrémisme socialiste et destructeur. Pour l’éviter, le salut de la France est dans notre camp: fonder une opposition républicaine déterminée à restaurer la démocratie dans le pays, au prix d’une transformation radicale du fonctionnement de ses institutions politiques et de l’esprit public, la fin du culte de la personnalité et du despotisme des images, d’une restauration de l’intelligence et de la pensée, de l’esprit critique, à l’école, dans les médias,  du renouveau de la notion de gouvernement, d’intérêt général, de volonté collective. Nous avons une révolution à refaire (j’y reviendrai). Le tout est d’en prendre conscience… Et ce n’est pas gagné!

Maxime TANDONNET

 

 

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De la violence quotidienne

Par Philippe:

Bonjour Maxime,

Mais qui est responsable? L’Etat en premier! Nos politiques les premiers sont responsables de cette violence. Depuis plusieurs années nos politiques s’expriment avec la violence verbale. Plus de débat « on tweet »  » Les réseaux sociaux sont un ramassis de violences verbales et la violences verbales mène toujours à la violence physique. Lorsque l’on voit des émissions style ‘ONPC » où, lorsque les protagonistes ne sont pas d’accord avec les idées de l’invité, on le lynche, on l’insulte, la violence verbale est partout. Je vois lors de mes déplacements dans les entreprises, lors de désaccord la violence verbale fuse dans tous les sens. Mais pour qu’il y ai débat, il faut avoir un minimum de culture littéraire, historique, géographique. Mais comme l’on nivelle par le bas au niveau de l’éducation nationale, que l’on nivelle vers le bas avec des émissions de télé débiles, que l’on nivelle vers le bas avec de la désinformation permanente, on ne peut faire qu’un peuple de crétins, une populace crétine facilement manipulable.
Le comble: le journaliste de l’AFP qui, tout de suite, a diffusé les photos sur les réseaux sociaux. Où chacun commentait avec une certaine haine. Nous sommes en régression.
Cela est comparable aux jugements qui se déroulaient sur la place publique au Moyen-Age où le peuple criait « Coupable, la mort,! » et se gargarisait de voir le sang du décapité, les membres du démembré, tirés par les chevaux. Ils ne cherchaient pas à savoir si il était coupable, l’individu était livré à la vindicte populaire. Le peuple se rassasiait de cette violence.
Nous sommes dans les mêmes effets, le peuple veut ses jeux, ses sacrifiés, son taux d’hémoglobine pour être satisfait. Lorsque l’on voit les mouvements féministes qui veulent la parité, mais ne sont nullement choqués lorsque des ados regardent sur les réseaux une pornographie hyper violente où les femmes sont humiliées; considérées comme de vulgaires objets sexuelles, Que des gamins font des viols collectifs et disent que ce n’est pas un viol, que les filles aiment cela. Que des gamins peuvent tuer ou brûler vif une ados. Lorsque une bande de Bobos gauchos friqués voulaient que l’on aille « rouler des pelles » aux policiers, et qu’aujourd’hui ils veulent la têtes de ces mêmes policiers et trouvent normal qu’ils se fassent tabasser; cela vous montre le taux de régression de notre pays.
Le peuple ne réfléchit plus. Il se laisse manipuler.
Le peuple ne s’est même pas aperçu lors de ces élections qu’il a perdu sa souveraineté, que le pouvoir médiatique et financier a choisi pour lui, ceux qui nous dirigeront pour les cinq prochaines années.
Cette violence sera de plus en plus présente. Le déclin d’un pays, d’une civilisation se fait toujours dans la violence, la barbarie et la mort.

Philippe

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2017 n’est pas 1958 (Figaro Vox)

Ci-joint une nouvelle tribune pour le Figaro Vox, qui répond à une opinion aussi fausse qu’elle est couramment admise.

A la veille d’un deuxième tour des élections législatives totalement annihilé, pour la première fois dans l’histoire de la République française, on se dit qu’il faudra un jour établir, au moins sur le plan historique, les responsabilités dans l’effondrement, en quelques décennies, de la vie politique et démocratique française et de sa vertigineuse plongée dans un climat d’abêtissement dont le culte nihiliste de la personnalité est le signe le plus patent aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

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Non, 2017 n’est pas 1958

L’année politique 2017 est-elle comparable à 1958 comme le suggère l’entretien de M. Jérôme Jaffré avec le Figaro du 12 juin ? La ressemblance est en effet saisissante. En 1958, l’avènement du général de Gaulle au pouvoir s’est traduit par un renouvellement de la classe politique. Une partie du personnel de la IVe République, enlisée dans la guerre d’Algérie et l’instabilité gouvernementale, a été écartée aux élections législatives du 23 et du 30 novembre. Les partisans du Général, dont beaucoup de nouveaux venus sur la scène nationale, effectuaient une percée : déjà, le dégagisme avant la lettre?

Cependant, la comparaison s’arrête là, car au-delà des apparences, la nature des événements est profondément différente. 1958 est toute autre chose qu’un brusque mouvement d’humeur hostile au milieu politique. Sa logique n’est pas celle de la table rase, mais bien au contraire d’un acte de confiance envers l’auteur de l’appel du 18 juin, chef de la Résistance de 1940 à 1944, et du gouvernement français de 1943 à 1946. De Gaulle est porté au pouvoir avec un projet de transformation profonde des institutions, en préparation depuis plus de dix ans– discours de Bayeux et de Strasbourg – touchant non seulement à la Constitution mais aux piliers de la société française (lois organiques sur les finances, la magistrature, l’hôpital, etc.). L’équivalent n’existe pas aujourd’hui. Aucun bouleversement du régime politique, judiciaire, administratif, n’est en gestation.

Surtout, 1958 exprime un grand moment de confiance populaire. Le phénomène vient des profondeurs de la Nation qui accorde sa confiance au général de Gaulle notamment pour mettre fin à la guerre d’Algérie. La fracture démocratique, entre la France dite d’en haut, celles des élites intellectuelles et dirigeantes, et la France dite d’en bas, la majorité silencieuse, ne sévit pas encore. Les Français croient alors dans la politique et la démocratie. Aux élections législatives du 23 novembre 1958, le taux de participation dépasse les 77% puis 80% au référendum sur la Ve République. Le soutien explicite au nouveau gouvernement dépasse les 43%,  dont l’UNR du Général à 17,6%. Par ailleurs, en nombre de voix, les autres formations traditionnelles, dans une logique de soutien conditionnel à de Gaulle, se maintiennent : MRP à 10%, gauche parlementaire (SFIO) à 17,20%. Aux extrêmes, le PCF est stable à 18,90% mais « l’extrême droite », exprimant le « rejet du système » réalise un score marginal : 3,3%.

En 1958, en effet, l’heure est à la construction et non à la destruction.

Le climat actuel, en 2017, semble radicalement différent. Le taux d’abstention au premier tour des législatives, supérieur à 50%, un record absolu, souligne la démobilisation populaire persistante face à la chose publique et l’absence de retour à la confiance dans les profondeurs du pays. Le score de la « majorité présidentielle », 32% (16% du corps électoral compte tenu de l’abstention) ne dénote guère d’élan national vers les nouveaux dirigeants. La conquête d’une majorité absolue à l’Assemblée, en complet décalage avec le scepticisme du pays, repose essentiellement sur l’effondrement vertigineux des partis traditionnels, de gauche comme de droite. L’exaspération populaire, à l’issue d’une cascade de scandales, demeure à vif. L’esprit antisystème se maintient à un niveau très élevé, sans doute majoritaire, et pas seulement à travers un FN à 18%.

De fait, 1958 et 2017 ne sont pas comparables. Entre-temps, la politique a changé de nature. A l’époque, elle avait pour objectif de transformer la réalité. Il fallait avant tout sortir la France de la guerre d’Algérie pour éviter une guerre civile. Et de Gaulle, à travers une réforme constitutionnelle introduisant la démocratie directe, le référendum, comme source d’une autorité supérieure, s’en donnait les moyens. La politique telle qu’elle est vécue, un demi-siècle plus tard, ne cesse de s’éloigner du gouvernement des choses. Dominée par le spectacle médiatique, elle se réduit chaque jour davantage au culte de l’image narcissique et aux aléas de l’émotion collective. En 1958, la sortie de la guerre d’Algérie représentait un gigantesque défi, relevé et surmonté par de Gaulle. Aujourd’hui, les enjeux vitaux ne manquent pas non plus: la réforme de l’Europe, la crise migratoire, la montée de la violence et du communautarisme, la dette abyssale, le chômage massif…Mais l’état d’esprit général consiste plutôt à s’éloigner de l’action et à s’enivrer dans les faux-semblants, l’hystérie, les crises d’idolâtrie généralement suivies de tragiques lynchages. De 1958, il reste certes la personnalisation du pouvoir à outrance. Mais elle a changé de nature : expression d’une profonde confiance populaire en 1958, masque de l’impuissance publique en 2017.

 

 

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Répugnante violence

Mme Nathalie Kosciusko-Morizet a été victime d’une agression sur un marché parisien alors qu’elle tractait pour sa candidature, par un personnage qui l’a insultée, a arraché ses tracts et l’a violemment bousculée. Elle a été hospitalisée et souffre aux dernières nouvelles d’un traumatisme crânien. Chacun a le droit de ne pas partager ses idées et de ne pas l’apprécier. Mais ce geste immonde est à l’image des dérives de notre société: vulgarité, méchanceté, intolérance, crétinerie. Il y a deux mondes qui ne cessent de se séparer, le monde médiatique, virtuel, où tout est neutralisé aseptisé, purifié; et celui de la rue, gagné par l’anomie, le chaos, la barbarie. Quand la démocratie est en panne, quand la politique se désintègre, quand plus personne ne veut se parler, à l’image de ces candidats aux législatives qui (paraît-il), sûrs de leur supériorité et de leur certitude d’élection, refusent tout débat, il reste la violence, voire même la violence sous la formes la plus barbare, la plus imbécile, la plus lâche, celle de l’agression d’une femme dans la rue, une femme courageuse, sans protection ni garde du corps. La nature a horreur du vide et la mort du débat d’idées ouvre la voie à la violence dans la rue. J’ai un peu connue Nathalie dans les réunion à l’Elysée ou à Matignon. Elle est simple et gentille, drôle, sans aucun rapport avec son image médiatique où elle joue un autre rôle. Toute ma solidarité et mes vœux de rétablissement à Mme Kociusko-Morizet.

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Au soir du 18 juin…

De Jean-Louis MICHELET:

Un seul enjeu.
Au soir du 18 Juin, le président aura battu tous ses adversaires politiques à plate couture, certes, et beaucoup pourront applaudir et sabler le champagne, mais ce même soir, se présentera à lui, un défi autrement plus redoutable et féroce que personne n’a et n’avait prévu : Celui de l’adversité.
Que ce soit au sommet de l’état, au gouvernement, dans cette nouvelle assemblée, dans les médias , chez beaucoup de commentateurs , bien sûr, personne n’en parle car personne ne la voit , tous aveugles ou plutôt aveuglés et grisés par un simili de victoire et par l’illusion du renouveau.
Les résultats de toutes ces élections ont un immense mérite : Ils ne font que valider une fracture sociale, latente hier, évidente aujourd’hui, dans tous les domaines : sociaux, économiques, éducatifs, identitaire, sécuritaire et culturel.
Quel visage a t- elle cette adversité ? : Elle a les traits profondément marqués de la désunion nationale, ceux des forces contraires qui vous sapent les plus belles et plus solides constructions des meilleurs compagnons, avec tout son corollaire de conséquences négatives.
Dorénavant, une seule question s’impose à la Nation dans son ensemble : Comment rétablir au plus vite ce déséquilibre social entre cette France d’en haut et cette France d’en bas .Comment ramener dans le giron de la Nation cette très grande majorité de français désabusés, déboussolés, perdus ne faisant plus confiance à personne et surtout pas aux hommes politiques d’aujourd’hui.
Et contrairement aux apparences, il ne faudrait pas croire que cette France d’en haut, cette France qui va bien ou pas trop mal, est exemptée de tout et passe allègrement sur les difficultés de notre société actuelle. Il y a les apparences et la réalité. Sauf exceptions, comme toujours, Il ne faudrait pas la voir déshumanisée, insensible et à mille lieues de cette France d’en bas.
Retrouver l’unité perdue de la Nation, voilà bien l’enjeu pour demain, le seul qui vaille.
Le véritable caractère de l’homme d’état, de l’homme d’action s’affirme, se démontre, s’accroît, se fortifie uniquement dans l’adversité.
N’est pas de Gaulle qui veut.
Mais faut-il encore en prendre conscience. J’en doute.

Jean-Louis MICHELET

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Le désastre annoncé

Attention: ceci n’est en aucune façon une critique du président de la République, M. Macron, mais une réflexion sur l’évolution à long terme de la politique française.

Nous vivons dans une bulle de mensonge, d’illusion, de fausseté qui prend des proportions hallucinantes. Nous serions donc en train de vivre une révolution politique, comparable à celle de 1958, dominée par l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération et l’éradication par les urnes de l’ancienne: le dégagisme. Les visages changent, certes, en surface, mais sur le fond, les événements  actuels traduisent la quintessence de l’effondrement en cours depuis au moins vingt ans de la vie publique nationale. La puissance publique, l’autorité, la politique au sens du « gouvernement des choses » ne cesse de s’anéantir comme un cadavre en décomposition. Le culte médiatique de la personnalité, qui prend des proportions toujours plus vertigineuses, ne sert qu’à voiler, couvrir  cet anéantissement.  Le monde médiatique veut nous faire croire à une vague de fond, un vaste engouement populaire qui s’exprime dans un triomphe aux législatives. La vision est mensongère. LREM s’apprête à obtenir quatre cinquièmes des sièges de députés, une majorité absolue. Un triomphe? De fait, le niveau d’adhésion populaire véritable est équivalent à 16% du corps électoral (32% avec une participation de moins de 50%). 16% des électeurs donnent 80% du pouvoir législatif. Oui, triomphe, apothéose de l’absurdité. De fait, 84% des électeurs manifestent leur hostilité ou leur indifférence: l’immense majorité des Français. Derrière un visage transfiguré par la lumière médiatique, nous assistons en ce moment à une étape supplémentaire dans l’effondrement de l’ensemble des piliers, des outils de l’autorité publique : un gouvernement zéro, déjà en pleine déchirure; une Assemblée nationale totalement soumise, donc inexistante; une Nation plus réservée et distante que jamais, l’absence de toute assise et de confiance populaire. Le conformisme bêlant de la quasi totalité des commentaires de presse, de radio, de télévision, plongées dans l’extase, fait peine à voir. Je songe à cet expert en pleine béatitude sur Europe 1, ce matin, nous expliquant doctement comment M. Macron préparait déjà sa réélection en 2022… Les mois qui viennent donneront lieu à une nouvelle vague de manipulation de masse. Ainsi, ils vont ressortir par tous les moyens la famille le Pen afin de replonger la France dans sa bataille de titans entre le « bien et le mal ». La fuite dans l’irréel va encore s’accélérer violemment et les drames de la société s’accumuler derrière l’écran de fumée d’une jubilation médiatique sans précédent: chômage de masse, pauvreté, violence quotidienne, communautarisme et repli sur soi, crise migratoire européenne, désindustrialisation, terrorisme. Le dégoût, le découragement, le désespoir d’une nation vont s’amplifier jusqu’au vertige. Le drame est avant tout intellectuel: il tient à la crétinisation, non pas du pays dans son ensemble, mais de ses élites dirigeantes et médiatiques. La France roule à l’abîme.  Sans doute reste-t-il aujourd’hui une poignée de Républicains lucides sur la nature des évènements en cours et préoccupés, non par eux-mêmes, mais par l’avenir de leur pays. Il est temps qu’ils s’unissent, établissent les responsabilités dans le naufrage en cours, qui ne date pas d’hier, et réapprennent à parler le langage de la vérité, du désintéressement, du courage, de la confiance, de l’intelligence.

Maxime TANDONNET

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Solidarité avec le Royaume-Uni

A l’heure ou Londres est de nouveau touchée par l’incendie tragique d’une tour d’habitation, après la vague de terrorisme qui a ensanglanté le pays, nous réaffirmons ici notre absolue et totale solidarité avec le Royaume-Uni, nation sœur de la France, par l’histoire, la culture, les hommes et les femmes. La France n’oubliera jamais les fleuves de sang versés par des centaines de milliers d’Anglais sur la frontière Nord Est pour la défense du territoire français et la liberté en 1914 et 1918. Elle n’oubliera jamais que Londres a incarné pendant quatre ans la résistance au nazisme dans une Europe dévastée par la pire barbarie de l’histoire. A la suite de l’invasion hitlérienne de juin 1940, Churchill et de Gaulle ont proposé la fusion des deux nations, la France et le Royaume-Uni dans la résistance au nazisme. Ce merveilleux geste symbolique a été rejeté par les anglophobes qui prenaient le pouvoir entre Bordeaux et Vichy. Hélas, les anglophobes qui prétendent « châtier » l’Angleterre pour son brexit demeurent encore beaucoup trop nombreux dans notre pays et sur le continent européen. Mais ce n’est pas à eux qu’il faut penser. Aujourd’hui la France, dans son ensemble, partage les malheurs du Royaume-Uni, lui exprime son absolue solidarité et espère voir un jour revivre l’esprit de Churchill et de Gaulle en juin 1940.

Maxime TANDONNET

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La fracture démocratique

Voici ma dernière tribune pour le Figaro Vox commentant les résultats du premier tour des législatives. Au premier degré, c’est vrai, la chute des plusieurs personnalités socialistes, l’effondrement du PS comme du FN constituent de vrais sujets de satisfaction ou de jubilation intérieure. Mais au-delà, ces élections confirment la tragédie de la vie politique française. Une participation inférieure à 50%, à l’occasion d’élections législatives témoigne de l’indifférence croissante des Français vis-à-vis de la chose publique. Ce taux d’abstention historique, pour des élections qui représentent la pierre angulaire de la démocratie française, est le signe de l’effondrement de cette démocratie, dans l’indifférence générale.  En toute logique, avec moins de 50% de participation, de telles élections devraient être considérées comme nulles. La victoire de LREM qui devrait remporter les quatre cinquièmes des sièges de députés, avec l’adhésion d’environ 16% du corps électoral, souligne jusqu’à la caricature l’absurdité du système politique français. Tel est le fruit de la personnalisation à outrance du pouvoir, du culte de la personnalité, d’un présidentialisme débilitant, de la destruction des débats d’idée et des projets, bref de la démocratie, à l’heure où celle-ci n’a jamais été aussi nécessaire dans le contexte du terrorisme, d’un chômage de 5,5 millions de personnes, de la crise migratoire, de la montée de la violence. Il est soit mensonger, soit stupide de considérer que « la France » soutient LREM. La France, 84% de la France,  est profondément écœurée et vient de marquer son indifférence face à la chose publique. Ce n’est pas LREM qui triomphe, c’est la classe politique française dans son ensemble qui s’effondre tout autour, comme à travers un vieux plancher vermoulu.  Le décalage entre d’une part l’euphorie et l’aveuglement médiatique et d’autre part, l’indifférence populaire est titanesque. Nous nous acheminons vers un pouvoir politique de plus en plus déconnecté du monde réel, privé de racines démocratiques, confiné dans une bulle de néant à la dérive, ballotée au gré du vent, toujours plus éloigné des préoccupations populaires. Le gouffre qui ne cesse de se creuser me paraît annonciateur d’une crise politique ou une crise de société dramatique et en train de couver derrière l’extase politico-médiatique en pleine déferlante.

Maxime TANDONNET

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L’intelligence contre la manipulation

Il est important de lire l’Express du 7 au 13 juin (n°3440). L’hebdomadaire propose des articles et des interviews d’intellectuels au rebours de la vague de bêtise et de conformisme qui déferle sur la France politico-médiatique. J’ai été heureux, à sa lecture, de me sentir moins seul. J’y ai retrouvé, infiniment mieux dit que par moi même, des visions qui me sont chères. Gilles Lipovetsky: « Le charisme de charme (présidentiel) actualise un phénomène déjà ancien aux Etats-Unis et auquel certains Français ont cru pouvoir se soustraire: le poids déterminant de la personnalité des candidats dans les choix électoraux [Une époque où] la personnalité, autrement dit le charisme personnel des responsables politiques allait compter infiniment plus pour les électeurs que les idées… La France ne fait plus bande à part et rejoint l’extrême personnalisation [donc la mort du débat d’idées] ». Michel Onfray: « L’élection présidentielle s’effectuant à deux tours, il faut pour que rien ne change, qu’elle soit jouée dès le premier afin que le second ne soit plus qu’un plébiscite entre ce qui nous est présenté comme le Bien et le Mal par les médias dominants aux mains de propriétaires ayant clairement choisi leur camp. Il leur a donc fallu jouer un jeu et ce ne fut pas toujours très fin. Il a fallu tout faire pour que le fn soit présent au second tour, mais tout en même temps pour qu’il ne soit pas question de voter pour lui. Dès lors l’élection devient un plébiscite plus facile à gagner du bien contre le mal le bien étant comme par hasard l’Etat maastrichtien, autrement dit, le marché imposé par l’Etat et le mal, tout ce qui s’y oppose et qui se trouve diabolisé, criminalisé, hitlérisé… Il fallait que les Français croient qu’ils n’avaient plus de choix qu’entre le fascisme et l’antifascisme […] » Personnellement, je partage sans réserve la vision de Gilles Lipovetsky et celle de Michel Onfray. J’ajouterais que la neutralisation totale des élections législatives à laquelle nous assistons, n’est que l’aboutissement suprême de cette grande manipulation et de la destruction de la démocratie française. Lire l’Express de cette semaine et tenter de résister par les idées au tsunami de bêtise qui déferle en ce moment sur le pays, grâce aux pépites d’intelligence qui survivent ça et là, et sur lesquelles on tombe par le plus grand des hasards.

Maxime TANDONNET

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Analyse politique

Ci-dessous, mon entretien de ce jour avec le site Atlantico sur la situation politique de la France aujourd’hui.

  1. Quels sont les points sur lesquels la droite d’une part et la gauche de l’autre vont pouvoir s’opposer à coup sûr à Emmanuel Macron, y compris chez les « constructifs » ? Quelles sont les thématiques politiques sur lesquelles les différentes oppositions vont pouvoir réagir face à LREM ?

L’élection à la présidence de la République d’Emmanuel Macron remonte à un peu plus d’un mois et les élections législatives n’ont pas encore eu lieu. Le chef de l’Etat nous dit-on, a réalisé un « sans faute » sur sa communication, notamment internationale. Mais il est difficile d’anticiper sur ce que sera son quinquennat et comment les oppositions vont devoir se positionner par rapport à lui. Nous assistons en ce moment à une déflagration sans précédent se traduisant par la désintégration de la classe politique. Les électeurs semblent avoir une seule idée en tête : la table rase. Pour l’instant, LREM est le réceptacle de cette grande vague nihiliste soulevée par l’euphorie médiatique de l’élection de M. Macron. Une force centrale sortie de rien et réunissant des personnalités aussi disparates peut-elle devenir le socle d’une nouvelle réalité politique ? Seule l’expérience permettra de le dire. Les oppositions ne pourront retrouver une identité qu’en fonction de la suite des évènements. Le danger est évidemment une poussée des extrémismes contre la force centrale que représente LREM et le succès de positions démagogiques et irréalistes à droite comme à gauche. Pour éviter ce scénario catastrophe mais vraisemblable, les oppositions modérées devront se réinventer totalement. Par le plus grand des paradoxes, LREM, censé incarner la recomposition est une force conservatrice, reflétant l’attente des milieux privilégiés, mais qui ne propose aucun changement fondamental sur la démocratie nationale et de proximité, le fonctionnement des institutions, l’organisation et le fonctionnement de l’Europe, l’Education nationale. Il appartient aux oppositions de s’emparer du besoin de transformation en profondeur de la société sur ces sujets.

2. Est-ce que la droite n’est pas plus handicapée que la gauche pour assumer un statut d’opposition crédible ? En quoi le positionnement d’Emmanuel Macron, tant sur les thématiques économiques sécuritaires ou même d’éducation s’orientent plus vers un « droitisation » de LREM qui pourrait priver la droite de moyens de rebonds ?

Là aussi, pardon, mais il est extrêmement difficile de répondre à cette question à ce stade. Le « positionnement » n’est pas une fin en soi. Si le positionnement n’est pas suivi d’actes et de résultats, même droitier, il apparaîtra comme une manipulation éphémère, une de plus, replongeant la France d’ici deux ans dans une nouvelle vague le dégoût de la politique. En revanche, il est certain que si le nouveau pouvoir réussit concrètement dans la lutte contre le chômage, s’il parvient à apporter des réponses effectives, réelles, aux inquiétudes des Français sur la violence quotidienne, sur le terrorisme, sur la maîtrise des flux migratoires, sur les difficultés des cités sensibles et à mettre fin au communautarisme, à résoudre la crise de l’éducation nationale, alors, ce sera la fin définitive de l’opposition de droite modérée. Disons plutôt qu’un parti dénommé LREM prendra la place de la droite républicaine et les Républicains disparaîtront. En effet, la droite traditionnelle, celle des Républicains, dès lors n’aura plus de possibilités de rebond, elle disparaîtra absorbée dans LREM. Le scénario du succès n’est évidemment pas le plus probable au vu de l’histoire et de l’expérience, mais qui peut dire aujourd’hui avec certitude comment les choses vont tourner ?

3. Que reste-t-il à la droite et à la gauche de leurs idées de « prédilection », ou « habituelles » qui n’aurait pas été repris par « En Marche ! » ? Avec tant de reprises, est-ce qu’il n’y a pas un risque d’engendrer des confusions chez les électeurs ? 

La confusion est déjà totale, absolue ! De nombreux électeurs classiques de gauche se retrouvent sincèrement dans le vote LREM mais de nombreux électeurs traditionnels de droite s’y retrouvent tout autant et avec la même sincérité. Alors, peut-on parler d’un élan d’unité nationale ou d’un triomphe de l’enfumage permettant à tout le monde de se retrouver ? C’est la confrontation avec les réalités qui permettra de répondre à cette question. Il y a des sujets fondamentaux, qui se trouvaient au cœur des préoccupations des Français, mais qui sont occultés en ce moment par l’euphorie médiatique de l’élection présidentielle. Le plus crucial, conditionnant tous les autres, est celui de la fracture démocratique entre la France dite d’en haut et la France dite d’en bas. 88% des Français pensent que les politiques ne se préoccupent pas de se que pensent les gens comme eux selon le sondage annuel CEVIPOF sur la confiance. Or, il est impossible de gouverner efficacement et durablement un pays sans la confiance et le soutien populaire. Au-delà de l’euphorie médiatique du jour, les événements actuels ne font qu’amplifier cette fracture. Le succès de l’équipe actuelle a l’apparence d’une revanche de la France dite « d’en haut », fédéraliste, parisianiste, sans frontiériste, libérale au plan économique et libertaire, sur la France dite « d’en bas », provinciale, rurale, conservatrice, parfois qualifiée de « populiste ». Comment surmonter et résorber cette fracture ? Les élections législatives ne vont rien arranger. D’après les sondages, LREM, avec 30% des suffrages et un taux d’abstention de 60% devrait emporter la majorité absolue. En gros, un cinquième de l’électorat (20%) disposera des quatre cinquièmes des sièges de députés… Situation absurde, totalement anti-démocratique. Le système politique traverse une crise aiguë. Sa présidentialisation à outrance se traduit par une flambée du culte de la personnalité. Désormais, l’émotion collective autour de l’image personnelle d’un homme écrase les sujets de fond. Le Parlement, symbole et creuset du débat démocratique, est réduit à l’état de simple annexe élyséenne. La vie politique donne le sentiment de se réduire à une bulle émotionnelle qui s’éloigne toujours plus loin du monde des réalités. Comment rétablir la démocratie en France, par la transformation des institutions et du code électoral, par l’usage raisonnable du référendum, par le pouvoir de proximité ? Si j’étais un responsable politique de l’opposition, de droite comme de gauche, voilà le sujet dont je me saisirais en priorité.

Maxime TANDONNET

 

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Réponse d’Eric à M. Julien AUBERT

Cher Monsieur Aubert,

Le problème c’est que plus personne ne peut maintenant comprendre ce que voter LR veut dire:
– Alain Juppé soutient la candidate LREM contre Jean-Frédéric Poisson, candidat « officiel » de LR.
– dans le même temps, il déclare qu’il ne faut pas donner les pleins pouvoir à EM !
– Jean-Pierre Raffarin déclare qu’il faudra aider EM.
– Edouard Philippe vient soutenir Thierry Solère, candidat « officiel » de LR.
– NKM, Estrosy et d’autres, bien qu’investis par LR, ont fait une offre de services à EM.
– François Barouin appelle, avant même le premier tour et sans savoir quelles seront les conditions du vote à un désistement sans réserve pour LREM (à titre d’exemple, les candidats LREM des français de l’étranger, très largement en tête mais avec 80% d’abstention, « méritent » ils un désistement des candidats LR qui pourraient au minimum appeler à une mobilisation des abstentionnistes au deuxième tour).

Quelle est la ligne directrice de ce parti qui s’appelle encore LR ?
Une opposition constructive qui semble de plus en plus prête à se modifier rapidement en soutien affirmé au gouvernement du LR Edouard Philippe ?

Au train où vont les choses, nous aurons un grand rassemblement des centres encadré par deux extrêmes ne représentant, a priori, pas une alternative de gouvernement crédible.
C’est probablement le but recherché mais c’est un danger à terme pour la démocratie.

Puisque vous vous dites de droite, au boulot, faites le ménage en interne.
Que ceux qui ne demandent qu’à rejoindre une grande formation du centre, favorable à la constitution d’une Europe Fédérale, franchissent clairement le Rubicon et rejoignent LREM (c’est d’ailleurs peut être la majorité des militants et des élus de LR ?).
Et que les autres commencent à reconstruire un véritable parti d’opposition de droite républicaine et populaire, favorable à une Europe des Nations.
Continuer à maintenir au sein d’un même parti les partisans d’une Europe de plus en plus intégrée et les partisans d’une Europe des Nations n’a plus beaucoup de sens.

Cordialement,

Eric

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Message de M. Julien AUBERT, député du Vaucluse

Message de M. Julien AUBERT, député LR du Vaucluse : Le candidat du régime

Sous Napoleon III, il y avait « le candidat du régime impérial », pour qui il fallait voter.

En 2017, les médias nous le disent, nous le suggèrent, nous le font comprendre : il faut donner la majorité au Président Macron, les Français vont donner une majorité au Président Macron. 300, 400 députés et pourquoi pas 577 demain ? Après tout, pourquoi faire dans la demi-mesure. Les chiffres des élections des français de l’étranger sont présentés comme un avant-goût de ce qui nous attend, même si 80% des électeurs ne se sont pas déplacés.

Certains parlent même « d’accorder les pleins pouvoirs », comme si François Hollande ne les avaient pas eus. On a vu le résultat. Comment en quelques mois la France pourrait donner un pouvoir sans limites, sans opposition construite, à un Président relativement inexpérimenté élu dans des conditions très particulières, c’est un mystère. D’autant que la majorité en Marche, à trois exceptions près, est essentiellement la reconduite de la Gauche sous d’autres étiquettes.

Dans ma circonscription, on est ainsi prié de croire que c’est Jean Viard, 68 ans, sociologue qui a des années de compagnonnage politique dans les Bouches du Rhône avec Jean-Noël Guerini qui incarne le renouvellement et le rajeunissement, pour ne pas dire la moralisation de la vie politique. Et moi j’incarne quoi, alors ?

Beaucoup de choses nous séparent, et je reconnais à M. Viard le courage de ses convictions ; il ne se cache pas. Il ambitionne de décatholiciser la société, je défends le respect d’un patrimoine culturel et spirituel judéo-chrétien ; il croit que l’accès à la culture ou aux vacances intègre les gens en société, je pense au contraire que c’est le travail qui joue ce rôle ; il veut renforcer les métropoles en absorbant au passage l’identité communale, je pense que le pouvoir central doit se doter d’une politique d’aménagement du territoire pour dynamiser les territoires ruraux ; il est pour une immigration massive, je suis contre.

Bref, il est de Gauche, je suis de Droite.

Croire que l’effet « Republique en Marche » transformerait M. Viard en soutien de politiques de libéralisation du marché du travail ou de renforcement de l’arsenal pénal contre la délinquance ou le terrorisme, est une vue de l’esprit.

La République en Marche est au PS ce que LCL est au Crédit Lyonnais : un ripolinage marketing pour éviter la banqueroute.

Julien AUBERT député LR du Vaucluse

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Le rire de la « France d’en haut »

La France d’en haut, parisianiste, privilégiée, supposée « instruite », celle des bons quartiers urbains qui monopolise la parole officielle, sur les plateaux de télévision et à la radio, jubile et s’amuse en ce moment. Elle vit une période d’allégresse et d’euphorie. L’heure est à « l’optimisme », un mot à la mode. Et dans cette France dite d’en haut, tout esprit de dissidence, toute ombre porté en grand soleil de la joie collective est désormais suspect, vaut au récalcitrant d’obscures messes basses et de mauvais regards en coin.  Il est beaucoup question de la majorité absolue que la France d’en haut s’apprête à remporter à l’Assemblée. La majorité absolue, pour avoir la majorité absolue. Voilà, c’est à peu près tout. Et pour quoi faire? Quelle importance. Le troupeau, par définition, se laisse guider. D’ailleurs quelle majorité absolue? D’après les sondages, lrem serait à 30%. Avec une misérable participation de 60%, cela donne environ 20% du corps électoral. Majorité absolue à l’Assemblée, correspondant à l’adhésion de 20% de la population. Cela nous laisse 80% d’indifférents ou d’opposants. France d’en haut/France d’en bas. Un cinquième du pays/ quatre cinquièmes de l’Assemblée? Est-ce bien cela, la démocratie? En tout cas le soutien d’un cinquième du peuple ne fournit pas, de fait, une légitimité suffisante pour gouverner une nation et entreprendre des réformes difficiles. C’est pourquoi, il faudra soit faire semblant, soit capituler en rase campagne.  La disproportion est trop énorme, trop gigantesque. Elle souligne la dégénérescence de la démocratie française. Elle prépare le gouffre de l’avenir. La France d’en haut baigne dans l’euphorie et s’amuse. Dans sa jubilation, elle oublie le monde des réalités, le terrorisme qui ensanglante l’Europe, la guerre à ses portes, les déchirures et la violences de la société française, son écrasement fiscal, les 5,5 millions de chômeurs… Il n’y a pas de quoi s’extasier, s’exalter, s’amuser, triompher… En tout cas, le scandaleux silence des grands leaders politiques sur la mystification en cours – dès lors que l’Elysée leur a échappé, plus rien  ne les intéresse – ouvre de nouveau un boulevard aux extrémismes de droite et de gauche.

Maxime TANDONNET

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Réforme de la vie politique

Que penser du projet de loi sur la moralisation de la vie publique? Sans doute faut-il interdire les « emplois familiaux » et limiter le nombre de renouvellements successifs des mandats politiques. Ces mesures répondent à une attente de l’opinion. Cependant, elles ne touchent qu’à la surface des choses. Le vrai sujet est ailleurs, infiniment plus difficile et plus grave. Il concerne l’avenir de la démocratie française. Le système politique qui s’est mis en place au fil des décennies est à la fois anti démocratique, absurde et inefficace. Il donne l’illusion de l’autorité en concentrant l’image de la vie publique sur le visage d’un seul homme. Les événements de ces derniers mois illustrent la dégradation de la démocratie française: élection d’un chef de l’Etat avec un faible niveau d’adhésion populaire au premier tour (18% du corps électoral), à l’issue d’un gigantesque scandale, puis au deuxième tour contre le candidat « repoussoir » institutionnel, entraînant, par effet mécanique, le triomphe d’une assemblée à sa botte. Le Parlement se voit ainsi annihilé de fait, n’existant plus qu’à travers un rôle d’annexe élyséenne. Le Gouvernement se trouve asphyxié dans l’apparence de toute puissance présidentielle cultivée par une sur-médiatisation quotidienne. Le décalage entre le faible niveau d’adhésion initiale et le faux-semblant d’une emprise totale d’un homme sur la vie publique est source d’un dangereux vertige. La vie politique, dans un tel système, se focalise sur le visage d’un homme et l’image personnelle comme but en soi.  Elle se cantonne dans l’illusion de l’autorité tout en détruisant les racines de la véritable autorité, son ancrage dans la population à travers ses relais gouvernementaux ou parlementaires. La politique moderne a besoin d’un équilibre entre le président, chargé de présider, le Premier ministre et le Gouvernement ayant vocation à gouverner, et le Parlement, dont la noble mission est d’incarner la Nation. Nous venons de franchir, ces derniers mois, une nouvelle étape dans la rupture de cet équilibre. A terme, la cassure entre le pouvoir et la Nation ne peut qu’en sortir aggravée. Nous risquons d’assister à une fuite croissante de ce pouvoir au loin du monde des réalités, dans les limbes de la posture et des gesticulations, une aggravation des déchirures et la poursuite de la dégringolade de notre pays. Tout ceci est infiniment plus complexe que la limitation du nombre de mandats des députés mais aussi, infiniment plus essentiel… La France a une démocratie à refonder de A à Z.

Maxime TANDONNET

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Londres ensanglantée

Un nouvel attentat islamiste a frappé Londres le samedi 3 juin à 22H30, quelques jours après la tuerie de Manchester, provoquant la mort de sept personnes et plus de 40 blessés. Nous n’avons absolument rien à faire du Brexit bruxellois, cette gesticulation bureaucratique entachée de nullité intellectuelle et morale. Non seulement l’Angleterre fait toujours et plus que jamais partie de l’Europe, l’Europe de l’histoire, de la culture, de la civilisation, mais l’Angleterre est l’Europe, l’Europe de la liberté et de la démocratie, l’île de la liberté, victorieuse du nazisme en 1945. Londres est ensanglantée comme elle l’a été par les bombardements des nazis pendant la bataille d’Angleterre. Londres martyrisée est éternellement la capitale de l’Europe de la liberté. Les dirigeants de l’Europe occidentale sont aujourd’hui exactement comme leurs homologues des années 1930,  aveuglés par les néons de la lâcheté face à la montée inexorable de la barbarie criminelle. On ne veut pas voir l’horreur absolue ni s’y attaquer vraiment, alors, il reste à se noyer dans les polémiques, l’émotionnel et l’idolâtrie, et tout oublier bien vite, en attendant la prochaine tuerie, sur le sol de l’Europe. Verrons nous un jour rejaillir une lueur de lucidité et de volonté, sur ce vieux continent qui n’en finit pas d’agoniser?

Maxime TANDONNET

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De mieux en mieux…

Aujourd’hui, la petite phrase du président Macron sur les kwassa kwassa fait la une de l’actualité, soulevant un torrent d’indignation médiatique générale. Personnellement je ne comprends pas ce qu’il a voulu dire. Je trouve que cette déclaration n’a rien de drôle; mais elle n’a rien de monstrueux (criminel) non plus; elle est juste un peu bébête. Et lors, vous vous attendiez à quoi? Hier, grâce à sa poignée de main médiatisée, il était le « héros » du monde occidental, le sauveur de l’humanité. Aujourd’hui, avec sa mauvaise blague, il est retombé soudain et fait figure de paria de la France bien pensante. Et ainsi tourne la roue de la crétinerie ambiante. Effacés les 5 à 6 millions de chômeurs, l’abominable violence quotidienne, le risque terroriste et les 250 victimes sur le sol français, la crise migratoire européenne, dont plus personne ne parle, la ghettoïsation des banlieues et la terreur qui y règne au quotidien, les massacres de daesh au Moyen-Orient, la persécution des coptes en Egypte… La France s’enivre d’anecdotes, de polémiques, d’idolâtrie imbécile d’un jour et de lynchage complaisant le lendemain. Mais un jour, la bêtise, la bêtise suprême, la bêtise obsédante, dominante, comme un baril de poudre, va nous exploser à la g… à la figure pardon. Restons polis.

Maxime TANDONNET

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Quand la soif de pureté révèle l’écroulement du politique

Ci-dessous, ma tribune publiée par le Figaro du 2 juin.

Les « affaires » et l’exemplarité des hommes politiques tournent à l’obsession et étouffent toutes les autres questions. Dans une sorte de roulement continu, les scandales s’enchaînent les uns aux autres, écrasant la vie publique. Depuis 2011, une tornade sans fin de mises en cause du comportement des dirigeants semble emporter la politique française : DSK, Cahuzac, Thévenoud, « Merci pour ce moment » et ses suites, Bygmalion… Les primaires de droite ont été dominées, fin 2016, par la quête de la vertu : « qui imagine de Gaulle mis en examen ?». Les présidentielles de 2017 ont été broyées par le « Fillongate ». Et puis aujourd’hui, à peine un mois après l’élection d’un nouveau président, voici le gouvernement empêtré dans une série de mises en cause personnelles qui de nouveau, embrase la sphère politico-médiatique. Jamais, dans toute l’histoire, l’ébranlement par les affaires d’une nouvelle équipe issue du suffrage universel ne fut aussi soudaine.

La quête de pureté des dirigeants politiques semble écraser tout débat d’idées, et toute autre préoccupation. La France, en deux ans a été ensanglantée par le terrorisme. Le pays compte toujours 3,5 à 5,5 millions de chômeurs. Il est déchiré par l’exclusion, la crise des cités sensibles et de l’éducation nationale, la violence quotidienne, le danger du communautarisme, la pauvreté. Il est confronté à une situation internationale chaotique, au retour de la guerre froide, au risque d’une déstabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique par le djihadisme. Cependant, la question de la probité des élites politiciennes l’emporte sur tout le reste, y compris des sujets vitaux pour l’avenir du pays.

L’exigence absolue d’honnêteté en politique, par-delà toute autre préoccupation, s’impose comme un phénomène récent. Sous la société traditionnelle les dirigeants avaient peine à distinguer leurs intérêts personnels et ceux de l’Etat. Mazarin, au XVIIe siècle, ne fit-il pas fortune en servant la monarchie française ? Sous la République française, jusqu’à présent, les drames politico-financiers ont été légion, mais ils ne furent pas rédhibitoires pour les carrières. Le scandale de Panama n’a pas empêché Emile Loubet de devenir président de la République ni Georges Clemenceau d’accomplir son destin d’homme d’Etat. L’épouvantable affaire Stavisky en 1934 a eu peu d’incidence sur la carrière de Camille Chautemps porté peu de temps après à la présidence du Conseil. En ne parlons pas de Laval, le « maquignon », mêlant sans vergogne ses fonctions politiques et ses affaires privées dans l’imprimerie et la presse. Plus récemment, en 1990, une loi du gouvernement Rocard décidait l’amnistie générale des infractions liées à la corruption. Qui peut imaginer un tel scénario aujourd’hui ?

L’exigence de pureté absolue qui caractérise la vie politico-médiatique française actuelle pourrait se rattacher à une référence historique : la politique de Robespierre, l’Incorruptible, pourchassant toute trace de corruption dans sa quête de la vertu.

Que traduit l’obsession actuelle de la perfection des mœurs politiques, même au-delà de la défense des fonds publics? Elle est dans la logique d’une évolution souterraine de la vie politique française qui donne le sentiment de s’éloigner chaque jour un peu plus du monde des réalités, de l’action, du gouvernement des choses, pour glisser dans le virtuel. Sous l’effet du spectacle médiatique, elle glisse subrepticement dans le culte de l’image, de la posture, du paraître au détriment du faire. Son objectif essentiel est de vendre du rêve, de l’apparence, de l’illusion. Depuis des décennies, tous les gouvernements sans exception échouent dans la confrontation avec la réalité : chômage, violence, désintégration sociale, déclin international. Dès lors, la politique s’enfuit dans une sphère peuplée d’émotions, de superstitions, de héros et de monstres, une bataille entre le mal et le bien. Elle engendre un univers où se font face des héros providentiels et des parias, victime du lynchage médiatique, dans un climat d’abêtissement général. A cet égard, la marche dans l’utopie rejoint Robespierre, la guillotine et les fleuves de sang en moins évidemment.

La quête de pureté absolue en politique est la conséquence directe de ce fantastique bouleversement. Dès lors que la vie publique devient une affaire de posture et d’image personnelle, au détriment des sujets de fond et de l’intérêt général de la Nation, cette image ne saurait être que parfaite. La politique tend ainsi vers l’obsession de la propreté, de la perfection et de la pureté de l’image personnelle. Or, rien n’est plus fragile que l’image médiatique et le basculement de la sainteté républicaine au bannissement public quasi instantané. En soi, cette évolution peut paraître aller dans le sens du progrès de la démocratie, et l’exigence d’honnêteté chez les dirigeants politiques est parfaitement légitime. Toutefois, par son caractère obsessionnel, cette évolution est préoccupante car elle fait oublier tout le reste, y compris les questions les plus cruciales pour l’avenir du pays.

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Témoignage de professeur

Bonjour Maxime,
enseignant dans le supérieur, ce qui me frappe le plus chez les étudiants, ce n’est pas tant l’absence de maîtrise de la langue (orthographe par ex.), qui certes n’est pas brillant, mais plutôt l’incapacité à organiser leur apprentissage. Rester assis pendant 2 h sans papoter et tapoter sur un smartphone dévient une performance pour nombre d’entre-eux. Répondre à une consigne (en plus dans les temps), comme par exemple rendre une compte-rendu de TP ne semble plus vécu comme une obligation (un devoir) pour le quart de ma promotion actuelle (DUT 1). Cette analyse est partagée par mes collègues. En fait, nos gamins n’ont juste pas appris à apprendre (écouter, réfléchir, poser des conclusions, tenter de les étayer ou de les réfuter, vérifier le « bon sens » d’un résultat expérimental (certains prétendent avoir des fréquences cardiaques à 6 bpm car ils ne maîtrisent mal la règle de 3), etc…

« Apprendre à Apprendre, cela s’apprend », « On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif » . « Personne n’a jamais atteint la maîtrise de quoique ce soit sans posséder les fondamentaux », etc…on entend ce genre de propos dès que les enseignants discutent entre eux du niveau des étudiants « MOYENS » . Nous remarquons quand même que d’année en année les cancres restent des cancres mais aussi que les cadors de promo restent toujours à un très haut niveau. Il y a donc de l’espoir. Ce qui frappe le plus, c’est bien le niveau de plus en plus médiocre du « ventre mou » des promotions qui se succèdent. Et on observe des dégradations de ce niveau sur des cycles de 2-3 ans.

Le mal est plus profond et plus lointain que les années 80, même si je partage la vision l’institut Diderot. Lors de ma dernière Présidence de jury de bac (il y a 3/4 ans), nous avions plus de mentions Bien et Très Bien que de recalés (et 86% de réussite dans ce jury). Cela en dit long sur la valeur du premier diplôme universitaire. En demandant seulement aux élèves de remplir leurs copies avec leur nom, prénom et date de naissance, nous arriverons (peut être) à 100% de réussite au bac.

Le bac est tellement sans valeur que la dernière Ministre de l’EN vient par décret de mettre en place la sélection par le tirage au sort dans les filières en tension : cela revient à dire qu’un bachelier S avec mention TB ne tire aucun avantage pour intégrer une formation universitaire sous tension à valence plutôt scientifique (par ex. STAPS) par rapport à un bachelier L, ou ES sans mention. Étrange vision de la méritocratie scolaire. J’arrête là..je commence à dire des gros mots.
Cordialement
Laurent

Vous adorerez lire « Psychologie de l’éducation de Gustave Le bon » (http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psycho_education/psycho_education.html) .

Et pourquoi pas « psychologie des foules  » du même auteur ….c’est édifiant.

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Mortelle dérive

Une précision au préalable: contrairement à un reproche qui m’est fait parfois, mes écrits ou interventions dans  les médias ne dérogent strictement en aucune manière au « devoir de réserve ». Je ne porte jamais d’attaque personnelle sur quiconque, m’abstiens rigoureusement de parler de sujets soit polémiques, soit susceptibles d’avoir un lien quelconque avec mes responsabilités,  m’exprime en tant que citoyen sans la moindre espèce d’allusion directe ou indirecte à mes fonctions, et enfin ma parole est parfaitement polie, mesurée, et modérée. Mon attitude est conforme à la fois au droit, à la morale, à l’éthique professionnelle, aux valeurs de la République, à la liberté d’expression. Au contraire, en me taisant par souci de tranquillité ou de carrière, j’aurais le sentiment de manquer à mon devoir de citoyen. Je remercie donc France Culture de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer dans ces conditions.

Il me semble que le régime politique français roule à l’abîme depuis longtemps et que son effondrement, par delà les néons aveuglant de la béatitude actuelle, ne fait que s’accélérer. La France a connu le désastre du « régime d’assemblée » en certaines périodes de la IIIe et de la IVe République. Contrairement à une caricature courante, la IIIe n’a pas toujours été un régime d’assemblée et elle a connu de grands moments de gouvernement parlementaire efficace (Pierre Waldeck Rousseau par exemple ou Clemenceau bien sûr). Le régime d’assemblée, quand il a sévi, produisait une vertigineuse instabilité politique. Le pouvoir était confisqué par une caste de parlementaires, professionnalisée, qui songeait avant tout à se perpétuer. La Ve République en 1958 fut bâtie contre cet excès. Le Parlement en est sorti affaibli. Pourtant, même s’il est impossible de raconter toute l’histoire, il existait vraiment jusqu’au tournant des années 2000, exerçait un rôle d’initiative, de débat et de contrôle de l’exécutif, surtout en certaines périodes difficiles.

En ce moment, surtout depuis l’instauration du quinquennat, le Parlement est en train de disparaître étouffé. L’Assemblée nationale, élue dans la foulée du président de la République, devient un appendice de l’Elysée. On élit désormais les députés, non pour représenter la Nation, mais pour « donner une majorité » au président de la République. Les futurs élus « d’En marche », la plupart sans expérience politique, ont été désigné dans ce but. Plus que jamais dans l’histoire contemporaine, l’Assemblée sera mise de facto sous tutelle élyséenne.

En apparence, le phénomène réjouit tout le monde. Il donne une impression « d’autorité », autour d’un chef unique. Mirage empoisonné: dans les faits, cette concentration de l’image du pouvoir sur un visage est synonyme de faiblesse et d’impuissance. Le recours au chef, à l’homme providentiel, est une illusion vénéneuse. Il est censé incarner le pouvoir. Donc, il se présente inévitablement comme le dépositaire des frustrations, des déceptions, des souffrances populaires, de l’exaspération. Il en devient peu à peu détesté ou méprisé, malgré les postures médiatiques, et donc, privé d’autorité. Au tout début, on pense toujours: oui, mais avec celui-ci, c’est différent. Eh bien non, la logique infernale reste la même.

Les députés et les sénateurs sont en revanche des hommes et des femmes de terrain, avec leurs qualités et leurs défauts, en prise avec la réalité quotidienne des Français. Ils existent par eux-mêmes, en dehors du seul reflet médiatique, dans le contact direct avec les Français. Tel n’est pas le cas de l’exécutif, enfermé entre les palais de la République, les avions, les réceptions planétaires. Affaiblir le Parlement, que-dis-je, l’annihiler, au fil des décennies, pousse la politique vers la « réalité virtuelle« , la fuite dans les limbes de la communication à outrance et de la posture narcissique, l’éloigne du monde réel, de la réalité quotidienne. Soumettre toujours davantage l’Assemblée nationale, en en faisant une succursale de l’Elysée, aggrave dangereusement la coupure entre les élites dirigeantes et le peuple et finit par corrompre la notion même de démocratie. Tuer le régime parlementaire est une manière de détruire la politique, au sens noble du gouvernement de la cité.

La Ve République visait à mettre fin au régime d’assemblée, dont la philosophie consistait en la défense des privilèges de la caste parlementaire. En sombrant dans l’excès inverse, la politique française recrée, sous d’autre formes, les mêmes défauts que le régime d’assemblée. Le culte des privilèges individuels, notamment privilèges de vanité, au détriment de l’intérêt général, a simplement basculé de l’autre côté, celui de l’exécutif. Le résultat est tout aussi dramatique pour la France. Il n’existe de salut que dans un équilibre des pouvoirs que la France, au fil des décennies, ne parvient pas à respecter.

D’après les sondages, sous l’impact d’un vertigineux matraquage médiatique, le nouveau président de la République s’apprêterait à obtenir « une majorité absolue« . Par delà le torrent d’aveuglement et de bêtise générale qui en ce moment, emporte tout sur son passage, il me semble que c’est une très mauvaise nouvelle, pour lui-même – l’avenir de son quinquennat – et surtout, infiniment plus grave, pour la France.

Maxime TANDONNET

 

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L’abêtissement volontaire

C’est hier par le plus grand des hasards, en attendant mon passage à la matinale de France Culture, que je suis tombé sur une brochure de l’institut Diderot concernant la crise de l’enseignement. L’auteur y dénonce « une spirale autodestructrice de l’école française » qui remonte au milieu des années 1970 et qui n’a jamais cessé, un effondrement du niveau de maîtrise de le la langue maternelle et de la compréhension dans toutes les disciplines. L’objectif d’atteindre les 80% d’une classe d’âge au niveau du bac,  assorti de « consignes toujours plus explicites de bienveillance dans l’évaluation » a entraîné l’écroulement des apprentissages fondamentaux. Mais ce texte accuse implicitement les dirigeants successifs du pays d’avoir sacrifié l’intelligence collective notamment en saccageant l’enseignement du français. « Entre 1976 et 2004, le nombre moyen d’heures de français sur le total des années menant du cours préparatoire à la classe de 3e aurait baissé de 700 heures ».  Or la connaissance et la maîtrise de la langue maternelle et des œuvres des grands écrivains et penseurs est le socle de l’intelligence collective. Savoir lire, comprendre un texte et construire une phrase intelligible est le fondement de l’esprit critique permettant d’aborder les autres disciplines. Tout se passe comme si depuis près de quatre décennies, la France subissait une entreprise de crétinisation de masse, consciente ou inconsciente: abattre l’esprit critique pour soumettre le pays à toutes les influences, l’asservir aux modes idéologiques. Elle explique la médiocrité ambiante et sans doute la débâcle politicienne de la France d’aujourd’hui, l’émergence d’un pays déboussolé, sans repère, livré à la béatitude, aux idolâtries et balloté au jour le jour par tous les courants d’air, mêmes les plus contradictoires.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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De Gaulle profané

La profanation de la tombe du général de Gaulle, c’est tout un symbole. Bien sûr, à la surface des choses, tous les politiques se réclament plus ou moins de lui, jusqu’aux ex « révolutionnaires » de mai 68 qui ont voulu le ridiculiser et l’extrême droite qui l’a toujours viscéralement haï au point de vouloir sa mort physique . Mais dans les faits, nous assistons jour après jour à la profanation de sa mémoire, de son héritage. La Constitution de 1958 est saccagée à travers le système d' »hyperprésidence », concentrant l’apparence du pouvoir politique sur un seul visage, au détriment du Gouvernement, du Parlement et du peuple ce qui constitue une affligeante perversion de la Ve République. Mais pire, le général de Gaulle incarne la volonté, une idée de grandeur, de dignité et d’honneur. Or, nous assistons chaque jour un peu davantage à la chute de la vie politique dans la médiocrité, le lavage de cerveau, la fuite dans le virtuel et la manipulation quotidienne. La vanité exubérante s’est substituée à l’orgueil national, la posture à la politique – au sens noble –  et l’idolâtrie imbécile à l’autorité. Le culte de la personnalité a pris la place du prestige et les politiciens celle des hommes d’Etat. L’idée de résistance à l’ordre établi s’est désintégrée dans la soumission, l’instinct grégaire le plus banal.  Et nous ne voyons plus nulle part, dans aucun  regard, scintiller la flamme de la résistance, celle qui animait  l’esprit du 18 juin 1940. La tombe du Général profanée? On ne parvient même plus à s’en étonner dans la France d’aujourd’hui livrée au chaos mental et à toutes sortes de barbaries.

Maxime TANDONNET

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Douze raisons de voter LR aux législatives

1) Le phénomène « En marche » doit son succès au thème du renouvellement de la classe politique. La rapidité des scandales et des polémiques qui se sont déclenchés depuis la formation du gouvernement ne dénotent aucune amélioration sur ce plan.
2) Des zones d’incertitudes graves recouvrent les projets d’En marche, sur l’Europe, l’immigration, la sécurité, le cannabis, la politique internationale, la CSG et la fiscalité en général, etc. Lui donner la majorité absolue reviendrait à un blanc-seing, ou feu vert de cinq années qui n’est pas sans danger.
3) Au-delà du brouillard, des confusions, de l’enfumage, des manipulations et de l’air du temps, il n’est pas inutile d’en revenir aux faits et de se souvenir que le chef de l’Etat est l’ancien conseiller et ministre de l’Economie du président Hollande dont il partage inévitablement la sensibilité profonde.
4) Il est temps d’inventer une opposition moderne, qui ne serait ni systématique ni destructrice, prête à soutenir des initiatives bénéfiques mais disposant des moyens, à l’Assemblée nationale, de contrer une politique néfaste.
5) Il faut récompenser ceux qui ont eu le courage de ne pas céder aux sirènes du carriérisme et de la trahison de leur camp politique en ralliant opportunément En marche. Ils sont loin d’être parfaits, ils ont leurs défauts, leurs errements passés. Mais dans la tourmente actuelle, ils ont le mérite de se tenir debout et dans l’honneur. On est en droit d’espérer que cette noblesse de comportement ouvre une ère nouvelle ou les convictions et le sens du bien commun auront toute leur place.
6) Les présidentielles 2017 ont été souillées par le scandale et le pays privé de débat démocratique sur le fond des sujets. En refusant de plébisciter En marche aux législatives, les Français montreraient qu’ils ne sont pas dupes de la mascarade qui a eu lieu.
7) La démocratie n’existe pas, d’un point de vue historique, sans Parlement. Les régimes despotiques et totalitaires, dans l’histoire, ont pour premier geste de supprimer le Parlement. Le principe actuel du régime français (admis depuis trop longtemps) d’une Assemblée nationale, dont le seul objet est de confirmer le résultat des présidentielles, revient à nier l’autorité et l’indépendance du Parlement, relève de la forfaiture et renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire. Les Français ont aujourd’hui l’occasion de résister à cette déviance, ou anéantissement de la démocratie.
8) L’hyperprésidence, la personnalisation du pouvoir à outrance, revenant à confier le destin du pays à un une figure médiatisée, conduit inévitablement au culte de la personnalité au détriment de l’intérêt général, à la polémique, puis au lynchage, à l’impopularité, à la crise de confiance, à l’impuissance, entraînant le pays à l’abîme.  Ce régime n’a strictement aucun rapport avec la République gaullienne de 1958 qui respecte le partage entre les rôles du président, du Premier ministre, du Parlement souverain. Refuser la majorité absolue à En Marche revient à refuser la poursuite de l’hyperprésidence vénéneuse.
9) Refuser la majorité absolue à En marche n’implique pas d’entrer dans la « cohabitation » que les Français rejettent. Dès lors que le nouveau pouvoir entend dépasser le clivage droite/gauche, le risque d’un affrontement entre deux camps rivaux au sommet de l’Etat est exclu. L’idée serait uniquement d’imposer à l’exécutif un nouveau partage des responsabilités.
10) Au-delà du mythe du renouvellement, la continuité prévaut largement en matière de mœurs politiques: fuite dans la communication, culte de la personnalité à outrance, débauchages et manœuvres politiciennes: les Français ont l’occasion de montrer qu’ils sont un peuple intelligent qu’on ne mène pas à la baguette ni par des manipulations et qu’ils ne sont pas dupes.
11) Le véritable changement consisterait à replacer le monde réel, l’intérêt général, le bien commun, le débat d’idées au cœur de la vie politique et d’en finir avec sa dérive narcissique. Nous en sommes bien loin. Les Français ont l’occasion d’envoyer aux dirigeants du pays un avertissement démocratique de premier ordre en leur refusant la majorité absolue.
12) Résister à l’air du temps, au courant dominant, au vertigineux matraquage médiatique en cours serait tout à l’honneur des Français.

Maxime TANDONNET

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Le néant venimeux

L’euphorie gagne toujours plus fort les milieux de la France dite d’en haut, les médias, la presse, les éditoriaux, la haute administration, les dîners en ville… Elle est quasiment irrésistible, comme un torrent fou. Nous sommes dans la « recomposition », le renouvellement, la révolution… Il faut voir le bonheur qui se lit partout sur les visages de la France d’en haut, l’enthousiasme, la féérie. Et pourtant, par-delà l’écran de fumée médiatique, le phénomène auquel nous assistons n’est rien d’autre que le paroxysme des plus affligeantes dérives du régime, sources de son impuissance: l’hyperprésidence absolue, avec cette illusion venimeuse du pouvoir concentré dans le visage d’un seul homme, l’écrasement du gouvernement, par un assemblage des plus hétéroclites et contradictoires destiné à brouiller les repères, une assemblée nationale en voie d’anéantissement, composée de néophytes sans expérience et d’une future majorité soumise, asservie, dont la seule légitimité sera l’étiquette « majorité présidentielle ». L’actualité politique et dominée par les comportements les plus dégradants: trahisons, retournements de veste, calculs politiciens. La politique, au sens noble du terme, le débat d’idées, achève de se désintégrer dans le culte de la personnalité, les manipulations, l’intoxication médiatique, les anecdotes, les polémiques.  Sur le fond des sujets graves, tels l’autorité de l’Etat, la lutte contre la terreur, le redressement de l’économie, la sécurité, la maîtrise des frontières, la transformation de l’Europe, la réforme de l’éducation nationale, nous cherchons en vain, sur tout l’échiquier politique, une idée, un projet nouveau. L’esbroufe, la posture, les gesticulations et les scandales ont remplacé les partis politiques, les hommes d’Etat, les projets et les débats d’idées. Le néant s’est installé partout comme un poison. La France, une fois de plus est trahie par ses élites, intoxiquées à la bêtise, la vanité et l’ignorance. Nulle part ne se fait entendre la moindre voix de sagesse, de vision, d’espérance. Une grande vague de bêtise, de nihilisme et d’aveuglement est en train de submerger le pays. Nous roulons à l’abîme.

Maxime TANDONNET

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« We shall never surrender »

«Les personnes qui se trouvaient dans cette salle ont été les victimes d’une attaque qui a ciblé les jeunes de notre société. C’est la pire attaque que cette ville ait jamais connue. Ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est qu’à 22h30 hier soir, la police a reçu un appel qui déclarait une explosion près de la gare Victoria. Nous savons qu’un terroriste isolé a fait exploser une bombe pour tuer le plus grand nombre de personnes. C’est une attaque d’une lâcheté absolument innommable. 22 personnes sont mortes, en plus du terroriste, et 59 ont été blessées. Un grand nombre sont entre la vie et la mort, dont beaucoup d’enfants. Nous ne comprenons pas comment on peut être aussi tordu et malade pour perpétrer de telles attaques contre des enfants. Nous essaierons de tout faire pour traduire en justice les responsables de cette attaque.»

«Nous pensons connaître l’identité du terroriste mais nous ne pouvons pas communiquer son nom à ce stade de l’enquête. 400 personnes ont participé aux opérations de sauvetage cette nuit. L’enquête de police bénéficie d’un grand nombre de ressources. Si vous avez des informations, adressez-vous à la police de Manchester. Je vais rencontrer le maire de Manchester et le responsable de la police. Nous avons vu le pire et le meilleur hier soir: la lâcheté de l’assaillant et la bravoure des forces de police. Nous devons conserver à l’esprit les images d’hommes et de femmes qui se sont précipités aux secours des victimes. Nous allons vivre des jours et des semaines difficiles et nous pensons à la population de Manchester. Le terrorisme ne gagnera jamais. Notre pays, notre mode de vie, nos valeurs prévaudront toujours».

Theresa MAY

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Etrange et trompeuse euphorie

Ci-joint mon dernier article, paru vendredi, pour le Figaro Vox. Il lance un cri d’alerte devant l’euphorie actuelle de la « France d’en haut » et plus généralement, le climat d’optimisme qui s’installe sur la France avec l’arrivée de l’été. L’optimisme n’est pas meilleur que le pessimisme. Il favorise l’euphorie, l’extase, éloigne toujours du monde des réalités. La société passe sans transition du pessimisme à l’optimisme, puis de l’optimisme au pessimisme, dans un mouvement de fuite en avant de nature névrotique, alimenté par les émotions collectives, spontanée, et les illusions, manigancées. C’est un constat historique: les mouvements d’allégresse collective, en général, finissent dans la déception sinon le désastre. Bien sûr, comme tout le monde, je souhaite la réussite de l’expérience « Macron », pour la France, pour l’avenir de nos enfants. Mais suis-je obligé d’y croire? Par réalisme, je n’y crois guère. Sur l’essentiel, c’est-à-dire la restauration de  l’autorité de l’Etat dans tous ses aspects, la baisse des charges qui pèsent sur l’économie française et la réhabilitation de l’intelligence, je n’attends rien du nouveau pouvoir. En outre, il me semble paradoxal de tenir un discours éthique et de favoriser, dans la formation d’un gouvernement, les trahisons, les retournements de veste, les coups de communication. Rien de nouveau sous le soleil bien sûr, mais ces pratiques, que j’ai toujours réprouvées, ont pris ces derniers jours une toute autre ampleur.  Bref, je souhaite de tout cœur le succès de la nouvelle équipe, mais n’y crois guère et pense que dure sera la chute. Car la France de ces dernier jours me semble baigner dans une illusoire euphorie. Et encore une fois, n’ayant pas de prétention à détenir la vérité, tant mieux si je me trompe.

Maxime TANDONNET

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Trompeuse et dangereuse euphorie

Le passage de la déprime à l’euphorie collective, la béatitude, l’extase est une constante du caractère français et de l’histoire politique de la France contemporaine. Dans ces moments-là, toute manifestation de réserve ou de préoccupation pour l’avenir expose son auteur à l’opprobre, à l’exclusion et aux insultes. Au mieux, il est ringard, pessimiste, aigri, chagrin, jaloux, vieux, homme du passé, dépassé, rabougri, grincheux. Au pire, le voilà étiqueté de traître, réactionnaire, fasciste… Il est étrange de constater comment, de siècle en siècle, les mêmes phénomènes d’hystérie joyeuse se retrouvent avec constance. Mais bien souvent, les manifestations de joie, de bonheur retrouvé, d’allégresse nationale, forment un écran de fumée qui masque les désastres en train de germer. Faut-il se taire pour échapper à la vindicte, au risque de se voir traiter d’oiseau de malheur ?

14 juillet 1790 : la fête de la Fédération donne lieu à des scènes de liesse à Paris, de la part de délégations de patriotes venues de toute la France. Qui imagine la Terreur trois ans plus tard, la loi des Suspects, la grande Terreur, la guillotine, les massacres de Vendée, puis les guerres napoléoniennes, les centaines de milliers de morts et le désastre final?

Février 1848, la chute de Louis-Philippe après une brève révolution, donne lieu à de fabuleuses scènes d’allégresse, Lamartine proclame de la Seconde république, célèbre la bonté, la générosité, le progrès l’humanisme, « l’optimisme ». L’heure est à la plantation des «arbres de la liberté », une ère nouvelle s’ouvre pour la France. Quatre mois plus tard, la fermeture des Ateliers nationaux provoque un effroyable bain de sang à Paris et Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République, se met en marche vers le coup d’Etat et l’abolition de la République.

3 août 1914, à l’aune de « l’Union sacrée », les politiques annoncent que la guerre « sera courte » et les cris de « à Berlin ! » retentissent dans les gares. Qui prévoyait que ce conflit allaient plonger l’Europe dans l’enfer des tranchées, l’atroce calvaire des Poilus, provoquer 15 millions de morts, combien de mutilés, de veuves et d’orphelins ? 11 novembre 1918, le vertige de la Victoire, après tant de souffrances submerge la France. La « Der des Der » n’était pourtant pas la dernière. Qui voyait alors que le triomphe recelait un siècle de malheur dominé par la montée des barbaries totalitaires, soviétique, fasciste et nazie.

29 et 30 septembre 1938, la signature des accords de Munich entre Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler engendrent l’illusion que la « paix est sauvée ». La classe politique (à l’exception d’une infime poignée d’hommes politiques de droite et du parti communiste) et la presse dans son ensemble les approuvent. Paris-Soir lance une souscription pour offrir une maison de la paix à Biarritz au Premier ministre britannique. La foule est enthousiaste et des scènes d’hystérie enflamment les rues de la capitale. Rares étaient les hommes et femmes qui sentaient, par-delà l’enthousiasme collectif, se profiler l’apocalypse de la deuxième guerre mondiale et ses 50 millions de morts.

Les grandes scènes d’enthousiasme collectif de ces dernières années ne sont évidemment pas à la dimension de ces moments d’histoire. Pourtant, à une échelle minuscule, leur nature est ressemblante : l’extase qui rend aveugle et masque les dangers de l’avenir. 12 juillet 1998, la victoire de la France en coupe du monde de football provoque une gigantesque flambée de bonheur national autour de l’équipe de France, symbole de la nation réunifiée, que Jacques Chirac reçoit à l’Élysée. Qui imaginait alors les crises des banlieues, la révolte d’octobre 2005, la montée des haines, de la violence, des communautarismes, du repli identitaire et du vote extrémiste en France ?

Ces derniers jours, la France d’en haut, médiatisée, visible, officielle, communie dans un indescriptible enthousiasme, et quasi unanime, à propos de l’élection du plus jeune président de l’histoire, de la faillite des « vieux partis » et de la recomposition politique en marche… Après la déprime de ces dernières années, l’heure est de nouveau à l’optimisme et à l’allégresse médiatique. Il devient incongru de s’interroger sur les ambiguïtés de la situation politique actuelle :

  • Le danger pour la démocratie de l’émergence d’un vaste centre, absorbant les modérés de droite et de gauche, favorisant la démagogie et la tentation du recours aux extrémismes de droite comme de gauche.
  • Les inconvénients d’une « pensée unique », bruxelliste (plutôt qu’européenne), ultra-libérale, anti-frontières, qui ne peut qu’aggraver la fracture entre la France dite « d’en haut » et la France dite « d’en bas », réduite au silence, frappée par le crise sociale et le sentiment d’exclusion.
  • Les manipulations autour d’une fausse nouveauté, celle d’un gouvernement par un vaste centre aux contours indistincts, dominé par les calculs politiciens, qui renvoie au souvenir du parti radical sous la IIIe République, sombrant dans l’instabilité, l’impuissance et l’indécision face aux périls les plus effroyables.

La seule vraie nouveauté dans la vie politique de ce pays tiendrait à la réhabilitation d’un mot, désormais ringardisé : celui de vérité.

 

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La tragique absurdité du régime politique français

Le système politique français ou mode de gouvernement est source d’un mal insidieux qui ronge la France. A travers la prédominance des élections présidentielles, les électeurs ne votent pas à titre principal pour les idées, mais pour un visage, une silhouette. Ils se fondent, non sur leur raison, mais avant tout sur la sympathie, l’émotion qui s’en dégagent. Ils deviennent les otages des médias, télévision et radio, qui détiennent la maîtrise d’une image, propice à l’enjolivement ou la diabolisation. Les législatives qui suivent les présidentielles ont vocation à confirmer, sinon à amplifier le résultat de ces dernières. Compte tenu des conditions chaotiques de l’élection du chef de l’Etat, il n’était pas interdit d’espérer, en juin 2017, une exception à la règle, un sursaut de la nation lors des législatives. Les sondages semblent prouver le contraire. Le scrutin, sous l’influence de l’air du temps et d’habiles manœuvres, devrait donner au président une large majorité absolue .

L’adhésion initiale à Emmanuel Macron n’avait rien de spectaculaire. Au premier tour des présidentielles, il représentait 18,6% des inscrits. Par un enchaînement inscrit dans la logique du fonctionnement des institutions, le soutien initial de moins d’un cinquième de l’électorat débouche sur l’emprise d’un seul homme, pendant cinq ans, sur l’ensemble de l’appareil d’Etat, incluant l’Assemblée nationale, réduite à une servilité et au conformisme puisque procédant de l’élection présidentielle. Le choc des images à absorbé le débat d’idées. Les Français, dans leur immense majorité, selon de multiples sondages (voir l’enquête annuelle du CEVIPOF) souhaitaient moins d’impôts, une clarification du partage des compétences entre la Nation et l’Europe, un renforcement de l’ autorité de l’Etat et de la cohésion nationale,  une meilleure maîtrise des frontières face aux flux migratoires. Or la logique du système débouche sur un résultat inverse à bien des égards.

Ce mode de fonctionnement, privilégiant à tel point l’image, semble unique dans le monde occidental. Les démocraties européennes, notamment la démocratie britannique, se fondent sur un système parlementaire, c’est-à-dire le gouvernement d’un Premier ministre leader d’une majorité élue sur un choix de société et de politique. Aux Etats-Unis, le présidentialisme est tempéré  par la présence d’un puissant Congrès et le système fédéral. Le régime français, sans équivalent, correspond à une tradition particulièrement marquée dans la culture politique nationale: celle du sauveur providentiel. « Il faut laisser une place à la providence » clamait Alphonse de Lamartine, député, devant l’Assemblée nationale en octobre 1848, pour justifier l’élection du président de la deuxième République au suffrage universel, préparant ainsi la prise de pouvoir par Louis-Napoléon Bonaparte, le coup d’Etat, le rétablissement de l’Empire, puis la défaite de 1870, l’un des pires désastres de notre histoire. S’en remettre à la « providence » n’a jamais amélioré le sort de la France.

Le système politique français s’éloigne toujours davantage de l’idée de démocratie, c’est-à-dire le libre choix par les peuples de leur destin. Il donne une part excessive au poids des images et à la manipulation des esprits. Issu du quinquennat présidentiel, il n’a strictement plus aucun rapport avec la Ve République de 1958 qui sépare sans la moindre ambiguïté le septennat présidentiel et le mandat de l’Assemblée, confie le gouvernement de la France à un puissant Premier ministre sous le contrôle du Parlement et au chef de l’Etat une mission de protecteur et de visionnaire.

Pourtant, le régime actuel est largement consensuel et échappe à toute remise en cause. Les politiciens s’en satisfont à leur quasi unanimité, fascinés par les sirènes de cette hyper présidence tant convoitée. Les élites médiatisées en tirent également tout leur parti, avec la conscience de disposer d’un outil de manipulation de l’opinion qui n’a aucun équivalent dans le monde occidental. Quant au peuple, que dire? Il donne le sentiment de suivre un chemin tout tracé. A long terme, le déclin de l’enseignement du français, de l’histoire, des philosophes, dans un climat de nivellement par la base et de lavage de cerveaux, n’a pu qu’affaiblir son esprit critique, ses facultés de résistance et aggraver l’instinct grégaire.

La pire des erreurs contemporaines est de confondre le culte de la personnalité, devenu le fondement du régime, et l’efficacité. Notre instinct primitif favorise l’amalgame entre un visage unique, celui du chef de meute, et l’autorité. Or, le phénomène est trompeur. Dès lors que le fait générateur d’une élection est l’image, celle-ci ne cessera jamais de fonder un quinquennat présidentiel. Elu sur son image, le président, quel qu’il soit, aura consciemment ou inconsciemment comme priorité absolue la conservation de celle-ci. Elle est son principe fondateur. Dès lors, le bien commun, l’intérêt général de la Nation sont voués à passer au second plan. L’impératif de la « trace dans l’histoire » et du reflet narcissique se diffuse à tous les échelons du pouvoir et s’impose comme l’objectif ultime d’un régime. La politique sombre dans la posture, la communication à outrance, le spectacle. Les réformes difficiles et impopulaires, les remises en question fondamentales et douloureuses, les examens de consciences, bouleversements et changements de caps passent inévitablement à la trappe. Seule prime la continuité et le conformisme, synonymes de facilité.

Ce régime, qui porte abusivement le nom de Ve République, ne connaît pas d’autre issue possible que l’échec. Il a pour principe la sublimation d’une image, celle de l’hyper-président. Mais celui-ci, motivé par l’instinct de conservation, voire par l’ambition d’une réélection, est poussé vers une logique de communication. Confronté à la réalité d’une complexité inouïe, à la multitude des obstacles financiers, juridiques, psychologiques, au poids de la routine, de la force d’inertie et des résistances innombrables, son réflexe normal est de se cantonner au jeu des illusions et des manipulations. L’apparence écrase le fond. Il exerce sa mission comme il a gagné l’élection: par et pour son image.  Il communique mais nul ne préside ni ne gouverne vraiment et par effet de capillarité, cette conception nihiliste de la responsabilité politique se diffuse dans les élites dirigeantes. Voilà pourquoi le fossé ne cesse de se creuser en permanence, depuis au moins trois décennies, entre la France dite « d’en haut » et la France dite « d’en bas ».

Pour remettre le pays dans le droit chemin, une phénoménale prise de conscience serait nécessaire. Elle consisterait, dans une première étape, à songer à rétablir le régime parlementaire, pourvu d’une chef de l’Etat protecteur et visionnaire, tel qu’il était conçu par la lettre de la Constitution de 1958 (ni régime d’assemblée, ni régime présidentialiste). Mais hélas, aujourd’hui, la réflexion et l’esprit critique sont morts étouffés, ensevelis dans les sables du conformisme. Voilà pourquoi, au-delà les illusions de l’instant, le pays roule à l’abîme.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Du neuf avec du vieux

Il paraît que nous sommes en cours de recomposition politique. D’après l’air du temps, nous sortons de la logique « droite-gauche », pour entrer dans une nouvelle ère de la politique française dominée par une vaste formation centrale. En vérité, la décomposition se poursuit. Tout change, parce que rien ne change. Le changement touche à la surface, l’apparence. Mais au fond, la continuité prévaut. La place donnée dans ce gouvernement à la tactique politicienne – désintégrer la droite, après la gauche – , à la communication, au débauchage, à la récompense des trahisons, au brouillage des repères me paraît sans précédent. Nous avons sous les yeux la quintessence des aspects les plus discutables de la politique française de ces dernières décennies. Cette équipe est traversée de contradictions, de points de vue inconciliables  sur des sujets essentiels et de retournements de veste, de haines larvées et de recyclages ambigus. Un gouvernement sans ligne, sans but, collections d’individualités et un Premier ministre méconnu: tout annonce la poursuite, sinon l’approfondissement du phénomène d’hyper-présidence, le culte médiatique de la personnalité comme paravent du néant. On fait du neuf avec du vieux. La tactique politicienne n’en finit pas de broyer le politique, au sens du gouvernement de la cité. A court terme, l’habileté tacticienne force l’admiration. A long terme, par delà l’écran de fumée, l’anéantissement des partis politique, de la souveraineté du Parlement, l’absence de ligne politique et l’inconsistance d’un gouvernement, le vertige de la communication, la fragmentation de la politique dans la sublimation individualiste, la plongée dans le culte de la personnalité, apothéose d’une évolution de longue date, prépare sans doute le pire, c’est-à-dire le triomphe de l’extrémisme en 2022.  La recomposition n’a pas encore commencé et la décomposition de la scène politique française s’accélère, dans un climat de béatitude générale. Voilà, je n’ai hélas pas grand chose à proposer, mais au moins, d’ouvrir les yeux.

Maxime TANDONNET

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Grand décryptage

Avant-hier, le 15 mai de 22H30 à 22H50, j’étais invité à un débat sur la chaîne Cnews, lors de l’émission le grand décryptage d’Olivier Galzi, en tant qu’auteur de livres sur l’histoire politique française, pour parler de la recomposition en cours. Pour être franc, je ne suis pas un fanatique des émissions de télévision: le maquillage, la lumière crue, le vertige des caméras de télévision, la sensation désagréable de ma tête dans le petit écran… D’habitude, je décline les invitations aux émissions de télévision. Mais bon, il faut savoir si l’on veut oui ou non prendre part au débat public, et la télévision est au cœur de ce débat public. Donc, j’ai accepté, après m’être assuré que l’émission n’avait rien de polémique. En effet je ne supporte pas les criarderies hystériques, puériles et stériles à la télévision. Je me trouvais face à M. Jean Garrigue, agrégé d’histoire, et une journaliste de Paris-Match. Mon passage à cette émission m’a permis, je pense, en toute courtoisie, de faire passer un message d’une tonalité un peu différente de celui de mes interlocuteurs. Et d’ailleurs, j’ai senti que M. Galzi, même s’il ne partageait pas entièrement mon avis, appréciait d’entendre un son de cloche différent, fondé sur des arguments puisés dans l’histoire politique. C’était, me semble-t-il, une preuve que la télévision et le libre débat d’idées, sans manipulations, sans calculs politiciens, sans extrémisme, sans haine et sans hystérie peuvent être conciliables!

Maxime TANDONNET

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La vague

Je regarde, j’écoute, je lis… La vague qui déferle sur la France me laisse pantois. Soudain, tout est beau, tout est gentil, tout est neuf. Le clivage droite gauche est dépassé, un monde nouveau est en train de s’ouvrir, une ère nouvelle d’extase, d’euphorie, de bonheur, de gentillesse vient de s’ouvrir sur la France. Et surtout, il est formellement interdit de s’interroger, de se poser des questions. Ceux qui doutent sont voués aux gémonies: les mots de « vieux », ringard, pessimiste, jaloux, grincheux se substituent à celui de réactionnaire. La révolution avance et ceux qui ne suivent pas sont à jeter. Les vieux repères s’effondrent, la table rase est en route, un monde nouveau commence.  S’interroger, marquer un quelconque scepticisme, un doute, même discret, devient acte de ringardisme. L’idée même de songer à réfléchir et critiquer devient passéiste, presque honteuse, morbide. Voilà, par exemple, ce qu’il ne faut surtout pas dire:

1) Mettre en place une grande force à connotation centriste destinée à absorber « la droite et la gauche » ouvre un boulevard aux extrémismes, de droite comme de gauche dans la perspective de 2022.

2) L’idée de créer une grande force centriste dominant la scène politique n’a strictement rien de nouveau: elle renvoie aux radicaux dans les années 1920-1930, et à la troisième force » de 1947 à 1951, des époques qui n’ont pas laissé un souvenir franchement positif.

3) Tout ce à quoi on assiste aujourd’hui n’a rien de vraiment nouveau : débauchages politiciens, copinage, culte de la personnalité sans limites, unanimisme médiatique, magouilles politiciennes. Le vivier reste le même et le renouvellement recèle de nombreux recyclages.

4) Le nouveau pouvoir, par delà l’apparence de la modernité, n’apporte guère de changement sur le fond des projets et des politiques du passé. Voilà, tout est dans le culte de l’apparence, du clinquant, du grand spectacle, de l’immédiat. Un bel éclat pour masquer le néant. Et le fond des choses, le politique, qui aurait l’idée saugrenue, ringarde, de s’y intéresser?

L’euphorie du jour, le prodigieux, vertigineux unanimisme médiatique, comme toutes les béatitudes, recèle des pièges, des dangers, des déceptions inévitables, peut-être de nouveaux abîmes. Mais surtout, ne pas le dire, ne pas le penser, ne pas le sentir, ne pas gâcher la fête joyeuse. Jubiler comme tout le monde, ou se taire…

Maxime TANDONNET

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Sentiments profonds et sincères

Les derniers développements de la politique française comportent des aspects positifs et satisfaisants. La campagne et l’élection présidentielles ont été marquées par l’effondrement des projets suicidaires et démagogiques portés par les socialistes archaïques, notamment le revenu universel de M. Hamon. Le danger de l’extrême gauche a été pour l’instant écarté. Un net coup d’arrêt, peut-être fatal, a été donné au mouvement lepéniste qui, dans son rôle de repoussoir médiatique, ne sert qu’à verrouiller le débat d’idées et paralyser la vie politique. M. Emmanuel Macron est maintenant notre président de la République. Le procès en légitimité, les attaques personnelles ou les moqueries dirigées contre lui et son épouse, qui foisonnent sur les réseaux sociaux, sont une monstruosité et une infamie.

Il n’empêche. A mes yeux, avec son arrivée à l’Elysée et la grande comédie médiatique qui l’accompagne, la France politique poursuit sa dégringolade. Tout cela ressemble au paroxysme du spectacle de ces 15 dernières années. La fuite dans la personnalisation du pouvoir vient de franchir un palier supplémentaire. Voir cet excellent éditorial dans Marianne. Le phénomène auquel nous assistons consiste à faire table rase de tout, les partis politiques, le Parlement, le Gouvernement, pour concentrer l’apparence ou l’illusion du pouvoir dans le reflet médiatique d’un visage. L’engouement actuel a quelque chose de factice, d’éphémère, d’irréel. Il est sculpté dans le rêve. La substance du pouvoir politique s’incarnant dans la figure d’un homme, dans l’extase et l’émerveillement de la société médiatique, a certes quelque chose d’extraordinairement banal, humain, naturel: la quête du chef de meute renvoie à nos pulsions les plus primitives. La féérie de ces jours-ci sert d’écran de fumée au renoncement, à l’impuissance, au néant, à la difficulté et aux déception de l’exercice du pouvoir. Elle est selon moi, contraire au principe d’un gouvernement efficace dans le monde moderne, consistant, au contraire, à répandre et à diffuser l’autorité et la responsabilité après avoir fixé un cap clair et net.

La jubilation d’aujourd’hui, l’enchantement de la France médiatique,  annoncent le basculement dans la haine, le déchaînement et le lynchage de demain. En outre, il est à mes yeux criminel de bêtise de comparer le phénomène médiatique auquel nous assistons avec l’histoire du général de Gaulle en 1958. A l’époque, c’est un géant de l’histoire, l’auteur de l’appel du 18 juin 1940 qui revenait aux commandes de la France auréolé de sa légitimité historique. Le cas de l’actuel président, avant tout formidable créature médiatisée, sans la moindre esquisse d’un lien avec l’histoire ni le monde réel, n’a strictement aucun rapport. A mes yeux le chef de l’Etat devrait être un personnage d’expérience, de sagesse, un visionnaire, un homme de l’histoire. Tout ceci, le grand spectacle en cours, n’est que la quintessence du contresens en cours de puis des décennies sur la nature du pouvoir, de l’autorité, du gouvernement, une nouvelle expression de la fuite de la politique française dans les limbes de la médiatisation, au loin des réalités.

Et si je me trompe, si je dis n’importe quoi, et bien tant pis pour moi et tant mieux pour le pays…

Maxime TANDONNET

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Le « renouvellement », paravent de l’écroulement du politique?

Voici ma dernière tribune d’hier soir, pour le Figaro Vox, qui vise à distinguer l’apparence, la surface des choses, en plein renouvellement, et le fond des questions, la conception de la politique qui elle ne me semble pas bouger, sinon peut être en pire…

L’élection à la présidence de la République de M. Emmanuel Macron est censée ouvrir une nouvelle ère de la vie politique française. La campagne de François Hollande, cinq ans auparavant, était dominée par « l’antisarkozysme » et l’ambition d’instaurer une « présidence normale » c’est-à-dire, exemplaire. Cinq ans plus tard, la victoire de M. Macron se place à l’aune du rejet, non pas d’un seul homme, mais de l’ensemble de la classe politique. Ce n’est pas le seul président sortant qui est traité en paria, en bouc émissaire de la Nation, mais un milieu politicien dans son ensemble que les Français, de scandale en scandale, de déception en déception, ne supporteraient plus.

Il n’est plus vraiment question, comme dans les précédentes élections présidentielles de « réforme », de « changement », voire de « rupture », mais désormais, de « renouvellement ». Le glissement sémantique est significatif: l’enjeu essentiel du scrutin touche bien davantage à l’apparence, à la surface, aux visages qui apparaissent sur les écrans de télévision, qu’au fond des sujets. Il fallait avant tout renouveler les têtes. M. Emmanuel Macron, plus jeune président de l’histoire à 39 ans, totalement méconnu vingt-quatre mois auparavant, symbolise le renouvellement. Mieux : sélectionnés sur leur CV, les candidats d’En marche, son mouvement tout juste sorti du néant, sont en majorité des néophytes en politique : 52% n’ont jamais eu le moindre mandat électoral.

Renouvellement de façade ou véritable renouveau ? Au-delà de ce chamboulement des visages, qu’est-ce qui change vraiment ? La caractéristique majeure de la vie politique française depuis plusieurs décennies, est son éloignement croissant de la réalité quotidienne des Français. L’actualité a été envahie par les psychodrames (DSK, Cahuzac, livres sulfureux autour de la présidence), les polémiques stériles (Léonarda, déchéance), la communication à outrance, l’ivresse des solennités, le grand spectacle permanent. La dérive vers la personnalisation médiatique du pouvoir, autour de l’ivresse de soi et de l’obsession d’éterniser une « trace dans l’histoire », a atteint des proportions vertigineuses. L’émotionnel et le sensationnel, le culte de la personnalité n’ont cessé d’écraser la politique au sens noble du terme, le gouvernement des réalités en faveur du bien commun.

Les premiers pas de la nouvelle équipe au pouvoir ne paraissent pas, de prime abord, augurer d’un changement notable dans les profondeurs de la vie politique française. La cérémonie du Louvre ne manifeste pas, a priori, une volonté de dépersonnalisation du pouvoir et de retour à la modestie et au désintéressement. L’opération surmédiatisée et téléguidée depuis Paris des investitures d’En marche ne caractérise pas non plus une intention de restaurer l’équilibre des pouvoir et le respect de la fonction parlementaire. Cette spectaculaire mise en scène, présentée comme emblématique du renouvellement, serait-elle le paravent d’une manœuvre visant à faire émerger une Assemblée soumise? La fuite de la vie politique dans les limbes, entre rêve et cauchemar, se poursuit ou s’accélère. Où sont passés les grands sujets de préoccupation des Français : la sécurité et l’autorité de l’Etat ; la détresse des cités sensibles ; la maîtrise des frontières, le chômage qui frappe 5,5 millions de personnes ; la guerre contre le terrorisme dans un pays ensanglanté ? Plus personne n’en parle.

Le renouvellement des visages serait-il le paravent d’un écroulement du politique en phase d’accélération ? Ne relève-t-il pas d’un gigantesque contre-sens de la nouvelle équipe sur l’attente profonde des Français ? Ces derniers ne souhaitent pas seulement un changement des têtes. Ils veulent une transformation du contenu de la vie politique : l’arracher aux délires narcissiques des dirigeants nationaux pour la recentrer sur l’action modeste et efficace, sur le gouvernement de la cité et l’intérêt général. Au vu des derniers évènements, le message ne semble pas, de prime abord, avoir été entendu.

Maxime TANDONNET

 

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Renouvellement, vous disiez?

Le nombre de candidats à l’investiture « d’En marche » aurait été, semble-t-il, de 90 000… L’opportunisme n’est pas le propre de la France dite « d’en haut » et le potentiel de délire carriériste touche aussi la France profonde. Il en reste 425. Le monde médiatique s’extasie et parle de révolution. Cette grande opération médiatisée, faut-il le préciser, ne correspond strictement en rien au renouvellement de la classe politique tant espéré et attendu. Dans mon esprit, le mouvement aurait dû venir de la base, du terrain, avec de jeunes élus, chefs d’entreprises, responsables associatifs parvenant à percer localement par leur talent, leurs réussites, leur ancrage local et leurs convictions, dans le cadre d’une démocratie ouverte et vivante. Cela n’a hélas aucun rapport  avec cette manœuvre organisée depuis Paris dans le cadre d’un mystérieux processus de sélection par CV dont le copinage et le recyclage de sympathisants socialistes ne semblent pas absents… La plupart n’ont pas la moindre expérience de la vie publique (52% n’ont jamais eu de mandat électif, ce qui souligne la profondeur et l’ancienneté de leur engagement…) En l’occurrence, l’objectif saute aux yeux: achever d’affaiblir le pouvoir législatif, le cœur de la démocratie, en mettant en place une sorte d’aéropage de personnes désignées d’en haut par le nouveau pouvoir central qui seront à la botte du régime. Tout change en apparence mais rien ne bouge sur le fond, les mentalités, l’état d’esprit.  La grande comédie du pouvoir, l’enfumage national bat son plein. Je trouve cela triste, tout simplement.

Maxime TANDONNET

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Pourquoi le culte de la personnalité?

Nulle part ailleurs qu’en France un spectacle comme celui de l’arrivée solennelle de M. Macron devant la pyramide du Louvre puis son discours n’est concevable: ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni en Italie, ni en Espagne… Dans le Figaro d’hier, un ancien ministre de M. Sarkozy donnait une longue interview intitulée: « La France va être amoureuse d’Emmanuel Macron » (sic). Dans les journaux, la radio, la télévision, l’émerveillement est général. Ce matin, sur radio bfm, un autre ancien ministre, de Chirac cette fois-ci, le compare à « Bonaparte ». Cette euphorie serait compréhensible si M. Macron pouvait se targuer d’une décision, d’un choix, d’un acte décisif pour l’avenir du pays, d’un seul geste d’un homme d’Etat confronté à la réalité. Aujourd’hui, tel n’est pas le cas. Son succès repose sur une élection étrange, dans un contexte extravagant, porté à bout de bras par les médias et des circonstances invraisemblables. Il n’existe aucun autre pays du monde occidental où un tel culte de la personnalité est concevable, sans fondement dans le monde des réalités, uniquement façonné dans celui des chimères. Tel est le pire signe de la France malade. Un pays ravagé par le chômage, la violence, ensanglanté par le terrorisme, menacé par le repli identitaire sur toutes ses formes, le communautarisme, une vertigineuse crise de confiance envers la politique, tente de fuir dans les limbes de l’imagination et se projette dans le culte de la personnalité, le rêve, l’émerveillement, s’est trouvé un sauveur providentiel. Cette hallucination collective, apparition magique, est la contrepartie d’un gigantesque malaise. Le phénomène ne touche sans doute pas l’ensemble du pays, la France profonde l’observant avec scepticisme, mais au moins sa frange jeune, moderne, citadine, instruite,  comme une foule malade qui d’identifie au héros dont elle a besoin. Nous sommes en plein dans le délire présidentialiste français qui s’aggrave de jour en jour. Plus le pays sombre dans le chaos et l’impuissance, plus une partie de la France, celle des élites et de ses milieux privilégiés a besoin de rêve, d’une image providentielle à laquelle se confondre. Si je me trompe, si nous sommes bel et bien à l’aube d’une ère nouvelle incarnée par cet homme neuf, tant mieux! Je serai heureux de m’être trompé! Et ferai amende honorable. Rendez-vous le 1er janvier 2018. Mais si j’ai raison, si je ne me trompe pas, alors, l’atterrissage, le retour à la terre ferme s’annonce d’une violence inouïe, pour lui mais aussi pour nous tous.

Maxime TANDONNET

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En marche… mais vers quoi?

Paru sur Figaro Vox le 7 mai : L’élection d’Emmanuel Macron a l’apparence d’un « miracle républicain ». Le système politique français est depuis longtemps accusé de sclérose et d’incapacité à se renouveler. En 2016-2017, l’électorat a donné un fulgurant coup de balai dans la fourmilière et l’homme qui entre à l’Élysée est à 39 ans le plus jeune président de l’histoire. La vie politique française se trouvait empêtrée dans le vieux clivage droite/gauche. Soudain, cet archaïsme semble voler en éclats. Sa victoire ébranle un système de partis discrédité, annonçant peut-être une recomposition du jeu politique. Elle écarte les solutions démagogiques. Son exploit apporte un air de fraîcheur à la vie publique. L’histoire n’offre aucun exemple équivalent de l’ascension fulgurante d’un inconnu qui bouscule les chasses gardées et les rentes de situation, à l’exception de Louis-Napoléon Bonaparte, élu président de la République le 10 décembre 1848 à 40 ans.

Miracle français ou étrange illusion ? Aujourd’hui, les interrogations l’emportent sur les certitudes. Que sait-on de M. Macron ? Sa percée médiatique fut le résultat de déclarations tonitruantes qui rompaient avec les dogmes de son camp (35 heures). Inclassable, il donne des gages à la droite comme à la gauche. Mais comment sortira-t-il du flou sans provoquer de vifs mécontentements? Adulé des médias, merveilleux communicant, sans aucun doute, mais cette qualité ne préjuge en rien, chez un homme peu expérimenté, de sa capacité à s’élever au rang d’homme d’État, de décideur et de visionnaire. De quel renouveau parle-t-on ? Au-delà du visage neuf qu’il apporte, son accession au pouvoir est-elle réellement synonyme de renouvellement de la classe politique, de son état d’esprit? Ses soutiens affichés n’incarnent pas un franc rajeunissement… Comment échappera-t-il au soupçon d’un recyclage des notables du parti socialiste ?

Macron affiche ses convictions libérales sur le plan économique. Mais en revanche, ses intentions sur les sujets de société qui préoccupent les Français – éducation, sécurité, autorité de l’État, maîtrise des frontières – demeurent mystérieuses. Dans son positionnement atypique, ni droite/ni gauche, quelle est la part de l’authenticité et celle de la posture ? Et que dire de son mouvement, « En marche » cette étrange coalition centrale aux contours et ligne indéfinis qui renvoie au souvenir des Radicaux sous la IIIe République ? « En marche », oui, mais vers quoi ?

L’autre inconnue majeure tient aux sentiments profonds des Français envers leur nouveau président. La jubilation médiatique qui accompagne cette élection est-elle le reflet d’un phénomène d’adhésion dans les profondeurs du pays? Rien de moins sûr. La participation médiocre, les conditions de cette victoire dans le contexte du « Fillongate », puis face à un adversaire « repoussoir », dans sa fonction d’épouvantail traditionnel de la politique française, donnent à cette élection un goût d’inachevé. Les Français ont-ils jamais été en situation de « choisir » ? Tandis que la France « d’en haut » célèbre son sauveur providentiel sur les plateaux de télévision, une vague de perplexité déferle sur la majorité silencieuse. Que va-t-il en sortir ?

Par-delà l’euphorie médiatique d’un jour, le personnage de M. Macron porte en lui un potentiel de rejet, de moquerie et de haine insoupçonnable. Son style « jeunesse dorée », son passé d’énarque, d’inspecteur des finances, de banquier, d’ancien conseiller de François Hollande, occultés le temps d’une élection, en font la cible potentielle d’un hallucinant lynchage collectif, une victime expiatoire en puissance des frustrations, souffrances et déceptions du pays. Quant à la « France d’en haut », médiatique, journalistique, chacun sait à quelle vitesse le vent tourne et sa propension à brûler ce qu’elle a adoré. Jamais une présidence n’a vu le jour sous des auspices aussi incertains.

Cette élection, produit du chaos, de l’effondrement des partis, d’une vertigineuse crise de confiance, signe-t-elle le début d’une renaissance ou une étape supplémentaire dans la décomposition et la poussée de violence ? En vérité, M. Macron n’a aucun intérêt à obtenir, avec « En marche », une majorité absolue à l’Assemblée qui ferait de lui un nouvel « hyperprésident » censé détenir la quintessence du pouvoir. Sa meilleure chance de réussir son mandat est de se garder des sirènes de « l’hyperprésidence » qui mène tout droit au statut de « coupable idéal » des malheurs du pays, à l’image de tous ses prédécesseurs. De la part du président Macron, la vraie nouveauté serait dans la redécouverte d’une présidence modeste, axée sur l’international, centrée sur l’essentiel et le partage des responsabilités avec un puissant gouvernement réformiste et une Assemblée souveraine, conformément à la lettre – jamais respectée – de la Constitution de 1958.

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