Quelle résistance au maelström de bêtise?

Sous le quinquennat Sarkozy, nous subissions une polémique (ou micro-scandale) par mois, sous celui de Hollande, grosso modo une par semaine, désormais, nous en sommes au rythme de plusieurs par jour. Les psychodrames qui nous envahissent sont innombrables: Benalla, Valls à Barcelone, le président et le jeune chômeur, le Pen, Moix, Campion. J’en passe et j’en oublie. Quelle sera la polémique de demain? en est-on réduit à se demander. Un vent de folie imbécile souffle sur le pays médiatique  et répand son  chaos virtuel. Le nihilisme gagne du terrain. Tout n’est que retournements de veste, trahisons et rats qui quittent le navire. Encore n’est-ce là qu’un début. La France dite « d’en haut », tenaillée entre goût du lynchage et idolâtrie stupide, s’enivre de l’obsession élyséenne l’œil rivé sur la cote de popularité de l’occupant de l’Elysée qui s’effondre comme il était prévisible dès le départ.  Pendant ce temps, le pays souffre: le chômage augmente, la pauvreté, les déficits, les bidonvilles, les impôts, la violence gratuite qui se répand et fait des victimes: Marseille, Paris. Dès lors que l’image narcissique devient le but ultime de toute politique, plus rien du monde réel n’existe encore. La politique se réduit à une poignée d’annonces et au saupoudrage de milliards destinés à « se réconcilier » avec telle ou telle catégorie. La vie gouvernementale est privée de boussole.  Elle verse de plus en plus dans le grand spectacle – la frime, les gesticulations, les petites phrases – destiné à brouiller toujours davantage les repères, réduire le monde à l’affrontement entre le « bien » post national et le « mal populiste ». Avec un but ultime, totémique, quasi religieux: la réélection en 2022. Face à ce  maelström, la résistance, la nôtre, passe par la réflexion et le sang-froid. Les intellectuels  dignes de ce nom n’ont rien à faire sur les plateaux hystériques. Il faut au contraire prendre le contre-pied de la crétinerie ambiante. Le mépris doit changer de camp. Ignorer la grande déferlante de pitreries et rendre de la hauteur à la réflexion politique.  Le débat d’idées doit effacer la quête des idoles. Préparer la grande alternance, celle des projets et de  la politique au sens noble du terme, la pensée pour façonner un destin commun, la réhabilitation de l’école et de l’intelligence, la refondation de l’unité entre les peuples européens, ravagée par la bêtise bureaucratique, l’organisation de la relation entre l’Afrique et l’Europe, gagner la bataille contre le retour de l’esclavagisme et le trafic des personnes en Méditerranée, la reconquête de l’autorité de l’Etat, la lutte contre l’écrasement fiscal de l’économie française, l’explosion de la dette publique, la réindustrialisation du pays, l’affirmation de l’indivisibilité de la France. Mais tout cela n’a de sens qu’à la condition de rompre avec la folie narcissique qui empoisonne la vie politique française, de l’extrême gauche à l’extrême droite, sortir de la démence égotique et renouer avec un seul objectif: le service de l’intérêt général, le service de la France.

Maxime TANDONNET

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Le mal du siècle

Le temps passe et une anecdote qui remonte à deux ans m’est revenue à l’esprit, à la faveur de l’actualité. Ma parole d’honneur: elle est absolument authentique. Nous étions à la veille des tragiques « élections primaires de la droite et du centre ». En tant qu’ancien conseiller du président Sarkozy pour les questions de sécurité et d’immigration, je pouvais représenter pour ses adversaires une très modeste et discrète « prise de guerre », mais néanmoins significative… Il n’est pas de petit profit. Dès lors, quatre candidats à la candidature aux primaires (tous n’y ont pas été) ont eu la même idée de me contacter. Deux, les plus généreux, m’ont même invité à déjeuner au restaurant. J’y suis allé par curiosité intellectuelle et non par ambition ou goût de la trahison dès lors que de toute façon, ceux-là n’avaient qu’une chance réduite de gagner. Eh bien ce que j’ai entendu de leur bouche m’a sidéré: tous, qui m’avaient sollicité pour me parler et non pour m’écouter,  m’ont dit exactement la même chose, au mot près. Ils étaient portés par leur bonne étoile, avec la certitude absolue d’un destin personnel qui les vouait à sauver la France sinon l’Europe. L’un d’eux se savait « désigné par la providence » (même si, jugeait-il bon de préciser, il ne se prenait pas pour Jeanne d’Arc). Tous n’avaient aucun doute quant à leur accession prochaine à l’Elysée et leur vocation à incarner et diriger le pays et m’invitaient simplement à prendre acte de cette destinée et à m’y conformer. Ils m’ont fait peur. D’où la reprise ci-dessous d’un article tiré d’une rubrique médicale qui ne vise personne en particulier! Ce sujet qui touche à la santé mentale est dramatique. D’ailleurs, en cas de commentaires éventuels, je me permets de remercier par avance leurs auteurs à ne pas mettre en cause nominativement telle ou telle personne publique ou privée. Je pense simplement que cette maladie affreuse est le mal du siècle dans la France dite « d’en haut », celle des élites dirigeantes ou influentes, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qui touche un grand nombre d’individus ayant atteint les hautes sphères de la société et empoisonne la vie des autres. Nous sommes face à une épidémie qui ruine la démocratie et l’esprit de la res publica. Quand va-t-elle prendre fin?

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Souvent utilisé dans le langage courant pour décrire un comportement exagéré et égocentrique, le terme « mégalo », dérivé de la mégalomanie est en réalité une vraie pathologie psychique qui engendre de sérieux troubles du comportement.

Quelles sont les causes de l’apparition de ce trouble du comportement et comment y faire face ? Réponses maintenant !

Qu’est-ce qu’un mégalomane ?

La mégalomanie entre dans le cadre des psychoses chroniques délirantes. C’est-à-dire qu’elle se manifeste de façon régulière chez une personne.

Les caractéristiques de cette maladie psychique sont :

  • un surestimation de soi-même ;
  • un délire de grandeur ;
  • un délire de puissance ;
  • une auto-attribution de capacités extraordinaires ;
  • un désir immense de gloire ;
  • un orgueil démesuré.

La mégalomanie concerne donc des personnes qui ont une appréciation tout à fait fausse de leur prétendue puissance, de leur situation sociale ou de toute autre qualité. On parle alors souvent de « folie des grandeurs ».

Ce trouble psychologique entre dans la catégorie des psychoses ou psychoses « maniaco-dépressives » (terme générique définissant de multiples troubles de l’esprit et du comportement).

Les psychoses sont caractérisées par des déficits cognitifs dans des comportements « normaux » et souvent associées à divers types d’hallucinations ou délires, dont la mégalomanie fait partie. La mégalomanie traduit souvent un manque affectif.

Bon à savoir : le mythe d’Icare qui voulait voler et a fini par se brûler les ailes trop près du soleil est un exemple typique d’illustration de la psychose mégalomaniaque.

Causes de la mégalomanie

Il est difficile, au cours de troubles psychiques, d’identifier des facteurs favorisant l’éclosion d’un accès de mégalomanie.

Toutefois, on peut classiquement retrouver certains facteurs (qu’il conviendra de creuser lors d’une thérapie) :

  • un choc émotionnel ;
  • un conflit affectif ;
  • des affections somatiques ;
  • un deuil.

La mégalomanie étant dans la majorité des cas un des signes de plusieurs pathologies psychiatriques comme :

  • les troubles de la personnalité narcissique ;
  • les troubles de la personnalité antisociale ;
  • la schizophrénie ;
  • le trouble bipolaire.

La recherche estime encore aujourd’hui que le déclenchement d’une pathologie bipolaire (et par extension toutes les psychoses maniaco-dépressives, schizophrénie incluse) relève à la fois de facteurs génétiques et environnementaux.

On retrouve chez les personnes bipolaires des épisodes mégalomaniaques dans près de 78 % des cas.

Bon à savoir : les troubles maniaco-dépressifs font partie des 10 maladies les plus handicapantes selon l’Organisation Mondiale de la Santé. En France on estime près de 600 000 personnes touchées par ces troubles, soit 1,5 % de la population adulte dans toutes les catégories sociales.

Mégalomanie : quel traitement ?

La mégalomanie n’étant souvent qu’un symptôme d’une pathologie sous-jacente, il conviendra d’associer différents traitements afin d’essayer de minimiser les phases dites « maniaques » au cours desquelles la mégalomanie s’exprime le plus.

On combinera donc dans la plupart des cas :

  • psychothérapie (psychanalyse ou psychothérapie comportementale) ;
  • stabilisateurs d’humeur, anti-psychotiques et/ ou anti-dépresseurs.

Des psychothérapies individuelles ou de groupe peuvent également être efficaces.

Dans certains cas où la mégalomanie est excessive (sentiment de surpuissance exacerbé conduisant à des conduites dangereuses par exemple), une hospitalisation en établissement psychiatrique doit être envisagée.

Si vous pensez relever de ces symptômes ou bien avoir une personne de votre entourage relevant de ces symptômes, consultez votre médecin généraliste qui pourra vous orienter vers un spécialiste. En cas d’urgence vitale et de menaces envers lui-même ou autrui, orientez la personne en phase maniaque vers les urgences les plus proches

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Un vrai sujet: la misère croissante en Afrique

La vie politico-intellectuelle et médiatique a les yeux rivés sur l’immédiat et le court terme. Du « Benalla », du « Hulot », des polémiques minables, sans doute qu’il en faut. Mais la situation devient dramatique quand elles finissent par absorber tout le reste. 413 millions d’hommes et de femmes vivent avec moins de 1,9 dollar par jour et cette extrême pauvreté ne cesse de s’amplifier. Plutôt que les yeux rivés sur la pointe de sa chaussure, il faut regarder au loin pour essayer d’anticiper sur l’avenir. Le dernier rapport de la Banque mondiale fait état d’une aggravation de la pauvreté en Afrique, dont les conséquences seront colossales pour les Africains, mais aussi pour les Européens et les Français. Notre futur, celui de nos enfants et petits-enfants, se joue à ce niveau. C’est à cela qu’il faut réfléchir et tenter d’apporter des réponses.

Le Figaro, 19 septembre 2018:

« Le succès [du développement] est spectaculaire, notamment en Asie de l’Est, en Chine, et aussi en Inde. Ce progrès est souvent attribué à la mondialisation économique. «Sur les 25 dernières années, plus d’un milliard de gens sont sortis de l’extrême pauvreté, et le taux actuel de pauvreté dans le monde n’a jamais été aussi bas qu’il ne l’est aujourd’hui», observe Jim Yong Kim, le président du groupe Banque mondiale.

Malheureusement l’Afrique est totalement à contre-courant de cette tendance de long terme, et de façon plus marginale le Moyen Orient également sur les années récentes du fait de la guerre en Syrie et au Yémen. En 2002, l’Afrique subsaharienne représentait le quart du nombre de gens extrêmement pauvres dans le monde, or aujourd’hui c’est plus de la moitié (413 sur 736 millions). Le taux d’extrême pauvreté de l’Afrique (41,1%) est sans commune mesure avec celui des autres continents, comme le montre le tableau ci-joint. Sur les 27 pays de la planète qui comptent le taux le plus élevé, 26 sont aujourd’hui situés en Afrique.

Si l’Inde, du fait de son énorme population de 1,3 milliard d’habitants, affiche encore le plus grand nombre de très pauvres (170 millions, soit un taux de 13%) , les sondages partiels réalisés cette année «suggèrent que le Nigeria (190 millions d’habitants) devrait dès 2018 êtres le pays comptant le plus d’extrêmement pauvres en valeur absolue», note la Banque mondiale.

Or la situation ne paraît pas en voie de s’améliorer, bien au contraire. Alors que la Banque mondiale et l’ONU se sont donné pour objectif de «mettre fin à l’extrême pauvreté» à l’horizon 2030, cette ambition ne pourra être réalisée stricto sensu, et au mieux il faudra se contenter d’un taux de 3% . «En Afrique subsaharienne, même dans les hypothèses les plus optimistes, le taux de pauvreté restera à deux chiffres (au-dessus de 10%) en 2030», estiment les économistes de la Banque mondiale. »

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Pourquoi la droite ne profite pas de la chute de popularité de M. Macron (Figaro Vox)

Après 17 mois à l’Elysée, seuls 19% des Français jugent le bilan du président Macron positif (kantar-sofres). Cette chute dans l’impopularité, sinon normale, était largement prévisible: un régime politique fondé sur le culte de l’image présidentielle, une fuite en avant permanente dans la communication et l’obsession de la réélection au détriment de l’intérêt général, expose inévitablement le chef de l’Etat à devenir le réceptacle de toutes les colères et angoisses de la Nation. Le phénomène ne fait que s’amplifier de quinquennat en quinquennat, jusqu’au jour, peut-être, où les milieux dirigeants ou influents prendront conscience de son absurdité et de sa nocivité…

La véritable nouveauté, aujourd’hui, tient à l’incapacité apparente de l’opposition républicaine de profiter de cette chute et à offrir aux Français une espérance. L’impuissance à incarner, aujourd’hui, une alternative crédible, tient à trois facteurs.

D’abord, la défiance des Français envers la classe politique est générale comme le prouve le dernier sondage Odoxa relatif aux élections du Parlement européen: 21,5% à En Marche, soit 10% de l’électorat compte tenu de l’abstentionnisme probable, un score dérisoire pour un parti au pouvoir; 21% au RN soit un effondrement d’un tiers par rapport aux enquêtes d’opinion de 2014; 14% à LR, dans un contexte où la droite et la gauche se fracturent en une multitude de formations dont aucune n’emporte la conviction. La crise de confiance et la décomposition touchent à leur paroxysme.

Le second tient à la crise d’identité qui continue à déchirer les Républicains (LR). Ce courant a sans doute, dans l’ensemble, conscience des préoccupations de l’opinion publique, notamment sur les sujets régaliens (immigration, sécurité, communautarisme). Cependant, avec des nuances liées aux personnes, il vit dans l’obsession de la respectabilité et la peur d’être assimilé au « populisme ». D’où les déchirures apparues lors du vote du Parlement européen sur les sanctions envers la Hongrie. De même, en matière économique, le thème de l’entreprise a été préempté par M. Macron et En Marche (même si leur politique véritable reste socialiste au regard de la hausse continue des prélèvements obligatoires). Qui sont-ils? Que veulent-ils? La ligne de LR n’est pas clairement définie.

La troisième tient aux questions de personnes. Les querelles de chef (Wauquiez, Bertrand, Pécresse) pour la conquête du Graal élyséen, donnent une image désastreuse du parti qui le renvoie à ses heures les plus sombres. Elles cristallisent sur LR le sentiment de l’opinion publique que les responsables politiques sont davantage motivés par leur obsession narcissique et leur destin individuel que par l’intérêt de la France. Ce phénomène est d’autant plus dramatique qu’eux-mêmes donnent le sentiment de ne pas avoir pris conscience de l’effet déplorable, dans le pays, de ces éternels combats d’ego.

C’est une révolution copernicienne de la vie publique qui s’impose désormais pour tenter de regagner la confiance du pays et la crédibilité de la démocratie française. Les responsables politiques, doivent lancer un message d’humilité et de désintéressement aux Français: ils entendent se placer au service de la nation, le temps nécessaire, et non pas soumettre cette dernière à leurs désirs personnels de magnificence.

La réconciliation entre le monde politique (en particulier LR) et les Français, passe par un retour à la notion de res publica, d’intérêt général et aux seuls débats de fond: l’école, la dette publique, le niveau des prélèvements obligatoires, l’autorité de l’Etat, l’unité nationale, l’indivisibilité de la France, la maîtrise des frontières. Il faut proposer aux Français de sortir de la grande comédie de la lutte du « bien » post-national contre le mal « populiste » et renouer avec une conception de la politique fondée sur la vérité et l’action au seul service du bien commun.

Ce qu’attendent les Français du monde politique est somme toute simple et légitime en démocratie: être pris au sérieux, ne plus se sentir méprisés et considérés comme une vile multitude, proie naturelle de l’obscurantisme et du populisme, indéfiniment manipulable au gré des élections et au service des prétentions narcissiques des uns ou des autres. Il ne supportent plus la démagogie, l’hystérie quotidienne, le spectacle idolâtre, le sentiment d’un détournement de l’intérêt général au profit de calculs individuels, le culte de la personnalité sous toutes ses formes. La première formation politique qui prendra conscience de cet état d’esprit, parviendra à convaincre les Français qu’elle se place à leur service, et non au service d’intérêts particuliers, familiaux ou claniques, aura un avantage décisif sur toutes les autres.

Maxime TANDONNET

 

 

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Un épouvantable régime politique

 La rentrée 2018 est placée sous le signe de l’hystérie et de la bêtise: chaque jour sa nouvelle crise. L’affaire Benalla, continue de faire rage. Le Sénat, exerçant  sa mission démocratique de contrôle de l’exécutif, est accusé, dans un tourbillon de démence, de vouloir « destituer » le président de la République, la démission lacrymale de M. Hulot, de nouvelles polémiques sur la guerre d’Algérie, ou sur la boutique de l’Elysée, s’enchaînent au quotidien. Tous les records historiques d’impopularité sont battus. Pendant ce temps, la situation économique (croissance, chômage, déficits, dette publique) est désastreuse et le décrochage de la France vis-à-vis de ses voisins s’accélère, dans l’inertie absolue du pouvoir. L’effondrement du système scolaire et du niveau intellectuel général se poursuit. La pauvreté augmente (9 millions de personnes). La violence est tellement banalisée dans le pays  que nul n’en parle plus.  Le régime politique français, issu de la destruction de la Ve République, est une monstruosité. Il consiste dans une mélasse empoisonnée de sublimation et de lynchage accompagnée de l’abolition de toute notion de responsabilité. Ce système qui prospère sur les ruines de la Ve République, repose sur une aberration démocratique source de tous les désastres: il glorifie un personnage, en le couvrant d’un manteau de magnificence et de haine mélangées, tout en le protégeant pendant 5 ans de toute  sanction pour ses paroles, pour ses choix ou absence de choix, et ses résultats. L’institution présidentielle n’a de sens que si le chef de l’Etat, arbitre et autorité morale, reste au-dessus de la mêlée politicienne. Mais dès lors qu’il devient lui-même, personnellement, l’incarnation de cette mêlée politicienne, sa place et son rôle dans le système politique, son irresponsabilité, tournent à l’aberration.  Médiocrité des hommes ou débilité d’un régime? Les deux, qui se nourrissent mutuellement, dans une spirale infernale.  Ce système débile, fondé sur la déconnexion entre les attributs du pouvoir et l’idée même de responsabilité,  pousse à la déviance et favorise le pire de la nature humaine. Il serait simplement risible s’il n’entraînait pas la France, comme un boulet au fond de l’abîme.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Mémoires, Saint-Simon, Librairie générale française 2007.

Les mémoires de Saint-Simon sont bien entendu un grand classique, ce qui n’empêche pas, à tout moment de la vie, de se (re) plonger dans leur lecture. Il est impossible de résumer cet ouvrage fascinant et d’une sidérante actualité…Constitué de milliers de brefs chapitres sans véritables liens entre eux, chacun décrivant un personnage de la cour de Louis XIV ou une scène de la vie quotidienne dans le monde des courtisans. Dans un français somptueux, l’auteur esquisse, d’anecdote en anecdote, un tableau hallucinant de la courtisanerie. Il dépeint un monde dominé par l’obséquiosité, la vanité, la jalousie, l’égoïsme, la méchanceté et la calomnie. Un regard, un sourire du roi ou de Madame de Maintenon, met un homme ou une femme en transe pendant des semaines. Un mot, un signe de disgrâce est source d’une souffrance pire que la mort.

Les récits s’enchaînent, parfois d’une irrésistible drôlerie, et mettent en scène des personnages qui ne songent qu’à nuire à leur prochain pour se rapprocher du Soleil. La prétention et le ridicule sont en toile de fond de cet univers morbide: « Tout cela fut accompagné de tant de dépit, de jalousie, mais surtout de grimaces et de postures si étranges, qu’à la fin, il fut ramené à lui-même par un éclat de rire dont le grand bruit le fit soudainement retourner en tressaillant, et il vit alors sept ou huit personnes à table, environnées de valets, qui mangeaient dans le même pièce, et qui, [ayant] eu le plaisir de l’entendre et celui de le voir par la glace vers laquelle il s’était tourné […], n’avaient pu y tenir plus longtemps, avaient tous à la fois laissé échapper ce grand éclat de rire ».

Dans ce Grand Siècle de domination de la France sur l’Europe, on sent déjà, à cette lecture, un ferment de décadence qui s’est emparé des esprits. Moins d’un siècle avant la Révolution, Saint-Simon rend compte d’un univers rongé par la bêtise narcissique et le mépris du bien commun qui, aveuglé par le brouillard de la magnificence, ne réalise pas un instant qu’il roule à l’abîme et entraîne pays à la catastrophe:

 » Un funeste poison: « On voit de quel funeste poison est un premier ministre à un royaume, soit par intérêt, soit par aveuglement. Quel qu’il soit, il tend avant tout et aux dépens de tout à conserver, affermir, augmenter sa puissance; par conséquent son intérêt ne peut être celui de l’Etat qu’autant qu’il peut concourir ou être compatible avec le sien particulier. Il ne peut donc chercher qu’à circonvenir son maître, à fermer tout accès à lui, pour être le seul qui lui parle et qui soit uniquement le maître de donner aux choses et aux personnes le ton et la couleur qui lui convient, et pour cela se rendre terrible et funeste à quiconque oserait dire au roi le moindre mot qui ne fût pas de la plus indifférente bagatelle. Cet intérêt de parler seul et d’être écouté seul lui est si cher et si principal qu’il n’est rien qu’il n’entreprenne et qu’il n’exécute pour s’affranchir là-dessus de toute inquiétude. L’artifice et la violence ne lui coûtent rien pour perdre quiconque lui peut causer la moindre jalousie sur un point si délicat et pour donner une si terrible leçon là-dessus que nul sans exception ni distinction n’ose s’y commettre. Par même raison, moins il est supérieur en capacité et en expérience, moins veut-il s’exposer à consulter, à se laisser remplacer par délégation de pouvoir, à choisir sous lui de bons ministres, soit pour le dedans, soit pour le dehors. Il sent que, ayant un intérêt autre que celui de l’Etat, il réfuterait mal les objections qu’ils pourraient lui faire, parce que son opposition à les admettre viendrait de cet intérêt personnel qu’il veut cacher; c’est pour cette raison, et par crainte d’être démasqué, qu’il ne veut choisir que des gens bornés et sans expérience, qu’il écarte tout mérite avec le plus grand soin, qu’il redoute les personnes d’esprit, les gens capables et d’expériences; d’où il résulte qu’un gouvernement de premier ministre ne peut être que pernicieux. »

Saint Simon (1675/1755)

« Mémoires »

Maxime TANDONNET

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Avenir des Républicains (Atlantico)


  1. Les Républicains semblent avoir une grande difficulté politique, que ce soit sur le plan des personnes ou du contexte actuel à s’imposer et marquer pour de bon leur retour après la déroute de 2016. Ce retour n’est-il pas particulièrement difficile en ce qu’il implique de sortir de 40 ans de « cercle de raison » pour répondre aux attentes de leurs électeurs ?Il me semble que la difficulté des Républicains est double. La première est idéologique. Les Républicains ont du mal à savoir ce qu’ils sont et ce qu’il veulent. Ils ont bien conscience des préoccupations de l’opinion publique, notamment autour de l’immigration. Cependant, ils ne veulent pas être assimilés au populisme qui monte en Europe. D’où l’abstention d’une partie des députés LR lors du vote du Parlement européen sur les sanctions envers la Hongrie. C’est la même chose vis-à-vis du gouvernement italien et de la politique de son ministre de l’Intérieur Salvini. LR est déchiré entre la prise en compte des inquiétudes populaires et un souci de respectabilité européenne. En matière économique et sociale, les choses ne sont pas plus simples. LR est par nature et par l’histoire un parti libéral. Or, le thème du libéralisme a été préempté par M. Macron et En Marche, même si leur politique véritable n’a rien de libéral au regard notamment de la hausse continue des prélèvements obligatoires. LR ne peut donc même pas s’appuyer sur cette question pour marquer sa différence. La seconde tient aux questions de personnes. Les querelles de chef (Wauquiez, Bertrand, Pécresse) pour la conquête du Graal élyséen, donnent une image détestable du parti qui le renvoie à ses heures les plus sombres. Nul chez LR, et plus généralement dans la politique française, n’est aujourd’hui en mesure d’incarner la confiance du pays.

  1. En économie comme sur des questions sociétales telles que l’immigration, le ton employé pour défendre cette nouvelle donne chez les LR est souvent celui de la colère. L’enjeu n’est-il pas aujourd’hui de dépassionner les discours de la droite ?

Oui, je suis absolument d’accord. L’opinion publique est complexe. Elle attend des responsables politiques un discours de fermeté sur les sujets de société. Mais en parallèle, elle est en quête de sérieux, d’ouverture, de sobriété, de consensus. Elle veut de la clarté dans les choix politiques mais aussi, tout autant, de la rondeur et de l’apaisement. La population dans son ensemble n’a absolument pas les mêmes attentes que les militants d’un parti. Un homme politique, pour s’imposer, doit réussir à incarner cette complexité et même ces contradictions de l’opinion. Le volontarisme dans le traitement des questions de l’époque doit s’accompagner d’un appel à l’unité et au dépassement des clivages, les deux choses n’étant pas incompatibles. Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne électorale de 2007, avait réussi à opérer cette osmose. Oui, l’enjeu est bien de dépassionner le discours de droite, mais surtout, de réapprendre à considérer les électeurs comme des citoyens qu’il faut respecter et prendre au sérieux. Nous voyons bien comment la vie politique ne cesse de glisser, jour après jour, dans un tourbillon de coups de communication, de polémiques stériles et volontaires, et de coups de menton. LR doit proposer une rupture profonde avec cette conception de la politique qui ne repose plus que sur le grand spectacle narcissique.

  1. Quelles sont les barrières qui empêchent aujourd’hui Les Républicains de sortir de ce cercle de raison aujourd’hui?Mais je ne suis pas de l’avis qu’il faille pousser LR à sortir du cercle de la raison. Pour quoi faire? Pour offrir du rêve, du cinéma et de l’émotion aux Français? Les Français n’en peuvent plus de l’esbroufe et de la comédie. Il faut au contaire cesser de prendre les Français pour des idiots et se remettre à leur parler des sujets de fond, l’école, la dette publique, l’insécurité, le danger communautariste, la maîtrise des frontières. Ainsi, puisque le mot « libéralisme » a été obéré par le parti au pouvoir, il faut aller dans le concret et préparer des baisses d’impôts et de charges en faveur des entreprises et des particuliers. Sur le plan intenational et européen, il faut proposer aux Français de sortir de la grande comédie de la lutte du « bien » post-national contre le mal « populiste » et renouer avec les fondements de la diplomatie française qui n’a pas vocation à mépriser les choix démocratiques des autres. La France n’a pas vocation à s’isoler en toisant la terre entière, les Etats-Unis de Trump, la Russie de Poutine, l’Italie de Salvini, la Hongrie de Orban, l’Angleterre du Brexit, etc. Bien sûr LR connaît une crise grave, mais c’est tout le paysage politique fançais qui est en pleine décomposition. Les sondages sur les Européennes donnent 20% à En Marche, soit 10% de l’électorat compte tenu de l’abstentionnisme: un score dérisoire pour un parti au pouvoir privé d’alliances. Ils donnent aussi le RN à 20%: une baisse considérable, d’un tiers, par rapport aux sondages et au score de 2014! La droite et la gauche sont en miettes. Ma conviction, c’est que la première formation politique qui comprendra, enfin, que les Français ne veulent plus être pris pour des idiots indéfiniment manipulables, qu’ils ne supportent plus le grand spectacle idolâtre, narcissique et mégalomane que leur donne aujourd’hui la vie publique, qu’ils veulent que les politiques leur parlent uniquement du débat d’idées et des projets, cette formation politique aura pris un avantage considérable sur toutes les autres. C’est tout l’enjeu pour LR d’être la première à en prendre conscience.
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Histoire: punir la Hongrie (Budapest 4 novembre 1956)

Budapest, octobre/novembre 1956. Les étudiants hongrois décident d’ apporter à Nagy leur  soutien par une grande manifestation organisée le 23 octobre 1956. 50 000 personnes se rassemblent ; Nagy se présente au micro alors que la foule est grosse de 200 000 personnes. La faucille et le marteau ont été arrachés des drapeaux hongrois. Le discours du dirigeant communiste déçoit. Vers 21 heures, des coups de feu sont tirés. La statue de Staline est déboulonnée. Le Comité Central se rassemble devant l’urgence. Nagy est institué président du Conseil. Un communiqué annonce bientôt l’intervention des troupes soviétiques conformément à un article virtuel du pacte de Varsovie ; en réalité, les troupes sont entrées sans attendre la permission de la direction du parti hongrois. Le président du Conseil annonce des réformes à la radio et incite les manifestants à déposer les armes. En plusieurs endroits, les tankistes russes fraternisent avec les manifestants. Mikoyan et Souslov donnent à Kadar la direction du parti en remplacement de Gerö. Kadar était ministre de l’Intérieur au moment de l’affaire Rajk. Il fut chargé par Rakosi de proposer à Rajk d’avouer des crimes imaginaires en échange de la vie sauve. Rajk accepta et fut cependant tué. Ce jour, Kadar ne parle à la radio que de répression et de l’assistance de nos « frères et alliés les soldats soviétiques ». La grève gagne tout le pays. Le Conseil de Sécurité de l’ONU condamne l’intervention de l’armée rouge (28 octobre). Nagy renonce au système du parti unique. La menace d’une nouvelle intervention soviétique se précise pourtant ; Nagy et Kadar s’en offusquent. Mais Kadar à déjà rejoint la zone soviétique quand les chars reviennent. Le 4 novembre, une déclaration radio de Kadar annonce à 5h05 l’intervention et la justifie par un danger « contre-révolutionnaire ». « Les Russes attaquent méthodiquement et brutalement à la fois, avec des centaines de chars, n’hésitant pas par exemple à mitrailler de plein fouet une queue de ménagères à la porte d’une boutique de ravitaillement ». Nagy est exécuté. Des milliers de Hongrois sont massacrés. L’ONU condamne mais n’intervient pas. L’Assemblée générale approuve un long texte émanant des États-Unis mais il est trop tard.

(Source: Histoire de la Guerre froide, André Fontaine, édition du Seuil)

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Accélération de la décomposition politique

« M. Philippe Bas (…) ce petit marquis, m’impose aujourd’hui de venir devant lui, sinon il m’envoie la police ou la gendarmerie. (…) Ce sont des petites personnes qui n’ont aucun droit, et aucun respect pour la République française et la démocratie. (…) Le Sénat français, qui bafoue les règles constitutionnelles de notre pays, très sincèrement, je vous le dis franchement, je n’ai aucun respect pour eux. » La désintégration générale de la politique française s’accélère. Dans l’histoire de la République, jamais (à ma connaissance) un membre du cabinet élyséen n’avait été convoqué devant  une commission parlementaire. Sur le plan juridique, la situation n’est pas évidente. L’Elysée est en principe un prolongement du chef de l’Etat. Ce n’est pas un ministère, une partie de l’exécutif, un organe gouvernemental comme les autres, soumis au contrôle du Parlement. En principe, l’Elysée est dans une position d’arbitre, au-dessus de la mêlée.  Mais la pratique en veut autrement. La présidence de la République, désormais banalisée, au centre de la vie politicienne au quotidien, fait de facto office d’organe d’exercice du pouvoir exécutif. Dès lors, au regard de cette évolution de la vie publique, « le Château » plongé dans la politique quotidienne, se trouve tout naturellement soumis au contrôle parlementaire. Au-delà du droit constitutionnel, qui ne me paraît pas apporter de réponse claire, les événements en cours procèdent d’ une question de rapport d’autorité. Le défilé de responsables élyséens devant cette commission, sans aucun précédent, marque l’affaiblissement de l’autorité élyséenne devant le Sénat. Le paysage dévasté de la politique française tourne à la scène surréaliste: aujourd’hui, M. Benalla, mécontent d’être convoqué, se livre à un déchaînement d’insultes publiques envers les sénateurs, dont le rôle, faut-il le rappeler, en tant que parlementaires, est de représenter et d’incarner la Nation. Le prestige de la fonction présidentielle – au-delà de l’actuel occupant du Palais – ne cesse de s’effriter au regard du pays. Sur ce champ de ruines, le Gouvernement a quasiment disparu. L’Assemblée nationale n’existe plus, sinon dans la course aux prébendes. Le principe même d’autorité et de responsabilité est en miettes. La Nation, sidérée, écœurée, ne fait plus confiance à personne. Il reste le Sénat, comme un dernier repère dans la tempête. Jusqu’à quand? Un long processus de décomposition de la politique française, engagé depuis 2011 et l’affaire DSK, poursuit son oeuvre dévastatrice. Que peut-il en sortir: une poursuite indéfinie de la désintégration, supposant qu’un pays peut vivre sans politique nationale, ou bien une explosion, sous une forme ou sous une autre? Et quand? Si nous le savions…

Ci dessous  deux contributions à Atlantico sur des sujets connexes:

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Afrique, migrations, projection

L’INED vient de publier une étude intéressante sur l’avenir des migrations africaines. Ce travail a un véritable intérêt: les réflexions prospectives sur l’avenir sont trop rares pour ne pas se satisfaire de l’ouverture d’un tel débat de fond.

En résumé, selon cette étude:  » L’Afrique subsaharienne devrait représenter 22 % de la population mondiale vers 2050 au lieu de 14 % aujourd’hui. Le nombre de migrants originaires de cette région devrait donc augmenter. Mais de combien et vers quelles destinations ? François Héran replace les migrations africaines dans le tableau mondial des diasporas.

Ses conclusions peuvent se résumer en quelques phrases: 1/comparée aux autres régions, l’Afrique subsaharienne émigre peu, en raison même de sa pauvreté ; 2/ lorsqu’elle émigre, c’est à 70 % dans un autre pays subsaharien et à 15 % seulement en Europe, le reste se répartissant entre les pays du Golfe et l’Amérique du Nord ; 3/ si l’on intègre la croissance démographique projetée par l’ONU, les migrants subsahariens auront beau occuper une place grandissante dans les sociétés du Nord, ils resteront très minoritaires : tout au plus 3 % à 4 % de la population vers 2050 – très loin des 25 % redoutés. »

Cette vision qui a le mérite d’exister et d’ouvrir une nécessaire réflexion, est cependant discutable. Elle part du constat, sans doute réaliste, qu’il n’existe pas de mécanisme automatique de vases communicants liés au différentiel de taux de fécondité. Cependant, elle trouve ses limites dans une vision mécaniste, presque mathématique des réalités. En prenant en compte les statistiques actuelles, projetées dans l’avenir, elle débouche sur la leçon d’un scénario unique présenté comme acquis. Or, la réalité est sans doute différente.

Les flux migratoires du futur dépendent de circonstances de demain: la croissance économique de l’Afrique sera déterminante: si demain, les jeunes de ce continent trouvent du travail et des raisons de vivre sur place, ils seront moins enclins à partir. La croissance économique suivra-telle la croissance démographique? Aujourd’hui, nul n’a d’idée claire sur la situation économique de l’Afrique dans 30 ans.

Le contexte politique du continent aura un impact considérable. Les grands mouvements migratoires les plus massifs sont liés  aux conflits militaires et à l’instabilité politique. Un embrasement du continent africain, lié au partage des ressources, à l’explosion démographiques, aux conflits ethniques et religieux, entraînerait des flux migratoires incontrôlables. Nul n’a la moindre maîtrise sur cette donnée.

L’étude l’INED n’évoque pas le rôle des passeurs criminels. L’idée que la pauvreté est un obstacle à l’émigration est contestable dès lors que des filières poussent des millions de personnes démunies de tout à s’endetter pour émigrer, en leur vendant un Eldorado européen, avant de les contraindre à un véritable esclavagisme pour rembourser leurs dettes.

Enfin, les politiques suivies en Europe auront, elles aussi, un impact décisif. Il n’est pas question de préconiser une Europe forteresse, mais d’organiser les migrations en fonction des capacités d’accueil du continent européen tout en combattant avec le plus grande fermeté les formes nouvelles de la traite des personnes humaines. Les Nations européennes, individuellement et collectivement, en auront-elles la volonté et la capacité?

La réflexion engagée par l’INED est courageuse et respectable. Elle nous semble trop théorique, déconnectée du monde, de l’histoire et de ses incertitudes. La démographie peut-elle se suffire à elle-même, coupée des autres considérations, politiques, économiques, culturelles? La dimension aléatoire et incertaine de la réalité est absente d’un document certes extrêmement intéressant par son objet, mais trop universitaire et catégorique dans son contenu.

Maxime TANDONNET

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« La fabrique de l’islamisme » (rapport de l’Institut Montaigne)

L’institut Montaigne publie un rapport remarquable de M. Hakim El Karoui, normalien, agrégé de géographie, sur l’islamisme comme idéologie.  Ce document, dont un bref extrait est reproduit ci-dessous, doit être lu dans son ensemble pour mieux comprendre une menace qui pèse sur la cohésion des sociétés européennes. Après cette publication, nul ne pourra encore dire, à l’avenir, « qu’il ne savait pas. »

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2.3. Les salafistes, en situation de monopole

Arrivé plus tardivement que le Tabligh et les Frères d’Europe, le salafisme est aujourd’hui en situation de monopole. S’appuyant sur le travail de terrain et de réislamisation opéré par ses deux prédécesseurs, qui n’ont pas entièrement disparu, le salafisme est aujourd’hui en situation de monopole idéologique. Leur hégémonie se joue tant sur le plan théologique que sur le plan liturgique et à celui des normes quotidiennes. Il ne faut bien entendu pas comprendre par là que tous les musulmans de France sont des salafistes, loin de là, mais que le salafisme est devenu la référence à partir de laquelle se définissent (ou se distinguent) les pratiques et discours religieux, y compris ceux des Frères musulmans qui sont obligés d’adapter leur discours aux nouvelles attentes de leur public. Une présence diffuse. À partir des années 1990, les salafistes font leur apparition au sein de l’islam de France et se développent en parallèle et concurremment aux Frères musulmans et aux tablighis. 

Comme le précise Samir Amghar, la majorité des principaux prêcheurs du salafisme en France sont d’origine algérienne et s’y sont installés dans les années 1980 et 1990 (voir partie III, chapitre 4). Contrairement aux Frères musulmans, le salafisme n’a pas d’unité en France, et ne cherche pas à en avoir. Son implantation est locale, diffuse et fluide, sans structuration ni hiérarchie autre que l’autorité théologique des grands cheikhs. C’est ce qui fait la force d’une idéologie centrée sur l’individu et de petites communautés, et qui ne cherche pas la lumière, à l’inverse de l’UOIF. La conséquence est également celle d’un repli sur la communauté, la ville, le quartier, qui se communautarise. Les salafistes « prônent l’isolement et la séparation d’avec une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas » afin de vivre en imitant les premiers croyants musulmans et le Prophète Mahomet.

Selon les estimations, le salafisme militant concerne environ 15 000 à 20 000 personnes en France, sur une population relativement jeune et « trouve un terrain de diffusion particulièrement propice dans les anciennes “banlieues rouges” ». C’est notamment le cas de Trappes où l’influence de l’Arabie saoudite se fait ressentir dès les années 1980 au travers de distribution de livres, de pèlerinage à la Mecque et de prédicateurs itinérants distribuant des bourses d’étude pour Al-Azhar et les universités saoudiennes. Les facteurs socio-économiques ne sont pas suffisants pour expliquer l’essor de l’islamisme dans certaines zones françaises. Le contexte international occupe une place importante dans l’expansion islamiste. À titre d’exemple, selon Mohammed Ali Adraoui, la guerre d’Algérie dans les années 1990, a été déterminante dans la progression du salafisme en France. L’importation du conflit s’explique par les liens historiques, migratoires, politiques entre les deux pays. Beaucoup d’imams arrivent par ailleurs à cette époque, notamment à Marseille et Paris et sa banlieue. Trappes a également accueilli des algériens du GIA et du FIS expulsés de leur pays pour des raisons politiques : « En France, le discours des activistes du GIA fédère d’abord des sympathisants islamistes algériens, puis les premiers convertis, et touche désormais les beurs »

Les salafistes offrent une version plus simple de l’islam et attirent ainsi les jeunes. L’expansion locale du salafisme La diffusion du salafisme à l’échelle d’un quartier prend la forme de la création d’une ambiance de religiosité et de surveillance. Elle prend le plus souvent comme point de départ un centre, que ce soit un prêcheur charismatique, une mosquée ou une association. Elle prend ensuite comme appui d’autres associations, des lieux de rassemblement a priori sans lien avec la religion, et devient progressivement visible dans l’espace public. Dans certaines communes, c’est autour d’une personnalité charismatique que s’est développé l’islamisme radical. Grâce à un talent oratoire certain et d’un discours bien rodé, la première étape est la création d’un réseau de disciples qui prêchent ensuite dans d’autres mosquées, et permet ainsi de gagner en influence.

L’importance de l’imam Abdel Hadi Doudi, adoubé par Rabi’ al-Madkhali, dans l’essor du salafisme à Marseille en est un exemple. En décembre 2017, la mosquée As-Sounna dans laquelle il prêchait depuis une trentaine d’années a été fermée par les autorités pour six mois. Selon la préfecture de police, « en un peu plus d’une quinzaine d’années, le prosélytisme patient et continu d’Abdel Hadi Doudi a conduit à la diffusion du message salafiste à un quart des fidèles » Une note anonyme du renseignement territorial révélait que 25 % des musulmans de Marseille qui assistaient à des prêches du vendredi fréquentaient des mosquées salafistes. Celles-ci constituaient quinze des 80 mosquées de Marseille. Selon la note, Doudi aurait implanté ses disciples dans 17 mosquées du département76. Une dynamique claire de l’implantation et de la diffusion des idées islamistes apparaît. Comme l’explique Abderrahmane Ghoul, vice-président du Conseil régional du culte musulman, « dès que (les salafistes) mettent la main sur une mosquée, peu à peu cela infuse dans le quartier parce que les gens viennent prier au plus près de chez eux, tout simplement. Après, ce sont les commerçants, les snacks, les libraires qui basculent. Les salafistes prennent alors le pouvoir sur le quartier ».

C’est ainsi que l’islamisme s’est implanté à Sarcelles, en suivant les schémas classiques : entrisme dans les mosquées, politique tournée vers la jeunesse et investissement dans les champs associatifs. Les islamistes sont implantés dans le quartier de l’école Jean-Jaurès et rassemblent près de 50 à 60 fidèles par jour et 200 pendant le Ramadan. Ces chiffres sont cependant moins importants que ceux de la principale mosquée de la ville « Foi et Unicité » qui attire entre 300 et 400 fidèles. Des salles de prières sont aménagées dans les immeubles et les jeunes sont recrutés pour leur parler de la vie du Prophète et leur donner les bases de la connaissance théologique de l’islam.

Les relais du salafisme sont plus surprenants. Ainsi le kebab Chicken planet, situé entre la mosquée et le lycée de la ville de Trappes, devient par exemple l’épicentre du groupe salafiste trappiste, puis le point de repère des candidats au djihad en Syrie. Progressivement, une ambiance de suspicion et de surveillance se met en place. Toujours à Trappes, les salafistes « surveillent les commerces et ont peu à peu dissuadé les cafés tenus par la communauté, comme ils appellent les musulmans, de vendre de l’alcool et de la nourriture qui ne serait pas halal. Ils suivent des yeux les jeunes filles qui se rendent au lycée de la Plaine-des-Neauphle et leur font parfois la leçon pour un pull trop ajusté (…)

La thèse d’un vote musulman est souvent développée en période électorale. Cependant, le vote musulman, comme le démontre Hugo Micheron, ne passe pas directement par les urnes mais par des pressions exercées par de lobbys locaux comme l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis, qui tentent de mobiliser les votes des communautés musulmanes en échange de certaines revendications. En revanche, il existe des lobbys qui, à l’échelle des municipales de 2014, se mobilisent pour faire élire des candidats sur la base de leur appartenance religieuse pour consolider l’islamisme localement. Cela montre aussi les négociations entre religieux et personnages politiques. Ces derniers ont recours aux groupes religieux pour pacifier les banlieues, lutter contre les réseaux de trafic locaux et contre la délinquance. En échange, ils soutiennent le financement des mosquées et des centres culturels.

Lieu de socialisation par excellence, en particulier chez les jeunes, les clubs de sport sont devenus une cible de choix pour les salafistes prosélytes (y compris djihadistes). Cet engouement se traduit par leur présence dans beaucoup de complexes sportifs amateurs, dans lesquels ils communiquent leurs normes et peuvent même aller jusqu’à recruter. En octobre 2015, une note du Service central censée rester confidentielle, présente le sport comme un « vecteur de communautarisme, voire de radicalisme ». Le document mentionne entre autres des prières sur la pelouse dans des clubs de foot de Perpignan, l’interdiction aux femmes d’accéder à certains clubs house, l’exigence de repas halal, l’interdiction de l’alcool et le refus de la mixité. Il mentionne également une association sportive à Strasbourg qui obligerait les filles à porter le voile et les garçons à prier pendant les mi-temps. Parfois, au lieu d’investir et de noyauter une structure préexistante, les salafistes en créent une nouvelle. Des clubs communautaires salafistes ont ainsi été ouverts, par exemple à Bobigny. Parmi eux, le Elle Club, anciennement Sunna Club, offre des équipements de sport et des cours de kick-boxing, « dans un cadre exclusivement féminin (…) Le tout sans musique ! »Plus globalement, la création d’associations fermées aux non-salafistes constituent une étape supplémentaire dans la séparation et l’émergence d’une société parallèle. Le rapport du Service central du renseignement territorial le précise d’ailleurs : ce communautarisme assumé fait de ces clubs des associations exclusivement musulmanes et ne favorise pas l’adhésion de membres non-musulmans. 

Le développement de l‘islamisme s’est historiquement concentré dans des villes connaissant un contexte socio-économique précaire. Il s’est essentiellement développé dans les anciens bassins industriels de l’après-guerre, dans les périphéries de grandes villes ou dans des villes de la reconstruction qui ont accueilli des immigrés pendant les Trente Glorieuses et qui connaissent aujourd’hui de forts taux de pauvreté et de chômage. La ville de Roubaix en est un exemple. Lors de la révolution industrielle du XIXe siècle, la commune française connaît un essor grâce à son industrie du textile. Cependant, dans les années 1960, Roubaix est frappée par la crise économique, les usines de textile déménagent à l’étranger et Roubaix doit se reconvertir. La ville, dont la population en 1997 était à 32 % d’origine étrangère, fait aujourd’hui partie des villes les plus pauvres de France avec en 2014, 45 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Roubaix a connu une douzaine de départs en Syrie.

Dans le livre La Communauté, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin mettent en évidence, au fil du récit, les changements qui s’opèrent à Trappes. Cette ville des Yvelines, dont la majorité des habitants travaillaient dans l’industrie automobile, a durement été frappée par la crise économique. Les auteures décrivent également une ségrégation géographique, deux mondes parallèles de part et d’autre du périphérique : « on va en France  Les journalistes expliquent qu’à l’élection du maire communiste en 1966, Trappes, bastion communiste, est déjà considérée comme une « contre société », un laboratoire pour le parti. On constate que les foyers d’islamisme comme les villes de Trappes, Roubaix, Clichy-sous-Bois, Aubervilliers, Marseille ou encore Strasbourg font partie des zones franches urbaines (ZFU) répondant à des critères comme le taux de chômage, la proportion de jeunes, proportion de personnes avec ou sans diplôme et le potentiel fiscal par habitant.

C’est dans ces zones défavorisées que l’Etat peine à dynamiser que la diffusion de l’islamisme s’effectue le mieux. Ainsi, ces villes connaissent des taux de pauvreté et de chômage bien au-dessus de la moyenne nationale : Trappes (taux de pauvreté de 24,6 % et 19,4 % de chômage), Roubaix (45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté) ou encore Aubervilliers (44,3 % de pauvreté et 23,8 % de chômage)91. L’expansion islamiste ne se limite cependant pas à ces quartiers des grandes villes. Lunel, par exemple, ne fait pas partie de ces ZFU et connaît pourtant un grand nombre de radicalisés : une vingtaine d’habitants ont rejoint les rangs de l’organisation État islamique en Syrie. Cette commune rurale de 25 000 habitants en Camargue ne totalise pas toutes les caractéristiques établies ci-dessus. Si Lunel n’est pas une ancienne ville industrielle comme les autres villes foyers d’islamisme, elle connaît tout de même une diffusion forte des idées islamistes. Les chiffres permettent cependant d’établir un lien : aujourd’hui 1/5 de la population est au chômage et 1/4 des habitants vit sous le seuil de pauvreté. La stigmatisation et l’exclusion des populations musulmanes a également joué un rôle très important. En effet la religion est vue à Lunel comme l’un des seuls processus d’intégration sociale, développant ainsi le communautarisme. La tendance générale révèle ainsi un contexte socio-économique difficile dans ces foyers, permettant d’expliquer le choix des islamistes de s’implanter au sein de ces quartiers plutôt que d’en autres.

Le salafisme s’oppose donc au frérisme, qu’il a en parti remplacé, puisqu’il ne cherche pas l’intégration (sous forme de communauté), mais le repli communautariste. Si l’identité musulmane est également au cœur de sa pensée, ce n’est pas d’un point de vue social et politique, mais d’un point de vue religieux. Il profite cependant du travail effectué pendant deux décennies par les Frères musulmans, qui ont installé auprès des populations musulmans l’importance de l’islam comme référence dans la vie quotidienne. La réponse apportée par l’identité musulmane n’a cependant pas le même sens. Là où elle signifie fierté communautaire mais volonté d’intégration chez les premiers, elle signifie rupture chez les seconds, rupture qui est conçue comme une solution et une fin en soi. La logique interne du discours salafiste : préserver la communauté En quoi la réception des idées islamistes conduit-elle aux positions de rupture, notamment observées dans les enquêtes d’opinion ? Pour le comprendre, il faut étudier les modalités du discours salafiste. En effet, les salafistes sont, parmi les islamistes, ceux qui utilisent le plus la référence religieuse.

Or, leur discours, émis dans un contexte comme l’Europe où les musulmans (et encore moins les salafistes) ne sont pas majoritaires, promeut clairement l’existence d’une communauté à part dont l’identité ne serait fondée que sur la religion, et qui aurait pour devoir de se séparer du reste de la population. Le communautarisme, volontaire, en est la conséquence. Il s’agit de comprendre la logique interne du discours qui y conduit. Ce discours, auparavant transmis uniquement via des objets culturels (livres notamment) ou des sermons (à la mosquée ou à la télévision), se déploie aujourd’hui également sur internet. Avant d’analyser le fonctionnement des communautés salafistes sur les réseaux sociaux (chapitre 2), il convient donc de se pencher sur les discours tels qu’ils sont présents en quantité sur des sites internet francophones qui apparaissent parmi les mieux référencés pour toute recherche sur l’islam un tant soit peu avancée. Ces sites, souvent associés à un compte Twitter qui renvoient vers eux, sont d’aspect simples, couleurs froides, ornés de palmiers, de calligraphies et photographies de la Kaaba, mais évitant toute représentation de visages humains. Leur contenu se focalise sur le discours strictement religieux et sur la mise en ligne de fatwas, traduites puisque originellement émises par des cheikhs saoudiens. 

Le discours de rupture nette avec le reste de la société est sous-tendu par un autre discours qui s’appuie sur le sentiment d’une décadence globale du monde ; pour échapper aux punitions divines qui risquent de s’abattre avant ou après la mort sur les pécheurs, il s’agit de se séparer physiquement d’une population considérée comme mécréante. L’enjeu est alors de parvenir à quitter le monde non salafiste et à s’en distinguer. Dans une société qui aurait péché par orgueil, les salafistes insistent sur la soumission aux ordres divins – rappelons que le terme « islam » signifie « soumission [à Dieu] » – tels qu’ils sont censés être clairement mis en œuvre dans les récits de la vie du Prophète. Les salafistes, jusque dans leur nom, revendiquent un respect scrupuleux de la tradition magnifiée qui serait l’émanation directe des actes idéaux des salafs, c’est-à-dire des « pieux ancêtres » compagnons de Mahomet. Puisque la société actuelle ne serait que décadence, il faudrait suivant la tradition du Prophète séparer physiquement la communauté des vrais croyants des mécréants et se distinguer de ces derniers en tout afin préserver la pureté de la communauté.

Dans cette logique, comme la société et son mode de fonctionnement sont viciés, il n’y a que les textes religieux qui peuvent guider et justifier ces comportements. Les textes et l’interprétation qui en est faite ne peuvent donc être critiqués de l’extérieur. La société décadente comme signe de la fin des temps Tous les discours de rupture avec la société française s’appuient sur une idée de décadence de cette société. Les mouvements intégristes et fondamentalistes, et le salafisme n’y coupe pas, accordent une très grande importance à cette idée d’une décadence. Pour les salafistes, les symboles de cette décadence supposée sont, par excellence, l’homosexualité et le comportement des femmes, deux thématiques qui permettent de mobiliser l’idée d’un renversement des valeurs et d’une transgression des normes divines. L’homosexualité est vue comme une perversion du couple hétérosexuel légitime : sa reconnaissance dans une société attesterait de la perversion du groupe dans sa globalité. La dénonciation de l’homosexualité par les salafistes procède tout d’abord de citations coraniques, avec la citation d’un passage dans lequel apparaît le prophète Lot. « L’acte du peuple de Lot » est alors sans ambiguïté interprétée comme la « sodomie » ou « l’homosexualité ». Dans le Coran (sourate 11 notamment), Lot est un prophète qui réchappe avec la majorité de sa famille à la destruction de son peuple.

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Ne touchez pas au participe passé!

Un mouvement d’opinion a vu le jour dans l’objectif de simplifier la règle d’accord du participe passé. Né en Belgique, il s’étend aujourd’hui en France.

Deux anciens professeurs de français écrivent dans Libération du 2 septembre:« Osons l’affirmer : les règles d’accord du participe passé actuelles sont obsolètes et compliquées jusqu’à l’absurde. [Les nouvelles règles proposées d’accord simplifiées] compte tenu du fait qu’elles ne sont pas fautives, qu’elles suivent l’usage, qu’elles libèrent du temps scolaire, qu’elles sont recommandées par toutes les instances officielles d’avis sur la langue et les universités, on est en droit de se demander pourquoi ces [nouvelles] règles ne sont pas appliquées. »

Nous voyons bien la logique qui est derrière ce raisonnement. D’abord, celle de la table rase: en finir avec une vieille règle grammaticale venue du passé qui complique l’orthographe du français. Les auteurs de cet article effectuent un rapprochement révélateur entre les règles d’accord du participe passé et la religion chrétienne. Ensuite le nivellement par le bas: puisque cette règle crée une inégalité sociale entre les personnes qui la maîtrisent et celles qui peinent à l’appliquer, il suffit d’y mettre fin pour rétablir l’équilibre. Une vision strictement inverse de celle des premiers républicains qui voyaient dans l’exigence scolaire un tremplin de la promotion sociale.

On en revient à l’éternelle question de la simplification de l’orthographe. Jusqu’à présent, les réformes ont porté sur l’écriture des mots. Aujourd’hui, un cran supplémentaire est franchi: on touche à un pilier grammatical, à la structure même de la langue. « Les fleurs que je t’ai offertes … »

De fait, les règles d’accord du participe passé avec les verbes être et avoir ne sont pas arbitraires. Elles ont une histoire qui remonte aux sources latines du français. Elles constituent une richesse, une subtilité de la langue. Les supprimer serait, non pas une simplification, mais un appauvrissement du français.

L’apprentissage de la règle d’accord du participe passé relève d’une subtile gymnastique de l’esprit et de la construction intellectuelle d’une personne. La logique de la simplification à tout prix conduit à la destruction du patrimoine intellectuel: à quoi sert le subjonctif? Et la grammaire en général? et les mathématiques? Et la philosophie? Et l’histoire? toutes ces disciplines si compliquées.

Cette règle ne sert à rien, disent-ils, elle est « inutile ». Mais elle est simplement belle! « les fleurs que tu m’as offertes! » Elle fait partie du charme du français, de sa beauté et de sa poésie, de la littérature. Faut-il supprimer la beauté et la poésie, le charme de la langue? La beauté et la poésie ne sont-elles pas tout simplement notre principale raison de vivre?

Mais au fond, cette idéologie de la simplification à tout prix, qui s’exprime dans ce débat, n’est-elle pas l’un des sous-bassement du monde moderne? Plutôt que de pousser les personnes à s’élever par le savoir et la culture en surmontant les difficultés de l’apprentissage, il suffirait de supprimer ces dernières pour assurer un strict égalitarisme entre tous les hommes.  Il est sidérant de voir comment les vieilles idéologies qui ont provoqué tant de malheurs resurgissent sous des formes les plus anodines et innocentes.

Maxime TANDONNET

 

 

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« Pourquoi le peuple français n’a-t-il plus confiance dans ses présidents? » (Figaro Vox)

Voici mon dernier article pour le Figaro Vox. Les événements politiques auxquels nous assistons depuis cet été (affaire Benalla, démission Hulot, effondrement de la confiance, etc.), sont dans la continuité d’une décomposition de la politique française qui remonte à plusieurs décennies et s’accélère depuis 2011. Elle est dominée par la disparition de l’esprit  public au profit de l’obsession narcissique et par l’effondrement de la confiance populaire dans la politique. La crise actuelle est dans la ligne de ce mouvement.  Mais nous sommes loin d’être au bout: le fond de l’abîme n’est pas encore atteint. Il faut s’attendre, demain, à de violentes secousses et à un chaos sans nom. Rien n’était plus affligeant que la vague de courtisanerie, d’obséquiosité et d’idolâtrie qui a suivi les élections de 2017. Mais l’excès inverse, c’est-à-dire la déferlante de haine et de moquerie qui lui succède n’est pas plus réjouissant. La logique du pire ne conduit à rien. Adoration et lynchage sont les deux faces de la même défaite du politique devant l’émotionnel. A mes yeux, (et sans vouloir paraître prétentieux), une seule attitude est valable: essayer de comprendre les causes du cataclysme en cours et réfléchir aux solutions de fond pour tenter d’en sortir.

Maxime TANDONNET

Figaro Vox, le 4 septembre 2018:

« Si je suis désavoué par une majorité d’entre vous, ma tâche deviendra évidemment impossible et j’en tirerai aussitôt les conséquences« . Cette déclaration du général de Gaulle à la veille du référendum de 1969 est emblématique de sa conception de la République, fondée sur le respect des Français. Chez lui, une impopularité présidentielle est inconcevable. La mission du chef de l’Etat repose exclusivement sur la confiance du peuple. Par le recours fréquent au référendum, le président de la République pose périodiquement la question de confiance à la Nation et il se retire si celle-ci est rompue. La Constitution de 1958 confie des prérogatives importantes au chef de l’Etat. Mais, selon un principe, qui est le socle de toute démocratie, ce pouvoir a une contrepartie: la responsabilité permanente devant le peuple.

Or, depuis 1970, il existe une constante: les présidents de la République sont toujours plus impopulaires les uns que les autres. L’institution présidentielle est prise dans l’engrenage d’une rupture toujours plus profonde avec la Nation. La chute est vertigineuse si l’on prend en compte la cote de confiance des chefs de l’Etat après un an de mandat: de Gaulle 69%, Pompidou 59%, VGE 59%, Mitterrand 57%, Chirac 42%, Sarkozy 33%(Kantar-tns-Sofres). Un sondage Ifop Paris-Match de septembre 2018 donne le président Macron encore plus impopulaire que son prédécesseur avec 31% de satisfaits (contre 32%) au même stade de leur mandat.

Les causes profondes de cette déchéance sont multiples. Depuis le tournant des années 1980, le politique échoue face aux grands problèmes de fond des Français: dette publique, déficits, violence et insécurité, chômage de masse, pauvreté, déclin industriel, maîtrise de la frontière, situation des banlieues, déclin de l’éducation nationale. Pour couvrir les échecs, les chefs de l’Etat modernes s’exposent dans une surcommunication. La médiatisation à outrance sert à masquer ou à faire oublier la défaite du politique sur le terrain de la réalité. Cependant, ce faux remède ne fait qu’aggraver le mal. Par cette surexposition, en prétendant incarner à eux seuls le pouvoir politique, dans une logique qui écrase le Parlement et le Gouvernement, les présidents se posent involontairement en boucs émissaires naturels de la Nation, incarnation de ses maux et de ses angoisses. Par le plus tragique des paradoxes, le chef de l’Etat, censé incarner le prestige national, finit par incarner de facto la déchirure, les souffrances et les angoisses de la Nation.

La question de la responsabilité présidentielle face à la Nation, au coeur de la République gaullienne, est annihilée, comme incongrue. Au contraire, les occupants de l’Elysée se placent dans une posture de rupture avec le peuple. Ils se persuadent de leur vocation à diriger le pays sans le soutien de la population, en ne comptant que sur eux-mêmes (voire une coterie de courtisans). Tel est le paroxysme en politique de la société narcissique et nihiliste décrite par Gilles Lipovetsky dans l’Ere du vide.

Cette erreur fondamentale est une source des malheurs politiques de la France contemporaine. Aucune démocratie ne peut être gouvernée sans la confiance durable de la Nation. Le général de Gaulle a sorti la France de la guerre d’Algérie, son plus grand défi depuis 1945, en s’appuyant sur la confiance du pays. Oui, la France est gouvernable, oui elle est réformable, mais sous réserve de la confiance du peuple en ses dirigeants. Le principe de l’autorité verticale, du haut vers le bas, l’autocratie, est absurde et illusoire dans le monde moderne. Il est inutile d’édicter des normes si la confiance n’est pas au rendez-vous, à tous les niveaux pour relayer les choix de société et les faire vivre.

Un président de la République sans la confiance populaire, qui est la courroie de transmission entre l’Elysée et le monde des réalités, est condamné à l’isolement et à l’impuissance. La confiance du peuple permet seule de légitimer l’action publique et de surmonter les intérêts particuliers et les obstacles intermédiaires. Il n’existe pas d’autorité, en démocratie, ni de réforme possible, en dehors de la confiance populaire. Comment peut renaître la confiance? Autour de valeurs comme la vérité, la modestie (contraire de la vanité stérile), l’action authentique, l’intérêt général, les responsabilités partagées avec le Premier ministre, les ministres et le parlement, la simplicité, le respect, l’honnêteté, la sincérité, l’écoute, la vision de l’avenir, la volonté unique de servir la France.

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Quand viendra une lueur de lucidité?

« C’est l’inversion des courbes, mais pas celle que François Hollande attendait. Pour la première fois depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron fait pire que son prédécesseur en termes de popularité. D’après le baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match paru ce mardi, il ne réunit que 31% de satisfaits, contre 32% pour François Hollande en septembre 2013. »

Voilà ci-dessous ce que j’écrivais il y a un peu plus d’un an, juste après l’élection présidentielle:

La vraie question n’est uniquement pas celle de la personnalité du président M. Macron, mais de comprendre que la France a tout à repenser et tout à reconstruire, autant les mentalités que les institutions, sur le plan de sa vie politique.

Maxime TANDONNET

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Prendre conscience du désastre d’un système (pour Atlantico)

1-Dans le contexte de la démission de Nicolas Hulot de son poste ministériel, l’éventualité de la nomination de Daniel Cohn-Bendit pour le remplacer a été étudiée par l’exécutif. Dans quelle mesure cette hypothèse peut-elle démontrer, une nouvelle fois, l’importance prise par le marketing politique au détriment du politique lui même ? 

Oui, nous sommes en plein dans la politique moderne. Il faut se souvenir d’une phrase clé prononcée par le président Macron: « Je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque ». Aujourd’hui, la politique médiatisée prétend avant tout offrir un spectacle aux Français, avec ses héros et ses monstres, ses batailles, ses victoires et ses échecs, la litanie des sondages quotidiens… L’intérêt général n’est que secondaire dans ce schéma. Le but principal est de sublimer l’image d’un personnage et tendre vers le Graal suprême qui serait la réélection en 2022. Le fond du problème est que, dans les milieux dirigeants, nul ne croit plus vraiment dans le politique en tant que service du bien commun. La politique est devenue avant tout une affaire de postures, de messages et de symboles. Le roman qui s’écrit aujourd’hui est celui du « bien » post frontières, qu’incarne l’équipe au pouvoir en France, contre le mal nationaliste qui renaît à travers le Brexit, Salvini et Orban, le « populisme » sous toutes ses formes. L’idée de nommer ministre M. Cohn Bendit était bien dans la logique de ce message: ce dernier incarne le souvenir de mai 1968 et les valeurs de l’époque, en particulier le dépassement de l’Etat nation comme source de l’autorité politique.

2-Qu’est ce que la République a à perdre d’une telle situation ou l’enracinement territorial des élus, le temps long d’une carrière, formant une forme de « creuset politique », perd de son importance au profit du tout marketing ? Comment le fond est-il finalement en train de céder à la forme ? 

Des notions comme l’intérêt général, le bien commun, la res publica, la chose publique sont passées au second rang de la vie politico-médiatique. Le débat d’idées a disparu. L’essentiel est dans l’apparence, la perception qu’ont les électeurs de la situation générale et l’image qu’ils se font de leurs dirigeants. L’image l’emporte sur tout le reste. Un homme est élu président de la République sur son image télévisuelle. Cette image gagnante s’impose comme l’acte de naissance et le principe originel d’un quinquennat. Sa sauvegarde ou sa promotion devient le but en soi de la vie politique qui glisse dans le culte de la personnalité. Le danger de ce fonctionnement est la fuite permanente dans un monde virtuel. L’objectif est de valoriser une image, par la communication et les manipulations, et non pas d’améliorer la réalité qui dans ce schéma, n’a qu’une importance secondaire. De fait, les relais naturels entre le monde politique et la nation s’effacent dans la lumière aveuglante élyséenne: Premier ministre, ministres, députés et sénateurs. Le gouvernement qui est par définition la courroie de transmission entre le pouvoir d’Etat et le monde réel est quasiment annihilé. Le parlement, qui doit servir de relais permanent entre l’Etat et la France profonde est réduit à néant et entièrement dépendant de l’Elysée. Le peuple lui-même se sent en rupture complète avec le système politique: 87% des Français estiment que les politiques ne tiennent aucun compte de leur point de vue (CEVIPOF 2018).

3- En quoi l’importance prise par le marketing, par l’image, peut-elle cacher en termes de concentration du pouvoir ? Ne s’agit-il pas de la leçon de la démission de Nicolas Hulot ? 

Une erreur fondamentale est de parler de concentration du pouvoir ou de l’autorité. En réalité, il vaudrait mieux parler de concentration de l’impuissance. Toute l’attention médiatique converge vers l’Elysée. Plus rien n’existe (ou presque) que l’image élyséenne dans la vie publique, médiatique, journalistique française. L’Elysée veut s’occuper de tout, rendre les arbitrages, prendre les décisions dans les plus infimes détails, et toujours attirer à lui la lumière des caméras qui d’ailleurs, s’en donnent à coeur joie: il est tellement plus facile d’adorer ou de lyncher que de réfléchir au fond des sujets! Cependant, isolé dans sa tour d’ivoire, ayant aboli de fait les véritables sources d’autorité gouvernementale, le Premier ministre, les ministres, et amputé des relais sur le terrain que seraient des parlementaires puissants et respectés, l’Elysée ne maîtrise plus rien et les difficultés s’accumulent. Dès lors, l’institution présidentielle conçue pour rayonner de son prestige devient au contraire le bouc émissaire de tous les échecs, les frustrations, les déceptions. Comme vous le dites, la démission de M. Hulot, suivie d’une nouvelle chute de la cote de confiance du chef de l’Etat, est emblématique de cette logique infernale. C’est pourquoi de mandat en mandat, les présidents de la République sont toujours plus impopulaires les uns que les autres… Mais attention! Cela ne tient pas uniquement à la personnalité de l’actuel président. Bien sûr, cette dérive atteint aujourd’hui son paroxysme. Mais elle est en cours depuis des années. Or, la prise de conscience de la déraison qui s’est emparée du système est totalement absente. Les opposants au président Macron, sans exception, n’ont qu’une idée en tête: prendre sa place pour faire exactement comme lui. Tant qu’une lueur de clairvoyance ne viendra pas éclairer le monde politique sur la débâcle de la démocratie française, rien ne sera possible…

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Contre la réforme du bac (par M. René Chiche, professeur agrégé de philosophie)

Ci-dessous un large extrait de la dernière déclaration préalable que j’ai prononcée en séance plénière du #CSE le 21 mars 2018 à l’occasion de l’examen des textes qui mettent en oeuvre la réforme du #bac2021. Cette réforme, marquée par l’introduction du « contrôle continu », si elle devait être appliquée, porterait un coup fatal à la crédibilité d’un examen qui n’en a plus beaucoup, et qu’il fallait en effet « muscler » au lieu d’en faire une simple formalité ! Je n’entre pas ici dans les détails, et un mail sera prochainement diffusé à tous pour faire un compte rendu précis de cette séance marquée par 1/ le rejet presque unanime de l’ordre du jour et 2/ le rejet par une large majorité du décret modifiant le code de l’éducation concernant le baccalauréat.

Voici l’extrait :

Le ministère ouvre des chantiers tous azimuts et engage à un rythme soutenu des réformes dont certaines constituent, hélas sur le fondement de décisions unilatérales là encore, des modifications en profondeur entraînant des bouleversements d’une ampleur inédite et dont on ne mesure pas tous les effets (comme dans le cas du baccalauréat), multipliant à cette fin les textes qui sont illico soumis pour avis à un Conseil supérieur de l’éducation constamment mis devant le fait accompli, dont l’avis n’est sollicité que pour amender et voter des textes sans que leur opportunité ni leur nécessité n’aient été jamais débattues. Cette façon de procéder constitue la plus faible et la moins pertinente interprétation de la mission que la loi attribue à notre instance consultative, censée émettre des avis sur les objectifs et le fonctionnement du service public de l’éducation et non pas seulement sur les projets de décrets et autres arrêtés du ministre ou du premier ministre. Nous avons aujourd’hui l’occasion de le vérifier et de le déplorer une fois de plus, en nous trouvant contraint à devoir amender puis finalement nous prononcer, par un vote vraisemblablement sans effet sur le cours des choses, sur des textes mettant en œuvre une réforme du baccalauréat dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’était pas urgente, ni que son adoption à la hussarde dans le but de réaliser une promesse de campagne électorale ne témoigne d’une quelconque considération pour les professeurs chargés de son application sur le terrain, puisqu’ils n’auront même pas été consultés. Où l’impérieuse nécessité de simplifier le baccalauréat a-t-elle été exposée ? De quel incontestable diagnostic a-t-elle été conclue ? Quand l’avis du Conseil supérieur de l’éducation sur le fonctionnement du baccalauréat lui-même a-t-il été sollicité ? La moindre des choses eut été que le Rapport Mathiot, au lieu d’être présenté à la presse et qui plus est dans le cadre d’un salon, soit débattu ici-même, devant le Conseil supérieur de l’éducation et en présence de son auteur dont je note qu’il a été auditionné par la commission concernée de l’Assemblée Nationale. La moindre des choses eut été que les modifications du baccalauréat aussi bien que celles touchant à l’organisation des enseignements au lycée préconisées par celui-ci ou par je ne sais quelle officine les lui ayant prescrites ou fournies clef en main, fissent l’objet d’une discussion et d’un avis préalables avant la rédaction des textes destinés à les mettre en œuvre : à cette condition en effet, le Conseil supérieur de l’éducation aurait rempli pleinement sa mission, celle que lui assigne la loi de se prononcer sur les objectifs et le fonctionnement du service public de l’éducation, au lieu que ses membres se bornent à jouer avec plus ou moins de bonheur aux apprentis juristes dans un face-à-face si bien réglé avec l’administration qu’il ne laisse aucun suspens quant à ceux qui auront le dernier mot !

Nous ne sommes pas hostiles par principe ni par posture aux réformes décidées par le ministère, et nous avons ici même à plusieurs reprises salué les progrès de certaines mesures, quand bien même nous les trouvions fort timides. Mais nous n’applaudirons pas une réforme qui consiste à tout changer afin que rien ne change et qui, sous couvert de « muscler » le baccalauréat, rend encore tellement plus facile les conditions de son obtention qu’on se demande si la prochaine étape ne sera pas la suppression pure et simple de toute épreuve. En effet, quand on en arrive à substituer l’examen du livret scolaire à des épreuves dignes de ce nom, quand on envisage d’intégrer à hauteur de 10% la moyenne des bulletins en cours d’année (dont il faut rappeler que la prise en compte pour le baccalauréat contredit le principe selon lequel les membres du jury ne doivent pas examiner leurs propres élèves, et à propos de quoi il faut aussi rappeler que les notes mises en cours d’année ne font l’objet d’aucune harmonisation et relèvent de la formation), quand on attribue des coefficients ridicules à des épreuves écrites de quatre heures et des coefficients élevés à des épreuves orales de dix minutes dont les contours sont vagues, quand enfin on désorganise complètement l’année scolaire de la terminale sous couvert de reconquérir le mois de juin en classe de seconde, non seulement on ne résout aucune des difficultés qu’on prétend résoudre, mais on en créé de nouvelles.

La situation actuelle n’est guère satisfaisante, soit, mais il est plus que temps de voir la réalité en face si l’on veut que réformer redevienne synonyme d’améliorer. Ce n’est évidemment pas sur la lourdeur du baccalauréat qu’il y a consensus, en dehors du périmètre de la rue de Grenelle et de ses annexes, et l’on pouvait se borner à réduire le nombre des épreuves terminales en augmentant par exemple celui des épreuves anticipées passées dans les mêmes conditions, sans en profiter pour introduire ces bizarreries qu’on appelle Humanités numériques et scientifiques et qui s’ajoutent aux innombrables heures de rien qui encombrent les emploi du temps et n’ont pour seul notable résultat que d’amputer les horaires des disciplines vraiment formatrices, comme leur nom suffit à l’indiquer. Non, ce qui fait l’objet d’un consensus, nous le savons tous ici mais peu ont le courage d’en tirer les conséquences, c’est que le baccalauréat ne suffit plus à garantir que les savoirs qu’il est censé certifier aient été réellement acquis et soient effectivement possédés ; c’est que de nombreux élèves parviennent jusqu’en terminale sans posséder le niveau leur permettant de tirer pleinement profit des enseignements dispensés, notamment le niveau de maîtrise de la langue qui est la condition de toutes les autres acquisitions ; c’est qu’une fausse bienveillance conduit les uns et les autres à renoncer petit à petit à toute exigence et à surévaluer constamment les élèves, ce qui contribue, en transformant la réussite en promesse déconnectée de toute instruction et dispensée de tout effort, à maintenir toujours davantage chacun dans l’ignorance et la servitude. Voilà en effet ce qu’il convient d’appeler bachotage : vouloir obtenir le baccalauréat à tout prix, et souvent à n’importe quel prix, au lieu de vouloir être instruit. Or quelle mesure envisage-t-on pour endiguer ce mal ? Strictement aucune dans les textes proposés, dont l’effet le plus prévisible est au contraire de généraliser le bachotage sous toutes ses formes, comme tous ici l’ont déjà fait observer.

Une réforme intelligente du baccalauréat est encore possible à deux conditions. La première est d’éviter la précipitation, de ne pas susciter une pseudo-adhésion de la population à des mesures dont elle ignore le contenu précis et les effets à court et moyen terme, et de consulter les professeurs sans les sommer d’accepter des choix qu’ils contestent ni leur réserver, à titre de consolation, la négociation de détails. La seconde condition est de procéder avec rigueur en partant des principes, de ne pas chambouler l’organisation d’un examen bicentenaire pour régler des problèmes de fuites de sujet ou alléger la tâche des concepteurs des sujets, d’exposer avec clarté les difficultés qu’on se propose de résoudre et, par-dessus-tout, de ne pas séparer la question du sens du baccalauréat général de la question du sens des baccalauréats technologiques et professionnels. Action & Démocratie CFE-CGC considère en effet que les difficultés que connaît le baccalauréat général proviennent en grande partie de ce qu’on fait peser sur lui la charge de fonction que n’assurent plus ou qu’assurent imparfaitement, de leurs côtés, les baccalauréats technologiques et professionnels, et que ce n’est qu’en rendant à ces derniers leur vocation et leur attractivité, c’est-à-dire en en faisant le moyen d’accéder à un enseignement supérieur court pour l’un et à l’emploi immédiat pour l’autre, qu’on rendra par là au baccalauréat général sa vocation initiale, qui est de préparer à des études supérieures longues. Que les finalités de ces diplômes soient enfin clairement définies, qu’on étudie les modalités permettant à tout un chacun de les cumuler s’il le désire, et qu’on cesse parallèlement de pousser vers le baccalauréat général des cohortes d’élèves qui n’ont parfois ni le goût ni la volonté d’entreprendre de longues études, bref, que l’on démocratise enfin l’éducation, au lieu de la laisser se déliter sous l’effet d’une massification subie et fort mal accompagnée, et l’on verra que la plupart des maux se résorberont d’eux-mêmes, sans frénésie réglementaire ni agitation médiatique !

 

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Lecture: Jean Moulin, par Laure Moulin, Presses de la Cité 1982

Ce livre est autant un témoignage bouleversant qu’une biographie et c’est là toute sa richesse. Laure Moulin raconte la vie de son frère, en particulier sa jeunesse, telle qu’elle l’a partagée. Elle fut toute sa vie l’un des êtres les plus proches de lui, et de ceux qui l’ont le mieux connu. A cet égard, l’ouvrage diffère de toutes les biographies écrites sur lui.  Une question vient à l’esprit, tout au long de cette lecture fascinante: comment naissent les héros?

Jean Moulin est né en 1899, à Béziers. Il a passé l’essentiel de sa jeunesse en Provence, en particulier dans le village de Saint-Andiol, au nord-est des Bouches-du-Rhône, le fief familial où il a passé toutes ses vacances. La personnalité de son père semble l’avoir beaucoup marqué, professeur de collège, républicain de centre gauche, élu local radical-socialiste. Ce qui frappe dans l’histoire de Jean Moulin, jusqu’à la guerre, c’est la simplicité de son personnage. Il aime plus que tout son pays d’origine, les promenades et les bains de mer, le soleil. Tout semble ordinaire chez lui: élève médiocre, il peine à l’école et son père, d’après Laure Moulin, se montre excessivement sévère avec lui. Il est d’un physique banal, 1,70 M, mince, le visage doux. Sa carrière n’a rien d’extraordinaire: il commence des études de droit et se fait recruter, avec l’appui de son père, chef de cabinet du préfet de l’Hérault à Montpellier, proche de sa famille qui vit à Béziers.

Ses idées sont proches de celles de son père, républicain, laïc de centre-gauche, proche des radicaux. Pourtant, il est totalement anti-sectaire et entretient d’excellentes relations avec le clergé local. Dans l’exercice de son métier d’agent de préfecture, qui consiste à faire appliquer les lois de la République, il se montre parfaitement républicain et loyal, met en oeuvre les textes dans leur rigueur et réussit parfaitement dans cette mission. Rien ne semble le destiner à devenir un héros: « Jean prenait fort au sérieux son travail à la préfecture et il s’y faisait apprécier. Il ne supportait pas qu’on le blague un peu trop lourdement sur ses fonctions […] Ce qui frappait chez Jean, c’était une grande pudeur de sentiment et une réserve naturelle dans la conduite et le langage. Il évitait les réunions ou la liberté tournait à la licence, et ne supportait guère les attitudes ou les paroles trop crues. C’est du moins l’opinion de son camarade Louis. Lui et sa femme […]  m’ont exprimé l’étonnement qu’ils ont eu d’apprendre que Jean, qui paraissait alors peu sportif, ait eu le cran, plus tard, de se jeter en parachute et plus encore, de tenir tête aux bourreaux nazis sans la moindre défaillance […]: « C’était un ami charmant et sûr, à l’esprit ouvert, mais nous ne nous serions pas douté, du temps de nos études universitaires, qu’il y avait en lui l’étoffe d’un héros ».

Jean Moulin accomplit une carrière préfectorale classique, sous-préfet d’Alberville, sous-préfet de Chateaulin et de Thonon, préfet à Rodez, puis à Chartres. Sa vie privée est plutôt terne: une erreur de mariage à Alberville, qui lui vaut de graves déboires et un divorce. Il demeure très famille, retourne chaque fois qu’il le peut à Saint-Andiol où il retrouve son père, sa mère et sa sœur. A plusieurs reprises, il est nommé chef de cabinet de Pierre Cot, sous le Front populaire. Il entretient des relations amicales avec ce dernier. Qu’est-ce qui le distingue du haut fonctionnaire classique de la IIIe République, républicain sincère, de sensibilité radicale, comme il y en a tant dans les cabinets et les préfectures? Une passion peut-être: le dessin et la peinture. Il publie ses œuvres sous pseudonyme, notamment des caricatures de personnages célèbres qui lui valent un franc succès. A chacun  de ses postes, il côtoie les écrivains, artistes, poètes de préférence à toute autre catégorie sociale. Jean Moulin est un homme discret, honnête et modeste, un homme de devoir.

Il devient soudain un héros dans les circonstances les plus apocalyptiques de l’histoire. jean Moulin est préfet de l’Eure-et-Loire depuis le 22 février 1939. A la suite de la débâcle militaire de mai-juin 1940, il assiste dans son département à des scènes d’une atrocité indescriptible, les avions allemands qui survolent à 50 mètres les colonnes de populations en fuite et mitraillent à bout portant femmes, enfants, vieillards… Il démultiplie sa présence sur le terrain pour porter secours aux malheureux. Quand les officiers allemands se présentent à la porte de la préfecture, il ne reste plus personne à Chartres devenue déserte. Tout le monde est parti. Lui a refusé de suivre le mouvement et resté, fidèle à son poste, seul…

C’est alors qu’il entre dans l’héroïsme. Les militaires allemands, officiers et soldats, bien au contraire de l’image d’Épinal des « occupants qui sont corrects », veulent l’obliger à signer un document  qui attribue à des tirailleurs sénégalais le massacre d’une famille de fermiers. Ils refuse de signer. Il est alors martyrisé, jeté par terre et roué de coups, pendant plusieurs heures. Les Allemands le conduisent en plusieurs endroits et recommencent à le frapper avec une sauvagerie épouvantable. Il est conduit sur le lieu du massacre et découvre les corps atrocement mutilés et en décomposition , de femmes et d’enfants. Mais il refuse toujours de signer ces inepties. Enfermé dans une cellule en attendant la reprise des tortures, il tente de se suicider avec des morceaux de verre. Les Allemands comprenant qu’ils n’obtiendraient rien de lui, finissent par le raccompagner à sa préfecture. Un héros est né. L’Allemagne hitlérienne est déjà vaincue, a-t-on le sentiment à ce moment de la lecture. Tout le reste est bien connu.

Maxime TANDONNET

 

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L’effarante crétinisation de la politique française

Voici une phrase intéressante prononcée récemment par l’occupant de l’Elysée: « Je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque ». Nous voyons bien où la vie politique nationale tente de nous enfermer: une lutte à mort du bien contre les forces du mal. Celui qui incarne le dépassement des frontières, la jeunesse, la modernité, est engagé dans une lutte à mort, titanesque, contre les vestiges du nationalisme sanguinaire qu’incarnent le Brexit, Salvini et Orban. Le duel sans merci est lancé. Et ainsi, les Français sont sommés de s’abandonner au spectacle de l’affrontement de l’ange et du démon, de tout oublier, la dette publique, le chômage gigantesque, la violence qui saccage leur vie quotidienne, l’immigration sans contrôle, la pauvreté galopante, le communautarisme, l’écrasement fiscal de l’économie française, la vertigineuse impuissance de l’Etat, et pire que tout, le déclin du niveau scolaire général. Le rôle d’un dirigeant politique devrait être au contraire de donner de la hauteur et du recul au débat, de tenir un discours de vérité. Mais là, on fait tout le contraire: le rabaisser au plus bas niveau possible, celui de la bêtise absolue. Ce beau schéma ne comporte qu’une seule faille: La vile multitude, le peuple, les gens, ceux qu’on accuse de populisme, ne pas aussi stupides que ne le pense la classe dominante.  Ils ne supportent pas de se sentir méprisés. D’où la chute de popularité, constante, violente, inexorable. Mais au fond, le plus terrible, c’est de sentir à quel point ceux d’en haut, qui sont censés avoir réfléchi, fait de belles études, sont eux-mêmes englués dans un effrayant magma de bêtise et l’aveuglement: ivres de leur ego malade, ils ne voient rien, ne sentent rien, croient dominer le monde alors qu’ils marchent à l’abîme et entraînent le pays à l’abîme sans en avoir la moindre idée. Maxime TANDONNET

 

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Ca va mal finir!

Nouvelle crise d’hystérie ce matin, à propos des « Gaulois réfractaires ». Cette énième polémique hystérique, dans une vie politique qui n’est plus que succession de polémiques hystériques autour du totem élyséen, un peu comme une danse primitive  autour d’un totem, ou une cour de récréation de gamins surexcités, n’est évidemment pas innocente. Elle sert à recouvrir les échecs, les déceptions, les fausses réformes, les résultats désastreux, la poursuite ou l’accélération de l’effondrement général de la vie publique française. Elle n’est que la suite d’un été en pente raide. Dans une logique de narcissisme absolu, de fuite en avant paroxystique, elle veut dire: tout cela n’est pas de ma faute, c’est la faute du peuple, c’est de votre faute, à vous les Gaulois. Impression de gâchis, de tristesse infinie, de gouffre en train de s’ouvrir… Comment cela va-t-il finir? Nul ne le sait précisément. Très mal, sans doute…

Maxime TANDONNET

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Démission Hulot, non événement ou cataclysme?

La démission de M. Hulot est à la fois l’un et l’autre, non événement et cataclysme. Tout le monde savait depuis longtemps que l’histoire allait se terminer ainsi, depuis le premier jour. Quand allait-il démissionner? Telle était la seule question à son sujet. M. Hulot n’est pas un homme public, il n’est pas un élu, ni un responsable national ayant eu à prendre et à assumer des décisions pour l’intérêt général. Il est un homme de spectacle, un animateur de télévision. Il n’a pas été nommé pour son expérience de la chose publique, ni son sens de l’intérêt de l’Etat. Non, il est entré au gouvernement dans le cadre d’une opération de communication, comme un symbole de la société médiatique. Il était désigné par tous les sondages comme le Français le plus aimé des Français. Il fut une prise de guerre, un formidable coup de communication. D’autres présidents avaient essayé de le ferrer auparavant. Ils n’y étaient pas parvenus. Cette fois, l’opération a fonctionné. C’est sa popularité qui entrait au gouvernement, pas sa compétence d’homme d’Etat. M. Hulot s’est laissé entraîner par le grand vent d’optimisme qui a soufflé sur la « France dite d’en haut » à la suite de l’élection présidentielle de 2017. Il a voulu faire partie du « nouveau monde » qui soi-disant, devait balayer « l’ancien ». Cet été, il a senti que le vent tournait et que tout cela n’était pas bon en termes d’image personnelle. Alors, il a démissionné: c’est bien normal. Mais au-delà, nous assistons bien à un naufrage général, à l’effondrement d’une vision de la politique entièrement fondée sur le culte du je narcissique, de la posture, de la frime et de la communication à outrance. Nous assistons à la mort d’une conception de la vie publique fondée sur la négation du bien commun,  la manipulation de masse et le mépris des gens.   Qu’en sortira-t-il? Nous n’en savons rien.  Cette démission marque une étape de plus dans la grande implosion de la vie publique en cours depuis 6 ou 7 ans. Le fond de l’abîme n’est pas encore atteint. Un jour viendra l’heure de tout reconstruire.  Mon espoir: le retour à la Res publica, à la démocratie,  à la notion de gouvernement collectif pour l’intérêt général… Mais je le sais, nous en sommes loin…

Maxime TANDONNET

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M. Gérard Larcher

« Ce n’est pas normal, ce n’est pas satisfaisant » à propos de la rentrée des Républicains en ordre dispersé, a déclaré M. Larcher, président du Sénat. Il faut me croire. Je ne suis pas en quête d’un futur candidat aux présidentielles en 2022. Chacun sait que les prétendus favoris 4 ans à l’avance n’ont strictement aucune chance, que le vainqueur apparaît dans les trois derniers mois. En outre, plus le temps passe, plus l’obsession présidentialiste qui ronge la politique française et abîme le pays me révulse. Non. Simplement, dans ma quête éperdue d’une voix sensée, d’une lueur de bon sens et d’intelligence, au milieu de l’ouragan de bêtise prétentieuse et mégalomane que nous subissons, je viens de trouver une réponse. M. Larcher a dit quelque chose de simple, de vrai et  d’intelligent: « ce n’est pas normal, ce n’est pas satisfaisant » , à propos du festival de démonstrations narcissiques des leaders de l’opposition, en cette rentrée,  candidats  à la prochaine déchéance élyséenne qui imitent si bien l’actuel titulaire du poste. Plutôt que de s’adonner au spectacle narcissique, leur unique devoir devrait être de se réunir autour d’une table et de se demander: que fait-on pour sauver ce pays qui part en quenouilles? Et tout le reste de son allocution est clair, propre, intelligent, raisonnable, politique en un mot au bon sens du terme. Il reste en France, au moins un homme politique, un vrai, un homme d’Etat. Et par pitié, qu’on ne vienne pas lui reprocher son âge et son physique. La télégénie ne fait pas une politique. C’est désormais prouvé. Lui reprocher son style, son âge ou son physique serait un comportement d’imbécile.

Maxime TANDONNET

 

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La malédiction élyséenne

La cote de popularité du président de la République continue de s’effondrer: – 5% pour atteindre 34% de satisfaits. C’est moins bien que Nicolas Sarkozy et encore un peu au dessus de Français Hollande mais à l’époque, celui-ci faisait face à une explosion du chômage ce qui n’est pas le cas de l’actuel.

Ce phénomène n’est rien d’autre que la poursuite ou l’accélération d’un mouvement que je décrivais déjà l’an dernier.[D’ailleurs, cette analyse avait suscité de nombreuses réactions de désaccord]

Le système politique français est un épouvantable désastre. Il part d’un élection présidentielle manipulée et faussée. La radio et la télévision produisent ex nihilo une image présidentielle qui leur convient, compatible avec leur idéologie (l’individualisme radical et l’argent roi sans frontières)  qu’ils encensent et en diabolisent d’autres. L’électeur est influençable, c’est ainsi. Avec le monstrueux système électoral français, il suffit du soutien de 18% des votants pour être élu. Puis, dans la foulée des présidentielles, les élections législatives – le coeur de toute démocratie – sont réduites à néant et ne font que confirmer la mystification présidentielle.

Des facteurs psychologiques interviennent alors. Le chef de l’Etat élu a ses caractéristiques mentales. Pour vouloir être élu chef de l’Etat dans les conditions actuelles, il faut forcément une fragilité d’ordre psychologique, l’absence de surmoi, une désinhibition totale, un narcissisme exacerbé. A cela s’ajoute le choc invraisemblable du triomphe.  La raison, le sens des réalités, la conscience du monde se voient emportées, comme balayées.

Tout le système repose sur une gigantesque imposture, un prodigieux mensonge. Il vénère une image individuelle, fonde un vertigineux culte de la personnalité, réduit l’essence du pouvoir politique à un visage médiatisé. Les autres sources de la régulation politique ou de l’autorité sont niées: Premier ministre, Gouvernement, parlementaires, élus locaux. Or, cette image d’autorité, contenue dans le mythe du chef, est purement illusoire. Le chef de l’Etat ne dispose en aucun cas à lui seul des outils pour diriger et faire changer la société, surtout depuis le transfert de nombreuses compétences à l’échelle bruxelloise (par exemple la monnaie). L’idée de l’autorité présidentielle qui fonde tout le régime est une gigantesque mystification.

En l’absence des outils de régulation et de direction de la société, niés ou affaiblis dans ce schéma, les ministres, les parlementaires, collectivités, le pouvoir, concentré dans l’image hors-sol présidentielle, ne cesse de fuir le monde réel. Les drames du quotidien, dans un monde sans direction ni pilotage, ne cessent de s’aggraver: violence, chômage, pauvreté, immigration, banlieue, pouvoir d’achat, désintégration de la société, dette publique et fiscalité, place de la France dans le monde…

Mais un système fondé sur l’image surexposée médiatiquement est d’une extrême fragilité. Il suffit d’un rien pour que celle-ci bascule. Celui qui incarnait le renouveau et l’espoir devient soudain, à la faveur d’inévitables scandales et polémiques, la représentation du mensonge et du mépris. Le prestige présidentiel se transforme inévitablement en lynchage et en chasse à l’homme et le « guide de la France » (dixit de Gaulle), devient le bouc émissaire national, le responsable ultime de tous les maux du pays.

Une course poursuite est engagée. L’image présidentielle, essence même de ce pouvoir, devient une fin en soi. Il faut à tout prix la sauvegarder, la sauver, la récupérer. La politique se réduit dès lors à une affaire de grand spectacle, de posture, de cinéma. Le chef de l’Etat est un acteur et non plus un décideur. Il se donne un style, communique, se présente comme le grand transformateur en inventant des réformes inexistantes ou dérisoires. Dans l’obsession de l’image à reconquérir , il n’est absolument pas question de prendre des risques, d’entreprendre des réformes authentiques qui peuvent secouer la France et aggraver son impopularité. On est dans le grand cinéma: faire semblant d’agir et de commander pour brasser le moins d’ennuis possibles.

L’obsession de la réélection présidentielle, dans un univers rongé par le narcissisme absolu, devient la fin ultime du régime, au prix de tous les abandons et de la négation de l’intérêt général et du bien commun.

La question de la responsabilité individuelle ne peut pas être écartée. L’actuel chef de l’Etat, par son profil personnel,  se prête plus particulièrement à ce schéma. D’où la rapidité de sa chute. Mais il en serait exactement pareil, le même processus s’appliquerait, avec des nuances de forme liées à la différence d’image à n’importe quel autre: Mme Pécresse, M. Mélenchon, M. Wauquiez, M. ou Mme le Pen, M. Bertrand, M. Copé, etc… Les gesticulations narcissiques des leaders de l’opposition pour prendre la place du calife, 4 ans à l’avance, et s’installer sous les ors de l’Elysée, plutôt que de préparer ensemble l’avenir de la France, atteignent à mes yeux la quintessence de la bêtise .

Ma solution? Elle est de restaurer la République française, en abolissant le despotisme narcissique pour replacer le débat d’idées, le projet collectif et le bien commun au centre de la vie politique. Je ne demande pas une nouvelle Constitution mais seulement que soit respectée la Constitution de 1958 avec un chef de l’Etat modeste et discret qui préside (élu pour 7 ans non renouvelable)  et fixe le cap, un Premier ministre et des ministres qui gouvernent dans le seul intérêt de la France, un Parlement qui contrôle et sanctionne, des communes puissantes qui ne se plient pas aux oukases parisiens et le recours fréquents au référendum pour rendre la souveraineté à la Nation.

Il ne fait aucun doute à mes yeux que le régime politique actuel est une source du désastre français sous toutes ses formes. Je comprends que ce que j’écris contraste avec le maelström ambiant.  Il serait beaucoup plus facile de se donner une idole et de se dire qu’en remplaçant M. Macron par untel, le salut du pays sera assuré. C’est faux, c’est un mensonge. C’est tout le régime politique, la culture politique, l’intelligence collective, le fonctionnement des institutions qui doivent être repensés. Cette vérité est aujourd’hui totalement inaudible. Je ne désespère pas quelle fasse son chemin peu à peu.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Droits de l’homme, hypocrisie

En Arabie Saoudite, un procureur vient de requérir la peine de mort par décapitation envers cinq Chiites,  dont Mme Israa Al-Ghomgham, pour délit d’opinion. Aucune violence ne leur est reprochée, mais seulement d’avoir exprimé un point de vue contestant celui du régime. A quoi cela fait-il penser? Aux régimes totalitaires et barbares du XXe siècle où la contestation d’un pouvoir entraînait la peine capitale. L’indifférence des grandes démocraties face à cette monstruosité est accablante. Amnesty international a révélé ce procès et l’ambassade du Canada a émis une protestation. Pour le reste, silence des Etats comme des grands-prêtres des droits de l’homme. L’Arabie saoudite, alliée du monde occidental, est le premier producteur de pétrole au monde ce qui semble justifier toutes les complaisances en particulier des Etats-Unis et des pays de l’Union européenne. Certes, des atrocités se déroulent partout dans le monde et il n’a jamais existé de gendarme planétaire. Mais comment se dire allié d’un Etat qui applique la peine de mort pour délit d’opinion, une pratique qui est la quintessence de la négation des valeurs du monde occidental et renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire? En fermant les yeux, ce qui est le paroxysme de l’hypocrisie.

Maxime TANDONNET

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Chronique d’une décomposition (Atlantico)

1- Quelles pourraient être les conséquences de cette désaffection d’une partie de la droite, qui se considérait pourtant en partie compatible avec Emmanuel Macron, sur LREM, et notamment sur ses transfuges venus de la droite ? 

D’abord, il faut bien dire que ceci était largement prévisible. Comment pouvait-il en être autrement? Sur la fiscalité, les entreprises, l’immigration illégale, la sécurité, le fonctionnement de l’Etat, quelques personnalités politiques de droite qui encensaient le président Macron en 2017 paraissent s’étonner aujourd’hui. Il suffisait d’ouvrir les yeux. M. Macron fut socialiste, ancien proche conseiller et ministre de l’Economie du président Hollande. Son entourage immédiat et ses soutiens viennent du parti socialiste. La présidence Macron a pensé bénéficier d’un ralliement du centre-droit pour former avec le centre-gauche une vaste coalition centrale sur laquelle adosser le quinquennat. Ce schéma est en train de voler en éclats. La présidence Macron a perdu les faveurs de la gauche classique, étatiste et sociale, et elle est en train de perdre ses soutiens au centre-droit. Bien sûr, il lui reste une majorité LREM à l’Assemblée nationale, mais celle-ci, issue d’une éphémère dynamique présidentielle et d’une vertigineuse abstention, ne repose sur aucun ancrage de terrain, aucun socle solide, ne dispose d’aucun relais vers l’opinion. Cette séquence me paraît ouvrir une ère de grande incertitude et de désordre.

2-Alors que les LR envisagent une liste européenne menée par Michel Barnier, ce qui pourrait permettre un ralliement du clan des juppéistes auprès de Laurent Wauquiez, comment envisager l’exercice du pouvoir pour Edouard Philippe à Matignon dans une telle configuration ?

Sur la tête de liste, attendons de voir… M. Michel Barnier par ce qu’il incarne, est à peu près à l’opposé des raisons qui ont poussé les adhérents de LR à élire Laurent Wauquiez à la présidence du mouvement sur des sujets comme la nation, l’Europe, l’immigration. Cette hypothèse aurait certes l’avantage de favoriser un ralliement à l’état-major de LR de personnalités comme M. Alain Juppé, Mme Valérie Pécresse ou M Jean-Pierre Raffarin. L’effet serait d’isoler M. Edouard Philippe et les ministres ralliés et d’affaiblir le pouvoir LREM, privé d’une caution droitière. Mais cette formule provoquerait une grave saignée du côté des troupes de LR et probablement l’émergence d’une liste gaulliste dissidente à l’image des Europénnes de 1999. Il me semble que tout le monde serait perdant mais que les conséquences pour LR seraient encore plus dramatiques que pour le pouvoir LREM. Bref tout cela irait dans le sens de la poursuite de la décomposition de la politique française. Quant à l’avenir de M. Philippe et des ministres ralliés, il est clairement aujourd’hui avec LREM et leur sort est lié à l’avenir de l’expérience en cours. Un retour en arrière et un nouveau basculement en sens inverse sont toujours possibles mais à quel prix en termes d’image personnelle!

3- Quelles pourraient être les conséquences à long terme de l’émergence d’une frontière nette entre les LR et LREM ? 

Dans la logique absurde du régime politique français, la réélection présidentielle s’impose comme une fin en soi, au détriment de l’intérêt général. Différents scénarios sont possibles. Le premier est celui d’un virage à gauche, sur la fiscalité, l’économie, l’immigration irrégulière. Cette tentation est déja en partie à l’oeuvre. Elle a peu de chance de réussir tant le discrédit présidentiel est fort du côté de la gauche étatiste traditionnelle. Une basculement clair et net à droite semble exclu. Il serait contraire à la personnalité du chef de l’Etat et aurait pour effet de briser sa majorité. Alors, nous risquons d’assister, dans les quatre années à venir, à un isolement croissant de l’Elysée coupé de la nation, hors sol, harcelé par la droite et par la gauche, de plus en plus impopulaire, contraint à une fuite en avant dans l’équilibrisme et la communication. La vie politique va s’enfoncer dans un culte de la personnalité de plus en plus obsessionnel, les polémiques et les lynchages, le spectacle médiatique pour masquer le néant des idées, de l’action, l’insignifiance des résultats. La vraie question est de savoir sur quoi cela peut déboucher en 2022. Un vote de rejet massif de l’équipe actuelle est probable. Après, jamais l’époque n’a été aussi incertaine. On peut assister au succès d’une personnalité et d’un parti « antisystème », de droite ou de gauche, ou bien à l’émergence d’une nouvelle personnalité charismatique républicaine et à une vague bleue, enfin à un chaos généralisé qui n’est pas le moins probable…

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Elections piégées

J’allais commencer  avec un autre titre, ressemblant, version soixantehuitarde et je me suis dit, « non », il faut toujours rester poli. Hier, j’ai vu en première page du Monde un article intéressant. Telle ministre du gouvernement déclarait en substance: « les élections européennes de 2019 seront dominées par  l’affrontement des « progressistes contre les nationalistes » (sic). Elle aurait pu  dire les choses autrement, parler de l’affrontement de la lumière contre les ténèbres,  de la paix contre la guerre, du jour contre la nuit,  du bien contre le mal,  de la vie contre la mort, de l’ange contre le diable, du bonheur contre le malheur, de l’optimisme contre le pessimisme, de la modernité contre le populisme, en somme, d’En marche contre la peste.  Tout le jeu  de la politique française de l’avenir va ainsi consister à emprisonner les Français dans un dilemme infernal: le salut ou l’enfer, le sauveur ou l’apocalypse.  Il ne sera pas question de l’avenir du continent européen, quelle idée! Le bien contre le mal, braves gens: et surtout, interdiction absolue de réfléchir. Certes les règles du jeu de cette élection européenne ont été trafiquées. La proportionnelle nationale sert à radicaliser le scrutin, à avantager les partis hors sol ou extrémistes tout en éloignant toujours davantage le vote des réalités quotidiennes. De mon point de vue, des élections dont la règle a été modifiée unilatéralement, en profondeur, sans concertation avec les autres formations politiques, dans un intérêt électoraliste, n’ont aucune valeur démocratique. Mais quand même, toute occasion de dire non au processus d’abrutissement collectif mérite d’être exploitée. C’est pour cela qu’il faudra quand même aller voter en 2019: le vote des « fainéants », des moutons noirs et des sans dents, pour la défense de la démocratie, des libertés et de la dignité, le vote du refus de la crétinisation.

Maxime TANDONNET

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« Les grandes manœuvres » (pour Atlantico)

1. Le Canard enchaîné affirme que l’Elysée aurait organisé au début du mois d’août une réunion rassemblant Alain Juppé, Christian Estrosi et Jean-Luc Moudenc, maires respectivement de Bordeaux, Nice et Toulouse. Macron, en soignant ses relations avec les barons locaux des bastions urbains de la droite avance-t-il vers une absorption progressive de ses satellites politiques de droite ou faut-il au contraire s’attendre à ce qu’il prenne au piège ces grandes figures indépendantes une fois les élections venues ?

D’abord, il est triste de voir qu’on en est à s’étonner d’une rencontre entre un président de la République et les maires de grandes villes. Rien n’est plus normal et républicain de la part d’un chef de l’Etat, que de recevoir à l’Elysée les maires des principales villes de France quelle que soit leur étiquette politique pour parler des problèmes de leur cité et de l’avenir. Si le soupçon est né de l’article du Canard Enchaîné, c’est en raison de la suspicion engendrée par cette rencontre vue comme relevant d’une opération politicienne en vue des élections européennes. C’est là que nous constatons tout le déclin de la vie politique française, quand les enjeux de politique politicienne autour de la réélection future, écrasent le fond des sujet. Le rôle d’un président de la République, au-dessus de la mêlée, est de donner un cap au pays, et pas de préparer le prochain scrutin national. Un ralliement en bonne et due forme de ces trois personnalités à la liste LREM aux Européennes me paraît assez peu probable. Si un ralliement avait dû se produire, il aurait eu lieu en juin 2017, et pas maintenant où l’Elysée accumule les difficultés et semble engagé sur une pente défavorable. Ces personnalités voudront garder leur indépendance. Il est difficile de croire à une absorption progressive dans ces conditions. On ne peut pas parler non plus de « piège »: tout cela me semble assez calculé: les trois maires en question utilisent leur lien avec l’Elysée comme signe de leur liberté par rapport à l’appareil des Républicains, mais ils ne me paraissent pas dans une logique de soutien à la liste LREM qui reviendrait à s’engager dans une aventure aléatoire…

2.  Quel contrecoup pour le mouvement de Laurent Wauquiez ? S’il risque de perde d’importants points d’ancrage locaux et régionaux, un tel scénario ne viendrait-il pas à rebours confirmer sa critique d’une présidence aux services des villes au détriment des campagnes ?

Le contrecoup sera limité. Le mouvement de Laurent Wauquiez a d’ores et déjà enregistré les distances prises par ces personnalités, notamment M. Juppé et M. Estrosi. Ils ne sont pas les seuls, il y a aussi Mme Pécresse. Bien sûr que cela l’affaiblit car toute division est nuisible à la force d’un parti politique. Mais les contacts entre ces maires et l’Elysée n’apportent pas grand chose de nouveau. M. Wauquiez sait qu’il ne peut pas compter sur eux. A la limite, il serait presque préférable pour le mouvement LR que ces personnalités rallient purement et simplement LREM ce qui clarifierait la situation à droite. Mais tel n’est pas le cas. L’enjeu pour lui et son équipe est tout autre. Il est de gagner une crédibilité et d’apparaître comme une solution d’alternance possible auprès d’une majorité de Français, nonobstant les faits et gestes de quelques ténors comme M. Juppé et M. Estrosi. Pour l’instant, il n’y est pas encore parvenu. Les Français attendent une opposition rassembleuse sur les grands thèmes qui les préoccupent, chômage, dette publique, pouvoir d’achat, maîtrise de l’immigration, sécurité. Je ne suis pas certain qu’opposer ainsi la France des villes, supposée avoir la préférence de M. Macron, à celle des campagnes soit de nature à améliorer l’image de LR. Les Français attendent autre chose aujourd’hui de la politique que les polémiques, les petites phrases, les coups de communication, les manoeuvres électorales. Ils veulent être pris au sérieux et que la politique soit au service de l’intérêt général.

3.Le refus des conclusions du rapport Borloo sur la politique des villes françaises avait beaucoup déçu les différents élus laisse entendre qu’il n’y aura pas de grand plan national sur la politique de la ville. Faut-il au contraire s’attendre à une gestion plus au cas par cas ?

Oui mais on se souvient du contenu très discutable de ce rapport et son coût de plusieurs milliards. Il donnait là aussi une large part à la communication autour de l’idée invraisemblable de créer une « ENA pour les quartiers ». Ce projet semblait incarner le « mal français »: dépense publique supplémentaire, donc augmentation des impôts, culte de la bureaucratie, communautarisme. Je ne suis pas sûr que son abandon ait tant déçu les grands élus… La question des banlieue doit en effet cesser d’être traitée sous l’angle des coups de communication. Elle relève d’une action de terrain par ceux qui connaissent la réalité, sous tous les angles: urbanisme, emploi, sécurité, éducation. A certains endroit, la situation est réellement dramatique avec des taux de chômage de 20%, un niveau élevé d’échec scolaire et des problèmes de violence, y compris contre les forces de l’ordre. On a davantage besoin d’une volonté politique de tous les jours pour relever ces défis que d’un « plan banlieue » supplémentaire, annoncé à grand renfort de communication.

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La fin du « nouveau monde » ouvre une ère d’incertitude

Voici mon article, publié ce matin par le Figaro (papier) J’y ai puisé beaucoup dans nos échanges et je profite de sa parution pour remercier vivement tous les intervenant sur ce blog qui par leur lucidité et leur modération, m’ont permis d’enrichir mes réflexions sur la politique française.

 

La fin du « nouveau monde » ouvre une ère d’incertitude

Par Maxime Tandonnet, essayiste, auteur de « Histoire des présidents de la République » (Perrin)

Lors de son interview au Point, le 29 août 2017, le président Macron dénonçait « les forces du monde ancien» qui « font échouer la France ». En mai-juin 2017, l’accession au pouvoir des nouvelles équipes dirigeantes, à l’Elysée, à Matignon comme au Palais Bourbon, fut le fruit de l’élection présidentielle la plus chaotique de l’histoire. Le succès électoral d’En Marche est donc né d’un vertigineux scandale. Il s’inscrivait dans le contexte d’un pays traumatisé par la succession d’affaires et de drames mettant en cause ses dirigeants, à l’image de l’emblématique « affaire Cahuzac ».

En réaction contre le naufrage de la politique française dans un climat à la fois délétère et explosif, tournant le dos aux personnalités et aux partis traditionnels, en 2017, les Français, assoiffés d’exemplarité, ont porté au pouvoir des hommes et des femmes incarnant le renouvellement. La transformation de la vie publique française dans le sens de la vertu, s’est imposée comme la clé idéologique de la nouvelle équipe dirigeante.

Ce contexte explique l’ampleur prise par l’affaire Benalla qui a accaparé l’actualité nationale pendant trois semaines. Les faits eux-mêmes sont certes accablants pour l’auteur des violences, mais sans commune mesure avec les séismes qui ont ébranlé l’histoire politique française (Rainbow Warrior par exemple). En revanche, ils ont profondément choqué par les révélations en cascade qui en sont issues, soulignant les phénomènes de clanisme, de dissimulation, de courtisanerie et d’obséquiosité, qui imprègnent, aujourd’hui comme hier, l’exercice du pouvoir.

2017 fut l’été d’une espérance pour une partie de l’opinion publique, 2018 celui d’une désillusion. Cette affaire marque une étape supplémentaire, et sans doute décisive, dans la prise de conscience, par une majorité des Français, du caractère trompeur de la thématique d’un « nouveau monde ». Au fond, rien n’a changé. Ils ont l’impression d’avoir été mystifiés comme ils le furent en 1981 par le discours assimilant la victoire de François Mitterrand à un passage de la « nuit à la lumière ». Ils retiennent de l’affaire Benalla que rien ne ressemble plus à l’ancien monde que le soi-disant nouveau.

La fin des illusions met en évidence les constantes de la vie politique française, qui depuis des années, entraînent le pays sur une pente fatale. Le culte de la personnalité d’un autre âge ne fait qu’occuper le vide laissé par la mort du débat d’idées et l’absence de solutions aux difficultés de la France. L’image personnelle des dirigeants s’impose comme la motivation suprême de l’engagement politique, au détriment du bien commun. L’élection ou la réélection justifie toutes les démagogies. La communication se substitue toujours davantage à l’autorité de l’Etat, aux choix de gouvernement et à l’action authentique. La fracture démocratique ne cesse de se creuser entre une minorité dirigeante, déconnectée des réalités quotidiennes, et la population – infiniment plus lucide que ne le pensent les hommes et femmes de pouvoir –, qui se sent abandonnée avec ses difficultés et ses inquiétudes.

La vie politique continue à sombrer dans le spectacle nihiliste, dominé par les polémiques, les crises d’hystérie, les phénomènes d’idolâtrie et de lynchage. Le discours sur la « transformation » de la France ne suffit plus à masquer la réalité d’une aggravation continue des maux dont elle souffre: vertigineux déficit du commerce extérieur ; explosion de la dette publique ; poids des prélèvements fiscaux et sociaux; chômage qui, en comparaison avec les autres puissances comparables,  ne connaît guère d’amélioration; violence quotidienne ; situation préoccupante du système scolaire et universitaire ; haut niveau de pauvreté ; absence de réponse crédible à la crise migratoire européenne ; une société toujours plus déchirée et conflictuelle. Sur les grands sujets de préoccupation des Français, aucune amélioration n’est en vue.

Aujourd’hui, la question fondamentale est celle de l’avenir de la politique française sur lequel un épais brouillard est tombé. Après la dissipation du rêve d’un « nouveau monde », que reste-t-il à espérer ? La France est entrée dans une ère d’incertitude. Tout est possible: une radicalisation, portant au premier plan des partis ou personnalités « antisystème » ; la poursuite indéfinie, au-delà de 2022, de l’expérience actuelle ; une alternance et le retour au pouvoir d’un parti classique ayant su se moderniser et élargir son assise électorale ; ou encore une prise de conscience de la tragédie de la politique française, une remise à plat d’un régime à bout de souffle pour en finir avec la dictature des chimères et renouer avec la notion de gouvernement, de vérité, de destin collectif, d’intérêt général et de res publica. Cette dernière alternative n’est hélas pas la plus vraisemblable…

Maxime TANDONNET

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Réflexion sur l’élection présidentielle

Sur le site de M. Alain Lambert, ancien ministre, figure un texte d’un exceptionnel intérêt et d’une lucidité remarquable. Dans l’ouragan de conformisme et d’aveuglement qui domine la vie politique et intellectuelle du pays, il a l’immense avantage de s’affranchir des tabous et de soulever de vraies questions, même si nul n’est forcé d’être d’accord avec les solutions qu’il propose. On peut en sourire ou en ricaner en le lisant. Je suis convaincu pour ma part que cette réflexion visionnaire a 10 d’avance sur l’époque et que, face à la vertigineuse déliquescence de la démocratie française, les questions qu’il pose aujourd’hui, dans l’indifférence sinon le mépris, seront parmi les grands sujets de l’avenir, ceux qui conditionnent le règlement de tous les autres:

« L’invraisemblable course en avant vers la présidentialisation et la concentration des pouvoirs entre une seule main met en péril imperceptiblement notre démocratie, sans que personne ne semble s’en rendre compte. Je conserve l’intime conviction que l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, après la déformation progressive mais profonde de la Vème République (quinquennat – inversement du calendrier), est devenue le handicap principal au redressement du pays. Plus qu’un droit démocratique fondamental, cette élection est devenue un piège. Un piège, car la litanie des promesses qu’un candidat doit réciter chaque jour pour se faire élire trompe tout autant celui qui les annonce que celui qui les croit [A LIRE INTEGRALEMENT ICI] »

A mes yeux, le diagnostic est parfait, d’une lucidité exemplaire à une nuance près: je parlerai plutôt de « la concentration de l’illusion du pouvoir entre une seule main » – ce qui est tout aussi dramatique pour le bien public. En revanche, je ne suis pas convaincu par la solution qu’il préconise. L’élection du président de la République au suffrage universel est considéré comme un acquis de la démocratie française et il ne me paraît pas concevable de revenir dessus car les Français y tiennent. D’autres changements, moins traumatisants permettraient tout autant de sortir du cataclysme actuel: découpler l’élection présidentielle des législatives, pour éviter les taux d’abstention record, l’asphyxie de l’Assemblée nationale et du gouvernement, et la morbide annexion du Palais Bourbon par l’Elysée; revenir au septennat présidentiel et rendre tout mandat présidentiel non reconductible; clarifier le partage des compétences entre le chef de l’Etat (politique étrangère et de défense) et le Premier ministre et les ministres (politique intérieure); réaffirmer le principe fondamental de toute démocratie, bafoué en France, selon lequel l’exercice d’une autorité quelconque, en acte ou en parole, ne se conçoit pas sans un mécanisme de responsabilité et de sanction politique.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Lecture: Les derniers propos de Pierre Laval, Y-F Jaffré, éditions André Bonne, 1953

Voici un livre maudit, ensorcelé, exhumé de l’étagère poussiéreuse d’un brocanteur où il dormait depuis 60 ans peut-être… Le jeune avocat de Laval, Yves-Frédéric Jaffré, 25 ans à l’époque,  commis d’office, transcrit mot pour mot les confidences de son client emprisonné, en l’attente de son procès, puis de son exécution. Nous y découvrons le récit et les états d’âme d’un personnage passé en quelques années du sommet de la réussite et de la gloire, président du Conseil dans les années 1930, à l’infamie suprême de l’ennemi public numéro un, incarnation de la trahison et de la compromission avec l’occupant nazi. Le livre prend à la gorge, inspire une violente nausée. Il fait mal. Comme un serpent venimeux, il fascine au point de ne plus pouvoir en détacher le regard.

Il nous révèle, ou nous confirme, un Laval, ancien socialiste devenu républicain modéré, absolument étranger à toute idéologie, mais une sorte de caricature de l’opportunisme en politique comme dans la vie. Issu d’un milieu extrêmement modeste, il s’est arraché à sa condition avec une volonté de fer et une habileté hors du commun, accomplissant une vertigineuse carrière politique et accumulant une fortune colossale (par le rachat d’entreprises qu’il a ensuite valorisées). L’homme est douée d’une exceptionnelle habileté de terrain, du quotidien, de la séduction et de l’action. En revanche, il lui manque cruellement – de ce que l’on comprend à cette lecture – une autre qualité de l’esprit: le recul que donne la culture générale, la capacité à s’élever, à prendre ses distances avec l’événement. Sa faute est intellectuelle plutôt qu’idéologique. Tout au long de cette venimeuse lecture, il semble déphasé, dépassé, comme plongé, depuis le début, dans un sordide aveuglement. Trois fautes monumentales sont à l’origine de sa descente aux enfers:

  • Paradoxalement dans une logique d’angélisme, il est persuadé que toute situation peut se régler par le dialogue, la négociation, la recherche du compromis: « Je suis toujours, et dans tous les cas, un partisan de la collaboration […] Dès l’instant que l’on annonce une conversation d’intérêt avec quelqu’un, on commence à collaborer. Et c’est toujours, à mon sens, une bonne chose que de prendre contact, de s’expliquer lorsqu’on a des affaires à  régler, surtout si l’on se trouve dans la position de demandeur ». Laval se trompe en raisonnant en 1940-1944 comme sous la IIIe République. Il n’a pas vu ni senti le caractère intrinsèquement pervers de l’idéologie nazie. A travers ses propos, le culte du dialogue semble l’aveugler, au prix même de l’honneur. Il semble étrangement ne jamais avoir réalisé que se compromettre avec des bourreaux et s’associer à leurs crimes faisait de lui un criminel.
  • Il commet une autre faute monumentale qui l’entraîne au fond de la déchéance: la conviction d’être indispensable, si fréquente dans les milieux dirigeants, mais ici portée à sa quintessence. « L’ambition! Oui, j’ai eu, quand j’étais jeune, l’ambition d’être député. J’ai eu l’ambition d’être ministre. J’ai eu l’ambition d’être chef de gouvernement… Mais [à Vichy, sous l’occupation allemande] je pensais à toute autre chose qu’à mon ambition personnelle. Je pensais aux gars d’Aubervilliers que je connaissais, aux paysans d’Auvergne, à tous les autres Français de toute la France et je me disais que leur sort dépendait de ce que j’allais dire ou ne pas dire. L’ambition! Oui, si j’avais passé mon temps sous l’occupation à m’occuper de ma vigne et de mes vaches, je serais bien tranquille maintenant! Mais je ne regrette rien et si c’était à refaire, je recommencerais! [Quant à son retour au pouvoir, en avril 1942:]  Je l’ai fait contre le vœu de ma famille, de mes amis, avec le sentiment net que j’allais à l’encontre de mes propres intérêts. Mais j’avais en effet la conviction que j’étais en France le seul homme qui puisse amortir les chocs… » Mortelle et suicidaire mégalomanie,  poussée à son paroxysme, contre le bon sens le plus élémentaire. « Je suis le seul homme qui puisse« : des mots qui mènent bien souvent au désastre. Parfois, rien n’est plus précieux que de savoir simplement écouter sa famille et ses amis…
  • Enfin, le trait qui ressort des monologues de Laval est son étrange déconnexion des réalités. L’abîme entre sa vertigineuse réussite de l’entre-deux-guerres et l’impression d’aveuglement ou d’abrutissement face au monde des réalités, donne le vertige. Pourquoi a-t-il persévéré alors qu’en 1944, la défaite de l’Allemagne qui accumule les défaites, en voie d’écrasement, prise en tenailles entre le rouleau compresseur de l’armée rouge et la progression des alliés? « Vous m’avez demandé si je croyais en la victoire de l’Allemagne. Je vous ai  répondu que je n’étais pas prophète… Pour ma part, jusqu’au dernier moment, j’ai gardé un doute à l’esprit. Je n’étais pas dans le secret des recherches et des fabrications allemandes. Mais je ne pouvais douter qu’on travaillait en Allemagne à la fabrication d’armes nouvelles. Il n’était pas exclu que la guerre puisse brusquement changer de face. » Aveuglement toujours, déconnexion totale, fuite dans l’absurdité: au début de l’été 1944, Laval tente de réunir le parlement – qu’il a lui-même fait dissoudre – pour restaurer la République sous son égide et préparer une passation de pouvoir avec de Gaulle…

Maxime TANDONNET

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La fin d’un monde

« Le 24 mai 2016, sur France Culture, François Hollande prononçait des mots qui en disent long sur sa motivation: « Aujourd’hui, je suis dans l’histoire… Ce qui m’anime, m’habite presque, c’est qu’est-ce que j’aurai laissé comme trace ». Au regard de la réalité du quinquennat de François Hollande, des événements qui l’ont émaillé, de son impopularité, ces paroles résonnent avec un accent étrangement décalé. Au-delà de son cas personnel, elles soulèvent un abîme de questionnement sur la présidence de la République et le sens de la vie politique. Elles paraissent refléter le paroxysme de l’ère du vide. Le rêve de postérité, dans un pays ravagé par le chômage et ensanglanté par le terrorisme, se présente comme le reflet d’un narcissisme exacerbé qui écrase désormais le sens du bien commun et de l’intérêt général […] L’institution présidentielle, telle qu’elle est vécue désormais, favorise cette dérive. Le chef de l’Etat, ultra-médiatisé, incarne à lui seul le pouvoir politique dans toutes ses dimensions. Le Premier ministre, les ministres, les parlementaires en sont réduits au rôle de figurant ou de faire-valoir. Cependant, le mythique occupant de l’Elysée devient presque naturellement le réceptacle de toutes les déceptions, les frustrations, les angoisses d’une nation […] Le cocktail de la grandiloquence – le statut de « premier Français » – et de l’humiliation quotidienne est explosif […] Dans la France actuelle, le président de la République n’est plus le guide de la nation, mais son bouc émissaire naturel. L’abîme  qui s’est creusé entre l’idée du prestige présidentiel, entre ce héros tout puissant du suffrage universel, portant sur ses épaules le destin du pays, et les petites misères d’un individu dont la vie quotidienne est exposée à tous les vents ne peut que venir à bout de n’importe quelle lucidité, de n’importe quelle raison. Ce qui est en cause, bien au-delà de la personnalité de François Hollande, c’est la nature même de l’institution présidentielle telle qu’elle est devenue. » 

Ces lignes écrites en 2016 sont tirées de la seconde édition, de poche, de mon livre sur l’Histoire des présidents de la République. Les événements de ces dernières semaines, l’affaire dite Benalla, marquent une nouvelle étape dans un processus de décomposition d’un régime. Objectivement, les faits reprochés à M. Benalla sont misérables et surtout insolites – un conseiller élyséen qui rouste des manifestants – mais ils n’ont rien par eux-mêmes de  tragiques à l’image d’autres scandales qui ont ébranlé la République, tels l’affaire Stavisky, à l’origine de l’émeute du 6 février 1934 (16 morts et des centaines de blessés). Le retentissement phénoménal de cette nouvelle affaire, dans la classe politique, les médias et le pays, totalement disproportionné au regard des faits en soi, est le symptôme d’une crise politique gravissime qui couve depuis des années. L’élément déclencheur du scandale intervient comme une étincelle dans la poudrière. L’explosion qui vient de se produire est le résultat de tensions accumulées depuis des années. L’image élyséenne du Phoenix isolé, au-dessus des lois, au-dessus du peuple, au dessus de la nation et de l’intérêt général, obsédé par sa trace dans l’histoire et sa réélection, auquel tout est permis, n’est plus supportable dans la France moderne accablée de difficultés et d’inquiétudes. Nous assistons en ce moment à l’agonie de ce modèle. Bien sûr la situation actuelle comporte des signaux positifs, l’effondrement en cours du FN qui ouvre la voie d’une authentique recomposition politique, le retour du Parlement, d’une Assemblé nationale qui a montré sa capacité de résistance dans cette crise. Nous entrons sans doute dans une période de grande turbulence…

Maxime TANDONNET

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Qu’allons-nous devenir?

Jamais dans l’histoire contemporaine, la situation politique de la France n’aura été aussi chaotique  et incertaine. Toute l’actualité se cristallise dans les faits et gestes quotidiens du personnage élyséen et l’obsession de sa courbe de popularité. La bêtise s’ installe dans le paysage national. Certes,  le nombre des nigauds qui ont cru sincèrement à l’avènement d’un « nouveau monde » se substituant à « l’ancien monde », fond comme neige au soleil mais ils deviennent de plus en plus agressifs et obtus. La chute vertigineuse n’en est qu’à ses débuts et nul ne sait comment, en 4 ans, cela peut se terminer.  Mais en dehors de cette illusion, la vie publique française n’est qu’un champ de ruines et le chaos est général, partis désintégrés, classe politique discréditée, Parlement et gouvernement marginalisés, inexistants, collectivités locales affaiblies. A la faveur de  l’aveuglement, le pays ne cesse de s’enfoncer dans la médiocrité: banalisation de la violence barbare, désastre persistant du chômage de masse (au regard des autres grandes démocraties), pauvreté et dette publique galopantes, crise migratoire  et communautarisme, aggravation du déclin de l’école et du nivellement par le bas (nouveau bac) etc. Qu’est-ce qu’une République déconnectée des attentes du pays, qui ne sait produire que du scandale et des « affaires » plutôt que du bien commun? Et que peut-il se passer dans l’avenir? C’est la question que nous nous posons tous. Une explosion de colère? Improbable dans le contexte de citoyens attachés à leur vie quotidienne.  A la faveur de la crétinisation croissante, le remplacement en 2022 d’un culte  de la personnalité par un autre, toujours plus  insipide et stérile? Alors, tout recommencera comme d’habitude, 8 mois d’euphorie, puis la litanie des scandales avant le dégoût et la désespérance et la chute vertigineuse. Enfin, troisième hypothèse, un réveil de notre intelligence collective, la prise de conscience que tout ceci est d’une absolue débilité, qu’il est urgent, non pas de se donner un nouveau sauveur médiatique, mais de rebâtir un Etat cohérent, avec un président au-dessus de la mêlée, discret, sérieux, modeste, en charge des intérêts à long terme du pays; un Premier ministre, gouvernement et des ministres  qui gouvernent la France sur la base du programme de leur majorité, responsables de leurs actes devant un Parlement souverain, élu de la nation et représentant réellement cette dernière pour la mise en oeuvre de sa volonté. Au fond, la France politique s’effondre pour avoir trahi des notions simples de la démocratie: responsabilité (à tout acte ou parole/sanction possible), vérité, bien commun, souveraineté populaire, intérêt général supérieur aux intérêts particuliers. Bien sûr, cette issue semble improbable et lointaine vu le climat général du pays mais elle est notre seul véritable espoir. La reconquête passe par le retour de l’intelligence collective.

Maxime TANDONNET

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Les motions de censure (entretien pour Atlantico)

1. Les deux motions de censure déposées par LR et les communistes aujourd’hui ne devraient pas faire vaciller le gouvernement, qui bénéficie d’un soutien certain de sa majorité. Mais ne tend-elle pas à délégitimer l’opposition, qui, comme notre sondage Ifop pour Atlantico l’avait montré, en fait trop selon 41% des Français (ou même pas assez pour 28%) ?

Oui, l’attitude de l’opposition parlementaire est en décalage me semble-t-il avec les Français dans leur ensemble. L’affaire Benalla écrase l’actualité depuis plus de quinze jours. Elle est dans la continuité d’une vie politique qui, depuis quelques années, se réduit à une succession de scandales. Les polémiques ne cessent de s’enchaîner, et, une ou deux fois par an, un véritable séisme fait trembler la démocratie française sur ses bases: DSK, Cahuzac, les « sans dents », le livre « un président ne devrait pas dire ça », le déchaînement contre la candidature de Fillon et les élections présidentielles saccagées de 2017, aujourd’hui Benalla… Quelle est la logique? La politique n’est plus qu’une affaire d’image personnelle qu’il faut soit adorer, soit lyncher. Elle ne cesse de s’enfoncer dans le sensationnel et le grand spectacle. La crise d’hystérie autour de l’affaire Benalla est disproportionnée. Un membre du cabinet présidentiel a gravement failli dans son comportement. Cela mérite -t-il de mobiliser le pays pendant trois semaines? Les oppositions tentent d’exploiter cette nouvelle tempête médiatique pour affaiblir la présidence de la Répubique et le pouvoir LREM dans une logique politicienne. Mais les Français, globalement, sont fatigués de ce scandale qui s’éternise après tant d’autres et ils attendent probablement autre chose des oppositions de droite comme de gauche.

2.Est-ce pour cela que certains leaders restent relativement en retrait (par exemple Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse) ?

C’est possible et si c’est le cas, tant mieux. Les deux motions de censure sont maladroites. Elles ne font que donner l’occasion au gouvernement et à la majorité LREM d’une victoire facile. Ce nouveau scandale met la France d’en haut, politico-médiatique, en transe. Les Français, dans leur ensemble, ont d’autres préoccupations: le chômage de masse – qui augmente selon les dernières statistiques – la violence quotidienne, la maîtrise des frontières, la pauvreté, le logement, la dégradation des services publics, en particulier la SNCF, la dette publique, les impôts, le déclin du niveau scolaire… Ces questions méritaient davantage la mise en cause de la responsabilité du gouvernement à travers une motion de censure. C’est le rôle d’une opposition responsable de critiquer l’action ou l’inaction du pouvoir et de présenter une alternative crédible et raisonnable. En revanche, il est inutile et contre-productif, quatre ans avant les prochaines élections nationales, de brasser de la boue pour affaiblir l’équipe gouvernementale. L’effet est exactement inverse: victimiser les dirigeants du pays et leur donner l’occasion de faire front. Et cette attitude ne favorise pas à terme l’image d’une opposition responsable et motivée par le sens de l’Etat.

3. La riposte d’Edouard Philippe à l’Assemblée, où il a pointé du doigt l’écart entre la gestion par son gouvernement de l’affaire Benalla et la gestion d’affaires précédentes tel que les sondages de l’Elysée ou l’affaire Cahuzac par le Parti Socialiste ou Les Républicains permet-elle pour autant de relancer la dynamique de « nouveau monde » que l’affaire Benalla avait clairement remise en cause pendant quelques semaines ?

Non, c’est très improbable. Personne au fond, n’en sortira gagnant. Dans la vie politique moderne, il est très difficile de redresser une image, de modifier une impression populaire. L’idéologie LREM se fondait sur le renouvellement des moeurs de la République à la suite de ce qu’il a été convenu de nommer « l’affaire Fillon » qui fut son acte de naissance. « Un nouveau monde », vertueux, incarné par la jeunesse du président de la République, devait se substituer à « un ancien monde », dans une logique bien française de « table rase ». Ce discours idéologique a bien fonctionné auprès des élites économiques, administratives, politiques sans pour autant convaincre pleinement l’opinion dans son ensemble. Il achève aujourd’hui de s’effondrer avec l’affaire Benalla qui montre une République toujours autant rongée par la courtisanerie, les passe-droits et le copinage. L’image présidentielle comme celle de la majorité sont gravement touchées, comme sous le quinquennat précédent, et ne s’en remettront sans doute jamais.

4. De l’extrême-gauche, des socialistes, des Républicains ou du Rassemblement National, qui risque le plus de souffrir d’un excès d’engagement dans cette affaire ?

Par leur implantation territoriale, leur poids au Parlement, et l’adhésion d’une partie de l’opinion, les Républicains constituent objectivement la force politique ayant le plus de chance, aujourd’hui, de prendre la relève de la majorité LREM. Il n’était pas utile pour eux de s’engager dans cette affaire au point de présenter une motion de censure. En y prenant part, ils finissent par y associer leur image et se lier au boulet qui entraîne tout le monde par le fond. La stratégie du pire n’est bonne pour personne. La politique française donne le sentiment de s’enfoncer toujours plus loin dans l’abîme. Le pouvoir LREM est né du discrédit de la classe politique traditionnelle. Lui-même se trouve à son tour gravement discrédité. Nous touchons au néant absolu en l’absence aujourd’hui, de tout horizon politique pour la France… Le nouveau scandale aurait pu être l’occasion d’une réflexion approfondie des dirigeants politiques et des intellectuels sur l’avenir de la politique française. L’extrême personnalisation du pouvoir, le naufrage de la vie publique dans le scandale permanent, l’affaiblissement du sens de l’Etat et de l’intérêt général, appellent une remise en question profonde du fonctionnement des institutions, de l’action publique et de la démocratie française. Or, cette question vitale n’intéresse absolument personne…

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« Beaucoup de gens espèrent le retour de François Hollande »

« Beaucoup de gens espèrent le retour de François Hollande » selon Mme Julie Gayet. Cette phrase fausse illustre un phénomène bien réel: celui de la déconnexion des élites dirigeantes. Le quinquennat de M. Hollande, au-delà de sa seule responsabilité personnelle, coïncide avec l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de France depuis la fin  de la guerre d’Algérie: la vague d’attentats terroristes qui a fait 250 morts sur le sol français. Nombre de ses gestes ou de ses paroles ont suscité une profonde révulsion dans le pays: les « sans dents », les contorsions autour de la « déchéance de nationalité », les promesses sans fin sur le chômage, etc. Avec 13% de cote de confiance en certaines périodes, il fut le président le plus impopulaire de l’histoire. Au cœur du drame: l’abîme croissant entre la communication et la réalité d’une politique. Bref, le culte de l’illusion. Le peuple ne détient pas forcément la vérité mais il n’est jamais aussi naïf ni aussi crédule que ne le pensent intimement les dirigeants. Et tôt ou tard, le subterfuge est démasqué. Que son successeur reproduise les mêmes attitudes et subisse le même discrédit n’y change rien: nul ne regrette M. Hollande. Et s’il pense vraiment que « beaucoup de gens l’attendent », il s’enfonce toujours plus loin dans l’absurde, au sens philosophique du terme. Mais d’ailleurs, qui les Français pourraient-ils bien attendre? Ils n’attendent personne et ils ont raison. Ils n’attendent absolument personne (sauf quelques abrutis), mais ils attendent autre chose : sérieux, respect, vérité, intérêt général, vision, démocratie, sens de l’Etat. Or, sans doute la France n’a-t-elle pas encore atteint le fond pour espérer rebondir…

Maxime TANDONNET

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Restaurer la Res publica

Res publica, la chose publique, le terme latin est plus parlant que celui de République. Je ne sais pas si les Français dans leur ensemble réalisent à quel point la situation de leur vie politique et gouvernementale atteint la démesure dans le grotesque… Le chômage, la violence, la dette publique, les impôts augmentent, l’autorité de l’Etat est quotidiennement bafouée dans les zones de non droit, le niveau scolaire décline. Et le pays d’en haut, la classe dirigeante, politico-médiatique, se noie dans une lamentable crise d’hystérie alimentée par une spirale de sectarisme, de haine, de jappements mégalomanes ridicules, stériles et vaniteux. La culpabilité est générale dans la France d’en haut: pas un pour en appeler à la raison et sortir de cette monstrueuse tornade de crétinerie, cette hystérie désormais habituelle qui s’amplifie de scandale en scandale. Les plus silencieux de la classe politique, en ces circonstances, sont les meilleurs ou les moins mauvais. La folie s’est emparée de la France d’en haut, politicienne pendant que le pays – c’est la vérité – déboussolé, comme un vaisseau fantôme, sans gouvernail, continue de sombrer. La solution? Le retour à la Res publica, le bien commun, l’intérêt général. Les dirigeants, au pouvoir comme dans l’opposition, ne sont pas des demi-dieux ou des idoles malades, au-dessus des lois. Leur unique responsabilité, aujourd’hui, est de s’effacer devant l’intérêt public et de se comporter en simples serviteurs de la nation. Déjà, commencer par le commencement: il y a une Constitution quotidiennement violée et qui devrait s’appliquer: un président « arbitre », protecteur, impartial, au-dessus de la mêlée – donc discret – et un premier ministre responsable qui gouverne pour le bien commun sous le contrôle de l’Assemblée nationale et du Sénat. Respecter le Droit, la Constitution, est-ce trop demander? Au-delà de la petite histoire d’un garde du corps ayant disjoncté, cette rechute dans l’hystérie est dramatique par ce qu’elle traduit. Autrefois, le pays se déchirait pour des idées. Aujourd’hui, il se déchire pour le néant. Mais dans cet ouragan de bêtise démente, entre les imbéciles haineux et destructeurs de la France d’en haut et ses crétins idolâtres, courtisans obséquieux, dans l’ouragan de bêtise démente qui secoue la France d’en haut, qui a encore la moindre idée de la Res publica, de l’intérêt général, du bien commun?

Maxime TANDONNET

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Lecture: SPQR histoire de l’ancienne Rome, Mary Beard, Perrin 2016

Cet épais volume de 600 pages fait le récit de Rome, depuis sa création, supposée en 753 av JC jusqu’à l’édit de Caracalla en 212, qui étend la citoyenneté romaine aux habitants libres de l’empire, de l’Ecosse à la Syrie. Environ 900 ans d’histoire se lisent d’une traite, comme un récit unique et passionnant. Encore un excellent livre, qui joint le bonheur de l’évasion et celui de s’instruire. L’auteur s’y prend à merveille pour donner vie à une multitude d’informations qui touchent aussi bien aux événements stratégiques qu’aux anecdotes de la vie quotidienne. L’histoire de la Rome antique se déroule grosso modo en trois phases.

La première est l’époque des rois depuis la naissance de Rome jusqu’à 490 av JC environ. Mary Beard ne le cache pas: il est très difficile, dans le récit fondamental de l’historien Tite-Live, de déméler ce qui relève de la légende et de l’histoire réelle. Le récit des deux frères jumaux, Remus et Romulus, nourris par des louves, a une forte portée emblématique: Rome est née dans la violence, le meurtre de Remus par Romulus. Cette violence sera éternellement la marque de la cité. Les successeurs de Romulus sont une douzaines de rois qui posent les fondements de Rome et de son expansion aux communautés voisines (Sabins, Latins, Etrusques) par les armes et une assimilation rapide. La dynastie la plus importante est celle des Tarquins apparentés aux Etrusques, qui se rend odieuse aux populations par les abus commis, en particulier le « viol de Lucrèce », par l’un des fils du roi.

A la suite d’une guerre civile, les habitants de Rome abolissent la royauté vers 490 et établissent une République qui va durer plus de 400 ans, jusqu’à l’assassinat de Jules César en 44 av JC. Les institutions de cette République sont complexes. Elles reposent sur le Sénat, de 300 à 600 notables à vie, non élus, qui en est le coeur. Le pouvoir exécutif et militaire appartient à deux consuls, élus pour un an. Le régime repose sur un rejet du roi, le mot Rex étant devenu une véritable insulte, synonyme de despotisme. La liberté – et non la démocratie comme à Athène – en est le fondement idéologique. Seul les citoyens reconnus ont le droit de vote, ce qui exclut dans la Rome antique les femmes et les esclaves. Le suffrage universel n’est donc pas la règle. Le vote s’effectue à travers des collèges électoraux où la plèbe – les non possédants – est sous représentée.

Cette République portée par une volonté collective et une conscience d’un destin commun est à l’origine des plus grandes heures de Rome. Une date clé est à retenir: celle de 146 av JC qui marque la victoire militaire définitive de Rome en Méditerranée: destructions de Carthage après les « trois guerres Puniques » et de Corinthe qui lui assure la domination sur sa rivale Grecque. Conflits extérieurs et guerres civiles ne cessent d’ensanglanter la cité. Au cours du 1er siècle av JC, le chaos s’installe de nouveau lors des « guerres sociales » déclenchées par les cités italiennes soumises à Rome qui réclament et obtiennent l’égalité des droits. Deux personnalité émergent de cette période trouble, issus du Sénat, Pompée et César. Le premier poursuit les conquêtes à l’Est de la Méditerranée (lutte contre Mithridate) et le second la conquête de la Gaule, achevée en 50 av JC. A ce sujet, l’auteur insiste sur les massacres commis sous les ordres de César, une politique d’extermination des populations: plus d’un million de morts. La conquête de la Gaule – avant de donner lieu à l’osmose gallo-romaine – a pris la forme d’un véritable génocide dans des conditions épouvantables, qui ont choqué les consciences même à Rome pourtant peu sensible à ce genre de considérations…

Tous deux, Pompée et César, sont désavoués par le Sénat et démis de leur commandement. C’est alors que le second en 49 av JC, franchit le Rubicon et à la tête de son armée, accomplit son coup de force contre les autorités romaines et prend le pouvoir. Une nouvelle guerre civile l’oppose à Pompée dont César sort vainqueur. L’orateur Cicéron, dont les écrits sont l’une des principales source d’information sur ces événements, ayant pris le parti de Pompée, doit s’exiler. César devient « dictateur à vie ». Son meurtre au Sénat, par Brutus en 44 av JC au nom de la liberté chère aux Romains, est devenu embématique de toute trahison « Toi aussi enfant » lui aurait dit César en tombant (ce qui ne signifie pas, contrairement à une légende, qu’il ait été son père). Il ouvre la voie à une nouvelle guerre civile entre ses deux héritiers revendiqués, son neveu Octavien et le bras droit de César, Marc Antoine, l’amant de Cléopatre. Le premier l’emporte et se proclame « Auguste » c’est-à-dire « le vénéré », un titre qui équivaudra à celui d’empereur.

Il est le premier d’une série de quatorze empereurs à la tête d’un gigantesque empire qui couvre une partie de l’Europe actuelle et du pourtour Méditeranéen, soit 50 millions d’habitants. Il établit un formidable culte de la personnalité, se présentant comme un personnage à mi chemin entre le monde des dieux et celui des hommes. Le polythéisme romain facilite le despotisme en permettant cette ambiguité: la frontière entre le divin et l’humain n’est jamais nettement tracée. Les statues d’Auguste et son visage sur les pièces de monnaie prolifèrent sur tout le territoire de l’empire, s’imposant comme l’élément fédérateur de ses habitants. Au fond, on voit naître dans l’empire romain une forme de pouvoir fondée sur le culte de la personnalité: « Tous [les habitants] avaient constamment affaire à ton image, grâce aux pièces de monnaie qui garnissaient leur bourse ou aux portraits qui continuaient d’affluer aux quatre coins de l’Empire […] Il arrivait même que cette figure, estampillée sur les galettes que l’on distribuait lors des sacrifices religieux, comme le prouvent les quelques moules de cuisson qui nous sont parvenus, prennent une forme comestible. « Dans toutes les banques, les boutiques, les tavernes, sur tous les pignons, toutes les colonnades, et à toutes les fenêtres, des portraits de toi sont exposés à la vue de tous… » [Lettre de Marcus Connelius Fronto].

Le même Auguste a ce mot extraordinaire, au moment de sa mort: « Si j’ai bien joué mon rôle, applaudissez moi ». Le pouvoir personnel, déjà, un jeu d’acteur?

La grande faiblesse de cet empire est qu’il n’a pas su se donner des règles de succession stables. Le principe héréditaire semble dominer mais de manière erratique, en l’absence de progéniture masculine. Les empereurs ont recours à l’adoption ou à des neveux pour assurer la continuité. Mais la violence reste omniprésente: la plupart sont morts assassinés par les prétendants à leur trône. Sur ces quatorze empereurs qui couvrent la dernière partie du livre, l’auteur s’efforce aussi de faire la part de la légende et de la réalité. Tibère, Caligula, Claude, Néron, mais aussi Hadrien et Marc Aurèle… Mary Beard est sans indulgence, racontant notamment le parcours sanguinaire de Caligula: « On a tout dit de la vanité qu’il mettait dans ses ambitions de bâtisseur, affront aux lois de la nature pour les uns, mégalomanie insensée pour les autres. Il suffit de l’imaginer en train de se pavaner à cheval le long d’un chemin bâti sur un pont formé par une chaîne de navires et jeté sur la baie de Naples, revêtu de la cuirasse d’Alexandre le Grand. Il lui arriva d’humiler ses légionnaires en les forçant, sans vergogne, à ramasser des coquillages sur une plage de l’actuel rivage français. Sa façon de jubiler, quand il proférait des menaces contre une aristocratie depuis longtemps malmenée était légendaire. En une occasion célèbre, un déjeuner fastueux, on le surprit allongé près des deux consuls en train de s’esclaffer: « de quoi riez-vous? » lui demanda l’un des deux hommes. « C’est simplement l’idée, répondit-il, qu’il me suffirait d’un hochement de tête pour qu’on vous tranche la gorge sur le champ ».

Elle cite l’historien de Rome Edward Gibbon, sur les empereurs romains: « Le sombre et implacable Tibère, le furieux Caligula, l’imbécile Claude, le cruel et débauché Néron, le craintif et sanguinaire Doomitien. » La plupart se considérant comme des demi dieu ont fait consacrer de gigantesques ressources à leur prestige personnel: « Or, en ce même siècle, « la villa » comme on la désigne aujourd’hui, par euphémisme, qu’Adrien fit bâtir à Tivoli, à quelques kilomètres de Rome, était plus grande que la ville même de Pompéi. L’Empereur y recréa pour son plaisir un empire romain en miniature, avec les répliques des plus grandioses monuments et trésors qu’on y pouvait trouver – depuis les canaux d’Egypte jusqu’au fameux temple d’Aphrodite de Cnide, y compris la statue qu’il y abritait, plus célèbre encore, de la déesse nue. »

L’historienne insiste sur la vie quotidienne à Rome, en particulier un mode de vie inégalitaire, des conditions sanitaires terrifiantes pour les femmes et les enfants: un accouchement sur 50 entraîne le décès de la mère et la mortalité infantile est extrêmement élevée. La montée du christianisme ne semble pas avoir été, sur la période qu’elle couvre, un élément moteur de l’évolution de la société romaine, en ce début des sanglantes persécutions, mais plutôt un phénomène vécu comme marginal dans un contexte général de l’empire qui sous estimait son importance pour l’avenir. Mais dans le tableau qu’elle fait de la décadence politique de Rome, après la fin de la République, on voit bien que déjà s’expriment les germes d’une décadence venue du sommet, comme si la mégalomanie des empereurs reflétait leur impuissance croissante à assurer une domination effective sur un gigantesque empire à vocation universelle.

Maxime TANDONNET

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Le pari de la hauteur

Ce n’est pas être prétentieux que de dire qu’il faut prendre du recul et de la hauteur. Si j’en juge par les commentaires de mon dernier billet de blog, publié sur le Figaro Vox, le ton en est mal compris et les critiques fusent autant des partisans de l’occupant de l’Elysée que de ses adversaires qui me trouvent trop indulgent (je parle des commentaires sur le Figaro Vox)…

Il me semble que la question n’est pas d’adorer ou de lyncher. Elle est de faire un état des lieux de la République française depuis quelques années. DSK, Cahuzac, Léonarda, la crise des Sans dents, du livre « un président ne devrait pas dire ça », les présidentielles faussées par le scandale en 2017, aujourd’hui l’affaire Benalla! On me dit: oui, « mais ce n’est pas si grave, un garde du corps qui rompt une durite, et alors? ». Mais il faut voir les proportions que prend l’affaire: une révision constitutionnelle (acte juridique le plus fondamental dans une République) reportée sine die, c’est la première fois dans l’histoire! La disproportion est le signe d’une République fragile, malade. On me dit à l’inverse, non, c’est beaucoup plus grave que les affaires précédentes (violences physiques d’un proche collaborateur de l’Elysée).  Inexact! souvenons nous des crises de l’époque Hollande, Léonarda et autres… Trois semaines de Unes outragées etc. C’était la même chose au moins dans les effets!

Bref, une République, qui s’embrase et devient folle, au moins une fois par an dans d’épouvantables scandales (quelle qu’en soit l’origine), crises d’hystérie, est une République malade, à l’agonie. Il faut voir la France politique actuelle. Elle n’existe plus que dans les scandales, la bêtise émotionnelle (adorer ou lyncher), le culte de la personnalité d’un autre âge, l’amour ou la détestation d’une image médiatique omniprésente, les faux-semblants, les  mystifications par exemple l’idée que la France serait devenue un pays libéral alors qu’elle s’enfonce toujours davantage dans le socialisme avec ses prélèvements obligatoires,  contraintes sur l’entreprise (déclaration à la source), poids des dépenses publiques record. Et pendant que se déroule le grand spectacle tragi-comique, la France ne cesse de se fragmenter et de perdre du terrain: violence quotidienne, dette publique, frontières, autorité de l’Etat, école, communautarisme. De tous ces sujets décisifs pour l’avenir,  plus personne ne dit mot. Ils n’existent quasiment plus…

Je persiste et signe: en l’état actuel des institutions, du fonctionnement de l’Etat et surtout des mentalités, remplacer M. Macron par tout autre, n’importe quel autre, même en 2022, ne changerait strictement rien. Avec  tout autre, en l’état actuel du régime politique et de l’état d’esprit général, nous aurons six à 12 mois mois de gesticulations et de communication autour de la « présidence normale », ou « irréprochable », du renouvellement, d’un « monde nouveau » succédant à « l’ancien monde » (comment cela a-t-il pu si bien marcher, au pays de Montaigne de Descartes  et de Molière!), six mois de gesticulations et de réformes bidons, puis une chute de la popularité dans les sondages, les premières fractures d’une majorité, les états d’âme, enfin au bout d’un an environ, un vertigineux scandale et l’effondrement général.

Mon idée est celle d’une transformation profonde des états d’esprit qui passe par une prise de conscience: l’absurdité du présidentialisme dégénéré, qui concentre toute l’image de la puissance publique dans une figure présidentielle et se nourrit de la naïveté générale. Cette  image totémique a vocation à être adorée puis lynchée et entraîner ainsi la France politique dans l’impuissance et dans la chute.

Il faut que les Français réfléchissent à ce que doit être la République, la res publica, fondée sur le seul intérêt général, le bien commun, et non le culte idolâtre; la vérité comme principe absolu, et l’action authentique au service de la Nation. La France doit se remettre à réfléchir, et cesser de se prosterner ou de se morfondre. Ce qui compte, ce n’est en aucun cas le destin personnel ou les facéties d’untel ou d’untel, c’est la baisse des impôts et de la dette publique à long terme, la maîtrise des flux migratoires, la sécurité des biens et des personnes, la baisse du chômage et de la pauvreté, la grandeur et la liberté de la France dans le monde, l’avenir de l’Europe dans la tourmente planétaire. D’abord les idées et les projets, ensuite les personnalités, simples, modestes, entièrement dévouées au bien public, engagées collectivement, au seul service de ces idées et de ces projets et non de leur petite gueule. La France a besoin d’hommes  et femmes d’Etat, pas de piètres acteurs narcissiques en guise de politiques. Mais d’abord, une prise de conscience qui ne peut venir que de nous et de nous seuls. Réfléchir, avec le recul de la raison et faire circuler les idées.

Maxime TANDONNET

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Triste routine

Nous finissons par en avoir l’habitude. En France, un président de la République est élu dans l’euphorie, nouveau sauveur providentiel attitré. Puis, dans la foulée, une assemblée nationale est élue à sa botte, parce que beaucoup de sottise fait croire qu’il est essentiel de « donner une majorité au président ». Pendant six mois, l’enthousiasme est de règle, Unes dithyrambiques de Paris-Match, etc, reportages qui magnifient le demi dieu que la France s’est donnée. Le Président se rend compte bien vite de son côté que la réalité est infiniment plus complexe que le monde virtuel qu’il a conçu pour faire rêver les Français. Donc, pour s’accrocher à l’image qu’il a inventée de lui-même, il communique, s’agite, gesticule devant les caméras de télévision à tout propos, lance de fausses réformes les plus tapageuses et les moins utiles que possibles. Les président ne sont pas tous les mêmes, et ils le font avec plus ou moins d’habileté. Mais le syndrome de la déconnexion, du président coupé des Français, s’installe. D’ailleurs, il n’a rien d’illusoire: l’orgueil élyséen, le sentiment d’avoir accompli un prodigieux exploit et d’être devenu le « premier Français » est une sorte d’ivresse qui par définition, coupe du sens des réalités et du ressenti populaire, engendre un dangereux sentiment d’invulnérabilité et de toute-puissance factice: tout est permis, tout est possible!   Or, le peuple n’est pas complètement dupe et les sondages s’effilochent, mois après mois, dès septembre. La France d’en haut, médiatico-politique, celle qui s’exprime, commence à s’ennuyer. Alors tombe, au bout d’un an environ, l’heure de l’inévitable « scandale d’Etat ». Après Cahuzac et « Léonarda » vient l’affaire Benalla. Nous le savions, nous l’attendions, pas forcément de ce côté-ci mais le scandale dit d’Etat devait venir. Mon but n’est pas de réduire les responsabilités individuelles: dans les choix, les comportements, elles sont évidemment réelles. Mais pour autant, la perfection n’existe pas et quels que soient le président et son entourage, dans ce système qui concentre toute l’essence du pouvoir dans une image présidentielle, le scandale d’Etat est inévitable, au bout d’un an, qu’il vienne d’ici ou d’ailleurs. Mélenchon, le Pen, Hamon, ou tout autre, y compris des LR, au bout d’un an, seraient plongés dans un autre scandale d’Etat. Et alors, un système entièrement fondé sur l’image présidentielle s’effondre: finie la confiance, l’envie, l’enthousiasme. Maintenant, il faut tenir les quatre années qui viennent, malgré le rejet viscéral de la nation, dans la seule espérance d’une réélection, à la faveur du déchirement du corps électoral et du chaos politique.  Et c’est ainsi que la France, dans tous les domaines (économie, emploi, social, autorité de l’Etat, niveau intellectuel), plonge de décennie en décennies. Par où commencer? Mais par une prise de conscience de chacun d’entre nous! Le régime politique français (pas seulement les institutions mais aussi la culture politique) est à bout de souffle et entraîne le pays comme un boulet par le fond.

Maxime TANDONNET

(J’écris dans des conditions difficiles sur le plan d’Internet, sur un rocher Atlantique mal connecté et je vous prie de m’excuser de ne pas pouvoir répondre systématiquement aux commentaires!)

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La décomposition s’accélère

L’affaire Benalla qui ébranle le coeur même du pouvoir n’a rien d’une surprise. Elle est naturelle, presque évidente. Elle se situe dans la continuité des affaires DSK, Cahuzac, des « sans dents » et autres scandales de l’ère Hollande. Elle fait suite au premier tour de l’élection présidentielle truqué de 2017. Après le grandiose spectacle des récupérations politiciennes de la coupe du monde, une nouvelle faille fait vaciller le régime. Il fallait s’y attendre. Nous vivons dans un système hors sol, qui repose entièrement sur la sublimation d’une image individuelle, déconnecté de toute réalité économique, sociale, politique, engagé dans une logique de fuite du monde réel. Ce mode de fonctionnement n’existe que par la communication, la polémique, l’adoration imbécile et son autre facette, le lynchage inévitable. La chute dans l’impopularité est vertigineuse. Elle fait partie d’un système et mène à l’abîme. Sur ce site, nous ne cessons de le répéter depuis 14 mois. Le rêve n’est que l’autre versant du cauchemar et le mouvement s’accélère le plus normalement du monde. Il faut refonder la politique française de A à Z en mettant fin à l’extrême personnalisation du pouvoir qui est la pire forme de la crétinerie en politique, l’aboutissement ultime de la chute dans la bêtise. Il est urgent de recentrer la politique sur le réel et uniquement le réel: la lutte contre le chômage et la pauvreté, l’ordre républicain, le respect des frontières, la sécurité, le renouveau de l’école et de l’intelligence collective, etc.  La question centrale n’est pas de remplacer un acteur élyséen par un autre. Elle est de restaurer la politique, la démocratie française, en la tirant du rêve pour la remplacer dans le réel.  Grande question: à force de scandales et d’échecs, la prise de conscience finira-t-elle par s’imposer?

Maxime TANDONNET

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La réforme constitutionnelle (édito de M. Julien Aubert, député LR)

Edito : Le drôle de match (Les trois visages de la réforme constitutionnelle)

Cette semaine s’ouvre au Parlement le débat sur la révision constitutionnelle, un sujet touffu d’où émergent quelques propositions qui semblent accessoires (permettre au Président de parler au Congrès, limiter le droit d’amendement…) et bien éloignées du quotidien des Français. Ce qui est difficile à expliquer c’est que la réforme a elle-même été scindée en 3 volets : ce qui relève de la constitution, ce qui relève d’une loi organique (le nombre de députés par exemple) et ce qui relève d’une simple loi (le mode de scrutin).

Si je ne retiens que ce qui relève strictement de la constitution, on aurait tort de croire que débat est anodin : autant la majorité compte introduire un certain nombre de gadgets symboliques (supprimer le mot race, enlever du conseil constitutionnel les anciens présidents, etc…), autant certains détails qui viennent redéfinir les « règles du jeu démocratique » sont capitaux pour déterminer dans quelles conditions on pourra régler les problèmes qui empoisonnent la vie des Français.

En réalité, c’est comme au football : passer des heures à discuter de l’opportunité de l’arbitrage vidéo n’amène en soi aucun plaisir immédiat à un supporter qui y verra une perte de temps. Mais les matchs futurs ne seront pas joués de la même manière suivant la manière dont on arbitrera…

Les aspects les plus délétères de la réforme touchent au rapport de force entre le Gouvernement et le Parlement. Dans le combat qui s’ouvre trois camps se font face.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par exposer la philosophie des réformes voulues par l’Exécutif. Au plan des institutions nationales, Emmanuel Macron ne fait que déformer un peu plus la Vème République en renforçant la présidentialisation.

Il s’agit de réaliser un vieux fantasme, que depuis 20 ans, réforme après réforme les politiques de tous bords confondus ont cherché à assouvir sans l’avouer : imiter la constitution américaine, où le Président se confond avec l’Exécutif, en pensant que singer les pouvoirs constitutionnels du Président américain nous transfèrera un peu de la puissance americaine. C’est une erreur : si les Etats-Unis sont une superpuissance mondiale, le Président américain a beaucoup moins de pouvoirs que le Président Français au sein de son ordre juridique interne, car le Président Français n’est pas censé être le capitaine de l’équipe gouvernementale mais l’arbitre du match. Obama ou Trump ne peuvent ainsi pas dissoudre le Congrès et nombreux sont les présidents qui ont passé la moitié de leur mandat en cohabitation avec un Congres hostile.

Le Président français est censé être au dessus des partis, une position que le quinquennat a malheureusement affaibli.

Emmanuel Macron, après avoir importé des Etats-Unis la mise en scène de la promulgation des lois, qui n’est pourtant qu’une simple étape technique, veut désormais son « discours de l’Etat de l’Union » annuel, discours lors duquel l’Exécutif américain présente les grandes orientations de politique générale.

Problème : en France, c’est le Premier ministre qui mène cette politique, c’est lui le capitaine de l’équipe, la contrepartie étant la responsabilité devant le Parlement et le droit présidentiel de dissolution. S’il continue dans cette voie, et que le Président peut débattre avec le Parlement de sa politique, on finira par supprimer le Premier ministre, inutile, le droit de dissolution, et réintroduire le découplage partisan Executif/Legislatif. On aura un match avec deux équipes, sans arbitre…Car imagine-t-on un capitaine d’équipe qui pourrait siffler des penalties ?

Surtout, Emmanuel Macron n’a retenu que ce qui l’intéressait de la constitution américaine. Il a oublié que le Parlement (Congrès) américain est beaucoup plus puissant que son alter-ego Français. Avec des cabinets de 10 à 15 collaborateurs, des moyens inquisitoriaux, et aucun juge supranational capable d’annuler la loi, les parlementaires américains sont certes moins nombreux mais ils pèsent. En voulant limiter les moyens du Parlement de discuter/amender les projets de loi, Emmanuel Macron fait l’inverse. L’instauration de la dose de proportionnelle, qui ne relève pas de la constitution proprement dite, complètera le tableau : plus le Parlement est divisé, plus le Président est fort. Jouer à 11 lorsque le Parlement n’a que 5 joueurs, c’est plus facile pour marquer des buts…

Voilà pourquoi face à cette transformation rampante du régime Français (parlementaire) en régime américain (présidentiel), qui n’est que la conséquence du quinquennat qui a fait du Président un super-Premier ministre, j’ai déposé des amendements visant à moderniser la Vème République en revenant sinon à la lettre, du moins à son esprit. Je propose des mandats législatifs de 4 ans (au lieu de 5), avec une Assemblée nationale renouvelée par moitié tous les 2 ans, et un Président élu pour 8 ans (au lieu de 7, puis 5).

Cela voudrait dire quoi ? Que l’année prochaine, avec mon système, plus de 280 députés, dont 150 en Marche remettraient leur poste en jeu et qu’en cas de rejet de la politique menée, un autre gouvernement bâti sur une autre majorité prendrait les manettes. Au lieu d’avoir 5 ans de Macronisme triomphant, les Français en auraient 2, puis de 2 à 6 ans de cohabitation, en fonction du succès des politiques menées. Réfléchissez y…

Avec un mandat plus long, le Président reprendrait de la hauteur, ce qui supposerait en cas de cohabitation de lui laisser le dernier mot sur des domaines qu’on doit protéger des à-coups : les Affaires étrangères, la Défense, la Recherche et la Justice.

Ce débat constitutionnel a également fait remonter des profondeurs un troisième camp, en opposition aux atlantistes macronistes, un camp dont j’ignorais la présence aussi massive : une Gauche anti-républicaine, qui veut désagréger la Nation en supprimant le français comme langue officielle, ou la référence à un seul peuple français, ou encore en accordant le droit de vote – donc la citoyenneté – aux étrangers extra-européens. Cette Gauche communautariste ou ultra-régionaliste est – n’hésitons pas à le dire – l’ennemie de la République une et indivisible. Son inconscience ou son impertinence montre qu’elle n’hésite plus à dire haut et fort son objectif qui est de saper les fondements mêmes de la Révolution française. Dans ma métaphore footballistique, ils seraient l’équivalent des hooligans faisant irruption sur la pelouse…

Que penser de cette passion pour le melting pot ? En leur temps, les Romains eurent la riche idée de faire citoyens tous les barbares, en les affranchissant du service dans la légion. L’édit de Caracalla date de 212. La civilisation romaine avait presque mille ans. Deux siècles à peine plus tard, elle s’effondrait.

Voilà pourquoi face à un centre qui cherche son inspiration à l’étranger, outre-atlantique, et la Gauche, qui aime l’Humanité mais plus la France, il y a la place pour un rassemblement large de tous ceux qui aiment la République, la France, et les institutions éprouvées qui sont les nôtres.

Julien AUBERT

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Lectures d’été

Aucune envie de commenter l’actualité, dans le grand maelström de bêtise qui caractérise en ce moment le pays. Non, non, non, ce n’est pas du mépris, mais de la défiance envers l’instinct de meute sous toutes ses formes. Pour tenter de résister à la  loi du troupeau (pour tenter), à chacun sa méthode. Et la mienne  n’est sûrement pas meilleure qu’une autre. Besoin de solitude, de silence, d’infini, sauf le murmure du vent et le crépitement des vagues, de coucher de soleil sur la mer et d’horizon. Et de lecture. Voici 10 ouvrages de résistance intellectuelle, courts essais d’environ 200 pages,  à emporter en vacances. Leur présentation ici ne signifie pas adhésion envers les thèses de leurs auteurs, mais simplement que leur lecture m’a un jour bouleversé (il y a parfois longtemps) et que je recommande très chaleureusement:

  • Penser la Révolution française, de François Furet: la Révolution puis la Terreur sont nées de l’idéologie de la table rase à la source d’un enchaînement d’événements  échappant à toute maîtrise et conduisant à l’apocalypse, une révolution se dévorant elle-même.
  • Le totalitarisme, Hannah Arendt: la société industrielle et urbaine engendre un homme déraciné, privé de repères traditionnels, intellectuels, éthiques, manipulable à merci et récupérable par les pires fanatismes sanguinaires qui se rejoignent dans l’atrocité des camps de concentration (soviétisme et nazisme).
  • La violence et le sacré, René Girard: la concurrence des désirs, fondement de la nature humaine, est la source d’une violence exacerbée que la société parvient à régler en la canalisant sur un bouc émissaire, qui devient par là-même sacralisé.
  • Mythes et mythologies politiques, de Raoul Girardet: la culture politique contemporaine est dominée par quatre mythes ou mythologies, thèmes fondateurs toute sensibilité et discours idéologique  : l’âge d’or (le passé heureux), l’unité nationale (la nation rassemblée), la conspiration (le complot), et le sauveur (l’homme providentiel).
  • Le fil de l’épée, de Charles de Gaulle: l’autorité et le prestige d’un homme dépendent du silence, de la discrétion, de la distance, du mystère dont il enveloppe sa personne. Un groupe d’hommes minoritaire, déterminé et éclairé – une élite – est l’outil indispensable de toute action collective.
  • L’ère du vide, de Gilles Lipovetsky: l’époque contemporaine se caractérise par son nihilisme, l’effondrement des valeurs traditionnelles, de solidarité, de patriotisme, ou religieuse, se traduisant par un narcissisme exacerbé.
  • La psychologie des foules, de Gustave le Bon: dans la grande foule qui caractérise la vie moderne, la raison s’efface et laisse la place au despotisme des passions et des émotions qui entraînent l’humanité dans la folie.
  • Malaise dans la civilisation, de Sigmund Freud: la civilisation c’est-à-dire la morale et la culture, servent à contenir les instincts profonds des hommes qui laissés à eux-mêmes les conduiraient à s’entre-tuer. Mais quand la pression est trop forte, le couvercle explose et cela donne les guerres et les révolutions.
  • L’étrange défaite, Marc Bloch: la débâcle (de 1940, mais au-delà, toute débâcle), est avant tout intellectuelle: une société s’affaiblit et se désintègre quand elle ne dispose plus des fondements de l’intelligence qui lui permettent de comprendre l’évolution du monde et de s’y adapter.
  • Qui sommes-nous? Samuel Huntington: une vision prophétique du monde moderne ou les conflits d’identités et de religions l’emportent sur les conflits frontaliers traditionnels, les guerres civiles l’emportant sur les guerres internationales.

Résistance intellectuelle: ce que j’appelle l‘intelligence n’est en aucun cas l’érudition, mais la curiosité, l’envie d’en savoir et d’en comprendre davantage. « Tout ce que je sais est que je ne sais rien ». Au fond, tout livre bien écrit est une pépite de bonheur et d’intelligence. Ce point est fondamental: un bon livre doit obligatoirement donner du plaisir, plaisir du dépaysement, de l’évasion, du sentiment de s’instruire. Il n’existe pas de bon livre sans le plaisir. Il doit être accessible, bien écrit avec des phrases simples et claires: sujet, verbe, complément. Surtout, ne jamais perdre de temps avec un livre mal écrit, ennuyeux ou incompréhensible. En matière de lecture la forme et le fond se rejoignent.

Maxime TANDONNET

 

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