Histoire: les accords de Munich, 30 septembre 1938

A la suite  de sa nomination comme chancelier de l’Allemagne, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler multiplie les coups de forces contre les démocraties, suivant à la lettre le projet qu’il avait annoncé dans son livre écrit en prison, Mein Kampf.  Bafouant le traité de Versailles, en 1934, il rétablit le service militaire en Allemagne. Toujours en violation avec l’une des clauses essentielles de ce traité de paix, l’armée allemande occupe la Rhénanie démilitarisée en mars 1936, menaçant directement la France. Le gouvernement radical d’Albert Sarraut, n’ayant pas le soutien de l’Angleterre, refuse d’intervenir – alors que l’armée française est encore à l’époque en position de force – et se contente de protestation. En mars 1938, Les nazis annexent l’Autriche (l’Anschluss), sans plus de réaction des démocraties qui ferment les yeux.

Puis, Hitler réclame en septembre 1938 l’autodétermination pour les 3,2 millions d’Allemands qui peuplent la région des monts Sudètes, en Tchécoslovaquie. Le Royaume-Uni et la France sont engagés, par des traités, à défendre l’intégrité territoriale de ce pays.

Le Premier ministre britannique Neville Chamberlain multiplie les gestes d’apaisement envers Hitler et lui rend visite le 15 septembre puis le 22, après avoir persuadé les Tchécoslovaques de la nécessité de trouver un arrangement. Hitler choisit de surenchérir et exige une cession des Sudètes dès le 1er octobre suivant, menaçant d’envahir le territoire à cette date… Chacun craint le pire.

Le 28 septembre, alors que la guerre semble imminente, le Duce italien Mussolini propose une conférence internationale de la dernière chance… en l’absence des principaux intéressés, les Tchécoslovaques. Dès le lendemain 29 septembre, Hitler accueille Mussolini en gare de Munich. Le Britannique Chamberlain et le président du Conseil Français (Premier ministre) Edouard Daladier, arrivent chacun de leur côté en avion.

Daladier et Chamberlain acceptent un «compromis» présenté par Mussolini par lequel le gouvernement de Prague est tenu d’évacuer les Sudètes dans les dix jours et de démanteler ses forteresses de la frontière…Dès le lendemain, l’armée allemande pénètre en Tchécoslovaquie et annexe les Sudètes. Hitler rectifie de son propre chef les frontières du pays en attendant de le conquérir tout entier.

A sa descente d’avion, Neville Chamberlain, n’hésite pas à affirmer que le Führer «est un homme sur qui l’on peut compter lorsqu’il a engagé sa parole».

La France est gagnée par une vague d’euphorie. Une foule gigantesque accueille Daladier au Bourget. Dans les rues de Paris, sur la place de la Madeleine, rue Royale, place de  la Concorde, et sur les Champs Elysées, des dizaines de milliers de Parisiens, convanincus que la paix est sauvée, se pressent pour acclamer le président du Conseil à son passage. La presse est unanime pour approuver les accords. L’ensemble des journaux, de toutes tendances, de l’extrême gauche à l’extrême droite, titrent « la paix ! » Paris-Soir tire à deux millions d’exemplaires et lance une souscription pour offrir une « Maison de la paix à Chamberlain ».

La classe politique soutient, à sa quasi-unanimité les accords de Munich. Daladier annonce le 4 octobre à la Chambre: « Aujourd’hui, je peux vous dire que dans cette crise, nous avons sauvé la paix. » Léon Blum, chef du parti socialiste, approuve les accords de Munich: « Tout entier, le groupe participe aux sentiments qui animent d’ailleurs l’unanimité de la Chambre: une joie profonde quand il considère que le peuple de notre pays a été délivré d’une catastrophe dont l’imagination même ne parvient pas à se représenter l’horreur. » La gauche, la droite, le parti radical (le centre) votent la ratification des accords presque à l’unanimité. L’Action française de Charles Maurras (royaliste et nationaliste) soutient le compromis. L’ensemble des courants d’extrême droite se montre particulièrement euphorique et encense Daladier. Le parti communiste, en revanche s’y oppose, dans un réflexe d’alignement sur l’URSS de Staline.

A cette exception près, à la Chambre une seule voix dissidente, une seule,  s’exprime contre le consensus général, celle d’un homme de droite modérée, Henri de Kérillis, journaliste à l’Echo de Paris, absolument seul contre tous. Ce dernier fustige le climat de lâcheté générale; visionnaire, persuadé que cette concession n’évitera pas la guerre, il exige le respect de la parole de la France envers la Tchécoslovaquie et réclame une intervention militaire immédiate, contre l’Allemagne nazie , qui ne cesse de gagner du temps pour se renforcer militairement. «Ils ont accepté le déshonneur pour éviter la guerre. Ils auront le déshonneur et la guerre», résume de son côté Winston Churchill.

En effet, aussitôt les accords signés, en violation de ses engagements, Hitler convoque à Berlin le président tchèque et le somme de «remettre en pleine confiance entre les mains du Führer le destin du peuple et du pays tchèques» sous peine de réduire Prague en cendres. Puis, 15 mars 1939, l’armée allemande occupe sans combat la Bohême-Moravie, la Slovaquie devient un pays indépendant mais vassal du Reich. Aussitôt après, le Führer se retourne contre la Pologne et après maintes et maintes nouvelles capitulations des démocraties, et la signature du pacte Molotov/Ribbentrop par lequel l’Allemagne s’entend avec l’URSS pour se partager les dépouilles de la Pologne, écrase ce pauvre pays en septembre 1939, dont 20% de la population sera exterminée. La deuxième guerre mondiale est déclenchée…

Maxime TANDONNET

 

Sources : Histoire des relations internationales, Jean-Baptiste Duroselle

 

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Qu’espérer encore de la politique?

Jamais dans l’histoire récente, la débâcle de la vie politique française n’avait atteint un tel niveau. Aucune formule, aucun mot ne saurait décrire les sentiments que m’inspire la décision annoncée aujourd’hui. Si un tel état d’esprit  avait prévalu depuis un demi siècle, la France n’aurait pas d’autoroute, pas de centrale nucléaire, ni  de barrage, pas d’usine, Roissy n’existerait pas. Bref, la France serait un pays sous-développé, une sorte de terrain vague au cœur de l’Europe. Aujourd’hui, nous vivons sur l’acquis des années 1960 à 1980, mais jusqu’à quand? Dans cette affaire, le sens de l’Etat a fait défaut à la majorité au pouvoir. Mais dans les autres courants politiques, l’effondrement est identique. Ne parlons pas de « la droite nationale » qui n’en finit plus de sombrer dans le néant morbide. Les ruines du parti socialiste sont noyées dans la démagogie débile, à l’image de ce leader qui propose de verser 50 000 euros à chaque jeune, prélevés sur les majors d’Internet (Google, etc. ), comme un vulgaire parti extrémiste (droite ou gauche). Le PS irrémédiablement gauchisé a cessé d’être un « parti de gouvernement ». Quant aux Républicains, l’attitude de ses ténors vaincus qui démissionnent,  après avoir perdu, montre la force de leurs convictions. Bref, la politique poursuit sa désintégration, gangrenée par le narcissisme obsessionnel et la disparition du sens de l’intérêt général. Il reste M. Laurent Wauquiez et son équipe. Qu’en penser? Pour l’instant, mon état d’esprit est dubitatif. Sur le fond des grands dossiers de l’époque – autorité de l’Etat, dette publique, fiscalité confiscatoire, économie, immigration, Bruxelles – il donne le sentiment d’être mieux armé sur le plan intellectuel que les autres politiciens, sans exception. Pourtant, certains de ses réflexes me paraissent incompréhensibles: dire que l’on vise « la présidence de la République », 4 ans 1/2 à l’avance, dans le contexte d’une France qui ne supporte plus, et de moins en moins, le carriérisme politicien, me semble dénoter une faille préoccupante dans sa perception du pays. Alors? Accepter une situation de débâcle générale de la politique, l’absence de toute issue visible à la crise présente, et poursuivre le débat d’idées, sans illusion excessive mais avec l’espérance de jours meilleurs et d’une prise de conscience qui viendra sans doute de la base et non du sommet.

Maxime TANDONNET

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Démographie, statistiques de l’immigration par Michèle Tribalat

Mme Michèle Tribalat, démographe à l’institut national des études démographique (INED), communique sur son site les données suivantes .

Statistiques sur les flux d' »entrées » 16/1/2018

Alors que l’Insee vient de publier son bilan démographique (provisoire) pour 2017, avec un nombre de naissances encore en baisse (728 000 en 2017 contre 802 000 en 2010 en France métropolitaine) et une fécondité elle aussi en baisse (1,85 enfant en 2017 contre 2,02 enfants en 2010 en France métropolitaine), le ministère de l’Intérieur met en ligne les chiffres définitifs sur les premiers titres de séjour délivrés en 2016 et une estimation pour 2017.

Le flux estimé en janvier 2017 pour l’année 2016 a été revu à la hausse mais reste très proche de l’estimation : 230 353 titres délivrés contre 227 550.

Par contre une hausse importante est annoncée pour 2017 (+13,7 %) qui concerne à peu près tous les postes, mais surtout les titres délivrés pour motif humanitaire (+35 %), pour motif économique (+20,5 %) et les titres délivrés aux étudiants (+19,6 %).

 

2016 2017
Économique 22982 27690
Familial 89124 91070
Étudiants 73644 88095
Humanitaire 29862 40305
Divers 14741 14840
Total 230353 262000

À l’heure où l’on entend encore dire que la France n’est plus vraiment un pays d’immigration ou que les flux d’entrées tournent, ces dernières années, autour de 200 000 par an, indiquant ainsi une stabilité, il n’est pas inutile de retracer, en juxtaposant différentes séries, l’évolution des flux depuis le milieu des années 1990.

Xavier Thierry a estimé chaque année, de 1994 à 2006, le flux d’entrées à partir des titres de séjour d’une validité d’au moins un an et d’une estimation des entrées de mineurs. Figure sur ce graphique son estimation d’entrées en provenance de pays tiers dans la définition de 2004 en France métropolitaine.

L’Insee estime à partir des enquêtes annuelles de recensement (en utilisant les questions sur l’année d’entrée et la résidence antérieure qui, depuis l’enquête de 2011, concerne la résidence un an auparavant) les entrées d’immigrés chaque année (toutes origines, pays tiers ou non) en France (entière).

Eurostat publie également des données sur les titres de séjour, vraisemblablement sur le même champ géographique que l’Insee (France entière), en distinguant la durée du titre de séjour.

Dans tous les cas, les titres de séjour concernent des majeurs (puisque les mineurs ne sont pas tenus d’en disposer) et les originaires de pays tiers à l’Espace économique européen.

La diversité des définitions, du champ géographique des provenances, de l’âge, de la source et du champ géographique des arrivées (France entière ou métropolitaine) sont de bonnes raisons pour que les chiffres ne soient pas les mêmes.

Cependant, la tendance est sans équivoque et à la hausse avec une accélération en fin de période. Si le flux de 2017 devait être confirmé, cela représenterait un doublement par rapport à 2000, d’après la série du ministère de l’Intérieur. On devrait donc, normalement, cesser d’entendre des commentaires sur la stabilité des flux autour de 200 000, comme le prétendait François Héran dans son livre publié en 2017 (voir : http://www.micheletribalat.fr/434831497)

C’est bien moins, relativement, qu’en Allemagne ou en Suède, mais c’est une augmentation indubitable. Par ailleurs, ces flux ne comprennent pas les étrangers arrivés récemment, dont certains ont été déboutés du droit d’asile chez nos voisins, et qui vivent dans un habitat provisoire ou dans des lieux d’accueil eux aussi provisoires. Les flux sur les titres de séjour ne comprennent pas non plus les étrangers en cours de procédure pour l’obtention (ou non) d’un titre. Le ministère de l’Intérieur ne publie des données que sur le résultat en fin de procédure, lorsque le titre de séjour, pour un motif ou pour un autre, est octroyé.

L’affirmation selon laquelle la France n’est plus vraiment un pays d’immigration n’est pas confirmée par l’évolution de la population immigrée en France. Les deux graphiques ci-dessous représentent 1) le taux d’accroissement moyen annuel de la proportion d’immigrés de 1911 à 2015 et 2) l’évolution de la proportion d’immigrés sur la même période.

Si l’on a traversé à peu près 25 ans, entre 1975 et 1999, sans que la population immigrée ne s’accroisse, nous avons renoué ensuite avec une évolution voisine de celle observée pendant les Trente Glorieuses, deuxième vague migratoire de l’histoire du vingtième siècle. Rien de comparable aux années 1920, et notamment aux années 1921-1926 pendant lesquelles la proportion d’immigrés s’est accrue de 9,1 % par an, en moyenne. Pour rivaliser avec les années 1921-1926, il faudrait que la population immigrée ait augmenté de 3,2 millions en cinq ans, de 2010 à 2015. Cet accroissement, dans les années 1921-1926, s’est produit dans une population immigrée de 1,4 million en 1921 (soit 3,7 % de la population de l’époque), qui a gagné en cinq ans 860 000 personnes, soit près de quatre fois moins.

En 2015, la proportion d’immigrés en France métropolitaine est la plus élevée jamais connue (9,3 %).

 

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Echange avec Etienne Tarride

Cher Monsieur Tandonnet

Vous posez de manière quasiment explicite une question redoutable pour tout Gaulliste, celle de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct.
Il serait trop facile de s’en tirer en affirmant que ce mode d’élection était nécessaire à l’époque mais est devenu obsolète pour telle ou telle raison. Il faut en revanche rappeler quatre considérations fondamentales.
– L’instauration du quinquennat qui fait coïncider dans le temps les mandats du Président et de l’Assemblée a considérablement aggravé les choses.
– Tous les Présidents de la République après Georges Pompidou ont été élus par défaut, c’est à dire par hostilité à leurs adversaires principaux.
– Les Présidents réélus l’ont, l’un et l’autre, été en qualité de candidats de l’opposition du fait le la cohabitation.
– Les seconds mandats ont été infiniment plus négatifs que les premiers, alors que le Président pouvait juridiquement se représenter.

Rien ne permet de penser, bien au contraire, que l’abrogation de l’élection présidentielle au suffrage universel ne créerait pas un retour aux conditions de faiblesse de la 3 ème et 4 ème République, l’instabilité gouvernementale chronique. Dans un système d’Assembléet s’ils avaient été au pouvoir donc Premiers Minsitres, Sarkozy aurait été renversé plusieurs fois, Hollande beaucoup plus, Macron n’aurait pas survécu à la réduction des APL.

Ceux qui se refusent à détruire ce que De Gaulle a voulu, et j’en fais partie, la moins mauvaise solution me semble être le retour au septennat mais unique, c’est à dire que le Président ne pourrait jamais se représenter. On peut espérer alors, sans en avoir la certitude, mais cette certitude n’existe pas sur la terre, qu’il se consacrerait à l’essentiel.

Etienne Tarride

…………………………………………………………………………………………………………………………..

Cher  Maître, cher Monsieur Tarride,

J’approuve l’ensemble de votre constat, plus encore votre proposition sur le septennat unique, et votre message me fournit une occasion de préciser ma réflexion sur ces thèmes.

Il me semble que l’opposition entre régime d’assemblée et  régime présidentiel est dépassée et n’a plus grand sens. Les institutions ne sont pas une fin en soi: elles ne comptent que par leur impact sur l’intérêt général, le bien commun d’une nation. Or, depuis une quarantaine d’années, par-delà la diversité des majorités, des hommes et femmes qui se sont succédé au sommet de l’Etat, sauf à fermer les yeux, nous voyons bien que la situation de la France, même si son régime n’est plus formellement un régime d’assemblée,  se dégrade sur tous les plans (violences, dette, fiscalité, chômage, éducation nationale, autorité de l’Etat, chaos sociétal, maîtrise des frontières, etc.)

Le régime d’assemblée de la IIIe république et de la IVe était profondément nocif, car il favorisait l’instabilité gouvernementale, donc rendait la France ingouvernable, sauf en certaines périodes (Méline, Waldeck, Clemenceau…)

Mais il se trouve qu’aujourd’hui, la situation n’est pas meilleure. Le régime actuel, la Ve travestie, bénéficie de l’illusion de la stabilité, mais son incapacité à améliorer la réalité me semble encore plus avérée.

Entièrement fondé sur l’image narcissique, il se traduit par une fuite dans la démagogie, les manipulations, le déni constant des réalités et de l’intérêt général. Le culte de la personnalité, comme masque de la crise profonde que traverse la France, ne correspond en rien au projet gaullien. Le mal du régime d’assemblée, le carriérisme, le clanisme, le corporatisme contre intérêt général, le copinage, le culte de la vanité, l’obsession de la réélection au prix de toutes les démagogies et renoncement, a gangrené l’Etat dans son ensemble. Le régime actuel reproduit les maux du régime d’assemblée, mais en pire, désormais incarnés dans l’exécutif, donc figés, immobiles, incrustés.

Je n’ai guère de doute qu’un château bâti sur le sable des illusions et des émotions, est fragile et menace de s’effondrer  à tout moment. Le désastre surviendra au moment où nul ne l’attendra. La réforme des institutions est certes nécessaires mais elle n’est pas l’essentiel. C’est un changement d’état d’esprit général des politiques, des élites médiatiques et économiques, mais aussi une prise de conscience populaire, un retour à la notion d’intérêt général qui peut nous sauver et sur lequel il faut fonder notre espérance. C’est à cela qu’il faut travailler.

Bien cordialement

Maxime Tandonnet

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Un modèle politique empoisonné

Voilà ce que j’aimerais tant faire comprendre à mes amis. Critiquer un homme n’a aucun intérêt. Haïr et dénigrer M. X, Y ou Z, président de la République, est à mes yeux aussi stupide que le vénérer, le même signe express de crétinisme. Lynchage et idolâtrie sont les deux faces d’une même bêtise. C’est un système politique qui atteint aujourd’hui la quintessence de la médiocrité. D’après ce modèle, qui prévaut depuis des décennies – il ne date pas de 2017 – , la France, manipulée par les journaux télévisés et les radios, se donne un roitelet pour cinq ans, avec l’adhésion initiale d’environ un cinquième du corps électoral. Celui-ci, bavarde, gesticule, rayonne, se pavoise dans les écrans de télévision, captant à lui seul toute la lumière médiatique, et écrasant les autres sources réelles ou supposées du pouvoir politique, gouvernement, Parlement, collectivités locales. L’image personnelle d’un homme, chèrement conquise pendant le scrutin, s’impose comme le but ultime de toute politique avec, en toile de fond, une priorité absolue : sa réélection. Mais derrière le grand spectacle émotionnel, d’amour ou de haine, autour d’un culte de la personnalité, le pays s’enfonce peu à peu dans l’indifférence, de décennie en décennie: écrasement fiscal, dette publique, violence, terrorisme, communautarisme, désindustrialisation, chômage de masse, pauvreté, bidonvilles, hausse des flux migratoires, record européen de prélèvements sociaux et fiscaux, effondrement du niveau scolaire, déclin scientifique, pauvreté galopante, exclusion, destruction de l’autorité de l’Etat. Le système politique est intrinsèquement impuissant: centré autour de l’image d’un homme, fondé sur le principe de vanité, il tend inexorablement vers le renoncement. Il n’a qu’un but, manipuler l’opinion pour sauvegarder l’image. Dès lors, il verse dans la communication à outrance, et pire, les fausses réformes, qui doivent faire un maximum de bruit mais heurter le moins possible le monde réel  pour éviter le risque de provoquer une crise fatale à cette image. La démagogie est son essence; l’agitation, les polémiques, les scandales, son quotidien servant à couvrir sa fuite devant la réalité. Emblématique de la médiocrité ambiante, le compliment suprême qu’agitent en ce moment la presse et les médias: « Il incarne bien la fonction ». La question n’est pas là! L’essentiel est-il l’intérêt de la France à long terme ou la splendeur d’une « fonction »? Mais en l’absence d’une prise de conscience du naufrage d’un système et de la révolution politique nécessaire, bien au-delà d’un changement d’homme dans cinq ans, rien ne sera plus jamais possible.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Les Français, pris pour des con-plotistes

Un sondage IFOP/fondation Jean Jaurès vient de paraître et il a fait couler beaucoup d’encre, enthousiasmé la presse et les médias. Il débouche sur le constat que 8 Français sur 10  adhèrent au moins une théorie du complot. La presse, les médias, les experts professionnels se déchaînent, dénoncent un phénomène gravissime et inquiétant, sorte de quintessence du populisme infâme qui ravage la France. Il y a les gens éclairés qui parlent à la télévision et à la radio, dénoncent la théorie du complot et le conspirationnisme et la masse de imbéciles qui croient au complot. Et les experts s’en donnent à coeur joie.  « Le plus inquiétant dans cette étude, c’est de voir que c’est un phénomène majeur », commente un membre de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès.

L’adhésion à différentes théories complotistes :
Indicateur
Question : Et pour chacune des opinions suivantes, êtes-vous tout à fait d’accord,
plutôt d’accord, plutôt pas d’accord ou pas d’accord du tout ?
Ensemble des
Français
Décembre 2017
(%)
• Ne croit à aucune théorie …………………………………………………………. 21
• Croit à 1 théorie ………………………………………………………………………. 18
• Croit à 2 théories …………………………………………………………………….. 14
• Croit à 3 théories …………………………………………………………………….. 13
• Croit à 4 théories …………………………………………………………………….. 9
• Croit à 5 à 6 théories ………………………………………………………………… 12
• Croit à 7 théories et plus …………………………………………………………… 13
TOTAL…………………………………………………………………………………….. 100

Les théories du complot auxquelles il est fait référence sont des plus hétéroclites: la terre est plate, la CIA a participé à la l’assassinat de Kennedy, l’homme n’a jamais marché sur le lune, il existe une oligarchie planétaire visant à l’instauration d’une dictature mondiale, le 11 septembre 2001 est une manipulation, Dieu a créé les hommes et la terre (sic), le réchauffement climatique est une invention, les révolutions française et russe ont été organisée par des sociétés de pensée. Cette étude fait bien entendu la joie des journaux et des médias et le bonheur hystérique des experts. Par un étrange amalgame, elle définit comme adhésion à la théorie du complot aussi bien des idées stupides (la terre est plate, notons que 9% des Français sont censés le croire) et des opinions somme toute respectables, ou considérées, jusqu’à présent, comme respectable (croire en Dieu par exemple…). D’ailleurs certains thèmes dits complotistes ne paraissent pas de prime abord si absurdes (rôle des sociétés dans la Révolution, voir « Penser la révolution française de François Furet)

Cette étude aboutit au constat implicite que 79% des Français sont idiots (restons polis). Il y aurait une petite minorité de gens intelligents, 21%, grosso modo, la France dite « d’en haut »qui ne croit à aucun complot, et en face,  une grande masse d’imbécile « complotistes ». Ce sondage nous dit: il faut marcher droit et penser plus droit encore, c’est à-dire, suivre la parole médiatique et surtout, ne croire en rien d’autre. Croire en Dieu (par exemple), ou penser comme François Furet, que les clubs et sociétés ont joué un rôle dans les révolutions,  ou encore que la CIA a trempé dans l’assassinat de Kennedy (ce qui n’était pas totalement exclu me semblait-il), est équivalent à croire que la terre est plate, donc être un imbécile.  Ce sondage est révélateur d’un état d’esprit détestable qui vise à achever d’uniformiser la pensée et à promouvoir une société de clones. Et de bons électeurs.  Marcher droit, pensez droit, voter droit, s’en tenir aux sentiers battus; ou être un complotiste, un imbécile. Il faut choisir…

Maxime TANDONNET

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Sur la polémique Catherine Deneuve

Tribune de Philippe

Bonjour Maxime, Bonjour à tous
Si vous me le permettez j’aimerai intervenir sur votre blog.
Je suis sidéré par le lynchage collectif de Catherine Deneuve pour sa tribune sur Le Monde.
Le niveau de crétinerie atteint des summums.
Ministre, politique, journaliste homme ou femme, et autres individus, se déchainent. Violence verbale, propos orduriers, tout est permis, le grand lynchage public.
Le débat d’idées n’a plus court dans notre soi-disant pays des droits de l’homme.
Le droit de s’expliquer librement vous est interdit. Les inquisiteurs, les Torquemada, la police politique contrôle tout. Une minorité de bien-pensants se considèrent comme la conscience de la morale, et seule détentrice de la vérité et qui ne supporte aucune contradiction et ne veulent pas voir la réalité des faits. Ces gens qui traitent ceux qui ne pensent pas comme eux de racistes, de sexistes, de néo-nazis sont en fait des dictateurs en herbe. L’idéologie, l’angélisme ont toujours menés aux dictatures.
Désormais, la femme est une victime et l’homme est un vilain prédateur et chasseur.
Dire à une femme qu’elle est jolie devient du harcèlement. Selon les sondages une femme sur deux est victime de harcèlement etc. Internet est devenu le tribunal populaire où l’on désigne tel ou tel et on le condamne aussitôt, la présomption d’innocence est bafouée, ainsi que le droit pour l’accusé public de se défendre.
Je connais personnellement une procureure, avec qui je conversais sur l’euphorie ambiante. Elle m’a confié que sur l’ensemble des plaintes suite à l’euphorie de la délation publique, elle instruit avec prudence, car en approfondissant, certaines accusations sont diffamatoires ou de simples vengeances.
Elle me disait que ce genre de réseaux sociaux sont plus dangereux que bénéfiques pour la défense de la femme et des réelles victimes de prédateurs. Qu’elle haïssait les médias qui s’emparent du moindre « on dit » pour faire le scoop et condamne sans avoir de preuves tangibles. Et d’une magistrature qui varie au grès des vents ou selon les pressions politiques.
De plus elle-même s’insurge contre le blog « balance ton porc », elle est actuellement sur une affaire de viol et il s’avère que le viol eut lieu dans un lieu public, et que plusieurs personnes et notamment des femmes ont passés leur chemin sans porter aide et assistance à la victime. Les caméras situées sur le lieu le prouvent. Il s’avère malheureusement que face à une agression sexuelle publique les femmes n’interviennent pas plus que les hommes lors de l’agression.
Mais il est tellement plus facile de lyncher derrière un écran d’ordinateur. Effarent non.
Je n’entends pas non plus la ministre du droit des femmes, s’inquiéter sur les MGF mutilation génitales féminines qui sont normalement interdites, mais qui sont en augmentation, comme me le disait une de mes adhérentes de mon club ; médecin urgentiste.
Je n’entends pas non plus ces féministes condamner les films pornos que des gamins de 10 ans regardent sur le net où la femme est traitée comme un objet sexuel, les films pornos des années 70 de Brigitte Lahaie sont à côté des films de bisounours pour nourrissons.
Je lisais que certains voulaient interdire la belle au bois dormant ou blanche neige car le baiser donné par les princes était non consenti.
Jusqu’à Carmen de Bizet qui tue Don José. Je pense que l’on va pouvoir supprimer et interdire plusieurs milliers de films où les propos sexistes et machistes sont présents. Interdire les histoires grivoises, sexistes qui existent aussi pour les hommes.
J’ai vu une association créée dernièrement qui veut éduquer les jeunes garçons sur les bonnes manières vis-à-vis des femmes et il s’avère que seuls les hommes sont violents. Lorsqu’ils ont fait le sujet de la violence par jalousie, seul les hommes la pratique. Pas les femmes ce qui est faux, des femmes jalouses tuent chaque année « le crime passionnel » n’est que masculin. Réducteur non !
Ne copions pas le puritanisme à l’américaine, pays où les viols en série dans les campus sont légions. Je me méfie des puritains, des grands moralistes. Je dis souvent « Les escrocs me dégoûtent, les grands moralistes et bien-pensants me donnent le frisson. »
Le vivre ensemble, la bien séance, le comportement des hommes vis-à-vis des femmes ou l’inverse, est d’abord une question d’éducation, d’éducation parentale d’abord.
Mes parents ont veillé à ce que j’ai cette éducation, que j’ai transmise à mes enfants.
Par contre, intéressons-nous à autrui de façon efficace. Comme je le dis dans mes cours de droit du travail, qu’il s’agisse du harcèlement sexuelle ou moral, intéressez-vous plus à celui où celle qui ne disent rien, restent prostrés et seuls qu’à ceux ou celles qui crient « au loup ».
Condamnons avec sévérité, les vrais prédateurs et laissons le dragueur gauche et maladroit.
Comme toujours en France on ne sait pas faire dans le médian, on va d’un excès à un autre, sous la pression d’une minorité de bien-pensants extrémistes. Confortés par une bande de politicards opportunistes, clientélistes, qui se fichent éperdument de l’intérêt général.
Aujourd’hui, tout est sujet au lynchage, se déguiser en noir, contredire les bien-pensants, voir la réalité des choses, ne pas céder aux illusions médiatiques, à la propagande politicomédiatique.
Heureusement que les bûchés et les échafauds n’existent plus. Notre pauvre Catherine Deneuve aurait la tête qui roulerait sur le sol, ou serait brûlée vive, ainsi que les cents qui ont signées la tribune.
Et nous nous disons un peuple plus évolué et civilisé qu’au temps de l’inquisition, les événements me prouvent chaque jour le contraire.

Philippe

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Réflexion sur l’avenir de l’opposition républicaine

Ci-dessous mon dernier entretien pour le site Atlantico, avec M. René Gérard Slama, au sujet de l’avenir de l’opposition républicaine. 

  • Avantage de fait comparativement au PS, les LR disposent désormais d’un chef en la personne de Laurent Wauquiez. Cependant, selon un sondage datant du mois de décembre dernier seuls 12% des Français feraient le choix des LR pour les élections européennes de 2019. La droite est elle en panne d’idées ? A-t-elle encore quelque-chose à dire pour éviter une défaite électorale qui pourrait l’entraîne à la 4e voire à la 5e place des formations politiques lors de ces scrutin ? 

Pour l’instant, ce n’est pas tellement une affaire d’idées, mais d’image. Le débat d’idées n’existe pas. L’équipe au pouvoir n’a pas spécialement d’idées nouvelles, elle met plus ou moins en œuvre les slogans de campagne présidentielle par exemple sur la taxe d’habitation, la CSG ou l’impôt sur la fortune immobilière. Si, dans les sondages, LREM semble avoir toujours le vent en poupe, c’est parce qu’il est encore sur sa lancée de 2017. Le parti incarne toujours aux yeux de beaucoup de Français le nouveau monde face à l’ancien, le renouvellement, la jeunesse et la modernité. Sur les institutions, la démocratie française, la sécurité, l’école, l’immigration, l’Europe, l’économie, le social, les impôts, l’international, il ne propose pas d’idée nouvelle et originale par rapport aux gouvernements précédents. Mais l’image reste plutôt bonne. Elle bénéficie d’un contexte international de croissance et d’optimisme qui est très favorable. Cette relative réussite est surtout fondée sur une double illusion de modernité et d’autorité. Sur le chômage, la désindustrialisation, les prélèvements obligatoires, la dette publique, la violence, les zones de non droit, la liberté d’entreprendre, la maîtrise des frontières, par-delà les coups de menton et les gesticulations, aucune décision ne permet d’espérer une substantielle amélioration. Pour l’instant, la posture triomphe. Dès lors la droite souffre pour l’instant, par rapport à LERM, d’un déficit d’image. Les idées n’ont plus grand rapport avec la politique française, devenue un grand spectacle, un show médiatique et une manipulation de grande ampleur de l’opinion. L’opposition républicaine ne s’en sortira pas, aussi longtemps que la belle illusion va perdurer. Sa mission est triple aujourd’hui : faire prendre conscience aux Français de la réalité, se donner une nouvelle image qui inspire la confiance et enfin, essayer justement de recentrer la vie politique sur le débat d’idées et non plus la posture. Le défi est colossal…

2- Emmanuel Macron parvient peu à peu à gagner des points chez les électeurs de droite, provoquant ainsi une tentation de durcissement du discours à droite, et dont les bénéfices peinent à se faire ressentir auprès de l’électorat. N’est ce pas justement cette attitude de réaction qui pénalise les LR ?

Sur le plan de l’image, puisque c’est cela qui compte avant tout aujourd’hui, c’est tout à fait vrai. L’opinion publique dans sa majorité, n’acceptera jamais une image de droite dure, cassante, autoritaire, radicalisée. Dans la France moderne, on ne peut pas gagner une élection en donnant une image brutale. L’opinion publique est d’une complexité inouïe. Elle veut l’autorité, enrobée dans la douceur, autrement dit une main de fer dans un gant de velours. L’esprit sectaire n’a jamais gagné une élection et les Français ont soif d’unité… La nouvelle équipe de LR n’a pas encore trouvé le ton juste en termes d’image.  M. Wauquiez et son équipe ont pour l’instant une image qui plaît beaucoup aux militants mais qui ne semble pas avoir encore convaincu l’opinion dans son ensemble. La priorité absolue est de la corriger en l’orientant sur l’unité, l’ouverture, le collectif et le dialogue. En revanche, sur le fond de la politique, il est du premier devoir des LR de s’opposer clairement au gouvernement actuel. Justement, l’enjeu aujourd’hui est de dénoncer l’illusion d’un « nouveau monde » qui aurait remplacé l’ancien. Le rôle de l’opposition démocratique est de proposer aujourd’hui une profonde révolution de la politique française. Il faut en finir avec le culte de la posture, de l’image et du « je » nihiliste. L’opposition républicaine doit replacer le débat d’idées, l’intérêt général, et le destin national au premier plan de la politique. Quel est l’avenir d’une Europe en pleine désintégration avec le Brexit, les crises polonaise, espagnole, autrichienne ? Comment concilier les démocraties nationales et la solidarité européenne face au chaos planétaire  ? Que faire face à la montée de l’insécurité et la crise de l’autorité de l’Etat, face aux zones de non droit, aux zadistes, à la montée de la violence notamment contre les policiers ? Comment réduire drastiquement les prélèvements obligatoires  et la dette publique ? Comment sauver le système scolaire, réhabiliter les savoirs fondamentaux, pas seulement dans le discours, mais dans la réalité ? Quelles réponses à apporter sur la question de l’unité nationale face au communautarisme, à l’islamisme radical, la maîtrise des frontières ?  Il faut parler et débattre de ces sujets sans peur ni tabou en vue de forger une ligne réaliste et républicaine.

3- De nombreux politologues ont pu faire le constat, au sein des démocraties libérales, de la disparition progressive de la social-démocratie. Si la case vide de l’échiquier politique actuel correspond à celle de la social-démocratie, la droite ne risque-t-elle pas son existence même face à la percée de LREM ?

Le risque existe en effet. Mais c’est à l’opposition républicaine de se resituer dans un nouveau contexte. Si le débat libéralisme/sociale démocratie est dépassé, il faut s’adapter aux circonstances nouvelles. Le véritable clivage qui se présente aujourd’hui est entre la politique spectacle et la politique des réalités. LR ne doit pas cesser de dénoncer les dérives de la politique actuelles dans le culte de l’image, les paroles, le narcissisme. Et surtout, pour exister, LR doit repenser de fond en comble la politique française. Ce qui est en cause aujourd’hui, dans l’aveuglement et l’indifférence générale, c’est un certain modèle politique fondé sur le présidentialisme à outrance, cette idée que l’essence du pouvoir se concentre dans l’image médiatique d’un seul homme au détriment de tout le reste, le gouvernement, le parlement, les collectivités locales, la nation. Cette idée est profondément illusoire. Le culte médiatique du « chef providentiel » sert à dissimuler l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat, son impuissance et son renoncement à traiter les problèmes de fond. LR doit fonder son renouveau sur la sortie du schéma de l’ultra narcissisme ou culte de la personnalité, et le retour à la politique en tant qu’action au seul service du bien commun. LR doit lancer une réflexion sur la reconquête de la démocratie française. Comment restaurer la notion de gouvernement, de choix de société, de décision publique ? Quelle place pour le gouvernement et le Parlement en tant que détenteur de la souveraineté ? Quelle place pour la Nation à travers la démocratie directe (le référendum) et la démocratie locale, la liberté communale ? Il est fort probable que d’ici, 2022, les masques vont tomber et le pouvoir actuel, fondé sur l’image, fera l’objet d’un profond rejet de l’opinion publique. La France aura besoin d’une opposition pour accomplir l’alternance. C’est dès maintenant qu’elle se construit.

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« Fire and fury » ou « ground zero »?

« Un peu après 20h00 le soir de l’élection, quand la tendance inattendue – la victoire de Trump – semblait se confirmer. Donald Trump Jr. a dit à un ami que son père ressemblait à quelqu’un ayant vu un fantôme », affirme Michael Wolff, auteur du livre polémique. Dans un extrait publié par le New York Magazine, on apprend que le but ultime de Donald Trump « n’a jamais été de gagner » mais de devenir simplement « l’homme le plus célèbre du monde ». Le candidat républicain envisageait d’utiliser sa notoriété pour lancer sa chaîne de télévision, poursuit l’auteur. Le soir de l’élection, Steve Bannon raconte qu’en une heure, « Trump est passé de la confusion à l’incrédulité, puis à l’horreur ». Avant d’arriver à « cette ultime transformation : tout d’un coup, Donald Trump est devenu un homme qui a cru qu’il méritait d’être président des États-Unis, et qui était capable de l’être . Preuve de cette absence de volonté, Donald Trump « a refusé d’investir son argent personnel dans la campagne », note Michael Wolff. Selon lui, Steve Bannon aurait demandé au futur président d’injecter « une somme de 50 millions de dollars dans la campagne »mais il se serait pris un non catégorique du gendre de Trump. « Hors de question qu’on investisse 50 millions si on n’est pas sûrs qu’il gagne derrière ».

Le livre, depuis hier, fait fureur dans les librairies US. Au regard des extraits qui en ressortent, cet ouvrage semble être une compilation de ragots touchant à la personne de Trump. Il touche à l’apothéose de la méthode du lynchage personnel, la logique même du président bouc émissaire. La politique de l’administration Trump ne semble pas être en cause, ni sa politique intérieure ni extérieure. D’ailleurs, de fait, que peut on vraiment lui reprocher sur le plan diplomatique? Les Etats-Unis et la Russie n’ont-ils pas, malgré les frictions, d’un côté l’Irak et de l’autre la Syrie, n’ont-ils pas gagné la bataille contre l’Etat islamique daesh qui menaçait de mettre le Moyen-Orient à feu et à sang?  Mais le triomphe du livre qui provoque outre-atlantique, une véritable extase médiatique, repose sur des anecdotes. Ici, le niveau zéro, ground zero,  de l’analyse politique, du journalisme et de l’édition est atteint. Désormais, ils essayent de le faire passer pour un dément, relevant de la psychiatrie. C’est tellement facile. La crétinisation frappe les « Etats-Unis d’en haut » de plein fouet. Mais aussi, c’est tout un système de gouvernement qui est en cause. Fondé sur l’image, sur la frime, la communication, les tweets, il est tellement facile de retourner la logique de la communication totale contre un personnage qui fonde sa politique autour de l’image, grâce au bulldozer de la propagande du système médiatique pour lequel M. Trump est le mal absolu, comme M. Obama et Mme Clinton étaient le bien suprême – même si Trump comme Obama se rejoignent dans l’obsession de la communication à outrance. La France est d’ailleurs dans une situation comparable. Il faudrait une révolution intellectuelle pour changer en profondeur la nature de la politique en occident, la recentrer sur le gouvernement des hommes et des choses, l’action réelle, les résultats, et non plus sur l’émotion de haine ou d’amour envers des personnages du grand show. Mais qui pour comprendre cela, dans le climat d’abêtissement général où sombre l’ensemble du monde occidental?

Maxime TANDONNET

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L’optimisme

En 2018, la mode est à l’optimisme. 59% des Français sont optimistes, +17% en un an. Il faut être optimiste pour être dans le vent et ne pas passer pour un grincheux, un ronchon, un aigri. La France s’est donnée un chef éblouissant, le plus jeune de l’histoire et un parti au pouvoir qui incarne la jeunesse, le renouveau, l’éclat de l’avenir, la relance de l’Europe, l’exemplarité donnée au monde, et notre pays est en passe de redevenir  le phare universel qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Un enthousiasme nouveau rayonne sur une nation en pleine recomposition, qui fait la une des hebdo américain et anglais. Un nouveau monde a remplacé l’ancien monde et la lumière chasse les ténèbres. Alors, comment peut on être assez ringard pour se refuser au grand vent d’optimisme qui déferle? Oublier, tout peut s’oublier. Le terrorisme islamiste a causé 250 morts en trois ans sur le territoire français. Des centaines de djihadistes, ayant combattu dans les rangs de l’Etat islamique daesh, cautionné les pires atrocités et massacres, les attentats en Europe,  reviennent en ce moment d’Irak et de Syrie. Les prélèvements obligatoires continuent d’augmenter et battent tous les records en Europe: 47%! La dette atteint 100% du PIB. La crise migratoire se poursuit, les arrivées clandestines, les bidonvilles à Paris et dans le Nord, entraînant l’Europe dans une vertigineuse désintégration politique (Brexit, Hongrie, Pologne, Espagne, Suède, Autriche, Allemagne…) La violence frappe dans les cités de banlieue, touchant tout ce qui incarne l’autorité, en particulier la police. Les zones de non droit prolifèrent. La délinquance au quotidien est un enfer dont plus personne ne parle mais qui ne cesse d’empirer. Le pays compte 5 à 6 millions de chômeurs, 8 millions de pauvres, 3 millions de mal logés. Son niveau intellectuel s’effondre selon toutes les études possibles. L’abstention phénoménale, plus de 50% aux dernières élections, souligne un niveau de défiance jamais atteint dans la démocratie française. Au-delà les gesticulation et les jappements stériles, la plongée du monde politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite dans le narcissisme débile, stérile et impuissant ne cesse de s’accélérer. Oui, il y a bien de  quoi être optimiste! Quand j’entends le mot optimisme, je pense aux accords de Munich du 30 septembre 1938. Daladier , Chamberlain, avec la complicité de Mussolini, ont tout cédé à Hitler et accepté le rattachement des Sudètes à l’Allemagne, préparant ainsi le démantèlement de la Tchécoslovaquie. Une formidable vague d’optimisme déferle sur la France: la paix est sauvée! La presse, le monde politique s’enivrent dans l’euphorie. Dans les rues de Paris, une foule hystérique, saoule de bonheur, acclame le sauveur Daladier. Or, les accords ne font que précipiter l’apocalypse qui se déclenchera deux ans plus tard. « Ah les cons, s’ils savaient » aurait dit Daladier à son arrivée au Bourget, devant le spectacle de la joie populaire. Il ne faut pas être optimiste, ni  pessimiste, mais simplement réaliste et c’est tellement plus difficile!

Maxime TANDONNET

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Voeux 2018

2018 commence dans la tempête, c’est le signe d’une année animée et vivante qui ne va pas nous décevoir! 2018, est le centenaire d’une étrange victoire, une gigantesque vague d’euphorie qui s’est transformée en effroyable désastre, en moins de vingt-deux ans. Souvent, comme l’enthousiasme délirant recèle une catastrophe à venir, la déprime et la déception, dans la nuit et la tempête, préparent les succès et les jours heureux que nul n’attendait et nul n’espérait. J’ai l’immense plaisir de souhaiter une excellente année 2018 aux nombreux visiteurs de ce blog!

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: Face à la calomnie, Dominique Baudis, Fixot, 2005.

Retour sur l’un des pires abominations de la France dite « d’en haut » de ces quinze dernières années, une tragédie déjà ensevelie dans les sables de l’oubli. Le 12 mai 2003, M. Baudis, directeur du CSA, ancien maire de Toulouse, homme politique centriste, est informé par son directeur de cabinet que son nom circule dans une nouvelle affaire concernant le tueur Patrice Alègre.

Deux ex-prostituées, Patricia et Fanny, entendues comme témoins par la justice, l’accusent des pires atrocités en particulier de les avoir violées, mais aussi, de tortures, actes de barbarie et meurtres d’enfants à l’occasion de partouzes sado-masochistes quand il était maire de Toulouse. Le 18 mai, alors que l’affaire n’est pas encore sortie, Baudis prend les devants et tente de s’expliquer au 20 heures de TF1. Son intervention fait l’effet d’une bombe. La France dite d’en haut, médiatique, entre dans une véritable chasse à l’homme.

Le journal la Dépêche du midi dont le propriétaire est un grand notable politique, alimenté par l’officier de gendarmerie chargé de l’enquête, multiplie les scoops accablants pour l’ancien maire, exerce une pression hallucinante sur la justice, mise en cause elle aussi, accusée de couvrir un ancien procureur supposé mêlé à l’affaire. Sous la pression de la presse locale, le parquet ouvre une information judiciaire, ce qui alimente la rumeur de la véracité des faits.

Les télévisions se déchaînent: « A 13 heures, nous allons diffuser l’interview d’une ex-prostituée vous mettant en cause« , annonce à Baudis Olivier Mazerolle de France 2. « Mais vous l’avez déjà diffusée ce matin! »  Puis TF1 en rajoute, Patrick Poivre d’Arvor donnant la parole à un dénonciateur sous le pseudonyme de Djamel. Ce dernier est ensuite invité sur les plateaux de France 2 pour confirmer ses accusations. Canal+ prend le relais à travers l’un de ses plus célèbres animateurs, Carl zéro. Celui-ci, dans un accès d’acharnement, lit une longue  lettre de l’assassin Patrice Alègre accablant Baudis, puis, à plusieurs reprises, donne la parole aux accusatrices, masquées, qui l’accablent de nouveau. L’histoire révélera que l’une d’elle a été fortement rémunérée pour participer à l’émission.

L’engrenage s’accélère. La crise d’hystérie prend des proportions inouïe. Le journal le Monde, la référence morale et intellectuelle suprême de la France dite d’en haut, informé par une source locale (toujours le même enquêteur) annonce de nouvelles révélations: « Derrière les tentures qu’ils ont arrachées, les gendarmes ont découvert dans les murs plusieurs fixations d’anneaux qui avaient été meulés. Ces anneaux étaient situés bas, à une cinquantaine de centimètres du sol, à hauteur d’enfant […] Ces moquettes étaient couvertes de tâches brunâtres que la propriétaire a identifié comme tâches du sang séché. »  

M. Baudis raconte sa vertigineuse descente aux enfers, les meutes de caméras lancées à ses trousses, son honneur bafoué, la menace d’une arrestation, des mois de tourments au milieu de sa femme et de ses enfants qui partagent sa souffrance. A l’exception d’une poignée de journalistes qui prennent sa défense, par exemple Ivan Rioufol du Figaro, Jean-Marie Pontault de l’Express, FOG du Point,  l’ancien maire de Toulouse est lâché par tout le monde, à commencer par la classe politique: il ne se trouve pas une voix, parmi les centaines de députés et sénateurs supposés amis pour le soutenir. Le voilà banni, placé en quarantaine:  un invraisemblable climat de lâcheté écrase le pays comme si toute personne qui prendrait sa défense risquait de voir son image salie.

Au cours de l’été, les accusateurs, Patrice Alègre, Djamel et les deux prostituées, placés par M. Baudis et son avocat face à leurs contradictions,  se rétractent les uns après les autres et son innocence est établie.  Tout était faux, de A à Z, y compris le supposé local de torture soi-disant découvert par le Monde. Dominique Baudis, après avoir été ainsi martyrisé par le système médiatique, est décédé récemment d’un cancer, sans doute des suites de la souffrance endurée. En revanche, ses bourreaux qui l’ont ainsi traîné dans la boue, se vautrant dans le sensationnel d’une mise à mort,  prenant un goût morbide à son lynchage, eux sont toujours en place. On sort de ce témoignage avec au cœur une véritable nausée.

Maxime TANDONNET

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Lecture: les cagoulards dans la guerre, Philippe Bourdel, Albin Michel, 2009.

Voici l’une de mes dernières lectures de cet hiver. La Cagoule? ou le comité secret d’action révolutionnaire (CSAR) est une organisation secrète qui s’est développée au milieu des années 1930, notamment à la suite des émeutes du 6 février 1934 qui ont fait des dizaines de morts à Paris, place de la Concorde, fomentée par les ligues d’extrême droite à la suite du limogeage, par le président du Conseil, Edouard Daladier, du préfet de police de Paris, Jean Chiappe, supposé sympathisant des ligues, dans le contexte de la déliquescence de la IIIe République dominé par l’un des pires scandales politico-financier de l’époque: l’affaire Stavisky.

La Cagoule s’est développée autour de son chef charismatique, Eugène Deloncle, polytechnicien, un grand gaillard costaud à lunette, extrêmement charismatique avec l’objectif de renverser la République, dite « la gueuse », par la force. L’organisation nationaliste recrute dans les milieux de la « France d’en haut » de l’époque, la classe dirigeante, la haute administration, l’armée,  les milieux économiques et financiers qui la financent. Elle pratique, le culte du chef, sur le mode fasciste, le culte un secret, fonctionnant sur un mode cloisonné,  le trafic d’armes, avec l’Italie de Mussolini. Elle s’engage dans une action de nature terroriste, quelques-uns de ses membres, de la frange la plus radicale, procédant à des assassinats, en particulier de réfugiés politiques italiens.

A la suite de la débâcle militaire et de l’effondrement de la IIIe République, la Cagoule se déchire.  Quelques-uns de ses membres rejoignent la Résistance gaulliste, tandis que la majorité de ses cadres se rallient au régime de Vichy. L’ouvrage, qui m’est tombé entre les mains, est particulièrement fascinant dans la mesure où il repose sur des entretiens entre l’auteurs et d’anciens Cagoulards, rencontrés dans les années 1960.

En voici un témoignage: » C’était quelques jours après l’armistice, le 25 juin, si j’ai bonne mémoire. Deloncle nous a convoqués chez lui, rue Lesueur, à Paris. Il y avait là entre autres Jacques Corrèze, Maurice Duclos et moi-même; en tout cas ceux qui étaient disponibles dans la capitale. Il souhaitait aire le point de la situation, comme il en avait l’habitude, dans les moments importants et Dieu sait si la situation méritait le titre d’exceptionnel. Deloncle était ouvert aux discussions et l’on se tromperait si on l’assimilait à quelque chefaillon imposant son autorité. Il souhaitait nous interroger sur nos propres options puisque l’heure du choix avait sonné […] On vit alors se dessiner le destin des principaux dirigeants de l’organisation. Duclos nous déclara qu’il avait décidé de rejoindre de Gaulle dont il avait entendu l’appel; pour moi, ce devait être, mais avec de sérieuses divergences, le choix de Deloncle: aucune hésitation possible, il fallait suivre et s’engager derrière le maréchal... »

L’ouvrage suit le parcours de ces hommes. Un lien entre tous: le caractère extrême de leur engagement. Les Résistants vont au bout d’eux-mêmes et de leur vie. L’ouvrage rapporte les exploits de l’un d’eux, parachuté dans le Sud-Ouest par une nuit de tempête en 1941, qui se traîne pendant des kilomètres avec une jambe brisée, dans des souffrances indescriptibles pour rejoindre son contact et reprendre les armes contre l’occupant.

Quant aux hommes de Deloncle, ils sombrent dans l’abject, l’ultra collaboration, l’antisémitisme viscéral, allant jusqu’à dénoncer à l’occupant allemand et à la Gestapo, autant par idéologie que par servilité et par ambition, des résistants et des juifs oubliés sur leurs listes. Deloncle et Doriot œuvrant de concert, ils sont à la pointe de la mise en place de la Légion des volontaires français qui ira combattre sous l’uniforme allemand contre l’Armée rouge. L’un des membres les plus actifs de la Cagoule, Darnand, est désigné par Pierre Laval chef de la Milice, en 1943 et 1944 qui combat la Résistance et les Maquis au côté de l’armée allemande et des SS.

Les cagoulards, autour de Deloncle, réalisant que l’Allemagne est en train de perdre la guerre, à l’hiver 1942-1943, après la bataille de Stalingrad et l’opération Torch de débarquement américain en Afrique du Nord, tentent de retourner leur veste et de rejoindre la France libre puis la France combattante, par l’intermédiaire de leurs anciens camarades engagés avec de Gaulle. Trop de trahisons et de sang sur les mains:  la Résistance rejette leurs avances et dès lors, les anciens Cagoulards collaborationnistes sombrent dans une fuite en avant criminelle, fanatique et suicidaire au côté des SS et de la Gestapo.

A lire, pour redécouvrir une page oubliée de l’histoire, sur les dangers de toute forme de fanatisme et d’extrémisme.

Maxime TANDONNET

 

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Six premiers mois comparés (Atlantico)

Le site Atlantico m’a interrogé, en tandem avec Bruno Cautrès de CIVIPOF, sur les six premiers mois comparés de M. Sarkozy, M. Hollande et M. Macron. Voici mes réponses:

1- 2007-2012-2017. Après 6 mois de présence à l’Elysée, quel bilan comparatif peut on dresser des 3 présidents français; Nicolas Sarkozy, François Hollande, et Emmanuel Macron ? Quelles ont été, sur les différentes thématiques, les promesses de campagnes respectées, ou non, et les mesures les plus emblématiques de ces débuts de quinquennat ? 

Les six premiers mois de Sarkozy ont été tonitruants sur le plan des mesures prises ou en cours d’adoption. « Tout ce que j’ai promis de réformer, je le réformerai! » assenait-il à ses débuts. Parmi les mesures symboliques, on se souvient des peines planchers pour les récidivistes, la défiscalisation des heures supplémentaires, l’obligation d’apprentissage du Français et des valeurs de la République avant l’optention d’un visa de séjour, l’allègement de l’impôt sur l’héritage, considéré comme sa mesure la plus populaire, la mise en place du service minimum dans les transports, pour mettre fin aux mouvements de grèves qui paralysent le pays… Les débuts de François Hollande ont été plus progressifs. Les grandes mesures emblématiques comme le « mariage pour tous » sont venues plus tard. De fait, les premiers mois de ce quinquennat ont été marqués par l’antisarkozysme et il fallait faire tout le contraire de son prédécesseur y compris en ne manifestant pas de suractivisme. Le début de mandat de M. Macron se situerait dans une position proche du mandat Sarkozy. Il tient le même discours sur sa volonté de mettre en oeuvre les réformes promises, et plusieurs ont été faites: sur la moralisation de la vie publique, sur le code du travail avec les ordonnances, sur la fiscalité avec la transformation de l’ISF en impôt sur la fortune immoblière et la suppression progressive de la taxe d’habitation, sur la sortie de l’état d’urgence et la lutte contre le terrorisme. Ces réformes ont-elle la même ampleur et portée que celles des six premiers mois Sarkozy? C’est encore difficile à dire aujourd’hui de manière objective…

2- Selon les données IFOP-JDD, les mois de décembre 2007-2012-2017 se traduisaient par des niveaux popularité respectifs de 52%, 37%, et 52% au près des Français, soit un niveau comparable entre Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron. Quels sont les comparaisons à faire entre le début de mandat des deux hommes ? 

Une différence sensible sépare, d’une part les six premiers mois des mandats Sarkozy/Macron, et d’autre part, ceux du mandat Hollande. Les deux premiers se situent dans une période de croissance internationale et de baisse relative du chômage tandis que Hollande arrive à l’Elysée dans la tourmente de la crise économique. Peut-être que la différence de popularité s’explique, au moins en partie, par ces écarts dans la situation économique. Concernant les débuts de mandat des deux hommes, Sarkozy et Macron, ils ont des ressemblances et des différences. Tous deux sont des rebelles dans leur camp. Sarkozy veut la « rupture » vis-à-vis de l’ère Chirac dont il fut ministre et Macron n’a de cesse que de se démarquer de Hollande, dont il fut aussi ministre. Ils ont l’ambition de casser les clivages politiques. Sarkozy pratique « l’ouverture » en appelant dans son gouvernement un maximum de personnalités de « gauche ». Macron va plus loin: venu d’un gouvernement socialiste, il nomme un Premier ministre « de droite ». Autre ressemblance frappante: l’utra personnalisation du pouvoir, la mise en scène presque caricaturale de leur personnage qui écrase tout le reste, avec la bénédiction des médias qui raffolent de la « politique spectacle ». Le climat est en revanche extrêmement différent: chaotique sous l’ère Sarkozy, qui commence avec de violentes polémique sur le Fouquet’s, le « discours de Dakar », les tests ADN; au contraire radieux et bienveillant, à l’exception de quelques rares accrocs, autour de l’image du plus jeune président de France, auréolée d’optimisme, d’harmonie et de jeunesse.

3- Contrairement à ses deux prédécesseurs qui ont pu cliver le pays entre les deux camps traditionnels, on peut observer une mutation du soutien à Emmanuel Macron qui s’est déplacé à droite de l’échiquier. A quelles conditions Emmanuel Macron peut-il espérer rester, au contraire de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, au delà de ce seuil de 50% ? Au regard du mouvement politique annoncé, une telle hypothèse est -elle crédible ? 

Deux facteurs entrent en jeu. Le premier, c’est la situation économique internationale. Tant qu’elle continue à s’améliorer et bénéficie à la France, même faiblement, même avec un décalage de plusieurs années en raison des lourdeurs structurelles de l’économie française, la cote de M. Macron pourra sans doute se maintenir à un niveau élevé. Toutefois, il est peu probable que l’amélioration perdure pendant cinq ans. Le chômage français reste à un niveau considérable de 3,5 à 5,5 millions de personnes. La tendance légère à l’amélioration favorise une remontée de la cote présidentielle. Mais ce phénomène est précaire et rien ne permet de penser que les facteurs profonds du décrochage français sur l’économie, l’emploi, l’industrialisation, sont en voie d’être résorbés, notamment le niveau des prélèvements obligatoires qui reste astronomique (47% du PIB) et celui de la dette publique (100% du PIB) sans que rien ne soit en voie de changer à cet égard. Si une nouvelle crise internationale devait survenir dans les années à venir et le chômage repartir à la hausse, M Macron sera accusé de ne pas avoir fait les réformes nécessaires pendant la période favorable et une vague d’impopularité lui reviendra en boomerang. Or, dans les cinq ans à venir, la probabilité d’une crise économique est assez forte.

Le second facteur, c’est celui de la communication, de l’image personnelle. Pour l’instant, sur le plan de l’image, M. Macron surpasse à la fois Sarkozy et Hollande. Dans l’ensemble, il bénéficie dans les médias radios et télévisions, une partie de la presse, d’une aura qui n’a guère de précédent, liée à sa jeunesse, à la modernité des apparences et du discours en particulier le ni droite ni gauche. Mais cette image est d’autant plus fragile qu’elle est omniprésente. L’usure du pouvoir liée à la surmédiatisation est un risque. En outre, nul n’est à l’abri d’un désastre médiatique, à l’image de l’affaire Cahuzac pour M. Hollande. La population peut finir par se lasser, malgré le message médiatique positif et valorisant. L’image médiatique compte immensément dans le monde mderne. Mais le réel peut resurgir à tout moment. L’opinion publique, un jour où l’autre, peut être amenée à demander des comptes au président, omniprésent, supposé omnipotent donc omniresponsable, en matière d’emploi, mais aussi de sécurité, de lutte contre le terrorisme et le communautarisme, de maîtrise de l’immigration, de pouvoir d’achat, de niveau scolaire, etc. Pis: le monde médiatique peut aussi retourner sa veste, par lassitude ou par opportunisme et lâcher soudain son protégé. Bref, par delà l’effet de mode, par-delà les jubilations et éblouissements de l’immédiat, la probabilité d’une popularité durable sur cinq ans paraît assez faible.

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Pour un renouveau authentique de la vie politique

Ci-dessous, mon article paru ce matin dans le Figaro (papier). L’idée n’est vraiment pas de se demander, à l’image de 98% des commentaires médiatiques, si l’actuel président de la République est formidable ou s’il ne l’est pas. Tout ce qui compte, c’est le pays, le bien commun, l’intérêt général, par-delà tel ou tel individu. La véritable question est de savoir ce que recouvre le prodigieux écran de fumée médiatique autour d’une personnalité et du grand spectacle politicien, cette vertigineuse fuite dans la posture, la polémique, l’émotion, l’idolâtrie et sa face cachée, le dénigrement, la haine, le lynchage. Sans doute est-il plus difficile de réfléchir que de s’émerveiller ou de s’indigner. L’extraordinaire enfumage que nous subissons à présent a un sens: s’auto-aveugler sur la réalité d’une nation qui s’effondre lentement (encore que…) mais sûrement, dans l’indifférence, la lâcheté, l’abêtissement. Plus que jamais, sur tous les grands enjeux de l’époque, l’heure est au renoncement dissimulé sous les gesticulations, les illusions, les paroles creuses et le faire-semblant.

Maxime TANDONNET

Pour un renouveau authentique de la vie politique

             « Et soudain la foudre s’abat sur nous », raconte Patrick Stefanini dans Déflagration, à la lecture du fameux article du Canard Enchaîné le 24 janvier 2017,qui ouvre le Fillongate et précipite la « droite » dans la plus calamiteuse débâcle électorale de son histoire.

            Le récit de l’ancien directeur de campagne de François Fillon constitue un témoignage capital sur la politique française. A la fin de l’été 2016, la bataille fait rage entre les rivaux de la primaire de droite pour le saint graal élyséen. François Fillon prend l’avantage en s’attaquant à Nicolas Sarkozy: «Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen?» L’opération réussit, au-delà de toute attente: «Fillon casse la baraque médiatique.» Complots et trahisons s’ourdissent quand les chances de victoire s’amenuisent. Ainsi, Stefanini découvre, dès mars, l’existence parmi les soutiens essentiels de la campagne de Fillon, d’une «bande du Bellota» (nom d’un restaurant) qui anticipe déjà sur la défaite et prépare sa conversion à la candidature de M. Macron.

            U n constat s’impose: le nihilisme dans lequel s’ébattent des acteurs animés avant tout par l’ivresse d’eux-mêmes, sur une scène qui semble dériver bien loin du monde réel et de la France profonde. A aucun moment du récit n’apparaît la tragédie de la «crise des migrants» ni le mot «chômage», et bien peu celui de terrorisme.

            La « recomposition politique », issue de la victoire de M. Macron et de LERM est le fruit de ce désastre. Mais au-delà du renouvellement des têtes,  peut-on parler aujourd’hui d’un changement en profondeur de la vie politique française? Le « nouveau monde » est-il si différent de l’ancien?

            Pour qu’il en fût ainsi, il faudrait que le mépris de la France dite « d’en haut », envers la France dite « d’en bas », qui s’exprime dans la diabolisation du mot « populiste » dérivé de peuple, ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Les Français souffrent de se sentir méprisés. 88% estiment que les politiques « ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux » (Cevipof). Le taux d’abstention a dépassé les 50% aux dernières législatives. Or, rien aujourd’hui ne permet d’espérer la fin de la fracture démocratique.

            Il faudrait aussi que s’ouvre une réflexion sur le sens d’un régime politique fondé, depuis longtemps, sur le culte de la personnalité. Qu’est-ce que la personnalisation du pouvoir à outrance, sinon le masque du néant? Aucune illusion n’est plus trompeuse et infantilisante. Le mythe du chef tout puissant? Et s’il n’était que le paravent de l’affaiblissement, sur le long terme, de la confiance populaire et de l’autorité  de l’Etat? Le régime actuel fait de l’image médiatique d’un homme – et sa réélection – le but en soi de la politique au détriment de l’intérêt général. Il favorise ainsi, de décennie en décennie, l’impuissance et le déclin. Nous sommes à mille lieues des fondements de la Ve République, la Constitution de 1958, autour d’un président impartial, visionnaire, garant de l’unité nationale et du prestige de la France, d’un gouvernement puissant et responsable de la politique intérieure, d’un Parlement respecté et souverain, de la nation elle-même, à travers le référendum. Le retour à un septennat présidentiel, rendu non renouvelable, serait un premier pas dans le bonne direction. Mais qui se soucie aujourd’hui de ces questions fondamentales?

            Pour passer d’un renouvellement des têtes à un renouveau en profondeur, il faudrait de même réconcilier la vie politique avec le monde des réalités. Son glissement dans la communication ne cesse de s’amplifier. La vie publique se réduit à des postures, des provocations et polémiques, des sondages, des réformes douteuses présentées comme des solutions radicales. Le décalage entre la politique spectacle et les tourments de la vie réelle, s’amplifie de jour en jour: désindustrialisation, chômage, dette, prélèvements obligatoires records, déficits, violences, exclusion, zones de non-droit, échec scolaire… Il faudrait que le sens de la vérité sur l’état de la France, et le rejet de la démagogie, s’imposent comme les fondementsde toute politique. Il faudrait que, dans la vie publique, le sens de l’intérêt général l’emporte sur les préoccupations individuelles, matérielles ou de vanité. Il faudrait enfin restaurer le débat d’idées. La vie politico-médiatique tend à diaboliser toute position non conforme à la ligne idéologique sur la mode libérale-libertaire, sur la négation des frontières, les transferts de compétences à Bruxelles. Notre époque prône la diversité mais ne supporte pas le pluralisme. Ressusciter la démocratie française suppose de redécouvrir le droit de débattre librement sans encourir un lynchage public. Il faudrait… Mais nous en sommes bien loin…

           

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L’abrutissement collectif

Nous vivons une époque particulièrement étrange. Les impôts diminuent-ils? Les prélèvements obligatoires records (47%) et la dette publique (100% du PIB) sont-ils en voie de se réduire? Le chômage, 5 à 6 millions, baisse-t-il de manière significative surtout au regard des performances de nos voisins? Le décrochage économique avec l’Allemagne est-il en train de se résorber? Existe-t-il la moindre raison d’espérer que la désindustrialisation de la France s’achève? L’autorité de l’Etat, face à la violence urbaine, les zadistes, les zones de non droit, est-elle en cours de restauration? Est-il permis d’envisager une reprise réelle du contrôle de l’immigration et des frontières – autre que dans les coups de menton et la polémique? La pauvreté touchant 8,6 millions de personnes en France et le mal logement (3,2 millions) sont-ils en voie de résorption? Le niveau scolaire, en plein effondrement, depuis des décennies, est-il en cours de redressement et la discipline à l’école, notamment dans les collèges en perdition de banlieue, en voie d’amélioration? La réponse est non, évidemment non, mille fois non. Le monde moderne a fait de la politique, surtout en France, un grand spectacle d’abrutissement collectif: coups d’éclats, polémiques, provocations, jappements, émotions pour faire oublier la réalité. La posture en est le maître mot. Il faut parler, vibrionner, émouvoir, séduire, gesticuler le plus possible, faire semblant d’agir, faire croire au mouvement en affleurant la réalité plutôt qu’en l’affrontant. Aujourd’hui, ce qui est nouveau, c’est que cet univers baigne dans un climat de conformisme émerveillé, entretenu par le monde médiatique, radio, télévision, une grande partie de la presse, qui est sans équivalent dans l’histoire récente. La mode est au fayotage, à la morale du troupeau et à une certaine forme de lâcheté. Dans le monde médiatique et la presse, quasi unanimes, même chez les esprits autrefois dissidents, le temps est à l’éblouissement, aux courbettes et à l’aveuglement volontaire. Tout esprit critique doit périr étouffé. Nul ou presque ni échappe. Ce phénomène qui se caractérise par un double mouvement – fuite éperdue face à la réalité et hypnose de masse – peut-il perdurer longtemps, entraînant le pays dans un abîme sans fond? Tout dépend du niveau d’intelligence collective. L’abêtissement scolaire, l’éradication de l’esprit critique, sur des décennies, fonctionne à plein rendement et trouve aujourd’hui son aboutissement dans le règne du fayotage. Mais reste-t-il, dans les entrailles du pays, une lueur de bon sens, de lucidité? Telle est la grande question des mois ou des années à venir. Sans doute que oui mais sincèrement, du fond du coeur, il est violent et douloureux de constater qu’il n’y a plus guère qu’un petit site isolé et infime comme celui-ci pour parler le ton de la vérité.

Maxime TANDONNET

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Noël à Mossoul

Noël 2017 marquera une victoire de la civilisation sur la barbarie absolue. A la suite de la victoire de l’armée irakienne sur l’Etat islamique Daesh, les chrétiens de Mossoul ont pu célébrer, pour la première fois depuis trois ans, Noël dans leur ville. Mossoul martyrisée, persécutée, dévastée, mais Mossoul, libérée. Dans l’indifférence générale de l’occident, ses médias, ses politiques, ses religieux, la vie, la courage et la liberté l’ont emporté sur la terreur. Rien n’est définitif, rien n’est gagné bien entendu, mais il faut voir dans Noël 2017 un signe d’espérance à ne pas négliger. Il est étrange de constater à quel point cette libération, qui est l’un des grands événements historiques de ce premier quart du XXIe siècle, n’intéresse pas grand monde, assez peu les journalistes, les intellectuels et même les curés. Aveuglement? Bêtise? Mauvaise foi? Les Chrétiens d’Orient sont toujours vivants et la flamme de la résistance brille encore dans leurs yeux malgré la tentative d’extermination et le génocide dont ils font l’objet.  Et si c’était tout simplement cela qui gène les belles consciences européennes, cette vision de résistance qui renvoie par contraste à tant de lâcheté et d’indifférence? Honneur à l’armée irakienne et aux soldats syriens , en particulier ceux qui ont donné leur vie pour combattre la barbarie et Joyeux Noël aux Chrétiens d’Orient!

Maxime TANDONNET

 

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Solidarité avec la Pologne

La bureaucratie bruxelloise a décidé de sanctionner la Pologne, pour des raisons qui touchent à l’organisation de son système judiciaire et qui ne regardent que la démocratie polonaise, son gouvernement et son parlement élu au suffrage universel. Il est étrange de voir comment les eurocrates ont tendance à oublier les leçons de l’histoire. La Pologne est un pays martyr. Partagé entre la Russie stalinienne et l’Allemagne nazie en 1939, puis dévastée par les hordes hitlériennes, un cinquième de sa population a été massacrée sous la deuxième guerre mondiale. Puis, de 1945 à 1990, à la suite des accords de Yalta, la Pologne a été opprimée et ravagée par le communisme soviétique. L’Europe de l’Ouest, et le monde occidental dans son ensemble, n’ont pas bougé le petit doigt, entérinant la dictature qui écrasait ce pauvre pays martyr. Et encore en 1980, les Européens ont laissé écraser le syndicat Solidarité qui réclamait un retour à la liberté pour la Pologne, et cela en toute complicité (le général Jaruzelski reçu à Paris). Face à la tragédie polonaise, l’Europe a toujours fait preuve d’une lâcheté et d’un cynisme hors pair. Aujourd’hui la soi-disant Europe, c’est-à-dire la bureaucratie bruxelloise, piétinant les leçons de l’histoire, se substitue à Moscou de l’ère soviétique pour insulter et opprimer la Pologne. On n’a pas le droit de montrer du doigt et d’humilier une nation qui a autant souffert et si longtemps abandonnée à son triste sort. Toute l’histoire du monde moderne est celle de la défaite des empires – napoléonien, ottoman, austro-hongrois, Reich allemand, soviétique, colonial, face aux exigences de liberté des nations. En prenant ainsi la posture de l’impérialisme et de l’oppression d’une nation, en se substituant à Moscou de l’ère soviétique, l’union bruxelloise, cette anti-Europe,  s’engage dans une voie suicidaire.

Maxime TANDONNET

[Seuls les sites figurant au  blogroll ci-joint ou avec l’accord de l’auteur sont autorisés à reprendre ce billet]

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Le vrai clivage politique de l’avenir

Autrefois, le clivage droite/gauche se fondait sur l’opposition conservatisme/progressisme. La « droite » prônait le maintien de l’ordre des choses, de la propriété privée et des hiérarchies économiques et sociales. La « gauche » préconisait la redistribution, la propriété collective des moyens de production, l’égalitarisme. Cette fracture n’a plus lieu d’être dans un pays fortement socialisé où la dépense publique représente plus de la moitié du revenu national et les prélèvements 47%. Comment aller encore au-delà dans la voie d’une collectivisation dont les résultats, sur le long terme, sont d’ailleurs effroyables si l’on en juge par le poids de la pauvreté en France (8,6 millions de personnes)? La redistribution a atteint ses limites. Quant à revenir en arrière et sortir de ce schéma, nul n’y songe sérieusement, tant cela supposerait  de volonté et du courage politique. D’où la neutralisation ou la dépolitisation, de facto, du sujet économique et social. Les notions de droite et de gauche servent désormais d’étiquettes creuses pour désigner une majorité et une opposition.

Les milieux intellectuels tendent aujourd’hui à substituer au clivage droite/gauche le clivage France mondialisée/France périphérique.  Les « élites mondialisées », prétendues éclairées, incarneraient l’ouverture, les grands horizons, vivant dans les centres urbains suivant des études universitaires et votant Macron et LERM. La France périphérique, au contraire, est censée habiter dans les banlieues populaires, le monde rural, voter le Pen et Mélenchon, gagnée par le repli. Ce schéma, largement admis, est-il généralisable? Est-il aussi pertinent qu’il n’y paraît? Le village global, Internet, le i-phone, les voyages, les réseaux sociaux, la culture planétaire (américaine), touchent 80% des Français, y compris de la banlieue et de la ruralité. Quant à la France supposée « ouverte », privilégiée, elle est infiniment plus diversifiée dans ses modes de pensée que l’image facile d’une classe post-nationale qui transcende les frontières.

Le vrai clivage politique, celui de l’avenir, même s’il est imperceptible aujourd’hui, se situe ailleurs. Il réside entre « politique spectacle » et « politique des réalités ». La vie politique a peu à peu basculé dans un monde artificiel, ou tout n’est qu’image narcissique, dissimulations (des faits, des chiffres), postures, fausseté, annonces vaporeuses, coups médiatiques, phrases ou mots chocs, manipulations autour de réformes inconsistantes présentées comme révolutionnaires, polémiques, affichage médiatique. La politique s’éloigne constamment du monde des réalités sur lequel elle ne cherche même plus à avoir prise et, adossée au principe de vanité, s’enfonce dans la négation du bien commun. Plus elle plonge dans le narcissisme, plus elle fuit le monde réel celui du chômage de masse, de la désindustrialisation, de la dette publique,  de l’écrasement fiscal, de la violence, de l’immigration incontrôlée et de la crise de l’éducation. Aujourd’hui, nous avons atteint la quintessence d’une longue dérive. Alors, comment redécouvrir la politique comme action authentique, volonté générale, gouvernement et choix d’un destin? Tel est le grand défi du futur. Aujourd’hui, il est invisible dans la brume d’un abêtissement général et organisé. Comment réinventer le discours de la vérité, la politique des réalités, honnête, tournée vers l’intérêt général et non les satisfactions d’ego d’une infime minorité? Comment réhabiliter, contre le souverain mépris, le sens de la res publica? 

Maxime TANDONNET

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Ainsi parlait Zarathoustra

Alors, l’Autre reprit sans voix: « Ô Zarathoustra, qui a des montagnes à déplacer, déplace aussi des vallées et des bas-fonds. »

Et je répondis: « Ma parole n’a pas encore déplacé de montagnes et ce que je dis n’a pas atteint les hommes. Il est vrai que je suis allé chez les hommes, mais je ne les ai pas encore atteints. »

Alors l’Autre reprit sans voix: « Qu’en sais-tu? La rosée tombe sur l’herbe au moment le plus silencieux de la nuit. »

Et je répondis: « Ils se sont moqués de moi, lorsque j’ai découvert et suivi ma propre voie; et en vérité, mes pieds tremblaient alors. »  Et ils m’ont dit ceci: « Tu ne sais plus le chemin et tu ne sais même plus marcher. »

Alors l’Autre reprit sans voix: « Qu’importe leurs moqueries! Tu es quelqu’un qui as désappris d’obéir: maintenant, tu dois commander! Ne sais-tu pas quel est celui dont tous ont le plus besoin? Celui qui ordonne de grandes choses? Et voici ta faute impardonnable: tu as la puissance et tu ne veux pas régner! »

Et je répondis: « Il me manque la voix du lion pour commander ».

Alors l’Autre me dit encore, comme dans un murmure: « Ce sont les paroles les plus silencieuses qui apportent la tempête. » 

[Ainsi parlait Zarathoustra II]

 

 

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Réflexion sur la politique et sur le destin de la France

  • Le déclin de la France, sur plusieurs décennies, en particulier depuis le milieu des années 1970, est un phénomène difficilement contestable. Il s’exprime dans tous les aspects de la vie politique et sociale : la désindustrialisation, la faiblesse en matière de technologies de pointe, le chômage de masse (5 à 6 millions), les destructions d’emplois, la poussée de la dette publique, le record absolu des prélèvements obligatoires, l’écrasement fiscal, la violence qui ronge la société et s’accroît d’année en année, le nombre des pauvres (8,6 millions) et de mal logés (3,2 millions), la chute vertigineuse du niveau scolaire, l’incapacité à maîtriser les flux migratoires, l’explosion des zones de non droit, l’essor du communautarisme, et des phénomènes de radicalisation islamiste, la catastrophe démocratique que représente une abstention majoritaire aux élections nationales. L’ensanglantement du pays par la vague terroriste islamiste, depuis trois ans, a marqué un nouveau palier dans l’affaiblissement de la France qui ne parvient plus à protéger ses citoyens de tels massacres.
  • Le réflexe naturel est de chercher des boucs émissaires à l’extérieur. « L’Union européenne » ou la « mondialisation », le « capitalisme financier » sont les coupables tout trouvés qui permettent de se défausser sur l’extérieur, l’étranger. Certes, les orientations bureaucratiques de Bruxelles n’ont fait qu’amplifier le désastre. Mais d’autres pays, soumis aux mêmes lourdeurs et contraintes, ne connaissent pas le même naufrage que la France et parviennent à s’en sortir, en tout cas moins mal. Les causes de fond de la tragédie française sont à chercher en interne. Les responsabilités essentielles du désastre sont nationales, françaises, même si le constat est difficile à admettre.
  • Les causes profondes du phénomène sont pourtant intérieures. Elles tiennent à l’affaiblissement de la volonté collective et du sens d’un destin commun. Ils sont le fruit de l’affaiblissement de l’esprit public, de la notion de devoir, de bien commun, au profit de l’individualisme et de la société narcissique. Le désastre a une cause essentielle : le triomphe des corporatismes et des intérêts particuliers égoïstes sur le sens de l’intérêt général. La responsabilité est collective, celles des dirigeants et des milieux influents, obsédés par leurs propres intérêts individuels mais aussi celle d’un peuple qui se détourne de la chose publique. L’agitation quotidienne des passions et des émotions, les gesticulations politiciennes, les polémiques et les sondages, servent d’écran de fumée pour masquer cette évolution de fond.
  • Le système politique français amplifie le déclin de la volonté collective. Son présidentialisme à outrance, depuis des décennies, focalise la vie publique sur la sublimation de l’image narcissique d’un homme, qui devient ainsi sa fin ultime. La vanité s’impose comme un principe de gouvernement. Le narcissisme érigé en système fonctionne à l’image d’un boulet pour le pays. Il interdit toute réforme, toute politique publique et de long terme. Le culte de l’image est incompatible avec la notion de gouvernement car il interdit les décisions impopulaires, les prises de risque, l’exercice de l’autorité, et les arbitrages facteurs inévitables de mécontentement. L’action publique laisse la place à une multitude d’artifices : fausses réformes sans conséquences, annonces flamboyantes et paroles grandiloquentes sans lendemains, culte de la personnalité, grand spectacle mégalomane au quotidien. Le sens de l’action et de la décision ou des choix de long terme se trouve comme étouffé dans les sables mouvants de l’hypocrisie et d’une manipulation de masse. C’est un système qui est ici dénoncé, et non un individu en particulier.
  • Comment en sortir? Le redressement ne se conçoit que sur le long terme, et prendrait, s’il devait se profiler à l’horizon, sans doute autant d’années ou de décennies que le déclin qui dure depuis au moins 40 ans. L’enjeu est de restaurer peu à peu l’esprit public et l’intelligence collective, le sens du bien commun, réapprendre à sortir de l’individualisme radical pour faire renaître le sens d’un avenir et d’un destin collectif, en particulier l’idée d’une solidarité entre les générations et la volonté collective de laisser à nos successeurs une France en ordre où ils pourront vivre dans la paix, la prospérité et la dignité. L’éducation est à la base de tout : sortir les futures générations de la logique de crétinisation en réhabilitant l’intelligence et les savoirs fondamentaux. Tout cela est bien loin d’être gagné. Le début du redressement passe par la tête, par l’exemple, c’est-à-dire par le politique. La France a besoin d’une remise à plat radicale et profonde de son modèle de gouvernement. Le salut passe par une transformation, non seulement du fonctionnement des institutions mais aussi et surtout des mentalités politiques. Il faut remplacer un régime de mégalomanie stérile et impuissante par un mode de commandement fondé, bien au contraire, sur la discrétion efficace et l’action ancrée sur le monde des réalités. La politique au sens noble du terme ne saurait procéder que d’un engagement collectif, la mobilisation d’une douzaine d’hommes et femmes, le rôle du « chef » étant de l’impulser et la coordonner dans le silence, la modestie, le désintéressement absolu et l’obsession des résultats. La question n’est pas seulement celle des hommes (X ou Y) mais celle d’une remise en question générale. Mais dans le climat d’apathie et d’abrutissement collectif, qui pour entendre un tel message?

Maxime TANDONNET

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Confusion et abrutissement

Qui a déclaré, « J’ai surtout hâte d’aller à la rencontre des Français pour leur dire merci de vive voix d’avoir voté pour moi. Sans eux, je ne serais pas là. »? Non, ce n’est pas le nouveau président de la République, c’est la nouvelle miss France.  Coup d’oeil, hier soir sur TF1 qui passait en revue les candidates. Toutes étaient jolies et elles avaient de belles ambitions: l’une voulait « sauver la planète » face aux menaces environnementales, une autre entendait « promouvoir la cause animalière » et enfin une troisième se déclarait prête à lutter pour sauver le « vivre ensemble« . « J’ai surtout hâte d’aller à la rencontre des Français pour leur dire merci de vive voix d’avoir voté pour moi« ! Quelle différence, aujourd’hui, entre un dirigeant politique au sommet et une miss France? En ces temps de confusion de la politique et du spectacle, la question mérite d’être posée.

Maxime TANDONNET

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Radio-fayot

Ce matin, le premier titre des informations de RTL, à 8 heures portait sur les 40 ans du président Macron, célébrés au château de Chambord. Ensuite, venait la mort de 5 adolescents dans un accident de la route lors de la traversée d’un passage à niveau. Disons le franchement, la seconde nouvelle est infiniment plus importante que la première, pour n’importe quel esprit normalement constitué. Disons le franchement, en tant que citoyen, je me fous de la première des deux nouvelles, comme de ma première chaussette, alors que la seconde m’émeut profondément. La France, une République? Disons le franchement, je trouve que, pour placer en tête des informations nationales, l’anniversaire d’un chef de l’Etat, quel qu’il soit, il faut une sacrée perversion des esprits. « Le président de la République aussi nécessaire que ma prostate » comme disait un grand homme d’Etat, un véritable homme d’Etat, médecin de profession. D’ailleurs, il eût mieux valu que la radio nous parle de l’affligeante décision du Conseil Constitutionnel qui censure pour le deuxième fois la pénalisation de la consultation des sites islamistes sur Internet. Tout le monde sait qu’Internet est aux terroristes islamistes ce que les chars de Rommel et de Guderian étaient aux nazis. Quand le droit n’a rien à voir avec le droit et sert de prétexte à démission… La même jurisprudence va-t-elle s’appliquer aux sites pédopornographiques? Si la réponse est oui, elle est monstrueuse. Si elle est non, elle est incohérente. Mais revenons à nos moutons, à nos sangliers plutôt. Il paraît que le jeune quadragénaire a rencontré les chasseurs et que la rencontre fut merveilleuse, dixit radio-fayot. J’en profite pour dire que je n’aime pas la chasse ni les chasseurs. Il est invraisemblable à mes yeux que l’on puisse trouver du plaisir à torturer les animaux des bois. Voilà, ce n’était pas la question mais c’est ma réponse, comme disait l’autre.

Maxime TANDONNET

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Lecture: L’ère du vide, Gilles Lipovetsky, Gallimard, 1983.

Me voici de nouveau chroniqueur d’un livre ancien, paru il y a trente-cinq ans! Mais justement, la nouveauté ne fait pas la sagesse, et le génie d’un livre transcende les décennies. Voici un ouvrage absolument prophétique, en bonne place parmi ceux qu’il faut avoir lus pour comprendre l’époque.

Le sous-titre est éloquent: « Essai sur l’individualisme contemporain« . La société occidentale (européenne) qu’il nous décrit est celle de « l’indifférence pure« , dominée par un climat de nihilisme: « A-t-on jamais autant organisé, édifié, accumulé et, simultanément, a-t-on jamais été autant hanté par la passion du rien, de la table rase, de l’extermination totale […] Le désert gagne, en lui nous lisons la menace absolue, la puissance du négatif, le symbole du travail mortifère des temps modernes jusqu’à son terme apocalyptique. » Le monde moderne, le monde occidental, se caractérise par la disparition des idéaux collectifs, notamment religieux, patriotique, le sens d’un destin commun à construire, les grands projets collectifs, autour de la liberté, de l’instruction ou de la solidarité planétaire.

Mais, « le vide de sens, l’effondrement des idéaux n’ont pas conduit, comme on pouvait s’y attendre, à plus d’angoisse, plus d’absurde, plus de pessimisme. » Il a été comblé par l’essor de « l’apathie de masse« . Et « nulle part le phénomène n’est aussi visible que dans l’enseignement où, en quelques années, le prestige et l’autorité des enseignants ont à peu près complètement disparu. Désormais, le discours du maître est désacralisé, banalisé, situé sur un pied d’égalité avec celui des médias et l’enseignement une machine neutralisée par l’apathie scolaire, faite d’attention dispersée et de scepticisme désinvolte envers le savoir. »

Le néant moderne se traduit par l’essor d’une nouvelle idéologie dominante: le « néo narcissisme »: « La res publica est dévitalisée, les grandes questions philosophiques, économiques, militaires, soulèvent à peu près la même curiosité désinvolte que n’importe quel fait divers, toutes les « hauteurs » s’effondrent peu à peu, entraînées qu’elles sont dans la vaste opération de neutralisation et banalisation sociale. Seule la sphère privée semble sortir victorieuse de ce raz de marée apathique, veiller à sa santé, préserver sa situation matérielle, se débarrasser de ses complexes, attendre les vacances, vivre sans idéal, sans but transcendant est devenu possible [mais] derrière l’écran de la l’hédonisme et de la sollicitude, chacun exploite cyniquement les sentiments des autres et recherche son propre intérêt sans aucun souci des générations futures. »

L’ouvrage annonce la mort du politique et de la démocratie: « L’hédonisme a pour effet inéluctable la perte de la civitas, l’égocentrisme et l’indifférence au bien commun, l’absence de confiance dans l’avenir, le déclin de la légitimité des institutions. »  Ce contexte explique la transformation de la politique en un grand spectacle médiatique vide de sens: « Ainsi s’explique la fascination exercée par les individus célèbres, stars et idoles, vivement stimulée par les médias qui intensifient les rêves narcissiques de célébrité et de gloire […] » Cependant « à l’obsolescence des objets répond l’obsolescence des stars et gourous » [c’est-à-dire] « la rotation des figures à la une […] avec l’inflation galopante de la mode. »

Il s’achève sur un chapitre particulièrement prémonitoire intitulé « violences sauvages, violences modernes« . Nous vivons dans un monde nouveau qui, par contraste avec toute l’histoire de l’humanité,  valorise en apparence la gentillesse, la douceur, les rapports aseptisés, dominés par l’idée de tolérance et d’ouverture à l’autre. Cependant, « conséquence de la désaffectation des grandes finalités sociales et de la prééminence accordée au présent, le néo-narcissisme est une personnalité flottante, sans charpente ni volonté, la labilité et l’émotivité en sont les caractéristiques majeures. A ce titre, la violence hard, désespérée, sans projet, sans consistance, est à l’image d’un temps sans futur valorisant le tout, tout de suite; loin d’être antinomique avec l’ordre cool et narcissique, elle en est l’expression exaspérée. »

L’auteur, dans cet ouvrage, ne se penche pas sur les possibilités de lutter contre une évolution qui lui paraît (de ce que l’on comprend) inéluctable et qui selon lui, n’est pas intrinsèquement mauvaise. L’explosion de la société sous l’impact de l’hyper-narcissisme comme idéologie dominante  est selon lui une assurance contre les dictatures ou le totalitarisme. Comme tout excellent ouvrage, il débouche sur des questions et un débat possible plutôt qu’il ne le referme. Et sur ce point, sa vision paraît contestable. La société narcissique débouche sur un nihilisme qu’il décrit à merveille. Cependant, ce vide, cette apathie, cet abêtissement général, en annihilant l’esprit critique et la force de résistance,  semble bien  ouvrir la voie à l’asservissement sous une forme ou sous une autre mais qui pourrait fort bien même dans un avenir lointain, ressembler au pire de ce que jamais l’espèce humaine n’a encore vécu. Dépasser ce livre, c’est s’interroger sur les moyens d’une réforme politique, institutionnelle, et surtout, éducative et intellectuelle pour tenter, même sur le très long terme, d’infléchir les phénomènes qu’il décrit admirablement et ainsi de tout essayer  pour éviter l’apocalypse.

Maxime TANDONNET

 

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1940, témoignages pour l’histoire

Ci-dessous, trois extraits de témoignages intéressants, recueillis sur ce site, relatifs aux années 1940-1945.

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Originaire du Nord, j’ai connu l’exode, décidé le 18 mai par un cousin veillant sur nous en une heure de temps après une nuit de bombardements par les Stukas, un exode qui d’étapes en étapes nous a conduits jusqu’en Gironde où nous étions pour entendre Pétain annoncer les pourparlers d’armistice, annonce pour laquelle, loin du soulagement si souvent évoqué, j’ai vu pour la première fois les adultes pleurer. Et dès le surlendemain, nous avons franchi la ligne de démarcation pour aller en Provence, ma famille ne pouvant supporter l’idée de rester sous le contrôle de la « botte ».

Pendant ce temps, mon père fait prisonnier lors de l’encerclement de Dunkerque, n’imaginera pas un autre destin que libre et français, s’évadera à trois reprises avant d’atteindre l’Allemagne et ses camps, et finira par nous retrouver en septembre 1940. Dès novembre, il deviendra, en sus de sa nouvelle activité professionnelle pour nous nourrir, un messager d’un réseau de renseignements créé par un cousin, transmettant des infos recueillies à Vichy pour l’IS à Genève. Et quand ce réseau sera éventé et dissous fin 42, mon père via l’Espagne et l’AFN rejoindra De Gaulle, la Grande Bretagne, et les troupes de choc.

Il me semble que pour beaucoup, il y avait donc beaucoup de possibilités pour faire, ce qui a longtemps tardé ! Et de l’attitude des gens alors, autant je garde le souvenir de toutes les précautions indispensables pour survivre que nous avons dû prendre à l’égard des « puissants » (et j’entend par là tous ceux investis d’une autorité « légale »), autant des gens simples nous auront « protégés », me laissant à penser que, à titre de comparaison, il y a eu certainement beaucoup plus de « Justes » que le nombre de ceux effectivement honorés. Mais que plus les gens se trouvaient « hauts placés », plus ils ont été lâches et profitant de la situation, surtout si celle-ci était nouvellement acquise à la faveur des événements.

ADB

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VAE VICTI
J’ai vécu cette période , celle des « jeux interdits » j’étais sur les routes dans la grande débâcle qui était le résultat de l’arrivée des troupes allemande , essayant d’échapper au mitraillage des avions italiens alors alliés des allemands et essayant de trouver asile n’importe où . Comme beaucoup de mes contemporains j’emploierai le verbe « subir  » et non « agir » et tant pis si on nous traite de lâches c’est facile après coup mais la plus grande partie de la population d’alors ne faisait pas comme on le dit maintenant partie de la résistance ou des collabos mais essayait de survivre au mieux pour se nourrir et d’échapper aux bombes.

Ce que j’entends ou je lis maintenant est très loin de ma vérité . Mon père blessé à Verdun et croix de guerre en 14 ( ( et ça valait quelque chose) n’était pas un collabo et personne ne l’était au moment de l’armistice mais je me souviens parfaitement du consensus général pour l’arrêt des hostilités avec le cri de soulagement aux annonces télévisées de Pétain . Nous étions effondrés par la défaite mais soulagés et nous ne pensions pas que Pétain était un traître.

Avec quoi pouvions nous résister ? Avec quelles troupes ? Ceux qui fuyaient et qui nous doublaient sur les routes de l’exode ? Nous courions à l’anéantissement , la ruine , l’enfer devant une guerre qui pour la première fois impliquait les civils. Facile toujours de réécrire l’Histoire après coup et surtout de porter un jugement .

Sganarelle

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Intéressants ces témoignages. Je vais vous faire part du mien, Mon père était de l’assistance publique, il fut placé dans une famille d’accueil peu après sa naissance,, famille où il fut choyé jusqu’à ses treize ans . A 13 ans il fut enlevé de sa famille pour aller travailler, tel était le sort des enfants de l’assistance. A savoir qu’à cette époque être de l’assistance c’était être un paria, les gens les méprisaient, car ils étaient les enfants dit du « Péché ». La famille d’accueil où il fut placé en 1934 était une famille qui méprisait les enfants de l’assistance. Son lit était dans le grenier à foin, où il avait en tout et pour tout une bassine et un pichet d’eau, il travaillait 14 heures par jour et on lui donnait à manger des patates bouillies et du gras de viande. Il fit une deuxième famille où là aussi il logeait dans l’écurie et où les conditions de vie étaient les mêmes. Beaucoup de gens l’insultaient, le traitaient d’enfant de rien. En 1940 ces gens virent d’un bon œil l’arrivée des allemands considérant qu’ils allaient mettre au pas les jeunes et notamment ceux de l’assistance. Mon père rencontra en 1941 un homme qui voulait le faire rentrer dans la résistance. Il refusa et lui dit : « Tu ne crois pas que je vais risquer ma vie pour un peuple qui me méprise, qui m’humilie, que ce soit les français où les allemands, pour moi il n’y a pas de différence » Fin 1941 il fut pris par la patronne d’une ferme dont le mari était prisonnier en Allemagne, il eut le statut de chef de culture, ce qui eut pour conséquence de ne pas être pris pour le STO. Pour lui aucun regrets de ne pas avoir fait la résistance pour des raisons que je peux comprendre.
Il est à noter toutefois que c’est grâce aux services allemands qu’il sut où il était né exactement et qui était sa mère. Les recherches furent faites pour savoir s’il n’était pas juif ou d’origine juive.

De l’autre côté, la sœur de mon grand-père à 20 ans fut une résistante de la première heure, après l’appel du 18 juin, elle fut dans un réseau de résistance, elle fit des actions diverses, elle était le garçon manqué de la famille qui comptait 10 garçons et une fille (elle). Dans cette ville de Charente-Maritime la collaboration était très élevée, d’ailleurs peu de gens de cette époque vivant dans cette ville veulent parler de cette période. Ma tante a vu des atrocités faites grâce à la collaboration. Et au moment de la libération, beaucoup de ces collabos devinrent des résistants de la dernière heure, qui firent le nécessaire pour éliminer des gens qui pouvaient témoigner de leur collaboration. Ma tante faillit perdre la vie à cause d’eux. Et le gars collabo qui voulait sa peau fit à partir de 1952 une carrière politique. Elle essaya de dénoncer ses actions pendant l’occupation mais rien n’y fit.
Ensuite, elle a vu ceux et celles qui furent traités de collabos, simplement par vengeance ou pour régler des comptes de famille et ceux-ci furent hélas les plus nombreux, c’était le temps de la purge.
Pour résumer entre mon père et ma tante deux façons différentes de rentrer dans ce conflit, et ma tante n’a jamais tenu rigueur à mon père de son attitude, elle la comprenait.

Philippe

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Lecture: Le véritable procès du maréchal Pétain, Louis Noguères, Fayard, 1955.

Voici un vieux livre, passionnant, sur l’histoire de Vichy, rencontré par hasard sur les rayons d’une bibliothèque. Il a été écrit par l’ancien président de la haute cour de justice, nommé après le procès du maréchal Pétain. Ce livre étrange, qui tient sa force de son caractère impartial et honnête, monument de 700 pages, est constitué de pièces méconnues, qui figuraient au dossier de l’accusé mais qui n’ont pas été utilisées, ni par ses juges, ni par ses défenseurs. Sa lecture prend à la gorge et entraîne dans un mystérieux malaise issu de  la lente et inexorable déchéance d’un groupe d’hommes qui semblent peu à peu faire naufrage dans l’aveuglement et la trahison.

Il présente des pièces sidérantes, comme les extraits de notes prises au fil des réunions par le docteur Ménétrel, le médecin et conseiller du « chef de l’Etat français ». L’ouvrage ne peut pas être résumé tant il est dense et hétéroclite. Il fait le récit de la chute d’un groupe d’hommes dans l’ivresse d’eux-mêmes et le déshonneur. Ils n’ont que le mot « souveraineté » à la bouche mais sombrent dans une servilité toujours plus absolue. Un an après l’entrevue de Montoire où fut scellée la politique de collaboration, Pétain écrit ainsi à Hitler, le 20 octobre 1941: « Monsieur le Chancelier, L’anniversaire de l’entrevue de Montoire est une date dont je tiens, en dehors du protocole, à marquer le sens et la portée. Il y eut dans votre geste de l’an dernier trop de grandeur pour que je ne sente pas le devoir de souligner, en termes personnels, le caractère historique de notre conversation« . Grandeur! à propos d’un personnage qui est en train d’opprimer et de détruire la France.

Le culte de la personnalité autour d’un Pétain divinisé est en filigrane de cette déchéance: « De l’issue des négociations en cours [pour accorder des bases aux Allemands en Syrie destinées à combattre les Anglais] , proclame l’amiral Darlan, dépend l’avenir de la France. Il s’agit pour elle de choisir entre la vie et la mort. Le maréchal et son gouvernement ont choisi la vie. Votre devoir est tout trouvé: suivez le maréchal, aidez le de toutes vos forces, comme je le fais moi-même, dans une oeuvre de rénovation nationale ».

S’y expriment toute l’horreur et la monstruosité de l’esprit servile, en particulier lors de la déportation des familles juives. Récit d’un témoin: « Le préfet délégué de Lyon, présent à cette opération, et entendant les cris des femmes qu’on séparait de leurs enfants, me dit: « c’est abominable ce que nous faisons! » Je lui ai répondu: « Et pourtant, vous le faites! ». Alors, il me répondit: « Il faut obéir! »

L’indignité, le déshonneur, la bêtise humaine et l’hypocrisie éclaboussent toute une partie de l’ouvrage qui accumule les documents retraçant l’attitude des hommes de Vichy au moment du débarquement américain en Afrique du Nord (8 novembre 1942). Alors que la France est occupée aux deux-tiers par l’armée allemande, pillée, écrasée sous la botte hitlérienne, terrorisée par la Gestapo, les dirigeants du régime poussent des cris d’orfraies à l’idée de la « souveraineté française violée par les Américains en Afrique du Nord« . Dans l’aveuglement , l’abrutissement, et l’inconscience la plus totale, déconnectés de la réalité, incapables de saisir le sens des événements en cours qui annoncent la défaite de l’Allemagne, ils s’acharnent à ordonner aux autorités et aux forces françaises d’Alger de livrer une bataille sanglante aux Américains qu’ils accusent « d’invasion ». « J’ai donné des ordres et je vous demande de les appliquer! » s’égosille le chef de l’Etat, alors que depuis deux jours les autorités d’Afrique du Nord se sont ralliées aux Américains.

On y voit des gens désemparés, privés de toute boussole, morale, intellectuelle qui ne savent plus où ils en sont:

  • Laval: Nous avons tout perdu. L’Empire est par terre. Mon ambition est de sauver ce qui peut l’être de notre territoire.
  • Weygand: Je veux vous dire ce que je pense. Je veux vous dire que la politique suivie par le gouvernement [d’alignement sur l’Allemagne hitlérienne] détache le pays du Maréchal!
  • Laval: La France est occupée par l’Allemagne, c’est un fait!
  • Weygand: Le Maréchal perd du terrain dans l’opinion publique!
  • Laval: Que faire alors? J’ai la certitude que si les anglo-saxons sont vainqueurs dans cette guerre, ce sera le bolchevisme!
  • Weygand: Je vous répète que le gouvernement, par sa politique, se fait le fourrier du communisme!
  • Pétain: Si l’opinion se détache de moi, c’est l’anarchie. Mon prestige vous est nécessaire. Il faut que je puisse rester.

La chute dans le déshonneur se poursuit inexorablement. La crise politique de novembre 1943 secoue une nouvelle fois le microcosme vichyste. Pétain qui se considère toujours comme le symbole vivant de la France, alors qu’il a sombré dans le mépris populaire, tente une opération politique en préparant un Acte constitutionnel dont l’objectif est de réunir le Parlement congédié trois ans et demi auparavant, promettant de démissionner s’il est empêché de réaliser cette manœuvre. Prévenus par Laval, les Allemands – Ribbentrop en personne – le lui interdisent strictement au nom d’Hitler et imposent, dorénavant, un accord préalable de l’occupant avant tout acte législatif ou réglementaire.  Va-t-il démissionner comme il en a donné sa parole? Non, il accepte, se soumet entièrement, multiplie les courbettes face au Führer allemand, et demeure à sa place « de chef de l’Etat » en titre. L’excuse de vouloir protéger les Français ne tient pas dès lors que lui même se lamente de ne plus avoir le moindre pouvoir ni influence. Alors, pourquoi se maintient-il? Il a conscience d’avoir perdu toute maîtrise sur les événements mais persiste à se proclamer indispensable.  On touche ici à l’incompréhensible, au mystère le plus insondable de la vanité humaine poussée à son paroxysme…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Commentaire de l’élection de M. Wauquiez à la tête des Républicain (Atlantico)

Hier soir, le site Atlantico m’a interrogé sur mon ressenti de la victoire de M. Wauquiez (voir mes réponses ci-dessous). Pour être franc, je suis plutôt rassuré, satisfait et heureux de ce début de résurrection d’une opposition démocratique à un pouvoir qui à mes yeux, incarne le pire en politique: le déni du réel, la fuite dans la communication et le culte de la personnalité. Pour autant, l’enthousiasme et la jubilation ne sont pas de mise. Deux points sont à surveiller: quand vont-ils enfin comprendre que leur devoir est de s’adresser « à la France » et non « à la droite« , un concept aussi sectaire que vermoulu? Sont-ils vraiment prêts à placer au premier plan le débat d’idées, l’intérêt général et le projet, en mettant fin à l’effroyable et vénéneuse dérive narcissique de la politique française autour de la guerre des chefs et de l’obsession élyséenne, ce chancre monstrueux? A voir: attendons, dans l’espérance, mais aussi la fermeté sur nos attentes…

Maxime TANDONNET

  1. Avec plus de 74% des suffrages exprimés, Laurent Wauquiez arrive largement en tête de cette élection pour la présidence LR. « La droite est de retour » a-t-il affirmé. Les Républicains semblent ce soir se redécouvrir largement conservateurs : cette victoire conduira-t-elle à une droite rétrécie ou à une droite renouvelée ?

Il faut distinguer le fond et la forme. Sur la forme, le renouvellement est bien là et il fait pendant à En Marche. Laurent Wauquiez incarne une génération politique nouvelle, celle des quadragénaires. Il a avec lui, dans son entourage proche, des personnalités jeunes comme Guillaume Peltier ou Guillaume Larrivé. Beaucoup de partisans autour de lui sont des hommes et des femmes de moins de cinquante ans. Les ténors de droite, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon, volontairement ou involontairement, lui ont passé le relai. Mais le renouvellement des visages n’implique pas forcément le renouveau sur le fond, et c’est cela qui compte. Mettre en avant les questions de sécurité, de maîtrise de l’immigration et des frontières, de respect de la loi, de discipline à l’école, d’unité nationale contre le communautarisme, la lutte contre le terrorisme, de ne signifie en aucune cas « droite retrécie ». Cela répond à l’attente profonde de l’immense majorité des Français qui souffrent de l’insécurité et sont traumatisés par la montée de la violence. La France est déchirée par une profonde fracture démocratique quand 88% des Français jugent que « les politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux » et ne font plus confiance aux politiques. Regagner leur confiance est un immense défi qui n’a rien de ringard, bien au contraire. Si Laurent Wauquiez et son équipe parviennent à y répondre, il sera alors possible de parler d’un véritable renouveau.

  1. Si l’on devait placer cette élection dans la continuité des précédentes élections internes des LR, quelle tendance observe-t-on ? L’accentuation d’une ligne conservatrice aux dépens d’une ligne humaniste est-elle une tendance conjoncturelle ou structurelle à LR ?

On peut parler d’une tendance de fond, car elle correspond à une réalité profonde de la société française. Les derniers présidents de LR l’ont emporté sur une ligne dite conservatrice, ou sécuritaire : M. Copé en 2012, M. Sarkozy en 2014, aujourd’hui M. Wauquiez accentue cette tendance. Elle correspond au sentiment que l’Etat n’assure plus convenablement sa mission régalienne fondamentale qui est de protéger les Français dans un monde en plein chaos. On peut donc dire que l’évolution est structurelle et qu’elle dépasse largement le cadre des militants de LR. Mais l’enjeu essentiel est justement de transcender le clivage entre « conservateurs » et « humanistes ». Protéger efficacement la sécurité, la liberté, l’ordre public n’implique pas de manquement au principe d’humanité. L’opinion publique veut l’ordre public et tout autant le respect des droits fondamentaux et sociaux. La société française est extrêmement fragile, notamment parce qu’elle compte une dizaine de millions de personnes reléguées dans l’exclusion, privées d’emploi ou de logement décent. Le devoir absolu de M. Wauquiez et de son équipe sera de tendre la main à ceux qui sont dans la misère et la souffrance. S’ils ne le font pas, ils seront rejetés par le pays.

  1. Cette droite peut-elle se replacer comme mouvance d’opposition principale, devant Jean-Luc Mélenchon ?

Oui, cela ne fait aucun doute. Les Français ont besoin d’une opposition susceptible d’assurer une alternance sans risque pour le pays. Il n’existe pas de démocratie sans une opposition en mesure de reprendre la relève. Il me semble que l’enjeu de l’opposition qui s’incarne désormais dans M. Wauquiez et son équipe, consiste à restaurer la confiance des Français dans la politique. Avant tout, il lui incombe de donner des gages de sa sincérité à s’engager dans la voie du redressement collectif et non, cinq ans à l’avance, dans une course à l’Elysée qui serait à la fois absurde et suicidaire. Donner une image de la politique fondée sur le bien commun plutôt que la guerre des chefs et la course aux ego et aux satisfactions de vanité : tel est l’immense défi qui se présente à lui. Et aussi sa grande difficulté si l’on en juge par la réaction de ses concurrents chez les Républicains… Le mode d’exercice du pouvoir, en vigueur aujourd’hui en France, repose à la fois sur une place considérable donnée au verbe, à la communication et sur la personnalisation du pouvoir à outrance. Si l’expérience actuelle réussit, la question ne se posera même pas. M. Macron et son parti LREM seront reconduits triomphalement en 2022. Si elle échoue, cela signifiera que les Français veulent tout autre chose : un retour à la politique comme mode d’action collectif en faveur de l’intérêt général et de la vérité. Dès lors, la chance de M. Wauquiez sera d’animer progressivement ce retour à la politique au sens noble du terme, en homme d’Etat plutôt qu’en créature providentielle.

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Laurent Wauquiez, entre diabolisation et retour de l’espérance.

Voici mon article du jour, pour le Figaro Vox:

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A la veille de l’élection du président des Républicains, la candidature de M Laurent Wauquiez est dominée par un paradoxe. D’une part, ce dernier est considéré comme ultra-favori, quasi certain de l’emporter. D’autre part, il fait l’objet d’une tentative de diabolisation sans précédent pour ce genre de scrutin interne à un parti. L’ensemble des médias, radio et télévisions, se sont engagés dans une entreprise de démolition de son image. M. Wauquiez est ainsi présenté comme une sorte d’intrigant, ambitieux est sans scrupule. Plusieurs des leaders de LR ont d’ores et déjà laissé entendre qu’ils le tenaient pour illégitime à la tête du mouvement et qu’ils le combattraient. Le centre-droit a rejeté par avance une alliance avec LR sous sa présidence.

Quel crime a donc commis Laurent Wauquiez pour mériter un tel traitement ? Son intégrité n’est pas en cause. Il n’a jamais été condamné ni mis en examen et rien ne permet de douter de sa probité à aucun moment de sa carrière. Pour s’en tenir à des aspects personnels, il a une réputation de personnage plutôt simple et cordial, sans prétention, à l’écoute de ses collaborateurs et des avis qui lui sont donnés par les uns ou par les autres ; en tout cas bien loin de l’image d’Epinal du fort en thème enfermé dans la tour d’ivoire se ses diplômes. Il s’est montré parfaitement loyal avec ses anciens patrons, Nicolas Sarkozy comme chef de l’Etat ou François Fillon Premier ministre : une qualité d’autant plus précieuse en politique qu’elle est rare. Les coups bas et petites phrases méchantes ne sont pas sa spécialité. Il est facile de l’accuser d’avoir tourné le dos à son mentor, M. Jacques Barrot : comme si toutes les carrières politiques, sans exception, ne reposaient pas sur le soutien initial d’un protecteur !

Enfin, Laurent Wauquiez n’a jamais, à aucun moment, eu la tentation de transiger avec le Front national. Il l’a toujours proclamé avec une absolue fermeté. Certes, lors du second tour des élections présidentielles, son refus d’appeler à voter M. Macron contre la candidate du FN a été fortement critiqué. Cependant, au regard du principe démocratique, le refus d’accorder un blanc-seing à M. Macron, en l’absence du moindre doute sur les résultats, ne valait en rien adhésion à son adversaire.

La source de la défiance envers lui provient-elle alors d’une « droitisation » excessive ?De prises de positions qui seraient contraires à la pensée unique, à l’idéologie dominante : fédéralisme qui ne dit pas son nom, société libérale-libertaire, sans- frontièrisme, principes de la « table rase » ?

Jamais Laurent Wauquiez, dans les solutions auxquelles il a réfléchi, n’a manqué au principe de réalité et de modération. Ainsi, il ne remet pas en cause le principe de la solidarité et de l’unité européenne, mais dans un livre paru en 2014, proposait une réforme profonde des institutions et du fonctionnement de l’Europe. De même, il a manifesté sa volonté d’améliorer la maîtrise de l’immigration en fonction des capacités d’accueil de la France, mais ne s’est jamais prononcé en faveur de « l’immigration zéro ». Par des gestes symboliques – celui de la crèche au conseil général – il a montré son refus des intimidations. Laurent Wauquiez a sans doute en perspective de s’adresser au 88% de Français qui selon le sondage annuel de Cevipof sur la confiance, considèrent que « les hommes politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux. » Peut-on le lui reprocher ?

Dans un tel contexte, M. Laurent Wauquiez a-t-il la moindre chance de réussir, c’est-à-dire de conduire les Républicains à la victoire dans les années qui viennent ? Tout dépend sans doute de la vision qu’il aura de la situation politique.

Le mode d’exercice du pouvoir, en vigueur aujourd’hui en France, touche au paroxysme d’une évolution de longue date. Il repose à la fois sur une fuite dans la communication et sur la personnalisation du pouvoir à outrance, autour d’un personnage censé incarner l’autorité politique à lui tout seul, au détriment des outils de direction du pays : Gouvernement, Parlement, partis politiques, collectivités territoriales. Si l’expérience réussit, la question ne se posera même pas. M. Macron et son parti LREM seront reconduits triomphalement en 2022. Si elle échoue, cela signifiera que les Français veulent tout autre chose : un retour à la politique comme mode d’action collectif en faveur du bien commun et de la vérité. Dès lors, la chance de M. Wauquiez sera d’animer progressivement ce retour à la politique au sens noble du terme, en homme d’Etat plutôt qu’en créature providentielle, une politique fondée sur l’intérêt général avant l’image médiatique. Avant tout, il lui incombe de donner des gages de sa sincérité à s’engager dans la voie du redressement collectif et non, cinq ans à l’avance, dans une course à l’Elysée qui serait à la fois absurde et suicidaire.

Maxime TANDONNET

 

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La crétinisation de la France

« A l’âge de 10 ans, un écolier français a plus de mal à lire que ses homologues européens. Déjà derniers (22e) dans l’Union européenne en mathématiques et avant-derniers en sciences dans l’enquête internationale Timss (Trends in Mathematics and Science Study ) publiée l’an dernier , les écoliers français, en l’occurrence les collégiens de CM 1, partagent le bonnet d’âne européen pour la lecture avec les belges francophones, et la 34e position sur 50 pays dans le monde dans le classement Pirls (Progress in International Reading Literacy Study) réalisé tous les cinq ans et publié ce 5 décembre. 319 000 élèves de 9 à 10 ans, 310 000 parents, 16 000 professeurs et 12 000 écoles de 50 pays ont participé à ce programme mené au cours de l’année 2016 par l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (IAE), qui dépend du Boston College. Les champions internationaux sont la Russie et Singapour. Malgré dix heures d’enseignement hebdomadaire du français du CP au CE 2 et huit heures par semaine en CM 1, les collégiens testés au printemps 2016 comprenaient mal ou pas du tout le texte qu’ils lisaient. Seuls 4% des CM1 ont été jugés aptes  «à comprendre et à utiliser les formes du langage écrit que requiert la société ». Depuis 2001, année de lancement du programme,  les résultats de la France n’ont cessé de décliner, avec 14 points perdus. « 

L’effondrement du niveau scolaire est le phénomène le plus symptomatique d’un déclin général qui se manifeste de mille façons: désindustrialisation accélérée, chaos et violences urbaines, impuissance de l’Etat, endettement vertigineux, renoncement à la maîtrise des frontières, ravage du terrorisme islamiste, esprit de dissimulation et de mensonge, poussée de l’extrémisme stérile, effondrement de la démocratie et de la politique – le choix d’un destin collectif – au profit de la communication et d’un culte de la personnalité qui est le paroxysme du crétinisme contemporain. La réintroduction de la « dictée » n’est qu’un leurre qui ne changera strictement rien à la situation. La chute de la France, à commencer par son niveau intellectuel,  est un phénomène de long terme, qui transcende les majorités. C’est toute l’histoire d’un pays ravagé par l’individualisme et le narcissisme qui se réfugie dans les chimères et n’a plus envie de vivre en tant nation ni de s’instruire.  Parler encore du « génie français » ou du « pays de Descartes » est devenu une aberration. Le redressement est-il mission impossible? Il ne se conçoit que sur le long terme et ne peut venir, à la base, que d’une prise de conscience, totalement absente aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

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Salut Johnny!

Ce matin, je me suis levé tôt pour parler de sujets qui me tenaient à cœur: la chute du niveau de lecture des enfants français, un signe parmi d’autres de l’effondrement intellectuel de notre pauvre pays, l’épouvantable hypocrisie médiatico-politique sur l’affaire corse. Et patatras, en allumant mon ordinateur, j’apprends le décès de Johnny. Comment le dire?  C’est notre enfance, notre jeunesse qui achèvent de mourir avec son départ. Il donnait une image de gentillesse populaire, simple et sans prétention. Il exprimait la joie de vivre, empreinte de mélancolie. Il chantait la solitude, la nostalgie, l’amour et la liberté. Il n’avait rien d’un donneur de leçon ni d’un professeur de morale à deux sous. Il incarnait à la perfection notre France que nous aimons et qui s’éloigne. C’est un ami qui nous quitte. Nous sommes tristes, accablés, comme abasourdis par la nouvelle.

 

Maxime TANDONNET

 

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Entretien avec Atlantico sur l’avenir de LR

1-Le dimanche 10 décembre prochain, les 234 908 adhérents « les Républicains » à jour de cotisation sont invités à participer à l’élection à la présidence de leur parti lors de la session du Congrès. Comment cette campagne à la présidence, qui s’est dessinée depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence, a t elle changé au parti ? Le parti y a t il gagné quelque chose « intellectuellement » ? 

Les échecs électoraux de 2017 ont représenté un traumatisme infini pour LR qui se situait dans la logique d’une alternance et d’une victoire quasi certaine après l’effondrement du quinquennat de M. Hollande. A l’issue du plus effroyable scandale politique de l’histoire de la Ve République pendant une campagne nationale, LR a été battu par un homme que nul ne connaissait quelques années auparavant et qui n’était autre que l’ancien conseiller et ministre de l’économie du président sortant… Puis aux législatives, LR mordait de nouveau la poussière devant un parti LREM tout juste sorti du néant. Pour le mouvement héritier du courant gaulliste, c’était plus qu’une défaite, une humiliation. Comme souvent, les moments les plus tragiques, quand le fond de l’abîme est atteint, sont propices à une remise en question fondamentale. Un rapport sur la refondation des Républicains a été rédigé et publié en novembre 2017. C’est un beau texte qui renouvelle profondément les conceptions du mouvement : appel au renouveau du débat d’idées, rejet du culte du chef, volonté de répondre aux questions de fond qui préoccupent les Français, sur l’avenir de la nation, les frontières, l’intégration, la maîtrise des flux migratoires, l’identité de la France. Pour les opposants à cette évolution, le réflexe de Pavlov est à la caricature et l’on parle de droitisation ou de « lepénisation ». Or, écouter ce qu’ont à dire 60 à 80% des Français, tenter de leur apporter une réponse à la fois réaliste et respectueuse des droits fondamentaux, ce n’est rien d’autre que la démocratie, et non la « droitisation ».

​2- Selon des propos rapportés par le Financial Times, le politologue français Laurent Bouvet indique que Laurent Wauquiez réitère la stratégie victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007, notamment sur les thèmes de l’identité et de l’immigration, à la différence que le probable futur numéro 1 du parti doit aujourhdui composer sans les centristes, partis chez LREM. Les « centristes » ont il réellement rejoint Emmanuel Macron ? Dans un tel cas, ne s’agit il pas d’un moyen de sortir de la confusion idéologique existante au sein du parti, sur les questions européennes par exemple ? 

 Les choses sont plus compliquées que cela. Une partie des centristes ont rejoint le camp de M. Macron : le modem, une partie de l’UDI. Cependant, une autre partie des centristes reste plus ou moins solidaire de LR, autour de M. Morin assez proche des idées de LR. De plus, la mouvance centriste reste très instable et adaptable. Elle peut basculer dans un camp ou dans un autre en fonction des rapports de force et de ses intérêts électoraux. Mais il est vrai que la recomposition se poursuit. On sent bien que les choses continuent à bouger. Le schéma de type UMP comme union « du centre et de la droite » avec forte prédominance des idées centristes, est dépassé. C’est plutôt le RPR du début des années 1980 qui est en train de se reconstituer, une formation conservatrice, qui mettra en avant le libéralisme économique et la défense de l’identité de la France, sa culture, ses traditions, le refus du communautarisme, la sécurité et la maîtrise des frontières. Une partie des personnes tentées par l’abstention ou un vote de protestation par dépit et désespoir, pourra se retrouver dans cette approche. En revanche, sur l’Europe, un ton nouveau est à inventer qui concilie les points de vue. Le fond idéologique des sympathisants de LR n’est pas anti-européen. L’enjeu, pour les futurs dirigeants du mouvement, n’est pas de vouloir sortir de l’Union européenne, mais de l’arracher à une logique bureaucratique qui la ronge insidieusement, la démocratiser et la rapprocher des citoyens et des nations pour revenir à l’idéal d’une union toujours plus étroite entre les peuples.

3- Quelles sont les forces et les faiblesses de ces nouveaux « LR » qui se profilent, aussi bien au niveau idéologique qu’au niveau électoral ?

Tout le problème tient à l’image de la politique. Il ne suffit pas de convaincre des militants mais de toucher le cœur de la France. L’image que donnent les responsables politiques, depuis des décennies, est accablante. Les gens ont le sentiment que les politiques sont obnubilés par leurs intérêts personnels, leur carrière, leur obsession maladive d’accéder à l’Elysée puis de s’y maintenir et par conséquent ne se préoccupent plus de l’intérêt général. C’est pourquoi ils ont donné un grand coup de balais à la classe politique traditionnelle en 2017. Mais par un incroyable ironie de l’histoire, les nouveaux ne font pas mieux que les anciens… L’enjeu fondamental, pour M. Laurent Wauquiez et les nouveaux dirigeants de LR, c’est de rompre avec cette vision. Il faut arriver à prouver aux Français leur détermination à en finir avec une politique qui se limite le plus souvent à la communication et à la posture. Il faut réussir à les convaincre de leur volonté de réhabiliter une politique de l’action efficace et authentique, tournée vers le monde réel et non les chimères et les manipulations. Le défi est gigantesque. Le contexte politique est plutôt favorable aux nouveaux dirigeants de LR : avec l’effondrement du PS et la crise du FN, ils se présentent comme la seule alternance crédible dans les années à venir. On peut présumer qu’une usure du pouvoir accélérée guette les dirigeants actuels. Cependant, elle ne profitera à LR que si mouvement réussit à faire passer le message d’une volonté absolue de probité, d’en finir avec le culte du « je », de restaurer la politique comme un mode d’action tourné vers le seul bien commun. Le défi est de taille…

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La bêtise arrogante

La France traverse une période de faux plat. L’actualité est à peu près vide d’intérêt, baignant dans une atmosphère étrange de bêtise arrogante – selon une formule entendue avant- hier, de la bouche d’un ami journaliste – mais aussi de prétention hystérique et vulgarité conquérante, ajouterais-je bien volontiers. Dans ce contexte, une anecdote m’est revenue à l’esprit, dont je certifie sur mon honneur qu’elle est strictement authentique. Par une belle soirée de fin d’été, il y a longtemps, je dînais à la terrasse d’un restaurant avec quelques connaissances, dans un cadre professionnel. « L’heure est à l’optimisme », m’affirme un jeune gars d’une trentaine d’années, polytechnicien, science po, etc,  extrêmement brillant, du genre élite de l’élite, l’avenir incarné de la nation,  sûr de lui et de son intelligence. « Cela ne signifie rien, tout peut arriver à tout moment! », lui ai-je répondu. « Propos de grincheux et de ronchon qui ne comprend rien à son temps! », m’assène-t-il. «  »Voyons, ai-je repris, en 1910 ou en 1930, qui voyait venir l’apocalypse? » « Aucun rapport! Il existe un « effet d’expérimentation »(sic). L’humanité progresse mécaniquement vers le « bien » à force d’accumuler une expérience qui lui interdit de reproduire les mêmes erreurs: la violence et la guerre sont des notions périmées. Il faut vivre avec son époque! » Il criait presque, tant il était convaincu de détenir la vérité. Comme souvent, devant la bêtise arrogante, je me suis tu. Que faire d’autre?  Je n’invente rien: parole d’honneur.  Nous étions le 10 septembre 2001.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Humour politique: « et vous trouvez ça drôle? »

Un jury composé de personnalités de la presse et des médias a décerné à l’ancien président, M. François Hollande, le prix de l’humour politique pour sa phrase « toutes mes décisions, je les prends seul à l’issue d’un dialogue singulier avec moi-même ». Par-delà l’enfumage quotidien, la politique actuelle de la France dans tous les domaines (prélèvements obligatoires, social, éducation, immigration, sécurité, Europe, société, etc), avec parfois des nuances de forme, confirme, prolonge ou renforce les orientations ou impulsions données par son mandat. M. Hollande aura donc été un précurseur.  Pourtant, la drôlerie ce cette phrase, qui semble-t-il a amusé un parterre de personnalités de la presse et des médias, est loin d’être évidente. Personnellement, je ne vois pas du tout ce qu’elle a de drôle. Elle serait plutôt tragique. L’air du temps, à tous égards, à tous les niveaux de la vie sociale, est aux petits chefs qui se croient plus intelligents que tout le monde et prennent leurs décisions ou leurs non décisions dans un coin, sans écouter personne. Et ils en sont fiers. L’exercice solitaire du pouvoir ou supposé pouvoir, par des êtres médiocres, qui n’ont rien de moins, mais rien de plus que la moyenne,  est un phénomène qui relève davantage de la tragédie que du comique car il entraîne toujours les sociétés ou les nations à l’abîme. Nul n’est obligé d’avoir envie de rire au souvenir du mandat du président Hollande, et surtout de paroles qui n’ont rien de drôle. Votre « humour politique », gardez-le pour vous.

Maxime TANDONNET

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L’esprit de trahison

« On n’a pas le droit de trahir les traîtres même. On n’a jamais le droit de trahir, personne. Les traîtres, il faut les combattre, et non pas les trahir » « Charles Péguy », les Cahiers de la Quinzaine (III 118). Quelque chose d’étrange se produit dans la sphère politique. Nous sommes censés vivre une période de renouvellement ou de recomposition de la vie politique. Pourtant, celle-ci atteint la quintessence de la médiocrité avec la banalisation de la trahison. Le retournement de veste est toujours quelque chose d’insupportable, le pire de la politique. S’être engagé dans un camp pour être élu et basculer dans un autre pour profiter des attribut du pouvoir, est l’apothéose du cynisme politicien. Il n’existe pas dans l’histoire, de trahison qui ait réussi. La trahison finit toujours mal. Le traître, de gauche ou de droite, qui abandonne son camp pour rejoindre celui de l’adversaire, se retrouve forcément, à un moment ou à un autre, face à ses contradictions et son immoralité. Le traître se moque du monde, il trahit avant tout son électorat, donc viole les fondements de la démocratie. Il se condamne à l’échec dès lors qu’il s’enivre de son intérêt personnel, au mépris de l’intérêt général. Personnellement, la trahison est tout ce qui me fait le plus horreur et des traîtres, quels qu’ils soient, je n’attends qu’une seule chose: qu’ils payent leur perfidie.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Déflagration, Patrick Stefanini, Robert Laffont, 2017

Le livre Déflagration est un témoignage capital de Patrick Stefanini, pour comprendre l’effroyable débâcle du camp Républicain en 2017, et bien au-delà. Il fait partie de ces rares ouvrages qu’on lit d’une traite, sans pouvoir s’en détacher de toute une nuit, tant ils sont captivants et passionnants, pour la compréhension d’un désastre, mais aussi au titre d’une réflexion plus générale sur la politique française.

L’homme est bien connu dans les milieux de la droite française comme dans ceux de la haute administration. Sa grande silhouette de rouquin, très mince, voûtée, un peu dégingandée, est familière aux bureaux et aux couloirs des cabinets de la France « dite d’en haut ». Il fut pendant plus de vingt ans un homme charnière des gouvernements de la droite et du centre. Qui ne connaît pas ce grand modeste, d’une exceptionnelle courtoisie et amabilité, bourreau de travail, d’une volonté de fer, et d’une honnêteté intellectuelle hors norme, obsédé par l’idée du service public et de l’intérêt général?

Il est un de mes amis, je dirais même ami proche; mais qui, dans ce milieu particulier, à l’interface de la politique et du service de l’Etat, n’est pas un ami proche de Patrick? Son livre est à son image, sans méchanceté pour personne, sans haine, sans rancune. Ce « catholique pratiquant », comme il se présente lui-même, ne cesse de battre sa coulpe: « Je me fais d’ailleurs le reproche de ne pas avoir proposé à François Fillon (etc.) » Bien loin de lui la volonté de régler des comptes et le portrait qu’il trace de de dernier, dans un livre honnête, est, dans l’ensemble, plutôt bienveillant. Il ne dissimule rien de son rôle personnel dans le rapprochement avec Sens Commun dont il déplore la « diabolisation ».

Son livre aurait aussi pu s’intituler: « chronique d’une descente aux enfers ». Pour tout dire, on en sort comme d’un film d’horreur, avec au cœur un dégoût infini pour le spectacle hallucinant qu’il nous dévoile dans les coulisses d’une déroute. Au centre de la grande comédie humaine se trouve l’affrontement mortel entre trois personnages qui se méprisent, une bataille de titans, pourvus d’un ego démesuré: Fillon, Juppé, Sarkozy. « Pour Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon sont des numéros deux […]   Alain Juppé a trop longtemps considéré [Ce dernier] comme  une créature de Philippe Séguin  […]   Pour François Fillon comme Nicolas Sarkozy, Alain Juppé est en politique un fils à Papa ».

Englué dans des sondages médiocres, fin août 2016, François Fillon choisit, contre l’avis de Patrick Stefanini, de s’attaquer violemment à Sarkozy – auquel il doit d’avoir été Premier ministre pendant cinq ans – dans l’objectif de relancer sa campagne : « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen? » Pour l’auteur, « l’objectif de François Fillon est bien de cogner sur Sarkozy ». Dès lors, l’opération est un succès: « Fillon casse la baraque médiatique. » L’auteur du livre utilise une belle formule: « Après son discours du 28 août, à Sablé, François Fillon est content de son effet. Il mise une partie de sa stratégie politique et de communication sur sa réputation  d’honnêteté. Il a joué la présidentielle à la manière de la roulette russe et il vient de mettre une balle dans le barillet… »

« C’est comme si la foudre s’était abattue sur nous » ressent l’auteur à la lecture de l’article du Canard Enchaîné dénonçant l’emploi, à l’Assemblée nationale, de Mme Fillon par son mari. La tragédie se noue quand François Fillon, mis en examen, décide de ne pas se retirer, contrairement à la promesse faite à la télévision devant des millions de Français. Son élection devient dès lors impossible, mais ni lui, ni son entourage ne semblent en prendre pleinement conscience. D’où la démission de Patrick Stefanini qui ne parvient pas à faire passer son message.

Ce triste spectacle, est émaillé de scènes de haine, de trahisons, de retournements de veste, complots, dissimulations. Ainsi, Patrick Stefanini, au fil de ses pérégrinations, découvre l’existence parmi les principaux protagonistes de la campagne, d’une « bande du Bellota », nom d’un restaurant où se réunissent régulièrement les ex-partisans de plusieurs candidats à la primaire: « Gilles Boyer, Benoit Apparu et Edouard Philippe pour Alain Juppé, Thierry Solère, Franck Riester, et Sébastien Lecornu pour Bruno Lemaire, et Gérard Darmanin pour Nicolas Sarkozy ». Stefanini ne le dit pas explicitement mais une évidence s’impose:  en plein cœur du FillonGate, la « bande du Bellota » anticipe déjà sur la défaite de son camp et prépare sa reconversion…

L’ouvrage consacre aussi de longs développement à la haine instinctive, viscérale, que se vouent Juppé et Baroin, fondée sur des rancœurs qui remontent à Mathusalem, des broutilles d’amour-propre, qui vont contribuer à bloquer le changement de candidat quand il s’imposait. « Il a osé me dénier la qualité d’héritier de Jacques Chirac! » s’offusque ainsi Juppé. Mais selon l’auteur, même face au caractère inéluctable de la défaite, François Fillon n’a semble-t-il jamais vraiment envisagé de se retirer pour sauver son camp.

Un constat s’impose: c’est le nihilisme dans lequel s’ébattent les acteurs animés avant tout par l’ ivresse d’eux-mêmes et la soif de revanche envers leur adversaire. Autour de Patrick Stefanini s’effectue bien un travail de réflexion, mené par des responsables économiques et axé sur un projet d’inspiration libéral dont la suppression des 35 heures est la mesure emblématique. Mais pour le reste, le néant est radical, vertigineux. Dans les préoccupations courantes de l’état major de campagne, la France semble ne  pas ne pas exister. Patrick Stefanini s’indigne lui-même de ce que l’un des membres de son entourage « commet une erreur en soulignant son attachement excessif aux notions de nation et de frontière ». Une campagne politique nationale n’a-t-elle pas pour objectif suprême le bien de la nation? Dans le tableau qu’il dresse, tel n’est pas le cas. La politique se présente alors comme un combat au service d’un mentor, d’une idole, d’un champion que l’on s’est donné. L’auteur lui-même, au fil de ces pages, donne l’impression de s’angoisser avant tout pour « sa famille politique » (quelle belle famille!)  pour la « droite française » dont l’avenir est en jeu. Le reste, c’est-à-dire la France, n’apparaît qu’au second plan.

Oui, nihilisme total, le grand théâtre tragi-comique qu’il nous décrit avec talent semble dériver loin du monde, loin des réalités, comme sur une scène irréelle. A aucun moment des 400 pages denses n’apparaît même le drame de la « crise des migrants » qui en train de détruire l’Europe. Le mot « chômage », ce mal radical qui ravage la société française n’est pas prononcé une seule fois (sauf erreur). Il est parfois question des massacres commis sur le sol national par le terrorisme islamiste. Pourtant, le spectacle décrit par l’auteur de l’ouvrage semble à mille lieues d’une prise de conscience de l’ampleur de l’effroyable traumatisme subi par la France depuis deux ans.

Ce spectacle semble être celui d’un petit monde refermé sur lui-même sa vanité maladive, ses calculs, la folie de ses ambitions narcissiques, totalement inconscient et indifférent au reste du monde, l’intérêt général, la France, le peuple, la nation, en sont largement absents. Le travail de la campagne se focalise sur les sondages où l’on teste les formule, les slogans, les propositions, les mots chocs. La campagne, une vaste opération de marketing pour vendre un produits à des crétins manipulés – que nous sommes, nous les électeurs…

Ce témoignage exceptionnel soulève implicitement des questions gravissimes, dont les protagonistes du drame n’ont absolument pas la moindre conscience. Il pose en premier lieu la question dramatique du présidentialisme français, et son monstrueux naufrage dans le despotisme de l’impuissance et de la vanité. Dans un climat d’aveuglement total, la notion de res publica, d’intérêt général, de bien public est désormais noyée dans un grand fleuve de narcissisme égotique qui peu à peu, entraîne le pays à l’abîme. Et d’ailleurs, cet épouvantable fiasco de la « droite » en 2017 a débouché sur une situation de culte de la personnalité qui est la quintessence d’une dérive mortelle pour le pays. Les acteurs du drame n’en finissent pas de se réfugier derrière « de Gaulle » pour justifier cette phénoménale plongée du pays dans la démence mégalomane. Mensonge suprême: jamais le Général n’aurait reconnu le régime qu’il a fondé dans cette apothéose de la médiocrité narcissique et impuissante à laquelle nous sommes condamnés.

Que dire en conclusion? La démocratie française est à refonder de A à Z, autour d’une décentralisation communale, du recours à la démocratie directe, d’un gouvernement collectif et modeste, tourné vers l’intérêt général du pays, son avenir, et non la starification d’un homme ou une femme, et le bannissement de toute forme de culte de la personnalité. La France a besoin d’hommes d’Etat, me suis-je dis en posant le livre par terre, après cinq heures d’une lecture passionnée, et non de pitres méchants et vaniteux.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Soutien à M. Jean-Michel Blanquer

« Inconstitutionnel & inacceptable. » Sur Twitter, Jean-Michel Blanquer est sans détours: le ministre de l’Éducation nationale s’oppose formellement à l’organisation, les 18 et 19 décembre, d’un stage syndical proposant des débats « en non-mixité raciale ». « Je condamne avec fermeté le projet d’une réunion syndicale triant les membres sur la base de leur origine », a affirmé le ministre. La section départementale de SUD-Éducation en Seine-Saint-Denis propose en effet deux ateliers réservées aux enseignants « racisés » – comprendre « non-blancs », lors de journées thématiques baptisées: « Au croisement des oppressions: où en est l’antiracisme à l’école? »

Certaines informations donnent le vertige, comme celle-ci de l’organisation d’un stage sur des bases raciales dans l’Education nationale. Que cette idée ait pu venir à l’esprit de professeurs, chargés d’instruire des lycéens ou collégiens,  en contradiction avec tous les fondements de la Constitution et de la démocratie française – « la République ne reconnaît aucune distinction de d’origine, de race et de religion »,– reflète la tragédie d’une société en plein naufrage. L’acte de résistance de M. Blanquer n’a rien d’anecdotique: voyez comme il paraît seul dans la classe politique à s’exprimer à ciel ouvert sur le sujet: même des députés censés soutenir le gouvernement prennent leur distance, sous l’effet de la peur. Il s’expose à être traîné dans la boue et lynché par le système idéologique, traité de réactionnaire et de raciste, alors que par ce geste, il livre la guerre au racisme. Pourquoi le silence, sur un sujet aussi grave, des leaders Républicains? Leur silence sur un tel sujet – sauf si des déclarations m’ont échappé – est assourdissant…On peut en effet parler d’un acte de résistance au sens fort du terme, peut-être désespéré, au regard du courant totalitaire et morbide qui emporte notre pays dans l’aveuglement et la lâcheté générale, mais tout acte de résistance est au départ isolé et désespéré, avant de porter des fruits. Qu’il en soit remercié.

Maxime TANDONNET

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LR: la porte étroite de l’avenir

Entretien de ce weekend avec le site Atlantico. 

1-Selon RTL, un député « En Marche » aurait déclaré Laurent Wauquiez va devenir redoutable », prévoyant ainsi une éclipse du premier opposant actuel à Emmanuel Macron, Jean Luc Mélenchon, au profit du probable prochain président des LR. Alors qu’Alain Juppé et les constructifs marquent de plus en plus leurs distances, dans quelle mesure et à quelles conditions Laurent Wauquiez peut-il devenir une force prête à bénéficier de l’alternance pour les élections intermédiaires, comme pour la prochaine présidentielle ? 

Les conditions pour que LR bénéficie des élections intermédiaires et de la prochaine présidentielle sont nombreuses et aujourd’hui, loin d’être réunies. Il faut que les leaders de LR prennent conscience de l’immense insatisfaction des Français envers leur classe politique. Malgré les séismes de 2017, il n’est pas du tout certain que cela soit le cas. Une grande majorité des Français ne supporte plus la politique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, le narcissisme, la mégalomanie, les guerres de chefs, l’obsession de leur destin présidentiel par des hommes ou femmes qui se prennent pour des sauveurs providentiels. Cinq ans, c’est très loin. On peut seulement imaginer que d’ici là, les Français ressentiront une profonde allergie instinctive envers le culte de la personnalité, et le sentiment de la confiscation de l’intérêt général au profit d’une vanité exubérante. Les Français qui accepteront encore de croire en la politique seront attirés par la modestie, la simplicité, la seule volonté désintéressée de l’action au service du bien commun. LR doit redécouvrir un principe simple: les hommes politiques, les dirigeants du pays, ne sont rien d’autre que les humbles serviteurs de la nation. Ils sont au service du pays, et non l’inverse. C’est le débat d’idées au service de la France qui doit s’imposer contre l’obsession présidentialiste et les boursouflures d’ego qui rongent depuis trop longtemps l’univers politique. Si les LR ont la lucidité de s’en rendre compte, tous les espoirs sont permis pour eux. Sans doute faut-il un leader, un coordonnateur, un catalyseur d’énergie, un arbitre,mais il doit prouver, à travers tous ses faits et gestes et paroles, qu’il est simplement au service d’une cause commune et que son destin personnel n’a aucune importance. Si le futur président de LR donne le sentiment qu’il est obsédé par la présidentielle, quatre ans et demi à l’avance, un nouveau désastre sera au rendez-vous. Il faut bien voir qu’en 2022, entre M. Macron et un autre candidat de même profil, même style, les Français, en désespoir de cause, préféreront l’original à la copie.

2-Les LR, en perdant les tenants de la ligne Alain Juppé et les constructifs pro-européens, sont régulièrement présentés comme un parti « droitier », perdant ses attraits sociologiques ? En quoi cet « à priori » peut il être contestable ? 

C’est de la propagande à l’état pur et du mensonge avéré. La question n’est pas d’être plus ou moins « gaucher » ou « droitier ». Elle est de cesser cette dérive scandaleuse de la vie politique qui consiste, depuis trop longtemps, à se moquer des citoyens, des électeurs. Pourquoi l’affaire des « sans dents » a-t-elle fait tellement de mal? Parce qu’elle reflète le mépris phénoménal d’une petite caste dirigeante, de l’extrême gauche à l’extrême droite, envers les Français. Pourquoi croyez vous que plus de 50% des Français se sont abstenus lors des dernières élections législatives, un record historique absolu, dans l’histoire de la République qui souligne, dans l’indifférence générale, l’effondrement de la démocratie française? Parce que les électeurs, les citoyens en ont assez d’être puérilisés et manipulés depuis trop longtemps: fausses réformes qualifiées de « transformation profonde »; annonces sans lendemain; postures mégalomanes; dissimulation des réalités et des statistiques; polémiques stériles permanentes; abrutissement collectif à travers l’obsession des grandes épreuves sportives; destruction de l’intelligence collective par l’abêtissement télévisuel et le saccage de l’éducation nationale; mépris viscéral des dirigeants pour les sentiments et des idées du peuple sur les grands sujets du moment: l’économie, l’Europe, la Nation, la sécurité, les frontières. Qui aurait l’idée de consulter la nation sur l’un de ces grands sujets? Personne! Les milieux de la France dirigeante ou influente, de l’extrême droite à l’extrême gauche, vivent aujourd’hui dans la conviction que les citoyens sont dans l’obscurantisme et qu’ils doivent être éclairés par les prétendues élites détenant le sens de l’histoire et la connaissance du bien et du mal. C’est pourquoi ces dernières utilisent le mot « populiste », dérivé de peuple, comme épouvantail destiné à maudire toute pensée dissidente. L’immense chance des LR, par delà le clivage droite/gauche, c’est justement de réinventer en profondeur une politique qui serait fondée, non plus sur le mépris des citoyens, mais sur le respect qui leur est dû, une politique et un discours de vérité s’adressant à l’intelligence des Français. Ces derniers savent très bien que nul ne dispose d’une baguette magique mais ils attendent d’être traités en adultes, considérés et écoutés par leurs représentants.

3- Quel est le potentiel, pour les LR, de redevenir un grand parti, une hypothèse qui suppose de pouvoir être unede pouvoir être une force attractive aussi bien pour des électeurs LREM que FN ? Au regard de ces deux électorats, quelles pourraient être les conditions de leur ralliement aux LR ? 

Il me semble qu’il est considérable. Le parti socialiste est en pleine désintégration, d’ailleurs pour une raison simple: sa frange modérée, ou sociale-démocrate s’est largement reconvertie en LREM. Le FN est lui aussi en grande difficulté après un pic atteint en 2014-2017. Dans l’avenir, soit il repartira, soit il poursuivra son affaiblissement si LR parvient à offrir une perspective aux Français qui ont voté FN ces dernières années par dépit et non par conviction. Mais il me semble que LR ne doit en aucun cas chercher à s’inspirer d’autres partis, que ce soit LREM ou le FN. Par exemple, sur la conception même de la politique, qui caractérise aussi bien LREM que le FN, avec le culte de la personnalité, ou le culte du chef comme principe fondateur, le LR a la possibilité de s’en démarquer radicalement et de dire: en démocratie, ce n’est pas le destin personnel ou présidentiel, d’un prétendu sauveur ou d’une prétendue sauveuse qui compte aujourd’hui, mais le seul débat d’idées au service de la Nation. Quelle réforme pour l’Europe conforme aux principes des démocraties nationales? Quelle politique migratoire et de protection des frontières? Commente restaurer l’autorité de l’Etat, l’unité de la nation contre le communautarisme islamiste? Et la sécurité des citoyens? Comment relever le défi du terrorisme islamiste? Comment sauver l’école et l’intelligence française? Mais surtout, comment réinventer la démocratie française, le pouvoir du peuple? La question fondamentale, pour les LR, n’est pas de se donner un chef, mais de rouvrir le débat d’idées en France. A cette condition, il est certain qu’un mouvement venu des profondeurs de la nation et transcendant tous les clivages et les partis bénéficiera à la seule véritable opposition républicaine.

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Symptômes du totalitarisme

[Avertissement: ceci est un essai de réflexion sur l’évolution de long terme de la société politique française, en aucun cas un texte polémique visant tel ou tel de ses personnages actuels.]

Système totalitaire ne s’entend pas strictement au sens de jadis, celui des régimes soviétique, fasciste et nazi, fondés sur la violence et le meurtre de masse. Pourtant, nos sociétés des années 2010 laissent apparaître, à bien des égards, des signes banalisés de ce monde totalitaire que l’on croyait définitivement éteints. Des symptômes d’une société totalitaire renaissent, sous des formes certes différentes, avec la violence d’Etat en moins, rendu intolérable par la médiatisation. Plus sournois, plus subtils, plus discrets, nous les percevons au quotidien.

  • Le mythe du chef, autour d’un seul dirigeant surexposé, au centre de la lumière médiatique, présenté comme l’incarnation du pouvoir alors que s’effacent les autres pôles de pouvoir, soumis ou affaiblis, gouvernement, parlement, partis politiques, collectivités territoriales. Cependant, à la grande différence des totalitarismes du passé, le nouveau chef est privé d’autorité et de leviers d’action efficaces sur le monde réel, sa puissance se déployant essentiellement dans un monde virtuel et mythique. Il règne avant tout par la communication (tweets, postures médiatiques, faire-semblant, images) et non à titre principal sur le monde des réalités. Tout pouvoir se ramène au reflet d’un visage, ce qui le rend à la fois déconnecté du monde réel et immensément fragile.
  • La puissance d’une idéologie dominante, qui rayonne sur le monde occidental, fondée sur le libre arbitre de l’individu roi, le concept libéral-libertaire, la négation des frontières et des nations, le culte des minorités et de la société ouverte. L’idéologie contemporaine, à l’image de n’importe quelle forme du totalitarisme, vise à engendrer un homme neuf, un nouvel être humain interchangeable, sans passé, sans racine, acculturé, indifférencié, indéfiniment malléable et servile.
  •  Les reculs de la liberté de pensée et d’expression . Certains thèmes, au fil du temps deviennent absolument tabous. Toute forme d’expression qui n’est pas conforme à l’idéologie dominante est bannie, en rapport avec les thèmes des relations entre les sexes, l’orientation sexuelle, les minorités, la diversité, l’immigration, l’Europe, etc. Ceci n’est qu’un constat: jadis, il y a quelques décennies, il était possible d’avoir un avis divergent et de l’exprimer. Il était même possible de plaisanter, y compris à la télévision. Aujourd’hui, non. Il faut être dans le rang. Regardez à tout hasard les sketchs de Coluche (années 1980) ou des Inconnus (1990). Les deux tiers seraient interdits par le politiquement correct.
  • Les sanctions de tout comportement divergent ont changé: ce n’est plus la hache des bourreaux, les camps de concentration, ou les hôpitaux psychiatriques, mais le lynchage médiatique. Celui qui, d’une manière ou d’une autre, sort du droit chemin est pris en chasse par les réseaux sociaux et les médias, roué de coups, insulté, traîné dans la boue, son honneur est bafoué. Les conséquences ne sont évidemment pas les mêmes, mais le risque de cette souffrance intime suffit à imposer le silence ou le conformisme (sauf à quelques téméraires…)
  • Une société sous surveillance. A tout moment, chacun est susceptible d’être enregistré, filmé, écouté, dénoncé. Certains sites Internet se sont spécialisés dans la délation de masse. La délation est banalisée, revendiquée (« balancetonporc« ) Tout faux pas, parole de travers, sortie incontrôlée, comporte le risque de se trouver au cœur d’une polémique, méritée ou non. Tout se sait, tout remonte, tout sort. Big Brother est à l’oeuvre. Un vieux député socialiste déchu a été sanctionné pour défaut de titre de transport. Qu’il soit sévèrement sanctionné, oui, mais a-t-on besoin de l’étaler sur la place publique? D’en ricaner? Et jusqu’où?
  • Le déni du réel : l’essentiel du nouveau monde dans lequel nous vivons est de dissimuler la vérité. Voyez comme, au fil du temps, les statistiques disparaissent de notre paysage. Les chiffres de la délinquance, des migrations, qui étaient autrefois diffusés mensuellement ont été au fil du temps complètement éradiqués. Il fallait s’y attendre, la dernière statistique, celle du chômage, est en train d’être remise en cause. Les « braves gens » n’auront dorénavant plus accès aux statistiques mensuelles, mais ils ne connaîtront que les trimestrielles; demain, elles seront annuelles et puis un jour, plus personne n’en parlera: le chômage sera devenu tabou. Quant à la situation désastreuse de certains quartiers, communautarisme islamiste, violence quotidienne, trafics, échec scolaire: silence, plus personne n’en parle.
  • Une presse uniforme: la mise au pas de 80% de la presse quotidienne ou hebdomadaire est un phénomène spectaculaire. Prenez les médias radios/télévisions dans leur ensemble, l’immense majorité de la presse quotidienne, régionale, les grands journaux parisiens, le Monde, les Echos, Libé, les hebdomadaires, l’Express, l’Obs, Paris-Match: leurs éditoriaux se ressemblent étrangement, au mot, à la virgule près, sur l’Europe, sur la politique française, sur Trump et les Etats-Unis, sur le Moyen-Orient, sur les migrations. Certes, il reste encore Marianne, Charlie Hebdo, le Figaro, Valeurs actuelles pour garder une tonalité divergente. Mais pour combien de temps? Je ne sais pas si jamais dans l’histoire contemporaine, disons depuis 1945, la morale du troupeau a ainsi régné.
  • La table rase: la chasse au passé, à la connaissance de l’histoire est désormais entrée dans les moeurs. L’enseignement de l’histoire a été largement aboli dans les établissements scolaires français au profit d’un vague enseignement sur les civilisations. La monarchie, la Révolution, les guerres, napoléoniennes ne disent plus grand chose aux jeunes générations et le centenaire de la Grande Guerre, cette tragédie fondatrice du monde moderne, est largement occulté. Les traces du passé sont pourchassées, jusqu’à la tentation d’éradiquer les croix des paysages, de détruire les statues des grands hommes de l’histoire.
  • Le sport comme obsession: les deux grands événements français de ces dernières mois: l’attribution des JO 2024 à Paris puis la coupe du monde de rugby de 2023. Ce n’est pas le sport qui est ici critiqué, mais l’obsession du sport, comme dérivatif, comme opium du peuple, exaltation de la force physique et du chauvinisme de base. Une vieille recette des régimes totalitaires, Berlin, 1936, URSS et ses athlètes sur-dopés.
  • La crétinisation de masse: L’idéologie du nivellement qui emporte tout sur son passage comme un rouleau compresseur. Il faut briser l’intelligence collective, la connaissance, le savoir. Le bac a longtemps constitué un étalon de l’acquisition du savoir de base, récompensant le mérite intellectuel. L’ouvrir par tous moyens à 80% de la population en a banalisé le sens. De multiples études soulignent l’effondrement du niveau des jeunes Français, en mathématiques, en orthographe et un vertigineux déclin du quotient intellectuel. On veut aller encore plus loin désormais, par exemple en supprimant les séries du bac, ce qui reviendra à en réduire encore les exigences.
  • Le mépris du peuple: bien sûr, on fait semblant de l’aimer et de le respecter puisqu’en principe, en théorie, nous sommes en démocratie. Cependant la société moderne se caractérise par une profonde fracture et qui ne cesse de se creuser, entre l’infime minorité influente, bavarde, médiatisée, et l’immense majorité silencieuse. Et l’idéologie dominante donne une part croissante au mépris du peuple, de la « vile multitude ». Il est devenu totalement hors de question d’écouter ce que le peuple aurait à dire. Plus on l’invoque de l’extrême gauche à l’extrême droite,  (« je suis le candidat du peuple! »), plus on le méprise, comme on méprise ses angoisses et sa souffrance qui doivent être niées ou alors exploitées le temps d’une campagne à des fins électoralistes. C’est ainsi que dans la France « dite d’en haut », le mot « populiste » est devenu l’insulte suprême.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Souviens-toi

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LR, entretien avec le Figaro Vox

Les Républicains ont dévoilé cette semaine un rapport consacré à l’avenir du parti et rédigé après une longue consultation de militants, d’élus et d’intellectuels. Vous avez-vous-même été interrogé en tant qu’historien. Que pensez-vous de cette démarche ?

Je pense que cette démarche est remarquable et bienfaitrice. La vie politique française connaît, depuis quelques années, un véritable naufrage. Elle se résume à des successions de polémiques stériles, de scandales tonitruants et de lynchages médiatiques. Le débat d’idées a été anéanti. Une idéologie unique fondée sur l’individu-roi s’impose largement sur les consciences. Les débats de société sur l’avenir de l’Europe, l’autorité de l’Etat, la Nation, la démocratie française, l’aide au développement, ont disparu. Cette consultation et ce rapport vont à l’encontre de la tendance générale en montrant que la réflexion collective, préalable à l’action, est au coeur de la politique.

Les Républicains et la droite en générale doivent-ils davantage se consacrer aux idées et moins aux personnes ?

Je le pense profondément. Le culte de la personnalité, sous toutes ses formes, est une caractéristique de l’époque contemporaine. La vie politique et médiatique se focalise sur les personnes, soit pour les idolâtrer, soit pour les lyncher, ou les deux. Il faut voir dans ce phénomène une réaction destinée à combler le vide laissé par le débat démocratique. Il engendre une situation absurde. Dans le monde moderne, infiniment complexe, un homme seul ne maîtrise presque rien. Toute forme de culte de la personnalité repose sur une illusion et une manipulation. L’un des enjeux de l’avenir, pour les Républicains, est de sortir de cet engrenage fatal. Avant de songer à se donner un chef, il est infiniment plus important de mener une réflexion de fond et de se forger une ligne politique. Ne parlons pas encore de programme précis, mais d’un état d’esprit, d’un projet pour la France auquel il faut travailler. Il faudrait en revenir à une conception de la politique comme d’un travail d’équipe, certes autour d’un leader ou d’un coordonnateur, mais fondamentalement, un travail d’équipe.

Après l’élection de Macron, cela a-t-il encore un sens de vouloir refonder la droite. Le clivage droite/gauche est-il mort ?

L’un des piliers de toute démocratie est la coexistence pacifique d’une majorité au pouvoir et d’une opposition prête à prendre la relève, dans un climat de respect, de dialogue et de consensus sur un socle de valeurs communes. A titre personnel, je n’ai jamais aimé la formule gauche/droite qui me semble trop manichéenne et trop connotée, en France depuis toujours, « forces du progrès » contre « forces du passé ». Pourtant, il est vital que face au pouvoir incarné aujourd’hui par LREM, la France dispose d’une opposition puissante, républicaine, protectrice des Français, favorable à la libération des énergies économiques, au progrès social et à la démocratie sous toutes ses formes. L’idée d’une vaste coalition centrale couvrant le centre gauche et le centre droit et absorbant tous les courants modérés, serait, en France suicidaire. Elle aurait pour effet un renforcement considérable de l’extrême gauche comme de l’extrême droite et de plonger, à terme, le pays dans la paralysie politique voire un chaos sans nom.

70 % des adhérents refusent le principe de primaires ouvertes. Qu’en pensez-vous ?  

Ils ont profondément raison. Les primaires ouvertes sont une absurdité. Elles trahissent l’esprit de la Constitution et de la République française. En fractionnant le corps électoral en deux camps, elles nient l’indivisibilité de la République et l’unité du peuple français. Elles favorisent des positions extrémistes et utopistes, à l’image du déroulement de la primaire de gauche en janvier dernier. Elles aggravent le sectarisme de la politique française en figeant la bataille de deux camps idéologiques. Elles ouvrent la voie à toutes sortes de trucages comme la participation des électeurs d’un camp à la primaire de l’autre camp. Elles aggravent dangereusement la personnalisation de la politique, à travers le foisonnement de petits champions et de leur écurie de supporters, au détriment du collectif et du débat d’idées. Toute forme de primaires est à rejeter. L’élection présidentielle est la rencontre d’un homme ou femme et d’un peuple. Elle n’a pas besoin du filtre des primaires.

Selon les adhérents, la droite doit être avant tout «  réformatrice  » (49 %), libérale (36 %) et gaulliste (33 %). Peut-on vraiment en tirer un enseignement d’autant qu’on peut donner un sens très différents à ces mots ?

En effet, ces mots veulent tout dire et ne veulent rien dire. Quelle force politique renoncerait à être réformatrice si elle arrive au pouvoir, libérale, c’est-à-dire respectueuse des libertés, et gaulliste, se reconnaissant dans l’oeuvre du Général? Cette enquête n’apprend rien de nouveau.

Macron est libéral et réformateur et il se revendique même du gaullisme dans son incarnation du pouvoir. L’opposition ne doit-elle pas se distinguer avec une ligne clairement différente ?

Il me semble que l’opposition des Républicains ne peut pas se contenter d’apporter des nuances à la politique telle qu’elle est conçue aujourd’hui et menée par le pouvoir. Il faut aller au-delà. La décomposition de la politique française n’est sans doute pas achevée et réserve encore des surprises. Elle est partie du rejet viscéral, dans l’opinion publique, du mode de fonctionnement de la politique. 88% des Français ont l’impression que les responsables politiques ne tiennent aucun compte de ce que « pensent les gens comme eux » (Cevipof). La fracture démocratique reste toujours aussi profonde aujourd’hui. La vie politique glisse de décennie en décennie, toujours un peu plus dans la posture, la communication, les psychodrames, les annonces stériles, les manipulations. Le rôle fondamental de l’opposition républicaine devrait être de réconcilier la politique avec le monde réel, de restaurer la notion de bien commun, de direction collective du pays dans un climat de modestie, de désintéressement de culte de l’action et des résultats. Il devrait être de dire la vérité sur ce qu’il est possible de faire et ce qui ne l’est pas et d’agir en conséquence.

Les centristes européens et les conservateurs souverainistes peuvent-il continuer à cohabiter dans le même parti. Ne faut-il pas renouer avec le RPR ?

Le clivage est-il si marqué entre deux courants des Républicains? Les adhérents ou les sympathisants, dans leur immense majorité, ne sont ni fédéralistes, au sens de la création d’un Etat européen supplantant les Etats nationaux, ni favorables à la sortie de l’Union européenne. Il doit donc exister un terrain d’entente autour de l’idée d’une Europe moins bureaucratique et plus respectueuse des démocraties nationales. Se déchirer encore davantage serait se condamner à l’opposition éternelle. Il me semble préférable et plus intelligent, pour l’opposition républicaine, de s’engager résolument dans le défi de la réforme en profondeur de l’Europe ce qui est plus difficile que les slogans autour de l’Europe fédérale ou du frexit.

Le mot de « protection » n’apparaît pas. Pourtant confronté à l’insécurité physique, économique et culturelle, beaucoup de Français semblent y aspirer. La droite peut-elle protéger ?

L’Etat a pour vocation première de protéger les citoyens. Sans vouloir jouer les prophètes de malheur, il est vraisemblable que nous allons vers des temps troublés. Le risque de déstabilisation planétaire demeure considérable. Le Moyen-Orient reste une poudrière. La croissance de la population mondiale qui devrait atteindre les 12 milliards à la fin du siècle, soulève des questions aujourd’hui insolubles, en matière de ressources alimentaires et d’environnement, de développement économique et social et de régulation des flux migratoires. Les tensions nationalistes, idéologiques, économiques, communautaires peuvent dégénérer à tout moment dans le monde et provoquer des bains de sang. Le terrorisme islamiste menace nos démocraties. L’une des priorités absolue de l’opposition républicaine doit aller au renforcement de l’autorité et l’efficacité de l’Etat face à ces dangers. C’est bien ce que les citoyens attendent de lui en tout cas.

Peut-elle également s’adresser aux classes populaires qui se sont majoritairement abstenues ou ont voté Le Pen ?

Oui, c’est à ces classes populaires qu’elle doit s’adresser avant tout. La fracture démocratique s’est traduite par une abstention de plus de 50% aux élections législatives. Cet événement, sans aucun précédent historique, a un sens profond: il montre qu’une majorité des Français a cessé de croire en la démocratie. Les images des magazines, de la télévision, les commentaires d’experts à la radio n’ont strictement aucun rapport avec le ressenti de la France populaire, la majorité silencieuse, face à la France supposée « d’en haut ». Il y a une France qui n’arrive pas à se faire soigner, ni à boucler les fins de mois, confrontée au mépris, au chômage, à la crise de l’école et à la violence, à l’enfer de certains transports. La priorité absolue de l’opposition républicaine doit être de tendre la main à cette France qui se sent délaissée, celle des banlieues, du monde rural, des 5 à 6 millions de personnes privées d’emploi, des 8 à 9 millions de pauvres, 3,6 millions de mal logés, avec respect, volontarisme et sans démagogie. Certains dirigeants des Républicains commettent une faute lourde quand ils donnent le sentiment de s’en prendre aux chômeurs à pôle emploi ou aux soi-disant « assistés ».

Comment le faire sans renoncer à l’électorat des grandes villes qui pour l’heure semble déjà avoir choisi Macron ?

A-t-il vraiment choisi? Il me semble que le climat général du pays reste à l’incertitude et à l’attentisme. Cet électorat attend, lui aussi, autre chose de la politique. Il faut bien dire qu’aujourd’hui, aucune alternative ne lui est encore offerte. Il me semble qu’une autre politique pourrait avoir un certain succès, celle qui consisterait à prendre les Français au sérieux, leur tenir un discours adulte, sans effets d’annonce, sans posture, sans démagogie, en les regardant droit dans les yeux, d’égal à égal, en leur rappelant qu’ils sont les seuls maîtres, que la politique est à leur service, et non l’inverse, en leur donnant des gages de sincérité dans le dévouement à la chose publique et de désintéressement personnel. Il me semble que le pays ressent une véritable allergie à certains comportements comme le carriérisme ou l’ambition narcissique. Il attend et attendra de plus en plus de la part des hommes publics qu’ils se consacrent à l’intérêt général et non à leurs satisfactions de vanité.

 

 

 

 

 

 

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