L’idiocratie

L’Italie vient de se doter d’un gouvernement « antisystème » dirigé par M. Conte. Il n’a rien de sympathique et son programme démagogique de dépenses massives, notamment de création d’un revenu d’assistanat de 780€, pour 9 millions d’Italiens, le rend même détestable.

Mais ce choix de l’Italie s’inscrit dans une tendance lourde. L’Angleterre est en train de réaliser son Brexit. La Pologne et la Hongrie sont en état de quasi sécession. L’Allemagne écarte les propositions bureaucratiques et socialisantes de la France, prenant ses distances (budget et impôt zone euro). Le système Schengen de la libre circulation, fleuron de la construction européenne il y a quelques années, principe intouchable, tabou absolu, est aujourd’hui en capilotade.

Nous sommes sur un phénomène historique: la désintégration du monstre bureaucratique mis en place depuis Maastricht en 1992. Les phénomènes migratoires, que l’Union n’est pas parvenue à maîtriser, en sont la cause majeure, mais aussi cette impression tragique de confiscation de la démocratie par un groupe infime de bureaucrates déconnectés des réalités. Ce mouvement ressemble à s’y méprendre à l’explosion de l’URSS communiste de 1985 à 1991. C’est ainsi une constante de l’histoire: tout monstre bureaucratique, tout empire est voué au désastre et à la destruction.

Mais le plus frappant, c’est la cécité des classes dirigeantes face à  un phénomène qui se déroule devant leurs yeux. Elles ne veulent rien voir d’un monde qui s’effondre devant elles, sous leurs yeux. Plutôt que de prendre acte d’une désintégration et de réfléchir à de nouvelles perspectives, un renouvellement de l’organisation politique du continent, le choix qui est fait est celui du déni.

Là aussi, nous sommes face à une constante de l’humanité: l’aveuglement volontaire, le devoir d’idiotie. La politique colonialiste de la fin du XIXe siècle se traduira cent ans plus tard par un désastre (guerres de décolonisation, flux migratoires). A l’époque, presque personne ne veut ou ne peut le voir. Les nationalismes du même XIXe siècle conduiront à l’hécatombe et au massacre de 15 millions d’hommes en 1914-1918. Nul, en cette période, n’est capable de s’en rendre compte. L’idéologie et les politiques pacifistes des années 1920 et 1930 aboutissent à l’apocalypse de 1940. Qui le voyait?

Voici une constante de l’histoire de l’humanité: la bêtise maîtresse de ce monde, le pouvoir de l’idiocratie. Les diplômes ne sont d’aucun secours: X, HEC, sc po et autres. L’intelligence officielle est sans rapport avec l’intuition profonde du monde et des choses qui est hélas rarissime. Sans doute, la classe dirigeante française est-elle un peu plus crétine et obtuse que la moyenne. N’est-ce pas elle qui mise, à contre-temps, sur le renforcement d’un monstre bureaucratique en cours de décomposition? La bêtise, moteur de l’histoire, nous la voyons chaque jour un peu plus à l’oeuvre.

Maxime TANDONNET

Publicités
Publié dans Uncategorized | 6 commentaires

Lynchage médiatique

Il est difficile d’exprimer à quel point le lynchage médiatique du président Sarkozy me révulse. Il est parfaitement légitime et démocratique de ne pas l’aimer et de fustiger même violemment la politique qu’il a essayé de mener. Mais ce lynchage médiatique, ce passage à tabac d’un homme jeté à terre et lâchement roué de coups de pieds par la foule anonyme des médias, m’inspire la plus grande répulsion. Il va de soi que ce mélange de délation, de calomnie, de haine aveugle, venimeuse, de torture morale, la gégène médiatique, totalement banalisé, généralisé, accepté, sans la moindre esquisse d’une preuve tangible en dehors de documents douteux et de déclarations par les sbires d’une dictature sanglante renversée, a quelque chose d’épouvantable. Et quel silence, de ses « amis » politiques et des intellectuels!  La peur, la lâcheté, la bêtise, le conformisme d’essence totalitaire, qui rappelle les heures les plus sombres de l’histoire. La peur, la lâcheté, l’ignoble conformisme, la tyrannie du troupeau médiatique bêlant de peur, de lâcheté et de conformisme.  Non, ce n’est pas de la loyauté de ma part. Car je dirais strictement la même chose pour tout responsable politique, pour Mélenchon, pour Besancenot, pour Mitterrand, pour Hollande, pour le Pen ou Macron.  Ce n’est pas de la loyauté, ce n’est rien d’autre qu’un violent dégoût. C’est le lynchage médiatique d’un homme, d’un bouc émissaire national, qui est à vomir. Il n’est plus là. Il ne reviendra pas. Alors que signifie ce harcèlement? Il est de l’ordre de l’instinct pervers, du gibier de potence que l’on pourchasse, du taureau dans l’arène, dont le public attend la mise à mort. Le monde médiatique s’enivre de méchanceté, recouvre par le bastonnage collectif, ce défoulement morbide, toute la médiocrité et la déliquescence d’une France d’en haut qui part en capilotade dans un climat de bêtise et de lâcheté, mélange empoisonné de fiel haineux et de servilité absolue, qui a peu de précédent, mais qui en a quand même quelques-uns…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 66 commentaires

« Fausses rumeurs »

Sur RMC, François Hollande a tenu des propos doucereux envers Nicolas Sarkozy, pour la première fois sans doute, dès lors que l’ancien président socialiste fondait son élection en 2012 et son mandat sur la vague médiatique de l’anti-sarkozysme.  Les thèmes qu’il a choisis pour ce début d’esquisse d’une réhabilitation à ses yeux, ne sont pourtant pas les meilleurs. Il dénonce deux faux procès faits à son prédécesseur:

Celui de l’achat d’un avion présidentiel long courrier, pour des centaines de millions d’euros, qui permet au chef de l’Etat  d’atteindre des destinations lointaines (Australie) sans escale: question de prestige selon lui et de commodité.  Que le coq gaulois sur ses ergots, avec son air Force one, imite le président américain, ne m’inspire personnellement aucune fierté. Mon orgueil de Français: un pays qui retrouve le plein emploi et la croissance, sans bidonvilles dans ses cités, sans zones de non droit ni quartiers coupe-gorge, une France indivisible, dont le communautarisme aurait pris fin, une France sans la violence qui hante la vie des plus fragiles, sans la dette publique égale à son PIB, une France où tous les écoliers sachent lire, compter, écrire sans fautes d’orthographe, une France démocratique dont les citoyens auraient de bonnes raisons d’aller voter et de ne pas s’abstenir à 60%. A terme, un pays est respecté pour ce qu’il est vraiment et non pour sa capacité d’esbroufe. Plus le temps passe, et plus le clinquant, la frime, la vanité, la prétention, tous ces masques d’une débâcle en profondeur, me deviennent insupportables.

Celui de la Lanterne, cette résidence luxueuse, confisquée  en 2007 au Premier ministre. Le président en aurait besoin « pour se reposer » selon l’ancien chef de l’Etat. Faux: il n’en a pas besoin, pas plus que n’importe quel citoyen. L’Elysée, avec ses appartements de fonction, ses salons immenses, son parc de deux hectares, dans le plus prestigieux quartier de Paris, avec ses myriades de serviteurs, permet une qualité de la vie fort raisonnable, dont beaucoup de Français, qui vivent en HLM, se contenteraient largement.

Pour avoir connu cette époque de l’intérieur, il y a d’autres souvenirs de Sarkozy qui le différencient, en bien, de ses successeurs, que les histoires (ridicules) d’Air force one et de la Lanterne : son immense compassion et humanité pour ses compatriotes dans la détresse (qu’il rencontrait quotidiennement), sa simplicité absolue dans le contact avec les gens, son franc-parler, son envie profonde, même maladroite, même parfois vouée à l’échec, d’agir concrètement et authentiquement dans l’intérêt de ses compatriotes. Ce sont des choses que savent ceux qui ont lu mon livre ci dessous… Des vertus qui, depuis son départ, sont noyées dans un grand fleuve de médiocrité. 

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 24 commentaires

Sauveur providentiel ou homme d’Etat?

Il est une constante de la vie politique française: quelles que soient l’humeur de l’opinion et les idées dominantes, il n’est possible de prendre le pouvoir et de l’exercer, qu’à la condition qu’un leader soit en position d’incarner l’espérance. Sans doute faut-il y voir un phénomène de psychologie collective: les Français ont, de fait, par delà les idées, besoin d’un visage qui personnalise le pouvoir. Le projet ne suffit pas. Les électeurs doivent aussi pouvoir s’identifier à un homme ou une femme.

Le camp des républicains qui ne sont ni socialistes, ni extrémistes, a toujours eu besoin d’un chef pour l’emporter et pour occuper le pouvoir: Millerand de 1920 à 1924, Poincaré de 1926 à 1929, Tardieu de 1929 à 1932, de Gaulle de 1943 à 1946, puis de 1958 à 1969. Cette espérance s’est incarnée en Georges Pompidou et VGE de 1969 à 1981. Dans les années 1980 à 2007, par intermittence au pouvoir, elle eut pour leader Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy, le dernier de ses chefs à exercer les plus hautes responsabilités.

Le retour des républicains au sommet de l’Etat passe par l’émergence, dans les années à venir, d’une personnalité susceptible d’incarner une réponse aux préoccupations des Français. Une majorité d’entre eux sait ce qu’elle veut: une baisse des impôts et de la dette publique, une réorientation de la construction européenne dans un sens plus démocratique, une maîtrise effective des flux migratoires, le redressement du niveau scolaire, la sécurité face au terrorisme et à la délinquance, un retour de l’autorité de l’Etat, une amélioration du pouvoir d’achat surtout pour les plus fragiles. Reste un point décisif: une personnalité qui inspire la confiance.

La tâche est complexe. Il y eut une accumulation des déceptions, par exemple Jacques Chirac, élu en 1995 sur une promesse de pouvoir d’achat et de lutte contre la fracture sociale puis appliquant une politique de rigueur. L’influence médiatique est prépondérante sur l’image des politiques qui dépend largement de l’exposition télévisuelle qui leur est accordée. La manière dont la candidature Fillon a été saccagée aux présidentielles de 2017 est symptomatique de ce facteur déterminant. Une succession de scandales tonitruants depuis 2010 a eu pour effet de miner toujours davantage la crédibilité de la politique auprès des Français, se traduisant pas une abstention massive.

Alors, quel leader pour la France?

La vie politico-médiatique se focalise, depuis quelques années, sur une succession de présidents de la République qui ont fondé leur mandat sur une mise en scène de leur personnage. Cette exaltation du « je » avec la bénédiction du monde médiatique, se présente sans doute comme l’habillage ou le masque d’une tragédie dans les profondeurs du pays, qui combine le chaos sociétal, le déclin économique et intellectuel, la montée des violences, l’impuissance et le renoncement sous toutes ses formes.

Dans ce contexte, il est légitime de s’interroger sur le « chef » susceptible de redonner l’espoir à une partie de l’opinion découragée ou dégoûtée de la politique. Peu importe d’ailleurs le cadre institutionnel: futur président de la République ou grand Premier ministre qui, dans un contexte de chaos politique, en viendrait à marginaliser l’Elysée pour remettre la France à l’endroit.

L’avenir pourrait bien appartenir à un homme ou une femme ayant à coeur de s’effacer devant son projet, son engagement pour le pays et de placer l’intérêt général avant son destin individuel ou son image personnelle. Celui-ci ou celle-là dira « nous » plutôt que « je ». Il choisira le « faire » contre le « paraître ». Il se fera fort de mobiliser une équipe sur des objectifs plutôt que de pavoiser pour son propre compte. Tournant le dos à toute espèce de démagogie ou de posture, il aura pour unique mot d’ordre celui de vérité. Homme d’Etat, plutôt que sauveur providentiel, il ne cherchera à faire rêver personne, mais  à inspirer la confiance, privilégiera quelques réformes réalistes, modestes et néanmoins déterminantes, sur les grandes proclamations illusoires telle la « transformation de la France ».

Expérimenté, à l’écoute du pays, rassurant et protecteur face aux apocalypses de l’avenir, dans un monde en ébullition, se définissant comme un humble serviteur de la France et rien d’autre, il orientera son action sur les sujets de préoccupation des Français: niveau scolaire, sécurité, emploi, maîtrise de la frontière. Résolu à ne pas s’incruster, étant au service de la France et non de lui-même – ce qui suppose un homme ou femme assez intelligent pour avoir d’autres centres d’intérêt personnels que les attributs du pouvoir – il conditionnera toujours son maintien à la confiance du pays. Mais un personnage ayant ce profil a-t-il une chance d’exister?

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 35 commentaires

Leçons d’un sondage (élection européenne)

 

Pour le site d’information Atlantico:

1- 27% des Français voteraient pour la liste LREM aux prochaines élections européennes selon un sondage IFOP pour Valeurs actuelles réalisé entre le 7 et 9 mai, laissant ses adversaires politiques à près de 10 points. Derrière ce résultat, il apparaît que le total des candidats « à la droite » d’Emmanuel Macron, de Laurent Wauquiez à Marine Le Pen en passant par Nicolas Dupont Aignan,Florian Philippot et François Asselineau atteint 39% du total des votes. Si ce score est inférieur au total du 1er tour de l’élection présidentielle 2017, Emmanuel Macron est aujourdhui perçu bien plus à droite que l’année passée, soit 50% de l’électorat contre un tiers en mars 2017 (IPSOS Mars 2017) . Comment expliquer ce qui apparaît comme une droitisation de l’électorat français ?  Celle-ci est-elle artificielle ? 

La droitisation est une réalité qui ne cesse de s’accentuer. Elle s’observe à travers le bas niveau du camp de gauche, soit 28% de l’électorat au total en additionnant, NPA, PS, FI, Verts ce qui est extrêmement faible. Il faut y voir une tendance structurelle de l’opinion publique qui correspond à des évolutions en profondeur de la société, notamment l’inquiétude sur les sujets régaliens, contrôle de l’immigration et des frontières, insécurité, menace terroriste, communautarisme. Et dans l’avenir, ce phénomène ne peut que s’accentuer. Mais il faut voir aussi que les comparaisons dans le temps sont troublées par l’indéfinition de la position de LREM. Un grand flou règne aujourd’hui à ce sujet. Selon des sondages, M. Macron est perçu à droite par 50% de l’opinion. Mais il est ressenti aussi par une partie de la gauche comme venant de son camp, celui des socialistes et de la gauche. Il est un ancien ministre du président Hollande et ses principaux lieutenants viennent du PS. Une grande partie des socialistes se reconnaît en lui et dans les valeurs qu’il incarne. Certes son libéralisme économique, en tout cas théorique, peut déplaire à une partie de la gauche. Mais il y a aussi aussi un certain libertarisme sur les sujets sociétaux, sans-frontiérisme et multiculturalisme, une culture de gauche qui se retrouve dans ses diatribes contre la colonisation. Cette équivoque, noyée dans un culte de la personnalité entretenu par les grands médias officiels, transcende les clivages. Elle est un trait essentiel de la vie politique française actuelle. Elle se dissipera un jour, mais nul ne peut dire dans quel sens…

2- Cette situation pourrait-elle être annonciatrice d’une poursuite de la reconfiguration politique à droite de l’échiquier politique français dans l’optique des élections européennes 2019 ? 

Plusieurs choses frappent à la lecture de ce sondage. L’absence de dynamique en faveur de telle ou telle formation. L’élan du FN qui était à 30% en 2014 est brisé. Le parti du président à 27%, cela reste moyen dans un contexte économique international très favorable. 15% pour LR et 14% pour FI, on est à des niveaux « normaux »… Mais également, le morcellement de l’échiquier politique: 5 mouvements à droite selon ce sondage et autant à gauche. Le grand avantage de LREM est qu’il existe en tant qu’entité unique alors que les autres sont dispersés. Mais sa position est aussi extrêmement fragile. LREM existe par la seule personnalité du chef de l’Etat son unique élément fédérateur. Or, une crise de popularité ou d’usure du pouvoir est inévitable à plus ou moins long terme compte tenu de la surexposition médiatique qui entraîne un phénomène de lassitude et polarise sur lui les échecs et les déceptions. Dès lors, le soutien électoral de LREM risque de fondre comme neige au soleil. Pour autant, il n’est pas certain que les déçus du macronisme, le centre gauche et le centre droit, se retrouvent dans les partis traditionnels qu’ils ont quitté. D’autres formations risquent d’apparaître. A droite comme à gauche, rien ne permet de croire à des accords d’état-major entre les partis violemment hostiles les uns aux autres. La décomposition devrait donc se poursuivre, nous ne sommes pas dans une logique de reconfiguration ou de recomposition. Le paysage politique risque de se trouver de plus en plus morcelé et instable. Dans ce chaos, ce qui finit par prédominer, c’est l’allégeance de l’opinion à des personnages, des figures médiatiques. La désintégration de la politique en tant que débat d’idées et de projets, se traduit par son basculement dans l’idolâtrie. Ce n’est pas une bonne chose pour la démocratie.

3- Quels sont les enjeux pour Emmanuel Macron vis à vis de cet électorat de droite majoritaire ? Quelle est la vulnérabilité du « en même temps » d’ici aux élections ?

La politique française ne cesse de basculer dans le virtuel et de se déconnecter du réel. Le discours LREM sur la « transformation de la France » fonctionne plutôt bien. Il ne donne lieu à aucun doute dans la presse et les médias. C’est très étrange d’ailleurs, que si peu d’experts ou journalistes s’intéressent au fond des sujets. La loi sur la moralisation de la vie politique, les ordonnance sur le code du travail, la réforme de la SNCF, ont fait coulé beaucoup d’encre et suscité de véritables polémique. Mais bien peu se sont posés la question: qu’est-ce qui change vraiment? En quoi il y a-t-il « transformation » de la France? De fait, en se penchant sur la question, on voit mal en quoi les réformes auraient un impact sur les grands sujets du pays, ses prélèvements obligatoires les plus élevés d’Europe, sa dette publique de 100% du PIB, les contraintes réglementaires pour les entreprises. Si demain, les résultats ne sont pas au rendez-vous, en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de sécurité, le retour de bâton risque d’être violent. Les Français auront l’impression d’avoir été floués. Si ce phénomène de prise de conscience se produit avant les élections européennes, nous risquons d’assister à un effondrement rapide de LREM et d’avoir des surprises en faveur de tel ou tel mouvement selon la dynamique du moment dans des conditions qui sont aujourd’hui totalement imprévisibles. Bref, tout peut arriver lors de ces élections y compris un nouveau record d’abstention!

Publié dans Uncategorized | 27 commentaires

Lecture: Histoire du Moyen-Âge, Georges Minois, Perrin 2016

Certains livres d’histoire ont l’avantage de nous inviter à prendre de la hauteur et à relativiser les aléas du quotidien. Cette histoire du Moyen-Âge est un ouvrage fascinant car il embrasse en 520 pages 1000 ans d’histoire du continent européen, de l’Ecosse à Constantinople… Cette synthèse admirable a l’avantage de traiter à la fois des événements politiques, les phénomènes économiques et sociaux, et l’évolution des idées, la vie intellectuelle.

Le Moyen-Âge commence en 476, quand le chef barbare Odoacre contraint le dernier empereur d’Occident, Romulus Augustule à abdiquer et se proclame roi d’Italie.  L’ouvrage met en valeur la succession des phases de progrès du monde occidental et les plongées de l’humanité dans le chaos. Il donne l’image d’un éternel retour, d’une histoire cyclique où alternent les périodes d’élévation et de rechute aux abîmes.

Ainsi, Clovis, de son vrai nom Clodweg,  à partir de 482, dont la légende est issue du récit de Grégoire de Tours, par la violence et la guerre, sa victoire contre les Alamands à Tolbiac en 496, par son mariage avec Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes, sa conversion et son baptême entre 496 et 500, parvient à placer sous la domination du royaume franc un territoire correspondant plus ou moins à une partie de la France actuelle.

Mais à sa mort, ses quatre fils se partagent le royaume et la dynastie mérovingienne, cette « famille épouvantable« , comme écrit l’auteur, déchirée entre deux entités politiques dominantes, la Neutrie à l’Ouest et l’Austrasie à l’Est, sombre dans un chaos sanguinaire: « Les quatre fils de Clotaire Ier poursuivent la tradition du fratricide. Caribert meurt le premier en 568; ses frères se partagent sa part; en 575, Frédégonde, épouse de Chilpéric, fait assassiner son beau-frère Sigesbert. L’épouse de ce dernier, Brunehaut, entreprend de le venger. Réfugiée à à Rouen elle se remarie avec son neveu Mérovée, le propre fils d’un premier mariage de Childebert, son beau-frère et épouse de Frédegonde. Cette dernière fait assassiner Mérovée et son frère Clovis, mais en 584, son mari Chilpéric est à son tour assassiné […] Son fils Clotaire II, qui cherche toujours à venger l’assassinat de son père Chilpéric par Brunehaut, finit par s’emparer de celle-ci en 613 « 

En certaines périodes, toute notion d’intérêt public, de bien collectif, semble se désintégrer sous l’effet de la démence mégalomaniaque des dirigeants et entraîne la communauté politique dans le gouffre de la barbarie.

L’histoire semble bégayer avec les Carolingiens, une grande famille austrasienne (établie sur une zone frontalière entre la France  et l’Allemagne actuelles): Charles Martel, Pépin le Bref, sacré roi des francs en 751, qui s’allie avec le pape puis Charlemagne, empereur en 800 dont la souveraineté s’étend sur l’ensemble Europe occidentale. Nous ne sommes pas alors dans une logique nationale mais le royaume puis l’empire carolingiens visent à incarner la chrétienté, face au paganisme à l’Est (lutte contre les Saxons) et face à l’islam au sud, lui-même déchiré entre factions multiples. La renaissance carolingienne s’appuyant sur un Etat autoritaire (les Missi dominici), étroitement imbriqué avec l’Eglise, est une période de progrès intellectuel, marquée par un essor littéraire, philosophique, historique (Adalard, Agobard, Jonas d’Orléans, Loup de Ferrière, Jean Scot Erigène). Ces auteurs ne nous disent plus rien, mais depuis la fin de l’antiquité, ils marquent la première renaissance de la pensée en Occident.

Mais l’Occident se déchire de nouveau et replonge dans la barbarie. L’énorme empire carolingien n’était qu’un « géant aux pieds d’argile (sic) » et sombre à nouveau dans la division. Le successeur de Charlemagne, Louis le Pieux, se montre influent et indécis. Ses trois fils aînés, Lothaire, Pépin et Louis, se révoltent contre leur père. Avec le traité de Verdun, en 843, à sa mort, ils se partagent l’empire: Charles le Chauve, l’Ouest (la future France), Louis le germanique, l’Est (la future Allemagne), Lothaire, une bande centrale, la Lotharingie, de la mer du nord à l’Italie et le titre d’empereur.

« Après la mort de Charles le Chauve, en 877, l’Europe occidentale entre pour plus d’un siècle dans une phase d’indescriptible chaos, sans doute la période la plus confuse de l’histoire médiévale« . L’Occident sombre alors dans l’anarchie. L’autorité politique comme l’autorité morale du pape ont disparu. L’Europe est frappée par l’invasion des Vikings qui remontent les fleuves et exterminent les populations. Des hordes sauvages dévastent les campagne. Cette période est dominée par l’affrontement entre la papauté et l’empire d’occident, ressuscité par Otton 1er en 962.

Le XIe au XIIIe est une période de retour à la stabilité politique, avec par exemple l’élection d’Hugues Capet à la tête du royaume franc et l’essor de la dynastie capétienne. La vie sociale et politique s’organise autour de la féodalité, les liens personnels d’allégeance et de fidélité entre le seigneur et son vassal, une construction pyramidale extrêmement solide, dont le roi de France est le sommet, l’honneur et la religion chrétienne en sont le ciment.

Une période de renouveau intellectuel, culturel technologique se met en place. Le progrès se manifeste sous toutes ses formes, culture (troubadours), littéraire (roman de la rose), religieux, architectural et technologique (construction des grandes cathédrales), économique et commerciale avec les grands marchés et l’industrie textile, la pensée autour de la tentative de concilier foi et raison. « Tout commence en l’an 1000, lorsque le moine Gerbert d’Aurillac compose son traité Du rationnel et de l’usage de la raison« , le développement des universités et des villes. L’essor de l’occident se traduit par son expansionnisme à travers les Croisades. Pendant ces trois siècles de prospérité et de progrès dans tous les domaines, la population de l’Europe occidentale s’accroît considérablement: elle double ou triple passant à une cinquantaine de millions de personnes.

Et puis, pour des raisons incompréhensibles, inconnues, qui semblent échapper à toute explication rationnelle, à partir d’une date que l’auteur situe aux alentours de 1315, l’Europe plonge de nouveau dans les ténèbres. Elle est frappée par les « Cavaliers de l’Apocalypse« , la guerre, la famine et la peste. Plusieurs catastrophes climatiques, des hivers d’une extrême rigueur suivis de pluies diluviennes et de sécheresse, entraînent  d’épouvantables famines.

En janvier 1348, trois galères accostent dans le port de Gênes. « La mort venue d’Orient a débarqué, probablement avec les puces des rats qui étaient à bord. La peste bubonique la plus virulente, la plus contagieuse, transmissible par l’air, se répand de façon foudroyante« . Aucune région de l’Europe n’est épargnée. « La mort noire » provoque une hécatombe: 35% de la population européenne est exterminée, jusqu’au moindre village, 80% de la population de grandes villes. Le territoire actuel de l’Ile-de-France perd la moitié de ses habitants. « Les vivants, paniqués, sont débordés par le nombre de morts que l’on ne peut enterrer assez vite […] Le peste noire peut-être la plus grande catastrophe de l’histoire européenne, a été une sorte de répétition générale de l’apocalypse, illustrant jusqu’à la caricature les comportements de l’humanité placée dans des conditions extrêmes: résurgence des instincts primaires, fragilité du vernis civilisateur, égoïsme féroce, irrationalité et contradictions de l’esprit humain, absurdité de la condition humaine jusque dans l’extraordinaire résilience de l’espèce humaine. »

De nombreuses guerres se déclenchent dans toute l’Europe, dont la guerre de Cent ans entre la France et l’Angleterre, entraînant d’effroyables tueries dans les campagnes. Les chefs de guerre, livrés à eux-mêmes, se donnent pour objectif de terroriser et d’exterminer les populations. « Un modèle du genre est la chevauchée du Prince noir en Aquitaine [et ses troupes] , détruisant systématiquement tout sur leur passage, tuant hommes et animaux, brûlant récoltes et villages […] Satisfait le Prince noir, digne cavalier de l’Apocalypse, écrit à son père le roi (d’Angleterre): Nous avons dévasté et détruit cette région ce qui a causé une grande satisfaction aux sujets de Notre Seigneur le roi. »   

La Renaissance, autour de la constitution des Etats-nation et d’un prodigieux essor intellectuel, scientifique et technologique sortira enfin l’Europe de ce chaos infernal dès la fin du XVe siècle.

********************************************************************************

Ce récit ouvre un abîme de perplexité concernant la condition humaine et la connaissance du passé invite inévitablement à penser l’avenir.  Au-delà de l’explication climatique, comment expliquer l’alternance de cycles où les sociétés, sous l’impulsion de quelques-uns, se prennent en main, s’organisent (féodalité, Empire, Etat-Nation), se  donnent un destin et entrent dans une dynamique de progrès intellectuel, technologique, moral, toujours suivi de rechute dans la barbarie, le chaos et et l’apocalypse. L’humanité du XXIe siècle est-elle toujours fondamentalement la même, ou a-telle changé de nature avec la technologie, les progrès de la connaissance et la mondialisation? L’ère de relative prospérité et paix que nous connaissons est-elle vouée à se prolonger éternellement ou sommes nous toujours, l’espèce humaine, soumis à des cycles de progrès et de rechute générale dans le chaos et la barbarie,  exposé au retour de  l’apocalypse? Je n’ai hélas que des questions et pas de réponses à apporter!

Maxime TANDONNET

 

 

Publié dans Uncategorized | 25 commentaires

« Prestige de la fonction présidentielle »

Dans une interview passionnante et remarquable, le philosophe M. Marcel Gauchet, se félicite d’une « restauration de la fonction présidentielle ».

Le thème est à la mode est un large consensus dans la France médiatique, intellectuelle, journalistique, politique, prévaut sur ce point: le « prestige de la fonction présidentielle » a été restauré.  Qu’il nous soit permis de nous intéresser à ce phénomène qui relève largement de la psychologie collective.

Le prestige de la fonction présidentielle touche à la forme, l’allure, l’apparence, la posture, la représentation, l’image donnée. Il est courant d’affirmer que M. Sarkozy, par sa nervosité, et M. Hollande, par son allure débonnaire et sa logorrhée, « desservaient la fonction » au contraire de l’actuel titulaire, qui par sa prestance, sa jeunesse, son allure et de sa silhouette, la rehausse, au dedans comme au dehors.

Or, même dans une monarchie, comme dans une république, cette idée me semble à la fois illusoire et malsaine. Le mot prestige a une signification bien claire: Illusion dont les causes sont surnaturelles ou magiques (Robert). Invoquer, comme un but en soi, « le prestige de la fonction », est une manière avérée de mépriser les citoyens, considérés comme les dupes potentiels de l’illusion, de causes surnaturelles et magiques.

Alors, vaut-il mieux parler de respect de la fonction? Chacun ressent la respectabilité d’une fonction selon ses valeurs personnelles. Ainsi, pour un citoyen qui déteste furieusement la vanité, sous toute ses formes, la considérant comme la quintessence de la bêtise et de la vulgarité, il sera infiniment plus respectable, de la part d’un responsable politique, de descendre spontanément dans la rue et de parler sans ostentation avec les passants, que de fanfaronner comme un paon à l’occasion d’une cérémonie solennelle ou devant les caméras de télévision.

La seule vraie question qui compte: qu’est-ce que la dignité, (ou l’honneur), d’un responsable public? De fait, elle ne tient qu’à l’accomplissement de son devoir: se retrousser les manches et se salir les mains, en humble serviteur du pays, en ouvrier de la nation qui le rétribue. Elle se définit uniquement par  l’action en faveur du bien commun: restaurer l’autorité de l’Etat face à la violence et au chaos quotidien qui détruisent la liberté, assurer la sécurité, maîtriser les flux migratoires, baisser massivement les impôts et la dette publique, améliorer le pouvoir d’achat, renouveler l’école et l’intelligence collective, réduire le chômage de masse et la pauvreté. En finir avec le terrorisme islamiste (qui vient encore de frapper).

Telle est la véritable et la seule dignité qui compte. Le fameux « prestige de la fonction », dont les médias et la presse se gargarisent, n’a aucun rapport avec l’intérêt général. Les responsables politiques n’ont pas pour mission de pavoiser, mais d’améliorer le quotidien des Français et de préparer l’avenir. Le reste, le « prestige de la fonction », dans  une société  médiatique malade d’obséquiosité et privée de repères intellectuels, n’est qu’un leurre, un écran de fumée et le paravent d’une déliquescence dans les profondeurs du pays.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 22 commentaires

Paris, de nouveau ensanglanté par la barbarie

Un nouvel attentat islamiste a été commis à Paris dans le quartier de l’Opéra. Un jeune homme de 29 ans a trouvé la  mort, égorgé. Dans ce genre de situation, on éprouve une gigantesque et indescriptible compassion envers les parents, la famille, les proches de la victime. On se dit que ce pourrait tout aussi bien être un frère, un enfant, un ami et on est saisi d’une pensée insoutenable, une douleur insupportable devant la barbarie absolue, du sang versé pour une idéologie sanguinaire qui rappelle les pires atrocités de l’histoire. Le discours fataliste proclame qu’il « faut s’habituer à vivre avec le terrorisme ». Non, on ne s’y  habituera jamais.  245 personnes ont été massacrées en France depuis trois ans. La première mission d’un Etat est de protéger ses citoyens contre la barbarie: obligation de résultat et pas simplement de moyen. Non, on ne s’y habituera jamais et on ne doit pas s’y habituer. Une résistance, c’est d’abord le refus de s’habituer au pire. La banalisation du terrorisme en France, depuis 2015, n’est pas le résultat d’une fatalité mais le signe d’un échec collectif. Il faudra bien avoir le courage d’admettre et de formuler cette évidence.

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 46 commentaires

Barbarie et lâcheté françaises

Depuis la semaine dernière, à Arcueil la cité des examens, à Tolbiac, à Nanterre, à Science Po et dans plusieurs facultés, des étudiants sont empêchés, par la violence, de passer leurs examens.

Il faut comprendre ce que cela représente pour eux: une, deux ou trois années de sacrifices à bosser pour préparer leur avenir dans les privations et l’angoisse de l’échec. Une année intense, de passion et d’engagement personnel, de souffrance aussi, tendue toute entière vers un examen dont le but est de leur ouvrir la porte d’un métier, d’un avenir et d’une liberté. Et vlan, tout un projet, tout un rêve qui s’effondre.

Je connais bien les étudiants, étant enseignant dans plusieurs universités. Je les aime aussi, pourquoi ne pas le dire et j’ai envie de les aider. Je sais ce que représente pour eux cette épreuve initiatique qu’est l’examen final, la récompense d’un travail et pour des jeunes qui ont souvent une vie difficile sans ressources, ou contraints de travailler le weekend et la nuit, un espoir d’entrée dans la lumière d’une profession et d’une liberté.

Etre privé de la possibilité de passer leurs examens, par des groupuscules extrémistes barbares, à l’image du chaos français, est une souffrance, la souffrance d’une injustice qu’il est difficile d’exprimer. Les étudiants sont des personnes qui veulent s’en sortir par le savoir et la culture, par l’intelligence. Les empêcher de passer leurs examens est un acte de violence barbare, criminel, contre les personnes, contre la liberté et contre la civilisation.

Mais le pire peut-être tient à l’indifférence d’une société médiocre et jalouse. Laisser faire une chose pareille est le paroxysme de la lâcheté et de la non assistance à personne en danger.  Lâcheté absolue, indifférence, violence extrémiste, chaos, barbarie: où va la France?

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 25 commentaires

Avenir de l’opposition républicaine (et de la France)

Voici mes réponses, données à l’occasion d’un entretien croisé avec M. Bruno Jeudy, pour le site Atlantico, concernant l’avenir de l’opposition républicaine – et de la France. Il me semble qu’une course contre la montre s’engage en ce moment. Je doute fort des chances d’un remake de 2017 en 2022. Le modèle du pouvoir en place est extrêmement fragile et précaire. Le pari sur l’image médiatique sublimée, déconnectée de toute base solide dans le pays (élus locaux, parti, France profonde) conduit probablement, en cinq ans, à l’impopularité, à l’usure et au rejet viscéral. Pire: rien ne permet de penser que les grands problèmes du pays (écrasement fiscal, dette publique, communautarisme, immigration illégale, violence, déclin scolaire, pauvreté, chômage de masse) seraient en voie de règlement ou d’amélioration. Il est donc impératif que l’opposition républicaine parvienne à s’organiser en rejetant toute tentation narcissique – qui la conduirait à son tour à l’abîme –  et en se fondant sur le débat d’idées et l’intérêt général du pays. Rien ne serait plus insupportable de bêtise que de vouloir se donner aujourd’hui un candidat à la présidence de la République, qui sera exposé à la vindicte médiatique, à un désastre inévitable, alors que l’expérience montre que la victoire à l’ élection présidentielle se dessine toujours au dernier moment. Et si l’opposition républicaine ne parvient pas à se mettre au travail, et à en donner le sentiment, empêtrée dans ses haines intestines et ivresses de soi, nous aurons en 2022 l’aventure, le chaos, le déchirement et la destruction du pays. La responsabilité qui pèse sur les épaules de l’opposition républicaine, dès aujourd’hui, est colossale.

Maxime TANDONNET

Le parti de Laurent Wauquiez est depuis plusieurs mois dans une situation délicate. Divergences internes, manque de leadership, sondages catastrophiques (Laurent Wauquiez est à 8% dans un sondage Ifop du 18 avril). Quelles conséquences entraîne ce « décrochage » en interne ? Comment un parti comme LR peut-il affronter cette déroute ?

Les causes de cette situation difficile sont multiples. D’abord, elle tiennent au retrait d’une génération de personnalités politique de LR qui n’a pas été remplacée: Nicolas Sarkozy, François Fillon, Alain Juppé… Le vide se fait cruellement sentir. Ensuite, LR subit la conséquence de la recomposition politique. Le président Macron et LREM occupent une place centrale sur l’échiquier politique, à l’image des radicaux-socialistes de jadis, qui séduit la moitié des sympathisants du parti socialiste et la moitié de ceux des Républicains. L’espace de l’équipe dirigeante LR est donc fortement retréci. Entre LREM et le FN, la marge est étroite. Enfin, le plus grave et le plus déterminant tient à l’antipathie des médias envers Laurent Wauquiez. Après une prestation réussie à l’Emission politique en début d’année, le chef des LR a été éreinté, lapidé à la suite de l’enregistrement clandestin de son cours à l’école de commerce de Lyon et de propos tenus en privé. L’occasion était trop belle et nous avons assisté à un lynchage médiatique en bonne et due forme…Passage à tabac, puis effondrement dans les sondages: son compte était bon… Ce décrochage prive LR d’une dynamique interne. Une équipe interne a été désignée pour préparer le « projet », mais pour l’instant, le mouvement est inaudible. Nous ne ressentons aucun effet collectif de mobilisation ou rassemblement autour du leader. Les dirigeants de LR semblent dans l’attentisme et le scepticisme. Le mouvement est pour l’instant privé d’unité, de volonté, d’espérance, « d’envie », comme disait Sarkozy. Oui, il ne faut pas se voiler la face, l’équation politique est extrêmement compliquée.

Quelles sont les répercussions possibles à court terme et à plus long terme sur la vie de ce parti? Notamment dans la perspective des élections municipales, puis européennes ?

LR a des atouts importants en profondeur. Les valeurs du camp des républicains, que LR devrait porter, relatives à l’autorité de l’Etat, la maîtrise de l’immigration, la réduction des impôts et de la dette publique, le renouveau de l’école, la lutte contre le communautarisme, sont largement majoritaires dans le pays. Son implantation locale dans les régions, les départements, les communes, reste significative. La position de force du pouvoir macronien et de LREM est fragile. Elle tient à une étrange sublimation médiatique à la radio et à la télévision, à une conjoncture économique internationale favorable, au relatif succès d’un discours autour de « la transformation du pays », qui de fait, relève en grande partie de la mystification. Malgré ce contexte avantageux, les sondages sont en réalité très mitigés pour le pouvoir en place. Bref, les dirigeants actuels sont eux aussi dans une situation de fragilité. Ils misent sur une image providentielle, ultra médiatisée, au risque d’un basculement et d’un rejet viscéral qui peut se produire à tout moment avec l’usure du pouvoir, la lassitude, l’absence de résultats. La question est de savoir si les LR seront alors présents pour offrir une solution d’alternance crédible aux Français. Il serait absolument suicidaire pour LR de vouloir imiter le succès de M. Macron en cherchant une idole à lui opposer. Les Français, écoeurés par le système du « sauveur providentiel », n’y croiront plus. En outre, les médias ne laisseront pas faire et se déchaîneront une fois de plus contre toute tête susceptible d’émerger du lot. LR doit jouer sur une toute autre carte: non à la guerre des chefs, non à la fuite dans le narcissisme, mais oui à la relance du débat d’idées. LR doit opposer au culte de la personnalité une culture de l’intérêt général, de la vérité, et du bien commun. Pourquoi ne pas réunir ses parlementaires, ses élus régionaux, départementaux et des grandes communes, ses intellectuels, pour mettre en place un parlement de l’alternance? Bref, jouer la République contre l’idolâtrie. Les Français attendent un message de rassemblement et d’unité… Le temps des candidatures viendra, mais avant, il faut reconstruire les fondements de la maison et une crédibilité au service de la France.

Publié dans Uncategorized | 32 commentaires

France du oui, France du non (Figaro Vox)

TRIBUNE POUR LE FIGARO VOX:

La France « d’en haut », la France médiatique, célèbre en ce moment le premier anniversaire de l’élection du plus jeune président de l’histoire, à moins de 40 ans. Il est une autre commémoration, désormais enfouie dans l’oubli de cette même France d’en haut, sa plus grande défaite de l’histoire contemporaine, l’échec du référendum sur la Constitution européenne, le 29 mai 2005. Treize ans déjà, et le séisme de la défaite du oui ou de la victoire du non, paraît totalement oublié, refoulé dans les couches profondes de l’inconscient collectif.

Et pourtant… L’anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron a donné lieu à une avalanche de sondages d’opinion. Par le plus étrange des paradoxes, les résultats relatifs à sa cote de confiance coïncident précisément avec ceux du référendum de 2005. Le non l’avait emporté avec 55% des suffrages. Le dernier sondage IPSOS donne 55% de mécontents de l’actuel chef de l’Etat. Dans le détail, le niveau de satisfaction, par préférence partisane, correspond à peu près exactement aux résultats du 29 mai 2005. Les centristes, donc LREM, sont contents du bilan d’un an de présidence à 93%. Les Républicains sont déchirés, comme lors du référendum : 51% de favorables, 49% mécontents. Les socialistes sont dans une situation identique à celle de 29 mai 2005 : 41% de favorables, contre 59%. Mais surtout, les grands bataillons des anti-Macron se retrouvent dans les secteurs de l’opinion qui votèrent massivement contre la Constitution européenne, pour des raisons différentes : seuls 22% des électeurs du FN sont satisfaits de bilan de Macron, et 15% des sympathisants de la France insoumise.

Tout se passe comme si, malgré le déni absolu d’un événement dont plus personne ne parle, la victoire du non au référendum de 2005, celui-ci continuait à définir les lignes de partage de la politique française et à déchirer le pays. Le président Macron est de tous les présidents français, le plus enclin à revendiquer son engagement en faveur du renforcement de l’Union européenne. Il a ainsi plaidé en faveur d’une « souveraineté européenne », synonyme de fédéralisme, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait fait. Les réformes (même d’ambition modeste) qui ont été engagées depuis un an sont clairement présentées comme la conséquence de l’application du droit européen, notamment les évolutions du code du travail et la modification du statut de la SNCF.

L’actuel président, à la différence de ses deux prédécesseurs, a choisi d’incarner le oui, ce oui battu en 2005, qui à travers lui, prend aujourd’hui sa revanche. L’histoire semble bégayer : le référendum de 2005 avait donné à lieu à une formidable mobilisation des médias et de la presse libérale en faveur du oui. Le même engouement, enthousiasme et unanimisme des éditorialistes et commentateurs agit, treize ans plus tard, en faveur de l’actuel président.

Nous assistons dès lors, aujourd’hui, à un raidissement du clivage entre la France du oui et la France du non. La première est plutôt urbaine, vivant dans les bons quartiers, formée dans les grandes écoles et les meilleures universités, privilégiée sur le plan économique et social ; la seconde se définit plutôt comme populaire, provinciale ou rurale, banlieusarde, moins ouverte sur l’Europe et sur le monde, connaissant des difficultés pour boucler les fins de mois, confrontée au chômage et parfois à la violence quotidienne. A cet égard, le « nouveau monde », supposé être issu de la victoire de M. Macron en 2017, est strictement identique à « l’ancien monde ». Pis : il attise les déchirures du passé.

Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne de 2007, voulait « réconcilier la France du oui et la France du non ». Depuis 2005, la classe politique française a largement échoué à réaliser cette réconciliation. Jamais la France du oui et la France du non ne se sont autant opposées qu’aujourd’hui. Le pouvoir actuel donne le sentiment d’avoir pris acte cet échec, et plutôt que de chercher à surmonter le clivage, de jouer sur la victoire du camp du « oui », considéré comme celui du bien, par l’humiliation du « non ».

Cette stratégie est-elle viable ? De fait, le non est toujours fortement majoritaire dans le pays, mais il est traversé de fractures irréductibles qui rendent impossible toute perspective de sa victoire électorale. C’est d’ailleurs à cela que servent les partis extrémistes, constamment mis en valeur par les médias : diviser pour mieux régner. Dès lors, il faut sans doute se résoudre, pour les années, les décennies à venir, à la domination politique de la France du oui, même ultra-minoritaire. Cette politique de gouvernement minoritaire, sur le long terme, est dramatique car elle sape les fondements de la confiance en la démocratie, aggrave l’abîme entre les élites et le peuple, et ne cesse de déchirer la France, préparant les fractures à venir. La sublimation de l’image présidentielle correspond à un écran de fumée destiné à couvrir cette faille profonde qui déchire la société française.

La seule issue possible serait l’émergence d’une nouvelle équipe politique, déterminée à transcender la déchirure entre la France du oui et la France du non, en réunissant une vaste majorité de Français autour d’un ambitieux projet fondé sur le renouveau de l’école, la lutte contre la violence, la pauvreté et la fragmentation du pays, la réduction des impôts et de la dette publique, le renforcement de l’autorité de l’Etat pour protéger les libertés, la maîtrise de l’immigration, l’aide au développement… Mais nous n’en sommes pas là.

Publié dans Uncategorized | 30 commentaires

1958, 2018 : aucun rapport

Le site Atlantico me demandait hier si la période actuelle pouvait être comparée aux années 1958/1959, soit le retour du général de Gaulle au pouvoir. Voici mes réponses.

  • Le rythme des réformes conduit par Emmanuel Macron depuis le début du quinquennat a pu conduire à une comparaison avec la France de Charles de Gaulle de 1958. Après une année d’exercice, de 1958 à 1959, et de 2017 à 2018, comment comparer l’ampleur des deux actions présidentielles, et ce, tout en écartant d’évidence les différences de contexte ? 

Il me semble que la comparaison n’a pas beaucoup de sens. Tous les nouveaux présidents une fois en place jurent qu’ils veulent transformer la France. L’arrivée de Charles de Gaulle au pouvoir en juin 1958 correspond à un tournant historique pour le pays, un changement d’époque : une nouvelle Constitution fondée sur le parlementarisme rationalisé, la décolonisation, le passage au nouveau franc, la sortie de la guerre d’Algérie, l’ouverture de l’économie française à la concurrence internationale et sa modernisation. La France se dote de l’arme nucléaire. A cela s’ajoutent les ordonnances qui modifient en profondeurs les institutions : éducation nationale, justice, armée, début de la régionalisation. Il n’y a absolument rien de comparable aujourd’hui. La France du quinquennat de M. Macron est la même, dans les profondeurs, que celle de M. Hollande. Ne comparons pas ce qui est incomparable.

  • Comment comparer le cadre de l’action des deux présidents, de la méthode employée à la popularité des réformes mises en place ? 

Le niveau de popularité n’a strictement rien à voir. Pour une immense majorité de Français, de Gaulle était l’homme du 18 juin 1940, le libérateur qui a rendu au pays sa dignité et son honneur en 1944 et 1945. Il était un héros de l’histoire. D’ailleurs, les sondages d’opinions lui accordaient une popularité jamais démentie, avec un taux de confiance excédant 70% à 80%. Cette popularité qui transcendait les clivages droite-gauche,  était due à son image d’homme de l’histoire, le chef de la résistance et celui qui a sorti la France du bourbier algérien, plus qu’à des réformes précises. La situation de M. Macron n’a absolument rien à voir. Peut-être est-il un peu plus populaire que son prédécesseur au même stade de son mandat. Il bénéficie d’une forte croissance économique internationale et exerce une étrange fascination sur les médias influents, TF1,  BFMTV, France 2, et une large partie de la presse. Toutefois, l’image qu’il donne dans l’opinion globalement est  du même acabit que celle des présidents en général. Elle est extrêmement précaire. Sauf pour ses adorateurs ou ses partisans, elle n’est pas celle d’un héros de l’histoire, ce qui est à la fois bien normal et évident.

  • Quel chemin reste-t-il à parcourir à Emmanuel Macron pour « mériter » une telle comparaison d’ici à la fin de son mandat ?

 C’est impossible. Les deux personnages ne sont pas du tout au même niveau, ne jouent pas dans la même catégorie. Il n’y a aucun sens à essayer de comparer un héros de l’histoire, à l’échelle de Jeanne d’Arc, de Napoléon, et de Clemenceau et un responsable politique qui doit sa réussite à un véritable talent de communicant et au soutien des médias télévision et radios. D’ailleurs, entre 1958 et aujourd’hui, nous sommes dans deux époques différentes. En 1958, la politique à un sens concret : sortir la France de la guerre d’Algérie était, pour de Gaulle une priorité absolue. Ce drame fut un immense traumatisme pour le pays et son règlement, dans la douleur, la clé de l’entrée de la France dans le monde moderne. Aujourd’hui, au-delà de tel ou tel dirigeant, la politique est davantage une affaire de grand spectacle médiatique avec ses postures, ses coups de menton, ses idoles et  ses coups de communication et de frime. Les grands mots, les crises de nerfs et les polémiques servent à masquer le néant. Les formules excessives comme « transformer la France » ou le « nouveau monde » ayant remplacé l’ancien monde, ne sont rien d’autre que le masque de l’impuissance des politiques. Qu’est-ce qui a changé en profondeur et concrètement, depuis un an, en matière de sécurité, d’économie, de social ? Nul n’en a la moindre idée. Nous vivons une époque de mystification permanente qui s’adosse au conformisme grandissant, au climat d’obséquiosité, au déclin de l’intelligence collective, de la culture politique et du sens de l’esprit critique. C’est toute la différence avec 1958.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 18 commentaires

Fête à Neuneu et tragédie d’un abrutissement

La bêtise de la vie politico-médiatique française atteint un niveau qui la rend quasi-insupportable. La polémique d’hier? Une sous-ministre, offusquée que les organisateurs aient parlé de la « fête à Macron », tournure grammaticale incorrecte, selon elle, dès lors qu’il eût fallu dire « la fête de Macron ».  Tel était le sujet du jour. Faut-il dire « la fête à Neuneu » ou la « fête de Neuneu »? 40 000 participants selon les organisateurs et toujours et encore des violences. Le fond du problème, c’est la dégénérescence de la vie publique dans la personnalisation du pouvoir à outrance. Une image incarne à elle seule le pouvoir politique (comme aux pires moments de l’histoire, faut-il le rappeler qui se sont toujours achevés en désastres), c’est à dire un visage supérieur, qui englobe en apparence, médiatiquement, toute source d’autorité publique,  à la fois celle du gouvernement, du Parlement, des partis politiques, de l’administration, des collectivités locales. La culture politique nationale doit se limiter à adorer ou à exécrer cette image médiatique. Chaque jour sans exception donne lieu à une nouvelle mise en scène et les sondages qui en mesurent l’impact. Il y a les amoureux transis et les fous de haine, deux formes extrêmes du crétinisme. Il faut choisir son camp: aimer d’amour ou haïr mortellement, mais ne surtout pas réfléchir. Les premiers, les amoureux, monopolisent les écrans de télévisions et les seconds, les enragés, occupent la rue. Dans une déferlante de  propagande, l’émotion écrase la raison. Elle ne sert qu’à masquer l’essentiel: l’immobilisme absolu de l’Etat face aux grands enjeux de l’époque, la dette publique en hausse continue, l’écrasement fiscal  du pays – inchangé -, l’effondrement à vue d’œil du niveau scolaire, la maîtrise de l’immigration, le développement de l’Afrique, la pauvreté, la banalisation de la violence et la fragmentation de la France, le déclin de l’autorité qui s’aggrave de jour en jour. Elle se nourrit de l’effarante bêtise du système politico-médiatique, de l’inculture, de la crétinerie de la France visible, jacassante, médiatisée. Nous assistons en ce moment au triomphe de cette inculture et de cette bêtise.  Il reste bien sûr, pour sauver l’honneur du pays, ses ingénieurs, ses chefs d’entreprises, ses professeurs, ses généraux, ses policiers, ses médecins, ses vrais journalistes, qui se chargent d’informer et non de bourrer les crânes, tous ses professionnels et étudiants, qui aiment leur travail et le font bien, bref la majorité silencieuse, tous ceux dont nul ne parle. La bêtise de la France politico-médiatique, quant à elle, atteint en ce moment un niveau qui dépasse toute imagination.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 39 commentaires

Casse d’en bas, casse d’en haut

 

Bien sûr, les images des violences commises à Paris, près de la gare d’Austerlitz le 1er mai par 1500 casseurs qui ont agressé les forces de l’ordre, incendié un Mac Do et saccagé les vitrines des magasins sont une abomination.

Il faut bien voir qu’elles font partie d’un contexte général chaotique et d’une succession d’entraves à l’ordre républicain qui ne date pas d’hier: la « nuit debout », les squats et bidonvilles illégaux, Calais, la Zad de NDDL, les facultés occupées, la grève perlée anarchique et interminable de la SNCF, sans justification, qui n’a pas d’autre effet que d’empoisonner la vie des Français lambda (non des « grands » qui prennent l’avion ou roulent en voiture de fonction avec chauffeur et peuvent tenir ainsi dix ou vingt ans sans problème), le quartier du Mirail à Toulouse. De fait, les violences dans un beau quartier parisien choquent infiniment plus les médias que celles qui surviennent au quotidien dans les cités de banlieue. De même l’occupation de Science po ou de l’ENS bouleverse les consciences alors que celle d’une fac « normale » de province, n’impressionne plus grand monde.

Mais qu’est-ce que cette casse d’en bas sinon l’écho de la casse d’en haut? Un documentaire a fait fureur sur LCI ou BFMTV (?)  intitulé « le casse du siècle », au sujet du déroulement chaotique des présidentielles de 2017, rongées par les scandales et le matraquage médiatique. Il y a eu aussi DSK, Cahuzac, les affaires Hollande (« les sans dents », « un président ne devrait pas dire ça », etc.) une étrange et malsaine tournure de la vie politico-médiatique, qui sombre chaque jour un peu plus dans la névrose obsessionnelle autour de l’image totémique d’un homme qu’on vénère ou qu’on déteste, une sorte de bulle émotionnelle, virtuelle, qui ne cesse fuir la réalité quotidienne.

L’Etat de droit au quotidien n’a de sens que s’il s’appuie sur une légitimité démocratique. L’exercice de la « violence légitime » de l’Etat, pour faire respecter l’ordre républicain, n’est possible qu’adossé à une légitimité, une justification, un pouvoir reconnu par la communauté nationale, voire une exemplarité. Or, la parole et l’action politique sont décrédibilisées par une chute vertigineuse dans le grand-guignol vaniteux qui domine les esprits depuis des années. Il n’est pas d’autorité possible sans l’estime et la confiance.  Vous voyez ce que je veux dire? Au fond, qu’est-ce qui est le pire: saccager un mac Do ou saccager la démocratie? Pour remonter la pente, il faudra d’abord commencer par redresser les institutions, le mode de fonctionnement de la politique, l’état d’esprit et les mentalités d’en haut. Mais qui pour comprendre cela?

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 41 commentaires

Convention sur la réforme des institutions

Après la Convention sur l’immigration en avril, les Républicains doivent consacrer leur deuxième convention à la réforme des institutions. Ce choix marque une prise de conscience nouvelle sur un sujet essentiel pour l’avenir et totalement occulté par la dictature du conformisme.

De fait, la réforme constitutionnelle ne doit pas être comprise comme une solution miracle pour sortir la France de l’ornière, mais comme un levier destiné à engager le pays dans la voie du renouveau. Les institutions intéressent peu le grand public. Le choix de mettre la réforme des institutions au premier plan des priorités est un geste à la fois audacieux et courageux qu’il convient de saluer.

Il faut tout bouleverser aujourd’hui afin de tenter de sortir la France du climat d’hystérie impuissante, de névrose élyséenne stérile, de mystification permanente, et le cortège de bêtise qui l’accompagne. La priorité absolue est de redéfinir le rôle du chef de l’Etat qui doit redevenir le responsable de la politique étrangère et de la défense du pays, un sage, visionnaire, pourvu de l’autorité morale qui sied à la discrétion, à la modestie et à la sobriété, en charge des intérêts à long terme du pays. Pour cela, le retour au septennat, non renouvelable, déconnecté du mandat de l’Assemblée nationale, est un impératif absolu.

Le Gouvernement, le Premier ministre et les Ministres, comme son nom l’indique,  a vocation à gouverner le pays, à prendre et assumer des décisions authentiques, à effectuer des choix, prendre des risques, à appliquer un programme politique avec le soutien d’une majorité, sous le contrôle du Parlement, en assumant la responsabilité de ses actes et de ses paroles.

La question du nombre des députés et sénateurs est un gadget d’intérêt secondaire. Le Parlement, qui incarne la Nation, exprime la souveraineté nationale. Il faut en finir avec la fausse bonne idée d’instaurer la proportionnelle qui donne le pouvoir aux état-majors partisans et brise le lien entre les citoyens et leurs représentants. La composition du conseil constitutionnel, qui devient de plus en plus une troisième chambre législative, doit être changée. Il est absurde et malhonnête d’en faire le fromage d’anciens ministres au rancard. Seul des juristes professionnels, totalement a-politiques, professeurs de droit, hauts magistrats ayant fait la preuve de leur professionnalisme, devraient y siéger.

Enfin, il est urgent de mettre fin à la cassure entre la classe dirigeante et la Nation: les lois les plus importantes doivent se décider par référendum et la liberté communale, c’est-à-dire la démocratie de proximité, qui rapproche chacun de nous de la décision politique, dit s’imposer comme une règle absolue, sans que l’Etat central, par des mesures folles et démagogiques, puisse s’en prendre à cette liberté.

Les débats de juin iront-ils jusqu’à ce niveau de l’échange de réflexions? Il faut le souhaiter: c’est une chance à saisir pour la France.

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 22 commentaires

Le drame d’un régime politique

Ceci ne concerne en aucun cas la personne du président, et rien n’est, à mes yeux, plus absurde, plus odieux et absurde, que les flots d’insultes et de moqueries qui se déversent à son sujet, au sujet de sa personne, ou celle de ses proches, sur Internet. Au-delà de sa personne, qui n’a strictement rien à voir avec mon propos,  il faut prendre acte de la nuisance intrinsèque d’un régime politique qui empoisonne la France, une Cinquième République dégradée, dévoyée, dégénérée. En l’état actuel des choses, il ne peut que donner le pire, quel que soit le titulaire de l’Elysée.

L’élection présidentielle se fait par une vaste opération de propagande et de manipulation médiatique: ce sont les médias qui choisissent en influençant la foule médiatisée, et qui lui vendent une image. En sublimant un personnage, un acteur, cette élection détruit toutes les sources de vie démocratique, notamment le Parlement qui devient un Parlement croupion. L’élection se fait sur une surenchère de promesses démagogiques et fondamentalement nuisibles pour l’intérêt général, par exemple la suppression de la TH ou la création d’un service national d’un mois, profondément inutile et qui va coûter une fortune. Il faut ensuite les appliquer et les financer, à n’importe quel prix.

L’image narcissique et égotique d’un homme ou d’une femme, n’importe lequel, devient le but absolu du régime, au nom  de « sa trace dans l’histoire » ou de la « dignité de la fonction », notion intrinsèquement ridicule – c’est la France qui compte et non « la fonction » dès lors que tout dirigeant politique, en démocratie, n’est que l’humble serviteur de son pays et de ses habitants. La réélection présidentielle devient le but en soi du système, à n’importe quel prix.

La vie publique se transforme en  spectacle médiatisé et en décors de carton-pâte. Les postures et les coups de menton se substituent à l’action authentique. Au prix d’une formidable mystification, le chaos quotidien, le renoncement et l’impuissance de l’Etat sont vendus à l’opinion comme une « transformation profonde de la France ». La vanité, sous produit de l’impuissance, s’impose dès lors comme le principe fondamental du régime. La fracture démocratique, entre une petite clique influente, totalement déconnectée de la réalité, et la population, plongée dans ses drames quotidiens, ne cesse de se creuser.

Ce régime, qui trahit l’intérêt général au profit de la vanité narcissique, explique en partie la chute de la France depuis plusieurs décennies (niveau scolaire, pauvreté, violence, chômage de masse, écrasement fiscal, dette publique) Mais il convient d’insister sur ce point: en l’état du régime, du système politique, fondé sur un mélange de vanité narcissique et de médiocrité (morale, intellectuelle), rien ne changera jamais, et ceux qui pensent qu’untel ou untel, de l’extrême droite à l’extrême gauche, ferait beaucoup mieux, sont victimes de la même illusion que les idolâtres et les béni-oui-oui  du temps présent. Cela ne me réjouis pas, je ne fais ici que dire ma vérité.

Une prise de conscience, révolution des mentalités, réhabilitation de la démocratie, de la res publica, réveil de l’intelligence collective est le préalable à la réforme nécessaire qui consistera, fondamentalement, à en finir avec le naufrage du pays dans la vanité stérile, la médiocratie, et à réconcilier la France avec la notion d’intérêt général.  Vaste programme…

Maxime TANDONNET

 

 

Publié dans Uncategorized | 37 commentaires

Le salut par la pensée

Voici de brefs extraits d’une interview de M. Michel Onfray par M. Vincent Tremolet de Villers, parue dans le Figaro de ce matin. J’aime tellement ce texte que je ne peux m’empêcher d’en publier quelques extraits ici. Le premier paragraphe, surtout, est bouleversant. Qu’un intellectuel contemporain puisse dire des choses aussi vraies et aussi belles, suffit à nous rendre l’envie d’y croire [Ci-joint image de la « Petite fille espérance »]

***************************************************************************

« Je sais que je suis mortel depuis bien longtemps puisque, fils d’un père qui le fut tardivement, j’ai toujours craint cette mort d’un père aimé parce que son âge me donnait l’impression qu’il était plus proche du trépas que les parents de mes copains d’école qui étaient plus jeunes. Voilà pourquoi, sourions un peu, je témoigne de la fausseté du complexe d’Œdipe qui n’a rien d’universel: je n’ai jamais désiré la mort de mon père et encore moins coucher avec ma mère… Dès lors, quand Horace invite à cueillir dès aujourd’hui les roses de la vie parce qu’elle est brève, je sais depuis que j’ai une dizaine d’années qu’il dit vrai. […] »

« […] Je crois aux idées que je défends et c’est ce qui justifie chez moi une activité que je dirais militante depuis des années et dont vous venez de souligner à juste titre le caractère frénétique: je ne souhaite pas laisser le monopole d’une vision du monde faire la loi contre les gens les plus modestes à l’ère des médias de masse qui endoctrinent à tout-va et des réseaux sociaux qui disent n’importe quoi… Je crois au beau projet de Condorcet qui proposait de «rendre la raison populaire», qui plus est dans une époque folle qui aime tellement rendre la déraison populaire… C’est, à mes yeux, ce qui justifie l’activité philosophique: porter la raison sur les lieux même de la déraison. »

« [Sur la biographie d’André Sernin : Alain. Un sage dans la cité]: On y lisait des choses terribles, notamment qu’Alain préférait une paix obtenue par une hitlérisation de l’Europe à une guerre antinazie conduite par le général de Gaulle! Pour autant, je ne suis pas des néo-épurateurs qui se font une virginité à peu de frais en invitant à de nouveaux bûchers – qui supposent en passant qu’on débaptise des rues: je serai le premier à me battre pour que la rue Alain de Paris reste une rue Alain, idem avec une rue Aragon ou Éluard, eux aussi coupables de complaisances avec le nazisme – je vous rappelle le pacte germano-soviétique… Je suis pour qu’on lise Céline et Aragon, Brasillach et Éluard, Maurras et Lénine, Alain et… Sartre ou Beauvoir! Il nous faut des historiens, pas des épurateurs – même si je n’ignore pas qu’il existe aussi des historiens épurateurs, qui tiennent d’ailleurs le haut du pavé institutionnel […] Le néopuritanisme qui sévit actuellement n’aspire qu’à brûler des bibliothèques afin de ne plus autoriser que la lecture de tracts rédigés dans le volapuk de l’écriture inclusive, du genre: Martin.e chez les étudiant.e.s. »

« […] Tragique… Désespérément tragique… Fin de règne et triomphe du nihilisme. Lors de la libération de Tolbiac, j’ai pu lire (en regardant un journal télévisé) l’un des slogans qui avait été tagué sur toute la longueur d’un amphi: «Le nihilisme plutôt que le capitalisme!» Quand le nihilisme est revendiqué comme bel et bon, nous atteignons son acmé. Or, après le nihilisme, ça n’est plus rien, c’est moins que rien – ce qui, convenons-en, est peu au regard de ce que fut notre civilisation… »

Publié dans Uncategorized | 25 commentaires

Discours de la servitude volontaire

Voici le résumé d’un texte important pour la réflexion, un grand classique, le Discours de la servitude volontaire, de la Boétie, que l’une de mes étudiantes en culture générale (Master I de droit, section Carrière publique à l’université de Paris-Est), Mme Sylia Allileche, a bien voulu m’autoriser à publier.

                                     *

Vous aussi avez été choqués par l’union paradoxale des termes « servitude » et « volontaire » ? Et pourtant, il s’agit d’un texte politico-philosophique écrit par un jeune érudit du XVI° siècle, qui n’avait que dix-sept ans à la rédaction de cet essai. La Boétie est mort à 32 ans mais il aura eu le temps d’écrire un de ses textes les plus connus: « De la servitude volontaire ». Oeuvre politique mais également littéraire et morale, La Boétie y étudie les rapports maître-esclave qui régissent le monde. L’Homme est par nature né libre et il est donc dénaturé (au sens propre) lorsqu’il obéit à un maître, un roi, un tyran. Dans ce court essai, le jeune auteur réfléchit au comportement du peuple, bien trop souvent soumis, et à l’attitude du tyran. 

E. Boétie, un nom bien souvent associé à celui de Montaigne, son ami, qui dit de lui : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. » Dans ce texte, la Boétie va analyser les raisons qui poussent un peuple à se soumettre à un tyran et la légitimité, l’autorité de ce tyran. Sa ligne : ce n’est pas le tyran qui confisque la liberté au peuple, c’est le peuple qui la lui donne. Les tyrans prennent le pouvoir, parce que les peuples veulent bien le lui donner.

Pourquoi il ne faut pas être soumis à un tyran :

On ne peut pas s’assurer qu’un tyran soit bon. En effet, dans le cadre d’un mauvais tyran, qui concentre les pouvoirs et qui est tout puissant, ne pas avoir d’éléments susceptibles de le contrer ou de le limiter est un réel problème. On ne possède rien sous sa tyrannie, sous le tyran, les individus ont une vie pauvre et sans liberté. Le tyran est amené à faire du mal pour susciter la crainte. Et comme il est tout en haut de la hiérarchie sociale, ses sujets ont tendance à l’imiter. Ce n’est ni plus ni moins que diviser pour mieux régner.

Il existe trois types de tyrans. « Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race » : le premier accède au pouvoir par le vote, le second par la guerre, le troisième par la succession. Mais dans ces trois cas, le peuple n’a aucun choix.

« C’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c’est être autant de fois extrêmement malheureux. » 

Pourquoi est-ce que le peuple est fautif :

Le pouvoir du tyran est issu de celui que le peuple lui cède. Le peuple crée son propre bourreau en permettant au tyran d’exister. Dans cette société on a donc le pouvoir de tout un groupe, contre celui d’un seul homme, le tyran. Mais on remarque justement que c’est ce groupe qui est soumis et non pas l’inverse parce que les hommes ne veulent pas se battre pour leur liberté. De plus, il faut comprendre que le peuple est docile, la nouvelle génération fait naturellement ce que l’ancienne génération faisait sous la contrainte. La nouvelle génération confond donc son état naturel, être libre et son état de naissance, être esclave. Et ce qu’il dit, c’est que ce qui entérine la servitude, c’est l’habitude. Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genou.

La nature de l’Homme est d’être libre :

Si on parle des peuples libres, on doit forcement parler des grecs de l’antiquité. Ils représentaient le combat de la liberté sur la servitude. Imaginons deux armées rangées, prêtes à se livrer bataille, avec le même nombre de soldat, le même entrainement et la même technologie militaire ; sauf que l’une se bat pour sa propre liberté et l’autre pour la coloniser. On peut facilement affirmer que la première aura plus de chance de l’emporter. Et c’est pour cela que les grecs ont tenu si longtemps face à des peuples bien plus nombreux qu’eux.

Pour La Boétie, l’homme a un rapport étroit avec la liberté, c’est sa nature : P.17 « A vrai dire, il est bien inutile de se demander si la liberté est naturelle, puisqu’on ne peut tenir aucun être en servitude sans lui faire tort : il n’y a rien au monde de plus contraire à la nature, toute raisonnable, que l’injustice. La liberté est donc naturelle ; c’est pourquoi, à mon avis, nous ne sommes pas seulement nés avec elle, mais aussi avec la passion de la défendre ». Il définit donc la liberté comme étant un droit naturel.

Sa solution, pour que l’homme retrouve son état naturel :

Il faut comprendre la nature du pouvoir du tyran. En effet, le tyran s’entoure de personnes un peu moins tyranniques que lui, et celles-ci entourées de personnes un peu moins tyranniques qu’elles. Il ne faut donc pas attaquer le tyran directement, mais plutôt arrêter de le servir. Comme si l’on coupait les racines d’un arbre. Un tyran n’a de pouvoir que celui que lui accordent ses sujets :

«Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas aussi vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soir de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir s’il n’était d’intelligence avec vous ?  Vous élevez vos filles afin qu’il puisse assouvir sa luxure, vous nourrissez vos enfants pour qu’il en fasse des soldats dans le meilleur des cas, pour qu’il les mène à la guerre, à la boucherie, qu’il les rende ministres de ses convoitises et exécuteurs de ses vengeances ».

Publié dans Uncategorized | 33 commentaires

Une logique d’abrutissement

Voilà qui me semble sans précédent: les médias viennent de sortir un sondage IFOP sur les présidentielles de 2022. Plus de 4 ans à l’avance, il me semble, de mémoire, que cela n’a jamais existé. Il fallait oser… Jusqu’à présent, les premiers sondages de ce genre avaient lieu deux ans à l’avance, 2005 pour 2007, 2010 pour 2012, 2015 pour 2017. Déjà ces sondages étaient discutables sur le principe, et leur pronostic étaient, invariablement, sans le moindre rapport avec les résultats obtenus. Un sondage pour les présidentielles 4 ans à l’avance, alors que nul n’a la moindre idée de qui seront les candidats, de l’état politique, économique, psychologique, sécuritaire du pays dans 4 ans, ne relève pas seulement de la manipulation et du lavage de cerveau, mais  pire, il est symptomatique d’une volonté implicite d’abêtissement du pays. Qu’est-ce que cela signifie, au fond, par-delà l’aspect anecdotique? Que toute la vie publique doit se réduire à une bataille d’idoles narcissiques, qu’il convient d’aduler ou de haïr, d’adorer ou de détester, chaque Français devant se donner un petit chef en lutte au corps à corps avec les autres. Les partisans de Mme le Pen et de M. Mélenchon doivent jubiler à la lecture de ce sondage et ceux de M. Hamon et de M. Wauquiez se morfondre. Tout ne serait donc plus qu’amour et haine de nos icônes médiatiques, et abandon à l’idolâtrie. La politique ne serait plus qu’un grand spectacle émotionnel autour d’images et de sensation, où des demi-dieux de l’olympe s’affrontent dans le regard ébloui de leurs partisans lèche-bottes. Bien entendu cette bataille de titans, déjà fomentée 4 ans à l’avance, ne peut que détourner les Français de la réflexion et de la vérité sur tous les sujets de fond de l’époque: le poids de la dette publique, l’écrasement fiscal du pays, la maîtrise de l’immigration, le danger communautariste, la violence et le terrorisme, les 5 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres,  l’avenir de l’Afrique et ses 4 milliards d’habitants à la fin du siècle, l’état déplorable de la démocratie… L’idolâtrie et le spectacle imbécile autour de la joute présidentielle ne cessent d’anéantir le débat d’idées. Le suffrage universel est trahi et dévoyé, comme noyé dans l’oeuvre d’abêtissement que subit la France en ce moment. La démocratie est inconcevable sans un peuple éclairé. La tentative d’abrutissement du pays, par le biais d’un vertigineux déclin du niveau scolaire associé au matraquage médiatique quotidien, au profit d’on ne sait quelle tyrannie de la bêtise idolâtre, est donc un crime contre la démocratie.   Faire de la France un grand laboratoire de la médiocratie et de la soumission au dieu bêtise: et si tel était le but?

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 57 commentaires

Pétain, Bénédicte Vergez-Chaignon, Perrin, 2015 (II)

L’ouvrage présenté ici n’est pas une histoire du régime de Vichy mais une biographie de Philippe Pétain. Ce document d’un intérêt exceptionnel est entièrement organisé autour du suivi de son action et de sa personne.  La période qui commence en 1940 (suite de mon précédent billet) est bien entendu la plus importante du livre. Plus qu’un résumé chronologique, il semble intéressant d’en dégager quelques idées ou quelques impressions personnelles, issues de cette lecture passionnante que j’ai plaisir à partager.

  • Par delà le récit  du naufrage d’un homme âgé de plus de 84 ans, pris dans la tourmente de l’une des plus effroyables tragédies de l’histoire, trois Philippe Pétain se succèdent dans les événements qui s’enchaînent à compter de la défaite de la France, à la mi-juin 1940.
  • Le premier est celui de l’allocution du 17 juin par laquelle il appelle l’armée à « cesser le combat », et de l’Armistice, jusqu’à l’abolition de la République et le vote de ses pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale,  le 10 juillet 1940. Il est alors, en cette période initiale, largement suivi par la classe politique, et sans doute par la majorité du peuple dans sa politique d’armistice. Camille Chautemps, le chef du parti radical, est à la manœuvre, Blum leader de la SFIO, autorise la participation au premier gouvernement Pétain de deux membres de son parti (Rivière et Février)
  • Le second est celui de la révolution nationale et de la collaboration, du 10 juillet 1940 à avril 1942, chef de l’Etat français détenant officiellement tous les pouvoirs « Le lendemain du jour où les pouvoirs lui auront été accordés, le maréchal procédera, non par lois ou décrets, mais par actes. Au terme d’un premier acte, il se donnera à lui-même tous les pouvoirs exercés [jusqu’alors] par le président de la République, le Parlement, le président du Conseil, les ministres » (Pierre Laval).  
  • Le troisième Pétain est celui qui suit le retour de Pierre Laval au pouvoir, comme chef de gouvernement, en avril 1942,  le marginalisant et le confinant désormais à un rôle essentiellement emblématique, surtout après le débarquement des Américains en Afrique du Nord, l’invasion de la zone non occupée par l’armée allemande, l’installation des SS et de la Gestapo à Vichy même.
  • L’impression qui domine cet ouvrage est celle d’une dérive constante, pendant quatre ans, dans la servilité et l’esprit de soumission à l’occupant allemand. On n’est pas seulement dans le calcul et encore moins dans un double jeu. L’état d’esprit est celui de l’asservissement mental, de plus en plus marqué, au Führer allemand auquel s’adresse ainsi le maréchal: « Quant à la collaboration, offerte au mois d’octobre, par le chancelier du reich, dans des conditions dont j’ai apprécié la grande courtoisie, elle est une oeuvre de longue haleine et n’a pu porter encore tous ses fruits. sachons surmonter le lourd héritage de méfiance, légué par les siècles […] pour nous orienter vers les larges perspectives que peut ouvrir à notre activité un continent réconcilié. » Autre exemple: le récit de l’entretien entre Pétain et de Goering qui le reçoit dans son train blindé à Lyon, mais balaye d’un revers de main toutes ses demandes. Philippe Pétain et ses ministres ne cessent de supplier les Allemands de les aider militairement à sauvegarder l’Empire français contre les « anglo-gaullistes ». Et après la tentative de débarquement de Dieppe par les Britanniques, en 1942, qui s’est achevée par un bain de sang, ils demandent à Hitler l’autorisation de s’armer contre le danger britannique… Cet effondrement dans l’obséquiosité la plus vénéneuse est destiné à amadouer les Allemands. Pétain et ses ministres ont des objectifs: atténuer la zone de démarcation, limiter l’amputation du territoire français, obtenir la libération des 2 millions de prisonniers de guerre, préserver l’Empire français. Mais dans ce but, ils renoncent à leur honneur, à toute dignité et ne reçoivent des Allemands, en retour, que des coups hargneux et hypocrites, des humiliations supplémentaires. Et ils persistent dans cette même voie « Selon Pétain, sa position et celle du gouvernement français serait facilitée par une déclaration allemande sur la place qui serait faite à la France dans l’Europe nouvelle » (télégramme d’août 1943 du haut commandement militaire à Berlin). Et si l’honneur valait plus que tout le reste?
  • Le culte de la personnalité poussé à son paroxysme: désormais, sous le régime de Vichy qui a aboli la République, le pouvoir politique s’incarne uniquement dans un homme, une icône nationale, une image divinisée, un sauveur providentiel. Les discours s’enchaînent et convergent vers un narcissisme total: « Je fais don de ma personne à la France; Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal; On est avec moi ou contre moi; Suivez-moi, j’ai besoin de vous pour reconstruire la France et je compte sur vous; Aidez-moi, faites la chaîne en me tendant la main; Le chef, c’est celui qui sait à la fois se faire obéir et se faire aimer; J’ai été pour vous un père, je suis maintenant un chef; Il s’agit pour vous, Français, de me suivre; J’ai senti que vos cœurs battaient avec le mien; Chassez vos alarmes, venez à moi avec confiance; A mon âge, lorsqu’on fait à son pays le don de sa personne, il n’est plus de sacrifice auquel l’on veuille se dérober; L’autorité ne vient plus d’en bas, elle est proprement celle que je confie ou que je délègue; Je vous avais promis de rester parmi vous et j’ai tenu ma promesse; C’est moi et moi seul que l’histoire jugera, etc. » De quoi cet accès de narcissisme, cette invasion du « je » proprement stupéfiante, sont-ils le signe? Du néant et de l’impuissance.
  • De fait, le régime de Vichy est un gouvernement fantoche.  Certes, des décisions sont prises en dehors d’une intervention de l’occupant allemand, par exemple le statut des Juifs, d’octobre 1940, qui leur interdit l’accès à un grand nombre de professions et à la fonction publique. Pour autant, les deux tiers du territoires sont occupés par l’armée allemande qui exerce sa propre souveraineté par des ordonnances du haut commandement militaire. Pour tout acte ou décret, nomination de haut fonctionnaire, notamment les préfets, les décisions du maréchal Pétain sont soumises au visa du haut commandement militaire Allemand. Deux millions de prisonniers sont retenus en otage. Hitler menace de nommer un Gauleiter et de faire subir à la France le sort de la Pologne dont 20% de la population ont été exterminés. Ainsi, la dérive dans le culte hystérique de la personnalité et la communication à outrance autour de la personnalité du maréchal se présentent comme une manière de compenser et de masquer la réalité de l’impuissance et de la soumission à l’occupant.
  • C’est un très étrange sentiment qui semble animer Pétain du début jusqu’à la fin, mélangeant l’ambition personnelle et le sentiment absurde, presque dément, d’être indispensable, jusqu’au bout, même quand tout est fini, qu’il a perdu toute prise sur la réalité, à partir de fin 1942, qu’il est honni par le peuple et qu’il est plongé dans une humiliation personnelle constante de la part des Allemands et de Laval. Le moindre bon sens, le plus élémentaire, devrait l’inciter, à compter de novembre 1942, à se retirer, comme le lui conseillent des proches. Mais non, il a fait don de sa personne à la France. A quoi s’accroche-t-il, ce vieillard de 86 ans qui se croit à tel point indispensable tout en étant bien conscient que son pouvoir est désormais réduit à néant? La raison humaine ne permet pas de comprendre car on est là, sans doute, plutôt dans le domaine de la psychiatrie.
  •  Le naufrage permanent dans le logique d’un asservissement toujours plus grand ne semble pas être à titre principal le fruit d’un alignement idéologique progressif sur le nazisme. Le mécanisme d’une déroute est ailleurs que dans l’idéologie: il est dans l’aveuglement, la perte des repères, la déconnexion du monde des réalités. Certes, tout cela est facile à dire, avec le recul et la connaissance des événements. Mais quand même, la lecture attentive de cet ouvrage donne le sentiment d’un homme et de son entourage qui glissent dans un monde virtuel, privés de toute conscience de la réalité et de toute notion des événements en cours. La passe d’arme entre les deux hommes sur le discours de Laval revenu au pouvoir en avril 1942 sous  la pression des Allemands illustre ce glissement surréaliste. Laval fait lire à Pétain son projet de discours dans lequel il affirme: « Je crois à la victoire de l’Allemagne » alors que l’armée d’Hitler connaît de graves difficultés en Russie.  Pétain le reprend: « Vous n’êtes pas militaire, vous ne pouvez pas dire que vous croyez en la victoire de l’Allemagne, vous n’en savez rien« . Les deux hommes s’entendent sur la formule alternative « je souhaite la victoire de l’Allemagne » sans réaliser, semble-t-il l’infamie absolue d’une telle déclaration.  De même au moment du débarquement américain en Afrique du Nord, le 9 novembre 1942, Philippe Pétain ordonne, à maintes reprises à l’amiral Darlan, sur place, de résister jusqu’au bout aux Américains au nom de la défense de la souveraineté française. La confusion des esprits est dès lors irrémédiable, quand le libérateur américain devient l’ennemi et l’occupant allemand qui pille et martyrise la France depuis deux ans et demi, un partenaire respectable… » Impression de pauvres fantoches, écrit le chef de cabinet civil, ce 10 novembre 1942, qui n’ont même pas eu le temps de faire jouer leur intelligence, leur libre-arbitre et par leurs affolements respectifs, se sont dépassés, entraînés les uns les autres et, comme de pauvres moutons, n’ont plus la possibilité  ni de revenir en arrière ni même de s’arrêter. »

Maxime TANDONNET

 

Publié dans Uncategorized | 18 commentaires

Lecture: Pétain par Bénédicte Vergez-Chaignon, Perrin, 2014 (I)

Voici une biographie monumentale de Philippe Pétain, de plus de 1000 pages. Nous la présenterons en deux temps, avant et après 1940. Elle est infiniment meilleure que toutes celles qu’il nous a été donné de lire jusqu’à présent. Elle a l’avantage considérable de se fonder sur des faits, le récit d’une vie. Elle ne prend jamais de parti idéologique ou politique, ne cherche pas ni à accabler le personnage, ni à le réhabiliter, ni à l’utiliser à des fins partisane: les faits, uniquement les faits.

Voilà un livre d’histoire comme nous les aimons. Quand on tourne la dernière page, d’un ouvrage qui se lit d’une traite malgré son épaisseur, on se dit que tout le monde devrait avoir lu ce livre, avant de parler d’une époque charnière pour la France et pour le monde. Il exploite abondamment des archives personnelles auxquelles nul biographe ne s’était référé jusqu’à présent. Il n’accuse ni n’excuse mais fournit des outils de compréhension nouveaux.

  • Pétain a eu une enfance obscure. Issu d’une famille nombreuse, sa mère est morte juste après sa naissance, le 24 avril 1856, à Gauchy-à-la-Tour, dans le Pas-de-Calais. Son père l’a plus ou moins délaissé après son remariage et il a été élevé par son oncle maternel. Toute sa vie, il aura horreur qu’on lui parle de cette enfance ou de sa jeunesse, reniant ce passé maudit. Devenu célèbre, il interdira à ses frères et sœurs de s’exprimer sur son histoire personnelle:  » Je renouvelle mes instances à ce sujet, envoie promener tous ces indiscrets et refuse toi à toute interview. Ces reporters sont très malins et finissent par vous arracher ce qu’on ne veut pas dire ».
  • Elève studieux, la vocation militaire lui vient de bonne heure. Il réussit Saint-Cyr, mais effectue une carrière « lente et sans éclat », voire « banale », colonel à 57 ans, à la veille de la première guerre mondiale. La médiocrité de son parcours semble s’expliquer à la fois par son refus de toute manœuvre de couloir, son caractère solitaire et indépendant, mais aussi par ses idées novatrices: il rejette ouvertement les conceptions napoléoniennes de la guerre, fondées sur l’offensive à tout prix.  La guerre et les armes modernes exposent le soldat au feu et la défensive peut servir à user les forces de l’ennemi avant le passage à l’offensive. L’effroyable boucherie des premiers mois de la guerre en 1914-1915 et des attaques à découvert, se traduisant par des centaines de milliers de victimes, poussent le haut commandement à s’intéresser à ses théories, et, promu général, à lui confier des responsabilités stratégiques.
  • Pétain est-il vraiment le « vainqueur de Verdun » à l’origine du mythe autour de son personnage? Sous un déluge de feu, sa stratégie défensive lui permet de tenir contre les assauts allemands pendant deux mois, février-mars 1916 au prix d’un bain de sang. On retient de cette période sa formule célèbre »Courage, on les aura ». Il est cependant très critiqué par le commandant en chef Joffre, qui le juge passif. Pétain a donc tenu Verdun pendant deux mois avant d’être remplacé. La victoire est intervenue bien plus tard les 24 octobre et 2 novembre avec la reprise des forts de Vaux et de Douaumont par les généraux Nivelle et Mangin. Il est donc excessif, selon l’auteur, de considérer Pétain comme le « vainqueur de Verdun », la légende n’étant qu’à demi fondée.
  • En revanche, nommé commandant en chef de l’armée française en avril 1917, après le massacre inutile provoqué par la grande offensive de Nivelle, son influence est alors considérable pour mettre fin aux mutineries qui menacent d’emporter l’armée française. Son principe fondamental est de s’attacher « au moral du soldat ». Il met fin aux offensives inutiles et sanglante, promet d’attendre « les Américains et les chars », améliore sensiblement les conditions de vie du soldat: permissions, casernement, nourriture.
  • Sur la dernière année de la guerre en 1918, son rôle est beaucoup plus contestable. Au printemps, la situations des armées de l’Entente (française, britannique, américaine) est désastreuse. Les Allemands qui ont acheminé sur le front français la masse gigantesque des troupes qui combattaient en Russie après la paix signée par Lénine, sont à 80 km de Paris. Pétain de montre alors défaitiste, hésitant à secourir l’armée britannique pour combler une brèche menaçant de s’ouvrir, et prônant l’évacuation de Paris qui eût été ressentie comme le signe de l’acceptation de la défaite. Il est soutenu par le président du Conseil Clemenceau, mais ps par le président de la République, Poincaré, qui veut s’en débarrasser. Nommé généralissime des armée de l’Entente, donc au-dessus de Pétain, c’est Ferdinand Foch qui conduit la France et ses alliés à la victoire.
  • A l’issue de la Grande Guerre, devenu maréchal, Pétain continue à exercer un rôle clé dans la vie publique française: vice-président du conseil supérieur de la guerre, inspecteur général de l’armée, ministre de la guerre (1934), ambassadeur de France en Espagne, auprès de Franco (1939). Il ne cesse de répéter qu’il veut prendre sa retraite mais ne résiste jamais aux propositions qui lui sont faites. D’après l’auteur, il semble avoir été critique envers la construction de la ligne Maginot, dont le coût faramineux détourne les crédits de l’amélioration de la condition des officiers et des soldats.
  • Il s’impose dès les années 1920 comme une icône nationale, symbole de la victoire de Verdun et d’un commandement soucieux de la vie des Poilus. Grand communiquant, homme de  séduction, d’allure majestueuse, les yeux clairs, le style sobre, noble et silencieux, il impose une autorité naturelle fondée sur le prestige. La presse multiplie les reportages à son sujet. Il cumule les maîtresses, se marie avec l’une d’elle, Eugénie Hardon, à plus de 60 ans mais cette union est largement fictive, pour un homme d’origine catholique mais sans véritable religion qui rejette viscéralement toute forme de contrainte familiale.
  • Sur le plan idéologique, il déteste le monde politique et parlementaire jugé bavard et inefficace. Certes,  il se montre plutôt conservateur, mais assez consensuel, capable de travailler avec un gouvernement Poincaré comme avec le Front populaire. Contrairement à Foch, clairement marqué à droite, ou à Darlan homme de gauche proche du radicalisme, Pétain n’affiche pas de préférence partisane ou d’engagement précis. Dans le gouvernement Doumergue, il se lie avec Laval, républicain modéré (droite), venu de la gauche pacifiste pendant la Grande Guerre.
  • A partir des années troubles, les ravages de la grande crise et la montée de la menace hitlérienne, dès les années 1930, il fait figure, dans une partie de l’opinion en quête de chef, de sauveur providentiel et des campagnes d’opinion se développent sur le thème: « c’est Pétain qu’il nous faut ». Toutefois, Nul n’a démontré qu’il ait été personnellement associé dans les années 1930, à des visées complotistes ou factieuses. [A SUIVRE]

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 6 commentaires

Pourquoi la chienlit?

Zadistes vainqueurs en Loire atlantique, graves violences urbaines au Mirail, une poignée de 28 000 syndicalistes, ultraminoritaires, qui empoisonnent sans raison la vie des Français les plus modestes depuis un mois en bloquant les trains, grèves à Air France, occupation des universités et de sciences po, et tout cela dans la plus parfaite impunité voire banalisation: un tel spectacle est-il imaginable ailleurs qu’en France?

Imagine-t-on une pareille chienlit en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon, en Grande-Bretagne, en Espagne, dans n’importe quel pays digne de ce nom, et même dans d’autres Etats du Sud, en Afrique ou en Asie, auxquels nous sommes si prompts à donner des leçons? Non, un tel chaos n’existe qu’en France. Il est superficiel d’en tenir pour responsable tel ou tel dirigeant actuel désigné nominativement. La décomposition vient de loin, s’aggravant de décennie en décennie. En cause, trois tendances lourdes du pays sur un demi siècle :

1/ le régime politique présidentialiste qui, de quinquennat en quinquennat, cultive l’image narcissique au détriment de l’intérêt de l’Etat: dès lors que cette image narcissique devient le but en soi, elle justifie tous les renoncements et toutes les lâchetés face aux épreuves de force;

2/ le cynisme et l’égoïsme d’une classe privilégiée, influente ou dirigeante, qui ne pense qu’à ses intérêts individuels, matériels ou de vanité, et regarde le pays couler dans la plus grande indifférence en s’auto-protégeant;

3/ dans un contexte d’abêtissement médiatique, l’abaissement du niveau intellectuel de la nation, l’affaiblissement des notions d’histoire, de littérature, de philosophie, ou scientifiques, sources de l’esprit critique et du sens de l’engagement collectif, du destin commun.

L’idée du salut par le remplacement de tel ou un tel politicien par un autre me semble erronée. Bref, je suis à peu près convaincu que n’importe quel autre à l’Elysée comme à Matignon, M. Juppé, M. Fillon, Mme le Pen, M. Valls, M. Hamon ou tout autre, et la France ne se porterait pas mieux qu’en ce moment. L’essentiel ne tient pas au choix d’un personnage, d’un acteur, d’un comédien dont la surmédiatisation quotidienne sert à leurrer les consciences et les détourner de la réalité.

En outre, une dictature ne réglerait rien et elle est inconcevable en France: ni la police, ni l’armée, ni l’administration, ni les juges n’obéiraient et elle sombrerait en peu de temps. Un Pinochet ou Castro ne tiendraient pas trois semaines.

Le drame est infiniment plus profond, il touche à la culture, à l’essence même du pays. L’issue n’est concevable qu’à long terme, sur plusieurs générations, elle commence par le renouveau intellectuel des Français, l’élargissement de leur champ de vision, dans l’espace et dans le temps, leur regard critique, une prise de conscience du drame que nous vivons, de son ampleur, le passage d’une logique de fragmentation à la redécouverte du bien commun, du sens du devoir et de la responsabilité, le retour de la res publica… Bref, pour l’instant, nous n’en prenons pas le chemin, loin de là.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 77 commentaires

Le chaos contre la liberté

Ce matin à la radio, Europe 1 je crois (ou RTL), le leader de SUD Rail était interviewé. La grève des cheminots est en train de paralyser la France et de transformer la vie des usagers qui ont besoin du train pour aller travailler en un véritable enfer. De fait, la réforme en cours est parfaitement indolore : transformer un établissement public industriel et commercial en société à capitaux publics incessibles n’est pas une privatisation (il faut pour cela une autre loi, comme pour toute privatisation), et le statut réel des cheminots (retraites, avantages divers, salaires) est strictement inchangé. Dire le contraire relève de la malhonnêteté ou de la manipulation. D’ailleurs ce Monsieur était bien incapable de fournir la moindre explication de fond sur les motivations de la grève. Il répétait inlassablement: « les cheminots sont en grève ». Les pilotes d’Air France sont en grève aussi. Une dizaine de facultés sont bloquées pour des raisons inconnues. Il n’y a pas la moindre esquisse d’une sélection prévue à l’entrée des universités. In fine, c’est l’étudiant qui peut toujours demander à s’inscrire dans la faculté de son choix. Les professeurs et les maîtres de conférence le savent tous. Il faut bloquer pour bloquer, et empêcher les étudiants studieux et sérieux de passer leurs examens. Plus que jamais, l’injustice suprême ne cesse de se creuser entre les « grandes écoles » qui ont le droit de sélectionner à l’entrée et les universités qui ne l’ont pas et ne cessent de faire naufrage en enseignement de deuxième zone.  A Nantes, le pouvoir politique a renoncé à un projet d’aéroport qui faisait l’unanimité des milieux économiques et des élus de Loire-Atlantique, validé par référendum et approuvé par les plus hautes autorités de l’Etat, dont 3 présidents de la République successifs qui l’ont jugé vital pour la région. Mais les zadistes qui occupent illégalement des terres sont toujours là et narguent le pouvoir politique. Nous sommes dans le pur chaos nihiliste, sans raison, sans but, le chaos pour le chaos. « L’ordre et l’ordre seul, en définitive, fait la liberté » écrit Charles Péguy. Ajoutons, le désordre fait la tyrannie, la tyrannie de minorités. La vérité? Ce pays part à vau-l’eau. Est-il concevable qu’un jour, un gouvernement décide de remettre de l’ordre dans ce pays pour sauvegarder la liberté de ses habitants? Rien ne permet de le penser aujourd’hui, dans une France ingouvernable, dont les dirigeants, de tous partis, extrême gauche à extrême droite, songent d’abord à leur image et leur carrière.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 51 commentaires

Réflexions sur l’avenir politique

Le site Atlantico a bien voulu m’interroger sur l’avenir de la droite républicaine, dans la perspective d’une possible alternance à l’horizon (lointain) de 2022. Mon sentiment, sur le futur politique du pays, extrêmement trouble et incertain, tient en trois impressions:

  1. La personnalisation du pouvoir atteint un niveau sans précédent dans l’histoire moderne, ferment d’une situation explosive. Toute vie publique se ramène aujourd’hui à l’image médiatisée d’un homme, une mise en scène quotidienne autour de lui. Cette personnalisation se fonde, aux yeux de la bourgeoisie influente, sur le mythe d’une « transformation » qui n’existe pas.  Bien au contraire, l’affaiblissement de l’efficacité et de l’autorité de l’Etat se traduit, par effet compensatoire, dans la fuite vers l’émotionnel et la sublimation d’un personnage. Responsable du bonheur collectif, ce dernier devient inévitablement le réceptacle des déceptions et des souffrances –  incarnation des élites détestées – c’est-à-dire, le bouc émissaire national. Le vertige de l’impopularité voire la haine viscérale, sont la contrepartie inévitable de la personnalisation à outrance. 2022 a toutes les chances de cristalliser un immense sentiment de rejet. Dans les quatre ans à venir, une crise économique risque d’interrompre l’excellent cycle de la croissance mondiale, dissipant le fragile voile d’optimisme qui enveloppe la France « d’en haut ». La colère populaire, refoulée pendant des années, trouvera à s’exprimer dans un vote au goût de la vengeance, au goût de sang, au goût de 21 janvier 1793.
  2. Qui sera là pour la recueillir?  Sans doute pas la droite dite « nationale »: le lepénisme, profondément ancré dans la conscience collective comme un mal absolu, continuera d’exercer son rôle formidable de repoussoir. En revanche, dans un climat de plus en plus tendu et violent, poussant à la radicalisation et aux extrêmes, une voie pourrait bien se rouvrir en faveur de la gauche radicale. L’opinion est versatile, soumise aux émotions du moment. Nous n’y sommes pas passés si loin en 2017: déjà, une alliance Mélenchon/Hamon eût peut-être chamboulé la donne. Le modèle politique français permet à une infime minorité de rafler la mise intégrale avec 22% des votes au premier tour des présidentielles (soit 16% du corps électoral), sans parti politique, sans programme, sur le seul climat de rejet. Suivant une pure logique linaire, rien ne permet d’exclure le retour d’une gauche radicale unifiée, même très minoritaire dans le pays,  en position de récupérer la colère populaire, sur un mouvement d’humeur, en 2022.
  3. Aujourd’hui, l’espoir d’éviter une telle tragédie qui signerait la ruine de l’économie et de la société françaises repose entre les mains de l’opposition républicaine. La tâche est compliquée: elle aura toujours le vent médiatique et judiciaire acharné contre elle. Mon sentiment est qu’elle ne peut gagner que par un rejet catégorique du modèle En Marche. Elle n’empêchera le désastre en 2022 qu’en réinventant en profondeur la nature même de la vie politique française. Elle doit rompre avec la personnalisation outrancière du pouvoir – suscitant une allergie croissante des français et donnant prise à tous les coups tordus -, en finir avec la logique suicidaire de la guerre des chefs et le venin de la névrose élyséenne. Il lui faut en revanche remettre au premier plan de la politique le débat d’idées, le projet de société, la volonté générale, l’engagement collectif d’un groupe d’hommes et de femmes, unis et déterminés, non par la vanité narcissique, mais par le sens du bien commun et de la vérité. C’est à ce prix qu’elle peut éveiller un vent d’espérance dans le pays. Mais sont-ils en état psychologique, intellectuel, d’entendre et de comprendre ce message dans les deux ans qui viennent? C’est bien ce que j’ignore…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 18 commentaires

Appel d’un professeur de philosophie

La classe de philosophie, exception française dans le monde, ne doit pas disparaître ! Lettre ouverte des professeurs de philosophie

Monsieur le Ministre,
En maintenant la philosophie parmi les épreuves finales du baccalauréat, et en lui octroyant quatre heures dans le tronc commun en classe terminale, vous avez cru traiter cette discipline avec égard, au point d’affirmer qu’elle est, de toutes les disciplines enseignées au lycée, « la plus renforcée » par la réforme que vous avez engagée. Nous ne mettons évidemment pas en doute la sincérité de votre opinion à ce sujet, mais nous avons le devoir de lui préférer la vérité : par les mesures que vous envisagez de prendre, la classe de philosophie, héritière d’une longue tradition et exception française dans le monde, est bel et bien sur le point de disparaître. Nous sommes convaincus que vous ne voulez pas associer votre nom, ni celui du Président de la République, à un tel désastre. C’est pourquoi nous entreprenons de vous expliquer en quoi ce qui semble être à vos yeux et à ceux du profane un traitement de faveur constitue en réalité une détérioration grave et sans précédent des conditions dont jouissait la philosophie dans l’école de la République. Le cœur de l’école et le fondement de l’instruction sont constitués, d’abord et principalement, par les disciplines. Aucune d’entre elles n’est figée et chacune évolue selon ses spécificités, que ce soit en intégrant les apports de la recherche ou en tenant compte des évolutions de la société et des changements intervenus dans le monde. Elles ont cependant, chacune, des exigences inhérentes à la nature de leur objet, exigences lentement mûries au sein d’une solide tradition académique que nul geste administratif ne peut ignorer sans devenir arbitraire, pour ne pas dire meurtrier. La philosophie, de ce point de vue, doit être traitée comme toutes les disciplines, et ce n’est pas réclamer un quelconque privilège que d’exiger qu’on tienne compte de sa spécificité. La première caractéristique de la philosophie, aussi bien comme pratique culturelle que comme discipline scolaire, est de ne pas être une spécialité. Toute la philosophie, dont il ne faut pas chercher une définition ailleurs que chez les philosophes, ne cesse d’affirmer, au cours de sa glorieuse histoire qui n’est pas terminée, cette nature de discipline universelle, rien de ce qui est humain ne lui étant étranger. La classe de philosophie au lycée est le fruit de cette tradition : ce n’est pas de son objet mais bien de sa méthode que cette discipline tire son identité et partant son unité. De cette spécificité, il résulte plusieurs exigences que votre réforme ne prend pas du tout en considération :

1/ L’enseignement de la philosophie au lycée, quel que soit le volume horaire qui lui est attribué, est forcément élémentaire et ne peut que le rester. Une « spécialité philosophie » dans le cadre de cet enseignement élémentaire est donc un non-sens. D’ailleurs, sa mise en œuvre suffit à en établir l’absurdité : comment peut-on imaginer que des élèves suivent en première, au titre d’un enseignement de spécialité, ce qu’ils seront ensuite amener à découvrir avec leurs pairs en terminale au titre des enseignements communs ?

2/ Le programme de philosophie n’est pas un programme de matières dont on pourrait extraire des morceaux et répartir l’enseignement sur plusieurs niveaux de la scolarité, en l’occurrence entre la classe de première et celle de terminale. La consistance de la philosophie, comme discipline scolaire et comme activité intellectuelle, repose sur l’unité du cours de philosophie, dispensé par un professeur philosophiquement responsable, et c’est uniquement la cohérence de son cours qui permet de faire d’un programme qui n’est d’emblée qu’une liste de mots un ensemble de notions.

3/ Un enseignement consistant, pour une discipline qui est aussi difficile que n’importe quelle autre, mais que sa nature ne permet pas d’enseigner par morceaux, exige un horaire également consistant. Jusqu’à présent, la série littéraire conservait, avec les huit heures hebdomadaires de philosophie qui y sont dispensées, la caractéristique de ce qui fut jadis la classe de terminale, nommée « classe de philosophie » en raison de ses dix heures hebdomadaires de philosophie. La série B (avant la création de la série ES) jouissait quant à elle de cinq heures de philosophie, et les séries scientifiques, inexplicablement exclues des Humanités, devaient se contenter de trois heures. C’est d’ailleurs dans ce cadre, et en raison de cet absurde déséquilibre, que les professeurs de philosophie ont toujours revendiqué un horaire de quatre heures au minimum pour tous. Monsieur le Ministre, donner quatre heures de philosophie à tous les lycéens, comme vous y consentez dorénavant, ne revient pas à satisfaire la revendication ci-dessus, car votre réforme censée privilégier la philosophie consiste d’une part à n’augmenter que d’une heure son enseignement là où il était de trois heures dans les séries scientifiques, mais surtout à détruire son unité et réduire son horaire par la substitution, à ce qu’il restait de la classe de philosophie, d’une improbable spécialité censée prendre le relais de la série littéraire.

4/Ajoutons que cette spécialité, dont nous venons d’établir qu’elle est contraire à la nature de cette discipline et que sa mise en œuvre engendre des absurdités, est également un leurre. Vous savez fort bien en effet, et nous le savons tous, que les élèves qui sont actuellement en série littéraire ne sont pas, pour l’immense majorité, des littéraires. Vous savez donc très bien que seule une minorité choisira la spécialité que vous créez, et qui n’est d’ailleurs même pas une spécialité digne de ce nom, mais un objet non-identifié qui assigne à résidence la philosophie dans une cohabitation que tous les professeurs de philosophie jugent arbitraire et contraire à leur pratique autant que leur conception de la philosophie, la plupart d’entre nous ayant une solide formation épistémologique et réclamant une présence accrue de la philosophie dans la formation des futurs ingénieurs ou des futurs médecins, d’accord en cela avec Descartes, pour qui les philosophes « littéraires » se distinguent surtout par « un art de parler vraisemblablement de toutes choses » auquel on aura raison de préférer de plus sérieuses occupations. Vous savez donc fort bien qu’en réalité, en accordant quatre heure à la philosophie dans le tronc commun, vous faites un geste positif, et que nous saluons, pour corriger le déséquilibre actuel, mais que vous nous le faites payer très cher, en détruisant la classe de philosophie de huit heures qui, dans les faits et malgré les difficultés propres à cette série, fonctionne très bien.

5/Nous disons dans les faits et insistons : c’est qu’il faut de temps en temps se référer au terrain et s’inquiéter de ce que des décisions, prises abstraitement sur le papier, entraînent concrètement dans les faits. Ainsi, la possibilité d’enseigner à raison de huit heures par semaine avec une même classe est ce qui permet à tous les professeurs de philosophie, tour à tour, de faire d’authentiques cours de philosophie pendant lesquels le professeur apprend ce qu’il enseigne, illustrant la formule d’Aristote qui définit l’enseignement comme l’acte commun du maître et de l’élève ; autrement dit, concrètement, de prendre le temps de lire et faire lire des œuvres, et non de simples extraits, ainsi que celui de faire des digressions utiles, toutes choses dont ils font ensuite bénéficier leurs élèves des autres séries, y compris ceux des séries technologiques : avoir une L dans leur service tire leur enseignement vers le haut, et tous en profitent.

6/ Enfin, vous présentez comme une faveur le fait d’avoir maintenu la philosophie comme épreuve finale « universelle », qualificatif abondamment utilisé par les médias et qui n’a pas d’autre effet, en réalité, que de désigner la philosophie, auprès du vulgaire, comme une discipline une fois de plus « privilégiée ». Mais voyons de plus près : en raison du contrôle continu et de l’anticipation d’un grand nombre d’épreuves, 92% de leur examen sera déjà joué lorsque les candidats se présenteront à l’épreuve écrite de philosophie ! Alors permettez-nous de considérer que, loin d’être « privilégiée », la philosophie est bel et bien marginalisée par votre réforme du baccalauréat, où elle devient une épreuve sans réel enjeu alors qu’elle est présentement la première épreuve de l’examen en terminale ! Et la classe de philosophie disparaît bel et bien dans votre réforme du lycée, qui ne va pas jusqu’au bout de sa propre inspiration. Car, votre inspiration initiale est certainement excellente et nous sommes capables de trouver plusieurs dispositions, tant dans la réforme du baccalauréat que dans celle du lycée, intéressantes et allant dans le bon sens, dont cette suppression des séries et des effets pervers qu’elles induisent que sont l’orientation subie ou par défaut. Encore fallait-il aller jusqu’au bout de votre logique et de votre inspiration, pour que de bonnes intentions ne deviennent pas les pavés d’un chemin conduisant les professeurs en enfer à marche forcée !

7/C’est pourquoi nous exprimons avec clarté et en notre nom propre qu’il serait préférable, à tout point de vue, de supprimer la philosophie des enseignements de spécialité (ce qui n’empêchera pas, au travers de dispositifs tels que l’EMC ou d’autres, que ceux d’entre nous qui mènent déjà des projets d’initiation en amont de la terminale les poursuivent) et en même temps d’affirmer clairement son caractère d’enseignement commun ou de discipline universelle en le dotant de cinq heures pour tous : ainsi seraient respectées les exigences inhérentes à notre discipline telles que nous venons de les rappeler succinctement. Et ainsi serait également désamorcées les querelles de marchands de tapis entre les représentants de telle ou telle discipline qui jugeraient à tort que la philosophie jouit, dans l’état actuel de votre réforme, d’un traitement de faveur !

8/Il va de soi, en tout cas, que la maquette actuelle n’est pas satisfaisante, qu’elle suscite des réclamations de toute part, et que la façon dont les uns et les autres frappent à votre porte pour obtenir un meilleur traitement, en n’hésitant pas à faire argument de celui dont est censé bénéficier la philosophie alors qu’il n’en est rien, ne peut rien donner de bon non plus. Seules une vision d’ensemble claire, fondée sur des principes intangibles et consacrés, et une prise en compte plus attentive des difficultés qu’on veut résoudre sur le terrain, permettra de vaincre les résistances et de susciter l’indispensable consensus parmi les professeurs, sans lequel votre réforme sera un échec de plus.

Précision de l’auteur: J’ai initialement demandé 6h pour tous au CES, ce qui a été rejeté… à l’unanimité ! Le maintien de 8h en L est impossible sans le maintien de la série. Dans le cadre de la réforme engagée, les séries sont remplacées par des enseignements de spécialité. Or les actuels élèves de L n’ont pas choisi la philosophie, mais à 80% les langues. Je préfère à tout point de vue donner 5 h (évidemment, 6h serait mieux) à tous, et surtout aux élèves qui sont actuellement orientés en S, car ils ont bien plus besoin, en tant que futurs ingénieurs ou médecins, d’une consistante formation philosophique. Rien, en revanche, n’empêche de proposer un enseignement facultatif de philosophie de 3h pour retrouver les 8h. Mais comme je l’explique dans ce texte, l’unité du cours de philosophie est à tout point de vue plus importante que le volume horaire.

René CHICHE professeur agrégé de philosophie

Publié dans Uncategorized | 9 commentaires

Mon boycott

Hier soir, je n’ai pas regardé la fameuse émission de télé-réalité politique dont tout le monde parle. Bien sûr, ce matin, j’en ai vu des extraits, lu attentivement le script intégral et les compte-rendus les plus détaillés et commentaires pour m’informer. Ils m’ont totalement conforté dans mon choix. J’ai refusé de regarder BFMTV hier soir et de donner de l’audience à un truc pareil. La politique spectacle et le grand jeu narcissique en général,  auquel toute politique se soumet désormais, me sont devenus littéralement insupportables. La personnalisation du pouvoir à outrance est, à mes yeux, le contraire de la démocratie, de la res publica, du bien commun, et un retour à de bien fâcheux souvenirs. Comme la vertu est le principe de la démocratie, selon Montesquieu, la vanité stérile est devenue le principe de notre post démocratie. La France a été martyrisée par le terrorisme islamiste depuis trois ans. Le pays est engagé sur une pente rapide: gigantesque chômage, montée fulgurante de l’illettrisme, écrasement fiscal, désindustrialisation, communautarisme, violence. Franchement, la France et les Français attendent autre chose de la politique qu’un pareil spectacle.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 44 commentaires

Edito Julien Aubert (député LR) : Syrie, la mort du système onusien

Cette nuit, nous sommes intervenus militairement en Syrie, au nom d’un motif légitime (ou supposé tel), à savoir arrêter les massacres du régime syrien, et ainsi tué un système légal, c’est à dire le système des Nations Unies.

Nous nous sommes affranchis totalement, pour la première fois de notre histoire, du chapitre VII qui permet au seul Conseil de sécurité de procéder à de telles frappes. Nous avons violé le droit.

Lors de la guerre d’Irak, la France avait pris une position inverse à celle des Américains. Au Kosovo en 1999, l’ONU avait sauvé les apparences en donnant son aval après. Là, elle s’y était clairement opposée…

Les défenseurs du droit d’ingérence se féliciteront. Mais demain, lorsque la Russie ou la Chine frapperont à leur guise les cibles qu’elles auront désignées (souvenez vous de l’Ukraine), nous n’aurons aucun droit de véto comme outil pour nous y opposer, seulement la force. C’est ainsi que la Première guerre mondiale a débuté, par un affrontement périphérique qui a terminé en guerre généralisée.

Les médias n’ont aucune analyse critique, c’est atterrant.

Julien AUBERT

Publié dans Uncategorized | 44 commentaires

L’occultation

Depuis hier, à l’occasion de la parution du livre de M. Hollande, il est beaucoup question de l’ancien chef d’Etat. Il donne de multiples interviews et des extraits de son ouvrage sont publiés. M. Hollande est satisfait de son bilan. Il accable son prédécesseur. Il donne des leçons à son successeur, son ex-conseiller et ministre qui à bien des égards, ne fait pourtant que prolonger son style et son oeuvre. Comment le lui reprocher? A-t-on jamais vu un haut dirigeant exprimer des regrets sur son bilan? Mais un point peut sembler étrange: dans ces prises de paroles, l’attention nulle ou secondaire donnée aux attentats terroristes qui ont ensanglanté la France depuis 2012 et des 250 morts, victimes de la barbarie islamiste.  La question n’est même pas d’assumer ou non la responsabilité de ces massacres, mais simplement de regarder la vérité en face. Ils ont bien eu lieu. Sous le mandat de M. Hollande, la France a connu son plus effroyable bain de sang depuis la guerre d’Algérie. Voilà ce qui, avec un minimum de recul, marque l’histoire du quinquennat de François Hollande. 250 personnes ont été tuées sur le sol français et les larmes de leurs proches n’ont pas encore séché. Alors pourquoi cette propension à occulter la terreur qui a frappé le pays et continue de le menacer ainsi que le malheur de ceux qui en ont été souffert dans leur chair? Le déni ne vient pas seulement de lui. D’ailleurs, peut-être en parle-t-il dans son livre. La vérité, c’est que personne n’a envie de revenir sur les faits: probablement pas lui-même, ni les hommes ou femmes qui l’interrogent et choisissent les extraits de son livre. La simple formulation de la réalité dérange. Mieux vaut fermer les yeux, se protéger par l’oubli et le déni, la tête dans le sable. La France vit désormais au rythme de la seule vanité narcissique d’une poignée d’acteurs mégalomanes. Le plus grand regret de M. Hollande? Avoir laissé le champ libre à sa créature. Le pays sombre de jour en jour un peu plus dans la tyrannie du  « je » nombriliste et de la table rase. Mais  les  Français eux-mêmes, où en sont-ils? L’idée même de restaurer un jour la res publica, la chose publique, la notion de bien commun, leur vient-elle temps en temps à l’esprit? Le dernier sondage du Figaro Magazine sur la cote d’avenir des personnalités politiques fait froid dans le dos: en tête  M. Hulot, M. Mélenchon, M. Hamon, M. Juppé, Mme Flessel. Entre le néant absolu et  l’extrémisme gauchisant. Pis, la montée en flèche de Mme Maréchal: retirée de la politique mais personnalité culte du monde médiatique, à l’image de la perfection moderne en politique, le visage d’ange comme symbole nihiliste.  Pour le reste, pas le moindre frémissement… Mais que veulent donc les Français? Et que faire quand un peuple ne veut plus rien? Jusqu’où ira l’abrutissement collectif, fruit de plusieurs décennies d’effondrement du niveau intellectuel?

Maxime TANDONNET

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 41 commentaires

Sur la communication présidentielle (Atlantico)

1-Dans un contexte de mobilisations sociales multiformes, des cheminots aux étudiants, Emmanuel Macron va s’employer, au cours de cette semaine du 9 avril, à parler aux Français. De son discours au Collège des Bernardins de ce 9 avril, au JT de 13h00 de ce jeudi 12 avril, à son intervention sur BFMTV-RMC-Médipart prévue pour le 15 avril prochains, comment interpréter l’image que Emmanuel Macron se fait du pays, et des Français qu’il cherche à convaincre pour dépasser ce qu’il qualifie « d’ancien monde », et des « vaches sacrées » que peuvent caractériser les différents mouvements actuels (zadistes, syndicats, étudiants, cheminots etc…) ? 

Il me semble que le président Macron et son gouvernement sont confrontés à une situation qu’ils n’attendaient pas. Le succès à l’élection présidentielle représente un choc psychologique considérable et tout nouveau chef de l’Etat a le sentiment sincère qu’une ère nouvelle s’ouvre avec son succès. On se souvient de Giscard d’Estaing et sa nouvelle société libérale avancée, ou de Mitterrand dont l’un des plus proches compagnons, Jack Lang, annonçait l’avènement de « la lumière » après la « nuit » ou encore de la « rupture » de Nicolas Sarkozy. Emmanuel Macron, du fait de sa jeunesse, a porté cette logique à son paroxysme, invoquant un monde nouveau qui succède au monde ancien. D’ailleurs, il ne parle guère de réforme mais de « transformation » du pays. Les présidents reproduisent ainsi l’esprit de la révolution française et l’idéologie sur la table rase: le passé est fini et un nouveau monde s’est ouvert avec eux. Dans l’imaginaire qui s’attache au succès de M. Macron, le monde ancien est celui d’une France « ringarde » qui cultive l’esprit de clocher et de terroir, les droits acquis, les statuts, le conservatisme. Elle est vouée à disparaître. La France nouvelle est sans frontière, hors sol, ouverte sur le monde, en renouvellement permanent, à l’image des Start up et de la finance. Le problème, c’est que nous sommes là dans la communication, dans l’idéologie, et forcément, la caricature, opposant le mal, c’est-à-dire l’ancien, au bien, c’est-à-dire, le neuf. Or, la réalité est infiniment plus complexe. Dans un vieux pays de 1500 ans, l’ancien et le moderne s’imbriquent l’un dans l’autre. M. Macron comme président de tous les Français, réalise qu’il doit impérativement parler aux retraités, aux catholiques, aux étudiants des universités, aux syndicats, aux fonctionnaires et aux cheminots et tenter de réinstiller la confiance. L’heure de l’idéologie, du nouveau monde opposé à l’ancien est est en train de s’achever. Le temps du réalisme commence. D’où l’offensive de communication qui est programmée, marquant peut-être un premier tournant du quinquennat.

2- En quoi cette semaine pourrait-elle être décisive en ce sens pour le président ? Les cibles choisies au travers de ces différents formats, des catholiques du discours au Collège des Bernardins, aux retraités du JT de 13h00, jusqu’aux catégories sociales supérieures de BFMtv, pourraient-elles effectivement faire basculer la pièce, dans le bon, ou le mauvais sens, pour le soutien de son action ? 

Je pense que c’est très difficile. Dans la politique moderne, surmédiatisée, l’usure du pouvoir est extrêmement rapide. Le capital de confiance est fragile et une fois épuisé, presque impossible à reconstituer. La foule médiatisée fonctionne à l’affectif et à l’émotion. Dès lors qu’une image personnelle se dégrade, elle est quasiment irrécupérable. L’équipe au pouvoir pourra prodiguer tous les gestes possibles et imaginables, elle restera, pour les quatre ans à venir, dans la conscience collective, celle qui a appauvri les retraités et favorisé les grandes fortunes. Ce phénomène est presque naturel. Nous l’avons vu à l’oeuvre sous Sarkozy comme sous Hollande. Le président Macron, en décidant de redescendre dans l’arène de la communication à outrance, prend un risque important. Bien sûr il tente de sauver ou de consolider son image, de rassurer, de regagner la confiance de ceux qui sont découragés ou déçus. Cependant, n’ayant pas forcément de message nouveau à faire passer, il s’expose à engendrer la lassitude et à focaliser sur lui-même les déceptions ou les souffrances. La situation est instable. M. Macron et son gouvernement ont perdu tout soutien à gauche. Ils conservent un certain capital de sympathie chez les centristes et dans une partie de la droite libérale mais ce soutien est fragile et dépend pour beaucoup de la situation économique. En vérité, nous touchons ici aux limites du système politique en vigueur. Le président de la République est le principal acteur de la politique du pays pendant cinq ans, surmédiatisé, mais il est inamovible et irresponsable. Il sombre, presque naturellement, dans une impopularité structurelle, devient ainsi une sorte de bouc émissaire national, réceptacle des frustrations et des souffrances collectives. Plutôt que d’inspirer la confiance au pays, il finit par aggraver ses angoisses et sa morosité.

3- Quelle est la France qui pourrait avoir été oubliée dans cette offensive de communication du chef de l’Etat ? 

Peut-être justement la France elle-même, une et indivisible! On ne peut pas diriger un pays seulement en termes de catégories et d’opposition entre les unes et les autres, correspondant plus ou moins à l’opposition du nouveau et de l’ancien monde: retraités/actifs, cheminots/usagers, fonctionnaires/ salariés du privé, syndicats/entrepreneurs. Le pouvoir politique aurait tout intérêt à s’adresser à la France dans son ensemble et non à des fractions de la France en se recentrant sur le seul intérêt général. Quels sont les grands enjeux de l’avenir pour le pays? la sécurité, notamment face à la menace terroriste, la maîtrise de l’immigration, la lutte contre le communautarisme, la lutte contre le chômage, le redressement du niveau scolaire. Le pouvoir aurait tout intérêt à dépasser les clivages en se polarisant sur l’essentiel, le destin du pays. Il ne semble pas avoir trouvé le bon ton pour parler aux Français, celui de la sincérité et de la vérité. La fracture démocratique ne cesse de s’aggraver et n’a jamais été aussi profonde, entre la classe dirigeante et la majorité silencieuse. C’est là que ce situe le plus profond des clivages. Le pouvoir entreprend de multiples réformes mais le plus grand doute s’est instillé dans le pays quant à la portée et l’utilité de ces réformes. Ils reste aux dirigeants politiques, en particulier au premier d’entre eux, de trouver le bon ton, le ton de la vérité et de la sincérité, pour convaincre la grande masse des Français qu’ils n’ont pas pour unique ambition de servir leurs propres intérêts, surtout de vanité, ni de s’incruster au pouvoir le plus longtemps possible, mais de n’être que les humbles serviteurs de la République et de la Nation. Le défi est colossal…

Publié dans Uncategorized | 11 commentaires

La question des droits de l’homme en Arabie saoudite

La France a récemment reçu un prince héritier saoudien. Eternel et insoluble débat: politique des réalités ou idéalisme? Dans le premier cas, les intérêts nationaux et les rapports de force doivent seuls être pris en compte dans la vie internationale. Dans le second, les considérations humanitaires doivent l’emporter sur les intérêts matériels ou géostratégiques. L’homme d’Etat responsable, en charge de la destinée de son pays, est contraint de privilégier l’intérêt de l’Etat sur les idéaux humanitaires. Cependant, cette logique trouve ses limites: le réalisme ne doit pas se confondre avec le cynisme. Entretenir des échanges commerciaux et un dialogue minimal, avec un pays qui bafoue les droits de l’homme, peut être inévitable. On n’est pas pour autant obligé ni d’honorer ses dirigeants, ni de passer sous silence les  faits qui s’y déroulent. Le deux poids deux mesures est inacceptable: on ne peut pas, pour des faits aussi condamnables, tantôt brandir les sanctions envers les uns, tantôt fermer les yeux sur les autres pour des intérêts matériels, notamment pétroliers. Le dernier rapport d’Amnesty International – résumé ci-dessous – est en tout cas accablant. Parlons-en ici, puisque le sujet ne semble intéresser personne.

Discrimination – la minorité chiite

Les membres de la minorité chiite faisaient toujours l’objet de discriminations en raison de leurs convictions religieuses. Ces discriminations limitaient leur droit à la liberté d’expression religieuse ainsi que leur accès à la justice, et restreignaient arbitrairement un certain nombre d’autres droits, dont le droit d’occuper un emploi et de bénéficier de services publics. Cette année encore, des militants chiites ont été arrêtés, emprisonnés et, dans certains cas, condamnés à mort à l’issue de procès inéquitables. Quatre hommes chiites condamnés à mort pour des infractions liées à des mouvements de protestation ont été exécutés en juillet. Entre mai et août, les forces de sécurité ont commencé à évacuer le quartier d’Al Masoura de la ville d’Al Awamiyah (province de l’Est), dont la population est majoritairement chiite, afin de procéder à des travaux de réaménagement urbain. Des affrontements armés ont éclaté entre les forces de sécurité et des hommes armés qui refusaient de quitter les lieux. Des armes lourdes ont été utilisées et des tirs d’artillerie sont intervenus, faisant des dizaines de morts et de blessés parmi la population et de graves dégâts matériels dans la ville. Les autorités ont accusé ces hommes d’avoir mené des « activités terroristes » et d’autres infractions pénales, et ont affirmé qu’ils seraient punis. Selon des riverains, les autorités ont empêché les ambulances et les services de secours médical d’accéder au quartier, et de nombreuses familles restées sur place se sont trouvées à court de nourriture, d’eau, de traitements médicaux et d’autres produits de première nécessité. Des dizaines de personnes, dont des militants, auraient été arrêtées et placées en détention durant cette opération. En juillet, les familles de 15 hommes chiites accusés d’espionnage au profit de l’Iran et condamnés à mort à l’issue d’un procès collectif contraire aux normes d’équité les plus élémentaires ont appris que la juridiction d’appel du Tribunal pénal spécial avait confirmé leur peine. En décembre, certaines ont été informées que la Cour suprême avait validé les condamnations, exposant ces hommes à un risque d’exécution imminente. Le Tribunal pénal spécial a continué de juger des militants chiites pour leur participation présumée aux manifestations de 2011 et de 2012. La peine capitale a cette année encore été utilisée contre des opposants politiques. Au moins 38 hommes chiites risquaient toujours d’être exécutés. Quatre d’entre eux avaient été condamnés à mort pour leur participation à des manifestations en 2012 alors qu’ils étaient âgés de moins de 18 ans.

Torture et autres mauvais traitements

La torture et les mauvais traitements en détention restaient monnaie courante. Cette année encore, des tribunaux ont prononcé, ou confirmé, des peines capitales sur la base d’« aveux » obtenus avant le procès et rétractés par la suite. Les agents des forces de sécurité continuaient de se livrer à des actes de torture et d’autres mauvais traitements sur des détenus, en toute impunité. En juillet, les familles de 14 hommes condamnés à mort pour des chefs liés à des manifestations ont appris par téléphone que les sentences avaient été confirmées. Selon les documents de procédure, les 14 hommes ont été maintenus en détention provisoire prolongée et ont affirmé qu’on les avait soumis à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements pendant leurs interrogatoires dans le but de leur extorquer des « aveux ». Le Tribunal pénal spécial s’est semble-t-il appuyé principalement sur ces « aveux » pour prononcer son verdict, et n’a pas cherché à en savoir plus sur leurs allégations faisant état de torture.

Droits des femmes

Malgré les réformes promises par le gouvernement, les femmes et les filles restaient en butte à la discrimination en droit et en pratique. Les femmes devaient toujours obtenir l’autorisation d’un tuteur – leur père, leur mari, un frère ou un fils – pour s’inscrire dans un établissement d’enseignement supérieur, chercher un emploi, se rendre à l’étranger ou se marier. Après avoir fui Al Qassim, où elle subissait des violences dans son environnement familial, Maryam al Otaibi, une militante âgée de 29 ans qui avait participé activement à la mobilisation en vue de l’abolition du système de tutelle masculine, a été arrêtée et placée en détention à Riyadh, la capitale, le 19 avril. Elle a été interrogée après que son père (qui est son tuteur légal) eut déposé plainte contre elle pour fugue. Elle a été remise en liberté sous caution le 30 juillet. L’affaire suivait son cours devant la justice à la fin de l’année, et Maryam al Otaibi risquait d’être de nouveau placée en détention. À son arrivée à l’aéroport de Dammam le 4 juin, Loujain al Hathloul, une défenseure des droits humains de premier plan qui avait été arrêtée pour s’être opposée à l’interdiction de conduire, a été une nouvelle fois interpellée et placée en détention. Elle a été libérée quatre jours plus tard après avoir été interrogée sur ses activités militantes.

Peine de mort

Les tribunaux ont prononcé cette année encore des sentences capitales pour toute une série de crimes, y compris des infractions à la législation sur les stupéfiants ou des comportements qui ne devraient pas constituer des infractions selon les normes internationales, comme la « sorcellerie » ou l’« adultère ». Ces condamnations ont souvent été prononcées à l’issue de procès iniques par des tribunaux qui n’ont pas ordonné d’enquêtes sérieuses sur les allégations des accusés qui se plaignaient que leurs « aveux » avaient été obtenus sous la contrainte, notamment la torture. Dans bien des cas, les autorités n’ont pas prévenu les familles que leur proche allait être exécuté ou ne les ont pas informées qu’il venait de l’être. Le 11 juillet, Yussuf Ali al Mushaikhass, père de deux enfants, a été exécuté en même temps que trois autres hommes pour des infractions à la législation antiterroriste liées à leur participation à des manifestations antigouvernementales survenues dans la province de l’Est en 2011 et 2012. Sa famille n’a appris son exécution qu’après coup, par une annonce des autorités diffusée à la télévision. Le tribunal semble avoir largement fondé la condamnation sur des « aveux » qui, selon Yussuf al Mushaikhass, lui avaient été arrachés sous la torture et d’autres mauvais traitements. Said al Saiari a été exécuté le 13 septembre. Alors qu’il avait conclu qu’il n’existait pas d’éléments suffisants pour le condamner, le tribunal général de Najran avait prononcé la peine capitale contre lui en 2013. Il s’était fié aux déclarations sous serment du père de la victime qui, bien que non présent sur la scène du crime, était persuadé que Said al Saiari était responsable de la mort de son fils.

L’Arabie saoudite a exécuté 153 personnes en 2016, selon un décompte élaboré par l’AFP à partir d’annonces officielles. Le royaume ultraconservateur, régi par une version rigoriste de la charia, la loi islamique, est l’un des pays ayant le plus recours à la peine capitale, appliquée dans des affaires de terrorisme, de meurtre, de viol, de vol à main armée et de trafic de drogue. Le 2 janvier, 47 personnes avaient été exécutées en une seule journée pour « terrorisme », notamment le dignitaire et opposant chiite saoudien Nimr al-Nimr, dont la mise à mort a provoqué une crise avec l’Iran. En 2015, 153 personnes avaient également été exécutées en Arabie saoudite, selon un décompte de l’AFP, un niveau alors inégalé depuis 20 ans dans le royaume.

 

Publié dans Uncategorized | 17 commentaires

Discussion politique

J’ai eu récemment un long échange téléphonique avec une personnalité politique du camp des républicains. Mon compte-rendu, reconstitué de mémoire, en est strictement authentique, je le certifie sur l’honneur. Il est important car il témoigne de la difficulté des jours à venir.

  • Mon cher,  que pensez-vous de la situation générale?
  • Elle est dramatique. Nous avons un pouvoir politique qui ne cesse de fuir dans l’illusion et les manipulations, jouant sur l’effet d’abrutissement d’un pays qui ne croit plus en rien et qui fait naufrage.
  • C’est-à-dire?
  • Vous le savez comme moi: la situation catastrophique des banlieues, dont plus personne ne parle, le chômage de masse, la pauvreté, l’endettement public, l’explosion du communautarisme islamiste, le terrorisme, 250 morts en France sur trois ans, la crise migratoire, l’effondrement général du niveau  scolaire… Tout n’est plus que gesticulation, polémique et mensonge pour faire croire au mouvement alors que la politique du pays s’enfonce dans les pires travers qui l’ont entraîné là où il est, laxisme financier, écrasement fiscal, négation  de l’Etat de droit, renoncement face à la violence.
  • Vous êtes un peu pessimiste…Les gens attendent autre chose que du pessimisme.
  • Qualifier de pessimisme ce qui n’est que réalisme, simple constat factuel, est la quintessence de la bêtise moderne. Un peu comme la masse et les élites qui ne voulaient rien voir entre 1933 et 1940, bref, le troupeau bêlant.
  • Vous proposez quoi au fond?
  • Je suis pour une révolution de l’intelligence politique. Il faut dénoncer l’effondrement intellectuel de la France, à travers le culte de la personnalité, le culte du chef,  l’effondrement de la culture politique dans l’émotionnel, d’amour ou de haine, qui se développe sur le terreau de la bêtise politique et qui interdit la réflexion et les débats de fond.
  • Les Français ont toujours eu besoin d’un chef pour les guider. Il n’y a pas qu’au Front national ou chez LREM que le chef incarne l’avenir. Nous aussi devons nous donner un chef. Le besoin d’un chef à aimer, à adorer et auquel obéir est partout, au coeur de toute vie politique aujourd’hui comme hier.
  • Les Français ne sont pas aussi cons que vous ne semblez le penser.
  • Ce n’est pas ce que je dis, mais je vois bien les militants au quotidien, il veulent un leader, un chef à aimer, à applaudir, à aduler, auquel confier leur destin, c’est ce qu’ils attendent de nous. Il en a toujours été ainsi.
  • Les militants ne sont pas la France.
  • Qu’est-ce que vous proposez?
  • Je propose qu’on arrête de se ridiculiser en pensant tout le temps en termes du prochain président de la République. Organisez la politique autour du débat d’idées et du projet d’avenir, c’est la seule chose qui doit compter aujourd’hui!
  • Du débat d’idées, il en faudrait! Mais ce n’est pas là que les choses se jouent. Vous n’empêcherez pas que toute la vie politique  est de fait en train de s’organiser autour de la prochaine élection présidentielle! Il y aura le Pen et Macron en 2022. A nous aussi de trouver notre chef pour proposer une alternative. C’est le chef qui compte. Et chez nous, des écuries sont en train de se constituer en vue des prochaines échéances autour des chefs, chacun est en train de choisir son camp! Il y a déjà les écuries P…, W…, R…, B… C… Tout le monde choisit son camp. Une lutte titanesque se prépare. C’est la vie que voulez-vous.
  • Même C se prépare…?
  • Ben oui, lui aussi, qu’est-ce que vous croyez?
  • Mais enfin, il faut se projeter dans 4 ans! Il y aura une gigantesque rejet  du pays envers le culte narcissique de la personnalité et l’idée de chef providentiel. Les Français seront au fond du gouffre. Ils demanderont autre chose qu’un chef providentiel. Ou alors ils préféreront l’original à la copie! On ne peut pas jouer en permanence sur l’indifférence, l’apathie, la perte de l’intelligence politique. Il y a des limites à ce qu’un pays peut supporter! Et puis, si l’on en revient, en 2022 à une nouvelle bataille de pitres vaniteux, ce sont quoi qu’il arrive,  les médias et les juges  qui choisiront leur champion, comme en 2017! Vous vous ferez niquer une fois de plus. Et le dégoût des Français atteindra de nouveaux sommets.
  • Mais ce sont les institutions qui reposent sur l’idée du chef et qui veulent cela!
  • Si les institutions entraînent la France à l’abîme, il faut les changer, sauf à vouloir marcher à l’abattoir comme un troupeau de moutons.  D’ailleurs, les institutions ont été trahies, dévoyées, bafouées, empoisonnées, tout ceci n’a plus rien à voir ni avec la Ve République, ni même avec l’idée de République d’ailleurs, res publica, la chose publique, l’intérêt général. Nous n’avons qu’une chose à faire pour l’instant: repenser collectivement les fondements mêmes de la politique française.
  • Mais il y a quand même eu de Gaulle!
  • Tout individu osant se prendre pour le Général, aujourd’hui, où espérant l’imiter d’une manière ou d’une autre, est mûr pour l’hôpital psychiatrique et la camisole de force. Je le dis comme je le pense.
  • Et puis, le débat d’idées est secondaire en politique moderne. Quant au mot « collectif », il est devenu maudit, il les révulse, ils en ont horreur. La politique est devenue une affaire de leader charismatique, d’image et de spectacle. Et c’est le meilleur qui gagne.  Le mot collectif leur donne la nausée à tous. Tous n’ont pas le moindre doute d’être le meilleur. Ils sont chacun dans son coin à préparer son accession inéluctable à l’Elysée. Que voulez-vous que je vous dise?
  • Au fond, nous sommes dans le système Badinguet.
  • Badinguet?
  • Oui, Louis-Napoléon Bonaparte, Napoléon-le-petit. Et je pense aussi à bien pire dans l’histoire.
  • Je vous ai compris.
  • Au fond, la France, tout le monde s’en fout.
  • Pourquoi me dites-vous cela à moi et sur ce ton? Je sais que vous avez raison…

Maxime TANDONNET

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 51 commentaires

Analyse de la réforme constitutionnelle (pour Figaro Vox)

Une Constitution vaut par la qualité du gouvernement d’un pays qu’elle permet. Or, sur le long terme, la situation de la France s’est plutôt dégradée: chômage, communautarisme, violence, pauvreté, déclin de l’influence internationale, chute du niveau scolaire et intellectuel, crise migratoire, abstentionnisme… Les institutions ne sont évidemment pas seules en cause et la qualité des hommes et femmes au pouvoir est également en question, tout comme l’état d’esprit général de la Nation. Pourtant, elles y contribuent et exercent un rôle dans la sélection des élites dirigeantes et le façonnage de la culture politique à travers le modèle qu’elles donnent au pays. Il est légitime de vouloir changer un système qui ne donne pas satisfaction. Encore faut-il que la réforme soit dictée par le service de l’intérêt général et non la quête d’un avantage politicien.

Le projet actuellement en discussion touche le Parlement: réduction drastique du nombre des députés et des sénateurs (30%), limitation à trois mandats consécutifs, introduction d’une dose de proportionnelle (15%). Cette proposition peut se comprendre si elle a pour objectif de recentrer et d’améliorer la condition du travail parlementaire. Cependant, elle peut avoir l’inconvénient de désigner implicitement les parlementaires en boucs émissaires des déficits publics, à travers l’idée de réduire leur nombre pour faire des économies. Or le coût de la démocratie en France n’est en rien responsable du niveau astronomique de la dépense publique. Celle-ci, 57% du PIB (dix points au-dessus de la moyenne de l’Union européenne) s’explique par le poids des dépenses sociales: 31,5% du PIB contre 26,7 % en moyenne européenne. Il ne faut pas qu’une réforme constitutionnelle ait pour effet de traiter les parlementaires en parias. Et pour cela, il n’existe qu’une solution: le respect de la souveraineté du Parlement qui doit pouvoir se prononcer lui-même sur son effectif optimal. Et surtout, des garanties absolues sont indispensables pour éviter que la modification de son format ne serve de prétexte à des redécoupages arbitraires dans l’intérêt d’un parti.

Mais l’essentiel est ailleurs. La réforme envisagée ne touche pas à la vraie question de fond: celle de la dérive présidentialiste du régime français. Le quinquennat présidentiel, l’élection du chef de l’Etat juste avant l’élection législative, pour un mandat coïncidant avec celui des députés, a transformé l’Assemblée nationale en  annexe du pouvoir élyséen. D’ailleurs, l’élection législative n’intéresse plus les Français, au vu du taux d’abstention de 51% en juin 2017. Les maux qui étaient reprochés au régime d’Assemblée, sous les IIIe et IVe République ont, basculé de l’autre côté de la barrière, et contaminé le pouvoir exécutif :  obsession de la réélection et du maintien dans les Palais, politiques fondées sur la démagogie, immobilisme sous le voile de la communication à outrance et de la gesticulation, culte de la dissimulation et de la manipulation. Les aspects les plus contestables de la IIIe et de la IVe République ont ressuscité sous d’autres formes, mais en pire, figés, hors contrôle, sans possibilités de sanction ni de mise en œuvre d’une responsabilité politique pendant cinq ans. La stabilité est un trompe l’oeil dès lors qu’elle devient le masque de l’impuissance et de la déconnexion croissante entre le pouvoir et le monde des réalités.

La vie démocratique est désormais entièrement soumise à l’élection présidentielle, c’est-à-dire à l’émotion collective autour de l’image d’un personnage, façonnée par ses talents d’acteur et le jeu des préférences médiatiques. Puis, le culte de cette image, s’appuyant sur la dépolitisation de la société et son déclin intellectuel, s’impose, dans l’indifférence et l’aveuglement, comme la fin en soi du régime au détriment du bien commun. Par mimétisme, elle devient le but ultime de la vie publique. Le culte narcissique envahit les esprits de la classe politique au détriment du service de l’Etat et de la Nation. L’émotion collective autour d’un visage – d’amour ou de haine – se substitue à la raison, au sens de l’intérêt général, et achève de tuer la politique, au sens noble du terme.

Les solutions existent: l’instauration d’un septennat présidentiel non renouvelable permettrait de restaurer un chef de l’Etat au dessus de la mêlée, impartial, visionnaire, garant de l’unité et du destin de la nation, responsable de la politique internationale et de la sécurité, dont le mandat serait déconnecté de celui des parlementaires; l’affirmation du rôle du Premier ministre comme seul responsable de la politique intérieure devant le Parlement; l’élargissement des conditions de recours au référendum, pour les sujets qui engagent l’avenir de la Nation; la démocratie de proximité. Comment restaurer la res publica, la chose publique? Hélàs, la vraie question susceptible d’enrayer la chute de la France sur le long terme, au coeur du tabou français, n’intéresse (presque) personne…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 29 commentaires

Réflexion sur le mouvement social

Rien ne justifie le blocage actuel du pays. Le pouvoir a martelé qu’il ne touchait en aucune façon aux droits acquis des cheminots: le régime de retraite n’est pas concerné, ni les grilles de salaires, ni les avantages personnels dont ils disposent, ni leur système de rémunération. La question des petites lignes est esquivée. Les mesures annoncées ne touchent pas à l’endettement. Elles prévoient un changement de statut juridique, passage d’un établissement public à une société à capitaux public, comme la poste, rien de plus. L’ouverture à la concurrence est reportée aux calendes grecques. La grève s’est déclenchée sans le moindre sens ni la moindre justification. Comme souvent, le mouvement social a un caractère politique. Il est dans une logique de rapport de force. Le gouvernement veut tenir pour donner des signes de fermeté à l’opinion. Le mouvement syndical veut le faire céder pour affirmer sa puissance alors qu’on le dit en déclin. Nous sommes en plein nihilisme français, en pleine absurdité, dont les usagers sont les victimes, des étudiants qui ne pourront pas aller au cours et passer leurs examens, des travailleurs empêchés d’aller au bureau ou à l’usine au risque de perdre leur emploi. Le blocage du pays, sans raison, est une monstruosité. Pour le pouvoir, le risque est considérable. Sauf si une solution émergeait dans les meilleurs délais, il ne peut sortir que perdant de l’épreuve. Si le mouvement perdure et se durcit, il se retrouve dans une impasse. S’il ne cède pas, il donne le sentiment de jouer le pourrissement et sera rendu responsable de l’enfer subi par les usagers pour une réforme sans enjeu. Alors, il risque de sombrer dans une impopularité dont il ne se remettra jamais. S’il cède après avoir laisser les choses dégénérer, c’est encore pire: il sera accusé non seulement d’indifférence envers la détresse de la population, mais en plus de faiblesse. Et comment céder sur du néant? La voie serait alors ouverte à une crise politique. Tout est ambigu dans cette affaire. La réforme ne touche en aucun cas aux intérêts des cheminots. Dès lors, on pourrait imaginer que la mobilisation soit fragile et retombe vite. Toutefois, nul ne voit quel en est le sens et l’objectif véritable . Donc, cette réforme est privée, sur le fond, d’une puissante motivation qui pourrait susciter une adhésion de l’opinion. Rien n’est pire qu’un mouvement social qui repose sur du passionnel: faire plier le pouvoir comme un but en soi et tenir bon comme un but en soi. Le mythe du « nouveau monde » continue de s’effondrer. Il s’est construit sur une image de nouveauté, de jeunesse, d’optimisme. Le choc entre cette image et le monde des réalités est explosif.

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 63 commentaires

Aggravation de la persécution des chrétiens dans le monde

Basé sur une étude de terrain, l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens apporte une analyse objective de la situation vécue par 215 millions de chrétiens dans les pays où la persécution est forte à extrême. 

Aujourd’hui, 1 chrétien sur 12 subit une grave persécution qu’elle soit violente ou oppressante.

  • Malgré le recul de groupes extrémistes, la persécution subsiste : Au Nigéria, Boko Haram a reculé mais le pays est le 2ème pays où les chrétiens subissent le plus de violence.
  • Le nationalisme religieux s’installe et se durcit en Asie du Sud-Est : L’Inde fait partie des pays qui connaissent les plus fortes hausses de persécution. Les extrémistes hindous agissent en toute impunité.
  • L’Afrique reste le continent le plus violent pour les chrétiens : C’est en Afrique que le taux de chrétiens gravement persécutés par des groupes islamistes  est le plus élevé. 1 chrétien sur 7 y est gravement persécuté (81 millions).
  • Au Moyen-Orient, en Syrie et en Irak, la chute de Daesh a interrompu le génocide des chrétiens mais les attentats et les persécutions se poursuivent. Le Coptes en Egypte vivent dans la terreur et les violences.
  • La persécution continue à augmenter, pour la 5ème année d’affilée : La persécution croît cette année d’1,13 %: 3066 tués du fait de leur religion en 2017, 1922 emprisonnés et 793 églises ciblées par des attentats. Depuis 2014 on constate une montée constante de la moyenne des points de persécution.

 Il existe de nombreuses définitions de la persécution. Pour l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens, nous avons opté pour une définition large qui prend en compte:

  • la violence et les discriminations. Exemple : une explosion due à un acte terroriste dans une église et/ou l’interdiction par les autorités de construire une église.
  • les diverses situations vécues par les chrétiens. Exemple : Être battu en prison en raison de sa foi et /ou perdre son travail en raison de sa foi.

« La persécution est un traitement injuste envers des chrétiens en raison de leur croyance. Cela inclut les attitudes, les paroles ou les actes. »

Maxime TANDONNET

 

 

Publié dans Uncategorized | 23 commentaires

Qui est responsable?

Une étude a été menée par Marc Hecker, directeur des publications de l’Institut français des relations internationales (Ifri) et enseignant à Sciences Po. Il s’est penché sur les jugements de 137 personnes majeures condamnées en France dans des affaires de jihadisme entre 2004 et 2017.

Il ressort de cet échantillon que les radicalisés sont âgés de 26 ans en moyenne. On compte 131 hommes et six femmes. Dans 90% des cas, ces jihadistes sont nés dans des familles nombreuses ou très nombreuses, et fréquemment disloquées. 40% sont issus de quartiers défavorisés. Près de la moitié n’a aucun diplôme. Par ailleurs, les situations de chômage (36%) et d’emplois précaires (22%) sont majoritaires. 40% des individus étudiés avaient déjà été condamnés au moins une fois pour des faits de violences, vols, escroqueries, trafic de stupéfiants ou délits routiers. 69% des cas examinés sont français. 59% des personnes ont des parents originaires du Maghreb. Par ailleurs, on compte 74% de musulmans de naissance et un quart (26%) de convertis à l’islam.

L’étude n’a relevé, dans son échantillon, aucun cas de « loup solitaire ». Elle dépeint plutôt des hommes souvent guidés par une dynamique de groupe, via une fratrie ou des amis qui se connaissent parfois depuis les bancs de l’école. Et internet seul, selon l’étude, ne suffit pas à la radicalisation : il permet surtout les rencontres, la communication et la préparation d’actions. L’enquête montre des jeunes gens qui étaient plus instruits religieusement dans la première décennie des années 2000 que ces dernières années, même si « dans les groupes plus récents, il arrive qu’un individu se distingue par ses connaissances religieuses ».

Depuis trois ans,  la France est ensanglantée par une vague terroriste islamiste qui a fait 250 morts. Elle est d’assez loin, la nation européenne la plus touchée. Sans doute est-ce là, dans une relative apathie et un climat d’inconscience, le pire drame de l’histoire de France depuis la fin de la guerre d’Algérie. Tout ceci n’est pas tombé du ciel, n’est pas le fruit d’une quelconque fatalité. La capacité d’oubli, de déni du réel, de distraction et détournement des esprits – penser à autre chose – est vertigineuse.  Cette tragédie, nous le voyons bien, à des causes liées à un certain état de la société, donc elle est la conséquence de politiques ou  de non-politiques. Pour espérer en sortir, il faudra un jour, inéluctablement, poser la question des responsabilités.

Rien n’est plus stupide et délirant que d’accabler les seuls dirigeants actuels. La responsabilité, de toute évidence, est collective et de très long terme. Les gouvernants, à des degrés divers, qui se sont succédé à la tête du pays depuis plusieurs décennies, ont une part de responsabilité. Dans l’aveuglement, ils ont favorisé ou laisser faire des volumes de flux migratoires excédant les capacités d’accueil du pays, sans les politiques d’intégration nécessaires, et se traduisant par des phénomènes de chaos dans les cités de non droit qui sont la source du malaise présent. Les faiseurs d’opinion, et donneurs de leçons des médias, de la presse, des universités, ont sublimé pendant des décennies le communautarisme en ignorant les dangers de créer une société fragmentée – donc violente – et cultivé l’angélisme. Les partis politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ont aussi leur part de culpabilité: les uns cultivant le politiquement correct pour gagner les élections et fermant les yeux; les autres prônant, dans la plus grande hypocrisie, l’ouverture intégrale des frontières sans le moindre intérêt pour ses conséquences; ou encore diabolisant ces sujets par une surenchère de provocations haineuses à des fins électoralistes.

Comme toujours, ce sont les hommes et les femmes de la majorité silencieuse qui payent de leur sang et de celui de leurs enfants les aberrations, les lâchetés, les abandons de la France dite « d’en haut ». Il en est ainsi dans toutes les guerres.  Le mot responsabilité est devenu  maudit, tabou dans la France officielle. Il fait peur. Un jour, il faudra bien poser la question de la responsabilité.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 65 commentaires

Lecture: la décadence, JB Duroselle 1932-1939, IN, 1979

Encore un vieux livre, planqué au fond d’un rayon de bibliothèque, un grand classique… Je m’y suis (re)plongé le weekend dernier avec délice. Il fait le récit de la succession des renoncements des démocraties face à la montée de l’Hitlérisme, qui emporte le monde vers l’apocalypse à partir des années 1930: une histoire d’aveuglement, de bêtise et de lâcheté. Il est souvent question des accords de Munich du 30 septembre 1938, par lesquels les démocraties française et britannique ont livré la Tchécoslovaquie au Führer allemand. Mais il y eut auparavant un renoncement aux conséquences titanesques.

Le traité de Versailles de 1919 et le pacte de Locarno de 1924 (signé par le gouvernement allemand de l’époque) prévoyaient la démilitarisation définitive de la Rhénanie,  une zone tampon entre la France et l’Allemagne, sur le territoire allemand, cruciale pour la sécurité de la France.  Le premier véritable coup de force de Hitler a consisté à violer ce principe, au cœur de l’équilibre européen, en décidant le 7 mars 1936 la réoccupation par l’armée allemande de la Rhénanie. Face à cette violation flagrante du droit international qui engendrait un péril immédiat pour la sécurité de la France, une intervention militaire s’imposait.

En 1936, la suprématie militaire de la France et de la Grande-Bretagne sur la Wehrmacht était en effet incontestable et considérable, sur tous les plans. En quelques jours, l’armée allemande, encore désorganisée, privée de commandement, pouvait être balayée.  D’ailleurs, des documents le prouvent désormais: Hitler avait donné des ordres, par avance, de reculer en cas de réaction française. En cas d’intervention militaire, l’engrenage de ses coups de forces et l’élan des succès nazis, conduisant à l’apocalypse, eût été à coup sûr brisé. Mais voilà, la France et son gouvernement ont renoncé à se défendre. Voilà,  raconte JB Duroselle, comment l’aveuglement, la lâcheté et la bêtise humaine ont conduit l’humanité à l’abîme:

 » La première dépêche envoyée par François-Poncet [notre ambassadeur à Berlin] le 7 mars, atteignit le Quai d’Orsay à 9H30. L’ambassadeur annonçait la convocation du Reichtag pour midi. A 10H30, il fut reçu par Von Neurath. Le ministre allemand lui remit un mémorandum de neuf pages dénonçant le traité de Locarno et proposant une négociation […] Il demanda à Von Neurath si l’Allemagne allait envoyer des troupes en zone démilitarisée. Des détachements symboliques lui répondit le ministre. Le télégramme atteignit le Quai d’Orsay à 11H30. Un autre télégramme, téléphoné à 15H40, indiquait que 19 bataillons et 13 groupes d’artillerie participaient à l’opération. Le coup de force avait donc eu lieu un samedi, au milieu de la matinée […] Un bon jour, députés et ministres se trouvant presque tous dans leurs circonscriptions, loin de Paris. Le 7 mars, le gouvernement ne pouvait se réunir […] Mal préparée, stupéfaite, apeurée, l’opinion manifeste une réaction d’une rare unanimité: « surtout, pas la guerre ». La presse paraissait le dimanche 8 mars. Elle fut absolument opposée à toute réaction énergique. Les communistes publièrent un manifeste: « Hommes, femmes, jeunes, unissez-vous pour empêcher le fléau de la guerre de fondre à nouveau sur nous. » Les socialistes donnèrent la plume à Paul Faure: « L’hypothèse, en tout cas, que nous refusons d’admettre, c’est que la guerre puisse surgir du conflit ouvert par le coup de théâtre de Berlin. » L’Oeuvre »,  radicale, intitula son éditorial du 8 mars: « grave? oui! La fin de tout? C’est à voir! […] Le mouvement franciste de Paul Burcard estimait que « la menace ne pouvait être écartée que par une loyale entente entre la France, l’Italie et l’Allemagne. » Le plus violent fut l’Action française. Une énorme manchette était ainsi libellée: « la République a assassiné la paix! […] Et d’abord, pas de guerre, nous ne voulons pas la guerre (Charles Maurras) ». Au lendemain du Conseil des ministres du 8 mars, le président du Conseil Albert Sarraut (radical) déclarait à la radio: « Nous ne laisserons pas Strasbourg sous le feu des canons allemand ». Le lendemain, le 9 mars, se réunissait de nouveau le Conseil des ministre. Que dit le général Maurin? Qu’une intervention militaire n’est possible qu’avec l’Angleterre, et que, du côté français, elle impliquerait une mobilisation générale. Cette demande provoque un tollé au Conseil des ministres: la mobilisation générale, à six semaines des élections, c’était une folie! »  D’ailleurs, l’Angleterre, comme la Belgique, s’opposent résolument à toute action militaire. Une seule décision est prise: « la France fait appel aux signataires de Locarno de la SDN (société des Nations) ». C’est-à-dire: rien du tout. Hitler vient de remporter une victoire décisive et déterminante. L’abîme vient de s’ouvrir sur le destin de l’Europe. »

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 32 commentaires

Qu’est-ce qu’un héros?

Depuis le sacrifice du lieutenant-colonel Arnaud Beltram, le mot « héros » est au cœur de l’actualité, de tous les éditoriaux et des commentaires médiatiques. Donner sa vie pour sauver un inconnu est la quintessence d’un héroïsme à connotation chrétienne, de celui qui accomplit le sacrifice suprême pour sauver celle de l’autre, et à travers lui, l’humanité. Les héros, dans le sens le plus authentique du terme, ne sont pas légion dans l’histoire contemporaine. Ce mot renvoie naturellement à la mémoire des résistants qui donnent leur vie pour la libération de millions de compatriotes, et au premier d’entre eux, fusillé par la Wehrmacht à 41 ans, un autre militaire, un marin, Honoré d’Estienne d’Orves. Le geste du lieutenant colonel renvoie inévitablement à une autre image, celle de saint Maximilien Kolbe, prêtre polonais exécuté par les nazis à Auschwitz après avoir pris la place d’un otage père de famille.
Le frère d’Arnaud Beltram a trouvé les mots justes: « Je pense que ce qu’il a fait va au-delà de l’engagement de son métier. Il est parti en héros. Il a donné sa vie pour un inconnu, il savait qu’il n’avait pratiquement aucune chance. Il a quand même été très conscient de ce qu’il faisait, il a gardé ses réflexes, notamment en laissant allumé son téléphone. (…) Si on ne le qualifie pas de héros je sais pas ce qu’il faut faire pour être un héros. Il n’a pas hésité une seconde, il a fait ce qu’il fallait. Grâce à lui, on a sauvé de très nombreuses vies. » La mère de l’officier a eu des paroles bouleversantes : « Je savais que c’était forcément lui. Il a toujours été comme ça. C’est quelqu’un qui, depuis qu’il est né, fait tout pour la patrie. C’est sa raison de vivre, défendre la patrie. Il me dirait : « Je fais mon travail maman, c’est tout. » Cela fait partie de sa façon d’être. »
Les échos de la presse ne reflètent sans doute que partiellement l’émotion qui étreint le pays depuis trois jours. Tout un pays est bouleversé, comme il l’a rarement été, par le sacrifice du lieutenant colonel. Arnaud Beltram a donné sa vie pour des inconnus; mais combien d’inconnus, dans les foyers de la France dite d’en bas, la majorité silencieuse, dans les villes, les banlieues, les campagnes, n’ont pas pu retenir leurs larmes en apprenant la nouvelle de sa mort? Cette émotion collective est impossible à mesurer, mais chacun sent bien à quel point la secousse est profonde et la France ébranlée.
L’acte d’héroïsme d’Arnaud Beltram intervient comme un miroir inversé de la société française visible, médiatique, officielle. Les valeurs qu’il exprime sont à l’inverse de l’air du temps dominant. Son sacrifice, au paroxysme du don de soi et du courage absolu, contraste étrangement avec le spectacle quotidien que donne la France supposée « d’en haut »: naufrage dans l’égoïsme, dans le cynisme, la course à l’argent facile ou à la notoriété médiatique, le mépris des gens, l’individualisme absolu, la dictature de la vanité obsessionnelle, la lâcheté de ceux qui tournent les yeux face à la violence, l’indifférence, le culte de la délation, du lynchage médiatique et de la calomnie… Le geste du lieutenant colonel exprime l’esprit chevaleresque, comme venu d’un autre âge, l’humilité du don de soi opposé à l’exubérance narcissique qui s’est emparée des esprits.
La France est un aujourd’hui un pays plongé dans le chaos, privé de repères, comme déboussolée. Elle ne voit son salut et son avenir nulle part. Une méfiance généralisée s’est emparée des esprits. Elle en croit plus en rien. La parole politique est décrédibilisée, tout autant que celle des experts et des intellectuels. Les Français n’espèrent plus rien de leur démocratie – d’où l’abstention –, ne croient plus en l’impartialité de la justice et rejettent les personnalités politiques nationales (enquête CEVIPOF janvier 2018). Les événements de ces trois dernières années, l’incapacité des gouvernements face à la crise migratoire et la vague du terrorisme islamiste qui a ensanglanté le pays, ont jeté une ombre sinistre sur l’avenir.
Dans ce contexte lugubre et infiniment délétère, que seuls les imbéciles ne veulent ou ne peuvent pas voir, le sacrifice du lieutenant-colonel se présente comme un message d’espoir, à l’image des dernières paroles des Résistants fusillés par les nazis. Nous pouvions légitiment en douter, mais nous le savons maintenant: l’héroïsme, le sens du devoir et du sacrifice, exactement le même que celui des héros de l’histoire, est toujours vivant, comme une ultime braise, enfouie sous les cendres de la médiocrité, mais prête à rejaillir et à redonner un sens aux mots vie, espérance, destin…

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 50 commentaires

Hommage à Arnaud Beltrame

Que dire de plus qui ne soit pas dérisoire dans le contexte de la nouvelle tragédie qui vient de frapper la France? Le geste du lieutenant-colonel de gendarmerie, Arnaud Beltrame, qui donne sa vie en prenant la place des otages en vertu de sa conception du devoir, est celui d’un héros, au sens le plus authentique du terme. Il fait penser au sacrifice des premiers résistants, par exemple Honoré d’Estienne d’Orves, fusillé à 41 ans par la Wehrmacht . Il fait penser au geste de Maximilien Kolbe, prêtre polonais qui prend la place d’otages massacrés par les nazis dans un camp de concentration. Il est presque surréaliste que dans cette avalanche de lâcheté et de médiocrité qui nous submerge au quotidien, puisse subsister une poignée de héros, prêts à donner leur vie pour des inconnus et pour l’honneur de leur pays, un Français sur 10 000, un sur 100 000; mais cela existe, la preuve en est faite. Depuis six mois,  plus personne ne parlait du danger terroriste ou islamiste. Un couvercle de béatitude optimiste était tombé sur le pays. Ceux qui disaient « attention! » étaient traités de pessimistes, de ringards, de ronchon, n’ayant rien compris au nouvel ordre optimiste qui rayonne sur la France. Après la nuit, la lumière, il fallait oublier, se saouler de béatitude. Et le sang vient de couler à nouveau, au fond de la province. Il n’existe pas de plus grand mensonge que celui selon lequel la France doit « s’habituer à vivre avec le terrorisme ». Telle est la grande imposture – l’appel au fatalisme – de ces dernières années. Le terroriste islamiste était, comme toujours, connu, fiché. Nous savons qu’après la défaite de daesh au Moyen-Orient, l’Europe dont la France qu’ils haïssent plus que tout, sera leur prochain champ de bataille. Nous savions que cela allait se reproduire et que le pays allait devoir sortir de sa torpeur. Le sacrifice d’Arnaud Beltrame ne doit pas être « pour rien ». Nous pensons infiniment à lui, à sa vie fauchée et à ses proches. Notre admiration, notre reconnaissance est sans fin. Il est de ces gestes qui sauvent l’honneur d’une nation, de l’humanité. Le lieutenant-colonel est au côté d’Estienne d’Orves et de Maximilien Kolbe. Comment se montrer digne de ce sacrifice?

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 74 commentaires

La curée

Il est fascinant d’observer le traitement médiatique dont l’ancien chef de l’Etat fait l’objet. En dehors du Figaro et de Valeurs actuelles, la quasi totalité des médias et de la presse française prennent part à un fantastique lynchage collectif du gibier de potence. Il est bien évidement présumé innocent et accablé par les seules accusations de personnages douteux ou anciens notables d’une dictature féroce. Mais cela n’a aucune importance: il est le coupable, la victime émissaire au sens de René Girard. Prendre part à la destruction de son image, à son immolation est une nécessité impérieuse pour la meute qui se déchire ses dépouilles. Quant au financement des campagnes électorales des autres candidats vaincus ou gagnants, il n’intéresse absolument personne. Personnellement, je n’ai pas le moindre espèce de doute sur la nature des accusations dont il fait l’objet. Mais cela n’a strictement aucune importance dans la tempête actuelle. L’essentiel, c’est de comprendre l’hallali médiatique sanglant contre Sarkozy, le passage de son statut de « premier français », de 2007 à 2012, à celui de gibier de potence national en 2018. Je ne crois pas au complot destiné à l’empêcher de « revenir ». Qui peut être assez stupide pour imaginer qu’il ait l’intention de briguer un retour en politique politicienne? Non, le phénomène est plus profond, plus dramatique. Il relève de la psychologie de la foule médiatique, de l’inconscient collectif, des instincts les plus obscurs de la nature humaine: syndrome du puissant, détrôné, tombé aux mains de la foule hystérisée. La horde, dans le chaos mental, se reconstitue en se déchaînant contre un personnage objet de haines indicibles qui des années plus tard, retrouvent leur acuité; elle jubile de sa vengeance un peu comme la foule assoiffée de sang qui se bouscule pour être aux premières loges de la mise à mort d’un condamné, une scène d’autant plus excitante si l’on devine que ce dernier est innocent.

Maxime TANDONNET

 

 

 

Publié dans Uncategorized | 52 commentaires

Les Kurdes, peuple sacrifié

L’armée turque d’Erdogan s’est emparée hier de la ville kurde d’Afrin, en Syrie, avec le soutien des « rebelles syriens ». Plus de 1500 combattants kurdes ont été massacrés. Qui sont les Kurdes? Un peuple de 40 millions personnes environ, de langue indo-européenne et de religion musulmane, à majorité sunnite. Ce peuple est déchiré entre quatre Etats, la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran. Il a été délibérément sacrifié par les Européens lors du partage du Moyen-Orient à la suite du démembrement de l’Empire Ottoman, dans les années 1920, malgré les promesses qui lui ont été faites. Les Kurdes ont été victime des opérations d’extermination de Saddam Hussein par gaz chimiques.  Ils ont été à l’avant garde de la lutte contre l’Etat islamique daesh de 2014 à 2017. Des femmes Kurdes ont pris les armes pour combattre la barbarie sanguinaire. Les Kurdes ont été les alliés des chrétiens d’orient et des Yazidis, eux aussi atrocement martyrisés et victimes des massacres de daesh. Aujourd’hui ce peuple déchiré par un partage frontalier qui a nié son existence, se voit lâchement abandonné par le monde occidental. A l’issue de l’invasion d’une parcelle du territoire des Kurdes de Syrie, par les forces armées d’Erdogan, les Etats-Unis comme l’Europe ont fermé – ont baissé – les yeux. Le monde occidental est prompt à s’indigner quand la Russie annexe la Crimée. Mais il garde un silence coupable et honteux quand l’armée turque massacre des kurdes et occupe leur territoire.   Infâme deux poids deux mesures. Cette  insupportable lâcheté, envers des hommes et des femmes qui ont combattu daesh, pour l’honneur de la civilisation humaine, nous la paierons un jour. Solidarité avec le peuple kurde!

Maxime TANDONNET

Publié dans Uncategorized | 33 commentaires