La décomposition s’accélère

L’affaire Benalla qui ébranle le coeur même du pouvoir n’a rien d’une surprise. Elle est naturelle, presque évidente. Elle se situe dans la continuité des affaires DSK, Cahuzac, des « sans dents » et autres scandales de l’ère Hollande. Elle fait suite au premier tour de l’élection présidentielle truqué de 2017. Après le grandiose spectacle des récupérations politiciennes de la coupe du monde, une nouvelle faille fait vaciller le régime. Il fallait s’y attendre. Nous vivons dans un système hors sol, qui repose entièrement sur la sublimation d’une image individuelle, déconnecté de toute réalité économique, sociale, politique, engagé dans une logique de fuite du monde réel. Ce mode de fonctionnement n’existe que par la communication, la polémique, l’adoration imbécile et son autre facette, le lynchage inévitable. La chute dans l’impopularité est vertigineuse. Elle fait partie d’un système et mène à l’abîme. Sur ce site, nous ne cessons de le répéter depuis 14 mois. Le rêve n’est que l’autre versant du cauchemar et le mouvement s’accélère le plus normalement du monde. Il faut refonder la politique française de A à Z en mettant fin à l’extrême personnalisation du pouvoir qui est la pire forme de la crétinerie en politique, l’aboutissement ultime de la chute dans la bêtise. Il est urgent de recentrer la politique sur le réel et uniquement le réel: la lutte contre le chômage et la pauvreté, l’ordre républicain, le respect des frontières, la sécurité, le renouveau de l’école et de l’intelligence collective, etc.  La question centrale n’est pas de remplacer un acteur élyséen par un autre. Elle est de restaurer la politique, la démocratie française, en la tirant du rêve pour la remplacer dans le réel.  Grande question: à force de scandales et d’échecs, la prise de conscience finira-t-elle par s’imposer?

Maxime TANDONNET

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La réforme constitutionnelle (édito de M. Julien Aubert, député LR)

Edito : Le drôle de match (Les trois visages de la réforme constitutionnelle)

Cette semaine s’ouvre au Parlement le débat sur la révision constitutionnelle, un sujet touffu d’où émergent quelques propositions qui semblent accessoires (permettre au Président de parler au Congrès, limiter le droit d’amendement…) et bien éloignées du quotidien des Français. Ce qui est difficile à expliquer c’est que la réforme a elle-même été scindée en 3 volets : ce qui relève de la constitution, ce qui relève d’une loi organique (le nombre de députés par exemple) et ce qui relève d’une simple loi (le mode de scrutin).

Si je ne retiens que ce qui relève strictement de la constitution, on aurait tort de croire que débat est anodin : autant la majorité compte introduire un certain nombre de gadgets symboliques (supprimer le mot race, enlever du conseil constitutionnel les anciens présidents, etc…), autant certains détails qui viennent redéfinir les « règles du jeu démocratique » sont capitaux pour déterminer dans quelles conditions on pourra régler les problèmes qui empoisonnent la vie des Français.

En réalité, c’est comme au football : passer des heures à discuter de l’opportunité de l’arbitrage vidéo n’amène en soi aucun plaisir immédiat à un supporter qui y verra une perte de temps. Mais les matchs futurs ne seront pas joués de la même manière suivant la manière dont on arbitrera…

Les aspects les plus délétères de la réforme touchent au rapport de force entre le Gouvernement et le Parlement. Dans le combat qui s’ouvre trois camps se font face.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par exposer la philosophie des réformes voulues par l’Exécutif. Au plan des institutions nationales, Emmanuel Macron ne fait que déformer un peu plus la Vème République en renforçant la présidentialisation.

Il s’agit de réaliser un vieux fantasme, que depuis 20 ans, réforme après réforme les politiques de tous bords confondus ont cherché à assouvir sans l’avouer : imiter la constitution américaine, où le Président se confond avec l’Exécutif, en pensant que singer les pouvoirs constitutionnels du Président américain nous transfèrera un peu de la puissance americaine. C’est une erreur : si les Etats-Unis sont une superpuissance mondiale, le Président américain a beaucoup moins de pouvoirs que le Président Français au sein de son ordre juridique interne, car le Président Français n’est pas censé être le capitaine de l’équipe gouvernementale mais l’arbitre du match. Obama ou Trump ne peuvent ainsi pas dissoudre le Congrès et nombreux sont les présidents qui ont passé la moitié de leur mandat en cohabitation avec un Congres hostile.

Le Président français est censé être au dessus des partis, une position que le quinquennat a malheureusement affaibli.

Emmanuel Macron, après avoir importé des Etats-Unis la mise en scène de la promulgation des lois, qui n’est pourtant qu’une simple étape technique, veut désormais son « discours de l’Etat de l’Union » annuel, discours lors duquel l’Exécutif américain présente les grandes orientations de politique générale.

Problème : en France, c’est le Premier ministre qui mène cette politique, c’est lui le capitaine de l’équipe, la contrepartie étant la responsabilité devant le Parlement et le droit présidentiel de dissolution. S’il continue dans cette voie, et que le Président peut débattre avec le Parlement de sa politique, on finira par supprimer le Premier ministre, inutile, le droit de dissolution, et réintroduire le découplage partisan Executif/Legislatif. On aura un match avec deux équipes, sans arbitre…Car imagine-t-on un capitaine d’équipe qui pourrait siffler des penalties ?

Surtout, Emmanuel Macron n’a retenu que ce qui l’intéressait de la constitution américaine. Il a oublié que le Parlement (Congrès) américain est beaucoup plus puissant que son alter-ego Français. Avec des cabinets de 10 à 15 collaborateurs, des moyens inquisitoriaux, et aucun juge supranational capable d’annuler la loi, les parlementaires américains sont certes moins nombreux mais ils pèsent. En voulant limiter les moyens du Parlement de discuter/amender les projets de loi, Emmanuel Macron fait l’inverse. L’instauration de la dose de proportionnelle, qui ne relève pas de la constitution proprement dite, complètera le tableau : plus le Parlement est divisé, plus le Président est fort. Jouer à 11 lorsque le Parlement n’a que 5 joueurs, c’est plus facile pour marquer des buts…

Voilà pourquoi face à cette transformation rampante du régime Français (parlementaire) en régime américain (présidentiel), qui n’est que la conséquence du quinquennat qui a fait du Président un super-Premier ministre, j’ai déposé des amendements visant à moderniser la Vème République en revenant sinon à la lettre, du moins à son esprit. Je propose des mandats législatifs de 4 ans (au lieu de 5), avec une Assemblée nationale renouvelée par moitié tous les 2 ans, et un Président élu pour 8 ans (au lieu de 7, puis 5).

Cela voudrait dire quoi ? Que l’année prochaine, avec mon système, plus de 280 députés, dont 150 en Marche remettraient leur poste en jeu et qu’en cas de rejet de la politique menée, un autre gouvernement bâti sur une autre majorité prendrait les manettes. Au lieu d’avoir 5 ans de Macronisme triomphant, les Français en auraient 2, puis de 2 à 6 ans de cohabitation, en fonction du succès des politiques menées. Réfléchissez y…

Avec un mandat plus long, le Président reprendrait de la hauteur, ce qui supposerait en cas de cohabitation de lui laisser le dernier mot sur des domaines qu’on doit protéger des à-coups : les Affaires étrangères, la Défense, la Recherche et la Justice.

Ce débat constitutionnel a également fait remonter des profondeurs un troisième camp, en opposition aux atlantistes macronistes, un camp dont j’ignorais la présence aussi massive : une Gauche anti-républicaine, qui veut désagréger la Nation en supprimant le français comme langue officielle, ou la référence à un seul peuple français, ou encore en accordant le droit de vote – donc la citoyenneté – aux étrangers extra-européens. Cette Gauche communautariste ou ultra-régionaliste est – n’hésitons pas à le dire – l’ennemie de la République une et indivisible. Son inconscience ou son impertinence montre qu’elle n’hésite plus à dire haut et fort son objectif qui est de saper les fondements mêmes de la Révolution française. Dans ma métaphore footballistique, ils seraient l’équivalent des hooligans faisant irruption sur la pelouse…

Que penser de cette passion pour le melting pot ? En leur temps, les Romains eurent la riche idée de faire citoyens tous les barbares, en les affranchissant du service dans la légion. L’édit de Caracalla date de 212. La civilisation romaine avait presque mille ans. Deux siècles à peine plus tard, elle s’effondrait.

Voilà pourquoi face à un centre qui cherche son inspiration à l’étranger, outre-atlantique, et la Gauche, qui aime l’Humanité mais plus la France, il y a la place pour un rassemblement large de tous ceux qui aiment la République, la France, et les institutions éprouvées qui sont les nôtres.

Julien AUBERT

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Lectures d’été

Aucune envie de commenter l’actualité, dans le grand maelström de bêtise qui caractérise en ce moment le pays. Non, non, non, ce n’est pas du mépris, mais de la défiance envers l’instinct de meute sous toutes ses formes. Pour tenter de résister à la  loi du troupeau (pour tenter), à chacun sa méthode. Et la mienne  n’est sûrement pas meilleure qu’une autre. Besoin de solitude, de silence, d’infini, sauf le murmure du vent et le crépitement des vagues, de coucher de soleil sur la mer et d’horizon. Et de lecture. Voici 10 ouvrages de résistance intellectuelle, courts essais d’environ 200 pages,  à emporter en vacances. Leur présentation ici ne signifie pas adhésion envers les thèses de leurs auteurs, mais simplement que leur lecture m’a un jour bouleversé (il y a parfois longtemps) et que je recommande très chaleureusement:

  • Penser la Révolution française, de François Furet: la Révolution puis la Terreur sont nées de l’idéologie de la table rase à la source d’un enchaînement d’événements  échappant à toute maîtrise et conduisant à l’apocalypse, une révolution se dévorant elle-même.
  • Le totalitarisme, Hannah Arendt: la société industrielle et urbaine engendre un homme déraciné, privé de repères traditionnels, intellectuels, éthiques, manipulable à merci et récupérable par les pires fanatismes sanguinaires qui se rejoignent dans l’atrocité des camps de concentration (soviétisme et nazisme).
  • La violence et le sacré, René Girard: la concurrence des désirs, fondement de la nature humaine, est la source d’une violence exacerbée que la société parvient à régler en la canalisant sur un bouc émissaire, qui devient par là-même sacralisé.
  • Mythes et mythologies politiques, de Raoul Girardet: la culture politique contemporaine est dominée par quatre mythes ou mythologies, thèmes fondateurs toute sensibilité et discours idéologique  : l’âge d’or (le passé heureux), l’unité nationale (la nation rassemblée), la conspiration (le complot), et le sauveur (l’homme providentiel).
  • Le fil de l’épée, de Charles de Gaulle: l’autorité et le prestige d’un homme dépendent du silence, de la discrétion, de la distance, du mystère dont il enveloppe sa personne. Un groupe d’hommes minoritaire, déterminé et éclairé – une élite – est l’outil indispensable de toute action collective.
  • L’ère du vide, de Gilles Lipovetsky: l’époque contemporaine se caractérise par son nihilisme, l’effondrement des valeurs traditionnelles, de solidarité, de patriotisme, ou religieuse, se traduisant par un narcissisme exacerbé.
  • La psychologie des foules, de Gustave le Bon: dans la grande foule qui caractérise la vie moderne, la raison s’efface et laisse la place au despotisme des passions et des émotions qui entraînent l’humanité dans la folie.
  • Malaise dans la civilisation, de Sigmund Freud: la civilisation c’est-à-dire la morale et la culture, servent à contenir les instincts profonds des hommes qui laissés à eux-mêmes les conduiraient à s’entre-tuer. Mais quand la pression est trop forte, le couvercle explose et cela donne les guerres et les révolutions.
  • L’étrange défaite, Marc Bloch: la débâcle (de 1940, mais au-delà, toute débâcle), est avant tout intellectuelle: une société s’affaiblit et se désintègre quand elle ne dispose plus des fondements de l’intelligence qui lui permettent de comprendre l’évolution du monde et de s’y adapter.
  • Qui sommes-nous? Samuel Huntington: une vision prophétique du monde moderne ou les conflits d’identités et de religions l’emportent sur les conflits frontaliers traditionnels, les guerres civiles l’emportant sur les guerres internationales.

Résistance intellectuelle: ce que j’appelle l‘intelligence n’est en aucun cas l’érudition, mais la curiosité, l’envie d’en savoir et d’en comprendre davantage. « Tout ce que je sais est que je ne sais rien ». Au fond, tout livre bien écrit est une pépite de bonheur et d’intelligence. Ce point est fondamental: un bon livre doit obligatoirement donner du plaisir, plaisir du dépaysement, de l’évasion, du sentiment de s’instruire. Il n’existe pas de bon livre sans le plaisir. Il doit être accessible, bien écrit avec des phrases simples et claires: sujet, verbe, complément. Surtout, ne jamais perdre de temps avec un livre mal écrit, ennuyeux ou incompréhensible. En matière de lecture la forme et le fond se rejoignent.

Maxime TANDONNET

 

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La désastreuse présidentialisation du régime (Figaro Vox)

Parler encore de la Ve République à propos du régime politique français actuel relève du contresens absolu. L’organisation et le fonctionnement de pouvoir n’a aujourd’hui plus aucun rapport avec le système instauré par le général de Gaulle en 1958 et en 1962. La Ve République reposait sur un chef de l’Etat souverain, élu pour 7 ans, « guide de la Nation », au dessus des partis et des factions, tenant sa légitimité de la confiance du peuple. Le gouvernement, la politique quotidienne, les choix de politique économique et de société, relevaient de la seule mission du Premier ministre et des Ministres sous le contrôle du président de la République et du Parlement.

Le régime a été radicalement transformé par le quinquennat depuis 2000, qui aligne le mandat des députés sur celui du président, transforme le président en chef d’une majorité, et place l’Assemblée nationale sous la quasi-tutelle de l’Elysée. Cette mutation se prolonge aujourd’hui avec la banalisation du Congrès de Versailles qui achève de transformer le chef de l’Etat en un super-Premier ministre présentant son programme, ou son bilan de politique générale devant le Parlement. Le problème, c’est que ce président/chef de Gouvernement, désormais en première ligne de la politique de la Nation, est lui irresponsable pendant 5 ans, échappant à toute sanction politique. D’où une situation contraire à principe fondamental républicain: la source de pouvoir essentielle échappant au principe de responsabilité.

En outre, il manque désormais à la France ce qui faisait la spécificité de la Ve République, un président visionnaire, au-dessus de la mêlée, symbole de sagesse, incarnant l’unité nationale et le destin à long terme du pays, responsable de la politique étrangère et de défense, tout en déléguant au Premier ministre le gouvernement du pays.

Les nouvelles institutions de la France, transgression de la Ve République, sont un véritable désastre. Elles se traduisent par l’émergence du culte médiatique d’une image personnelle omniprésente. Elles favorisent l’illusion de l’autorité à travers la sublimation du mythe du chef. Pourtant, elles sont contraire à l’autorité et à l’efficacité dès lors qu’elles entraînent l’affaiblissement de toutes les sources de gouvernerment du pays – absorbées dans le rayonnement élyséen – et courroies de transmission entre les dirigeants et le peuple, Gouvernement, Ministres, parlementaires, collectivités et élus locaux, services publics.

La politique s’éloigne toujours un peu plus de l’action concrète pour devenir un grand jeu de manipulation des émotions collectives. Elle oscille entre idolâtrie et lynchage, amour et détestation de l’icône présidentielle, chute dans le manichéisme. Le nouveau régime favorise la division et le déchirement du pays. La fuite dans l’émotionnel favorise les haines et les fureurs. La vie politique dérive dans le spectacle permanent autour d’un héros des uns, anti-héros des autres, et tout logiquement, de son combat du bien contre le mal. D’ailleurs, l’une des phrases clés du discours de Versailles, oppose le « progressisme au nationalisme », autrement dit, le bien libéral et mondialiste contre le mal « populiste » ou la vile multitude de Thiers. La fracture entre les élites et le peuple ne cesse de se creuser d’année en année.

La réélection présidentielle devient l’objectif suprême de la vie politique au détriment de l’intérêt général à long terme du pays, favorisant la démagogie sous toutes ses formes, la communication, les illusions, les coups et le faire-semblant, au détriment de l’action en profondeur sur les grandes questions de fond: l’endettement public, l’écrasement fiscal, le chômage de masse, la pauvreté, la maîtrise de l’immigration, le communautarisme, la violence, le déclin scolaire…

L’actuel président de la République n’est pas le seul responsable de cette évolution déjà à l’oeuvre depuis des décennies. Il ne fait que la porter à son paroxysme. La personnalisation extrême du pouvoir, ou le culte de la personnalité, qui caractérise la politique française, se présente avant tout comme un masque de l’impuissance publique et du renoncement, par le monde dirigeant, à régler les problème de fond de la société française.

L’opposition républicaine, à travers sa guerre des chefs en vue des présidentielles, n’a pas (encore?) su rompre avec cette logique de personnalisation outrancière des enjeux au détriment du débat d’idées et du bien commun. Elle seule pourrait avoir un rôle majeur à jouer dans ce contexte en prônant le retour de la politique au sens noble du terme: non pas un spectacle narcissique mais une volonté d’action collective, modeste et désintéressée, en faveur de l’intérêt général. Le rétablissement du septennat (non renouvelable) est une piste de réforme constitutionnelle intéressante. En aucun cas elle ne serait suffisante: c’est une transformation des mentalités politiques qui est nécessaire: le retour au sens de l’intérêt général contre toute forme d’obsession narcissique et de culte d’un chef mythique, contraire au principe d’efficacité et d’autorité véritable.

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Congrès de Versailles, une erreur française

Le billet ci-dessous est davantage la critique d’un système, d’un régime, que celle d’un homme. 

M. Jean-Louis Debré, ancien président du Conseil constitutionnel a déclaré, à propos du régime politique français actuel, qu’il n’y avait « jamais eu une telle concentration du pouvoir. » A mon avis, il se trompe et mieux vaudrait dire qu’il n’y a jamais eu « une telle concentration de l’impuissance ».

La tournure de la vie publique française se concentre sur une image présidentielle, individuelle, totémique, emblématique, qui envahit le champ médiatique visible et absorbe toute source d’autorité: gouvernement, ministres, parlementaires, élus locaux, administrations, relais naturels de l’action publique dans une société. Mais cette image médiatique envahissante fuit en permanence le monde réel dont elle est de plus ne plus  déconnectée. Elle s’impose dans les consciences, mais elle est privée de levier sur la réalité et les difficultés du pays: pauvreté, chômage de masse, écrasement fiscal, contraintes sur les entreprises, endettement public, déficits commerciaux, communautarisme et violence des cités, haine du policier, immigration non maîtrisée, déclin scolaire et intellectuel. La vanité devient le principe fondamental du régime tourné vers l’exaltation d’un visage, la réélection en 2022, et non plus le bien commun de la Nation. Mais l’adoration d’une icône produit son inverse: l’impopularité et le lynchage médiatique dans un pays déchiré entre amour et détestation d’un personnage et oscillant entre les deux passions.

Le Congrès de Versailles est dans cette logique. Le président s’expose et parade en leader suprême. Mais par là, il écrase le Premier ministre et les ministres, dont le rôle, jadis, était justement de porter la voix de l’exécutif au Parlement et de mobiliser des parlementaires pour une action politique et la mise en oeuvre d’un programme majoritaire. L’illusion de l’autorité détruit l’autorité et l’action n’existe plus par elle-même: elle se confond avec la frime, le paraître, les jeux d’illusions. De fait, l’idée même de gouvernement s’en trouve affaiblie: la question essentielle n’est plus de diriger un Etat mais de jouer avec les émotions collectives. La personnalité de l’actuel chef de l’Etat n’est pas la question essentielle, mais l’étrange dérive d’un système vers le grand spectacle, le show médiatique, la manipulation permanente des esprits, et pire que tout, la fuite du politique devant la réalité, laissant une Nation abandonnée à elle-même, avec ses souffrances et ses inquiétudes. L’exubérance n’est rien d’autre que le voile de l’impuissance. Mais tout laisse penser qu’un changement de tête ne suffirait pas à rompre avec une logique délétère qui dépasse largement l’actuel occupant de l’Elysée. Pour espérer infléchir le cours des choses, il faudra sans doute beaucoup de temps, une prise de conscience collective, qui passe par chacun de nous…

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Le droit et le politique

Dans le cadre d’une question prioritaire de constitutionnalité, pour la première fois, le Conseil constitutionnel a invoqué le « principe de fraternité », pour mettre fin à toute sanction légale envers l’aide aux migrants en situation illégale dès lors qu’elle ne fait pas l’objet d’une contrepartie pécuniaire. Tout un pan du code des étrangers est ainsi invalidé. La classe politique, dans son ensemble se réjouit vivement, en tout cas le parti socialiste et LREM. Est-ce vraiment du droit ou de la politique? Déjà, au nom  de la liberté d’expression, le CC a récemment annulé plusieurs mesures visant à lutter contre la propagande jihadiste sur Internet. L’invocation du principe de fraternité ouvre une logique sans fin: sur tous les sujets, toutes les lois, il est possible d’invoquer la fraternité et dès lors que les juges constitutionnels estimeront, à leur libre appréciation, que cette fraternité est mis en cause par la loi, ils pourront la censurer, au moment de son vote, et à tout moment plus tard (QPC). Un contrôle de constitutionnalité des lois est nécessaire mais avec des règles, des limites, des bornes, un respect des pouvoir du Parlement élu au suffrage universel, c’est-à-dire la Nation.  Le Conseil constitutionnel n’est pas une troisième assemblée élue démocratiquement, il est nommé par le président de la République et les présidents des deux assemblées. Sur 10 membres, 3 sont d’anciens ministres de M. Mitterrand, et deux anciens premiers ministres: Fabius, son président, M. Jospin et M. Charasse. Quant à la Nation, sur un sujet tel que l’aide à l’immigration illégale, elle n’a évidemment plus rien à dire: 10 sages décident pour elle ce qui est le bien et la vérité. Et après cela, les bonnes âmes s’offusqueront que plus de la moitié des électeurs se soient abstenus aux dernières législatives. »Nous les forcerons à être libres » écrit Rousseau dans le Contrat social. Il pensait à nos populistes, nos sans-dents, nos fainéants, nos lépreux d’aujourd’hui.  Nous les forcerons à la fraternité, ajoutent des idéologues déguisés en juristes. Et Pascal: « Qui veut faire l’ange fait la bête ». L’abolition de fait de la démocratie française, le pouvoir du peuple, est le drame du siècle.

Maxime TANDONNET

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Histoire: le massacre de la famille Romanov

Deux livres paraissent en ce moment sur le massacre de la famille impériale de Russie:

  • Journal intime de Nicolas II, présenté par Jean-Christophe Buisson, Perrin 2018
  • Ils ont tué le Tsar, les bourreaux racontent, présenté par Nicolas Ross, éditions des Syrtes 2018.

Le massacre de la famille Romanov par les communistes bolcheviks ressemble à un pur moment de barbarie sanguinaire. La famille impériale, après son arrestation, a été transférée dans l’Oural. Outre le Tsar et sa femme, elle compte trois jeunes femmes de 23, 20 et 18 ans et deux enfants, une fille de 16 ans et un garçon de 13 ans, gravement malade. Le lieu où ils sont incarcérés est baptisé « Maison à destination spéciale ». Sur ordre de Lénine, le 16 juillet 1918, la famille est réunie dans une pièce et exterminée à la mitrailleuse par un révolutionnaire fanatisé, Iakov Iourovski à la tête d’une dizaine de bourreaux, le père portant dans ses bras le garçonnet hémophile. Même les terroristes de la révolution française n’allaient pas aussi loin, les enfants du couple royal n’avaient pas été exécutés avec leur parents. Avec le massacre des Roumanov, et de leurs enfants en bas âges, nous atteignons un palier supplémentaire dans la barbarie. Nous savons tous que la barbarie humaine est sans limite et cet immonde XXe siècle devait nous le prouver en de multiples occasions. Mais finalement, le plus insupportable, le plus grand scandale, c’est que tant de centaines de millions de gens, aux nom d’idéaux humanitaires, de la foi en un avenir radieux, et de la quête de la perfection et de la pureté, ait pu s’identifier et se reconnaître en un régime qui est né sur telle abomination: le massacre calculé, voulu, organisé, d’une famille avec de tous jeunes enfants.  Et comment notre époque, qui n’a de gentille que l’apparence, le vernis, peut-elle regarder un épisode de l’histoire aussi répugnant, inaugurant une ère de barbarie sanguinaire, avec autant d’indifférence sinon de complaisance?

Maxime TANDONNET

 

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La question européenne et la Convention LR à Menton

Les Républicains doivent-ils, comme ils l’ont fait à Menton, placer la question de l’Union européenne au centre des sujets de l’alternance? Pour l’avenir, il me semble que rien n’est moins évident. L’Union européenne n’est pas, ou n’est plus la question centrale du moment. Elle fait partie des mythes d’une époque. Y voir une sorte de COMECON dirigé par Moscou/Bruxelles est illusoire, voire mensonger. Bruxelles, combien de divisions blindées? Sur aucun sujet, aucune circonstance, nous n’avons vu Bruxelles tenir cinq minutes face à la volonté affichée d’un ou plusieurs Etats. Les belles constructions juridiques directives et règlements, volent en éclat devant la réalité historique. Depuis 30 ans qu’a été signé le traité de Maastricht, 30 ans que les Etats accumulent -lamentablement – les déficits et les dépassements de l’endettement public maximal, Bruxelles a multiplié les menaces mais jamais un centime d’euro de sanction… Quant à la libre circulation Schengen, fleuron de la construction européenne, la vitesse et la facilité avec lesquelles elle s’est désintégrée sous la pression des événements migratoires donne le vertige. Brexit, Pologne, Hongrie, Italie, Allemagne, un phénomène de décomposition est en cours. Il est contraire à la vérité d’attribuer à l’Union européenne la faillite de la politique migratoire européenne. Les comportements erratiques et les volte-face de Mme Merkel, obsédée (elle aussi) par sa trace dans l’histoire, l’incohérence et le double langage permanent des gouvernements français et autres, comme la lâcheté et l’aveuglement des dirigeants politiques devant les coups de force des passeurs esclavagistes, ne doivent rien à Bruxelles. C’est cela la vérité. Affirmer que le « mal » est à Bruxelles et que sortir de l’Europe ou même la réformer profondément – ce qui est impossible car il faut l’unanimité des 28, plus l’accord de la Commission et du PE, – suffirait à régler les problèmes, est une manière lâche et mensongère de se défausser de ses responsabilités.

Les Républicains auraient tort de rouvrir les causes de discordes et de raviver les vieilles querelles sur cette question dépassée: c’est l’histoire qui est à l’oeuvre. Un seule chose compte aujourd’hui: préparer et réussir l’alternance politique en répondant aux vrais attentes des Français. Contrairement aux apparences et au matraquage médiatique, les Républicains pourraient avoir un boulevard devant eux à la condition de s’y engager: l’immense majorité des Français qui rejettent de plus en plus la mystification actuelle tout autant que la tentation lamentable d’une alliance avec le lepénisme. Sans doute en faudrait-il peu pour ressusciter l’espérance dans le pays: donner un signal d’engagement collectif au profit du bien commun et en mettant fin à l’immonde tyrannie des ego malades; s’engager à traiter les graves enjeux du moment, qui de fait, n’ont rien à voir avec Bruxelles en pleine décomposition: sortir du chaos migratoire pour réinventer une immigration maîtrisée, organisée, conforme aux intérêts des pays de départ comme des pays d’accueil, libérer l’économie française de l’écrasement fiscal et réglementaire qui bloque son développement, et réinventer la politique de A à Z, sur le thème de la vérité, de la fin de l’esbroufe, du rétablissement de la démocratie, et du respect des gens et par-dessus tout, travailler au renouveau intellectuel du pays.

Maxime TANDONNET

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L’affligeant niveau du débat public français

Les derniers sondages montrent une chute de la popularité de l’occupant de l’Elysée avec 59% d’insatisfaits: fait nouveau, il baisse fortement à droite, mais remonte nettement à gauche. Pour quelle raison? La prestation à l’Elysée, de « l’icône gay Smile », lors de la fête de la musique, qui a plu à gauche et qui a déplu à droite. Les commentateurs parlent aussi de « l’effet Manu »Du côté du Premier ministre, la chute est encore plus vertigineuse.

Voici le fruit de l’épouvantable crétinisation de la vie politique française: tout se joue autour de l’image médiatique de quelques comédiens sans talent – de l’extrême droite à l’extrême gauche – dont l’obsession est de séduire leur public. Pendant ce temps, le pays croupit dans la médiocrité. Un seul exemple: sur le plan de l’emploi, après six ans de socialisme, la France reste l’un des plus mauvais élèves de l’Europe: sait-on que depuis un an, elle est le pays européen où le taux de chômage (de 9% contre 7,3% dans l’Europe à 28), s’est le moins amélioré?  Mais nous pourrions aussi parler de la dette publique, en hausse vertigineuse, de la situation des banlieues, du communautarisme, de l’état de violence du pays, de l’évolution de l’immigration…

Il est urgent de comprendre que l’extrême personnalisation de la vie politique, est une forme d’apothéose de l’abêtissement politique du pays. On ne nous demande pas de réfléchir, mais d’aimer ou de détester, d’adorer ou de haïr. L’émotion, oui, la réflexion, non. Nous n’avons pas à connaître de la vérité, les faits, les statistiques: le monde réel, ne nous regarde pas! Notre seul rôle est d’admirer, et de vénérer, de baver devant un écran de télévision,puis de voter une fois tous les cinq ans pour l’idole que Tf1 , France 2, France info et Europe 1 auront intronisé pour nous. Penser, dans la vie politique française, est devenu le mal absolu. Penser est par excellence, une attitude ringarde et réactionnaire.

Les présidentielles de 2022, entre exaltation et diabolisation, entre héros et épouvantail médiatiques, seront tout autant manipulées que celles de 2017. Le seul espoir infime qui subsiste est celui d’un éveil de la lucidité populaire, que les Français comprennent à quel point ils sont victimes d’une entreprise de crétinisation politique accélérée. Nous savons par avance que les présidentielles de 2022 seront sabotées et qu’il n’y a rien à en attendre (affaires créées de toute pièce, déchaînement médiatique, mise en examen). D’ailleurs, quel est l’intérêt de choisir au second tour, entre deux narcissismes obsessionnels, narcissismes de droite, de gauche, du centre, d’extrême droite ou d’extrême gauche, narcissismes fabriqués de toute pièce par les médias sur les ruines de notre intelligence collective? Quand l’image  personnelle d’un ou de plusieurs individu devient le but en soi d’une politique, écrasant toute notion d’intérêt général et de bien commun…

La révolte aujourd’hui ne passe pas par la violence, mais par nos cerveaux, notre lucidité, notre esprit critique. Il existe encore une infime fenêtre de tir, un reste de démocratie, mais qui dépend d’un réveil de la conscience et de l’intelligence collectives: il faudrait se mobiliser sur les élections territoriales et législatives, la dépersonnalisation, la dé-médiatisation de la vie publique, le retour à la modestie républicaine – l’intérêt général avant l’image narcissique – sortir de l’émotionnel et réintroduire la raison et la réflexion, reconquérir la politique, la res publica, la démocratie, le collectif, le débat d’idées, refuser de se laisser abêtir, cesser de se laisser manipuler par la crétinisation de la politique française, voter uniquement pour des idées, des projets, pour la France, et non pour  des icônes, des individus malades d’eux-mêmes grands manipulateurs des émotions collectives, et qui dans leur folie égotique, entraînent le pays, non pas à l’abîme, mais pire, dans une médiocrité toujours croissante.

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: Du Guesclin, Georges Minois, Fayard 1993.

L’actualité est tellement médiocre qu’il ne reste plus qu’à nous noyer dans le plaisir de lire d’excellents livres, ceux qui combinent le bonheur de l’évasion et de la culture. Ce Du Guesclin est ainsi l’archétype d’un excellent livre. A partir de 1340 commence une ère de chaos pour la France: la guerre de Cent ans ravage ses campagnes, la peste noire décime sa population. Français et anglais se déchirent en particulier la Bretagne. La France accumule les défaites: Crécy en 1346, Poitiers en 1356 …

Héros breton, héros français. Du Guesclin est issu de la toute petite noblesse bretonne, né en 1320, à La Motte-Broons, entre Rennes et Dinant. Enfant, il est d’une laideur indescriptible – petite taille, massif, trapu, une tête ronde aux traits difformes, pas de cou, des petites jambes, des bras démesurés qui pendent le long de sa taille – et d’une force herculéenne. Asocial, indiscipliné, odieux, ses parents, révulsés par sa laideur et son caractère impossible, le renient et le chassent de la maison dès l’adolescence. Du Guesclin n’a jamais reçu la moindre instruction, ne sait ni lire, ni écrire, mais d’une force prodigieuse, il est invincible dans les tournois. A 22 ans, il est à la tête d’une bande qui écume la forêt de Brocéliande, harcelant les Anglais, s’emparant des forteresses tenues par les partisans de ces derniers. Insaisissable, il est surnommé par ses ennemis le « dogue de Brocéliande« .

Se plaçant au service du roi de France, Charles V, dit « le Sage », et de Charles de Blois, en lutte contre Jean de Montfort, tous deux prétendants au duché de Bretagne, il se caractérise par son indéfectible loyauté. Les Anglais tentent de le récupérer: « Bertrand, si vous voulez demeurer avec moi/Vous me trouverez bon et loyal ami. /Je vous ferai chevalier et je vous donnerai aussi/ Terre et grande richesse, je vous le promets ». Du Guesclin rejette cette offre: « Si j’avais été de votre côté et que j’aie changé de camp ensuite, c’eût été une bien vilaine trahison. Alors pourquoi serais-je déloyal à mon seigneur? » [C’est beau la loyauté, une vertu si rare, fondée sur l’honneur!]

Il multiplie les victoires, s’empare de nombreuses places fortes anglo-bretonnes. Le secret de sa force? Il évite les batailles frontales pour lesquels les anglais ont un avantage considérable lié à leur armement et à leurs archers qui déciment la cavalerie française. En revanche, en Bretagne, en Normandie, il utilise la ruse et les embuscades pour terrasser l’ennemi. Mais la fin justifie les moyens et l’auteur ne cache pas non plus sa dureté sinon sa cruauté. Pour prendre les fortifications il annonce la couleur: en cas de résistance, tous les combattants français ayant pris le parti de l’ennemi – ayant trahi – seront massacrés. Dès lors, de nombreuses cités, qui connaissent sa réputation, préfèrent se rendre sans combattre.

En 1365, le roi de France et le pape l’envoient en Espagne, pour défendre la cause d’Henri de Trastamare, pro-français, en lutte avec Pierre-le-Cruel pour le trône de la Castille. Le véritable objectif de cette guerre, présentée comme destinée à une nouvelle croisade contre le royaume musulman de Grenade, est de débarrasser la France des  compagnies, bandes de hors- la-loi extrêmement  violents qui dévastent et terrorisent le pays, en les entraînant derrière Du Guesclin. Avec son autorité phénoménale, son charisme, il parvient à discipliner ces bandits et à les commander. Après de nombreuses victoires, et l’achèvement de la reconquête de la Castille au profit d’Henri, ce dernier subit un désastre militaire en 1367 à Najera, contre le Prince Noir, fils du roi d’Angleterre Edouard III, qui dirige l’Aquitaine anglaise, allié de Pierre-le-Cruel. Du Guesclin qui conseillait vivement à Henri de Castille d’éviter la bataille frontale, n’a pas été écouté de ce dernier: d’où la défaite.

Le voici prisonnier du Prince noir, à Bordeaux.  Ce dernier, gravement malade d’une dysenterie attrapée en Espagne, a épargné Bertrand pour en obtenir une rançon. Un épisode célèbre de l’histoire de France se situe ici. « Bertrand, dit le Prince, veuillez décider/ Combien vous me voulez de rançon donner. » Du Guesclin, magnifique, lâche le prix auquel il estime sa personne: « Je vous ferai compter cent mille doubles d’or ». « Quand le Prince l’entendit, il changea de couleur/ Il regarda tous ses chevaliers/ Et leur dit à haute voix: il se moque de moi!/ Bertrand! dit le Prince, vous ne pourrez pas payer! ». C’est alors que survient la célèbre réplique de Du Guesclin, qui, selon l’auteur, marque la naissance du sentiment populaire et national français. « Je vous déclare et je m’ose vanter/ que si ces deux là ne pouvaient rien donner [les rois de France et de Castille]/ Il n’y a pas une fileuse en France à travailler/ Qui ne tâcherait de gagner ma rançon à filer/ Et qui ne me voudrait  de vos prisons ôter. » 

Du Guesclin libéré reprend les hostilités et multiplie les victoires militaires. Il soumet la Normandie, vainqueur de Charles le Mauvais, qui dispute le trône de France au roi, achève la conquête de la Castille. Le 3 octobre 1370, il est nommé connétable de France, chef des armées de Charles V. Il entreprend alors la reconquête de l’Aquitaine et s’empare une à une, des forteresses anglaises dans le Poitou et le Périgord, prenant sa revanche sur le Prince Noir. Puis, une période trouble s’ouvre alors pour lui: quand Charles V, qui veut supprimer le duché de Bretagne pour l’intégrer au royaume de France,  lui demande de prendre les armes contre les nobles Bretons, Du Guesclin est déchiré entre sa loyauté à Charles V et son attachement à sa terre natale et refusant de choisir, veut prendre ses distances avec la vie publique. Le roi l’envoie combattre en Auvergne. Affaibli, il meurt lors d’un siège, le 13 juillet 1380.

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Mais ceci n’est qu’un infime résumé d’un sublime ouvrage qui entraîne aux confins du rêve et de la connaissance. Dans la valise de mes vacances prochaines, j’en emporte une tonne!

Maxime TANDONNET

 

 

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Dix-sept ans, déjà…

L’Europe est frappée par l’une des plus graves crises politiques de son histoire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Après le Brexit, la dissidence en cours de la Hongrie et de la Pologne, puis de l’Italie, la libre circulation Schengen, symbole de l’unification européenne, en charpie, et aujourd’hui, l’Allemagne elle-même, pilier et puissance centrale de cette Europe, se voit gravement ébranlée. Cette désintégration a pour origine la faillite de la politique migratoire des gouvernements et de l’Union européenne.

Il y a dix-sept ans paraissait mon premier ouvrage « Le grand bazar ou l’Europe face à l’immigration », publié aux éditions L’Harmattan en 2001. J’y écrivais: « Tout laisse penser que la question de l’immigration va constituer l’un des défis essentiels du XXIe siècle en Europe […] Tous les ingrédients sont réunis pour faire de la question migratoire une source de tensions, voire de crise dans l’Europe du troisième millénaire ». A l’époque, mon manuscrit avait été refusé par les éditeurs d’essais auxquels je l’avais proposé (Albin, Flammarion, le Rocher). C’est L’harmattan, un éditeur vaguement gaucho et payant mal ses auteurs qui l’avait (courageusement) accepté.

Les rares journalistes ayant daigné y jeter un coup d’œil l’avait trouvé réactionnaire. Quelques experts attitrés, ès immigration, me riaient au nez, avec mes prédictions de charlatan.  « Misanthrope, Cassandre, oiseau de mauvais augure »: voilà ce que même mes amis, disaient de moi. « Un livre triste et pessimiste » me dit un ancien ministre que je connaissais.  Aujourd’hui, nous en sommes là. Ce n’est pas l’immigration en soi qui m’inquiétait, les mouvements de populations régulés, maîtrisés, organisés dans le cadre de politiques négociées dans le respect des personnes et des intérêts généraux.  Non, ce qui m’alarmait, c’était le grand chaos et la démission des Etats et des gouvernements sur le sujet dans un climat pression migratoire croissante, de déni, d’aveuglement, de lâcheté, et de valorisation des partis extrémistes pour diaboliser le sujet. Et cela ne fait sans doute que commencer. Mais à quoi sert-il d’avoir raison dans un climat écrasé par le grand bêlement conformiste?

Maxime TANDONNET

 

 

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Appel en faveur de l’enseignement de la philosophie

L’abaissement du niveau de l’intelligence collective, qui est le fruit du déclin vertigineux des enseignements du français (grammaire, littérature), de l’histoire, de la philosophie, des mathématiques, sur plusieurs décennies, est sans doute le drame fondamental, dissimulé ou ignoré de notre pays. Il procède d’une démarche plus ou moins consciente, visant à affaiblir, par le nivellement, les sources de l’esprit critique pour mieux asservir une nation au despotisme moderne sous toutes ses formes: instinct grégaire, conformisme, pensée unique, idolâtries, hystéries médiatiques, nihilisme, culte du narcissisme… Ci-dessous l’appel de M. René Chiche, professeur agrégé de philosophie et membre du conseil supérieur de l’Education.

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Chers collègues professeurs de philosophie, Monsieur le Ministre et cher Jean-Michel Blanquer qui voulez préserver et renforcer la philosophie dans l’enseignement, et à vous tous,

Si je me réjouis de voir fleurir ici les motions et là les pétitions ayant, par-delà les divergences d’opinion des uns et des autres sur tel ou tel aspect de la réforme ou de sa mise en œuvre, pour objet d’en réclamer la suspension et d’en appeler à une véritable consultation des professeurs, et si l’on peut raisonnablement espérer que cette mobilisation des professeurs de philosophie peut servir à d’autres pour prendre conscience des dangers que cette réforme du baccalauréat fait peser sur la qualité des enseignements, aussi bien que pour leur permettre d’user à leur tour de leur capacité à protester et à s’y opposer, je ne puis m’empêcher d’éprouver les plus vives inquiétudes concernant notre absence de position commune vis-à-vis de l’introduction d’un enseignement de spécialité en philosophie, dont il semble que certains d’entre nous, à commencer par l’inspection, aient approuvé à la hâte le principe sans s’aviser qu’il entrait en contradiction avec le fondement de notre enseignement depuis qu’il existe, à savoir son intrinsèque unité.

Par cette expression, je n’entends évidemment pas l’union tactique ou stratégique, toujours nécessaire, entre les professeurs du secondaire et ceux du supérieur, ni le rappel devenu un peu incantatoire de l’unité de l’enseignement et de la recherche, chose par ailleurs équivoque et susceptible d’interprétations plus ou moins faibles et fortes, mais bien l’unité de son enseignement sur le terrain, c’est-à-dire dans la classe, cette unité qui repose, pour le meilleur comme pour le pire, sur la responsabilité philosophique du professeur dont le cours est l’œuvre et par lequel seul un programme de notions peut avoir un sens, sauf à confondre les notions avec des têtes de chapitres ou, plus exactement, à les prendre pour des thèmes, des objets de discours existant et préexistant à un discours qui peut être philosophique comme il pourrait être historique, sociologique, politique ou que sais-je.

L’unité de l’enseignement, c’est d’abord l’unité de lieu et de temps de ce qu’on appelle la classe, chose qui n’est point faite mais est à faire et toujours à refaire, faute de quoi on peut certes parler devant un public ou un simple auditoire, mais non instruire des élèves. Prendre en charge une classe et entreprendre d’y enseigner la philosophie, c’est, toutes choses égales, pratiquer l’art royal de la dialectique, se heurter à la réticence des uns, s’appuyer sur la bienveillance des autres, et construire avec tous quelque chose qui ne se produira qu’une fois et ne se répètera jamais. Et c’est bien en ce sens que l’on peut dire du cours du professeur qu’il est une œuvre. Une œuvre, non son œuvre. L’œuvre commune du maître et des élèves.

C’est pourquoi la classe, entendue cette fois au sens administratif, est une condition essentielle à cette pratique de la philosophie : imagine-t-on des comédiens jouer une pièce de théâtre devant un public de passants ou devant une salle dont la moitié des sièges se vident au bout d’un quart d’heure pour être occupés par de nouveaux spectateurs prenant le train en marche ? Même un comédien établit un rapport avec son public, et ce rapport a besoin de toute la pièce qu’il joue pour se constituer. C’est encore plus vrai du rapport qu’un professeur établit avec ses élèves au cours d’une année. Tout ce qui contrevient à cette unité de temps et de lieu contrarie également ce rapport qui, à bien regarder, est proprement ce qu’on appelle enseigner. Inutile ici d’imaginer quelque posture magistrale dont on se moque parfois à bon compte, tant il est facile et sans intérêt de forger des caricatures pour s’assurer sur elles le triomphe de la simple raison ; non, ce rapport entre un professeur et ses élèves, dont je prétends qu’il constitue le tout de l’enseignement, peut connaître des hauts et des bas, des moments de grâce comme des échecs, des moments de parole magistrale ou de simple débat, et de manière générale le recours à tout ce qui se présente, à l’instar de la panoplie de ressources déployée dans les dialogues où Platon met en scène son Socrate.

Le premier effet de l’introduction d’un enseignement de spécialité, distinct de son enseignement commun, est de rompre cette unité et de rendre tout simplement impossible un tel travail. Seuls s’en réjouiront ceux qui, j’espère qu’ils sont rares, débitent un cours entièrement rédigé à un public réduit à n’être que l’auditoire passif de la prestation du professeur, chose qui instruit rarement et qui ennuie souvent. J’ai ailleurs insisté sur l’absurdité d’un enseignement de spécialité proposé dès la classe de Première à des élèves qui sont censés découvrir la philosophie en classe de Terminale avec d’autres n’ayant pas suivi une telle « initiation ». J’ai également déjà indiqué à quel point il est grotesque de prétendre enseigner la philosophie à raison de deux heures hebdomadaires (et je considère que cela est valable pour toutes les disciplines, dont le saupoudrage au cours de la scolarité est une hérésie contre-productive ; autant dire qu’on peut enseigner en dix minutes, comme d’aucuns s’en flattent en diffusant leurs prestations sur les ondes ou l’internet). Je parle ici de quelque chose de plus fondamental : même si cela dérange et que certains n’osent même plus le revendiquer, l’ambition de l’enseignement philosophique est bien d’apprendre à penser, et penser n’est pas ingurgiter des « connaissances » en provenance de sources multiples, penser est un exercice, celui des facultés les plus élevées de chacun, l’intelligence, la mémoire, la sensibilité. Qui a eu un professeur de philosophie sait de quoi je parle, et qui n’en a pas eu ne peut qu’être irrité par mon propos, mais il aura laissé tomber sa lecture bien avant, ce qui m’autorise à poursuivre : penser, c’est chercher. Penser, c’est revenir. C’est recommencer. Dans tous les cas, penser est cheminer (ce qui est le sens du mot méthode). J’ai par exemple cette année fait un cours sur la religion, de septembre à juin. Non que j’ai traité de la seule religion pendant dix mois, le moindre texte lu dès septembre contenant déjà toutes les notions du programme, mais au sens où c’est précisément du point de vue offert par la question initiale de la religion que se sont ordonnées toutes les questions posées ensuite. L’année précédente, le cours aurait pu s’intituler la république. Et l’année encore précédente, il s’agissait de la lecture. Pour un Lagneau, ce fut le jugement une année, Dieu une autre. A-t-on décidé que cette manière de faire était dorénavant interdite ? Qui pourrait le décider ? Même l’inspection ne le pourrait pas, sauf à trahir toute la tradition française de l’enseignement de la philosophie.

Et à vrai dire, il ne s’agit pas là simplement d’enseignement, il s’agit bien là de la philosophie, l’unité de l’enseignement étant la conséquence pédagogique de l’unité de la philosophie, qui n’est elle-même, comme le dit si bien Descartes, que l’unité de l’esprit qui s’applique à diverses matières. Que l’on se spécialise en philosophie, au sens où il s’agit de s’y consacrer, n’est évidemment pas contraire à la nature des choses, encore que même une telle occupation selon Descartes n’est pas sans risque de faire de nous des bavards professionnels capables seulement de parler vraisemblablement de toute chose sans y connaître sérieusement quoique ce soit. Mais l’on sait qu’une fois entré en philosophie, on ne peut plus en sortir et que c’est en philosophe que Descartes traite de physique ou de médecine. Qu’il y ait donc, à partir de l’enseignement supérieur, par exemple en khâgne, une « option philosophie », c’est-à-dire quelques heures de plus au cours desquelles on approfondira l’étude de cette immense discipline, que ce soit en lisant des textes spécifiques ou en étudiant des questions « pointues », cela n’est pas contraire à la nature des choses, je le redis. Mais qu’on prétende instaurer un tel enseignement au moment même où l’on commence l’étude de la philosophie est non seulement une absurdité, et à bien des égards une simple forfaiture, mais est surtout préjudiciable à l’enseignement philosophique dont on sape l’unité de la démarche avant même qu’elle soit mise en œuvre, entérinant ainsi le plus grave et néanmoins le plus répandu contresens sur le programme de notions qui réduit celles-ci à de simples thèmes dont pour le coup, il est vrai, on peut sans grand dommage distribuer l’étude entre plusieurs cours, plusieurs années et plusieurs professeurs, cours qui n’auront de rapport avec la philosophie, au sens le plus élevé et le plus exigeant du mot, que par homonymie.

Il me semble que ce sujet doit être abordé de façon sérieuse et déterminée, car une défense de la philosophie qui ferait l’impasse sur cette question principielle serait vouée à l’échec en raison de sa faiblesse intrinsèque, se bornant alors à paraître aux yeux du plus grand nombre comme une défense corporatiste d’avantages désuets devant être sacrifiés sur l’autel de l’inexorable marche en avant dont ce pouvoir aime tant se gargariser.

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Lecture: l’étrange défaite, Marc Bloch, Gallimard 1990.

Voici un grand classique que tout Français devrait avoir lu. Si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que je viens juste de combler, la  nuit dernière, une grave lacune à ma culture générale…

Marc Bloch est né en 1886, dans une famille de confession juive. Ancien élève de l’école normale supérieure, il est agrégé d’histoire, fondateur, avec Lucien Febvre, des Annales d’histoire économique et sociale. Ancien combattant de 1914-1918, mobilisé volontaire en 1940, bien que père de six enfants, il a été le témoin direct de la débâcle. Grand résistant, il a été arrêté par la Gestapo et fusillé le 16 juin 1944. Son manuscrit a été sauvé de justesse par des proches à qui il l’avait confié.

Marc Bloch pointe la responsabilité directe des généraux dans  l’étrange défaite : « Quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe fut l’incapacité du commandement ». Pour lui, le désastre fut avant tout celui de l’intelligence: les militaires français n’ont pas su penser, anticiper, concevoir, les conditions de la guerre moderne: « En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, de nature intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. » Les stratège de l’armée française en sont restés, sur le modèle de batailles front contre front, 1914-1918, alors que les Allemands misaient sur les offensives éclairs, le mouvement. « Les Allemands ont fait une guerre d’aujourd’hui, sous le signe de la vitesse […] Nous n’avons pas su ou pas voulu comprendre le rythme, accordé aux vibrations accélérées, d’une ère nouvelle« . Selon Marc Bloch: « Ils croyaient à l’action et à l’imprévu. Nous avions donné notre foi à l’immobilité et au déjà fait. »

Pourtant, l’auteur ne limite pas les causes de la catastrophe aux carences de la pensée des stratèges de l’armée. Il met en cause le déclin intellectuel de la société française dans son ensemble dont celui des stratèges militaires n’est que le reflet. « Les états-majors ont travaillé avec les instruments que le pays leur avait fournis […] Ils ont vécu dans une ambiance psychologique qu’ils n’avaient pas toute entière créée. » Marc Bloch porte une accusation générale sur le pays dans son ensemble, dans les années 1920 et 1930. A vrai dire, nul ne trouve grâce à ses yeux: la presse, les fonctionnaires, les chefs d’entreprise, les  industriels, les syndicats de salariés, les politiques de droite et de gauche – à équivalence -, le peuple lui-même,  sont à ses yeux, tous à leur niveau, responsables du désastre. Le pays tout entier n’a pas voulu regarder la réalité en face, il s’est enfoncé dans le pacifisme et dans le déni. Il s’est enseveli la tête dans le sable.

Le point le plus fascinant de cet ouvrage: au cœur du désastre se trouve le déclin intellectuel de la France et notamment l’affaiblissement de l’enseignement de l’histoire (déjà!). L’histoire donne la vision en perspective qui permet de disposer du recul nécessaire face aux événements en cours et par là même d’en lire mécanisme, de les interpréter et d’anticiper: « Le passé a beau ne pas commander le présent tout entier, sans lui, le présent demeure inintelligible. Pis encore peut-être: se privant délibérément, d’un champ de vision et de comparaison assez large, notre pédagogie historique ne réussit plus à donner, aux esprits qu’elle prétend former, le sens du différent ni celui du changement. » Bien au-delà de la seule étrange défaite de 1940, ce petit ouvrage est une sublime source de réflexion générale sur notre époque… Honte à moi de ne pas l’avoir lu plus tôt…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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L’anéantissement de la politique française est-il inéluctable? (Figaro Vox)

Paru le 25 juin dans Figaro Vox:

L’anecdotique prend chaque jour une place croissante dans l’actualité intérieure française. A chaque jour sa petite phrase ou son micro-scandale: le tennis de la Lanterne, la piscine de Bregançon, le vol de 110 km du chef de l’Etat, sa leçon de politesse à un adolescent, ses petites phrases sur « la lèpre »ou le « pognon fou », les comptes de campagne, la nomination comme « chanoine », la fête de la musique à l’Elysée. Et quand l’attention médiatique s’éloigne de son obsession élyséenne, c’est pour replonger, ailleurs, dans le futile et l’accessoire: un tract qui ose formuler le nom « France » fait scandale, les cartons de Mme Calmels, les dédicaces de M. Hollande, … De fait, la provocation rythme la vie politico-médiatique. La polémique est banalisée au point de devenir la normalité. La politique française n’est même plus dans une logique de communication, qui suppose un message, mais dans une réalité virtuelle, un grand spectacle nihiliste.

L’insulte et la caricature y prennent une place grandissante. La France du bien, supposée jeune, moderne, accueillante et généreuse s’oppose à la « vieille France, raciste et homophobe » comme dit un chanteur, dans une guerre sans merci. La bonne conscience se déchaîne contre l’Italie et son gouvernement paria, qui a rejoint les autres maudits, le Royaume-Uni, la Pologne et la Hongrie, dans le camp du mal. Bientôt l’Allemagne? L’idée même de songer à maîtriser sa frontière – comme l’ont fait toutes les nations de la planète à toutes les époques de l’histoire – aux yeux des bonnes consciences françaises, est devenue insoutenable. La pureté généreuse, d’une part, et le mal réactionnaire, d’autre part, c’est-à-dire l’ange et la bête, se livrent quotidiennement à une guerre haineuse en toutes les occasions: l’Aquarius, la « fête de la musique » à l’Elysée, le projet de concert de Medine au Bataclan. Souvent, « qui veut faire l’ange fait la bête »: mais qui est encore capable d’entendre la fameuse pensée?

Le culte de la personnalité écrase tout sur son passage. La seule question qui compte: adorer ou détester l’occupant de l’Elysée. En dehors de ce sujet, plus rien n’existe. Quatre ans à l’avance, l’obsession présidentialiste bat déjà son plein, ronge les esprits. La sondagite se déchaîne. La vie politico-médiatique se réduit inexorablement à une question: la future élection présidentielle en 2022. Quel sera le prochain « sauveur providentiel » du pays à l’horizon de quatre ans? Une question qui déjà, écrase tout le reste. Le culte du chef n’a jamais été aussi puissant dans une France « d’en haut » qui, paradoxalement, vomit l’autorité. Il n’est rien d’autre que le masque du néant politique.

La vérité n’intéresse plus personne. Une partie de l’opinion publique s’extasie devant la « transformation de la France ». Au-delà des coups de menton, qu’est-ce qui a authentiquement changé, quelles sont les améliorations, réelles, concrètes intervenues dans le champ économique et social? Par-delà l’intoxicatio quotidienne, qui aurait l’idée, simplement, de se poser la question? Le chômage de masse, la croissance en berne, l’endettement public, le déficit commercial. Voilà les sujets dont nul ne parle plus. Où en est la société française, ses problèmes d’exclusion, de violence, de pauvreté, de communautarisme? Où en est le niveau intellectuel du pays après des décennies de saccage de l’enseignement du français, de l’histoire et de la philosophie? Qui oserait, aujourd’hui, se hasarder à poser de telles questions?

Jamais peut-être dans l’histoire moderne la coupure entre les élites dirigeantes, politiques, médiatiques, judiciaires, économiques, et la majorité silencieuse, n’avait été aussi profonde. Le thème de la France unie et indivisible a disparu, tant il sonne faux dans le contexte actuel. Un couvercle de mépris s’est abattu sur le pays. Il s’exprime dans les termes qu’utilisent ceux « d’en haut » pour parler de ceux « d’en bas »: les terreux, les populistes ou les sans-dents…

Mais le plus nouveau, le plus étrange, c’est l’absence de toute espérance d’une relève, d’une alternance possible. L’apathie et l’indifférence ont gagné les esprits. Le parti socialiste a quasiment disparu, pour l’essentiel reconverti en LREM, les Républicains se noient dans leur guerre des chefs, et plus personne ne croit sérieusement en l’avenir du lepénisme. Peut-on mettre fin à l’anéantissement de la politique française, restaurer le débat d’idée, la notion de démocratie et la conscience d’un destin commun? Dans les circonstances de désarroi collectif, 1794, 1870, 1940 et la Résistance, 1958 autour de de Gaulle, le salut vient d’un groupe de personnes qui choisissent de faire prévaloir l’intérêt général sur la maladie de l’ego et de s’unir pour lancer un signe d’espoir au pays. Mais nous n’en sommes pas là…

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Le service national universel ou l’absurdité d’un régime politique

On en revient toujours aux fondamentaux. La création d’un service national universel est une décision, de toute évidence, absurde. Le jeunes de 16 ans auront l’obligation de passer un mois en « internat ». L’idéologie sous-jacente: les forcer à « vivre ensemble ». Le service militaire de jadis avait un sens: préparer la nation à défendre son territoire. Aujourd’hui, cette mesure est privée de sens. Personne n’a la moindre idée de la manière dont ces jeunes seront occupés: sport? exercices de secourisme? simple colonie de vacances? La mesure est absurde, au sens philosophique du terme: vide de signification, sans objectif.  Elle est tout dans l’affichage, dans l’enveloppe, l’apparence: il faut montrer que l’on fait quelque chose. Elle dénote, une fois de plus, le mépris de la caste dirigeante pour la population: l’idée est de créer une contrainte bureaucratique pour les jeunes de 16 ans. Peut-être ont-ils mieux à faire: job d’été, études, voyage… Peu importe: des palais et bureau parisien, on sait mieux ce qui est bien pour eux. De fait chacun sait que l’effet « intégrant » d’un mois enfermé dans un internat, sera absolument nul. Il est mensonger de faire croire qu’on éduque ou rééduque une personne en un mois. Un mois enfermé en internat: quel peut être l’effet sinon de renforcer le dégoût envers la bureaucratie française? Cette mesure aura un coût astronomique: trouver les locaux, recruter l’encadrement pour des centaines de milliers de personnes – de fait toute une classe d’âge. 2 milliards par an selon le Figaro. Voilà bien à l’oeuvre l’idéologie socialiste et étatiste: faire le bien des autres, contre leur gré, en engendrant une contrainte bureaucratique absurde: dépourvue de sens. « C’est gratuit, c’est l’Etat qui paye ». Mais surtout, il faut y voir l’absurdité d’un régime politique à bout de souffle, le présidentialisme forcené, cette honteuse trahison de l’esprit de la Ve République. Toutes les démagogies sont permises pour être élu, à n’importe quel prix. Puis, comme la réélection est le but suprême, métaphysique, l’idéal absolu, la seule chose qui compte, par dessus toute considération d’intérêt général, est d’auto-sublimer l’image personnelle. Dès lors, il faut donner l’illusion de la réalisation des promesses de campagne qui ont permis de s’emparer du Graal élyséen. C’est ainsi que l’on met en place une nouvelle usine à gaz qui ne fera qu’aggraver la faillite d’une nation, autant sur le plan financier, intellectuel (l’absurdité) que mental… Comme cela est triste!

Maxime TANDONNET

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Le philosophe et la vérité

« Il n’y a pas de crise des migrants. Le solde migratoire est nul : la balance entre les gens qui quittent l’Europe et ceux qui arrivent est à peu près à 0 ». Ces mots sont du philosophe Bernard-Henry Lévy.  Tout le monde a le droit de penser ce qu’il veut sur la question de l’immigration. Il existe un courant dans l’opinion selon lequel les frontières doivent être ouvertes  sans limites, sans conditions, pour des raisons humanitaires, idéologiques, démographiques. En somme, ce courant proclame le droit absolu de chaque individu à s’installer où il le souhaite par delà toute considération de frontière ou de nation, sachant que les mouvements de populations, aussi considérables soient-ils, permettent à la vieille Europe moisie et pécheresse de se régénérer grâce à l’arrivée de l’homme nouveau en provenance du Sud. Cette option fait partie du débat démocratique. En revanche, il me semble qu’il est du devoir de l’intellectuel, presque par définition, de ne pas biaiser avec la vérité, les faits, la simple réalité.

Dire que le solde migratoire de l’Europe est nul n’est pas conforme à la réalité. De fait, chaque année depuis les années 2000, l’Europe au sens de l’UE, accueille environ 1 à 2 millions de migrants de pays tiers. Selon les derniers chiffres disponibles, en 2016, elle en a accueilli 2 millions. Rien ne permet d’affirmer que le même nombre de migrants repartent… D’ailleurs l’immense majorité des migrations vers l’Europe a un caractère familial ou d’asile qui implique un séjour durable ou définitif. Selon Eurostat, le nombre de « ressortissants de pays tiers » est passé de 19,8 millions le 1er janvier 2014 à 21,6 millions le 1er janvier 2017, soit un apport net de 1,8 million en 3 ans. En outre, sur ces mêmes trois années, 2,7 millions de personnes ont obtenu la nationalité d’un pays de l’UE (sortant donc automatiquement des statistiques de ressortissants de pays tiers).

« Eurostat: Migration: elle est devenue l’une des principales composantes de l’évolution de la population en Europe. Au cours des dernières décennies, les flux migratoires entre États membres de l’UE, ainsi qu’entre ceux-ci et les pays non membres de l’UE, ont eu un impact significatif sur la taille de la population dans la plupart des États membres. »

Je déteste la haine contre BHL qui s’exprime parfois, comme je déteste toutes les haines et tous les lynchages. Pour autant, en affirmant des choses qui sont de toute évidence, contraires aux faits, à la réalité, sur un sujet aussi sensible, il dessert la cause qu’il veut défendre et l’image des intellectuels, ou qualifiés comme tels, en France. Tout le monde a le droit de penser et d’exprimer toutes les idées qu’il veut; mais pas de proférer des contre-vérités, surtout aussi flagrantes.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Bregançon, expliquez-moi SVP

La polémique de ces derniers jours, dont tout le monde parle: le projet du président de construire une piscine dans la résidence présidentielle de Bregançon pour 30 000 euros. Ce que j’écris ci-dessous ne concerne pas, en aucun cas,  l’actuel président en particulier, mais l’institution présidentielle, tout chef de l’Etat français. Cette querelle de la piscine est-elle  complètement secondaire? Il paraît qu’elle permettrait d’économiser un coût équivalent en effectifs de gendarmerie qui veillent sur la baignade des présidents. La vérité: quel est le prix de cette résidence, le coût de son entretien, et de sa surveillance? Car enfin, en quoi les contribuables Français ont-ils à prendre en charge les vacances ou WE des présidents? Ils ont pour vivre le palais et le parc de l’Elysée, la Lanterne au château de Versailles. Tout ceci n’est pas qu’anecdotique, car cela reflète une mentalité profonde qui corrompt la France. Le rôle de tout homme public est de servir le pays, et non de se servir sur lui. Cette histoire de Bregançon, comme de la Lanterne, est contestable. Le chef de l’Etat, en République, est un citoyen comme un autre, avec la responsabilité de présider le pays. Il n’a pas à avoir de privilèges de ce genre pour son confort. Ce genre de privilège, financé par le contribuable, ne sert pas son autorité naturelle bien au contraire, il l’abaisse. Le Palais de l’Elysée, oui, car cela lui permet de recevoir des dirigeants étrangers. Mais les autres résidences sont un privilège incompréhensible, qui donne une image ambiguë au plus haut niveau: se servir sur le pays plutôt que de le servir, et cette image symbolique se répercute à tous les niveaux surajoutant à une société nihiliste ou chacun n’a pas d’autre préoccupation que de tirer la couverture à lui. Imaginez vous Mme Merkel ou Mme May, ou M. Conte, en vacances dans l’équivalent de Bregançon sur le dos des contribuables allemands, anglais ou italiens? Est-il cohérent, en termes d’exemplarité, d’exiger des efforts aux uns, ceux d’en bas, et en haut, de donner une image de prodigalité, avec l’argent des autres évidemment, celui des impôts? Décalage absolu entre la perception « d’en haut » et celle « d’en bas ». 30 000 euros, ce n’est rien pour permettre à M. Duchemol (le prochain après 2022) et à son épouse de bronzer tranquilles quelques heures par an. Mais oui, pour un jeune en CDD qui touche 1200 euros par moi ou un petit retraité à 1000 euros, en chute de pouvoir d’achat à cause de la hausse de la CSG, 30 000 euros, pour bronzette, c’est beaucoup, c’est énorme! Loyer d’un petit studio à Paris:800 euros par mois! Tout ceci, cette gigantesque fracture démocratique est dramatique…

Maxime TANDONNET

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La guerre de la Méditerranée

Les dirigeants européens se trompent sur la nature des événements en Méditerranée. Ils les voient comme une affaire d’asile et d’immigration. Or, nous ne sommes plus dans cette logique. La question essentielle n’est plus celle de personnes qui viennent en Europe, légalement, pour y travailler, y vivre leur vie de famille, ou, avec leur conjoint et leurs enfants, y chercher une protection face à des persécutions. Nous sommes au contraire dans une logique de guerre pour le contrôle de la Méditerranée. Des réseaux esclavagistes puissamment organisés sont en train de déstabiliser à la fois l’Afrique et l’Europe. Ces mafias criminelles mettent à profit la situation du continent africain et le désarroi d’une partie de ses populations, prises en otage, pour accumuler de gigantesques fortunes. Et face à cette réalité, les dirigeants européens qui ne voient rien, n’entendent rien, ne comprennent rien, se montrent d’un aveuglement et d’une lâcheté qui a peu de précédents historiques. Plus ils se déchirent, s’insultent mutuellement et plus ils refusent, par lâcheté de prendre leurs responsabilités. Nous assistons à une véritable débâcle de l’autorité politique en Europe. Les gesticulations, les coups de menton, les insultes ne sont rien d’autre que le signe du renoncement et de la lâcheté.

Plutôt que d’étaler leur impuissance et leur manque de courage face aux mafias esclavagistes, les grands Etats européens d’immigration devraient assumer leur responsabilité devant l’histoire en mettant en place une force navale et aérienne d’intervention collective pour frapper militairement et réprimer les réseaux esclavagistes qui saccagent le continent africain et déstabilisent l’Europe. Pour cela, il faut prendre la maîtrise des lieux d’embarquement qui sont des zones de non droit échappant à un pouvoir d’Etat. En parallèle l’Europe a la responsabilité historique de s’engager dans un plan massif de soutien au développement économique et social de l’Afrique, et de repenser sa politique migratoire pour favoriser les mobilités nécessaires  dans les deux sens, organisées en fonction des capacités d’accueil des pays de destination et des impératifs de développement des région d’origine, dans le strict respect de l’Etat de droit, du droit international et des lois européennes et nationales et de la protection des victimes authentiques de persécutions. Aujourd’hui, l’explosion politique de l’Europe, la poussée des haines nationalistes et de la violence sur tout le continent n’est rien d’autre que le produit de l’aveuglement et de la lâcheté des classes dirigeantes. Si rien n’est fait, l’Europe marche au désastre. L’histoire n’est-elle pas un éternel recommencement?

Maxime TANDONNET

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Pour une révolution copernicienne de la politique

Voici mes deux dernières contributions, pour Atlantico et pour le Figaro Vox. Peut-être reflètent-elles l’inquiétude profonde que m’inspire l’actualité politique. Parfois, le degré de médiocrité et de manipulation qu’elle atteint me laisse sans voix. L’Europe – la France – est confrontée, avec la crise migratoire, à l’un des plus grands défis de son histoire contemporaine, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et de la décolonisation. Mais à quoi assistons-nous? une nouvelle plongée abyssale dans le carriérisme obtus, les querelles de chefs, les manipulations, le grand-guignol médiatique, les pitreries grotesque, le culte du « je » maladif, évidemment de l’extrême gauche à l’extrême droite. A quoi servent les pitreries? A éviter de décider, de choisir, de gouverner, aujourd’hui comme demain. Le drame de la politique française, en incluant les extrêmes: on se moque des gens, on les traite comme des idiots qu’ils ne sont pas malgré le matraquage de la propagande officielle. Le système politique est bloqué, verrouillé: aucun moyen d’engager la responsabilité de ceux qui nous entraînent à l’abîme avant 2022. Et puis quelle alternative? Tout n’est que vanité ridicule, calculs personnels, mégalomanie, manipulations, dissimulations et mensonges, mépris des gens qui atteint un degré sans précédent historique. La France a besoin d’une révolution copernicienne de sa politique: vérité, courage, lucidité, désintéressement, modestie, intérêt général, démocratie, respect, intelligence. Dans une République et aussi dans une bonne monarchie d’ailleurs, les élus, du suffrage universel ou de la providence, ne sont rien d’autre que les humbles serviteurs du pays. Aujourd’hui, en France, il se servent, servent leur instinct de vanité, plutôt que de servir le pays. C’est le monde à l’envers. L’enjeu, c’est de le remettre à l’endroit et de les remettre à leur place: celle d’humbles serviteurs du pays le temps qu’il a besoin d’eux.

MaximeTANDONNET

 

 

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18 juin, une date sacrée

Silence sur le 18 juin. Avez vous remarqué à quel point la France d’en haut politico-médiatique fait silence  sur cette date clé de l’histoire contemporaine, l’entrée de la France dans la résistance au nazisme? Le 18 juin est une date sacrée, peut-être la date la plus importante de l’histoire contemporaine, synonyme d’honneur, de refus de la médiocrité et de la soumission, clairvoyance, de vision de l’histoire. Au fond, tout le contraire de notre époque. Je ne parle pas de politichiens, comme disait de Gaulle, qui oseraient se comparer à lui. Ceux-là sont bons pour la maison de fous. Mais je regrette cette absence de mobilisation pour rendre hommage à l’appel qui sauve l’honneur de la France, dans une période actuelle aussi profondément troublée.

Quelles leçons, à tirer aujourd’hui du 18 juin?

  • La force de la solitude absolue: le Général de Gaulle est totalement seul, accompagné uniquement d’un jeune diplomate, Geoffroy de Courcel, seul face à un pays de 40 millions d’habitants, presque tous non pas « pétainistes » mais dominés par un « lâche soulagement ». Il n’a pas de parti, pas de soutien, pas de clan, il est absolument seul, seul à avoir raison contre tous.
  • La victoire de la lucidité, de la vision: l’attitude de De Gaulle se fonde sur son analyse de la situation planétaire. Quasiment toute la France, ses stratèges militaires, ses maîtres-penseurs, intellectuels, politiques, grands esprits, sont absolument persuadés de la victoire certaine de l’Allemagne. Lui, avec une vision hors du commun, à la fois stratégique et prophétique, se projette dans le futur, anticipe sur l’entrée en guerre contre l’Axe des puissances américaine et soviétique, puis de l’ensemble de la planète.
  • L’audace sans limite: le Général rompt avec toutes ses attaches, son passé, le cadre de la discipline militaire auquel il a jusqu’alors voué sa vie. Il brave la condamnation à mort par le régime de Vichy. Il est insulté, accusé de toutes les horreurs possibles, de trahison, d’être un rénégat, un « général félon » à la solde de l’Angleterre. Pourtant, il tient bon, contre toutes les forces du conformisme, se fiant à sa seule intuition.
  • La puissance de la foi: il y a une part de mystique religieuse dans l’attitude du Général, il pense être appelé par la providence, accomplir une mission d’essence quasi divine au service de la patrie (dans ses écrits de jeunesse, il avait anticipé une situation similaire à celle qu’il vit et se voyait déjà appelé à rendre un « service signalé à la France ».)
  • La victoire du sens de l’honneur: quand tout s’effondre, quand à l’évidence, tout semble perdu, quand le monde se précipite dans l’abîme, il reste toujours une petite lueur à laquelle il faut rester fidèle, celle de l’honneur. C’est elle qu’il faut suivre dans ces moments. Nous y sommes aujourd’hui.

VIVE DE GAULLE! VIVE LA FRANCE!

Maxime TANDONNET

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Histoire: 7 mars 1936, le réarmement de la Rhénanie

La crise du 7 mars 1936 marque un basculement dans l’histoire de l’Europe, peut-être même de l’humanité. A l’époque, les démocraties  Française et britannique conservaient encore une nette supériorité militaire sur l’Allemagne hitlérienne. L’armée allemande disposait de 480 000 hommes mais subissait le handicap d’un lourd déficit en nombre d’officiers susceptibles de mener les troupes au combat : 4 300 officiers. La France pouvait aligner plus de 510 000 combattants – hors mobilisation générale – et les Britanniques 280 000 (Jean-Baptiste Duroselle, Histoire diplomatique, de 1918 à nos jours, Dalloz 1981)

Malgré les progrès fulgurants du réarmement allemand engagé par Adolf Hitler dès son accession au pouvoir trois ans auparavant, le niveau d’équipement de la Wehrmacht était alors bien loin d’avoir rattrapé celui de l’armée française, en matière de chars, d’artillerie, d’aviation et très largement inférieur à celui de l’alliance franco-britannique. En outre, l’Allemagne hitlérienne n’était pas encore l’alliée indéfectible de l’Italie mussolinienne. 

Le traité de Versailles du 28 juin 1919 prévoyait , parmi les clauses essentielles à la sécurité de la France, le désarmement total d’une zone tampon entre la France et l’Allemagne: la Rhénanie, rive gauche et une partie de la rive droite du Rhin, sur 80 km. Quelques années plus tard, l’Allemagne confirmait son engagement à respecter cette démilitarisation d’une partie de son territoire dans le cadre du traité de Locarno, le 1er décembre 1925, négocié par Aristide Briand et le chancelier Stresemann. 

Le 7 mars 1936, un samedi matin, en violation du droit international, le Führer décide la réoccupation par l’armée allemande de la Rhénanie, foulant au pied une garantie essentielle sur laquelle reposait la sécurité de la France. Le gouvernement était alors dirigé par le radical-socialiste, Albert Sarraut (centre-gauche) et le ministre des Affaires étrangères n’était autre que le leader de l’Alliance démocratique (centre-droit), Pierre-Etienne Flandin.

Deux conseils des ministres sont réunis en urgence. A l’issue de celui du samedi 8 mars, le président du Conseil déclare solennellement et fièrement à la radio: « Nous ne laisserons pas Strasbourg sous le feu des canons allemand !» Le lendemain, le gouvernement se déchire sur la conduite à tenir. Quelques ministres, dont Yvon Delbos radical, Georges Mandel (Alliance démocratique), réclament une intervention militaire. La majorité hésite. Le radical-socialiste Georges Bonnet en charge du commerce et de l’industrie, préconise une issue pacifique. Flandin se range à son point de vue.

L’intervention du ministre de la Guerre, le général Maurin, s’avère décisive : une action militaire n’est, selon lui, possible que sous deux conditions : une opération conjointe avec la Grande-Bretagne et une mobilisation générale. Or, sur le premier point, le cabinet britannique dirigé par le conservateur Baldwin exclut toute action militaire. Et sur le second, comme le raconte Jean-Baptiste Duroselle  : « Cette demande provoque un tollé au Conseil des ministres: la mobilisation générale, à six semaines des élections, c’était une folie! ». Le gouvernement se contente donc de mesures symboliques, notamment de lancer un « appel aux signataires de Locarno» et de saisir la SDN. Dans la presse et la classe politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite incluses, l’indifférence, teintée de soulagement, est l’attitude la plus commune.

Il s’est avéré par la suite que l’opération lancée par Hitler relevait du coup de bluff et qu’en cas de réaction musclée de la France, le chef nazi eût retiré ses forces de Rhénanie: des ordres en ce sens avaient été donnés par avance. Sa progression eût été stoppée tout net: il ne serait plus jamais apparu aux Allemands de l’époque comme une sorte de demi-dieu invincible. Dans cette hypothèse, la possibilité d’un coup d’Etat militaire en Allemagne, mettant fin à sa course criminelle, est avérée. Le cours de l’histoire en eût sans doute été tout autre… Une étape décisive dans l’engrenage fatal qui conduit à l’apocalypse de 1939-1940 venait ainsi d’être franchie, dans un indescriptible climat de démission. Arrogance impuissante, indécision, médiocrité, aveuglement, lâcheté…  Et si je vous dis que 82 ans plus tard,  rien n’a changé? 

Maxime TANDONNET

 

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Profanation?

Le 13 novembre 2015, les terroristes islamistes ont commis un épouvantable massacre au Bataclan. La France a connu ce jour l’une des pires tragédies de son histoire depuis la deuxième guerre mondiale. Il est question, au nom de la liberté d’expression, de permettre au rappeur Medine, qui a chanté,« Crucifions les laïcards comme à Golgotha », de donner un spectacle dans cette salle. Profanation, sacrilège, les mots ont-ils un sens? Ce sont les parents des 90 jeunes martyrisés  dont les larmes ne sècheront jamais, qui devraient avoir leur mot à dire. Profanation, sacrilège, oui bien sûr, mais personnellement, c’est aussi autre chose qui me choque. Si ce concert à  lieu, ce sera bien le signe supplémentaire de la déliquescence totale, la décomposition radicale de notre société, de la démission généralisée, l’empire de la lâcheté et de la trahison, la crétinisation absolue par l’oubli, deux ans et demi, et déjà oublié, le despotisme de la table rase, la course à l’abîme. La liberté d’expression n’est pas en cause: il peut chanter partout ailleurs. La question, c’est le caractère sacré du Bataclan, où 90 personnes ont été martyrisées. Disons qu’un concert, de la part d’un chanteur ayant appelé à « crucifier les laïcards », sur le lieu même du martyr, aurait un caractère de monstruosité. Merci à ceux qui l’ont dénoncé. Est-ce que cela sera suffisant?  Attendons de voir ce qui a se passer.

Maxime TANDONNET

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Que cherche M. le président?

Mon propos de ce jour est dans le cadre de mon activité d’universitaire (culture générale en master 1 à l’UPEC) et les suites d’une réflexion sur la présidence de la République engagée avec l’ouvrage ci-joint. Il est d’une parfaite correction et d’un irréprochable respect envers le chef de l’Etat élu des Français.

Que cherche M. le président? Hier, est survenu un événement sans précédent je crois. Une vidéo le montrant en pleine réunion des ministres, au salon vert de l’Elysée, parlant à ses ministres, a été largement diffusée. Elle émanait de son service de communication, semble-t-il, donc ce n’était pas un enregistrement volé. C’est là que la président Macron a déclaré: que les minima sociaux « coûtent un pognon fou ».

Cet incident m’a intrigué.. Le salon vert, dans le système actuel, est le lieu sacro-saint du pouvoir, une salle de réunion adossée au salon doré, le bureau du président, le lieu où le chef de l’Etat  et son gouvernement se réunissent pour arrêter les décisions de politique nationale et internationale. Quand je travaillais avec Sarko, à l’Elysée, les photographes prenaient quelques clichés, puis se retiraient du salon vert avant le début de la réunion. Qui dit pouvoir, dit secret. Si les délibérations gouvernementales précédant une décision s’effectuent dans la transparence absolue, elles perdent leur sacralité et leur autorité.  Le public n’en retiendra que les arguments défavorables et les divisions que leur adoption a suscités.

La divulgation volontaire de travaux du salon vert a un caractère symbolique fort, elle marque une révolution dans la conception du pouvoir politique. La question n’est plus de gouverner, d’agir sur le monde réel et le quotidien des Français. Elle est de sublimer un personnage, de vendre au public un spectacle, une mise en scène. « Un pognon fou ». La phrase provoque un émoi, favorable à droite, défavorable à gauche. Mais la pauvreté, le chômage, l’exclusion, s’aggravent tous les jours et ces propos n’y changeront rien. La parole polémique est là pour couvrir le néant, l’impuissance, le renoncement. Une partie de l’opinion de droite est contente et approuve. Ceux-là disent que le président « accomplit les réformes qui n’ont jamais été faites auparavant ». Mais ils sont absolument incapables de citer une seule réforme importante susceptible d’avoir eu le moindre impact réel, concret, efficace, sur la vie économique et sociale de la nation et des résultats. La dernière réforme authentique et courageuse dans ce pays, fut la retraite à 62 ans, en 2010. Depuis, il n’y a jamais eu de réforme autre que de renoncement nuisible ou d’esbroufe.

Nous voyons la stratégie du pouvoir élyséen actuel: rompre les amarres à gauche, d’où il vient, pour gagner les cœurs à droite. La transmutation est en cours, l’impopularité à gauche bat tous les records. Elle est définitive: on brûle les vaisseaux et d’ailleurs, on ne revient jamais en arrière en termes d’image. A droite, la popularité est fragile: elle repose sur une sensation, des petites phrases, une impression. Elle n’a rien à voir avec une politique, au sens noble du terme, action pour le bien commun de la cité, tournée vers des résultats.  La fuite en avant va se poursuivre voire s’accélérer. Un jour, à la faveur de tel ou tel incident, l’illusion va se lever, la bulle se crever et l’effondrement d’un système sera vertigineux. Logiquement, en 2020, cette cassure pourrait se traduire par la dissolution de l’Assemblée nationale, dont la majorité est largement composée de socialistes retapés, d’un coup de pinceau hâtif, en opportunistes, au sens électoral et historique du mot.

Seule une révolution des mentalités, de l’intelligence collective, de la lucidité d’un peuple peut sortir la France de l’impasse. Il faudrait que les Français ouvrent les yeux. Le système est stupide, archaïque, monstrueux de bêtise. Il repose sur la sublimation d’une idole médiatique pour masquer tout le reste: l’effondrement de l’Europe et la désintégration de la France, l’impuissance publique qui atteint un niveau historique. Mélenchon, Hamon, Macron, le Pen, ou autres, sont exactement de la même catégorie: celle des néons destinés à aveugler la nation. Plus personne ne gouverne rien, ne dirige rien. Tout n’est que paraître, frime, gesticulation. Le salut ne peut venir que des entrailles de la nation, de la résurrection  de son intelligence  collective, aujourd’hui anéantie. Sortir du despotisme narcissique et impuissant pour replacer le bien commun, l’intérêt général, la res publica, la chose publique, l’action au service de la nation, au premier plan de politique. C’est une révolution de l’intelligence collective qui est nécessaire. Elle commence par la base. Bien sûr il faut des leaders, non pour pavoiser, mais pour animer et coordonner cette révolution des mentalités. Rien n’est possible sans le retour à la lucidité de la nation. C’est là que tout se joue.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Tribune pour le Figaro

La polémique ne passe pas. Elle a commencé fin mai 2018, et persiste dix jours plus tard. Le slogan d’un tract des Républicains, « Pour que la France reste la France », a soulevé un vent d’indignation. Les critiques proviennent essentiellement de la formation elle-même, y compris de ses plus hauts dignitaires. Les oppositions idéologiques à LR, dans la presse, les médias et les autres partis, se gardent d’en rajouter: le travail de sape interne est largement suffisant: Ils s’entretuent fort bien entre eux. Les citer, les uns après les autres, en pleine opération d’autodestruction, suffit amplement à leur malheur…

Les critiques se focalisent sur deux points. Le message serait, selon ses détracteurs, dans une logique de « surenchère frontiste ». Un refrain qui scande la vie politique française depuis des décennies: en l’absence d’argument, il suffit d’assimiler toute parole déviante avec « les idées du front » pour en discréditer l’auteur. Mais en l’espèce, cette méthode de dénigrement se heurte à une impasse: le même slogan a été utilisé à maintes reprises par d’autres, y compris par le parti socialiste en 2016!

Alors, la diatribe se concentre, en outre, sur la prétendue stupidité de la formule, qualifiée de « bébête », « simpliste », « idiote ». Pourtant, la critique qu’elle suscite ne brille pas non plus par l’intelligence. En vertu d’une certaine vision de la France, ouverte et moderne, il serait scandaleux de souhaiter que « la France reste la France. » Mais dès lors que la France est belle, en quoi est-il choquant qu’elle veuille rester elle-même? Et que dire de la cohérence de responsables politiques, se revendiquant de l’appartenance à un courant politique issu du gaullisme, et choqués par le principe d’une « France qui reste la France »?

La querelle, à la fois surfaite et disproportionnée, en dit long sur long sur l’état de la vie politique française.

Le guerre des chefs et la chasse à l’homme sont à l’oeuvre. De polémique en polémique, la priorité absolue des adversaires de Laurent Wauquiez consiste à diaboliser ce dernier, l’affaiblir pour en faire un paria et provoquer sa chute. L’enjeu ne se situe pas sur le plan du débat d’idées. Lors des primaires de 2016, tous les candidats LR partageaient une vision commune sur la nécessité d’améliorer la maîtrise de l’immigration, de lutter contre le communautarisme et l’insécurité, thèmes qui inspirent l’actuel président de LR. L’ensemble des responsables LR sont pleinement d’accord sur la nécessité d’apporter des réponses aux préoccupations grandissantes des Français sur ces sujets fondamentaux.

Non, la querelle est purement carriériste: abattre Wauquiez pour prendre sa place. Elle illustre, plus généralement, la violente déchéance d’une vie politique française qui, de l’extrême gauche à l’extrême droite, se limite de plus en plus à des affaires d’ego narcissiques, ballotés entre idolâtrie et lynchage. Le culte de la personnalité, quintessence d’un abrutissement collectif, est en train de tuer la politique au sens noble du terme, la démocratie, la notion de vérité, le débat d’idées en vue du bien commun.

Autre leçon de cette polémique absurde: le champ de l’expression admissible ne cesse de se restreindre. L’idéologie post nationale, dominante dans les élites dirigeantes ou influentes, se développe en opposition à la nation et tout ce qui s’y rattache, une histoire, une langue, un Etat, des frontières, une solidarité. Au fil du temps, invoquer la France, une France qui veut rester la France, devient une attitude suspecte de nationalisme obtus et de repli identitaire. Il faut donc voir, dans cette réaction hostile au tract polémique, la force du conformisme, l’impératif de penser correctement, éviter d’être considéré comme « populiste », l’infâmie suprême. La polémique illustre l’abîme entre la France dite « d’en haut », politique, médiatique, intellectuelle, et la majorité silencieuse. 79% des Français sont fiers d’être Français (contre 19%) selon le sondage CEVIPOF sur la confiance (2016). Quatre cinquièmes des Français veulent donc, en toute logique, que la France reste la France.

Que faut-il souhaiter pour l’avenir de la France? Que les dirigeants LR – le seul parti susceptible d’offrir une solution d’alternance raisonnable et ambitieuse, répondant à l’attente des Français sur leurs graves sujets de préoccupation – en finissent avec les querelles de cour de récréation, avec l’obsession présidentialiste qui atteint, quatre ans à l’avance, les sommets de la mégalomanie et la certitude de défaites électorales futures; qu’ils privilégient les idées et le projet sur les slogans ou les polémiques, et qu’ils donnent l’exemple d’un collectif uni et motivé par un seul but, le bien de la France et la préparation de son destin face aux gigantesques défis d’un monde en pleine déstabilisation. 79% des Français, fiers d’être Français, le leur demandent.

 

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Les dangers d’une compromission

Voici ma dernière contribution au Figaro Vox. Les appels à une alliance entre Les Républicains et la République en marche en vue des municipales me révulsent, presque autant que les appels à une compromission avec le lepénisme. Laissons de côté l’aspect détestable des magouilles politiciennes, dans une ambiance où tout n’est que trahison, retournements de veste, mensonge, gavage des cerveaux et mépris des gens. Ce qui me choque encore plus, c’est la bêtise, le refus d’ouvrir les yeux. Nous allons sans doute vers des temps difficiles. Le monde marche vers une situation chaotique: retour du protectionnisme américain préparant une grave crise économique et financière; mouvements migratoires hors de contrôle; fanatisme et terrorisme jihadiste répandus dans la nature et risque d’un bain de sang à venir. Dans peu de temps, un an, deux ans, il est vraisemblable que le rejet du pouvoir actuel sera dramatique. Donc la France aura besoin une opposition crédible et puissante pour ramasser les cendres de l’autorité et reconstruire le pays. Si les Républicains ne sont pas capables d’offrir, collectivement, une solution d’alternance ambitieuse et réaliste, fondée sur le bien commun, l’intérêt général, dans un rejet ferme et absolu de la tentation narcissique et vaniteuse qui empoisonne la vie politique de ce pays, comme aux heures les plus sombres de l’histoire, nous verrons débarquer le mal absolu sous le visage de l’extrémisme.

Maxime TANDONNET

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Sur fond de retour des périodes électorales, notamment des municipales de 2020, des rumeurs de rapprochement entre les Républicains (LR) et la République en marche (LREM) commencent à se répandre. M. Christophe Castaner, délégué général de LREM, a lui-même ouvert la perspective d’ alliances de ce type.

Cette démarche n’a rien de suprenant dans la politique moderne. Elle reflète la disparition du débat d’idées et de projets, au profit d’une vision de la politique dominée par l’obsession narcissique: brouiller les pistes en 2020 pour préparer au mieux les présidentielles deux ans plus tard. Une partie des troupes de LR devrait être tentée de répondre à cette main tendue qui aurait l’avantage de garantir la préservation ou la prise de nombreuses mairies dans le cadre d’une sorte de Yalta électoral: à nous l’Elysée et le Palais Bourbon, à vous les mairies et le Sénat.

Pourtant, au-delà des avantages apparents et immédiats qu’elle offre, cette formule serait suicidaire pour LR et dramatique pour la France.

Tout d’abord, les Français ont horreur des arrangements politiciens. Une telle manoeuvre serait ressentie comme attentatoire à la démocratie. Elle priverait les électeurs, une fois de plus, d’un choix de société, donnerait le sentiment que les deux partis, organisés en force centrale, n’ont d’autre préoccupation que de se répartir les fromages. 87% des Français ont une image négative de la politique actuelle (CEVIPOF) et plus de 50% se sont abstenus aux législatives de 2017, un record absolu. Comment creuser encore davantage la fracture entre les élites dirigeantes et le peuple? Comment détourner encore plus les Français du suffrage universel?

La succession des sondages défavorables pour LR depuis le début de l’année ne préjuge en rien du futur. La solution d’une entente avec LREM serait un choix de courte vue. Les perspectives d’avenir pour le pays, dans son environnement européen et international, devraient au contraire inciter les dirigeants de LR à s’opposer clairement à toute forme de compromis.

La position de LREM est en effet d’une extrême fragilité et LR n’a aucun intérêt à prendre le risque de se laisser entraîner dans la chute d’une force centrale à laquelle elle serait associée. LREM repose tout entier sur l’image présidentielle. Or, tout laisse penser que celle-ci est en voie d’effritement. Perçue comme froide, auto-centrée, éloignée des Français, indifférente au sort des plus faibles (retraités, handicapés, victimes de la pauvreté), elle se maintient à flot par un soutien paradoxal d’une partie de la droite, impressionnée par la dureté des mouvements sociaux qu’elle attribue à la « fermeté » sur certaines réformes. Une déception sur les fond des réformes et sur les résultats obtenus, dans les mois ou années à venir, peut entraîner une effondrement dramatique et généralisé de la confiance dans le pouvoir en place.

Le mouvement de l’histoire ne joue pas en faveur de LREM. Son idéologie est axée sur une identification intégrale au système bruxellois. Or, après le Brexit, le désastre de la libre circulation Schengen, les crises grecque, polonaise et hongroise, espagnole aujourd’hui italienne, les réserves allemandes face aux perspectives françaises d’un renforcement bureaucratique, un climat de révolte populaire généralisé, cette vision technocratique de l’Europe est à contre-temps de la marche du monde et de toute évidence vouée à l’échec. L’avenir appartient bien au contraire à la créativité et à l’audace de ceux qui accepteront l’idée d’une refonte de l’Europe sur le respect des démocraties nationales.

La France est aujourd’hui exposée à de graves tensions, voire au risque d’une déstabilisation, liées à la poussée des flux migratoires illégaux, au communautarisme, à la menace du terrorisme djihadiste, dans un climat d’aveuglement et de conformisme qui a peu de précédent historique. A cela s’ajoute la perspective d’un ralentissement économique voire d’une nouvelle crise, probable dans les années qui viennent alors que le pays n’est jamais sorti du chômage massif et de la morosité. C’est pourquoi, au-delà des intérêts de personnes et de la course aux satisfactions de vanité, fléau de la politique française, ce pays a besoin d’une opposition crédible au pouvoir actuel et susceptible d’assurer la relève. Il serait désastreux d’abandonner le monopole de l’opposition aux Insoumis ou à l’inverse, au lepénisme. La possibilité d’une alternance à la fois ambitieuse et raisonnable est la condition absolue de survie la démocratie et, dans un pays qui étouffe, du retour de l’espérance.

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LR: « Pour que la France reste la France »

ENTRETIEN AVEC LE SITE ATLANTICO

1 Dans un sondage IFOP du 18 avril, Laurent Wauquiez se positionnait timidement à 8%. Et alors que les divergences internes se multiplient, le tract polémique « Pour que la France reste la France » a relancé les accusations de droitisation du parti. Si les détracteurs évoquent une connotation proche du FN,  certains rappellent que cette formule a déjà été utilisée par le passé. François Mitterrand, Nicolas Sarkozy et même Emmanuel Macron ont pu faire usage. Comment analysez-vous la polémique autour de ce tract ? Peut-on y voir une certaine dérive de la droite d’aujourd’hui ?

Il y a clairement une idéologie dominante post nationale qui n’est pas favorable à la nation et tout ce qui s’y rattache, un Etat, des frontières, une solidarité. La France est considérée comme un cadre dépassé, ringard, passéiste. Pour les élites dirigeantes, l’avenir se joue au niveau de l’Europe et de la planète, mais le cadre national est lui-même dépassé. D’ailleurs, il est incompatible avec un principe central de la modernité, l’individu roi, sans frontière, sans racine, sans communauté de rattachement. L’idée nationale était jadis de gauche. Elle a été délaissée depuis plusieurs décennies par les partis de gouvernement et les hommes politiques, qui l’ont abandonnée aux formations anti-systèmes. Il faut donc voir dans cette réaction au tract polémique la force du conformisme dans les milieux influents ou dirigeants, l’impératif de penser comme tout le monde, éviter d’être populiste, l’infâmie suprême, de paraître moderne, et pour cela mépriser une idée en voie de diabolisation, celle de nation. Mais cette vision idéologique est l’affaire des élites influentes ou dirigeantes. Elle ne concerne pas la majorité silencieuse qui reste attachée à la nation comme le montre le sondage CEVIPOF sur la confiance (2016) : 79% des Français sont fiers d’être Français (contre 19%).

2 « Dans l’entourage de Laurent Wauquiez, « on cherche encore ce qui est choquant. » » Peut-on lire dans le JDD du 03 juin. Pensez-vous que cette formule aurait moins choqué quelques années auparavant (dans la bouche de Nicolas Sarkozy par exemple). Qu’est-ce qui a changé ?

Il faut aussi prendre en compte le contexte politique. A l’intérieur du camp Les Républicains, les guerres des chefs continuent à faire rage en vue de la prochaine élection présidentielle. Derrière la polémique interne on retrouve la chasse à l’homme, la volonté de faire chuter Wauquiez, en tout cas d’abîmer son image. Et puis plus généralement, on sent bien ce qui va se passer dans les années à venir. Il y aura une collusion des élites dirigantes ou influentes, dans leur majorité, pour s’acharner sur LR et éviter sa renaissance. Le rêve des milieux dirigeants ou influents: limiter la vie politique à un affrontement entre l’actuel président et les partis anti-systèmes de droite comme de gauche. Quatre ans à l’avance, ils pensent, à tort, assurer ainsi à coup sûr l’élection de leur champion en 2022 ce qui est un calcul hasardeux… Dès lors, nous sommes aujourd’hui dans la logique d’une chasse permanente contre LR et tout sera prétexte pour affaiblir et abattre la seule opposition ayant de prime abord une chance raisonnable de provoquer une alternance. Le moindre geste, la moindre parole donnera lieu à un procès en sorcellerie. Ce contexte politique est évidemment pour quelque chose dans cette polémique absurde. Mais ce ne sera pas la dernière.

3 Quelles sont les répercussions possibles à court terme et à plus long terme sur la vie de ce parti ?

Il faut voir, selon la réaction des dirigeants de LR. Si le procédé d’intimidation fonctionne, le risque serait de voir l’équipe actuelle renoncer à défendre la nation, les frontières, l’autorité de l’Etat, tous ces principes désuets et maudits, pour se fondre avec l’idéologie post nationale. Dès lors, l’échec sera inévitable. Ce qui peut distinguer les Républicains de LREM, c’est justement de s’appuyer sur l’idée nationale et sur l’attachement sans honte à la France. Si les républicains renoncent à parler de la France, ils seront inévitablement broyés entre LREM et le parti lepéniste. Leur véritable chance est bien au contraire de ne pas céder à l’intimidation et de revendiquer haut et fort la fierté d’être Français, en se situant à la rencontre d’une France fière de son histoire, de sa culture de sa langue, mais aussi d’une France ouverte sur la modernité, les technologies, le rayonnement international. La France des Républicains devrait être celle qui protège les Français contre l’instabilité planétaire et assure leur destin commun. Tendre la main au 79% qui sont fiers d’être Français: ce devrait être la ligne de conduite de LR nonobstant tous les obstacles qui seront mis sur son chemin.

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Contre la tentation totalitaire

Bonjour Maxime,

Le destin de la France n’est plus dans les mains du peuple souverain, mais dans celle d’une oligarchie qui dévoile de plus en plus ses desseins. Aujourd’hui la ministre de la culture est claire :

– création d’une «plateforme commune de décryptage des fausses nouvelles». Le gouvernement et la justice seront seuls habilités à « peser » ce qui doit être diffusé, ou pas.

– l’audiovisuel public doit devenir «le miroir de nos différences».

– les chaînes et radios du groupe doivent changer les mentalités sur le terrain « des FRANÇAIS HAUTEMENT RÉACTIONNAIRES »

– Quant aux « mâles blancs » : « En plein discours, un clin d’œil était même lancé à Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, pour approuver ses propos de 2015 sur les «mâles blancs» trop nombreux à l’antenne: «Delphine, tu n’es plus seule».

Bientôt le Goulag et les hôpitaux psy ?

http://www.lefigaro.fr/medias/2018/06/04/20004-20180604ARTFIG00044-le-gouvernement-presente-ce-matin-sa-reforme-de-l-audiovisuel-public.php

Si la Droite ne réagit pas en lançant un vaste mouvement de colère et protestation dans tout le pays, alors elle ne sert plus à rien.
Désespérant.

Amicalement,

Annick

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De pire en pire

Dernier psycho-drame du jour, le slogan des Républicains, « pour que la France reste la France », suscite une virulente polémique. Bien entendu les chiens de garde  sont ulcérés. Mais une partie des partisans de LR montent au créneau en hurlant à la réaction, au lepénisme, au racisme, etc. Pourquoi pas au fascisme et au nazisme?

L’argument des imbéciles: ce slogan ringard, rétrograde, donne l’image d’une France repliée sur elle-même. Ils ne sentent même pas la contradiction de leur argumentaire: si la France est, comme ils le disent, par essence ouverte sur le monde, le progrès et la modernité, une France qui reste la France, reste, par définition, ouverte sur le monde, le progrès et la modernité!

Mais peu importe la logique. Nous ne sommes pas dans la logique, ni dans la raison, mais dans la peur, peur du qu’en dira-t-on, peur du regard des autres, peur du lynchage médiatique. La vérité, c’est que l’étau se resserre, l’étau de l’idéologie dominante, de la pensée uniforme, du conformisme total. Toute parole, toute idée, toute image, suspectée de s’éloigner un tant soi peu d’une ligne officielle, est désormais maudite. La vérité, c’est que nous avons sombré dans la soumission à une idéologie totalitaire d’un genre nouveau, fondée sur la sublimation narcissique de l’individu-roi,  la haine viscérale de toute frontière et de toute nation. La vérité, c’est que le mot France sera bientôt maudit, s’il ne l’est pas déjà. Car c’est bien cela l’enjeu. Si la formule, « la France reste la France » est scandaleuse, c’est bien parce que la France est scandaleuse. La vérité, c’est que le tourbillon de bêtise et de lâcheté a tout emporté sur son passage.

Maxime TANDONNET

 

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Après l’Italie, la France

La crise italienne touche aussi la France. Le sentiment général y est exactement le même. Le fond du problème tient à la crise de la démocratie, cette impression d’un milieu politico-médiatique, déconnecté de la nation, et qui ne fait même plus semblant de l’écouter, sur l’immigration, la menace terroriste, l’économie, l’emploi, la fiscalité, le social et le pouvoir d’achat.  Le système politique français, présidentialiste, étouffe des tensions qui s’expriment plus ouvertement dans un régime parlementaire italien. Son avantage n’est qu’apparent, car il vaut mieux parfois que les tensions s’expriment à l’échelle politique, la crise permettant de repartir sur des bases assainies. Les refouler en permanence, derrière l’impression de rigidité et d’indifférence des dirigeants ne peut que favoriser les explosions. Si les choses se poursuivent de manière linéaire, la France risque un drame absolu en 2022. Le climat de rejet sera tel qu’un dangereux chaos combinant désespoir, violence et démagogie, s’ouvrira devant le pays. Quatre ans, c’est beaucoup, et ce n’est pas grand chose. Le seul espoir d’éviter le pire est l’émergence d’une force d’opposition républicaine et démocratique, crédible, ayant bien conscience des drames et des tensions qui se nouent en ce moment, sur la question européenne et celle des frontières, sur l’économie et le social. Si nous ne parvenons pas, en quatre ans, à mettre en place cette force d’alternance, qui devra être obsédée par le seul bien de la France et en finir définitivement avec le système narcissique, nous courrons au désastre absolu à côté duquel mais 68 apparaîtra comme une gentille plaisanterie.

Maxime TANDONNET

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L’idiocratie

L’Italie vient de se doter d’un gouvernement « antisystème » dirigé par M. Conte. Il n’a rien de sympathique et son programme démagogique de dépenses massives, notamment de création d’un revenu d’assistanat de 780€, pour 9 millions d’Italiens, le rend même détestable.

Mais ce choix de l’Italie s’inscrit dans une tendance lourde. L’Angleterre est en train de réaliser son Brexit. La Pologne et la Hongrie sont en état de quasi sécession. L’Allemagne écarte les propositions bureaucratiques et socialisantes de la France, prenant ses distances (budget et impôt zone euro). Le système Schengen de la libre circulation, fleuron de la construction européenne il y a quelques années, principe intouchable, tabou absolu, est aujourd’hui en capilotade.

Nous sommes sur un phénomène historique: la désintégration du monstre bureaucratique mis en place depuis Maastricht en 1992. Les phénomènes migratoires, que l’Union n’est pas parvenue à maîtriser, en sont la cause majeure, mais aussi cette impression tragique de confiscation de la démocratie par un groupe infime de bureaucrates déconnectés des réalités. Ce mouvement ressemble à s’y méprendre à l’explosion de l’URSS communiste de 1985 à 1991. C’est ainsi une constante de l’histoire: tout monstre bureaucratique, tout empire est voué au désastre et à la destruction.

Mais le plus frappant, c’est la cécité des classes dirigeantes face à  un phénomène qui se déroule devant leurs yeux. Elles ne veulent rien voir d’un monde qui s’effondre devant elles, sous leurs yeux. Plutôt que de prendre acte d’une désintégration et de réfléchir à de nouvelles perspectives, un renouvellement de l’organisation politique du continent, le choix qui est fait est celui du déni.

Là aussi, nous sommes face à une constante de l’humanité: l’aveuglement volontaire, le devoir d’idiotie. La politique colonialiste de la fin du XIXe siècle se traduira cent ans plus tard par un désastre (guerres de décolonisation, flux migratoires). A l’époque, presque personne ne veut ou ne peut le voir. Les nationalismes du même XIXe siècle conduiront à l’hécatombe et au massacre de 15 millions d’hommes en 1914-1918. Nul, en cette période, n’est capable de s’en rendre compte. L’idéologie et les politiques pacifistes des années 1920 et 1930 aboutissent à l’apocalypse de 1940. Qui le voyait?

Voici une constante de l’histoire de l’humanité: la bêtise maîtresse de ce monde, le pouvoir de l’idiocratie. Les diplômes ne sont d’aucun secours: X, HEC, sc po et autres. L’intelligence officielle est sans rapport avec l’intuition profonde du monde et des choses qui est hélas rarissime. Sans doute, la classe dirigeante française est-elle un peu plus crétine et obtuse que la moyenne. N’est-ce pas elle qui mise, à contre-temps, sur le renforcement d’un monstre bureaucratique en cours de décomposition? La bêtise, moteur de l’histoire, nous la voyons chaque jour un peu plus à l’oeuvre.

Maxime TANDONNET

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Lynchage médiatique

Il est difficile d’exprimer à quel point le lynchage médiatique du président Sarkozy me révulse. Il est parfaitement légitime et démocratique de ne pas l’aimer et de fustiger même violemment la politique qu’il a essayé de mener. Mais ce lynchage médiatique, ce passage à tabac d’un homme jeté à terre et lâchement roué de coups de pieds par la foule anonyme des médias, m’inspire la plus grande répulsion. Il va de soi que ce mélange de délation, de calomnie, de haine aveugle, venimeuse, de torture morale, la gégène médiatique, totalement banalisé, généralisé, accepté, sans la moindre esquisse d’une preuve tangible en dehors de documents douteux et de déclarations par les sbires d’une dictature sanglante renversée, a quelque chose d’épouvantable. Et quel silence, de ses « amis » politiques et des intellectuels!  La peur, la lâcheté, la bêtise, le conformisme d’essence totalitaire, qui rappelle les heures les plus sombres de l’histoire. La peur, la lâcheté, l’ignoble conformisme, la tyrannie du troupeau médiatique bêlant de peur, de lâcheté et de conformisme.  Non, ce n’est pas de la loyauté de ma part. Car je dirais strictement la même chose pour tout responsable politique, pour Mélenchon, pour Besancenot, pour Mitterrand, pour Hollande, pour le Pen ou Macron.  Ce n’est pas de la loyauté, ce n’est rien d’autre qu’un violent dégoût. C’est le lynchage médiatique d’un homme, d’un bouc émissaire national, qui est à vomir. Il n’est plus là. Il ne reviendra pas. Alors que signifie ce harcèlement? Il est de l’ordre de l’instinct pervers, du gibier de potence que l’on pourchasse, du taureau dans l’arène, dont le public attend la mise à mort. Le monde médiatique s’enivre de méchanceté, recouvre par le bastonnage collectif, ce défoulement morbide, toute la médiocrité et la déliquescence d’une France d’en haut qui part en capilotade dans un climat de bêtise et de lâcheté, mélange empoisonné de fiel haineux et de servilité absolue, qui a peu de précédent, mais qui en a quand même quelques-uns…

Maxime TANDONNET

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« Fausses rumeurs »

Sur RMC, François Hollande a tenu des propos doucereux envers Nicolas Sarkozy, pour la première fois sans doute, dès lors que l’ancien président socialiste fondait son élection en 2012 et son mandat sur la vague médiatique de l’anti-sarkozysme.  Les thèmes qu’il a choisis pour ce début d’esquisse d’une réhabilitation à ses yeux, ne sont pourtant pas les meilleurs. Il dénonce deux faux procès faits à son prédécesseur:

Celui de l’achat d’un avion présidentiel long courrier, pour des centaines de millions d’euros, qui permet au chef de l’Etat  d’atteindre des destinations lointaines (Australie) sans escale: question de prestige selon lui et de commodité.  Que le coq gaulois sur ses ergots, avec son air Force one, imite le président américain, ne m’inspire personnellement aucune fierté. Mon orgueil de Français: un pays qui retrouve le plein emploi et la croissance, sans bidonvilles dans ses cités, sans zones de non droit ni quartiers coupe-gorge, une France indivisible, dont le communautarisme aurait pris fin, une France sans la violence qui hante la vie des plus fragiles, sans la dette publique égale à son PIB, une France où tous les écoliers sachent lire, compter, écrire sans fautes d’orthographe, une France démocratique dont les citoyens auraient de bonnes raisons d’aller voter et de ne pas s’abstenir à 60%. A terme, un pays est respecté pour ce qu’il est vraiment et non pour sa capacité d’esbroufe. Plus le temps passe, et plus le clinquant, la frime, la vanité, la prétention, tous ces masques d’une débâcle en profondeur, me deviennent insupportables.

Celui de la Lanterne, cette résidence luxueuse, confisquée  en 2007 au Premier ministre. Le président en aurait besoin « pour se reposer » selon l’ancien chef de l’Etat. Faux: il n’en a pas besoin, pas plus que n’importe quel citoyen. L’Elysée, avec ses appartements de fonction, ses salons immenses, son parc de deux hectares, dans le plus prestigieux quartier de Paris, avec ses myriades de serviteurs, permet une qualité de la vie fort raisonnable, dont beaucoup de Français, qui vivent en HLM, se contenteraient largement.

Pour avoir connu cette époque de l’intérieur, il y a d’autres souvenirs de Sarkozy qui le différencient, en bien, de ses successeurs, que les histoires (ridicules) d’Air force one et de la Lanterne : son immense compassion et humanité pour ses compatriotes dans la détresse (qu’il rencontrait quotidiennement), sa simplicité absolue dans le contact avec les gens, son franc-parler, son envie profonde, même maladroite, même parfois vouée à l’échec, d’agir concrètement et authentiquement dans l’intérêt de ses compatriotes. Ce sont des choses que savent ceux qui ont lu mon livre ci dessous… Des vertus qui, depuis son départ, sont noyées dans un grand fleuve de médiocrité. 

Maxime TANDONNET

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Sauveur providentiel ou homme d’Etat?

Il est une constante de la vie politique française: quelles que soient l’humeur de l’opinion et les idées dominantes, il n’est possible de prendre le pouvoir et de l’exercer, qu’à la condition qu’un leader soit en position d’incarner l’espérance. Sans doute faut-il y voir un phénomène de psychologie collective: les Français ont, de fait, par delà les idées, besoin d’un visage qui personnalise le pouvoir. Le projet ne suffit pas. Les électeurs doivent aussi pouvoir s’identifier à un homme ou une femme.

Le camp des républicains qui ne sont ni socialistes, ni extrémistes, a toujours eu besoin d’un chef pour l’emporter et pour occuper le pouvoir: Millerand de 1920 à 1924, Poincaré de 1926 à 1929, Tardieu de 1929 à 1932, de Gaulle de 1943 à 1946, puis de 1958 à 1969. Cette espérance s’est incarnée en Georges Pompidou et VGE de 1969 à 1981. Dans les années 1980 à 2007, par intermittence au pouvoir, elle eut pour leader Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy, le dernier de ses chefs à exercer les plus hautes responsabilités.

Le retour des républicains au sommet de l’Etat passe par l’émergence, dans les années à venir, d’une personnalité susceptible d’incarner une réponse aux préoccupations des Français. Une majorité d’entre eux sait ce qu’elle veut: une baisse des impôts et de la dette publique, une réorientation de la construction européenne dans un sens plus démocratique, une maîtrise effective des flux migratoires, le redressement du niveau scolaire, la sécurité face au terrorisme et à la délinquance, un retour de l’autorité de l’Etat, une amélioration du pouvoir d’achat surtout pour les plus fragiles. Reste un point décisif: une personnalité qui inspire la confiance.

La tâche est complexe. Il y eut une accumulation des déceptions, par exemple Jacques Chirac, élu en 1995 sur une promesse de pouvoir d’achat et de lutte contre la fracture sociale puis appliquant une politique de rigueur. L’influence médiatique est prépondérante sur l’image des politiques qui dépend largement de l’exposition télévisuelle qui leur est accordée. La manière dont la candidature Fillon a été saccagée aux présidentielles de 2017 est symptomatique de ce facteur déterminant. Une succession de scandales tonitruants depuis 2010 a eu pour effet de miner toujours davantage la crédibilité de la politique auprès des Français, se traduisant pas une abstention massive.

Alors, quel leader pour la France?

La vie politico-médiatique se focalise, depuis quelques années, sur une succession de présidents de la République qui ont fondé leur mandat sur une mise en scène de leur personnage. Cette exaltation du « je » avec la bénédiction du monde médiatique, se présente sans doute comme l’habillage ou le masque d’une tragédie dans les profondeurs du pays, qui combine le chaos sociétal, le déclin économique et intellectuel, la montée des violences, l’impuissance et le renoncement sous toutes ses formes.

Dans ce contexte, il est légitime de s’interroger sur le « chef » susceptible de redonner l’espoir à une partie de l’opinion découragée ou dégoûtée de la politique. Peu importe d’ailleurs le cadre institutionnel: futur président de la République ou grand Premier ministre qui, dans un contexte de chaos politique, en viendrait à marginaliser l’Elysée pour remettre la France à l’endroit.

L’avenir pourrait bien appartenir à un homme ou une femme ayant à coeur de s’effacer devant son projet, son engagement pour le pays et de placer l’intérêt général avant son destin individuel ou son image personnelle. Celui-ci ou celle-là dira « nous » plutôt que « je ». Il choisira le « faire » contre le « paraître ». Il se fera fort de mobiliser une équipe sur des objectifs plutôt que de pavoiser pour son propre compte. Tournant le dos à toute espèce de démagogie ou de posture, il aura pour unique mot d’ordre celui de vérité. Homme d’Etat, plutôt que sauveur providentiel, il ne cherchera à faire rêver personne, mais  à inspirer la confiance, privilégiera quelques réformes réalistes, modestes et néanmoins déterminantes, sur les grandes proclamations illusoires telle la « transformation de la France ».

Expérimenté, à l’écoute du pays, rassurant et protecteur face aux apocalypses de l’avenir, dans un monde en ébullition, se définissant comme un humble serviteur de la France et rien d’autre, il orientera son action sur les sujets de préoccupation des Français: niveau scolaire, sécurité, emploi, maîtrise de la frontière. Résolu à ne pas s’incruster, étant au service de la France et non de lui-même – ce qui suppose un homme ou femme assez intelligent pour avoir d’autres centres d’intérêt personnels que les attributs du pouvoir – il conditionnera toujours son maintien à la confiance du pays. Mais un personnage ayant ce profil a-t-il une chance d’exister?

Maxime TANDONNET

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Leçons d’un sondage (élection européenne)

 

Pour le site d’information Atlantico:

1- 27% des Français voteraient pour la liste LREM aux prochaines élections européennes selon un sondage IFOP pour Valeurs actuelles réalisé entre le 7 et 9 mai, laissant ses adversaires politiques à près de 10 points. Derrière ce résultat, il apparaît que le total des candidats « à la droite » d’Emmanuel Macron, de Laurent Wauquiez à Marine Le Pen en passant par Nicolas Dupont Aignan,Florian Philippot et François Asselineau atteint 39% du total des votes. Si ce score est inférieur au total du 1er tour de l’élection présidentielle 2017, Emmanuel Macron est aujourdhui perçu bien plus à droite que l’année passée, soit 50% de l’électorat contre un tiers en mars 2017 (IPSOS Mars 2017) . Comment expliquer ce qui apparaît comme une droitisation de l’électorat français ?  Celle-ci est-elle artificielle ? 

La droitisation est une réalité qui ne cesse de s’accentuer. Elle s’observe à travers le bas niveau du camp de gauche, soit 28% de l’électorat au total en additionnant, NPA, PS, FI, Verts ce qui est extrêmement faible. Il faut y voir une tendance structurelle de l’opinion publique qui correspond à des évolutions en profondeur de la société, notamment l’inquiétude sur les sujets régaliens, contrôle de l’immigration et des frontières, insécurité, menace terroriste, communautarisme. Et dans l’avenir, ce phénomène ne peut que s’accentuer. Mais il faut voir aussi que les comparaisons dans le temps sont troublées par l’indéfinition de la position de LREM. Un grand flou règne aujourd’hui à ce sujet. Selon des sondages, M. Macron est perçu à droite par 50% de l’opinion. Mais il est ressenti aussi par une partie de la gauche comme venant de son camp, celui des socialistes et de la gauche. Il est un ancien ministre du président Hollande et ses principaux lieutenants viennent du PS. Une grande partie des socialistes se reconnaît en lui et dans les valeurs qu’il incarne. Certes son libéralisme économique, en tout cas théorique, peut déplaire à une partie de la gauche. Mais il y a aussi aussi un certain libertarisme sur les sujets sociétaux, sans-frontiérisme et multiculturalisme, une culture de gauche qui se retrouve dans ses diatribes contre la colonisation. Cette équivoque, noyée dans un culte de la personnalité entretenu par les grands médias officiels, transcende les clivages. Elle est un trait essentiel de la vie politique française actuelle. Elle se dissipera un jour, mais nul ne peut dire dans quel sens…

2- Cette situation pourrait-elle être annonciatrice d’une poursuite de la reconfiguration politique à droite de l’échiquier politique français dans l’optique des élections européennes 2019 ? 

Plusieurs choses frappent à la lecture de ce sondage. L’absence de dynamique en faveur de telle ou telle formation. L’élan du FN qui était à 30% en 2014 est brisé. Le parti du président à 27%, cela reste moyen dans un contexte économique international très favorable. 15% pour LR et 14% pour FI, on est à des niveaux « normaux »… Mais également, le morcellement de l’échiquier politique: 5 mouvements à droite selon ce sondage et autant à gauche. Le grand avantage de LREM est qu’il existe en tant qu’entité unique alors que les autres sont dispersés. Mais sa position est aussi extrêmement fragile. LREM existe par la seule personnalité du chef de l’Etat son unique élément fédérateur. Or, une crise de popularité ou d’usure du pouvoir est inévitable à plus ou moins long terme compte tenu de la surexposition médiatique qui entraîne un phénomène de lassitude et polarise sur lui les échecs et les déceptions. Dès lors, le soutien électoral de LREM risque de fondre comme neige au soleil. Pour autant, il n’est pas certain que les déçus du macronisme, le centre gauche et le centre droit, se retrouvent dans les partis traditionnels qu’ils ont quitté. D’autres formations risquent d’apparaître. A droite comme à gauche, rien ne permet de croire à des accords d’état-major entre les partis violemment hostiles les uns aux autres. La décomposition devrait donc se poursuivre, nous ne sommes pas dans une logique de reconfiguration ou de recomposition. Le paysage politique risque de se trouver de plus en plus morcelé et instable. Dans ce chaos, ce qui finit par prédominer, c’est l’allégeance de l’opinion à des personnages, des figures médiatiques. La désintégration de la politique en tant que débat d’idées et de projets, se traduit par son basculement dans l’idolâtrie. Ce n’est pas une bonne chose pour la démocratie.

3- Quels sont les enjeux pour Emmanuel Macron vis à vis de cet électorat de droite majoritaire ? Quelle est la vulnérabilité du « en même temps » d’ici aux élections ?

La politique française ne cesse de basculer dans le virtuel et de se déconnecter du réel. Le discours LREM sur la « transformation de la France » fonctionne plutôt bien. Il ne donne lieu à aucun doute dans la presse et les médias. C’est très étrange d’ailleurs, que si peu d’experts ou journalistes s’intéressent au fond des sujets. La loi sur la moralisation de la vie politique, les ordonnance sur le code du travail, la réforme de la SNCF, ont fait coulé beaucoup d’encre et suscité de véritables polémique. Mais bien peu se sont posés la question: qu’est-ce qui change vraiment? En quoi il y a-t-il « transformation » de la France? De fait, en se penchant sur la question, on voit mal en quoi les réformes auraient un impact sur les grands sujets du pays, ses prélèvements obligatoires les plus élevés d’Europe, sa dette publique de 100% du PIB, les contraintes réglementaires pour les entreprises. Si demain, les résultats ne sont pas au rendez-vous, en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de sécurité, le retour de bâton risque d’être violent. Les Français auront l’impression d’avoir été floués. Si ce phénomène de prise de conscience se produit avant les élections européennes, nous risquons d’assister à un effondrement rapide de LREM et d’avoir des surprises en faveur de tel ou tel mouvement selon la dynamique du moment dans des conditions qui sont aujourd’hui totalement imprévisibles. Bref, tout peut arriver lors de ces élections y compris un nouveau record d’abstention!

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Lecture: Histoire du Moyen-Âge, Georges Minois, Perrin 2016

Certains livres d’histoire ont l’avantage de nous inviter à prendre de la hauteur et à relativiser les aléas du quotidien. Cette histoire du Moyen-Âge est un ouvrage fascinant car il embrasse en 520 pages 1000 ans d’histoire du continent européen, de l’Ecosse à Constantinople… Cette synthèse admirable a l’avantage de traiter à la fois des événements politiques, les phénomènes économiques et sociaux, et l’évolution des idées, la vie intellectuelle.

Le Moyen-Âge commence en 476, quand le chef barbare Odoacre contraint le dernier empereur d’Occident, Romulus Augustule à abdiquer et se proclame roi d’Italie.  L’ouvrage met en valeur la succession des phases de progrès du monde occidental et les plongées de l’humanité dans le chaos. Il donne l’image d’un éternel retour, d’une histoire cyclique où alternent les périodes d’élévation et de rechute aux abîmes.

Ainsi, Clovis, de son vrai nom Clodweg,  à partir de 482, dont la légende est issue du récit de Grégoire de Tours, par la violence et la guerre, sa victoire contre les Alamands à Tolbiac en 496, par son mariage avec Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Burgondes, sa conversion et son baptême entre 496 et 500, parvient à placer sous la domination du royaume franc un territoire correspondant plus ou moins à une partie de la France actuelle.

Mais à sa mort, ses quatre fils se partagent le royaume et la dynastie mérovingienne, cette « famille épouvantable« , comme écrit l’auteur, déchirée entre deux entités politiques dominantes, la Neutrie à l’Ouest et l’Austrasie à l’Est, sombre dans un chaos sanguinaire: « Les quatre fils de Clotaire Ier poursuivent la tradition du fratricide. Caribert meurt le premier en 568; ses frères se partagent sa part; en 575, Frédégonde, épouse de Chilpéric, fait assassiner son beau-frère Sigesbert. L’épouse de ce dernier, Brunehaut, entreprend de le venger. Réfugiée à à Rouen elle se remarie avec son neveu Mérovée, le propre fils d’un premier mariage de Childebert, son beau-frère et épouse de Frédegonde. Cette dernière fait assassiner Mérovée et son frère Clovis, mais en 584, son mari Chilpéric est à son tour assassiné […] Son fils Clotaire II, qui cherche toujours à venger l’assassinat de son père Chilpéric par Brunehaut, finit par s’emparer de celle-ci en 613 « 

En certaines périodes, toute notion d’intérêt public, de bien collectif, semble se désintégrer sous l’effet de la démence mégalomaniaque des dirigeants et entraîne la communauté politique dans le gouffre de la barbarie.

L’histoire semble bégayer avec les Carolingiens, une grande famille austrasienne (établie sur une zone frontalière entre la France  et l’Allemagne actuelles): Charles Martel, Pépin le Bref, sacré roi des francs en 751, qui s’allie avec le pape puis Charlemagne, empereur en 800 dont la souveraineté s’étend sur l’ensemble Europe occidentale. Nous ne sommes pas alors dans une logique nationale mais le royaume puis l’empire carolingiens visent à incarner la chrétienté, face au paganisme à l’Est (lutte contre les Saxons) et face à l’islam au sud, lui-même déchiré entre factions multiples. La renaissance carolingienne s’appuyant sur un Etat autoritaire (les Missi dominici), étroitement imbriqué avec l’Eglise, est une période de progrès intellectuel, marquée par un essor littéraire, philosophique, historique (Adalard, Agobard, Jonas d’Orléans, Loup de Ferrière, Jean Scot Erigène). Ces auteurs ne nous disent plus rien, mais depuis la fin de l’antiquité, ils marquent la première renaissance de la pensée en Occident.

Mais l’Occident se déchire de nouveau et replonge dans la barbarie. L’énorme empire carolingien n’était qu’un « géant aux pieds d’argile (sic) » et sombre à nouveau dans la division. Le successeur de Charlemagne, Louis le Pieux, se montre influent et indécis. Ses trois fils aînés, Lothaire, Pépin et Louis, se révoltent contre leur père. Avec le traité de Verdun, en 843, à sa mort, ils se partagent l’empire: Charles le Chauve, l’Ouest (la future France), Louis le germanique, l’Est (la future Allemagne), Lothaire, une bande centrale, la Lotharingie, de la mer du nord à l’Italie et le titre d’empereur.

« Après la mort de Charles le Chauve, en 877, l’Europe occidentale entre pour plus d’un siècle dans une phase d’indescriptible chaos, sans doute la période la plus confuse de l’histoire médiévale« . L’Occident sombre alors dans l’anarchie. L’autorité politique comme l’autorité morale du pape ont disparu. L’Europe est frappée par l’invasion des Vikings qui remontent les fleuves et exterminent les populations. Des hordes sauvages dévastent les campagne. Cette période est dominée par l’affrontement entre la papauté et l’empire d’occident, ressuscité par Otton 1er en 962.

Le XIe au XIIIe est une période de retour à la stabilité politique, avec par exemple l’élection d’Hugues Capet à la tête du royaume franc et l’essor de la dynastie capétienne. La vie sociale et politique s’organise autour de la féodalité, les liens personnels d’allégeance et de fidélité entre le seigneur et son vassal, une construction pyramidale extrêmement solide, dont le roi de France est le sommet, l’honneur et la religion chrétienne en sont le ciment.

Une période de renouveau intellectuel, culturel technologique se met en place. Le progrès se manifeste sous toutes ses formes, culture (troubadours), littéraire (roman de la rose), religieux, architectural et technologique (construction des grandes cathédrales), économique et commerciale avec les grands marchés et l’industrie textile, la pensée autour de la tentative de concilier foi et raison. « Tout commence en l’an 1000, lorsque le moine Gerbert d’Aurillac compose son traité Du rationnel et de l’usage de la raison« , le développement des universités et des villes. L’essor de l’occident se traduit par son expansionnisme à travers les Croisades. Pendant ces trois siècles de prospérité et de progrès dans tous les domaines, la population de l’Europe occidentale s’accroît considérablement: elle double ou triple passant à une cinquantaine de millions de personnes.

Et puis, pour des raisons incompréhensibles, inconnues, qui semblent échapper à toute explication rationnelle, à partir d’une date que l’auteur situe aux alentours de 1315, l’Europe plonge de nouveau dans les ténèbres. Elle est frappée par les « Cavaliers de l’Apocalypse« , la guerre, la famine et la peste. Plusieurs catastrophes climatiques, des hivers d’une extrême rigueur suivis de pluies diluviennes et de sécheresse, entraînent  d’épouvantables famines.

En janvier 1348, trois galères accostent dans le port de Gênes. « La mort venue d’Orient a débarqué, probablement avec les puces des rats qui étaient à bord. La peste bubonique la plus virulente, la plus contagieuse, transmissible par l’air, se répand de façon foudroyante« . Aucune région de l’Europe n’est épargnée. « La mort noire » provoque une hécatombe: 35% de la population européenne est exterminée, jusqu’au moindre village, 80% de la population de grandes villes. Le territoire actuel de l’Ile-de-France perd la moitié de ses habitants. « Les vivants, paniqués, sont débordés par le nombre de morts que l’on ne peut enterrer assez vite […] Le peste noire peut-être la plus grande catastrophe de l’histoire européenne, a été une sorte de répétition générale de l’apocalypse, illustrant jusqu’à la caricature les comportements de l’humanité placée dans des conditions extrêmes: résurgence des instincts primaires, fragilité du vernis civilisateur, égoïsme féroce, irrationalité et contradictions de l’esprit humain, absurdité de la condition humaine jusque dans l’extraordinaire résilience de l’espèce humaine. »

De nombreuses guerres se déclenchent dans toute l’Europe, dont la guerre de Cent ans entre la France et l’Angleterre, entraînant d’effroyables tueries dans les campagnes. Les chefs de guerre, livrés à eux-mêmes, se donnent pour objectif de terroriser et d’exterminer les populations. « Un modèle du genre est la chevauchée du Prince noir en Aquitaine [et ses troupes] , détruisant systématiquement tout sur leur passage, tuant hommes et animaux, brûlant récoltes et villages […] Satisfait le Prince noir, digne cavalier de l’Apocalypse, écrit à son père le roi (d’Angleterre): Nous avons dévasté et détruit cette région ce qui a causé une grande satisfaction aux sujets de Notre Seigneur le roi. »   

La Renaissance, autour de la constitution des Etats-nation et d’un prodigieux essor intellectuel, scientifique et technologique sortira enfin l’Europe de ce chaos infernal dès la fin du XVe siècle.

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Ce récit ouvre un abîme de perplexité concernant la condition humaine et la connaissance du passé invite inévitablement à penser l’avenir.  Au-delà de l’explication climatique, comment expliquer l’alternance de cycles où les sociétés, sous l’impulsion de quelques-uns, se prennent en main, s’organisent (féodalité, Empire, Etat-Nation), se  donnent un destin et entrent dans une dynamique de progrès intellectuel, technologique, moral, toujours suivi de rechute dans la barbarie, le chaos et et l’apocalypse. L’humanité du XXIe siècle est-elle toujours fondamentalement la même, ou a-telle changé de nature avec la technologie, les progrès de la connaissance et la mondialisation? L’ère de relative prospérité et paix que nous connaissons est-elle vouée à se prolonger éternellement ou sommes nous toujours, l’espèce humaine, soumis à des cycles de progrès et de rechute générale dans le chaos et la barbarie,  exposé au retour de  l’apocalypse? Je n’ai hélas que des questions et pas de réponses à apporter!

Maxime TANDONNET

 

 

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« Prestige de la fonction présidentielle »

Dans une interview passionnante et remarquable, le philosophe M. Marcel Gauchet, se félicite d’une « restauration de la fonction présidentielle ».

Le thème est à la mode est un large consensus dans la France médiatique, intellectuelle, journalistique, politique, prévaut sur ce point: le « prestige de la fonction présidentielle » a été restauré.  Qu’il nous soit permis de nous intéresser à ce phénomène qui relève largement de la psychologie collective.

Le prestige de la fonction présidentielle touche à la forme, l’allure, l’apparence, la posture, la représentation, l’image donnée. Il est courant d’affirmer que M. Sarkozy, par sa nervosité, et M. Hollande, par son allure débonnaire et sa logorrhée, « desservaient la fonction » au contraire de l’actuel titulaire, qui par sa prestance, sa jeunesse, son allure et de sa silhouette, la rehausse, au dedans comme au dehors.

Or, même dans une monarchie, comme dans une république, cette idée me semble à la fois illusoire et malsaine. Le mot prestige a une signification bien claire: Illusion dont les causes sont surnaturelles ou magiques (Robert). Invoquer, comme un but en soi, « le prestige de la fonction », est une manière avérée de mépriser les citoyens, considérés comme les dupes potentiels de l’illusion, de causes surnaturelles et magiques.

Alors, vaut-il mieux parler de respect de la fonction? Chacun ressent la respectabilité d’une fonction selon ses valeurs personnelles. Ainsi, pour un citoyen qui déteste furieusement la vanité, sous toute ses formes, la considérant comme la quintessence de la bêtise et de la vulgarité, il sera infiniment plus respectable, de la part d’un responsable politique, de descendre spontanément dans la rue et de parler sans ostentation avec les passants, que de fanfaronner comme un paon à l’occasion d’une cérémonie solennelle ou devant les caméras de télévision.

La seule vraie question qui compte: qu’est-ce que la dignité, (ou l’honneur), d’un responsable public? De fait, elle ne tient qu’à l’accomplissement de son devoir: se retrousser les manches et se salir les mains, en humble serviteur du pays, en ouvrier de la nation qui le rétribue. Elle se définit uniquement par  l’action en faveur du bien commun: restaurer l’autorité de l’Etat face à la violence et au chaos quotidien qui détruisent la liberté, assurer la sécurité, maîtriser les flux migratoires, baisser massivement les impôts et la dette publique, améliorer le pouvoir d’achat, renouveler l’école et l’intelligence collective, réduire le chômage de masse et la pauvreté. En finir avec le terrorisme islamiste (qui vient encore de frapper).

Telle est la véritable et la seule dignité qui compte. Le fameux « prestige de la fonction », dont les médias et la presse se gargarisent, n’a aucun rapport avec l’intérêt général. Les responsables politiques n’ont pas pour mission de pavoiser, mais d’améliorer le quotidien des Français et de préparer l’avenir. Le reste, le « prestige de la fonction », dans  une société  médiatique malade d’obséquiosité et privée de repères intellectuels, n’est qu’un leurre, un écran de fumée et le paravent d’une déliquescence dans les profondeurs du pays.

Maxime TANDONNET

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Paris, de nouveau ensanglanté par la barbarie

Un nouvel attentat islamiste a été commis à Paris dans le quartier de l’Opéra. Un jeune homme de 29 ans a trouvé la  mort, égorgé. Dans ce genre de situation, on éprouve une gigantesque et indescriptible compassion envers les parents, la famille, les proches de la victime. On se dit que ce pourrait tout aussi bien être un frère, un enfant, un ami et on est saisi d’une pensée insoutenable, une douleur insupportable devant la barbarie absolue, du sang versé pour une idéologie sanguinaire qui rappelle les pires atrocités de l’histoire. Le discours fataliste proclame qu’il « faut s’habituer à vivre avec le terrorisme ». Non, on ne s’y  habituera jamais.  245 personnes ont été massacrées en France depuis trois ans. La première mission d’un Etat est de protéger ses citoyens contre la barbarie: obligation de résultat et pas simplement de moyen. Non, on ne s’y habituera jamais et on ne doit pas s’y habituer. Une résistance, c’est d’abord le refus de s’habituer au pire. La banalisation du terrorisme en France, depuis 2015, n’est pas le résultat d’une fatalité mais le signe d’un échec collectif. Il faudra bien avoir le courage d’admettre et de formuler cette évidence.

Maxime TANDONNET

 

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Barbarie et lâcheté françaises

Depuis la semaine dernière, à Arcueil la cité des examens, à Tolbiac, à Nanterre, à Science Po et dans plusieurs facultés, des étudiants sont empêchés, par la violence, de passer leurs examens.

Il faut comprendre ce que cela représente pour eux: une, deux ou trois années de sacrifices à bosser pour préparer leur avenir dans les privations et l’angoisse de l’échec. Une année intense, de passion et d’engagement personnel, de souffrance aussi, tendue toute entière vers un examen dont le but est de leur ouvrir la porte d’un métier, d’un avenir et d’une liberté. Et vlan, tout un projet, tout un rêve qui s’effondre.

Je connais bien les étudiants, étant enseignant dans plusieurs universités. Je les aime aussi, pourquoi ne pas le dire et j’ai envie de les aider. Je sais ce que représente pour eux cette épreuve initiatique qu’est l’examen final, la récompense d’un travail et pour des jeunes qui ont souvent une vie difficile sans ressources, ou contraints de travailler le weekend et la nuit, un espoir d’entrée dans la lumière d’une profession et d’une liberté.

Etre privé de la possibilité de passer leurs examens, par des groupuscules extrémistes barbares, à l’image du chaos français, est une souffrance, la souffrance d’une injustice qu’il est difficile d’exprimer. Les étudiants sont des personnes qui veulent s’en sortir par le savoir et la culture, par l’intelligence. Les empêcher de passer leurs examens est un acte de violence barbare, criminel, contre les personnes, contre la liberté et contre la civilisation.

Mais le pire peut-être tient à l’indifférence d’une société médiocre et jalouse. Laisser faire une chose pareille est le paroxysme de la lâcheté et de la non assistance à personne en danger.  Lâcheté absolue, indifférence, violence extrémiste, chaos, barbarie: où va la France?

Maxime TANDONNET

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Avenir de l’opposition républicaine (et de la France)

Voici mes réponses, données à l’occasion d’un entretien croisé avec M. Bruno Jeudy, pour le site Atlantico, concernant l’avenir de l’opposition républicaine – et de la France. Il me semble qu’une course contre la montre s’engage en ce moment. Je doute fort des chances d’un remake de 2017 en 2022. Le modèle du pouvoir en place est extrêmement fragile et précaire. Le pari sur l’image médiatique sublimée, déconnectée de toute base solide dans le pays (élus locaux, parti, France profonde) conduit probablement, en cinq ans, à l’impopularité, à l’usure et au rejet viscéral. Pire: rien ne permet de penser que les grands problèmes du pays (écrasement fiscal, dette publique, communautarisme, immigration illégale, violence, déclin scolaire, pauvreté, chômage de masse) seraient en voie de règlement ou d’amélioration. Il est donc impératif que l’opposition républicaine parvienne à s’organiser en rejetant toute tentation narcissique – qui la conduirait à son tour à l’abîme –  et en se fondant sur le débat d’idées et l’intérêt général du pays. Rien ne serait plus insupportable de bêtise que de vouloir se donner aujourd’hui un candidat à la présidence de la République, qui sera exposé à la vindicte médiatique, à un désastre inévitable, alors que l’expérience montre que la victoire à l’ élection présidentielle se dessine toujours au dernier moment. Et si l’opposition républicaine ne parvient pas à se mettre au travail, et à en donner le sentiment, empêtrée dans ses haines intestines et ivresses de soi, nous aurons en 2022 l’aventure, le chaos, le déchirement et la destruction du pays. La responsabilité qui pèse sur les épaules de l’opposition républicaine, dès aujourd’hui, est colossale.

Maxime TANDONNET

Le parti de Laurent Wauquiez est depuis plusieurs mois dans une situation délicate. Divergences internes, manque de leadership, sondages catastrophiques (Laurent Wauquiez est à 8% dans un sondage Ifop du 18 avril). Quelles conséquences entraîne ce « décrochage » en interne ? Comment un parti comme LR peut-il affronter cette déroute ?

Les causes de cette situation difficile sont multiples. D’abord, elle tiennent au retrait d’une génération de personnalités politique de LR qui n’a pas été remplacée: Nicolas Sarkozy, François Fillon, Alain Juppé… Le vide se fait cruellement sentir. Ensuite, LR subit la conséquence de la recomposition politique. Le président Macron et LREM occupent une place centrale sur l’échiquier politique, à l’image des radicaux-socialistes de jadis, qui séduit la moitié des sympathisants du parti socialiste et la moitié de ceux des Républicains. L’espace de l’équipe dirigeante LR est donc fortement retréci. Entre LREM et le FN, la marge est étroite. Enfin, le plus grave et le plus déterminant tient à l’antipathie des médias envers Laurent Wauquiez. Après une prestation réussie à l’Emission politique en début d’année, le chef des LR a été éreinté, lapidé à la suite de l’enregistrement clandestin de son cours à l’école de commerce de Lyon et de propos tenus en privé. L’occasion était trop belle et nous avons assisté à un lynchage médiatique en bonne et due forme…Passage à tabac, puis effondrement dans les sondages: son compte était bon… Ce décrochage prive LR d’une dynamique interne. Une équipe interne a été désignée pour préparer le « projet », mais pour l’instant, le mouvement est inaudible. Nous ne ressentons aucun effet collectif de mobilisation ou rassemblement autour du leader. Les dirigeants de LR semblent dans l’attentisme et le scepticisme. Le mouvement est pour l’instant privé d’unité, de volonté, d’espérance, « d’envie », comme disait Sarkozy. Oui, il ne faut pas se voiler la face, l’équation politique est extrêmement compliquée.

Quelles sont les répercussions possibles à court terme et à plus long terme sur la vie de ce parti? Notamment dans la perspective des élections municipales, puis européennes ?

LR a des atouts importants en profondeur. Les valeurs du camp des républicains, que LR devrait porter, relatives à l’autorité de l’Etat, la maîtrise de l’immigration, la réduction des impôts et de la dette publique, le renouveau de l’école, la lutte contre le communautarisme, sont largement majoritaires dans le pays. Son implantation locale dans les régions, les départements, les communes, reste significative. La position de force du pouvoir macronien et de LREM est fragile. Elle tient à une étrange sublimation médiatique à la radio et à la télévision, à une conjoncture économique internationale favorable, au relatif succès d’un discours autour de « la transformation du pays », qui de fait, relève en grande partie de la mystification. Malgré ce contexte avantageux, les sondages sont en réalité très mitigés pour le pouvoir en place. Bref, les dirigeants actuels sont eux aussi dans une situation de fragilité. Ils misent sur une image providentielle, ultra médiatisée, au risque d’un basculement et d’un rejet viscéral qui peut se produire à tout moment avec l’usure du pouvoir, la lassitude, l’absence de résultats. La question est de savoir si les LR seront alors présents pour offrir une solution d’alternance crédible aux Français. Il serait absolument suicidaire pour LR de vouloir imiter le succès de M. Macron en cherchant une idole à lui opposer. Les Français, écoeurés par le système du « sauveur providentiel », n’y croiront plus. En outre, les médias ne laisseront pas faire et se déchaîneront une fois de plus contre toute tête susceptible d’émerger du lot. LR doit jouer sur une toute autre carte: non à la guerre des chefs, non à la fuite dans le narcissisme, mais oui à la relance du débat d’idées. LR doit opposer au culte de la personnalité une culture de l’intérêt général, de la vérité, et du bien commun. Pourquoi ne pas réunir ses parlementaires, ses élus régionaux, départementaux et des grandes communes, ses intellectuels, pour mettre en place un parlement de l’alternance? Bref, jouer la République contre l’idolâtrie. Les Français attendent un message de rassemblement et d’unité… Le temps des candidatures viendra, mais avant, il faut reconstruire les fondements de la maison et une crédibilité au service de la France.

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France du oui, France du non (Figaro Vox)

TRIBUNE POUR LE FIGARO VOX:

La France « d’en haut », la France médiatique, célèbre en ce moment le premier anniversaire de l’élection du plus jeune président de l’histoire, à moins de 40 ans. Il est une autre commémoration, désormais enfouie dans l’oubli de cette même France d’en haut, sa plus grande défaite de l’histoire contemporaine, l’échec du référendum sur la Constitution européenne, le 29 mai 2005. Treize ans déjà, et le séisme de la défaite du oui ou de la victoire du non, paraît totalement oublié, refoulé dans les couches profondes de l’inconscient collectif.

Et pourtant… L’anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron a donné lieu à une avalanche de sondages d’opinion. Par le plus étrange des paradoxes, les résultats relatifs à sa cote de confiance coïncident précisément avec ceux du référendum de 2005. Le non l’avait emporté avec 55% des suffrages. Le dernier sondage IPSOS donne 55% de mécontents de l’actuel chef de l’Etat. Dans le détail, le niveau de satisfaction, par préférence partisane, correspond à peu près exactement aux résultats du 29 mai 2005. Les centristes, donc LREM, sont contents du bilan d’un an de présidence à 93%. Les Républicains sont déchirés, comme lors du référendum : 51% de favorables, 49% mécontents. Les socialistes sont dans une situation identique à celle de 29 mai 2005 : 41% de favorables, contre 59%. Mais surtout, les grands bataillons des anti-Macron se retrouvent dans les secteurs de l’opinion qui votèrent massivement contre la Constitution européenne, pour des raisons différentes : seuls 22% des électeurs du FN sont satisfaits de bilan de Macron, et 15% des sympathisants de la France insoumise.

Tout se passe comme si, malgré le déni absolu d’un événement dont plus personne ne parle, la victoire du non au référendum de 2005, celui-ci continuait à définir les lignes de partage de la politique française et à déchirer le pays. Le président Macron est de tous les présidents français, le plus enclin à revendiquer son engagement en faveur du renforcement de l’Union européenne. Il a ainsi plaidé en faveur d’une « souveraineté européenne », synonyme de fédéralisme, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait fait. Les réformes (même d’ambition modeste) qui ont été engagées depuis un an sont clairement présentées comme la conséquence de l’application du droit européen, notamment les évolutions du code du travail et la modification du statut de la SNCF.

L’actuel président, à la différence de ses deux prédécesseurs, a choisi d’incarner le oui, ce oui battu en 2005, qui à travers lui, prend aujourd’hui sa revanche. L’histoire semble bégayer : le référendum de 2005 avait donné à lieu à une formidable mobilisation des médias et de la presse libérale en faveur du oui. Le même engouement, enthousiasme et unanimisme des éditorialistes et commentateurs agit, treize ans plus tard, en faveur de l’actuel président.

Nous assistons dès lors, aujourd’hui, à un raidissement du clivage entre la France du oui et la France du non. La première est plutôt urbaine, vivant dans les bons quartiers, formée dans les grandes écoles et les meilleures universités, privilégiée sur le plan économique et social ; la seconde se définit plutôt comme populaire, provinciale ou rurale, banlieusarde, moins ouverte sur l’Europe et sur le monde, connaissant des difficultés pour boucler les fins de mois, confrontée au chômage et parfois à la violence quotidienne. A cet égard, le « nouveau monde », supposé être issu de la victoire de M. Macron en 2017, est strictement identique à « l’ancien monde ». Pis : il attise les déchirures du passé.

Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne de 2007, voulait « réconcilier la France du oui et la France du non ». Depuis 2005, la classe politique française a largement échoué à réaliser cette réconciliation. Jamais la France du oui et la France du non ne se sont autant opposées qu’aujourd’hui. Le pouvoir actuel donne le sentiment d’avoir pris acte cet échec, et plutôt que de chercher à surmonter le clivage, de jouer sur la victoire du camp du « oui », considéré comme celui du bien, par l’humiliation du « non ».

Cette stratégie est-elle viable ? De fait, le non est toujours fortement majoritaire dans le pays, mais il est traversé de fractures irréductibles qui rendent impossible toute perspective de sa victoire électorale. C’est d’ailleurs à cela que servent les partis extrémistes, constamment mis en valeur par les médias : diviser pour mieux régner. Dès lors, il faut sans doute se résoudre, pour les années, les décennies à venir, à la domination politique de la France du oui, même ultra-minoritaire. Cette politique de gouvernement minoritaire, sur le long terme, est dramatique car elle sape les fondements de la confiance en la démocratie, aggrave l’abîme entre les élites et le peuple, et ne cesse de déchirer la France, préparant les fractures à venir. La sublimation de l’image présidentielle correspond à un écran de fumée destiné à couvrir cette faille profonde qui déchire la société française.

La seule issue possible serait l’émergence d’une nouvelle équipe politique, déterminée à transcender la déchirure entre la France du oui et la France du non, en réunissant une vaste majorité de Français autour d’un ambitieux projet fondé sur le renouveau de l’école, la lutte contre la violence, la pauvreté et la fragmentation du pays, la réduction des impôts et de la dette publique, le renforcement de l’autorité de l’Etat pour protéger les libertés, la maîtrise de l’immigration, l’aide au développement… Mais nous n’en sommes pas là.

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