L’air du temps

En cet été 2019, un lourd parfum de décomposition empoisonne l’air du temps. Le chaos et le désordre se banalisent dans la rue et la peur  gagne de tous côtés. Les violences commises dans le cadre d’une compétition sportive, 200 interpellations à l’occasion de la finale Algérie-Sénégal, soulignent une nouvelle poussée des désordres nihilistes, sans raison et sans but et l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat. L’image de ces commerçants et restaurateurs, sur les Champs Elysées, barricadant les vitrines de leurs boutiques, est à l’image de la peur ambiante. En parallèle – chaos d’en bas, chaos d’en haut – , la délation de la pire espèce, des photos prises clandestinement lors d’un dîner déstabilisent un gouvernement. C’est désormais une habitude qui s’impose, courante et acceptée. Les polémiques s’enchaînent de toutes sortes, suscitées par la moindre parole. Tout le monde surveille, soupçonne et menace tout le monde. La lâcheté frappe au quotidien, nourrie d’indécision et de couardise. Le lâchage, le largage de M. de Rugy par ses amis, ses alliés, les plus hautes autorités du pays, après une brève hésitation, est un chef d’oeuvre du genre, un fantastique chef d’oeuvre de lâcheté. Lui-même qui bénissait deux ans et demi auparavant le lynchage de M. Fillon, est bel et bien un arroseur arrosé et ne récolte que ce qu’il a contribué à semer. Mais le sort qui lui a été réservé est celui, potentiel, de tous les hauts responsables de ce pays qui bénéficient tous, sans exception, de salons et de crédits de réception, de cuistos, leur permettant de recevoir et de gaver leurs invités, sinon de homard, de langouste ou de caviar. Une épée de Damoclès est désormais suspendue au-dessus de leur tête. L’arrogance est bien souvent la contre-partie de la peur. Il n’empêche qu’un air du temps putride s’est installé sur le pays. Il procède du nihilisme et du narcissisme ambiant. Quand la double obsession de l’image personnelle et de la préservation à n’importe quel prix des privilèges matériels et de vanité écrase toute autre considération, la vie publique fait naufrage dans une sorte de marécage croupissant d’où rien de positif ne saurait sortir. Il n’est plus question de gouverner ou de diriger quoi que ce soit, mais de sauver les apparences. La France se noie dans le futile et l’anecdotique et le pouvoir politique n’a jamais été aussi faible et fragile. Une guerre couve au Moyen-Orient, entre les USA et l’Iran d’où pourrait sortir un bouleversement planétaire, dans l’indifférence générale d’une France anesthésiée par la médiocrité ambiante. Le réveil viendra, violent, dramatique, terrifiant.

Maxime TANDONNET

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Je me suis trompé

Il n’est pas interdit de reconnaître ses erreurs, d’admettre que l’on s’est sérieusement trompé … Il y a quelques années, je déplorais dans Figaro Vox le manque de renouvellement de la classe politique et en appelais, bien avant le séisme des présidentielles et législatives de 2017 à un renouvellement général.  De fait, mon article reflétant sans doute un climat, le renouvellement s’est produit, comme un tremblement de terre. Aujourd’hui, je ne puis que contempler les dégâts. Je vois les nouveaux issus du séisme qui s’agitent, les Grivaux, les Rugy, les Mme Sybeth ou Mme Saillet, les Vallini,  les Tache, etc, etc, etc. Ces quelques noms me viennent spontanément à l’esprit mais ne sont que le reflet d’un phénomène bien plus global. Non qu’ils ne soient sortis de nulle part: ils existaient bien avant, mais sous un autre manteau. Il me semble que leur arrogance et leur médiocrité, morale comme intellectuelle, égalent voire dépassent l’arrogance et la médiocrité du monde d’avant. Les visages ont certes changé, mais le fond n’est pas mieux, sinon encore pire… Aux maux de l’ancien monde ils en ont même, dans certains cas, ajouté un supplémentaire, la vulgarité. A l’époque, comme beaucoup, je sentais venir le big bang politique. Je n’avais pas vu de quelle catastrophe il allait accoucher. Je me suis trompé. Et tout le problème du recrutement politique est posé. Pourquoi la politique française ne produit, pour l’essentiel, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qu’autant de désastres, à tout point de vue.  Et ce n’est pas une affaire de Grandes Ecoles qui auraient tout monopolisé, comme le veut la rumeur simpliste et démagogique. D’aucuns ont fait Sc Po ou HEC, certes, mais ils ne sont pas pires que les « autodidactes » sans formation et sans diplômes, passés par les officines politiques, l’UNEF par exemple, recrutés comme attachés parlementaires souvent par réseau familial et passés ensuite par les cabinets ministériels avant d’être parachutés. Le fond du problème tient à l’image de la politique dans la France contemporaine. Sauf exception – j’en connais – les plus valeureux d’une génération, sur le plan moral et intellectuel, choisissent sans hésiter le monde de l’entreprise, de l’université, du droit, des lettres ou de la recherche, plutôt qu’un univers politique réduit, en tout cas au sommet, à un spectacle médiatique guignolesque à l’image de cette  élue haut placée d’un parti politique recrutée dans une émission comique. La question de fond est là: comment rendre à la politique, à la démocratie française, ses lettres de noblesse pour en faire une activité digne des meilleurs et non des plus médiocres?

Maxime TANDONNET

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Démission de Rugy et la crise de régime

Les derniers événements sont dramatiques, pas pour M. de Rugy, mais pour le pays. L’élection de M. Macron s’était faite en 2017 sur le thème d’un « nouveau monde » de vertu qui devait succéder à l’ancien corrompu, incarné dans le Fillongate. Le nouveau monde s’est effondré avec l’affaire Benalla et aujourd’hui l’affaire Rugy. Et ce n’est sans doute qu’un début. La décomposition s’accélère, s’amplifie jusqu’à la nausée, jusqu’au vertige. Qu’est-ce que cette république des donneurs de leçon, marchands de vertu, qui se roulent dans leurs privilèges? Qu’est-ce que cette république des mouchards, des boites aux lettres, des officines de délation et de calomnie qui prospèrent sur le goût du lynchage, et cette effarante lâcheté?  Qu’est-ce que cette république de lâches qui prétendent servir le pays, mais ne servent que leur démence vaniteuse et fuient à la première secousse? Lâcheté, oui: il n’y a pas eu de jugement, pas même de mise en examen, pas même d’illégalité manifeste commise, pas mort d’homme, juste une polémique. Ses amis les plus proches qui lui juraient fidélité, sentant le vent tourner, ont crié haro sur le baudet. Innommable cynisme, innommable lâcheté. A ce rythme, pas un seul ministre pas un seul dirigeant politique ou gouvernemental, pas le moindre gouvernement n’est possible au-delà de quelques semaines. Dans un univers fondé sur l’image vaniteuse – plutôt que le service de la France – quand l’image est touchée, tout s’effondre.  Le régime dans lequel nous vivons est totalement foutu. Il repose sur la démence vaniteuse d’une poignée de médiocres qui n’ont pas d’autre objectif que de se gaver sur la bête et de se maintenir le plus longtemps possible sous les ors des palais dorés. La question n’est pas seulement de changer les hommes. Tant que la politique française ne retrouvera pas le sens de l’intérêt général et du courage politique, rien ne sera plus possible. Imaginez vous les uns et les autres, de l’extrême gauche à l’extrême droite, les idoles politico-médiatiques, dans pareil contexte? Il faudrait une autre approche de la politique, des hommes ou femmes totalement indifférents à leur image et à leur destin politicard, assez honnêtes pour se montrer irréprochables, assez fort pour mépriser les crachats, obsédés par le seul intérêt de la France. Mais rassurez-vous, cela n’existe plus.

Maxime TANDONNET

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Révolte ou révolution?

14 juillet 1789- 14 juillet 2019. Les événements de ces derniers jours nous renvoient au fameux échange entre Louis XVI et la Rochefoucault-Liancourt au soir de la prise de la Bastille: « C’est une révolte? Non, sire, c’est une révolution ». Les signes de troubles profonds dans la société française s’enchaînent: les proportions prises par l’affaire du « homard », les sifflets aux Champs Elysées, les arrestations de Gilets jaunes… Le pouvoir politique, mais au-delà, toute la classe dirigeante, la France dite d’en haut, font l’objet d’un rejet viscéral dans l’opinion. M. de R incarne en ce moment jusqu’au vertige un monde politique, économique, médiatique, que « les gens » ne supportent plus. Si l’affaire du homard provoque un déchaînement de colère, c’est par son caractère emblématique. Il n’y a plus de gauche, ni de centre, ni de droite, plus de confiance en aucun homme politique, du pouvoir ou des oppositions, mais le sentiment exacerbé, à tort ou à raison, de nantis qui bien loin de servir l’intérêt général, se servent sur le dos de la nation. La situation est explosive. Soit nous avons affaire à des événements isolés qui témoignent d’une colère mais qui demeurent éparpillés, et nous restons dans la logique d’une révolte. Soit l’embrasement se produit et nous basculons dans un mécanisme révolutionnaire. Ce n’est pas M. de R, la cause profonde du malaise actuel, même si rien ne peut excuser ce qui lui est reproché et le décalage entre le discours de vertu et les actes de celui qui profite de sa situation, comme d’ailleurs tout le monde à ce niveau. Mais il cristallise une profonde nausée collective qui tient à un régime, la Ve bis, désormais associé à la fracture démocratique, à ses mœurs délétères, à ses promesses non tenues, à ses mensonges, à sa mégalomanie, à son inefficacité, à son renoncement à servir le bien commun, à son narcissisme, à son mépris intrinsèque des gens et du pays. Le symbole est dévastateur. On est passé de la brioche de la reine au homard du président de l’Assemblée.  Cette tension, il y a bien longtemps que nous la sentons venir « C’est une révolte? Non sire, c’est une révolution. » Révolte ou révolution?

Maxime TANDONNET

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Questions sur un lynchage médiatique

Attention, dans mon propos de ce matin, il n’y a pas une once d’indulgence ni de sympathie, ni de compréhension, ni de complaisance. Mais juste des interrogations. Les révélations sur M. de R se multiplient et tombent de partout, jusqu’à la nausée: dîners, appartements, rémunérations, épouse etc, etc, etc. Tout sort en même temps, d’un coup et de partout. Il est impossible que cette convergence de dénonciations qui surviennent au même moment, ne soit pas organisée, calculée, voulue. Ce n’est pas complotisme que de faire un simple constat. Dans cette affaire il est impossible que tout ne soit pas manigancé par un groupe organisé de personnes qui ont réuni les informations et les ont fait fuité au moment opportun. Qui, comment, pourquoi? Je n’en ai pas la moindre idée. Une certitude également: au moins les deux tiers des hauts responsables de ce pays, publics, privés, politiques ou non politiques, sont susceptibles de faire l’objet de reproches analogues en fouillant dans leur vie privée. Ils sont les cibles potentielles d’une opération de déstabilisation générale. Nous assistons au triomphe d’une République des taupes, des boites aux lettres, des corbeaux, de la délation et des lynchages publics ou meurtres rituels. Plus rien ne tient debout, tout peut exploser à tout moment et nous sommes assis sur un baril de poudre.

NB: devant la déferlante d’injures dont ce blog fait l’objet, sous anonymat bien sûr,  proportionnellement à son audience, les commentaires « anonymes » ne seront plus publiés désormais. 

Maxime TANDONNET

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L’agonie du « nouveau monde »

Les élections présidentielles et législatives de 2017 se sont faites sur le thème d’un « nouveau monde » qui devait en finir avec l’ère des excès, des abus, de la corruption et des affaires. DSK, Cahuzac, « les sans dents », jamais plus. Et voilà que depuis deux ans, la situation a empiré: insultes qui expriment le mépris des nantis pour le peuple (les fainéants, « ceux qui ne sont rien », les Gaulois réfractaires); multiplication des scandales illustrant jusqu’au vertige l’arrogance de la classe dirigeante – celui de ce matin n’est pas le moindre. Le plus intriguant dans tout cela, c’est le manque de lucidité, de bon sens de la fine équipe issue des scrutins de 2017. Tout le monde sait depuis au moins 10 ans que les taupes, la délation et les boites aux lettres sont partout et que plus rien n’échappe à l’oeil  de big brother. Mais non, ils n’ont rien compris. Et tout continue comme si de rien n’était. Encore un donneur de leçon de première classe, pris la main dans le sac. L’image du homard géant est en soi dévastatrice, mais la défense de l’intéressé est hallucinante: « rester connecter avec le réel ». Le mépris des gens ruisselle de partout. Le sentiment d’une petite clique déconnectée et retranchée dans son bunker de privilèges et acharnée à les conserver le plus longtemps possible, tandis que le pays s’effondre (violence endémique, dette publique, impôt, chômage, communautarisme, pauvreté, migrations illégales, saccage de l’éducation nationale) s’attachera jusqu’au bout au quinquennat actuel. Ils n’ont rien compris. La candidature à la mairie de Paris de celui-là même qui ironise sur « ceux qui fument des clopes et roulent en diesel » n’est qu’un signe supplémentaire de cet aveuglement. Sur le crâne incliné de la scène politico-médiatique, la bêtise a planté son drapeau noir. En 2022, l’actuel occupant de l’Elysée et LREM ne seront évidemment pas réélus (s’ils tiennent jusque là…). Ce qui vient après? L’inconnue totale.  Il n’est pas de pire crétinerie que de croire encore à l’avènement d’un nouveau sauveur providentiel. Quoi, la leçon n’aura pas suffi?  A mes yeux, il n’existe plus qu’une solution valable: instaurer une démocratie à la Suisse, décentralisée, référendaire et représentative, fondée sur l’esprit civique, l’instruction populaire, le retour de la politique comme service du bien commun, et débarrassée de toute forme d’arrogance politicienne.  Vœux pieux : jamais cela ne se réalisera. Alors…

Maxime TANDONNET

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Menace sur la liberté d’expression

« Le texte impose aux plate-formes numériques un délai de 24 heures pour supprimer les messages « manifestement illicites à raison de la race, de la religion, du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap ». En cas de manquement, une sanction administrative d’un montant maximum de 4 % du chiffre d’affaires des « accélérateurs de contenu » pourra être prononcée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Le texte prévoit également de simplifier les procédures de signalement des contenus illicites via un « bouton unique ». (Les Echos).

Ce texte, voté aujourd’hui par l’Assemblée nationale, dit « loi Avia », bouleverse la conception française de la liberté d’expression. En principe, la censure préalable (a priori) n’existe plus depuis les loi républicaines sur la liberté de la presse – à l’exception de la période 1940-1944. En cas de débordements (incitation à la haine, diffamation, injure), la sanction prononcée par la justice intervient a posteriori, chacun étant responsable de ses écrits. Pour Internet, il n’y a aucune raison pour que ce principe de responsabilité ne s’applique pas – en s’en donnant les moyens.

Le projet de loi qui vient d’être voté par l’Assemblée nationale bouleverse cette logique: d’une part, la censure préalable est rétablie et devient même obligatoire en certaines circonstances; d’autre part les opérateurs privés d’Internet sont chargés de faire respecter eux-mêmes ce principe en pratiquant la censure préalable, sous la menace de lourdes sanctions financières, et non plus la justice et des magistrats formés dans ce but.  Bref, la justice privatisée, déléguée aux GAFA.

Or l’appréciation de ce qui est « manifestement illicite » est le plus souvent délicate et complexe, par exemple « à raison de la religion ». Avec ce texte, et l’énormité des amendes prévues, il va de soi que les opérateurs seront tentés d’interdire toute critique d’une religion – quelle qu’elle soit – ou d’une autorité religieuse susceptible de déclencher des polémiques. La moindre parole critique touchant une minorité, ou un sexe, un pays, une région, voire une personne, deviendra suspecte et sera exposée à la possibilité d’une censure. En somme, l’expression sur Internet sera placée sous surveillance. Voilà qui fait peu de cas de l’article 11 de la Déclaration de 1789: « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » 

Cette loi est à l’image d’une société et d’un pouvoir qui basculent subrepticement dans l’esprit totalitaire et qui méprisent la liberté. La liberté d’expression est ainsi martyrisée. Un conformisme étrange pèse déjà, depuis longtemps, sur les médias télé-radios. Désormais, l’objectif est de faire entrer Internet dans le rang. Au prétexte de « lutter contre la haine », (comme s’il suffisait de faire taire la haine pour la supprimer), on saccage la liberté d’expression au risque d’attiser encore plus la haine.  L’instinct grégaire fait rage à l’Assemblée nationale: 434 votes pour, 33 contre et 69 abstentions. La lâcheté et le renoncement sont en marche. Dans l’histoire, il se trouve parfois de gigantesques majorité pour abolir les libertés et la démocratie et une infime minorité pour s’en indigner. Demain, nous serons le 10 juillet…  Ce qui se passe est révoltant.

Maxime TANDONNET

 

 

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« Nouvelle démocratie », après la Grèce, la France?

Le mouvement Nouvelle démocratie a obtenu 40% des voies aux élections législative grecques, dimanche dernier, mettant fin à l’expérience Tsipras, mélange de démagogie et de cynisme qui a conduit la Grèce dans l’impasse. La France suivra-t-elle le même chemin en 2022?

Déjà, le choix d’un nom est un signe révélateur: Nouvelle démocratie est une belle appellation, infiniment plus attrayante que le sectaire « la droite » désormais totalement banalisé chez nous. Mais surtout, un formidable verrouillage s’est établi en France, destiné à empêcher l’alternance:

  • le présidentialisme conditionnant toute la vie politique à une élection présidentielle fondée sur l’émotion collective autour d’une image médiatique et donc aisément manipulable.
  • La mort du débat d’idées, de la confrontation des projets, au profit d’un système fondé sur le culte de la personnalité, le spectacle narcissique au détriment de la réflexion collective.
  • le déclin du niveau intellectuel lié à la crise de l’école ou la destruction de l’esprit critique qui brouille les repères, aveugle face à l’évidence (le macronisme comme poursuite, en pire, du hollandisme, le lepénisme comme son allié objectif) et se traduit par l’invasion des idolâtries et de l’émotionnel au détriment  de la raison politique.
  • l’esprit de servilité en faveur du pouvoir qui caractérise les média radio-télévision, certains segments de l’administration et de l’institution judiciaire (rôle du Parquet financier).
  • la force croissante des tabous, du politiquement correct et des entraves à la liberté d’opinion, qui pèsent de plus en plus lourd, comme un couvercle, sur la société française (sur les frontières, le communautarisme, l’autorité de l’Etat, les migrations, l’Europe, etc.), vouant toute dissidence aux gémonies.

Dans un tel contexte, l’alternance est-elle envisageable en 2022, dans moins de 3 ans? C’est plus de temps qu’il n’en faut pour s’organiser, se donner un nom – « Nouvelle démocratie » est un bel exemple – faire émerger des leaders crédibles, établir un projet raisonnable et populaire. En vérité l’avenir dépend des Français. Qu’est-ce qui l’emportera de la tentative d’abrutissement collectif qu’ils subissent en ce moment ou de la subsistance de la flamme de l’intelligence politique française susceptible de rejaillir à un moment ou à un autre? Une sorte de course de vitesse est engagée entre la crétinisation de masse et la persistance d’un bon sens populaire. Qui l’emportera à la fin?

Maxime TANDONNET

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La bac saboté

Il ne suffit plus au bac d’avoir été bradé, galvaudé par des décennies de démagogie. Tout le monde sait qu’il ne signifie plus grand chose en soi. Créé sous le premier Empire pour fonder la réussite sur les performances intellectuelles plutôt que sur l’héritage, il fut longtemps sélectif. Jusqu’aux années 1980, la taux de réussite était d’environ les deux-tiers. Aujourd’hui, il est de 90%. Or, il ne suffit plus de l’avoir bradé. Aujourd’hui, le bac est saboté. Des enseignants ont pris en otage des copies du bac qu’ils ont refusé de remettre. Une copie, dans l’enseignement, c’est quelque chose de sacré: le fruit d’un travail d’un étudiant susceptible de lui ouvrir la voie de la réussite. Prendre des copies du bac en otage est un acte de sabotage, de destruction. C’est une attitude qui fait penser au sabotage des usines d’armement françaises à la veille de la deuxième guerre mondiale. Le nihilisme: plus rien ne vaut, plus rien ne compte. La France d’en haut a craché sur les Gilets Jaunes pour avoir occupé des ronds-points. Mais il y a pourtant bien pire : la prise en otage des copies du bac. Quant à l’attitude des pouvoirs publics, elle donne l’image même de la lâcheté et de la démagogie. Il fallait à tout prix sauver les apparences – à 9 mois des élections municipales. Alors, tant pis pour les copies confisquées par les correcteurs. Plutôt que d’imposer le respect du droit et du devoir de tout enseignant, ils ont bricolé la prise en compte de la moyenne des contrôles continus des élèves concernés, ce qui ne veut absolument rien dire dès lors qu’il n’existe aucune garantie de cohérence et de rigueur dans le passage de ces contrôles continus et leur notation. Avec la déchéance du bac, créé il y a 200 ans pour fonder la réussite sociale sur la performance intellectuelle plutôt que l’entregent familial de l’aristocratie, c’est un pilier supplémentaire de la société française qui s’effondre. Dans l’état où il est, le bac devrait être supprimé une fois pour toute. Mais alors, il faudrait rouvrir le dossier explosif de la sélection à l’entrée de l’université: le tabou absolu. Tout plutôt que de devoir faire des choix, arbitrer, décider, en un mot gouverner. Le pouvoir politique, rongé par la lâcheté, la démagogie, le carriérisme, continuera de se pavaner plutôt que de devoir agir pour l’intérêt général.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Passions, Nicolas Sarkozy, éditions de l’Observatoire, 2019 (Pour Figaro Vox)

Le nouveau livre de Nicolas Sarkozy, Passion, diffère sensiblement de ses deux derniers, Libre (2001) et Témoignage (2006). Ces ouvrages précédents étaient centrés sur ses projets pour le pays, l’évocation de certains souvenirs personnels ayant pour objectif d’illustrer ou donner vie à ses idées. Passion a été écrit dans un objectif profondément différent. Il faut y voir avant tout un témoignage pour l’histoire et une réflexion sur la situation de la politique française. De toute évidence, ce document précieux pour la compréhension d’une époque, d’une lecture facile et passionnante, tient du meilleur de la littérature politique.

La presse et les media ont beaucoup mis l’accent, depuis la sortie de l’ouvrage, sur les flèches décochées envers ses adversaires et certains de ses anciens amis. Toutefois, l’ancien ministre de l’Intérieur – l’essentiel du récit s’arrête à 2007 – de page en page, ne s’épargne pas lui-même : « Ma tête avait tourné, trop de pouvoir, trop de réussites rapides, trop de promesse d’un avenir radieux. Je n’étais pas le premier à succomber aux vapeurs déroutantes des premiers succès médiatiques ». La sévérité qu’il exprime envers autrui est proportionnelle à ses attentes déçues. Mais cette sévérité, il l’applique avec la même rudesse à sa propre personne et aux erreurs qu’il admet volontiers.

La richesse de ce livre tient dans son authenticité. La personnalité de Nicolas Sarkozy s’y exprime sans fard, ni arrière-pensée, avec une franchise désarmante. A sa lecture, tout ancien collaborateur de l’homme d’Etat aura le sentiment de revivre une période de la vie publique nationale – l’ascension d’une figure clé de la première décennie du XXIe siècle en France.

L’ouvrage reflète à la perfection « Sarko » tel qu’en lui-même. L’affectif : « Il est mon ami, et jamais je ne pourrai oublier que, quand ma mère en a eu besoin, c’est son père qui lui donna du travail. » La sensibilité extrême : « Je ressentais une colère froide mais profonde contre ces tueurs de policiers et de gendarmes […] Il y eut la sonnerie aux morts. Puis la Marseillaise. Au moment où j’allais épingler la médaille [sur le cercueil], le petit me tira par la manche. Je me baissai pour qu’il puisse me parler à l’oreille : «Sors papa de la boîte. Sors-le ! » me dit-il en me regardant droit dans les yeux. L’énergie : « Je décidai donc de défendre et d’incarner la valeur travail. Je voulais la mettre au cœur de tout, en faire la priorité, commencer et finir par elle. » L’assoiffé d’unité : « Je voulais diriger la cathédrale, pas régner sur une chapelle. J’aspirais à rassembler le plus grand nombre, pas à dominer la secte de mes proches partisans ». L’orateur : « J’ai passionnément aimé ces corps à corps avec les foules rassemblées ». L’homme d’ordre : « Sans autorité, sans ordre, sans hiérarchie, sans sanction, la société revient à l’état naturel, c’est-à-dire, à la loi du plus fort. »

Pour les historiens qui se pencheront sur cette période de l’histoire politique française, « Passion » constituera une mine d’informations sur les coulisses des événements. Sans surprise, Nicolas Sarkozy revient longuement sur un événement qui l’a profondément marqué : « la crise des banlieues de l’automne 2005 fut sans doute l’une des plus difficile que j’ai eu à gérer durant toute ma carrière gouvernementale. Elle fut violente, longue, irrationnelle, communautaire, et, surtout, révélatrice de tous les problèmes que la société française s’était cachés à elle-même tout au long des trente dernières années. » Le récit tourmenté de ses déplacements sur le terrain auprès des policiers, sous les injures et les jets de pierre, de ses échanges houleux, en pleine crise, avec Jacques Chirac et Dominique de Villepin, jette une lumière crue sur le chaos qui s’est alors emparé de la classe dirigeante comme de la France populaire qu’il voyait en pleine désintégration.

Le regard que Nicolas Sarkozy porte sur la politique française est lucide et désenchanté. « Le spectacle a gagné en ridicule et en cruauté… Car naturellement, le réveil est douloureux pour tous ceux dont les rêves se transforment si rapidement en cauchemar. C’est comme s’il n’y avait plus désormais ni mesure, ni limite, Or, il n’y a rien qui exaspère davantage les Français que l’arrogance de ceux qui les dirigent. » Parlant de Simone Veil et de son mari Antoine : « avec eux, il n’y avait ni médiocrité, ni petitesse, ni calcul. Je n’ose imaginer ce qu’ils pourraient bien penser de notre actualité politique. » Non, le message de Nicolas Sarkozy n’est pas à l’optimisme ni à la béatitude, encore moins à la complaisance : « C’est sans doute dans cette absence de réactions fortes [à l’islamisme radical] chez ceux pourtant censés incarner ce qu’il devrait y avoir de meilleur dans la Nation, que se trouve la preuve la plus flagrante de l’état de décadence de l’Europe en particulier, et de l’Occident en général. » Un appel à la lucidité et au réveil avant qu’il ne soit trop tard ?

Maxime TANDONNET

 

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Brave new world (le « nouveau monde »)

C’est l’histoire d’une note interne qui a fuité, interne au cabinet du président de l’Assemblée nationale. Elle montre comment le parti du président de la République s’emploie à siphonner le parti socialiste (élus, sympathisants, électeurs) pour créer une force alliée au LREM qui se dénommerait « AGIR DE GAUCHE ». Cette pratique dénote toute l’hypocrisie du monde. Le parti soi-disant ni de droite ni de gauche, de fait, n’est rien d’autre que la réincarnation du parti socialiste dont le nom a changé, enrichi de quelques opportunistes qui ont vendu leur âme pour un maroquin. D’ailleurs, ce fait est confirmé par les jeux d’alliance aux municipales. La politique, l’esprit général sont identiques: augmentation des prélèvements, de la dette et des dépenses publiques, angélisme face à la violence et à la fragmentation du pays, désindustrialisation, réduction des frontières, communautarisme, augmentation des flux migratoires, mythe de l’affrontement eschatologique entre progressisme et populisme destiné à promouvoir le parti lepéniste et s’assurer ainsi de futures victoires électorales. Et la réforme de l’ISF, qui frappe le patrimoine immobilier mais exonère les placements financiers? Apothéose de la gauche caviar. Le supposé « nouveau monde » tourne à la tartuferie nationale et viendra bientôt nous faire regretter l’ancien. Mais le plus triste, le plus tragique est de songer que cette formidable mystification continue de faire des ravages dans quelques rangs supposés éclairés.

Maxime TANDONNET

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Digression sur l’actualité politique

Les sondages de popularité présidentielle se suivent et ne se ressemblent pas +6% selon Paris Match ce qui permet à Challenge de triompher en annonçant un « nouveau pic de popularité », – 2% selon un autre sondage , Kantar Figaro, quasi simultané. La vie politico-médiatique n’est plus rien d’autre qu’une sorte de spectacle virtuel organisé autour d’une icône élyséenne dans son show quotidien.

L’esbroufe ne sert qu’à dissimuler la réalité d’un pays en pleine désintégration, un pays entré dans une logique d’effondrement qui s’accélère à vue d’œil: violence et chaos quotidien qui tournent à la terreur pour ceux qui le vivent (Valence), perte des repères éthiques les plus élémentaires (chantage aux copies du bac), crise migratoire sans fin, haine banalisée à tous les niveaux, explosion de la pauvreté et des inégalités, records du monde d’enrichissement pour les 14 plus grandes fortunes françaises, désindustrialisation du pays, chômage massif – comparé aux autres pays industrialisés – invraisemblable effondrement intellectuel du pays, naufrage de la vie politique et gouvernementale dans l’absurde, affaiblissement de l’autorité de l’Etat face aux désordres, saccage des libertés publiques, banalisation des affaires de corruption, médiocrité affligeante des prétendus politiques (voir la course à la mairie de Paris!),  aggravation stupéfiante de la bêtise idolâtre politico-médiatique autour de chimères grimaçantes, de l’extrême gauche à l’extrême droite et l’extrême centre (qui ne vaut pas mieux que les deux autres extrémismes).

Non cela n’est pas du « déclinisme », ni du pessimisme, ni de la misanthropie. Il suffit d’ouvrir les yeux, de les ouvrir cinq minutes. Les gesticulations politico-médiatiques et les excitations autour de telle ou telle star ou starlette sont un signe patent de la crétinisation en cours. La grande comédie invasive ne saurait faire longtemps illusion et couvrir éternellement le désastre d’un pays en cours de dislocation. Et il est inconcevable que tout  cela débouche sur autre chose qu’une effroyable catastrophe. Que faire? Mais au moins, au moins, commencer par ouvrir les yeux!

Maxime TANDONNET

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Europe, l’effarant aveuglement

Le Conseil européen ne parvient pas à se mettre d’accord sur les prochains dirigeants de l’UE, en particulier à la Commission. La vérité, c’est que la classe politico-médiatique européenne, ou plus particulièrement française, refuse d’admettre l’évidence. L’Europe politique, la solidarité européenne est à l’agonie. Les Allemands sont, de fait, dans une logique de puissance hégémonique et de suprématie que nul n’acceptera jamais, les Britanniques sont en train de partir, les Français et les italiens sont en guerre larvée, l’Espagne fait jeu à part, les pays de l’Est, Pologne et Hongrie, sont entrés en dissidence. Il reste les institutions communes, la Commission, la Cour de Justice,  les directives et les règlements. Un outil sans ouvrier, un moteur sans carburant, une organisation sans âme ne peut que dépérir à très court terme. L’Union européenne n’est plus qu’un champ clos d’affrontements violents entre des intérêts nationaux en dehors de toute vision prospective. Elle ne cherche même plus à sauver les apparences. Ce n’est pas être eurosceptique ni anti-européen que d’ouvrir les yeux et de faire un simple constat. Ce qui frappe, c’est l’étrange aveuglement à la fois des fédéralistes et des souverainistes. Les uns font naufrage dans l’imposture en vendant le rêve d’un monde qui n’existe pas. Les autres combattent un monstre impuissant et agonisant alors que les vrais problèmes sont désormais ailleurs. L’Europe, au sens de l’idéal de paix et d’unité authentique d’un continent face aux grands périls de l’heure (environnement, immigration, communautarisme, violence et terroriste, déclin démographique et économique), dans le respect des nations et avec le soutien et la confiance des peuples, est évidemment à repenser et à rebâtir, avec le Royaume-Uni. Mais avant d’y songer, il faut pouvoir ouvrir les yeux et nous en sommes bien loin.

Maxime TANDONNET

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Le ridicule du ridicule

La semaine dernière (j’étais trop occupé pour réagir en temps réel) est survenu un incident que la France d’en haut, politico-médiatique, voudrait bien effacer au plus tôt des mémoires tant il l’a montrée ridicule. Le MEDEF, organisation patronale, a invité à son Congrès, parmi d’autres individus, Mme Marion Maréchal (ex-le Pen).

C’était la première phase du naufrage dans le ridicule. Pourquoi Mme Maréchal? Cette dame très jeune, de moins de 30 ans, est télégénique il faut bien le reconnaître. Elle n’a jamais eu de toute sa vie à prendre et à assumer une décision, à effectuer un choix, à prouver une vision ni un caractère. Totale inconnue, elle a été propulsée députée par la seule magie du nom de son grand père, avant de l’effacer de son CV. Elle est depuis quelque temps la nouvelle coqueluche des médias qui y voient un repoussoir de substitution à sa tante, au cas où cette dernière viendrait à faire défaut. Mme Maréchal est à la mode – en tant que repoussoir – et le MEDEF a cru devoir se conformer à cette mode, avec l’arrière-pensée que peut-être il était bon de ménager l’avenir en anticipant sur « l’après-macron ».

Mais il y a eu pire. Le parti macroniste LREM a dès lors fait un tollé, menaçant de boycotter la manifestation patronale si le MEDEF maintenait son invitation à Mme Maréchal. Le MEDEF a pris peur: l’idée même d’un geste de mauvaise humeur du parti dominant l’a littéralement fait trembler. Et si des fois cela donnait l’idée aux plus hautes autorités du pays, en représailles, de restaurer, dans sa formule ancienne, l’impôt de solidarité sur la fortune (l’ISF)? Car pour les gens du MEDEF il ne faut pas se faire d’illusion, rien d’autre ne compte: le pays peut s’effondrer, à feu et à sang, des centaines de milliers de victimes, l’apocalypse, la misère, le malheur, la destruction, ce n’est pas son affaire tant que ses intérêts sont saufs.

Alors, le MEDEF a aussitôt, dans la minute, cédé aux hurlements du LREM et annulé son invitation à la petite dame. Conformisme, despotisme, lâcheté absolue, bêtise indécrottable. Elle n’est pas belle la France d’en haut, politico-médiatico-patronale? Elles ne sont pas entre de bonnes mains, dites voir, les grandes entreprises françaises du CAC 40?

Maxime TANDONNET

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Lecture: A la droite d’Hitler, Mémoires 1937-1945, Nicolaus Von Below, Perrin 2019

Pour qui s’intéresse à l’histoire de la fin des années 1930 et de la Deuxième Guerre Mondiale, voici un document d’un intérêt hors du commun. Ce sont les Mémoires, publiés en Allemagne en 1970, traduits pour la première fois en français, de l’un des plus proches collaborateurs d’Hitler,  son conseiller personnel pour l’Armée de l’air (la Luftwaffe). Officier pilote de l’Armée de l’Air, issue de l’aristocratie allemande, il exerce un rôle d’intermédiaire entre le Führer et Göring, ministre de la Luftwaffe, bras droit et successeur désigné du dictateur allemand.

Cet ouvrage pourrait aussi s’intituler « de la banalité du mal ». L’auteur est un personnage a priori tout à fait normal, bon mari, bon père d’une famille nombreuse qui ne cesse de s’agrandir. Oui, mais voilà, dans ce témoignage, il suit le Führer partout: à la Chancellerie à Berlin, à l’Obersalzberg, le poste de commandement bâti par d’Hitler au dessus de sa villa du Berghof, dans les Alpes, à la Tannière-du-loup, le bunker d’où ce dernier dirige l’invasion de l’URSS à compter du 21 juin 1941 – opération Barbarossa. Il est un de ses intimes, de ses proches, fréquente Eva Braun, emmène sa femme en vacances chez Hitler. Oui, la banalité du mal, l’emprise de la démence et de la folie sanguinaire sur des cerveaux totalement déstructurés, qui n’ont plus la moindre idée du bien et du mal, ni de la raison.

Von Below se montre au fil de cet hallucinant récit, comme un courtisan. Il est écartelé entre le désir de plaire au Führer et la prise de conscience – quand même – de l’abîme dans lequel il entraîne l’Allemagne, l’Europe, l’humanité. « A mon retour, alors que je me trouvais dans la petite pièce précédant le salon, dissimulé aux regards par un rideau, j’entendis le Führer parler de moi: il faisait mon éloge parce que j’étais le seul à parler devant lui ouvertement et sans crainte. Ce propos entendu incognito me conforta dans mon idée de garder cette même attitude […]. »

Von Bülow est le témoin de scènes d’une horreur indescriptible comme le rassemblement de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants en Ukraine dans une clairière par la SS et leur massacre méticuleux, systématique, les uns après les autres (la Shoah par balle). Il dit en avoir ressenti une affreuse nausée, mais cela ne l’empêche pas de retourner  dans le bunker auprès de son maître dont il sait qu’il est le principal responsable d’un crime épouvantable. C’est toujours la courtisanerie qui l’emporte.

Dans les moments les plus cruciaux – l’annexion de l’Autriche, l’invasion de la Tchécoslovaquie, les attaques contre la Pologne, l’Europe occidentale,  Barbarossa, et jusqu’à l’effondrement dans l’apocalypse, Von Below est le confident privilégié du Führer qui se méfie comme de la peste de la hiérarchie militaire: « Nous ne capitulerons pas, jamais! Nous pouvons périr. Mais nous emporterons un monde avec nous. » Je n’ai jamais oublié ces paroles du Führer. Jusqu’à ce jour, je n’ai parlé de cet entretien à personne. Il m’a fait définitivement comprendre alors qu’Hitler ne céderait jamais et qu’il entraînerait au besoin tout avec lui dans l’abîme. »  Von Below fut gravement blessé dans l’attentat contre Hitler dans son bunker de la Tannière-du-loup en juillet 1944. Pourtant, tout en déplorant les excès de la répression contre la hiérarchie militaire, il fait de son mieux pour reprendre le service le plus vite possible. Un document bouleversant sur les ravages du fanatisme, mais aussi de l’obséquiosité et de la courtisanerie, qui peuvent conduire un être humain, dans certaines circonstances, à l’aveuglement le plus criminel.

Maxime TANDONNET

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Basculement dans la médiocratie

La tendance est à l’oeuvre depuis des décennies. Le déclin des enseignements de l’histoire, de la littérature, de la philosophie, des mathématiques remonte aux années 1980 et au triomphe du nivellement par le bas. Cependant, nous assistons en ce moment au paroxysme de cette évolution. Trois décisions récentes en témoignent: la réforme du bac, qui prendra la forme, pour l’essentiel, d’un contrôle continu suivi d’un grand oral; la suppression de l’Ecole nationale d’administration, dont tout l’intérêt reposait sur un concours sélectif fondé sur des épreuves écrites et orales (1 admis pour une centaine de candidats eux-mêmes issus des études, examens et concours les plus sélectifs); aujourd’hui, nous apprenons, par-dessus le marché, la suppression du concours d’entrée à Science Po. Or ne soyons pas hypocrite, le succès de cette école, depuis la IIIe République  – elle s’appelait alors l’Ecole libre des Sciences politiques – tenait tout entier à la sélectivité de son concours d’entrée fondée notamment sur son épreuve écrite d’histoire. Par delà l’hypocrisie, la disparition de ce concours d’entrée signifie la fin de science po, dont il restera les murs, rue Saint Guillaume, l’histoire, mais qui achèvera de disparaître au sens d’une institution phare de sélection et de formation des cadres de la république.

Ces choix correspondent à une idéologie inquiétante. Les pseudo réformes, ou plutôt la quasi suppression du bac, de science po et de l’Ena ne sont qu’un début. Ensuite viendront l’ENS et l’X, bref, les grandes écoles de la République. Qu’il y a-t-il derrière cette logique? L’objectif est idéologique. Derrière l’égalitarisme ou le nivellement par le bas, le but est celui de l’asservissement de la nation. Ses cadres, privés ou publics, ne seront plus désignés par leur curiosité intellectuelle, leur talent, leur culture, leur travail, leur mérite personnel, leur intelligence en un mot, mais par choix arbitraire de ceux qui sont en place, par la cooptation. La suppression des épreuves écrites, un peu partout, marque la fin de l’anonymat. Il convient de faire disparaître le critère de la performance intellectuelle – signe de liberté de pensée, d’esprit critique – pour lui substituer un choix discrétionnaire – la « note de gueule » – fondé notamment sur des critères qui seront avant tout sociaux, voire idéologiques. L’idée sous-jacente à cette quasi disparition du principe du mérite indépendant, personnel est celle l’achèvement de l’esprit critique. Une logique d’embrigadement, de mise eu pas, de normalisation par la médiocratie est à l’oeuvre. La sélection s’effectuera sur un mélange cooptation, copinage, clanisme, relations familiales (dès lors que l’épreuve écrite ne permettra plus d’assurer l’anonymat), par le règne de l’argent roi  – prime aux écoles  privées – suivant des critères valorisant un conformisme toujours plus grand: il faudra bien penser et réciter sa leçon, conformément à l’idéologie dominante, pour avoir une chance d’être retenu. A cela s’ajoute le discrédit sur le « humanités », l’histoire, la littérature, la philosophie, fondement de l’esprit critique, de la culture et de l’intelligence politique, dont le rôle dans la distinction des meilleurs sera rendu obsolète.  Sans doute, depuis 1870, la France n’a-t-elle jamais connu une telle régression.

Maxime TANDONNET

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« Désolé Victor Hugo… »

« Désolé Victor Hugo, mais aujourd’hui, la jeunesse t’emmerde ». M. Brighelli, dans l’interview ci-dessous, met le doigt sur une question qui, à mes yeux, prime sur toutes les autres: celle du déclin intellectuel. L’érudition et l’élitisme ne font pas partie de mes valeurs. En soi, n’avoir jamais lu Les Essais,  les Mémoires d’Outre-tombe, ou A la recherche du temps perdu, ne pas situer dans le temps Adolphe Thiers, Mac Mahon ou Poincaré, tout cela n’a rien de honteux. Le niveau de connaissance, la culture générale ne font pas la valeur d’un individu. Mais en revanche, une tragédie de notre  époque tient au recul apparent de la curiosité, l’envie d’apprendre et de comprendre. Il m’arrive de plus en plus souvent de croiser des jeunes gens issus des plus grandes et plus prestigieuses écoles parisiennes – suivez mon regard – qui me disent: l’histoire ne sert plus à rien et ne m’intéresse pas. Le savoir est une chose toute relative, dont l’absence est d’ailleurs provisoire. En revanche, l’envie de savoir comme le respect de la connaissance et de l’intelligence en sont deux autres, piliers de l’humaine condition. Quand la curiosité intellectuelle est en régression, l’amour des livres, des chefs d’oeuvre de la musique ou du cinéma, des bonnes émissions de TV ou de radio (si rares), c’est toute la civilisation qui vacille.

Maxime TANDONNET

FIGAROVOX.- «Désolé victor hugo mais aujourd’hui la jeunesse t’emmerde»: ce tweet,parmi de nombreux autres relevés par Le Figaro Étudiant, témoigne de l’hostilité de nombreux bacheliers à l’égard des auteurs rencontrés au baccalauréat de français. Que répondriez-vous à ces jeunes irrévérencieux?

Jean-Paul BRIGHELLI.- Il y a une irrévérence féconde — lorsque les jeunes romantiques insultent les partisans des «classiques» à la première d’Hernani, ou lorsque les surréalistes vomissent sur les cendres encore chaudes d’Anatole France. Et puis il y a l’irrévérence de la bêtise satisfaite, de l’égo surdimensionné, du «moi-je» du petit qui se croit l’égal des géants qui l’ont précédé. Parce qu’on ne lui a pas appris la relativité de son existence et la nullité de son opinion par rapport aux «phares» (pour reprendre un mot cher à Hugo) qui ont fécondé l’humanité. Avoir fait croire à deux générations déjà (depuis le vote de la loi Jospin en juillet 1989, qui donne la liberté d’expression à tous les élèves et marque le début de l’apocalypse molle qui a englouti l’Éducation en France) que leur avis avait en soi une importance aussi grande que celle des vrais penseurs, des authentiques poètes, des créateurs de génie auxquels on se garde bien désormais de les confronter, voilà qui s’apparente à un crime.

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Réflexion sur l’avenir de l’Outre-Mer

Me voici de retour d’un long périple Outre-Mer, aux Antilles et en Guyane, pour une mission professionnelle (sans aucun rapport avec le sujet du jour). La France disposait jadis, jusqu’aux années 1960, d’un empire « où le soleil ne se couche jamais », forgé entre le XVIe et le XXe siècle. Les républicains au pouvoir, de 1870 à 1960, en particulier Jules Ferry, y voyaient le symbole de la fierté nationale, estimant que la République française avait un « devoir de civilisation » sur les peuples non-européens. Ce principe, qui paraît indécent aujourd’hui, était au coeur du politiquement correct de l’époque, de la pensée convenable, de « gauche », et s’en dissocier revenait se marginaliser et diaboliser. Il en reste aujourd’hui un chapelet de territoires d’Outre-mer, principalement aux Antilles, dans le Pacifique et l’Océan Indien.

Cet Outre-Mer est gravement malade. Il vit largement sous perfusion de la métropole. Il n’a quasiment plus d’industrie, son agriculture est affaiblie, son commerce est essentiellement local. Le RSA, les allocations familiales et de chômage y constituent les ressources vitales. Les seuls emplois offerts sont le secteur public (Etat, collectivités territoriales, mairies). Une partie de ces territoires est frappée par un inquiétant déclin démographique (Guadeloupe, Martinique), une autre subit une forte immigration illégale qui aggrave les problèmes de pauvreté et d’exclusion (Mayotte, Guyane). Ces territoires ne se voient pas d’avenir et n’offrent plus de perspective à leur jeunesse.

Le courage, la compétence et le patriotisme de l’immense majorité leurs habitants ne sont évidemment pas en cause. Ils se sentent Français et aiment la France d’une manière que bien des métropolitains pourraient leur envier. Mais ils souffrent, bien plus que n’importe quelle région française, d’un mal typiquement français: l’assistanat. Alors que certains pays alentours connaissent un développement économique rapide liée à l’initiative privée (le Surinam, voisin de la Guyane, Maurice, face à la Réunion), l’Outre-Mer Français est étouffé par l’assistanat. Ainsi, à Mayotte, le RSA représente un revenu mensuel 10 fois supérieur au revenu moyen d’un travail aux Comores. Comment entreprendre dans ces conditions? Outre-Mer, le coût de la vie est exorbitant, bien plus élevé qu’à Paris et le chômage, notamment des jeunes pulvérise tous les records. Des économies sous perfusion n’encouragent pas leurs habitants à prendre des initiatives dans l’agriculture, le commerce, l’industrie, et à développer l’économie.

La perfusion serait-ce un outil destiné à préserver la dépendance de ces territoires? Tout gouvernement responsable devrait se pencher sans délai sur ce problème. Mais comme toujours, on préfère ensevelir la poussière sous le tapis. Or, le statu quo est inconcevable: il conduit à la ruine et à la misère. La solution inverse, celle de l’indépendance de ces territoires, n’est pas non plus envisageable: non seulement ils représentent un atout stratégique essentiel, mais surtout, beaucoup trop petits pour se suffire à eux-mêmes, ils tomberaient tôt ou tard sous la dépendance d’autres puissances. Or, il existe une autre formule alternative, une troisième voie: celle de l‘autonomie ou de la fédération. La France assure leur sécurité et leur représentation en politique étrangère. Mais pour le reste, l’organisation interne, l’économique et le social, elle leur accorde toute l’attitude pour vivre leur vie, avec une subvention globale pour chaque territoire, dégressive sur dix ans, afin de leur donner le temps de trouver leurs marques. Ce n’est pas seulement une affaire d’économie, mais d’espérance et de dignité.

Maxime TANDONNET

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Trump, l’anti-homme d’Etat

« 10 minutes avant la frappe [sur l’Iran], je l’ai stoppée ». M. Trump a ses admirateurs et ses détracteurs. Sans doute en a-t-on bien trop fait dans le dénigrement et le mépris à son égard sur la base de considérations personnelles, liées à son physique, son caractère, sa fortune, son origine sociale. A l’inverse, ses inconditionnels lui attribuent des mérites, relatifs à la situation économique des Etats-Unis, largement excessifs dès lors que la croissance est le fruit du travail de tout une Nation et non d’un seul homme. Mais par-delà ces excès, force est de faire un constat: Trump est tout le contraire d’un homme d’Etat. L’homme d’Etat est celui qui réfléchit sur le long terme, arrête des décisions mûrement réfléchies, après avoir écouté les hommes de confiance de son entourage. Il pense et il agit, plutôt que de bavarder et gesticuler. Il se comporte en fonction de sa vision du bien commun et non de sa vanité. Le président américain fait tout le contraire. Plutôt que de diriger un Etat, il communique à travers une logorrhée verbeuse sous forme de tweets quotidiens. Il pérore, menace, gesticule, change soudain d’avis, et pire que tout: se vante de ses foucades suivies de volte-face qui ruinent sa crédibilité. Il prétend dominer le monde et assurer la suprématie américaine sur la planète mais brouille dangereusement l’image des Etats-Unis. Son imprévisibilité et son amateurisme en font aujourd’hui une menace pour l’équilibre international et la paix. Depuis bien des années, le monde occidental ne sait plus produire des hommes d’Etat. Le phénomène Trump marque le paroxysme de cette faillite. Le monde occidental peut-il un jour réapprendre à se gouverner en se donnant des hommes d’Etat dignes de ce nom?

Maxime TANDONNET

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Liberté, liberté chérie

La liberté d’expression et d’opinion, dans le respect des lois qui protègent les personnes, est le socle de toute démocratie et d’une société de liberté. Dans une interview au Figaro Vox, l’avocat François Sureau dénonce son sacrifice, dans l’indifférence générale. Voici une information, édifiante et inquiétante, qu’il faut répandre et faire connaître le plus largement possible:

La commission des lois de l’Assemblée doit examiner mercredi une proposition de loi «visant à lutter contre la haine sur Internet» défendue par une députée LREM de Paris. Le texte entend transférer aux opérateurs de plateformes en ligne la responsabilité de supprimer les contenus estimés haineux dès lors qu’ils leur ont été signalés, sous peine de lourdes sanctions financières. Si le but affiché par la proposition de loi est louable, elle risque de provoquer censure et autocensure sur tous les sujets de société qui font polémique, s’inquiète l’écrivain et avocat François Sureau, ardent défenseur des libertés publiques, et auteur, en particulier, de Pour la liberté. Répondre au terrorisme par la raison (Tallandier, 2017). La liberté d’expression et d’opinion, principes à valeur constitutionnelle, sont menacées par cette proposition de loi et, plus généralement, sacrifiées par notre époque, déplore François Sureau.

 

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Film: présumé coupable (l’affaire d’Outreau) 2009.

Dans l’avion qui m’entraînait au bout du monde pour une mission à caractère professionnel, j’ai regardé pour la première fois le film « Présumé coupable » qui raconte la descente aux enfers d’Alain Marécaux, huissier, l’un des 14 accusés de viols, tortures et assassinats d’enfants de l’affaire d’Outreau. On s’en souvient: au début des années 2000, accusé avec d’autres, sans fondement par un couple de véritables pédophiles, Alain Marécaux, notable d’Outreau, dans le Nord, est resté plusieurs années en prison à clamer son innocence, avec une dizaine de coaccusés. Il a tout perdu, son honneur, sa famille, son travail, avant d’être totalement innocenté en appel. A l’époque, il avait été question du plus grand fiasco judiciaire de tous les temps. D’un seul coup, tout s’effondre, les repères les plus élémentaires de l’humanité et de l’Etat de droit s’écroulent. Le spectateur est entraîné dans un tourbillon de barbarie. Les responsables et les exécutants, chargés de faire respecter l’Etat de droit et la justice, se transforment en bourreaux. Plus rien ne vaut, plus rien ne compte. Les fondements de l’Etat de droit volent en éclat, emportés dans la tourmente: droits de la défense, présomption d’innocence, justice fondée sur des témoignages et des preuves, esprit d’équité et de justice, respect des plus élémentaires principes d’humanité. Tout cela disparaît. Il ne reste plus qu’une logique froide, sans foi ni loi, orchestrée par ceux dont le métier est de faire respecter la loi. Ce film, parfaitement fidèle à la réalité des faits, inspiré du journal d’Alain Marécaux, fait mal à nos consciences. Il révèle le potentiel d’arbitraire que recèle la vie quotidienne, la banalité des jours qui se succèdent dans un climat d’apparence harmonieuse et normalisé. C’est sans doute pourquoi plus personne ne parle aujourd’hui de cette tragédie. Oublier, le plus vite et le plus complètement possible…. Un grand film, profondément dérangeant, sur la violence qui fermente sous le vernis des institutions et de la civilisation.

Maxime TANDONNET

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« Prêt à évoluer dans mes convictions »

M. Bruno le Maire a prononcé, sur France Info, une phrase importante en ce qu’elle révèle de la politique et plus généralement, de la société moderne, au sujet de l’extension de la PMA une question sur laquelle il a affirme avoir des « interrogations: « Je suis prêt à évoluer dans mes convictions ».  Or, qu’est-ce qu’une conviction? Selon le Petit Larousse: « État d’esprit de quelqu’un qui croit fermement à la vérité de ce qu’il pense ; certitude ». Le conviction est donc le socle de la pensée, de la croyance, voire même de la conscience d’un homme, le noyau de sa fidélité, de son engagement. Elle s’oppose ainsi à « l’opinion » qui elle, impression de surface, peut en effet évoluer, ou bien à l’avis qui a un caractère superficiel. Bien sûr, à la faveur d’événements dramatique, une guerre, une révolution, un cataclysme, ou d’un chamboulement personnel, les convictions d’un homme peuvent changer:  ex-communistes rompant avec leurs convictions après avoir pris connaissance des crimes de Staline, athées qui deviennent croyants ou l’inverse. En revanche, ce déclarer par avance « prêt à évoluer dans ses convictions », est très révélateur, signifiant la malléabilité de ce qui devait, en tant normal, être immuable et guider l’engagement d’une personne. La formule donne l’image d’une absence de repère, de boussole intérieure, de conscience malléable. L’extension du droit à la PMA est un sujet grave: elle officialise, entérine, consacre, normalise l’idée de l’enfant procréé sans père. Ce n’est pas seulement le type de civilisation qui est en jeu, mais au-delà, une conception de l’humanité. On est pour ou on est contre, mais la question ne se prête pas aux fluctuations en fonction des circonstances et des intérêts de carrière. Sinon, cela s’appelle l’opportunisme. N’est-ce pas là le mal suprême dont souffre la politique, et par conséquent, la société française? En ces temps de grands troubles, la France n’aurait-elle pas besoin de responsables politiques qui, bien au contraire, font passer les convictions avant les opportunités de carrière et de maroquins?

Maxime TANDONNET

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Réponse à Mme Emmanuelle Mignon (pour Figaro Vox)

Dans une longue interview au Point, Mme Emmanuelle Mignon déclare : « M. Macron est le meilleur président de droite qu’on ait eu depuis un certain temps ». Cette phrase, promue en titre de l’article, a été largement reprise dans la presse et sur Internet. Le contenu de son entretien avec l’hebdomadaire est, dans l’ensemble, beaucoup plus nuancé que ne le laisse apparaître cette déclaration tirée de son contexte. Reste qu’elle y figure bien et soulève nombre de questions.

Qui était Emmanuelle Mignon ? Directrice de cabinet du président Sarkozy en 2007 et 2008, rédactrice de son projet de campagne victorieux de 2007, conseillère et tête pensante du leader de l’UMP depuis 2002, elle a, dans les milieux politiques français, une réputation non usurpée de probité, d’honnêteté intellectuelle, de loyauté, et de désintéressement personnel peu communs dans ce milieu. Que pouvait donc elle signifier par ces propos ?

Le dernier président dit de droite, avant le président Macron, fut Nicolas Sarkozy. Mme Mignon semble ainsi, par cette phrase, reconnaître que la présidence Macron la séduit davantage que la présidence Sarkozy, dont elle fut, en son temps, l’inspiratrice, sinon une actrice influente des deux premières années. D’autres passages de son interview le confirment: « Le quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui avait  beaucoup promis en 2007, sans doute trop […] mais qui n’a pas été à la hauteur des promesses faites, tant sur le plan économique que régalien ».

Un autre acteur de cette période, certes en position infiniment plus modeste que celle de Mme Mignon, ne peut qu’être surpris du silence, dans ce tableau, sur un élément clé de compréhension de cette période : la crise des subprime de 2008, qui a plongé les finances et les économies du monde occidental dans le marasme provoquant l’une des plus graves récessions et poussée du chômage depuis le Jeudi noir de 1929. Ce violent séisme qui ébranla de fond en comble la présidence Sarkozy, handicapée par une explosion du chômage, méritait au moins d’être évoqué, non pour la défense de cette dernière, mais pour la simple vérité historique.

D’ailleurs, peut-être qu’en effet, les espérances de 2007 n’ont pas été entièrement satisfaites, ni sur le plan économique ni sur le plan régalien (sécurité, maîtrise des flux migratoires). L’actuel quinquennat est-il pour autant mieux réussi, comme semble le penser Mme Mignon ? Encore faudrait-il, pour l’affirmer, se fonder sur les faits. En quoi est-il plus performant, sur deux ans, au regard des résultats obtenus: chômage (au regard des pays comparables Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis) ? Dette publique ? Déficit de l’Etat ? Poids de la fiscalité ? Niveau de la pauvreté et des inégalités ? Violence et insécurité quotidiennes? Fragmentation communautariste ? maîtrise des flux migratoires ? Désindustrialisation ? Influence de la France dans le monde et qualité de ses relations avec ses grands partenaires, Etats-Unis, Russie, Italie, Royaume-Uni, Pologne, voire Allemagne ? Unité nationale, climat général, après la déchirure historique que fut la crise des Gilets Jaunes ? La réponse est dans les questions…

Emmanuelle Mignon affirme que le président Macron « exerce la fonction avec toute la dignité requise ». Sans doute est-ce là une appréciation personnelle tout à fait respectable.  Encore serait-il intéressant de connaître quels sont les critères de la dignité requise, selon elle, notamment en comparaison avec les deux présidences précédentes, celle de M. Hollande et celle de M. Sarkozy. Sans doute admettra-t-elle volontiers que nombre de Français qui gardent en mémoire divers épisodes, paroles, scandales et gestes tonitruants ayant émaillé les deux premières années de l’actuel quinquennat, ne souscrivent pas forcément à ce point de vue.

Certes, Mme Mignon a entièrement raison dans sa mise en garde contre un rapprochement opportuniste entre LR et le RN (ex-FN). « Ce serait une impasse complète […] Une partie des Républicains quitterait LR […] Et le RN mangerait le reste. » A cette observation de pur bon sens, il faut ajouter une autre considération : nul n’a intérêt à voir disparaître une opposition, autre que le parti lepéniste, susceptible d’offrir dans les trois années à venir, une alternative crédible et raisonnable à la majorité En Marche en cas de crise majeure ou de rejet viscéral de cette dernière par l’opinion en 2022 – scénario qui n’a rien d’invraisemblable au regard de la tournure prise par les deux premières années.

Emmanuelle Mignon constate, avec beaucoup de justesse « une centralisation du pouvoir extrêmement forte à l’Elysée » mais qui ne la « dérange pas outre mesure » puisqu’elle s’inscrirait, selon elle, dans la logique de la Ve République. Sur ce point, nous ne pouvons qu’être en désaccord avec elle. La personnalisation outrancière du pouvoir a pour effet d’aggraver les tensions entre Français, l’abêtissement de la vie politique nationale réduite une affaire d’amour ou de haine au détriment du débat d’idées, l’affaiblissement ou la démotivation des courroies de transmission entre le pouvoir politique et le monde des réalités : Premier ministre, Gouvernement, Parlement, collectivités territoriales. La Ve République, à l’origine, était infiniment plus équilibrée et sa dérive dans le culte de la personnalité, en substituant le culte d’un homme au bien public, a fortement contribué, de décennie et décennie, au décrochage de la France.

Le titre même de l’interview de Mme Mignon au Point, « le meilleur président de droite » est révélateur d’une certaine mode ou évolution des esprits. Il semble enterrer l’idée d’un « président de tous les Français », impartial, au-dessus de la mêlée, ni de droite ni de gauche, guidé par le seul intérêt du pays et non ses intérêts partisans et sa future réélection. Peut-être est-cela une des clés de la débâcle politique en cours et, pour être optimiste, d’un éventuel redressement de la vie publique nationale.

Maxime TANDONNET

 

 

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Aimez-vous les lèche-bottes?

Si j’écris lèche-bottes, c’est pour rester poli car j’aurais volontiers utilisé un autre terme. Bien. 72 maires dits « de droite et du centre », c’est-à-dire venus du parti LR, viennent de signer une tribune de soutien à la présidence Macron. « Nous sommes de ceux qui souhaitent la réussite impérative de la France, c’est pourquoi nous voulons la réussite du président de la République et du gouvernement car rien ne se construira sur leur échec« . De fait, la vraie question est toute autre. Elle est de savoir si  la politique telle qu’elle est conçue et menée depuis deux ans et telle qu’elle s’annonce pour les années à venir, ainsi que les résultats obtenus (chômage au regard des autres pays, pauvreté, dette publique, déficits, sécurité, immigration, école, désindustrialisation, influence internationale, etc), sont conformes oui ou non aux intérêts de la France. Là-dessus, la tribune des 72 maires lèche-bottes est bien entendu muette. Et puis, est-ce le rôle de maires d’apporter leur soutien au pouvoir élyséen? Leur mission est d’administrer une commune, et non de cirer les pompes du pouvoir central. D’ailleurs, le texte de leur tribune ne brille pas par l’intelligence. Signifie-t-il que les autres élus, les non lèche-bottes, ne souhaitent pas la réussite impérative de la France? Et puis, qu’est-ce que cela veut dire, « maire de droite et du centre »? On est maire pour l’intérêt général, pour le bien de sa commune, pas pour incarner une faction contre une autre! Les maires lèche-bottes jouent petit bras et font un mauvais calcul.  Ils se sont laissés impressionner par la mystification politico-médiatique consistant à transformer la défaite électorale de LREM (22% soit 11% du corps électoral avec l’abstention) en victoire.  Ils pensent ainsi faciliter leur réélection en 2020. Grave erreur d’appréciation: dans un an, l’occupant de l’Elysée sera sans doute toujours aussi impopulaire et il se pourrait fort que cette allégeance opportuniste obtienne l’effet inverse à celui recherché. Et d’ailleurs, par delà le chaos, l’imprévisibilité et la complexité de l’opinion publique, il est quelques constantes: les Français, Gaulois réfractaires, globalement, n’apprécient guère la flagornerie envers les « puissants » ni l’obséquiosité, ni l’excès d’opportunisme.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Charlemagne, Georges Minois, Perrin 2010.

Voici un merveilleux livre d’histoire, qui vous entraîne dans un total dépaysement et la sensation délicieuse de la découverte. Georges Minois est un auteur que j’affectionne particulièrement: il porte à la perfection cette combinaison de la transmission d’un savoir et de  l’art du récit qui  fait notre bonheur.

Ici, nous n’aurons pas l’ambition de résumer un ouvrage de 700 pages mais de revenir sur un moment clé de l’histoire de l’Europe et de l’Occident.

Charlemagne (742-814) n’est pas un empereur « français » , mais le fondateur de l’empire carolingien, héritier d’une dynastie des francs d’Austrasie, les Pépinnides, dont le berceau est le nord-Ouest de l’Europe continentale, un territoire couvrant le Nord-Est de la France actuelle, le Nord-Ouest de l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas actuels. D’ailleurs, Charlemagne et son entourage parlent un dialecte germanique.

A l’origine, la puissance du Royaume puis de l’Empire franc tient à son alliance avec la papauté, les papes Hadrien et Léon III. Ces dernier ne cessent de faire appel aux Carolingiens pour combattre à la fois l’empire Byzantin – la terrible Irène –  et le royaume Lombard, qui lui disputent ses possessions italiennes. Charlemagne, à la suite de son père Pépin le Bref, protecteur de la papauté, de conquête en conquête, fonde un gigantesque empire qui inclut le sud-Ouest de la France, le royaume d’Aquitaine, confié à son fils Louis, l’Italie, qui revient à son fils Pépin, un espace correspondant à l’Allemagne et à l’Europe centrale, conquis sur les Saxons, les Bavarois, les Avars (les Huns ou Hongrois) pour la quête de l’Or du Ring, un gigantesque trésor accumulé par les pillages au fil des siècles.

Charlemagne, couronné empereur par le pape Léon III à Rome en 800 – dans des conditions chaotiques –  règne en s’appuyant sur ses comtes, délégués permanents qui administrent son empire et rendent justice en son nom et sur les missi, envoyés ponctuels qui s’assurent que sa volonté est respectée. Il réunit chaque année, dans ses palais itinérants, Herstal, Attigny (avant l’installation définitive à Aix-la-Chapelle), les grands de son royaume, puis de son Empire qui valident les capitulaires, lois applicables à l’Empire. Le socle de cet empire hétéroclite d’environ 20 millions d’habitants, est le christianisme. Le sens du règne de Charlemagne est avant tout l’affirmation et l’unité de la « cité de Dieu » prônée par Saint Augustin. Lui même se conçoit avant tout comme chef religieux (un flou artistique règne sur le partage des rôles entre l’empereur et le pape): une grande partie des normes édictées par ses capitulaires ont trait à la liturgie et l’organisation de la vie monastique et paroissiale.

L’essentiel de son énergie est consacré à la guerre permanente contre les Saxons, installés sur un territoire correspondant à l’Allemagne du Nord que Charlemagne considère comme faisant partie de l’espace naturel de la chrétienté. La conquête fut d’une violence inouïe: villages rasés et incendiés, populations exterminées ou réduites en esclavage, déportations massives. « Les chefs saxons sont divisés; ils accusent Widuking [leur chef], qui est déjà reparti au Danemark, et saisis de peur, ils se dénoncent entre eux: 4500 sont arrêtés et, sur ordre de Charlemagne, décapités sur place le jour même. » Les saxons n’auront finalement pas d’autre choix qu’entre la christianisation ou l’anéantissement. L’Europe occidentale fut façonnée dans le sang et la violence comme probablement toutes les grandes civilisations. Ce n’est pas faire repentance que de rappeler simplement la vérité historique.

Par l’intermédiaire de son fils Louis, roi d’Aquitaine, et au-delà de l’épisode célèbre de Roncevaux, Charlemagne est engagé dans un autre conflit avec l’Emir de Cordou, maître de l’Espagne musulmane, qui débouchera sur la prise de Barcelone en 801. Pour autant, voir dans l’empire Carolingien uniquement un rempart contre les conquêtes de l’Islam est, pour Georges Minois, une vue de l’esprit. De fait, l’Islam est alors déchiré entre les dynasties Omeyyade (l’Emir de Cordoue) et Abbasside, régnant à Bagdad, qui contrôle le reste des territoires musulmans. Sans parler d’une alliance formelle, il existe une forte connivence entre l’empire carolingien et le califat abbasside (échanges d’ambassades et de cadeaux, dont un éléphant), dirigée d’une part contre l’Emir de Cordoue, et d’autre part contre l’empire Byzantin qui dispute à l’empire carolingien l’héritage emblématique du saint empire romain – et certains territoires italiens.

Comment, avec des moyens dérisoires – il faut un mois pour se rendre d’Aix-la-Chapelle à Rome – contrôler un aussi immense empire? Charlemagne est bien conscient de cette faiblesse et son humeur s’en ressent, comme le raconte Georges Minois qui mêle, avec un talent hors pair, la grande et la petite histoire: « On sent fort bien à travers ces capitulaires de Nimègue, l’impatience de Charlemagne, qui veut tout contrôler dans les moindres détails et qui est excédé par la lenteur des réalisations. Le temps va lui manquer, il le sait, cela l’irrite, il devient de plus en plus exigeant et autoritaire. Son grand idéal d’empire chrétien, de cité de Dieu sur terre, se heurte aux pesanteurs sociales. Il s’en prend à ses auxiliaires, aux exécutants […] « C’est notre volonté et notre commandement que nos comtes ne négligent pas leurs cours ou ne les écourtent pas pour aller chasser ou pour se livrer à d’autres plaisirs […] Je vous avais donné cet ordre, de ma propre bouche, et vous n’avez rien compris! » écrit-il à un missus qui lui pose des questions ».

L’empire de Charlemagne, reposant uniquement sur la main de fer d’un homme et de la crainte qu’il inspire, ne survivra pas longtemps à sa mort en 814. Il se morcelle en royaumes et principautés qui donneront place aux Etats-nations. Son héritage spirituel – la constitution de l’Europe chrétienne ou de l’occident – est lui titanesque.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Prémices de la barbarie

RTL: « La Croix pose une question oh combien polémique ce mardi 3 juin : faut-il continuer à soigner les plus de 70 ans ? Tout serait parti des Pays-Bas, où une députée écologiste a déclenché un tollé en s’interrogeant sur l’opportunité de poursuivre les soins au-delà de 70 ans. L’élue se défend de toute considération financière. Officiellement,  il s’agit « non pas d’une question de coûts mais d’apporter des soins plus appropriés », dit-elle. Malgré tout dans un pays qui a vu ses dépenses de santé doubler en 20 ans, la question pèse sur les finances publiques.

Evidemment, cela reste marginal, mais que ce genre de question puisse se poser et émerger dans la société politico-médiatique est en soi révélateur. « Faut-il continuer à soigner les plus de 70 ans? » Cette question provient d’une députée écologiste néerlandaise. Une telle provenance n’est pas anodine: les écologistes, en plein essor sur le plan européen, se réclament de valeurs humanistes et progressistes. Or, comme le disait si bien Pascal, « Qui veut faire l’ange fait la bête« . Que ce genre de question puisse se poser est, en soi, un signe effroyable des pulsions barbares que portent en elle la société de l’avenir. Une réflexion isolée? Une simple polémique, comme une autre, une polémique parmi tant d’autres? Mais où a-t-on vu le concert de protestation universelle, que dis-je, le torrent de révolte qu’une telle déclaration  aurait dû susciter? Nulle part. Quand donc va-t-on se réveiller?

Maxime TANDONNET

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Logique de prédation

Ci-dessous, ma dernière tribune pour le Figaro Vox et mes réponses au questionnaire d’Atlantico, sur les conséquences du scrutin européen en particulier la démission de M. Wauquiez. J’y reviens sur l’extraordinaire mystification autour de la supposée demi-victoire de LREM, avec la complicité du monde médiatique, sur la jubilation de la classe politico-médiatique, devant ce qu’elle pense être l’agonie des Républicains, sur le caractère aléatoire, imprévisible et explosif de la situation présente, sur fond d’aveuglement et de béatitude. Mais ce qui me sidère le plus, c’est bien l’abîme d’indignité dans lequel s’enfonce sans complexe, sans scrupule, une partie de la classe politique. La jubilation hystérique face aux blessures du courant républicain a quelque chose de révélateur. A ce jeu, lepénisme et enmarchisme se ressemblent comme deux gouttes d’eau, unis dans le rêve commun de se partager les dépouilles des Républicains. Le pire peut-être est le comportement des transfuges de LR qui après avoir, trahi par opportunisme, s’acharnent sur le corps blessé de leur ancien parti.  Bien sûr, le style prédateur a toujours existé. Mais aujourd’hui, une étape nouvelle semble avoir été franchie dans le cynisme. La question n’est pas vraiment de morale publique. Depuis Machiavel, chacun sait que la morale ne fait pas bon ménage avec la politique. Non, c’est une simple affaire de dignité. Mais ce mot a-t-il encore un sens à leurs yeux?

Maxime TANDONNET

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« Ennemi du président »

« Un maire qui sera élu sans l’appui du MODEM ou LREM sera l’ennemi du président » Cette phrase, prononcée par un député européen LREM, illustre une évolution préoccupante  de la vie politique française [même s’il s’en est excusé par la suite]. Un maire qui ne ferait pas allégeance au président serait traité en ennemi par ce dernier. Cette déclaration repose sur une vision des choses  foncièrement antirépublicaine. Elle viole la Constitution selon laquelle le président de la République « assure par son arbitrage » le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, dès lors président impartial de tous les Français – et de tous les maires. Tout un état d’esprit, une mentalité se profilent derrière cette phrase. De fait, elle n’est que le reflet d’une évolution du régime politique français qui l’éloigne des valeurs de la démocratie. Il ne saurait donc y avoir de maire qu’asservi au culte du chef de l’Etat. Telle est la conception de la libre administration des collectivités locales qui s’en dégage. La réélection de 2022 semble dès lors tout justifier, jusqu’à la mise en cause du socle même des principes de la République. Par ailleurs, les manœuvres destinées à achever de détruire l’opposition républicaine se précipitent, avec la bénédiction d’une partie de la presse et des médias, comme pour couvrir les déceptions, les échecs  et l’effondrement d’une popularité. Un climat profondément malsain et délétère s’est emparé du pays. Nul ne sait de quoi demain est fait. Que sera l’issue du troisième, ou du quatrième acte? Tout va dans le sens d’un désastre. Mais en attendant, j’ai envie de dire aux élus républicains, tentés de céder au chantage des municipales: « vous avez choisi le déshonneur pour éviter la défaite. Vous aurez le déshonneur et la défaite ».

Maxime TANDONNET

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La dictature et la vraie liberté, selon Michel Onfray

Voici quelques extraits d’un beau texte de Michel Onfray, publié par Familles chrétiennes, sur la dictature contemporaine et sur la solitude comme ultime liberté. Le dernier paragraphe ci-dessous est profondément troublant.

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Pour détruire la liberté, il faut : assurer une surveillance perpétuelle ; ruiner la vie personnelle ; supprimer la solitude ; se réjouir des fêtes obligatoires ; uniformiser l’opinion ; dénoncer le crime par la pensée.

Pour appauvrir la langue, il faut : pratiquer une langue nouvelle; utiliser le double-langage ; détruire des mots ; oraliser la langue ; parler une langue unique ; supprimer les classiques.

Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie ; instrumentaliser la presse ; propager de fausses nouvelles ; produire le réel.

Pour supprimer l’histoire, il faut : effacer le passé ; réécrire l’histoire ; inventer la mémoire ; détruire les livres ; industrialiser la littérature.

Pour nier la nature, il faut : détruire la pulsion de vie ; organiser la frustration sexuelle ; hygiéniser la vie ; procréer médicalement.

Pour propager la haine, il faut : se créer un ennemi ; fomenter des guerres ; psychiatriser la pensée critique ; achever le dernier homme.

Pour aspirer à l’Empire, il faut : formater les enfants ; administrer l’opposition ; gouverner avec les élites ; asservir grâce au progrès ; dissimuler le pouvoir.

[…] Qui dira que nous n’y sommes pas ?

[…] Notre dictature n’attaque pas les corps, elle broie juste les âmes – ce qui est une autre façon de détruire les corps en les laissant en vie [….]

Je me moque de ce que la presse du pouvoir pense de moi. Elle n’est pas la mesure de ma valeur. Mais j’élargis également ma remarque à toutes les presses, fussent-elles d’opposition. Aucun journaliste ne saurait retenir ma plume ou ma parole – aucun homme de pouvoir non plus. S’il faut payer cette liberté d’une éviction du service public sans qu’aucun journaliste ne s’en émeuve, je viens de le payer, c’est peu cher payé !

La mesure de ma valeur se trouve dans l’avis et le jugement de trois personnes dont une seule est désormais vivante, bien que j’écrive encore sous le regard parti de mes deux morts. Désormais je ne  pense, ne parle et n’écris plus que sous le regard d’une seule personne – c’est le luxe infini de la vraie liberté, j’en ai bien conscience. »

Michel ONFRAY

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Résistance intellectuelle

N’en doutons pas. A compter de ces jours-ci et pour les trois années qui viennent, s’engage l’une des plus formidables opération de propagande de l’histoire contemporaine (depuis 1945), destinée à prolonger le statu quo politique, une élection présidentielle de 2022 donnant lieu au duel Macron le Pen et en vue de la réélection du premier. En voici l’un des premiers aperçus, presque caricatural, au point d’être comique, à travers le sondage BFMTV de ce matin, intitulé « Macron et Le Pen en tête » qui donne l’un à 30%, l’autre à 28% et le triomphe attendu à 57%. La politique française ressemble de plus en plus à un décor de carton pâte. La chute de la France se poursuit, dans tous les domaines (niveau scolaire, le plus grave sans doute, pauvreté, désindustrialisation, dette publique, écrasement fiscal, violence quotidienne, fragmentation communautariste, crise migratoire, impuissance publique). Le monde politico-médiatique s’efforce de recouvrir la réalité sous le voile quotidien d’un formidable spectacle de démesure narcissique et de crétinerie manichéenne (le bien progressiste contre le mal nationaliste). Sans doute se trouve-t-il, derrière cette opération à grande échelle, une convergence d’intérêts matériels, idéologiques et de vanité. La résistance doit être intellectuelle. Toute occasion est bonne à prendre, par delà le matraquage médiatique,  pour dire la vérité aux millions de Français déboussolés qui s’inquiètent pour leur avenir et celui de leurs enfants. La politique peut être autre chose qu’une vaste opération de manipulation destinée à satisfaire les desseins d’une infime minorité. L’histoire montre que dans toutes les époques, les impostures de cette ampleur finissent par conduire aux pires calamités. Et ce sont toujours les mêmes qui payent. La politique peut être autre chose qu’une fuite permanente dans le délire emphatique: un travail humble et sérieux, de long terme, au service de l’intérêt général. Voilà ce qu’il faut dire et tenter de faire comprendre au pays. Et d’ici trois ans, rien ne se passera comme prévu. Il est presque impossible que dans le tourbillon de l’histoire, les choses se déroulent comme prévu, selon le scénario manigancé par le pouvoir médiatique.

Maxime TANDONNET

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A mes amis Républicains déçus et inquiets

Un peu plus de 8%, évidemment la déception et l’inquiétude pour l’avenir sont immenses. Pour autant, il y a pas de quoi rougir. Oui, ce n’est pas évident de rester droit dans la tempête. Etre ultra minoritaire ne signifie pas avoir tort, moralement, intellectuellement, politiquement. Une partie de la bourgeoisie urbaine a retourné sa veste. Elle votait Sarkozy en 2007 et 2012, Fillon en 2017 et aujourd’hui LREM, comme rempart  devant le danger « populiste » tel qu’elle le perçoit au regard de ses intérêts. Une autre frange du vote républicain traditionnel à rejoint l’électorat RN. En voulant « sanctionner Macron »ceux-là sont tombés dans le piège tendu, celui du duel à mort entre le « bien progressiste » et le « mal nationaliste » d’où le premier ne peut sortir que vainqueur.  Bref, ceux qui sont restés droit et debout, les 8%, n’ont pas à rougir. Ils n’ont pas cédé aux vagues de l’air du temps et du conformisme ni au matraquage. Ils ont perdu une bataille électorale, mais ils ont conservé l’essentiel, quelque chose qui s’exprime dans le mot honneur. Le bêlement du troupeau médiatique est mensonger. 22% pour une majorité présidentielle, soit 11% du corps électoral (avec une abstention à 50%) c’est un score exécrable, confirmant le rejet de l’opinion, surtout après 6 mois de propagande médiatique d’une intensité inouïe. 23% pour le RN/FN, soit 11,5% de l’électorat, ne dénote aucun effet de ralliement populaire, bien au contraire. Nous vivons une situation de chaos politique sans précédent dans un climat d’abêtissement de masse, de faux semblant et de dissimulation. La vérité est qu’il n’y a aucun vainqueur mais une grande perdante: la France.  La situation est extrêmement volatile, infiniment instable, reposant sur le grand vent des émotions collectives et tout peut arriver à tout moment. Dans la tempête politique, et l’incertitude absolue qui règne, un seul repère, une seule boussole doit nous guider: la fidélité à nos convictions et à nos engagements.

Maxime TANDONNET

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Le gouffre

Que dire de plus du résultat des élections européennes en France? Ils ne font qu’amplifier la sensation d’impasse ou de chaos inévitable dans lequel le pays s’est engagé: obsession de la réélection élyséenne à n’importe quel prix, y compris celui de tous les désastres, triomphe de l’extrémisme démagogique et sans aucune issue, inconscience des électeurs, bêtise généralisée, conquérante. Démence narcissique, invasion du mensonge, idiotie: que peut-il sortir de l’alliance objective du lepénisme et du enmarchisme, ces deux formes jumelles de l’idolâtrie comme néant politique,  pour se répartir les dépouilles de la politique française? La mauvaise foi ou l’aveuglement triomphent: 21% pour une majorité présidentielle, surtout après un matraquage médiatique sans précédent, c’est un score lamentable (la droite fit 28% en 2009, avant son échec en 2012). Qui pour le dire? Quant au RN ex-FN, à 24%, il ne progresse pas d’un iota en 5 ans. Qui pour le dire? Le chaos politique est en marche, un désastreux néant politique se profile et il faut le craindre, une crise de société. Nous avions une lueur d’espérance autour d’un demi-succès possible de la liste républicaine ouvrant des perspectives, même lointaines, d’une relève, sur la base d’un projet raisonnable. Hier soir, elle a été soufflée par le vent de la bêtise.

Maxime TANDONNET

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Comment on en sort

« Il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin de poudre une demi-seconde avant de sauter. Le feu pourrait être ici la bêtise humaine dont il ne faut jamais désespérer » écrivait André Tardieu. Après les années tragiques 2014 et 2016,  Daesh, la France ensanglantée par les attentats islamistes, la crise européenne des migrants, nous vivons en ce moment, une période d’accalmie apparente sur la scène française et planétaire qui laisse le champ libre à la comédie politicienne grotesque dont nous sommes les spectateurs. A tout moment  peuvent survenir des événements bouleversant les projets et les prédictions. Par delà cet aléas, quel avenir envisager pour le pays? Il se prépare, me semble-t-il, à deux niveaux.

Sur le court terme, l’urgence est de réinventer le lien politique: mettre fin au naufrage de la vie publique dans le narcissisme exubérant et stérile, la mégalomanie et le culte de la vanité, réhabiliter les notions de vérité, d’action authentique au service de la nation, d’engagement collectif, d’intérêt général, dans un climat de sobriété, de discrétion et de modestie désintéressée. Demain, à chaque élection, l’électeur doit avoir à l’esprit un mot d’ordre partagé tout simple: le cirque,  jamais plus  (de l’extrême droite à l’extrême gauche).

Et puis, à long terme, la culture politique de tout un peuple est à refonder, par exemple, l’intérêt pour l’histoire, qui ne se répète jamais à l’identique, mais qui nous enseigne certaines leçons capitales: le culte de la personnalité ou le népotisme familial et clanique sont, de tout temps, les plus sûrs chemins vers la calamité; le chaos ou désordre social et le despotisme sont les deux facettes d’une même réalité; l’esbroufe, d’où quelle vienne et quelle qu’en soit la forme, est le masque du nihilisme; la bêtise et l’ignorance préparent la servitude … Ce renouveau de l’intelligence politique est une tâche complexe et de très longue haleine.   Il ne passera sans doute pas par les institutions notamment l’Education nationale ou les grands médias, mais par tous les autres canaux possibles, et Internet offre à cet égard un formidable outil potentiel, à condition de savoir s’unir et s’organiser à cette fin.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Un air étrange et malsain

Il flotte sur la France, à la veille des élections européennes, un air du temps particulièrement étrange et malsain. La vie politique française est dominée par une hypocrisie qui fait froid dans le dos. Plus le « camp du bien » au pouvoir gesticule, se contorsionne, hurle au nationalisme, au populisme et au fascisme, plus il fait monter le parti lepéniste dans les sondages. Il le sait. Il n’est pas assez bête pour ne pas le savoir. Donc il le sait. Quel peut en être l’objectif? Celui de désigner son adversaire favori pour 2022, l’adversaire attitré qui pourrait seul lui permettre de se maintenir 5 années de plus sous les ors des palais de la République malgré le rejet viscéral du pays. En parallèle, l’idéologie et l’extrémisme sont de retour partout. La parole politique est de plus en plus déconnectée du réel, sur l’économie, les migrations, la sécurité, la morale, nous assistons à une profusion d’incompétence, de démagogie, d’extrémisme, dans tous les camps, et de délires émotionnels, par exemple autour de « l’écologisme » sans le moindre rapport avec le monde des réalités. La fuite dans le culte de la personnalité, l’ivresse narcissique se poursuit, s’accélère. Les idolâtries en tout genre achèvent d’anéantir les débats d’idées. L’icône médiatique se substitue à l’idée même d’un projet de société. Le ridicule, visage ultime du nihilisme, envahit tout, à l’image de ces débats télévisuels grotesques à 12 ou 15, dont les participants ressemblent à des pitres lancés dans un concours de grimaces.  Quelle image de la politique, quelle image! La frontière entre le vrai et du faux s’estompe. Ainsi plusieurs journalistes seraient, paraît-il, convoqués. Comment croire une chose pareille au regard de la liberté de la presse qui est le socle de toute démocratie?  Etre satisfait d’un tel spectacle aujourd’hui, quel que soit le point de vue où l’on se place (un camp ou un autre),  est un réflexe d’imbécile. D’ailleurs un sondage publié par le Figaro de ce matin révèle que le taux d’abstention atteindrait 70% chez les 18-35 ans (et 60% dans le pays). L’abstentionnisme est une tragédie, surtout touchant des jeunes dont elle marque le désengagement envers la chose publique. Pourtant, le système politico-médiatique et ses acteurs en sont entièrement responsables en raison du spectacle lamentable qu’ils offrent.

Maxime TANDONNET

NB: je ne prends pas sur ce site de réflexion et non de propagande, les commentaires qui appellent à voter pour telle ou telle liste. 

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« Au service de la France »

« Au service de la France », c’est le beau titre sous lequel fut publié le journal de Raymond Poincaré, en 11 tomes, pendant son mandat présidentiel de 1913 à 1920. J’y pense en réaction avec l’affligeant spectacle que donne la politique médiatisée de la France aujourd’hui, son naufrage dans le narcissisme et la mégalomanie. L’adoration, l’ivresse de soi procèdent du néant: quand rien ne vaut, rien ne compte vraiment, il reste le culte de soi, jusqu’à la démesure, jusqu’à l’obscénité. Elles sont le signe de la médiocrité morale et intellectuelle: l’incapacité de se projeter par la pensée au-delà de la carapace de l’ego. « Au service de la France » se présente comme la formule d’une autre époque, celle d’un idéal collectif, celui de la Nation, prévalant sur l’obsession narcissique. D’où la différence entre politicien et homme d’Etat: le premier se conçoit comme un sous-dieu auquel le pays doit hommage; le second comme un humble serviteur de ce même pays. Des hommes politiques, députés et sénateurs, dont l’objectif essentiel est de servir la France, il s’en trouve bien entendu. Mais contrairement à l’époque de Poincaré, ceux-là se heurtent à un plafond de verre pour faire entendre leur parole et accéder aux responsabilités gouvernementales. Le filtre médiatique, qui conditionne une existence publique, privilégie l’hystérie, l’exubérance, la provocation, la démence narcissique, sur le dévouement simple et discret au bien commun. La presse écrite, vecteur des messages politiques, favorisait jadis la réflexion, l’esprit critique et la prise de hauteur. Le clinquant médiatique pousse inéluctablement, à une médiocrité toujours plus affligeante. Que faire dès lors? S’il existe une faible lueur d’espoir de redressement, elle ne se conçoit qu’à long terme, passe par le bon sens populaire, le retour à la pensée et à la réflexion, dans les profondeurs du pays. A chacun d’y contribuer selon ses moyens: essayer de faire partager l’amour des livres d’histoire, par exemple, en est un parmi d’autres [le mien].

Maxime TANDONNET

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Appel de 803 maires

803 maires de villes grandes et moyennes se sont prononcés, dans une tribune collective,  en faveur de la liste républicaine conduite par M. Bellamy en vue des élections européennes. « Elus à hauteur d’homme », ils réclament une « Europe à hauteur d’homme ». Ce geste sonne-t-il le retour de la politique? Cette démarche collective, rassembleuse, qui contraste avec la mégalomanie ambiante, serait-elle la la première lueur d’espoir attendue depuis si longtemps? Depuis des années, ou des décennies, la vie politique française fait naufrage dans l’abstraction. Elle est de plus en plus déconnectée du monde des réalités. Elle se résume aujourd’hui, à la veille des élections, en une bataille fantasmatique, éthérée, entre « la lumière européiste » et « l’obscurantisme populiste ». D’autres y verront le duel stérile d’une démence narcissique et de la bouffonnerie démagogique. Oubliées dans cette mystification, dont deux protagonistes sont complices de fait, les questions de fond: frontières, chômage, désindustrialisation, dette et déficits publics, violence, fragmentation de la société (l’Archipel français). Alors, la pétition de 803 maires se présente comme un rappel des profondeurs de la France, celle des réalités quotidiennes, de la vie réelle, de la politique au sens noble de  l’action en faveur de l’intérêt général. Il invite les Français à s’élever au-dessus des manipulations émotionnelles de masse pour repenser le politique et ré-ancrer leur conscience collective dans le monde des réalités. Simple sursaut qui sera bien vite étouffé par l’entreprise médiatique de crétinisation de masse? ou véritable message d’espoir ouvrant sur des perspectives nouvelles, au-delà du résultat des Européennes? C’est l’avenir qui nous l’apprendra…

Maxime TANDONNET

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Lecture: Louis XIV, François Bluche, Fayard 1986

Voici ma toute dernière lecture et l’un des grands ouvrages de référence et les plus récents concernant le règne de Louis XIV  de 1654 à 1714. Cette biographie est extrêmement complète, fouillée et exhaustive: plus de 1000 pages. Elle fourmille de détails couvrant tous les aspects du règne, vie privée, politique intérieure comme extérieure.

Pourquoi la lire aujourd’hui? Louis XIV est l’un des rois de France les plus controversés. Son règne qui fut l’un des plus longs de l’histoire est d’une richesse inouïe. Il est rigoureusement impossible d’en faire ici un résumé tant l’ouvrage abonde d’informations. Au collège, il y a quelques décennies, il nous a été enseigné comme l’un des personnages les plus glorieux  de l’histoire de France. Aujourd’hui, son image serait plutôt dégradée.

Il faut dire que le règne de Louis XIV correspond à une période particulière où la France est de loin la première puissance en Europe et dans le monde. L’Empire des Habsbourg est sorti fragmenté des guerres de religion, l’Espagne est affaiblie, la Hollande et l’Angleterre pèsent de peu de poids devant la puissance démographique, économique, militaire, intellectuelle française. Colbert, l’un des ministres favoris de Louis XIV, a doté la France de la première flotte de guerre au monde. Vauban achève de couvrir les frontières de fortification. Sur les débris de l’Empire de Charles Quint, notamment des Pays-Bas espagnols (Belgique), la politique de Réunion de Louis XIV permet à la France de s’agrandir (Lille, Strasbourg, etc.). Les coalitions européennes (Empire allemand, Hollande, Angleterre de Guillaume d’Orange), se brisent sur la supériorité des armées françaises. L’accession du petit fils de Louis XIV au trône d’Espagne, en fin de règne, contre toute l’Europe coalisée, marque le triomphe de la puissance française.

Louis XIV n’apparaît pas, à la lumière de ce livre, comme un prince absolutiste et un autocrate imbus de lui-même. Il parle peu, écoute beaucoup, ne décide rien sans avoir longuement entendu ses ministres sur lesquels il s’appuie fortement. Curieusement, il nous est présenté comme un homme au fond assez timide et discret. Le roi Soleil, Versailles? Ce ne sont que les expressions d’une réalité: la toute puissance de la France. Louis XIV veille farouchement à ce que ses représentants en Europe aient toujours la préséance sur tous les autres. Le manque de respect envers un ambassadeur français est susceptible d’entraîner une guerre. L’Espagne présente ses excuses à la suite d’un impair commis par l’un de ses représentants. « Je ne sais plus, écrit Louis XIV, si depuis le commencement de la monarchie, il ne s’est rien passé de plus glorieux pour elle. » Prétention abusive ? Non, aux yeux de Louis XIV, conséquence logique de la suprématie française sur la planète dans tous les domaines, y compris littéraire.

Louis XIV a une obsession: l’unité de l’Etat. A une époque ou la légitimité du pouvoir repose sur la religion – lui-même est de droit divin – l’unité religieuse est synonyme d’unité de l’Etat. D’où un règne marqué, sous l’influence des Jésuites, par la persécution des Jansénistes et des Protestants. La révocation en 1685 de l’Edit de Nantes, qui assurait depuis Henri IV la liberté de culte aux protestants, est bien entendu le drame de ce règne qu’elle marquera d’une tâche indélébile. Ce règne placé sous le signe de la grandeur de la France laisse entrevoir des failles qui déjà, préparent, me semble-t-il la décadence et la chute de la monarchie: un modèle de pouvoir largement fondé sur la courtisanerie, l’obséquiosité, l’obsession des préséances dans l’entourage du Prince qui en joue constamment. Louis XIV, d’après François Bluche, n’a jamais dit « l’Etat c’est moi ». Pour autant, l’intérêt de la France se confond avec celui de sa personne comme en témoignent son obsession d’honorer sa vaste descendance, aussi bien légitime que naturelle, les travaux grandioses du château de Versailles au coût gigantesque pour le budget de la Nation alors que les classes populaires accablées d’impôts et de servitudes, vivent dans la misère.

Une lecture passionnante, certes, qui laisse à la fin le lecteur partagé sur le règne de Louis XIV, entre le rayonnement de la France, sans équivalent dans l’histoire, et la conscience de la fragilité et de la précarité de cette magnificence, sachant combien, moins d’un siècle plus tard, tout cela devait s’achever dans l’apocalypse… Rien n’est simple peut-on en conclure.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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La grande moquerie nationale

Jusqu’où les Français sentent-ils à quel point on se moque d’eux? Cette campagne des Européenne atteint les sommets de la mystification et de la moquerie. Le thème de l’Europe est l’objet de la pire des impostures et des caricatures.

Les deux particules qui dominent les sondages et écrasent l’actualité malgré des taux d’adhésion dérisoires (moins de 10% du corps électoral) n’ont de cesse que de manipuler l’opinion. LREM se pose en chantre de « l’Europe ». Mais qu’est-ce que cela signifie? La vérité, c’est que l’Europe, en tant qu’aspiration à une solidarité ou unité politique se trouve en état de décomposition avancée: Brexit, dissidences polonaise, italienne, hongroise… La France est en conflit ouvert avec tout le monde comme elle ne l’a sans doute jamais été. Et même le « couple franco-allemand », supposé noyau de la construction européenne est – apprend-on – en pleine crise. Comment pourrait-il en être autrement dans le contexte d’une Allemagne rayonnante et superpuissance industrielle planétaire, avec ses 200 milliards d’excédents, face à une France en voie de marginalisation qui accumule les handicaps? Voilà la vérité.

Que reste-t-il de « l’idéal européen »? Le système bruxellois, la codécision, les directives et les règlements, la Commission et la Cour de justice? Mais qu’est-ce qu’une tête privée de corps? Une administration qui n’a plus rien à administrer? Un outil de pilotage sans objet à piloter? L’Europe, en tant que communauté politique, n’est plus qu’un champ de ruines. Il en reste une organisation bureaucratique vide de sens, sans âme et sans but, dès lors vouée à l’extinction. « L’Europe » de LREM est d’ordre idéologique, déconnectée de tout rapport avec le monde des réalités. Quant aux supposés souverainistes, ils se battent désormais contre un moulin à vent. L’enjeu, aujourd’hui, est de rebâtir quelque chose et non de détruire ce qui est déjà en miettes. Pourquoi nul n’a-t-il le courage de dire la vérité?

Mais le mensonge européiste, fondé sur la négation de la réalité, n’a d’égal en ignominie que l’imposture lepéniste. Lors des élections présidentielles de 2017, le FN n’avait d’autre mot à la bouche que la sortie de l’Union européenne et de l’euro. Toute sa propagande était fondée sur ce thème. Argument: rien n’était possible à l’intérieur de cette Europe. Désormais, virage à 90°: il n’est plus question de sortie mais de réforme de l’intérieur. Pourquoi? La posture de 2017 s’étant révélée non payante en termes électoral, le FN a radicalement basculé sur une conviction inverse. La démagogie n’a plus de limite. Et nul pour dénoncer cette mystification.

A quel spectacle lamentable assistons-nous depuis deux ans? La politique française se réduit un peu plus jour après jour à un phénomène de gesticulation narcissique hyper-médiatisé et au duel entre un supposé bien européiste et les ténèbres populistes. Ce cirque, cette bataille de néant, ne sert qu’à masquer une réalité pitoyable. Le déficit budgétaire de la France est le pire de toute l’Europe (3,2%) à l’exception de la Roumanie. La dette publique a atteint 99% du PIB, l’un des plus mauvais résultat du continent. Le niveau scolaire continue de s’effondrer comme le montrent toutes les études. Le chômage persiste avec un taux de 8,2% alors qu’il est de moins de 2 à 3% aux Etats-Unis, en Allemagne, en Grande-Bretagne. La pauvreté touche 9 millions de personnes. L’Etat est défaillant dans ses missions de maîtrise des frontières, de respect de l’ordre public et de sécurité des biens et des personnes. Les zones de non droit se répandent. La violence gagne tous les pans d’une société qui se fragmente dans le communautarisme.

Le naufrage de la vie publique dans la vanité, le cinéma narcissique, la posture mégalomane et les gesticulations quotidienne, l’esbroufe et le duel à sensation entre le « bien européiste » et le « mal nationaliste », tout ce grand cirque est strictement proportionnel à l’intensité du désastre d’une politique que l’on cherche à recouvrir. Nous sommes face à la faillite  d’un système français entièrement bâti sur l’exaltation de la vanité narcissique au détriment du sens de l’intérêt général. Voilà la vérité. Il faut que les Français le sachent. Enfin, ceux qui ne l’ont pas encore compris…

Maxime TANDONNET

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Le débat de la médiocrité (pour Atlantico)

Mme Loiseau tête de liste LREM et M. Bardella, son homologue (RN ex FN), sont des personnalités nouvelles sur la scène politico-médiatique. Elles appartiennent ainsi au « nouveau monde » supposé issu du séisme électoral de 2017 et du renouvellement de la classe politique. Leur débat du 15 mai sur BFMTV allait-il renouveler l’exercice du genre ?

Visiblement leurs deux visions étaient inconciliables et l’échange devait bien vite tourner au pugilat et à la bataille d’invectives. Un jeune fauve lepéniste affrontait une institutrice goguenarde mais quelque peu débordée par sa fougue. Et les injures volaient encore plus que de coutume : mensonges, fakes news,  désinformation, méprisant, arrogant, agressif… Les deux acteurs en désaccord sur tout, y compris les faits, ne semblaient pas parler du même monde et s’ébattaient dans deux réalités différentes.

Faut-il parler de vision, de l’un comme de l’autre ? De fait, tous deux donnaient le sentiment de réciter les leçons de leur camp et de marteler des éléments de langage appris par cœur : libre échange contre protectionnisme, politique agricole commune contre renationalisation de l’agriculture, Frontex contre frontières nationales… Deux monologues parallèles sur les thèmes les plus convenus, ponctués d’insultes et d’attaques personnelles.

Pourtant, une étrange complicité, par-delà les apparences conflictuelles, les unissait. Ayant refusé, l’avant-veille, un débat public et télévisé avec M. Bellamy, la tête de liste LR, Mme Loiseau consacrait  en revanche M. Bardella et le RN dans le statut d’opposant unique et attitré au pouvoir LREM. Elle ne faisait ainsi qu’appliquer le dogme d’une présidence Macron vouée à la bataille du bien progressiste contre le mal populiste. Etrange paradoxe : la liste qui se revendique comme le chantre de la lutte contre « l’extrémisme » en devient le plus authentique allié objectif.

Cette stratégie électorale repose sur la certitude que dans un duel entre le bien progressiste et le mal populiste, le premier sortira toujours vainqueur, notamment en 2022. Pourtant, dans cette confrontation en tête à tête entre deux intégrismes, le mondialisme ou européisme arrogant et le repli « localiste » moyenâgeux, faute de toute autre alternative, faute d’une troisième voie, rien ne permet de penser qu’à la faveur de l’exaspération populaire, le second ne finira pas par l’emporter. Le débat de ce soir, faute d’avoir le moindre intérêt sur le fond, montrait en tout cas qu’en termes d’agressivité et de mépris, les deux camps se trouvent à armes égales. Quoi qu’il arrive, un tel spectacle n’aura sûrement pas pour effet d’inciter les 60% d’abstentionnistes attendus à se rendre aux urnes.

Maxime TANDONNET

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Une étrange affiche

Sous réserve de vérification, c’est la première fois, dans l’histoire de la politique française, que des affiches électorales (hors scrutin présidentiel), exposent le portrait du chef de l’Etat. Selon l’article 5 de la Constitution, le rôle du président de la République est « d’assurer par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ». Incarnant la nation dans son unité, président de tous les Français, il se situe au dessus de la mêlée. Ce principe a certes été maintes fois maltraité lors d’échéances électorales où les occupants de l’Elysée ont pris parti pour un camp. Mais cette fois, une étape nouvelle est franchie: non seulement la liste se targue du soutien du président, mais elle s’identifie physiquement à lui, dans une logique fusionnelle. Les pratiques de ce genre ont toujours été considérées comme contraire à la tradition républicaine. Elles renvoient aux élections législatives issues de la crise du 16 mai 1877. Les Républicains, autour de Gambetta, fustigèrent la pratique des candidatures officielles où figurait une référence explicite au président Mac Mahon. Cela s’est terminé par la démission de l’occupant de l’Elysée deux ans plus tard. En outre, il est extrêmement dangereux de surexposer, surtout pour une élection supranationale, l’image du président qui ne peut en sortir qu’un peu plus banalisée, troublée et affaiblie: au mieux, en cas de première place pour LREM avec 22% des voix elle n’aura fait qu’aggraver la rancœurs des 78% d’opposants; au pire, en cas de seconde place, elle fera du chef de l’Etat le vaincu du scrutin. Tout cela est à l’évidence anti-démocratique et anti-républicain. Cette affiche achève d’enterrer la (belle) tradition du président qui est « président de tous les Français ». Elle le montre en chef de parti plutôt qu’en garant de l’unité nationale. Elle contribue donc à aggraver la fragmentation du pays. Mais elle est surtout d’une idiotie invraisemblable,  qui (me) laisse pantois… Tout ceci va mal finir.

NB: depuis la parution de ce billet, de nombreux lecteurs sur les réseaux sociaux me font observer, images à l’appui, que ce n’est pas la première fois qu’un chef de l’Etat figure sur des affiches électorales lors d’une élection européenne. Mea culpa, donc. Pour autant, cela ne change rien au raisonnement: un président qui se pose en chef de parti renonce à sa mission de garant de l’unité nationale et de serviteur du pays dans son ensemble. Cela fait partie des graves dérives qui contribuent au malaise français. 

Maxime TANDONNET

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