Covid émissaires

En matière de statistiques de la reprise du covid-19, la France est le pays d’Europe le plus touché: sur deux semaines de septembre, 143 000, pour 100 000 en Espagne, 54 000 au RU, 22 452 en Allemagne, 21 000 en Italie. Ces chiffres sont déshonorants. Pourtant, l’immense majorité des Français s’est pliée à toutes les contraintes, tous les asservissements exigés d’elle, un mois et demi d’assignation à résidence, l’humiliation des petits laissez-passer et des contrôles tatillons. Elle a passivement accepté les ordres et les contre-ordres comme un bon troupeau docile et obéissant: sortez de chez vous, n’ayez pas peur! Non, ne sortez plus, c’est la guerre! Aujourd’hui, le troupeau docile se soumet largement au port obligatoire du masque. Pendant un trimestre, de janvier à avril, le discours officiel a martelé que le masque ne servait à rien, qu’il était inutile sinon nuisible. Aujourd’hui il est au contraire vital, salutaire, donc obligatoire. L’immense masse des Français, à 98%, suit, se  soumet en bon troupeau docile. Aujourd’hui, face à l’aggravation de la situation, il faut des boucs émissaires. Quels éléments, quelles preuves a-t-on que les bars et les restaurants sont responsables de la reprise de l’épidémie? Quels indicateurs permettent de penser que les bars et les restaurants de Marseille en particulier sont source de la contagion? Mais il faut cogner, montrer que l’on tient les coupables. Et de quel droit se permet-on, depuis Paris, d’interdire à toute une catégorie de professionnels d’exercer leur métier et de vivre de leur travail à 800 km de là? Les « petits » indépendants sont mal aimés de la classe dirigeante. Bars, restaurateurs, ils incarnent la France emblématique, la France profonde, la France des ronds-points, la France périphérique, la province « moisie », à l’inverse des « élites sans frontières éclairées », bref, la France vile, la France coupable. Le mépris, toujours, au coeur même de l’idéologie dominante. Un million d’emplois en dépendent. Qu’importe: emplois de gueux, de sans dents et de Gaulois réfractaires. Tout cet été caniculaire, la fête a battu son plein dans mon quartier parisien ou des groupes marginaux se retrouvaient sans masque (évidemment) autour de la sono pour boire, danser et fumer. Normal, eux étaient dans le droit chemin: ils faisaient le fête, ils emmerdaient les bourgeois du quartier. Le chaos légitime, la délinquance correcte, voilà ce qu’on ne voit pas en Allemagne ou en Angleterre, voire même en Italie, expliquant la différence.

Maxime TANDONNET

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La mort de la démocratie

Il devient de plus de plus évident que la démocratie française est en voie d’extinction. Sa disparition ne se produit pas sous la forme de l’instauration d’une dictature sanglante: élimination physique des opposants, interdictions des partis, suppression du droit de vote et de la liberté de presse. Mais ce n’est guère mieux: elle meurt de l’indifférence. Les Français votent de moins en moins. Aux six législatives partielles de dimanche, la participation connaissait un nouvel effondrement. L’abstention dépasse 79 % dans la 1re circonscription du Haut-Rhin, 82 % dans la 5e de Seine-Maritime et dans la 3e de Maine-et-Loire, 84 % dans la 1re de la Réunion, 83,4 % dans les Yvelines et atteint même 87 % dans la 9e circonscription du Val-de-Marne. Dans ce contexte, le parti présidentiel LREM se ridiculise: aucun de ses candidats n’atteint le niveau pour se présenter au second tour. L’un d’eux réalise à peine 3%! Certains se rassurent à l’idée que seule l’élection présidentielle intéresse les Français. Ils se voilent la face, refusent de voir la réalité. Qu’est-ce qu’une démocratie sans partis politiques, sans projets ni débat d’idées, avec des médias largement formatés, sans parlement, sans députés, sans électeurs, sans peuple? Dans l’avenir tel qu’il s’esquisse, il ne restera in fine en guise de paysage politique qu’un petit pitre élyséen élu avec l’adhésion initiale de 10% des électeurs*, un pantin bavard, gesticulant du matin au soir, au-dessus des cendres de feue, la démocratie, pour donner l’illusion du mouvement.  Mais qui aura l’indécence ou la stupidité de qualifier un tel système de démocratie?

* 20% au 1er tour avec 50% de participation. 

Maxime TANDONNET

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La politique française offre un spectacle déshonorant (pour FigaroVox)

Le spectacle que donne en ce moment la politique française n’est pas seulement affligeant. Il est déshonorant. Depuis une dizaine d’années, les désastres s’enchaînent : affaires, vague d’attentats islamistes, Gilets jaunes, covid19. Il en résulte un pays déboussolé, fracturé, privé de ses repères historiques, éthiques, intellectuels. Sur ce paysage dévasté, sur les ruines de la conscience politique française, s’enracine un nihilisme qui prend des formes multiples.

Le sensationnel et l’anecdotique ont fait main basse sur la vie publique. Ainsi, la France s’enflamme au sujet de la suppression du sapin de Noël à Bordeaux décidée par le maire écologiste. Classique : un beau scandale pour couvrir l’impuissance. Faut-il tomber dans le piège du sapin qui cache la forêt, transformer une initiative mesquine en affaire d’Etat effaçant tout le reste ? Parler du sapin de Noël ou d’autres futilités, permet d’occulter les vraies questions qui fâchent, par exemple la loi bioéthique, la PMA sans père remboursée ou l’extension des conditions d’interruption médicale de grossesse (jusqu’à la naissance), sujet qui n’intéresse personne.

L’abus des sondages de popularité est une autre forme de manipulation. Une multitude d’enquêtes paraissent simultanément pour faire de M. Philippe, l’ex-premier ministre, une sorte de recours (au cas où…). Il serait le « candidat favori » à « droite », mais aussi la personnalité la plus populaire de France. Un nième sondage le présente comme « l’incarnation de l’autorité ». Pourquoi nul ne parle jamais, au grand jamais, du bilan de trois années de gouvernement, des 80 km/h, la taxe carbone et le chaos des Gilets Jaunes, la réforme ratée des retraites et deux mois de blocage du pays, la gestion de la crise du covid-19 sous tous ses aspects (masques, tests…), etc ?  Jusqu’où la table rase et le gavage des cerveaux ?

La politique est étouffée par les questions de personnes, la « peopolisation ». Le monde médiatique, et pas seulement la presse à sensation, se fascine ainsi pour les relations personnelles, réelles ou supposées, entre M. Sarkozy et M. Macron, le feuilleton de l’été à Brégançon, les rapports entre Mme le Pen et sa nièce, les hésitations de M. Baroin, ou les mouvements d’humeur du chef de l’Etat. La politique peut-elle se réduire à un spectacle quotidien – piètre spectacle ?

La magouille politicienne est évidemment aussi ancienne que la politique elle-même. Mais aujourd’hui, à la différence d’hier, elle occupe tout l’espace. 90% de la politique nationale, visible, médiatisée, se ramène désormais à la question de l’élection ou la réélection élyséenne et les manœuvres qui l’entourent. Elle explique la semi-droitisation de la parole présidentielle (par exemple sur « le séparatisme »). Elle se traduit par des vagues de débauchages. Les ralliements de « droite » au camp présidentiel, nonobstant tout contenu des politiques mais anticipant sur une réélection en 2022, sont un signe flagrant d’opportunisme bas de gamme et de mépris des électeurs.

D’ailleurs, le naufrage de la politique française dans la névrose élyséenne se présente comme une authentique perversion de la démocratie. Comment qualifier un régime politique fondé tout entier sur le rayonnement obsessionnel, narcissique et idolâtre d’un individu, écrasant toute notion de bien commun et de destin collectif de la nation ?  Certainement pas une république. Mais qui cela préoccupe-t-il ?

Tout se déroule d’ailleurs dans un climat sans précédent d’obséquiosité, de conformisme, de médiocrité.  Le débat d’idées et de projets collectifs a disparu, anéanti. Sur l’économie, les institutions, l’Europe, les frontières, l’école et l’éducation, les sujets de société, le moindre pas hors des sentiers battus expose son auteur à la fascisation ou la nazification. Le débat d’idées a été remplacé par la quête de gourous providentiels (de l’extrême gauche à l’extrême droite incluses) et les vagues de néant hystérique qui secouent chaque jour le pays à tout propos.

Quant aux coups de menton et postures martiales, ils ne servent jamais qu’à voiler les échecs et les renoncements. Plus personne ne parle de la déferlante de chômage qui frappe les jeunes, condamne une génération au désœuvrement, de la pauvreté et de l’exclusion qui en résultent, de l’effondrement vertigineux du niveau scolaire (destruction du bac), des déficits et de la dette publique, du niveau des prélèvements obligatoires qui battent des records historiques, de la désindustrialisation accélérée, de  la violence et la délinquance qui minent la vie des Français les plus fragiles et les plus exposés (812 000 victimes en 2018), de la crise migratoire.

L’enquête CEVIPOF 2020 sur la confiance des Français souligne que 79% d’entre eux ont une vision négative de la politique. Faudra-t-il atteindre 99 % pour que survienne un début de prise de conscience ? Car l’enjeu, c’est tout simplement la survie de la démocratie française ; ou plutôt, ce qu’il en reste.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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2022 ou l’odieuse duperie

Le problème, ce n’est pas Macron, le Pen, Maréchal, Hidalgo, Jadot, Baroin ou autres qui ne sont que des épiphénomènes. Nous vivons dans un système à la fois scandaleux et absurde, qui est à la source de l’effondrement politique français.

Les élections présidentielles, clé de voute du régime privilégient le choix d’un individu sur le débat d’idées et de société  [au contraire de législatives].  Elles se fondent sur la sensation collective, l’émotion produite par une image télévisuelle. Le supposé programme présidentiel est secondaire sert d’habillage au choix d’un personnage. Il est demandé aux Français de s’en remettre à un gourou, et non de choisir leur destin en peuple adulte; de se soumettre à un visage plutôt que de réfléchir à un projet.

Or, l’émotion collective à l’œuvre derrière le choix de ce gourou est toujours le fruit d’une manipulation médiatique: elle repose sur le nombre d’apparitions à la télévision et le matraquage sondagier autour d’un personnage. La sélection du futur occupant de l’Elysée procède ainsi largement de ceux qui contrôlent les grands médias téléradios : TF1, F2, Europe 1, RTL, BFM, etc.  Ce mode de fonctionnement est une source de médiocrité: le pouvoir médiatique, (ou de l’argent), choisit des individus qui lui ressemblent: peu instruits, inintelligents, narcissiques et sans caractère.

Il repose sur une supercherie: le mythe d’un « chef », supposé inspirer l’autorité, en contrepoids, miroir inversé du délitement accéléré de la société française, naufrage dans la violence endémique, effondrement du niveau scolaire, chômage gigantesque, flambée de la dette publique, migrations hors contrôle, perte de l’influence planétaire. Cependant, ce « guide » de la nation ne dispose strictement d’aucune baguette magique pour conjurer la désintégration et la chute du pays. Présenté comme un sauveur, un sauveur impuissant, il ne lui reste qu’une issue: la fuite dans l’illusion, l’esbroufe, la grandiloquence, le culte de la personnalité, le spectacle, les coups de communication, le mensonge et la dissimulation.

Il aurait pour mission, paraît-il, « d’incarner ». Incarner quoi? Le chaos, le néant, la manipulation massive des Français, la bêtise ambiante? Non: incarner la Nation! Nous y sommes: le principe fondamental du régime, son socle idéologique: la vanité prétentieuse. Oui, mais que proposez-vous M. Tandonnet? D’abord, une prise de conscience. Quand les Français, au moins une large majorité d’entre eux, auront compris que l’on se moque d’eux, que l’on se moque d’eux outrageusement, que l’on se moque d’eux ignoblement, le temps sera venu d’abattre ce système et de songer à restaurer une démocratie française digne de ce nom.

Maxime TANDONNET

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L’étrange recours

NB: le billet ci-dessous ne concerne pas M. Edouard Philippe mais le phénomène autour de lui. 

M. Edouard Philippe, l’ancien Premier ministre du président Macron de juin 2017 à juin 2020 est la personnalité la plus populaire à droite. Il est le candidat a favori de 26% des électeurs de droite selon un sondage IFOP devant tous les autres. Il est aussi la personnalité politique la plus populaire selon d’autres enquêtes. A son propos, le mot de « recours » s’impose partout et sans cesse, dans un matraquage permanent.

Le phénomène est fascinant par ce qu’il nous dit de la politique aujourd’hui. Le bilan de M. Philippe peut difficilement expliquer sa popularité. A quoi pense-ton spontanément au sujet de ce bilan? le renoncement de Notre-Dame-Des-Landes face à la violence; les 80 km/h sur les routes nationales, puis le rétropédalage en laissant aux conseils départementaux la responsabilité de revenir au 90 km/h ; la taxe carbone, retirée après un mois de coups de menton mais à l’origine directe d’un an de violences et de chaos avec la crise des Gilets Jaunes qui a embrasé le pays; trois mois de tergiversations et de contre-vérités (sur les masques) dans le crise du covid 19 qui ont ravagé l’économie française (une récession double de celle de l’Allemagne); une flambée générale de la violence et de la délinquance; une explosion des statistiques de l’immigration; une violente poussée du chômage et une aggravation des statistiques de la pauvreté; l’échec d’une réforme des retraites qui a paralysé le pays pendant deux mois avant de disparaître à la trappe; une dette publique dépassant les 100% du PIB et la France en tête du niveau de prélèvements obligatoires…

Le bilan, quel que soit le bout par lequel on le prend, n’est guère reluisant. Alors? Alors, sa relative popularité dans les sondages ne tient pas à un bilan. Elle tient à une apparence, une image médiatique, un reflet. L’homme, dans son image impose un certain calme, une modestie, une sobriété, une discrétion  qui contrastent par exemple avec l’exubérance de l’Autre. Cela suffit à lui donner un air de recours. Mais de fait, le phénomène traduit tout autre chose: la perte du sens politique d’un pays. Les faits, les réalités, le bilan, le politique au sens noble du terme, le gouvernement de la cité, importent peu. Seuls comptent l’apparence, la surface des choses sur l’écran de TF1 ou France 2, l’émotion et les jeux d’illusions. Au fond du problème, il y a quelque chose d’absolument dramatique: le déclin de l’esprit critique et l’affaissement de l’intelligence politique. Or, un corps électoral privé de repères intellectuels, d’esprit critique, d’intelligence politique est indéfiniment manipulable à merci.

Maxime TANDONNET

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Les traîtres et les lèche-bottes

Faudra-t-il s’accommoder d’une vie politique française gagnée par une sorte de naufrage permanent dans  le sordide, la médiocrité et le cynisme? Les traîtres et les lèche-bottes (restons polis), tous les traîtres, tous les lèche-bottes, m’inspirent une authentique, sincère et profonde révulsion. Il faut le savoir pour comprendre ma sensibilité politique. Des responsables politiques doivent leur carrière à un parti politique: leur réseau, leurs investitures qui les ont fait maires, députés ou sénateurs. Toujours dans l’espoir d’un mandat ou d’un fromage, ils retournent leur veste et passent dans le camp adverse. Non seulement ils ont trahi leur camp, mais en plus, ils se complaisent à fustiger leurs anciens amis et à annoncer leur mort. Sincèrement, n’ayant jamais pris de ma vie la carte d’un parti politique, j’observe la rage furibonde qui se déclenche contre LR, notamment de la part des opportunistes qui ont rallié l’extrême droite ou les ex-socialistes rebaptisés En Marche. Le maintien de LR, c’est-à-dire d’une poignée d’hommes et de femmes avec leurs défauts mais qui au moins – au moins –  n’ont pas trahi leur parti et ne se sont pas comportés en lèche-bottes pour un fromage, semble totalement insupportable à certains. On voit même, dans les camps lepéniste et macroniste, émerger une sorte de discours négationniste qui affirme que tout LR s’est macronisé ou lepénisé, ce qui est parfaitement contraire à la réalité. LR en se maintenant, avec ses faiblesses, ses divisions, ses interrogations, est devenu l’empêcheur de tourner en rond, dont le maintien en existence à travers notamment son puissant réseau d’élus nationaux et territoriaux, est intolérable à ceux-là qui voudraient, à coup de trahisons, d’opportunisme et de lâcheté, réduire la vie politique au duel de titans entre ces frères jumeaux du déclin français que sont lepénisme et macronisme. C’est pourquoi tant de voix s’acharnent à annoncer en vain, années après années, mensongèrement, la mort de LR. La poursuite la survivance de LR, en dépit de tout, ne correspond pas à leurs schémas intellectuels, leurs prévisions et leurs calculs qui vouent la France être dépecée entre les griffes du néant post national et de la démagogie pseudo nationale. Comment avoir survécu à tant de mensonges, de trahisons, de lâcheté et de médiocrité? Une anomalie insupportable à beaucoup de monde dont pourrait bien sortir une forme d’espérance.

Maxime TANDONNET

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Panthéoniser Rimbaud, une idée grotesque

Une pétition soutenue par les plus hautes autorités nationales vise à panthéoniser ensemble « Rimbaud et Verlaine ». L’initiative est intéressante en ce qu’elle prouve l’emprise de la mode idéologique et du conformisme sur les esprits contemporains. L’idée est évidemment d’honorer le couple qu’ils sont supposés avoir formé. La seule question qui compte: à quel degré d’inculture et d’asservissement mental faut-il en arriver pour que germe et s’installe une pensée aussi absurde?

Panthéoniser, c’est-à-dire officialiser, institutionnaliser, honorer, étatiser, normaliser, nationaliser, vitrifier le poète des grands chemins, de la vie et de la liberté, celui qui fut « l’homme à la semelle de vent », celui qui écrivait, de sa plume rebelle, « Ah passez, Républiques de ce monde! Empereurs! régiments! des colons, des peuples, assez! Europe, Asie, Amérique, disparaissez! » Enfermer au Panthéon la mémoire du poète qui voulait se rendre « voyant » par le « dérèglement de tous les sens » et « fixer des vertiges »;  momifier au Panthéon l’auteur de « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher, des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse » ; rarement a-t-on vu pire sacrilège.

Savent-ils que le poète qui a fui la vieille Europe et son passé pour vivre en Abyssinie, tenait tous les honneurs publics et les hommages en aversion? « Le mépris de la gloire et de toutes les réclames vaniteuses de notre siècle est la marque d’une âme supérieure » (le Décadent de décembre 1888 à propos de Rimbaud). Et puis, il n’en faudrait pas beaucoup pour déclencher une immonde polémique à son propos et souiller sa mémoire et son génie : trafiquant d’armes en Abyssinie et peut-être d’autre chose… Que notre sale époque de lynchage, de lèche-bottes et de bêlements conformistes laisse un peu les morts dormir tranquillement dans leur tombeau! Le petit cimetière de Charleville vaut mieux que le Panthéon. Plutôt que de transférer les ossements de Rimbaud, enseignez le charme d’une Saison en enfer ou des illuminations aux lycéens français.  Quant au soi-disant couple qu’il formait, avec Verlaine (qui s’est terminé dans la violence et le sang à Bruxelles, faut-il le rappeler), laissons la parole pleine de bon sens et de dignité à la famille de notre poète bien aimé:

« Une arrière-petite-nièce d’Arthur Rimbaud, Jacqueline Teissier-Rimbaud, a dit vendredi son opposition à l’entrée du poète au Panthéon conjointement avec Paul Verlaine, une position partagée par l’association Les Amis de Rimbaud, à l’inverse de Roselyne Bachelot qui a apporté son soutien à une pétition en sa faveur. Si les deux poètes font ensemble leur entrée au Panthéon, « tout le monde va penser « homosexuels » mais ce n’est pas vrai. Rimbaud n’a pas commencé sa vie avec Verlaine et ne l’a pas terminée avec lui, ce sont juste quelques années de sa jeunesse », a estimé Jacqueline Teissier-Rimbaud. « Rimbaud est né à Charleville-Mézières, il reste à Charleville-Mézières, avec toute sa famille », a-t-elle insisté, précisant que son fils et ses petits-enfants partageaient son point de vue. « Associer Rimbaud et Verlaine de façon définitive, ad vitam aeternam, n’est pas envisageable, c’est sans doute exagéré. Arthur Rimbaud avait rompu avec Paul Verlaine et ne voulait plus évoquer cette période des quatre années où il l’avait côtoyé. Il tenait absolument à vivre une autre vie, ce qu’il a fait en partant en Afrique, où il a vécu avec une jeune femme, a expliqué Alain Tourneux. « Rimbaud est devenu par la force des choses une icône pour beaucoup d’homosexuels mais s’en serait sans doute lui-même défendu, selon lui. Rimbaud a voulu vivre intensément et a eu plusieurs vies, à tout point de vue. »

NB: j’en profite pour recommander de tout cœur Arthur Rimbaud, Jean-Jacques Lefrère, Fayard 2001, une sublime et bouleversante biographie de 1200 pages.

Maxime TANDONNET

 

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Le virus a bon dos

Les informations se suivent et ne se ressemblent pas. La rentrée de septembre est marquée par la peur d’une reprise de la pandémie et d’une seconde phase « exponentielle ». D’autres sources d’informations montrent le contraire, comme cet article de Capital. Depuis mars dernier, le monde a changé en mal. Il a basculé dans tout autre chose. Nous vivons dans le monde d’après et il n’est pas beau à voir. L’arrêt des grands voyages planétaires est emblématique de l’anéantissement de la liberté et de l’enfermement des consciences. Le chômage, le désœuvrement et la pauvreté ravagent nos sociétés mais la dissimulation et le truquage des réalités sont désormais banalisés, comme dans n’importe quel système totalitaire. La violence omniprésente est le signe de la désintégration du tissus social, dans un monde où il est interdit de voir le visage d’autrui et de serrer les mains. La montée des idéologies de la table rase extrémiste en politique n’est que le reflet de la barbarie croissante de la société.   L’indifférence, l’abstentionnisme, le repli sur soi, le dégoût et la méfiance  imprègnent toute vie politique. Alors, l’unique explication à ces phénomènes qui est donnée est celle du virus. De fait, le virus n’est qu’un déclencheur, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres de la maison globale. L’effondrement, la crise suprême de civilisation était  déjà en germe dans l’exubérance de la mondialisation chaotique et débridée.  Le virus a fait éclater une bulle qui devait de toute façon éclater. Aujourd’hui, il est un prétexte. Il est là certes. Il est là mais il a pris toute sa place, toute son utilité, sa raison d’être comme pilier du monde d’après. Il est là aussi pour faire peur, pour faire oublier nos malheurs, nos désastres et nos échecs, la chute dans le nihilisme. Les élites dirigeantes ou influentes ont besoin de ce virus comme bouc émissaire d’une société épouvantable dans laquelle nous sommes en train de faire naufrage, une société sans travail, sans jeunesse, sans courage, sans imagination, sans désir, sans but, sans idéal, sans liberté – en particulier la première de toutes, la liberté de se déplacer, de franchir les frontières, de partir, bref s’évader, le plus joli  mot de la langue française. Même quand le virus aura objectivement disparu, il sera toujours là, comme une menace infernale brandie par les autorités morales et nous tenir en laisse par le biais de la peur. Et s’il n’est vraiment plus là, il sera aussitôt remplacé par un autre virus. Le « monde d’après » – le nôtre désormais –  a besoin de lui, le virus est au centre de son équilibre et de sa survie. Et contre la peur, il n’existe qu’une seule arme: la vérité.

Maxime TANDONNET

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« Terreur verte »

Le maire écolo-socialiste de Lyon élu en juin dernier accable le tour de France qui doit passer dans sa ville, le jugeant « polluant et machiste ». Polluant, ce phénomène de société qui fait la promotion du vélo? Machiste, davantage que les autres compétitions sportives non-mixtes, foot, rugby, etc? En vérité, à travers ces paroles et bien au-delà de l’étiquette « verts », c’est l’idéologie à la mode, l’idéologie dominante dans le monde occidental qui s’exprime dans sa quintessence. La logique de la table rase est à l’oeuvre. Le tour de France donne l’image même de la « France moisie » comme ils disent. Depuis 120 ans, il est à leurs yeux fondamentalement franchouillard et incarne tout ce qu’ils haïssent jusqu’au vomissement: le « mâle blanc » et la populace, la vile multitude populaire de la France profonde agglomérée le long des routes et des ronds points pour regarder passer ses héros. Le son même de « France » dans « tour de France » est maudit. Ceux qui vomissent le tour de France sont aussi ceux qui fustigent « le gars qui roule au diesel en fumant des clopes », « le Gaulois réfractaire », « ceux qui ne sont rien », « ne peuvent même pas se payer un costume », les « sans dents » ou les « fainéants » qui n’ont qu’à « changer de trottoir pour trouver du boulot », les mêmes qui veulent « limiter nos naissances pour nous permettre de mieux accueillir les migrants qui frappent à nos porte » (M. Cauchet). C’est plus fort qu’eux: imbibés jusqu’à la moelle de l’idéologie de la table rase, de la haine de soi et de la repentance, ils veulent éradiquer tout ce qui leur fait penser à l’image d’une France traditionnelle qui leur donne littéralement envie de vomir. Bravo aux courageux électeurs qui, par leur abstentionnisme massif ou leur naïveté puérile, ont porté au pouvoir, sur le plan national ou dans nos grandes villes ces professionnels du mépris et du nihilisme aux cerveaux imbibés d’idéologie. Sous une apparence d’angélisme, ils reflètent l’hystérisation et la poussée aux extrêmes (gauche et droite) du débat politique français. J’ajouterais que s’attaquer au tour de France de septembre, au tour de France moribond, victime du covid-19, qui n’intéresse absolument  personne, c’est tirer sur une ambulance et s’offrir une vertu à peu de risque. La lâcheté fait partie du lot.

Addendum: Le maire de Bordeaux vient d’indiquer qu’il refuse « la tradition de l’arbre mort au centre de sa ville » (comprendre le sapin de noël). Pendant ce temps la, son collègue de Lyon refusait de se rendre à une célébration centenaire qui se déroule dans la basilique de Fourvieres « au nom de son interprétation de la laïcité », mais à procédé dès le lendemain à la pose de la premier pierre de la mosquée de Gerland. Sans doute aussi au nom de son interprétation de la laïcité. 

Maxime TANDONNET

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Qu’en pensent les Français?

L’image de la politique française ne s’arrange guère. La dernière enquête CEVIPOF sur la confiance (vague 11-2020),  souligne que 79% des Français en ont une vision négative. Elle inspire à 32% de la méfiance, 27% du dégoût et 11% de l’ennui. Par ailleurs, 80% d’entre eux estiment que les politiques ne tiennent aucun compte de ce que pensent les gens comme eux. Les événements de ces derniers mois ont peu de chance d’améliorer cette perception. Les plus hautes fonctions gouvernementales sont aujourd’hui tenues par des individus qui ont ostensiblement retourné leur veste pour un fromage: un jour dans un parti, le lendemain chez l’adversaire. Force des convictions et vertu de la fidélité. M. B, 69 ans, l’âge où tout le monde est depuis longtemps à la retraite, est nommé « haut commissaire au plan », un « plan » qui n’existe plus depuis belle lurette et dont chacun s’accorde à dire qu’il est totalement dépassé par les réalités. Vous trouvez cela bien? Pour le pays? Ses finances publiques? L’impartialité de l’Etat? L’égal accès aux fonctions publiques selon le mérite? Le principe d’égalité (devant la retraite)? Au plus haut sommet de l’Etat, on se crêpe violemment et durablement le chignon pour savoir s’il est permis de parler d’ensauvagement alors qu’au même moment, le procès du massacre de Charlie Hebdo livre des images et des récits insoutenables sur les ravages de la barbarie islamiste et ses complicités dites « intellectuelles ». Le matraquage médiatique forcené, destiné à mettre en valeur le parti lepéniste pour préparer un deuxième tour des présidentielles reproduisant le duel 2017 – avec la quasi certitude d’un résultat identique – bat son plein, comme si le Système médiatico-financier se mobilisait jusqu’à la démence, pour assurer la réélection de son champion.  A « droite », seule force d’alternance raisonnable et envisageable, la présidentialote, l’obsession de la présidentielle, c’est-à-dire la guerre des nombrils,  fait rage au  détriment du débat de fond: quelle ligne? Que faire? Pourquoi le pouvoir? Simple détail évidemment. Alors, méfiance, dégoût, ennui? Tout ceci est bien répugnant, bien dégueulasse comme dirait l’autre. Mais attention: l’opinion est une sorte de grand fauve imprévisible. Elle donne le sentiment de dormir paisiblement, du sommeil de l’indifférence et du fatalisme, mais elle rumine sa vengeance, et souvent, quand on s’est trop moqué d’elle, sa colère quand elle se réveille, peut être effroyable.

Maxime TANDONNET

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Banalisation du mal

A la gare du Nord, en plein jour, un homme a été agressé et égorgé et son bourreau est toujours en fuite. Une tentative de meurtre sanglante, au mobile inconnu, au milieu de la foule, dans l’une des gares les plus fréquentées de France, cela n’émeut (presque) plus personne tant le sang qui coule devient une sale habitude. Mais cette fois ci, nul ne fait semblant de s’en émouvoir ni de s’y intéresser: pas de gesticulation, aucun défilé de personnalité, pas de communiqué.  Les politiciens s’étripent sur les mots. A-t-on le droit de parler d’ensauvagement? Bataille de mots, bataille de formules magiques, comme si marteler quinze fois le même mot comme un perroquet avait jamais suffi à régler le moindre problème. Et il se trouve encore une personnalité clé du pouvoir pour affirmer que l’insécurité n’est qu’un sentiment. « Sentiment d’insécurité »: l’insécurité serait un sentiment, une impression, une illusion. Ceux qui le disent ou ceux qui le pensent ont-ils des enfants, mettent-ils jamais le pied dehors, dans la rue ou le métro? 812 000 victimes de la violence en un an. Et Charlie, et le Bataclan, et Nice, et la gare de Marseille, oubliés? La vraie guerre, les massacres perpétrés sur le territoire français par la barbarie islamiste, 260 morts, n’auraient-ils jamais existé? La France est otage de deux extrêmes: les uns au plus haut sommet de l’Etat, ont la tête dans le sable idéologique et continuent de penser que l’insécurité n’est qu’un sentiment; en face, des charognards démagogues exploitent la violence sanguinaire dans un intérêt  électoral (l’Elysée vaut bien un aboiement). Aveuglement et démagogie font semblant de se combattre mais se valorisent mutuellement dans un jeu complice. Il faudrait des années voire des décennies de courage, d’efforts et de volonté acharnée pour mettre fin au délitement de l’Etat qui se traduit dans le chaos sanguinaire et restaurer l’ordre dans ce pays, mais la pente que nous suivons en ce moment est diamétralement opposée.

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: Les grandes figures de la droite, sous la direction de jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard, Perrin et le Figaro Magazine, 2020 (410 pages, 22 €)

Les grandes figures de droite, de la révolution française à nos jours, est un grand livre, passionnant de bout en bout. Il fait partie de ces ouvrages qui se dévorent d’une traite et qu’on a toutes les peines à lâcher une fois terminés. Il combine l’enchantement de la lecture, le dépaysement d’un voyage dans l’histoire contemporaine et ouvre le champ d’une réflexion approfondie à l’heure où tant de questions surgissent sur l’identité et sur l’avenir de la droite, dans le contexte de la grande déflagration politique qui anéantit nos repères et nos certitudes. Les 21 portraits de responsables politiques et d’intellectuels, présumés de droite dans la conscience politique nationale, mêlent l’histoire de leur parcours et celle du cheminement de leur pensée. Plutôt qu’une approche théorique, ces 21 récits associant le romanesque et la réflexion intellectuelle, sont une invitation à s’interroger sur l’avenir de la politique et de la démocratie française.

La droite et la gauche sont des piliers traditionnels de la conscience politique française. Par un invraisemblable paradoxe, la pensée dominante, l’air du temps les considèrent comme obsolètes, mais une majorité de Français se disent de droite, ou « de droite et du centre ». « Au rebours de la gauche, qui se pense en collectif, [la droite] se définit d’abord par des individualités. La gauche se veut guidée par les idées, la droite est conduite par les hommes » écrivent M. Tabard et M. Buisson. « Les grandes figures », à travers ces 21 savoureux portraits qui miroitent les uns avec les autres, nous ramènent ainsi à l’essentiel: qu’est-ce que les Français sont en droit d’attendre d’un homme ou d’une femme politique se positionnant « à droite »?

Patrice Gueniffey, dans son développement sur Napoléon, rappelle comment sont nés les concepts de droite et de gauche sous la révolution.  « Le 11 septembre 1789. Ce jour-là, l’Assemblée constituante doit trancher : accordera-t-elle au roi le droit de s’opposer aux lois votées par le corps législatif. Les députés favorables à la motion se rangent à droite du président de séance, leurs adversaires à sa gauche ». Selon cet auteur, « on aurait tort d’essentialiser la gauche comme la droite. Ce sont des forces politiques plurielles, mouvantes, sans contenu doctrinal stable, qui se forment, se défont et se reforment au gré des circonstances et d’enjeux changeants ». Napoléon lui-même est l’incarnation de ce flou: à gauche comme continuateur de la révolution, à droite en tant qu’homme d’ordre et d’autorité. Mais par delà le caractère relatif de ces deux concepts – la nation, idée de gauche sous la révolution, est passée à droite au XXe siècle – quelles constantes ressortent de ces portraits, de ce qui caractérise l’homme ou la femme « de droite »?

  • Le conservatisme, c’est-à-dire la méfiance envers l’idéologie progressiste de la table rase, ou la volonté d’éradiquer le passé pour engendrer un homme neuf, apuré des oripeaux de la culture, de la tradition ou des croyances. Pour Antoine de Rivarol (1753-1801) , contempteur du jacobinisme, « le génie en politique consiste non à créer, mais à conserver, non à changer mais à fixer ». Joseph de Maistre (1753-1821), le prophète fulminant, développe une vision   mystique et religieuse de l’histoire et voit dans la Terreur, paroxysme de la révolution, « un gouffre immonde ». Chateaubriand dénonce une marche inéluctable à la médiocrité: « Il est à craindre que l’homme ne diminue, que quelques facultés imminentes du génie ne se perdent, que l’imagination, la poésie, les arts ne meurent dans les trous d’une société-ruche où chaque individu ne sera plus qu’une abeille, une roue d’une machine, un atome… Nous sommes débiles parce que nous sommes dans la progression descendante. » Le conservatisme s’incarne aussi chez la duchesse de Berry (1798-1870), belle-fille de Charles X dont le mari a été assassiné et qui consacre sa vie à une hypothétique restauration du trône des Bourbon. Le duc de Broglie (1821-1901), bras droit de Mac Mahon est l’un des rares politiques français à se revendiquer ouvertement du conservatisme, monarchiste libéral avant de se rallier à l’idée d’une république conservatrice.
  • Le goût de l’ordre et de l’autorité: il s’incarne évidemment chez Bonaparte qui déclare au lendemain du 18 Brumaire, « ni bonnet rouge, ni talon rouge, je suis national », mais aussi  chez Thiers (1797-1877), qui a marqué de son empreinte la politique française au XIXe siècle. Tout d’abord proche de Louis-Philippe, orléaniste, il voit dans la République, à partir de 1870, le seul moyen de garantir l’ordre bourgeois et symbolise la répression de la Commune qui fait alors l’unanimité dans les élites républicaines (Ferry et Gambetta inclus) et sur laquelle s’est construite une république « lavée du soupçon insurrectionnel » et du souvenir de la Convention et de la Terreur. Maurice Barrès (1862-1923), figure centrale de la droite du début du XXe siècle, fait la synthèse de la tradition et de l’ordre dans son roman La colline inspirée: « Je suis, dit la prairie, l’esprit de la terre et des ancêtres, la liberté, l’inspiration. Et la Chapelle répond: je suis la règle, l’autorité, le lien, je suis un corps de pensées fixes et la cité ordonnée des âmes. » Ce « logiciel de droite » se retrouve chez le royaliste Charles Maurras (1868-1952), « admiration pour l’ordre, refus de l’affaiblissement de la parole et de la place de la France dans le monde, doublé d’une méfiance pour les structures supranationales », un personnage au destin ravagé du fait de son antisémitisme et de son engagement en faveur du régime de Vichy (dont il qualifia l’avènement de « divine surprise »).
  • La liberté comme valeur fondamentale. Si la gauche a la passion de l’égalité, la liberté est par excellence une valeur revendiquée par la droite, qui ne conçoit pas la liberté sans un ordre protecteur. Benjamin Constant (1767-1830), favorable à la république thermidorienne mais en réaction contre l’empire napoléonien, fustige le despotisme et s’interroge sur les institutions les plus adaptées à la liberté. « C’est un principe universel également vrai dans tous les temps, et dans toutes les circonstances, que nul homme ne peut être lié que par les lois auxquelles il a concouru. » Alexis de Tocqueville (1805-1859)dénonce la course à l’égalitarisme, confondue avec le progrès de la démocratie, et voit dans le nivellement des sociétés une source de tyrannie de la médiocrité: « Pour combattre les maux que l’égalité peut produire, il n’y a qu’un remède efficace: c’est la liberté politique ». Avec son « Enrichissez-vous », François Guizot (1787-1874), bras droit de Louis-Philippe, transpose la liberté sur le plan économique à travers le culte de l’entreprise et de l’initiative. Bien plus tard, cette passion de la liberté se retrouve chez Raymond Aron (1905-1983), l’un des premiers résistants ayant rejoint la France libre dans sa lutte contre la barbarie nazie, puis intellectuel isolé dans sa dénonciation du communisme et du totalitarisme soviétique. Elle s’exprime aussi chez Valéry Giscard (né en 1926) d’Estaing, promoteur de la « société libérale avancée », et de Simone Veil (1927-2017), qui en fut, auprès de lui le symbole même à travers la libéralisation de l’interruption volontaire de grossesse votée en 1975 .
  • Le sérieux économique et financier: la droite a longtemps prôné une vision de la politique économique axée sur la rigueur et le sérieux, à l’image d’une gestion en bon père de famille, destinée à inspirer la confiance. Raymond Poincaré (1860-1934) en a été un symbole, à travers une image de modération, d’intégrité absolue, de sagesse et de patriotisme sans faille se traduisant en termes  de gouvernement par « une politique d’économies budgétaires – symbole de la suppression notamment d’un certain nombre de sous-préfectures –  qui renforce encore à peu de frais sa réputation de rigueur et d’intransigeance. [Dès lors] il se sent assez fort pour accomplir une petite révolution monétaire [le franc germinal, datant de la révolution française est remplacé, au prix d’une dévaluation, par le franc Poincaré] ». Antoine Pinay (1891-1994) est une autre  incarnation de cette politique fondée sur la bonne gestion d’un patrimoine commun. Quel prodigieux destin que celui de ce petit entrepreneur, héritier d’une famille de chapeliers de père en fils de Saint-Symphorien-sur-Coise, appelé, à la suit de circonstances invraisemblables, à diriger la France sans avoir manifesté la moindre ambition personnelle…  Il a tiré sa réussite de son image: « compétence, honnêteté, dévouement pour la chose publique, bonhomie chaleureuse, bon sens intraitable, culte du dire vrai, intelligence aiguë des réalités, attention bienveillante à autrui ».
  • Une mystique du peuple et de l’unitéLa culture de droite revendique un lien particulier de confiance entre le peuple et son chef, par delà les corps intermédiaires et les partis politiques. Contre la lutte des classes, elle voit dans l’unité nationale la source du progrès social. André Tardieu (1876-1945), dans la tourmente des années 1930, rejette toute solution d’appel à un dictateur pour sauver le pays face à la menace hitlérienne, mais entend s’appuyer sur le peuple pour régénérer la France: d’où son apologie du référendum, à l’époque considéré comme hérétique au regard des valeurs républicaines. Quant au général de Gaulle (1890-1970), fondamentalement « un homme du parti de l’ordre », devenu rebelle par la force des circonstances, il a fondé sa politique sur la volonté de « rassembler le plus largement possible » dans la nation  et d’y puiser, à travers la mise en oeuvre du référendum, une légitimité lui permettant de gouverner malgré les obstacles.

Le malaise de la droite et son affaiblissement s’expriment dans les deux chapitres finaux, consacrés à Jacques Chirac et à Nicolas Sarkozy, les deux derniers présidents de la république de droite. Le premier est l’incarnation « d’une droite qui ne s’aime pas » et qui a honte de soi. Plaçant au premier rang de ses priorités « la fracture sociale » puis la promotion de la société multiculturelle, empruntés à la gauche, il sombre de fait dans l’immobilisme. Nicolas Sarkozy, en réaction, préconise la rupture, veut réhabiliter une « droite décomplexée », parle de l’identité nationale, de l’ordre et de l’autorité, de la valeur travail, mais se heurte au « décalage entre la puissance des mots et les entraves dans l’action, entre l’audace de l’ambition et la modestie des réalisations, entre l’élan de la rupture et l’effet de l’usure, entre la nature infatigable du président et le caractère inexorable des vents contraires […] »

Préface Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard
Rivarol, Paulin Césari
Constant,  Philippe Raynaud
Maistre, Charles-Eloi  Vial
Chateaubriand, Frédéric Rouvillois
Napoléon,  Patrice Gueniffey
Duchesse de Berry, Eugénie Bastié
Tocqueville, Laetitia Strauch-Bonart
Guizot,  Laurent Theis
Thiers,  Pierre Cornut-Gentille
Broglie, Marie-Hélène Baylac
Barrès,  Bruno de Cessole
Maurras, Jean-Christophe Buisson
Poincaré, Arnaud Teyssier
Tardieu, Maxime Tandonnet
Pinay, Christiane Rimbaud
De Gaulle, Eric Roussel
Aron,  Nicolas Baverez
Simone Veil, Anne Fulda
Giscard, Jean-Louis Bourlanges
Chirac,  Guillaume Tabard

Sarkozy, Guillaume Tabard

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Supprimer les jours fériés/table rase (pour Figarovox)

Le monde politique français est en quête d’idées nouvelles pour sortir la France de l’impasse politique, sociale, économique, où elle ne cesse de s’abîmer. L’une des dernières en date est celle de M. Laurent Hénard, ancien maire de Nancy. Au titre de « proposition forte et innovante pour relancer l’économie », ce dernier suggère de supprimer cinq jours fériés sur dix : le 8 mai, le lundi de Pâques, l’Ascension, le 15 août et la Toussaint. Resteraient le 1er janvier, le 1er mai, le 11 novembre et le 25 décembre. Cette proposition a deux mérites : celui d’exister bien sûr, mais aussi, celui de refléter à la perfection l’état d’esprit de la politique française telle qu’elle se présente aujourd’hui.

A l’image de ce qu’est la réalité politico-médiatique actuelle, cette proposition ne peut que déclencher une polémique, voire un ouragan de protestation. Elle a deux précédents : Valéry Giscard d’Estaing, au début de son septennat, avait voulu supprimer le jour férié du 8 mai avant de devoir se raviser sous la pression des anciens combattants. M. Raffarin, sous le quinquennat de Jacques Chirac, avait tenté de normaliser le lundi de Pentecôte, avec des résultats ambigus puisque ce jour est désormais férié à la carte. Toucher aux jours fériés est toujours une source de crispation.  Il est vrai que dans ce pays, depuis trop longtemps, déclencher des crises d’hystérie inutiles est une spécialité qui permet de couvrir l’inaction, les renoncements, l’impuissance et les échecs. De fait, établir un bilan sincère des 35 heures et des fameuses RTT, serait une mesure courageuse et de bon sens. Mais il est évidemment plus facile de provoquer un psychodrame en fustigeant quelques jours fériés, ancrés dans la tradition, que de s’interroger sur l’impact des sacro-saintes 35 heures et des RTT, symboles depuis vingt ans du socialisme à la française

Hénard propose de remplacer les jours fériés par des « congés supplémentaires », donc à la carte. Quel est le sens profond de l’existence des jours fériés ? Ils cristallisent une tradition, consacrent un symbole d’unité, un temps de recueillement collectif. Supprimer des jours fériés est un choix bien dans l’air du temps, qui relève de la table rase, de la même nature que celui consistant à déboulonner les statues ou changer le titre des classiques littéraires. Même si cette dimension est inconsciente, elle procède de l’idéologie : effacer le passé, les traditions, la culture pour engendrer un « homme neuf » coupé de ses racines et donc indéfiniment malléable.

Avec quatre jours fériés à connotation religieuse qui seraient supprimés d’un trait de plume (Pâques, l’Ascension, le 15 août et la Toussaint), c’est évidemment l’histoire chrétienne de la France qui est visée, en vertu de la société devenue multiculturelle ou multi-cultuelle.  Le risque de cette approche est le fractionnement de la nation en communautés qui se donneront chacune des jours fériés différents les uns des autres et par conséquent, séparés. La France actuelle, rongée par les déchirures, les haines, les séparatismes et les extrémismes, a-t-elle vraiment besoin d’un emblématique levier supplémentaire de fragmentation ?

La chasse aux jours fériés est emblématique de la fracture entre la classe dirigeante ou influente et la majorité silencieuse. Les élites politiques, économiques, médiatiques, vivent dans la hantise d’une France « qui ne travaille pas assez » et d’un peuple rétif au travail. Il faut voir, dans ce mépris, une manière de s’exonérer de leurs propres fautes dans le gouvernement du pays qui ont abouti à des déficits et des dettes publiques gigantesques, une vertigineuse désindustrialisation, le chômage et la pauvreté de masse. Ce préjugé – d’un peuple qui ne travaille pas assez – s’est toujours cristallisé sur le nombre de jours fériés, au cœur des complexes français.  Mais dix jours fériés est-ce vraiment un particularisme français? Absolument pas si l’on en juge par le nombre de jours fériés dans les autres grandes nations industrielles : neuf au minimum en Allemagne, mais davantage dès lors que chaque Länder peut en ajouter (quatorze dans la ville d’Augsbourg), huit au Royaume-Uni, dix aux Etats-Unis et quinze au Japon. Supprimer des jours fériés est décidément une fausse bonne idée.

 

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L’agonie de la liberté

Les grands mots, « dictature, totalitarisme » n’apportent rien de bon dès lors que tout ce qui est excessif est insignifiant, comme dirait l’autre. Pourtant, c’est un fait que la liberté est à l’agonie. Hier, une vidéo montre le président, à Beyrouth, qui hurle contre un journaliste, M. Malbrunot, au sujet d’un article qui lui a déplu. Et la liberté de la presse, la liberté d’informer? Ce qui sidère n’est pas tant la scène, mais la vertigineuse soumission qu’elle suscite. Dans un climat d’apathie générale, de résignation, de peur et même de lâcheté, un énorme couvercle d’indifférence s’est abattu sur cette scène. C’est bien ce qui est terrible: tout se passe comme la chose était normale. La liberté de voyager, de quitter les frontières, de foutre le camp, de s’évader, de se rendre au bout du monde, la liberté la plus chère aux hommes a disparu du ciel, comme suspendue et nul ne sait quand elle reviendra. Le suffrage universel ne veut plus rien dire, trafiqué, corrompu jusqu’à la moelle: à Paris, les Parisiens ne voulaient plus de Mme Hidalgo, Mme Hidalgo est repassée. Les Français (à 80%) ne veulent plus du duo Macron-le Pen: ils auront sans doute le duo Macron-le Pen. A tout moment, comme il l’a fait pendant deux mois, le pouvoir peut assigner les Français en résidence. Le Parlement, symbole de la liberté, est en miettes, les partis politiques aussi. La liberté de la presse est en train de mourir sous nos yeux rongée par l’uniformisme et l’autocensure. La pensée est embrigadée et soumise au grand troupeau bêlant du politiquement correct. Et tout le monde s’en moque éperdument. La liberté va de pair avec l’ordre et l’autorité; elle crève du chaos, de l’arbitraire, de la démagogie. C’est ce qui nous arrive.  Un jour les Français regretteront d’avoir lâchement renoncé à la liberté au profit de l’égalitarisme ou nivellement par  la médiocrité.

Maxime TANDONNET

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Médiocrité politichienne (pour Figaro Vox)

1/ « Pour ne pas gâcher tous les talents de la droite, passons un accord avec Emmanuel Macron pour qu’il soit notre candidat commun à la présidentielle et que ceux-ci puissent participer au redressement de notre pays. » Christian Estrosi fait-il preuve de lucidité sur la ligne et l’avenir politiques des Républicains, selon vous ?

La solution qu’il propose ferait à coup sûr deux satisfaits : d’une part le président Macron qui depuis son élection, à travers notamment la nomination d’un Premier ministre venu des Républicains, a fondé sa stratégie politique sur la récupération de l’électorat de droite (il a d’ailleurs partiellement réussi selon les sondages) ; d’autre part le Rassemblement national qui serait ainsi reconnu comme l’unique opposition de droite à la présidence Macron.

En somme, la proposition de M. Estrosi revient à limiter le choix des électeurs à trois options possibles : une gauche plurielle réunifiée sur une ligne d’ultra-gauche ; le rassemblement national ; et la reconduction de M. Macron. La solution de M. Estrosi revient à transformer les élections de 2022 en un grand cirque du combat entre le « bien progressiste » et le « mal populiste ou nationaliste ». Elle ouvre la voie à la réélection quasi certaine du président Macron dans le rôle de « rempart contre les extrémismes ». Veut-on faire de 2022 une sorte de non-choix pour les électeurs ? Veut-on, en neutralisant les scrutins nationaux à venir, priver les Français de toute possibilité d’alternance raisonnable ? Veut-on achever la destruction de la démocratie française déjà si mal en point ? C’est la question qui est posée.

2/ Existe-t-il encore une véritable ligne de fracture entre une politique de droite et la politique menée par Emmanuel Macron ?

Si la politique n’est plus qu’une affaire de séduction, de posture, d’émotion et de quête d’une idole nationale, la position de M. Estrosi peut en effet se comprendre. Mais il en est tout autrement au regard du fond de la politique. Là encore, il convient de revenir aux faits. Le président Macron fut l’un des principaux acteurs du quinquennat de M. Hollande, de 2012 à 2017, d’abord à l’Elysée, puis comme ministre de l’Economie. La droite, qui a tiré à boulet rouge sur le quinquennat socialiste de M. Hollande, peut-elle fermer les yeux sur cette réalité, faire semblant de croire à la table rase, une soudaine métamorphose ? Un minimum de cohérence est nécessaire, ne serait-ce qu’à l’égard de l’opinion publique.

La véritable question est celle du bilan de huit ans au pouvoirs (5+3) et de la ligne actuelle. La politique suivie depuis 2017 (sinon depuis 2012) et les résultats obtenus conviennent-ils aux Républicains ? Sont-ils satisfaits de la situation en matière de sécurité, de lutte contre la violence et la fragmentation du pays, de maîtrise des frontières, d’évolution de la dette publique, des prélèvements obligatoires, des déficits, de la pauvreté, du chômage ? La politique industrielle et de l’énergie convient-elle aux Républicains ? Et la politique éducative, les mesures prises sur le lycée et le bac ? Sont-ils devenus favorables à la PMA sans père et les autres dispositions de la loi bioéthique?  Sont-ils contents de l’état des libertés publiques et du niveau de la confiance dans le pays? Toute la question est là.

3/ Pensez-vous que les Républicains doivent retenter l’expérience des primaires ?

Les primaires ont l’inconvénient de mettre en avant les divisions et les ambitions personnelles. Les Français, dont la méfiance ou le dégoût de la politique (enquête CEVIPOF) ne cessent de grandir, n’ont pas besoin d’un nouveau psychodrame de ce genre. La question est toujours la même. Que veut-on faire de la politique ? La quête d’un futur gourou narcissique chargé d’animer la scène publique pour faire oublier tout le reste ? Ou bien une tentative sincère de réconcilier les Français avec la démocratie par un discours de vérité et un projet collectif, réaliste et sans démagogie tourné vers le service de la France ? Si tel est le second cas, la solution du problème est collective. Que les candidats au futur gouvernement de la France prouvent qu’ils sont capables de s’entendre sur une ligne commune et sur un éventuel partage des rôles (Elysée, Matignon, ministères, Palais-Bourbon, etc.) même si le nom du futur candidat à l’Elysée dépendra de la situation du pays et de l’opinion, peut-être au dernier moment.

4/ Selon les résultats d’un sondage Ifop du 31 août, 26 % des électeurs LR souhaitent qu’Édouard Philippe représente la droite en 2022, contre 21 % pour François Baroin, 18 % pour Xavier Bertrand et 15 % pour Valérie Pécresse. Édouard Philippe peut-il être un candidat sérieux face à l’actuel président de la République ?

Logiquement cela signifie que 74% ne souhaitent pas qu’Edouard Philippe représente la droite, ce qui est plutôt rassurant pour cette dernière. Enfin, M. Philippe a été pendant trois ans Premier ministre du Président Macron. Sa candidature, contre ce dernier s’il se présentait, serait perçue comme une déloyauté et son retour au bercail LR une manœuvre politicienne de bas étage. Or, les Français sont las des manœuvres politiciennes. C’est d’ailleurs pourquoi cette candidature peut paraître très hypothétique, sauf si le président Macron décidait de ne pas se représenter ce qui semble improbable.

 

 

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Rire de tout, sauf…

En ce moment débute le procès des complices des tortionnaires de Charlie Hebdo et de la porte de Vincennes (janvier 2015). Do you remember? Les foules gigantesques et le formidable élan d’unité nationale autour du slogan: Je suis Charlie. Je suis Charlie: le droit inaliénable au rire, au blasphème, à la caricature. La liberté d’expression, socle de toute démocratie, l’humour et le rire, le droit de rire de tout – rire de tout, de tout – remparts sacrés contre la barbarie. Aujourd’hui, certes, les Français peuvent rire de tout sauf, sauf, sauf, sauf ce qui touche à l’esclavagisme, bien entendu, à la colonisation, au racisme, à l’égalité des sexes, à l’orientation sexuelle, à l’islam, au pape François, aux Belges, à l’Afrique, à l’Asie, à l’immigration radieuse, à l’Europe, aux institutions, notamment présidentielle (petits pitres élyséens bavards, inutiles et gesticulants), au terrorisme, à l’armée, à la magistrature, aux minorités, au personnel hospitalier, au covid-19… Bref, l’esprit Charlie ne fut en 2015 qu’une vaste hypocrisie, un leurre couvrant le glissement du pays dans le conformisme absolu sinon la tentation totalitaire. Et aujourd’hui la foule sous contrôle policier avec son petit masque bleu, marche droit dans la rue avec interdiction absolue de rire. N’oubliez surtout pas: rire transmet le virus. Pleurer aussi d’ailleurs.

Maxime TANDONNET

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Lecture: les grandes figures de droite, sous la direction de Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard, Perrin/Figaro Magazine 2020 (22€)

Ci-dessous, la présentation par les éditions Perrin d’un ouvrage qui sort cette semaine et que j’aurai soin de chroniquer dès que j’en aurai achevé la lecture.

Les hommes qui ont fait la droite de 1789 à nos jours.

De qui la droite est-elle le nom ? Depuis la Révolution française, le mot recouvre trois grandes familles de pensée identifiées par l’historien René Rémond : légitimiste, orléaniste et bonapartiste. La première irriguerait l’extrême droite après avoir inspiré les ultras et l’Action française ; la deuxième est indissociable du libéralisme politique et économique apparu au XIXe siècle, tandis que la troisième, après les deux Empires, serait à la source du gaullisme.
Certes, sauf que contrairement aux gauches, ces droites se structurent d’abord autour d’individus – hommes et femmes dirigeants politiques charismatiques, penseurs, philosophes ou écrivains –, qui tous ont marqué sa riche histoire et contribué à définir son identité. Voici pour la première fois racontés et expliqués la vie et les apports des plus importants d’entre eux, dans ce livre collectif de prestige rassemblant historiens, essayistes et journalistes de renom sous la direction de Jean-Christophe Buisson et Guillaume Tabard.
Leurs contributions lumineuses éclairent l’histoire politique et intellectuelle de la droite, mais aussi de la France des deux derniers siècles.

En voici le sommaire :
Préface Alexis Brézet
Rivarol Paulin Césari
Constant  Philippe Raynaud
Maistre Charles-Eloi  Vial
Chateaubriand Fr Rouvillois
Napoléon  Patrice Gueniffey
Duchesse de Berry Eugénie Bastié
Tocqueville Laetitia Strauch-Bonart
Guizot  Laurent Theis
Thiers  Pierre Cornut-Gentille
Broglie Marie-Hélène Baylac
Barrès  Bruno de Cessole
Maurras Jean-Christophe Buisson
Poincaré Arnaud Teyssier
Tardieu Maxime Tandonnet
Pinay Christiane Rimbaud
De Gaulle Eric Roussel
Aron  Nicolas Baverez
Simone Veil Anne Fulda
Giscard Jean-Louis Bourlanges
Chirac  Guillaume Tabard

Conclusion Guillaume Tabard

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Covid19, le risque de la défiance (pour Atlantico avec M. Edouard Husson)

Comment analyser la stratégie de com’ du gouvernement dans la foulée  de la conférence de presse sur le coronavirus ? Quel pourrait en être l’impact sur le long cours ?

C’est une stratégie verticale. Elle consiste à imposer des décisions à la société mais sans concertation et sans explications suffisantes. Les informations divulguées sont destinées à maintenir ou renforcer la pression de l’inquiétude. Elles reposent sur la hausse du nombre de contaminations observées et une mise en garde contre une nouvelle flambée de la pandémie. Elles font silence sur les éléments de nature à rassurer et apaiser les peurs : le nombre de morts qui reste infiniment moins élevé qu’en mars-avril de même que les placements en réanimation. C’est une stratégie fondée sur l’autorité. Pendant des mois, de janvier à avril, le pouvoir a martelé que le masque était absolument inutile sinon nocif. Aujourd’hui, il en fait l’outil fondamental de la lutte contre le retour de l’épidémie. Il le rend obligatoire partout, y compris dans les espaces ouverts et dans la rue à Paris et la petite couronne. Peut-être le fallait-il, mais alors il faut expliquer pourquoi aux Français : pourquoi le masque était banni jusqu’en mai dernier et pourquoi il est devenu la solution miracle, à tout moment et en tout lieu, aujourd’hui.

-Comment le gouvernement peut-il gérer au mieux les attentes d’une société partagée entre les personnes inquiètes, les indifférents, ceux qui ont plus peur pour la croissance économique que pour la santé collective et enfin les sceptiques rebelles à la Raoult ?

D’abord en jouant sur le dialogue, la transparence, la vérité. La question de fond, c’est de prendre les Français pour des adultes et des gens responsables. Si le masque a une utilité dans les espaces extérieurs, il faut leur expliquer pourquoi, de manière claire et scientifique. Le virus peut-il se transmettre à deux personnes qui se croisent dans la rue ou dans un jardin public sans se parler et sans se regarder ? Attrape-t-on ou transmet-on le covid en faisant du vélo ? Quelle garantie de protection apporte le masque dans une telle circonstance ? Il me semble que le pouvoir politique n’a aucun intérêt à asséner des ordres extrêmement contraignants assortis de la menace de lourdes amendes sans explication claire. L’obligation de port du masque n’a rien d’anodin. Elle peut miner la reprise économique en paralysant le travail des entreprises. En outre, « Se dissimuler le visage, c’est porter atteinte aux exigences minimales de la vie en société […] La République se vit à visage découvert » affirme la circulaire du 2 mars 2011 sur l’interdiction du port de la burqa. Cela touche fortement à la liberté individuelle. Les Français ont le droit de savoir ce qui se passe. Il me semble aussi qu’il ne faut pas sombrer dans la phobie obsessionnelle. Les Français ont d’autres préoccupations notamment le déchaînement de violence dans le pays et l’explosion du chômage. Cela mérite autant d’attention que le covid19.

 -Le gouvernement va-t-il devoir faire évoluer sa stratégie de communication en cette rentrée 2020 et dans les mois à venir face à la crise de défiance ?

Oui, c’est inévitable, les choses ne vont pas pouvoir durer ainsi longtemps. Les gens harcelés de contraintes et de sanctions vont forcément se poser des questions. Pourquoi ils sont verbalisés pour avoir oublié le masque marchant seuls dans une rue vide de tout passant tandis que tant de violences et d’incivilités sont laissées sans réponse. Ils vont se demander quelle est la part de la communication dans cette politique. Les médias et les bonnes consciences parleront de « complotisme » pour dénigrer les voix discordantes mais un climat de doute et de scepticisme risque de s’installer dans le pays. Certains vont se demander si l’obligation de porter le masque partout dans la rue n’est pas une forme de contrôle social pour prévenir la contestation. Il faut bien reconnaître que la situation est compliquée pour les autorités publiques. La menace judiciaire pèse sur elles. Elles sont obligées de montrer qu’elles agissent et prennent les précautions nécessaires sur une situation qu’elles ne maîtrisent pas. Finalement, c’est elles qui vivent sur la peur. Et celle-ci, comme chacun sait, la peur est mauvaise conseillère.

 

 

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« Dix petits nègres », despotisme de la bêtise

Les dix petits nègres d’Agatha Christie sont débaptisés et deviennent « Ils étaient dix ». Pourquoi? Leur titre était supposé offensant au regard de l’antiracisme. De prime abord, cette décision prête à rire tant elle ruisselle de bêtise. Le titre d’une oeuvre s’attache à une époque. Le juger au regard des valeurs et de la sensibilité dominante, presque un siècle plus tard, est le sommet de l’aberration. Le titre est le nom d’une oeuvre, son identité, son essence même. Le modifier transforme cette oeuvre. Les valeurs dominantes d’aujourd’hui justifieraient donc de modifier la nature même d’un livre considéré comme un chef d’oeuvre qui date de 80 ans. De quoi est faite l’idéologie dominante aujourd’hui? antiracisme, communautarisme, rejet des nations et des frontières, ultra-féminisme ou théorie du genre, indigénisme, nivellement et puritanisme. En suivant la même pente, les deux tiers de la littérature occidentale deviennent suspects. Il faudra brûler par exemple la chanson de Roland (racisme anti-Maure), Shakespeare (racisme) « Dites encore une fois dans Alep, un méchant Turc frappant un Vénitien et insultant la République, je pris à la gorge ce chien (Othello)« …  Montaigne, Chateaubriand, Kipling (colonialisme), Molière (sexisme – les femmes savantes, quelle horreur!),Voltaire, Balzac, Flaubert, Maupassant (sexisme), Nietzsche (sexisme, racisme anti-germanique), Barrès, Péguy (nationalisme). Nous sommes là au corps de la logique totalitaire: détruire le passé, la culture, l’intelligence, pour engendrer un « homme neuf », apuré de toute culture, dès lors indéfiniment manipulable et servile. Changer le titre d’une oeuvre historique célèbre, brûler les livres ou saccager les statues sont des gestes de la même nature. Je ne dis pas que c’est la même chose, mais que la logique qui la sous-tend est exactement la même. Les systèmes totalitaires de l’histoire, tortionnaires de la loi des Suspects et de la Terreur, l’URSS de Lénine, Trotski et  Staline, l’Allemagne hitlérienne et l’Italie fasciste, la Chine de Mao et le Cambodge de Pol Pot, plus près de nous les djihadistes de daesh, avaient à coeur d’éradiquer le passé, l’histoire et la culture pour préparer cet avènement de l’homme neuf. La même logique de la table rase est en ce moment à l’oeuvre dans le monde occidental où elle fait rage sous d’autres formes, moins sanguinaires en apparence, beaucoup plus subreptices et hypocrites, mais tout aussi perverses.

Maxime TANDONNET

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Le nouveau monde ou l’abêtissement politique

« Nouveau monde » ou « monde d’après », il est utile de se pencher sur la réalité de la vie politique aujourd’hui en France. Elle est dominée par un abêtissement général, perceptible autour d’une dizaine de paramètres:

  • La fin de l’engagement  : les partis politiques supposés, selon la Constitution concourir « à l’exercice de la démocratie », sont en voie de disparition. La dernière enquête CEVIPOF d’avril 2020 sur l’état d’esprit des Français (vague 11bis), montre qu’ils sont devenus l’institution la plus impopulaire (11% de confiance). Les taux d’adhésion s’effondrent. Or, les partis politiques servaient classiquement à faire émerger les projets et à désigner les futurs responsables politiques. Par quoi ont-ils été remplacés?
  • La courtisanerie: elle se distingue de l’engagement par sa motivation: l’intérêt carriériste, la vanité ou simplement l’éblouissement puéril. Notre époque n’a rien à envier à celle de Saint-Simon. Courtisans et lèche-bottes prolifèrent autour du prince, obsédés, au mépris de toute dignité, par leur seule place au soleil.
  • L’incarnation : le sujet essentiel qui domine tout le reste est celle de l »incarnation. La formule est sur toutes les lèvres: « qui pour incarner? » La politique est avant tout affaire d’émotion et d’affect, se limitant au choix d’une idole, un gourou, une vedette médiatique dont la mission est « d’incarner ». Incarner quoi? La question ne se pose même pas, ou à peine. Le chef est une fin en soi, l’incarnation du rêve et de l’illusion à laquelle chaque citoyen est invité à se soumettre. Ce phénomène est le plus symptomatique du climat d’asservissement général.
  • Le grand spectacle: la vie politique a vocation à se muter en spectacle déconnecté de la réalité où s’ébattent des acteurs, des artistes de l’illusion. Faute d’agir sur le monde des réalités et de gouverner, ils se livrent à une surenchère d’annonces spectaculaires, de coups de communication, de slogans et de paroles creuses, de coups de menton, de provocations censées remplir le vide laissé par leur démission. Il n’est pas d’aveu plus évident de l’impuissance et du renoncement politique que les gesticulations d’un fanfaron.
  • La déconnexion: le triomphe du grand guignol  est le signe de l’affaiblissement des courroies de transmission entre le politique et la société. Sur la dette publique, l’évolution des prélèvements obligatoires, la désindustrialisation,  la maîtrise des frontières, la poussée de la violence et de la barbarie, l’effondrement scolaire, l’autorité publique a largement intériorisé le sentiment de l’impuissance publique et de la perte de ses leviers d’action.
  • La post démocratie: le qualificatif de démocratie appliqué à la nation moderne est au cœur de la duperie. Il est admis une fois pour toute que l’élection se résume à une sorte de fête des illusions. Ce que pense le peuple n’a pas la moindre esquisse d’importance. L’avenir se prépare sans lui et en dehors de lui. Il est conçu par des forces et des individus prétendument détenteurs de la vérité, sur l’ Europe, les frontières, la sécurité, la morale, les impôts et la dette publique, l’éducation nationale, c’est-à-dire les grands sujets de l’époque.
  • L’extrémisme ou démagogie:  le néant des idées et des projets n’est en rien synonyme de tolérance, de concorde et de sagesse. C’est le contraire qui se produit. La nature ayant horreur du vide, le nihilisme se traduit par une fuite en avant dans la radicalisation et le sectarisme. Dès lors que le réel n’a plus la moindre importance, la politique devient surenchère de promesses démagogiques nonobstant les conséquences (sortie du nucléaire, revenu universel) et d’affrontement hargneux et sectaires entre fauves hystériques.
  • Le triomphe de l’indifférence: ce grand cinéma ou numéro d’illusionnisme se déroule sur fond d’indifférence générale. L’abstentionnisme (54% aux dernières législatives) est un mouvement de fond qui ne cesse de s’amplifier. La métamorphose de la vie politique en grand spectacle nihiliste pourrait susciter l’indignation et la révolte. Or ce phénomène n’est que sporadique et marginal. Le sentiment dominant est au repli individuel. Le destin collectif s’efface au profit de la quête d’une survie et la chute vertigineuse de la France, comme un radeau en perdition que le torrent entraîne vers le précipice, n’est pas la préoccupation des Français dans leur majorité.
  • L’irresponsabilité: l’indifférence générale est la porte ouverte à toutes les dérives et tous les abus. Les dirigeants peuvent faire absolument n’importe quoi aujourd’hui –  clanisme, copinage, corruption avérée, mensonges, contradictions, fautes monstrueuses aux conséquences tragiques, insultes contre la nation, trahison – les mécanismes de mise en jeu de leur responsabilité (politique, judiciaires) et de sanction sont comme neutralisés. Tout est possible et rien ne semble devoir les arrêter.
  • La culture de médiocrité: dans ce monde nouveau disparaissent les références historiques et intellectuelles. Il en faudrait sans doute peu pour démontrer la vanité, l’absurdité et la dangerosité du grand cirque. Mais elles ont disparu. L’éclat de voix  d’un footballeur, d’un présentateur de télévision d’une actrice de cinéma ou de n’importe quel pitre n’ayant jamais lu un livre vaut plus que la parole d’un écrivain du XXe siècle et n’importe quel tweet méchant écrase d’un coup de talon la pensée de Péguy ou de  Bergson. Sur ce terreau de médiocrité s’enracine le nouveau monde décrit ci-dessus.

Maxime TANDONNET

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Augustin

A Lyon, selon ses dires, un jeune homme de 17 ans prénommé Augustin a été violemment tabassé et blessé par une bande  pour avoir pris la défense de jeunes filles importunées.

Les faits ne sont pas établis et des versions différentes se font jour (sur la base des enregistrements vidéo). Quoi qu’il en soit, ils illustrent la violence et la barbarie qui s’installent tranquillement dans la société française. L’adolescent courageux s’est trouvé face à des brutes  en bande, à un contre cinq. Il a reçu des sales coups et a dû être hospitalisé. Son attitude sans peur rachète la médiocrité générale dont nos dirigeants nationaux avec leurs fanfaronnades, leur déconnexion et leur morgue sont devenus les symboles. Quant aux velléités politichiennes (extrémistes) de récupérer son geste à des fins électorales, elles rejoignent en abjection les coups de ses petits bourreaux.

Maxime TANDONNET

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Covid 19, la vérité, toute la vérité

Covid19 continue à faire la Une des journaux, des médias, et demeure au centre des priorités absolues du pouvoir politique. « Une rentrée sous la menace du covid » domine les esprits de la France politique. Tout le reste passe après: les événements de Biélorussie, du Mali, le génocide du Yemen, la déferlante de barbarie sur le territoire français (voir les Champs Elysées cette nuit) et l’explosion de la dette publique, du chômage et du désœuvrement. Pourtant, les statistiques officielles ne laissent aucune place au doute: le nombre de décès dû au  covid19 en France est quasiment nul désormais (au regard de la mortalité générale). La communication officielle se focalise sur une reprise (légère) du nombre des contaminations. Mais dès lors que les moyens de dépistages sont en place, que la maladie est mieux soignée ou que, comme l’affirment certains scientifiques, les mutations du virus le rendent moins virulent, le paramètre du nombre de contaminations mérite d’être relativisé par celui du nombre des décès. Le fait est que la vague du danger mortel semble derrière nous. Bien sûr qu’il importe de rester vigilant et prudent. Mais il faut aussi dire la vérité: le covid-19, après l’hécatombe du printemps, au regard des chiffres officiels, ne tue presque plus en France. Alors que cherchent-ils? Faire oublier la charge des fautes et des responsabilités dans l’hécatombe du printemps en compensant les errements ou l’aveuglement de l’époque par l’excès de zèle aujourd’hui ? Maintenir le pays sous la pression de la peur pour mieux contrôler ses pensées et ses réactions? Lui faire oublier le chaos, les tragédies qui s’accumulent en les couvrant d’un voile de frousse? Attention! Il n’est pas question de dire qu’il faut relâcher la vigilance et la prudence. Simplement la France a droit à la vérité, toute la vérité rien que la vérité: aujourd’hui en cette fin d’août 2020, selon les statistiques officielles, après l’hécatombe du printemps, on ne meurt presque plus du covid-19 en France.

Maxime TANDONNET

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Une réflexion critique sur la religion football

En ces heures de fièvre footballistique, il est heureux qu’un intellectuel s’exprime à contre-courant. Voici des extraits de l’interview passionnante donnée par mon ami Marc Perelman, philosophe, au périodique « So foot » [Le texte complet de l’entretien et les commentaires des lecteurs de So foot figurent ci-joint] Merci par avance aux fervents du PSG ou toute autre équipe du ballon rond, d’admettre qu’il n’est pas de démocratie sans la liberté de débattre et de penser autrement…

Depuis quinze ans, vos livres s’attaquent à la « peste émotionnelle » et au « fléau mondial » que représente ce sport à vos yeux. Vous avez toujours détesté le football ou il y a eu un basculement ?
Le problème, c’est de savoir de quel foot on parle. Comme tous les jeunes, j’ai joué au foot dans la cour de récré ou dans un jardin. On jouait avec des filles, des gros, des petits, des types qui ne savaient pas jouer. Il n’y avait pas de contraintes, une espèce de plaisir partagé. Comme le dit la FIFA, « quoi de plus simple que le football ? » Au moment de la Coupe du monde, ils montrent des gamins pieds nus dans les favelas, et ils nous expliquent : « Voilà, ça, c’est le football ! » Alors que c’est tout l’inverse ! Ce qui définit le football, ce n’est pas le ballon. Non, c’est d’abord un cadre, une institution, une organisation très puissante qui organise tout verticalement : la FIFA. Le jeu entre copains n’a rien à voir avec le monde professionnel où la liberté de jouer disparaît au profit de la compétition et des lois du marché.

Pour résumer, vous aimez le jeu en lui-même, mais pas le système indécent qui l’entoure ?
C’est beaucoup plus compliqué que ça. Il existe une profonde unité du football. Les liens entre le monde pro et le monde amateur sont puissants. Dans chaque pays, des millions de licenciés se projettent dans les icônes. Je parle de personnes aliénées, embrigadées, fascinées, qui miment les stars, leur jeu, leur façon de faire, leur manière d’être. Même à bas niveau, on observe ainsi que le jeu le plus banal intègre les normes du monde pro : on organise les buts, on fixe les limites, on ne fait pas jouer les nuls. Dans le monde amateur, vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fois où les arbitres se font tabasser, où il y a des querelles de clocher entre équipes… À grande échelle, la puissance de captation des individus est impressionnante. De ce point de vue, on peut qualifier le football de religion au sens premier du terme, « religio » , ce qui relie les gens les uns aux autres. Elle ne repose pas simplement sur le matraquage médiatique, qui est continu, mais sur une véritable adhésion. C’est de l’ordre du pulsionnel, on peut penser que c’est lié au ballon, à sa forme, mais aussi aux formes d’associations viriles qui permettent d’exprimer une homosexualité refoulée. Des ressorts qui en font le sport le plus populaire de la planète, et surtout le plus envahissant.

En bon héritier de l’école de Francfort, un courant intellectuel très critique envers le sport, vous êtes particulièrement inquiet de l’engouement croissant autour du football…
Oui, car selon moi, la jeunesse a autre chose à faire que de passer ses journées sur des écrans à vénérer des icônes sur lesquelles il faudrait, en réalité, plutôt réfléchir. Entendons-nous bien : je ne suis pas contre la distraction et l’amusement, mais je suis contre la place que le football prend dans notre société. Quand on est jeune, c’est difficile d’avoir un regard critique : qu’est ce qui fait que je suis fasciné, que j’adhère ? Rester en permanence derrière les écrans n’éveille pas à la conscience. Pire, l’idolâtrie engendrée par la compétition sert d’écran de fumée à la violence, à la corruption, au dopage, aux magouilles, à la xénophobie. Ce ne sont pas des dérives du football, comme on veut les appeler. Non, elles constituent l’essence même du football spectacle.

Ce match a sonné le glas de la France « black-blanc-beur » … Une illusion que vous avez critiquée dans l’un de vos livres, en vous en prenant aux intellectuels, coupables selon vous de s’être enflammés.
Jean-Claude Michéa, Alain Finkielkraut, Edgar Morin… Ils ont tous été emportés par la victoire des Bleus en 1998. D’un coup, il y a eu un basculement en France. La société a été envahie par le football dans une espèce d’hallucination généralisée. C’était une émotion collective, une sorte de communion magique qui a capté les moindres fibres du pays. On a vu des propos délirants, on nous a expliqué que c’en était fini du FN, du racisme, que la victoire de cette équipe diverse et mélangée allait fracasser ce qui restait de xénophobie dans notre pays, que ça allait modifier la structure de la société, c’est-à-dire les rapports des individus entre eux. Malheureusement, les sociétés sont plus construites qu’on ne l’imagine. Sur le moment, on n’était qu’une poignée à dire attention, on se comptait sur les doigts d’une main. Rapidement, j’ai compris qu’il n’y avait plus grand-chose à faire. On était arrivés à un stade de béatitude où on ne pouvait même plus critiquer sous peine d’être pris pour un fou. Moi, on m’a vraiment pris pour un taré, je l’ai mal vécu.

Sans aller aussi loin que les intellectuels que vous dénoncez, vous ne reconnaissez pas au football un formidable pouvoir d’intégration ?
Le football intègre au football, c’est un monde clos. Il vous permet de rentrer dans une communauté embrigadée de clubs et de licenciés. Dans le même temps, il désintègre la société. Les connaissances artistiques, les découvertes scientifiques… Tout est écrasé par une parole auto-suffisante qui s’auto-alimente en permanence, une parole que l’écrivain Umberto Eco aurait appelé le bavardage au carré. Du lundi au dimanche, on parle fautes d’arbitrage, erreurs du coach, c’est à l’infini, avec en parallèle une fascination permanente pour le résultat, la statistique, la quantification. On compte les buts, les victoires, les séries… Bref, le foot n’encourage pas la puissance intellectuelle nécessaire à l’émancipation de la jeunesse. Il a même remplacé toutes les formes artistiques pour lesquelles cette dernière avait encore de l’intérêt dans les années 1970, à savoir le cinéma par exemple.

Par moments, le football peut toutefois servir de vitrine à de grandes idées. Je pense notamment à la démocratie corinthiane de Sócrates au Brésil, ou à l’indépendantisme catalan soutenu par le FC Barcelone. Il devient alors une vecteur de remise en cause du système.

Cela marche aussi en sens inverse. Regardez le dernier France-Turquie où les joueurs ont fait le salut militaire, pendant que les Kurdes se faisaient massacrer. Mais de manière générale, le football est avant tout un vecteur d’acceptation de la société. Parce que le foot, comme le sport en général, est fondé sur l’ordre. C’est une organisation très structurée dès le plus jeune âge. Prenons l’exemple des centres de formation. Clairefontaine, j’en discutais avec Emmanuel Petit, c’est comme un camp. Il me disait : « C’est atroce, les gamins se tapent dessus, ils se font les pires coups… » On n’en parle pas beaucoup, mais les enfants sont tellement sous pression que bien souvent, il y a des suicides. C’est d’une violence incroyable pour pouvoir réussir ! Ceux qui ne fonctionnent pas, on les fout dehors sans ménagement. Une société vraiment démocratique ne devrait pas l’accepter. On nous dit à l’inverse que c’est une école, qu’on y apprend. Oui, on y apprend l’ordre. Ça s’applique aux clubs, aux licenciés, aux fédérations… À tous les étages de cette incroyable hiérarchie, les choses se font à l’aune de la concurrence généralisée.

 

Ce qui est précisément le mantra de la société capitaliste moderne…
Exactement ! Les deux sont fondés sur les mêmes valeurs, à savoir la lutte des uns contre les autres. Seul le vainqueur compte. Le deuxième ? On ne se souvient même plus de son nom. Dans la société capitaliste, on appelle ça la concurrence, c’est-à-dire la compétition entre les entreprises et les individus. On nous dit que c’est formidable, qu’on va se rencontrer, être ensemble et passer un bon moment, alors que chacun, au fond de lui, pense uniquement à gagner. Ainsi, contrairement à ce que l’on peut croire, le football ne remet rien en cause. C’est fondamental et ça mine ce qu’on pourrait imaginer être un jeu. Non, ce n’est pas un jeu, c’est un encadrement politique de la victoire, dont l’organisation copie celle des religions. Le football a ses icônes, ses saints, ses rituels, ses dissidents, ses sectes, son organisation. À part l’islam, les religions monothéistes sont toutes en repli dans le monde, et je pense que ce facteur n’est pas étranger à la montée en puissance du football. Les fidèles adorent les stars comme des demi-dieux. Dans la chambre des enfants, Jésus-Christ a cédé la place à Zidane ou Messi. C’est une forme religieuse nouvelle, avec le stade comme lieu de culte.

En matière d’architecture, quelles sont les caractéristiques propres à ces « lieux maléfiques » ?
Déjà, on peut dire qu’un stade doit capter l’œil. C’est la force d’un stade que d’être vu de loin. Il doit être dégagé du reste des immeubles, car cela crée un espace de transition visuelle, qui fait qu’on quitte symboliquement le monde de la vie courante pour entrer dans ce lieu qui vous absorbe. Tout est fait pour qu’on soit happés par la puissance physique du bâtiment, qui a cette capacité de vous surplomber grâce à sa puissance, évoquée par le béton, et sa structure fermée, comme une coquille. Et en même temps, celle-ci est poreuse : on doit pouvoir y entrer facilement, y être confortable, pouvoir voir sans être gêné. L’ouverture se joue dans les courbes, l’absence de poteaux qui gênent, la déclivité des gradins. Le but esthétique du stade, c’est de créer une fusion entre la construction matérielle et la masse d’individus. Une sorte d’osmose où l’architecture fait corps, et les corps font architecture. L’écrivain Elias Canetti disait à ce sujet : « Le stade, c’est la masse en anneau. » Il a bien analysé ce mécanisme qui joue sur la puissance, la sensation d’écrasement, sur le fait qu’on ne résiste pas, qu’on accepte d’être absorbés dans la masse pour finalement libérer toutes les pulsions agressives que la vie sociale nous oblige à contenir.

Qu’est-ce qui fait pour vous la beauté d’un stade ?
On aborde les questions plus complexes de l’esthétique. Où est la beauté ? C’est très subjectif, on peut trouver beau un champignon atomique. Mais qu’en est-il de la finalité ? Par exemple, un poignard incrusté de pierres, c’est un bel objet. Mais un poignard qui a servi, qui est taché de sang, on ne le regarde plus de la même façon. C’est le même poignard pourtant. C’est pareil pour les stades. Plus c’est beau, plus ça m’inquiète. Je n’arrive pas à leur trouver de beauté particulière parce que je vois d’abord la façon dont ils aliènent les individus, comment ils transforment des êtres singuliers en une masse décérébrée. Historiquement, c’est aussi là où on emprisonne, on torture. Au Chili, en 1973, on y emprisonnait ceux qui s’opposaient à Pinochet. Les stades sont souvent des lieux de possession des individus, jamais des lieux de libération.

Malgré tout, le football s’est imposé comme le sport le plus populaire de la planète. Pensez-vous que c’est dû à l’existence d’une esthétique propre au football ? En d’autres termes, n’est-ce pas le plus beau jeu du monde, tout simplement ?
Encore une fois, ce n’est pas un jeu ! Mais ce que vous dites n’est pas inintéressant. Je pense que le football est une forme esthétique qui essaie de se substituer à l’art. On veut nous expliquer que les sportifs sont des artistes comme les autres. On veut voir de l’art dans la gestuelle de Messi, ou de la chorégraphie dans la tactique de Guardiola. Tout le problème, là encore, vient de la définition. Pour moi, l’art est une activité liée à l’imaginaire, non répétitive, parfois éphémère, qui ouvre sur des horizons de pensée et des associations libres d’idées. Or, de ce point de vue, c’est tout le contraire du football qui est lié à la répétition, à l’entraînement, à la conquête d’un objectif. L’art véritable n’a pas d’objectif, on ne cherche pas à produire pour produire. Un Cézanne n’est pas meilleur qu’un Rodin, un Kandinsky n’est pas meilleur qu’un Klee, alors que dans le sport, la valeur suprême réside dans la victoire. Il faut mettre des buts et les compter pour prendre de la valeur sur le marché. Vous me rétorquerez – et vous auriez raison sur ce point – que l’art contemporain a tendance lui aussi à adopter une forme compétitive. Il y a des artistes mieux cotés que d’autres, une bourse, un marché. En ce moment, c’est Jeff Koons qui vend le mieux. Lui, je le hais, c’est le Zidane de l’art contemporain. (Rires.)

Cela ne risque pas de s’arranger dans les années qui viennent…
Je fais partie du courant critique du sport depuis les années 1970. À un moment, on était assez forts. Mais on a perdu, notre critique a perdu. Je pense que tout ce qu’on dénonçait à l’époque, le racisme, la violence, le dopage, sont désormais totalement intégrés. Nous, à l’époque, on se frittait, les gens nous disaient : « C’est pas vrai, il n’y a pas de dopage, vous mentez, vous êtes contre le sport. » Alors que tous ces élément font partie du sport, ils sont consubstantiels à son existence. Aujourd’hui, les dénoncer, ça n’a même plus de prise. La gauche est hors sujet. Même Besancenot est un fan du PSG, c’est dire. Mais je vous remercie de m’avoir laissé une tribune. C’est rare. Le Figaro, c’est le seul journal qui m’en laisse encore une. Le Monde, ils ne voient même plus le problème. Je leur ai écrit un article sur Notre-Dame et les Jeux olympiques, ils m’ont dit, on la passe, et finalement, quelques jours plus tard, ils m’ont dit non. C’est la première fois que ça m’arrive en quarante ans de carrière, qu’un journal se retourne et me dise non. Donc pour tout vous dire, aujourd’hui, je n’arrive à écrire que dans les journaux dits de droite, qui gardent encore un minimum d’espace pour le débat, et ça c’est vachement important, car il n’y a pas de société sans débats.

Un dernier conseil à nos lecteurs ?
La jeunesse avait un bon mot d’ordre en 1968 : « Ouvrez les yeux, fermez la télé ! »

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Masque: jusqu’où prendre les gens pour des imbéciles?

Le masque est emblématique de la vie politique française en 2020. Depuis plus d’un semestre, il hante les esprits, les discours et les consciences. Au plus fort de la crise du covid, en avril-mai, quand l’épidémie a atteint sa quintessence entraînant plus de 30 000 morts en France, les plus hautes autorités politiques, scientifiques et médiatiques n’avaient qu’un seul mot d’ordre, martelé sur les ondes, jusqu’à l’obsession: promis, juré, le masque dans la vie courante, ne servait strictement à rien.

Au prix de la plus sidérante volte face, d’une formidable contorsion intellectuelle ces mêmes hautes autorités tiennent, depuis mai, le discours exactement inverse. Le masque est désormais présenté comme la solution miracle, magique, pour éviter une reprise de l’épidémie. Cette arme secrète est tellement efficace qu’il est fortement question de la rendre obligatoire, non seulement dans les lieux confinés, mais aussi dans la rue et tel est déjà le cas dans quelques quartiers parisiens.

Un minimum de cohérence et d’honnêteté ne ferait pas de mal. Ce revirement signifie-t-il  que les plus hautes autorités se sont lourdement trompées en mars-avril 2020? Mal conseillées par les médecins? Peut-être, mais cela ne change rien à leur responsabilité: tout aussi responsables pour avoir choisi de mauvais conseillers et écouté de mauvais conseils. Dès lors, par simple déduction logique, si le masque qu’elles ont tant dénigré offrait une authentique protection, n’auraient-elles pas une responsabilité au moins partielle dans les 30 000 morts? Désigner deux boucs émissaires à la vindicte populaire, en l’occurrence l’ex Premier ministres et l’ex porte-parole du gouvernement,  tous deux sèchement limogés, règle-t-il la question de la responsabilité intrinsèque des plus hautes autorités du pays, toutes celles qui ont été impliquées de près ou de loin dans le désastre sanitaire?

Aujourd’hui, les « anti-masques » sont montrés du doigt. Mais qui a propagé le discours anti-masque, avant de se raviser sur le tard, une fois passé le pic mortel de l’épidémie? Qui a répandu l’idée que le masque était inutile?

Le revirement du pouvoir sur le sujet soulève d’autres questions. Ne serions-nous pas en train de basculer d’une approche dogmatique à une autre approche dogmatique? D’une imposture à une autre imposture? A quoi-sert-il d’imposer le masque, si longtemps dénigré, comme un objet miraculeux qui en toute circonstance, y compris à l’extérieur, offrirait une arme magique contre la reprise de l’épidémie? Pour quoi faire? Gesticuler et faire semblant d’agir en maniant le bâton? Le masque comme bâillon populaire? Il faudrait au moins qu’un jour, les détenteurs de l’autorité dans ce pays cessent de prendre les Français pour des imbéciles et plutôt que de leur asséner des ordres et des contre-ordres, des « injonctions paradoxales » en langage technocratique,  leur fournissent quelques explications auxquelles ils ont droit.

Maxime TANDONNET

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Républicains: non à l’absurde guerre des chefs (pour Atlantico)

A ce stade, les élections nationales de 2022 ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour la droite. Les candidats potentiels aux présidentielles sont nombreux : M. Bertrand, M. Baroin, Mme Pécresse, M. Retailleau, M. Wauquiez, les deux premiers s’étant quasi-déclarés… La confusion s’installe déjà autour de la question des « primaires » d’ores et déjà rejetées par certains et voulues par d’autres. Ainsi, la guerre des chefs menace. Les leçons ne servent-elles jamais ? Elle fut à l’origine de la plupart des grandes défaites électorales de la droite, notamment celle par laquelle le malheur est arrivé, en 1981. Et pourtant, la guerre des chefs revient, inexorablement, exposant le camp des républicains qui ne sont ni macronistes, ni socialistes, ni lepénistes, au risque d’un nouvel échec.

Cette guerre des chefs procède d’un anachronisme, elle exprime une conception de la politique désormais révolue : l’obsession présidentialiste. La vie publique se focaliserait tout entière sur l’image médiatique gesticulante d’une sorte de gourou élyséen narcissique, n’ayant pour objectif que son auto-sublimation et sa réélection, au prix de tous les mépris, les manipulations et les renoncements. Ainsi, au terme d’une lamentable dérive post-démocratique, le culte et la magnificence d’un individu surmédiatisé s’est substitué aux notions de bien commun, d’intérêt général, voire même de Nation. Et cela, les Français n’en voudront plus.

Les acteurs potentiels de la guerre des chefs qui vient ne l’ont-ils pas encore compris ? La conquête de l’Elysée ne doit plus être un but en soi. Le « Palais » incarne désormais, aux yeux des Français – qui votent de moins en moins – le despotisme de la médiocrité, de l’impuissance publique et de la vanité. Il n’apporte plus à son titulaire ni gloire, ni prestige, encore moins l’assurance d’une « trace dans l’histoire », mais aux yeux de l’immense majorité des Français, une image d’acteur pathétique et inutile. Rien d’autre.

La présidentielle ne doit plus être le but en soi de la politique. Le devoir des hommes et femmes engagés en politique, qui se réclament de l’opposition démocratique, ni macroniste, ni socialiste, ni lepéniste, n’est pas de se crêper le chignon pour savoir quel calife sera (peut-être) appeler à pavoiser à la place du calife. Il est de travailler à la reconstruction de la France : la relance de l’économie par l’entreprise, le recul des prélèvements obligatoires et de la dette publique, la lutte contre la pauvreté, l’éradication de la violence et de la barbarie, la maîtrise des frontières, l’unité nationale, le rétablissement de l’école et de l’égalité des chances…

Dans le système politique français – qui ne changera pas avant 2022, malgré toute son inefficacité et son absurdité – certes, il faudra un candidat à la présidentielle. Mais l’essentiel ou le plus urgent n’est pas là : il est de savoir quel serait l’objectif d’un retour au pouvoir. Pour quoi faire ? Quelle ligne ? Quel projet ? Poursuivre la glissade de la vie politique dans le grand spectacle narcissique hors sol? Alors, l’original vaudra mieux que la copie. En revanche, sera-t-il de dire la vérité aux Français sur l’état de la France, tenter sincèrement et modestement de réconcilier le peuple avec la démocratie et la confiance ? Retrouver le sens de l’action et du gouvernement ? Alors oui, cela vaudra la peine. Quant au candidat à la présidentielle, il viendra, s’il doit venir, en temps voulu, dans les derniers mois comme toujours, l’homme ou la femme qui saura émerger de la médiocrité et de la mégalomanie ambiante pour se placer au service du pays et non de son destin personnel.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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15 août, la déchristianisation de la France

« Historiquement, la France est  la « fille aînée de l’Église ». Cette religion reste celle d’une majorité relative de nos compatriotes, mais elle périclite. 7 % des personnes interrogées seulement se rendent à la messe au moins une fois par mois, contre 9 % en 2008. Au total, on compte, en 2018, 32 % de catholiques en France, dont 19 % ne sont pas pratiquants. C’est-à-dire qu’ils ne vont pas à l’église même pour les grandes fêtes (Pâques, Noël…), tout en se considérant comme catholiques. Pourtant, en 1981, on comptait encore 70 % de catholiques en France, dont 17 % de pratiquants réguliers, et 41 % de non-pratiquants. » (le Point)

Echange hier soir avec un ami, spécialiste des questions vaticanes. Pourquoi le pape François, en plus de sept ans, n’est-il jamais venu en France contrairement à ses prédécesseurs, même après l’incendie de Notre-Dame, où un geste de solidarité de sa part eût été le bienvenu?  Au Vatican, la France actuelle n’a pas bonne presse. Elle serait à la pointe de la déchristianisation de l’Europe: les vocations s’effondrent, comme le nombre des baptêmes, les églises se vident, et l’église de France connaît de graves difficultés financières. Quel pourcentage des jeunes Français, de moins de trente ans, serait capable de dire un mot sur l’Assomption? Si la tendance, en marche depuis 1965, venait à se prolonger, la disparition ou la marginalisation de la religion chrétienne en France paraîtrait inévitable. Tout se passe comme si la France s’imposait comme le pilote de la destruction du christianisme en Europe, ou plutôt les religions chrétiennes, catholique, protestante et orthodoxe. Conséquences? La nature a horreur du vide. La disparition du christianisme ouvre la voie au retours des idolâtries que l’on voit déjà à l’oeuvre: culte de la personnalité en politique, adoration des dieux modernes, le sport, l’argent, le nationalisme guerrier, les jeux. La déchristianisation accélérée va de pair avec la propagande, l’abrutissement, le déclin des valeurs patriotiques, l’abêtissement général. Elle favorise la violence criminelle, la barbarie dans la rue comme dans les  urnes ou dans les ministères et assemblées (voir billet sur la lâcheté). Elle ouvre la voie au chaos et à l’asservissement des consciences. C’est pourquoi elle ne concerne pas uniquement ceux qui croient au Ciel, mais devrait préoccuper sérieusement tous les Français y compris ceux qui n’y croient pas mais qui aiment leur pays.

Maxime TANDONNET

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Diplomatie du petit coq

La France s’active sur les fronts méditerranéens, brandit la menace maritime contre la Turquie, donne des leçons au Liban  qu’elle souhaite reprendre en main. L’idée serait-elle de renouer avec la politique de la grandeur? Le problème, c’est que la grandeur ne s’invente pas. La France a été une puissance planétaire, à l’époque de son empire colonial, forgé notamment par la troisième République, puis dans les années 1960 et 1970, du temps de de Gaulle, Pompidou et Giscard,  où la voix de la cinquième puissance industrielle et militaire était écoutée et admirée dans le monde la France parlant sur un pied d’égalité avec les plus grandes puissances mondiales et modèle pour de nombreux pays qui lui faisaient confiance.

Mais aujourd’hui, les gesticulations, isolées des pays alliés,  ne sont que vaine et ridicule prétention. L’arrogance n’est que l’envers de la faiblesse. La grandeur ne saurait reposer que sur des bases solides, une puissance économique et militaire, une stabilité intérieure, un socle solide d’unité et de confiance. Un pays en pleine désintégration, rongé par une violence endémique qui fait couler le sang sur son territoire, incapable de juguler la barbarie sur son propre sol, dévasté par le chômage, la pauvreté et l’exclusion, rongé par la désindustrialisation, un vertigineux déclin intellectuel se manifestant par la chute du niveau scolaire,  gouverné par des nuls et des opportunistes qui ont prouvé leur effarante incompétence lors de l’épidémie du covid-19, cette soi disant démocratie où le taux d’abstention atteint 50%, tant la défiance envers le politique est immense, et le vote démago-extrémiste, de droite comme de gauche, plus de 30%, un pays qui touche ainsi le fond de l’abîme n’a de leçons à donner à personne. Qu’il fasse le ménage chez lui en premier lieu, c’est tellement plus difficile que de fanfaronner, et ensuite, il pourra se permettre de donner de leçons aux autres et de remplir sa mission historique.

Maxime TANDONNET

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lecture: Montherlant sans masque, Pierre Sipriot, T. 1 et 2, Robert Laffont 1982 -1990

Henry de Montherlant méritait bien quelques heures dans la canicule de cet été, à dévorer cette monumentale et passionnante biographie, déjà datée, mais écrite par l’un des amis les plus proches de l’écrivain en ses dernières années. Elle fait le récit de l’un des plus grands romanciers et dramaturges français du XXe siècle, longtemps reconnu comme tel, et aujourd’hui largement pestiféré, maudit. Qui lit encore Montherlant? Et qui se passionne encore pour son théâtre?

Né en 1895 à Paris, issu d’une famille de l’aristocratie décadente, élevé par une grand-mère ultra conservatrice et catholique qu’il vénérait, traumatisé par son renvoi d’un établissement scolaire catholique en raison d’une passion amoureuse pour un collégien plus jeune que lui, Montherlant se rebelle dès l’adolescence contre les valeurs de son milieu d’origine. Mobilisé sur le tard et dans des conditions relativement protectrices, il est légèrement blessé lors d’un exercice en 1918 mais n’hésite pas à mettre en valeur cette blessure pour faire valoir une image de combattant héroïque qu’il n’a pas été.

De petite taille, robuste, le visage émacié,  Montherlant est un inclassable. Il se rend célèbre par son exaltation de l’héroïsme, du sport, de la tauromachie qu’il pratique et sublime dans son roman Les bestiaires. Critique acerbe de l’hypocrisie bourgeoise et de la féminité, il obtient l’un de ses plus grands succès de librairie avec Les jeunes filles. Profondément patriote, outragé par le déclin de la France dans les années 1930 face au péril hitlérien, il renonce à publier « la rose des sables« , virulent pamphlet anticolonialiste,  par crainte d’affaiblir l’image de son pays dans une période aussi dramatique (le livre ne sortira qu’après la Seconde guerre mondiale).

Ses principaux chefs d’oeuvre, sans doute, sont pour le théâtre: « la Reine morte », le Maître de Santiago », « Malatesta ». Ces pièces qui font de lui l’un des plus grands dramaturges français du XXe siècle, développent une vision tragique de l’histoire, du déclin de la civilisation occidentale et de l’invasion de la médiocrité :  « Je n’ai rien à faire dans un temps où l’honneur est puni, où la générosité est punie, où la charité est punie, où tout ce qui est grand est rabaissé et moqué, où partout, au premier rang, j’aperçois le rebut, où partout, le triomphe du plus bête et du plus abject est assuré. Une reine, l’Imposture, avec pour pages le Vol et le Crime, à ses pieds. L’Incapacité et l’Infamie, ses deux sœurs, se donnant la main. Les dupeurs vénérés, adorés par des dupes. Est-ce que j’invente? » (le Maître de Santiago).

La biographie monumentale de Pierre Sipriot (1000 pages en deux tomes)  est structurée autour de l’oeuvre de Montherlant, incluant de multiples documents inédits. Cependant, elle ne cache rien d’une vie privée qui le rend aujourd’hui quasiment infréquentable. Loup solitaire, intime avec l’écrivain diplomate Roger Peyrefitte dont il partage les goûts, il organise son existence – en dehors du travail d’écriture – comme une chasse aux (très) jeunes adolescents, qu’il séduit parfois avec la complicité de leurs mères en jouant sur l’instinct de protection paternelle.

Ni résistant, ni collaborateur, revendiquant sa solitude et son refus de toute allégeance, il cultive l’ambiguïté sous l’occupation allemande: non seulement la Reine Morte est jouée en 1942, mais une interview, donnée  à la presse collaborationniste (la Gerbe), le montre en admirateur de « l’ordre viril » qu’incarne le soldat allemand. Toutefois, le racisme, l’antisémitisme et la tentation totalitaire paraissent absents de ses écrits.

Dès lors, Montherlant, incroyant mais périodiquement de retour à la mystique chrétienne, ne se faisait pas la moindre  illusion sur sa place dans la postérité, se sachant à l’avance condamné par les époques à venir. Le désespoir, la solitude, la conscience de la cécité qui le gagne, le poussent au suicide en 1972.

Le cas Montherlant soulève l’éternelle question du lien entre l’oeuvre et la vie privée. Lui les jugeait indissociables et allait jusqu’à affirmer que les plaisirs sensuels l’emportaient à ses yeux sur sa littérature. Faut-il bannir des chefs d’œuvre littéraires en raison de pratiques sexuelles qui paraissent, au lecteur du XXIe siècle,  monstrueuses? Mais alors, si l’on en juge par les mœurs de l’époque dans les milieux de la création, c’est tout un pan de la littérature, de l’art et de la pensée françaises qu’il conviendrait de brûler (Gide, Sartre, Beauvoir, etc.)  Quel étrange contraste entre le génie de l’écrivain et la laideur – l’abjection – de sa vie intime, en toile de fond de cette passionnante biographie… A l’évidence, l’intelligence commande de déconnecter les deux et de lire Montherlant, la gorge nouée par la splendeur de ses phrases, en faisant abstraction d’une vie intime qui donne la nausée.

Maxime TANDONNET

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20 mots clés du « monde d’après » (petit lexique)

  • Annonces: la valse des annonces: à la différence de l’action ou de la décision, « l’annonce » n’engage que ceux qui l’ont entendue.
  • Brouillage des esprits : la destruction des repères  (droite/gauche, débat d’idées, partis, etc.), engendre un terreau de confusion ou s’enracine le culte narcissique.
  • Courtisanerie: partout, dans la presse, les administrations ou les médias, les lèche-bottes prolifèrent comme une sorte d’anti peuple réfractaire.
  • Culot (« plus c’est gros plus ça passe »): copinage et clanisme nonobstant les mises en examen de source judiciaire: rien ne doit donner le sentiment de les faire reculer.
  • Don d’ubiquité: être partout à la fois courir du matin au soir, démultiplier les apparitions, et gesticuler comme des pantins pour donner l’illusion de l’action.
  • Déconnexion: la question n’est pas de régler les sujets mais de les nier, les effacer (dette, chômage, violence, migrations, pauvreté), en évitant tout ce qui s’y rapporte.
  • Démultiplication des « petits pains« ou des milliards: on ne sait d’où ils sortent mais ils prolifèrent 12, 70, 100; à chaque apparition son bouquet de milliards distribués.
  • Grands mots vides: « le nouveau monde, la transformation, la refondation , la réinvention, le monde d’après »: en compensation de l’immobilisme et l’impuissance.
  • Incantation: il suffit de pavoiser, claironner, pour prétendre avoir traité un problème: proclamer « ceci est intolérable! » en guise de mesure pour la sécurité.
  • Irresponsabilité: déclencher les pires calamités commettre les fautes les plus monstrueuses n’a pas la moindre conséquence: j’y suis, j’y reste.
  • Jupitérisme: où l’autorité verticale, d’autant plus implacable sur la forme que dépourvue de prestige et de confiance populaire, tourne à vide et brasse le néant.
  • Mépris:  des « sans dents » aux « Gaulois réfractaires »: il est entendu une fois pour toute que la « vile populace » ne mérite que la chicote, doit être matée (avec le sourire).
  • Narcissisme: le principe « d’incarnation » devenu fou quand la vie publique se confond toute entière avec l’image médiatique d’un individu.
  • Nihilisme: l’ère du vide, rien ne compte, rien n’importe, ni le bien commun, ni l’intérêt public ou national, en dehors d’une fin suprême: la réélection comme but en soi.
  • Provocation et polémiques: déclencher l’excitation médiatique ou l’hystérie pour donner l’illusion du mouvement et de l’action.
  • Sensationnel: noyer la médiocrité, les souffrance, les préoccupation de l’époque dans une surenchère de coups médiatiques, d’événements et d’apparitions providentiels.
  • Spectacle : la vie politique présentée en grand spectacle autour d’un héros de légende, Jupiter ou archange St Michel pour combattre les démons (« populistes »).
  • Table rase: un événement chasse l’autre, la roue médiatique tourne, la mémoire se rétrécit à vue d’œil: il suffit de quelques jours pour faire oublier les pires sottises.
  • Transgression: ne reculer devant rien, aucune aberration, aucune contradiction: un jour post national, le lendemain souverainiste. Et alors?
  • Vanité: principe fondamental du nouveau régime narcissique, équivalent de ce qu’est   la vertu à la démocratie, l’honneur à l’aristocratie, et la crainte à la monarchie (selon Montesquieu).

Maxime TANDONNET

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Liban une tragédie française

L’explosion accidentelle qui a fait plus de 100 morts, des dizaines de milliers de blessés et 300 000 sans logis dans le port de Beyrouth est emblématique de l’effondrement d’un pays. Le Liban, peuplé de 4 à 5 millions d’habitants était jadis surnommé la Suisse de l’Orient. Depuis 1975, il est précipité dans une descente aux enfers sans fin: invasion syrienne, guerres d’extermination, occupation iranienne à travers le Hezbollah, prises d’otage, assassinats, massacres, désastre économique… Il est devenu le symbole d’une nation déchiquetée et en proie au chaos. A l’origine de la tragédie? Un Etat faible et impuissant, inexistant, rongé par la fragmentation du pays en communautés ennemies et armées – chrétiens, sunnites, Druzes, chiites – devenu le champ clos d’un affrontements des puissances locales. Mais derrière le morcellement et l’écroulement du Liban se profile l’échec fondamental de la France. L’influence française sur le territoire libanais remonte notamment à Napoléon III et à l’intervention française pour secourir les chrétiens maronites en conflit avec les Druzes (1860). A l’issue de la Grande Guerre, et du démantèlement de l’Empire Ottoman, les traités de paix instaurèrent un protectorat français sur le Liban, qui a duré officiellement jusqu’à 1936, se transformant par la suite en un partenariat fusionnel fondé des liens familiaux, économiques, culturels, linguistiques, rattachant la France à ce pays francophone et francophile du proche-orient. La désintégration progressive du Liban, qui atteint désormais son paroxysme, coïncide avec le recul de la France, économique, militaire, diplomatique, à compter du milieu des années 1970, et le vertigineux déclin de son influence internationale. La nature a paraît-il horreur du vide. L’effacement et le renoncement français au Liban (comme ailleurs) a ouvert la voie à son dépeçage. Les coups de menton et les gesticulations narcissiques de dirigeants français, comme toujours, n’y changeront pas grand chose… Puisse le drame d’hier provoquer une prise de conscience.

Maxime TANDONNET

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Lâcheté ordinaire

La législation permet, d’ores et déjà, de pratiquer une « interruption médicale de grossesse » jusqu’à l’accouchement, en cas de péril pour la mère [une situation évidemment distincte de l’IVG, autorisée jusqu’à la douzième semaine de grossesse]. Entre deux vies, celle de la mère et celle de l’enfant à naître, juste avant la naissance, la loi autorise ainsi à sacrifier la seconde pour sauver la première. Toutefois, un amendement présenté par des députés socialistes et LREM, dans le cadre de la discussion actuelle autour du projet de loi  bioéthique, chamboule l’équilibre ainsi défini en étendant la notion de péril à « une détresse psycho-sociale ». Cette extension soulève d’infinies questions. Qui est habilité à définir la notion de détresse psycho sociale, éminemment subjective? La menace d’un suicide de la mère, par exemple, autorise-t-elle à tuer l’enfant à naître? Oui, de toute évidence, selon ce texte. Mais quelle différence fondamentale existe-t-il entre un enfant, un quart d’heure avant la naissance et un quart d’heure après? L’être est parfaitement constitué au moment de la naissance et en interaction avec sa mère – comme le savent tous les parents. Le droit de mettre fin à son existence, pour des raisons de détresse de la mère, se justifierait-il par l’absence d’une conscience apparente? Mais alors, il en est exactement de même pour l’enfant né depuis quelques heures, voire, depuis un ou deux mois! Bref, tout en évitant les grands mots et comparaisons historiques, comment ne pas  constater que le rapport à la civilisation et au respect de la vie humaine et de l’enfance est en jeu  dans ce débat? Or, à quel phénomène assistons-nous jusqu’à présent? Un silence assourdissant, total, obtus, de la classe politique sur le sujet, dans son ensemble, de l’extrême gauche à l’extrême droite, des religions, autorités morales et de tous les intellectuels ou supposés tels. Pourquoi? Inconscience, désinvolture, détachement, dans la torpeur d’août? Non, ils sont parfaitement au courant, comme nous. Triomphe de la lâcheté, de la couardise: terrorisés à l’idée de passer pour des réactionnaires ou conservateurs, ils se taisent et la tête dans le sable, comme des autruches, font semblant de n’avoir rien vu. C’est la lâcheté, comme bien souvent, qui nous perdra.

Maxime TANDONNET

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Dans la torpeur aoûtienne

Au mois d’août, dans une France écrasée de chaleur anesthésiée par le soleil de plomb, tout est permis, tout est possible. L’Assemblée nationale vient de voter sans sourciller, dans un hémicycle au trois cinquièmes vide, la PMA sans père, remboursée par la sécurité sociale. Les contributeurs Français sont donc sommés de prendre en charge l’abolition officielle de la paternité comme pilier de la famille et de l’enfance. Le débat de société? Quel débat de société? L’avez-vous vu passer? Pas moi. Un vote lâche, honteux, en catimini. « Conservateur » l’opposant à cette réforme? Non: résistant, résistant à une dérive totalitaire de la même nature que toute forme d’expérimentation touchant à la nature humaine. Les mots de traîtres et d’opportunistes ne sont pas excessifs pour qualifier ceux qui ont retourné leur veste pour un maroquin sur ce sujet essentiel. Autre sidération: un garde des sceaux, s’exprimant, par définition au nom du gouvernement, a réclamé le rapatriement en France des jihadistes: c’est-à-dire, ceux qui au nom de daesh, directement ou par complicité, ont massacré, torturé, violé, enlevé, crucifié, égorgé, anéanti des villages, femmes et enfants, commis des génocides sur les populations chrétiennes et Yézidies, orchestré des attentats qui ont ensanglanté la France (250 victimes).  Au nom des droits de l’homme? Et les droits des prisonniers égorgés, des enfants traités en esclave sexuels, des villageois exterminés et des malheureuses victimes du Bataclan? Ce matin, il se confirme que la France est l’un des pays les plus frappés au monde par la grande dépression due au covid, deux points au dessus de la moyenne de l’UE: – 13,8% du PIB, contre – 10,1 % en Allemagne. A l’origine de ce désastre: la déroute de l’équipe au pouvoir, un aveuglement de deux mois sur les « masques », diabolisés avant d’être rendus strictement obligatoires, et le choix irresponsable, faute de masques, d’un confinement absolu qui a plongé l’économie française dans le marasme. Mais les responsables de cette débâcle, dignes de l’état-major en mai-juin 1940, dans l’indifférence générale, sont toujours là, en poste, pavoisant, pérorant, jacassant et droits dans leurs bottes, prêts à rempiler comme si de rien n’était. D’ailleurs, le silence à ce sujet de la classe politique de l’extrême gauche à l’extrême droite incluses, (en dehors d’une poignée de parlementaires courageux et lucides) est assourdissant.  Question fondamentale: l’apathie du pays dans ses profondeurs, est-elle le fruit de l’indifférence, du déclin intellectuel, d’un authentique abrutissement de masse? Ou bien n’est-elle au contraire que le reflet de la surface des choses, entre reportages et commentaires lèche-bottes et sondages truqués, couvrant un mouvement de révolte, un grondement sourd dans les profondeurs de la France qui ne demande qu’à s’exprimer en la première occasion?

Maxime TANDONNET

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« We shall never surrender »*

M. C., le nouveau Premier ministre est paraît-il, de l’avis unanime, un homme exceptionnel, charmant et de toute confiance, ayant servi à l’Elysée sous NS. Quant à M. D., la copie conforme de NS au ministère de l’Intérieur, son sosie nous dit-on aussi. Alors, pourquoi s’entêter, bêtement, à conserver une mentalité et un esprit d’opposant? Pourquoi, ne pas déposer les armes et se rendre, une fois pour toute?

Pour une raison toute simple, idiote, absurde, totalement ringarde. Le sentiment que la politique n’est pas seulement une affaire de combinaisons et de copinage, de postures, de gourous et de jeux de rôle. Qu’elle est autre chose qu’un théâtre d’ombres, un spectacle narcissique. Que l’essentiel ne relève pas du grand guignol politico-médiatique. Qu’il est ailleurs, dans les convictions et le sens du bien commun. Rien, sur le fond, ne justifie la moindre concession, la moindre indulgence, le moindre ralliement.

  • le discours communautariste officiel fustigeant « le mâle blanc » (au moins à deux reprises par l’occupant de l’Elysée);
  • la colonisation qualifiée sans nuances de « crime contre l’humanité »;
  • la PMA sans père remboursée sur fonds publics;
  • le renoncement en matière de sécurité se traduisant par une poussée de la violence gratuite et sanguinaire (même si les chiffres ont quasiment disparu depuis 2012);
  • l’effrayante avalanche des scandales politiques et financiers, étouffée et laissée sans réponse;
  • l’augmentation vertigineuse de la dette publique, des déficits, du chômage et de la pauvreté, la poursuite accélérée de la désindustrialisation;
  • la poussée migratoire depuis 2012 (270 000 premiers titres de séjour en 2019, et 140 000 demandeurs d’asile soit un quasi doublement annuel);
  • le chaos déclenché par des choix invraisemblable (taxe carbone et gilets jaunes ou supposée « réforme des retraites » et mouvement social de deux mois);
  • L’achèvement de la dévalorisation du baccalauréat (95% de reçus) et des études secondaires;
  • sans parler de la honteuse et dramatique gestion de la crise du covid19 (par exemple sur les masques).

Voilà ce qu’il importe de prendre en considération. Le casting, les jeux d’acteurs, tout comme les coups de menton stériles, les pavoisements et les moulinets, les paroles destinées à faire polémique pour couvrir l’échec et l’inaction, n’ont aucune espèce d’importance. Seuls doivent compter les actes et les résultats. Les soi-disant ralliements d’individus qui ont soutenu une politique (2007-2012) et soutiennent désormais la politique inverse (2012-2022) n’ont strictement aucun intérêt. Y voir autre chose que de l’opportunisme lèche-bottes – restons polis – est pure naïveté ou calcul cynique.

L’impasse lepéniste, sa démagogie absolue, son identité sulfureuse, ses provocations historiques sur lesquelles il s’est construit, son incohérence et irréalisme, sa vulgarité obtuse ne valent pas mieux et ne sont que l’autre face du macronisme ou son faire-valoir. L’un et l’autre procèdent d’une même méthode, qui est la fuite du politique dans les chimères, les éclats, les manipulations et vertige du culte de personnalité au détriment de l’intérêt général et de la res publica, au détriment de la France.

La porte est étroite, bien évidemment et la lueur d’espérance fragile. Ce n’est pas une raison pour céder aux sirènes du cynisme, de la lâcheté et de la bêtise. We shall never surrender.

* « Nous ne nous rendrons jamais »

Maxime TANDONNET

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De « l’autorité » selon le président Sarkozy à la confiance

« Je me suis trop laissé impressionner par le débat « Monsieur le Président, il faut rester à votre niveau […] La sécurité, ça doit être l’affaire du président de la République. J’aurais dû aller plus loin. J’en ai pas fait assez ! […] Aujourd’hui la mode, c’est de parler de l’horizontalité. Moi je ne crois qu’en la verticalité, c’est vous dire si je ne suis pas dans le coup […] Je pense qu’il faut un chef, un leader, qui entraîne. Une société démocratique ne peut pas fonctionner sans autorité […]  A l’époque, j’avais eu à faire à tous les héritiers de 68 et du slogan « Il est interdit d’interdire […] Il n’y a pas de phrase plus fausse et plus stupide ».

Hier soir, lundi 27 juillet, sur TF1, le président Sarkozy s’est longuement exprimé sur la question de l’autorité avec des mots fort justes. Il y voit une notion verticale, s’imposant de haut en bas, et incombant pour l’essentiel au président de la République. Puis-je me permettre d’esquisser un complément à son propos? L’autorité n’est rien, juste un mot creux et vain pour masquer l’impuissance du pouvoir, si elle ne se double pas d’une autre notion tout aussi fondamentale mais beaucoup moins invoquée: la confiance.  Les deux marchent de pair. Il n’est pas d’autorité sans la confiance. La démocratie n’est pas à sens unique, de haut en bas, mais à double sens, de bas en haut et de haut en bas. La confiance est la face cachée de l’autorité. Dans le monde moderne, l’autorité ne saurait procéder de la peur qu’inspire un père fouettard, élyséen ou autre. L’idée d’obéissance à un roitelet ou un gourou national, pétaradant sur les médias du matin au soir, fondée sur la menace de sanctions, est d’un autre temps. L’autorité reposant sur la peur peut fonctionner quelque temps sur des esprits dociles, mais alors, elle demeure artificielle et éphémère. La véritable autorité, celle qui touche les cœurs, persuade et suscite l’adhésion, repose sur tout autre chose: la confiance populaire. Des dirigeants brandissant l’autorité jupitérienne comme principe fondamental, gesticulant et noyant leur environnement sous des flots de logorrhée, il s’en trouve à la pelle. Mais la tragédie de la France, depuis fort longtemps, c’est l’incapacité chronique du pouvoir politique à inspirer la confiance, cette confiance sans laquelle l’autorité n’est qu’un vain mot. Sans doute est-il infiniment plus difficile de gagner la confiance que de se réclamer du principe d’autorité.

Maxime TANDONNET

 

 

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La belle duperie

L’actualité politique de ces derniers jours est placée sous le signe de la « droitisation » ou de la nouvelle inspiration supposée « sarkozyste » du quinquennat actuel. L’immense majorité des commentateurs se sont ralliés à cette vision des choses. Cette nouvelle mode relève de la pure mystification. Que le président Sarkozy exprime la continuité républicaine à travers son successeur est une chose. Parler d’une convergence des deux quinquennats en est une autre: mensongère. Qu’un quarteron d’opportunistes se soit rallié à la présidence Macron ne suffit pas à qualifier celle-ci, dans sa dernière phase, de sarkozyste. L’actuelle présidence est un mélange de vanité hystérique et d’impuissance radicale. Les slogans tapageurs – nouveau monde, transformation de la France, nouveau chemin – ne suffisent pas à en couvrir le vide sidéral. Qu’en restera-t-il au total? Le vide absolu, le néant, pas la moindre esquisse d’une réforme réussie. Au moins, la quinquennat Sarkozy a essayé de faire quelque chose, par exemple les peines planchers, la rétention de sureté, le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’Intérieur, la lutte contre l’immigration illégale (loi de 2011), la suppression de la taxe professionnelle, la détaxation des heures supplémentaires et l’allègement de l’impôt sur l’héritage, le passage de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans, l’autonomie des universités, etc. Certes, il s’est achevé dans la catastrophe électorale et toutes ces réformes utiles ont été abrogées ou souillées. Mais au moins, la présidence sarkozyste aura essayé – au moins essayé – de faire quelque chose d’utile et d’intéressant pour le pays. L’actuelle n’a strictement rien à voir, se limitant à la poursuite d’un long naufrage dans le chaos permanent, la violence et l’impuissance chronique engagé sous le quinquennat Hollande, sous le voile d’une phénoménale débauche de frime narcissique. Mais le plus effroyable, dans le paysage politique dévasté de ce pays, c’est bien que la duperie semble fonctionner auprès de certains esprits. Et le fond de l’abîme n’est peut-être pas encore atteint. Avant que ne survienne la prise de conscience nécessaire, la plus forte probabilité est aujourd’hui la poursuite d’un écroulement de deux années supplémentaires, puis un quinquennat supplémentaire de macronisme voire de lepénisme. Ensuite, dans sept ans, quand la France sera bien au fond du gouffre, peut-être qu’une prise de conscience surviendra enfin sur la nécessité de repenser radicalement les fondements de la politique française en mettant fin à une autocratie hors sol et impuissante et restaurer une démocratie digne de ce nom tournée vers l’intérêt général et non la sublimation ou la réélection d’un individu.

Maxime TANDONNET

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Le ballet des milliards

La surenchère d’enthousiasme fait rage pour qualifier le plan de relance européen et ses 390 milliards de subvention, un plan « historique », « sans précédent », « fondateur » etc. Voilà enfin le remède magique à la tragédie économique du covid-19. Pour la première fois, l’Europe s’engage dans la voie d’une « dette commune » supposée donner un nouvel élan à l’émergence de la souveraineté européenne. Mais qu’est-ce que la dette? Un emprunt que les générations futures devront financer. A-t-on jamais vu une cohésion politique fondée sur l’endettement massif? La dette publique française représente déjà 120% du PIB. Désormais, s’y ajouterait une dette européenne, comme une sorte de Graal ou de baguette magique. Mais qu’est-ce d’autre que des remboursements futurs imposés aux générations futures de contribuables. Pour se réjouir de l’accroissement vertigineux d’une dette, il faut avoir atteint un certain degré de dérèglement intellectuel ou un cynisme sans fin. « Ah les cons, s’ils savaient... » Et d’ailleurs, un plan de relance massif n’est pas de nature à régler les problèmes de fond. Le ballet des centaines de milliards enivre et donne le vertige. Mais les problèmes demeurent à l’identique et les centaines de milliards distribués n’y changeront rien. Les éléments de la tragédie sont dans l’état mental et intellectuel d’une société. Il faudrait des dirigeants politiques responsables, non démagogues, inspirant la confiance à une vaste majorité de citoyens, des institutions privilégiant le bien commun plutôt que le narcissisme et la mégalomanie, le sentiment de vivre dans une société rassemblée, paisible et sûre, une éducation nationale qui forme des jeunes gens et filles à un métier et à l’esprit critique, le sentiment général d’un destin partagé. Bref, la confiance dans l’avenir. Qui sera assez dupe pour penser qu’une poignée d’artistes télévisés jonglant avec les centaines de milliards empruntés – que les générations futures, nos enfants, devront rembourser, est de nature à restaurer la confiance?

Maxime TANDONNET

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Réaction à l’incendie de la cathédrale de Nantes

Plus d’un an après Notre-Dame, la cathédrale de Nantes a été ravagée par les flammes et son orgue de quatre-cents ans entièrement détruit. L’existence de trois « départs de feu » laisse penser à un possible incendie criminel (sous réserve de l’enquête). Le Premier ministre, le Ministre de l’Intérieur et la ministre de la Culture se sont rendus sur place. Le ballet des membres de  gouvernement est le reflet d’un mode de gouvernement. L’essentiel est dans l’image et non dans l’action. Le message de fermeté a valeur de fermeté. Trois ministres sur place, sous le feu des caméras de télévision: la scène vaut mieux que n’importe quelle décision. La médiatisation à outrance, dans ce régime, écrase l’action. Tout un système, mode d’exercice du pouvoir est en question: se montrer pour ne pas avoir à gouverner, à choisir. La destruction du patrimoine religieux le plus précieux par criminalité ou par négligence –  ce qui au fond ne vaut guère mieux – devient une sale habitude, presque une routine. Des merveilles de l’art du Moyen-âge et de la renaissance, qui ont survécu aux guerres et aux révolutions, périssent bêtement brûlés dans le chaos et la médiocrité de notre époque. Plutôt que de parader en espérant gagner des voix pour les prochaines élections, il y aurait des choses à faire: contrôle systématique des accès, surveillance permanente, caméras de vidéo protection, systèmes d’alerte anti-incendie. Lieux sacrés, et alors? Combien d’églises et de cathédrales devront encore brûler pour que les responsables civils et ecclésiastiques  commencent à se préoccuper sérieusement du problème?

Maxime TANDONNET

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Dans les profondeurs de la nation

Depuis une dizaine d’année, l’enquête CEVIPOF sur la confiance des Français annuelle souligne une défiance ou un dégoût envers la chose politique qui touche environ les quatre cinquième des Français. 

Or toutes les conditions sont réunies pour que cette défiance en la politique s’aggrave toujours davantage. Pendant les trois mois de la crise intense du covid 19 (mars, avril, mai) les plus hautes autorités ont martelé, de propagande en propagande, que le « masque » était strictement inutile. Aujourd’hui, ces mêmes autorités le rendent strictement obligatoire. La faute des experts scientifiques? Argument lâche et débile. Le responsable principal n’est jamais celui qui donne le conseil mais celui qui le suit et l’applique. Tout le monde peut se tromper, commettre des fautes qui seront fatales pour la santé collective et l’économie nationale. Mais il faut avoir le courage d’assumer ses responsabilités, voire de s’excuser. Cela ne sera jamais le cas. En apparence, la nation encaisse passivement. Mais qu’en est-il dans les profondeurs?

De même, ces vidéos incroyables, impitoyables qui circulent partout sur la toile. On y voit les deux grandes figures médiatiques du nouveau gouvernement, celles par qui le sensationnel, le buzz médiatique est venu, jurer dans un grand éclat de rire que jamais, au grand jamais, elles n’accepteraient un poste au gouvernement. Mais qui aurait le mauvais goût de s’indigner, même s’étonner, d’aussi stupéfiantes volte-face? Quant aux retournements de veste, (pour ne pas parler de trahisons), ils paraissent banalisés, compris, acceptés, presque valorisés au plus haut sommet de l’Etat. Renier son camp et son parti politique pour un prestigieux maroquin, quoi de plus normal, de plus ordinaire? Opportunisme d’un jour, opportunisme toujours, au profit de n’importe quelle cause et même les pires. Mais qu’en pense la nation dans ses profondeurs, au deuxième ou au troisième degré, celui qui les sondages n’effleurent même pas?

Certes, l’indifférence d’un peuple blasé par les volte face, les incohérences, les contradictions, semble dominer. Oui, mais qu’en est-il dans les profondeurs de la nation? Après DSK, Cahuzac, Benalla, etc. jusqu’où la faillite morale de la politique est-elle possible? Une politique en perdition, déboussolée, à l’image du recours à  M. Joffrin, l’éditorialiste de Libé depuis des décennies, recours de la gauche morale qui abandonne le journalisme pour entrer en politique, à 68 ans (il n’y a donc pas d’âge!). Entre la débâcle de la vie politique française et sa chute dans le ridicule, la marge est étroite.

Maxime TANDONNET

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Réflexions sur la tragédie de Sainte Sophie

Le geste d’Erdogan, (re)transformant la basilique de Sainte Sophie en mosquée est lourd de signification. Il abroge le choix politique de Mustapha Kemal, en 1935, d’en faire un musée, en signe du rapprochement vers l’Europe occidentale. Il confirme le basculement de la Turquie dans une dictature intégriste et islamiste. Il se présente comme un geste de défi envers le monde occidental, l’histoire chrétienne de l’Europe. Il renvoie au souvenir de la chute de Constantinople en 1453, un basculement dans l’histoire de l’humanité considéré comme la fin du Moyen-âge. Face au triomphe de l’obscurantisme et la montée des périls planétaires, il marque une défaite morale de l’Europe, de sa culture imprégnée de civilisation grecque et latine, du christianisme et du temps des Lumières.

L’histoire ne se répète pas, elle bégaye comme dirait l’autre. 1453, les déchirements de l’Europe, la concurrence de ses ambitions dynastiques, Charles VII, Edouard III, les Habsbourg, l’ont aveuglé et paralysé, détournant son regard de l’essentiel. L’Europe déchirée, à l’issue de la guerre de Cent ans, n’a pas bougé le petit doigt pour tenter de sauver Constantinople du siège et de la chute au main des Ottomans. Aujourd’hui idem: l’Europe morcelée, fragmentée, rongée par la bataille des intérêts égoïstes, la lâcheté, le climat de repentance, la honte de soi, ses vanités de chefs, n’a pas bougé le petit  doigt pour exiger le respect de l’engagement de Mustapha Kemal.

Il est faux, il est mensonger de laisser croire que la France seule  est en état de faire peur au dictateur turc. En revanche, il est certain qu’une coalition de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne et de la Grande-Bretagne – c’est-à-dire de très loin la première puissance planétaire – permettrait de le faire plier et de sauver une histoire, une culture, une civilisation, face aux périls qui à long terme, mettent en jeu sa survie. Nous payons aujourd’hui le prix d’avoir voulu fonder l’Europe sur un monstre bureaucratique, impuissant, nourri de procédures, de lâcheté, de pacifisme et de repentance, plutôt que sur une alliance charnelle de nations libres et indépendantes partageant désormais le même destin. Et si la prise de conscience n’intervient pas rapidement, cette Europe disloquée, désintégrée et impuissante mourra noyée dans le sang et les larmes de ses habitants.

Maxime TANDONNET

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la république déglinguée

Lors de son interview du 14 juillet, le président de la République a prononcé une phrase d’un intérêt notable sur le plan de la réflexion politique: « J’ai commis des erreurs ». La formule a été dite et accueillie avec le plus grand naturel, comme banale, habituelle. Or, ce qu’elle recouvre n’a rien de banal. Présider ou diriger un Etat est une mission d’une exceptionnelle gravité, comme piloter un avion de ligne ou un paquebot, conduire un car scolaire, opérer à cœur ouvert,  voire diriger une entreprise dont dépendent des milliers d’emplois. Imagine-t-on un pilote de ligne ou de paquebot, un conducteur de car scolaire, un chirurgien, un chef d’entreprise déclarer tout simplement, devant ses passagers ou les parents d’enfants qu’il a conduits, devant son patient, ou son conseil d’administration: « J’ai commis des erreurs ». Inconcevable: en de telles circonstances, celui qui commet des erreurs est aussitôt remercié.  En principe, dans une république, une démocratie normale, le dirigeant suprême qui reconnaît, « j’ai commis des erreurs », assume ses responsabilités surtout quand celles-ci ont plongé le pays dans le chaos (gilets jaunes, mouvement social, etc.). Il les assume soit par le recours au peuple, à travers des législatives ou un référendum sur lequel il engage sa responsabilité, soit en démissionnant.

« Un autre chemin » promet-il. Mais là aussi, le slogan, un « autre chemin », après celui du « nouveau monde », de la « transformation » de la « refondation », de la « réinvention », soulève des questions. Le président est élu sur un projet, un style, une posture. La distinction entre le « cap » (ou l’objectif) que l’on conserve et le « chemin », que l’on change, est artificielle. Le peuple – dans le système actuel – vote à la fois pour un cap et pour un chemin. D’ailleurs, le choix d’une politique est toujours le choix d’un chemin, c’est-à-dire de moyens. En changeant de chemin, le chef de l’Etat rompt le contrat qu’il a conclu avec le peuple par son élection au suffrage universel. Il ruine sa légitimité démocratique.  L’idée qu’un président puisse ainsi, de son libre arbitre, changer de chemin, sans interroger ni la nation par un référendum, ni sa représentation parlementaire, est profondément antidémocratique. Elle signifie que sur une saute d’humeur une lubie ou un changement d’idée, un individu peut, en dehors de toute consultation démocratique, engager le pays sur un chemin ou sur un autre. Mais alors, appeler cela une république ou une démocratie a quelque chose d’indécent.

Maxime TANDONNET

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