Le calvaire de la France…

Sommes-nous les derniers, nous la génération née du vivant du Général, à ressentir cette étrange et lancinante douleur? Une morsure de l’âme et de la chair qui ne tient pas à notre situation personnelle, mais à l’état du pays. Parmi les générations qui viennent après, la même douleur, la même brûlure se prolonge-t-elle? Voilà dix ans que la France accumule sans discontinuer les malheurs: cascades de scandales honteux (DSK, Cahuzac, etc.), vague d’attentats islamistes sanguinaires (260 tués), démocratie saccagée (présidentielles/législatives de 2017), un an de violences endémiques et destructions dues aux errements du pouvoir sur le taxe carbone (crise des Gilets jaunes), immense traumatisme que fut l’incendie de Notre-Dame, drame de la réforme des retraite et 40 jours de blocage du pays… Aujourd’hui, cet atroce virus et une faillite de l’équipe dirigeante sans précédent depuis 76 ans. Ils n’avaient rien préparé, rien anticipé, ni sur les fermetures de frontières, ni les masques, ni les tests de dépistages, ni les moyens de réanimation. Ils ont juré pendant des mois, la main sur le cœur, que ces outils étaient strictement inutiles. Maintenant, ils affirment tout le contraire. Et droits dans leurs bottes, sans l’ombre d’un remords, d’une excuse. Entre temps, faute de masques, faute de tests et de capacités hospitalières suffisantes, le confinement a amplifié la ruine de l’économie et anéanti la liberté d’aller et venir. Neuf-cents personnes âgées mortes dans les EHPAD ont été oubliées des statistiques. Et puis, comme un coup de grâce, la barbarie islamiste vient encore de frapper: à Romans-sur-Isère, un bourreau sanguinaire, réfugié soudanais, a lâchement et sournoisement tué deux hommes à coup de poignard et blessé cinq autres. Pourquoi ce crime atroce? Pour remercier la France, terre d’accueil? La terreur s’est rappelée à notre bon souvenir, accablant toujours un peu plus une nation humiliée et terrassée par les malheurs depuis dix ans. La démagogie extrémiste de droite comme de gauche, n’a jamais rien réglé dans l’histoire. C’est par les armes de la démocratie parlementaire et référendaire que la France doit tenter de s’arracher à la logique infernale qui l’emporte au fond de l’abîme, en sanctionnant au plus tôt les auteurs d’un abominable fiasco historique et en confiant son destin à une équipe, non pas de magiciens narcissiques ou demi-dieux infatués, mais d’hommes et de femmes responsables n’ayant d’autre perspective que le retour de la nation protectrice et le service de la France.

Maxime TANDONNET

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Le président Sarkozy peut-il être un recours? (réponses à Atlantico)

Le site Atlantico m’a interrogé avant-hier: dans la tragédie que nous vivons, le président Sarkozy, compte-tenu de son expérience, peut-il être un recours? Voici mes réponses.

– Le retour de Nicolas Sarkozy au premier plan du jeu politique est un sujet qui revient souvent dans les conversations politique. Il serait impossible pour lui de revenir dans un contexte normal mais est-ce que le chamboulement économique, politique et social pourrait fournir un terreau favorable à son retour ? Ce scénario paraît-il probable ?  

Oui, cette question revient souvent dans les conversations… Elle recouvre deux scénarios possibles. Le premier est celui du retour comme Premier ministre avec les pleins pouvoirs, le chef de l’Etat M. Macron s’effaçant comme en cohabitation. On y pense car il y a eu deux précédents historiques de président de la République revenant comme Premier ministre (président du Conseil) dans des circonstances dramatiques : Raymond Poincaré en juillet 1924 pour sauver le franc et éviter une faillite financière, Gaston Doumergue, pour préserver la paix civile après la tragédie du 6 février 1934, les émeutes parisiennes qui ont fait 16 morts et des centaines de blessés.

Un tel scénario peut-il se reproduire ? Certes, rien n’est impossible et nous voyons en ce moment à quel point l’histoire est imprévisible. Cependant, il est improbable pour deux raisons. D’abord, il faudrait des élections législatives, gagnées par la droite pour qu’il ait une majorité, à l’issue d’une dissolution de l’Assemblée nationale par M. Macron. Or, rien n’indique que telle soit l’intention du président. Ensuite, Nicolas Sarkozy a une vision présidentialiste des institutions, il voit dans le Premier ministre non pas un chef de gouvernement comme le définit la Constitution, mais un collaborateur du chef de l’Etat et nul n’imagine un seul instant qu’il accepterait de devenir le collaborateur de M. Macron.

L’autre scénario c’est celui de Sarkozy se présentant aux présidentielles de 2022 et les remportant. Là aussi, on peut tout imaginer dans le chaos que nous vivons. Mais un recours à Sarkozy comme sauveur providentiel, dix ans après, cela paraît un peu surréaliste. Une (courte) majorité des Français lui a tourné le dos en 2012. En 2016, les électeurs de droite aux primaires lui ont préféré Fillon et Juppé. Pourquoi serait-il tenté de revenir dans ces conditions ? Sauf vaste élan national et consensuel en sa faveur que rien ne laisse prévoir pour l’instant, on ne voit pas du tout pourquoi il aurait à l’esprit de convoiter un retour à l’Elysée.

– Le principal handicap à son retour, c’est ses affaires judiciaires mais aujourd’hui cela parait plutôt dérisoire. Au contraire, l’homme politique a un atout majeur dans sa manche : sa gestion de la crise financière en 2008 qui a permis à la France d’éviter la catastrophe. Demain arriverait-il à faire plier Merkel à nouveau pour relancer l’Europe et la France économiquement après le confinement ? Quels seraient ses armes pour faire re-partir la locomotive industrielle française ? 

Sa réussite en 2008 n’était pas liée à des armes secrètes ou une recette économique magique. Il y avait chez lui en 2008 une autorité, un charisme, une image de dynamisme et d’énergie qui ont inspiré la confiance à l’intérieur, par-delà les critiques virulentes, et un prestige à l’international face à M. Bush, puis M Obama, face à Mme Merkel en Europe.  Aujourd’hui, les circonstances paraissent encore plus terribles car le monde occidental est fragmenté. La solidarité qui a pu jouer en 2008 entre la France, les Etats-Unis l’Allemagne avec le concours de la banque centrale semble absente. Le monde occidental paraît entraîné dans une course aux solutions individuelles sans tenir compte des autres. Les détournements de stocks de masques de protection sont symptomatiques de cet état d’esprit ! Nous sommes bien plus proche de la crise de 1929 marquée par des replis nationaux que de celle de 2008 où la coopération internationale a joué pour prévenir la vague de faillites bancaires. Le modèle de 2008 n’est pas forcément valable.

– Dans le jeu politique actuel, la présidente du rassemblement National réussit sa communication mais manque cruellement de compétences aux yeux de tous et chez les Républicains depuis le départ de Sarkozy aucun chef ne s’est révélé. Christian Jacob ne pourra jamais prendre la place laissé par l’ancien président. Sarkozy ne serait-il pas la seule personne sérieuse à la droite de l’échiquier politique aujourd’hui ? 

Le fond du problème, c’est que la droite a tué le père, Sarkozy, lors des primaires de 2016, mais ne l’a pas remplacé. Elle est toujours orpheline et au fond ne parvient pas à faire son deuil de ce qu’il représentait… Pour piloter le navire France dans la tourmente qui vient, il faut accepter une remise en question profonde et penser autrement l’avenir qu’en termes de sauveur providentiel qui n’existe probablement plus. La politique est à repenser comme un ensemble en plaçant au premier plan le projet et l’engagement d’une équipe au service de la France.

Le pays a besoin d’un président de la République sage et visionnaire, homme d’Etat expérimenté, au-dessus de la mêlée, puisant son autorité dans le sérieux et la discrétion, rassembleur, inspirant la confiance à une vaste majorité de Français par son sang-froid, son exemplarité et sa vision. Le pays a besoin, aux côtés de ce président, d’un Premier ministre autonome, puissant et énergique, capable de prendre les décisions que la situation imposera, de gouverner le pays, d’effectuer les choix nécessaires. Le pays a tout autant besoin d’un authentique Parlement, indépendant de l’exécutif, capable de contrôler le gouvernement et de le sanctionner sans faiblesse en cas d’errements ou de défaillance.

Le pays a besoin de sentir qu’il a à sa tête des dirigeants travaillant dans l’intérêt collectif et non pas à satisfaire leurs obsessions narcissiques et à préparer leur réélection. Il a besoin d’un peuple qui reprenne confiance en ses dirigeants et qu’il faudra régulièrement interroger dans le cadre de referendums sur les questions essentielles. Voilà : la question n’est pas de se donner un nouvel homme providentiel, un dieu de l’olympe qui promettra un « nouveau monde » avant de faire naufrage à son tour, mais de mobiliser tout un peuple autour d’une équipe de dirigeants responsables dans l’épreuve qui nous attend.

 

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La médecine otage de l’idéologie

Dans la crise sanitaire que nous traversons, une chose est particulièrement surréaliste en France: c’est l’emprise de l’idéologie sur les enjeux scientifiques et médicaux. Dans le chaos général, les tenants de l’idéologie dominante au pouvoir ont pris pour cible le Pr Didier Raoult pour le diaboliser et le traiter en paria allant jusqu’à restreindre l’utilisation d’un médicament (chloroquine) préconisé – en vertu de la liberté de prescription – dans la lutte contre l’infection au covid 19 . Ils ont ainsi plaqué, sur un sujet médical tenant à la vie de centaines de milliers de personnes, leurs schémas des élites éclairées par le bien progressiste en lutte contre le mal populiste que le scientifique à la dégaine atypique et au franc-parler populaire, à la gouaille un peu rebelle, provinciale et France profonde, incarne à leur yeux.  Ils ont ainsi joué, par idéologie, avec la santé et la vie de centaines de milliers d’hommes et de femmes. Nous avons vu le Pr Raoult insulté et traîné dans la boue sur ces « plateaux de télévision » où la bêtise le dispute à l’arrogance tonitruante: « qu’il la ferme! ». Pour autant, et même au-delà des questions purement scientifiques, la sagesse lucide du Pr Raoult contraste avec l’exubérance infatuée, auto-satisfaite et insipide qui caractérise en ce moment la parole des plus hauts dirigeants nationaux. En voici la preuve:

Extrait interview sur Radio Classique le 1er avril: 

« La chloroquine était encore distribuée sans ordonnance il y a quelques mois et maintenant, on pense que c’est un truc qui va empoisonner les gens […]  Il y a une vraie question à poser aux sociologues sur cette agitation […] J’ai eu un espèce de choc en me rendant compte de la vitesse à laquelle la recherche médicale s’organisait en Chine. Surtout, elle a conservé une estime pour les élites qui est extraordinaire. L’inverse de ce que nous avons ; en France, on a une fuite des cerveaux. Les chercheurs en Chine sont devenus des héros, chez nous, c’est les footballeurs et les commentateurs de la télévision ou de radio… On se perd dans des réflexions (en Europe) qui ne sont pas nécessaires ».

Maxime TANDONNET

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Diriger ou parler, il faut choisir

En cette tragédie du coronavirus, une chose ne manque pas: la parole des plus hauts dirigeants politiques. Chaque jour donne lieu à son lot de communication, de déclarations, d’apparition symbolique et toujours de parole insatiable qui coule comme un fleuve.  Le monopole de l’expression politique par le pouvoir en place atteint un nouveau sans précédent depuis bien longtemps.  De jour en jour, le verbe des gouvernants occupe l’espace médiatique. Cette logorrhée a un sens. Elle est destinée, consciemment ou inconsciemment, à recouvrir, à masquer, à étouffer les choses qui doivent disparaître. Mais elle n’est pas sans risque. Trop de parole politique tue la parole politique. Le bavardage, surtout quand il est stérile et inutile, banalise la parole politique et la discrédite. Le flot de paroles, souvent contradictoires, destinées à forcer l’attention plutôt qu’à convaincre ou informer, nuit à l’image de volonté ou d’efficacité. Il arrive un stade où les belles phrases creuses donnent le sentiment de prendre la place de l’action. La parole à profusion implique une fuite devant la réalité et les exigences de l’action. Plus ils parlent et paraissent, se dit-on, moins ils dirigent. Encore une erreur dramatique, surtout dans une crise aussi terrible. « Rien ne rehausse mieux l’autorité que le silence » écrivait le Général (Au fil de l’épée, 1932). Ou encore, Charles Péguy: « Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte » (Cahiers de la Quinzaine).

Maxime TANDONNET

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Tableau relatif à l’affluence sur ce blog

En réponse aux questions de quelques habitués de ce blog, concernant son affluence au cours du premier trimestre 2020, voici la copie de son tableau de bord mensuel en milliers de visiteurs. La progression (marquée par l’intensité de la couleur bleue dans le tableau) est de deux ordres: on voit qu’elle est constante depuis sa création en 2010 et se poursuit (janvier/février 2017 sont des mois atypiques en raison du scandale des présidentielles).  La période troublée actuelle favorise sans doute une accélération qui se ressent depuis presque un an. Le nombre quotidien de visiteurs oscille entre 2000 (minimum) et 7000 (max. atteint en mars). C’est à la fois peu et beaucoup: peu au regard des grands médias numériques, beaucoup (ou correct), pour un modeste site amateur… C’est l’occasion de remercier toutes les personnes qui contribuent à son animation dans un esprit de respect, de modération  (inhabituel sur la Toile) et de liberté de pensée!

En milliers de visites:

 

 

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Où commence l’inacceptable?

« Et que feriez vous à leur place? » Bonne question. Gouverner dans l’apocalypse est de toute évidence une épreuve terrible. Qui voudrait être à leur place aujourd’hui?

Les dirigeants politiques à la tête du pays, depuis des années, sont avant tout des artistes de la  communication. Ils ne sont, pour l’essentiel, ni des visionnaires, sensible à la tragédie de l’histoire et son caractère imprévisible, capables d’anticiper sur l’événement, ni des hommes d’action, susceptibles de faire des choix cruciaux et de décider. Ce sont de brillants acteurs médiatisés, des séducteurs, des virtuoses dans l’art des illusions et des chimères. Tel est le fruit du déclin de l’instruction et de la médiatisation à outrance de la vie publique.

L’absence d’anticipation, les erreurs d’appréciation et les volte-face, font partie des aléas de la vie gouvernementale. Ils relèvent de la responsabilité politique, et non de la responsabilité pénale. En cette période d’anéantissement de la démocratie parlementaire, il incombera au peuple (s’il en est capable) d’en tirer les conclusions le moment venu.

En revanche, par delà les vicissitudes et les errements d’une gouvernance de crise, il est des comportements qui sont par définition impardonnables, inacceptables dans toute tragédie collective et qui eux, ne relèvent pas de l’erreur ni de la responsabilité politique, mais de la faute morale. Voici des bornes qui ne devraient jamais être franchies:

  • Rejeter les torts de l’imprévision et de carences sur les autres, sur les prédécesseurs ou les conseilleurs, réels ou supposés, c’est-à-dire se défausser de ses propres responsabilités;
  • Se moquer du monde, des millions de personnes plongés dans le malheur, en se livrant, dans pareilles circonstances, à toute forme de communication narcissique ;
  • La mauvaise foi, l’entêtement, l’incapacité à accepter la critique et à reconnaître ses torts même les plus évidents;
  • Profiter du chaos et du désarroi pour imposer des mesures non strictement nécessaires et touchant aux libertés, à la démocratie ou aux droits sociaux de la nation;
  • Etre affleuré par l’idée même de mettre à profit la tragédie d’une nation dans un objectif personnel de conquête ou de conservation du pouvoir.

Maxime TANDONNET

 

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Vers un séisme politique mais lequel?

Les sondages se suivent et se ressemblent, soulignant une « forte hausse » de la popularité présidentielle, à l’image du JDD de ce week end: + 11% pour atteindre 43% de satisfaction. 

Dans une situation de chaos total et de profonde angoisse collective, le réflexe légitimiste, de resserrement des liens autour du « chef » est naturel. Il avait aussi joué pour M. Hollande, gagnant 20 points après les attentats de Charlie Hebdo et du magasin casher de la porte de Vincennes. Ces sondages en temps d’ébranlement général, ont un caractère douteux. Ils donnent l’image de responsables politiques qui pensent à leur cote de popularité et à leur réélection tandis que le pays souffre et s’inquiète. De fait, ils n’ont pas grand  sens. D’ailleurs, +11%, dans un tel contexte, une cote qui n’atteint même pas les 50%, ne devrait pas susciter tant de jubilation des experts.

Aujourd’hui, les observateurs de la vie publique s’interrogent sur les retards, les erreurs, les hésitations qui ont pu aggraver l’impact de la pandémie de covid 19 en France. Mais lors des élections nationales, dans deux ans, l’électorat ne refera pas la chronologie détaillée des faits. Les Français auront tout perdu dans cet abominable cauchemar. Beaucoup auront perdu des proches, ils auront perdu leur travail, c’est-à-dire l’objet de leur dignité et de leur fierté. Ils se seront gravement appauvris. Ils auront perdu leur liberté. Les philosophes nous disent qu’on peut être « libre » en étant confiné. Mais la  liberté, c’est aussi pourvoir sortir de chez soi sans être contrôlé et verbalisé, se déplacer, voyager, marcher seul dans la forêt ou sur la plage. Peut-être ne pouvait-on pas faire autrement. Mais c’est un fait que les Français dans cette épreuve, ont perdu leur liberté.

Dès lors, en 2022, les Français n’auront qu’une idée, qu’une obsession en tête: donner un grand coup de balai, chasser tous ceux qui incarneront à leurs yeux cette sinistre période. Ils ne s’interrogeront pas, deux ans après, sur la question de savoir si telle ou telle mesure a été prise à temps. Ils voudront simplement en finir avec les symboles vivants d’une épouvantable tragédie. Dans une ultime contorsion pour tenter de sauver le système, les médias remettent en ce moment en selle le spectre lepéniste en survalorisant ce repoussoir qui sévit depuis 40 ans comme outil du statu quo. Mais cette fois, le séisme, la violence du rejet sont assez puissants pour l’emporter avec le reste.

Qu’est-ce qui vient après?  La France est devant un vertigineux abîme politique. les élections de 2017 furent placées sous le sceau du renouvellement. C’est le fruit de ce renouvellement que les Français se préparent à balayer. Que peut être le renouvellement du renouvellement? « Je n’exclus pas que l’on soit parti vers deux-cents ans d’effondrement du niveau de vie et de retour à la barbarie […] Nous nous dirigeons peut-être vers une anarchie croissante du système politique si la masse centrale atomisée ne se décide pas à faire quelque chose » déclare Emmanuel Todd (le Figaro  Magazine, 13 mars). Que peut-être ce quelque-chose? Le renouvellement de 2017 fut une vaste duperie, un recyclage des pires et vertigineuse plongée dans la médiocrité. Celui de 2022 doit permettre non seulement de changer les têtes, mais aussi, en profondeur, l’état d’esprit de la politique française: en finir avec l’ordre narcissique et méprisant pour réhabiliter le respect du peuple et le service de la France. Serons-nous, collectivement, capables de donner corps à cet objectif?

Maxime TANDONNET

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Le mal de la politique française

“Dans quelle mesure trouvez-vous que le gouvernement français gère bien, ou mal, l’épidémie de coronavirus?”, 59% des personnes interrogées entre le 26 et 27 mars répondent par la négative, contre 36% qui pensent l’inverse. Ce score traduit un bond spectaculaire de 18 points d’opinions négatives par rapport à la vague réalisée les 19 et 20 mars derniers (sondage institut Yougov)

Grosso modo, les deux tiers des Français ne font pas confiance à leurs autorités politiques pour faire face à la crise du coronavirus. Dans une période aussi tragique – 2000 morts annoncés – cette crise de confiance, en plein cataclysme,  est quelque chose d’inédit et de monstrueux.

Elle est le produit de la faute originelle de la politique française, sa faute éternelle, la source de son mal profond et de sa déchéance. Les dirigeants politiques n’ont de cesse que de prendre les gens pour des c… pardon, pour des imbéciles. Ce n’est pas que le peuple ait par définition toujours raison. La vox dei n’est qu’un mythe parmi d’autre. Le peuple se trompe parfois, notamment quand il vote. Simplement, en tant qu’être collectif, il n’est pas aussi stupide que ne le croient intimement, profondément, même inconsciemment, les milieux du pouvoir.

L’image assumée du « thaumaturge », le président comme un roi de France qui guérit par sa seule présence, en témoigne. Les milieux dirigeants sont animés par la certitude qu’on peut indéfiniment mener le peuple par des « songes » comme disait l’autre (Chateaubriand), l’apprivoiser, le diriger par des histoires, des légendes, des contes ou des mensonges. Ils croient que les mots « union sacré, guerre, guerre, guerre, (même quand la tragédie est, par sa nature, tout autre chose qu’une guerre), l’invocation des tranchées et de Clemenceau suffisent à emporter la conviction. Autrefois, on parlait de propagande, sans que ce mot n’ait le caractère péjoratif qu’il a pris. Aujourd’hui, on dit communication: le sens est le même. La propagande ou la communication ont leurs limites.

En cette période si difficile, les Français attendent de leurs dirigeants autre chose que du cinéma et de la frime ou toute autre manifestation de vanité. Ils attendent un discours simple, concret et authentique, les yeux dans les yeux : où sont les masques et les tests de dépistages, les places en réanimation? Pourquoi rien n’a-t-il été anticipé depuis janvier? Pourquoi ce sinistre fiasco de la puissance publique? Et que fait-on pour y remédier? Pourquoi s’est-on si lourdement, si longuement et si gravement trompé sur l’ampleur de la maladie? Pourquoi ses plus hauts dirigeants les ont-ils invités, encore jusqu’au 11 mars, à continuer à vivre sans changer leurs habitudes, avant de basculer cinq jours plus tard dans un autre monde?

Les Français n’attendent pas des miracles de leurs dirigeants, mais un minimum, un minimum de vérité, de sincérité – voire même de  mea culpa. La question de « l’unité nationale » n’a strictement rien à voir. Ceux qui ont fauté ou se sont trompé, ont été négligents ou défaillants, doivent assumer leurs erreurs en temps réel pour éviter qu’elles ne se reproduisent indéfiniment et ouvrir d’autres pistes.

Le professeur Juvin, un grand scientifique, méritant notre confiance en tant que médecin, accuse les « conseillers » de trahison (sic) et dédouane les grands « politiques ». Le professeur Juvin, qui encore une fois, comme médecin et scientifique, mérite notre infini respect, commet-là une erreur fatale: de fait, les politiques choisissent eux-mêmes leurs conseillers et sont donc responsables de ce choix. Si par malheur, ils laissent les conseillers décider à leur place, ils sont aussi entièrement responsables et fautifs de leur propre démission. S’ils gardent auprès d’eux des conseillers incompétents ou malhonnêtes, ils sont aussi responsables de leur maintien. Enfin, la vérité, c’est que les grands maîtres actuels de la politiques n’écoutent pas vraiment leurs conseillers ou si rarement. Convaincus, à tort, de la supériorité de leur instinct, ils n’écoutent bien souvent qu’eux mêmes. Ensuite, il est facile de chercher des boucs émissaires et de dédouaner les véritables responsables en accusant les conseillers de trahison.

Maxime TANDONNET

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Elargissement de l’UE et covid 19, la grande déconnexion (Pour Figaro Vox)

Voici mon dernier article pour le Figaro Vox.

« Je suis très heureux que les États membres de l’Union européenne soient parvenus aujourd’hui à un accord politique sur l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord […] Je félicite de tout cœur ces deux pays. Cela envoie également un message fort et clair aux Balkans occidentaux : votre avenir est dans l’UE ». Cette communication de M. Oliver Varhelyi, commissaire européen à l’Élargissement, diffusée sur Twitter à l’issue d’une réunion avec les ministres des États membres de l’Union européenne revêt une tonalité étrangement décalée, presque surréaliste.

L’Europe est frappée de plein fouet par la pandémie de covid 19. Elle est la région du monde aujourd’hui la plus touchée. Les morts se comptent par milliers en Italie, en Espagne et en France, et l’épidémie progresse partout, y compris en Allemagne. Les frontières extérieures comme les frontières intérieures de l’Europe sont fermées, bouclées, verrouillées. Les populations sont confinées, astreintes à des mesures draconiennes, sans précédent dans l’histoire récente. Les économies européennes sont en cours d’écroulement, tandis que de gigantesques vagues de faillites, de licenciements, de chômage se profilent à l’horizon.  La certitude de déficits publics abyssaux, le retour inévitable de la planche à billets et de l’inflation menacent de plein fouet la survie de de l’euro. Les dirigeants politiques parlent d’une véritable « guerre ». Les experts et les scientifiques se déchirent, alors que nulle part n’apparaît le bout du tunnel.

Depuis le début de cette crise, l’Union européenne s’est montrée étrangement absente, voire inexistante. Pire que tout, l’un des enseignements les plus dramatiques de cette tragédie est la disparition de toute solidarité entre les Etats-membres. Le phénomène avait déjà joué en 2015 lors de la crise des migrants où chacun avait joué sa carte individuelle. Aujourd’hui, face à la pandémie, cette carence fut encore plus flagrante. Dans la détresse, l’Italie a davantage compté sur l’aide de la Chine et la Russie que de ses partenaires européens. Il est inutile de se voiler la face : l’une des leçons essentielles de la pandémie du covid 19 est l’agonie, non pas des institutions de Bruxelles, qui survivront tant bien que mal à cette débâcle, pire, mais celle de l’idéal européen, celui de Jean Monnet, le rêve d’une « union toujours plus étroite entre les peuples », c’est-à-dire l’âme du projet européen.

Que M. le commissaire à l’Elargissement puisse, dans un contexte aussi apocalyptique, se déclarer « très heureux », laisse songeur… Son bonheur proclamé résonne comme étrangement déconnecté de la réalité de peuples européens soudain plongés dans l’angoisse et la mort.  Il cristallise, à travers ces quelques mots, le mépris des peuples si souvent reproché à la construction bruxelloise.  Ces paroles expriment une forme de provocation des élites dirigeantes contre les hommes et les femmes de ce continent : rien n’arrête la marche du progrès – l’élargissement – et surtout pas vos larmes ni votre sang. Elles donnent l’image d’une fuite dans le déni. Tout un monde s’écroule, après le Brexit, la « dissidence » des pays d’Europe centrale et orientale, désormais le drame de l’épidémie de coronavirus qui enterre l’illusion d’une solidarité européenne. Dès lors, l’annonce de l’ouverture des négociations avec l’Albanie et la macédoine du Nord résonne comme l’orchestre du Titanic.

La crise sanitaire, financière et économique de 2020 n’en est probablement qu’à ses débuts. Comme la Grande Dépression de 1929 a produit les années 1930 et 1940, celle qui vient en ce moment aura, quoi qu’il arrive, des répercussions titanesques sur les équilibres politiques, diplomatiques, stratégiques, idéologiques de la planète. Nul n’a la moindre idée de ce qu’ils seront, mais ces bouleversements sont inévitables. Les dirigeants politiques européens, à l’image de M. Varhelvi, feraient mieux d’ouvrir les yeux et de se préparer au changement d’un monde plutôt que de s’enferrer dans des obsessions qui sont déjà d’une autre époque.

 

 

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la question de la responsabilité

Le Monde 25 mars 2020: Coronavirus : le sommet de l’Etat redoute de devoir « rendre des comptes ». Accusant l’exécutif d’« impréparation » ou de « manque de réaction » face à la crise, responsables de l’opposition et membres du monde de la santé annoncent le lancement d’enquêtes parlementaires ou de procédures pénales.

« C’est un sujet tabou, qui représente pourtant une source d’inquiétude majeure au sommet de l’Etat : la peur d’éventuelles poursuites judiciaires contre des membres du gouvernement suite à la gestion de la crise du coronavirus […] Le locataire de Matignon a notamment regretté, selon un participant à la réunion, que les oppositions, Les Républicains (LR) en tête, aient annoncé leur volonté de lancer plusieurs commissions d’enquêtes parlementaires. En parallèle, des médecins et des malades menacent le gouvernement d’éventuelles poursuites pénales. Une véritable épée de Damoclès pour le pouvoir […] »

La responsabilité est pourtant la contrepartie naturelle du pouvoir politique. Nos dirigeants en ont perdu l’habitude et donnent le sentiment de ne plus la supporter. Il est normal, il est démocratique, il est inévitable que tous  les responsables impliqués dans la crise du covid 19 aient à rendre des comptes à la société, sous une forme ou sous une autre. Art. 15. de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789: « La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration. »

Les responsabilités sont de deux ordres. Sur le court terme, elles concernent les acteurs directs de la gestion de crise, les fautes ou les indécisions qui ont pu, le cas échéant, produire ou favoriser la tragédie. Sur le long terme, elle touche toute la chaîne de décisions depuis des années – et pas seulement l’équipe actuelle: par exemple affaiblissement des capacités hospitalières, disparition des masques de protection, incapacité à fournir les tests. Face à un drame d’une gravité inouïe, il est parfaitement naturel que les Français, à travers leurs représentants, exigent d’ores et déjà que toute la lumière soit faite et que des sanctions éventuelles en résultent, politiques autant que pénales, à la hauteur des fautes commises et de leurs conséquences, si elles sont avérées. L’exercice de la responsabilité n’attend pas: en démocratie, il est inséparable de l’action.

Les sondages paraissent plus contradictoires que jamais. Les uns évoquent une soudaine hausse de la  popularité présidentielle et du Premier ministre: +14% et +13%. Les autres soulignent l’effondrement de la confiance dans l’action du gouvernement. La contradiction n’est pourtant qu’apparente. L’émotion populaire favorise mécaniquement un réflexe légitimiste autour de la figure du chef. Ce +14% paraît d’ailleurs étrangement modéré au regard de la tragédie en cours. Cependant, la raison collective joue en sens exactement inverse, au regard du chaos que les Français ont le sentiment d’avoir sous les yeux. La question de la responsabilité n’est pas un sujet secondaire ni accessoire. Elle est essentielle.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Six semaines et des questions

Le « conseil scientifique » propose une durée minimale de six semaines de confinement pour faire face à la tragédie de covid 19 et freiner l’explosion du nombre des victimes. Aucune décision n’a encore été prise par la puissance publique.  Il est hors de question de soulever la moindre critique sur le bien-fondé de cette proposition, de cet avis, qui repose sur des données dont seuls les scientifiques disposent. Mais des questions quand même, nombreuses questions qu’un citoyen lambda est en droit – en devoir – de se poser.

Cet avis prend-il en compte toutes les conséquences concrètes d’un confinement de six semaines au regard de ses avantages? D’une part, certes, il va sauver des vies, peut-être de nombreuses vies. D’autre part, il va en exposer d’autres. Imagine-t-on ce qu’est le confinement d’un mois et demi, quasi intégral, d’une famille nombreuse vivant en appartement dans un réduit de trois pièces, 70 m2 avec de jeunes enfants : le risque de dépression, de suicide, d’alcoolisme, de boulimie, de chute dans la démence, d’addiction aux jeux vidéo, de violences familiales, d’enfants traumatisés à vie, de solitude absolue (personnes âgées). L’avis du conseil scientifique sur les six semaines minimum de confinement, procède-t-il d’un rapprochement entre les vies sauvées et les vies perdues?  Ce ne sont que des questions de citoyen lambda.

Ce même avis prend-il en compte l’impact économique et social de six semaines minimum de confinement: l’arrêt quasi total de l’économie d’une grande nation industrielle, l’effondrement de sa production, le risques évident de pénuries, la vertigineuse explosion du chômage et des faillites de petites et moyennes entreprises, les artisans, commerçants, salariés ruinés par millions et par millions, les vagues de suicide et de dépression, de désespoir qui en résulteront? Cela est-il pris en compte dans l’avis du conseil scientifique?

Cet avis prend-il en compte aussi la portée morale, politique et philosophique d’un confinement d’un mois et demi, le basculement soudain des démocraties, que nous pensions protégées par l’Etat de droit, sous l’effet de circonstances exceptionnelles, dans un système de contrainte autoritaire qui suspend pendant six semaines, un mois et demi, minimum, l’une des libertés les plus fondamentales, emblématique de toute liberté, celle d’aller et venir? Prend-il en compte la portée morale et éthique d’une telle situation, le retour du plus sombre de la nature humaine, tel le goût de la jalousie, de la délation, de la dénonciation et la surenchère obséquieuse du zèle répressif qui se révèle sur le terrain de la vie quotidienne?

Autre question, le conseil scientifique a-t-il, avant d’émettre cet avis, exploré toutes les autres solutions possibles, et quel qu’en soit le coût: distribution de masques de protection à toute la population, tests de dépistage systématiques et obligatoires, confinement total limité aux personnes les plus à risque, plan d’urgence de développement des capacités hospitalière de réanimation – pour atteindre un niveau de développement sanitaire équivalent à celui de l’Allemagne où le nombre de morts est infiniment moindre,  expérimentation à grande échelle des propositions du professeur Didier Raoult (dans les conditions qu’il a prescrites), meilleure prise en compte des situations individuelles et familiales dans les conditions de confinement en valorisant la confiance – dans les Français – plutôt que la sanction?

Ce ne sont que des questions. Peut-être de questions idiotes. A force de poser des questions, et même des questions idiotes, on suscite la haine et la méchanceté. Exemple de message reçu hier sur un réseau social de la part d’un inconnu: « Monsieur Tandonnet. Vous n’êtes pas un homme heureux. Vous passez votre temps à diffuser de mauvaises ondes. Je vous conseille l’amour, l’amitié, le grand air et du bon vin. Vous verrez : cela ira mieux pour vous. Par les temps qui courent, votre venin est particulièrement toxique. De grâce, gardez-le pour vous ! »  

Merci à vous pour vos conseils, cher Monsieur.

Maxime TANDONNET

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Professeur Didier Raoult, le profil du héros?

Dépourvu de toute connaissance scientifique – hélas – il est hors de question pour moi de prétendre porter le moindre jugement sur la question de l’efficacité de la chloroquine face au covid 19.

L’objectif de ces quelques lignes n’est pas de me prononcer sur un sujet médical qui m’échappe mais d’observer, de constater un phénomène de nature psycho-sociologique: le soudain succès du professeur Didier Raoult dans l’opinion, et d’essayer de le comprendre.

Dans les période de chaos et de tragédie, où tout un peuple est en perdition, la quête d’un héros est le réflexe le plus naturel qui soit. Le sentiment dominant dans le pays est celui d’un gigantesque fiasco historique de la puissance publique: scandales de la disparition des masques et l’impossibilité d’offrir à tout malade un dépistage,  de la défaillance des capacités de soin, des vertigineux et dramatiques revirements de la communication politique (entre le 11 et le 16 mars). A la crise de confiance s’ajoute le traumatisme d’une nation tenaillée entre la menace mortelle du virus et la conscience de l’effondrement économique en cours.

Dans ce contexte anxiogène et chaotique intervient un phénomène de société, autour de la personnalité du professeur Raoult, dont le succès est révélateur de l’état de l’opinion. Les sources d’une image, d’une reconnaissance dans l’opinion:

  • l’expérience avérée d’un homme de 68 ans/ contre l’élitisme arrogant et immature qui étouffe le pays;
  • le visage (le look) du non conformiste et du grand original contre une technostructure clonée et interchangeable;
  • la parole du scientifique et la compétence plutôt que la communication politique ;
  • le rebelle et la force de caractère qui n’a pas peur d’enfreindre les consignes et d’invoquer sa liberté de prescription ;
  • l’homme de conviction sûr de ses idées qui ne recule pas devant le matraquage du dénigrement;
  • le solitaire contre la meute bien-pensante à ses trousses;
  • le sage qui ne cherche pas à provoquer la peur ni la panique, mais au contraire à apaiser l’opinion en exposant les faits avec sang-froid ;
  • le désintéressé qui n’attend rien de personne et surtout pas une élection;
  • le généreux qui met à disposition son institution à Marseille pour offrir un test et des soins – à l’encontre de la mesquinerie et l’injustice ambiante;
  • le discours d’espérance plutôt que d’expiation et de pénitence collective;
  • l’audacieux, le visionnaire qui prend la responsabilité de proposer un remède nouveau (chloroquine) – de tenter enfin quelque chose –  contre les conservatismes obtus.

Il représente ainsi le parfait contraire de tout ce qu’incarne la classe dirigeante actuelle… Gardons nous des charognards qui tenteront de le récupérer à des fins idéologiques ou partisanes. En attendant, les ralliements les plus sérieux se multiplient (pr Juvin, dr Pelloux, aux USA, en Chine…) Dans le paysage tellement misérable de notre pauvre pays, qu’on le veuille ou non, son anticonformisme, sur le forme comme sur le fond, est déjà en soi une lueur d’espérance. Puissent les faits lui donner raison…

Maxime Tandonnet

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La force de l’histoire

Voilà ce que j’écrivais, le 1er mars 2014, six ans déjà, dans un billet intitulé, Les chemins de l’apocalypse… A l’époque, pour ces écrits, des amis me traitaient de pessimiste, de misanthrope et de Cassandre…

« Un jour, même lointain, des événements titanesques vont se produire et nous exploser à la figure;  n’étant pas devin, pas plus que nos anciens de 1914 qui n’ont rien vu venir, nous ne savons pas ni d’où, ni quand, mais ils se produiront un jour, même lointain, cela ne fait guère de doute. Les aboyeurs, les démagogues, les pantins de la télévision, des cabinets et des états-majors politiciens partiront alors se planquer. Et voulez-vous parier, ce sont toujours les mêmes qui vont trinquer, d’une manière ou d’une autre, la chair à canon, les jeunes, la majorité silencieuse qui n’avait rien demandé à personne, sinon vivre et travailler en paix, comme y a cent ans. Et tout cela paraîtra du plus grand normal… »

Ces écrits n’avaient bien entendu aucune prétention prophétique, ni même d’une forme de lucidité. Ils n’étaient que l’expression d’une évidence, presque une lapalissade : chaque époque s’enivre dans l’idée que sa paix et sa prospérité, nourries de sa sagesse et de ses technologies, sont définitives. Mais l’histoire de l’humanité est faite, par nature, d’un enchaînement perpétuel d’accalmies et de désastres. Ceux-là changent d’apparence, prennent la forme de leur époque – drame de la mondialisation post nationale et post frontières aujourd’hui. Mais ils tombent nécessairement, et toujours au pire moment, où et quand l’humanité plongée dans l’aveuglement se croyait définitivement à l’abri du chaos.

La force de l’histoire, le fleuve des événements, ce grand fauve, toujours, imprévisible, incontrôlable, échappant à toute logique et toute maîtrise par les hommes.

« C’est ici le plus grand mystère peut-être de l’événement, mon ami, c’est ici proprement le mystère et le mécanisme même de l’événement, historique, le secret de ma force, mon ami, le secret de la force du temps, le secret temporel mystérieux, le secret historique mystérieux, le mécanisme même temporel, historique, la mécanique démontée, le secret de la force de l’histoire, le secret de ma force et de ma domination… » Péguy (Clio, dialogue de la vertu et de l’âme païenne).

Maxime TANDONNET

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Le consensus et les doutes

Attention SVP! Mon étrange propos ne ce matin n’est bien entendu, en aucun cas, destiné à porter la moindre esquisse de regard critique ou décalé face aux  mesures de protection imposées par les circonstances d’une effroyable tragédie. Il consiste à essayer – essayer – de réfléchir, dans la solitude d’un dimanche de confinement, à ce qu’elles signifient pour la vie sociale et au regard de l’histoire. 

Les démocraties ont mis au moins deux siècles à bâtir un Etat de droit protecteur des libertés. L’une des plus fondamentales, principe à valeur constitutionnel ultra-protégé, est la liberté d’aller et venir, protégée par les conventions internationales, la Constitution, de multiples jurisprudences. Le confinement à domicile de tout un peuple, qui n’est autre qu’une assignation à résidence collective, mesure habituellement à caractère pénal pour éviter l’incarcération, est un acte d’une portée titanesque.

Aucun exemple dans l’histoire d’une telle opération ne vient spontanément à l’esprit, même sous la Terreur de 1793-1794, sous la Grande Guerre ou l’Occupation. Sous l’effet d’une peur effroyable, cette construction de deux siècles, (voire beaucoup plus dès lors que dans la société traditionnelle, il n’était même pas envisageable d’enfermer ainsi tout un peuple), vient en quelques heures de voler en éclat. L’interdiction pour l’exemple d’accès aux plages, aux forêts, aux montagnes, applicable à l’homme seul, la suspension du droit à la solitude, donc à la pensée solitaire, est une décision à laquelle sans doute aucun régime politique, dans toute l’histoire de l’humanité, n’avait jamais songé. Provisoire? peut-être, mais un précédent est accompli, une étape franchie. Mieux, ce phénomène est venu d’horizons qui ont toujours été perçus comme les sources de la liberté.

Le peuple tout d’abord, incarnation, dans des sociétés à tradition révolutionnaire, de l’amour de la liberté, est le premier, sous l’effet de l’angoisse, à réclamer, à demander, à exiger cette suspension de la liberté au profit de sa sécurité. 95% des Français se réjouissent du confinement. Le mot interdiction prend dans l’opinion, une connotation  salutaire, salvatrice. C’est le peuple en personne qui a soif d’autorité et d’ordre. On est passé, en un rien de temps, d’un extrême à l’autre, du soixante-huitard « interdit d’interdire » à l’interdit de ne pas interdire… Thomas Hobbes, prophète du monde moderne.

La société internationale ensuite. En principe, dans notre conception occidentale contemporaine, la liberté jaillit tout autant de l’extérieur, de l’ouverture au monde, de l’universalité: Convention universelle des droits de l’homme de 1948, convention européenne des droits de l’homme. L’universel, le post national est ressenti comme une garantie du libre-arbitre individuel. Or, la règle du confinement n’est pas seulement nationale: elle est venue de l’extérieur, s’applique à un milliard d’hommes, inspirée par les modèles européens ou étrangers (Italie, Espagne, Chine, etc.) D’ailleurs, cette suspension d’une liberté fondamentale en France procède d’un gouvernement rangé sous la bannière du progressisme et non d’une équipe suspecte de populisme ou d’Etatisme autoritaire.

La grande question est que cette suspension, non pas des libertés, mais de la liberté tout court, à laquelle s’ajoute l’impact d’un épouvantable désastre économique à venir, ne peut valoir que dans un contexte de confiance absolue dans la puissance publique. Cette confiance doit se traduire en obéissance totale, sans la moindre arrière-pensée. Sinon, en cas de doute, de faille dans le pacte de soumission, d’arrière-pensée négative, tout le dispositif s’effondre comme un château de carte. En effet, une telle suspension de la liberté, de la vie collective d’une nation, aussi grave, aussi totale, ne se justifie que s’il est absolument certain qu’il n’existe pas d’autre possibilité, d’autre solution, et que rien ne peut être autrement.

Nous sommes dès lors face à deux hypothèses:

  • Soit il est démontré que ces mesures exceptionnelles reposent uniquement sur le caractère exceptionnel d’un virus d’une toxicité hors du commun et sans aucun précédent dans l’histoire contemporaine, une nouvelle peste noire qui déferle sur le monde. Dès lors, la puissance publique peut être considérée comme ayant été irréprochable: toutes les bonnes décisions ont été prises en fonction des informations scientifiques disponibles. Tel est le discours officiel et quotidien. Si tout cela est bel et bien, les voies d’un retour progressif à la normale peuvent s’entrevoir à l’horizon de quelques mois… Ou années.
  • Soit le doute s’instille: la tragédie ne viendrait pas – pour l’essentiel – du caractère exceptionnellement nocif du virus mais de l’impéritie de la puissance publique sur le long terme.  Nous serions dès lors face à un séisme politique et social d’une ampleur gigantesque, amplifié par la vague de chômage et de détresse sociale qui vient: cela signifierait que la puissance publique est elle-même la cause profonde de la suspension de la liberté – et de la tragédie qui l’accompagne. La boucle serait bouclée. Or le doute s’instille bel et bien et se propage insidieusement, sous le couvercle du consensus: affaiblissement des capacités hospitalières sur plusieurs décennies, pénurie de masques, de lits et d’équipement, de médicaments, plainte de 600 médecins, images dévastatrices, en circulation,  invitant les Français, le 11 mars, moins d’une semaine avant la suspension de la liberté, à continuer de vivre comme si de rien n’était, premier tour des municipales, etc. Que savait-on vraiment et depuis quand? A cela s’ajoutent les propos dissidents, sidérants, dérangeants, d’un scientifique de haut niveau, le professeur Didier Raoult qu’il est difficile, compte tenu de son parcours, de disqualifier d’une revers de main comme charlatanisme, et qui battent en brèche toutes les certitudes sur lesquelles reposent le discours et la politique officiels. Derrière le consensus apparent, nous avons devant nous, réunis, les germes d’une vertigineuse crise politique et sociale dont nul ne peut aujourd’hui prévoir les conséquences et l’issue.

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Maxime TANDONNET

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Le virus et la nature humaine

Dans cette crise du coronavirus, nous voyons ressortir l’éternelle nature humaine, immuable malgré le progrès technologique et les bouleversements de la société. Finalement, tout le monde s’habitue à tout et dans un contexte tragique, l’instinct de révolte s’atténue. La barbarie n’est pas absente de ces événements. Depuis deux mois, les experts déversent, dans la plus grande banalité, un flot de commentaires supposés « rassurant » en affirmant que le covid-19 « ne tue que les personnes déjà malades ou âgées ». Et l’on s’alarme, y compris dans les journaux dits de « gauche » quand un jeune bien portant est frappé par le mal. Qu’est-ce qu’une société qui se rassure du sacrifice des siens en état de faiblesse pour sauver les autres, les jeunes et bien-portants, sinon une société ou la barbarie triomphe? Tout ceci est répugnant. Sous d’autres formes, le racisme est bien présent comme dans les grandes épidémies du passé. Des provinciaux s’indignent de l’arrivée de Parisiens qui risquent de les contaminer (malgré le confinement), et soi-disant, vident leurs magasins. Eh quoi, serait-il interdit d’avoir une maison hors de Paris? et pour des étudiants ou des familles avec des enfants, de chercher une protection familiale, un secours de l’autre côté du périphérique? La France n’est-elle pas une et indivisible? Où est passée la solidarité nationale? Au moins, en juin 1940, pour des événements sans aucune commune mesure – 10 millions de réfugiés sur les routes – les portes se sont ouvertes. Pour infiniment moins, elles se ferment aujourd’hui. La panique et l’incohérence: le temps n’est pas à la polémique mais à l’unité, paraît-il. Pour autant, il n’est pas à l’aveuglement ni à l’asservissement. La responsabilité essentielle du désastre incombe aux décideurs nationaux : déni radical de la réalité pendant deux mois et demi  (de janvier à mi-mars) exposant dangereusement des millions de Français à la contamination, puis, le 14 mars, brutal mouvement de panique c’est la guerre – restez chez vous provoquant l’effondrement de l’économie française avant une nouvelle embardée: retournez au travail.  Ils voudront évidemment se défausser sur d’autres. Ils n’échapperont pas à leurs responsabilités, au moins au regard de l’histoire. La quête du bouc émissaire: là aussi réflexe traditionnel, accuser la terre entière de ses propres turpitudes. Depuis quelques jours, un tombereau d’insultes s’abat sur les Français: inconscients, inciviques, indisciplinés,  imbéciles (sic). C’est toujours la même chose: on généralise à l’ensemble du pays des comportements ultra-minoritaires. Témoignage personnel: l’immense majorité des gens, soit 96%, sont d’une infinie prudence. Ce n’est pas à eux de payer pour les hésitations et l’indécision au sommet. Et comme toujours, dans les grandes débâcles, l’héroïsme d’une poignée d’hommes et de femmes qui à eux seuls, par leur comportement, parviennent à sauver l’honneur: médecins, sapeurs-pompiers, policiers, personnel médical, tous ces anonymes, privés de masque par l’incurie d’une classe dirigeante, mais pourtant fidèles à leur devoir.

Maxime TANDONNET

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Quel impact politique?

Que faut-il attendre, du point de vue des événements en cours, sur le plan politique?

Deux effets concurrents peuvent jouer.

Le plus immédiat est celui du phénomène d’union autour du « chef national », classique des grandes tragédies collectives.  Sans remonter à la débâcle de 1940 et ses suites, un tel réflexe a fortement joué dans les jours qui ont suivi les attentats islamistes de janvier et du 13 novembre 2015. A chaque fois, la cote de popularité de François Hollande a gagné 10 à 20 points. Dans le cas d’un drame tout aussi terrifiant et plus étalé dans le temps, cette même réaction légitimiste, mécanique, nonobstant toute analyse des mérites ou des défaillances, a toutes les chances de s’exercer, même brièvement.

Ensuite, il est indéniable que la France va être, dans les mois qui viennent, foudroyée par un indescriptible désastre économique. Il n’est pas de précédent historique à l’arrêt brutal et quasi-intégral d’une économie nationale du XXIe siècle, fortement numérisée, connectée et ouverte. C’est un bouleversement titanesque qui se profile à l’horizon: gigantesque vague de chômage, retour de la « planche à billet » et de l’inflation, vertigineuse explosion des déficits et de la dette publique, spectre d’une sortie de l’euro, qui viendra probablement de l’Allemagne elle-même, succession de pénuries. Un chaos social gravissime, un effondrement du pays voire de l’Europe dans la violence pourraient en résulter.

Dès lors le réflexe politique inverse du premier, au bout de quelques mois, peut surgir des profondeurs de la nation: en finir avec ceux qui nous ont livré à cet enfer, c’est-à-dire un grand coup de balai électoral touchant l’équipe dirigeante au pouvoir. Ce basculement, de la servitude à la fureur, peut intervenir subitement, en quelques heures.

Et après? Toujours l’incertitude : pour mettre qui ou quoi à la place? Si la déraison et la colère populaire l’emportent, il faut craindre une fuite en avant dans la démagogie et l’incompétence qui auront pour effet d’amplifier toujours davantage le chaos. « Un bien ne succède pas nécessairement à un mal. Un mal encore pire peut lui succéder » (Montaigne). En revanche, si les conditions de l’offre politique s’y prêtent, si le sang-froid, le bon sens et la raison nationale l’emportent sur la tentation de la folie, la nation peut aussi faire appel à quelques loyaux serviteurs du pays qui mettront leur abnégation et leur compétence à sa disposition le temps nécessaire, sans prétendre accomplir des miracles, mais assurer sa survie et le replacer sur les rails de l’avenir. Puisqu’il ne faut jamais renoncer à l’espérance, parions résolument sur cette issue.

Maxime TANDONNET

 

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Les « sans dents » sont-ils coupables?

Le discours public, celui de la France dite d’en haut, des élites dirigeantes, médicales, médiatiques est désormais unanime: « les gens sont irresponsables ». A l’appui de ces propos, les journaux télévisés montraient dimanche des centaines de personnes avec leurs enfants rassemblées dans les parcs ou au bord de la Seine. « Toute société qui souffre a besoin de boucs émissaires à qui imputer son mal » écrit Raoul Girardet (Mythes et mythologie politiques, le Seuil, 1983) à l’image de ces grandes épidémies de jadis donnaient lieu à d’effroyables chasses aux sorcières. Le « sans dent », le petit peuple est aujourd’hui le coupable tout trouvé. De fait, la France assiste à l’une des pires faillites de ses élites dirigeantes depuis 1945. Jusqu’à la fin de la semaine dernière, le basculement intervenant entre jeudi et dimanche, le message officiel était profondément rassurant, lénifiant. Le corps médiatico-médical parlait d’une « grippe sans danger pour les personnes bien portantes ». Les plus hautes autorités du pays proclamaient un devoir de résistance en s’affichant elles-mêmes dans le foule et au spectacle. Les Français, confiant dans ce message, venu de leurs autorités médicales, politiques, médiatiques, ont continué jusqu’à la fin de la semaine dernière, jusqu’au 13 mars, à se rendre dans les grandes surfaces bondées pour faire leurs courses, sans aucune précaution, à s’entasser dans les transports en commun, dans les conditions répugnantes auxquelles ils sont habituées, non pour le plaisir, mais pour accomplir leur devoir en allant travailler. 45% sont allés dimanche voter surmontant leur inquiétude pour accomplir leur devoir de citoyen. Depuis dimanche, la France a basculé dans un autre monde: perspectives d’une effroyable hécatombe, d’un tsunami économique, le spectre de pénuries, et la suspension d’une liberté fondamentale, celle d’aller-et-venir sans doute pour la première fois dans l’histoire. « Nous sommes en guerre ». Or, nous savons aujourd’hui que, depuis le début de  février, les exemples chinois et italiens montraient l’extrême gravité de la situation. Il a fallu attendre le 15 mars, avec plus d’un mois de retard, pour que la France dite d’en haut, médicale, politique, médiatique, la France dite d’en haut toute confondue, celle qui détient les manettes du pouvoir et de l’influence, sorte enfin de sa torpeur. Accuser, fustiger faire payer le petit peuple, le peuple des sans dents, en le traitant d’idiot et d’irresponsable? Lui faire payer la faute des « grands »? Trop facile. Quand cette crise sera passée, il sera temps de faire la lumière sur la chaîne historique des responsabilités. Espérons qu’elle sera faite.

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Maxime TANDONNET

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Relire « l’étrange défaite » (Marc Bloch)

Aveuglement, indécision, déconnexion, atermoiements, improvisation, impréparation, lenteur, tergiversations,  grandiloquence, pagaille, incurie, gesticulation, indiscipline, panique, pénuries, désorganisation, incompétence,  du plus haut sommet à la base… Ne sombrons pas dans le ridicule d’un rapprochement général entre la crise du coronavirus et la IIe guerre mondiale. Pourtant, la manière dont la France réagit à une tragédie, même cent fois moins sanglante, donne lieu à de saisissantes ressemblances… Mêmes réflexes, mêmes caractéristiques! Relisons l’Etrange défaite de Marc Bloch, qui n’a pas vieillit d’une ride!  Relisons-le pour comprendre ce qui se passe  en ce moment.

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Marc Bloch est né en 1886. Ancien élève de l’école normale supérieure, il est agrégé d’histoire, fondateur, avec Lucien Febvre, des Annales d’histoire économique et sociale. Ancien combattant de 1914-1918, mobilisé volontaire en 1940, bien que père de six enfants, il a été le témoin direct de la débâcle. Grand résistant, il a été arrêté par la Gestapo et fusillé le 16 juin 1944. Son manuscrit a été sauvé de justesse par des proches à qui il l’avait confié.

L’étrange défaite de Marc Bloch pointe la responsabilité directe des élites dirigeantes et militaires dans  débâcle de juin 1940 : « Quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe fut l’incapacité du commandement ». Pour lui, le désastre fut avant tout celui de l’intelligence: les politiques comme les militaires français n’ont pas su penser, anticiper, concevoir, les changements du monde: « En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, de nature intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. » Le politique, le commandement et les stratèges de l’armée française en sont restés, sur le modèle de batailles front contre front, 1914-1918, alors que, dans un contexte profondément différent, l’ennemi misait sur les offensives éclairs, le mouvement. « Les Allemands ont fait une guerre d’aujourd’hui, sous le signe de la vitesse […] Nous n’avons pas su ou pas voulu comprendre le rythme, accordé aux vibrations accélérées, d’une ère nouvelle« . Selon Marc Bloch: « Ils croyaient à l’action et à l’imprévu. Nous avions donné notre foi à l’immobilité et au déjà fait. »

Pourtant, l’auteur ne limite pas les causes de la catastrophe aux carences de la pensée des dirigeants du pays et des stratèges de l’armée. Il met en cause le déclin intellectuel de la société française dont celui des élites est le reflet. « Les états-majors ont travaillé avec les instruments que le pays leur avait fournis […] Ils ont vécu dans une ambiance psychologique qu’ils n’avaient pas toute entière créée. » Marc Bloch  déplore l’état d’esprit général qui imprègne la France dans les années 1920 et 1930. A vrai dire, nul ne trouve grâce à ses yeux: la presse, les fonctionnaires, les chefs d’entreprise, les  industriels, les syndicats de salariés, les politiques de droite et de gauche – à équivalence -, le peuple lui-même,  sont à ses yeux, tous à leur niveau, responsables du désastre. Le pays – avant tout ses élites dirigeantes mais aussi sa population – a trop tardé à regarder la réalité en face, il s’est enfoncé dans le déni. Il s’est enseveli la tête dans le sable et quand il s’est réveillé, il était trop tard.

Le point le plus fascinant de cet ouvrage: au cœur du désastre se trouve le déclin intellectuel de la France et notamment l’affaiblissement de l’enseignement de l’histoire (déjà!). L’histoire donne la vision en perspective qui permet de disposer du recul nécessaire face aux événements en cours et par là même d’en lire mécanisme, de les interpréter et d’anticiper: « Le passé a beau ne pas commander le présent tout entier, sans lui, le présent demeure inintelligible. Pis encore peut-être: se privant délibérément, d’un champ de vision et de comparaison assez large, notre pédagogie historique ne réussit plus à donner, aux esprits qu’elle prétend former, le sens du différent ni celui du changement. » Bien au-delà de la seule étrange défaite de 1940, ce petit ouvrage est une sublime source de réflexion générale sur notre époque contemporaine. Il décrit un pays, en particulier ses élites dirigeantes, dépassé par les événements et l’évolution du monde qu’il n’a pas vu venir… Il est stupéfiant d’actualité.

Maxime TANDONNET

 

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Le vote sanction

Il est de bon ton aujourd’hui de relativiser, voire de nier les résultats des municipales du 15 mars 2020, en vertu d’une faible participation de 44%. Etrange deux poids de mesures: le taux de participation n’était guère plus élevé lors des législatives de 2017 ou des Européennes de 2019. Et nul n’a eu l’idée de nier la portée et la légitimité de ces résultats.

Certes, il convient de respecter scrupuleusement le choix de 56% de Français de ne pas se rendre aux urnes, dont beaucoup se sont abstenus par prudence envers le coronavirus. Il n’est pas absurde non plus de respecter, tout autant, celui des 44% de Français qui ont pris le (supposé) risque d’aller voter. D’ailleurs, des précautions intenses avaient été prises dans les bureaux de vote où le risque était infime ou inexistant. Il était en tout cas infiniment plus faible que celui que prennent les médecins, les membres du personnel médical, les policiers et les pompiers pour sauver les vies des autres, et tous les citadins obligés de prendre les transports en commun pour garder leur emploi. Il était sans doute moins élevé que celui que prend chacun de nous chaque jour en se rendant au marché ou dans un magasin pour faire ses courses.

Bref, il faut aussi respecter le choix d’aller voter des 44% de Français qui voulu faire leur devoir de citoyen nonobstant la peur du virus.Le scrutin municipal a bien eu lieu un 15 mars 2020.

Mais alors, quel constat tirer de cette élection chaotique et sans lendemain puisque le deuxième tour a de bonnes chances d’être annulé ou reporté? D’ailleurs, chacun aura noté la disparition des estimations globales en pourcentage, par courant politique, pourtant classiques après chaque élection municipale. Qu’il y aurait-il à cacher?

S’il est un enseignement évident, à tirer de ce scrutin, un enseignement non dit, largement occulté, c’est la débâcle vertigineuse du parti présidentiel, LaREM. Son échec à s’implanter localement dans la cour des grands est flagrant, presque caricatural. Partout, quand ce parti s’est présenté sous son identité, le score qu’il réalise est désastreux, par exemple éliminé à Limoges, en 3e position à Lille, Besançon, Rennes, Rouen, en 4e position à Perpignan, en 3e position à Paris, avec 17,6%, à Bordeaux où Thomas Cazenave est distancé (favori à l’origine) en 3e position avec 12,9%, à Lyon où le candidat de Gérard Collomb, Yann Cucherat, est également en 3e position avec 14,9%…

Un vote sanction franc et massif a bien eu lieu, visant les dirigeants actuels. Le fiasco, passé pudiquement sous silence, est vertigineux. Pour autant, nul ne triomphe vraiment. En dehors de rares places fortes qu’il détient, aucune poussée nationale RN n’est à noter. Il serait tout autant excessif de parler d’une « vague bleue » (Paris), même si LR, annoncé moribond après les Européennes, tient fermement sur ses positions.  La reconstitution de la gauche plurielle PCF/Verts/PS, obtient quelques relatifs succès qui doivent faire réfléchir et inquiéter: pire que LaREM est possible. Bref, le paysage politique ne cesse de s’assombrir, de devenir de plus en plus incohérent et imprévisible. La décomposition se poursuit. Il faut beaucoup d’aveuglement pour croire que le pouvoir LaREM sera reconduit en 2022. Mais le plus invraisemblable, c’est qu’aucune solution de rechange ne semble s’esquisser nettement. Allons nous vers un chaos politique toujours plus grand? Et qu’en sortira-t-il?

Maxime TANDONNET

 

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Le séisme idéologique

Les événements que nous vivons annoncent un tournant moral, idéologique, intellectuel, un bouleversement des mentalités, comme il en survient tous les demi-siècles ou tiers de siècle.  Aujourd’hui, il est ouvertement question de 70% de la population contaminée, mais aussi de prédictions faisant état de 300 à 500000 morts (sinon plus), d’une calamité comparable à une guerre, à la débâcle de 1940. Depuis 24 heures – notamment le passage emblématique au stade 3 de l’épidémie – un climat de fin du monde s’est abattu soudain sur le pays. Ce traumatisme infini, qui est en train de surpasser celui des attentats de Toulouse, de Charlie et du magasin casher, du Bataclan et de Nice (260 tués), ouvre la porte d’une révolution radicale dans l’ordre des idées. Demain matin, plus rien ne sera comme avant:

  • La crise économique qui vient s’annonce dramatique: une vague de chômage, sans commune mesure avec celle de 2008, consécutive à l’arrêt complet de la vie économique et sociale, s’apprête à ravager la France et toute l’Europe, de gigantesques déficits publics et explosion des dettes en résulteront compromettant, de toute évidence, la survie de l’euro.
  • la fin de la mondialisation bienheureuse, du monde sans frontière, de l’individualisme roi et du culte de l’argent, au cœur de l’idéologie dominante depuis les années 1990. La tragédie actuelle, venue du fond de la Chine, sera toujours perçue comme l’aboutissement ultime de l’idéal de globalisation.
  • L’écroulement du projet européen: cette crise a démontré jusqu’à la caricature la faillite de la solidarité européenne, à l’image d’une Union européenne inexistante, d’une Italie abandonnée à son triste sort, de la course à l’isolement et des fermetures de frontières.
  • La fin de l’idéologie ultra-libérale et anti-Etat, au regard de l’affaiblissement des capacités médicales et hospitalières, produit de plusieurs décennies de restrictions budgétaires drastiques: la grande terreur qui submerge en ce moment la France tient à la perspective d’une saturation des capacités de soins – à l’image de l’Italie ou du grand Est –  autant qu’à la gravité de la maladie.
  • Une violente et brutale aggravation du malaise démocratique. Après les élections présidentielles et législatives de 2017 biaisées par le scandale, le premier grand scrutin national de ce quinquennat vient à son tour de sombrer dans le chaos – voire le doute quant à sa légitimité. Qui peut croire, que les votes prochains, ceux de 2022, ont la moindre chance de se dérouler dans une atmosphère digne de la démocratie ?

Maxime TANDONNET

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Résister à la peur?

Attention: le but des quelques lignes ci-dessous n’est pas de nier la gravité de la pandémie du coronavirus. Dans les grandes crises se mêle toujours la réalité objective d’une menace et la panique qui en découle. La tragédie actuelle combine la crainte de la contagion et la certitude d’un écroulement de l’économie planétaire et d’une vague de chômage  gigantesque qui s’apprête à frapper l’Europe et la France. Pour autant, malgré ce contexte tragique et les inquiétudes légitimes, la peur est toujours mauvaise conseillère. Dans une situation toute autre, sous les bombardements sanguinaires de l’Allemagne hitlérienne, en juillet-octobre 1940 (la bataille d’Angleterre), les Britanniques ont continué à vivre. Idem, dans les tranchées, face à la forte probabilité de la mort, nos « Poilus » gardaient la tête haute. En 1940-1944, persécutés par la Gestapo, confrontés à la quasi certitude de l’arrestation et de la déportation, les Résistants ne renonçaient pas à la vie quotidienne. Nous sommes confrontés à des événements – une tragédie – d’une ampleur historique qui s’apprêtent à bouleverser le cours de l’histoire. Raison supplémentaire pour garder la tête froide et résister à la panique. Etre discipliné, réaliste, vigilant face à cette tragédie n’implique pas de renoncer à vivre, sortir, travailler, aller faire ses courses, et accomplir ses devoirs de citoyen. Aujourd’hui, face au risque de la peur – pour sa vie – véhiculée par une sorte de psychose qui circule dans les médias et les réseaux sociaux, seule la vérité des faits, la connaissance de la réalité objective, matérielle d’une menace,  permettra de résister à la peur.   Voici un bel article sur Atlantico, par un connaisseur, qui semble établir la vérité des faits. J’en recommande vivement la lecture comme antidote contre la peur. 

Maxime TANDONNET

 

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Réflexions sur la crise du coronavirus (le Figaro du 14/03)

Avec la crise du covid 19, la France est entrée depuis deux semaines dans l’une de ses rares périodes pouvant être qualifiée d’événement historique.  Elle est la première grande secousse mondiale, directement issue de l’accélération de la globalisation. Elle diffère de tout ce que les Français ont connu dans le passé, combinant une catastrophe sanitaire planétaire, un effondrement financier et économique, un désastre diplomatique majeur dans le monde occidental au regard de l’attitude isolationniste de l’administration américaine. Elle mélange le retour ancestral de la hantise des grandes épidémies de peste – celle de 1340 avait anéanti un tiers de la population européenne (même si le bilan de la crise actuelle n’est évidemment pas comparable) – et l’image du « village mondial », prophétisé par Marshall McLuhan au début des années 1970, comme conséquence ultime du progrès technologique poussé à son paroxysme. Cette étrange rencontre d’une peur archaïque et d’une prise de conscience des aléas de la modernité donne à cette crise son caractère particulièrement angoissant.

Dans son allocution du 12 mars, le président de la République a utilisé les termes d’union sacrée. Son appel à la solidarité nationale est un réflexe classique des hautes autorités du pays dans les périodes tragiques. Récemment, ce fut le cas lors des attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 130 morts notamment lors du massacre du Bataclan. Quatre ans et demi plus tard, le pays est de nouveau au pied du mur, même si la nature des événements n’a pas le moindre rapport. La crise du covid 19 a cette particularité, au regard de toutes les autres connues auparavant, de concerner directement et individuellement chaque Français autant dans sa vie professionnelle que privée. Aucun secteur de la vie quotidienne n’est épargné : transports, commerces, école, travail…. Cette crise n’est pas seulement une affaire de l’Etat et de décision publique. Son issue ne dépend pas uniquement des politiques nationales mais d’une discipline individuelle et collective s’attachant au moindre geste quotidien.

Dans une situation de ce genre, l’idée de nation prend tout son sens. Elle se présente comme une communauté soudée par la menace et dont chaque membre est appelé à assumer sa part de responsabilité face au danger. Le salut ne viendra pas d’ailleurs. Au regard des politiques appliquées par les partenaires et alliés de la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni – dont beaucoup ont pris des mesures drastiques de fermeture ou de contrôle des frontières – le chacun pour soi est la règle. La nation exerce, en de telle circonstance, son rôle le plus classique, celui de protecteur et de refuge à l’image d’une grande famille. La tragédie du covid 19 est à la source d’un spectaculaire retour de l’idée nationale comme valeur suprême.

Dans son allocution, le chef de l’Etat a annoncé deux décisions, celle de maintenir les élections municipales et celle de la fermeture des établissements scolaires et universitaires pour une durée indéterminées. Quelques heures auparavant circulait la rumeur du report des élections municipales voire même, sur les réseaux sociaux, de la mise en œuvre de l’état d’urgence ou de l’article 16… Dans ce genre de circonstances, les responsables publics sont confrontés à un vertigineux exercice d’équilibrisme. S’ils en font trop, ils seront accusés de dramatisation excessive. S’ils n’en font pas assez, ils s’exposent au reproche d’irresponsabilité.  Dès lors que la notion de solidarité nationale est engagée, une trêve dans la bataille électoraliste et politicienne doit s’appliquer. Le principe de responsabilité commande de s’abstenir, en de telles circonstances de polémiques inutiles ou excessives. Toute tentative d’exploitation ou de récupération d’une crise basculant dans la tragédie sera ressentie comme démagogique. Le temps du bilan, des critiques, de l’établissement des responsabilités, et des sanctions politiques éventuelles viendra par la suite.

Après cette crise, rien ne sera plus comme avant. Elle ouvre le champ d’une remise en cause dramatique d’un modèle idéologique dominant dans le monde occidental annoncé par Francis Fukuyama en 1992 dans La fin de l’histoire et le dernier homme, fondé sur l’image bienfaitrice d’un monde uniformisé par les marchés, apuré de toute obstacle à la communication, une confiance exacerbée dans les vertus du libre-échange sans frontières. Elle soulève des questions fondamentales sur la fragilité d’un monde post-frontières et hyper-connecté. Quelles précautions eût-il fallu prendre ? Quelles pratiques ont favorisé l’effondrement de la finance et de l’économie mondiale comme un château de carte ? Elle est aussi une immense leçon de modestie pour l’homme moderne, convaincu d’avoir maîtrisé les aléas de la nature et de son destin. Cette planétaire prouve à quel point, malgré les fulgurants progrès technologique, l’histoire demeure imprévisible et incontrôlable : « C’est ici le plus grand mystère peut-être de l’événement, mon ami, c’est ici proprement le mystère et le mécanisme même de l’événement, historique, le secret de ma force, mon ami, le secret de la force du temps, le secret temporel mystérieux, le secret historique mystérieux, le mécanisme même temporel, historique, la mécanique démontée, le secret de la force de l’histoire, le secret de ma force et de ma domination… » (Charles Péguy Clio, dialogue de l’histoire et de l’âme païenne).

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Sur le rôle de l’opposition en situation de crise (pour Atlantico avec M. Christophe Bouillaud)

  1. Manque de masque, SAMU débordé, hôpitaux désorganisés … Le gouvernement d’Emmanuel Macron semble totalement dépassé par l’ampleur qu’a pris l’épidémie de coronavirus. L’opposition doit-elle rester inaudible et respecter “l’union nationale “, ou au contraire doit-elle se faire entendre sur la désorganisation du gouvernement face à l’épidémie ?

Nous vivons une crise d’une extrême violence, peut-être la première panique planétaire issue de la globalisation qui combine une grande peur sanitaire, un effondrement financier et un désastre diplomatique majeur dans le monde occidental. Dans ce contexte dramatique, l’attitude la plus responsable consiste à s’abstenir de polémiques inutiles ou excessives. Nous avons des dirigeants qui tentent de faire face à leur responsabilité à tous les niveaux. Pendant que cette crise dure, critiquer leur action consacrée aux mesures concrètes, de manière systématique ou excessive, peut leur compliquer la tâche. En outre, certains métiers et services publics sont particulièrement exposés à l’épidémie : sapeurs-pompiers, médecins, personnels hospitaliers. Ceux-là sont à leur poste et font leur devoir. Ce serait manquer au principe de solidarité envers eux que de développer, pendant le déroulement de la crise, une attaque qui pourrait les atteindre, même indirectement, sur une supposée désorganisation.

  1. En prenant la parole, l’opposition ne se laissera-t-elle pas tenter par une récupération purement politique de la crise, en particulier à l’approche d’enjeux électoraux ?

On peut être dans une opposition franche et résolue à la politique actuelle – sur les déficits publics, les impôts, les retraites, la sécurité, l’éducation, et, en période de crise aussi dramatique, respecter l’action des autorités. Il me semble que toute arrière-pensée politique, dans une période aussi cruciale, serait inadmissible qu’elle vienne de pouvoir lui-même, exploitant une situation, ou des oppositions. Mettre à profit, aujourd’hui, en pleine calamité, la peur collective pour des raisons électoralistes, serait un signe express de démagogie, de la part des uns comme des autres. Cette attitude reviendrait à rajouter du chaos sur le chaos. Elle sera ressentie comme de la démagogie et se paiera plus tard dans les urnes. Il en sera tout autrement par la suite, une fois engagée la sortie de crise. Quand la période difficile sera derrière nous, il sera temps de faire un bilan de poser les bonnes questions et d’établir les responsabilités des uns et des autres et de sanctionner par les urnes des choix inadaptés ou toute forme de démagogie qu’elle vienne du pouvoir ou des oppositions.

  1. La prise de parole hier d’Emmanuel Macron avait pour but de rassurer les Français. Son discours vous a-t-il convaincu de la compétence de ce gouvernement à gérer la crise ? En fermant les écoles et en laissant les municipales se poursuivre, Emmanuel Macron n’a-t-il pas coupé l’herbe sous le pied de l’opposition ?

Il est difficile de le juger à chaud. Quoi qu’il dise, on lui reprochera de faire trop ou pas assez. Sa communication était longue et touffue pour une communication solennelle. Seul l’avenir permettra de porter un jugement objectif. On ne peut qu’approuver le fait d’avoir consulté M. Larcher et renoncé à sa demande à suspendre le processus électoral des municipales. En décidant la fermeture des établissements scolaires, il tente de se garder du reproche d’inaction ou d’indécision. Mais comment vont faire les familles, les pères et les mères qui travaillent ? Comment financer les mesures d’accompagnement annoncées ? Même si l’opposition doit s’abstenir de fustiger systématiquement l’action gouvernementale, il est aussi de son devoir de poser ce genre de question. Elle doit surtout mener une réflexion sur la dimension historique des événements pour en tirer les leçons. Dans quelle mesure la mondialisation et l’effacement des frontières ont-t-ils favorisé la rapidité de la propagation de cette épidémie ? Quelles précautions eût-il fallu prendre ? Quelles pratiques ont favorisé l’effondrement de la finance et de l’économie mondiale comme un château de carte ? Comment restaurer un système hospitalier prêt à faire face à toute situation d’urgence. Et au-delà, poser la question de la confiance des Français envers leur classe dirigeante, une confiance qui fait cruellement défaut dans des circonstances aussi tragiques.

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Entre ambition et dignité

L’engagement politique ne devrait être rien d’autre qu’une mission de représentation de la collectivité, fondée sur le suffrage universel, et limitée au temps nécessaire, celui où les circonstances se prêtent au service de l’intérêt général.  Les politiques qui savent s’arrêter et passer à autre chose, quand leur temps est fini, méritent notre estime. Signe d’une conscience nourrie de principes, d’une culture et d’une intelligence qui l’emportent in fine sur les délires de gloriole. Mme Kosciusko-Morizet, par exemple, a échoué à Paris, elle est passée à autre chose et nul n’en parle plus: voilà qui est tout à son honneur. Au contraire, M. Manuel Valls fut pendant un temps un espoir de la politique française. La France a, en effet, besoin d’un centre-gauche républicain, réaliste et ferme sur les sujets migratoires ou de laïcité. Il a brièvement incarné ce modèle. Puis, son parcours a tourné à la déception: spectaculaires accès de colères et de sectarisme (« le terrorisme, c’est vous! »); bilan de cinq années auprès de M. Hollande qu’il a refusé d’assumer en chargeant violemment ce dernier après-coup; départ en Espagne – Barcelone -; aujourd’hui velléités de retour et de ralliement à la présidence Macron. Se rend-il seulement compte à quel point nul ne l’attend plus? De même, M. Jean-François Copé revient médiatiquement à la faveur des municipales de Meaux. Il a choisi le chemin inverse pour son retour: celui de l’attaque virulente contre la présidence Macron.  D’accord. Mais alors, pourquoi ne pas dire la vérité? M. Copé fut l’une des personnalités de droite, à l’origine, les plus dithyrambiques envers cette présidence. Certes, il a le droit absolu de changer radicalement d’avis. Mais à la stricte condition de reconnaître son erreur initiale. Je me suis trompé. Lourdement trompé. Voilà une phrase, de temps en temps, qui serait tout à l’honneur des politiques.

Maxime TANDONNET

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Le souffle dévastateur du covid 19

La peur de l’épidémie de covid 19 déferle sur la planète avec un effet dévastateur. Le contraste entre les faits et leur perception donne le vertige: certes les statistiques du nombre de morts, une trentaine en France et des milliers dans le monde, ainsi que du nombre de personnes contaminées, le caractère méconnu de ce virus, ont de quoi inquiéter. Phénomène comparable à une grave épidémie de grippe? Danger d’une toute autre nature? Qui peut le dire? Mais quoi qu’il en soit, le constat objectif du nombre des victimes est hors de proportion avec la vague de panique qui en découle: paralysie de la vie sociale, arrêt des mouvements de personnes, course à l’isolement, effondrement des marchés boursiers, du commerce mondial, de l’activité industrielle et des cours du pétrole, bref, la globalisation, emportée comme un château de cartes…Le souffle du covid 19  est aussi ravageur pour la raison humaine. Qu’une personne, avec l’autorité de ministre, puisse oser déclarer que cette crise est l’opportunité de « réaliser de bonnes affaires à la bourse », alors que des centaines de milliers d’hommes et de femmes vont perdre leur emploi, est un signe emblématique de l’époque: le dieu fric justifiant tous les cynismes, égoïsmes et tous les mépris. Rien n’est plus odieux et signe de folie  que les récupérations politiciennes en tout genre de cette tragédie: les uns surjouent la peur, de toute évidence, par des paroles irresponsables, avec l’unique intention  de noyer leurs échecs et le désastre à venir des élections municipales; tandis que d’autres (de l’extrême gauche à l’extrême droite) pratiquent la politique du pire dans une surenchère de gesticulations qui puent la démagogie. Le matraquage médiatique autour des « protections particulières » entourant les plus hautes autorités nourrit le scénario de la dramatisation. Il est particulièrement indigne et emblématique de la déconnexion des élites dirigeantes. Quel message! Toutes les vies et toutes les santés n’ont-elles pas la même valeur et la même utilité, dans une société supposée démocratique? Le souffle dévastateur covid 19 est en train d’anéantir nos derniers repères qui subsistaient encore. Son impact sur la politique française, totalement imprévisible, sera titanesque.

Maxime TANDONNET

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Le « progressisme »

L’avez-vous constaté? Plus personne ou presque ne se dit « de gauche » dans la classe dirigeante française au pouvoir depuis l’avènement du supposé « nouveau monde« . Auparavant, ils n’avaient que le mot « gauche » à la bouche et soudain, ce terme se trouve comme désuet, banni. A la place, ils ont ressorti celui de « progressiste« .

Lui aussi est vieux comme le monde. Le camp communiste, en ses heures de gloire et de domination, se définissait comme « progressiste » par opposition à la bourgeoisie « réactionnaire». Nikita Khrouchtchev parlait en 1937 de Staline comme du « phare et guide de l’humanité progressiste ». En 1949 au moment du 70e anniversaire de Staline, Malenkov présentait le Tsar rouge comme un « guide de l’humanité progressiste (« Tovarishch Stalin – vozhdʹ progressivnogo chelovechestva »)  [source, Wikipedia].

De fait, le mot progressiste, tel qu’il qualifie aujourd’hui l’idéologie dominante au pouvoir en France, n’aurait plus rien à voir en apparence. Il se différencie de celui de gauche par le rapport à l’argent et au peuple. La gauche se prétend – pour l’affichage – hostile à l’argent. Le progressisme français actuel lui voue au contraire un culte sans fard. En un sens, il est donc proche de la notion de gauche caviar. La gauche s’affirme – là encore pour l’affichage – l’amie du peuple. Le progressiste d’aujourd’hui le méprise sans état d’âme. Le progressisme actuel se définit par son mouvement – sa marche – plus que par son contenu. Il consiste pour l’essentiel à embrasser l’air du temps: climatisme, jeunisme, féminisme, sans-frontièrisme, post-nationalisme, ultra-narcissisme…

Cependant, le progressisme d’aujourd’hui en France recouvre, par delà les différences de forme, des analogies avec celui d’hier, celui des années totalitaires, transposées dans une monde bien entendu profondément différent, apuré de la brutalité sanguinaire visible : un culte de la personnalité éhonté; le principe de la table rase, c’est-à-dire la volonté d’anéantissement de tout ce qui est de nature à lui faire obstacle ou lui porter ombrage; la quête de l’ennemi à détruire à tout prix, jadis le « bourgeois », le « réactionnaire », aujourd’hui « le populisme »; la banalisation de la propagande sous couvert de « communication »; la prétention à se perpétuer indéfiniment dans le temps; la négation de toute opposition autre que son supposé contraire, et de fait, son alter ego et complice,  l’extrémisme de droite ou de gauche. « Progressisme » et « extrémisme » sont ainsi les deux facettes d’une même réalité. La grande question de notre époque politique est : comment en sortir?

Maxime TANDONNET

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Menace totalitaire

L’un des contresens que nous faisons bien involontairement est d’associer le totalitarisme à la puissance étatique, ce qui nous empêche de voir l’essentiel. Cette erreur provient du fait que notre référence demeure le modèle des régimes totalitaires du XXe siècle, le communisme soviétique, le fascisme et le national-socialisme. Or le monde a changé. Avec l’affaiblissement des frontières, l’internationalisation et la judiciarisation des sociétés, les technologies de la communication, Internet, le pouvoir d’Etat, largement réduit à l’impuissance et à subir des influences extérieures, n’est plus la principale menace dans le monde occidental. Il existe un air du temps ou une idéologie dominante, une influence subreptice, qui conditionne les esprits de manière infiniment plus pernicieuse que le pouvoir d’Etat. En ce moment, le politiquement correct se transforme en un véritable totalitarisme de la pire nature: la peur s’instille dans les esprits et se transforme en autocensure. Bien sûr il y a eu cette épouvantable cérémonie des César, détournée par une scène racialiste et le répugnant lynchage public de Roman Polanski. En outre, aujourd’hui, les éditions Hachette renoncent à publier les Mémoires de Woody Allen, en raison d’une ancienne accusation d’ordre sexuel, sans la moindre esquisse de preuve ni jugement. Qu’on apprécie ou nom ses films n’est pas la question: de fait, il est une figure de la culture occidentale de ce dernier demi-siècle. Refuser de publier ses Mémoires, par peur du qu’en-dira-t-on, des réseaux sociaux, du risque de mise eu pilori par les groupes d’influence est pire qu’une lâcheté, une véritable trahison du principe de liberté d’écriture et d’édition. C’est une monstruosité qui condamne rétrospectivement, les deux-tiers de la littérature occidentale. Aussi atroce que de jeter des livres au feu: les tuer dans l’œuf. Ce n’est plus un simple ordre moral qui sévit, mais un véritable totalitarisme fondé sur une forme de terreur. Triomphe d’un dangereux cocktail d’ignorance, de bêtise et de lâcheté: Nous vivons décidément une bien sale époque.

Maxime TANDONNET

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Les 65 ans suicidaires

« Damien Abad a profité de l’occasion principalement pour s’adresser à la droite, celle qui est favorable au report à 65 ans de l’âge légal pour une retraite à taux plein. « On assume le recul de l’âge légal de la retraite », a tonné le député de l’Ain face à des bancs LR plutôt soudés. « La droite retrouve des couleurs dans le Parlement et dans le cœur des Français », veut-il croire. »

L’impératif d’alternance n’appartient à aucun parti. Après 5 ans de désastreux hollandisme et un bilan En Marche qui s’annonce guère meilleur, l’alternance politique en 2022 s’impose comme une nécessité vitale pour le pays. Ce dernier, accablé et traumatisé par l’une des pires déceptions politique de son histoire, éprouve un profond besoin de renouveau de l’espérance. Or, cette France martyrisée par le mépris n’est pas prête à s’engager dans la voie d’un nouveau psychodrame sur les retraites. Proposer, dans une plateforme électorale, la retraite à 65 ans, serait suicidaire. Le pays n’aime pas la démagogie. Il ne voudra pas d’un retour irresponsable à la retraite à 60 ans que proposent les partis extrémistes. Cependant, après toutes ces années de chaos et de provocations stériles, il ne votera jamais pour la retraite à 65 ans. Peut-être est-elle inévitable à long terme dans le cadre d’une démarche expliquée, progressive et négociée. Mais la raison politique et le réalisme, le respect du devoir d’alternance, interdisent aujourd’hui de l’inscrire dans un  projet politique. A la veille d’une crise économique planétaire qui s’apprête à tout balayer sur son passage,  les Français ont besoin d’être protégés, rassurés, apaisés autour d’un projet axé sur l’autorité de l’Etat, la restauration de la démocratie, le redressement du niveau scolaire, la maîtrise des frontières. Les Français n’accepteront jamais de faire l’objet d’une nouvelle vague de morgue  et de provocation de la part d’élites dirigeantes qui prétendraient, à l’image de l’équipe actuelle, en perdition, faire leur bien contre eux. Il serait non seulement suicidaire – obérant les chances d’alternance –  mais d’une bêtise sans nom, d’offrir aujourd’hui au Français, pour unique perspective, un nouveau séisme sur les retraites.

Maxime TANDONNET

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De l’Union des Droites à … l’Union des Gauches ! (par M. Julien Aubert, député LR)

J’entends parfois que le Rassemblement National serait « la vraie Droite », ce qui justifierait du coup « l’Union des Droites » au plan national ou local.

Parlons un peu de la réalité, et pas des théories.

Voici le résultat des deux motions de censure, déposées l’une par le groupe « les Républicains » et l’autre par la Gauche (Ps/Pcf/LFI), contre le projet de réforme des retraites. Il y avait deux manières d’aborder ces votes : un vote d’idées (je vote pour la motion qui propose le modèle de retraite que je défends) ou un vote politique (je vote les deux motions, car l’important est d’être contre Macron). Les Insoumis ou Emmanuelle Menard (apparentée RN) ont fait le 2ème choix. Les Républicains [comme les socialistes] ont choisi le 1er, en montrant que la retraite à 60 ans promise par la Gauche était une fausse promesse, intenable en l’état.

Je précise que même en cumulant toutes les voix d’opposition, aucune motion ne pouvait passer puisque LREM était ultra-majoritaire.

Et le RN ? Que croyez-vous qu’il se passa ?

Surprise !
La première motion de censure, votée par les 104 députés LR n’a reçu AUCUNE voix du RN.

La seconde motion de censure, déposée par Jean-Luc Melenchon et les socialistes, et qui fut votée après la nôtre après minuit, en revanche a vu le RN mêler ses voix à la Gauche.
Six députés RN – Louis Aliot, Marine Le Pen, Sebastien Chenu, Bruno Bilde, Nicolas Maizonnet, Ludovic Pajot – ont donc fait leur choix. Ce n’est plus l’Union des Droites, c’est l’Union des Gauches !

Que je n’entende plus « Le RN et les Républicains vous pensez pareils » car les faits sont têtus!

Julien AUBERT

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La peur

France Info: « L’épidémie de coronavirus ne faiblit pas en France. Il y a désormais 212 cas confirmés soit 21 de plus que lundi. A l’échelle mondiale, la vitesse de propagation de l’épidémie hors de Chine est désormais neuf fois supérieure à celle constatée en Chine. Un nouveau mort en France. Parmi les nouveaux cas recensés par les autorités, une personne est morte mardi matin dans le Morbihan : il s’agit d’un homme âgé de 92 ans. Ce décès porte à quatre le nombre de victimes dans le pays.  « Faire bloc, c’est ce que nous devons à notre pays », a-t-il ajouté. « Nous sommes prêts. Je sais que nous saurons relever, avec force, ce défi ». [M le président Macron].

Mon propos n’est évidemment pas de nier la gravité de l’épidémie ni les risques sanitaires pour le pays, mais de relever cet étrange matraquage quotidien qui consiste à alimenter la peur. A quoi sert-il de dénombrer, quasiment heure par heure, à l’unité près, le nombre de personnes contaminées et d’en faire la une de l’actualité? A-t-on jamais vu, lors des épidémies de grippe ou de rougeole, qui font des milliers de morts, un tel décompte d’une méticulosité obsessionnelle? Le chef de l’Etat annule « tous ses rendez-vous » d’une semaine et son dîner au CRIF. Tant mieux, mais qu’en est-il de tous les Français, les millions de Français obligés de prendre les transports en commun et d’assister à des réunions ou des assemblées? Qui ne peuvent rien annuler du tout? Et ces décrets de réquisition, martiaux, virils,  comme à la guerre, abondamment relayés sur tous les médias?  Pourquoi ce spectacle lourdement anxiogène  surjoué par la France officielle, dite d’en haut? Oui, c’est grave, sans aucun doute. Mais dans un pays normal, le rôle des (supposées) élites dirigeantes, n’est pas de faire peur et de répandre la panique. Il est au contraire de rassurer et d’apaiser par un discours de vérité et de pragmatisme sur les mesures de précaution à respecter. L’objectif serait-il de faire oublier tout le reste? Ou bien de vendre aux Français une nouvelle tragédie nationale et son sauveur providentiel? La peur n’est jamais bonne conseillère.

Maxime TANDONNET

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Cette Europe des Nations qui nous manque tant

Au début des années 1960, le général de Gaulle proposait son « plan Fouchet » de création d’une Europe des Nations. L’idée était d’instaurer un gouvernement ou état-major politique commun des grandes nations européennes en charge des décisions stratégiques , internationales ou militaires s’appuyant sur un secrétariat commun. Il a été rejeté par l’Allemagne et le Benelux qui lui ont préféré la supranationalité, c’est-à-dire la construction européenne par la bureaucratie (Commission), le carcan normatif (règlements et directives), les jurisprudences (Cour de Justice) et bien plus tard cette caricature de parlement européen qui représente tout sauf la volonté des peuples. De cet échec historique, il ne reste que les ruines d’une Europe fragmentée entre des Etats déchirés, faibles et  impuissants et qui poursuit sa lente décomposition dont le Brexit n’est qu’une étape supplémentaire. Il est désespérant de voir cette Europe au sens politique et géographique du terme, incluant le Royaume-Uni, de loin la première puissance économique mondiale au regard du PIB additionné de ses Etats, potentiellement géant politique et militaire planétaire, réduite à n’être qu’un nain lâche, soumis et impuissant devant les coups de force de M. Erdogan. Le chantage aux migrants est une abomination. Il est un crime contre des êtres humains (déplacements massifs de populations) et un crime contre les Etats (forcer leurs frontières). Il est un acte de guerre. L’Europe déchiquetée, fragmentée, asservie, tremble devant le dictateur. C’est lui qui devrait trembler devant une Europe unie des Nations, coalisée, confédérée, alliance soudée par l’histoire, la culture, la communauté d’intérêts, parlant d’une seule voix et prête à agir comme un seul homme.

Maxime TANDONNET

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Coronavirus: entre précaution et lâcheté

Où s’arrête le principe de précaution? Où commence la lâcheté? Il est question d’individus en région parisienne qui ne prennent plus les transports en commun, métro et bus, ou ne se rendent plus dans les magasins ou les marchés, les réunions ou les spectacles. Les petits masques blancs fleurissent dans la rue. Entre amis, il n’est même plus question de se serrer la main. Des scènes hallucinantes de racisme envers des personnes d’origine asiatique, dans le métro, m’ont été rapportées de source sûre (même si je n’y ai pas assisté). Les voyages à destination de pays, guère plus touchés que la France, s’effondrent. Et puis, une floraison d’absurdités: le semi-marathon est interdit mais les matchs de football – sacré ballon rond – autorisés. Il faut dire que les enjeux financiers ne sont pas les mêmes…  Quand on annule le salon du livre, quand on ferme les musées et quand on interdit l’accès à des écoles, la peur l’emporte sur la littérature, la culture et science. Il serait même question  dans certaines conversations, d’envisager un report des élections municipales. Des juristes estiment qu’il n’y aurait là rien de choquant. Combien de millions de morts, de deuils et de souffrances indicibles, lors des guerres mondiales, pour défendre la démocratie et le droit de vote? La phobie d’un virus, aussi contagieux et dangereux soit-il, serait-elle donc assez forte pour faire reculer le suffrage universel? Et après, dans cette même logique, demain, toute épidémie de grippe – qui fait de nombreux morts aussi –  justifiera-t-elle de suspendre la culture, la démocratie, la vie quotidienne? Il n’existe pas de liberté sans risque. Celui-ci est réel et comparable à celui d’une grave épidémie de grippe dans ses formes les plus dangereuses. Cependant, le principe de précaution ne justifie pas tout. Quand il dégénère en lâcheté, individuelle et collective, c’est la liberté qui est menacée.

Maxime TANDONNET

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Le crash du nouveau monde

Cet article 49-3 marque un tournant: le crash du « nouveau monde ». L’étrange mixture du culte de la personnalité, du mépris des gens, de l’affaiblissement des institutions démocratiques (parlement, collectivités), de l’idéologie de la table rase (retraites), de déconnexion radicale, de provocation permanente et de fuite dans le communication, trouve son aboutissement dans ce 49-3, signe de négation de la démocratie parlementaire, jamais mis en oeuvre pour une réforme des retraites. Dans ce geste s’exprime un phénomène jamais démenti: celui de l’autoritarisme comme signal  de faiblesse, le coup de menton pour couvrir la débâcle. La tentative d’OPA sur la droite est un fiasco. Merci aux LR qui n’ont jamais trahi: les voilà récompensés de leur fidélité et de leur lucidité. Quant à la gauche, tous les ponts sont rompus et les vaisseaux brûlés. Il ne faut aucun doute que les jours du « nouveau monde » sont comptés. L’impopularité historique cristallise trop de colère, de souffrance, d’humiliation pour être réversible. La réélection de 2022 n’aura pas lieu. Le vrai sujet est désormais de trouver une alternative à la menace lepéniste. En se réalisant, elle ne ferait que prolonger sous d’autres formes les déchirements et le chaos d’En Marche. La priorité absolue est de restaurer la confiance, réconcilier la France avec la démocratie, avec la République au sens de la chose publique: par la réhabilitation de la souveraineté parlementaire et l’appel au peuple à travers la démocratie directe.

Maxime TANDONNET

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Le pouvoir et la mort

« Sous l’ancien régime, le détournement des fonds publics était puni de la pendaison », a déclaré l’un des procureurs du procès Fillon. La justice de l’ancien régime était arbitraire, rendue par les seigneurs en fonction de l’ordre dont relevaient les justiciables, pratiquait la torture et la peine de mort pour un simple vol. A-t-on jamais vu, depuis 1789, un juge républicain s’y référer comme modèle? Et depuis l’abolition de 1981, un magistrat en appeler à la peine de mort? Embaucher sa femme et la faire travailler près de soi, de la part d’un parlementaire, sur des fond publics, est certes une pratique douteuse: qui dit argent public dit mise en concurrence d’un emploi ouvert à tout un chacun en fonction de ses compétences. Cependant, cette pratique était légale et totalement banalisée: 140 parlementaires utilisaient ouvertement des proches dans leur équipe. L’accusation envers le couple Fillon porte sur la réalité du travail de l’épouse. Qu’en est-il de la preuve du travail des proches des autres parlementaires qui se sont adonnés à la même pratique – sans compter tous les autres qui l’ont fait sournoisement? Et les ministres avec leur cabinet? Il fallait que le procès Fillon ait lieu. Il est l’arbre qui cache la forêt. Il a un caractère fondateur. Le scandale Fillon est directement à l’origine de l’explosion en plein vol de l’élection présidentielle de 2017 et du triomphe d’un « nouveau monde ». Il conditionne la légitimité de ce « nouveau monde ». Des hommes et femmes qui ont pris une part active au quinquennat 2007-2012, la plupart sont englués dans d’épouvantables affaires judiciaires. Ils n’ont sûrement pas fait pire que les autres mais ils incarnent ce que l’idéologie dominante et invasive, le supposé « progressisme » entend tuer par tous les moyens: une vision de la France, de l’Etat, de la société, de la démocratie. Mais pourquoi donc choisir l’action publique, le service de la France à travers la politique, pour finir comme le couple Fillon, traîné devant les médias, traités comme des criminels, promis à la pendaison, dans l’humiliation et  face à la jubilation intérieure, jouissive, de la foule des salauds – au sens sartrien? Consacrer sa vie au bien public, à l’intérêt général, à la vie démocratique – au suffrage universel – au gouvernement de la France, pour en arriver là…  Tout ceci est bien répugnant.

Maxime TANDONNET

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Coronavirus: les conséquences politiques d’une épidémie planétaire

Tandis que le virus parti de Chine se propage dans le monde à une vitesse foudroyante et répand la mort, nous songeons à la fragilité des choses. La mondialisation n’a rien de nouveau. Les grandes pandémies de peste au Moyen-âge qui suivaient à peu près la même trajectoire, le soulignent (voir mon billet du 4 février consacré à ce sujet). Tout change et rien ne change. La densité de la population humaine a plus que centuplé. Les technologies médicales, informatiques, des transports et de la communication, Internet, l’essor titanesque des échanges internationaux donnent le sentiment – l’illusion – d’un progrès foudroyant de l’humanité. Mais cette accélération a pour corollaire une hallucinante poussée des périls. Un monde connecté ouvre la voie à un vertigineux enchaînement des menaces. Parti d’une localité du bout du monde, au fond de la Chine, le virus se propage à une vitesse foudroyante, sans qu’aucune barrière ne soit en mesure de l’arrêter, sème la mort dans le monde entier. Pire, la « mondialisation de la peur »: au-delà de la réalité d’une maladies et des décès, qui restent dans les proportions d’une grave épidémie de grippe, c’est toute la planète qui tremble. Les bourses s’effondrent, les échanges planétaires sont en chute libre, les grands flots de tourisme mondial s’arrêtent soudain. Et le monde semble au bord du gouffre et l’humanité impuissante. L’idéal des années 1990, celui du dernier homme et la fin de l’histoire de Francis Fukuyama, qui annonçait un monde aplani, sans frontières, unifié par les marchés et la généralisation de la démocratie, n’en finit de s’effondrer dans le sang et les larmes. Cette crise planétaire – en attendant d’autres qui viendront – ne peut que déboucher, dans la conscience politique, sur le désir de frontières, de nations et de gouvernements protecteurs. C’est-à-dire toute autre chose que des pitres bavards et gesticulateurs.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Journal intégral du Général Gourgaud, la bibliothèque de Sainte Hélène, Perrin, 2019

« Le seul et capital témoignage de la vie à Sainte-Hélène », affirme l’historien et homme politique anglais Lord Rosebery. Après avoir présenté l’an dernier le Mémorial de Las Cases, je viens de terminer la lecture du Journal intégral de Gaspard Gourgaud (1783-1852), premier officier d’ordonnance de Napoléon, qui fait le choix de l’accompagner en exil avec une poignée de fidèles jusqu’au bout, Las Cases, le Grand Maréchal Bertrand et Montholon avec leurs épouses.
 
Le Mémorial avait été écrit pour la légende napoléonienne. Le Journal intégral se présente bien différemment. Il est la retranscription crue bien que dans un style soigné, des notes prises au jour le jour par le Général Gourgaud pendant son séjour à Sainte Hélène, un document d’une sidérante franchise.
Cette nouvelle édition a une particularité: elle livre pour la première fois le Journal dans son intégralité, sans la moindre coupure. Le monde qu’on y découvre est bien différent de celui que nous offrait las Cases. Le récit quotidien ne cesse d’osciller entre la magnificence du passé, sous la dictée de Napoléon, un empire ayant dominé l’Europe, et les petites misères du quotidien dont rien n’est caché: l’ennui, la maladie, le mauvais temps, les frustrations de toutes sortes, les jalousies, les mouvements d’humeur, les haines et les amitiés…
Gourgaud, 34 ans, souffre profondément. Il reproche à « Sa Majesté » son manque de gratitude et de reconnaissance envers celui qui a tout abandonné pour le suivre dans l’exil. Les moments de tendresse et les colères entre les deux hommes s’enchaînent dans un climat de tension croissante au fil des pages. Gourgaud ne supporte pas Las Cases qu’il considère comme un intrigant. Puis, après le départ de ce dernier, il s’en prend au couple Montholon qu’il accuse de manipuler l’Empereur notamment « la Montholon », maîtresse de Napoléon, dont il déplore l’obséquiosité. L’Empereur ne tolère pas les tensions entre ses cinq ou six fidèles.
Le Journal de Gourgaud ensorcelle le lecteur qui ne peut plus s’en décrocher, comme hypnotisé, envoûté par l’étrange vertige que produit le survol d’un gouffre, un abîme  creusé par le contraste entre la grandeur du passé et les mesquineries de la vie en exil. Sainte Hélène est un vaisseau fantôme ballotté  par les grands courants de l’histoire de l’humanité, qui emporte vers le néant cette infime poignée de fidèles, unie par la fidélité intransigeante, fanatique, mais déchirée par les courtisanerie, comme dans un rêve où l’empire se poursuivrait…
 
Le récit est empreint d’un sulfureux mélange de loyauté absolue, envers le héros de l’histoire, et la rage de ne pas être suffisamment aimé de lui. Il est imbibé de tristesse et de désespoir, dégageant une émotion infinie. Comme de grands fantômes, les souvenirs d’Italie, d’Egypte, de Brumaire, d’Austerlitz, des cent Jours, de Waterloo, hantent la médiocrité du quotidien. Et s’ouvre un abîme de perplexité sur la destinée des empires, la malédiction de la gloire, le passage – inéluctable ? –  de la grandeur à la déchéance ou à la décadence. 
  • « Et que tout soit fini. Détestez-vous si vous voulez dans l’âme, mais que je n’en vois rien et que personne ne s’en aperçoive; l’essentiel est de m’égayer. Croyez-vous que lorsque je m’éveille la nuit, je n’ai pas de mauvais moments quand je me rappelle ce que j’étais et où je suis à présent?
  • « Ah, si j’avais gouverné la France durant quarante ans, c’eût été le plus bel empire qui n’eût jamais existé! » La Montholon dit: « Qui sait si Votre Majesté ne fondera pas un jour un vaste empire en Amérique? » Ah, je suis bien vieux! »
  • « Sa Majesté se monte de plus en plus et dit: « je préfère Montholon à vous! » Les bras m’en tombent, les pleurs me suffoquent. Voilà donc, pauvre Gourgaud,  la récompense de ce que tu as fait en abandonnant mère, patrie, fortune, pour suivre celui qui te traite ainsi […] SM se radoucit: « c’est que Lannes et les autres vous ont vu brave et actif sur le champ de bataille parmi le officiers d’artillerie. Lariboisière vous a présenté à moi. Je vous ai trouvé actif, brave, ayant du mordant. »
  • « Sa Majesté demande à quelle époque nous croyons qu’Elle a été le plus heureux. Je réponds: « Lors du mariage ». Mme de Montholon: « Premier Consul ». Bertrand: Naissance du roi de Rome ». SM dit: « Oui, j’étais satisfait du mariage, à la naissance du roi de Rome. Consul, je n’avais pas assez d’aplomb. Peut-être que c’est à Tilsitt; je venais d’éprouver des vicissitudes, des soucis, à Eylau entre autre, et je me trouvais victorieux, dictant la paix, ayant des empereurs, des rois pour me faire la cour! Et tout cela n’est pas encore ma plus grande jouissance. Peut-être ai-je réellement plus joui après mes victoires en Italie. Quel enthousiasme, que de cris de « Vive le libérateur de l’Italie! ».
  • « Je vous répète que je ne vous ai jamais prié de vous en aller! Ce n’est pas tout mon ami, je vous ai dit que si vous ne vous habituiez pas à Sainte Hélène, si vous ne supportiez pas cette situation, il vaudrait mieux vous en aller! – Sire, ce qui est insupportable, ce n’est pas Sainte Hélène en elle-même mais les mauvais traitements de Votre Majesté -Cependant, je ne vous traite pas mal et je ne veux pas me fâcher! « 
822 pages de dépaysement total, dans le temps comme dans l’espace, et de bonheur absolu…
Maxime  TANDONNET
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Sur l’article 49-3 (pour Figaro Vox)

L’utilisation de l’article 49-3 pour abréger le débat sur les retraites à l’Assemblée nationale serait envisagé par le gouvernement. Loin de n’être qu’une simple péripétie de la vie politique, ce recours a pris une dimension symbolique et politique majeure. Que prévoit-il précisément ? « Le Premier ministre peut […] engager la responsabilité du Gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée […] Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session. »

Cet article a été utilisé à 86 reprises depuis l’entrée en vigueur de la Ve République. Il a notamment servi dans deux situations. La première est l’hypothèse où le gouvernement ne dispose pas d’une majorité absolue et n’a d’autre choix pour faire adopter ses lois. Les gouvernements de François Mitterrand, de 1988 à 1993, notamment Rocard, qui se trouvaient dans cette hypothèse, en ont fait un usage abondant, à 28 reprises. La seconde est la détermination à faire passer rapidement un texte quand, malgré l’existence d’une majorité absolue, le gouvernement souhaite éviter l’enlisement du débat, à l’image de M. de Villepin qui en fit usage en 2006 pour faire voter la loi sur le contrat premier emploi (CPE), finalement retirée sous a pression de la rue, ou M. Valls entre 2014 et 2017, qui l’utilisa 6 fois pour mettre en œuvre « sa politique de l’offre » (loi « croissance et activité » et « loi travail »).

Cette disposition fut introduite dans la Constitution de 1958 au titre du parlementarisme rationalisé destiné à renforcer l’Exécutif face au Parlement, en réaction contre les régimes de la IIIe et de IVe République dominés par une assemblée toute puissante qui faisait et défaisait les gouvernements, se traduisant par une instabilité chronique surtout dans les périodes de crises politiques. Il était impératif, pour les constituants, de mettre fin au régime des partis qui interdisait à la France d’être gouvernée dans la durée.

La logique de cette disposition – qui s’explique par l’époque où elle fut adoptée – est fort discutable sur le plan de la démocratie parlementaire : par simple décision du Premier ministre, un texte de loi est considéré comme adopté sans même avoir été voté. L’hypothèse du vote d’une motion de censure est purement théorique : sur les 50 qui ont été déposées dans le cadre de l’usage de l’article 49-3 aucune n’a été adoptée. En effet, il est quasiment impossible de réunir une majorité absolue de l’Assemblée nationale pour renverser un gouvernement. De fait, l’utilisation de l’article 49-3 revient à abolir, le temps du vote d’une loi, la compétence de l’Assemblée nationale. Le président Sarkozy, de 2007 à 2012, n’y a jamais eu recours. La révision constitutionnelle de 2008 en a restreint l’usage possible à une seule fois par session parlementaire (hors loi de finances et d’équilibre de la sécurité sociale).

Depuis 1958, le monde a profondément changé. Avec le quinquennat, adopté en 2000, l’Assemblé nationale, élue systématiquement dans la foulée immédiate de l’élection présidentielle, a perdu l’essentiel de son prestige, de son autorité, de sa souveraineté. Elle se présente comme une annexe de l’Elysée qui de fait, lui est largement soumise. Parfois, les réactions d’une poignée de frondeurs ou les guérillas d’amendements déposés par les oppositions indisposent le pouvoir exécutif en retardant le processus législatif. Ce ne sont que les soubresauts stériles d’une démocratie parlementaire en déclin.

Aujourd’hui, cet article 49-3, notamment depuis son utilisation par Manuel Valls pour les lois de libéralisation de l’économie, se heurtant à la fronde d’une partie de sa majorité, a pris une image délétère, symbole d’autoritarisme et de faiblesse. L’ancien Premier ministre devenu candidat à la présidence de la République, voulait d’ailleurs supprimer cet article de la Constitution dont il avait pourtant fait un usage abondant.

Certes, les gouvernements ne veulent pas que le débat parlementaire s’enlise dans un combat d’amendements. Mais la France depuis plusieurs années s’enlise dans le chaos à travers la flambée de violence des Gilets Jaunes, puis l’un des plus longs mouvements sociaux de l’histoire. Les débats de société qui ne peuvent pas se dérouler dans le cadre démocratique d’une Assemblée nationale reconnue comme la représentation du peuple, se produisent sous une autre forme : celle des émeutes et de la violence dans la rue.

Plus que jamais, la fracture démocratique fait rage entre d’une part les élites dirigeantes, ressenties comme arrogantes et déconnectées, et le peuple dans son immense majorité, qui a le sentiment d’être méprisé et abandonné. L’affaiblissement continu de l’Assemblée nationale et des députés, en tant que représentants de la Nation, relais naturel entre la Nation et le pouvoir d’Etat, ne peut qu’aggraver ce phénomène. Un recours supplémentaire au 49-3, sur un sujet aussi sensible et dramatique que celui des retraites, risque d’amplifier encore davantage le climat de défiance sinon de révolte qui caractérise la France actuelle.

Maxime TANDONNET

 

 

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2017, retour sur une catastrophe (Pour Atlantico)

Ci-dessous mes réponses aux questions du site Atlantico, en binôme avec maître Hervé Lehman, avocat, ancien juge d’instruction. Le commentaire de ce dernier sur la dimension judiciaire de la catastrophe vaut le détour. 

La question de l’emploi fictif de Pénélope Fillon à laquelle s’est ajoutée celle des costumes offerts par Robert Bourgi ont annoncé la défaite de François Fillon aux présidentielles 2017. Pourtant, avec 20% des votes, il demeure le 3e homme de ce scrutin. Comment l’expliquer?

Avant la catastrophe, M. Fillon avait de sérieux atouts en sa faveur : une grande expérience de la vie gouvernementale, un style sobre et une image de probité correspondant à l’attente d’une partie de l’électorat, un projet sérieux et travaillé, un engagement dans le soutien aux chrétiens d’Orient persécutés par Daesh, un discours clair d’opposition à l’islamisme radical. Les 20% qui ont voté pour lui malgré tout représentaient le socle de l’électorat les Républicains à ce moment-là. Ensuite, cet électorat, fragilisé par le découragement, s’est déchiré entre LREM, RN et l’abstentionnisme. D’où les 8,6% des européennes de juin 2019, un score qui a été interprété par beaucoup de commentateurs comme le signe avant-coureur de la disparition de LR. Depuis lors, les données du problème ont changé : la crise de confiance, et l’impopularité présidentielle toujours plus grande, les difficultés du gouvernement, la débâcle politique de LREM, mais aussi la stagnation du RN – qui n’effectue pas de percée décisive dans l’opinion malgré le climat de chaos dans le pays, ont rouvert un espace pour les Républicains. Leur score aux municipales sera donc déterminant pour vérifier la survie voire une renaissance de la droite.

Cette défaite électorale a marqué le début d’une crise profonde dont la droite française peine à se remettre. Quelles en sont les raisons? 

 Les raisons sont nombreuses et cette défaite électorale a été avant tout un déclencheur. Cinq raisons paraissent évidentes : l’absence d’un leader incontesté ; les rivalités d’ego ; les divisions idéologiques entre une tendance centriste, européiste et une frange plus souverainiste ; la difficulté à définir une ligne, un projet ; l’écartèlement entre le LREM et le RN qui a réduit sa marge de manœuvre. Comment la droite française peut-elle se présenter comme une alternance possible ? La politique française souffre en ce moment d’une perte de crédibilité et d’une profonde déconnexion avec le peuple. Le drame de l’actuel quinquennat est d’avoir porté cette coupure, cette déconnexion à son paroxysme, par les symboles. (Jupiter), les paroles (Gaulois réfractaires), le fond des politiques (taxe carbone, 80 km/h, retraites, etc.). Le rôle de la droite aujourd’hui et sa chance, consistent faire le contraire c’est-à-dire à tendre la main au peuple et à s’engager dans une logique de confiance et de réconciliation avec lui, de dépassement de la rupture entre la France dite d’en haut et la France dite d’en bas : fin de la communication (manipulation) à outrance, discours de vérité sur l’état de la France, travail de fond, sans démagogie, sur les grands sujets de préoccupation des Français, sécurité, communautarisme, dette publique, pauvreté, maîtrise des frontières, déclin du niveau scolaire… Pour cela, au cœur d’un programme de droite devrait être la réhabilitation de la démocratie par la revalorisation du Parlement et la pratique du référendum comme mode d’expression de la souveraineté.

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Au salon de l’hypocrisie

Chaque année au mois de février le même rituel revient. Les hauts dirigeants se pressent au salon de l’agriculture sous le feu des caméras de télévision. La France, vieille nation agricole. Il faut les voir déambulant entouré de leur escorte de gardes du corps, buvant le coup, prenant des airs intéressés et tâtant le cul des vaches. A la mode: le petit jeu intelligent de celui qui reste le plus longtemps, 8H, 9H… Pour les occupants de l’Elysée, l’exercice médiatique est un moment fort de l’année. Les autres leaders politiques le suivent, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Pendant toute une année, le  monde agricole est loin de leurs priorités. 50% des exploitations agricoles ont un revenu brut de 1750 €, ce qui laisse entendre une rémunération pour l’exploitant bien en dessous du SMIC. Les agriculteurs ne partent pas en vacance, ont les pires difficultés pour scolariser leurs enfants. Ils sont victimes de l’insécurité. En 2016, 750 agriculteurs se sont suicidés, soit 30 à 40 fois plus que la moyenne des autres professions, un chiffre vertigineux qui témoigne de la souffrance d’une profession. Qui parle de cette détresse, dans le monde politique, les media télé-radio? Quel responsable national, quel média télé-radio s’est-il rendu auprès d’une petite exploitation dans la misère? Les belles images aseptisée du salon sont tout en contraste avec l’affreuse réalité, celle d’un suicide tous les deux jours. Et quand vient le salon de l’hypocrisie, sous le feu des caméras de télévision, ils sont là à se pavaner, à pérorer, à pavoiser. Moyen comme un autre de grappiller des points dans les sondages. Quant à l’évacuation d’opposants ou de trublions, elle ne fait qu’aggraver cette sensation étrange d’un décors de carton-patte, d’une bulle de communication coupée du monde réel.

Maxime TANDONNET

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Le peuple, cet inconnu

Jamais depuis la Libération, la politique française n’avait à tel point sombré dans la démence: insultes (« petites c…. »), scènes d’hystérie, exhibition d’organe sexuel, attaques sur la vie privée, réformes à la fois monstrueuses et destructrices (retraites, bac, encadrement supérieur de la fonction publique),  narcissisme exacerbé, aussi obscène que stérile, fuite devant la réalité (explosion de la dette publique, de la violence et de l’insécurité, de la pauvreté, du chaos scolaire, du communautarisme, des bidonvilles), mépris constant, affiché et revendiqué du peuple (les « sans dents » ou « Gaulois réfractaires »), chaos  derrière la façade de l’immobilisme (17 ministres changés en 30 mois), climat de scandale, naufrage dans la bêtise et l’incompétence. Quel spectacle! Depuis 1945, jamais la France n’avait assisté à un tel désastre politique, qui inclut évidemment les partis protestataires, les gesticulations honteuse et grotesques de la gauche extrême, et l’apocalypse de la droite extrême, dont le vertigineux endettement (25 M€) donne une idée de ce qu’il adviendrait du pays tombé entre ses mains.  La vraie question de fond, devant un tel cauchemar : que pense la Nation, dans ses profondeurs? Les sondages sont contradictoires et parfois orientés. Au-delà, quel est le sentiment profond du pays? Est-ce l’indifférence, et le sentiment qu’en dehors du grand spectacle obscène, la vie continue? Est-ce l’inconscience devant l’effarante faillite de la classe dirigeante? Est-ce le dégoût profond, et l’envie de vengeance à la première occasion, par la rue ou par les urnes? Est-ce la vague espérance du retour à une classe politique qui, faute de promettre des miracles, saura se montrer au moins correcte? Finalement, c’est de lui, de cet inconnu, le peuple, que tout dépend. Qu’a-t-il dans le ventre? Et dans la tête? Le pire – c’est-à-dire le statu quo – comme le meilleur, ou plutôt le moins mauvais, peuvent en sortir.  Dans une situation de chaos et d’incertitude absolue,  l’avenir n’appartient qu’à lui: pour le pire ou pour le meilleur, ou plutôt, le moins mauvais possible.

Maxime TANDONNET

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