Quel espace pour la droite républicaine?

Voici mon dernier article pour Figaro Vox. Il suggère aux républicains modérés, de choisir une troisième voie fondée sur le bon sens collectif et l’attachement à l’intérêt général, en réaction contre le culte de la personnalité et l’esbroufe qui caractérisent de plus en plus la vie politico-médiatique. Il suggère de sortir du grand spectacle narcissique et d’en revenir à la politique, au sens noble du terme, celui de l’action au service du bien commun. Au vu des réactions, sur les réseaux sociaux, il ne semble pas avoir été bien compris dans l’ensemble. Les derniers sondages montrent d’ailleurs une évolution de l’opinion exactement inverse à la logique de cette troisième voie. Que faire devant l’avalanche de la médiocrité qui déferle? A un certain stade, comment ne pas céder au découragement et à la tentation du renoncement?

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Après la grande euphorie du « nouveau monde » en 2017, la France est de nouveau entrée dans une période de trouble profond. L’affaire Benalla fut la première secousse d’une grave crise politique qui s’est prolongée en décembre dans la bataille des Gilets Jaunes et l’explosion de violence de décembre dernier. Paradoxalement, cet ébranlement s’est accompagné d’un net affaiblissement de l’opposition de droite républicaine – selon la formule convenue – qui n’en finit pas de reculer dans les sondages d’opinion, notamment en vue des élections européennes (10% selon IFOP). Pire, les défections de plusieurs de ses ténors, pour rejoindre LREM d’un côté et le camp lepéniste de l’autre, nourrissent le sentiment d’une désintégration qui s’accélère.

Les bénéficiaires du chaos ambiant pourraient bien être au nombre de deux: d’une part le président Macron dont la cote de confiance, en hausse en ce début d’année, semble tirer parti d’un réflexe légitimiste entraînant LREM à la hausse (23%); d’autre part Mme le Pen et son RN, qui lui dispute la tête des intentions de vote (21%).

Dans ce contexte, pris dans l’étau du macronisme et du lepénisme, la droite républicaine est-elle condamnée au dépérissement et à la disparition? Son échec est souvent mis sur le compte de la personnalité du président des Républicains, Laurent Wauquiez, auquel il est reproché, selon la formule consacrée, de ne pas « imprimer ». Autres explications habituelles: les querelles d’ego entre ses leaders, ou encore l’incapacité à faire émerger un chef charismatique susceptible de concurrencer Mme le Pen ou le président Macron. En vérité, la difficulté du camp des « républicains modérés » » (comme on disait jadis), à ressusciter une espérance tient à des causes plus profondes.

Au fond, la politique moderne est parfaitement incarnée dans les deux phénomènes dont le duel semble voué à rythmer la vie électorale du pays pour au moins une décennie: lepénisme et macronisme. Tous deux se fondent sur une même exaltation du culte de la personnalité, sublimation d’une image médiatique omniprésente. Ils reposent sur une même stratégie de communication à outrance, les provocations visuelles ou verbales, les petites phrases explosives autour desquelles la machine médiatique s’emballe dans de violentes crises d’hystérie. Ils se fondent également sur le grand spectacle permanent et l’appauvrissement du débat d’idées autour de chiffons rouges et d’épouvantails, tels que la « lèpre populiste » de l’un ou les « élites mondialisées » de l’autre. Sur ce terrain, tous deux paraissent imbattables.

Mais la politique fançaise est-elle inéluctablement comdamnée à une dérive dans l’esbroufe, le grand spectacle narcissique? Existe-t-il, dans la France des années 2020, un espace pour refonder la politique sur la vérité, la raison, le bien commun, le débat d’idées et les projets de société? La réponse n’est pas évidente. Elle tient au niveau réel de la culture politique et de l’esprit critique qui subsiste dans les profondeurs de la nation. Après des décennies de déclin de l’enseignement de l’histoire, du français, de la philosophie, la politique française est-elle définitivement entrée dans l’ère des manipulations de masse? Ou bien reste-t-il dans le pays un socle d’intelligence collective susceptible de fonder une reconquête?

La droite républicaine aurait tout avantage à se positionner à contre-courant de l’air du temps et à réinvestir le champ de la raison et de l’intelligence collective. Sans doute, par delà les mauvais sondages, conserve-t-elle un capital de confiance dans le pays que reflète son ancrage local. Comment le réactiver? Son rôle pourrait être d’offrir une alternative au glissement de la politique française dans l’exubérance, la posture, l’idolâtrie et l’hystérie. L’enquête annuelle de CEVIPOF sur la confiance des Français en 2019 souligne que 81% d’entre eux (+5%) ont une image négative de la politique. Inverser la tendance à l’aggravation de la fracture entre la France profonde devrait être la priorité absolue de la droie républicaine. Il lui faudrait se réorganiser autour du seul débat d’idées sur les grands sujets de préoccupation des français – matraquage fiscal, insécurité, déclin scolaire, maîtrise des frontières, chômage de masse – en se démarquant de la dérive narcissique et hystérique de la politique nationale et de toute forme de personnalisation névrotique. Le choix des hommes et des femmes appelés à défendre les couleurs de la droite républicaine aux élections est essentiel mais n’est pas une fin en soi et doit être vécu comme l’ultime aboutissement de choix de société et du service de l’intérêt général. Bien sûr la voie est étroite mais le pari sur le bon sens des Français mériterait d’être tenté.

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Brexit, un désastre européen

Le Royaume-Uni se déchire sur le Brexit et traverse une crise politique sans précédent avec le rejet du compromis de Mme May par la Chambre des Communes. L’idée d’une Europe sans la Grande-Bretagne est une monstruosité.  Le Royaume-Uni est une grande nation européenne vainqueur du nazisme et du fascisme. Il a inventé les libertés fondamentales avec l’Habeas Corpus au Moyen-Age, puis la démocratie parlementaire, il fut à l’origine de la révolution industrielle. L’Angleterre est une nation sœur de la France, l’histoire de nos deux pays est totalement liée,  pour le meilleur et pour le pire. Les plaines du Nord-Est de la France sont imbibées de sang mélangé, franco-britannique, pour la défense de la civilisation contre la barbarie au XXe siècle. 200 000 Français vivent à Londres et de nombreux anglais chérissent tellement la France qu’ils ont choisi d’y vivre. L’anglais est la langue vivante étrangère des jeunes français. Français et Anglais se marient depuis des siècles. Toute l’histoire de l’Europe repose sur un équilibre entre la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. L’histoire de l’Europe continentale, séparée ou opposée au Royaume-Unis, est celle de nos pires catastrophes. L’Europe sans le Royaume-Uni est une aberration, à tout point de vue, et le fait de l’accepter dans l’indifférence générale un signe inquiétant de résignation et de progrès de l’obscurantisme.

Maxime TANDONNET

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Réflexion sur « le Grand Débat »

Le site d’information Atlantico m’interrogeait hier, avec M. Christophe Bouillaud, sur le « Grand débat ». Dans une démocratie, le débat d’idées intervient toujours avant une élection nationale par laquelle la nation se donne un destin. On débat pendant les compagnes électorales et on agit par la suite. Le pays connaît une crise profonde due à la fracture démocratique, le gouffre entre la classe dirigeante et la nation. Un grand débat, sans vote à son issue, sans engagement de la responsabilité de l’équipe au pouvoir,  serait ressenti comme un leurre désespéré et le signe d’un infini désarroi.

  1. Ce lundi, Emmanuel Macron publie sa lettre aux Français, dans laquelle il doit annoncer les contours du prochain Grand Débat national promis lors des vœux. Cependant, la préparation du débat a connu de vraies difficultés ces dernières semaines. Le casse-tête organisationnel ne fait pas déjà de ce débat une impasse pour le pouvoir ?

Oui, le pataquès autour de la rémunération de Mme Jouanno et la démission de celle-ci n’augurent rien de bon. Pourtant, le véritable problème n’est pas d’organisation. Le réseau de l’Etat sur le territoire est dense et efficace. Les préfecture, les mairies, les établissements scolaires sont bien outillés pour une telle organisation. Le problème tient plutôt aux questions de fond. Dans une démocratie, les grands débats de fond précèdent les élections. Ils doivent avoir un enjeu concret, déboucher sur le choix de personnalités, d’un programme, d’une politique. Les élections présidentielles et législatives de 2017 ont été dominées par un scandale qui a écrasé les débats de fond. Ce débat qui n’a pas eu lieu en 2017, on voudrait le faire aujourd’hui.  Le climat de violence et d’émeutes qui s’est installé dans le pays est le résultat direct des défaillances de la démocratie française que déplorent 72% des Français (CEVIPOF 2019). Le débat qui s’ouvre peut donc s’interpréter comme un ersatz du débat qui n’a pas eu lieu en 2017. Mais il semble, de prime abord, être sans enjeu concret: il ne se traduira pas par des élections ni par un changement de cap politique. Dès lors, on peut douter qu’il suffise pour apaiser les esprits.

  1. Un sondage Eudoxa pour le Figaro montre que ce sont les sympathisants de La France insoumise qui souhaitent le plus s’impliquer dans la consultation (53 %).  Politiquement, le débat ne risque-t-il pas d’être politiquement ingérable ?

4 questions essentielles doivent y être abordées, couvrant un champ très large de la vie publique selon la lettre du président de la République: la fiscalité, l’organisation de l’Etat, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. L’intérêt des sympathisants de la France Insoumise s’explique sans doute par la perspective d’un rétablissement de l’ISF, ou la mise en place d’un impôt équivalent. Mais dans ce débat, chaque participant aura son idée derrière la tête. Il est probable qu’une multitude de revendications vont voir le jour, sur la fiscalité, sur les revenus et le pouvoir d’achat, sur les limitations de vitesse et la sécurité routière, sur l’immigration, sur l’Europe, etc.  Le grand débat s’expose ainsi au risque de la confusion. Nombre de personnes n’y verront qu’une opération de communication, un leurre pour détourner des vrais problèmes et des échecs et pour gagner du temps… Ils accuseront les dirigeants du pays de fuir l’action et les responsabilités dans une ènième opération d’enfumage. D’autres prendront la chose au sérieux, mais feront valoir des propositions déconnectées de tout principe de réalité ou inacceptables pour un gouvernement responsable, par exemple en matière de sécurité routière. La marge de manœuvre des autorités risque ainsi de se révéler étroite… Il est certain que ce grand débat se présente comme un chantier difficile à maîtriser et à canaliser vers des réponses concrètes.

  1. La grande difficulté, et peut-être le plus grand défi ne sera-t-il pas pour le Président de convertir ce débat en une action politique rassembleuse ? Peut-il y arriver ? 

 La France traverse une profonde crise démocratique qui couvait depuis des années ou des décennies. Elle tient au fait que les Français se sentent méprisés par les élites dirigeantes qui sont censées les représenter. Il me semble que le malentendu entre la France dite d’en bas, le peuple, et la France dite d’en haut, la classe dirigeante ou influente, touche en ce moment à son paroxysme. Le grand débat va s’ouvrir sur un malentendu. Une partie du pays est entrée en ébullition, avec le soutien d’une majorité, parce qu’elle veut une révolution de la gouvernance du pays, la fin du culte élyséen de la personnalité, un gouvernement et des ministres qui gouvernent, un parlement qui reflète fidèlement ses aspirations et exprime leurs attentes dans tous les domaines, le recours au référendum pour associer la nation aux grandes décisions qui la concernent, une refonte radicale du fonctionnement de l’Europe pour la rendre moins bureaucratique,  le renouveau de la démocratie de proximité et la réaffirmation du rôle des maires seule source d’autorité de proximité que plébiscitent les citoyens (CEVIPOF). La lettre du président de la République est ambitieuse, parlant d’un « nouveau contrat » national. Pourtant, sauf énorme surprise, les dirigeants du pays, organisateurs du grand débat, ne sont pas dans un état d’esprit se prêtant à une révolution démocratique et un rééquilibrage des institutions. Ils se préparent peut-être à des concessions ponctuelles, sur la fiscalité par exemple, ou sur les 80 km heures. Mais c’est tout autre chose que le pays attend. Pour que ce débat débouche sur une perspective rassembleuse, il faudrait une authentique volonté de rénovation, dans les profondeurs, de la démocratie française. Le débat prend-il ce chemin? Il est permis de s’interroger.

 

 

 

 

 

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Nouvelles d’André Tardieu

Voici un très bel article, sur mon livre consacré à André Tardieu, paru dans le Figaro Littéraire de jeudi dernier:

André Tardieu, l’incompris de Maxime Tandonnet: un  grand destin manqué. Réhabilitation d’une figure politique de la IIIe République, esprit original et visionnaire, tombé dans l’oubli.

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La crise de confiance (CEVIPOF vague 10)

Le soir de son élection à la présidence de la République le 7 mai 2017, le président Macron déclarait: « Une nouvelle page de notre longue histoire s’ouvre ce soir. Je veux que ce soit celle de l’espoir et de la confiance retrouvée. » 20 mois plus tard, les résultats de l’enquête annuelle du CEVIPOF sur la confiance des Français (vague 10 janvier 2019) sont sans appel: les trois principaux sentiments qu’ils éprouvent sont la lassitude, 32% (+7), la morosité, 31% (+8%), la méfiance, 29% (+4%). Le taux confiance en l’institution présidentielle s’effondre de 10 points en un an pour atteindre 23%. La démocratie « ne marche pas très bien » pour 70% des Français (+9). La politique inspire de la méfiance à 37% et du dégoût à 32% (+7), soit une vision négative à 81% d’entre eux (+5).  72% pensent que les responsables politiques sont plutôt corrompus (+1). Le taux de confiance en les partis politiques est de 9%.

Ce qui est dramatique, dans le régime français, c’est le découplage entre les résultats d’une politique et la notion de responsabilité. Le « nouveau monde » a fait naufrage mais tout continue comme avant et rien ne bouge au sommet de l’Etat. Le président de la République, dans ce système, assume en personne la direction du gouvernement du pays mais il est irresponsable pendant 5 ans. Situation absurde: dans toute démocratie, le responsable personnel d’une politique doit pouvoir être sanctionné en cas d’échec. Or,  les mécanismes traditionnels de la responsabilité – un Premier ministre a la tête du gouvernement et responsable devant le Parlement – ont été annihilés par le régime présidentialiste français. Un tel régime peut fonctionner avec des hommes d’Etat à sa tête. Devant une telle impasse, un aussi vertigineux discrédit populaire, un homme d’Etat (de Gaulle) aurait à cœur de poser la question de confiance au peuple par un retour aux urnes, dissolution ou référendum, et d’en assumer les conséquences en cas d’échec. Mais dès lors que des politiciens sont à la tête du pays, ils ne peuvent pas réagir en homme d’Etat: d’où l’épouvantable fiasco de notre VIe République. Le pouvoir se maintient, droit dans ses bottes, dans l’aveuglement, l’indifférence, l’incompréhension, le mépris du mécontentement et du désespoir populaire croissants. C’est pourquoi la France est entrée dans une révolte qui ne peut hélas que dégénérer.

Maxime TANDONNET

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Tornade de néant

Une tornade de néant souffle sur la France politico-médiatique. La fureur polémique s’y est installé en permanence et souffle comme un cyclone destructeur. M. Luc Ferry aurait, soi-disant, invité les forces de l’ordre à « tirer » sur les gilets jaunes. De fait il n’a jamais dit une chose pareille. Il a parlé de « faire usage de leurs armes » de maintien de l’ordre, sous-entendu, non létales. Le propos est donc totalement différent de ce qu’assène la tempête médiatique. Il n’empêche, ses paroles, bien que détournées, sont d’une grande maladresse, surtout pour un philosophe. Le silence est parfois d’or. Et puis on a eu aussi la tempête Jouanno. Cette dame est une pure créature de Nicolas Sarkozy. Par quel tour de passe-passe invraisemblable s’est-elle retrouvée au cœur d’un cyclone autour du « grand débat » de M. Macron? La fidélité est parfois une belle aventure, certes un peu ringarde, mais qui mérite d’être tentée. M. Duhamel provoque un tollé sur twitter en parlant d’un « fleuve de haine » alimenté par le Pen et Mélenchon. D’ailleurs, la hantise du fascisme est de retour comme jamais. La France dite « d’en haut » nage dans une hypocrisie monstrueuse, toujours la même. Elle fait semblant de s’offusquer, de s’indigner, et de se contorsionner de rage devant la poussée lepéniste dans les sondages. Mais cette ascension fulgurante, c’est elle qui l’encourage, une fois de plus, en offrant une tribune quasi permanente au parti lepéniste sur les télévisions françaises. Elle prépare ainsi, 3 ans et demi à l’avance, le second tour des présidentielles Macron/le Pen espérant assurer  la réélection du premier. Toute cette crise de folie trouve d’ailleurs son origine dans les profondeurs d’un système politique ruiné par la personnalisation outrancière du pouvoir, quintessence de l’abêtissement de masse, qui agite la fièvre des passions (amoureuses ou haineuses) et détruit peu à peu la raison, l’intelligence et le débat d’idées. Elle trouve sa source profonde dans l’abolition de fait de la démocratie française et la mise à l’écart du pays des décisions qui le concernent. Pendant ce temps là, plus personne ne parle des vrais problèmes, dette publique, chômage, insécurité, maîtrise des migrations, crise de l’école, etc. Et chaque matin, on se demande: quelle seront les polémiques du jour?

Maxime TANDONNET

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Crise sociale, que faire? (pour Atlantico)

1/Le gouvernement semble être divisé sur la suite des opérations à mener pour tenter d’apaiser le pays. Par exemple, Jean-Michel Blanquer est favorable à l’idée de la manifestation du 27 janvier anti Gilets jaunes quand Stanislas Guerini (délégué général de En Marche) semble s’y opposer. Selon vous pour obtenir l’apaisement, Emmanuel Macron et le gouvernement pourraient-ils surjouer le réflexe légitimiste et la stratégie du « moi ou le chaos » face aux Gilets jaunes pour miser sur un retournement comme celui connu par le général de Gaulle en 1968 au risque d’alimenter le climat insurrectionnel ?

Les deux situations sont incomparables. En mai 1968, de Gaulle bénéficiait dans le pays d’une cote de confiance très élevée, d’environ 60%. Son prestige était immense, auteur de l’appel du 18 juin 1940 et de la fin de la guerre d’Algérie. Le président Macron suscite quant à lui une image négative dans les quatre-cinquièmes du pays. Un puissant réflexe légitimiste autour de lui paraît peu probable. Même M. Hollande, dans son impopularité, bénéficiait d’un fond de sympathie dû à son apparente bonhomie, qui a pu se traduire par un réflexe unitaire autour de lui, certes éphémère, lors des attentats terroristes. Chez l’actuel chef de l’Etat, ce lien ultime semble absent. La rupture avec le pays est encore plus prononcée.

2/Est-ce qu’entendre la demande de réintégration dans le champ politique démocratique de ceux des Gilets jaunes qui ne sont pas factieux (et qui, à priori sont une majorité) ne serait pas risquer l’enlisement face à un mouvement non organisé structurellement horizontal ?

Nous avons affaire à un mouvement contestataire d’un type nouveau, sans hiérarchie et tirant sa force de la mobilisation sur Internet. Son mode d’action est foncièrement tourné vers l’image médiatique. Il ne bloque pas le pays, pour l’instant, comme une grève des transporteurs, de la RATP ou de la SNCF. Jamais on n’avait vu un conflit social sans grève, qui se déroule exclusivement le samedi pour éviter de sacrifier une situation professionnelle ou un salaire. Il ne vise pas le patronat, l’entreprise, mais le pouvoir politique. Ce mouvement existe, non par la grève, mais par des opérations violentes spectaculaires et médiatisées qui minent l’équipe dirigeante par l’image de chaos qu’elles diffusent en France et dans le monde entier. Il est ainsi très politique sur le fond. Il n’a pas de revendications précises. Compte tenu du soutien populaire dont il bénéficie, nous sommes dans la revanche de la « France périphérique » qui veut faire plier ce qu’elle considère comme  les élites « parisianistes » au pouvoir. Le mouvement est passionnel plus que rationnel, d’où son caractère dangereusement inflammable.

3/Selon vous, quelle est la stratégie la plus vraisemblable que suivra Emmanuel Macron ?  Et quelle serait la plus efficace ?

Comment se mettre à sa place? Le risque d’un embrasement n’a rien de théorique. Que faire si les lycéens, les étudiants et les salariés se joignent au mouvement? Les choses peuvent gravement dégénérer. Le grand débat ne suffira pas à apaiser les esprits. Il apparaît trop comme une opération de communication et risque d’attiser les tensions. Il faudrait un geste politique et symbolique fort, montrant que le pouvoir a bien conscience du sérieux et de la gravité de la situation. Ce qui a mis fin à la crise de mai 1968, c’est la décision de dissoudre l’Assemblée nationale. Le président Macron ne prendra sans doute pas ce risque, en tout cas pas maintenant. Mais un changement de gouvernement et un renouvellement complet de l’équipe au pouvoir représenterait un geste à la hauteur de la gravité des événements et un contre-feu significatif.

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Chronique pour le Midi Libre du 06/01

Ci-dessous ma chronique de dimanche dernier pour le Midi Libre.

Comment restaurer la confiance?

La classe dirigeante française a perdu la confiance de la Nation. Ce phénomène se manifeste par l’effondrement des cotes de popularité, une abstention vertigineuse, la poussée du vote anti-système, le soutien populaire aux Gilets Jaunes. Il ne date pas strictement de l’ère Macron, même si, dans un régime fondé sur la personnalisation du pouvoir à outrance, il s’exprime notamment dans la défiance envers le chef de l’Etat. Or, l’autorité verticale, la réforme imposée par le haut à un peuple réticent et rebelle est une gageure dans une démocratie moderne. En l’absence d’une dynamique de confiance, les relais normaux de la politique gouvernementale, les administrations, les collectivités locales, les entreprises, le monde associatif, entrent dans une logique d’inertie. L’opinion, animée par les médias et les réseaux sociaux, se soulève et oblige le gouvernement a reculer sur ses projets tels que la « taxe carbone ».

La confiance est le carburant de tout gouvernement efficace. Le président Macron et son gouvernement tentent de regagner cette dernière. Voeux solennels aux Français, ouverture d’un grand débat national, perspective d’un référendum à questions multiples… Ces initiatives seront-elles suffisantes? Le malaise est bien plus profond et la classe dirigeante française n’en mesure pas la gravité. Depuis 2011, la France a basculé dans un autre univers mental. La succession des scandales (DSK, Cahuzac…), la vague terroriste islamiste, la faillite des politiques sur le chômage et l’autorité de l’Etat, ont bouleversé la vision des Français envers la politique. Ils ne supportent plus désormais les postures narcissiques, les artifices de communication, le carriérisme et l’obsession de la réélection. Ils en attendent un discours d’humilité, de vérité et d’engagement authentique pour le seul intérêt général. Dans une démocratie, les politiques ne sont pas des demi-dieux mais les serviteurs de la Nation. Et s’il fallait commencer par là?

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GJ, encore et toujours…

Quelles leçons de la poursuite des émeutes des Gilets Jaunes? C’est la première fois semble-t-il qu’un mouvement de révolte de cette importance se prolonge au-delà de vacances scolaires et de la trêve des « fêtes ». Que faut-il en penser?

  • Crise de l’autorité de l’Etat: La scène emblématique des gendarmes ou policiers roués de coups sur un pont à Paris, est innommable: quand la loi de la jungle et de la force bestiale l’emportent sur un Etat de droit qui n’est plus respecté…
  • Le désastre de la politique française: le mélange de concessions précipitées  et de coups de menton vantards à la télévision qui se succèdent à tous les niveaux est désastreux, cette mixture de désarroi, de vanité, de provocation stérile et d’impuissance est un signe de faiblesse et de vide qui donne le vertige.
  • Le drame de la démocratie française bafouée: quand plus personne ne semble croire au suffrage universel, surtout après le grand séisme des élections biaisées de mai/juin 2017, la violence et la barbarie s’emparent de la rue comme un cancer.
  • Le prix de l’indécision: la grandiloquence et les postures ne sont que le voile de l’incapacité des dirigeants à agir et à s’adapter. Un tel chaos appelle des décisions fortes, des changements de têtes radicaux, voire un appel aux urnes. Rien ne se passe quand les boursouflures d’ego anéantissent toute forme de lucidité et sens de l’audace.
  • L’abîme qui s’ouvre: tenaillée entre l’affligeante médiocrité « d’en haut » et la poussée de la violence et du chaos « d’en bas », la France roule de plus en plus vite à l’abîme et une véritable catastrophe qui la guette dans les mois à venir.
  • L’absence de solution politique alternative aujourd’hui, et c’est peut-être ce qui est le plus terrible. Les « anti-systèmes » qui jettent de l’huile sur le feu ont sombré dans l’opportunisme affligeant et irresponsable et les modérés s’enfoncent dans leur dérive égotique, incapables du moindre geste intelligent (une prise de position commune par exemple).
  • Pendant ce temps, le monde est traversé de profondes tensions: une violente crise économique menace, l’Europe ne cesse de se déglinguer, dans l’aveuglement général, la Chine et la Russie tentent de s’unifier, les Etats-Unis se retirent du Moyen-Orient, la guerre civile fait rage au Yémen,  la misère progresse en Afrique sur fond d’une démographie hors contrôle. Et la France paralysée se noie dans les sables mouvants du désordre et de la médiocrité.

Maxime TANDONNET

 

 

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Le Point, sur André Tardieu

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Leçon d’une démission

Sylvain Fort, conseiller communication et auteur de divers discours du président Macron, démissionne de l’Elysée. Ce départ n’a rien d’anodin. Pour qui s’intéresse à la politique et à la vie publique, servir au cabinet présidentiel, surtout à ce niveau de proximité avec le chef de l’Etat, est une chance précieuse, inestimable. La démission dans ces conditions est un geste peu commun. D’abord, elle est le signe d’une force de caractère et d’une belle richesse humaine et intellectuelle, dont témoigne d’ailleurs le cursus de M. Fort, la marque de celui qui n’est pas prêt à s’accrocher à tout prix aux honneurs du Palais présidentiel. Ensuite, intervenant au bout de 20 mois, elle exprime de toute évidence un désarroi et le pressentiment d’une évolution à laquelle on ne souhaite pas être associé. Mais je ne peux ici que me répéter. La personnalité du président Macron n’est pas la question essentielle au regard du chaos politique et social, contrairement à une vision superficielle, mimétique et outrancière qui s’étale partout. C’est la présidence de la République, telle qu’elle est devenue aujourd’hui, réduite à l’institutionnalisation morbide du pire de la vanité humaine qui est en la cause. La malédiction élyséenne accomplit son oeuvre sordide. Avec n’importe quelle autre personnalité à l’Elysée, la déchéance prendrait une toute autre forme sans doute, adaptée à un autre caractère, un autre visage. Mais elle se réaliserait tout autant. Désormais, vouloir prendre l’Elysée, dans les conditions actuelles, ne peut convenir qu’à des esprits inachevés moralement et intellectuellement. D’ailleurs, cette image du demi dieu enfermé dans sa tour d’ivoire, exposé à la furia médiatique, prétendument tout puissant – une idée mensongère – et responsable de tout, mène à une fuite en avant mortelle. Le pays, noyé dans l’illusion d’une fausse autocratie, impuissante et inefficace, se voit (de fait) privé de Gouvernement, de ministres, de parlementaires et de grands élus, de partis politiques, pour faire le relais entre le pouvoir et le monde des réalités. Ainsi, il marche inéluctablement vers le déchirement et le  précipice. Nul ne sait ce qu’il va en advenir du quinquennat actuel. Mais en tout cas une certitude: remplacer l’actuel chef de l’Etat, homme pour homme, dans la même logique, le même régime, le même modèle politique, en 2020 ou en 2022, ne serait qu’un pas supplémentaire dans l’effondrement de la France. Toute la démocratie française est à refonder. Il faut marteler ce message en espérant « qu’ils » comprennent un jour.

Maxime TANDONNET

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Sortie de ma biographie d’André Tardieu

Demain le 3 janvier sort en librairie ma biographie d’André Tardieu (l’incompris) aux éditions Perrin. Ce livre m’est particulièrement précieux. Des centaine de cartons poussiéreux de ses archives personnelles, lettres privées, manuscrits d’ouvrages et d’articles, carnets, comptes bancaires, notes et rapports, ensevelis depuis 80 ans, m’ont ouvert les portes de l’histoire de sa vie et de ses passions.

Ce personnage qui a vécu de 1876 à 1945 est sans doute l’un des hommes d’Etat les plus lettrés et les plus lucides du XXe siècle.  Plusieurs fois ministre, trois fois président du Conseil, obsédé par le bien commun et l’intérêt de la France, il a tenté en vain de bousculer la routine d’un régime en plein effondrement.  Visionnaire, il annonçait, avant tout le monde, la déchéance de la IIIe République et le péril hitlérien dès 1931, dans l’indifférence absolue, l’aveuglement et le pacifisme de la société française « d’en haut ». Ses propositions de réformes sont à la source de la Ve République du Général de Gaulle, en tout cas telle qu’elle fut à ses débuts.

Insulté, jalousé, outragé, caricaturé en permanence, en butte à la médiocrité et à la haine, il a terminé sa vie en ermite, sur sa montagne à Menton, avec l’ambition de s’adresser directement au peuple qu’il aimait d’un amour sincère pour sauver le pays, un peuple en qui il voyait le dernier recours face au péril du déclin et de la poussée hitlérienne. La masse gigantesque des pièces écrites qu’il a laissées pourfend son image de « Mirobolant ». Nous y découvrons bien au contraire un homme profondément tourmenté par ses intuitions prophétiques. Certes, amoureux passionné des plaisirs de la vie, de l’humour et de la bonne chère, mais cet épicurisme outrancier n’était rien d’autre qu’une réaction contre ses tourments intérieurs.

Pour un biographe, le risque de trop s’attacher à son personnage est sans doute de perdre l’objectivité à son égard. J’ai voulu me garder de ce travers en ne dissimulant absolument rien de ses faiblesses, de ses excès et de ses défauts, par exemple sa misanthropie (envers les hommes du régime et les partis), son intransigeance, et son mépris pour tout ce qu’il qualifiait de médiocrité. Le message prophétique d’André Tardieu est d’une richesse infinie pour notre époque. Mais ce qui me sidère toujours, c’est l’injustice de la postérité, le drame de l’oubli et pire, celui du dénigrement et de la calomnie par delà les décennies ou les siècles. La médiocrité et la jalousie doivent-elle avoir le dernier mot? Mon espérance, dans cet ouvrage, a été d’essayer de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, sur un authentique homme d’Etat, un homme d’Etat à l’image de ceux dont la France aurait tant besoin aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

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Voeux d’excellente année 2019

C’est avec beaucoup de plaisir que je présente mes vœux d’excellente année 2019 aux visiteurs et aux habitués de ces pages. Dans la tourmente du quotidien, l’essentiel nous échappe: le bonheur simple de la vie, être en bonne santé quand on a cette chance, une vie de famille harmonieuse, les plaisirs de la nature, de l’amitié et de la culture qui ne doivent rien au regard des autres. Je souhaite à tous, en 2019, de savoir saisir chaque chance de bonheur comme un atome précieux. Sur le plan collectif, nous n’avons hélas sans doute pas de miracle à attendre. Pour cette année, espérons un peu moins de tumulte absurde et stérile, un peu moins de médiocrité, et une lueur d’espérance dans le retour de la raison politique… En tout cas, c’est l’occasion pour moi de remercier infiniment toutes les personnes qui s’intéressent à ce site dont l’objectif est, non pas d’asséner des vérités prétentieuses, mais de servir de plateforme d’échange d’idées entre gens honnêtes et courtois. D’ailleurs, il me faut rendre hommage aux auteurs des commentaires, toujours riches de leur bon sens et de leur modération et souvent bien plus intéressants que le billet initial qui sert de base départ aux discussions! Un grand merci à eux sans lesquels ce site qui entame sa neuvième année, en progression constante, aurait cessé depuis bien longtemps! Et excellente année 2019!

Maxime

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Réponse à M. Luc Ferry: ni élitisme, ni démagogie

Dans un bel article au Figaro intitulé « Contre le RIC pour l’élitisme »,  qui a le mérite de la hauteur de vue et de la modération, deux qualités précieuses en cette période de trouble des esprits, le philosophe M. Luc Ferry prononce une mise en garde contre le référendum d’initiative populaire (RIC). S’attachant à une question de fond,  il dénonce brillamment l’échec des dix-premiers mois du quinquennat Macron qu’il attribue pour l’essentiel à la déconnexion de ce dernier qui n’a, selon lui, compris ni la France, ni les Français.

Pour autant, il s’oppose à la solution de la démocratie directe, mise en avant autour du débat sur le RIC: « Démagogie n’est pas démocratie et ce n’est pas en vain qu’on a inventé le système représentatif […] Le dénigrement actuel des experts et la critique de l’élitisme sont la pire calamité du temps présent. Du reste, ceux qui plaident pour la démocratie directe et le «dégagisme» des élites en proviennent le plus souvent. Ce sont en général des bourgeois diplômés, des membres de l’intelligentsia qui parlent au nom du peuple, mais n’en font surtout pas partie. Les «vrais gens», eux, connaissent leurs limites. Ils ne prétendent pas gouverner, mais être entendus et respectés. […] Ils demandent à débattre sur des programmes, sur des valeurs, pas sur des lois ou des questions techniques qui requièrent une expertise que nul ne peut sérieusement contester. »

Sa thèse signifie que le peuple doit pouvoir donner son avis, mais qu’il n’intervient pas dans la prise de décision, qui du fait de sa complexité, incombe aux seuls spécialistes et aux experts, donc aux fameuses « élites » dirigeantes, intellectuelles, techniciennes, politiques. L’ opinion du peuple doit être prise en compte, mais le peuple ne saurait prendre part lui-même à la décision dès lors que « les vrais gens, eux, connaissent leurs limites ». M. Ferry est ainsi favorable à une démocratie représentative authentique. Le peuple élit ses représentants pour voter des lois conforme à ses vœux, qui sont rédigées par des juristes ou des technocrates, puis interprétées par les magistrats. Mais pourquoi donc une telle logique se révèle-t-elle aujourd’hui défaillante, ou insuffisante?

Il est illusoire d’imaginer un mode de fonctionnement de la vie publique dans lequel les élites politiques, médiatiques, intellectuelles, administratives, économiques, judiciaires seraient disposées à prendre en compte sincèrement la parole du peuple et à la traduire en toue honnêteté et transparence sous forme de décision et de politique publique. En effet, la cassure idéologique entre la France dite « d’en haut » et celle dite « d’en bas » est réelle et profonde, interdisant la perspective d’une telle harmonie.

La classe dirigeante ou privilégiée, ayant fréquentée les bancs des grands écoles ou supposées telles et des universités prestigieuses, développe un point de vue dominant chez elle (bien que non exclusif), sur la nécessité de l’intégration bruxelloise toujours plus poussée, au détriment de la nation, les bienfaits de la suppression progressive des frontières, obstacles au libre-échange planétaire et à la liberté d’immigration, le libre arbitre individuel à tout point de vue, valeur-clé de l’avenir.

En face, l’opinion publique demeure majoritairement ancrée sur des valeurs traditionnelles que sont la nation, les frontières, l’ordre, l’éducation, parfois la religion. La logique de cette opposition n’est pas celle d’un dialogue, mais d’une soi-disant vérité opposée à un obscurantisme. La sphère dite « d’en haut » pense détenir une vérité, d’ordre absolu, immuable, indiscutable. Elle se sait dans le sens du progrès vers un avenir radieux, vers le bien de l’humanité et voit dans tout obstacle à cette marche en avant une sorte d’hérésie. Il n’est donc pas question d’écoute sincère du peuple et d’une quête de compromis avec lui. Elle peut le cas échéant faire semblant de l’écouter, mais trouvera toujours mille biais pour s’affranchir de sa volonté. Dans l’idéologie contemporaine, le peuple n’a pas vocation à être écouté mais à être converti.

Qui a tort, qui a raison? Le recul de l’histoire montre que les élites dirigeantes ne cessent de se tromper. Elles étaient ultra-nationalistes dans les années 1900, jusqu’au naufrage de la civilisation en 1914-1918. Elles étaient pacifistes dans les années 1920-1930, face à l’hitlérisme, jusqu’à  l’apocalypse de 1939-1945 (90 millions de morts selon les dernières estimations). Puis elles étaient marxistes dans les années 1950 et 1960, persuadées, à l’image de leurs maîtres penseurs, que l’avenir du monde était dans le communisme soviétique. On sait ce qu’il en est advenu. Les élites d’aujourd’hui, (hormis les exceptions), nous les connaissons: post-nationales, post-frontières, post-démocratie, converties à l’ultra-narcissisme, au culte de la technocratie, des lois du marché et du gouvernement des juges. Poussées par l’idéologie, elles ont entraîné la France et l’Europe dans l’impasse où elles se trouvent aujourd’hui.

Mais il n’est pas question pour autant de prétendre que « vox populi, vox dei« , le peuple a toujours raison. Il se trompe aussi la plupart du temps. Influençable, il se plie à l’air du temps et in fine, vote selon les mots d’ordre qui lui sont infligés par la classe dirigeante, ou influente. Quand il se rebelle (révolte des gilets jaunes), il s’expose au chaos, à la violence, à la caricature et aux récupérations, et ses mouvements de colère, récupérés, font choux blanc.

Qui a tort, qui a raison? Parfois, il se trouve des personnalités hors normes, des visionnaires, qui perçoivent, à un moment donné, le sens des événements, la réalité des rapports de forces, la signification des anecdotes ou l’insignifiance des grands discours ou principes et la logique des événements en cours, voyant s’ouvrir les abîmes qui jalonnent l’horizon. Mais ceux-là sont infiniment minoritaires voire totalement isolés et ne sont pas écoutés, le plus souvent maudits, traités en parias, en misanthropes, en réactionnaires, en pessimistes, en grincheux et en ringards. Leurs avertissements sont voués à la moquerie, au lynchage, ou pire, à l’indifférence. Trop souvent, la raison et la vérité se noient dans le brouillard de la médiocrité des élites comme du peuple.

Qui a raison, qui a tort? Je ne suis pas d’accord avec Luc Ferry. Le vrai n’appartient pas plus aux élites qu’au peuple. Il est faux de penser que le peuple est par définition et toujours soumis aux sirènes de la démagogie. S’il l’était vraiment, il aurait voté pour M. Hamon avec son « visa humanitaire » et  son « revenu universel pour tous » (en dehors d’un travail). En 2007, le peuple a d’ailleurs voté pour le slogan « travailler plus pour gagner plus » qui n’a rien de démagogique. Il a été déçu et après, en 2012 et en 2017, c’est vrai qu’il a flanché et à deux reprises. Non, M. Ferry, le peuple n’est pas plus voué à la démagogie ni à l’obscurantisme que les élites. Rien n’est parfait, rien n’est pur ni sacré, il n’existe nulle part de solution miracle et les seuls qui voient juste, les prophètes, ces oiseaux de malheur, ne sont jamais écoutés. Toutefois, affirmer que les élites sont plus éclairées que le peuple est une contre-vérité historique.

C’est pourquoi le référendum, à condition de ne pas en abuser, ne pas le banaliser au point de provoquer la lassitude, à condition d’être accompagné d’un travail d’explication et d’information honnête et impartial, peut être un outil de gouvernement efficace et juste, complémentaire à la démocratie parlementaire, à l’image de la Ve République du Général de Gaulle à ses débuts: le peuple a tranché, et il a bien tranché, contre les élites, par exemple sur la décolonisation. Un référendum annuel, sur des questions essentielles pour l’avenir du pays, serait un mode de respiration démocratique et une manière de réintégrer le peuple dans le circuit des décisions.  En tout, une dose de démocratie directe vaudra toujours mieux que le Grand-Guignol politico-médiatique, quintessence d’un élitisme dégénéré, auquel nous assistons aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

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Le drame de la personnalisation à outrance (pour Atlantico)

Eructer ou déverser sa rage sur la personne du président Macron en le traitant de « gamin » ou autre, comme on le voit partout en ce moment, ne m’intéresse absolument pas. C’est tellement facile: les pires cracheurs de haine d’aujourd’hui ont été les plus fervents adorateurs des premiers temps. Les girouettes suivent le sens du vent, ou plutôt de la tempête. L’effondrement programmé de tout un système de pouvoir fondé sur le culte de l’image élyséenne était une évidence depuis le début. Nul besoin d’être visionnaire, il suffisait d’ouvrir les yeux deux minutes. Dans la divinisation des premiers mois, le célèbre « la France va être amoureuse de Macron », puis l’exercice de lèche-botte forcené des radios et télévisions et d’une bonne partie de la presse, se profilait déjà la déferlante de haine qui submerge aujourd’hui la France politico-médiatique. « Je lèche, je lâche, je lynche », pourrait être la nouvelle devise nationale en remplacement du « liberté, égalité, fraternité ». Qui l’a fait roi? Les mêmes que ceux qui se déchaînent aujourd’hui. Et il se trouvera toujours des naïfs pour imaginer que des le Pen, Mélenchon ou tout autre, élus demain, dans le même système broyeur du bien commun et de l’intelligence collective, connaîtraient un tout autre sort. Non, ce qu’il faut, c’est essayer de prendre de la hauteur et de comprendre la vertigineuse débâcle de la vie politique française qui nous entraîne à l’abîme et s’incarne dans un visage. Une nouvelle chasse-à-l’homme pour couvrir le désastre de tout un système politique dans le contexte d’un abêtissement général qui prend des proportions hallucinantes.  C’est en ce sens que j’ai tenté de répondre aux questions du site Atlantico.

Emmanuel Macron aurait récemment confié à l’un de ses proches être persuadé que « les journalistes voulaient sa mort » (canard enchaîné). Alors qu’il est au plus bas dans les sondages, le président de la République semble obsédé par sa propre personne. N’y a-t-il pas un réel besoin de dépersonnalisation ?

La personnalisation du pouvoir touche en effet à sa quintessence. Cette obsession du « je » finit par écraser chaque discours, chaque prise de parole. Le président Macron n’est pas le premier ni le seul. Déjà, M. Mitterrand comme M. Hollande revendiquaient la passion de leur « trace dans l’histoire ». Quant à ses principaux opposants, ils paraissent tout autant enivrés de leur personne. Cette personnalisation à outrance de la politique est doublement paradoxale. Elle se déroule dans un pays qui se prétend républicain. Or, toute l’histoire de la République est celle d’une réaction contre les excès de la personnalisation incarnés par l’empire de Napoléon III. En outre, notre époque tient – heureusement – en horreur les régimes totalitaires du passé. Or, ceux-ci se caractérisaient par une extrême personnalisation du pouvoir, autour d’un Guide, Petit Père des peuples ou Grand Timonier. Il y a une vraie contradiction à condamner le totalitarisme tout en banalisant l’une de ses caractéristiques. Cette tendance actuelle à la personnalisation à outrance a plusieurs explications: un régime politique français qui sublime jusqu’à l’absurde l’image présidentielle; la médiatisation forcenée de la politique; une époque privilégiant des valeurs narcissiques comme le dénonçait Gilles Lipovetski dans l’Ere du vide; l’incapacité des dirigeants politique à régler les problèmes concret des Français se traduisant par une fuite dans le spectacle et l’émotionnel; le déclin dans le pays de la pensée, de la culture politique et du débat d’idées. Cette personnalisation à outrance de la politique n’est pas le signe de l’autorité ou de l’efficacité mais bien au contraire le masque d’un néant.

Face à la crise des gilets jaunes, le président apparaît plus déconnecté de la réalité que jamais. Comment peut-il regagner la confiance des français ? 

Le plus étrange, c’est la déconnexion des grands politiques qui ne se rendent absolument pas compte, les uns et les autres, à quel point cette boulimie d’eux-mêmes, dans un contexte aussi difficile et anxiogène, est devenue insupportable aux Français. Elle nourrit l’impression que les dirigeants politiques ne s’intéressent qu’à leur destin personnel (la réélection), plutôt qu’à l’intérêt général. La sempiternelle référence au modèle gaullien est absurde et hors propos: nul ne peut prétendre à la légitimité historique issue de l’appel du 18 juin 1940 qui justifiait seule la personnalisation du pouvoir gaullien. Le président Macron faisait fausse route en proclamant, au lendemain de son élection,« je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque ». Les Français n’élisent pas leurs hauts dirigeants pour les faire rêver, mais pour régler leurs problèmes. Il n’y a pas d’exemple de confiance perdue qui ait été retrouvée par un chef de l’Etat à l’intérieur d’une même séquence politique. La confiance peut être retrouvée à la suite d’un choc politique comme une élection législative perdue et une entrée en cohabitation avec l’opposition, à l’image de Mitterrand en 1986 et de Chirac en 1997. La seule manière pour M. Macron de renouer avec un haut niveau de popularité serait de dissoudre l’Assemblée et d’entrer dans la posture d’un président de cohabitation, n’ayant plus, dès lors, la responsabilité du gouvernement de la France et de ses malheurs. Or, ce scénario, le seul qui lui permettrait peut-être d’être réélu en 2022, est aujourd’hui difficilement concevable dans le contexte de la décomposition politique et en l’absence d’une opposition de droite qui serait en mesure d’assumer l’alternance.

A quelques mois des européennes, comment lui-même et son parti peuvent-ils s’afficher sous un nouveau jour ? Peuvent-ils tourner durablement la page ? Est-ce encore possible ? 

On a du mal à imaginer un tel redressement en quelque 5 mois. Bien au contraire, la poursuite de l’émiettement jusqu’à la désintégration d’un parti champignon est à craindre… Le cas échéant, un hypothétique redressement suppose une prise de conscience. Pendant tout le second semestre de 2018, le roman élyséen a été dominé par la lutte à mort entre le bien post national et élitiste, dont le président s’est fait le porte-parole, et la lèpre populiste ou populaire, ou nationaliste, incarnée aujourd’hui par le Brexit, l’Italie de Salvini ou la Hongrie de Orban – et en France la « vile multitude » des Gilets Jaunes. Au fond, l’idée était de refaire le débat de 2005 sur la Constitution européenne, le oui macronien, le oui de l’ouverture, de la modernité, le oui post-frontières prenant sa revanche sur le non infamant, ringard et maudit. Le problème, c’est que le président de la République est le président de tous les Français et sa première mission est d’incarner l’unité plutôt que d’attiser les passions hostiles. Cette logique a débouché, en décembre, sur la crise des Gilets Jaunes, la révolte de la France périphérique qui s’est sentie abandonnée, sinon humiliée. Il faudrait donc, pour espérer inverser la tendance, un changement radical de son discours, de sa posture, de sa politique, un retour à des vertus républicaines oubliées, la modestie et la discrétion, le désintéressement personnel, le goût de la vérité sans fard et de l’action pragmatique et sans frime, sans calcul, réussir à convaincre qu’il ne travaille pas à sa réélection ni pour une faction privilégiée mais uniquement dans l’intérêt de toute la nation. Le défi est de taille…

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2018, année de désillusions

Voici, réalisé pour le site d’information Atlantico, le bilan de l’année 2018, une année dominée par la désillusion.

En France comme en Europe, 2018 aurait pu être la grande année de réflexion sur l’Histoire, sur le destin des Nations, de la paix et de l’humanité. Elle marquait en effet le centenaire de l’une des dates clés de l’épopée humaine: la Victoire de 1918, la fin de la Première Guerre mondiale et l’entrée dans le XXe siècle. La Victoire, payée au prix du sang de 15 millions d’hommes, nous le savons aujourd’hui, était en trompe-l’œil et ouvrait la voie au triomphe du totalitarisme, à l’Apocalypse de 1940 et au vertigineux déclin de l’Europe. Le retour sur ces événements au niveau du grand public, n’a pas vraiment eu lieu. Il n’en est resté qu’une banale polémique sur l’absence de l’Armée aux célébrations du 11 novembre 2018. La chance d’un vrai débat d’idées sur cette époque charnière a avorté. Bref, le centenaire de 1918, en dehors de quelques succès d’édition, a fait choux blanc… Ce fiasco est le signe d’une époque noyée dans les soubresauts du quotidien et incapable de prendre de la hauteur, un symptôme de l’affaiblissement de la mémoire et de l’intelligence collectives.

En politique intérieure, l’excitation, l’hystérie, les polémiques n’ont pas manqué. 2018, l’une des rares années sans enjeu électoral, fut dominée par la déception. Le plus jeune président de la République de l’histoire, élu à 39 ans en mai 2017, revendiquait une ambition jupitérienne de « transformation » de la France. Emblème d’un « nouveau monde » vertueux qui devait se substituer à l’ancienne politique hantée par les scandales politico-financiers, il bâtissait son image sur un principe d’autorité inflexible. « Je serai d’une détermination absolue et je ne céderai en rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes », prévenait-il.

Or, l’année 2018 s’est ouverte comme elle s’est conclue, sur deux renoncements emblématiques. En janvier, le gouvernement annonçait que face à la menace d’une épreuve de force brandie par les zadistes, il abandonnait le projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, pourtant approuvé par un référendum local. Puis en décembre, le pouvoir, après de multiples manifestations de fermeté et promesses de ne jamais reculer sur le dossier, après 4 semaines de manifestations des « Gilets jaunes », marquées par des violences et destructions dans tout le pays, abandonnait son projet de taxe carbone qui devait renchérir le prix du carburant.

L’autorité présidentielle, bien loin d’avoir profité de la victoire de l’équipe de France en coupe du monde à Moscou, un 15 juillet, a gravement pâti d’un scandale de trois semaines dit « affaire Benalla », du nom de ce membre du cabinet présidentiel, en charge de la sécurité du chef de l’Etat, filmé en train de commettre des violences sur des manifestants. Plusieurs sondages, en fin d’année 2018, donnaient le président Macron comme le président le plus impopulaire de l’histoire, battant les records atteints par son prédécesseur à l’Elysée, François Hollande. Avec cette nouvelle déception, tout un mode de pilotage de la France, fondé sur la surexposition de l’image présidentielle, au détriment des autres sources d’autorité, le gouvernement, le Parlement, les collectivités locales, est désormais en question. La rupture entre le pays profond et ses élites dirigeantes a ainsi atteint son paroxysme.

Mais la crise politique française n’est sans doute que la déclinaison, à l’échelle d’une nation, d’un séisme qui frappe l’ensemble du continent européen. En 2018, la décomposition de l’idéal européen s’est fortement accélérée. Il y a eu l’arrivée au pouvoir en Italie d’une coalition dite « antisystème » ou populiste, unissant la Ligue et le M5S qui conteste les fondements de la construction européenne en particulier une politique jugée laxiste en matière d’immigration. Mais aussi la rébellion ouverte de la Hongrie de Orban, de la Slovaquie et de la Pologne contre les visées de l’Union européenne d’organiser une répartition des migrants sur tout le continent. En outre, le Brexit se déroule dans des conditions obscures et l’année 2018 s’achevait sans perspective d’un divorce à l’amiable entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Quant à l’Allemagne, elle est au cœur de tous les paradoxes: puissance industrielle dont la domination économique sur toute l’Europe se révèle écrasante, au point d’inquiéter et de favoriser les forces d’éclatement, elle se trouve elle aussi déstabilisée sur le plan politique par les suites de la crise migratoire de 2015 et 2016, la politique d’accueil d’un million de migrants, conduite par la chancelière Merkel, reprochée à cette dernière, se traduisant par son affaiblissement et départ annoncé.

Cette violente crise de l’Union européenne qui donne tous les signes d’une désintégration politique, se déroule dans un contexte dramatique pour le vieux continent face à un monde dominé par quelques géants dont l’année 2018 n’a cessé de renforcer la suprématie. Les Etats-Unis sont plus que jamais la première puissance planétaire, économique, militaire, politique et les frasques de son étrange président, Donald Trump, régnant par les provocations lancées sur twitter, n’ont pas effacé le formidable dynamisme économique de son pays. La Russie de Poutine est sortie victorieuse de son bras de fer avec le monde occidental pour assurer le maintien au pouvoir du régime d’Assad en Syrie. La Chine, avec son désormais président élu à vie, Xi Jinping, poursuit sa course de long terme pour disputer la suprématie planétaire à l’Amérique. A ces grands défis du futur s’ajoute celui de la démographie de l’Afrique, plusieurs études de l’ONU annonçant qu’en 2050 sa population doit doubler pour atteindre les 2 milliards, puis 4 milliards en fin de siècle, sans que ses ressources ne permettent de faire face à cette expansion. Et puis la menace du terrorisme islamiste qui a frappé l’Europe a plusieurs reprises, dont la France sur la marché de Noël de Strasbourg, clôturant ainsi l’année par une tragédie, n’a jamais cessé de hanter les esprits malgré l’affaiblissement voire la défaite de Daesh au Moyen-Orient. Pendant que le monde bouge et que les périls se multiplient, la France comme l’Europe, engourdis dans leurs polémiques et leurs déchirements, paraissent au point mort.

Maxime TANDONNET

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Noël 2018, une pensée pour les chrétiens persécutés

Nos pensées, en ce Noël 2018, vont aux chrétiens persécutés dans le monde, de plus en plus nombreux, et toujours dans la même indifférence générale. Les informations reprises ci-dessous proviennent du site de l’ONG Portes Ouvertes. 

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Un chrétien sur 12 dans le monde, soit 275 millions de personnes, est victime de persécutions. Au Nigéria, Boko Haram a reculé mais le pays est le 2ème pays où les chrétiens subissent le plus de violence. Le nationalisme religieux s’installe et se durcit en Asie du Sud-Est : L’Inde fait partie des pays qui connaissent les plus fortes hausses de persécution. Les extrémistes hindous agissent en toute impunité. L’Afrique reste le continent le plus violent pour les chrétiens : C’est en Afrique que le taux de chrétiens gravement persécutés est le plus élevé. 1 chrétien sur 7 y est gravement persécuté (81 millions). La persécution continue à augmenter, pour la 5ème année d’affilée : La persécution croît cette année d’1,13 %. Depuis 2014 on constate une montée constante de la moyenne des points de persécution. 50 pays sont particulièrement touchés, en particulier la Corée du Nord, l’Afghanistan et la Somalie. Les idéologies islamistes, communistes ou nationalistes sont à l’origine de cette vague de persécution, identifiées par l’Index mondial de la persécution:

  1. (1) Corée du Nord: Environ 70’000 chrétiens dans des camps de travail forcé.

  2. (3) Afghanistan: Aucune église dans le pays, la violence islamiste augmente. les chrétiens sont pourchassés.

  3. (2) Somalie  Les chrétiens ne peuvent vivre leur foi qu’en secret; identifiés ils s’exposent aux pires représailles: enlèvements, massacres, tortures.

  4. (5) Soudan Pressions des autorités sur les prêtres et pasteurs, églises détruites.

  5. (4) Pakistan La violence contre les chrétiens est au plus haut niveau: pourchassés, arrêtés, enlevés et exécutés.

  6. (10) Erythrée  Les arrestations et les violences contre les chrétiens sont en hausse.

  7. (11) Libye  Activité accrue des islamistes extrémistes contre les chrétiens.

  8. (7) Irak L’E.I. est vaincu, mais les musulmans radicalisés sont nombreux dans le pays et poursuivent leurs exactions contre les chrétiens, meutres, enlèvements, attentats sanglants.

  9. (9) Yémen  Chrétiens pris entre les fronts sunnite et chiite.

  10. (8) Iran Le régime poursuit ses mesures agressives contre les églises de maison.


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Avenir des Républicains (LR) dans le « nouveau monde »

Les sondages concernant LR, ou la droite républicaine en général, sont désastreux: 8% aux prochaines européennes. Cette évolution est riche en questionnement: le mouvement est-il en train de mourir dans un  « nouveau monde » où il n’aurait pas sa place? Son président de  M. Wauquiez est en général tenu pour responsable du désastre. Il est toujours facile de désigner un coupable idéal. Et si le malaise était infiniment plus profond que tenant à la seule question d’une personnalité? Au-delà du sort d’un parti, c’est la question de l’avenir d’un courant politique qui est en question.

Le « nouveau monde » n’est pas qu’un simple slogan, mais une réalité. La France a été profondément transformée sur  une dizaine d’années dans son rapport à la politique. Sans doute a-t-il plus changé  en cette brève période qu’en 70 ans, depuis la Libération. Plusieurs secousses l’ont ébranlé: la succession des affaires depuis DSK et Cahuzac qui ont détruit la confiance en la parole politique; la vague d’attentats islamistes qui a ensanglanté le pays – 250 morts – et l’a plongé dans un climat de terreur et la conscience d’un Etat affaibli et fragilisé face à la tourmente planétaire; la crise migratoire européenne, la défaite des démocraties, en 2015 et 2016, face aux passeurs criminels, l’effondrement de la maîtrise des frontières et les crises européennes qui en sont issues (Brexit, Italie, Hongrie, Pologne, Allemagne, etc.).

Sur te terreau de défiance, de désillusion et d’angoisse, la politique française a basculé dans l’extrémisme. A gauche, les Insoumis ont pris les commandes. Dans un discours d’une violence que l’on croyait révolue, ils prônent la révolution et la destruction de la société bourgeoise. A droite, le parti fondé par Jean-Marie le Pen sur les provocations que l’on sait, dont la force, aujourd’hui encore, tient au culte du même nom de famille et une vertigineuse surmédiatisation, est devenu de loin la première formation politique dans les sondages. Le pouvoir lui-même a pris une connotation extrême à travers sa personnalisation à outrance dans un chef jupitérien, éthéré, qui existe avant tout par ses poses et ses paroles provocatrices (« venez me chercher ») et la haine farouche suscitée en retour. Cette dernière s’est exprimée dans la crise sociale des Gilets Jaunes, l’une des plus dramatiques depuis 1945, qui a fait 9 morts, soit 4 fois plus que mai 68 ou les émeutes de 2005.

Le voici donc, ce « nouveau monde », de bruit et de fureur, tout dans la provocation, les gesticulations et l’esbroufe médiatique, attisant les passions haineuses, rayonnant sur le chaos médiatique exacerbé par le déchaînement des réseaux sociaux, désertant ainsi le monde réel, plus proche de l’enfer que du paradis. Une mouvance républicaine, républicaine modérée comme on disait sous le IIIe République, ou « droite républicaine », peut-elle y avoir une place ou est-elle condamnée à mourir étouffée par le triomphe de l’extrémisme sous toutes ses formes?

La chance ou l’espoir de cette mouvance est de préparer l’avenir et de proposer une autre voie que celle de l’extrémisme qui s’incarne dans la personnalisation du pouvoir à outrance et cet effondrement permanent dans la provocation et la recherche de la polémique stérile qui n’ont de cesse que de fuir la réalité. Le défi est immense: faire renaître une formation populaire, ancrée dans le réel et le respect du peuple, foncièrement démocratique, qui renoncera à privilégier le culte exacerbé du chef providentiel mais qui saura renouer avec le débat d’idées, le service de l’intérêt général, la passion de la vérité et de l’action concrète au service du pays, la préparation du destin de la France en abordant sans fard les grands sujets de l’heure, le chômage, la pauvreté, la maîtrise de l’immigration, la résistance à l’islamisme radical, la crise scolaire, la désindustrialisation, la réforme des institutions, la révolution européenne en cours – et en proposant au pays une politique.

Chercher à imiter les Insoumis, le lepénisme ou le macronisme, ces totems du « nouveau monde » en cultivant le culte d’un « quatrième sauveur », la personnalisation à outrance et l’idolâtrie, le jeu de la surenchère et des provocations qui éloignent de la réalité et du sens du bien commun, ne conduira jamais qu’au désastre et à l’échec. Mais au contraire jouer le pari d’un retour à la culture et l’intelligence démocratique des Français en leur offrant tout autre chose: un débat d’idées respectueux des valeurs de tolérance et d’écoute, bref, ressusciter la démocratie française. Le seul leader qui vaille est celui qui, à l’inverse du narcissisme, de la démagogie et de la mégalomanie triomphant partout en ce moment, saura incarner non pas l’obsession élyséenne, mais le débat d’idées et la volonté de servir la France en donnant une image de désintéressement personnel.  Anticiper sur la sortie du « nouveau monde »: la voie est étroite, mais elle mériterait d’être tentée…

Maxime TANDONNET

 

 

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Journées de duperies

La mode est de nouveau au lynchage des « hauts fonctionnaires » qui « bloquent » et font obstacle à la « volonté politique ». Le pouvoir n’a jamais cessé de répéter, depuis 18 mois, qu’il ne « reculerait jamais » sur la gestion des comptes publics afin de satisfaire aux normes de Bruxelles. Toutefois, pour éteindre l’incendie des Gilets Jaunes, il lâche 14 milliards d’un coup (un quart du déficit budgétaire). Puis il accuse les hauts fonctionnaires de ne pas aller assez vite dans la mise en oeuvre de cette volte-face. La faute à Bercy: tellement facile!

Quant à l’autre mode du jour, le référendum d’initiative populaire, le RIC, comment ne pas en approuver le principe, dans un pays malade de la fracture démocratique? Subira-t-il le même sort que la « déchéance de la nationalité », annoncée par M. Hollande en 2015 comme remède  au terrorisme, soutenue  par 80% des Français et brandie pendant 6 mois avant d’être abandonnée? Et d’ailleurs, le RIC est plébiscité par 98% des Insoumis et 93% des Lepénistes. Les premiers sont pour l’accueil inconditionnel des migrants et l’ouverture des frontières illimitée. Les seconds pour l’immigration zéro. Alors que peut-il bien en sortir dans le contexte actuel?

Le « grand soir » revient lui aussi à la mode. Devant l’impuissance de l’Etat à régler les problèmes, la solution la plus évidence est la fuite par le haut, dans les limbes. Les participants au « grand débat national » seront donc « tirés au sort ». Dans la débâcle et le chaos, quand plus personne ne croit plus en rien, surtout pas en la démocratie et dans le suffrage universel, on s’en remet toujours à la « providence ». Que va-t-il en sortir? L’un des porte-paroles des gilets jaunes, grand partisan du RIC, réclame sur son site « l’abolition du capitalisme ». C’est tout dire. Respecter les Français n’est pas les faire rêver ni les plonger dans le délire.

Des choses simples, disons-le franchement, permettraient, non pas de régler tous les problèmes, mais d’engager modestement le pays dans la voie d’une amélioration: en finir avec les insultes contre les « petits », (les sans dents, les fainéants), et les scandaleuses nominations claniques (voir Canard Enchaîné de mercredi); respecter, simplement respecter la Constitution avec un président qui soit président de tous les Français, impartial et au-dessus de la mêlée (donc discret) et un gouvernement qui gouverne; élire une Assemblée nationale digne de ce nom, qui soit autre chose qu’une assemblée lèche-botte; appliquer et faire respecter les lois existantes sur la lutte contre la délinquance et la maîtrise des frontières; mettre fin à l’affreuse manie d’augmenter les taxes et les impôts pour éviter d’avoir à faire des choix courageux; réhabiliter le principe de responsabilité, un échec/une sanction; dire la vérité sur l’état des choses, sur ce qui est possible et ne l’est pas, dire la vérité plutôt que les illusions. Nul besoin de grand soir, ni de grand débat, mais d’un minimum d’honnêteté, juste cesser de prendre les gens pour des c…Quel progrès ce serait!

Maxime TANDONNET

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Statistiques de la fécondité en France, par Michèle Tribalat

Mme Michèle Tribalat, démographe à l’INED, a bien voulu m’adresser l’article ci-dessous publié sur son site personnel et je suis certain qu’elle ne verra aucun inconvénient à sa reproduction partielle ici. La démographie, en particulier la variable fécondité, est sans doute le paramètre le plus essentiel pour notre avenir de long terme et elle est aussi un sujet de plus en plus tabou, donnant lieu à toutes les manipulations et trucages, étouffé par la dictature de l’immédiat, de l’émotionnel et des polémiques quotidiennes. La baisse de la fécondité en France serait, depuis 2010, plus forte que ne le laisse entendre l’INSEE. Retour sur une question fondamentale.

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L’Insee vient de publier un article sur l’évolution récente de la fécondité en France :

Baisse de la fécondité en France : tous les âges et tous les niveaux de revenus sont concernés, Isabelle Robert-Bobée et Sabrina Volant, INSEE FOCUS, N°136, 13/12/18, //insee.fr/fr/statistiques/3675496

L’article commence ainsi : « La fécondité diminue légèrement en France depuis 2015 ».

J’ai un petit désaccord avec l’Insee là-dessus.

En effet, pour soutenir ce résultat, l’Insee s’appuie sur les données France entière dont la série est discontinue puisqu’elle intègre Mayotte à partir de 2014. Mayotte, c’est tout petit, mais les femmes y ont eu 5,01 enfants en moyenne en 2016. Avec ou sans Mayotte, le différentiel est d’un peu plus d’un enfant pour cent femmes. L’introduction de Mayotte en 2014 génère donc un petit gain de fécondité qui a conduit à interpréter l’évolution 2006-2014 comme fluctuant autour de 2,00 enfants par femme. 2,00 enfants par femme, c’est la moyenne calculée sur les 9 années allant de 2006 à 2014.

L’examen de l’évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF)[1] pour la France métropolitaine et pour la France hors Mayotte[2], donc à champ constant, amène à voir les choses un peu différemment. L’idée d’une stabilité de la fécondité de 2006 à 2013 tient moins bien la route, surtout si on resitue la période sur les vingt dernières années. Alors, on voit que l’ICF a plutôt augmenté, même si c’est avec des fluctuations jusqu’à atteindre 2,03 enfants par femme en France et 2,02 en France métropolitaine en 2010, point le plus haut sur vingt ans. Ensuite il diminue, doucement d’abord de 2010 à 2013-2014, où il atteint un plateau, pour reprendre une baisse plus abrupte jusqu’en 2017. Cette année-là, l’indicateur conjoncturel de fécondité est descendu à 1,85 enfant par femme en France métropolitaine. Depuis 2010, l’ICF en France métropolitaine a perdu 0,17 point, ce que je ne qualifierai pas de « légère » baisse. On ne comprend d’ailleurs pas très bien pourquoi, dans sa publication, l’Insee s’est arrêté en 2016, année pour laquelle l’estimation est aussi provisoire qu’en 2017, année déjà disponible par ailleurs sur le site de l’Insee.

Les femmes ont leurs enfants de plus en plus tard et, avec l’âge, le rattrapage tardif est moins facile. C’est l’évolution des taux de fécondité après 30 ans qui explique la courbe ascendante de l’ICF jusqu’en 2010. Ensuite, cette tendance persiste pour les 35-39 ans jusqu’en 2014, alors que la fécondité des femmes âgées de 25-29 ans baisse dès 2010, plus nettement encore à partir de 2014 et que celle des moins de 25 ans baisse aussi, plus sensiblement à partir de 2012. En 2017, si l’on excepte les 40-50 ans, les taux sont à la baisse à tous les âges (graphique ci-dessous).

Évolution des taux de fécondité (pour cent femmes) par groupe d’âges de 1998 à 2017 en France métropolitaine. Données provisoires de 2015 à 2017. Source : Insee.

Immigrées/ Natives

L’ICF en France est calculé en additionnant les taux rapportant le nombre de naissances par âge de la mère enregistrées à l’état civil au nombre de femmes à chaque âge. Ce n’est pas faisable pour les immigrées. La distinction nécessaire à leur repérage n’existe pas à l’état civil. Un substitut possible aurait été de calculer un ICF pour les femmes nées à l’étranger, distinction figurant dans l’état civil. Mais ce n’est pas la solution retenue par l’Insee qui a mobilisé les campagnes de collecte des enquêtes annuelles de recensement. Ainsi, celle de 2005 peut donner une idée des naissances en 2004 et ainsi de suite. L’Insee donne la série de l’ICF calculé pour les années 2012 à 2016 à partir des collectes de 2013 à 2017. L’ICF tourne autour de 2,7 enfants par femme pour ces cinq années. Puisque l’Insee a consenti à donner une série, ce qu’il répugne à faire généralement considérant que les enquêtes annuelles de recensements ne sont comparables que tous les cinq ans à partir de l’addition de cinq campagnes[3], pourquoi ne pas avoir commencé avec l’année 2004, première campagne du nouveau recensement ?

Par ailleurs, je suis étonnée qu’à partir des campagnes de recensement on retombe, pour l’ensemble de la France hors Mayotte, pile sur les données calculées à partir de l’état civil et publiées par ailleurs pour la France, mais y compris Mayotte (tableau ci-dessous).

Capture d’écran de Focus Insee N° 136.

La relative stabilité de la fécondité des immigrées et la baisse de celle des natives se traduisent mécaniquement par une participation progressivement plus importante des immigrées à l’indicateur conjoncturel de fécondité.

Reste que le faible impact des femmes immigrées sur la fécondité suscite toujours beaucoup d’incrédulité. Ces femmes sont plus jeunes et ont plus d’enfants. C’est vrai, mais l’indicateur conjoncturel de fécondité a pour fonction de réduire les effets de la structure par âge, puisqu’il est une addition des taux de fécondité par âge.

Dans une publication précédente consacrée à l’apport démographique, en 2011, de l’immigration étrangère depuis 1960, j’avais estimé l’effet sur l’ICF en 2010 de cet apport démographique à 0,14 enfant (soit 7 %), alors que, sans cette immigration, c’est 27 % des naissances qui auraient manqué (//www.erudit.org/fr/revues/cqd/2015-v44-n2-cqd02448/1035952ar/).

Si, par construction, la contribution des immigrées à l’indicateur conjoncturel de fécondité est relativement faible, tel n’est pas le cas de leur contribution aux naissances sur lesquelles les effets d’âge et de surfécondité jouent à plein.

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[1] L’indicateur conjoncturel de fécondité est la somme des taux de fécondité par âge.

[2] J’ai évalué l’écart entre France entière et France hors Mayotte en 2016 à partir de la moyenne pondérée (par le nombre de femmes en âge d’avoir des enfants âgées de 15-49 ans) des ICF des régions avec ou sans Mayotte. Cela n’a pas été facile de trouver les données adéquates sur le site de l’Insee et j’ai dû passer par Google pour les dénicher. La médiocrité du site de l’Insee est une publicité indirecte pour Google.

[3] Les données de recensement officielles sont celles tirées de l’addition de cinq campagnes. 2006 additionne ainsi les campagnes de 2004 à 2008. L’Insee recommande de ne comparer les données de 2006 qu’avec celles de 2011 puis celles de 2017 quand on les aura (pas avant 2020).
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Tribune incomprise

Au regard des nombreux commentaires qui accompagnent la version numérique de ma tribune parue ce matin dans le Figaro, certains ont mal compris le sens de mes propos. Parler de « Président bouc émissaire » n’est évidemment, en aucun cas, une manière de nier ou réduire les responsabilités individuelles, des uns comme des autres. Mon objectif est de dire que le problème de fond de la démocratie française dépasse celui d’une seule personne. Il n’y a pas de pire illusion que de croire qu’en remplaçant M. Macron par M. Wauquiez ou Mme Le Pen ou M. Mélenchon, ou tout autre, le gouvernement de la France en sera amélioré d’un iota. Leur effondrement sera identique, même s’il prend des formes et un rythme différents. Mon sentiment est que le fayotage idolâtre et le lynchage haineux, envers l’occupant de l’Elysée, sont les deux faces d’une même idiotie nationale: l’émotion (d’amour ou de rage), autour d’un totem surmédiatisé, fermente sur le chaos, étouffe et annihile le sens de l’intérêt général, le débat d’idées, les notions de bien commun et de destin national. C’est tout le désastre de la politique française actuelle qui appelle une authentique révolution de notre démocratie – mentalités, institutions, régime politique – commençant par une prise de conscience collective. Voilà ce que j’ai essayé de dire.  Et que si peu de personnes paraissent prêtes à le comprendre – au vu des commentaires reçus – est ce qui m’inquiète le plus…

Maxime TANDONNET

« La France va être amoureuse de Macron » déclarait Frédéric Mitterrand au Figaro le 9 mai 2017, au lendemain de l’élection présidentielle, exprimant la sensibilité, alors, de l’immense majorité des experts et commentateurs. 18 mois plus tard, le plus jeune président de l’histoire bat tous les records d’impopularité à ce stade, avec une cote de confiance de 18% (Yougov) tandis que la révolte des gilets jaunes, ciblant sa personne, entraîne le pays dans une violente secousse. L’accélération de l’usure du pouvoir est vertigineuse. « 10 ans, ça suffit! », clamaient les manifestants de mai 1968 contre de Gaulle. « Un an, ça suffit! » semblent dire ceux de décembre 2018.

Cet phénomène était pourtant prévisible. Les présidents de la République sont toujours plus impopulaires les uns que les autres et l’institution présidentielle semble prise dans l’engrenage d’une rupture de plus en plus profonde avec la Nation. En décembre 1978, Giscard d’Estaing se maintenait à un niveau de 62% de confiance, comparable à ceux de De Gaulle et Pompidou. La cote de ses successeurs, après 18 mois à l’Elysée, ne cesse de s’effondrer: Mitterrand 49%, Chirac 37%, Sarkozy 37%, Hollande 21% (Kantar-tns-Sofres).

La dégringolade a des causes profondes. Dans le contexte de la mondialisation, des transferts de compétences à Bruxelles, de la judiciarisation et d’une crise de l’autorité, la politique nationale échoue face aux grands problèmes de fond des Français: dette publique et prélèvements obligatoires records, violence et insécurité, chômage de masse, pauvreté, déclin industriel, maîtrise de l’immigration, communautarisme, crise de l’éducation nationale. Pour couvrir cette impuissance, les chefs de l’Etat s’exposent dans une sur-communication. La médiatisation à outrance sert à masquer ou à recouvrir la défaite du politique sur le terrain de la réalité. La communication présidentielle comme une drogue, exerce un effet d’accoutumance sur la population. Il faut en permanence rajouter du spectacle pour capter l’attention de la foule médiatisée et blasée: d’où la surenchère, au fil des décennies, dans les coups, les gesticulations et les provocations verbales.

Cependant, ce faux remède ne fait qu’aggraver le mal. Par cette surexposition, en prétendant personnaliser à eux seuls le pouvoir politique dans une logique qui écrase le Parlement, le Gouvernement et les collectivités locales, les présidents se posent involontairement en responsables de tous les maux et en boucs émissaires naturels de la Nation, incarnation de ses souffrances et de ses angoisses. Exposé en outre à la vindicte des réseaux sociaux, le chef de l’Etat, censé incarner le prestige national, finit par incarner le malaise de la Nation. « Toute existence sociale serait impossible s’il n’y avait pas de victime émissaire » écrit René Girard dans la Violence et le sacré. Paradoxe suprême: le président, en principe symbole de l’unité nationale, se présente comme un ultime sujet de consensus entre les Français, mais à travers le rejet qu’il suscite. La parcours de M. Macron semble d’ailleurs particulièrement se prêter à cette fonction de paria national: banquier, inspecteur des finances, il reflète l’image des élites post-nationales mal-aimées. D’ailleurs, lui-même surjoue son propre rôle à travers une politique réputée défavorable aux milieux populaires (retraités) et en se posant en adversaire de « la lèpre populiste ». Cependant, son prédécesseur, sur un tout autre registre, celui de la rondeur radicale-socialiste, a subi un sort comparable.

Faut-il voir dans ce mécanisme une fatalité vouant tout chef de l’Etat français à la diabolisation, sous une forme ou sous une autre? Peut-être qu’une force de caractère exceptionnelle, associée à l’expérience et au sens de l’Etat, une vision historique hors du commun, permettrait d’en conjurer les effets. A l’évidence, aucun profil de cette dimension ne semble en mesure de s’imposer à l’avenir. Alors, comment rompre avec une logique infernale? Bien sûr, la question des institutions et de leur « hyper-présidence » est posée. Totalement dénaturées au regard de l’esprit initial de la Ve République (fondé sur le renforcement de l’efficacité de l’Etat), elles favorisent au contraire un narcissisme stérile et l’irresponsabilité au détriment du bien commun. Mais l’essentiel est ailleurs, dans l’état d’esprit de la classe dirigeante. A l’évidence, il n’existe pas d’autorité ni de gouvernement possible, en dehors de la confiance populaire. Comment la faire renaître? Au prix d’une révolution copernicienne de la conception que les dirigeants politiques, du sommet à la base, se font de leur mission: ils ne sont pas des seigneurs ni des princes ni des dieux, mais rien d’autre que les humbles serviteurs du pays, à sa disposition le temps nécessaire. La France a une démocratie à refaire.

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Scepticisme lucide

Le champ du possible, dans la vie publique actuelle, est enserré à l’intérieur de limites étroites. La jurisprudence du Conseil constitutionnel tient en plusieurs tomes, intervient dans le moindre détail, et ne cesse de s’enrichir – dernièrement le principe de « fraternité » en matière d’immigration irrégulière. D’ailleurs, toutes les juridictions, tous les tribunaux sont en capacité d’écarter une loi jugée incompatible avec la « norme supérieure ». Les règlements et les directives de l’Union européenne auxquelles s’ajoutent les jurisprudences de la Cour de Justice européenne et de la cour européenne des droits de l’homme forment un autre carcan extrêmement puissant. Interviennent par dessus le marché, les contraintes financières, monétaires, la dette publique, les déficits, etc. De fait les marges de manœuvre du politique sont aujourd’hui extrêmement réduites. Mon propos ici n’est pas de dire que c’est bien ou que c’est mal. Il est de dire la vérité: c’est ainsi et voilà tout.

Penser que le référendum d’initiative populaire, citoyenne, pardon, le RIC, est susceptible d’ébrécher ce double ou triple, quadruple carcan est illusoire. Les dirigeants et la technostructure le savent pertinemment. L’organisation d’un RIC, s’en prenant au couvercle des normes et règles et contraintes supérieures, est inconcevable. Ce serait comme un impardonnable blasphème dans une société théocratique. Et s’il avait lieu quand même, son résultat serait annihilé, ignoré d’une façon ou d’une autre, considéré comme nul et non avenu, un peu comme le référendum de Notre-dame-des-Landes, précurseur de ce que serait demain le RIC. Le thème du RIC rappelle celui de la déchéance de la nationalité en 2015-2016: occuper l’opinion par des leurres et des chiffons rouges. De fait, il n’aboutira pas plus ou alors privé  de toute portée: parole d’honneur.

Le Grand Débat est une autre initiative ambiguë. Dans une démocratie le temps du débat est celui des élections nationales. Les élections présidentielles et législatives 2017 ont été  biaisées par le scandale, la présence bien calculée au second tour du candidat lepéniste et l’abstentionnisme vertigineux. Elles n’ont donné lieu à aucun débat de société, les Français n’ont pas eu de véritable choix. Un débat national n’a de sens que s’il est suivi d’une sanction, d’une décision. Celle-ci ne peut être qu’une élection nationale, débouchant sur le choix d’une orientation politique. Or, il n’est pas question, de ce que l’on en sait, que ce Grand Débat, ouvre la voie d’une élection présidentielle ou législative anticipée. Sans doute faudrait-il parler de causerie ou de bavardage institutionnalisé, mais sans conséquences. En démocratie, le seul débat national qui compte est celui qui débouche sur  une élection. Un grand Débat sans élection nationale est une mystification. Non, le supposé Grand Débat de 2019 ne vas pas remplacer le vrai débat escamoté de 2017. Le reste n’est que mensonge et comédie. Alors à quoi bon: tenir, tenir, encore quelques mois, gagner du temps sur la décomposition en cours de la politique française… Mais comment tenir encore trois ans et demi de la sorte? That’s the question.

Maxime TANDONNET

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« Trop intelligent »

« Et une deuxième erreur a été faite : le fait d’avoir probablement été trop intelligent, trop subtil, trop technique dans les mesures de pouvoir d’achat. »

Cette phrase a été prononcée avant-hier par l’un des principaux leaders de la majorité politique issue du « nouveau monde », LREM, qui dirige aujourd’hui la France, produisant une micro-polémique. Elle est issue d’un contexte tragique, après 5 semaines du conflit des gilets jaunes qui a fortement ébranlé l’économie et la société française, à l’origine de spectaculaires destructions et de 6 morts, et un nouvel attentat islamiste qui a ensanglanté le marché de Noël de Strasbourg.

Les paroles de ce chef de parti, journaliste et entrepreneur de profession, sont révélatrices de toute une mentalité, tout un climat qui pèse sur le pays. Elle exprime la pensée profonde de la France supposée d’en haut, prompte à toiser les « sans dents »,  les « Gaulois réfractaires » ou la lèpre populiste (mot dérivé de celui de peuple). Elle reflète la prétention d’une caste dirigeante, auto-proclamée intelligente, éclairée par les lumières de la science et de la raison, à dire et à faire le bien pour le compte d’un peuple soupçonné d’obscurantisme. Elle traduit à merveille la sensibilité dominante d’un milieu qui se pense supérieurement instruit et détenteur de la vérité suprême à aller de l’avant sans état d’âme et sans se poser de questions voire sans écouter personne ni réfléchir, guidé par la seule illusion de sa propre intelligence ou subtilité.

Ce mode de comportement et d’agissement n’a qu’une faiblesse: se croire intelligent, et pire, se déclarer intelligent, par le « je » ou par le « nous », a toujours été, de tout temps, le signe de plus patent, le plus radical de la bêtise. Ce genre de proclamation porte en lui-même une explication de la tragédie française: Comment un groupe de personnes, bien au-delà du quinquennat actuel qui n’est que la quintessence de cet état d’esprit, engoncé dans son instinct de supériorité, entraîne le pays à l’abîme avec un bandeau noir sur les yeux, le bandeau noir de la prétention, de la bêtise infatuée et du mépris des autres. La révolte des gilets jaunes fut, tout au moins au début, dirigée contre l’arrogance obtuse.

La IIIe, la IVe République avaient certes des défauts. Mais comme la Ve République à ses débuts, elles ont pourtant su produire des dirigeants politiques qui tenaient la rampe. Qui imagine les Clemenceau, Poincaré, Herriot, Tardieu, Blum, de Gaulle s’auto-proclamant: « Trop intelligent? » Bien plus que les institutions, le drame contemporain de la France tient, depuis plusieurs décennies sans doute, à la médiocrité intellectuelle et morale de sa classe dirigeante.

Maxime TANDONNET

 

 

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Réflexe totalitaire

Non, il n’y a pas eu d’ordre tombé du ciel pour exiger la falsification de la photo d’une pancarte « Macron dégage ». C’est pire. Réflexe conditionné: puisque cette réalité risque de déplaire, il faut la travestir, la truquer, la manipuler. L’autocensure est encore plus grave que la censure, car elle est imprégnée dans les mentalités. Si des images à grande diffusion sont ainsi truquées, en qui peut-on avoir confiance? Pire que la propagande ou le lavage de cerveau: les faits, c’est-à-dire les fondements de l’information et du jugement, peuvent être eux-mêmes biaisés, falsifiés. En qui faire encore confiance? L’ORTF du général de Gaulle suscitait beaucoup de sarcasmes  comme étant une télévision d’Etat au service du pouvoir. Au moins les règles du jeu étaient-elles claires. Désormais, nous baignons dans l’hypocrisie . Les médias sont en principe indépendants du pouvoir. Or, le réflexe « lèche-botte », même s’il n’est pas généralisé, est pire qu’une dépendance formelle, hiérarchique, car il est intériorisé. Le matraquage quotidien de  messages idéologiques, au service du pouvoir, ne suffit plus à conditionner et tenir les masses: d’où la révolte qui a embrasé le pays. Donc, une nouvelle étape devrait être franchie: le trucage des faits, et des images, la distorsion du réel. Attention danger! Nous savons déjà que la démocratie française est en crise: l’abîme entre le pouvoir et la nation qui ne se sent plus représentée, ne cesse de se creuser d’année en année.  Mais en outre, des signes inquiétants d’une logique totalitaire se multiplient: la banalisation du culte de la personnalité, ou la personnalisation à outrance du pouvoir, la décrédibilisation des élections (mise en examen de Fillon la veille du vote), l’idéologie unique ne souffrant pas la contestation (le bien post national opposé au mal populiste), le culte du chauvinisme sportif et du corps, la disparition des partis politiques, l’affaiblissement des collectivités locales, la violence du débat et poussée de l’extrémisme… Voici, derrière l’anecdote de la photo truquée, un symptôme supplémentaire qui fait froid dans le dos… Ce n’est pas que la France soit devenue un pays totalitaire, ce qui serait évidemment très excessif et mensonger, mais gagnée subrepticement par de vieux démons totalitaires, sans aucun doute…

Maxime TANDONNET

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Double-face ou l’apothéose de la crétinisation massive

Double-face ou les deux visages de la médiocrité et la manipulation. Trois ans et demi à l’avance tombent les premiers sondages des présidentielles de 2022. Trois ans et demi! Sans doute est-ce là sans précédent. D’habitude, les sondages des présidentielles tombaient deux ans à l’avance. Déjà, rien n’était plus ridicule. Trois ans et demi à l’avance, toutes les bornes du ridicule sont pulvérisées. La France sort d’une grave crise sociale qui a fait plus de 6 morts et d’un nouvel attentat terroriste islamiste qui a répandu le sang: 4 morts, une douzaine de blessés. Et déjà, le régime politico-médiatique tente de noyer le désastre dans un duel lamentable. A travers ce sondage, la France supposée « d’en haut », politico-médiatique, exprime son idéal: un second tour 2022 identique à celui de 2017, qui assurera la réélection de son idole à l’issue d’un affrontement caricatural entre le « bien supranational » et le « mal populiste ». Et face à cette tentative d’abrutissement collectif, je partage du fond du cœur l’extrait ci-dessous qui m’est transmis par un commentaire de mon dernier billet:

Alain Garrigou: «En finir avec le présidentialisme» source mondediplo.net – 29 novembre 2014 : «Le pire est en effet aujourd’hui que le régime présidentiel rende idiot.
Idiots, les professionnels de la politique engagés dans des luttes d’ego et de clans. Cette course de chevaux — expression gentille — composée d’élections intermédiaires, primaires et partisanes, sans omettre les cotes de popularité, offre le spectacle d’une campagne électorale permanente qui serait fort ennuyeux s’il n’était pimenté par les coups bas et les indiscrétions scandaleuses.
Idiots, les courtisans qui s’agitent dévotement autour des patrons.
Idiots, les journalistes politiques transformés en commentateurs de courses hippiques ratiocinant sur les jeux politiques, les intentions, les alliances, les inimitiés et surtout l’opinion publique.
Idiots enfin les citoyens, dont je suis, pris malgré eux en otages et se découvrant souvent fascinés par la comédie. Au point d’en revenir souvent à la nostalgie des hommes du passé qui, il est vrai, avaient vécu autre chose qu’une vie de professionnels de la politique».

Maxime TANDONNET

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Le référendum d’initiative populaire, solution miracle?

Le référendum d’initiative populaire (le RIP) est l’une de des dernières revendications des gilets jaunes. Il  est préconisé par les Insoumis comme par les Lepénistes et des voix s’élèvent en sa faveur dans les partis anciennement dits de « gouvernement » et du côté des intellectuels. Il ne serait pas étonnant de le voir sortir de quelque chapeau officiel comme un contre-feu…

Le problème, c’est que chacun à une idée différente derrière la tête. Pour les uns, il permettra d’arrêter l’immigration et pour les autres, au contraire, de faciliter l’accueil inconditionnel des « réfugiés »; pour les uns, il se traduira par une augmentation considérable du SMIC et des rémunérations y compris des fonctionnaires, pour les autres, une baisse massive des impôts; pour les uns une sortie du nucléaire, pour les autres, la gratuité de l’électricité… Que sais-je? Et puis viendra la question de la mise en oeuvre des décisions adoptées. On peut faire toute confiance à la classe dirigeante pour trouver mille prétextes qui les rendent inapplicables (engagements internationaux, contrainte juridique, absence de crédits, oubli dans un tiroir, etc.)

De fait, l’opinion publique n’est pas monolithique, elle est fragmentée, volatile, extrêmement soumise à toutes les influences, en particulier médiatiques. Le RIP ne sera-t-il pas une illusion supplémentaire, un gadget destiné à calmer la population mais qui ne fera qu’ajouter du chaos au chaos sans déboucher sur une once d’amélioration du bien collectif? L’esprit est différent de celui du référendum gaullien qui consiste à interroger périodiquement la Nation sur les sujets fondamentaux pour son destin. Les Français votent de moins en moins.  La banalisation du suffrage universel , à travers le RIP, n’aura-t-elle pas pour effet de tuer (encore plus) le suffrage universel?

Avant de songer à sauver la politique et la démocratie par le RIP, n’y aurait-il pas des choses plus simples et évidentes à attendre des gouvernants? En finir avec les promesses irréalistes et démagogiques pour être élus? Qu’ils cessent de mépriser et d’insulter la nation qu’ils sont censés représenter et qui les rémunère? Mettre un terme à l’ivresse narcissique qui détruit le sens de l’intérêt général? Restaurer la confiance par des politiques de long terme, sans esbroufe, visant à la baisse des taxes et des impôts, la maîtrise de l’immigration et des frontières, la sécurité des biens et des personnes, la lutte contre le terrorisme islamiste? Il serait tellement plus simple, déjà, de réhabiliter le principe de responsabilité, B-A-BA de toute démocratie. Que doit faire un dirigeant qui s’est trompé ou qui a failli par des paroles ou des actes déclenchant une catastrophe: assumer et tirer toutes les conséquences de son échec.

Et puis le peuple a aussi sa part de responsabilité. Avant de prévoir on se sait quelle extension indéfinie et banalisation du recours au suffrage universel à travers le RIP, peut-être que les Français pourraient d’abord se rendre aux urnes quand l’occasion leur en est donnée. Plus de 50% se sont abstenus aux dernières législatives. Peut-être que s’ils avaient été voter, non pas en masse, mais normalement,  à 70 ou 80%, comme un peuple responsable face à son destin, le pire aurait pu être évité, le pire d’une majorité lèche-botte… Le RIP, oui, mais avec quelle participation dans un pays qui vote de moins en moins?  Bon, le RIP, comme en Suisse, pourquoi pas, mais méfions-nous de ces chiffons rouges lancés en pâture à l’opinion pour lui faire oublier les désastres, ignominies, les mystifications et les lâchetés du quotidien…

Maxime TANDONNET

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Lecture: Le 18 Brumaire, par Patrice Gueniffey, Folio-histoire, 2018

Rarement un livre d’histoire ne sera tombé aussi à propos, dans l’époque de trouble profond où nous vivons. Disons tout de suite que cet ouvrage est un chef d’oeuvre, passionnant du début à la fin. A travers le récit de l’acte final qui clôture la Révolution française, il  soulève des questions d’une étonnante actualité autour de la notion de recours en cas de chaos, de la personnalisation du pouvoir, d’homme providentiel, des mythes qui animent les peuples dans la tourmente.

Avec le Directoire, la Révolution s’achève en 1799 dans un climat d’affreux chaos: « Une administration anarchique, incompétente et corrompue, une justice sinistrée, des écoles délabrées, des hospices où le taux de mortalité atteint 99% chez les orphelins et les enfants abandonnés; routes défoncées, canaux engorgés, bâtiments appartenant à l’Etat dégradés et mis à sac […] Les journaux pleins, comme chaque jour, d’histoires de diligences attaquées, d’assassinats, de familles molestées et rançonnées […] Au total l’impression d’une défaillance complète des autorités; l’impression aussi d’un pays abîmé et généralement appauvri, si l’on excepte des fortunes établies sur des trafics en tout genre. »

Dans ce contexte, le retour de Bonaparte de l’expédition d’Egypte se traduit par un triomphe populaire. « Quand la flottille se présenta devant Fréjus, le matin du 9 octobre 1799, la population se rassembla sur les quais, on tira le canon et la mer se couvrit de canots allant à sa rencontre: « Vive la république! s’écria le commandant du port, le sauveur de la France est arrivé dans notre rade! » Un interminable triomphe accompagne le général de moins de trente ans sur son parcours jusqu’à Paris. L’expédition en Egypte est loin d’avoir été un succès politique, diplomatique ou militaire et Bonaparte a tout de même abandonné son armée en situation précaire, en violation des ordres du gouvernement, pour regagner la France. Déserteur ou héros? Un mythe est né en tout cas, celui du général invincible, de retour d’Orient pour sauver le pays.

L’auteur raconte l’enchaînement des complots destinés à renverser le Directoire fomentés par Barras et par Sieyès qui ont tous les deux besoins de l’épée de Bonaparte et de son autorité sur l’armée pour prendre le pouvoir. Mais la personnalité et le génie de ce dernier finissent par lui assurer un ascendant sur ces deux survivants de la Révolution.

Le récit du coup d’Etat du 18 Brumaire ne montre pas forcément Bonaparte toujours à son avantage. Après avoir obtenu, le 18, un transfert du Parlement à Saint-Cloud pour échapper aux pressions de la rue parisienne, Bonaparte se heurte le 19 Brumaire  (la vraie date du coup d’Etat) à la versatilité du Conseil des Anciens, sur lequel il comptait s’appuyer, puis à l’hostilité du Conseil des Cinq-cents où il est pris à partie physiquement. Face aux députés, il ne parvient pas à emporter la conviction: « La Constitution? N’est-ce pas en son nom que vous avez exercé toutes les tyrannies? » Et surtout, cette phrase hallucinante qu’il aurait bel et bien prononcé selon l’auteur: « Souvenez-vous que je suis le dieu de la guerre et de la fortune!« 

Menacé de mise hors la loi, il ne doit son salut qu’à l’intervention décisive de son frère Lucien, président du Conseil des Cinq-cents. Après l’échec de ses intrusions dans les deux assemblées, destinées à convaincre les députés et à préserver ainsi l’apparence de la légalité, Bonaparte n’a d’autres recours que de demander aux troupes qui lui obéissent toujours – dès lors  qu’il n’a pas été proclamé hors la loi grâce à Lucien – de disperser les deux chambres par la force. C’est la fin du Directoire et l’établissement du Consulat, sous la domination absolue du « premier Consul ». La Révolution est finie, comme il le proclame lui-même.

Cet ouvrage magnifique raconte comment le rêve révolutionnaire de créer un pouvoir impersonnel, purement démocratique, débouche paradoxalement sur l’inverse, une personnalisation extrême du pouvoir. Il souligne comment le chaos monstrueux dans lequel sombre un pays débouche sur l’appel au héros, à travers le désir du sauveur et de l’homme providentiel, sans que celui-ci ne soit forcément toujours à la hauteur du mythe qui s’est développé autour de son personnage, puis sur l’établissement d’une dictature. A lire, franchement…

Maxime TANDONNET

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Pauvre pays!

Que faire d’autre que d’exprimer une infinie tristesse pour la France, pour Strasbourg, pour ce malheureux touriste venu d’Asie en toute confiance avec sa femme découvrir les richesses de la notre pays, l’une de ses deux ou trois plus belles villes, et qui y a perdu la vie? Trois morts, de nombreux blessés, la terreur est de retour. Après quatre samedi consécutifs de violences, de saccages, de destructions, d’arrestations qui ont tourné en boucle sur les télévisions du monde entier, voici la France de nouveau ensanglantée sur un marché de Noël, celui de Strasbourg. Le temps n’est pas aux leçons ni à la recherche des responsabilités alors que nous ne savons encore presque rien et que l’auteur est encore en fuite. « Attaque », « fusillade », comme disent pudiquement les médias? Le procureur de Paris a quant à lui parlé clairement d’attentat terroriste. Le cauchemar peut-il un jour prendre fin? Dans l’instant, nous percevons mal les grandes tendances de l’histoire dans lesquelles nous sommes enserrés. La France en tant que pays – ce qui ne signifie pas tous les Français – est dans le malheur. Et ce n’est pas en s’en remettant lâchement et bêtement entre les mains de tel ou tel bonimenteur, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qu’un redressement peut survenir. Il ne saurait provenir, à la base, que des profondeurs du pays, d’une prise de conscience et d’une envie collective et massive de rompre avec la fatalité du désastre en cours. Mais cela a-t-il encore un sens?

Maxime TANDONNET

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Quelque chose qui ne marche plus….

Le président, hier soir, à la télévision: une fois de plus, quelque chose ne passait pas, comme inaudible, lointain, inaccessible. La rupture avec la France était comme actée, peut-être irrémédiable.

Mais le malaise est infiniment plus profond qu’un simple rejet de sa personne. Imagine-t-on un instant Mme le Pen ou M. Mélenchon, à sa place, faisant mieux, c’est-à-dire renouant le lien de sympathie et de confiance avec la Nation?  Ou n’importe qui d’autre d’ailleurs? Inconcevable. C’est l’idée même d’un prince gestionnaire, inamovible et irresponsable, même électif, installé dans les palais de la République et s’adressant au peuple sur le petit écran comme à des sujets qui ne passe plus.

L’idée même d’un bon président de la République, choisi démocratiquement par le peuple, modeste, sans idée de réélection, indifférent à son propre sort et attaché au seul bien du pays et de ses habitants, assez subtil pour prendre du recul et déléguer le pouvoir à un Gouvernement sous le contrôle du Parlement, n’est même plus crédible, ni envisageable. Le régime tel qu’il est aujourd’hui, est par nature tourné sur l’egocentrisme au détriment du bien commun. Un symptôme de cette déchéance: le « je » répétitif, obsessionnel, maladif, absurde, comme un abîme où tout s’engouffre et se noie.

Dans le système tel qu’il est devenu, fondé sur l’exaltation de l’image présidentielle au détriment de toutes les sources d’autorité, seuls des personnages d’un ego démesuré au regard de leurs véritables capacités de caractère ou d’intelligence  peuvent être intéressés par la fonction. Leur destin individuel et leur vanité, quels qu’ils soient, l’emporteront par définition sur l’intérêt général du pays.

Ensuite, dans un système privé de vrais partis politiques et annihilant le débat d’idées et de projet collectif, le parcours d’un présidentiable ne peut reposer que sur le cynisme et l’absence de scrupule: se faire coopter, donc agir en lèche-botte, avant de porter le coup fatal à son protecteur. Voilà ce que l’on retrouve un peu partout à la tête de l’Etat: fayotage, cynisme et médiocrité sont les voies royales de l’accession au plus haut niveau. N’importe quel être doué de raison et d’un minimum de dignité ne peut aujourd’hui que fuir un tel bourbier.

Il faut être adoubé par le système médiatique. C’est lui et uniquement lui dans le monde moderne, qui choisit d’exposer telle ou telle personnalité, afin d’en faire une vedette, la populariser et l’ériger en candidat potentiel. La notoriété d’un homme ou d’une femme est exactement proportionnelle à son temps de passage sur les ondes…

Le système médiatique sélectionne donc soit des êtres qui lui ressemblent et partagent son idéologie narcissique et post-nationale, soit des épouvantails qui vont servir de tremplin au premier pour accéder ou conserver à la place dorée dans les palais du pouvoir. Une personnalité représentative de la Nation, simple, honnête, sans esbroufe, avec des idées mais sans idéologie, proche du peuple, et uniquement motivée par l’intérêt du pays n’a aucune chance de percer la barrage médiatique et de se faire connaître. Internet pourrait devenir un canal concurrent à celui des médias officiels mais nous n’en sommes pas encore là.

La France a connu de bons présidents, ou présidents convenables, mais à une autre époque. Il existait alors une vie politique, des débats d’idées, des partis susceptibles de faire émerger en leur sein des hommes ou femmes de qualité. Du néant politique actuel ne peut rien sortir de mieux que le spectacle médiocre auquel nous assistons aujourd’hui. La France a besoin d’une révolution (pacifique), de ses institutions et de sa culture politique.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Le désastre annoncé

Ce billet a été écrit le 15 juin 2017,  il y a 18 mois, dans la grande vague d’euphorie et d’enthousiasme autour du « nouveau monde ». « La France roule à l’abîme », qu’il disait… Pessimiste, Cassandre,  ringard, ronchon, grincheux, oiseau de malheur, misanthrope? Allons donc! Tout juste simplement, bêtement  réaliste… Nous aurions tant préféré que les événements nous donnent tort…

Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

Nous vivons dans une bulle de mensonge, d’illusion, de fausseté qui prend des proportions hallucinantes. Nous serions donc en train de vivre une révolution politique, comparable à celle de 1958, dominée par l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération et l’éradication par les urnes de l’ancienne: le dégagisme. Les visages changent, certes, en surface, mais sur le fond, les événements  actuels traduisent la quintessence de l’effondrement en cours depuis au moins vingt ans de la vie publique nationale. La puissance publique, l’autorité, la politique au sens du « gouvernement des choses » ne cesse de s’anéantir comme un cadavre en décomposition. Le culte médiatique de la personnalité, qui prend des proportions toujours plus vertigineuses, ne sert qu’à voiler, couvrir  cet anéantissement.  Le monde médiatique veut nous faire croire à une vague de fond, un vaste engouement populaire qui s’exprime dans un triomphe aux législatives. La vision est mensongère. LREM s’apprête à obtenir quatre cinquièmes des sièges de députés…

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La violence nihiliste

Ce quatrième samedi de troubles marque un tournant. Le triste spectacle que donnent les avenues et quartiers prestigieux de la capitale est désormais sans lien avec le mouvement initial des gilets jaunes, comme chacun peut le constater au regard des images. Celui-ci a eu gain de cause au regard de ses demandes initiales à la fois concrètes et emblématiques, parfaitement légitimes et fondées, relatives à la taxation du carburant. Il faut souhaiter qu’il trouve maintenant son expression politique et démocratique, bien loin des partis extrémistes qui ont lamentablement cherché à le récupérer. Ce triste spectacle de ce samedi n’est pas non plus révolutionnaire: les affrontements sont le fait d’une poignée d’individus entraînés à détruire et non d’une dynamique populaire; ils ne débouchent sur aucun projet, aucune volonté politique. Il est dans une logique nihiliste: il n’a pas d’autre raison d’être que de détruire, blesser, piller, répandre le mal et la violence comme des fins en soi. Les forces de l’ordre ne protègent d’ailleurs pas un parti, une équipe  au pouvoir. Elles protègent l’Etat de droit, la liberté, l’intégrité du territoire, la sécurité des Français face à des voyous et des casseurs. Les politiciens qui veulent profiter de ces événements pour rajouter du chaos au chaos et se présenter en recours se révèlent dans toute leur irresponsabilité. Face au triste spectacle de la capitale, en ce samedi 8 décembre, une seule pensée me vient à l’esprit: solidarité avec les forces de l’ordre en lutte contre le chaos avec un dévouement et un professionnalisme qui doivent faire la fierté et l’honneur de la France dont l’image est en ce moment tellement  saccagée.

Maxime TANDONNET

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Malsaines dérives et récupérations

Au début, le mouvement des gilets jaunes était profondément sympathique comme en témoigne le soutien des quatre cinquièmes du pays. Il était vécu comme la réaction légitime de la France oubliée à des années de mépris et d’arrogance affichés sans vergogne par la classe dirigeante, depuis les « sans dents », jusqu’aux « Gaulois réfractaires », « aux fainéants » ou « ceux qui ne sont rien » et le traitement injuste réservé aux retraités de condition modeste. La colère, accumulée, s’est cristallisée sur l’augmentation emblématique du prix du diesel. En y renonçant, l’équipe au pouvoir a acté sa défaite. Les gilets jaunes ont remporté une victoire contre un mode de gouvernement fondé sur l’aveuglement et la morgue. Evidemment, cela ne règle rien sur le fond des dossiers. Mais ce succès symbolique marque un tournant qui pourrait être le début d’une rénovation trouvant son prolongement par la voie démocratique et les urnes. Or,  aujourd’hui, le mouvement est en train se subir une dénaturation et de dégénérer dans un indescriptible et pernicieux chaos. La belle cause initiale des gilets jaunes, celle de la France humiliée, est en cours de récupération par un étrange magma nihiliste n’ayant plus de rapport avec la cause initiale: factieux qui appellent à la destruction de l’Etat de droit, voyous qui incendient les biens d’autrui, idéologues gauchisants, anarchistes du black block, casseurs et pilleurs de banlieue, tueurs qui jettent des pavés sur les forces de l’ordre, lycéens « révolutionnaires ». La récupération politicienne – dont les gilets jaunes ne voulaient pas -, bat désormais son plein. Que peut-il sortir d’une révolte désormais revendiquée à la fois par les Insoumis et les lepénistes? Victoire trahie, victoire volée? Nul ne sait ce qui va se passer demain. Le déchaînement de violence attendu risque de corrompre la belle cause initiale des gilets jaunes. Ces derniers ont jusqu’à présent bénéficié d’un soutien massif des Français qui a été leur force. Si la France sombre dans le chaos, la violence généralisée et les pénuries, si l’Etat de droit trébuche dans la tourmente, l’opinion basculera aussi vite que l’éclair.  Il est encore temps pour les gilets jaunes de revendiquer leur victoire et de se démarquer sans ambiguïté d’une dérive criminelle et évidemment sans issue.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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La paix civile

Le président de la République en personne a annoncé le retrait de l’augmentation de la hausse du carburant qui est à l’origine directe du mouvement de contestation. C’est un geste à la fois concret et emblématique qui répond à l’attente de la mobilisation des gilets jaunes. Poursuivre les manifestations serait dès lors irresponsable à plusieurs titres:

  • Une poursuite ou une aggravation des violences sur les Champs Elysées ne nuirait plus à un pouvoir politique, qui est déjà à terre, mais à l’image de la France et aux symboles de son histoire et de son identité, à l’image de l’Arc de Triomphe et des Champs Elysées.
  • Le risque est désormais celui de nombreux morts. Notre pays  décimé par les attentats islamistes depuis trois ans, a suffisamment souffert dans sa chair. Le sang ne doit plus couler. Il faut en finir avec la violence.
  • Les retournements de l’opinion sont brusques et imprévisibles. Les GJ ont présenté une demande et se sont battus pour l’obtenir. Ils ont obtenu satisfaction. En ne tenant pas compte de cet événement majeur, ils se placeraient dans leur tort, surtout en cas de nouvelle catastrophe samedi, et leur victoire serait gravement ternie, transformée en défaite. L’intérêt politique du pays commande de mettre fin aux émeutes et aux violences. Il n’y a rien à obtenir de plus que ce qui a été obtenu. Si les violences se poursuivent, l’opinion va basculer très vite.
  • L’idée factieuse de certains, qui est de provoquer une déstabilisation de l’Etat est criminelle: elle revient à plonger le pays dans la guerre civile et un bain de sang. Dès lors, la responsabilité aura changé de camp. Elle sera celle de tous ceux qui auront rejeté la main tendue et le mea culpa.
  • Espérer une dissolution ou une démission du chef de l’Etat est une logique du chaos, sans issue: pour l’instant, il n’y a aucune solution politique alternative. Aucune, sinon un chaos politique toujours plus absolu. Même l’arrivée au pouvoir des démagogues extrémistes qui ont tenté de récupérer à leur profit les émeutes et les destructions à n’est pas envisageable, dès lors qu’ils ne représentent pas une majorité possible.
  • L’urgence est aujourd’hui de restaurer en France une démocratie digne de ce nom, de rebâtir des partis politiques crédibles, de réhabiliter le suffrage universel et à terme d’assurer une représentation politique digne du pays.

Maxime TANDONNET

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Histoire: le chaos intérieur

La France a connu plusieurs situations de grand chaos intérieur au XXe et au XXIe siècles. Les caractéristiques sont les mêmes: la violence et la barbarie se répandent dans la rue, les forces de l’ordre sont débordées, la peur et la panique s’emparent des dirigeants politiques. L’Etat donne le sentiment de s’effondrer et de plus rien maîtriser. Cinq viennent spontanément à l’esprit.

Le 6 février 1934 est le résultat d’une crise profonde de la démocratie dans les années 1930. La France est meurtrie par la grande dépression. Hitler est au pouvoir en Allemagne depuis plus d’un an et renaît la hantise de la guerre. La classe politique est gravement discréditée par l’un des pires scandales de l’histoire contemporaine: l’affaire Stavisky: un escroc ayant bénéficié de complicités de plusieurs dirigeants politiques et de la justice, retrouvé « suicidé ». Le limogeage du préfet de police, Jean Chiappe, soutenu par la droite nationaliste, provoque un rassemblement place de la Concorde. La manifestation dégénère en émeute. La foule tente de bousculer les forces de l’ordre pour atteindre le palais Bourbon. Une fusillade fait 16 morts. La France est aux portes de la guerre civile.

Novembre-décembre 1947: la France des débuts de la guerre froide sombre dans un chaos sans nom. Le parti communiste, alors très puissant et la CGT organisent un blocage des houillères et des émeutes violentes qui paralysent la reconstruction tandis que  l’instabilité ministérielle bat son plein et l’Etat est désemparé face à ces phénomènes.

Mai 1958: la guerre d’Algérie fait rage. Les gouvernements s’enchaînent dans une instabilité absolue. Les émeutes et les attentats plongent la France dans le chaos. Le 13 mai, des militaires annoncent avoir pris le pouvoir à Alger. Le pays sombre dans un chaos dont nul n’a la moindre de de l’issue possible. Là encore, la guerre civile paraît tout proche.

Mai 1968: dès mars 1968, la révolte des étudiants embrase peu à peu le pays. Sa cause profonde est le rejet de la personne du général de Gaulle et de la France traditionnelle, dite bourgeoise et ses valeurs. Après des semaines d’émeutes d’une rare violence, notamment à Paris, marquées par des barricades, occupations, destructions de biens publics et privés, la classe ouvrière rejoint le mouvement et le pays entre dans une logique grève générale symbolisée par la pénurie d’essence qui prive les Français de leur outil de travail et d’un symbole de liberté: la voiture.

28 octobre 2005, la mort de deux jeunes gens qui tentaient d’échapper à un contrôle policier dans une cité sensible parisienne déclenche une émeute généralisée aux banlieues des agglomérations urbaines. Chaque nuit, pendant trois semaines, des violences opposent les jeunes aux forces de l’ordre, des milliers de véhicules sont incendiés et des bâtiments publics saccagés. Les blessés et les arrestations se comptent par centaines.

Chaque crise est différente, dans ses causes et dans ses manifestations. L’actuelle de novembre décembre 2018 exprime l’exaspération des milieux populaires qui se sentent méprisés, à la fois par les paroles et par les actes d’un pouvoir politique. Le chaos actuel a sans doute la particularité, contrairement aux autres mouvements, de bénéficier d’un net soutien du pays.

Comment en sort-on? Quelle issue, quelle solution politique? A chaque fois, les réponses diffèrent. En février 1934, on en sort par la constitution d’un emblématique gouvernement d’union nationale autour du populaire ancien président de la République, Gaston Doumergue, qui apaise les esprits. En 1947, l’issue est dans l’affrontement et la répression, orchestrés par le ministre de l’Intérieur – socialiste – Jules Moch avec le soutien implacable du chef de l’Etat Vincent Auriol. En mai 1958, le salut vient du recours à l‘homme providentiel Charles de Gaulle. En 1968, la réponse politique qui sort le pays des troubles est la dissolution de l’Assemblée nationale sur l’insistance du Premier ministre Georges Pompidou. En novembre 2005, la proclamation de l’Etat d’urgence fait figure de mesure emblématique qui coïncide avec la fin du mouvement.

Il est difficile de distinguer la part qui revient, dans l’achèvement d’une crise, à l’épuisement naturel des troubles et à l’impact d’une décision politique. De fait, l’expérience montre que dans les situation de chaos, les gestes d’apaisement, les signaux d’ouverture et de compréhension ne suffisent pas à ramener le calme. Parfois, ils ne font que les attiser. En cas d’effondrement du principe d’autorité, une fois déclenché le chaos, le retour à l’ordre est une tâche infiniment complexe. Seule une décision emblématique puissante, marquant  les esprits en profondeur, peut en venir à bout. Quelle peut-elle être dans la crise présente: un changement de gouvernement? Une dissolution de l’Assemblée nationale? Un référendum sur les résultats duquel le chef de l’Etat engagerait sa responsabilité? Il est certain que plus le temps passe, plus la situation s’envenime, plus le niveau de gravité de la réponse nécessaire s’élève.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Point de vue sur la crise des gilets jaunes

  1. L’un des aspects les plus spectaculaires des événements de ces dernières semaines tient au soutien massif aux gilets jaunes des quatre cinquièmes de la population. Le mouvement en cours, hormis les violences, les exactions, des destructions et profanations, a des explications profondes et anciennes. Il traduit la crise de la démocratie française et le sentiment des Français de ne plus être représentés ni écoutés au sommet de l’Etat.

  2. Ce sentiment ne fait que s’accroître depuis un demi siècle et il atteint aujourd’hui sa quintessence. Le sondage de CEVIPOL, selon lequel 88% des Français pensent que les politiques ne tiennent aucun compte de leur avis tout comme le vertigineux taux d’abstention aux législatives de 2017 (plus de 50%) sont le signe patent du divorce entre la nation et sa classe dirigeante et médiatique. L’explosion couvait depuis des années, sinon des décennies.

  3. Le système politique français a sa part de responsabilité. La personnalisation du pouvoir à outrance est au centre de la tragédie actuelle. Elle se traduit par l’étouffement de tous les relais intermédiaires avec la nation (ministres, parlementaires, élus, partis), tandis que la sublimation de l’image personnelle engendre une atmosphère éthérée, passionnelle, mélange d’adoration et de haine, donc dangereusement explosive. Elle écrase toute notion de vérité, d’intérêt général, de projet de société et de bien commun de la nation. Dans la logique de ce système, le discours et l’action politique se focalisent désormais sur la satisfaction d’un intérêt de vanité individuel et non plus sur celui de la collectivité. 

  4. La déflagration de ces dernières semaines a des causes directes qui sont politiques. Les conditions des élections présidentielles et législatives de 2017, le scandale Fillon qui a privé la France d’un débat d’idées et d’une salutaire alternance, a préparé un terrain propice à l’instabilité. Dès le départ, les conditions de l’élection du chef de l’Etat, avec l’adhésion initiale de 12% du corps électoral au premier tour dans un contexte extrêmement chaotique, puis à l’occasion d’une second tour sans enjeu face à la candidate du FN, fragilisaient sa position. Les événements actuels dérivent en partie d’un processus démocratique inachevé. 

  5. L’air du temps est imprégné de fausseté et de cynisme qui nourrissent une atmosphère délétère. La promesse d’un « nouveau monde » a fait long feu avec la succession des scandales. Le thème de la « transformation de la France » n’a pas non plus résisté à l’épreuve du réel: aggravation des déficits, des dépenses, de la dette, des prélèvements fiscaux et sociaux. Puis le refrain du « bien » post national et européiste contre la « lèpre populiste » a exacerbé les déchirements du pays. Par une succession de gestes, de paroles et de décisions – incompréhensibles – l’homme de l’Elysée s’est enfermé de lui-même dans sa propre caricature, image d’une élite hors sol et de morgue anti-peuple.  En 18 mois, cette posture a eu pour effet d’exciter les esprits et d’attiser les déchirures, débouchant sur un affaiblissement de l’autorité et de la confiance. 

  6. La nature même de cette crise donne lieu à une profonde incompréhension. Elle n’est pas seulement de caractère matériel. Les hausses de prix du carburant même excédant 3 et 6 centimes, sont fréquentes, depuis toujours, et bien que douloureuses, ne suscitent pas de réaction populaire. Cette fois, la nouvelle hausse annoncée, solennellement, cristallise un profond malaise dans les profondeurs de la nation, lié au sentiment d’un mépris de la classe dirigeante ou dominante envers les milieux populaires. Elle a pris une dimension emblématique. Cette annonce, dont le caractère inflammable n’a pas été perçu par les autorités du pays, focalise désormais sur elle un infini ressentiment.

  7. La cause initiale des événements, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres repose sur une mystification. Le pouvoir a utilisé les mots de réforme, de transformation, et même de révolution (écologique), à propos du geste le plus tristement banal de n’importe quel gouvernement français: une augmentation de taxe ou d’impôt. Ce travestissement des mots a sans doute contribué à affaiblir la position des autorités qui ne peuvent même pas, aux yeux d’une frange de l’opinion qui les soutient habituellement, se prévaloir d’une véritable réforme courageuse et nécessaire de l’économie française. 

  8. Rarement dans l’histoire récente la situation politique n’aura été aussi fragmentée et volatile. L’Elysée affirme ne pas vouloir reculer. Paradoxalement, le choix du statu quo, qui repose sur des considérations d’image, aggrave un ressenti de déconnexion et d’indifférence à la souffrance populaire. Le bon sens devrait conduire le pouvoir, non pas à « reculer » sur une réforme, réforme qui n’existe pas, mais à tendre la main à la nation par un geste audacieux et inédit en France: le renoncement à une hausse d’impôt! Quels que soient les choix retenus, geste emblématique d’apaisement ou fuite en avant dans la confrontation, les dégâts sont irréparables. De toute évidence, les événements sont en train d’anéantir toute perspective d’un « mandat utile » pour les 3 ans qui viennent et compromettent la perspective de réélection en 2022.

  9. Cependant, par leurs gesticulations en plein cœur des émeutes, au risque d’attiser les violences, les leaders « anti-système » ont accru leur marginalisation. Quant à l’appel des Républicains à la tenue « d’un référendum sur la transition énergétique », il a été perçu comme décalé. La décomposition de la vie politique qui s’est manifestée avec l’effondrement des partis politiques traditionnels en 2017, poursuit donc ses ravages, voire s’accélère et prive le pays de toute issue apparente… 

  10. Les solutions politiques avancées par les oppositions ne sont pas de nature à régler le problème de fond de la fracture démocratique: la dissolution, le référendum, voire une nouvelle élection présidentielle anticipée n’offrent pas d’autre perspective qu’un éphémère répit. Remplacer des hommes ou femmes par d’autres, dans la même logique, le même système, produirait l’effet habituel d’euphorie médiatique, pendant six mois, les mêmes délires idolâtres, puis une course éperdue à l’image dans un tourbillon narcissique, et la rechute dans les ténèbres de l’échec, du lynchage, de l’impuissance et de l’impopularité absolue.

  11. Une authentique révolution démocratique est désormais indispensable: confier le pouvoir à un puissant Premier ministre sous le contrôle effectif d’un Parlement représentatif de la Nation; restaurer la mission de visionnaire  impartial et de sage au dessus de la mêlée du chef de l’Etat, garant de la sécurité et du destin national; associer la nation à la vie publique du pays par un recours fréquent au référendum; renforcer la démocratie de proximité, communale et le respect des pouvoirs locaux; reconstruire un système de partis politiques digne de la démocratie française.                                      

Maxime TANDONNET

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Déclaration de M. Larcher, président du Sénat

Il me semble utile de relayer la déclaration de M. Larcher, président du Sénat, largement ignorée par les médias radio et télévision, les paroles les plus responsables que j’ai entendues depuis le début de la crise actuelle.

REPRISE DU JOURNAL LA CROIX

Le président du Sénat Gérard Larcher a exhorté dimanche l’exécutif à apporter « une réponse politique » à la crise des « gilets jaunes », jugeant que le gouvernement n’avait « pas droit » à « un troisième samedi noir » après les violentes manifestations de samedi.

« Le gouvernement n’a pas le droit à un troisième samedi noir » après la journée de samedi où l’État de droit a été « bafoué » et « la République malmenée », a réagi M. Larcher (Les Républicains) lors du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.

Mais « la réponse doit être d’abord politique« , a-t-il ajouté, réitérant son appel à un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants prévue le 1er janvier.

« Je suis pour une réponse rapide. Le gouvernement a les moyens de cette réponse. L’Assemblée dans dix jours va discuter à nouveau du niveau des taxes sur l’énergie » que le Sénat à majorité de droite a voté dans le cadre du budget, a-t-il rappelé.

« Ma responsabilité de président d’une institution telle que le Sénat est de rappeler l’essentiel: maintenant, il faut qu’on sorte de cette crise« , a lancé M. Larcher qui a évoqué un gouvernement « figé dans son attitude, entêté » et des « gilets jaunes » qui se sont « laissés déborder par les ultraviolents« .

Sur la gestion de l’ordre public, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner « devra répondre devant la représentation nationale, et ce dès mardi au Sénat » devant la Commission des Lois, a souligné M. Larcher.

Le dispositif était adapté ? « C’est ce qu’il faudra éclaircir dès mardi de manière claire, au delà des manifestations d’autosatisfaction« , a-t-il dit, critiquant le choix de « considérer les Champs-Élysées comme une fan-zone ».

Le président du Sénat n’a pas totalement écarté l’hypothèse du retour de l’État d’urgence. Il n’a pas écarté non plus la piste d’un référendum lancée par le président de son parti Laurent Wauquiez, mais en soulignant que cette procédure prenait « du temps » et qu’il y avait « urgence ».

 

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Le chaos et le néant

L’Arc de Triomphe est un symbole de la France, de ses heures de gloire et de ses malheurs, incarnant l’histoire contemporaine de notre pays. Il renvoie à l’épopée napoléonienne, au souvenir du 11 novembre 1918, mais aussi, à la manifestation des étudiants et lycéens gaullistes du 11 novembre 1940, l’un des premiers signaux de la résistance française. Le voir profané est une véritable tragédie dans la tragédie de ce samedi noir qui a vu Paris saccagé, livré aux forces obscures de la violence barbare, une tragédie qui symbolise le chaos absolu dans lequel notre pauvre pays a sombré. La responsabilité du pouvoir politique est évidemment engagée. Nul n’a le droit de plonger un Etat dans un telle tempête. Soit le pouvoir politique a les moyens  de faire appliquer une décision et de conserver ensuite la maîtrise des événements qui en découlent, soit il s’en abstient. Il est responsable des événements qu’il déclenche. La France paye aujourd’hui le prix de la déconnexion, de l’ivresse narcissique et du mépris érigé en une véritable idéologie. La confiance est définitivement morte. Cette équipe, issue des élections chaotiques de 2017 – le chaos engendre le chaos – ne s’en remettra jamais. Elle est entrée, quoi qu’il arrive, dans une longue agonie qui risque de durer des années. Mais il est encore plus terrible de constater l’absence visible de toute issue politique. Les leaders « protestataires » qui pavoisent et jubilent sur les écrans de télévision en plein cœur des émeutes donnent le sentiment de vouloir récupérer le drame à leur profit. Ils en paieront eux aussi le prix. Les Républicains paraissent quant à eux dépassés par les événements. Proposer un référendum sur la « transition énergétique » sonne étrangement décalé quand le pays se soulève pour le prix de l’essence et les fins de mois difficiles.  La vérité? la France n’a plus de dirigeants, plus de leaders, plus de partis. Elle n’a plus de démocratie. Elle n’a plus de politique digne de ce nom. Que reste-t-il à espérer? Déjà, une simple parole intelligente, une lueur de bon sens, de raison et de sens de l’honneur désintéressé, d’où qu’elle vienne, pourrait apparaître comme le début d’un recommencement… Mais viendra-t-elle? Et d’où? Et quand?

Maxime TANDONNET

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La déconnexion

Les gilets jaunes? C’est l’histoire d’une déconnexion, poussée à son paroxysme. Le pouvoir  affirme qu’il « ne reculera pas » et se pose en défenseur de la réforme, du mouvement et de la  modernisation, confronté au populisme et à la démagogie. Or, nous ne sommes en aucun cas dans la situation de décembre 1995. Aujourd’hui, la différence, c’est que la réforme n’existe pas. Une nouvelle augmentation de taxe sur les carburants, ce n’est rien d’autre que le prolongement d’une vieille habitude française d’augmenter en permanence les impôts et les taxes. Les dirigeants se sont trompés, sous estimant l’exaspération et la souffrance populaires, mais ils se braquent et s’isolent. Dans le contexte d’une personnalisation du pouvoir à outrance, qui touche à sa quintessence, la défense d’un ego est l’unique fondement de cette posture: le statu quo pour l’image de fermeté. La crise est entrée dans une phase irrationnelle, donc explosive. 84% des Français soutiennent le mouvement. Cette révolte n’est plus seulement dirigée contre une décision gouvernementale. Le pays est entré en rébellion contre une image d’arrogance. La fonction présidentielle n’existe plus. Le chef de l’Etat est en principe un arbitre, au-dessus de la mêlée, dont la mission essentielle est d’incarner l’unité et la continuité du pays. Dès lors qu’il est devenu exactement le contraire, l’expression même de ses déchirements et de ses soubresauts, réceptacle de l’exaspération populaire, sa raison d’être se trouve anéantie. Le sujet n’est pas celui de la défense d’une politique qui n’existe pas: augmenter le prix de l’essence n’a jamais fait  une réforme. Deux nihilismes se trouvent face à face. La rencontre explosive d’une vanité outrancière, paroxystique, qui signe le pire d’un régime politique, et  d’une désespérance populaire généralisée face au ressenti d’un immense mépris, ne débouche à l’heure actuelle sur aucune issue. Que va-t-il en sortir? Sans doute un nouveau désastre pour notre pauvre pays qui ne voit pas venir la fin de ses malheurs.

Maxime TANDONNET

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Jeu de massacre à la foire du Trône

Ni ma situation personnelle ni mon caractère ne me portent à prendre part au « jeu de massacre » de la foire du Trône.  Pourtant, aujourd’hui, je suis assailli par les doutes, bien plus que par les certitudes que je laisse aux idiots. Qu’il y a -t-il derrière ces événements et ces réactions qui dépassent l’entendement? Il me semble qu’il existe deux possibilités: inintelligence ou fuite en avant. La première: inintelligence avérée, de quelques individus qui se sont hissés au premier plan à la faveur d’une médiocrité ambiante et de l’indifférence générale, mais  privés de la capacité de réfléchir, de se remettre en cause, prisonniers de convictions idéologiques dont leur crâne a été bourré depuis leur plus jeune âge, dans l’incapacité intellectuelle d’appréhender, de  comprendre et de sentir le monde ou ils vivent, ses passions, ses tensions, ses malaises et ses espérances et donc entraînés dans une bulle qui les éloigne toujours plus du réel. La seconde: la fuite en avant ou la provocation des mêmes, souffrant dans leur chair d’une vanité outrancière et d’égocentrisme, insensibles à tout ce qui n’est pas eux-mêmes, qui se sont pris pour des êtres d’exception et sont aujourd’hui prêts au pire pour noyer dans le chaos leur échec et leur humiliation. A moins que ce ne soit un mélange, mais l’un comme l’autre sont tout aussi inquiétants pour l’avenir… [Merci de tout cœur à d’éventuels commentateurs de ne pas personnaliser leurs critiques ou observations]

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: les Françaises dans la guerre et l’occupation, Michèle Cointet, Fayard Histoire, 2018.

« Les Françaises dans la guerre et l’occupation »: le nouveau livre de Mme Michèle Cointet aborde l’histoire des années 1940-1945 sous l’angle de la vie et de l’engagement des Françaises. Cet ouvrage passionnant couvre les points de vue les plus divers: celui des épouses des dirigeants du régime de Vichy, celui des femmes engagées dans la collaboration, celui des résistantes, celui de la vie quotidienne des femmes françaises en cette période et le martyre des déportées.

La Seconde Guerre mondiale est une période particulière dans l’histoire des Françaises. Jusqu’alors, elles ne disposaient pas du droit de vote et n’étaient donc pas considérées comme des citoyens à part entière. La gauche radicale de la IIIe République en était largement responsable, convaincue que les femmes étaient « sous l’influence des curés ». Leur engagement dans la résistance, les souffrances endurées en déportation, dont la plupart ne sont pas revenues,  ont scellé leur place de citoyenne à part entière. la reconnaissance est venue du général de Gaulle « imposant à des parlementaires rétifs le droit de vote des femmes en 1944 ».

Le charme particulier de ce livre tient à la galerie de portraits qu’il expose, d’une diversité qui en fait toute la richesse. Il se présente ainsi comme un enchaînement de récits extrêmement vivants et non comme un essai théorique. Telle est la force d’entraînement de l’historien: convaincre par l’exposition des faits et non par des jugements de valeur. Il est impossible de rendre compte de l’ensemble de ces portraits de Françaises oubliées, qui renaissent sous la plume de l’auteur, tous plus passionnants les uns que les autres mais certains sont nous ont plus particulièrement marqué.

L’ouvrage commence par les portraits des « femmes dans l’ombre de l’Etat français », notamment des épouses de Philippe Pétain et de Pierre Laval. Bizarrement, cet aspect de la vie privée sous le régime de Vichy ne semble pas avoir jusqu’à présent (à notre connaissance), suscité beaucoup d’intérêt des historiens. Les développements du livre de Mme Cointet sont à cet égard franchement passionnants. Mme Eugénie Pétain est en butte à l’entourage du maréchal qui veut à tout prix l’en éloigner et elle se bat au quotidien pour avoir accès à son mari plutôt froid et indifférent. La famille Laval est beaucoup plus unie. Jeanne et leur fille Josée auraient tenté en vain de le dissuader de revenir au pouvoir en avril 1942, un retour qui signa le basculement définitif de Laval dans la trahison et sa perte. On n’écoute jamais assez ses proches…

De multiple portraits nous entraînent au cœur d’une histoire où se rencontrent le pire et le meilleur. Aviez-vous entendu parler de Violette Morris? Une grande sportive et mondaine des années 1920 et 1930, très connue à cette époque, qui assiste aux jeux Olympiques de Berlin en 1936, sympathise avec l’Allemagne nazie, et qui sera exécutée par la Résistance en 1944 pour des faits de collaboration. Le livre se penche longuement sur la vie et le sort des femmes écrivains. Il nous raconte le triste destin d’Irène Némirovsky, juive d’origine russe, auteur de nouvelles et de romans à succès dans l’entre-deux guerre, qui se pensait à l’abri dans la campagne de Saône-et-Loire, avec sa famille dans une grande maison avec « jardin potager, verger et poulailler » mais qui n’a pas échappé à l’arrestation et la déportation à Auschwitz où elle meurt du typhus le 19 août 1942.

Mme Cointet ne montre guère d’indulgence envers une icône de l’après-guerre qui est aussi un maître penseur de notre époque: « Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre se sont abstenus d’agir dans la tragédie nationale. Ils ont feinté, montré de l’indifférence à l’antisémitisme meurtrier, à ses atteintes aux droits élémentaires de l’homme […] Le rejet des contraintes de la vie bourgeoise apparaît comme révolutionnaire. [Tous deux] sacrifient volontiers quelques valeurs éthiques quand elles entravent une vie privée qui se doit d’être joyeuse […] La vérité est que Simone de Beauvoir s’intéresse à elle, à Sartre, à leur oeuvre, mais pas du tout à ce qui l’entoure. Elle l’avoue dans la « fleur de l’âge et à dessein […] Elle confesse ne pas avoir été émue par la manifestation patriotique des lycéens et étudiants de Paris le 11 novembre 1940, pas plus qu’elle n’a été troublée par le renvoi de l’enseignement de professeurs juifs, ou tentée d’agir après la rafle du Vél d’Hiv. » 

L’ouvrage de Mme Cointet décrit « Ravensbrück, le camp des femmes ». On ne peut sortir indemne de ce récit du paroxysme de la souffrance. Il s’achève sur un exposé de la place des femmes, cruciale, dans l’histoire de la Libération, et sur celui de l’épuration qui les a  touchées. Un passage de la fin du livre souligne l’horreur de la tragédie vécue par les femmes (et les hommes) de cette période: « Anise Postel-Vinay (déportée) apprend que son père est mort à Dora, son frère à Buchenwald et que sa soeur a été fusillée: « non, dit-elle, il n’y avait pas de quoi se réjouir d’être libre ».

Les politiciens et les supposés intellectuels qui  instrumentalisent sans vergogne cette période de l’histoire pour se faire valoir ou salir leurs adversaires, ou fuir leur responsabilité, devraient retourner à l’école ou bien ouvrir de temps en temps un livre d’histoire pour réaliser à quel point leur attitude est indigne. En tout cas, merci à Mme Michèle Cointet pour ce livre magnifique.

Maxime TANDONNET

 

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