Les statistiques de l’immigration

« Regarder le sujet de l’immigration en face »?

Chiche.

En France, une nette hausse des premiers titres de séjour accordés aux primo-arrivants ou par régularisation du séjour: 125 000 en 1995, 186 116 en 2002, 183 893 en 2008, 193 655 en 2012, 210 940 en 2014, 217 5330 en 2015, 230 353 en 2016, 242 665 en 2017, 255 550 en 2018[1]. Les entrées se répartissent par motifs : 80 339 pour études; 32 815  à des fins professionnelles ; 89 185 sur motif familial, dont 26 455 au titre du regroupement familial, 47 110 membres de famille de Français, 15 620 « vie privée et familiale »; 35 6424 pour raisons humanitaires, dont 19 575 réfugiés, 11 610 protections subsidiaires et 4 310 étrangers malades[2].

[Ces chiffres doivent être pris avec précaution: les modes de calcul ont évolué dans le temps. Ainsi, les Européens n’étant plus obligés de détenir des titres de séjour ont cessé d’être pris en compte en 2004. La part des retours est indéterminée ce qui empêche de calculer avec certitude le solde migratoire.]

Par ailleurs, le nombre des demandeurs d’asile, qui statistiquement ne peut pas s’additionner tel quel à celui des premiers titres de séjour (une partie des demandeurs d’asile, reconnus comme protégés ou régularisés après avoir déboutés, sont intégrés au cours des années suivantes dans les statistiques des premiers titres de séjour, d’où le risque de double-compte), est lui aussi en augmentation : 20 000 en 1995, 45 000 en 2004, 61 468 en 2012, 64 536 en 2014 80 075 en 2015, 85 244 en 2016, 100 412 en 2017, 122 743 en 2018[3]. En 2018, les principales nationalités des demandeurs d’asile sont afghanes (9 439), guinéenne (6 162), albanaise (5 763), géorgienne (4 776), ivoirienne (4 677), soudanaise (4 134), Bangladaise (3 648), congolaise République démocratique (3052), malienne (2 857), chinoise (2 628).

L’évolution du nombre des migrants en situation illégale peut être estimée sur la base de l’Aide Médicale d’Etat qui leur est accordée : 150 000 bénéficiaires en 2004, 320 000 en 2017 (même si, seule une partie des migrants en situation illégale est inscrite à l’AME, dans une proportion non connue). La loi des Finances 2019 a prévu un financement de l’AME à hauteur de 935 millions € (+5%).

NB: seul les sites figurant au blogroll ci-joint ou avec l’accord de l’auteur sont autorisés à reprendre ce billet. 

Maxime TANDONNET

[1] Source ministère de l’Intérieur, statistiques consolidées au 15 janvier 2019.

[2] Sources: statistiques du ministère de l’Intérieur.

[3] Sources, ministère de l’Intérieur et OFPRA.

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Lecture: Les Plantagenêts, Jean Favier, Fayard, 2004

La lecture d’un excellent livre d’histoire, en un temps de bêtise et de médiocrité triomphantes, apaise et réconforte. Et parmi la bêtise et la médiocrité triomphantes figure en bonne place l’actuelle querelle de crétins, bien à l’image de nos années, sur la question de savoir qui est habilité ou qui ne l’est pas pour parler d’histoire et prétendre à la qualité d’historien.

Les titres, les diplômes, les chaires obtenues à force de servilité, de courbettes idéologiques et d’obséquiosité ne font sûrement pas à eux seuls l’historien. En ces temps d’obscurantisme et de saccage de l’enseignement de l’histoire, le véritable historien, nonobstant la gloriole académique,  est tout homme ou femme qui parvient, par ses récits, à répandre la passion de l’histoire et à par là-même le bonheur de l’évasion et de l’enrichissement d’un savoir, sans la prétention à transmettre un message idéologique. Jean Favier, grand savant et sachant se mettre à la portée de tous, décédé récemment, était de ceux-là.

Les Plantagenêts, 1000 pages, se présente comme une somme monumentale de connaissances sur une période absolument fascinante. L’ouvrage combine le récit linéaire de l’ascension d’une grande famille qui a dominé l’Europe pendant plusieurs siècles, avant de sombrer, et le tableau d’une grande civilisation méconnue, celle des Troubadours, des poètes, des princes, des comtes et des hommages, des cathédrales et des moulins à vent. Il est d’un abord exigeant en raison de la multitude foisonnante des informations qu’il livre en abondance. Pourtant, une fois apprivoisé, le livre est tout autre chose qu’une somme d’érudition, et devient, comme tout grand livre, le compagnon irremplaçable des soirées de solitude et des nuits sans sommeil à force de ne pas pouvoir le lâcher.

A quoi peut-il bien servir, aujourd’hui, de savoir que le Royaume-Uni contemporain est une création française, largement issu du mariage en 1128, entre Geoffroy Plantagenêt, comte d’Anjou, et de Mathilde de Normandie, descendante de Guillaume le Conquérant? Que le véritable fondateur de la dynastie, né de cette union, Henri II, couronné roi d’Angleterre en 1154, a régné sur un vaste territoire  englobant, outre son Royaume, l’Aquitaine, l’Anjou et la Normandie en tant que vassal du Capétien, roi de France? Que tout l’équilibre d’une société et ses rapports de pouvoir reposaient, non sur un Etat de droit organisé, mais sur le jeu des passions, d’engagement d’homme à homme et du sens de l’honneur?

A quoi sert-il de savoir que l’histoire de France et de l’Europe, peut-être du monde, s’est jouée pour des siècles sur le coup de passion d’une femme, Aliénor d’Aquitaine, mariée avec le roi de France Louis VII en 1137, dans l’objectif de réunir l’Aquitaine (un bon quart de la surface actuelle de la France) et le Royaume de France, mais insatisfaite de son mari, qui s’en sépare quelques années plus tard pour épouser Henri Plantegenêt en 1154, dix ans de moins qu’elle, dont elle est tombée amoureuse, faisant basculer l’Aquitaine, de Poitiers et Bordeaux, dans la mouvance Anglaise et engendrant un puissant  empire Plantagenêt qui durera plus de 300 ans, ennemi du chétif roi de France capétien, écrasé entre ce géant et l’Empire romain germanique, et qui finira cependant par l’emporter au prix d’une oeuvre de plusieurs siècles?

A quoi sert-il de plonger dans l’histoire fabuleuse, infiniment plus fracassante que 10 000 romans additionnés, du roi Henri II honteusement trahi par ses deux fils affamés de puissance? Puis l’un d’eux, héritier du trône, et des possessions françaises de la dynastie Plantagenêt, Richard Coeur-de-Lion, adulé de sa mère, Aliénor, mais faible, indécis et médiocre pendant la Croisade, échouant à libérer Jérusalem, emprisonné sur le chemin du retour par l’empereur d’Allemagne et libéré grâce à une colossale rançon ruineuse pour les finances de son royaume, et redevenu chef de guerre violent et cruel? Enfin la lutte implacable entre son frère qui lui succède, Jean Sans Terre, abandonné par ses vassaux pour manquements au code de l’honneur féodal, et le roi de France Philippe Auguste, parti de peu au regard de la puissance Plantagenêt, mais vainqueur final de cette joute?

« Pardonnez lui, Seigneur, il en a grand besoin,

Et ne regardez pas, Seigneur, ses fautes, 

Et remembrez vous comme il alla vous servir »

Je n’ai pas vraiment de réponse à ces questions. Fuir la médiocrité de notre temps, 800 ans de hauteur et de recul pour s’imprégner du chaos de l’histoire qui n’a pas dit son dernier mot, un intense et pur moment de bonheur en tout cas.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

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« Voiture de fonction »

« Demain matin, j’utilise ma voiture de fonction, comme tous les jours. Donc je serai de tout cœur avec les Franciliens qui galéreront dans les couloirs du métro ». Cette déclaration de la porte-parole du gouvernement, à la veille de la grande grève des transports publics parisiens, a déclenché un tollé dans les médias et sur les réseaux sociaux. Elle a pourtant l’immense mérite de la sincérité. Bien mieux que « les sans dents », « ceux qui ne sont rien » ou autre « Gaulois réfractaires », elle pourrait s’imposer comme la phrase emblématique de 10 ans de socialo-enmarchisme (2012/2022). Elle reflète le vertigineux fossé qui ne cesse de se creuser entre une micro-société de courtisans privilégiés et la majorité silencieuse, dans la galère. Elle illustre à merveille le sentiment profond de cette micro-société, obsédée par la préservation de ses privilèges et inaccessible à la souffrance – la galère dans le métro en est une – et aux angoisses de ce qu’elle considère comme la « vile multitude ». Elle exprime à la perfection la déconnexion radicale de cette micro-société qui se targue d’incarner un « nouveau monde » accrochée à ses lustres et ses dorures, ivre d’autosatisfaction et qui n’a plus la moindre idée ni la moindre sensibilité du monde des réalités.  Elle nous explique pourquoi et comment la classe dirigeante française roule à l’abîme et comme un boulet, entraîne le pays avec elle. Et alors, il ne lui restera plus qu’à maudire les gilets jaunes, à crucifier le « populisme » et à supplier le Pen de grimper dans les sondages, pour atteindre son but ultime: rempiler en 2022, garder sa place sous les ors des Palais de la République et ses véhicules de fonction (avec chauffeur).

Maxime TANDONNET

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Lynchages thermidoriens

Les trois grands lynchages médiatiques, quasi simultanés, de cette rentrée 2019 ont une particularité: ils frappent des personnalités qui incarnent l’idéologie dominante, la pensée correcte, vertueuse: Moix, Thuram, Bruel. Tous les trois, chacun dans son genre, ont été érigés en emblèmes télévisuels de l’antiracisme, du culte de la migration et du combat contre le « populisme ».  Cependant, par le plus étrange des paradoxes, les voici à leur tour pris pour cibles de la vindicte médiatique, comme si la révolution du politiquement correct se mettait à dévorer ses propres enfants. Les trois lynchages de la rentrée ne frappent pas des personnalités présumées réactionnaires, ni des politiques, mais des People parfaitement bien-pensants. Aujourd’hui, le processus de lynchage s’est autonomisé. On ne lynche plus au nom de l’idéologie correcte et progressiste contre la supposée « réaction », mais il faut lyncher pour lyncher, dans une spirale sans fin. Toutes les têtes qui dépassent, sans exception, sont susceptibles de tomber sous le couperet.

Le lynchage de Patrick Bruel, est, à vrai dire, assez minable et répugnant. Il est vaguement accusé par une jeune masseuse, qui n’a pas porté plainte, d’exhibitionnisme pendant un massage. Le monde médiatique, radios, télévisions, presse, se vautre dans cette accusation et s’en donne visiblement à coeur joie. Et voici Bruel, jadis idole de la jeunesse, véritable sex-symbol national autour duquel se déchaînaient des flots de jeunes filles amoureuses, traîné dans la boue, humilié, ridiculisé, sans le moindre commencement d’une preuve ou d’un indice, et encore moins d’une condamnation. Mystère: pourquoi la meute s’est-elle lâchée contre lui? Pourquoi brûle-t-elle sans vergogne et avec autant de jubilation ce qu’elle a si longtemps adoré?

Celui de Thuram est différent. Voici un joueur de football, qui pour des raisons diverses, a été porté par le système médiatique au rang de maître penseur national, au moins équivalent, par le poids donné à sa parole, d’un Finkielkraut ou Marcel Gauchet… Ne  pas lire dans ces lignes un quelconque mépris: il est possible d’être pétri de bon sens et d’intelligence sans avoir fait la moindre étude. Mais là, c’est tout autre chose. Qui peut citer une phrase un peu originale de M. Thuram? Il fait partie de ces icônes médiatiques, issues du show business ou des terrains de football, érigées artificiellement au rang de professeur national de vertu. Dans ce contexte, il prononce une phrase ignoble, parlant de « culture blanche » raciste, sans véritable conscience de la portée de ses mots. Là-dessus, la France dite « d’en haut » se déchaîne. La LICRA condamne, SOS racisme soutient. Des paroles qui fussent passées totalement inaperçues quelques années auparavant suscitent une tempête médiatique.

Troisième lynchage, le plus violent, le plus durable, celui de Yann Moix. Encore davantage que les deux autres, cette icône médiatique, omniprésente dans les écrans de télévision, personnalise la parole correcte et l’idéologie du Bien: au-delà du fanatisme, poussant à l’extrême l’idéologie sans-frontière, ce dernier qualifie de « criminelle », toute esquisse de maîtrise de l’immigration. Et puis, à l’issue d’une sordide affaire de règlement de compte familial, ses dessins et écrits antisémites de jeunesse, auxquels Brasillach, Béraud ou Céline n’auraient rien à envier, sont largement diffusés dans les médias. Eternel décalage entre le profil médiatique du donneur de leçon national et la réalité d’un personnage: sous le vernis de la pensée radieuse, l’obscurantisme d’un autre âge. Pendant des mois, la « France d’en haut », médiatique, a craché sur les Gilets Jaunes en les vouant à l’ignominie du populisme. Or, le pire se dissimulait, non pas sur les rond-points de la France profonde, mais sur les plateaux de France télévision, derrière le masque télévisuel de la vertu et de la pureté idéologique.

Comment les Français, pourraient-ils s’y retrouver? Comment attendre autre chose de ces scandales qu’un mépris toujours croissant du pays profond pour les acteurs du grand spectacle médiatique?

Maxime TANDONNET,

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« Délinquance de la pensée »

« Délinquance de la pensée » la formule est tirée du titre d’un article du Monde d’hier. Elle provient d’un sociologue s’exprimant  à propos de M. Zemmour accusé de propager une délinquance de la pensée. Le concept est particulièrement étrange. Délinquance signifie infraction, acte criminel qui bafoue la loi ou la morale. Certes, la démocratie libérale s’accommode de limites à la liberté de parole, d’expression, dès lors qu’elle porte préjudice à l’intérêt d’autrui: diffamation, insulte, appel à la haine. Cependant, elle ne saurait criminaliser la pensée, d’ordre intérieur, individuel. La liberté de pensée, ou la liberté de conscience est, elle, sans limite: chacun est libre, en son for intérieur, de penser ce qu’il veut. Seuls les régimes totalitaires se targuent de fixer des normes à la pensée, de l’encadrer, de définir un bien et un mal relatif à la pensée et de la criminaliser. Sous la Terreur de 1793 et 1794, la loi des Suspects permettait d’envoyer un homme ou une femme à l’échafaud sur simple dénonciation de pensée hostile à la Révolution. Selon Hannah Arendt, dans « Le totalitarisme », les régimes totalitaires soviétique et national-socialiste visent à l’émergence d’un homme neuf qui passe par la déshumanisation, l’éradication de la conscience individuelle au moyen notamment  de l’univers concentrationnaire. L’Union soviétique a aussi taxé de folie la pensée déviante en enfermant les intellectuels en hôpital psychiatrique. La révolution culturelle maoïste invente « les confessions publiques » suivies du châtiment suprême. La démocratie libérale se distingue justement du totalitarisme par le respect de la pensée, la liberté de conscience, la reconnaissance d’une vie intérieure des idées ou des sentiments qui, elle, est intouchable. L’expression peut-être encadrée et normée à des fins d’intérêt général; la pensée ou la conscience, non, en aucun cas. Le concept de pensée délinquante est donc par définition, intrinsèquement anti-libéral et totalitaire. Qu’un telle formule soit banalement exposée en tête d’un article, d’un grand journal de référence, dans la plus grande indifférence sinon l’aveuglement général, manifeste un signe parmi d’autre du glissement vertigineux de nos sociétés occidentales dans l’arbitraire et le despotisme.

Maxime TANDONNET

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Le Souverain Captif par André Tardieu, présentation de Maxime Tandonnet, Perrin, 2019

« Pour avoir mesuré la limite de l’efficacité gouvernementale, je crois plus que jamais à la puissance des idées. Un livre, s’il est bon et s’il porte, est plus fort qu’un ministère ou qu’une assemblée. On s’en est aperçu à tous les âges de l’humanité. » Dès l’avant-propos du Souverain Captif, André Tardieu exprime l’ambition qui l’anime au moment d’entreprendre son testament politique.
Après 20 ans de vie parlementaire, plusieurs postes de ministres, trois présidences du Conseil, il n’est pas parvenu à atteindre son objectif de redressement de la France, en proie à une instabilité politique récurrente et minée par la crise de 1929 face au péril hitlérien. A travers ce livre, il s’adresse directement au pays dans l’espoir de provoquer un sursaut de l’esprit public. Tardieu fustige dans un style flamboyant l’instrumentalisation des grands principes républicains par les élites dirigeantes dans l’objectif d’asservir le peuple sous couvert de le servir. Comment parler de suffrage universel et de démocratie, s’indigne-t-il par exemple, alors que les femmes, c’est-à-dire la moitié de la Nation, en sont exclues depuis 150 ans, qu’il n’existe pas de politique sociale digne de ce nom et que l’instabilité gouvernementale a pour corollaire l’éternel retour des mêmes ministres ? Convoquant l’histoire et les meilleurs auteurs, il dénonce une forme d’imposture utilisant ad nauseam la mystique révolutionnaire, largement mensongère à ses yeux, pour justifier un parlementarisme qui ne profite qu’à la « profession parlementaire », titre d’un second volume qu’il publiera dans la foulée sous l’intitulé commun de « La révolution à refaire ».
Pour en sortir, il défend notamment l’idée d’un recours au référendum et un renforcement du pouvoir exécutif, préfigurant le gaullisme qui lui doit beaucoup.
D’une actualité stupéfiante, ce livre présente aujourd’hui des accents étrangement prophétiques. Maxime Tandonnet en donne la première édition critique, enrichie de nombreuses notes et d’une préface substantielle.

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Champ de ruines

Ce matin, LCI/BFM triomphe sur la hausse de la cote de confiance présidentielle de 2 points. L’omniprésence médiatique de l’image élyséenne et l’obsession sondagière tout autour, seraient-elles l’arbre qui cache la forêt, celle de l’anéantissement continu de la politique française?

La presse et les médias ont beaucoup jubilé sur les déboires des Républicains. A l’occasion du Congrès de la Baule, ils y ont surtout vu la défection et l’absence de ses leaders Pécresse et Bertrand, délestés de ce qu’ils pensent être le boulet de l’image du parti et jouant leur propre partition.

Le fauve médiatique se concentre sur les difficultés de LR jusqu’à en oublier le désastre qui guette les autres. Sans parler même du PS ou des Insoumis en pleine déflagration, LREM ne se porte guère mieux: duel fratricide pour la mairie de Paris et d’autres, déboires judiciaires, démissions au fil des jours de parlementaires sous l’effet de l’écœurement, inconsistance radicale d’un parti champignon.

Reste le RN. Mais celui-ci est un conglomérat de multiples tendances unies par le rejet du « système ». Le seul point commun est la personnalité de Mme le Pen, héritière du créateur du parti et ne tient qu’au fil d’une tradition familiale. Son explosion,  par exemple, à la faveur de la rivalité entre la fille et sa nièce, ou petite fille du créateur, interviendra probablement à son tour.

La désintégration de la vie politique française se poursuit. Le système des partis politiques achève d’exploser, le Parlement est totalement marginalisé, le gouvernement est inexistant, et les ministres anéantis, ne cherchent même plus à exister, les collectivités locales sont dangereusement affaiblies par les coupes sombres dans leur financements. Bientôt, la vie politique française ne sera, plus qu’un immense champ de ruines. Il n’en restera que l’image médiatique, stellaire, éthérée, virtuelle,  obsessionnelle, du titulaire de l’Elysée, couvrant de son rayonnement un vertigineux abîme.

Pendant ce temps, le pays se délite à grande vitesse: violence criminelle, terrorisme, effondrement du niveau scolaire, dette publique, chômage de masse et pauvreté, fraude massive (sécurité sociale), migrations hors contrôle.

Les experts de la vie politique française prévoient, à peu près unanimes, une réélection de l’actuel chef de l’Etat en 2022 et reconduction de sa majorité. C’est une idiotie: nous marchons vers un chaos politique innommable, une situation à laquelle les Britanniques comme les Italiens n’auront rien à nous envier. De cet épouvantable chaos politique en perspective, nul n’a sérieusement la moindre idée de ce qui pourra sortir…

Maxime TANDONNET

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La grande fracture

France d’en haut, celle des plateaux de télévision, des grandes écoles et des bons quartiers parisiens, de l’impôt sur la fortune immobilière et qui vote LREM/ France d’en bas, anonyme, inconnue, discrète, provinciale, qui rame pour finir les fins de mois et partir en vacances. La fracture ne cesse de s’aggraver au fil des jours. La première s’enivre depuis une semaine, jusqu’à se rouler par terre, du lynchage – mérité – d’un « écrivain » gaucho-médiatique à la mode. Tel est le psychodrame national de la rentrée. La seconde (la France dite d’en bas), s’incarne aujourd’hui dans le visage d’un jeune homme de 19 ans, pâtissier, issu d’un village de Savoie, passionné de musique et de nature, immolé avant-hier par un réfugié afghan à Villeurbanne. La France d’en haut se contorsionne depuis deux jours pour banaliser la tragédie: « un fait divers », « à la mauvaise place, au mauvais moment », « un mort seulement »! Un seul mot d’ordre, élément de langage implicite, écrase toutes les réactions de la France d’en haut: accident, sans le moindre espèce de rapport avec la menace terroriste. Certes, l’homme a « entendu des voix » lui dictant de tuer des mécréants. Mais peu importe, la question ne doit même pas se poser. Fort peu d’hommage, peu de mots de compassion et de solidarité, ou du bout des lèvres pour celui qui a perdu la vie. Pourquoi? Eviter à tout prix que l’idée même d’un lien avec les notions de barbarie, de jihadisme ou de fanatisme, ne vienne ternir l’image du « nouveau monde », tout en harmonie, dans lequel nous sommes supposés vivre depuis juin 2017.  Et puis il y a les autres, à l’inverse, les politiciens charognards qui tentent de récupérer le drame à des fins électoralistes en l’exploitant sans vergogne avant même que le sang et les larmes n’aient commencé de sécher. Entre les deux, entre les pacifistes et les charognards, que reste-t-il de la compassion et la solidarité nationale, envers un jeune homme de 19 ans, qui n’était ni gendarme, ni prêtre, ni policier, sacrifié par une brute. Et puis une question abominable me vient à l’esprit: si le jeune homme avait été, non pas apprenti pâtissier savoyard de 19 ans, mais un étudiant du 7e ou du 16e  arrondissement, à science po ou hec, un fils de ministre, ou de député LREM, ou rejeton héritier d’une grande boîte du CAC 40, la France d’en haut eût-elle réagi avec autant de détachement? Ce n’est qu’une question. J’ai bien le droit de me la poser, non?

Maxime TANDONNET

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La barbarie sans nom

Le crime barbare de Villeurbanne, un jeune homme de 19 ans tué par un Afghan demandeur d’asile, 9 blessés dont 3 graves, m’inspire un sentiment d’horreur qu’il est difficile d’exprimer. Et d’abord, un immense chagrin, une infinie douleur pour ce jeune homme de 19 ans, fauché dans ces conditions abominables, au seuil de la vie, pour lui qui n’aura pas eu le temps de vivre, ses parents, sa famille ses amis. Tout m’écœure dans le traitement de cet événement. La récupération électoraliste par l’extrême droite est pure immondice: se précipiter ainsi comme des charognards, dans la minute, et songer à gagner des voix sur la souffrance et le malheur a quelque chose d’épouvantable. Tout aussi répugnante est l’attitude du système politico-médiatique dans sa globalité, qui depuis cet événement, toutes radios, toutes télés confondues, n’a plus qu’une obsession: minimiser, neutraliser, banaliser le drame. Quoi, ce n’est pas de la terreur, de la barbarie, massacrer à l’aveuglette dans la rue un jeune homme et 9 passants? Quoi, ce n’est pas de la barbarie?  « On ne connaît pas les motivations ». Et que diriez-vous, avec quels mots, si c’était un haut dirigeant du pays, un Sadi Carnot ou Paul Doumer, ou Louis Barthou, sacrifié dans ces conditions, plutôt qu’un jeune homme inconnu, anonyme, de 19 ans? Impossible, les hauts dirigeants ont des véhicules de fonction avec chauffeur, et des garde-du-corps, ils ne prennent ni métro ni bus. Pourquoi ce déni? Parce que la responsabilité collective est gigantesque. Ce n’est pas pour rien que les fanfarons habituels se terrent: éviter d’être associé consciemment ou inconsciemment au drame. La France est un pays malade, un pays où l’on massacre des passants à l’aveuglette, dans une rue populaire de Villeurbanne, sans raison apparente, un jeune homme de 19 ans, un anonyme qui se rendait à un concert, par haine, nihiliste ou fanatique, qu’est-ce que cela change?  « Il va falloir s’y habituer » comme disait l’autre. Et alors, si c’était ton frère ou ton fils? S’habituer à quoi? Au meurtre gratuit, fanatique, nihiliste, barbare, d’un jeune homme de 19 ans qui se rendait à un concert, sur la voie publique en plein territoire français.  Mieux vaudrait tellement mourir que de s’y habituer.

Maxime TANDONNET

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Un cours étrange à Science po

C’est le Point qui le révèle: en 2020, Science po ouvre un nouveau cours intitulé « Macron », dont l’objectif est un enseignement en anglais autour de la personnalité du président de la République. Le lien figurant dans l’article de l’hebdomadaire présente ce cours: ce n’est donc pas une fausse nouvelle, ni un canular.

Les défenseurs de cette initiative voient dans le parcours du chef de l’Etat un objet d’étude justifié pour étudiants en sciences politiques.

Cependant, consacrer tout un enseignement, de 25 heures, à la personne d’un dirigeant actuellement au pouvoir, semble être sans précédent en France. Alors que Science po, comme tout établissement universitaire, a vocation à développer un esprit critique, une capacité de distanciation et de recul par rapport aux passions de l’actualité, dans un esprit d’impartialité et d’objectivité maximale, cet enseignement, quelle que soit la bonne volonté de ses promoteurs, donne prise au risque de glissement dans la propagande et le culte de la personnalité. En d’autres temps, sous d’autre cieux, et d’autres établissements, un autre régime, on imagine parfaitement des cours consacrés au culte du chef…

Science po constitue la principale pépinière des « élites » médiatiques, économiques, administratives et judiciaires française, avec ses vastes promotions de 2500 sortants chaque année (soit 15 fois plus que l’X et 25 fois plus que l’Ena). L’introduction d’un cours consacré au premier dirigeant en place se présente comme le fidèle reflet d’un certain état d’esprit de plus en plus prégnant dans la sphère dirigeante et influente de la nation, porté vers un conformisme croissant.

Jadis, sous la IIIe République, sous le nom d’Ecole Libre des Sciences politiques, avec des effectifs infiniment plus réduits qu’aujourd’hui, cette école a contribué à forger l’esprit d’indépendance et de liberté de penser  de plusieurs générations de hauts cadres et intellectuels de la nation. A l’image de son directeur-adjoint, Roger Seydoux, plusieurs de ses cadres et enseignants ont pris une part active dans la Résistance.

Il ne faudrait pas que Science po, tournant le dos à son histoire et sa tradition d’indépendance, s’impose désormais comme le principal outil de formatage des cerveaux et pire, une école d’obséquiosité.

Maxime TANDONNET

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« Nouveau monde », réformes (pour Atlantico)

Que ce soit sur la réforme des retraites ou concernant le traité de libre-échange avec le Mercosur, Emmanuel Macron semble avoir enclenché une nouvelle étape de son quinquennat, au moins en termes de communication : il laisse ouverts des sujets sur lesquels il semblait, il y a encore deux mois, fixé et convaincu. Quelle est la stratégie politique du Président de la République selon vous ? Rachète-t-il la paix sociale avec ces gages donnés aux Français ?

Sur les retraites, c’est très frappant. Le point le plus sensible, l’idée d’un report de l’âge de départ, semble être en cours d’abandon… Les deux premières années du quinquennat étaient consacrées à la posture de « la transformation » du pays. Ce thème était d’ailleurs fortement exagéré : les lois sur le travail ou sur la SNCF, par exemple, n’ont pas apporté de transformation profonde du modèle français. Contrairement à ce que beaucoup de gens ont pensé, la loi sur la SNCF n’a pas transformé le paysage du rail en ouvrant la voie à une privatisation, ni même à une remise en cause concrète de la situation des cheminots. C’est un énorme mirage que de le croire. Mais aujourd’hui, le choix de l’immobilisme est en train d’être consacré à travers le revirement sur la réforme des retraites. La stratégie, ou plutôt la philosophie du pouvoir est simple. Une seule chose compte : la réélection en 2022, à n’importe quel prix. Nous vivons dans un univers idéologique où l’ultra-narcissisme, le destin individuel d’un homme, se substitue à l’intérêt général, à l’idée de bien commun et devient l’unique fin en soi. Donc la priorité absolue est d’éviter les remous. La préservation de la paix sociale est en effet l’impératif absolu.

Cette stratégie peut-elle payer ? Quels sont les risques de voir renaître une opposition sociale à la rentrée ?

Elle pourrait éventuellement payer sur le plan électoral. Les Français attendent avant tout la tranquillité, ils n’aiment pas être perturbés dans la vie quotidienne. Provoquer un mouvement social d’ampleur et des violences ne serait pas pardonné aux dirigeants actuels. L’immobilisme de fait est perçu comme une clé de la réussite électorale. D’ailleurs, dans la politique française actuelle, le néant de l’action et de projet s’habille du manteau de l’omniprésence élyséenne. L’image omniprésente d’un homme, le culte médiatique de la personnalité, sert à recouvrir l’absence d’ambition pour le pays. Plus le président bouge dans l’écran de télévision, et plus le pays se fige dans ses profondeurs. Cette occupation permanente du terrain médiatique a pris des proportions vertigineuses lors du « grand débat » qui faisait suite à la crise des gilets jaunes. Il est clair qu’une partie de l’opinion, notamment la bourgeoisie âgée et conservatrice des centres urbains, est sensible à cette vision de l’autorité. On l’a vu lors des élections européennes où les milieux conservateurs se sont portés sur les listes LREM à la suite de cette surmédiatisation. Maintenant, la psychologie de foule est complexe. Ce phénomène, à la longue, peut provoquer la lassitude. La population est souvent beaucoup plus lucide, dans ses profondeurs, que ce que laissent penser les sondages. Il est difficile de dire par avance ce qui l’emportera de l’intox médiatique ou de la lucidité populaire.

Sur certains sujets, comme les lois de bioéthique, sera-t-il possible de s’en tenir à des compromis creux ? 

Non, il n’y a pas de demi mesure dans ce domaine, soit on autorise la PMA sans père soit on ne l’autorise pas. Le président et son gouvernement ne peuvent pas revenir sur ce qui est une promesse de campagne et un marqueur idéologique très fort du libéralisme sociétal. En outre, cette réforme ne gène pas l’opinion qui dans son ensemble, y est plutôt favorable, ou indifférente, dès lors qu’elle ne touche pas à son quotidien. Il n’est pas certain d’ailleurs que cette réforme provoque un mouvement de protestation comparable à celui qu’a engendré le « mariage pour tous ». La minorité qui est défavorable à la PMA sans père, pour des raisons philosophique et éthique, est plutôt dans une logique fataliste. Que peut-elle faire ? Le risque est en revanche de fragiliser l’adhésion de l’électorat bourgeois et catholique pratiquant qui s’est donné à LREM, dans un réflexe légitimiste, en juin dernier aux élections européennes.

Après les municipales en mars 2020, ce sera le tour des élections régionales et départementales. Cette stratégie politique ne réduit-elle pas le Président et sa majorité à l’inaction jusqu’à la fin du quinquennat ?

Tout dépend. L’entrée dans une période électorale intense, municipales, régionales et surtout, présidentielles, va conditionner tout le reste évidemment. Le pouvoir LREM devrait être amener à jouer sur deux tableaux : l’inaction apparente irait frontalement à l’encontre de la posture présidentielle sur la transformation de la France. En revanche, entreprendre des réformes courageuses, réelles et authentiques, modifiant en profondeur l’économie française, sur le régime du temps de travail, par exemple, les 35 heures, susceptible de provoquer des remous et des mouvements sociaux, semble de plus en plus inconcevable. Dans les deux ans qui viennent, nous devrions avoir beaucoup de gesticulations, de provocations verbales, de coups de menton destinés à donner l’illusion du mouvement, mais strictement aucun changement destiné à l’intérêt du pays. L’absence de changement en profondeur ne garantit d’ailleurs pas la paix sociale : la situation reste inflammable et un rien peut mettre le feu aux poudres. Comment réagira le pays en 2022 ? Qu’est-ce qui l’emportera de la béatitude ou du bon sens ? Nul n’en sait rien. Le contexte économique pourrait beaucoup jouer. L’actuel quinquennat bénéficie d’une croissance internationale qui est toute sa chance, comparée à la crise qui a frappé le quinquennat Sarkozy, mais aussi le quinquennat Hollande. Une nouvelle récession serait sans doute fatale à l’équipe actuelle.

 

 

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Lecture: le siècle des dictateurs, collectif, Perrin/le Point (2019)

Les éditions Perrin, associés au Point, publient le Siècle des dictateurs, présenté par M. Olivier Guez, écrivain ayant obtenu le prix Renaudot pour la Disparition de Josef Mengele. Disons-le d’emblée, ce livre est un petit bijou, et j’en recommande la lecture du fond du cœur, pour le plaisir de partager un grand moment d’histoire et de réflexion sur l’histoire. Passionnant de bout en bout, il est impossible, après en avoir ouvert la première page, de décrocher avant de l’avoir dévoré…

« Les hommes craignent la solitude et la liberté, vertigineuses. Après avoir vécu sous l’emprise du divin pendant des millénaires, ils ont toujours besoin d’espérer, de croire en quelque chose qui les dépasse. les dictatures ont essaimé sur cette peur du vide et ont développé une dimension mystique et religieuse, quelques décennies après la mort proclamée de Dieu », écrit Olivier Guez. Suivent 22 portraits de dictateurs du XXe siècle, par autant d’historiens et auteurs réputés, spécialistes de cette période: Lénine, Mussolini, Staline, Hitler, Franco, Pétain, Tôjô Hidecki, Tito, les trois Kim, Mao, Enver Hodja, Stroessner, les Duvalier, Castro, Mobutu, Kadhafi, Honecker, Pinochet, Pol Pot, Khomeyni, Saddam Hussein, les Assad. 

L’ouvrage dépasse évidemment le clivage dictature de droite et dictature de gauche, opérant un autre clivage, celui qui distingue clairement deux types de dictateurs, les tyrans autoritaires et les bourreaux totalitaires. Les premiers imposent par la violence et l’arbitraire, un ordre féroce dans leur pays. Les autres, en particulier Lénine et Staline, Hitler, Mao et Pol Pot, se livrent à une œuvre d’extermination de masse. Le récit de la vie de Mao est saisissant: promoteur du Grand Bond en Avant, qui affame le pays, entraîne la mort de 30 à 40 millions d’hommes, femmes et enfants, pendant qu’une partie de l’intelligentsia européenne, et surtout française, se vautre dans le culte béat du « grand timonier ».

Ces 22 personnages ont en commun de se présenter en hommes comme les autres, une enfance banale, parfois tourmentée, mais pas plus que le commun des mortels. Ce sont souvent, dans leur vie privée des individus plutôt simples, voir effacés, en général assez médiocres sur le plan intellectuel, ayant échoué scolairement ou dans leurs rêves de jeunesse, d’Hitler à Pol Pot. Cette apparence banale – la banalité du mal – recèle souvent de profonds déséquilibres psychologiques, paranoïa, mégalomanie exacerbée. En eux sommeillent l’idéologie et le goût de la mort avec une constante: transformer la nature humaine. Le portrait de Pol Pot, ce grand exterminateur de la population cambodgienne – 20% de la population du pays anéantie dans les camps de concentration, la torture, l’extermination à coup de pioche des urbains et des intellectuels pour engendrer un homme nouveau, purifié de tous les stigmates de l’humanité –  est saisissant. Derrière le personnage affable, accueillant, presque timide, se cache un véritable idéologue de la terreur et de l’anéantissement d’un peuple. Les uns comme les autres ont aussi en commun le mépris total de la vie humaine et une indifférence absolue à la souffrance.

L’ ouvrage donne de la hauteur à l’égard du mot « dictature ». On l’utilise aujourd’hui à tort et à travers pour qualifier tous les régimes qui nous déplaisent. Le mot dictature a un sens et ne se conçoit pas sans l’anéantissement des libertés, les geôles, les chaînes, la torture et les meurtres de masse. Il est difficile de parler de « dictature virtuelle », par exemple, au risque de banaliser le mot, après cette descente dans l’enfer des dictatures du XXe siècle. Certes la dictature, la vraie, sanguinaire, sévit toujours, en Chine, dans plusieurs pays arabes ou d’Afrique. La vraie question que l’on se pose, à la lecture de cet ouvrage bouleversant: a-t-elle un avenir dans nos pays industrialisés? Ma conviction est que oui, sous l’impact de gigantesques bouleversements à venir, démographiques, mouvements de populations déstabilisant les Etats, économiques avec le creusement des inégalités et de la misère,  environnementaux (pénurie planétaire d’eau potable), scientifiques et éthiques, à l’échelle de décennies…

Maxime TANDONNET

 

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La mégalocratie

Qualifier le régime politique français de dictature est une aberration. Les opposants politiques ne sont pas assassinés ni emprisonnés, un espace de liberté d’information et de réflexion est préservé (FigaroVox, Atlantico, Marianne, Valeurs actuelles), le droit de manifester et de se réunir est une réalité. Quelques intellectuels s’expriment avec virulence sans être persécutés. Parler de dictature, au sens des dictatures du XXe siècle, est pure imbécillité.

Affirmer que la France est une démocratie est tout aussi absurde. Le soi disant « pouvoir du peuple » est de fait soigneusement canalisé, comme les élections nationales de 2017 l’ont montré. De fait, grosso modo, le sauveur providentiel, élyséen, est pressenti par le pouvoir médiatique qui s’entiche d’un personnage, le valorise et lui ouvre ses émissions et ses studios plus qu’à d’autres, modèle son image dans l’opinion, fabrique ainsi le président dont l’élection conditionne par la suite, automatiquement, les législatives.

Ni dictature, ni démocratie, le régime politique français est d’un genre nouveau: la mégalocratie. Le pouvoir politique se concentre tout entier dans l’image médiatique d’un personnage, absorbant à elle seule l’essentiel de toutes les sources traditionnelle de la puissance publique: gouvernement, parlement, administration, collectivités… L’exercice de l’autorité politique consiste, non plus à mobiliser, à décider, à choisir, à fixer un cap, mais à incarner, c’est-à-dire à paraître, à communiquer, à rayonner, focaliser l’attention, à n’importe quel prix. L’omni-présence médiatique du visage élyséen n’a donc rien de fortuit ou d’accidentel: elle est l’essence même d’un système.

Le phénomène traduit l’idéologie du monde occidental, telle qu’elle s’est développée depuis la « chute du Mur », en 1989. Il donne le sentiment d’accomplir la prophétie de Francis Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme: les marchés doivent imposer leur suprématie par-delà les frontières, l’uniformisation des cultures, des nations et des Etats sur le modèle occidental et l’émergence du dernier homme, l’individu-roi, sans racine et sans culture. Dès lors, dans cette optique, le politique, au sens du choix d’un destin par les peuples perd l’essentiel de sa raison d’être. Il devient avant tout une affaire de maniement des émotions collectives, des chimères, de manipulation de la foule médiatique. La mission de l’occupant de l’Elysée, dans cette logique, est d’incarner au mieux ce dernier homme.

La mégalocratie a des avantages et des inconvénients.

Elle tend à enfermer le pays dans une bulle de rêve autour d’une légende, d’un personnage héroïque, et ainsi apaiser ses angoisses ou ses souffrances. Tel est le sens de la mythologie du combat entre le bien progressiste et la peste nationaliste. A cet égard, elle a besoin pour se maintenir de l’ennemi « d’extrême droite » qui fait partie de son essence même, à la source de sa légitimité. Comme le bien n’existe que par le mal, « En Marche » se nourrit du lepénisme au niveau national, de sa contre-présence médiatique, et des régimes dits populistes sur le plan international qui lui servent de faire-valoir (nonobstant la réalité des persécutions – la Chine ou l’Arabie Saoudite ne figurent pas au rang de ses bêtes noires)

Mais les dégâts de ce système sont aussi considérables. Le culte de l’image élyséenne devient la fin en soi du système politique, au détriment du bien commun. La réélection est son principal horizon. Le régime repose  sur une formidable mystification: derrière le voile de la propagande sur la « transformation de la France« , une transformation largement illusoire, les difficultés et les drames potentiels s’accumulent sans que la moindre esquisse de réponse ne leur soit apportée: dette publique, écrasement fiscal, déclin scolaire, désindustrialisation, pauvreté, chômage, communautarisme, violence quotidienne, migrations non maîtrisées…

Pire: la mégalocratie se développe sur la crédulité des faiseurs d’opinion (experts, politistes…) l’anéantissement de l’esprit critique. Elle déchire le pays, aggrave la fracture entre les élites influentes ou dirigeantes qui globalement, jouent le jeu du conformisme, et la majorité de la population sur laquelle la mystification ne prend pas, ou inégalement: la majorité silencieuse est beaucoup plus lucide que ne le pense la classe dirigeante. D’où l’impopularité structurelle et le climat de révolte larvée, permanent, qui ronge le pays. Aujourd’hui, la question essentielle n’est pas de changer de président de la République en 2022. Beaucoup plus: il est de briser un système et de restaurer la démocratie française.

Maxime TANDONNET

 

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Naufrage dans la médiocrité

Le spectacle donné par la diplomatie planétaire, le G7 et autour, atteint un niveau de médiocrité qui est probablement sans précédent: floraison d’insultes, y compris sur le physique des épouses, représailles, valse des coups de communication et des coups de théâtre, annonces tonitruantes, ingérences intempestives, exubérance narcissique, ivresse de l’ego et de l’image, course à la récupération des émotions médiatiques et au sensationnel, mépris des grands dossiers de l’époque et de la souffrance des peuples (développement économique et social, inégalités planétaires, chômage de masse, misère, déséquilibres démographiques, terrorisme, guerres civiles, répressions), dans le contexte de médias serviles et de populations blasées par les excentricités de leurs dirigeants. De fait, la vie internationale devrait reposer sur des constantes, sur des rapports de force entre les Etats, sur des réalités historiques et géographiques, sur un climat de sobriété, de dignité, voire même de respect pour les contribuables qui payent ces manifestations. Les dirigeants des Etats ne sont en principe rien d’autre que les porte-parole des Nations dans leur continuité. Ils ne sont pas là pour se donner en spectacle. Celui auquel nous assistons donne l’image d’un naufrage de la classe dirigeante occidentale, sans exception, dans l’esbroufe et l’irresponsabilité, une comédie qui sert à couvrir d’un voile pudique les tragédies de l’avenir. Comment cela finira-t-il? Lire ou relire l’avertissement d’Albert Sorel, historien et philosophe de l’histoire, professeur à l’Ecole Libre des Sciences politiques et chroniqueur au Tempsdans les années 1890:

« Il faut bien s’en rendre compte : au temps où nous vivons, il n’y a plus de salut pour les médiocres et pour les faibles. Si tous étaient de la même trempe, ils se paralyseraient peut-être les uns les autres. Mais il s’est toujours trouvé et il se trouvera toujours quelque part un homme d’un génie plus vigoureux que celui de ses contemporains, et qui se fera une force de la faiblesse de ses adversaires. Il se sera exercé de bonne heure au maniement des armes nouvelles, et son caractère se sera trempé à travers les difficultés et les efforts. Sa volonté sera d’autant plus inébranlable qu’il aura triomphé de plus d’obstacles en lui-même et autour de lui. La tempête ne le troublera pas, et il profitera du trouble où elle jettera les autres. Ce qui est un péril pour les débiles, les infatués et les irrésolus décuple ainsi la puissance des forts qui savent vouloir. La race des conquérants n’est pas épuisée […] Quand il s’agira seulement d’employer les instruments nouveaux à tuer, à brûler et à pulvériser, les barbares en remontreront aux plus civilisés. Ils y apporteront une audace, une dextérité, une souplesse d’imagination, une insouciance du danger, qui dérouteront les inventeurs eux- mêmes. Le conquérant futur et son peuple seront terribles aux hommes. Ils tourneront le progrès et prendront la civilisation à revers […] Ce serait encore un régime relativement doux et, dans la mesure des misères qui, paraît-il, nous attendent, une sorte de purgatoire terrestre, à défaut de paradis. Mais, en attendant, on a lieu de craindre le jour où la « terreur absolue » sera l’œuvre des « privilégiés de la force ». Sans posséder encore, comme l’imagine le philosophe, les moyens de détruire la planète, on pourra détruire les États, asservir ou exterminer les peuples ; cela suffirait, et cela n’est peut-être pas si loin de notre ère qu’on pourrait le croire (Essai d’Histoire critique, Plon, 1894).

Maxime TANDONNET

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Faillite du leadership planétaire

Le déroulement du G7 de Biarritz, tel qu’il se présente, n’a rien pour nous rassurer. Qui gouverne le monde? Les sept chefs d’Etat et de gouvernement qui se réunissent aujourd’hui donnent une impression vaguement dérisoire. Pourquoi Biarritz, la station balnéaire préférée de Napoléon III, dit Badinguet ou Napoléon le petit, celui par qui la calamité est venue – la défaite contre la Prusse, après plus de 20 ans d’empire mégalomane, une défaite d’où sont sortis tant de drames et la tragédie du XXe siècle? Il n’y aura pas de communiqué final, nous annonce-t-on par avance, donc pas de décision actée dans un document. Alors, à quoi bon? Les sept, en particulier deux d’entre eux, donnent ce sentiment d’irresponsabilité, d’ivresse narcissique, obsédés par le coup de communication, la petite phrase, le tweet assassin, qui fera parler d’eux et gagner quelques points dans les sondages, prêts pour cela à sauter sur le premier sujet à la mode. Oui, les incendies de l’Amazonie et la montée de colonnes de fumée impressionnantes, c’est grave, dramatique et douloureux. L’idée n’est pas de sous estimer la tragédie. A une échelle gigantesque, ces feux rappellent ceux qui ravagent le Portugal, et les terres du Midi en France. Et l’Afrique. Mais pour autant, est-ce l’unique sujet du moment? Est-ce le principal enjeu de politique planétaire? Les fumées de l’Amazonie servent aussi à cacher les tensions internationales en cours, la guerre commerciale US-Chine, une monstrueuse crise économique qui de toute évidence, couve en ce moment, les massacres du terrorisme islamiste en Afghanistan et le retour de Daesh en Irak et en Syrie, l’abomination du trafic des personnes et de l’esclavagisme en Méditerranée, qui fait la fortune des mafias de passeurs , déstabilise l’Europe comme l’Afrique, avec la bienveillance des autorités morales et gouvernementales européennes. Autrefois, quand les sommets occidentaux réunissaient Giscard, ou Mitterrand, Mme Thatcher, Carter ou Reagan, Schmidt, et prenaient des décisions stratégiques de grande ampleur (implantation des fusées Pershing, en représailles contre les SS 20), le monde occidental avait quand même une autre allure, plus noble, plus sérieuse, plus responsable. Mais cette chute du leadership occidental dans le dérisoire, n’est-elle pas le double symptôme de la crise de la démocratie – la médiocrité au pouvoir – et du déclin de l’occident face aux nouvelles puissances (Chine, Inde, Brésil)?

Maxime TANDONNET

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Article dans le Figaro du 23/08: N’enterrons pas trop vite les Républicains

Au lendemain des européennes de juin perdues par LR avec 8,48% des suffrages, experts et principaux acteurs de la vie politique communiaient dans un constat presque unanime : la mort clinique des Républicains. La prophétie du « nouveau monde » macronien, issu des séismes politiques de 2017, semblait s’accomplir : la politique française donnait le sentiment d’accélérer son basculement dans un duel eschatologique entre le « bien progressiste » et la « peste nationaliste », autrement dit un tête-à-tête exclusif entre LREM et le RN lepéniste, duel déconnecté des réalités, et uniquement destiné à assurer le statu-quo politique, à l’Élysée, à Matignon comme au Palais-Bourbon, pour un demi-siècle.

Les obsèques de LR, claironnées dans un grand élan jubilatoire unissant les chefs de LREM et ceux du RN, se présentaient comme l’aboutissement logique d’une série de catastrophes qui ont frappé la droite depuis plusieurs années : échecs électoraux, désastreux conflits d’ego, lynchage médiatique de ses leaders, félonies, départ de ses principales figures, chute du nombre de ses adhérents…

Ces catastrophes sont avérées. Et pourtant, LR, gravement affaibli, est toujours en vie. La preuve : en octobre se dérouleront les élections internes destinées à désigner le nouveau président de cette formation. Le scrutin qui opposera un homme politique expérimenté, M. Christian Jacob et deux députés quadragénaires, M. Julien Aubert et M. Guillaume Larrivé, dans un climat apaisé -tout au moins à ce jour- fait l’objet d’une couverture de presse et d’un intérêt médiatique inattendus. Cette formation bénéficie toujours, contre toute attente, d’un socle solide de députés et de sénateurs loyaux, d’un réseau d’élus territoriaux qui n’ont pas flanché dans la tempête ni cédé aux sirènes de l’opportunisme ou de la démagogie. « Ce qui ne tue pas rend plus fort », dit-on.

Cette permanence de LR, par-delà des turpitudes individuelles qui semblaient vouer le parti à l’écartèlement et l’anéantissement, s’explique partiellement du fait de l’histoire. Le courant qu’il représente est l’héritier d’une certaine tradition modérée, nationale, sociale et entrepreneuriale, attachée à l’autorité de l’État, qui s’est perpétuée à travers les personnalités de Clemenceau, Poincaré, Tardieu, de Gaulle et Pompidou, se revendiquant en outre de l’héritage de la Résistance et de la Ve République à ses débuts. Un courant aussi important dans l’histoire contemporaine – qui s’est toujours identifié en opposition à la gauche socialiste et communiste, au flou du parti radical comme à la droite maurrassienne- même dangereusement affaibli, ne peut pas disparaître à la suite d’une série de secousses dramatiques. Un large segment de l’opinion, par-delà les fluctuations électorales ou sondagières, continue de s’identifier à lui.

Le mot clé d’une reconquête de l’opinion est celui de confiance. Comment reparler à la France et aux Français, restaurer le lien si abîmé entre le pays et la politique nationale ? Chaque jour, la vie publique s’enfonce un peu plus dans le spectacle vaniteux, la surmédiatisation narcissique et une sondagite obsessionnelle. La prolifération de scandales, de polémiques, de provocations et d’anecdotes absurdes ne visent qu’à noyer dans un maelström médiatique les déceptions, les échecs, les fausses réformes, les renoncements et à fuir ainsi la réalité. Trop souvent, les dirigeants politiques donnent le sentiment de n’avoir d’autre perspective que la réalisation d’un destin personnel, la perpétuation de leur situation et de celle de leurs amis, avec pour unique horizon, celui de la réélection.

Assurément, la porte de l’avenir est étroite pour LR. Hors des rêves, des prétentions romanesques et de l’esprit de manipulation, la mission naturelle de cette formation est de refonder la politique, au sens noble du terme, sur l’action collective en faveur du seul intérêt général et le service du pays. Il lui faut restaurer le débat d’idées et de projets comme boussole de l’action publique, à la place du culte de la personnalité ; faire la lumière sur l’état réel de la France (dette publique, prélèvements obligatoires, désindustrialisation, chômage, pauvreté, fragmentation communautaire, violence quotidienne et criminalité, maîtrise de l’immigration, niveau scolaire) ; et préparer concrètement l’alternance, non sur une poignée de slogans démagogiques, mais sur des engagements fermes et réalistes à répondre aux attentes du pays notamment sur les questions qui touchent à l’autorité de l’Etat, à la libération des énergies et au renouveau de l’école.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Crois ou meurs (Histoire incorrecte de la révolution française), Claude Quétel, Perrin/Tallandier 2019

Voici un livre passionnant sur la Révolution française. Les faits, rien que les faits: l’ouvrage a la particularité de ne pas comporter d’analyse ou de commentaire. Il raconte, comme un vrai, un grand livre d’histoire, la succession des événements qui s’enchaînent à partir de 1788, entraînant la France dans un tourbillon sanguinaire. Difficile de reprocher à l’auteur sa partialité ou un quelconque préjugé antirépublicain: il raconte et c’est tout, sans porter de jugement de valeur. Ensuite, à chacun de tirer les conclusions de ce récit.

Tout commence avec la présentation des idées qui ont préparé les esprits à ce grand chaos, avant même les Lumières: Thomas More et son Utopia, en 1516, « le lieu qui n’est pas », établi à Abraxas, la capitale des fous.

L’auteur ne ménage d’ailleurs pas l’ancien régime et la responsabilité d’un monde décadent qui court à sa perte. Dans un pays ruiné par les guerres, des finances publiques exsangues, et des dettes gigantesques, des campagnes affamées, les réjouissances et festivités de la cour, à Versailles, représentent 15% du budget de l’Etat… Face aux premières violences, dès juillet 1789, la grande fuite à l’étranger d’une partie de la noblesse la plus privilégiée, dans la panique, abandonnant la famille royale et le pays à leur triste sort, ne donne pas une image de civisme et de courage de la part des élites sociales et militaires de l’époque. Claude Quétel n’exonère pas non plus de ses responsabilités Louis XVI et son effarante indécision.

Puis, tout s’enchaîne. Oui, la Révolution est bien un bloc, constate l’auteur, un même naufrage dans la violence absurde depuis la tête des responsables de la Bastille, portée sur des piques par la foule enivrée de sang jusqu’à l’apothéose de cette démence, la fête de l’être suprême sur le champ de Mars, en pleine grande Terreur, où Robespierre, sur les cendres du christianisme,  s’autoproclame dans le rôle d’une nouvelle divinité, une scène grotesque qui va précipiter sa chute.

Les faits, rien que les faits: Hébert et son père Duchêne qui en appellent chaque jour à plus de massacres, Marat et son obsession maladive de faire couler le sang, Saint Just, l’idéologue, archange de la Terreur, proclamant, « ce qui constitue une république, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé« . La peur est au cœur du processus révolutionnaire. Ce que les révolutionnaires appellent « le peuple » se réduit de fait une foule parisienne de 20 000 hommes et femmes – guère plus – organisés en 48 sections,  la commune insurrectionnelle et les Sans Culottes, enivrés par les appels à la violence, laquelle se mêle la misère et les pénuries, manipulés par Robespierre et ses amis du club des jacobins, qui terrorisent les députés du hauts des tribunes de l’Assemblée puis de la Convention.

Les grands mots de vertu, de liberté, de bonheur, de peuple, servent de paravent à une entreprise d’extermination. A l’issue de massacres, Marseille est renommé « la ville sans nom« , et Lyon, « ville-affranchie ». L’ouvrage s’attarde sur le génocide vendéen: un massacre commis par les « colonnes infernales » qui fait plus de 100 000 morts:  « c‘est par principe d’humanité que je purge la terre », déclare Carrier après avoir noyé  dans la Loire et fusillé des milliers de femmes et d’enfants. « Il n’y a plus de Vendée… J’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux et massacré les femmes. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé » proclame fièrement, devant la Convention, un autre massacreur, Westermann. Quant aux guerres et aux conquêtes de la Révolution, sous prétexte de « libérer les peuples européens de la tyrannie« , elles furent aussi et surtout prétexte à des pillages massifs destinés à compenser les gabegies de la politique intérieure.

Quand enfin, les tortionnaires finissent par tomber, les Robespierre, Couthon, Saint Just, puis l’abominable Fouquier-Tinville, président du Tribunal révolutionnaire qui applique la loi des Suspects (la mort sur simple dénonciation), à l’issue des journée de Thermidor, le lecteur ressent un profond soulagement. Les terroristes sont châtiés, par d’autres terroristes, il est vrai. La France sort d’un épouvantable cauchemar. Mais reste un étrange vertige à songer que la France moderne a bâti son identité sur un épisode aussi lamentable. Il reste un étrange vertige à songer, à la lecture de ce livre splendide, que la France, avec sa glorieuse révolution et ses guerres européennes, a contribué à jeter les fondements du système totalitaire et ainsi à enfanter avec l’idéologie de la table rase mélangée au mépris de la vie humaine,  les pires monstres du XXe siècle.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Violences, deux poids, deux mesures

En France, il est des violences dont on parle beaucoup, et d’autres qui n’intéressent presque personne. Au cours de l’été, une vingtaine de permanences des députés LREM ont été taguées notamment en protestation contre le CETA. Ce phénomène a déclenché un tollé dans les médias et la classe politique: « voies de fait », « exactions », « atteinte à la République et à la démocratie », voire même « attentat »… Salir des murs, déposer du fumier voire saccager des locaux de parlementaires, c’est mal, inadmissible, voire scandaleux, évidemment. Mais comment dire? C’est quand même beaucoup moins dramatique que tout le reste dans l’ordre de la violence qui empoisonne le pays: policiers, médecins, pompiers, maires molestés, notamment dans les cités, pères ou mère de familles lynchés devant leurs enfants, adolescents torturés à mort dans des caves, personnes âgées dépouillées, tabassées et laissées pour mortes dans la rue… bref, la routine. Au premier trimestre 2019, le nombre de viols s’est accru de 20% et celui des meurtres ou règlements de compte, de 12% (près de 300), une augmentation sans précédent. A-t-on vu beaucoup de prises de parole publique sur ce thème, des communiqués de presse, ou propositions de loi? Depuis 2012 et la fin du quinquennat Sarkozy, tel n’est plus le sujet. Pourtant, au regard du cortège de peur, de souffrance, de deuil que subit la France profonde, surtout celle des banlieues populaires, que pèse vraiment la vingtaine de permanences taguées? Cette question n’est pas l’expression d’un ressenti antiparlementaire: à mes yeux, rien n’est plus désastreux pour la démocratie française que l’effacement de l’autorité parlementaire, désormais engloutie dans la grande exubérance élyséenne.  Mais une même logique ne cesse de prévaloir, celle d’un feu d’artifice d’indignation pour des murs tagués, comme voile pudique recouvrant l’abaissement quotidien de la démocratie française. La France supposée d’en haut, celle de la classe politico-médiatique, s’intéresse décidément à ses intérêts d’abord avant de penser au pays et aux citoyens qu’elle est censée servir. Un égotisme propice à toutes les révoltes.

Maxime TANDONNET

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Le despotisme de l’impuissance

La vie politique se situe à deux niveaux: l’écume des choses et les grands courants de fond. L’actualité est submergée d’anecdotes jouant sur l’émotionnel: les pizzas du président Macron, le chat de le Pen, l’escalade de M. Woerth, les bons rapports Macron/Sarkozy qui s’affichent tous deux ensemble, sans Hollande, « tiers-exclu » freudien du trio élyséen… Elle croûle sous le poids des polémiques, volontaires ou involontaires.  Cette gesticulation quotidienne a pour effet de couvrir les grands courants de fond de l’histoire présente: l’effondrement global du niveau scolaire et intellectuel du pays, le fantastique délitement de la société française qui sombre dans la violence (explosion des meurtres et des agressions), les phénomènes démographiques et les migrations Sud-Nord (quadruplement de la population de l’Afrique avant la fin du siècle), l’explosion d’une Europe qui n’a jamais été aussi déchirée, les records absolus atteints en matière de dette publique et de prélèvements obligatoire, la vertigineuse désindustrialisation de la France – c’est-à-dire son délabrement économique.

Le drame de la politique française tient à la perte du sens de l’engagement. Le bien public n’existe presque plus aux yeux des dirigeants nationaux. Leur motivation, empoisonnée par une sorte de démence narcissique, se focalise sur des satisfactions de vanité: se pavaner sous les ors de la fausse république devient le but suprême en soi, de même que s’y maintenir le plus longtemps possible. Leur objectif n’est pas d’améliorer, même à la marge, même modestement, en fonction des réalités, la vie de la collectivité et œuvrer au destin de la France. Il est de pavoiser dans la durée. Dès lors, la politique cesse de se définir comme un mode d’action en faveur du bien public, mais tourne chaque jour davantage, à l’exubérance vaniteuse, le jeu des manipulations et la foire aux illusions. Tel est le drame politique de la France.

D’ailleurs, rien n’est plus mensonger que le terme de république – res publica. Dès lors que la chose publique, la notion d’intérêt général, est noyée dans la démence égotique, la république devient un mot creux privé de toute signification. Le régime qui caractérise la France n’a plus de rapport avec la république et c’est faire insulte aux souverains qui ont bâti notre pays que de l’assimiler à une « monarchie ». Non, c’est toute autre chose, le régime est d’un genre nouveau, ni république, ni monarchie, conjuguant une autocratie de façade, à laquelle les systèmes totalitaires de jadis n’ont pas grand chose à envier, mais une autocratie stérile, sans prise sur le monde des réalités, ce qui la distingue radicalement des dictatures de jadis.  Despotisme du néant, despotisme de l’impuissance, despotisme de la vanité. Et plus le pouvoir s’enfonce dans l’impuissance, et plus cette impuissance se métamorphose en gesticulations vaniteuses. C’est par ce constat tout simple et sans prétention que commence la résistance, résistance intellectuelle, résistance aux manipulations, aux mensonges, aux gesticulations bref à l’entreprise de crétinisation nihiliste du pays.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Les ambiguïtés de l’ONU

« Le transfert de jihadistes français est extrêmement grave. Il a donné lieu à plusieurs violations du droit international », dénonce Agnès Callamard, rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, au quotidien. Avant d’envoyer ce courrier de six pages, elle explique s’être entretenue avec « sept des onze jihadistes français condamnés [à la peine de mort] par Badgad ». Elle précise que ces personnes « étaient détenues en Syrie, impliquées d’une façon ou d’une autre dans des actes de Daech, et ont été extradées en Irak où elles encourent la peine de mort grâce au soutien actif ou passif des autorités françaises ». 

L’ONU condamne la France pour son refus d’accorder une protection à des djihadistes ayant participé aux crimes de l’Etat islamique daesh de 2014 à 2017. C’est le monde à l’envers. La France devrait ainsi, selon l’ONU, venir au secours d’individus qui ont, de leurs propres mains ou comme complices, exterminé les populations de villages, chrétiens, Yazidis ou musulmans refusant de se soumettre, par dizaines de milliers, égorgé en filmant leur exécution ou brûlé vivants dans des cages les prisonniers de guerre, enlevé des femmes et des enfants pour les soumettre à esclavage sexuel, converti de force, brûlé les églises, crucifié des chrétiens, obligé des enfants de sept ans à mettre à mort des malheureux tombés entre leurs mains, procédé au génocide des populations chrétiennes, jeté sur la route des centaines de milliers de pauvres gens fuyant les massacres, ravagé le site de Palmyre, une des merveilles du monde. Ceux-là mêmes ont commandité les attentats terroristes de Paris et de Nice, qui ont répandu le sang en France, tué 250 hommes, femmes et enfants. Alors, tout devrait-il être oublié, effacé de la mémoire? Aujourd’hui, l’ONU reproche à la France de ne pas voler au secours de ses bourreaux. A ses  yeux, la France n’est plus victime du terrorisme, mais coupable de ne pas protéger ceux qui l’ont frappée. Pourtant, n’est-il pas logique que des criminels répondent de leurs crimes devant la justice du pays où ils ont été commis? Qu’ils aient la nationalité française n’est d’ailleurs que circonstance aggravante, ajoutant la trahison à la dérive sanguinaire. Quand elle fut créée en 1944, l’ONU avait pour objectif d’assurer la paix et le respect des droits des personnes. Aujourd’hui elle s’érige en protectrice d’individus qui ont directement ou indirectement fait œuvre criminelle. Par quelle étrange inversion des valeurs, l’ONU s’érige-t-elle désormais en protectrice d’auteurs de crimes contre l’humanité – c’est ainsi que cela s’appelle – et se permet-elle de fustiger l’un des pays qui en a le plus souffert dans sa chair?

Maxime TANDONNET

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François et les « heures sombres de l’histoire »

Le Pape François, fustigeant « souverainisme » et « populisme », vient de déclarer au journal la Stampa: « On entend des discours qui ressemblent à ceux d’Hitler en 1934 ». Les Catholiques pratiquants n’apprécient généralement pas les commentaires critiques concernant les paroles du saint Père. En l’occurrence, les mots qu’ils tient sont de nature politique et historique, ne relèvent en rien du dogme couvert par l’infaillibilité pontificale.

Les comparaisons entre la période actuelle et l’apocalypse des années 1930 et 1940, devraient appeler, surtout de la part du chef de l’Eglise catholique, la plus grande prudence. Le contexte actuel, économique, politique, technologique, démographique planétaire, est sans rapport avec celui des heures sombres de cette époque. Certes, la démagogie extrémiste, de droite ou de gauche, est en plein essor, surtout en France. Mais faut-il rappeler au pape François ce que furent les persécutions raciales du nazisme, les entreprises d’extermination du stalinisme comme de l’hitlérisme, la centaine de millions de victimes de ces entreprises sanguinaires, le génocide des Juifs d’Europe (six millions de morts), la férocité des dictatures totalitaires, la conquête hitlérienne de l’Europe continentale, la Shoah par balles en Ukraine, la politique d’asservissement ou d’anéantissement des populations slaves, le pillage et les massacres commis en France et presque dans toute l’Europe continentale pendant une occupation de 4 années?

Le père Jorge Mario Bergoglio n’a pas connu cette période de déchaînement sanguinaire qui a entraîné l’Europe dans l’abîme, ou bien il était tout jeune enfant, et vivait à quelque 10 000 kilomètres de ces évènement. En revanche, il a vécu personnellement, en pleine force de l’âge, entre 40 et 47 ans, d’autres évènements tragiques, d’autres heures sombres: la dictature Argentine du général Videla, de 1976 à 1983. Ce régime militaire s’inspirait des méthodes fascistes et nazie qui ont ensanglanté l’Europe: dizaines de milliers de disparus, femmes et enfants massacrés, torture et exécutions de masse, meurtre ou emprisonnement des opposants politiques, disparition des libertés publiques.

Alors, pourquoi François, dans sa quête de comparaisons explosives, destinées à marquer l’opinion sur la détestation que lui inspire certaines politiques actuelles, notamment sur la question de la maîtrise des migrations, invoque-t-il  les « heures sombres » européennes qu’il n’a pas connues, mais demeure-t-il silencieux, sur d’autres heures sombres plus récentes, d’autres abominations, une autre dictature et d’autres terreurs et d’autres atrocité qu’il a vécues lui-même, en personne, de tout près, en Argentine, son pays d’origine? D’ailleurs, nul ne saurait douter un instant que ce héraut planétaire des droits de l’homme, porte-parole de la conscience universelle, alors haut placé dans la hiérarchie catholique de son pays, a exercé un rôle pilote, exemplaire et incontestable à la tête de la résistance à la dictature argentine, ce régime tortionnaire, au péril de sa vie pendant 7 ans. Dommage qu’il n’en parle pas car son expérience personnelle de cette période (un sujet quelque peu tabou), serait riche en enseignements, serait de nature à illustrer son propos et à servir d’exemple aux jeunes générations. 

Maxime TANDONNET

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Retour sur mon opposition au drapeau dans les classes

Dans un passé lointain, il m’est arrivé d’être pris à partie, en tant qu’ancien conseiller du président Sarkozy, par des chroniqueurs du Monde, de Libération ou le Nouvel Observateur. Par Valeurs Actuelles, cela ne m’était jamais arrivé. Une lacune désormais comblée… Et M. Jean-Paul Brighelli, dans le dernier n° de VA, ne mâche pas ses mots, m’assimilant aux « crétins, les mous de la coiffe, les obsédés de l’internationalisme prolétarien et autres militants de l’anti-colonialisme primaire », pour une tribune publiée  au début de l’année dans le Figaro Vox. Traité de réactionnaire par la gauche et de gauchiste par la droite, ne serais-je pas sur la bonne voie?

« La loi, écrit-il « Pour une école de la confiance », enfin votée, modifie ainsi l’article L. 111-1-2 du Code de l’Education : « L’emblème national de la République française, le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge, le drapeau européen, la devise de la République et les paroles de l’hymne national sont affichés dans chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degrés, publics ou privés sous contrat. » Depuis février dernier, début de la polémique, les Saint-Jean-bouche-d’or de la Gauche bien-pensante rivalisent de sarcasmes pour stigmatiser cette idée nécessairement réactionnaire — voire fasciste […] Il n’est pas jusqu’à un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Maxime Tandonnet, qui dénonce sur le FigaroVox « un leurre pour masquer l’échec de notre école » : « Tout drapeau est le signe d’une allégeance. L’école et l’armée ont chacune leur vocation et leur grandeur. Mais elles ne doivent pas être confondues. La première a pour mission fondamentale la diffusion entre les générations de la culture et d’un savoir-faire. La seconde est consacrée à la défense de la Nation. Dans une démocratie libérale, leurs deux rôles doivent être clairement séparés. Le livre est à l’école ce que le drapeau est au régiment. » […] Si les crétins, les mous de la coiffe, les obsédés de l’internationalisme prolétarien et autres militants de l’anti-colonialisme primaire sont légion, quelques Français véritables, de tous bords, savent ce que représente ce drapeau : la liberté de la France et la liberté des peuples — parce que c’est drapeau tricolore à la main que les armées révolutionnaires ont libéré l’Europe de l’emprise des tyrans. »

Et pourtant, malgré cette déferlante de paroles aimables, je persiste et signe: la décision de rendre obligatoire dans les salles de classe les drapeaux tricolores, et européens, et d’ailleurs tout autre drapeau, est lamentable. La question n’est évidemment pas celle de la valeur du drapeau tricolore, en tant qu’emblème de la liberté et de la patrie. Elle touche à l’usage qui en est fait. Le drapeau tricolore sur la façade des lycées et de tous bâtiments publics, comme c’est le cas depuis toujours, n’est bien sûr pas un sujet de discussion. En revanche, l’installer dans toutes les salles de classes est selon moi une aberration.  La salle de classe doit être sanctuarisée en tant que lieu de l’acquisition du savoir et de l’intelligence, sous la responsabilité du professeur. Elle n’est pas celui d’une allégeance, qu’elle soit nationale, régionale ou européenne, ou internationaliste… Les Hussards noirs de la République, qui ont forgé la France moderne par l’alphabétisation, n’ont pas eu besoin de drapeau dans les classes. A mes yeux, cette mesure est une fois de plus de pur enfumage: deux petits drapeaux, un tricolore, un européen, pour couvrir pudiquement, dans chaque classe, l’effondrement vertigineux du niveau scolaire, la violence et l’indiscipline qui rongent l’éducation nationale, la souffrance des professeurs, l’inégalité des chances, monstrueuse, entre les « bons établissements » de la bourgeoisie urbaine et ceux qui sont à l’abandon. Cette décision est à l’image de la politique française: soigner la façade pour couvrir l’écroulement de la structure. Peu m’importe qu’elle vienne de droite, de gauche, du centre, ou des extrêmes, et ce n’est pas de l’opposition systématique: je trouve cette idée tout simplement lamentable. Le nationalisme de pacotille n’a strictement aucun rapport, à mes yeux, avec le patriotisme. M. Brighella traite de crétins et de mous de la coiffe, [ainsi que de Français non-véritables] ceux-là qui ne partagent pas son point de vue. Il faut le remercier d’illustrer, à travers une argumentation aussi subtile et raffinée, à l’image de toute sa chronique, l’état du débat d’idées en France.

Maxime TANDONNET

 

 

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Misérable réforme du bac

Le 6 août 2019, en pleine torpeur estivale, est tombé l’arrêté réformant le baccalauréat et définissant ses nouvelles épreuves.   Le faible intérêt des médias et de la classe politique pour cette petite révolution est révélateur de l’apathie générale qui règne sur la France.

Cette réforme officiellement destinée à rénover cet examen, dépasse en médiocrité tout ce qu’il était possible d’imaginer. Elle achève de décrédibiliser le rituel de passage vers les études supérieures et indirectement, le contenu de l’enseignement secondaire. Elle représente un pas supplémentaire dans la voie de l’abaissement intellectuel de notre pays, et pire, de ses futures générations:

  • 40% de la note sera issue du contrôle continu pendant l’année scolaire, donc accordée par les professeurs qu’auront fréquenté les élèves pendant au moins un an: il n’existera aucune garantie d’impartialité de la notation et d’absence de prise en compte de l’affect et de la relation personnelle, ni la moindre assurance d’harmonisation du niveau de notation entre des établissements profondément hétérogènes.
  • 15% de la note sera accordée à l’issue d’un grand oral ou « oral terminal », reposant sur le projet personnel de l’élève et censé évaluer son aptitude à bien s’exprimer en français: cette nouvelle épreuve reflète le goût de l’esbroufe qui caractérise la France contemporaine. Il n’est pas question de récompenser un travail, une réflexion, en l’absence de tout contenu, mais du spectacle que donnera l’élève pendant 20 minutes devant un jury de trois personnes. Le mérite reviendra-t-il à celui qui s’exprime avec le plus d’aisance: prime supplémentaire à la naissance? Ou bien au contraire, à celui qui inspirera pitié et compassion? Cela dépendra de la sensibilités des jurys… En tout cas, voici, institutionnalisée, « la note de gueule ».
  • Le pire tient au système des options. Les séries, L, SES, S, sont supprimées et remplacées par un dispositif de choix de spécialités: outre le contrôle continu, le français, la philosophie, le « grand oral », l’élève devra choisir, en terminale, deux épreuves parmi 12 options proposées: Arts; biologie-écologie; histoire-géographie, géopolitique et science politique; humanités, littérature et philosophie; langues, littérature et cultures étrangères et régionales; littérature et langues des civilisations de l’antiquité; mathématiques; numérique et informatique; physique/chimie; science de l’ingénieur; sciences économiques et sociales. Ainsi, il deviendra parfaitement normal, courant, habituel, de passer le bac en esquivant toute épreuve d’histoire, de langues étrangères ou de mathématiques. Le nouveau bac sacrifie délibérément les fondamentaux de l’homme moderne que sont l’apprentissage des langues étrangères, de l’histoire et des mathématiques, rapportés au niveau de simples options. En somme, il devient possible de passer le bac général, sans épreuve de mathématique, ni de physique chimie, ni de sciences naturelles, ni aucune langue vivante ou classique, ni d’histoire-géo,  ni de science économique et sociale…

En apparence, cette réforme est dominée par une volonté de nivellement par le bas: l’appauvrissement, en termes de disciplines enseignées et évaluées, est vertigineux. L’idéologie qui lui est sous-jacente est le relativisme:  tout est égal à tout, par exemple les langues vivantes sont placées au même niveau que les langues régionales.  L’histoire géographie est fondue dans un ensemble qui inclut « géopolitique », science politique, etc. Que restera-t-il, dans cet étrange magma, de l’enseignement de l’histoire des faits, des idées, des hommes et des événements, de l’Histoire avec un grand H? La philosophie est réduite à un tronc commun à tous les candidats, évidemment le plus petit dénominateur commun, et ceux qui voudront l’approfondir opteront pour une matière étrange, non identifiée, englobant « humanités et littérature », dont il est impossible de définir les contours.

Dans les faits, elle n’est que foncièrement inégalitaire. En aggravant la médiocrité, en sapant les bases de l’enseignement et de la sélection par le travail, le mérite, l’intelligence, elle favorise la sélection par l’argent, les relations clanique ou familiale, le piston, les privilèges et les passe-droits. Une fois le bac définitivement détruit et en l’absence de sélection par examen ou concours à l’entrée des universités – seule réforme, dès lors que le bac est annihilé, qui exigerait un vrai courage politique –  comment s’effectuera l’accession aux métiers de direction et de conception? par l’argent, les grandes ou petites boîtes privées – seules qui garderont un concours d’entrée – , le réseau. Dans l’ordre de la destruction en marche, rien n’est plus grave que le bradage du patrimoine intellectuel de notre pays et la l’abêtissement volontaire des futures générations.

Maxime TANDONNET

 

 

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Nuon Chea, retour sur le crime des Khmers rouges

La mort de Nuon Chea, bras droit de Pol Pot, annoncée aujourd’hui, nous renvoie au souvenir de l’une des pires expériences de la folie et du sadisme humain et le plus atroce génocide commis après 1945. Les Khmers rouges au pouvoir de 1975 à 1979, dirigés par Pol Pot ont exterminé un tiers de la population du Cambodge. Au nom du socialisme marxiste, ils ont planifié et procédé à l’évacuation de Pnom Pen pour supprimer la bourgeoisie urbaine et lui imposer les travaux des champs. Le pays fut couvert de camps d’extermination et de torture. Les individus qui portaient des lunettes, soupçonnés d’intellectualisme, étaient massacrés à coups de pioche. Le Cambodge fut transformé en un charnier à ciel ouvert. Toute suspicion de tiédeur envers la révolution socialiste entraînait la torture et une exécution immédiate y compris des femmes et enfants. Famine, deux à trois millions de tués par extermination, massacres: en 1978, tous les enfants de moins de trois ans avaient disparu. Alors, pourquoi parle-t-on si peu, en France, de l’un des plus abominables crimes de masse de l’histoire de l’humanité? Sans doute parce que la gauche historique française, celle là-même qui se prosterne devant le culte des droits de l’homme, a une part de responsabilité dans cet épouvantable cauchemar qui a hanté notre jeunesse mais dont plus personne ne parle aujourd’hui 4 décennies plus tard.  Pol Pot et ses sinistres complices ont forgé leur idéologie sanguinaire dans les années 1950, en France, au contact des intellectuels marxistes français. Ils ont été politisés dans le culte de Robespierre, de Lénine et de Trotsky. Ils ont appliqué au Cambodge les leçons données par les penseurs de gauche français. Puis, les mêmes élites bienpensantes et la presse dite de gauche, ont fermé les yeux et nié jusqu’à l’absurde les débuts d’un épouvantable génocide, applaudi à l’évacuation de Pnom Pen et au déclenchement d’une utopie sanguinaire. Mais au-delà, l’histoire du Kamputchéa démocratique est le souvenir le plus honteux du monde occidental qui a laissé se dérouler l’extermination d’un peuple, en toute conscience jour après jour, pendant 4 ans, sans bouger le petit doigt. Décidément, la mémoire collective se montre bien sélective quand il faut oublier des souvenirs gênants… 

Maxime TANDONNET

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Revue de presse, André Tardieu, l’Incompris Perrin, 2019

André Tardieu, l’incompris, poursuit son chemin. Sa biographie a été sélectionnée pour la finale du grand prix de la biographie qui se tenait le 29 juin dernier au Touquet. http://www.letouquet.com/laureat-grand-prix-de-la-biographie-politique/le-touquet-paris-plage/tabid/49409/offreid/e2d2e7de-1941-41a9-b4a4-9fb82982cf94/detail.aspx
Il a terminé deuxième derrière Bourguiba de M. Legendre, à l’issue d’une réunion du jury qualifiée par un témoin de « volcanique » . Dommage pour le président Tardieu, qui aurait bien mérité cette reconnaissance après 80 ans de calomnies ou d’indifférence nourries de la médiocrité. Mais les héros, les authentiques hommes d’Etat, à l’image de Tardieu qui repose auprès de sa femme, sur les hauteurs de la Méditerranée, se soucient-ils du jugement de la postérité à leur égard?

Maxime Tandonnet - Mon blog personnel

Ci-dessous, un recueil non exhaustif d’une vingtaine d’articles de presse parus depuis le 3 janvier sur André Tardieu l’Incompris, avec l’immense gratitude de l’auteur envers les journalistes et historiens qui ont bien voulu s’intéresser à cette biographie et qui ont ainsi permis de la faire connaître.

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Le voilà ressuscité sous la plume de Maxime Tandonnet. A raison car André Tardieu mérite le détour (Gérard Courtois, le Monde, 20 mars 2019) Le Monde PDF

Un essai très vivant qui lui rend justice (Frédéric Valloire, Le Figaro Histoire, avril/mai 2019). Figaro Histoire PDF

L’auteur se garde de donner une réponse ferme et définitive au mystère Tardieu. Il le décrit et l’éclaire, installant son récit dans une époque dont on méconnaît trop l’importance. Ce qui suffit à rendre passionnante la lecture de cette biographie de la meilleure veine. (Le Télégramme, 21 juin 2019)

Réhabilitation d’une figure de la…

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Article dans le Figaro du 2 août

Les querelles franco-françaises n’ont pas manqué en cet été 2019, s’enchaînant les unes aux autres à un rythme d’enfer : deux semaines sur l’affaire du « homard », puis la tenue vestimentaire de Mme Ndiaye et le tweet de Mme Morano, les sifflets du 14 juillet et les arrestations de « gilets jaunes, » l’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale, le départ en vacances du président pendant la canicule parisienne, le supposé sexisme de la tradition des hôtesses du tour de France, etc. Ces faits n’ont a priori aucun rapport entre eux. Pourtant, ayant accaparé l’attention des media et de la presse, jusqu’à l’obsession, pendant plus d’un mois, ils ont en commun de ne toucher qu’à la surface des choses, à l’émotion, à la colère et à l’indignation collectives.
En revanche, l’information et le débat d’idées sur les sujets de fond relatifs au bien commun ou au destin national, passent désormais au second plan. Les grands dossiers du jour paraissent s’effacer sous l’écume bouillonnante des polémiques quotidiennes : Le risque de guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, les troubles en Algérie et en Russie, les enjeux réels de la ratification du CETA (traité de libre-échange), le contenu du projet de réforme des retraites, le trafic des êtres humains et la lutte contre les passeurs esclavagistes en Méditerranée, l’insécurité, la violence et la criminalité qui sévissent dans nos rues, voire l’aggravation de la dette publique ayant atteint les 100% du PIB, la persistance d’un chômage massif, la menace djihadiste, l’impuissance chronique des pouvoirs publics à régler les difficultés dont souffrent les Français…
Paradoxalement, la futilité et le caractère éphémère des derniers psychodrames de l’été s’accompagnent d’une intolérance et d’un fanatisme croissant. Les Français ne se déchirent plus sur l’économie, la politique sociale, internationale ou d’immigration, mais sur le menu de dîners à l’hôtel de Lassay ou la garde-robe de la porte-parole du Gouvernement, ou la date de départ en vacances de l’occupant de l’Elysée. Dès lors que l’anecdotique écrase le fond des sujets, signant la mort du débat d’idées ou de projet, l’échange d’arguments n’a plus lieu d’être. L’invective, l’insulte ou le crachat haineux se substituent à la discussion. Il n’est plus question de convaincre – en l’absence de sujet de fond – mais d’abattre le contradicteur. L’indignation, à quoi se réduit de plus en plus la vie politico-médiatique, ne souffre pas la contradiction. Les noms d’oiseau les plus éculés – raciste, fasciste, réactionnaire – prospèrent sur le vide des idées. L’emprise de la polémique sur la vie nationale est sans doute en partie spontanée mais parfois calculée : noyer les échecs, les inquiétudes et les souffrances, dans l’agitation stérile.
La démocratie est la grande perdante de cette évolution. Le règne de l’émotion opère par vagues d’indignation qui ne souffrent pas de contestation. Ceux qui refusent de s’y soumettre ne sont pas des opposants politiques avec lesquels il faut discuter, mais des ennemis de l’intérieur à combattre, toujours par l’insulte ou la mise à l’index. L’arme fatale, destinée à faire peur et imposer le silence, est l’humiliation, le lynchage médiatique, la honte. Et twitter est l’outil idéal de cette nouvelle inquisition. Le jeu de la majorité et de la minorité, fondement de la démocratie, n’a plus lieu d’être. Le bien se confond avec l’émotion médiatique dominante et le mal avec tout ce qui donne le sentiment de lui résister. La démocratie (pouvoir du peuple) n’est hélas plus qu’un mot, une fiction sans rapport avec le monde des réalités.
D’ailleurs, le glissement de la société politico-médiatique dans le futile recouvre des phénomènes qui se présentent comme les échos lointains, même édulcorés et adoucis, de logiques bien peu démocratiques : césarisme élyséen poussant à l’extrême le présidentialisme des institutions ; anéantissement de l’autorité du Parlement; mise en cause des libertés publiques (loi Avia réintroduisant une possibilité de censure préalable) ; goût du lynchage médiatique de personnalités ayant dévié du « droit chemin »; discours de la table rase (le « nouveau monde ») ; anti-intellectualisme (suppression du concours pour être admis à Sciences po) ; obsession du jeunisme et de la gloriole sportive ; banalisation de la délation à base d’enregistrements ou de photos volés ; effacement de la frontière entre vérité et mensonge (affaire Geneviève Legay) ; psychiatrisation des avis divergents (opposition à la PMA sans père qualifiée « d’hystérie »); vérités scientifiques ne souffrant aucune expression de doute (écologie) ; mépris du peuple (connotation honteuse du terme «populiste ») et du suffrage universel.
La question centrale n’est pas celle de « l’humilité » des dirigeants du pays, nouvelle variante d’une communication, mais celle de la démocratie, c’est-à-dire de la prise en compte de la volonté de la nation à travers ses représentants ou le referendum, et de l’efficacité de l’Etat au service des Français face aux véritables problèmes de l’heure. Le sujet du mode de gouvernement de la France dans l’intérêt général, enterré à l’issue de la crise des Gilets jaunes et du Grand Débat, conditionne pourtant les autres. L’opposition qui se cherche, aurait tout intérêt à s’en saisir.

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LCI, sur « l’humilité présidentielle »

Hier, soir, j’ai été invité à la hâte pour participer à une émission sur LCI, au sujet des déclarations du président qui prône « l’humilité », en présence de deux députés (MODEM et LFI), d’une journaliste du Parisien et d’une essayiste.

Je l’étais en tant qu’auteur de livres d’histoire, de biographies et notamment de l’Histoire des présidents de la République (Perrin 2013, réédition en poche 2017). Un président peut-il être humble? Telle était la question posée. Ma réponse portait sur l’infinie débilité d’un régime politique qui tend jusqu’au vertige à la sublimation de l’occupant de l’Elysée, une sorte de demi dieu surmédiatisé, supposé incarner l’autorité politique à lui seul, sombrant dans l’obsession de sa réélection – et l’impopularité – au détriment du bien commun de la nation. Quant au virage de « l’humilité », le passage de « Jupiter » à « Modeste », il n’était qu’un signe supplémentaire de l’anéantissement de la politique – l’action en faveur de l’intérêt général – dans l’ivresse de la communication narcissique. Il n’est pas facile d’argumenter dans ce genre d’émission, malgré l’évident professionnalisme et la bienveillance de la journaliste qui l’animait, Amélie Carrouer. Poser un raisonnement dans l’excitation d’un débat sous le feu des caméras est une véritable gageure… Mais quand on a le sentiment d’avoir un bout de message à faire passer, on ne peut pas toujours se dérober face à l’épreuve des « plateaux de télévision ».

Maxime TANDONNET

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Contre la PMA sans père

Le grand sujet qui va déchirer le pays est déjà sur les rails. Il s’apprête à enfermer chacun d’entre nous entre le supposé sens du progrès et la liberté de pensée. Nous allons assister à un déchaînement de haine, d’insultes et de lynchage contre les réfractaires à ce projet. Les plus violents accusateurs seront ceux là mêmes qui juraient peu de temps auparavant, la main sur le cœur, que jamais la France ne s’engagerait dans cette voie. Face à l’instinct grégaire qui porte le troupeau à se satisfaire de cette réforme au nom de l’égalité, toute la raison et les fondements du bon sens devraient nous conduire à le refuser: refus d’engendrer un être humain privé de père, ou de la conscience même du père; refus de la mystification consistant à effacer ce père qui de fait existera toujours comme père biologique; refus de la frustration de celui auquel l’identité du père sera dissimulée et tout autant, refus du monstrueux imbroglio psychologique et juridique qui naîtrait ou naîtra de la prise de conscience ultérieure de l’identité du père; refus de la prise en charge par l’assurance maladie d’une situation sans aucun rapport ni avec la maladie ni même avec une situation de détresse, par simple conformisme et démagogie. Une promesse présidentielle? Aucun engagement de campagne ne saurait tenir face à un enjeu de cette ampleur, surtout pris à l’occasion d’élections faussées de A à Z par un misérable scandale. Mais tout cela, la philosophe Sylviane Agacinski l’a dit tout cela infiniment mieux que moi:

Le Point: À la veille d’un débat au Parlement, notamment sur la PMA, la philosophe s’inquiète que les questions bioéthiques perdent tout repère. Sylviane Agacinski considère que l’autonomie en matière de procréation est un « un pur fantasme » puisque le recours à l’autre sexe est incontournable, quelles que soient les méthodes de procréation, naturelles ou biotechnologiques. Précise la philosophe. Dans son entretien au « Point », Sylviane Agacinski dénonce la marchandisation des corps en arguant que le schéma de la fabrication des enfants s’est substitué à celui de l’engendrement charnel. « Dans les États où la PMA n’est pas soumise à des conditions médicales, comme en Espagne, en Californie et ailleurs, elle s’inscrit le plus souvent dans cette logique de marché. Pourquoi ? Parce que, sans rémunération, les donneurs sont rares ». Sylviane Agacinski rappelle également les spécificités françaises en matière de protection du corps humain et de ses éléments par la loi : Tout prélèvement biologique, qu’il s’agisse du sang, des organes, ou des gamètes, est soumis à des conditions d’intérêt médical et exclu de tout échange marchand, et seul le don solidaire, gratuit et anonyme, est autorisé. Selon la philosophe, le modèle californien des « instituts de reproduction humaine » où il est possible d’acheter des ressources biologiques (cellules, ventres, embryons) sur commande tend à s’imposer partout. En réaction à la Mission d’information sur la révision de la loi relative à la bioéthique, Sylviane Agacinski s’inquiète qu’une nouvelle législation substitue la volonté de devenir parents à l’asymétrie père / mère.

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Réflexion de vacances

Depuis notre enfance, ils hantent les paysages de vacances et les plus beaux sites de la côte Atlantique. Répugnants, ils portent la marque des heures les plus sombres de l’histoire: la barbarie, la terreur, la servitude, les massacres aveugles, l’extermination et la soumission. Leur chair de béton et d’acier s’est nourrie de la souffrance et de la terreur de millions d’hommes de femmes et d’enfants. Ils incarnent le naufrage dans la démence sanguinaire et la bêtise de ceux qui voulaient barricader nos plages, nos falaises et nos rochers, pour emmurer  l’Europe continentale. Nécessaires pour la mémoire? Mais il y en a partout! Il suffirait d’en conserver un ou deux! Bref, ils défigurent le rivage, gâchent les plus beaux paysages de France. Pire, on finirait par s’habituer à ces vestiges des heures les plus sombres de l’humanité et à oublier toute l’abomination qui se dessine dans leur ombre portée sur le sable et les eaux. Environnement, disiez-vous? Indestructibles de la main de l’homme, paraît-il et aucune dynamite ne viendrait à bout de ces rochers du mal, tout au moins à un coût raisonnable… Combien de millénaires avant que le vent et les vagues ne viennent à bout de ces saloperies? Combien de générations? Et l’homme aura-t-il tout oublié quand la silhouette sinistre des bunkers émergera toujours du sable?

Maxime TANDONNET

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Détestable mystification

Vu Greta Thunberg devant les députés, sur LCI. Hallucinant spectacle de la politique française, poussée au paroxysme de la médiocrité. Il faut voir la scène, tant elle est surréaliste. Une personne demande à la nouvelle icône européenne: « cela vous gène-t-il d’intervenir dans cette enceinte le jour même de la ratification du CETA » – traité de libre échange contesté sur le plan de ses effets en matière d’environnement. « Je me fous de la date« , répond-elle (I don’t care – la traduction étant édulcorée), « je ne suis pas au courant, je suis venue le jour où l’on m’a invitée ». Et fusent, pour ces paroles qui expriment tout le ridicule de la situation, les applaudissements du marécage bien pensant.

L’enfumage bat son plein: à l’affichage, une opération médiatique de grande ampleur en faveur de l’environnement, destinée à recouvrir un choix, la ratification du CETA, considéré par certains experts – dont un ancien ministre de l’écologie –  comme désastreux pour l’environnement. Communication? Non, le mot est inexact. Il est possible de communiquer sans mentir, sans manipuler ni se moquer du monde. Une beau spectacle solennel pour masquer une décision scandaleuse qui va dans le sens contraire. Le sujet de fond noyé dans le grand-guignol politico-médiatique: tout un symbole de la nouvelle politique française. Nous sommes dans la mystification.

La classe politique s’est divisée sur cette opération. Les réseaux sociaux comme une partie des milieux dirigeants se déchaînent contre toute critique envers le discours de Greta Thunberg à l’Assemblée. Et fusent les accusations les plus démentielles (« chasse aux sorcières, obscurantisme, repli nationaliste, mépris des jeunes, etc. »). Les titres de la presse grégaire rivalisent en sous entendu destinés à ringardiser les critiques « Qui GT gène-t-elle? »

Nul n’en veut à l’adolescente bien évidemment et ce n’est pas elle qui est en cause. Mais comment ne pas s’interroger sur le mécanisme, manigancé  ou spontané, qui porte jusqu’au rang de chef de l’Etat, accueilli devant le Parlement français, une jeune fille « normale » de 16 ans et sur l’étrange illusion collective -mirage – qui pousse un segment de l’opinion à ressentir en elle une sorte d’apparition providentielle?

Et que penser de ces élus du suffrage universel, chevronnés, supposés incarner la Nation et qui se confondent en applaudissements au pied de nez de cette adolescente dont le message final tient en trois mots « I don’t care« .   Et surtout au vu du spectacle offert par l’Assemblée nationale, comment qualifier, comment nommer cette étrange mixture de cynisme (la mystification du 23 juillet sur l’environnement), de conformisme, de fanatisme et de bêtise? La médiocrité sans doute, même si le mot paraît faible, un niveau de médiocrité probablement sans équivalent dans l’histoire récente.

Maxime TANDONNET

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Greta Thunberg: M. Aubert et M. Larrivé ont raison

Greta Thunberg doit être reçue à l’Assemblée nationale. M. Aubert et M. Larrivé, députés LR, ont tous deux exprimé leur réserve face à cette initiative. Ils ont raison. A quoi sert l’Assemblée nationale? d’une part à exercer le pouvoir législatif, proposer, amender, discuter, approuver les lois ainsi que le budget de l’Etat; d’autre part à contrôler et sanctionner le gouvernement. Il n’est pas de se prosterner devant une icône du politiquement correct européen qui incarne si bien l’idéologie dominante: jeunisme (16 ans), véganisme (ne consomme pas de produit animal), écologisme radical (fustige l’avion). Le rôle du parlement n’est pas d’exprimer, par un hommage officiel la soumission à une image totémique. D’ailleurs, il  y a quelque chose de superficiel et de malsain à élever le visage médiatisé d’une toute jeune femme de 16 ans en figure du bien et donneur de leçon suprême. A travers cette image, la politique spectacle opère sa jonction avec l’idéologie. Tel est le signe du monde des adultes (quoi? des plus de 18 ans), qui renoncent à préparer leur destin et confient les clés de l’avenir à une presque enfant en lui faisant, implicitement, porter aussi le poids indirect des échecs et des désastres. Car pendant ce temps, les graves problèmes de l’époque,  appelant des décisions, une politique, des choix, touchant à l’environnement passent au second plan ou disparaissent de l’horizon: Où en est le débat démocratique sur le CETA? sur la dette publique qui frappera les futures générations? sur la violence sauvage qui impose chaque jour un peu plus, sa loi dans nos rues et fait couler le sang? sur la lutte contre les passeurs esclavagistes de la Méditerranée qui continuent de sévir? M. Aubert et M. Larrivé ont décidément bien raison. Leur attitude, qui transcende les clivages, montre qu’au Parlement français, la flamme de la résistance politique et intellectuelle brille toujours.

Maxime TANDONNET

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L’air du temps

En cet été 2019, un lourd parfum de décomposition empoisonne l’air du temps. Le chaos et le désordre se banalisent dans la rue et la peur  gagne de tous côtés. Les violences commises dans le cadre d’une compétition sportive, 200 interpellations à l’occasion de la finale Algérie-Sénégal, soulignent une nouvelle poussée des désordres nihilistes, sans raison et sans but et l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat. L’image de ces commerçants et restaurateurs, sur les Champs Elysées, barricadant les vitrines de leurs boutiques, est à l’image de la peur ambiante. En parallèle – chaos d’en bas, chaos d’en haut – , la délation de la pire espèce, des photos prises clandestinement lors d’un dîner déstabilisent un gouvernement. C’est désormais une habitude qui s’impose, courante et acceptée. Les polémiques s’enchaînent de toutes sortes, suscitées par la moindre parole. Tout le monde surveille, soupçonne et menace tout le monde. La lâcheté frappe au quotidien, nourrie d’indécision et de couardise. Le lâchage, le largage de M. de Rugy par ses amis, ses alliés, les plus hautes autorités du pays, après une brève hésitation, est un chef d’oeuvre du genre, un fantastique chef d’oeuvre de lâcheté. Lui-même qui bénissait deux ans et demi auparavant le lynchage de M. Fillon, est bel et bien un arroseur arrosé et ne récolte que ce qu’il a contribué à semer. Mais le sort qui lui a été réservé est celui, potentiel, de tous les hauts responsables de ce pays qui bénéficient tous, sans exception, de salons et de crédits de réception, de cuistos, leur permettant de recevoir et de gaver leurs invités, sinon de homard, de langouste ou de caviar. Une épée de Damoclès est désormais suspendue au-dessus de leur tête. L’arrogance est bien souvent la contre-partie de la peur. Il n’empêche qu’un air du temps putride s’est installé sur le pays. Il procède du nihilisme et du narcissisme ambiant. Quand la double obsession de l’image personnelle et de la préservation à n’importe quel prix des privilèges matériels et de vanité écrase toute autre considération, la vie publique fait naufrage dans une sorte de marécage croupissant d’où rien de positif ne saurait sortir. Il n’est plus question de gouverner ou de diriger quoi que ce soit, mais de sauver les apparences. La France se noie dans le futile et l’anecdotique et le pouvoir politique n’a jamais été aussi faible et fragile. Une guerre couve au Moyen-Orient, entre les USA et l’Iran d’où pourrait sortir un bouleversement planétaire, dans l’indifférence générale d’une France anesthésiée par la médiocrité ambiante. Le réveil viendra, violent, dramatique, terrifiant.

Maxime TANDONNET

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Je me suis trompé

Il n’est pas interdit de reconnaître ses erreurs, d’admettre que l’on s’est sérieusement trompé … Il y a quelques années, je déplorais dans Figaro Vox le manque de renouvellement de la classe politique et en appelais, bien avant le séisme des présidentielles et législatives de 2017 à un renouvellement général.  De fait, mon article reflétant sans doute un climat, le renouvellement s’est produit, comme un tremblement de terre. Aujourd’hui, je ne puis que contempler les dégâts. Je vois les nouveaux issus du séisme qui s’agitent, les Grivaux, les Rugy, les Mme Sybeth ou Mme Saillet, les Vallini,  les Tache, etc, etc, etc. Ces quelques noms me viennent spontanément à l’esprit mais ne sont que le reflet d’un phénomène bien plus global. Non qu’ils ne soient sortis de nulle part: ils existaient bien avant, mais sous un autre manteau. Il me semble que leur arrogance et leur médiocrité, morale comme intellectuelle, égalent voire dépassent l’arrogance et la médiocrité du monde d’avant. Les visages ont certes changé, mais le fond n’est pas mieux, sinon encore pire… Aux maux de l’ancien monde ils en ont même, dans certains cas, ajouté un supplémentaire, la vulgarité. A l’époque, comme beaucoup, je sentais venir le big bang politique. Je n’avais pas vu de quelle catastrophe il allait accoucher. Je me suis trompé. Et tout le problème du recrutement politique est posé. Pourquoi la politique française ne produit, pour l’essentiel, de l’extrême gauche à l’extrême droite, qu’autant de désastres, à tout point de vue.  Et ce n’est pas une affaire de Grandes Ecoles qui auraient tout monopolisé, comme le veut la rumeur simpliste et démagogique. D’aucuns ont fait Sc Po ou HEC, certes, mais ils ne sont pas pires que les « autodidactes » sans formation et sans diplômes, passés par les officines politiques, l’UNEF par exemple, recrutés comme attachés parlementaires souvent par réseau familial et passés ensuite par les cabinets ministériels avant d’être parachutés. Le fond du problème tient à l’image de la politique dans la France contemporaine. Sauf exception – j’en connais – les plus valeureux d’une génération, sur le plan moral et intellectuel, choisissent sans hésiter le monde de l’entreprise, de l’université, du droit, des lettres ou de la recherche, plutôt qu’un univers politique réduit, en tout cas au sommet, à un spectacle médiatique guignolesque à l’image de cette  élue haut placée d’un parti politique recrutée dans une émission comique. La question de fond est là: comment rendre à la politique, à la démocratie française, ses lettres de noblesse pour en faire une activité digne des meilleurs et non des plus médiocres?

Maxime TANDONNET

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Démission de Rugy et la crise de régime

Les derniers événements sont dramatiques, pas pour M. de Rugy, mais pour le pays. L’élection de M. Macron s’était faite en 2017 sur le thème d’un « nouveau monde » de vertu qui devait succéder à l’ancien corrompu, incarné dans le Fillongate. Le nouveau monde s’est effondré avec l’affaire Benalla et aujourd’hui l’affaire Rugy. Et ce n’est sans doute qu’un début. La décomposition s’accélère, s’amplifie jusqu’à la nausée, jusqu’au vertige. Qu’est-ce que cette république des donneurs de leçon, marchands de vertu, qui se roulent dans leurs privilèges? Qu’est-ce que cette république des mouchards, des boites aux lettres, des officines de délation et de calomnie qui prospèrent sur le goût du lynchage, et cette effarante lâcheté?  Qu’est-ce que cette république de lâches qui prétendent servir le pays, mais ne servent que leur démence vaniteuse et fuient à la première secousse? Lâcheté, oui: il n’y a pas eu de jugement, pas même de mise en examen, pas même d’illégalité manifeste commise, pas mort d’homme, juste une polémique. Ses amis les plus proches qui lui juraient fidélité, sentant le vent tourner, ont crié haro sur le baudet. Innommable cynisme, innommable lâcheté. A ce rythme, pas un seul ministre pas un seul dirigeant politique ou gouvernemental, pas le moindre gouvernement n’est possible au-delà de quelques semaines. Dans un univers fondé sur l’image vaniteuse – plutôt que le service de la France – quand l’image est touchée, tout s’effondre.  Le régime dans lequel nous vivons est totalement foutu. Il repose sur la démence vaniteuse d’une poignée de médiocres qui n’ont pas d’autre objectif que de se gaver sur la bête et de se maintenir le plus longtemps possible sous les ors des palais dorés. La question n’est pas seulement de changer les hommes. Tant que la politique française ne retrouvera pas le sens de l’intérêt général et du courage politique, rien ne sera plus possible. Imaginez vous les uns et les autres, de l’extrême gauche à l’extrême droite, les idoles politico-médiatiques, dans pareil contexte? Il faudrait une autre approche de la politique, des hommes ou femmes totalement indifférents à leur image et à leur destin politicard, assez honnêtes pour se montrer irréprochables, assez fort pour mépriser les crachats, obsédés par le seul intérêt de la France. Mais rassurez-vous, cela n’existe plus.

Maxime TANDONNET

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Révolte ou révolution?

14 juillet 1789- 14 juillet 2019. Les événements de ces derniers jours nous renvoient au fameux échange entre Louis XVI et la Rochefoucault-Liancourt au soir de la prise de la Bastille: « C’est une révolte? Non, sire, c’est une révolution ». Les signes de troubles profonds dans la société française s’enchaînent: les proportions prises par l’affaire du « homard », les sifflets aux Champs Elysées, les arrestations de Gilets jaunes… Le pouvoir politique, mais au-delà, toute la classe dirigeante, la France dite d’en haut, font l’objet d’un rejet viscéral dans l’opinion. M. de R incarne en ce moment jusqu’au vertige un monde politique, économique, médiatique, que « les gens » ne supportent plus. Si l’affaire du homard provoque un déchaînement de colère, c’est par son caractère emblématique. Il n’y a plus de gauche, ni de centre, ni de droite, plus de confiance en aucun homme politique, du pouvoir ou des oppositions, mais le sentiment exacerbé, à tort ou à raison, de nantis qui bien loin de servir l’intérêt général, se servent sur le dos de la nation. La situation est explosive. Soit nous avons affaire à des événements isolés qui témoignent d’une colère mais qui demeurent éparpillés, et nous restons dans la logique d’une révolte. Soit l’embrasement se produit et nous basculons dans un mécanisme révolutionnaire. Ce n’est pas M. de R, la cause profonde du malaise actuel, même si rien ne peut excuser ce qui lui est reproché et le décalage entre le discours de vertu et les actes de celui qui profite de sa situation, comme d’ailleurs tout le monde à ce niveau. Mais il cristallise une profonde nausée collective qui tient à un régime, la Ve bis, désormais associé à la fracture démocratique, à ses mœurs délétères, à ses promesses non tenues, à ses mensonges, à sa mégalomanie, à son inefficacité, à son renoncement à servir le bien commun, à son narcissisme, à son mépris intrinsèque des gens et du pays. Le symbole est dévastateur. On est passé de la brioche de la reine au homard du président de l’Assemblée.  Cette tension, il y a bien longtemps que nous la sentons venir « C’est une révolte? Non sire, c’est une révolution. » Révolte ou révolution?

Maxime TANDONNET

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Questions sur un lynchage médiatique

Attention, dans mon propos de ce matin, il n’y a pas une once d’indulgence ni de sympathie, ni de compréhension, ni de complaisance. Mais juste des interrogations. Les révélations sur M. de R se multiplient et tombent de partout, jusqu’à la nausée: dîners, appartements, rémunérations, épouse etc, etc, etc. Tout sort en même temps, d’un coup et de partout. Il est impossible que cette convergence de dénonciations qui surviennent au même moment, ne soit pas organisée, calculée, voulue. Ce n’est pas complotisme que de faire un simple constat. Dans cette affaire il est impossible que tout ne soit pas manigancé par un groupe organisé de personnes qui ont réuni les informations et les ont fait fuité au moment opportun. Qui, comment, pourquoi? Je n’en ai pas la moindre idée. Une certitude également: au moins les deux tiers des hauts responsables de ce pays, publics, privés, politiques ou non politiques, sont susceptibles de faire l’objet de reproches analogues en fouillant dans leur vie privée. Ils sont les cibles potentielles d’une opération de déstabilisation générale. Nous assistons au triomphe d’une République des taupes, des boites aux lettres, des corbeaux, de la délation et des lynchages publics ou meurtres rituels. Plus rien ne tient debout, tout peut exploser à tout moment et nous sommes assis sur un baril de poudre.

NB: devant la déferlante d’injures dont ce blog fait l’objet, sous anonymat bien sûr,  proportionnellement à son audience, les commentaires « anonymes » ne seront plus publiés désormais. 

Maxime TANDONNET

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L’agonie du « nouveau monde »

Les élections présidentielles et législatives de 2017 se sont faites sur le thème d’un « nouveau monde » qui devait en finir avec l’ère des excès, des abus, de la corruption et des affaires. DSK, Cahuzac, « les sans dents », jamais plus. Et voilà que depuis deux ans, la situation a empiré: insultes qui expriment le mépris des nantis pour le peuple (les fainéants, « ceux qui ne sont rien », les Gaulois réfractaires); multiplication des scandales illustrant jusqu’au vertige l’arrogance de la classe dirigeante – celui de ce matin n’est pas le moindre. Le plus intriguant dans tout cela, c’est le manque de lucidité, de bon sens de la fine équipe issue des scrutins de 2017. Tout le monde sait depuis au moins 10 ans que les taupes, la délation et les boites aux lettres sont partout et que plus rien n’échappe à l’oeil  de big brother. Mais non, ils n’ont rien compris. Et tout continue comme si de rien n’était. Encore un donneur de leçon de première classe, pris la main dans le sac. L’image du homard géant est en soi dévastatrice, mais la défense de l’intéressé est hallucinante: « rester connecter avec le réel ». Le mépris des gens ruisselle de partout. Le sentiment d’une petite clique déconnectée et retranchée dans son bunker de privilèges et acharnée à les conserver le plus longtemps possible, tandis que le pays s’effondre (violence endémique, dette publique, impôt, chômage, communautarisme, pauvreté, migrations illégales, saccage de l’éducation nationale) s’attachera jusqu’au bout au quinquennat actuel. Ils n’ont rien compris. La candidature à la mairie de Paris de celui-là même qui ironise sur « ceux qui fument des clopes et roulent en diesel » n’est qu’un signe supplémentaire de cet aveuglement. Sur le crâne incliné de la scène politico-médiatique, la bêtise a planté son drapeau noir. En 2022, l’actuel occupant de l’Elysée et LREM ne seront évidemment pas réélus (s’ils tiennent jusque là…). Ce qui vient après? L’inconnue totale.  Il n’est pas de pire crétinerie que de croire encore à l’avènement d’un nouveau sauveur providentiel. Quoi, la leçon n’aura pas suffi?  A mes yeux, il n’existe plus qu’une solution valable: instaurer une démocratie à la Suisse, décentralisée, référendaire et représentative, fondée sur l’esprit civique, l’instruction populaire, le retour de la politique comme service du bien commun, et débarrassée de toute forme d’arrogance politicienne.  Vœux pieux : jamais cela ne se réalisera. Alors…

Maxime TANDONNET

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Menace sur la liberté d’expression

« Le texte impose aux plate-formes numériques un délai de 24 heures pour supprimer les messages « manifestement illicites à raison de la race, de la religion, du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap ». En cas de manquement, une sanction administrative d’un montant maximum de 4 % du chiffre d’affaires des « accélérateurs de contenu » pourra être prononcée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Le texte prévoit également de simplifier les procédures de signalement des contenus illicites via un « bouton unique ». (Les Echos).

Ce texte, voté aujourd’hui par l’Assemblée nationale, dit « loi Avia », bouleverse la conception française de la liberté d’expression. En principe, la censure préalable (a priori) n’existe plus depuis les loi républicaines sur la liberté de la presse – à l’exception de la période 1940-1944. En cas de débordements (incitation à la haine, diffamation, injure), la sanction prononcée par la justice intervient a posteriori, chacun étant responsable de ses écrits. Pour Internet, il n’y a aucune raison pour que ce principe de responsabilité ne s’applique pas – en s’en donnant les moyens.

Le projet de loi qui vient d’être voté par l’Assemblée nationale bouleverse cette logique: d’une part, la censure préalable est rétablie et devient même obligatoire en certaines circonstances; d’autre part les opérateurs privés d’Internet sont chargés de faire respecter eux-mêmes ce principe en pratiquant la censure préalable, sous la menace de lourdes sanctions financières, et non plus la justice et des magistrats formés dans ce but.  Bref, la justice privatisée, déléguée aux GAFA.

Or l’appréciation de ce qui est « manifestement illicite » est le plus souvent délicate et complexe, par exemple « à raison de la religion ». Avec ce texte, et l’énormité des amendes prévues, il va de soi que les opérateurs seront tentés d’interdire toute critique d’une religion – quelle qu’elle soit – ou d’une autorité religieuse susceptible de déclencher des polémiques. La moindre parole critique touchant une minorité, ou un sexe, un pays, une région, voire une personne, deviendra suspecte et sera exposée à la possibilité d’une censure. En somme, l’expression sur Internet sera placée sous surveillance. Voilà qui fait peu de cas de l’article 11 de la Déclaration de 1789: « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » 

Cette loi est à l’image d’une société et d’un pouvoir qui basculent subrepticement dans l’esprit totalitaire et qui méprisent la liberté. La liberté d’expression est ainsi martyrisée. Un conformisme étrange pèse déjà, depuis longtemps, sur les médias télé-radios. Désormais, l’objectif est de faire entrer Internet dans le rang. Au prétexte de « lutter contre la haine », (comme s’il suffisait de faire taire la haine pour la supprimer), on saccage la liberté d’expression au risque d’attiser encore plus la haine.  L’instinct grégaire fait rage à l’Assemblée nationale: 434 votes pour, 33 contre et 69 abstentions. La lâcheté et le renoncement sont en marche. Dans l’histoire, il se trouve parfois de gigantesques majorité pour abolir les libertés et la démocratie et une infime minorité pour s’en indigner. Demain, nous serons le 10 juillet…  Ce qui se passe est révoltant.

Maxime TANDONNET

 

 

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« Nouvelle démocratie », après la Grèce, la France?

Le mouvement Nouvelle démocratie a obtenu 40% des voies aux élections législative grecques, dimanche dernier, mettant fin à l’expérience Tsipras, mélange de démagogie et de cynisme qui a conduit la Grèce dans l’impasse. La France suivra-t-elle le même chemin en 2022?

Déjà, le choix d’un nom est un signe révélateur: Nouvelle démocratie est une belle appellation, infiniment plus attrayante que le sectaire « la droite » désormais totalement banalisé chez nous. Mais surtout, un formidable verrouillage s’est établi en France, destiné à empêcher l’alternance:

  • le présidentialisme conditionnant toute la vie politique à une élection présidentielle fondée sur l’émotion collective autour d’une image médiatique et donc aisément manipulable.
  • La mort du débat d’idées, de la confrontation des projets, au profit d’un système fondé sur le culte de la personnalité, le spectacle narcissique au détriment de la réflexion collective.
  • le déclin du niveau intellectuel lié à la crise de l’école ou la destruction de l’esprit critique qui brouille les repères, aveugle face à l’évidence (le macronisme comme poursuite, en pire, du hollandisme, le lepénisme comme son allié objectif) et se traduit par l’invasion des idolâtries et de l’émotionnel au détriment  de la raison politique.
  • l’esprit de servilité en faveur du pouvoir qui caractérise les média radio-télévision, certains segments de l’administration et de l’institution judiciaire (rôle du Parquet financier).
  • la force croissante des tabous, du politiquement correct et des entraves à la liberté d’opinion, qui pèsent de plus en plus lourd, comme un couvercle, sur la société française (sur les frontières, le communautarisme, l’autorité de l’Etat, les migrations, l’Europe, etc.), vouant toute dissidence aux gémonies.

Dans un tel contexte, l’alternance est-elle envisageable en 2022, dans moins de 3 ans? C’est plus de temps qu’il n’en faut pour s’organiser, se donner un nom – « Nouvelle démocratie » est un bel exemple – faire émerger des leaders crédibles, établir un projet raisonnable et populaire. En vérité l’avenir dépend des Français. Qu’est-ce qui l’emportera de la tentative d’abrutissement collectif qu’ils subissent en ce moment ou de la subsistance de la flamme de l’intelligence politique française susceptible de rejaillir à un moment ou à un autre? Une sorte de course de vitesse est engagée entre la crétinisation de masse et la persistance d’un bon sens populaire. Qui l’emportera à la fin?

Maxime TANDONNET

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La bac saboté

Il ne suffit plus au bac d’avoir été bradé, galvaudé par des décennies de démagogie. Tout le monde sait qu’il ne signifie plus grand chose en soi. Créé sous le premier Empire pour fonder la réussite sur les performances intellectuelles plutôt que sur l’héritage, il fut longtemps sélectif. Jusqu’aux années 1980, la taux de réussite était d’environ les deux-tiers. Aujourd’hui, il est de 90%. Or, il ne suffit plus de l’avoir bradé. Aujourd’hui, le bac est saboté. Des enseignants ont pris en otage des copies du bac qu’ils ont refusé de remettre. Une copie, dans l’enseignement, c’est quelque chose de sacré: le fruit d’un travail d’un étudiant susceptible de lui ouvrir la voie de la réussite. Prendre des copies du bac en otage est un acte de sabotage, de destruction. C’est une attitude qui fait penser au sabotage des usines d’armement françaises à la veille de la deuxième guerre mondiale. Le nihilisme: plus rien ne vaut, plus rien ne compte. La France d’en haut a craché sur les Gilets Jaunes pour avoir occupé des ronds-points. Mais il y a pourtant bien pire : la prise en otage des copies du bac. Quant à l’attitude des pouvoirs publics, elle donne l’image même de la lâcheté et de la démagogie. Il fallait à tout prix sauver les apparences – à 9 mois des élections municipales. Alors, tant pis pour les copies confisquées par les correcteurs. Plutôt que d’imposer le respect du droit et du devoir de tout enseignant, ils ont bricolé la prise en compte de la moyenne des contrôles continus des élèves concernés, ce qui ne veut absolument rien dire dès lors qu’il n’existe aucune garantie de cohérence et de rigueur dans le passage de ces contrôles continus et leur notation. Avec la déchéance du bac, créé il y a 200 ans pour fonder la réussite sociale sur la performance intellectuelle plutôt que l’entregent familial de l’aristocratie, c’est un pilier supplémentaire de la société française qui s’effondre. Dans l’état où il est, le bac devrait être supprimé une fois pour toute. Mais alors, il faudrait rouvrir le dossier explosif de la sélection à l’entrée de l’université: le tabou absolu. Tout plutôt que de devoir faire des choix, arbitrer, décider, en un mot gouverner. Le pouvoir politique, rongé par la lâcheté, la démagogie, le carriérisme, continuera de se pavaner plutôt que de devoir agir pour l’intérêt général.

Maxime TANDONNET

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