Les sables mouvants

sans-titreNous vivons une époque politique très particulière. L’incertitude est la maîtresse du monde. Nous ne pouvons rien prévoir, rien anticiper. L’opinion atteint un niveau de versatilité, d’imprévisibilité sans précédent. Le pays est littéralement déboussolé, par le contexte des massacres terroristes qui l’on ensanglanté, par le désastre du chômage et de la fragmentation, du repli identitaire, la montée des haines et de la violence, de la pauvreté qui atteint des records, par les excentricités des dirigeants politiques. Il ne faut pas y voir à proprement parler une colère, celle qui provoque des émeutes et des guerres civiles, mais plutôt un sentiment d’anomie, de nihilisme, de scepticisme radical, de dégoût de tout, un climat plus propice à la révolte qu’à la révolution. En France, nous marchons sur des sables mouvants. Qui pouvait s’attendre à la rentrée de septembre, à la chute d’Alain Juppé, que tout le monde ou presque voyait futur président de la République, à celle de Nicolas Sarkozy et de François Hollande? Qui pariait sur le succès « aux primaires de la droite et du centre », de François Fillon? Ce phénomène touche le monde occidental: Brexit, Trump, référendum italien Renzi, Merkel en mauvaise posture, paralysie de l’Espagne, etc. L’opinion semble gagner par la frénésie de prendre le contrepied de  tout ce que le monde politico-médiatique veut lui imposer. Dès lors, la vie politique paraît livrée à tous les vents et toutes les tempêtes, à des courants obscurs, aux retournements les plus stupéfiants. Dans 4 mois, nous aurons de grandes élections en France. Il serait folie de penser que  tout est gagné d’avance pour le camp des républicains modérés, le nôtre. L’imprévisible est roi et rien ne se passe jamais comme attendu. Dans le monde actuel, toute certitude semble destinée à être contredite par les événements, tout calcul voué à être brisé… L’avenir est otage des soubresauts de l’émotion collective. Il suffit d’un rien pour que tout bascule. Démentir les sondages devient le défouloir collectif des peuples. Vertige de l’inconnu: des passions explosives fermentent et peuvent s’embraser sous l’effet de la peur, de l’humiliation ou de l’incompréhension, provoquer un cataclysme électoral.  les scénarios les plus invraisemblables peuvent désormais se produire et plonger le pays dans une affreuse tragédie. Ne rien exclure, pas même la victoire du néant. Rien ne permet d’écarter l’arrivée à l’Elysée d’un M. Valls,  M. Mélenchon ou Mme Le Pen, ou autre, puis un furieux chaos parlementaire, une paralysie générale, l’achèvement de la descente aux enfers de la France. Se tenir prêt à l’invraisemblable pour tenter de le conjurer par tout moyen: telle est la seule attitude valable aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Choqué…

imagesLQT0IDKV« Article 20 de la Constitution: le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Article 21: Le Premier ministre dirige l’action du Gouvernement. Il est responsable de la Défense nationale.  » Ce n’est pas rien, quand même. Je suis choqué que dans une période de tragédie pour le pays, ensanglanté par le terrorisme depuis deux ans, dévasté par le chômage massif avec 5,5 millions de personnes privées d’emploi, un Premier ministre puisse quitter son poste, 6 mois à l’avance, pour se présenter à l’élection présidentielle. Le plus sidérant est l’absence de tout regard critique de la presse et des médias. Ce Monsieur, qui partage à 100% le bilan d’une politique, croit sincèrement que son accession à la lumière de « premier français » est de nature à sauver le pays. De l’extrême gauche à l’extrême droite, cette course au statut de sauveur élyséen marque un déclin de l’intelligence et du bon sens: ils se voient sincèrement en « hommes providentiels, se disent « de gauche » mais ont-ils jamais ouvert un livre d’histoire? Toute l’histoire de la « gauche » française est celle d’une révolte contre la personnalisation du pouvoir au nom de la res publica, la chose publique et du bien commun. Dans le camp d’en face, je vois heureusement quelque raison d’espérer. Peut-être que M. Fillon, s’il est élu président de la République, aura compris que l’occupant de l’Elysée ne saurait être un soi-disant sauveur providentiel mais un simple serviteur de la France. L’idée de désigner M. Gérard Larcher, un homme d’expérience et de dialogue, pour appliquer les articles 20 et 21 de la Constitution, défendre et réformer le pays dans le dialogue, la paix et la fermeté, me paraît judicieuse et porteuse d’espoir. Les valeurs de la res publica, celles d’une politique consacrée au seul bien du pays sont peut-être enfin de retour. Je veux y croire. Il ne faut plus les lâcher.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Nice bien aimée

sans-titreAu sujet des tous derniers développements de la politique française, il existe un niveau d’écœurement, de  dégoût et de nausée qui n’appelle plus chez moi que le silence du mépris:  j’éviterai de commenter les ultimes insanités de l’actualité politique d’aujourd’hui.

Je voudrais au contraire parler d’une ville que j’aime profondément. Nice est la fille aux yeux bleus des sommets alpins enneigés et des profondeurs de la Méditerranée. La mer donne l’image d’une mosaïque de reflets qui se meuvent au fil des courants et je n’ai trouvé nulle part une telle harmonie de nuances bleutées. Le soleil y brille en permanence. Les Niçois n’ont pas l’accent ni l’exubérance chaleureuse de leurs voisins marseillais mais leur gentillesse est toute simple, discrète et sincère.

Chaque année, au début de décembre, je passe quelques jours dans cette cité  où j’enseigne à la faculté de droit et de sciences politiques.  Dans une douzaine d’années, j’y prendrai ma retraite si Dieu me prête vie et si je parviens à convaincre ma femme qui préfère la Bretagne. J’habiterai une maison adossée à la colline, avec vue sur la baie, passerai ma vie à randonner au printemps, à naviguer en été et à skier en hiver.

Mais cette année, la promenade des Anglais exhalait un autre parfum que celui des embruns et du vent salé. Une odeur de malheur et de souffrance flottait dans la douceur de cette fin d’automne. Je ne pouvais plus m’enivrer du spectacle de la mer avec le même bonheur que les autres années. J’avais honte de mon plaisir à la regarder, l’entendre et la respirer, et le soleil couchant m’a fait penser à une nappe du sang. Parsemés, tout au long de la promenade, contre la rambarde, des fleurs, des bougies et des jouets d’enfants.

Les passants avaient encore le regard sombre des lendemains de désastre. Ils avaient envie de parler, de raconter l’apocalypse. « J’y étais. Il est venu d’ici, il a roulé tantôt sur la chaussée, tantôt sur la promenade, jusqu’aux lumières, là-bas… » Tous avaient des amis que la foudre a frappés en leur enlevant un proche ou plusieurs. Dans leurs yeux, je lisais un mélange de sidération, d’incompréhension, de détresse infinie. Je ne reproduirai pas ici, par discrétion, les scènes insoutenables qui m’ont été confiées, touchant aux enfants et à leurs parents. La France a-t-elle bien pris, durablement, toute la mesure du niveau de l’horreur qui a frappé Nice? Etrange contraste entre l’émotion nationale qui se dilue avec le temps et la souffrance inaltérable de ceux qui ont vécu cet effroyable cauchemar.

Maxime TANDONNET

 

 

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Au delà de la décision de M. Hollande

imagesCi-joint mon article pour Figaro Vox sur l’annonce par François Hollande de son renoncement à solliciter un renouvellement de son mandat. Ce geste, me semble-t-il, est à son honneur. En revanche, une chose m’échappe complètement: je ne comprends pas comment nul ne semble voir qu’au-delà de la personne de M. François Hollande, la France traverse une crise profonde de sa culture politique, de sa vie publique, de son mode de gouvernement, une crise dévastatrice de la res publica, de la « chose publique ». Le « cas Hollande »  me paraît être l’arbre qui cache la forêt. Comment la France des intellectuels, des politiques, des observateurs avisés, passe-t-elle ainsi à côté de l’essentiel?

Maxime TANDONNET

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Le 1er décembre 2016 restera une date significative dans l’histoire de la Ve République. Pour la première fois depuis près de 60 ans, un chef de l’Etat renonce, à l’issue de son premier mandat, à solliciter le renouvellement de son bail élyséen. Ce choix annoncé cinq mois à l’avance, est le résultat d’une situation devenue ingérable pour lui: abîme d’impopularité, isolement politique croissant, sondages lui annonçant une déroute, voire une humiliation au premier tour des présidentielles. La publication de l’ouvrage Un président ne devrait pas dire ça semble avoir été l’élément déclencheur de sa chute.

Si le président Hollande avait au contraire annoncé sa candidature, il aurait subi une avalanche de critiques sur le thème du mépris de l’opinion, de l’aveuglement et de l’enfermement dans une tour d’ivoire. D’ailleurs, l’immense majorité des observateurs et éditorialistes prévoyaient sa candidature. Pourquoi ne pas lui rendre hommage pour un acte de lucidité sur la situation politique générale et sur lui-même, contre l’attente générale? En moins d’une semaine, la communauté nationale a été frappé par deux séismes, deux nouvelles que nul n’attendait un mois auparavant ou n’avait anticipé: la victoire de François Fillon aux primaires de la droite et du centre puis l’annonce de cette candidature de François Hollande.

Il existe deux manières d’analyser cet événement.

Le réflexe normal, habituel, constant, consiste à tenir le personnage de François Hollande comme unique responsable de cette déroute politique. Dans cette vision, il n’était pas adapté à la fonction, pour des raisons tenant à sa personnalité, à son inexpérience de l’Etat, à son absence de conviction et son opportunisme. Par ses actes, il se serait lui-même jeté dans l’impasse. Il ne ferait alors que récolter ce qu’il avait semé. Dans cette optique, le remplacement de François Hollande à l’Élysée en mai prochain serait en soi un premier pas dans le redressement de la France.

Il est une question que nul aujourd’hui ne semble avoir envie de se poser: Et si la chute de François Hollande n’était que l’expression ultime d’un malaise politique français infiniment plus profond? Sans entrer dans une logique d’excuse ou de complaisance à son égard, nous assistons quand même, autour de cet événement qu’est l’annonce de sa non-candidature, à un sidérant ballet de personnalités en tout genre, qui paraissent obnubilées par l’idée de prendre sa place. Il est reproché au président, à travers sa logorrhée auprès de journalistes, d’avoir voulu se mettre en scène. Mais ce à quoi nous assistons par ailleurs, autour de lui, ressemble bel et bien à une fuite généralisée dans la démence narcissique. La vie politique se résume désormais, de A à Z, à une grande explosion de vanité de la part d’une multitude de personnages qui n’ont rien prouvé de plus que lui, et qui s’enivrent du rêve élyséen.

Dès lors que l’obsession de soi-même devient l’alpha et l’oméga de la vie publique, le sens de l’intérêt général devient un sujet secondaire. L’idée même du gouvernement de la France pour le bien commun prend une connotation chimérique. La politique devient un grand exercice de posture, de communication, de spectacle et de culte du moi. Dans cet état d’esprit, il est utopique d’attendre des dirigeants obsédés par «leur trace dans l’histoire» qu’ils placent l’intérêt général au centre de leurs préoccupations.

Etrangement, le sujet n’intéresse personne. Pourtant, le présidentialisme à la française est bel et bien malade. Il faut bien voir que depuis Georges Pompidou, la cote de confiance des chefs de l’Etat connaît une érosion constante, jusqu’à atteindre un plancher. Aujourd’hui en France, toute la vie publique nationale et médiatisée se confond avec le visage et la voix d’un homme: l’occupant de l’Élysée. Le culte médiatique de la personnalité présidentielle atteint des dimensions vertigineuses, digne de la Corée du Nord. Mais dès lors que le chef de l’Etat ne dispose pas d’une baguette magique pour régler tous les problèmes, sa magnificence bascule en peu de temps dans l’extrême impopularité. Le prestige présidentiel tourne au lynchage collectif d’un bouc émissaire national. D’où la fuite en avant dans la parole et le néant narcissique, jusqu’à sa chute finale.

La victoire de François Fillon aux primaires est le signe d’une prise de conscience de l’électorat «de la droite et du centre» de cette dérive . Le choix d’un homme d’apparence simple, discrète et modeste, est révélateur d’une envie de sobriété et d’efficacité à la tête de l’Etat. Encore faut-il que, s’il était élu en mai 2017, le nouveau président tire toute les conséquences de la crise politique française et qu’il sache renouer avec les fondements mêmes de la République: un président qui fixe le cap, dans une relative discrétion personnelle, un Premier ministre qui gouverne dans le seul intérêt général, sans ambition présidentielle, des ministres qui pensent à diriger le pays plutôt qu’à leur destin individuel, un Parlement qui légifère et contrôle le Gouvernement. Est-ce trop en demander?

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Impact politique de la victoire de M. Fillon aux primaires

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Ci-joint mon entretien de ce matin avec le site Atlantico, concernant les suites de la victoire de M. François Fillon aux primaires.

Le volet économique et social du programme de François Fillon est souvent critiqué car il serait incompatible avec les intérêts des classes populaires et moyennes. Dans quelle mesure cette analyse réduit-elle les personnes défavorisées à leur seule condition sociale ? L’économie est-elle vraiment la dimension qui détermine en priorité le vote de ces catégories ?

Il faut s’attendre bien sûr à ce que le programme économique et social de François Fillon soit caricaturé par ses adversaires et présenté comme « défavorable » à la classe moyenne et populaire. Le chiffon rouge qui sera agité à ce propos sera par exemple la suppression de l’ISF. Or, tout le projet du vainqueur de la primaire est axé sur une volonté de lutte contre le chômage et la relance de l’initiative privée et des créations d’emplois. Dès lors, il est bien dans l’intérêt des classes moyennes et populaires les plus touchées par ce fléau, en particulier les jeunes et les femmes. Pourtant, on ne peut pas nier que le projet économique et social de M. Fillon suscite des inquiétudes dans le pays, notamment sur les retraites, la sécurité sociale, la fonction publique. Le rejet du pouvoir socialiste est infiniment plus fort que cette inquiétude aujourd’hui. Mais jusqu’à quand ? Il ne faut jamais oublier que l’opinion est versatile. Dès lors, ce serait s’aveugler que d’ignorer cette inquiétude et de ne pas la prendre en compte. Qu’est-ce qui motive le vote des catégories populaires ? C’est l’attitude de l’Etat face à leurs situations personnelles ou familiales. Elles votent en fonction de leur perception de la manière dont l’Etat prend en compte leurs difficultés quotidiennes, leurs préoccupations et notamment leur angoisse sur l’avenir de leurs enfants. Elles attendent un Etat qui assume ses responsabilités en matière d’emploi, d’éducation, de retraites, de santé, de pouvoir d’achat, de logement, de sécurité, de cohésion nationale, de maîtrise des frontières. A l’inverse, elles condamnent des dirigeants qui à leurs yeux, faillissent à cette mission de protection. Elles votent en fonction de leurs attentes à cet égard.

Au regard de la sociologie électorale du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, du référendum sur le Brexit et de l’élection de Donald Trump, peut-on considérer que les catégories les plus défavorisées, considérant qu’elles n’ont plus rien à perdre, optent pour la solution la plus radicale ?

Oui, tous ces événements ont un point commun. Et on pourrait aussi parler, auparavant, du non à la Constitution européenne par la France et les Pays Bas en 2005. Il faut y voir un geste de défiance envers le discours dominant des milieux dirigeants, une vision qui prône l’ouverture des frontières, la mondialisation, la société multiculturelle, la valorisation des minorités, l’individu roi, interchangeable, la table rase, et l’argent comme une valeur dominante. Il est clair que nous assistons dans le monde occidental à une réaction des milieux populaires, exclus des bienfaits de la mondialisation, contre ce mode de pensée dominant. Le drame du monde occidental tient au fait que les milieux dirigeants n’ont pas voulu entendre cette détresse. Cette indifférence ou cet aveuglement ont donc favorisé des expressions extrêmes dominées par les provocations, un discours de haine ou de fuite dans la démagogie ou le nationalisme de repli. Nicolas Sarkozy, en 2007, a tenté d’y apporter une autre réponse. Aujourd’hui, le succès de François Fillon correspond de toute évidence à l’espérance d’un discours et d’une politique qui tiennent compte du malaise populaire, à travers notamment la réhabilitation de l’Etat, des frontières, de l’autorité, de la nation, une nation à la fois ouverte sur le monde et protectrice. Le défi est immense car il n’a pas le droit de décevoir.

Quelles leçons pourrait-on en tirer pour la France ? Alors que le Front national semble désormais défendre le modèle existant, François Fillon peut-il, d’une certaine manière, paraître aux yeux de l’électorat populaire plus radical que Marine Le Pen ?

La difficulté de l’expérience Fillon, tient au fait qu’elle doit répondre à deux exigences d’apparence contradictoire: la libéralisation de l’économie française, pouvant être ressentie comme une variante de la mondialisation et la défense des valeurs traditionnelles, y compris autour de l’identité de la France. Il me semble dangereux, pour cette raison, de vouloir imposer soudain par le haut des réformes économiques et sociales nécessaires mais difficiles. Leur réussite passe par l’explication, la communication, le dialogue et surtout le respect du travail parlementaire, donc forcément la prise en compte des réalités de terrain et de la sensibilité populaire. Le recours au « 49-3 » ou à des formules expéditives serait suicidaire. En voulant trop bien faire, trop vite, le risque est d’aboutir à l’effet inverse recherché, de gigantesques mouvements sociaux, une succession de reculs dans une situation de chaos, un désastre politique entre 2017 et 2022, débouchant sur l’arrivée au pouvoir d’une forme ou d’une autre d’extrémisme démagogique en 2022, c’est-à-dire la destruction de toute l’œuvre accomplie. Attention : cinq années passent si vite…

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Espérance, oui, euphorie, non…

xvm6e05672a-afe0-11e6-8924-aaf6bf1e52eaLa victoire de François Fillon aux primaires de la droite et du centre est une excellente nouvelle pour la France. Sans doute ne faut-il pas se tromper sur sa signification. Elle s’est dessinée en une quinzaine de jours à la suite des trois débats télévisés. Elle n’est pas le résultat, me semble-t-il, de la découverte soudaine de son programme rendu public depuis des mois, par les électeurs. Elle est le fruit d’une intuition, d’une sensation, d’une émotion collective. Par son image, de calme, de compétence, de probité, il a crevé l’écran. Sa personnalité, dominée par la sobriété, contrastait avec les gesticulations, la logorrhée du pouvoir actuel dont les Français ne veulent plus. Il rassure dans le chaos général et la décomposition accélérée, de la vie politique française, donnant une image de stabilité personnelle.

En revanche, je pense qu’il serait folie de se laisser griser. Ma modeste expérience de la vie politique me laisse penser qu’en la matière, tout enthousiasme débouche sur la déception. La mission présidentielle consiste à tracer un cap pour le pays, un état d’esprit, une volonté collective, une exemplarité, à engendrer la confiance. C’est à ce titre que les électeurs de la primaire ont choisi M. Fillon.  Elle n’est pas de fixer un programme dans le détail. Le chef de l’Etat n’est pas le chef de gouvernement. La politique économique et sociale est de la responsabilité de la majorité parlementaire et du Premier ministre qui en émanera. Or, nul ne peut préjuger de ce qu’il en sera de l’une comme de l’autre. Le parti socialiste peut sortir revigoré de la confrontation avec un programme très libéral qui à l’évidence, inquiète les Français. Le parti lepéniste a peu de chances aux présidentielles mais il peut réaliser une percée aux législatives sur des propositions démagogiques. Dans le camp de la droite et du centre, les cicatrices laissées par les primaires seront-elles surmontées? En situation de tripartisme, avec une force majoritaire fracturée par les rancunes, quelle serait la marge de manœuvre de l’exécutif? En tout cas, en voulant tout faire lui-même, en se substituant à la majorité parlementaire et au Premier ministre, en voulant appliquer un catalogue de mesures sans tenir compte du Parlement et du Gouvernement, M. Fillon s’exposerait au pire, reproduirait l’erreur de ses prédécesseurs et serait inéluctablement condamné au désastre. L’opinion est erratique, dominée par des passions irrationnelles. La confiance peut se perdre bien plus vite qu’elle ne se gagne: en deux jours et non en deux semaines

Et puis une fois les élections gagnées, le cas échéant, le nouveau pouvoir sera-t-il en capacité d’imposer, en peu de temps et de manière soudaine, un train de réformes draconiennes au pays? La France est extrêmement fragile, ensanglantée, traumatisée par les attentats terroristes,  les 6 millions de chômeurs, sa société fracturées. Il suffit sans doute d’une étincelle pour tout embraser. Certes, il est facile aujourd’hui, de se sentir fort. Mais il faut aussi imaginer tous les scénarios possibles: le pays bloqué pendant trois mois, les transports, les routes, les raffineries. Et alors, que fait-on? Que l’on cède ou non, le quinquennat est déjà fini, au bout de trois mois. D’autres attentats épouvantables peuvent survenir. Et puis ce climat odieux de terreur intellectuelle qui écrase la France, dont nous avons eu un aperçu dans l’entre-deux tours: les insultes, les mensonges, les caricatures, les crachats, le déchaînement de propagande médiatique, la presse les médias en ébullition… Dire la vérité oui, mais aussi fonder toute politique sur la prise en compte de la seule réalité. Sortir la France de la dictature des postures, des manipulations et des polémiques stériles où elle est engluée depuis trop longtemps: voici qu’elle serait la véritable révolution.

Maxime TANDONNET

 

 

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Le départ de Nicolas Sarkozy

xvmdd17c84e-b317-11e6-8924-aaf6bf1e52eaVoici ma dernière tribune, concernant l’échec de Nicolas Sarkozy à la primaire, pour Figaro Vox. J’y exprime exactement ce que je pense, sans idolâtrie mais avec respect et profonde sincérité. Pour tout dire, je ne croyais pas à son retour à la tête du pays, et encore moins depuis qu’il a repris la présidence des républicains en septembre 2014. Le climat général ne permettait pas de l’espérer; mais surtout, l’histoire a ses lois, la roue tourne, le fleuve coule et ne revient jamais à sa source comme il le disait souvent lui-même. D’où mon silence à ce propos: il m’était impossible, par loyauté, de dire que je n’y croyais pas.  Quant à faire semblant, j’en étais incapable. J’étais sans illusion. Je sais que beaucoup de personnes ne le supportent pas. Elles ont tort. A la différence de tous ceux qui le haïssent ou le méprisent, moi, je le connais un peu, l’ai fréquenté pendant 7 ans où j’étais l’un de ses conseillers et je dirais même, en certaines périodes, proche conseiller. Il y a une chose que je suis viscéralement incapable de comprendre et d’admettre: que des gens qui lui doivent absolument tout, qui n’existeraient pas sans lui, et qui grâce à lui ont fait carrière en politique, élus députés, parfois même nommés ministres, se retournent contre lui et trahissent. C’est quelque chose qui échappe à mon entendement. Aujourd’hui, il a chuté, certes, mais il est impossible d’escalader une montagne sans redescendre un jour. La politique est un jeu qui finit toujours mal, notamment pour les plus grands.

Maxime

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Maxime Tandonnet : «Le départ de Nicolas Sarkozy laisse un grand vide»

On l’aime ou on le déteste. Il fascine ou il exaspère. Parfois les deux en même temps. Pour la première fois depuis une bonne quinzaine d’année, sa voix bruyante ou silencieuse est absente du débat public. Depuis une semaine, une éternité… Son allocution de dimanche soir, à l’issue de sa défaite, était d’une grande dignité. On l’a beaucoup dit. De fait, elle était à son image, conforme à sa personnalité.

Nicolas Sarkozy a chamboulé la manière de faire de la politique en France. Dans ce domaine, il fut un précurseur, un créateur.

Nicolas Sarkozy a chamboulé la manière de faire de la politique en France. Dans ce domaine, il fut un précurseur, un créateur. Il faut se souvenir qu’en 2002, la France sortait d’une longue période de glaciation à droite. Depuis 1981, elle a été au pouvoir dans le cadre de la cohabitation avec un président socialiste (1986-1988 et 1993-1995). Ou alors, elle détenait l’Elysée mais avec une Assemblée et un gouvernement socialiste (1997-2002). Elle n’a été réellement au pouvoir que pendant deux ans (1995-1997). Son attitude était aseptisée: sur des sujets comme la sécurité, les frontières ou l’autorité de l’Etat, qui préoccupent tellement les Français, jusqu’à 2002, il fallait être prudent et se taire, y compris à droite.

Ce courage politique est vraiment sa marque de fabrique.

Sarkozy a fait sauter le couvercle, notamment comme ministre de l’Intérieur en revendiquant haut et fort sa volonté de restaurer l’autorité et la sécurité. Il a réveillé son camp politique en choisissant de parler sans tabou de ces sujets. Il n’a pas craint d’affronter le politiquement correct ou ce qu’il appelle la «pensée unique». Il n’a pas eu peur de bousculer les convenances, l’idéologie dominante. Ce courage politique est vraiment sa marque de fabrique. Il n’a pas peur des coups, des moqueries, des insultes. Il aime l’affrontement, la polémique. Il existe un style Sarkozy, fondé sur le mouvement permanent, l’expression d’une énergie dans l’action, la médiatisation à outrance et la communication.

Trop loin ? Il a développé une sorte d’autorité personnelle, un charisme sans équivalent.

Il a poussé très loin la personnalisation de la politique. Trop loin? Il a développé une sorte d’autorité personnelle, un charisme sans équivalent. C’est à la fois un bien et un mal. Un bien car il a su mobiliser les énergies pour réaliser avec succès des réformes extrêmement difficiles, comme celle sur l’âge de la retraite en 2010, sur la fiscalité, sur la sécurité avec les peines plancher ou la rétention de sûreté pour les criminels sexuels, le rapprochement police/gendarmerie par exemple, sur la politique de maîtrise de l’immigration et d’intégration. Le jour où les historiens se pencheront sur son bilan, ils seront sidérés de l’ampleur de l’œuvre accomplie en cinq ans.

Mais cette personnalisation peut-être aussi un mal: dès lors que le pouvoir s’incarne en un homme, il devient dépendant de l’image de celui-ci et se fragilise. A court terme, la personnalisation du pouvoir peut doper l’action. A long terme, dans l’excès, elle risque d’affaiblir l’Etat et la notion de gouvernement, elle attise les passions au détriment de la raison.

Les Français connaissent mal Nicolas Sarkozy.

En tout cas, les Français connaissent mal Nicolas Sarkozy. Certains voient en lui un ambitieux, un carriériste, un obsédé du pouvoir. Avec ses qualités et ses défauts, il est tout autre chose. Il est animé par la passion de la France et de l’intérêt national. Ceux qui l’ont connu le savent. Il pense être indispensable au pays, justement par son énergie, son courage politique. D’où son retour dans la mêlée, animé par l’envie de bien faire. A-t-il tort, a-t-il raison de le penser? L’avenir nous l’apprendra. Trouvera-t-on chez son ou ses successeurs la même volonté d’action, le même courage politique dans la tempête? Il est impossible de le dire aujourd’hui.

Le personnage est profondément humain, parfois trop humain.

Le personnage est profondément humain, parfois trop humain. Son étrange habitude de recevoir à l’Élysée, en 2007-2012, au rythme de plusieurs fois par semaine, les victimes de la criminalité, des catastrophes naturelles, des accidents de la vie, sans ostentation, sans la presse ni les caméras, ses compatriotes dans la souffrance, en est le signe patent.

Sa méthode combinant le volontarisme dans l’action, parfois la provocation verbale contre les tabous, a des effets paradoxaux sur le plan électoral. Elle a admirablement réussi en 2007, parce qu’il y avait un effet de surprise, de nouveauté. Elle a échoué de peu en 2012, dans un contexte épouvantable. L’inconvénient de la personnalisation sarkozyste du pouvoir tient aux passions excessives qu’elle suscite, parfois d’admiration, mais aussi de haines inexpugnables . Cette méthode, enfin, s’est effondré en 2017.

Il est bien trop intelligent pour limiter sa vie à l’ambition politique, ce royaume de l’illusion et de l’éphémère.

Un phénomène étrange s’est produit. Dans les années 2002-2012, Nicolas Sarkozy était en phase avec la majorité silencieuse. Nul autre que lui ne l’a mieux ressentie, dans son besoin de protection face à la tourmente du monde. Après 2012, son instinct politique a été moins heureux. Il était de toute évidence extrêmement difficile de redevenir président de la République après l’avoir été une première fois. Tout effet de surprise est passé, les rancœurs et les haines subsistent, exacerbées, et l’usure du pouvoir persiste. Le défi était inconcevable, dès l’origine. Pourquoi ne l’a-t-il pas senti, alors que son instinct politique, jusqu’alors, l’avait si bien guidé? C’est la question que l’on peut légitimement se poser…

Son retour en politique est-il désormais envisageable? Dans un monde aussi chaotique, nul ne peut préjuger de rien. En cas de chaos généralisé et d’effondrement des institutions, qui sait? Tout peut arriver. Mais dans une logique de paix et de situation normale, un tel retour paraît inconcevable. Les Français lui ont dit «non», comme ils dirent «non» à de Gaulle un certain 27 avril 1969. Il est déjà passé à autre chose. Nicolas Sarkozy a servi la France pendant 20 ans. Il est bien trop intelligent pour limiter sa vie à l’ambition politique, ce royaume de l’illusion et de l’éphémère.

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Analyse du résultat du premier tour des primaires

xvm6e05672a-afe0-11e6-8924-aaf6bf1e52eaVoici mes contributions au Figaro Vox sur l’analyse de la victoire de François Fillon au premier tour des primaire et à Atlantico, sur les difficultés à venir.

Victoire de Fillon au premier tour des primaires, un séisme historique

La victoire écrasante de François Fillon au premier tour des élections primaires de la droite et du centre, dans le contexte d’une mobilisation historique de l’électorat, constitue un séisme politique, comparable à ceux qui émaillent la vie démocratique dans le monde occidental depuis quelques années: « non » français et néerlandais au référendum sur la Constitution européenne en mai 2005, référendum sur le Brexit en juin dernier, victoire de Donald Trump aux Etats-Unis. Que s’est-il passé? Deux semaines auparavant, personne n’imaginait un tel scénario, la totalité des sondages donnant Fillon bien loin derrière le duo de tête Juppé-Sarkozy. En quinze jours, l’ancien Premier ministre 2007-2012 a pris 30 points. Il y a-t-il, dans l’histoire de la démocratie française, un basculement aussi spectaculaire et massif?
Il serait trompeur d’y voir la prise de conscience soudaine par les Français du programme de François Fillon, connu depuis un an. Non, c’est autre chose, un phénomène qui relève de la psychologie collective. Comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, un mouvement de révolte du corps électoral, vient de se produire. Les Français se sont rebellés contre la loi des médias et des sondages, obstinés à leur vendre un scénario, celui de la victoire d’Alain Juppé, candidat de l’apaisement, contre Nicolas Sarkozy l’homme du clivage. Le peuple a voulu démentir un certain matraquage en plébiscitant massivement une troisième option. La notion même de primaires de la droite et du centre s’est trouvée dépassée. Les Français, probablement de différentes sensibilités, ont utilisé cette occasion pour exprimer leur colère. Ce résultat est avant tout celui d’une révolte populaire contre les élites politiques et médiatiques, une réponse de la nation au sentiment qu’une caste médiatisée veut lui imposer sa manière de voir, de penser et de voter.
La victoire de Fillon procède d’un instinct, d’une sensibilité qui a rejailli soudain comme un éclair. Elle n’est pas née du néant. Il faut se souvenir que l’ex Premier ministre de Nicolas Sarkozy fut franchement populaire dans les années 2007 et 2012. Sa cote dépassait constamment de 10 points celle du chef de l’Etat. Certains y voyaient un dérèglement des institutions, une Ve République où d’ordinaire, le Président de la République est plus populaire que son chef de gouvernement. La bataille contre Jean-François Copé pour la conquête de l’UMP en 2012 avait brouillé l’image du député de Paris. C’est cette popularité qui a resurgi soudainement le 20 novembre 2016.
L’événement est de taille. En plébiscitant François Fillon, les Français sont en train d’enterrer la notion « d’hyper présidence ». Ils rejettent l’image du narcissisme présidentiel, un chef de l’Etat qui, depuis une quinzaine d’années, prétend incarner à lui seul le pouvoir politique, omniprésent dans les médias, communicant suprême de la République. Ils refusent le culte de la personnalité, la présidence bavarde qui noie les échecs et l’impuissance dans la logorrhée et les postures.
En effet, la personnalité de François Fillon est essentielle pour comprendre le séisme en cours. Son personnage donne une image de simplicité, de discrétion, voire d’un tempérament silencieux, peu porté sur l’esbroufe. D’où l’impact considérable des trois débats télévisés qui coïncident avec sa montée en puissance. Après des années de gesticulation et de fanfaronnade, les Français ont manifesté leur soif d’accalmie élyséenne, de travail sérieux et collectif pour diriger la politique française. Contre la parole débridée et impuissante, ils ont exprimé l’espoir de l’action efficace. Contre la politique spectacle, ils ont fait le choix d’une certaine image de sobriété et d’autorité modeste que Fillon a su imposer.
Quelques années après les affaires DSK et Cahuzac, ce vertigineux basculement en faveur de l’ex Premier ministre qui n’a jamais été confronté à la justice, marque une volonté assainissement de la vie publique.
En cette période tragique pour le pays, ensanglanté par le terrorisme, dévasté par les six millions de chômeurs, la vertigineuse montée du communautarisme, le déclin industriel, un contexte international tourmenté, François Fillon a trouvé un style gaullien, des paroles qui rassurent et inspirent la confiance. Il s’est exprimé sans ambages en faveur du dialogue avec Moscou et de la priorité absolue à la lutte contre Daesh au Moyen-Orient. Sur ce point, il s’est radicalement différencié de l’idéologie « politiquement correcte » portée par la plupart de ses adversaires.
Mais surtout, les Français électeurs de la primaires ont été convaincus par son engagement répété en faveur des chrétiens d’Orient victimes d’un génocide. Par ces mots, il a su toucher au cœur de la France, de ses valeurs, de l’une de ses traditions les plus profondément ancrées dans son histoire. Tout en évitant le discours identitaire et le danger d’exacerber les déchirures de la société française, son appel répété et insistant en faveur des minorités chrétiennes persécutées dans le monde a eu probablement pour effet de mobiliser en sa faveur l’électorat chrétien de France. Et cela, personne ne l’avait vu venir…

Entretien avec le site Atlantico

Quel(s) effet(s) pourrait-on observer, sur le vainqueur de la primaire de la droite, et sur cette dernière d’une manière plus générale, du processus de désignation du candidat de la gauche à partir de janvier ? L’éclipse médiatique probable pourrait-elle avoir un effet négatif sur le camp LR ? 

C’est vrai qu’à partir de 2017, tout sera infiniment plus compliqué pour le vainqueur. Son état de grâce sera de très courte durée. Les primaires de gauche prendront l’ascendant sur le plan médiatique. Elles seront l’événement politique du début de l’année avec un lot d’incertitude gigantesque. On ne parlera plus que de cela avec pour conséquence une banalisation de la position du vainqueur de la primaire de la droite et du centre. L’émergence d’un candidat charismatique à gauche n’est pas à exclure. Mais les périls ne s’arrêtent pas là. On peut imaginer une prolifération de candidatures de droite ou du centre qui ne sont pas passés par la primaire. Compte tenu de la volatilité de l’électorat, un engouement pour une de ces candidatures n’est pas à exclure. Le poids du parti lepéniste et son score sont une autre inconnue. De même une autre inconnue tient à la confirmation ou non du phénomène Macron. La victoire aux primaires de droite n’est pas forcément l’assurance d’une victoire facile aux présidentielles de mai 2017. Et ne parlons pas de la suite qui peut être extrêmement chaotique. Le nouveau président aura-t-il une majorité présidentielle ? Rien n’est moins sûr si le tripartisme devait se confirmer aux législatives. Quelle sera l’attitude des syndicats face aux réformes libérales que proposent les candidats ? Le pays peut-il être bloqué ? Le nouveau président sera-t-il en position de tenir ses promesses ? 2017 sera quoi qu’il arrive, une période d’incertitude intense.

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Primaires, 55 minutes d’attente

sans-titre-4Etonnant spectacle ce matin, une queue immense, devant le bureau de vote. J’y suis retourné trois fois et n’ai pas encore pu voter… On se croirait dans un pays en pleine tragédie, où les files d’attente se pressent pour du pain, des œufs et du riz. Là c’est autre chose, les queues interminables de la démocratie, pour s’exprimer pour dire combien on en a marre, combien ou veut le changement. Il se passe quelque chose dans ce pays. Ce ne sont plus les primaires de la droite et du centre, mais un plébiscite, une révolte. Dans ma commune de banlieue-village, ce n’étaient pas la droite et le centre qui votaient. Il y avait tout le monde dans la file d’attente. Ce n’étaient pas des primaires, ce n’était pas une affaire de droite, de gauche ou du centre, mais un plébiscite pour l’alternance. Il se passe quelque chose. Nous en saurons plus ce soir. Si l’on en croit la majorité des prises de positions sur ce blog et ce que j’entends partout autour de moi, un phénomène soudain de ralliement à M. Fillon, sans doute le Fillon bras droit de Séguin et se proclamant « souverainiste » et défenseur des chrétiens d’orient. Ou bien autre chose peut-être, un réflexe d’espoir autour de Nicolas Sarkozy et sa volonté d’alternance franche, ou bien encore un mouvement unitaire en faveur de Juppé. Mais enfin, il se passe quelque chose. J’ai mon idée bien sûr. Une certitude, la révolte, la soif d’alternance, de changement, de renouveau qui s’exprime en ce moment, par delà la logique des primaires.

NB: j’ai réussi à voter: 55 minutes de file d’attente!

Maxime TANDONNET

 

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Le discours anti-système, paroxysme du système

xvmb69ec014-acb9-11e6-a681-5cfa72a17503Voici ma dernière tribune pour Figaro Vox. Le discours « anti-système » n’est d’après moi rien d’autre que la dernière mode idéologique.

« Pourtant, ce discours anti-système, par sa banalisation et sa généralisation, finit par prendre un caractère étrangement systématique… D’ailleurs, il ressemble curieusement au pire de la vie politique actuelle, de l’extrême droite à l’extrême gauche. De fait, à quoi ressemble cette dernière aujourd’hui? Partout dans le monde occidental, à une surenchère de la communication, de la parole, de la provocation, du culte des images, et de l’émotion, toujours plus éloignée du monde réel. Peu importe le fond: c’est l’impression qui compte, le coup destiné à forcer l’attention médiatique. La personnalisation à outrance de la vie politique est le paroxysme de ce phénomène qui recouvre le néant des projets. La vie politique se focalise sur le culte de personnages aux visages médiatisés, leur prénom, ou leur silhouettes, une logique de séduction narcissique. On ne se bat plus pour des idées ou un projet, mais pour une voix, un style, une couleur. Les postures se substituent aux projets. Les slogans remplacent les idées. Une grande vague de néant submerge la vie publique. La réalité s’efface devant le rêve et les manipulations. Le discours anti-système n’est au fond que le dernier slogan à la mode, la quintessence d’une dérive de la politique dans les limbes de la communication. Le véritable renouveau passe par bien autre chose que la parole anti-système. Il consiste à renouer avec les fondements de la politique au sens le plus noble du terme : le gouvernement de la cité. Il passe par la réhabilitation de la réflexion sur les grands sujets fondamentaux de l’époque : l’Europe, la Nation, l’Etat, les frontières, les équilibres planétaires, la démographie, la politique industrielle. Il doit se traduire dans le culte de la décision, du travail, de l’action et des résultats au service de l’intérêt général. Il ne se conçoit pas une remise en cause radicale de la logique de la personnalisation outrancière de la vie politique qui désormais étouffe la notion du bien commun. »

Hier soir, le dernier débat de la primaire de la droite et du centre, cet exercice formel où l’échange est avant tout prétexte à la posture, ne m’a pas vraiment rassuré. Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, il n’augure rien de bon pour le quinquennat 2017-2022. Mais voyons: ce ne sont pas les primaires en soi qui sont en cause. C’est plus profondément la dérive présidentialiste du régime politique français qui corrompt tout, en poussant la politique vers le culte de la personnalité et l’idolâtrie imbécile, le spectacle au détriment de la res publica, du monde réel et du bien commun. C’est la stricte vérité. Mais qui peut l’entendre aujourd’hui?

Maxime TANDONNET

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Lecture: Salaud d’élu, Julien Aubert, éditions Cent mille milliards

41icro9a6kl-_sx308_bo1204203200_Nous sommes nombreux à juger sévèrement la vie politique nationale, ou plutôt médiatisée, de l’extrême droite à l’extrême gauche: chute dans la démence narcissique, obsession carriériste, ivresse du culte de la personnalité qui renvoie aux heures les plus sombres de l’histoire. Nous sommes nombreux à ressentir de l’écœurement face à la dictature des polémiques, de la communication à outrance, le bavardage pathologique, des manipulations, les volte-face et des postures. Nous sommes nombreux à déplorer l’effondrement du politique – le gouvernement de la cité – et du sens du bien commun.

Pour autant, il est essentiel d’éviter la tentation de la généralisation. L’écœurement légitime face au spectacle médiatisé ne doit pas se transformer en dégoût général de la vie publique et des responsables politiques dans leur ensemble. La France tient encore debout grâce à l’engagement et au dévouement de milliers d’élus, députés, sénateurs, maires, conseillers régionaux et départementaux, qui se consacrent au bien public dans la discrétion et la modestie, en dehors d’une ambition personnelle maladive. La politique connaît la même fracture que la Nation, entre ses élites médiatisées et sa majorité silencieuse. Le témoignage de Julien Aubert est précieux à cet égard. Voilà un député de moins de quarante ans qui ne doit strictement rien à personne, ni à son nom  de famille, ni à son réseau personnel, ni au parrainage d’un notable de la politique. Il ne s’est jamais livré à la courtisanerie ni à la flagornerie et n’a pas eu besoin de trahir pour réussir. Au départ démuni de tout soutien, il a su gagner simplement la confiance des électeurs du Vaucluse, sur le terrain. Son récit est important car il exprime me semble-t-il, l’avenir de la politique au sens noble du terme.

« Il est des souvenirs qui vous marquent pour la vie. Il faisait encore beau ce samedi de septembre 2011, lorsque j’ai débarqué en gare d’Avignon avec ma valisette, plein d’espoir à l’idée d’obtenir le Graal: l’investiture de l’UMP dans la cinquième circonscription du Vaucluse, nouvellement créée après le redécoupage […]

Je ne connaissais plus personne dans le département, sinon mon père et ma grand-mère mais j’avais le feu sacré. Je n’avais aucune expérience de terrain, ni aucun goût pour les jeux d’appareil partisan. Il m’a fallu convaincre un à un les responsables locaux, les adhérents et les militants de mon parti, puis les électeurs, que je pouvais faire l’affaire, qu’on pouvait me donner ma chance. J’ai cru en ma bonne étoile et l’histoire s’est bien terminée. Lorsque j’ai été élu de justesse député du Vaucluse en pleine vague rose, le 17 juin 2012, face au patron départemental des socialistes, j’ai eu droit à mon lot de félicitations. J’étais en quelque sorte un rescapé, compte tenu du nombre des députés sortants battus […]

La politique meurt du copier-coller des idées classiques véhiculées par les partis traditionnels. Alors que le peuple a soif de rupture, sa classe politique lui propose du mièvre, du tiède, du réchauffé […] A défaut d’avoir un programme pour les primaires de 2016 et les présidentielles de 2017, j’en profite pour exposer modestement quelques idées rarement défendues sur les plateaux de télévision avec une priorité: guérir la France de sa fièvre antidémocratique ».

Maxime TANDONNET

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Primaires, que choisir?

sans-titreLe présent billet n’est pas le signal de l’approbation du principe des primaires. Je trouve la vie politique française d’une rare médiocrité comme je l’ai écrit dans le Figaro de jeudi dernier. Confondre la politique, le destin de la cité, avec les sentiments qu’inspirent les voix, les visages, les paroles d’une poignée de figurines médiatisées me semble dérisoire.  Et les primaires sont la quintessence d’une personnalisation à outrance de la politique, d’une dérive absurde de la chose publique au loin des principes de l’intérêt général. La politique devrait consister à unir, rassembler, fédérer: M Sarkozy, M. Juppé, M. Fillon, M. Le Maire, etc. qui ont gouverné ensemble, ont fait la même politique dont ils partagent la responsabilité, appartiennent au même parti, plutôt que de se tirer dans les pattes publiquement, devraient être nuits et jours réunis autour d’une table et discuter des moyens de sauver ce pays. Qui aura le privilège de fanfaronner sous les ors de l’Elysée? Et sans nul doute de devenir en 6 mois l’homme le plus haï et le plus moqué de France? Ce n’est pas l’essentiel! Ils n’ont qu’à tirer au sort, ou, s’ils sont incapable de faire passer l’intérêt de la France avant leur intérêt personnel, faire confiance au suffrage universel pour les départager au premier tour, comme le prévoit la Constitution. Les primaires sont le contraire de la politique au sens noble du terme, tout le contraire: plutôt que de rassembler, elles désintègrent. Les programmes? Mais je ne crois pas une seconde à un programme concocté dans un coin par un bonhomme et son écurie d’experts. Les seuls programmes qui comptent, qui ont une (petite) chance d’être appliqués, sont ceux qui procèdent d’une future majorité parlementaire, largement validés et acceptés par elle! Tout juste ce qui n’existe pas dans l’actuel climat de décomposition.

Pourtant, il faut être pragmatique. Avons-nous le choix? Non. Il n’est pas question d’attendre un quelconque salut ou redressement national du processus en cours 2016-2017. En tout cas je n’y crois pas un instant. Mais il faut éviter à tout prix le chaos lepéniste comme socialiste pour cinq années supplémentaires. Donc, se résigner par défaut, à voter à ces foutues primaires, sans illusion, comme il arrive dans la vie quotidienne de devoir faire des choses auxquelles on répugne: voter dimanche prochain, pour celui qui aura le plus de chance d’éviter un cataclysme. Justement ci-dessous une contribution intéressante de M. FrédéricN qui prend parti pour un candidat (cette position n’engageant que lui):

« Le 20 Novembre : voter pour un programme et non pour un homme ( Frederic_N)
Je remercie M Tandonnet de me laisser la parole en cette vieille de primaires pour essayer de vous convaincre d’y participer, malgré les doutes qui sont émis sur ce blog, et de le faire dans un sens très précis. Comme il ne s’agit pas de se raconter des histoires, je le ferai autour de quatre questions
– Ces primaires servent-elles à quelque chose ?
S’il y a un consensus sur ce blog, c’est bien pour s’inquiéter des menaces qui pèsent sur l’avenir de notre pays, emblématiques d’ailleurs des menaces qui pèsent sur l’Europe. De même nous nous accordons pour mesurer l’impuissance de l’Etat français et de ses dirigeants politiques. Mais quelle est la responsabilité des dirigeants de la droite dans cette affaire ? Elle n’en est que partiellement responsable. L’honnêteté, au contraire, oblige à reconnaître que cette droite a vécu pendant plus de 50 ans sous le magistère de la gauche et que c’est d’abord là, dans cette soumission volontaire, que se situe sa faiblesse. C’est cette dépendance que lui reproche enfin – car c’est elle la vraie coupable ! – une partie de sa base électorale.
Or qu’on le veuille ou non la primaire (celle de cette année au moins) est un début de réponse à cette situation. C’est ce qu’a montré le déroulement des débats télévisés et il faut être bien aveugle pour parler de simples conflits d’égo. Ce qu’ont vu au contraire des millions de téléspectateurs c’est un débat sur des programmes là où ils n’avaient en mémoire que coups tordus – jurisprudence Chirac – mise en scène – jurisprudence Giscard – et bling bling – jurisprudence Sarkozy. Dans notre histoire récente c’est la première fois que cela arrive : la droite a non seulement discuté sur le fond mais elle l’a fait devant son électorat. D’ailleurs je cite Luc Ferry ce matin sur Radio classique « ce qui me convainc d’aller votre c’est la comparaison avec le débat américain : on a en France un débat de grande qualité »
– Dans quelle mesure ces primaires auront-elles un effet ?
Evidemment il ne faut pas être dupe, non seulement les couteaux sont tirés, mais surtout ils cachent le même strabisme vers la gauche que celui qu’on a vu à l’oeuvre depuis tant d’années. L’utilisation de Bayrou par Juppé va dans ce sens, Sarkozy a raison. Mais hélàs, la nomination de Baroin aussi. Non pas que Juppé et Sarkozy soient de « sournois comploteurs à la solde de l’oligarchie » comme on l’entend ici et là. Mais tout simplement du fait de la résistance prévisible qu’entraînera toute tentative de décision de leur part. Non seulement elle se heurtera, et contre l’esprit même de la démocratie, à la « résistance » de la gauche et des médias. Mais surtout, elle se heurtera au fait que l’administration penche à gauche de toutes ses pores : sans légitimité claire, sans soutien politique et sans programme d’action efficace il est illusoire de faire une politique de droite en France. Et sur le denier point on en est très loin, Juppé et Sarkozy ne font qu’en prendre acte. C’est d’ailleurs ce que voudront nous expliquer les médias: que la gauche devra être aussi au gouvernement et tout bloquer puisque c’est grâce à elle que Juppé ou Sarkozy battront Marine le Pen.
Mais justement, la primaire participe de la nécessité de cette « contre légitimité » dont le futur président aura besoin. A la fois par l’intérêt qu’elle suscite et à la fois par son contenu programmatique, elle pèse dans le sens contraire aux intérêts de la gauche. Plus il y aura de votants, et plus le futur élu aura la légitimité de la combattre. Plus il sera clair et plus il se heurtera avant les présidentielles à la gauche. Et plus sa victoire sur elle au premier tour sera considérée comme une victoire de ses idées.
Aller à la primaire c’est simplement contribuer à cette légitimité du futur président Républicain.
– Mais pour qui voter alors ?
A cette primaire – et même s’il n’est pas favori – je suggère aux lecteurs de ce blog de voter pour Fillon. Pour une raison simple. Malgré les médias, cette primaire a parlé de programme politique. Or Fillon est le candidat qui s’est le plus assimilé à l’idée d’un programme cohérent, au moins un minimum. Bien sûr on pourrait en discuter tous les points. Beaucoup ici semblent notamment revenir à cette vieille tradition de la droite gaulliste de s’en prendre au libéralisme. Mais je leur pose cette question : vous pensez, pour la plupart d’entre vous, que le problème de la Nation est de lutter contre sa désintégration, voire à la menace islamique. Mais pensez-vous que la France puisse résister à ces démons si elle n’est pas puissante économiquement ? Soyons sérieux. Beaucoup de gouvernements se sont essayés à faire de l’antilibéralisme que ce soit en Grèce, au Brésil ou au Vénézuela. Pensez-vous que ces pays se sont renforcés ou affaiblis ? A contrario pensez-vous sérieusement que le (socio) libéralisme ait affaibli nos voisins allemands ?
Poser de telles questions c’est y répondre.
– Doit-on s’en remettre à un homme quel qu’il soit ?
Disant cela je ne veux surtout pas entretenir d’illusions. Il y a de nombreux trous dans le programme Fillon. Notamment sur sa mise en œuvre. Pour ne prendre que cet exemple, Il ne nous explique pas comment il fera pour redresser un appareil d’Etat tenu par la gauche. Il ne dit rien là où il faudrait prendre le problème à bras le corps, par exemple en délogeant la gauche des positions qu’elle occupe dans tous les lieux de formation des cadres de l’état (et pas seulement à l’ENA, sans doute la moins mauvaise de ces écoles, qu’on la compare par exemple à Sciences Po ! ). Ce faisant il s’expose à de cruelles désillusions quand on s’apercevra qu’un sabotage subtil annihilera la plupart des mesures qu’il croira prendre.
Mais justement, quel que soit le futur président un tel affrontement est inéluctable. En fait, il a déjà commencé dans le cas de l’école, de la police, voire de la magistrature. Et la question qui se posera – brutalement – sera celle du rapport de force. Comme dans le cas de la SNCF et de Juppé.
Or qu’on le veuille ou non , ce rapport de force sera indexé sur le nombre de gens qui auront voté, non pas tant pour un homme, que pour un programme politique.
Et surtout pour sa mise en œuvre.

FrédéricN

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Système, antisystème

trump-2Toujours dans la suite de l’élection de M. Donald Trump, hier soir, le site Atlantico m’a interviewé sur la question des candidats « antisystèmes » aux présidentielles françaises. En bref, ma réponse paradoxale a consisté à dire que, de Trump aux « antisystèmes » français, les vrais antisystèmes » ne sont pas forcément ceux qui cultivent cette qualité…

Maxime TANDONNET

1/ A la suite de la victoire de Donald Trump, plusieurs candidats ont laissé entendre qu’ils pouvaient représenter le renouveau de la classe politique, voire qu’ils étaient eux-mêmes des candidats « antisystème ». Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg ou encore Nicolas Dupont Aignan, Nathalie Kosciusko-Morizet, Marine Le Pen… Quels sont les critères qui permettent de définir une attitude et un positionnement « antisystème » ? Comment les électeurs peuvent-ils se représenter un tel positionnement ?

Nous assistons, à la suite de l’élection de Donald Trump, à un phénomène assez paradoxal. D’une part, les médias, les commentateurs décrivent cette élection comme d’essence quasi diabolique, le triomphe du populisme contre l’idéologie dominante des élites dirigeantes et intellectuelles. Mais d’autre part, une grande partie du monde politique, de droite ou de gauche, veut s’inspirer du modèle Trump, la dernière mode en politique: l’antisystème ou supposé tel. Mais pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord définir ce qu’on entend par « le système' ». On peut l’analyser à deux niveaux.
D’abord il se définit comme l’ensemble des institutions, de l’idéologie, des valeurs dominantes dans les élites médiatiques, politiques et intellectuelles. Aujourd’hui, en ce sens, la représentation du « système » porte sur les bienfaits de la mondialisation, de l’ouverture, de la diversité, le culte des minorités, de la mobilité planétaire et de l’effacement des frontières. Ce idéologie dominante dans les élites médiatique, autrement dit le « politiquement correct » a été fortement incarnée par Mme Clinton, jusque dans son discours de candidate battue. Elle s’opposerait ainsi au « populisme », sensibillité dominante dans le peuple, la majorité silencieuse, fondé au contraire sur l’idée de retour à la Nation, un repli sur l’identité. Sur cette base, en se fondant sur le sens le plus commun du mot, les « antisystèmes » seraient les adversaires d’une certaine idéologie dominante. Etre « antisystème » reviendrait à prôner le retour à la Nation et au peuple contre la « globalisation », l’identité contre la diversité, les frontières contre l’ouverture. Dans cette optique, M. Trump serait la quintessence d’un antisystème, comme les politiques français s’inspirant de son modèle. Sa victoire représenterait un basculement idéologique, le premier grand revers de la vision mondialiste depuis la fin de la guerre froide en 1990 : d’où l’aversion qu’elle suscite auprès des élites médiatiques et intellectuelles.
Cependant, cette manière de voir les choses, la plus habituelle, ne répond pas vraiment à la question et se cantonne au superficiel. Elle semble évidente mais elle est artificielle et fausse. Il existe une autre façon de comprendre les termes de système et d’antisystème, au second degré. De fait, à quoi ressemble la vie politique aujourd’hui? Partout dans le monde occidental, à une surenchère de la communication, de la parole, de la provocation, du culte des images, toujours plus éloignée du monde réel. Peu importe le fond: c’est la provocation qui compte, celle qui permet de forcer l’attention médiatique. Dès lors, M. Trump, tout en cultivant un style anti-système, serait la quintessence du système. Il a fait campagne sur des coups médiatiques, des provocations parfois violentes destinées à marquer une rupture avec le « politiquement correct ». En flattant le peuple, il porte la manipulation de ce dernier au plus haut niveau. Déjà, à la suite de son élection, certaines de ses propositions les plus délirantes, sur la base desquelles il a été élu, auraient été retirées de son site Internet de campagne! C’est tout dire! Le phénomène est sans précédent à ce niveau. En France, la politique suit cette fâcheuse tendance à fuir le réel dans la provocation. En cela M. Trump est bien à la mode. Le système politique est d’abord dominé par le culte de la parole, de la communication, de la provocation, de la médiatisation et de la manipulation de masse. La personnalisation à outrance de la vie politique est le paroxysme de ce phénomène. On ne se bat plus pour des idées ou un projet, mais pour une image médiatisée, un visage une voix, un style. Les slogans remplacent les idées et les provocations sans lendemain se substituent aux projets. Peu importe ce qu’il en restera dans la confrontation avec la réalité. Le réel s’efface devant le rêve.
L’antisystème serait au contraire, dans mon idée, le retour au réel et à la volonté de gouverner, de choisir, de décider, une forme de discrétion et de modestie, d’effacement du « moi-je » et de réhabilitation de l’intérêt général comme but de la politique. L’antisystème, aujourd’hui, défendrait la vérité et la politique des réalités.

2/ On remarque que ces positionnements concernent à la fois des figures politiques de droite et de gauche. Pourriez-vous nous décrire, pour chacun d’eux, l’offre politique qu’ils représentent ? 

M. Macron, Mme NKM se veulent à leur manière des antisystèmes qui remettent en cause les fondements de leur propre parti. De fait, ils existent avant tout par des petites phrases qui ont défrayé la chronique! Ils sont bien à cet égard des représentants typiques du système… Le courant lepéniste est depuis plusieurs décennies, construit sur la personnalisation du pouvoir, sur le jeu des provocations verbales et d’une forme d’hyper médiatisation autour d’un nom, de silhouettes, de visages. Là aussi, il est l’un des grands précurseurs du système, au cœur même du système politico-médiatique. M. Montebourg est une personnalité intéressante: flamboyant, il apporte un style personnel très marqué, même si ses idées n’ont rien de bien révolutionnaire. Tout est dans l’image, la communication. M. Mélenchon est aussi un personnage très singulier, représentant d’un phénomène où les idées s’incarnent dans un homme, un style, un visage. De tous ceux que vous m’avez cité, le plus authentique anti-système serait peut-être M. Dupont Aignan. Il n’est pas dans une logique de surmédiatisation de sa personne, ni de provocation ou de surenchère verbale. Il a quelques idées forces, autour du gaullisme, une tradition aujourd’hui délaissée. Mais en refusant le jeu de la surmédiatisation et de la provocation, il peine à percer dans l’opinion et à se faire connaître… Tout le paradoxe de la politique actuelle est là: le véritable anti-système, celui qui refuse la logique de la surmédiatisation et de la dictature des provocation, donc la « trumpisation » est-il condamné à l’échec? Pour l’instant, on peut le craindre…

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L’Amérique n’appartient qu’à elle-même

sans-titreCi-dessous, un beau texte à méditer de M. Julien Aubert, député les Républicains du Vaucluse, sur l’élection présidentielle américaine

Edito : l’Amérique n’appartient qu’à elle-même

Il existe deux manières d’expliquer le scrutin américain : en cherchant des similitudes avec la France et le reste du monde occidental, ou en insistant sur la nature particulière de ce pays. La vérité se situe probablement à mi-chemin.
Oui, comme je l’explique du reste dans mon livre, il y a une montée de ce que les médias appellent « le populisme », terme méprisant auquel je préfère celui de rejet des élites. C’est un vote massif de tous les dindons de la farce, après trente ans de dérèglementation, mondialisation et libéralisation, qui a pour verso une ouverture sans précédent des frontières avec les problèmes migratoires qui en découlent. Ces dindons peuvent varier d’un pays à l’autre, mais le message est identique : nous voulons peser sur le cours des choses, nous voulons être protégés, nous voulons chasser ceux qui ont présidé aux décisions qui nous ont conduit dans ce mal-être identitaire et économique. Ils sont de plus en plus perméables à des discours simplificateurs et révolutionnaires, quitte à s’asseoir sur toute approche rationnelle des problèmes. L’incompréhension avec « les élites » polyglottes et mobiles est totale, que ces dernières vivent à Londres, Paris ou New-York. Il n’y a qu’à lire les tweets de notre ambassadeur là-bas, tellement représentatif de ces petits marquis de la mondialisation heureuse. Du Brexit à Trump, de Siriza à Podemos, c’est un vote croissant contre la mondialisation et l’intégration mondiale.
Aux Etats-Unis, cependant le scrutin garde sa saveur particulière. C’est un pays janus, capable de voter pour Georges Bush, Ronald Reagan ou Donald Trump – lorsque le pays profond des « petits-blancs » se réveille – ou Bill Clinton, Jimmy Carter, Barack Obama – lorsque sa partie mondialisée (les villes, les minorités) prend le dessus. Le pays est lui-même un pays monde et du coup la fracture entre les deux Amériques va croissante, et explique la fin du consensus politique américain. Lorsque Barack Obama a été élu, il y a 8 ans, pour l’Amérique du Tea Party, cela a été vécu comme un traumatisme. L’élection de Donald Trump sonne comme le retour de balancier, et ne déroge pas par rapport aux autres alternances. J’étais étudiant aux Etats-Unis et j’ai vécu le recomptage Gore/Bush : je peux vous assurer que c’était autrement plus violent. Copé-Fillon à coté, c’était de la gnognotte.
Trump a gagné, parce que le rejet d’Hillary Clinton, illustration de tout ce que je n’aime pas en politique, a été plus fort, et parce que le système politique des grands électeurs permet aux perdants de la mondialisation d’être majoritaires au niveau fédéral tout en étant (encore) minoritaires en voix. Si le Vaucluse ou la Correze comptait plus que Paris ou Marseille, le FN serait effectivement aux portes du pouvoir.
Le peuple souverain a voté. Il peut se tromper, c’est le privilège de la démocratie.
Marine le Pen peut voir les similitudes avec Trump. Etonnant, car moi il me fait penser à son père, dont elle aime dénoncer les outrances. On pourrait lui rétorquer aussi que les Américains ont mis à la porte une famille dynastique qui depuis un quart de siècle utilise son nom comme une marque collective.
Tout ceci prouve surtout qu’il y a urgence, dans notre pays, à rétablir une démocratie qui agit, qui fonctionne, qui résout les problèmes, et que notre petit monde germano-pratin qui a enterré la nation en 1990, n’a toujours rien compris au réveil des peuples, comme en 1848, comme en 1968, qui ne fait que commencer.

Julien AUBERT

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Visions franchouillardes du phénomène Trump

sans-titreBien sûr, une majorité des commentaires et éditoriaux s’interrogent sur l’impact du phénomène Trump dans la vie politique française. Ils seront considérables, sans aucun doute, un peu comme la crevasse d’un tremblement de terre qui déchire tout le monde occidental. Nous assistons à la confirmation du nouveau clivage entre tentation du recours au national et ouverture  planétaire, ou repli et mondialisation. Ce clivage semble l’emporter sur le classique droite/gauche axé sur la question sociale. D’où la sensation de séisme. Pourtant, les exploitations politiciennes franchouillardes sont à mes yeux totalement erronées. Le phénomène Trump en soi est bien d’essence américaine: le milliardaire, nouveau venu sur la scène politique, en guerre contre l’Establishment et surtout, contre son parti, qui réussit son « miracle » par la magie d’une communication. Nous sommes en plein dans le mythe américain, à mille lieues de toute mentalité française. Le matraquage permanent autour de la comparaison avec Mme le Pen est à mes yeux totalement déplacé: sa légitimité est historique, dynastique, établie, tenant au lien de famille avec le  créateur de ce parti, extrêmement puissant électoralement, qui existe depuis près de 50 ans, occupe une place essentielle sur la scène française depuis 30 ans (1986). On est strictement à l’inverse de la logique du rebelle Trump qui surgit soudain en politique, en guerre contre l' »Establisment » de son parti et fracasse tout sur son passage … Idem pour les comparaisons avec le président Sarkozy. Lui a été ministre de l’Intérieur et de l’Economie pendant 5 ans. Puis président de la République pendant 5 ans encore. Il est un homme d’expérience, sans aucun rapport avec le phénomène Trump, une sorte d’éclair qui jaillit du néant. Les commentaires français se fourvoient. Les uns jubilent les autres paniquent. A tort… Il y a dans la victoire de Trump une gigantesque opération de marketing qui est à l’œuvre, un formidable coup de bluff, un fabuleux coup de communication s’appuyant avant tout sur le rejet viscéral du candidat d’en face, Mme Clinton. Si les démocrates avaient mis un candidat tout juste présentable  face à Trump, sans doute l’issue eût été radicalement différente et les commentaires inverses de ce que l’on entend aujourd’hui… Le fond du programme de M. Trump est au repli protectionniste. Or, il est mensonger de faire croire que l’économie américaine peut se refermer sur elle-même comme une huitre et que cette perspective représente une solution économique pour l’Amérique. Le monde réel ne se manipule pas comme les mots et les images. Que sortira-t-il de cet extraordinaire coup de bluff?  Quelques changements peut-être, sur les relations avec la Russie ou la politique au Moyen-Orient. Mais sans doute au final une énorme et magistrale déception et le sentiment toujours plus profond du fossé entre le discours politique et le réel. Voilà, depuis hier, Trump est à la mode, comme Obama il y a huit ans. Dans quelques jours tous les politiciens français se convertiront, ouvertement ou hypocritement, au « style » Trump. Pardon de dire ce que je pense, mais la France d’aujourd’hui n’a absolument pas besoin d’un Trump, clinquant, communiquant, manipulateur. Les grands bavards et les forts en gueule, la France a déjà donné! Au contraire, elle a besoin d’une poignée d’hommes ou femmes d’Etat sérieux, visionnaires, donc cultivés et intelligents, audacieux et courageux pour ne pas avoir peur de dire la vérité, et aussi désintéressés, motivés par l’intérêt du pays, prêt à gouverner plutôt qu’à communiquer. Tout le contraire de la classe dirigeante actuelle, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Hélas, à l’avenir, il sera sans doute beaucoup plus facile de trouver une sorte d’avatar francisé de Trump qu’une poignée de véritables hommes d’Etat.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Le séisme américain

sans-titreLa victoire de Donald Trump représente un véritable séisme politique en Amérique, mais aussi en France et en Europe. Elle épouvante la quasi totalité du monde médiatique, intellectuel, politique. Les commentaires de ce matin, consternés, font peine à entendre, insupportables dans leur unanimisme et leur conformisme grégaire. Ce résultat est le fruit de la fracture profonde, qui déchire tout le monde occidental, entre la majorité silencieuse, celle de l’identité malheureuse, traitée de populistes, et les « élites » ouvertes sur l’international, le culte des minorités, de la repentance et de la modernité. Aux Etats-Unis, elle exprime la revanche de « ceux d’en bas ». Elle est aussi, il ne faut pas l’oublier, le fruit d’un effroyable fiasco du modèle politique américain: l’extrême impopularité de Mme Clinton, représentante d’une dynastie qui a déjà lourdement sévi et dont les Américains ne voulaient plus. Bien sûr, le monde médiatique, les experts, les idéologues vont crier à la fin du monde, comme à la suite du Brexit. Or, peut-être qu’entre les deux candidats, c’est le moins nocif, le moins nul et le moins pire qui l’a emporté. Mme Clinton, avec son regard illuminé, son mélange malsain d’angélisme (« le monde a besoin d’amour« ), et de bellicisme furieux (en découdre au plus vite avec Assad et les Russes), annonçait un vent de folie nouveau sur le monde. Mais l’élection de M. Trump n’a rien de réjouissant tant le personnage n’existe que par les provocations et les coups tordus, un programme délirant et inapplicable. Le moins pire des deux? Sans doute, mais guère plus. En attendant vient de s’ouvrir une nouvelle ère d’incertitude et d’inconnue.

Maxime TANDONNET

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Primaires, toujours pas convaincu…

sans-titreLe deuxième débat des primaires, jeudi soir, ne m’a pas plus convaincu que le premier. Bien sûr, on s’habitue à tout. Il n’empêche, cette surenchère d’attaques personnelles des candidats les uns contre les autres a quelque chose, quand on y réfléchit, de profondément affligeant. Oui, on s’habitue à tout. Voir d’anciens ministres, de pures créatures de Sarkozy, qui lui doivent tout de A à Z, s’en prendre à lui personnellement et à son quinquennat auxquels ils ont pris part, me donne le vertige. Nous sommes en pleine fragmentation, en plein nihilisme. Où sont les valeurs de respect, de loyauté, de reconnaissance? On a le droit évidemment d’être candidat contre lui. Mais d’attaquer ainsi frontalement, méchamment, celui à qui l’on doit absolument tout, à quelque chose de désespérant. Quant à lui, l’ancien président, que faisait-il là dedans, parmi ses anciens ministres? J’en suis toujours à me le demander… Tout cela n’était absolument pas du niveau d’un ex-chef de l’Etat. Le ton du débat n’était pas à la hauteur. J’attends de futurs président de la République potentiels qu’ils traitent des sujets de niveau présidentiel: la lutte contre l’endettement de la France, la réforme nécessaire et urgente de l’Europe, comment trouver des solutions avec le Royaume-Uni pour éviter le Brexit,  l’action européenne, nationale et internationale pour mettre fin à la « crise des migrants » et son cortège de tragédies, la place de la France dans la nouvelle guerre froide, les relations avec la Russie, le développement de l’Afrique, la stabilisation du Moyen-Orient, en politique intérieure l’arrêt du communautarisme et de la fragmentation du pays, la lutte contre l’exclusion, la transformation profonde de l’éducation nationale pour réhabiliter l’intelligence . De toute ces questions, pas un mot ou presque. Le débat portait notamment sur le nombre de policiers à créer: 10 000, 20 000, 50 000. C’est l’affaire d’un futur ministre de l’Intérieur, pas d’un prochain président! Et puis, l’obsession politicienne, ces échanges hargneux et croupissants autour de Bayrou comme de le Pen. Il n’était pas possible de les oublier cinq minutes pour parler de l’avenir de la France? Une certaine presse en raffole, et attribue des notes aux candidats pour leur prestation, un peu comme aux joueurs de football après un match. Une seule question intéressait la « France d’en haut »: lequel a-t-il gagné? Personnellement, je n’ai pas vu de gagnant mais une perdante: la France. Tout cela est de bien mauvais augure. La France a besoin d’être gouvernée, de suivre un cap, d’apporter sa confiance à une nouvelle équipe. Pour l’instant, aucune lumière ne vient éclairer notre horizon malheureux.

Maxime TANDONNET

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Lecture: Les nouveaux enfants du siècle, Alexandre Devecchio, les éditions du Cerf, 2016

1540-1L’ouvrage d’Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro, 29 ans,  est le fruit d’une méticuleuse enquête sur la jeunesse française tentée par la radicalité sous ses formes diverses, en réaction contre la mondialisation. La richesse exceptionnelle de l’ouvrage tient à l’osmose parfaitement réussie entre les témoignages vécus qui abondent et les références intellectuelles. D’une lecture agréable et facile, rédigé d’une belle plume, il permet de concilier le plaisir d’un excellent livre et la réflexion sur l’évolution de notre société, ses fractures, son avenir. Ils ont vingt ans. Ils sont islamistes et partent pour le Djihad. Ils sont souverainistes ou identitaires. Ils sont catholiques et animent la Manif pour tous. Tout les oppose, mais ils s’opposent tous à la globalisation, au libéralisme, à la fin de l’histoire. Par leurs révoltes et par leurs fractures, ils sont le miroir de la France d’aujourd’hui et de demain.
Des caves des cités aux couloirs de Sciences-Po, des sites propagandistes aux collectifs militants, des émeutes aux manifestations, ce livre fait plonger dans le chaudron d’une génération sulfureuse. Enquête sans précédent, il donne la parole à ses protagonistes, notoires ou anonymes. Essai inédit, il les inscrit dans les débats intellectuels et les retournements idéologiques dont ils sont à la fois les héritiers et les contestataires.
Jusqu’où iront leurs volontés tragiques et antagoniques de refaire le monde défait de leurs parents ? Nous annoncent-ils un futur de conflits communautaires, ethniques et religieux, ou un avenir placé sous le signe du sursaut politique et spirituel ? Je recommande vivement la lecture de ce livre qui apporte un éclairage neuf et essentiel sur l’avenir de la société française. « Qu’est-ce qui, dès lors, par-delà les différences et divergences de leurs révoltes, unit les nouveaux enfants du siècle? Précisément, ils sont le miroir d’une France en morceau. Ils forment une génération fracturée dont les multiples lignes de faille sont encore plus complexes que celles définies par Guilly pour leurs parents. Elles expliquent pourquoi les jeunes, censés être davantage tournés vers l’avenir et ouverts sur le monde  que leurs aînés, inclinent majoritairement vers différentes formes de la radicalités et y basculent volontiers. S’ils convient de ne pas mettre les formes exacerbées de d’engagement qu’ils se choisissent sur le même plan, elles sont néanmoins le fruit d’une même rupture qui est en premier lieu d’ordre générationnel ».

Maxime TANDONNET

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Un rêve étrange

images[1]Cette nuit, en première partie de nuit, j’ai fait un rêve étrange. Je recevais la visite du général de Gaulle, celui des années 1940 en uniforme militaire, avec ses deux étoiles, le visage vieilli toutefois. Il avait la silhouette du héros de 1940, mais son visage portait bien ses 126 ans. Il était immense.

  •                                         *
  • « Vous avez l’air  tout chose, Tandonnet, me disait-il. Est-ce si extraordinaire de rencontrer le général de Gaulle? »
  • Eh  bien, mon Général, c’est quand même pas tous les jours qu’on rencontre un géant de l’histoire…
  • Non, c’est vrai, par les temps qui courent… Et vous comment allez-vous?
  • Le moins mal possible, mais je voulais profiter de votre présence pour vous demander ce que vous pensiez de la politique française actuelle.
  • Ah, non, s’il vous plaît, ne m’en parlez pas! Je ne suis pas venu pour me vautrer dans le marécage.
  • Mon Général, pensez-vous qu’il faille voter aux primaires?

Il a levé les bras au ciel, un peu énervé par ma question.

  • Faites comme vous voulez! franchement, que voulez-vous que je vous dise?
  • Dites, mon Général, voyant le pays tel qu’il est aujourd’hui, vous auriez fait tout ce que vous avez fait, l’Appel du 18 juin, le retour en 1958, la fin de la guerre d’Algérie, la décolonisation, la modernisation et l’ouverture de l’économie française à la concurrence internationale, la politique de Grandeur?
  • Mais oui, Tandonnet, oui, je l’aurais fait, sans aucun doute, je l’aurais fait de toute manière!
  • Pourquoi?
  • Parce qu’il y a quelque chose qui nous dépasse tous: l’Honneur, même dans la pire mélasse, dans les pires calamités, une voix qui nous dit: ne renonce jamais, quoi qu’il arrive. Fais ton Devoir, suis ton sens de l’Honneur, écoute le Destin qui te guide. Allez, bonne chance Tandonnet, et surtout, pensez un peu à vous!

Alors, je me suis réveillé de ce rêve étrange, trempé de sueur. Le Général s’en était allé.

Maxime TANDONNET

 

 

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Lecture: Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, Gallimard 2016

5139azqki-l-_sx339_bo1204203200_Le dernier livre de Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, est un petit bijou. Il vient comme une bouffée d’oxygène en cette période de moisissure. L’écrivain voyageur se lance dans la traversée de la France à pied, du Mercantour à la Normandie, par les « chemins noirs » des cartes IGN. Survivant d’un grave accident, une chute de huit mètres d’un toit, il s’était promis, sur son lit d’hôpital, d’accomplir ce périple s’il survivait et recouvrait l’usage de ses jambes. J’avais déjà parlé de cet auteur que j’aime beaucoup. Sur les chemins noirs est une succession de paysages, de rencontres impromptues, d’états d’âme nostalgiques, un hymne à la « France d’en bas », à la nature, au passage du temps. La souffrance des séquelles de sa chute est en toile de fond de cette plongée dans la solitude émaillée de brèves rencontres. Les visions s’enchaînent, dans un style d’une rare pureté. Cet ouvrage ne comporte pas une once de prétention, ni de message idéologique, encore moins de vulgarité. Il est tout ce que l’on aime aujourd’hui, simplicité, discrétion, modestie, humour. « A Barjac, une plaque sur le mur du cimetière: « Passant, arrête-toi et prie, c’est ici la tombe des morts. Aujourd’hui pour moi, demain pour toi. » Le souvenir de ma mère défunte me murmurait confusément ce genre de choses. Sa pensée m’escortait par des jaillissements nés d’une vision: pourquoi le souvenir des disparus est-il lié à des spectacles anodins comme une branche oscillant dans le vent ou le dessin de l’arête d’une colline? Soudain, les spectres surgissent. Pendant quelques mois, j’avais porté une bague à tête de mort qu’on m’avait retiré après ma chute. L’inscription latine gravée au revers du crâne disait la même chose que la plaque de Barjac: « Je fus ce que tu es, tu seras ce que je suis » […] Décidément,  j’avais deux millénaires de retard. Il était criminel de croire que les choses duraient. Les matinées de printemps étaient des feux de paille. »

Maxime TANDONNET

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Le piètre et le néant

418kdkvldwl__sx322_bo1204203200_Le livre de M. Davet et M. Lhomme, « Un président ne devrait pas dire ça » (Stock 2016) pulvérise les records de ventes et provoque une crise de régime. A vrai dire son contenu n’a pas grande importance sur le plan de l’histoire ou de la réflexion politique. Mais le succès et l’impact de l’ouvrage sont fascinants par ce qu’il révèlent. Dans ce document, l’ère du vide narcissique et voyeuriste bat son plein: « C’est à ce moment là que nous lançons au chef de l’Etat: « Il faut se teindre les cheveux pour être président? »  On craignait un peu sa réaction. Allait-il s’empourprer devant la médiocrité du questionnement, se draper dans sa si précieuse vie privée? Sa réponse nous a surpris à tout point de vue. Hilare, il nous lance: « Alors là, le coiffeur devrait en témoigner: je ne me suis jamais fait teindre les cheveux. Jamais, jamais! Mon père avait les cheveux comme ça! ». Ce qui me sidère? C’est qu’un tel étalage de néant, sans le moindre intérêt, en provoquant une crise de régime, entraîne davantage de dégâts politiques que la mort de 250 personnes dans des attentats terroristes commis en moins de deux ans sur le sol français, le drame de 6 millions de chômeurs et combien d’exclus, cette hallucinante et désastreuse crise des migrants, le Brexit, la désintégration en cours de l’Europe politique, l’impuissance générale de l’Etat … Ce livre est celui d’une hallucination, d’une démence collective, le livre d’une France d’en haut ayant perdu ses repères intellectuels et éthiques, devenue incapable de distinguer l’accessoire et l’essentiel, le mal et le bien. Je ne pense pas (contrairement à l’opinion unanime) que M. Hollande soit à l’origine, au départ, moins intelligent ni plus cynique ou plus médiocre que la moyenne des Français, des politiciens français, des 50 ou 60 candidats à la présidentielle. Le système politique français est  fondé sur l’illusion d’un président de la République tout puissant, personnalisant le pouvoir politique à lui seul, au cœur du faisceau médiatique, privé de tout contrôle, toute sanction possible et mise en jeu de sa responsabilité. Or, en réalité, ses capacités d’agir à lui seul sur le monde réel sont réduites, en tout cas sans commune mesure avec son image de Jupiter intouchable. Ce vertigineux décrochage entre le mythe et la réalité, entre la magnificence médiatisée et la médiocrité ou l’impuissance quotidienne, viendrait à bout de n’importe quel esprit « normal », l’emportant en marge de la raison. Je crois que le décalage entre l’image vaniteuse de « premier français »  et la réalité d’un chef de l’Etat devenu, presque par définition, le bouc émissaire du mal français, porte en soi les germes d’un glissement dans la dépression sinon la folie. Dans les débats politiques en cours, notamment les primaires, je cherche la moindre trace, le moindre soupçon de réflexion sur le sujet. Pour l’instant, dans le fleuve de paroles qui nous submerge, je n’en ai pas trouvé une seule…Pas une.

Maxime TANDONNET

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Au-delà du brouillard

imagesm5v71us6-2La semaine dernière, le site Atlantico m’a interrogé sur les conséquence qu’aurait l’élection de M. Alain Juppé à la présidence de la République. Précisons que je n’ai absolument rien contre lui. Les attaques dirigées contre sa personne, son âge, son passé, me déplaisent tout autant que celles dirigées contre Nicolas Sarkozy ou François Fillon ou tout autre d’ailleurs. L’exercice est de prospective: réfléchir à la suite… Nous vivons une drôle d’époque politique, réduite à des haines viscérales, des passions idolâtres, la fuite dans les polémiques, la calomnie, les insultes et moqueries, les lynchages, les provocations, la logorrhée, les trahisons, la lâcheté,  la tyrannie des anecdotes et du bavardage, le néant absolu de vision, d’idée et de projet. Nous sommes en droit d’avoir honte pour notre pays devant un tel spectacle. Cette plongée dans le ridicule qui n’épargne personne, de l’extrême droite à l’extrême gauche, est sans doute une manière médiatique de fuir le monde réel, de se saouler de crétinerie, d’oublier les massacres qui ont ensanglanté le pays depuis deux ans, le démembrement en cours de l’Europe, la crise des migrants, la fragmentation de la France et sa chute dans la violence, les 5,5 millions de chômeurs,  la démence des présidentielles américaines qui n’annonce rien de bon, l’explosion du Moyen-Orient et l’effacement international de notre pays.

Il existe deux manières de voir l’avenir. Une linéaire, en projetant les tendances en cours: élection 2017 de M. Juppé sous le signe de « l’apaisement », de l’unité et de la sagesse, quelques velléités de réformes économiques, puis recul face aux résistances et aux scandales, et puis cinq ans d’immobilisme, retour au grand blabla national, furieux et délirant lynchage médiatique contre lui, décomposition de la droite modérée, monopolisation de la vie politique par un parti socialiste gauchisé et le parti lepéniste, arrivée au pouvoir en 2022 des socialistes radicalisés et d’un programme de « vraie gauche »: 32 heures hebdomadaires, revenu universel pour tous, ouverture des frontières, école obligatoire jusqu’à 18 ans, recrutement massif de fonctionnaires, ponction fiscale sur « les riches » et sur l’entreprise privée, effondrement économique du pays, chaos absolu, fuite massive à l’étranger… Ainsi, dans cette logique vénéneuse, la fin de la France semble inéluctable, en germe dans le délire actuel, comme programmée. Et puis il en est une autre qui met l’accent sur l’évènement, l’accident de l’histoire, un réveil de la Nation, une crise titanesque, une prise de conscience collective, la disparition des partis actuels, une recomposition politique autour de nouveaux leaders, qui fassent passer l’intérêt général avant leur destin personnel, le retour à des hommes d’Etat sérieux, discrets et dévoués à la cause publique. Par définition, nous ne pouvons anticiper sur une telle fracture qui échappe à notre entendement. Le fond de ma pensée: je ne crois pas à une poursuite linéaire de notre effondrement mais plutôt à l’accident de l’histoire et à une résurrection de la France.

1/ Lors de son meeting à Toulon ce jeudi soir, Alain Juppé a déclaré « Pendant toute ma vie politique, je me suis efforcé de rassembler la famille à laquelle j’appartiens » avant de tendre la main aux déçus du sarkozysme et du hollandisme. Si cette stratégie peut s’avérer gagnante électoralement dans l’idée, est-il possible de satisfaire politiquement ces deux catégories dans la réalité ?
Qui sont les déçus du hollandisme? Pour l’essentiel, une frange de gauche qui rejette le discours libéral en faveur de l’entreprise et reproche au chef de l’Etat de n’avoir pas été suffisamment à gauche et d’avoir renoncé à certaines promesses comme sur le droit de vote des étrangers. Les déçus du hollandisme attribuent le chômage et la faible croissance à la « politique de l’offre », vécue comme une véritable trahison. Aujourd’hui ce noyau dur de l’électorat socialiste penche vers Mme Taubira ou Jean-Luc Mélenchon. Qui sont les déçus du sarkozysme? Plutôt une frange conservatrice de l’opinion qui lui en veut de n’avoir pas obtenu les résultats qu’elle espérait sur la sécurité, l’autorité, l’ordre, l’immigration. Parmi eux se trouvent aussi des souverainistes qui ne lui pardonnent pas le traité de Lisbonne, lui reprochant d’avoir ainsi détourné la victoire du non au référendum de 2005. Certains de ceux -là, pas tous, sont tentés par un vote lepéniste. Réunir dans un même vote les déçus du sakozysme et les déçus du hollandisme semble totalement irréaliste : les noyaux durs des déçus des deux camps sont aux antipodes du point de vue idéologique .
2/ Une présidence Juppé pourrait-elle être celle du « consensus mou » ? A force de vouloir rassembler, quel est le risque qu’Alain Juppé, s’il est élu président, ne prenne que des mesures en demi-teinte ?
On voit bien dans quel état d’esprit se situe M. Alain Juppé. Il souhaite apparaître comme l’homme de la sagesse, de l’apaisement, de l’unité nationale, celui qui transcende les clivages du pays. Il serait malvenu de le lui reprocher. La France est un pays meurtri par la vague de terrorisme. Elle est profondément lasse des polémiques, des scandales, des batailles haineuses de politiciens. La France ressent un besoin d’apaisement et d’unité. L’opinion publique est contradictoire. Certes, elle se droitise au sens où elle veut de l’autorité. Mais aussi elle est en quête d’unité. La force de M. Juppé est de l’avoir compris. Sa posture est donc habile et légitime. En tant que candidat à l’Elysée, il propose de renouer avec un président au-dessus de la mêlée. Avec beaucoup de sens politique, il fait ainsi de son âge, plus de soixante-dix ans, un atout. La clé de son succès dans les sondages est là. En outre, avec son concept « d’identité heureuse », il cultive la sympathie des médias, radios, télévisions, presse y compris de gauche en épousant le discours du « vivre ensemble ». Toutefois, si son éventuel mandat présidentiel est conforme à sa stratégie électorale, fondée sur le souci de plaire, de séduire, de susciter un consensus en sa faveur, de ne brusquer aucune frange de l’opinion, le risque évident est d’entrer dans une période d’immobilisme, d’inaction et de gouvernement par la communication. Donc, très vite de décevoir.
3/ Une présidence Juppé pourrait-elle contribuer à augmenter l’insatisfaction générale ?
La situation est étrange. D’une part, tout se passe comme si, six mois à l’avance, le futur chef de l’Etat était déjà désigné… Mais paradoxalement, jamais l’avenir n’a été aussi imprévisible. Va-t-on vers une reprise durable ou une nouvelle crise financière? Où et quand frappera le terrorisme djihadiste? Avec le tripartisme et la poussée électorale lepéniste, la plus grande inconnue règne sur la composition de la future assemblée. Quelle sera l’attitude des députés sarkozytes? Accepteront-ils une politique de consensus droite/gauche/centre, sur l’immigration, la sécurité? Une majorité présidentielle sera-t-elle possible pour gouverner? Si l’on s’en tient à un raisonnement strictement linéaire, fondé sur la seule prolongation des tendances actuelles, le naufrage d’une présidence Juppé paraît vraisemblable, dans la continuité de celle de M. Hollande: immobilisme, déception, aggravation des tensions sur la sécurité et l’immigration, poussée de chômage, communication à outrance, affaiblissement de l’Etat, montée des violences, fuite des dirigeants dans la logorrhée, poursuite de la décomposition de la société française, graves troubles sociaux, terrorisme, effondrement de la confiance et , très vite, chute vertigineuse du chef de l’Etat dans l’impopularité. Toutefois, une rupture de cette logique infernale n’est pas à exclure. Les marges de manœuvre pour éviter l’engrenage sinistre sont limitées mais elles existent. Que peut-on espérer? Qu’émerge une majorité à l’Assemblée solide et ferme, décidée à assumer sa mission d’exercice de la souveraineté et à obliger l’exécutif à prendre ses responsabilités. Le choix par le chef de l’Etat d’un excellent Premier ministre et d’un gouvernement déterminés à gouverner dans l’intérêt général et à régler les problèmes de la France. Un retour de la confiance lié au changement d’équipe… Une forte reprise de la croissance mondiale et une baisse du chômage. Mais bon, les chances de ce scénario optimiste sont relativement minces.
4/ Alors qu’Alain Juppé compte, en 2017, récupérer tous les électeurs déçus par les deux présidents précédents, vers qui les déçus du juppéisme pourraient-ils se tourner en 2022 ? 
C’est bien là que se situe la vraie question. Quand on voit l’exaspération de l’opinion aujourd’hui, on peut imaginer qu’elle sera encore décuplée en cas de nouvelle déception en 2017-2022. Que se passera-t-il alors aux élections de 2022? Dans cette hypothèse, on peut imaginer une vertigineuse débâcle de la droite aux élections présidentielles et législatives de 2022. Trois scénarios sont alors possibles. 1/ Le retour du parti socialiste, mais probablement sur une toute autre ligne que celle du quinquennat Hollande. Il faut alors envisager un parti socialiste nouveau, fortement radicalisé, qui voudra faire une « vraie politique de gauche » : « revenu universel », 32 heures hebdomadaires, scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans, surtaxation de l’entreprise privée, recrutements massifs dans la fonction publique. 2/ Si les questions de sécurité et la crise migratoire européenne ne connaissent pas d’amélioration avant 2022, dans un climat d’exaspération générale, un triomphe du parti lepéniste à cet horizon est également possible. On peut même imaginer le pire, une vie politique monopolisée par la frange radicale des socialistes et par le parti lepéniste, sur les décombres des « partis de gouvernement ».Le recours à la démagogie, la plongée dans l’utopie et un climat de guerre civile ne feront alors sans doute qu’aggraver le désastre. 3/ Et puis une troisième alternative en 2022, celle du renouveau, une recomposition politique, l’émergence de nouvelles forces politiques, aujourd’hui inconnues, d’un nouveau leader, d’une nouvelle équipe, ayant la confiance de la Nation, décidés à restaurer l’autorité républicaine, la démocratie, la liberté d’entreprise, à gouverner pour le seul bien commun. L’histoire réserve parfois des surprises phénoménales. Il n’est pas interdit d’espérer.

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Lecture: La guerre de cent ans, Jean Favier, Fayard 1980

9782213008981-t_0-2Le livre a plus de 36 ans: un peu tard pour un compte-rendu, mais quelle importance? Je l’ai déniché dans une bonne bibliothèque familiale m’y suis plongé, n’arrive plus à m’en séparer la nuit, et l’ai presque terminé ce matin à 3H20. Il est bien entendu impossible de résumer 100 ans d’histoire marquées par un indescriptible chaos et 700 pages d’une densité extrême. L’ouvrage est passionnant, fascinant. Il narre par le menu détail (attention à ne pas perdre le fil) l’un des siècles les plus épouvantables de l’histoire de France. A le lire, on se demande comment notre pays a pu survivre à une telle succession de cataclysmes: l’invasion par les Anglais (qui revendiquent le trône de France à travers Edouard III, petit fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle). Une succession de débâcles militaires: Crécy, Poitiers (le roi Jean pris en otage), Azincourt… La peste noire qui ravage les villes et les campagnes, emporte un tiers de la population, les famines atroces, les jacqueries, la terreur dans les campagnes dévastées par des bandes de pillards, une cruauté inouïe dans la banalisation de la torture, des viols et meurtres de masse. Un roi fou, Charles VI. Une effroyable guerre civile entre le duc de Bourgogne et les Armagnacs, descendants d’une même famille, la dynastie des Valois, eux-mêmes issus des Capétiens, la France déchiquetée en trois quasi-Etats et une multitude de duchés. Une vertigineuse trahison, peut être la plus épouvantable de l’histoire à égalité avec celle de Pétain/Laval en 1940, par le roi fou et son entourage bourguignon: le traité de Troyes, du 20 mai 1320 (une date à connaître par cœur) , qui offre la succession de la couronne à Henri VI, le roi d’Angleterre, de la cruelle, belliqueuse et médiocre dynastie Lancaster, marié à une autre Isabelle, la fille de Charles VI. Et puis, dans cet enfer abyssal, où tout n’est massacres, folie, trahison et ambition cynique (l’évêque Cauchon), cette France totalement décomposée, l’espoir qui renaît peu à peu autour du Dauphin Charles, fils « bâtard » du roi fou, le petit roi de Bourges, un caractère assez fade mais une belle intelligence. Puis vient Jeanne d’Arc, le Sacre de Reims, l’alliance des barons de France autour de Charles VII, le vent qui tourne, les victoires militaires qui s’enchaînent, la reconquête de la Normandie, l’Aquitaine… Bref, rien n’est jamais perdu…

Maxime TANDONNET

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Le duel Juppé/Sarkozy

imagesAvant-hier, le site d’information Atlantico m’a interrogé sur les stratégies respectives de Nicolas Sarkozy et Alain Juppé dans le cadre des primaires de la droite et du centre. Au-delà de mes réponses ci-dessous, je pense qu’il y a une gigantesque naïveté à attendre une solution miracle d’un sauveur présidentiel. La France traverse une crise politique épouvantable, sans précédent. Nous vivons une étrange période dominée par un mélange de démence narcissique et de désintégration accélérée de l’autorité de l’Etat. L’alternance est désormais une condition de survie pour le pays. Elle n’apportera pas de remède magique à son malaise, quel que soit le futur président. Il me semble d’ailleurs que l’institution présidentielle, dans sa conception actuelle de « l’hyper président médiatique », est totalement et définitivement discréditée. Le futur chef de l’Etat, quel qu’il soit, ne fera pas la pluie et le beau temps. Ne pas comprendre et percevoir cela est à mes yeux d’une naïveté et d’une bêtise expresse. L’alternance de 2017 sera pourtant une bouffée d’oxygène pour le pays, en mettant fin à des dérives sans précédent et en portant au pouvoir de nouvelles équipes, de nouveaux visages, l’espérance simple du retour à un minimum d’honnêteté et de bon sens dans la conduite des affaires de l’Etat. C’est peu et beaucoup à la fois. Espérer davantage est n’avoir rien compris à la situation actuelle.

Maxime TANDONNET

 

Le premier tour de la primaire approche à vitesse grand V : d’ici moins d’un mois, le premier tour doit avoir lieu, le 20 novembre. Alain Juppé a d’ailleurs décidé de se démarquer en se rendant dans des banlieues du Val d’Oise cette semaine. Dans quelle mesure la stratégie diffère-t-elle effectivement de celle de l’ancien président de la République ? L’approche droite « dure »- droite « modérée » se vérifie-t-elle aussi dans la façon d’aborder la campagne ?

La visite dans le Val d’Oise me semble bien compréhensible compte tenu de la situation de certaines banlieues parisiennes. Il est logique qu’un candidat à la présidence de la République s’intéresse de près à des territoires en difficultés: échec scolaire, chômage massif, malaise des policiers. Ce n’est pas en soi un signe de modération ou de dureté mais plutôt de réalisme. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ne sont sans doute pas si éloignés sur le fond. Tous les deux viennent du RPR de Jacques Chirac. Ils sont plutôt libéraux sur le plan économique, pro-européens, partisan de la fermeté en matière de sécurité et d’immigration, adversaires résolus du parti lepéniste. Mais leurs stratégies sont en effet très différentes. Alain Juppé est sur une ligne unitaire. Il évite d’être clivant. Il essaye de s’appuyer sur la sympathie des médias et de la presse. Nicolas Sarkozy a opté pour une toute autre ligne. Il réclame une alternance franche. Il tente de reprendre à son compte l’exaspération populaire qui s’exprime dans de nombreux sondages. Il se veut le candidat du peuple contre les élites.

Peut-on évaluer les campagnes et les stratégies menées par les deux favori de la primaire ? Quels sont les principaux atouts de la campagne de Nicolas Sarkozy ? Quelles sont à l’inverse ses faiblesses ?

La grande force de Nicolas Sarkozy est de bénéficier du soutien résolu du noyau de son parti, les Républicains. Les militants sont farouchement derrière lui. Un phénomène de forte identification et de personnalisation de l’autorité et de l’espérance s’exerce autour de lui. Donc, il dispose d’une base très solide qui ne lui manquera jamais quoi qu’il arrive. En outre, son discours est en phase avec l’attente de l’opinion publique. Dans un climat de chaos et d’incertitude, après la vague d’attentats terroristes et le malaise des policier, l’attente d’autorité est réelle dans le pays. En toute logique, c’est Nicolas Sarkozy qui l’a le mieux compris et exprime aujourd’hui ce besoin de fermeté dans tous les domaines. Mais curieusement, cet avantage ne se traduit pas dans le sondages. C’est là qu’intervient son handicap: une image négative dans une grande partie de l’opinion publique. Il donne une impression d’ambition, de dureté et de personnalisation excessives. La confiance envers lui très forte chez les militants Républicains, manque au contraire en dehors de ce noyau dur. Pour l’instant, il n’a pas pleinement réussi la reconquête de l’opinion après sa défaite en 2012.

 Alain Juppé base en bonne partie sa campagne sur sa bonne image auprès des Français. Cette solution, si elle lui permet de garder la tête des sondages jusqu’à présent, ne souffre-t-elle pas de failles ? Que doit craindre le maire de Bordeaux ?

On peut dire que la situation d’Alain Juppé est à la fois fragile et forte. D’une part, il bénéficie d’une bonne image dans les médias et dans l’opinion publique toute tendances confondues. Ce n’est pas un hasard si des électeurs habituels de gauche se disent prêts à voter pour lui. Cette image favorable d’un homme de consensus est en effet volatile et pourrait se retourner à la suite d’une parole maladroite ou d’une campagne agressive mettant en avant de vieux souvenirs tels que la grève de novembre décembre 1995 quand il était Premier ministre. Cela ne manquera d’ailleurs pas de se produire… Pourtant, sa position comporte aussi des points forts. Elle repose sur un besoin de sagesse, d’apaisement, d’accalmie de la société politique française. A cet égard, son âge n’a rien d’un handicap. La modération de son ton est appréciée. L’opinion est complexe et contradictoire: elle veut de l’autorité, mais aussi de l’apaisement. Sa réussite dans les sondages jusqu’à présent est aussi la marque du rejet des présidences Sarkozy et Hollande marquée par les polémiques. L’opinion veut passer à autre chose. Autre point fort, considérable dans l’exercice d’une primaire: il est visiblement le mieux placé dans les sondages pour assurer l’alternance presque à coup sûr et pour battre le candidat lepéniste.

Au final, face à deux stratégies à ce point aux antipodes, le risque n’est-il pas, pour l’un comme pour l’autre, de peiner à rassembler après la victoire ? Sur quels thématiques sont-ils susceptibles de se retrouver et, éventuellement, de fédérer l’électorat de droite avant la présidentielle ?

Il est certain que la profondeur du clivage personnel entre les deux est préoccupante pour l’avenir. En cas de victoire de Nicolas Sarkozy, il est probable qu’une partie de l’électorat d’Alain Juppé se reportera sur un éventuel candidat centriste tant le rejet de la personnalité du premier est vive. Mais de même, en cas de victoire d’Alain Juppé, certains sarkozystes refuseront de voter pour lui. Les proportions que prendront ces phénomènes de non-report sont la grande inconnue. On peut tout de même supposer que la dynamique d’alternance l’emportera. Le vrai danger me semble être l’après présidentielle. Le futur chef de l’Etat disposera-t-il d’une majorité lui permettant d’imposer ses réformes? On voit bien le potentiel de rébellion de la frange autoritaire des Républicains qui n’acceptera pas une politique à connotation consensuelle et risque d’entrer rapidement dans une logique de fronde. Mais on perçoit aussi le risque de révolte d’une partie des parlementaires républicains qui n’apprécient pas la personnalité de Sarkozy et refuseront une allégeance du type de celle qui a prévalu en 2007-2012. Il me semble que le dépassement de ces contradictions passe par une dépersonnalisation des enjeux, autant que faire ce peut. Les Français vont aussi élire une Assemblée nationale donc une nouvelle majorité. Il faut que celle-ci arrive avec des objectifs clairs, sur la baisse des prélèvements obligatoires, le désendettement, l’autorité dans les cités sensibles, le soutien aux policiers, la réforme de l’éducation nationale. Pour l’instant, malheureusement, les enjeux de personnes l’emportent sur le fond et le projet d’une future majorité d’alternance manque cruellement.

 

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L’ivresse de soi

sans-titre« Quand on porte l’ambition d’être numéro 1, on ne peut pas être numéro 2 » a déclaré l’un des candidats  à la primaire « de la droite et du centre » à la télévision hier soir, refusant par avance l’idée d’être Premier ministre. Ces paroles auraient aussi bien pu être prononcées par tout autre candidat de droite, de gauche ou d’extrême droite. De tels propos, aujourd’hui d’une parfaite banalité, ne font plus frémir personne. J’y ressens tout l’effondrement et la décomposition du système politique français. Ils expriment ce que beaucoup d’entre nous ressentent: la politique, le gouvernement de la cité, est désormais otage du culte du moi, de la sublimation de l’ego, de l’ivresse narcissique, au prix d’un vertigineux abandon du sens de l’intérêt général et du bien commun. Dans l’esprit de la Ve République, le Premier ministre n’est pas un numéro 2. Sa mission est distincte de celle du chef de l’Etat. Le président est un arbitre, garant des institutions, en charge de la politique étrangère et de défense. Le second est responsable du gouvernement du pays sous le contrôle du Parlement. Le premier préside, le second gouverne (article 5, 20 et 21). La mission de l’un est fondée sur le prestige, celle de l’autre sur le travail. Il n’est pas question de hiérarchie entre eux, de numéro 1 et de numéro 2. Cette idée d’un Premier ministre simple collaborateur du chef de l’Etat, désormais courante, banalisée, est une ineptie anti-républicaine qui se traduit dans le chaos d’une France non gouvernée. Tout le monde veut le prestige et plus personne ne veut travailler pour le bien commun. Refuser par avance d’être Premier ministre, c’est refuser de gouverner, de choisir, de prendre ses responsabilités dans l’intérêt du pays: le sommet de la démission et du renoncement pour un homme politique. Affirmer que l’on n’est pas intéressé par ce poste, en le considérant insuffisamment prestigieux pour sa personne, dans l’ivresse de l’image narcissique, revient à refuser de servir le pays: ma belle image dans le miroir passe avant la France. Il est lamentable que la jeune génération, incarnant en principe la relève, se montre encore pire que l’ancienne à cet égard, précipitant toujours plus noter pays dans le gouffre de l’ivresse narcissique et de l’impuissance publique.
Maxime TANDONNET

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L’histoire interdite

b5de357c541992da5e237c20614c7Face à l’opposition de deux professeurs d’histoire-géographie, Lorant Deutsch a renoncé à donner un spectacle sur l’histoire de France à Trappes (78). Cet acteur a réussi à faire aimer l’histoire à des millions de personnes en en parlant en termes simples et accessibles. Il est même parvenu à faire aimer les livres. Quel est l’objectif de l’enseignement de l’histoire au primaire, au collège et au lycée? D’abord apprendre à l’aimer voire à s’en passionner. En s’opposant à l’histoire, au sens de l’amour de l’histoire, en vertu d’une sorte de pureté académique, les personnes chargées de l’enseigner sortent de leur rôle et versent dans l’idéologie: l’idéologie de la table rase. Ce qu’elles ne supportent pas, c’est qu’un homme simple, gentil et cultivé, apprécié des jeunes, viennent marcher sur leurs plate-bandes. Non, l’amour de l’histoire n’est pas une forme de nationalisme. L’idée n’est pas de faire du bourrage de crâne en inculquant des idées fausses ou des slogans du type « nos ancêtres les Gaulois ». Que l’histoire aide à « faire aimer la France », et alors? Quel est le problème? L’histoire ne devrait donc servir qu’à la faire détester? Aimer la France n’a rien à voir avec le nationalisme comme devraient le savoir des professeurs d’histoire géographie. L’objectif de l’enseignement de l’histoire devrait être, comme le fait si bien Lorent Deutsch, sans pédantisme ni prétention, d’éveiller la curiosité de la connaissance historique, savoir et comprendre d’où l’on vient pour savoir qui nous sommes, la passion du passé pour améliorer l’intuition de l’avenir. Voilà ce qu’ils ne supportent pas: un message de réflexion, de curiosité, d’intelligence, d’éveil au plaisir de l’histoire qui porterait atteinte à leur petit monopole et à leur culte de la table rase. La pression sur Lorant Deutsch pour le contraindre à renoncer à venir porter l’amour de l’histoire, dans la ville si difficile de Trappe, est profondément détestable.

Trappes
Lorànt Deutsch renonce à donner un spectacle sur l’Histoire de France à la Merise
Devant la levée de boucliers de certains enseignants d’histoire-géographie qui dénonçaient sa venue à la Merise de Trappes (Yvelines), Lorànt Deutsch a décidé d’annuler sa venue.
Lorànt Deutsch, ici en dédicace, n’est pas le bienvuenu à Trappes, selon certains professeurs d’histoire-géorgaphie de la ville, qui se sont insurgés de sa présence dans le cadre d’un événement délocalisé du salon Histoire de lire de Versailles.
Lorànt Deutsch jette l’éponge. L’acteur, qui devait initialement donner une conférence sur l’Histoire de France le 4 novembre devant des collégiens à la salle de spectacle de la Merise, à Trappes, a été contraint d’annuler sa venue.
Le motif ? Deux enseignants d’histoire-géographie de la commune, refusent d’être associés à cet événement, organisé dans le cadre du salon Histoire de lire de Versailles, soutenu par le Département.
« Malheureux pour les élèves »
« Nous refusons d’être associés à une démarche qui va à l’encontre du métier que nous exerçons : l’Histoire n’a pas pour but de faire aimer la France, c’est une science qui permet de comprendre le passé par une étude critique et dépassionnée. Notre fonction est d’amener nos élèves vers la connaissance, pas de diffuser auprès d’eux des images d’Épinal qu’habituellement on épargne aux autres élèves de France », écrivent-ils dans une tribune publiée sur le site du collectif Aggiornamento.
« À une main tendue, on m’a proposé un poing fermé, dénonce de son côté le comédien. J’avais organisé un petit spectacle pour lequel j’avais prévu de rentrer avec un maillot de l’Equipe de France et de leur expliquer l’origine du coq, le choix des couleurs de cette tunique… des choses assez simples mais surtout accessibles, proches d’eux. Mon ambition était avant tout de leur donner la passion de l’histoire mais surtout d’essayer de les ancrer dans leur géographie. Leur expliquer ce que c’est que Trappes, la Nationale 10, pourquoi plus loin il y a un village qui s’appelle Maurepas, des choses comme ça».
« C’est malheureux pour les élèves », a déploré l’auteur de Métronome, l’histoire de France au rythme du métro parisien (2009), ou encore d’Hexagone (2013). « Ces enseignants se servent de l’Histoire plutôt que de la servir », estime-t-il.
Du côté des organisateurs du salon Histoire de lire, la stupéfaction domine. «C’est une situation irréelle, souligne le président, Etienne de Montety. Lorànt Deutsch est un passeur, un homme qui transmet. Je croyais que l’on vivait dans un pays où règne la liberté d’expression.»

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L’Amérique que nous aimons

imagesL’Amérique que nous aimons n’est pas celle de Trump et Clinton! Le prix Nobel de littérature 2016 a été accordé à Bob Dylan. Enfin une bonne nouvelle dans un monde si sombre. Il est heureux et sain que cette récompense soit reconnue, non à un auteur distingué que peu de personnes ont lu, mais à un poète dont les chansons ont fait le tour du monde et trotté dans la tête de centaines de millions de jeunes gens et femmes. Car je suis heureux de le dire, des textes comme « blowin in the Wind » sont de la plus haute poésie.  A-t-il jamais été chanté quelque chose de plus pur et de plus sublime? De cette voix étrange qui vrille, traverse le coeur et pénètre directement au plus profond de l’âme.  Ce n’est pas parce que des centaines de millions de personnes l’ont fredonné dans la rue, sur une mélodie envoûtante, qu’ils devraient perdre leur statut de poésie car la poésie appartient à tout le monde et n’est pas une affaire d’élitisme. Bob Dylan, le génie modeste, la gentillesse, la générosité, la discrétion… Cette annonce nous rappelle, nous anciens adolescents des années 1970 ou 1980, surtout ceux qui ont vécu un moment de leur vie aux Etats-Unis, les souvenirs les plus délicieux, de désinvolture, d’amitié, de bonheur simple. A cette nouvelle, je me suis souvenu des plages de Californie, des routes de l’Arizona et de l’Oregon, des falaises de Washington State, des forêts de séquoias géants,  de soirées d’étudiants à San Francisco, de l’hospitalité, de la tolérance, de la générosité infinie du peuple américain. La musique de Bob Dylan ne vieillira jamais.

Maxime TANDONNET

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Comment réconcilier les Français et la politique

imagesCi-dessous une contribution ouvrant des pistes intéressantes:

« Le président aujourd’hui est le pur produit de l’appareil d’un parti politique, et d’un système de désignation, la primaire, qui conduit semble-t-il à désigner le plus falot des candidats, celui qui déplaît le moins aux militants, ou celui que mettent en avant les sondages et le microcosme, ce qui était la situation de DSK. Avec ce système, doublement contraire à l’esprit de la 5ème république, il faudrait un miracle pour que ce ne soit pas le plus médiocre qui gagne. Conclusion, il est urgent d’en finir avec la conception française du Président, qui n’est plus adaptée au monde actuel, et d’instituer un gouvernement de nature collégiale reposant sur la confiance d’un Parlement qui fasse son travail.
Certes, d’autres pays occidentaux ne sont guère mieux lotis: les Etats-Unis avec deux candidats dont on se demande lequel est pire que l’autre; l’Espagne sans gouvernement; Merkel qui a abusé du pouvoir personnel avec sa proclamation délirante sur les migrants, et le paye. Mais dans les trois cas, il s’agit de pays fédéraux ou quasiment. Beaucoup de politiques qui intéressent directement les citoyens sont décidées au niveau local. En France, on a gardé le mauvais côté du centralisme: la soi-disant décentralisation n’aboutit qu’à des enchevêtrements ubuesques de compétences et à la multiplication délirante d’élus grassement payés au sein d’assemblées pléthoriques. Situation que la récente « réforme » des régions ne fait qu’empirer. La situation française ne peut plus durer, le rejet déjà massif de la classe politique par les citoyens risque de
fortement s’aggraver, avec des conséquences incalculables. Rien ne changera tant qu’il n’y aura pas un profond renouveau de la classe politique, ce qui signifie en finir vraiment avec le cumul des mandats dans l’espace et dans le temps, la revalorisation concomitante du statut des élus afin de permettre à des artisans, des commerçants, des entrepreneurs etc. d’effectuer un mandat sans « faire une carrière politique », la réduction des effectifs du parlement, etc. »
Je constate que seul B. Le Maire porte ce projet, qui est considéré comme un gadget par la plupart des commentateurs politiques parisiens, alors qu’il est de mon point de vue essentiel et préalable à toute réforme. Mais primaire et sondages obligent: à force de matraquer que le seul choix est entre Juppé et Sarkozy, il est évident que l’électeur de la primaire va chercher à voter utile en fonction de celui des deux qu’il déteste le moins. Le choix par défaut, comme pour Hollande. Autrement dit, ça va mal, mais le pire est peut-être à venir!

François MARTIN

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Question sur une déchéance

588945Comme tout le monde, j’assiste impuissant, effaré, à l’effondrement de l’actuelle présidence. La bombe du dernier livre de conversation de M. Hollande achève d’atomiser son mandat avec ses propos sidérants sur les magistrats, Sarkozy, l’immigration, le football, la religion, etc. Mais bien plus que le fond, c’est le principe même de dizaines d’heures passées avec des journalistes pour leur confier ses états d’âme sans le moindre contrôle sur ce qui en ressortira qui est d’essence suicidaire. De fait, je n’ai que des questions, pas de réponses claires sur le sens des événements. Deux explications possibles se présentent à moi.

  • La première est la plus simple, la plus répandue, sinon la plus consensuelle voire unanime.  L’arrivée de M. Hollande à l’Elysée comme erreur historique: dès le départ,  il n’était pas fait pour le « job ». Son remplacement en mai prochain devrait remettre la France sur de bons rails.
  • La seconde est plus complexe et préoccupante. Monsieur Hollande n’est pas moins intelligent ni plus cynique que n’importe quelle personnalité politique parvenue à ce stade. La calamité n’est pas dans l’homme, mais dans l’institution présidentielle telle qu’elle se présente aujourd’hui, qui porterait en elle les germes de la déraison. Le sentiment de toute puissance et de sublimation du moi (notion de premier français) mêlé à la réalité de l’impuissance face au réel, dans un contexte de solitude morale élyséenne, sous le feu d’un lynchage médiatique permanent et des réseaux sociaux, d’une violence inouïe, dans un contexte de nihilisme général, pendant cinq ans, en situation d’irresponsabilité (absence de sanction possible), conduirait n’importe quel homme à une dérive de ce genre. Sous d’autres formes peut-être, le prochain est condamné lui aussi à plus ou moins brève échéance.

En vérité, les deux explications – celle de l’homme et celle du système politique – ne sont pas contradictoires. Nous sommes en droit de nous interroger sur un système politique qui conduit au choix d’un personnage inadapté à la situation et porte ainsi en lui le germe de la désintégration. L’effondrement élyséen ne date pas de l’actuel mais correspond à un long processus qui commence avec la mort de Georges Pompidou. Hier soir, devant le débat des primaires de la droite et du centre sur TF1, je n’ai rien appris de bien nouveau. Les échanges sur le fond ne manquaient pas d’intérêt, bien que noyés sous les vagues de je-je-je  venus surtout des candidats censés exprimer le rajeunissement. Pourtant, de ces masques fermés, parfois mal à l’aise, je me demandais lequel serait le prochain à risquer son honneur sous les ors de l’Elysée.

Maxime TANDONNET

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Les deux chaos

chaosLa France dite « d’en haut » et la France dite « d’en bas » marchent ensemble et nourrissent mutuellement leur chaos. La société française est en proie à une sorte d’anarchie qui ne cesse de s’aggraver: terrorisme, fanatisme, violence quotidienne, guérilla urbaine, actes de barbaries envers la police, sur fond de chômage gigantesque, de trafics et de désœuvrement, prolifération des zones de non-droit, désintégration du respect des lois et de la justice, des frontières… Mais la France dite « d’en haut », la classe dirigeante, exerce un effet miroir. Elle n’est pas en bien meilleur état, même si sa violence est verbale plutôt que physique: voyez cette logorrhée morbide qui envahit tout le champ de la vie publique, ce bavardage dément, véritable métastase de paroles, fuite de la vie politique dans l’extrémisme, les provocations de toute sorte, la délation, les insultes, les révélations, dénonciations, les scandales, les trahisons, l’immense vulgarité conquérante, tous ces mots ou écrits haineux valant coups de poignard, cette espèce de charnier vivant qu’est devenue la vie publique… Quel exemple, mais quel exemple! Comment vouloir ramener l’ordre dans la cité, notamment auprès des jeunes, avec un pareil exemple! Impossible! Alors que faire? Bien sûr tout Français digne de ce nom, qu’il se dise de droite ou de gauche, sans attendre de solution miracle, devrait aujourd’hui souhaiter l’alternance, le plus vite possible désormais: changer au moins les acteurs. Mais après? Ce matin, un tout jeune journaliste m’a appelé au téléphone, à la suite de sa lecture de mon livre Histoire des présidents de la République (Perrin 2013), dont une nouvelle édition doit bientôt paraître. Il m’a dit: « Oui voilà, je voudrais parler de la politique française avec de la hauteur, du recul, en dehors des fureurs de la polémique.  C’est pourquoi je me suis intéressé à votre livre. Pourriez-vous répondre à ma question: que pourra faire le prochain chef de l’Etat? »  Je lui ai répondu, très heureux d’entendre un tel discours, dans la bouche d’un tout jeune journaliste: « Il peut à la fois peu et beaucoup de choses… Mais commençons par le commencement: qu’il se taise! Ce sera un progrès pour la fonction présidentielle et la politique française en général. Que le prochain président se taise, car la fonction présidentielle repose à 90% sur le prestige. Or, le silence, avec le mystère qui en émane, est la source de la force morale, de l’autorité naturelle et de la confiance. Oui, que le prochain président, une fois élu, commence par se taire! »
Maxime TANDONNET

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« Ambitions intimes »

sans-titre-3Hier soir, je regardais par curiosité l’émission politique de M6 intitulée « ambitions intimes ». Une demi douzaine des plus hauts responsables politiques étaient interrogés par une présentatrice très avenante, tout sourire et gentillesse, les genoux pliés sur un canapé, dans un cadre familial. Ils parlaient de leur vie privée la plus intime, sur le ton de la confidence, de leurs sentiments profonds, leur enfance, leur grand-mère, leurs chagrins et leurs bonheurs,  au son de mélodies langoureuses. Ils riaient, chantaient, parfois émus aux larmes quand des proches intervenaient sur un écran informatique. Nous avions le sentiment de plonger dans une sorte de miroir narcissique absolu. La politique spectacle battait son plein et les dirigeants potentiel du pays devenaient les stars d’une émission de téléréalité. L’idée sous-jacente: les Français doivent connaître personnellement leurs possibles futurs président de la République. Il n’était donc plus question de la crise européenne, du Brexit, de la menace terroriste, des 240 morts du Bataclan et de Nice, pas même des violences anti-policières de la veille, des 3,5 à 5 millions de sans emplois. L’exercice était totalement irréel, coupé du monde, enfermé dans son cocon émotionnel et nombriliste, tellement à l’image de la politique d’aujourd’hui. Mais le plus étrange, c’est que les organisateurs d’une émission de ce genre, comme les acteurs qui se prêtent au jeu, ne sentent pas à quel point les Français, dans leur grande majorité, sont exaspérés par cette espèce de banalisation du culte de la personnalité. Ils attendent  des responsables politiques non qu’ils jouent les vedettes ou les idoles, mais uniquement qu’ils s’occupent de leurs difficultés. Autre délire, autre folie: le débat des présidentielles américaines de cette nuit: une affreuse et délirante bataille de chiffonniers donnant lieu aux pires accusations personnelles de nature sexuelle voire à des menaces d’incarcération. Où va l’Amérique? Où va la France? Où va le monde occidental dans une climat aussi délétère? Des nations sanssans-titre pilote, sans gouvernement, sans politique digne ce nom, peuvent elles survivre longtemps dans la tempête? Le niveau de la vie publique américaine donne le vertige. Mais les Américains ont un Etat fédéral, un Congrès puissant, une économie dynamique et fleurissante. Tel n’est pas le cas de la France. Il n’existe à mes yeux qu’une porte de sortie au malaise politique français: réinventer la gouvernance autour d’un système moins personnalisé, plus anonyme, plus collectif, plus démocratique, tourné vers le faire et non le paraître, la raison et non l’émotion, l’action et non la posture, l’intérêt général et non la polémique. En finir avec l’idée du « sauveur providentiel » qui tourne au ridicule. Mais est-ce possible? Comment favoriser une prise de conscience? Qui peut montrer la voie, en dehors de quelques malheureux sites Internet et groupes dispersés sans lendemain?

Maxime TANDONNET

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La grande illusion

sans-titreL’hebdomadaire Marianne publie un éditorial  qui aborde le sujet de fond sur la politique française, condamnant l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel et le principe « d’un président de la République tout puissant ». Cet article soulève une vraie question mais à mes yeux, se trompe sur le diagnostic. « Il faudra bien, un jour, se poser la question taboue de l’élection du président de la République au suffrage universel. Grâce à un statut de monarque républicain, ce dernier est doté de pouvoirs exorbitants qui écrasent tous les autres. Or ce n’est pas parce que les partis ne jouent plus leur rôle qu’il faut idéaliser la pratique du sauveur suprême. La démocratie, c’est le pouvoir du peuple, non le pouvoir d’un homme sur le peuple. » Le problème de la France d’aujourd’hui n’est pas la toute puissance présidentielle, mais bien au contraire la grande illusion présidentielle. La culture politique actuelle, à l’image de cet éditorial et d’une chimère largement répandue, fait de lui le détenteur suprême du pouvoir politique et le maître du destin national. Jamais une aussi grande illusion n’avait à tel point perturbé les esprits et découragé les bonnes volontés. En vérité, la grande illusion de la toute puissance, écrase tout sur son passage. La Constitution fait du chef de l’Etat un arbitre, garant des institutions et de l’intégrité du territoire (article 5) mais ne lui reconnaît que très peu de pouvoirs personnels en dehors de la dissolution de l’Assemblée (article 12). Ce dernier a tenu son autorité, pendant des décennies, de son élection au suffrage universel source d’un prestige lui permettant de contrôler une « majorité présidentielle » à l’Assemblée. Que reste-t-il de ce prestige présidentiel aujourd’hui? Quasiment rien et le prochain mandat a toutes les chances d’être pire que l’actuel, avec une majorité sans but, sans programme, déchirée par les rancunes, peut-être introuvable dans la perspective d’une résistance sur le terrain des socialistes et d’une poussée lepénienne. Le président n’est plus un monarque républicain et encore moins un sauveur suprême, sinon le temps d’un état de grâce de plus en plus court au fil des mandats. Il faut cesser de le croire. Depuis quarante ans d’échecs de tous les présidents, sans exception, à maîtriser la dette, à régler les problèmes du chômage et de la violence, de la désintégration sociale, il est tout de même étrange que subsiste le mythe de la toute puissance présidentielle. Les présidences bavardes, vaniteuses et gesticulantes, ne s’expliquent pas autrement: paraître à n’importe quel prix pour exister. La semaine dernière, j’ai écrit pour Figaro Vox ce que je pensais des primaires de la droite et du centre et j’ai répondu aux questions du site Atlantico sur le même thème. Sans doute sont elles un pis aller dans le contexte actuel , un gadget inévitable pour éviter le scénario délirant  d’un deuxième tour des présidentielles opposant un candidat socialiste et un lepéniste. Mais elles sont  avant tout le symptôme de la  décomposition et du nihilisme qui emportent la société politique française. C’est ce néant, face aux grands enjeux de l’époque – l’avenir de l’Europe, la maîtrise de l’immigration, le déclin industriel de la France, la poussée des passions identitaires, le devenir de l’école et de l’intelligence – qui est absolument dramatique et nous entraîne à l’abîme, sauf prise de conscience collective de toute urgence.

Maxime TANDONNET

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« Malaise démocratique »

imagesEn cette pré-campagne des élections présidentielles, la formule a été enfin lâché: « malaise démocratique ». Elle l’a été  par M. Emmanuel Macron hier à Strasbourg. Ce dernier a senti le profond désarroi qui touche la société française, ce sentiment que les choix concernant notre destin collectif sont accomplis dans l’opacité et l’indifférence absolue de l’avis des citoyens. Pire: cette impression sournoise que les plus hauts dirigeants se servent du pouvoir dans leur intérêt personnel, matériels ou de vanité, au détriment de la Nation et sont prêts absolument à tout, jusqu’aux plus sournoises dérives,  pour s’accrocher à leurs privilèges. Les propos de M. Macron auront-ils le mérite d’ouvrir enfin le débat essentiel de notre époque? Les solutions qu’il avance ne sont malheureusement pas à la hauteur du défi. L’idée d’introduire la « proportionnelle » est un serpent de mer qui a quelques avantages mais aussi de lourds inconvénients, notamment celui de renforcer le pouvoir de désignation des futurs élus par les partis politiques au détriment du lien personnel entre l’électeur et son représentant. Dans mon esprit, la restauration de la démocratie, le pouvoir du peuple, est un enjeu absolument vital, décisif, qui passe par des bouleversements d’une toute autre ampleur: la réorientation de l’Union européenne qui doit sortir d’une logique bureaucratique pour se mettre au service des Européens; la restauration de l’autorité, de la souveraineté et du prestige de l’Assemblée Nationale, formée de députés indépendants de l’exécutif et représentant la Nation;   le respect de la Constitution de la Ve République, fondée sur un président  en charge du destin, de la sécurité du pays et de sa politique internationale, un Premier ministre qui gouverne avec des ministres sous le contrôle de l’Assemblée nationale, responsable de chacun de ses actes devant la Nation à travers le Parlement; le recours au référendum pour toute décision essentielle engageant l’avenir collectif; la régionalisation et la décentralisation comme garanties de la proximité entre les citoyens et les pouvoirs publics (l’intervention au quotidien de l’Etat central dans la vie des communes est une aberration); la limitation dans le temps du renouvellement des mandats parlementaires. Il faut revenir aux fondamentaux. Ouvrons les yeux! Nous marchons en ce moment vers une sorte de dictature, sous le manteau de l’angélisme et de la bonté, un régime à la fois irresponsable, coupé du peuple et impuissant, une dictature douce et insidieuse. Elle ne se limite pas à ce qu’il est convenu d’appeler « l’extrême droite », mais envahit tout le spectre de la politique française, y compris les plus avenants des porteurs de valeurs. Le choix est simple: soit le retour à la démocratie, soit la glissade progressive dans le poison invisible et mortel d’une sorte de dictature qui ne dira jamais son nom.

Maxime TANDONNET

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De la responsabilité personnelle des dirigeants

DSC02219Six mois. Dans un peu plus de six mois, en principe, ils s’en vont. Je parle des socialistes au pouvoir. Leur attitude dans la dernière ligne droite est particulièrement contestable: fuite en avant démagogique, pratique de la terre brûlée, bombes à retardement. Ce phénomène soulève la question cruciale de la responsabilité personnelle des dirigeants politiques en général. Un créateur d’entreprise qui place sa fortune personnelle dans son affaire et échoue en assume les conséquences. Est-il normal que le détenteur du pouvoir politique puisse totalement dérailler, prendre des décisions inappropriée, nuire à son pays – parfois en toute conscience – , par idéologie, clientélisme, électoralisme ou vanité narcissique, et repartir tranquillement chez lui au bout de son mandat comme si rien ne s’était passé? Les Français confient leur destin à des hommes et des femmes qui se sont engagés à les servir. Si ces derniers manquent gravement et manifestement à cette confiance, il serait logique qu’ils assument les conséquences de leurs actes. On peut imaginer que si les dirigeants nationaux et locaux étaient personnellement redevables  devant les Français du bilan de leur action, ils se comporteraient tout autrement. Comme dans le secteur privé et dans certaines administrations, un tableau de bord, aussi objectif que possible, devrait être dressé au début et en fin de chaque mandat comportant des indicateurs fondamentaux, par exemple:

  • Taux de croissance et évolution de la situation de l’emploi – indexées sur la situation  des pays comparables;
  • Création et destructions d’entreprises;
  • Niveau des déficits publics et de la dette;
  • Poids des prélèvements fiscaux et sociaux;
  • Taux de pauvreté, du logement insalubre;
  • Fuite des cerveaux à l’étranger et départs des entreprises;
  • Evolution du nombre des crimes et délits constatés;
  • Voitures, immeubles incendiés, policiers et gendarmes blessés ou tués;
  • Evolution de la sécurité routière, par le nombre de tués et de blessés;
  • Victimes du terrorisme;
  • Maîtrise de l’immigration, réussite de l’intégration (taux d’emploi, de réussite scolaire des nouveaux arrivants);
  • Taux d’échec scolaire et d’illettrisme;
  • Nombre de jours de grève et de manifestations;
  • Niveau des collégiens et lycéens évalués par des tests.

Une commission constituées de personnalités apolitiques, entrepreneurs, universitaires, magistrats, citoyens tirés au sort, serait chargée de se prononcer sur ce tableau de bord objectif, établi par un organisme scientifique indépendant. Cette commission aurait la responsabilité, au regard du tableau de bord, de donner ou de refuser quitus aux dirigeants sortants, un peu à l’image d’un Syndic de co-propriété. La Nation n’est-elle pas notre propriété collective? Ma démarche peut apparaître « techno ». Elle ne prend pas en compte les rêves, les chimères, les mythes, le moral de la Nation. Certes, mais la politique, le gouvernement de la Cité, doit d’abord se fonder sur des faits, des réalités. Il serait bon qu’elle sorte des débats vaseux, des polémiques et de la propagande, pour revenir sur terre.  Autrefois, les gouvernants étaient, me semble-t-il, davantage animés par une éthique du bien commun qui préservait le pays de dérives mortelles. Le sens de l’intérêt général, de la res publica,  s’est affaibli par rapport au culte de soi, à la démence du moi-je. Le système que je propose aurait vocation à restaurer le sens de la responsabilité. Absurde? Débile? « métaphysique tandonnesque », comme disait récemment un intervenant? Peut-être, mais en tout cas une certitude: il seraient moins nombreux à postuler et une fois sur place, les dirigeants, filtrés par l’envie de servir et non de se servir, gouverneraient de manière radicalement différente: pour le seul bien commun.

Maxime TANDONNET

 

 

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Les véritables élections

panorama2Il est difficile d’exprimer à quel point le déroulement des élections primaires et l’approche des présidentielles me révulsent chaque jour un peu plus: dictature des sondages et des images, manipulations électoralistes, délation, trahisons, démence narcissique, néant d’idées et de projets, tyrannie des petites phrases creuses, fuite devant la réalité, affligeantes polémiques, obsession mégalomane, fragmentation, émiettement de la politique, ivresse du paraître et de la posture, oubli général du bien commun, règne de la bêtise… Le grand spectacle minable bat son plein pendant que la France s’enfonce: communautarisme, violence, déclin économique, effondrement de l’Etat de droit, montée des extrémismes de droite et de gauche. Les Nations s’habituent vite à l’ignominie et  la routine nous empêche de réaliser à quel point la situation politique de la France sombre dans la crétinerie et la médiocrité. Or, dans les périodes de trouble et de crises graves, dans les temps de naufrage collectif, la parole doit revenir à la représentation nationale. La médiocrité engendre la médiocrité et rien ne sortira de ces épouvantables primaires et de cette élection présidentielle dévoyée, déjà perdue pour tout le monde. Je souhaite de tout cœur une élection législative de juin 2017 révolutionnaire, indépendante de l’élection présidentielle, celle-ci anéantie par la déchéance élyséenne à laquelle nous assistons. Les médias ne peuvent pas conditionner l’élection des députés, morcelée en circonscriptions, comme ils le font pour les présidentielles, à travers les jeux de lumières autour d’un homme. J’espère un vote législatif de rupture, l’explosion des partis politiques maudits, la disparition du parti lepéniste, mais aussi du parti républicain, du parti socialiste, une recomposition politique autour de la poignée d’élus nationaux, hommes neufs, députés qui croient dans le destin collectif d’une Nation et qui ne sont pas obsédés par leur image médiatique et leur destin personnel, déterminés à transformer la politique du pays pour restaurer l’autorité face au communautarisme et au chaos quotidien, faire respecter les lois sur les frontières, sauver l’intelligence à travers la transformation de l’Education nationale, sanctuariser l’entreprise comme une unique créatrice d’emplois et de richesses. Je souhaite l’émergence, dans le chaos général, d’un grand Premier ministre, homme d’action et non de paroles, visionnaire, homme de la Nation et non des médias, expérimenté, homme sans-titred’autorité, désintéressé pour lui-même, passionné pour son pays, qui prendra en main, pendant quelques années, le redressement de la France, responsable de son action devant le Parlement. Bien sûr, il sera facile de caricaturer mon propos, d’y voir blasphème et utopie. Mais tout renouveau ne part-il pas, à l’origine, de ce qui apparaît sur le moment comme un rêve débile?

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Message incompris

DSC02219Hier, le Figaro.fr a publié l’un de mes récents billets sur les difficultés et les pièges de l’alternance qui vient sans doute en 2017. Ce qui me fascine, ce sont les multiples réactions des lecteurs (300): l’incompréhension générale du message que j’essaye de faire passer. Plus le temps passe et plus ma conviction est faite, fondée sur l’expérience personnelle, les lectures historiques et l’observation de la vie politique et sociale. Nous avons changé d’époque et la vie politique doit s’adapter à cette transformation. Nous vivons, nous pensons, nous réagissons sur la base d’un modèle périmé, fondé sur une ultra-personnalisation du pouvoir qui ne peut plus fonctionner: celui de la gouvernance du pays s’incarnant dans un visage. Les régimes totalitaires, dans les années 1920 et 1930, ont porté ce système à son paroxysme à travers le culte de la personnalité, la France en 1940 avec le régime de Vichy et son culte du « sauveur ». Les démocraties l’ont repris et adapté à leur manière sous l’influence de la télévision. Mais ce système ne peut plus fonctionner dans la société d’Internet et des réseaux sociaux. Le chef est naturellement porté au sommet par un ego hors norme. Inévitablement, quels que soient ses faits et gestes, sur le nouveau continent virtuel , il se voit pris dans un lynchage permanent, traîné dans la boue, insulté, ridiculisé. Le monde médiatique, l’infinité des chaînes de radios, de télévision, la presse, embrayent sur ce passage à tabac permanent. Dès lors s’enclenche une logique infernale. Privé d’autorité et du prestige sans lesquels aucun commandement n’est possible, mais bouffi d’orgueil, le dirigeant suprême court après son image, tente par tous les moyens de la réhabiliter, de sauver « sa trace dans l’histoire ». Ainsi, il ne cesse de s’enfoncer dans les sables mouvants de l’impopularité et pire, du ridicule. Entraînant la classe politique dans sa fuite en avant, il manipule la réalité, communique, noie le pays de paroles, s’échappe dans la posture, la mise en scène, les coups médiatiques destinés à s’acheter une place dans la postérité. Plus personne ne songe dès lors à gouverner, à tenir la barre, à accomplir les réformes de fond indispensable au pays, à le sauver de la fragmentation, de la violence et du déclin, à préserver sa cohésion.  Dans le monde actuel, la personnalisation excessive de la vie politique conduit inévitablement à une logique de ce type, sous des formes variables selon les Etats. Les hommes providentiels ne peuvent plus exister. Les idolâtries du jour sont les lynchages de demain. Les « petits pères des peuples », les guides ou les caudillos, c’est fini à jamais. Car nous sommes dans un autre univers. Je crois en revanche à la possibilité, même infime, du héros, c’est-à-dire d’un personnage désintéressé pour lui-même, indifférent à son image, à la postérité, visionnaire et d’un caractère supérieur à la moyenne, trop intelligent pour songer à sa trace dans l’histoire, qui intervient brièvement à un moment particulier pour remettre le pays sur la bonne voie avant de disparaître. Le héros ne peut pas s’incruster au pouvoir, ni être institutionnalisé durablement (comme chef de l’Etat). Sinon, il se banalise et sombre à son tour dans la déchéance et le grand spectacle décadent. C’est pourquoi je ne vois pas d’autre issue pour sauver la politique, dans la durée, que de tendre vers la dépersonnalisation, le partage du fardeau moral, la prise de la décision et la responsabilité collectives, anonyme par une équipe gouvernementale soudée, un Parlement souverain, un peuple à travers la démocratie directe et la décentralisation. S’éloigner des polémiques stériles et batailles d’ego pour retrouver le sens du débat d’idées et du bien commun. L’idée n’est pas de proposer une solution miracle, mais de désigner un chemin, raide et mal tracé, vers un renouvellement de la culture politique. C’est tout ce que j’ai voulu dire. Mais les réactions indignées à ma chronique sur Figaro.fr sont fascinantes. Elles montrent comment les vieux schémas imprègnent si profondément les mentalités. Elles soulignent à quel point nos sociétés sont intoxiquées par l’habitude, et toute la difficulté à désenclaver les esprits.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Questions sur une décomposition

sans-titreEn France, la désintégration de la vie politique s’accélère dans un climat de fin du monde à la veille de l’année électorale. Jamais dans l’histoire de la République, même dans les pires scandales, les pires moments de crise, un tel ouragan de décomposition nihiliste n’avait frappé le pays. N’épiloguons pas. Mais la France n’est pas seule! Le spectacle de la démocratie américaine n’est pas reluisant non plus. Il fallait voir le débat Clinton-Trump, la nuit dernière, à la télévision: Nous avions en face de nous le spectacle de deux clowns luisants, hilares, grimaçants. Les débats se limitaient à un échange d’insultes et d’attaques personnelles, enveloppées de sourires hypocrites : « – combien d’emplois as-tu créé dans ta vie? – Et toi qui ne payes pas tes impôts… etc. » Il paraît que 80% des Ricains les détestent autant l’un que l’autre. Alors, comment se trouvent-ils là? La politique allemande a sombré elle aussi. La volte-face de Mme Merkel dans la crise des migrants est une aberration historique. Sans rien demander à personne, sans consulter son parti, le Parlement, ses partenaires européens, elle a déclaré l’Allemagne ouverte « ouvrons leur les bras » avant de se raviser devant la catastrophe politique déclenchée par la venue d’un million de migrants, et de leur claquer la porte au nez. Elle aussi, a voulu laisser son nom dans l’histoire, et fait le lit d’un retour de l’extrême droite nationaliste allemande. Bravo! Quant au Royaume-Uni, M. Cameron et son Brexit l’ont plongé dans une extraordinaire impasse. Les Britanniques ne sont ni dans Schengen, ni dans l’euro. Ils n’avaient aucun intérêt à sortir de l’Union européenne qui leur donnait de multiples avantages et un droit de regard sur les affaires du continent grâce à leur entrisme dans les institutions de Bruxelles et un accès privilégié au marché unique. Les Espagnols, quant à eux, n’ont plus de gouvernement stable depuis trois mois. Mais cela ne vaut-il pas mieux, au vu de la vague de folie qui s’est emparée un peu partout des dirigeants occidentaux?

Alors bien sûr, la tentation est de se dire que tout ceci ne concerne que la surface des choses, la vie politique et médiatique. Cette désintégration de la politique dans le monde occidental n’aurait pas forcément de conséquence  sur le dynamisme des sociétés, la créativité, l’énergie, les réseaux, la démocratie locale. Mais, la décomposition ne commence-t-il par la tête avant de se diffuser peu à peu? L’absence d’autorité, de référence suprême, d’exemplarité, de boussole indiquant une direction, ne favorise-t-elle pas le délitement de la société, la propagation du désordre, de la violence et du chaos, à terme incompatibles avec la vie sociale? Le déclin et la désintégration de l’Empire romain sont passés par une décomposition politique. Au début du IVe siècle, « Encore un siècle et la conséquence de ces changements ne va pas manquer d’apparaître: une double désintégration politique et culturelle. Les hauts et les bas par lesquels est passé l’autorité impériale ont beaucoup compté dans ce processus […] C’est pourquoi les faiblesses affectant la structure du pouvoir jouèrent un rôle essentiel dans les dysfonctionnements. La direction de l’Empire n’était plus assurée depuis longtemps » (J.M Roberts, O.A Westad, Histoire du monde, Perrin 2016). La couv_histoire_monde_3d-1République et l’Empire romains ont imposé une civilisation pendant environ 600 ans avant de se disloquer. Le monde occidental, européen, a été maître de l’univers par sa force militaire, économique, intellectuelle, au moins depuis la Renaissance, la Révolution industrielle, la colonisation, puis à travers l’empire américain, soit un demi millénaire d’histoire. Est-il en train de se décomposer en ce moment à vitesse accélérée? Le visage effarant qu’il donne à travers sa vie politique pourrait bien en être un symptôme ou les prémices de cet effondrement.

Maxime TANDONNET

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La question élyséenne

588945Les derniers sondages montrent un nouvel effondrement de la popularité présidentielle, notamment dans la perspective d’une seconde candidature: 10 à 13% au premier tour…  Le message vient des profondeurs de la Nation: les Français veulent passer à autre chose. L’actuel occupant de l’Elysée bénéficie d’un traitement plutôt privilégié de la presse et des médias: jamais de « unes » humiliantes ou insultantes des hebdo, une presse quotidienne critique mais assez gentille (Le Monde , Libération), des radios et une télévision publique qui lui assurent une audience quotidienne. Pourtant, le personnage ne passe pas dans l’opinion. Une sorte d’incommunicabilité entre lui et la France s’est installée. La cause profonde tient au masque impassible de l’autosatisfaction sur fond d’une situation calamiteuse: chômage, terrorisme, violence, fragmentation, chaos sociétal…  Mais voilà, la solution de facilité consiste à lier le malaise présidentiel à une personnalité, la sienne. Cette idée est généralisée, à droite comme à gauche. Il suffirait dès lors qu’il parte pour que s’enclenche une dynamique d’amélioration. Or, je n’en crois pas un mot. De mon point de vue, la calamité politique française tient à l’institution élyséenne telle qu’elle est devenue. Penser aujourd’hui, que M. Juppé, M. Fillon, M. Sarkozy, M. Macron, M. Le Maire, M. Mélenchon ou Mme le Pen s’en tireront mieux me paraît être une fantastique illusion. Le prochain président, telles que les choses se présentent aujourd’hui, est condamné à suivre le même trajectoire maudite que l’actuel, sinon encore bien pire. Le régime dans lequel nous vivons est celui d’une dictature virtuelle. « Dictateur: celui qui après s’être emparé du pouvoir, l’exerce sans contrôle (petit Robert) ». Virtuellement, sur le plan de l’image médiatique, le chef de l’Etat français est l’homme qui incarne à lui seul le pouvoir politique et échappe pendant cinq ans, à tout contrôle, toute responsabilité, toute sanction possible. Or, au-delà des apparences la dictature est toujours un système de faiblesse et d’impuissance qui ne saurait conduire qu’au désastre, pour l’intéressé et pour le pays. Derrière le revêtement de la puissance, elle plonge le prince médiatique dans l’isolement, l’enferme dans l’autosatisfaction, le prive peu à peu des relais nécessaires à l’exercice de l’autorité, le coupe de la Nation et du monde des réalités, détruit la confiance, le prestige et l’autorité naturelle, qui sont le carburant de l’action et du gouvernement des choses. Elle fait de lui le bouc émissaire des frustrations, des angoisses et des souffrances collectives. Elle ne peut que mal finir, comme le souligne l’histoire. Le régime actuel n’a plus aucun rapport avec celui mis en place en 1958 par le Général de Gaulle, fondé sur un chef de l’Etat « guide de la Nation », arbitre, garant des institutions, et un Premier ministre, chargé seul de gouverner la France et responsable de ses actes devant le Parlement. Mais ce qui me frappe le plus, dans cette dérive du régime vers une dictature virtuelle, de quinquennat en quinquennat, synonyme de faiblesse, d’impuissance politique et de destruction de l’autorité, c’est l’extraordinaire aveuglement général qui l’enrobe, comme si toute vision, sens critique et lucidité avaient disparu dans ce pays. Merci au lecteur, effaré par mon propos, d’essayer de le comprendre avant de le juger blasphématoire…

Maxime TANDONNET

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Identité, souveraineté, volonté politique

DSC02219Il peut paraître étrange que le débat politique se focalise, à l’aube de cette période électorale, sur les questions d’identité et de souveraineté. Le politique fait fausse route à mes yeux en se concentrant sur ces deux sujets. L’identité ne se décrète pas. Que peut faire le politique en ce domaine? Tout le monde veut ressusciter le « récit national ». Imagine-t-on une seconde obliger les professeurs a ânonner « nos ancêtres les gaulois » tout en sachant que cela ne veut strictement rien dire? Faire chanter tous les matins la Marseillaise aux élèves? Arborer le drapeau tricolore dans chaque salle de classe? Organiser une levée des couleurs dans chaque établissement scolaire? Obliger les radios, la télévision, la presse à consacrer des émissions et des articles à la grandeur nationale? Demander aux citoyens d’arborer des petits fanions tricolores aux fenêtres? Contrôler Internet? Toute tentative d’embrigadement des esprits aboutirait, par réaction, à l’effet inverse de celui recherché. Ceci est un faux débat: le politique, dans le monde moderne, sauf en Corée du Nord, n’a pas les moyens d’orienter ou de maîtriser l’esprit du temps, la conscience collective. Heureusement d’ailleurs…

Quant à la notion de souveraineté, elle est l’excuse permanente au renoncement. Le mythe bat son plein. Quand la France souffre, c’est à cause des autres, d’un supposé carcan extérieur qui nous pénalise. L’Union européenne est le bouc émissaire tout trouvé. Certes, le machin Bruxellois, avec sa logique bureaucratique, ses normes et jurisprudences abscons n’inspire guère la sympathie des foules. Et pourtant, comme il est facile d’en faire le responsable de tous les maux! Depuis 1992, le traité de Maastricht interdit formellement aux Etats de franchir la barre d’un déficit public de 3%. Depuis un quart de siècle, 25 ans, la France, l’Italie, l’Espagne, la Grèce, etc. s’assoient dessus, année après année: 4, 5, 6, 7%… En un quart de siècle, l’ombre d’une sanction européenne s’est-elle jamais abattue sur l’un des coupables? Jamais: tigre de papier. Et ne parlons même pas de l’endettement maximum de 60%…Quant à Schengen, la libre circulation, pilier de l’Union européenne, le jour où les Allemands, les Autrichiens, les Danois, les Belges, les Suédois n’en ont plus voulu, ils ont envoyé paître tout le monde, rétabli leurs contrôles aux frontières, nul n’a bronché et la Commission s’est faite toute petite. Les eurocrates se contorsionnent pour faire croire que cela s’est fait dans le respect des règles. Aucun mensonge n’est plus avéré. De fait, les dogmes et les règlements les plus draconiens ont été déchiquetés dans la grande broyeuse des intérêts nationaux. Je pourrais en écrire des tonnes sur le sujet mais ce serait atrocement ennuyeux… Quant à l’OTAN, qui est assez naïf pour croire qu’elle est à l’origine de l’engagement de la France dans de multiples conflits? Faux, mensonge. Jamais les Etats-Unis ni l’OTAN n’ont obligé l’armée française à aller en Afghanistan, en Libye, au Centrafrique, au Mali, ni même au Moyen-Orient.

Non, le grand sujet du moment est ailleurs. Il est plus grave au fond car il tient au fond de l’âme, à la vie intérieure d’un peuple et de ses dirigeants. Il concerne la volonté politique, la conscience d’un destin collectif, l’élan vital, l’envie de continuer d’exister. Que proposent les politiques en ce moment? du rêve, des polémiques et des postures! Bien sûr les politiques ne sont pas les seuls responsables. Mais enfin quand on voit que beaucoup d’entre eux, de tous les partis (de l’extrême gauche à l’extrême droite) ne trouvent rien de mieux à proposer que le « revenu universel » pour les plus de 18 ans, c’est-à-dire de figer la jeunesse dans une logique d’assistanat et de dépendance à l’Etat, cela fait tout de même froid dans le dos. Quel signal, quel exemple! Comment une telle démagogie, une telle irresponsabilité sont-elles possibles? La France aurait au contraire besoin de réformes gigantesques pour mettre fin à ses déficits, rendre son économie et ses entreprises compétitives pour créer des emplois. Il lui faudrait une transformation radicale afin de restaurer l’autorité républicaine, la sécurité des biens et des personnes, l’intégrité de son territoire, le respect de ses lois sur les frontières et sur les migrations, l’application des décisions de justice, etc. Et puis un travail immense pour adapter son éducation nationale au monde moderne, développer l’apprentissage, préparer ses jeunes au monde de l’entreprise. Mais voilà, tout le monde ou presque se fout des vrais sujets. Et d’ailleurs, dans un pays qui donnerait du travail à ses jeunes, qui permettrait à chacun, sur tout le territoire, de sortir de chez lui sans être insulté ou frappé, ou de se rendre à un concert, d’aller prendre un verre sur une terrasse, ou assister à un feu d’artifice sans le spectre d’un attentat terroriste, un pays où l’autorité de l’Etat et les principes constitutionnels, les lois et l’ordre public seraient scrupuleusement respectés, tout manquement sanctionné, la question de l’identité ne se poserait même pas. Les Français et surtout les jeunes, de toutes origines bien sûr, auraient les raisons d’être tout naturellement fiers de leur pays.

Maxime TANDONNET

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Le quinquennat 2017-2022 est-il déjà foutu? Et comment éviter le pire?

sans-titreIl ne faut pas confondre pessimisme et réalisme ou lucidité, clairvoyance. Bien sûr, la perspective de l’alternance en 2017 est un soulagement, une bouffée d’oxygène. A l’horizon de sept mois, l’espoir d’en avoir peut-être fini avec le malaise qui prévaut en ce moment. Oui mais après? Nous vivons, d’ores et déjà, les prémices d’une nouvelle apocalypse 2017-2022, quel que soit le nom du futur occupant de l’Elysée.

Que pourra faire un homme, aussi énergique, sage ou ambitieux soit-il, dans le contexte piégé qui s’annonce: un parti socialiste furieux et revanchard; un parti lepéniste sans doute plus puissant que jamais; une majorité relative de « troisième force », déchirée par les rancunes et les déceptions, coincée entre deux fortes minorités au Parlement; une hystérie médiatique permanente, des déchaînements de rage sans fin à la moindre parole, la moindre décision sur tous les sujets possibles; des corps intermédiaires plongés dans une logique de sabotage quotidien; des syndicats déterminés à bloquer le pays à la moindre réforme; une opinion forcément versatile, comme toujours, qui aura tôt fait de se retourner; le chômage, la violence, le terrorisme; un climat de plus en plus sectaire, et féroce pour cacher le vide d’idées et de projets; des sondages calamiteux dès la rentrée de septembre et déjà, le doute…

Non, non, ce n’est pas du pessimisme, mais du réalisme! « Et voilà qu’on crie au pessimisme, injure dont les éternels vieillards poursuivent toute pensée qui ne se destine qu’aux pionniers de demain. » Qui a pu dire une chose aussi vraie? Nietzsche bien entendu. J’anticipe, je sais à l’avance ce qui va se passer et pour tout dire, j’y suis déjà…  Les coups de menton, les provocations verbales et les moulinets ne serviront à rien sinon à répandre l’illusion pendant cinq minutes: le futur chef de l’Etat, quel qu’il soit, risque de se trouver comme un bouchon de liège qui prétend remonter le courant de la Seine de ses petits bras musclés!

Alors que faire? Ouvrir les yeux tout d’abord et comprendre que l’exercice du pouvoir sera piégé comme un champ de mines. Ah, si j’avais des conseils à donner, si j’avais une chance même infime, d’être écouté; et mieux, entendu!

  1. LA VERITE: Regardez la France dans les yeux. Dites lui la vérité. Il n’existe aucun remède magique. Il n’y aura pas de miracle et la sortie du marasme général (économique, mental, sécuritaire, international, etc.) dépend de la mobilisation, des efforts collectif à long terme et de la prise de conscience de tous.
  2. LE COLLECTIF: donner l’illusion d’un seul homme aux manettes est la porte ouverte sur l’enfer et l’effondrement. Nous ne sommes plus au temps de Louis-Napoléon Bonaparte. Il faudra le comprendre un jour. Nous ne sommes pas non plus dans la Roumanie de Ceausescu ni dans la Corée de Kim-Il-Un!  Il faut au contraire bannir toute forme de culte de la personnalité. Pris dans le feu médiatique et des réseaux sociaux,  l’immensité de la tâche et des difficultés, celui qui prétendra incarner à lui seul le pouvoir, aujourd’hui, sombrera inévitablement dans le ridicule, la honte, la folie et entraînera le pays avec lui. Il faut au contraire que le président élu se place en retrait, en recours, dirige en coulisse, discrètement par son autorité morale. Il doit s’en remette à une équipe d’une douzaine d’hommes soudés par la seule volonté de servir la France  (et non pas leur minable petit destin personnel) dans une situation épouvantable. Partager le fardeau et la responsabilité: cela s’appelle un Gouvernement. Gouverner, une notion tragiquement oubliée.
  3. L’ EXEMPLARITE: on n’imagine pas à quel point « l’image » est décisive dans le nouveau monde de transparence absolu issu d’Internet et de la médiatisation. Cinq ans à tenir, c’est à la fois long et court. Cinq ans sans abuser à des fins personnelles des moyens de l’Etat, les avions, les voitures, les appartements et des villas; cinq ans à considérer chaque centime issu de la poche du contribuable comme sacré; cinq ans sans paroles inutiles, sans provocations verbales, sans fanfaronnade absurde; cinq ans sans s’adonner à des comportements ridicules; cinq ans  dans la dignité absolue qui sied à un chef de l’Etat, incarnant la Nation. Est-ce envisageable?
  4. LA DEMOCRATIE: à qui appartient un pays? Non à l’infime minorité de sa classe dirigeante et à ses élites. Il est inconcevable aujourd’hui, dans le nouveau monde qui émerge, de gouverner sans le peuple, la communauté nationale. Tout est à repenser dans la démocratie: il est impérieux, en urgence absolue de restaurer la souveraineté et la représentativité du Parlement pour en refaire le creuset du destin collectif; de pratiquer les référendums nationaux sur toute question de principe engageant l’avenir du pays. Il est vital de décentraliser la France pour rapprocher le pouvoir des citoyens en faisant des maires les pivots de la puissance publique au quotidien. Jamais ce principe n’a été autant bafoué, foulé aux pieds dans tous les domaines. La France doit devenir une fois pour toute une République décentralisée autour de la commune, cellule de base de la démocratie.

Réussir le prochain quinquennat? Seulement au prix d’un bouleversement des mentalités, au rebours de tout ce qui fait en ce moment, et j’ignore totalement si cette prise de conscience est concevable aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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