« Fier d’être Français »

Beaucoup de gens sont fiers des performances de l’équipe de France de football, championne du monde en titre et bien placée pour garder la coupe du monde au « vilain petit Qatar ». C’est oublier toutes les autres bonnes raisons d’être fier d’être français: un pays remarquablement géré, sans déficit et dont la dette publique et les impôts sont parmi les plus faibles au monde; ses performances scolaires, en tête de tous les classements internationaux (PISA, TIMSS) et une amélioration constante du niveau surtout en orthographe et en mathématiques; une démocratie de qualité exceptionnelle où les gens se sentent excellement représentés par leurs élus, avec des taux de participation inégalés de plus de près de 90%, signe d’une intense satisfaction populaire; une industrie florissante à la pointe des technologies qui exporte partout dans le monde, cumulant les excédents commerciaux; un des pays les plus sûrs de la planète où les touristes peuvent venir en toute sécurité, se promener n’importe où dans la rue, à toute heure, sans aucun risque de vols, de viols ou d’agression violente; une remarquable maîtrise de l’immigration grâce à l’autorité de l’Etat et des frontières bien contrôlées; un extraordinaire système de santé sans équivalent nulle part; des dirigeants politiques aussi humbles et discrets qu’ils sont efficaces et dévoués au bien commun; une exception culturelle avec un peuple passionné d’histoire, de littérature et des progrès de la science; une nation modèle, dynamique et pleine d’espérance en l’avenir… Non, c’est une blague bien entendu, une très mauvaise blague. Le football au « vilain petit Qatar », c’est beaucoup mieux, comme une drogue pour oublier tout le reste…

MT

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« Ce sera Marine le Pen ou moi »

M. Laurent Wauquiez, pour lequel j’ai une sincère et grande estime, a déclaré quelque part: « En 2027, ce sera Marine le Pen ou moi ». A mon sens [mais je peux me tromper] cette déclaration est discutable. D’abord, ce ne sera pas Marine le Pen. Cette dernière restera quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise, la fille de Jean-Marie Le Pen, héritière du FN rebaptisé RN, et il est exclu, comme en 2017 et 2022, qu’elle puisse rassembler sur ce nom en 2027 ou 2032 ou 2037 ou 2042 et même 2047, 50% des voix plus une. Le mélange bizarre qu’elle incarne aujourd’hui, ce cocktail sulfureux de lepénisme et de course au politiquement correct ne débouche sur rien, malgré le prodigieux battage médiatique destiné à la valoriser comme faire-valoir (en creux) du macronisme. Mme le Pen n’ira jamais à l’Elysée. Nous connaissons le grand classique de la politique française: sublimer MLP avant le premier tour pour lui permettre d’accéder au second puis la rediaboliser entre le premier et le second afin de bétonner la certitude de l’élection de son adversaire. Quant à la droite classique, ses chances sont minces a priori. Elle a contre elle tout un établissement financier, médiatique et judiciaire, l’ensemble des élites influentes de ce pays. Tout candidat de droite classique fera l’objet d’une entreprise de destruction massive comme en 2012, 2017 et 2022, et si les casseroles n’existent pas il suffira d’en fabriquer. Dans le monde actuel surmédiatisé, rien n’est plus facile que de briser une image – tout comme l’inverse, de l’encenser. Dans les années qui viennent, le dégoût et l’indifférence, la conviction populaire selon laquelle les politiques œuvrent dans leur intérêt personnel et contre le bien commun risque de s’aggraver. La déclaration de M. Laurent Wauquiez, candidat annoncé plus de quatre ans à l’avance, risque de donner prise au soupçon de carriérisme (à tort ou à raison) et conforter l’opinion dans sa méfiance envers les politiques. Ce climat chaotique de résignation massive et de désintérêt envers la chose publique, d’abstentionnisme vertigineux, se prête plus que tout autre à une sorte de manipulation ou coup d’état médiatique en faveur d’un héritier du macronisme, malgré l’immense écœurement populaire, peut-être M. Le Maire, plus rusé que les autres (je n’ai pas dit plus intelligent ni plus compétent), qui aura pris soin de se démarquer de son bilan en prenant quelque distance deux à trois ans auparavant (nous le sentons venir…). La droite classique (hors ralliés au macronisme) aurait sa chance en bâtissant un projet proche des préoccupations populaires, en donnant un maximum de gages de désintéressement personnel et d’engagement pour la France, en présentant un candidat au dernier moment, pour minimiser le sentiment de carriérisme et surtout l’inévitable lynchage médiatique… Mais ce n’est pas vraiment le chemin qu’elle semble vouloir prendre (on espère toujours se tromper).

MT

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Tremblements planétaires

Deux dictatures épouvantables, la Chine post maoïste et l’Iran des mollah tremblent en ce moment. Cela ressemble un peu, mais en beaucoup plus fort, au printemps arabe de 2011, quand des régimes qui semblaient intouchables, en Egypte et en Tunisie ont été renversés par des mouvements de foule. Sous l’effet des réseaux sociaux et d’Internet, il devient impossible aux dictatures les plus sanguinaires de tenir leurs peuples derrière les grilles de l’oppression. En Chine, le prétexte de l’épidémie de covid 19 pour persécuter une population d’1,4 milliard d’habitants et la tenir engrillagée ne tient plus la route. [Dire que nos dirigeants européens ont pris cette politique liberticide comme modèle pendant plus d’un an!] Des Chinois sortent maintenant dans la rue au nom de la liberté. En Iran, les femmes et la jeunesse se rebellent contre la tyrannie islamiste qui s’incarne dans l’obligation du port du voile. La répression a déjà fait entre 300 et 400 morts. Nous occidentaux sommes obnubilés par l’histoire des despotismes du passé, en particulier le soviétisme, le fascisme et le nazisme. Mais nous fermons lâchement les yeux sur la réalité la plus sanguinaire de nos jours et les tortionnaires actuels, que ce soit en Iran ou en Chine. Il faut dire qu’au delà de quelques réactions de façade, cette secousse mondiale au nom de la liberté inquiète les occidentaux plus qu’elle ne les réjouit. L’explosion iranienne menace le Moyen-Orient et son pétrole. La Chine est l’usine du monde. D’où l’étrange silence ou indifférence des dirigeants occidentaux. L’aveuglement, qu’il soit volontaire (politique de l’autruche) ou naturel (absence de vision), ne règle rien. Tôt ou tard, ils n’échapperont pas au séisme planétaire qui vient.

MT

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Lecture: Hitler et Churchill, Andrew Roberts, Perrin, 2022

Deux des principaux protagonistes de la guerre de 1939-1945 font l’objet, dans ce livre, d’un genre particulier: une biographie croisée. L’auteur s’attache à montrer tout au long de cet ouvrage passionnant, tout ce qui oppose deux personnalités aux caractères diamétralement opposés.

Ils apparaissent dans leur vie privée comme dans leur vie publique aux antipodes l’un de l’autre. Ainsi Churchill est un épicurien bien connu, amateur de bonne chère, de whisky et de cigare, jusqu’à l’excès. L’autre portrait montre au contraire un Hitler en parfait ascète: il est absolument végétarien, déteste l’alcool ( à l’exception parfois d’une bière brune à 2° d’alcool conçue spécialement pour lui) et ne peut pas supporter les fumeurs. Au passage, Andrew Roberts souligne la part de l’hygiénisme dans l’idéologie nazie, et son projet d’interdire l’alcool et le tabac à l’issue de la guerre.

Parmi les différences entre eux qui ont eu une influence décisive sur le cours de la guerre, deux tempéraments s’opposent sur le mode de conduite des opérations militaires. Hitler se veut l’unique chef de guerre, il entend tout contrôler et tout décider, n’ayant aucune confiance dans ses généraux, même les plus réputés comme Guderian ou Rommel. Au fil des défaites, cette méfiance ne cesse de s’aggraver et le pouvoir militaire toujours davantage concentré entre ses mains; pour la moindre manœuvre, tout doit remonter à son niveau. Churchill fait exactement le contraire: il délègue entièrement – et de plus en plus au fil du conflit – malgré un caractère qui le pousserait à s’occuper de tout. D’ailleurs, a-t-il vraiment le choix? la tradition libérale britannique a forgé des grands généraux qui refusaient une ingérence du pouvoir politique y compris du Premier ministre dans le déroulement des opérations strictement militaires – et des hommes de caractère capables de dire non.

Tout le contraire en Allemagne hitlérienne ou l’obéissance aveugle au Führer est une règle absolue de comportement. Selon l’auteur, la défaite de l’Allemagne nazie, sur le théâtre européen comme en Afrique du Nord, doit beaucoup au modèle d’autorité vertical allemand: Churchill avait jadis traité Hitler de « voyou des rues sanguinaire et il avait attribué les victoires alliées en Afrique « à l’intuition militaire du caporal Hitler » […] Il avait également refusé de comparer Hitler à Napoléon « car cela revient à insulter le grand empereur et de l’associer en quoi que ce soit à un sordide boucher chef de bande« . En septembre 1944, Churchill se surpassa lui-même dans le registre du mépris devant les Communes:

« Lorsque M. Hitler a échappé à la bombe [attentat de juillet 1944], il a qualifié sa survie de providentielle. Je crois que d’un point de vue purement militaire, nous pouvons tous être d’accord avec lui car il est bien certain que ce serait extrêmement malencontreux que les alliés soient privés, au cours des dernières phases de combat, de cette forme de génie guerrier par laquelle le caporal Schicklgruber [vrai nom du père d’Hitler] a si notoirement contribué à notre victoire ».

MT

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Pour la réintégration des soignants

Encore une histoire incroyable. Dans quasiment tous les pays européens, les soignants non vaccinés ont été réintégrés y compris en Allemagne. Pour des raisons qui ne tiennent qu’à eux, souvent médicales, ils n’ont pas voulu être vaccinés contre le covid 19. Ils l’ont assumé. Ils ont été mis au ban de la société et privés de leur travail et de leur gagne-pain. Des situations familiales dramatiques en ont résulté. Aujourd’hui, il est prouvé que les vaccins anti-covid 19 n’empêchent pas la transmission du virus – les opinions publiques ont été trompées et manipulées à cet égard. Quant à la crainte de contamination de personnes en état de faiblesse par leurs soignants, elle pourrait être efficacement conjurée par des tests lors de la prise de fonction. Le choix de la non réintégration n’est donc pas scientifique mais idéologique. Le pouvoir politique veut faire une démonstration d’inflexibilité à l’égard d’une petite minorité de médecins et d’infirmiers qui lui sert de bouc-émissaire. Il entend ainsi continuer de punir, châtier. La logique de la pénitence permet d’esquiver les vrais débats autour des responsabilités politiques par exemple sur la situation de l’hôpital. Il manifeste sa volonté de soumettre jusqu’au bout une minorité réfractaire, assimilée au « camp du mal », avec les GJ, les anti passe ou anti éoliennes, bref, les complotistes et les sans dents – ses ennemis naturels. Ce pouvoir tient sa légitimité depuis l’origine d’une prétendue lutte contre le « populisme ». Et ce n’est pas fini. Il a donc besoin de désigner ses ennemis à abattre. Ses raisons sont idéologiques. Bravo à l’union des oppositions à l’Assemblée nationale pour exiger la réintégration des soignants, elle montre que la démocratie parlementaire, même de manière exceptionnelle – une fois n’est pas coutume – peut encore avoir un sens. Leur combat est celui de la liberté, de la démocratie et de la justice.

MT

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Démence politicienne

On aurait pu imaginer que la politique française, exécutif comme législatif, se penche sérieusement sur les sujets qui préoccupent ou font souffrir les Français: l’inflation, le chômage, l’insécurité, la pauvreté, l’effondrement du niveau scolaire et la pagaille dans les lycées, l’immigration clandestine, les urgences hospitalières, la dégradation des transports publics, le déclin des libertés et de la démocratie, etc. Mais non, depuis une semaine, l’actualité politique française se focalise sur la « constitutionnalisation de l’IVG », qui ne sert strictement à rien, puisqu’aucun parti ni aucun responsable politique ne le met en cause. L’idée, c’est juste de faire comme aux Etats-Unis. Elle est venue du parti macroniste et reprise par la Nupes. Il faut noter que toute la classe politique est d’accord, y compris le parti lepéniste – à l’exception de quelques dissidents courageux (de tous les partis). Or, on est dans la pure magouille d’une classe politique qui se protège: quand on parle de cela – qui ne sert strictement à rien – on ne parle pas d’autre chose, des souffrances du pays et des scandales politico-financiers (MacKinsey par ex). L’opération devait servir de piège à surmulot: si tu ne marches pas au pas dans le grand consensus du bien, tu es un réac anti IVG, antiféministe, bref une sorte d’infame gaulois réfractaire et tu entres dans le camp du mal, avec les GJ, les anti passe sanitaires, les non-vaccinés ou les anti-éoliennes, ceux là même qui roulent au diésel et qui fument des clopes. Alors, l’immense majorité de grands lâches, incluant les partis extrêmes, de droite comme de gauche, accepte de marcher au pas. Il faudrait qu’un jour, quelqu’un ait le courage de rappeler l’essentiel: une Constitution sert à définir l’organisation des pouvoirs publics et les fondements juridiques de la communauté nationale. Elle n’est pas le réceptacle des délires quotidiens d’une classe politique déconnectée et en mal d’esbroufe.

MT

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Uniforme à l’université, les risques d’une dérive idéologique

  • « Je propose que désormais, tous les élèves portent la même tenue vestimentaire. Pour deux objectifs d’ailleurs : à la fois un objectif de laïcité, impératif, je vous fais remarquer que nous le faisons déjà en France, dans les territoires métropolitains, et ça fonctionne très bien. Mais aussi pour un autre objectif, plus social : j’en ai assez de repérer dans les salles de classes, à la tenue qu’ils portent, aux vêtements à la mode qu’ils portent, les enfants issus d’un milieu favorisé et ceux issus d’un milieu défavorisé. Nous repartons à la conquête.
  • Donc c’est l’uniforme, pour dire les choses simplement.
  • Oui, c’est l’uniforme. La République n’a pas à avoir honte de ses valeurs sacrées. L’école, le collège, le lycée, l’université sont des espaces sacrés. Nous avons trop reculé, nous avons trop reculé sur un concept…« 

La proposition d’uniforme à l’université est typique d’une conception de plus en plus répandue de la vie politique. L’université fait face à des problèmes gigantesques et fondamentaux: l’effondrement du niveau scolaire qui se retrouve évidemment sur les bancs de l’université et dans la dévalorisation des diplômes, la précarité de nombreux étudiants qui sont réduits aux files d’attente devant les soupes populaires – ce n’est pas un mythe – les défaillances du dispositif d’orientation scolaire qui aboutit à ce que de nombreux anciens lycéens se retrouvent dans des filières universitaires inadaptées à leur profil au risque de perdre des années de leur vie. Telle est la réalité du monde universitaire aujourd’hui.

Alors, pour fuir la réalité, parce qu’on n’a pas le courage ni la volonté de regarder en face les questions dramatiques qui conditionnent l’avenir de la société française, on donne des coups de menton, on lance des propositions choc dont l’objectif est de séduire l’opinion. L’idée d’uniforme à l’université est de celle-là. En soi elle est inadmissible. L’université est un lieu de liberté d’expression, d’intelligence, de réflexion et de pensée. Elle n’est pas une caserne destinée à embrigader les étudiants dans un moule unique dont l’uniforme serait le reflet. L’idée d’uniformisation en réponse au problème du voile islamique manifeste une fuite devant la réalité. Pour ne pas avoir à trancher sur cette question particulière et bien spécifique qui concerne une minorité d’étudiantes, on s’en prend à la vie quotidienne de l’ensemble du monde universitaire.

L’auteur de cette proposition dément aujourd’hui l’avoir faite. En réalité, ce qui est frappant, c’est qu’elle correspond quand même à l’air du temps et à la pratique. Il se trouve toute une fraction de l’opinion pour l’approuver. Sa logique est celle de l’autoritarisme impuissant ou du coup de menton stérile. On en crève…

[NB: je dis tout cela en tant que chargé d’enseignements dans l’une des universités les plus populaires de la région parisienne Paris-Est-Créteil… ]

MT

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Analyse du débat entre les candidats à la présidence LR (pour Atlantico)

Ce lundi avait lieu le débat des candidats à la présidence de LR. Qui vous semble avoir pris l’ascendant dans ce débat ? 

Il est difficile de parler vraiment d’ascendant de l’un ou de l’autre car ce débat ne ressemblait pas à un affrontement direct entre adversaires mais à un échange d’idées sur un ton plutôt courtois. Chacun était dans son rôle. Eric Ciotti jouait sur la fibre populaire (pour ne pas dire « populiste ») à invoquant la figure du « chef » à plusieurs reprises et en affichant des propositions destinées à séduire l’opinion, notamment sur la priorité absolue donnée à la baisse des impôts. Bruno Retailleau était dans une posture axée sur le sérieux – volonté de lutter contre les déficits et la dette – et la souveraineté, mettant l’accent sur le patriotisme et  parlant sans complexe de la France. Aurélien Pradié jouait sur l’image du renouvellement, d’audace et de jeunesse. Il m’a semblé un cran en dessous des deux autres candidats, avec des propositions assez aventureuses et irréalistes sinon démagogiques comme l’uniforme à l’université ou le rejet a priori de toute réforme des retraites même si elle devait aller dans un sens correspondant aux thèses traditionnelles du parti. Bruno Retailleau avait l’avantage de la position centrale et celle d’être le dernier à parler. Il m’a paru être le plus clair dans ses réponses (y compris sur la question piège pour lui de l’inscription du droit à l’avortement dans le Constitution, sur laquelle Eric Ciotti évitait de se prononcer).  

Qu’est ce que ce débat nous apprend de l’état idéologique du parti ? 

Ce débat était plutôt d’un bon niveau sur la forme comme sur le fond. Il nous apprend que quel que soit son futur président, l’hypothèse d’un ralliement à la présidence Macron ou d’un accord de gouvernement avec Renaissance sera écartée. Les trois candidats l’ont exclue avec la même fermeté – refusant ainsi catégoriquement la ligne défendue par Nicolas Sarkozy. Tous les trois ont eu des mots très hostiles au chef de l’Etat excluant toute perspective de rapprochement. La ligne à venir sera, quel que soit le vainqueur : « ni Macron, ni le Pen ». Le parti est donc appelé à se reconstruire sur un double rejet, celui des deux finalistes aux deux dernières présidentielles. Les trois font le pari qu’il existe un espace pour une troisième voie, et que les prochaines élections seront marquées par un rejet populaire du macronisme. Ils expriment la volonté d’offrir aux électeur une alternative à l’accession à l’Elysée de Marine le Pen. Pour autant, les trois candidats ont aussi marqué leur volonté de rompre avec le principe de diabolisation qui assimile toute fermeté sur le régalien – immigration et sécurité – avec « l’extrémisme de droite ». Sur l’immigration notamment, ils étaient en plein accord quant à la nécessité de restaurer la maîtrise des flux migratoires rivalisant de propositions musclées contre les passeurs criminels et l’immigration clandestine. C’est une autre certitude : quel que soit le vainqueur, le futur parti sera orienté sur une ligne nettement plus à droite, avec l’objectif de récupérer une partie du vote passé chez Eric Zemmour ou Marine le Pen. La difficulté dès lors sera d’éviter une rupture avec le centre non macroniste, dont l’apport électoral est vital pour la droite.

Quelle peut être l’utilité et l’importance de ce débat dans le choix du prochain président du parti ? 

Concernant l’avenir du parti – qui pourrait changer de nom – deux lignes étaient en présence : d’une part celle d’Eric Ciotti qui souhaite désigner sans tarder le « chef » comme il dit ou le futur candidat à l’élection présidentielle de 2027, Laurent Wauquiez ; d’autre part celle de Bruno Retailleau et d’Aurélien Pradié, estimant que la priorité est de rebâtir le parti sur les idées et le choix d’une ligne avant de désigner son candidat. En réalité, malgré les nuances idéologiques entre les uns et les autres, ils sont d’accord sur l’essentiel notamment le refus de toute compromission avec l’actuel chef de l’Etat et sa majorité. C’est donc sur cette question stratégique que les adhérents vont être amenés à se prononcer : l’incarnation ou les idées d’abord ? Autrement dit, l’homme providentiel ou le projet politique ? De ce point de vue, la ligne Ciotti semble assez fragile : elle consacre une personnalisation à outrance de la vie politique donnant le sentiment aux électeurs que les responsables publics privilégient leur destin personnel sur l’intérêt général. Elle tend à raviver les guerres d’ambition tout en surexposant le candidat pré-désigné… Eric Ciotti parle de la « tradition gaulliste » mais de Gaulle ne fut jamais désigné par un parti, ni le 18 juin 1940 ni le 30 mai 1958.

MT

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Emission Répliques d’Alain Finkielkraut sur France Culture, avec Franz Olivier Giesbert, le 19/11/2022 au sujet des années 1970

« On avait l’impression que l’avenir était ouvert, qu’on pouvait presque changer le monde »(F-O Giesbert)

« Lorsqu’on pose la question comme ça, évidemment on a envie de dire « Ben non, c’était pas mieux avant », mais oui, c’était quand même mieux avant, au moins sur un point qui est très important : on avait l’impression que l’avenir était ouvert, qu’on pouvait encore faire plein de choses, qu’on pouvait presque changer le monde, le monde nous appartenait. Il y a un chiffre très simple qui explique tout ; le niveau de vie en 1975 après le premier choc pétrolier en France était le cinquième au monde ; il y a un an ou deux, il était tombé au vingt-sixième rang, vous voyez un peu cette dégringolade. Ca explique beaucoup de choses dont ce sentiment de déclin que vivent beaucoup de Français dans leur chair. Evidemment, le niveau de vie a augmenté, il a augmenté partout dans le monde, mais on a augmenté moins vite. Dans le monde on n’a plus la place qu’on avait, on est sur une pente descendante, et cela va en s’accélérant. » Franz-Olivier Giesbert ,

« Il y a aussi autre chose : c’était cette espèce de foisonnement culturel qui était encore présent et fascinant. Dans le monde, on regardait la France. Aujourd’hui, le capital culturel dans le monde c’est plutôt New-York, Londres, Berlin. Mais je ne dis pas que la France ne reviendra pas, je ne suis pas décliniste, il faut juste identifier les problèmes, les régler. » Franz-Olivier Giesbert

« La baisse du niveau scolaire aujourd’hui n’est pas un fantasme » (M. Tandonnet)

« Je pense qu’on était plus libres, je pense à Coluche, Thierry Le Luron, cet humour qui existait à l’époque a quasiment disparu aujourd’hui et serait considéré comme intolérable voire interdit. Je crois aussi que la baisse des écoliers est évidente. On avait une instruction dans les collèges, les lycées, la baisse du niveau scolaire n’est pas un fantasme. Un lycéen moyen des années 70 avait entendu parler de Napoléon, il connaissait Voltaire, Montesquieu, il avait une base, une curiosité intellectuelle. Il y a ce déclin économique bien sûr, mais le déclin intellectuel est plus grave encore, et la baisse du niveau scolaire est devenue dramatique. Quand on regarde le déclin de l’enseignement du français, c’est incroyable, la baisse du nombre d’heures enseignées en collèges et lycées vient aussi de là, on n’enseigne plus ce qu’on nous enseignait et que nous adorions. Le déclin de l’Education nationale vient aussi de là (…) »  Maxime Tandonnet.

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Le paradoxe du pouvoir

Bien sûr nous espérons tous des jours meilleurs pour la France et pour l’humanité. Nous espérons que cette guerre débile et absurde entre la Russie et l’Ukraine, une des guerres les plus imbéciles de l’histoire, qui anéantit des vies et fait la ruine des deux pays, l’un comme l’autre, et de l’Europe dans son ensemble, prendra fin dans les mois qui viennent. Nous avons même le droit de rêver, pour nos sœurs et nos frères slaves, l’avènement de la liberté et de la démocratie qu’ils n’ont (presque) jamais connues et au-delà l’émergence d’une Europe de civilisation, de l’Atlantique à l’Oural dont parlait le Général. Le droit de rêver ne figure pas dans la Déclaration de 1789, mais il est pourtant l’une des libertés les plus fondamentales. A quoi bon la vie sans lui? Nous espérons tous la victoire des Iraniennes au nom de la liberté de ne pas porter le voile islamique, la chute de l’immonde théocratie islamo-fasciste – qui a longtemps enthousiasmé nos brillants intellectuels gauchistes, après Mao et Pol Pot. Pourquoi ne pas y croire? Et puis, nous espérons que malgré les tentatives multiples (et infructueuses) de réinstiller la peur panique à propos de nouveaux variants dans l’objectif de rétablir l’ordre covidesque, le cauchemar de la crise sanitaire est bel et bien derrière nous. Et qu’ainsi, le monde qui vient sera peut-être un peu plus heureux que celui qui meurt. Mais il faut bien comprendre une chose: si la paix et la tranquillité font le bonheur des peuple, elle font aussi le malheur des mauvais dirigeants politiques. Ceux-ci prospèrent dans la peur et le chagrin qui leur permettent de gesticuler, fanfaronner, donner des coups de menton, de se présenter en chefs de guerre – ou dictateurs au sens romain du terme. Le crise est leur élément vital, leur raison d’être. C’est pourquoi ils ne font rien de sincère qui aille dans le sens de l’accalmie durable et du bonheur collectif. Dans leur besace, ils ont mille idées en attente pour raviver l’incendie sous une forme ou sous une autre – chefs de guerre.

MT

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Emission Répliques sur France Culture

Demain matin, à 9H05, vous pourrez m’entendre sur France Culture, l’émission Répliques, d’Alain Finkielkraut, avec Franz Olivier Giesbert sur le thème de la nostalgie des années 1970.

Bien cordialement

Maxime

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L’esprit néo-totalitaire

Le Figaro: « La mairie de Paris-Centre a-t-elle cédé sous la pression d’activistes LGBT ? Elle devait accueillir ce dimanche un colloque dédié «aux nouveaux enjeux des parents», avec une table ronde sur «la fabrique de l’enfant transgenre» autour du Dr. Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, et de la psychanalyste Céline Masson. Des intervenants qualifiés publiquement de «chercheurs aux positions controversées» par la mairie qui se dit «engagée contre toutes les discriminations et contre la transphobie».

Nous vivons l’époque d’une nouvelle idéologie sans doute minoritaire quantitativement mais dominante au sens où elle accapare les milieux dirigeants et influents dans le monde occidental: elle se fonde sur le libre arbitre dans un monde où chacun est son propre dieu revendiquant le droit absolu d’autodéfinir son identité en déterminant soi-même sa résidence par delà les frontières, son nom ou encore, son sexe. Elle est le produit d’un monde sans dieu et réalise la prophétie de Nietzche: devient ce que tu es. Comme toutes les idéologies totalitaires, elle vise à engendrer cet homme neuf, apuré de toutes les contraintes de la culture et de la civilisation et ainsi infiniment malléable: d’où son acharnement à favoriser la table rase, le nivellement et le déclin scolaire. Mais surtout, elle vise à combattre, à détruire, à tuer par tous les moyens tout ce qui lui fait obstacle. D’où la décision de la mairie de Paris de s’opposer à la prise de parole de Caroline Eliacheff et Céline Masson. On se croirait revenu au temps des régimes totalitaires du XXe siècle, à la chasse à l’opposant ou au dissident.

MT

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Lecture: Churchill, Andrew Roberts, traduction d’Antoine Capet, Perrin novembre 2022 (édition prestige)

Les éditions Perrin publient en cette fin d’année, en format prestige (35 €), couverture luxueuse et nombreuses illustrations, un livre absolument hors du commun: la biographie de Churchill par Andrew Roberts, traduite par Antoine Capet qui fut un immense succès de librairie.

Un superbe cadeau de Noël pour les amateurs et les curieux d’histoire contemporaine.

Ce livre prend à la gorge dès les premières lignes pour ne plus vous lâcher tout au long de ses 1300 pages qui se lisent d’une traite. Une sorte de biographie parfaite, vivante, comme les Britanniques savent si bien les écrire, oscillant en permanence entre le quotidien et la grande histoire.

A la différence d’autres biographies de Churchill, ce livre nous fait découvrir l’homme en même temps que l’homme d’Etat. Et là, stupeur. Avec un talent hors pair, il nous raconte comment un personnage imprévisible, exubérant, se trompant souvent, franchement incorrect dans ses idées, pleurnichard, caractériel, invivable au jour le jour, transcende, sublime tous ses défauts pour s’imposer comme l’un des plus grands héros de l’histoire de l’humanité – en tout cas du XXe siècle.

Dès l’origine, Churchill est une sorte de paria. D’une mère américaine et d’un père issu de l’une des plus prestigieuses familles de la noblesse britannique, lord Randolph Churchill, fils du 7e duc de Malborough, homme politique ayant exercé les fonctions de chancelier de l’Echiquier, ses relations avec sa famille sont distantes et difficiles. De pensionnat en pensionnat, indiscipliné, il subit des châtiments corporels et les moqueries que lui valent son physique de « bouledogue ». Winston est rempli d’admiration pour son père, qui pourtant lui renvoie une forme de mépris: « Parce que je suis certain que si tu ne peux t’empêcher de poursuivre la vie indolente et sans résultat tangible que tu as menée pendant ta scolarité […] tu ne feras qu’un raté de la société […] et ton existence finira par dégénérer dans le malheur, la bassesse et la futilité. »

Son début de carrière est en effet chaotique. Soldat, il s’illustre lors de la guerre des Boers (Afrique du Sud), notamment par une évasion réussie. Reporter des armées, il se fait connaître du grand public par ses reportages sur tous les théâtres des conflits coloniaux (Indes, Soudan…). Succédant à son père, il est élu député à la chambre des communes du Conservative party. En octobre 1911, il est nommé premier Lord de l’Amirauté – ou ministre de la marine. Son nom pendant la Grande Guerre, s’attache à une bévue monumentale, l’assaut des Dardanelles (Empire Ottoman) en 1915 qu’il a inspiré et qui s’achève par un retentissant et sanglant fiasco avant de se porter volontaire pour servir dans la guerre des tranchées, au péril de sa vie qu’il n’hésite pas à exposer.

Dans l’entre-deux guerres, Churchill se manifeste par son extravagance. Ayant rompu avec le Conservative party avant guerre pour se rapprocher du Liberal party, il y retourne au milieu des années 1920. Mais il se signale en permanence par des prises de position jugées parfois douteuses à l’époque et qui seraient considérées comme monstrueuses au regard des valeurs dominantes d’aujourd’hui: un anticommunisme viscéral, ne cachant pas ses sympathies envers Mussolini (jusqu’à 1935), remerciant les fascistes italiens pour avoir selon lui « rendu service au monde entier » par leur combat contre « les appétits bestiaux du léninisme », son engagement pro-impérialiste et opposition radicale à toute idée de décolonisation voire même d’autonomie de l’Inde: « Mes opinions sur les Indes me satisfont parfaitement et il n’est pas question pour moi de les laisser ébranler par un de ces satanés Indiens ».

D’un caractère compliqué, il terrorise ses secrétaires avant de s’excuser platement, boit au moins une demi bouteille de champagne par jour et beaucoup de whisky à l’eau de Seltz, sombre dans de violentes colères hystériques et interminables lorsqu’il entend dire du mal de ses amis, mais redevient petit garçon devant sa femme, Clementine, joue en permanence avec l’autodérision. Churchill assume et même théorise le chaos de sa vie et de ses idées: « J’ai fait des tas de choses  stupides qui ont bien tourné et des tas de choses judicieuses qui ont mal tourné. Le malheur d’aujourd’hui peut conduire à la réussite de demain. » Tellement vrai… Il a d’étranges manies comme celle de construire de ses mains des murs dans sa propriété de Chartwell. L’ouvrage fourmille d’anecdotes qui mélangent l’humour à la tragédie. Dans un train, après un repas bien arrosé, Churchill commande au serveur une bénédictine. Puis, ayant entamé un énorme cigare, il réclame un cognac. « Mais Monsieur le Premier ministre vous venez de boire une bénédictine » lui dit le serveur. « Je sais; je veux du cognac pour la faire passer! »

Comment alors devient-il cet immense héros de l’histoire que nous connaissons aujourd’hui? Une horreur insatiable, violente, mortelle de l’hitlérisme, un mépris cinglant envers Hitler et ses tortionnaires devient la boussole de sa vie et de sa pensée à partir des années 1930 avec une obsession: détruire la barbarie.   Churchill entre en guerre contre la politique d’apaisement de la classe dirigeante britannique envers l’Allemagne hitlérienne, incarnée par Lloyd George, Baldwin et Chamberlain. Entouré de quelques amis de son club, The Other, tel Antony Eden, il fustige avec indignation chaque concession à la terreur nazie. A la veille des accords de Munich, il écrit à Lloyd George des mot appelés à devenir célèbres: « Je crois qu’il va nous falloir choisir entre la guerre et la honte […] et je n’ai guère de doute sur ce que sera la décision ».   La virulence de ces critiques contre la politique d’apaisement lui vaut la détestation de son propre parti qui veut l’exclure et lui retirer l’investiture. A la Chambre, quand il refuse de se lever pour saluer le départ de Chamberlain à Munich le 29 septembre 1938, il est conspué, sifflé, hué: « Debout, debout! »

Au lendemain de la signature des accords de Munich, par lesquels la France et l’Angleterre trahissent l’allié tchécoslovaque en l’abandonnant aux conquêtes hitlériennes, contre l’euphorie qui embrase la classe dirigeante britannique, persuadée que la paix est sauvée, Churchill écrit: « Je vais commencer par dire la chose la plus impopulaire et la moins bien venue: nous venons de subir une défaite complète, sans rémission. » Puis, « Il ne pourra jamais y avoir d’amitié entre la démocratie britannique et la puissance nazie, cette puissance qui bafoue la morale chrétienne, qui glorifie sa marche en avant par un paganisme barbare, qui vante l’esprit d’agression et de conquête, qui tire sa force de son plaisir perverti de la persécution […] violence meurtrière avec une brutalité sans pitié. » 

Churchill auquel les événements donnent raison est de retour à l’Amirauté le 3 septembre 1939, à la suite de l’attaque allemande contre la Pologne. Puis à la suite du déclenchement de la guerre éclair, le 10 mai 1940, soutenu par l’opinion publique, le roi Georges VI et une majorité trans-partisane de la Chambre des Communes, il remplace le faible Chamberlain au poste de Premier ministre. La force de l’homme de l’histoire tient à sa phénoménale détermination et son génie des formules qui bouleversent les cœurs et entraînent dans un irrésistible élan: « Je voulais dire à la Chambre, je n’ai rien à proposer, si ce n’est du sang, des efforts, des larmes et de la sueurs. Nous avons devant nous une épreuve de la plus grande cruauté. Nous avons devant nous beaucoup, beaucoup de longs mois de lutte et de souffrance. Vous me demandez: quelle est votre politique? Je répondrai: c’est de faire la guerre, sur mer, sur terre, dans les airs, avec toute la force que Dieu peut nous donner; de faire la guerre contre la plus monstrueuse tyrannie jamais surpassée dans le sombre et lamentable catalogue du crime humain […] Mais j’assume ma tâche le cœur vaillant et plein d’espoir. »

La suite ne fait que consacrer l’accomplissement de la volonté de Churchill. Chaque bombardement sanglant de l’Angleterre, destiné à décourager la population, ne fait au contraire que renforcer son unité autour de son leader. Promesse tenue: les représailles sur l’Allemagne ne tardent pas. Puis, les prédictions de Churchill se réalisent une à une: L’URSS entre dans la guerre ce qui donne lieu la première rencontre entre les deux géants, Staline et Churchill qui se haïssent au départ mais sont réunis par la volonté de détruire le nazisme. Puis les Etats-Unis interviennent à leur tour, à la suite de l’attaque de Pearl Harbor, mais déjà fortement engagés dans le soutien au Royaume-Unis par le système du prêt bail. La complicité – rugueuse par moment et profondément amicale- entre Churchill et le président Roosevelt, fait aussi l’objet de passionnants – et parfois comiques – épisodes de l’ouvrage.

S’adressant à la foule, à la suite de la capitulation allemande, le 7 mai 1945, le Premier ministre lui lance : « C’est votre victoire! » Le public lui répond dans une immense clameur: « Non c’est la vôtre! » Puis il reprend: « C’est la victoire de la liberté, de toute notre histoire, nous n’avons jamais connu plus grand jour qu’aujourd’hui. Chacun, homme ou femme, a fait de son mieux. Chacun a essayé. Ni les longues années, ni les dangers ni les féroces attaques de l’ennemi n’ont en quoi que ce soit, entamé la détermination indépendante de la nation britannique. »

Ce livre illustre à merveille ce qui fait la force d’une authentique démocratie. Churchill n’est pas un autocrate et encore moins un dictateur. Ses décisions émanent d’une discussion interne au War Cabinet. Il s’entoure de responsables civils et militaires qui lui tiennent tête, choisis pour leur forte personnalité et leur intelligence. Il ne supporte pas les courtisans qui ne durent jamais longtemps auprès de lui. Il n’a pas besoin de larves obséquieuses autour de lui mais de caractères. Il attend de son entourage qu’il lui résiste même violemment quand c’est nécessaire et qu’il réponde à ses colères. Il dirige le Royaume-Uni non par des oukases impérieux, lancés de là-haut ou des coups de menton prétentieux, mais par la force de conviction et de persuasion. Il peut arriver que des hauts responsables, y compris des généraux ou amiraux refusent d’appliquer ses ordres, en pleine guerre: cela signifie qu’il n’a pas réussi à les convaincre du bienfondé de ses initiatives. Mais quand son génie s’exprime au travers des formules magiques, il entraîne tout un peuple derrière lui.

MT

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Menace sur la liberté d’opinion et d’expression

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Ces deux articles de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen sont-ils en train de dépérir? La loi définit strictement les limites de la liberté d’expression: diffamation, insulte ou appel à la haine. Pour le reste, ce qui n’est pas interdit est autorisé. Cependant, nous vivons une époque de remise en cause de la liberté d’expression, comme une forme d’encasernement idéologique de la société – bien au-delà des interdits destinés à protéger les personnes contre des abus. L’opinion doit suivre un droit chemin défini par les institutions, une pensée correcte ou acceptable, et tout ce qui s’en écarte mérite châtiment.

Ci-dessous la lettre d’un professeur agrégé de philosophie mis au ban en raison de l’expression de ses idées (qui ne contreviennent en aucun cas aux garde-fous mis en place par la loi). Il lui est reproché de ne pas penser comme le gouvernement, l’administration, les institutions, de s’éloigner de la norme idéologique ou de la pensée conforme. M. René Chiche a écrit un livre qui dénonce le déclin scolaire (La désinstruction nationale aux éditions Ovadia). L’intention de sanctionner un professeur de philosophie pour son esprit critique (quelles que soient ses idées bien entendu) me semble être sans aucun précédent. Le goût amer de la censure semble se banaliser dans notre pays. A-t-on jamais songé, dans l’histoire à punir un professeur de philosophie (qui plus est syndicaliste) pour ses idées en France? N’est-ce pas un signe supplémentaire, particulièrement inquiétant, d’une société qui s’enfonce dans le conformisme?

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Dans une lettre de quatre pages en date du 16 septembre qui m’a été adressée en recommandé avec accusé de réception par le recteur de l’académie d’Aix-Marseille et signée par le nouveau secrétaire général de ladite académie, j’apprends que j’aurais « commis des faits » (sic) d’une particulière « gravité » en exprimant certaines opinions sur le réseau social Twitter nécessitant l’engagement d’une procédure disciplinaire lourde à mon encontre, avec tout le tralala à savoir convocation devant une commission administrative paritaire académique des agrégés siégeant en formation disciplinaire invitée à apprécier et sanctionner mes prétendus manquement à mes obligations professionnelles, « notamment en termes de loyauté, de correction, de dignité, de réserve, de neutralité, d’exemplarité ainsi que d’atteinte à l’image et à la réputation du service public d’enseignement ».

Cette lettre que je ne peux pas rendre publique pour l’instant consiste à citer avec moult inexactitudes une vingtaine de mes propos tenus sur le réseau social Twitter parmi les dix-sept mille six cents que j’y ai publiés depuis que j’y suis inscris. J’ai mis deux jours à la lire jusqu’au bout tant elle me tombait des mains à chaque ligne. En la lisant me sont revenues les paroles que Platon met dans la bouche de Socrate au moment de son procès : en écoutant mes accusateurs, j’ai presqu’oublié qui j’étais tant leur discours étaient persuasifs. Mais passons. Ce procédé rhétorique est en l’espèce si mal employé qu’il ne mérite pas que je vienne mêler Socrate à cette farce. Je n’ai pas coutume de faire état des mots de remerciements que je reçois parfois de la part d’anciens élèves : je me contente d’en glisser quelques-uns dans mon petit cartable, cartable que je n’ouvre d’ailleurs jamais mais que je ne quitte jamais non plus pour cette raison, et cela me suffit pour me rappeler qui je suis.

L’engagement de cette procédure disciplinaire m’a été annoncé alors que je suis fort impliqué dans les élections professionnelles, conduisant notamment la liste d’Action & Démocratie/CFE-CGC au scrutin du Comité social d’administration ministériel et figurant également en position éligible sur la liste que nous présentons au Comité social d’administration de l’académie d’Aix-Marseille. Inutile de souligner que les membres de ladite commission paritaire siégeant en formation disciplinaire, s’agissant de ceux qui y représentent les personnels, sont également candidats à ces élections en sorte que l’on me convoque à une commission composée de représentants d’organisations syndicales concurrentes, et dont certains sont, qui plus est, des adversaires, voire des ennemis personnels de longue date comme peuvent en témoigner quelques-uns ici même.

J’ai été contraint, samedi 5 novembre, à rendre public le fait qu’une procédure disciplinaire était engagée contre moi car cette nouvelle avait commencé à circuler au sein de l’académie alors que, depuis plus d’un mois, je m’astreignais à ne pas en dire un mot, étant par ailleurs entièrement occupé à la préparation d’élections professionnelles dont l’enjeu pour l’avenir de l’éducation nationale est décisif.

Depuis fin décembre 2021, je suis harcelé et régulièrement diffamé sur Twitter et d’autres hauts lieux de l’intelligence et de l’élégance après que Madame […] ait annoncé qu’elle portait plainte contre moi en réaction à un propos qu’elle n’a évidemment pas lu attentivement, libérant à mon endroit une parole haineuse et parfois pire. Plusieurs députés, responsables d’associations anti-racistes, gardiens auto-proclamés de la bonne pensance en France ainsi que plusieurs personnalités publiques, encouragés par [cette] sortie, ont réclamé ma tête, qui auprès de l’éducation nationale, qui auprès de la CFE-CGC et qui auprès de Twitter. Un fou furieux qui faisait partie de mes relations amicales ici jadis m’a même accusé, suite à mes propos en faveur de la paix, d’être une canaille poutinienne. Je ne parle même pas de Sophia Aram, de Raphaël Enthoven et de toute la clique. Encore avant-hier, un chef d’établissement sous anonymat sur Twitter me traitait avec autosatisfaction de connard et je ne sais plus quoi, jusqu’à ce que je cite son chef d’œuvre en le commentant d’un sobre « il suffit ! » et qu’il le supprime en ne ratant pas une nouvelle occasion de faire le malin. Un chef de cabinet […] s’est également permis de m’insulter à deux reprises sur Twitter dont la dernière fois en se vantant publiquement de « bloquer ce cinglé de R Chiche ». Un chef de cabinet du ministre de l’éducation de l’époque, Jean-Michel Blanquer, dont l’effectivité du travail au cabinet reste à établir, soit dit en passant !

Quelle infâmie en vérité, je vous le dis !

Cette procédure est scandaleuse. Ceux qui se servent de l’institution pour me poursuivre et satisfaire un désir de vengeance personnelle vont le payer cher. Ceux qui, au sein de l’institution, se servent de leurs fonctions pour y prêter leur concours vont aussi le payer cher. La turpitude ne triomphera pas. Pas cette fois.

MT

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Enseignement des mathématiques, responsables et coupables

La déconstruction méthodique de l’éducation nationale demeurera sans doute le plus obscur souvenir du macronisme quand celui-ci aura disparu. En 2019, la suppression de l’enseignement obligatoire de mathématique qui devenait une option, en restera l’une des plus emblématiques initiatives. la France brillait jadis par l’enseignement des mathématiques, raflant les médailles Field (équivalent du prix Nobel). Mais en 2019, le classement international Timss la classait dernière en Europe à égalité avec la Roumanie et avant-dernière de l’OCDE devant le Chili. Alors, le macronisme n’est pas seul responsable. Il n’a fait que porter à son paroxysme une idéologie de nivellement et de démagogie. Les mathématiques seraient à ses yeux une matière trop aride et trop sélective pour être imposée aux collégiens et aux étudiants. Aujourd’hui, dans leur logique habituelle de communication, les dirigeants du pays se lavent les mains en les réintroduisant dans l’enseignement: quelques heures en premières destinées à réconcilier (sic) les jeunes avec cette matière. Pourtant, le mal est fait: les maths sont dévalorisées et le message est passé: trop difficiles et inégalitaires… D’ailleurs, presque plus personne ne veut les enseigner. A CAPES de 2022, le nombre de candidats admissibles (816) était inférieur au nombre de postes mis au concours (1035)…. Le mal est fait, désastreux , dramatique… Il faudra bien que tout ceci se paye un jour.

MT

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Océan Viking, recentrer le débat

Quelques statistiques pour commencer: en 2020, l’Europe a accueilli au titre de l’immigration 1,9 million de ressortissants de pays tiers (hors UE). Les entrées clandestines notamment par voie maritime sont estimées à 200 000. Le nombre de demandeurs d’asile est d’environ 600 000. Celui des décès par noyades lors de la traversée de la Méditerranée est de 1500 à 3000. L’attention médiatique – radio télévision – donnée au débarquement de l’Océan Viking à Toulon, est sans doute disproportionnée si l’on s’en tient à la réalité statistique de l’immigration en Europe. 233 migrants, cela représente à peine 0,01% des entrées en Europe. Elle tient à l’emprise écrasante de l’image et de l’émotion sur l’examen objectif des réalités. Mais sur le plan du symbole, l’impact de ce débarquement est gravement préoccupant. Il montre aux opinions européennes l’échec ou l’impuissance d’une Europe et de ses Etats dans la lutte contre les filières criminelles qui sévissent au sud de la Méditerrané et jettent à la mer des migrants sur des embarquements de fortune au risque de leur vie; la capitulation de la puissance publique face au trafic des personnes. Il déchire les Etats européens (Italie-France) au moment où l’Europe devrait s’unir pour lutter contre ces phénomènes. Il déchaîne les rages idéologiques aux limites de la guerre civile entre partisans de l’accueil inconditionnel et l’effacement des frontières (no border) et les courants anti-immigration. Il favorise une violente et viscérale poussée du racisme en Europe sous toutes ses formes – dont nous verrons un jour les conséquences. Il aggrave le sentiment d’une fracture entre les élites politiques qui paraissent déterminées à favoriser l’accueil et les peuples majoritairement hostiles à l’immigration selon tous les sondages. Il donne une image miséreuse de l’immigration – alors qu’elle pourrait être autre chose et diabolise son image. Il éloigne l’Europe et ses Nations du débat serein autour de ces questions de l’organisation et de la maîtrise des flux migratoires – qui serait tellement nécessaire. Alors beaucoup d’hypocrisie s’exprime autour de ce dossier. Les uns jouent les sainte-Nitouche vertueuses, généreuses et l’esprit ouvert. Les autres gesticulent en espérant récupérer une colère populaire après l’avoir bien attisée. En profondeur, tout le monde est perdant; sauf les filières esclavagistes qui triomphent et s’enrichissent.

MT

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Politique, la tentation suicidaire de la compromission (pour Atlantico, avec M. Christophe Boutin)

Selon les  informations du Figaro, plusieurs parlementaires LR veulent abandonner la stratégie d’opposition systématique au gouvernement et renouer avec «l’esprit de responsabilité»” et la “culture de gouvernement” qui fait leur “ADN”. Cette justification a-t-elle un sens ?

Parler « d’opposition systématique » est inexact. Le choix fait par les députés de droite classique est de se prononcer au cas par cas sur les projets de loi en fonction de l’intérêt du pays – tel qu’ils le conçoivent. Depuis l’été 2022 mais aussi 2017, plusieurs textes proposés par le gouvernement ont été votés avec l’apport de voix LR. Quant à « renouer avec l’esprit de responsabilité », la formule est trompeuse. De fait, les députés de droite classique, les 62, ont été élus sur une ligne générale d’opposition au macronisme. Si leurs électeurs avaient voulu soutenir le pouvoir macroniste – lui donner une majorité absolue – ils auraient voté pour Renaissance et ses alliés, et non pour des candidats LR. Ainsi, l’attitude des quelques députés LR qui manifestent aujourd’hui (discrètement) leur intention de rejoindre la majorité et reconstituer artificiellement une majorité absolue, contre le choix de leurs électeurs, ne relève pas d’une culture de gouvernement mais d’une culture d’opportunisme, sinon de trahison.  A l’heure où l’abstentionnisme atteint un record absolu de 60% aux élections législatives, ce genre de comportement ne peut qu’aggraver la crise de confiance en la politique.
 
Dans quelle mesure le macronisme se révèle-t-il être un piège pour LR ?

Cette troisième vague de ralliements (éventuels et très minoritaires) comme l’idée d’un « pacte de gouvernement » entre LR et le chef de l’Etat me semblent procéder d’une vision fausse de la situation. Elle repose sur l’idée d’une base idéologique commune entre le macronisme et la droite. Mais sur l’immigration, la sécurité, le recours sans compter à la dépense publique, aux déficits et à la dette publique, la désindustrialisation, le nivellement scolaire, les sujets sociétaux (PMA sans père), le macronisme ne fait que poursuivre à l’identique, sinon en l’accentuant sur certains points, la politique socialiste incarnée par M. Hollande. Et rien ne laisse penser que le président Macron, qui a traité la colonisation de « crime contre l’humanité » et appelé à « déconstruire l’histoire de France », soit disposé à se plier à des exigences d’une droite classique d’ailleurs minoritaire à l’Assemblée. Certains commentateurs affirment que « Macron est de droite ». Peut-être qu’il est parfois « de droite » par certaines postures et paroles pour des raisons de séduction électoralistes. Mais issu du parti socialiste, ancien conseiller et ministre de François Hollande, il reste fondamentalement socialiste par les actes. Et pourquoi en serait-il autrement ?

 Cette situation est-elle causée par l’incapacité de LR à promettre un avenir national à ses élus locaux ou à sa jeune garde ?

L’argument selon lequel LR doit collaborer étroitement avec le pouvoir macroniste pour « rester un parti de gouvernement » ou pour promouvoir ses « jeunes talents » permet de justifier toutes les compromissions possibles… On imagine ce que ce genre de raisonnement peut donner dans l’histoire.  Il exprime un renoncement à toute idée de conviction et de sincérité en politique. Ce genre de justification sert surtout à habiller la tentation opportuniste de quelques politiques et leurs mauvais calculs. L’argument selon lequel il faut « sauver la droite » en la rapprochant du macronisme relève d’un aveuglement incompréhensible. Le macronisme est voué, dans les années qui viennent, à devenir de plus en plus impopulaire et faire l’objet d’un rejet croissant de l’opinion en raison de son style qui incarne l’arrogance et de son bilan désastreux dans le domaine régalien, éducatif, social, économique et financier. Rallier le macronisme aujourd’hui reviendrait à s’enchaîner à un boulet en train de s’enfoncer dans l’abîme. Comment certains, de droite classique, ne le sentent-ils pas ? C’est bien ce qui est invraisemblable…

 Pour autant, céder à la tentation de la construction avec Ensemble, n’est ce pas risquer l’immobilisme [à cause du en même temps, derrière une rhétorique de réformes qui n’en sont pas] et une compromission sur les valeurs [régalien, sociétal]. N’est-ce pas déjà là où le problème réside en partie pour LR ?

C’est surtout ouvrir un boulevard définitif à des solutions extrémistes et démagogiques… « Dix ans ça suffit ! » En 2027, les présidentielles et législatives vont probablement se traduire par un raz-de-marée de rejet du macronisme, de tout ce qu’il incarne et de son bilan. Les Français voudront passer à autre chose… Si la droite classique ne s’en tient pas à une ferme opposition d’ici-là, les Français se tourneront évidemment vers d’autres alternatives. En revanche, la droite classique représente aujourd’hui, même si elle paraît en grande difficulté, la seule possibilité de changement profond sans le chaos inévitable que représenterait l’arrivée au pouvoir de LFI ou du RN. Son devoir est de se mettre au travail pour offrir aux Français la perspective d’une alternance ambitieuse plutôt que d’entretenir l’impression de son délitement continu et les velléités ou les soupçons de compromission.

MT

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Réflexion post covid 19 sur la fragilité de l’Etat de droit et des libertés

Les langues commenceraient-elles à se délier? Ci-joint un bel article concernant les ravages des mesures contraignantes liées à l’épidémie de covid19 sur l’équilibre personnel des enfants. En Chine, le virus a été largement mis à profit pour servir les desseins d’un système totalitaire. Mais qu’en est-il en Europe et en France?

On aimerait oublier certaines images blessantes, comme celle des forces de l’ordre intervenant en hélicoptère pour s’en prendre à des familles isolées marchant sur des plages vides, désertes – interdites. On voudrait aussi se débarrasser de celles, obsédantes, de fonctionnaires verbalisant des personnes âgées pour avoir mal coché les cases de leurs laisser-passer. Ou tel maire interdisant de s’asseoir sur un banc isolé d’une place publique… Et ne plus jamais penser à ces formulaires bureaucratiques – d’une autre époque – à remplir pour être autorisé à quitter son domicile quelques minutes quand tout un pays fut assigné à résidence – enfermé à domicile.

Le virus fonctionne par vagues planétaires et l’efficacité des mesures de contrainte comme le confinement obligatoire – assortie d’un appareil de contrôle et de sanctions – n’a jamais été avérée tandis que le virus se propage essentiellement à l’intérieur des domiciles. [Le ratio du nombre de morts par habitants semble bien davantage corrélé à l’état des systèmes sanitaires qu’à l’intensité des mesures contraignantes adoptées par les gouvernements – exemple suédois ou allemand ou a contrario italien]. En revanche, ces mesures ont permis d’occulter le véritable drame qui tient à l’affaiblissement du service public hospitalier et les responsabilités politiques de ce phénomène.

En quelques jours, l’édifice de libertés et de l’Etat de droit s’est affaissé à la suite de la proclamation d’un prétendu état de guerre. La liberté la plus élémentaire, celle de circuler (aller-et-venir) a été suspendue par une succession de confinements et de couvre-feu. LAbsurdistan » (selon le terme utilisé par la presse européenne) a fait des ravages: commerces interdits, y compris les librairies, les restaurants, les bars, bannissement des spectacles, des plages, forêts, montagnes… Des dizaines de milliards d’€ ont été dilapidés, plongeant les comptes publics dans le rouge. La démocratie a été mise entre parenthèse à travers un état d’urgence qui marginalisait de facto le Parlement au profit d’un système de concentration autocratique et opaque du pouvoir. La quête de boucs émissaire (passe vaccinal destiné à « emmerder les non vaccinés ») se voyait banalisée (interdictions d’accès aux terrasses).

Sous l’effet de la peur panique entretenue par le martèlement quotidien de scientifiques ou prétendus tels, ses mesures faisaient en vérité l’objet d’un vaste consensus intouchable dans le peuple. Les intellectuels même les plus habituellement réfractaires, les médias même les plus libertaires s’y ralliaient sans discuter. Aux yeux des défenseurs traditionnels des droits de l’homme, le mal liberticide devenait le bien; et il était interdit de ne pas interdire. Tout esprit critique ou vision divergente sur ces questions était criminalisé. Les institutions chargées de la défense des libertés, conseil constitutionnel et conseil d’Etat validaient l’arsenal de mesures sans la moindre réserve. Fort peu de leaders politiques ont eu l’audace de les contester.

Alors qu’avons nous vécu? La preuve que sous l’effet d’une peur panique, ou d’une communication destinée à la répandre, l’Etat dit libéral ou démocratique peut à tout moment basculer en une sorte d’Etat policier – même provisoire. Cet épisode fut une parfaite illustration de la servilité volontaire de la Boétie. Le cauchemar est-il terminé? Bien sûr que non: un précédent a été ouvert. Il reviendra sous une forme ou sous une autre.

MT

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Dissolution bidon, symptôme de la médiocre politicaille

Le JDD n’a aucun doute: comment E. Macron prépare l’opération dissolution. Venant de l’organe du macronisme, cette information ne doit rien au hasard. Elle fait partie du grand Guignol qu’est devenue la politique française: un coup de menton pour rappeler qui est le chef et ce dont il est capable. De dissolution, il n’y aura probablement pas. Le cirque lamentable et grotesque donné quotidiennement par la nouvelle Assemblée nationale n’est que le reflet inversé mais complémentaire du jupitérisme. Entre la statue du commandeur et le chaos vociférant: le spectacle bat son plein, recouvre les souffrances, les échecs et les désastres. La configuration de la majorité relative ne gène pas vraiment l’exécutif qui obtient à peu près tout ce qu’il veut et poursuit son œuvre de déconstruction en combinant usage du 49-3 et manipulation au cas par cas des oppositions. L’extrémisme présumé des uns et des autres tient davantage aux scandales et aux aboiements qu’aux actes et aux votes. Il suffit de voir comment le Sénat s’est lâchement couché devant le projet de bétonnage de l’horizon marin – destruction des splendeurs du littoral français – par les usines d’ éoliennes. La quasi annonce d’une dissolution à travers le JDD fait partie du grand Guignol narcissique. Un coup de menton pour exister. Mais le risque pour leur intérêt personnel est trop grand: ils ne le prendront jamais. Et si je me trompe, si la dissolution devait bien avoir lieu, il faudrait à la France une sorte de Léon Gambetta par dessus les partis politiques, défiant Mac Mahon en 1877: Nous partons 363, nous reviendrons 400! Ou encore: Quand la France aura parlé, il faudra se soumettre ou se démettre! Mais cessons de rêver: de Gambetta, il n’y aura sûrement pas. Sans doute pas plus que de dissolution.

MT

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D’un abîme à l’autre…

Le nouveau président du parti lepéniste est un homme de 27 ans, sans la moindre expérience d’un métier et sans diplôme universitaire ayant préféré la politique aux études. Il vit en couple avec une nièce de Mme le Pen (ex-présidente du parti). Bref il est un pur politicien, dans la plus authentique tradition du politicien clanique et familial. Alors, évidemment, les énarques ou anciens de science po voire autres diplômés (université) qui sont au pouvoir aujourd’hui donnent au pays une image tellement arrogante, incompétente, narcissique et déconnectée, bref minable, qu’une partie de l’opinion croit trouver le salut dans l’excès inverse, à l’opposé du balancier. Mais attention: certes l’expérience montre à coup sûr qu’on peut être énarque, ou ancien de science po, ou pourvu des plus hauts diplômes universitaires, ou des écoles de commerce ou d’ingénieur même X, et être aussi un parfait crétin, pervers, menteur et malhonnête, bref un salaud. Nous le savons. Cela est prouvé. Mais cela ne signifie en aucune façon que le contre-modèle – c’est-à-dire le pur politicien au cerveau creux, sans métier ni la moindre expérience de la vie professionnelle, issu du népotisme familial et du réseau clanique, – soit forcément la panacée. Les conditions sont remplies pour que le plateau inverse du balancier soit aussi exécrable – je n’ai pas dit pire. Et puis il faut se méfier des grandes gueules qui donnent le sentiment d’être brillantes ou convaincantes à la télévision. Rien n’est plus facile de faire illusion en martelant comme un bulldozer des éléments de langage à la télévision (compte tenu de la brièveté des réparties sur le petit écran) comme pour assommer le contradicteur. « Du mal ne sort pas forcément un bien, mais un mal encore pire peut en sortir » écrivait Montaigne. Tellement vrai…

MT

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Tempête dans un verre de néant

La polémique du jour qui écrase tout le reste de l’actualité nationale porte sur la déclaration d’un député RN. Il est accusé de racisme par la majorité macroniste et la Nupes. L’affaire a pris une tournure tellement dramatique que le président de la République est intervenu pour condamner ses propos, le jour même où l’affaire éclatait. La question est relativement simple. Si ce député a déclaré à l’un de ses collègues d’origine africaine, comme le prétendent la Nupes et les macronistes, retourne en Afrique, le propos est clairement, typiquement et évidemment raciste. Il est alors inexcusable et indigne d’un représentant de la Nation. En revanche, si comme il l’affirme, ce même député a déclaré qu’il retourne en Afrique à propos d’un bateau transportant des migrants, ces paroles ne paraissent pas foncièrement contraires, au moins dans l’esprit, à la doctrine officielle, constamment répétée, selon laquelle les migrants en situation illégale – non autorisés à entrer et séjourner en Europe – doivent être rapatriés dans leur pays et les ports français ne sont d’ailleurs pas ouverts (ni sous Hollande ni sous Macron) au débarquement de migrants. Racisme ou pas, cette querelle qui étouffe tout le reste de l’actualité, est lamentable par les proportions qu’elle a prises. A qui profite l’hystérie? Pendant ce temps-là, les dirigeants de ce pays, exécutif ou législatif, n’ont pas à rendre de compte sur l’effondrement du système scolaire, la montée du chômage et de la pauvreté, la violence croissante de la société, la désindustrialisation, le déficit du commerce extérieur, l’explosion de la dette publique, la poussée inflationniste, les pénuries et les fins de mois difficiles… Un psychodrame supplémentaire, c’est un jour de gagné. Il reste 4 ans et demi à tenir… Soit 1602 jours, si mes calculs sont exacts. 1602 jours à gesticuler, s’indigner, donner des coups de menton dans le vide pour occulter le monde des réalités et fuir ses responsabilités. 1602 jours: il va en falloir des polémiques, écrans de fumée et autres crises d’hystérie…

MT

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Table rase et déconstruction nihiliste

La table rase est au cœur des idéologies contemporaines. Elle consiste à prôner la destruction des vestiges du passé pour engendrer un homme neuf, apuré de sa culture, de son caractère et par là même, aisément manipulable. On la trouve pendant la révolution française, sous la Convention à partir de 1792, puis atteignant son paroxysme sous la Terreur, dans la Russie des Soviets, le national-socialisme allemand, la Chine de Mao, le régime de Pol Pot, etc… La table rase s’exprime sous des formes différentes, mais elle tend vers le même but: briser les racines ou les valeurs des personnes pour créer un grand troupeau acéphale, facile à mener à la baguette autour d’une idole – le culte de la personnalité en est une autre caractéristique. Cette idéologie imprègne plus que jamais les esprits. Quand un chef d’Etat entend déconstruire l’histoire de son pays il s’en inspire. Saboter le socle d’une civilisation, la langue par la banalisation de l’écriture inclusive ou le saccage de son orthographe en est un outil particulièrement efficace. L’organisation du déclin scolaire qui se traduit par l’effondrement de la curiosité historique, littéraire ou la maîtrise des sciences et des mathématiques relève de cette même logique. Le bétonnage des splendeurs du patrimoine naturel par l’implantation d’usines d’éoliennes (en parfaite bonne conscience), représente l’un des modes d’action actuel de cette idéologie: casser, briser, détruire ce qui est la raison de vivre… Au fond, les petits salopards qui s’en prennent dans les musées aux œuvres les plus sacrées de la création ne font que traduire le pire de l’idéologie dominante: cracher sur la beauté… Ce qui est saisissant, c’est le fatalisme, la résignation, au fond l’acceptation tacite de la société face à cette nouvelle poussée d’un nihilisme imbibé d’idiotie.

MT

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Les grandes manoeuvres et les grandes manipulations

Voyez ce premier sondage, 4 ans et demi avant les présidentielles paru dans le dernier JDD qui donnent Mme le Pen et M. Macron largement en tête du premier tour de présidentielles. Il se présente hypocritement comme une suite de l’élection de 2022 mais en fait, il n’a de sens qu’au regard de la prochaine échéance dans 5 ans. Incroyable, mais vrai… Il prépare les esprits, non au troisième duel entre Mme le Pen et M. Macron, puisque ce dernier ne pourra pas se représenter. Non, il prépare le prochain second tour des présidentielles entre Mme le Pen et le successeur de M. Macron – ou son équivalent. Avec une seule chose à l’esprit: assurer le statu quo élyséen grâce à l’avènement du remplaçant de M. Macron ou l’héritier du macronisme. De fait, dans le nouveau régime français, l’élection présidentielle est à un seul tour. Celui qui sera en face d’un membre de la famille le Pen, dont se devrait être en 2027, dans leur esprit, la neuvième candidature perdante, deviendra forcément président de la République. Il pourra poursuivre l’œuvre de déconstruction en cours par le saccage de l’Education nationale, l’accumulation d’une dette astronomique, la démission face à une violence endémique, la destruction méthodique des services publics et des libertés. D’où le discours sur un accord de gouvernement. L’idée de la part des partisans de cet accord est de se caler dans la course à la succession en rejoignant la majorité présidentielle. Aujourd’hui, la concurrence se réduit aux noms de trois transfuges de droite dans la majorité présidentielle bien placés pour 2027. Les partisans de l’accord de gouvernement ne rêvent que de les rejoindre pour se positionner à leur tour dans cette course à la succession. Dans ce jeu de billard à trois bandes, la souffrance de nombreux Français, le chômage, l’insécurité, l’appauvrissement, le déclin scolaire, l’inflation et les fins de mois difficiles n’ont pas la moindre importance. Rarement depuis quelques décennies la politique de ce pays n’avait atteint un tel degré de tartufferie et de pourrissement. Ce qu’il faut, c’est réussir à briser la logique infernale organisée par les tireurs de ficelles qui prépare le remplacement de M. Macron par un frère jumeau avec la complicité passive de la famille le Pen ou équivalent.

MT

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Droite classique: le contresens sur la motion de censure

Pour que la motion de censure déposée par NUPES à la suite du recours à l’article 49-3 par le gouvernement, ait eu une chance d’aboutir, il manquait une cinquantaine de voix. Le parti LR qui se réclame de l’opposition n’a pas voulu y participer et apporter le renfort de ses 62 voix. Pour autant, il se réclame toujours de l’opposition au pouvoir macroniste, même si une partie de ses élus est tentée par un accord de gouvernement avec le pouvoir. Les raisons qui ont été invoquées pour refuser le vote de la motion de censure sont pourtant discutables.

La première: Nous ne sommes pas prêts à gouverner. Le vote d’une motion de censure, tel que prévu par l’article 49-3, ne signifie pourtant pas l’intention de remplacer le gouvernement. Il est une marque d’opposition à une loi: le gouvernement fait passer un texte sans vote (ce qui déjà est une aberration du point de vue démocratique) et la motion de censure est dès lors le seul moyen de s’y opposer. Si celle-ci est votée, le texte tombe, le gouvernement démissionne et le PR peut le cas échéant dissoudre l’Assemblée ou constituer un autre gouvernement. Alors les mêmes répondent : oui mais en Allemagne, le Parlement ne peut pas renverser le gouvernement sans proposer un gouvernement alternatif. Peut-être mais la Constitution allemande ne prévoit pas un article 49-3! En France, voter une motion de censure à la suite d’un article 49-3 est un geste d’opposition à une loi sur laquelle on n’est pas d’accord. Dire à la fois qu’on est contre la loi de finances mais qu’on refuse de voter la motion de censure alors qu’on en a la possibilité est une forme du en même temps à la mode dans le monde politique.

[De fait, si on applique le raisonnement selon lequel une motion de censure n’est légitime que sous réserve d’une solution gouvernementale de substitution, l’article 49-3 dans les circonstances actuelles, revient à donner à l’exécutif le moyen de faire adopter un texte sans vote face à un parlement entièrement désarmé et impuissant].

Variante: ils disent, nous sommes responsables, nous ne voulons pas créer de crise politique. Mais la crise est déjà dans les faits, elle est dans la situation économique et sociale désastreuse, dans le drame de l’insécurité qui bouleverse le pays et l’effondrement de son éducation nationale et de son système hospitalier, la fuite en avant du pouvoir dans le spectacle et l’aggravation de son impopularité. Le pays subit la crise au quotidien! Alors pourquoi la représentation de la Nation se place-t-elle en marge, à l’abri de cette crise, comme s’auto protégeant du monde réel? Que la crise de société se traduise en politique par une crise politique et que les dirigeants qui ont favorisé cette débâcle soient mis en face de leur responsabilité par le parlement dans le cadre de la motion de censure n’aurait rien de scandaleux.

L’autre argument utilisé par la droite classique est l’immoralité de mêler ses voix à celles de la NUPES et du RN, partis maudits, surtout le second… Pourtant, leurs députés, NUPES et RN, sont tout autant élus au suffrage universel. Dans la tradition républicaine, chacun représente la nation toute entière (d’où la nullité du mandat impératif). Dès lors, la diabolisation de n’importe quel député au sens du refus de mêler sa voix avec celle d’une autre est un geste contraire à l’esprit de la démocratie française. Qui imagine de Gaulle mêler sa voix à celle d’un NUPES ou RN? (ai-je lu sur un forum). Réponse: qui imagine de Gaulle refuser de mêler sa voix avec celles-là, présumées diaboliques, pour combattre un texte mettant en jeu selon lui un intérêt national? Certainement pas ceux qui connaissent (un minimum) l’histoire du XXe siècle…

Et si tout cela n’était qu’une vaste hypocrisie, une sorte de jeu de dupes dont le pays est victime. Au fond, le chantage à la dissolution fonctionne à merveille. S’il y avait eu la moindre chance que la motion fût adoptée avec le renfort de LR, les NUPES et le RN se seraient bien gardés eux-mêmes de joindre leur voix. Mais LR avait annoncé à l’avance son désistement (tribune JDD)… Car tous ces braves gens qui entretiennent l’illusion de leur opposition ont au fond un objectif prioritaire: conserver leur siège.

MT

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Lecture: Persigny, l’homme qui a inventé Napoléon III , Pascal Clément, édition Perrin 2006 (présentation par Cyril Grataloup)

L’auteur Pascal CLEMENT fut Ministre de la justice, président de la commission des lois à l’Assemblée Nationale, député de la Loire, président du conseil général de la Loire.

Victor Fialin, duc de Persigny, est un personnage peu connu du grand public et, lorsqu’il l’est, souvent déconsidéré. On ne retient de sa vie que ses deux passages au ministère de l’intérieur sous Napoléon III. L’homme vaut que l’on s’y intéresse. Il est un homme de l’ombre, un comploteur.

Persigny est né en 1808 à St Germain Lespinasse près de Roanne dans le département de la Loire. Son père était fonctionnaire des impôts. Grâce à une intervention d’un ami de la famille, le préfet de la Seine, Victor est admis au collège royal de Limoges. Il est boursier et se sent en situation d’infériorité par rapport à ses camarades financièrement mieux pourvus que lui.

La France depuis 1830 vit sous le règne de la révolution permanente. Les Bourbons sont chassés. En janvier 1832, une nouvelle émeute éclate à Paris où des extrémistes républicains tentent de mettre le feu à l’une des tours de Notre Dame. En mars 1832 une épidémie de choléra se déclare emportant le ministre Casimir Perier.

C’est en 1834 que Persigny rencontre Louis Napoléon et voit dans le neveu de l’Empereur l’homme capable d’incarner les idées bonapartistes. Il se consacrera à bâtir pour Louis Napoléon un destin national. Il organise deux tentatives de coups d’Etat en 1836 et 1840 qui échouent. Les échecs ne semblent avoir aucune prise sur lui.

En 1837 il est en exil à Londres ; en 1840 il est condamné à 20 ans de prison, incarcéré dans une forteresse ainsi que Louis Napoléon. Toutefois les conditions de détention de Louis Napoléon au fort de Ham dans le Pas de Calais sont assez clémentes (équitation, lecture etc). Persigny subit des conditions d’incarcération plus rudes à la forteresse de Doullens.

 En 1846, Louis Napoléon s’évade du fort de Ham, profitant du relâchement de la surveillance consécutif à des travaux dans le fort, il s’enfuit à Londres. Persigny va bénéficier d’un régime de semi-liberté en 1847. En février 1848, il écrit à Louis Napoléon pour lui réclamer des fonds pour la propagande et lui demande de se tenir prêt à rentrer en France au premier signal, la monarchie étant à l’agonie. Une insurrection se déclenche à Paris. 52 personnes gisent sur le pavé suite à une fusillade. Le Roi Louis Philippe abdique le 24 février 1848 et s’enfuit. Le 28, Louis Napoléon rentre à Paris. En juin 1848 ont lieu des élections et Louis Napoléon est élu député de Paris. Persigny est de nouveau arrêté et emprisonné pendant un mois. Paris s’agite en juin 1848, la guerre civile ravage les rues. 6000 morts sont à déplorer (soldats, insurgés, personnes fusillées), 25 000 arrestations.

En septembre 1848, Louis Napoléon entre à l’Assemblée et annonce en octobre sa candidature à l’élection présidentielle. Son nom est sympathique aux classes inférieures. Aux yeux des classes élevées, il deviendra le symbole d’ordre et de stabilité. Le poète Lamartine tente aussi de se présenter à l’élection. Du côté des républicains modérés, le général Cavaignac se présente et est soutenu par la presse parisienne. Le 22 décembre 1848, Louis Napoléon est élu avec 74% des voix. La victoire du prince est le fruit du vote rural. Persigny est élu député du Nord. En août 1949, il part en mission à Berlin. Il tente de sonder les sentiments du roi de Prusse en vue d’une alliance. Tocqueville est ministre des affaires étrangères. Persigny devient aide de camp du président puis ministre plénipotentiaire.

La révolution de 1848 constitue un tremplin que Persigny ne manque pas d’utiliser et grâce à l’intense propagande qu’il organise, le prince est élu à l’Assemblée avant d’accéder à la présidence de la République. « Je l’ai fait président contre son gré, je le ferai bien empereur malgré lui ».

En 1852 doit se dérouler l’élection présidentielle mais Louis Napoléon n’est pas rééligible d’après la constitution.

Le général Changarnier est destitué, arrêté en janvier 1851 ce qui entraîne la démission du gouvernement. En mai 1851 une procédure de révision est entamée à l’Assemblée mais la majorité des trois quarts n’est pas atteinte, le coup de force semble inévitable… En novembre 1851, Louis Napoléon dispose de 60 000 soldats en région parisienne. Des rumeurs de coup d’Etat courent. Les choses se précisent, chacun connaît son rôle. Persigny qui est à la tête des troupes stationnées à l’école militaire, a pour mission l’occupation de l’Assemblée et l’arrestation des questeurs. Il fait partie de la mince poignée qui prépare et réussit le coup d’Etat du 2 décembre 1851, dernière étape avant l’instauration de l’Empire. Morny, Saint Arnaud, Maupas, Mocquard sont des fidèles de Louis Napoléon qui participent à l’organisation du coup d’Etat.

Le 3 décembre 1851, les émeutes débutent, la répression aussi faisant 26 000 victimes, tuées, blessées ou arrêtées. Le 20 décembre, la population appelée par plébiscite à approuver le coup d’Etat, le fait massivement. En janvier 1852, une loi place sous séquestre les biens de la famille Orléans. Persigny devient ministre de l’Intérieur et veut instaurer l’Empire. Des tensions importantes apparaissent entre Persigny et Louis Napoléon. Il brave des interdits dictés par Louis Napoléon, agit clandestinement auprès des préfets de départements. En septembre 1852, Louis Napoléon est acclamé à Bourges, des scènes identiques se produisent à Nevers, à St Etienne etc, l’enthousiasme des villes traversées est à son comble (p145). En novembre 1852, le résultat du plébiscite en faveur de l’Empire est de 7 800 000 Oui contre 280 000 Non, avec 2 millions d’abstentionnistes. Le 1er décembre 1852, les corps constitués saluent le nouvel empereur, Napoléon III. Le 2 décembre ce dernier se rend aux Tuileries où il donne une grande réception. Persigny est nommé sénateur de l’Empire le 31 décembre.

Il conserve sa fonction de ministre de l’Intérieur et institue un corps des inspecteurs généraux des préfectures afin de veiller au bon fonctionnement des réformes et d’enquêter sur d’éventuelles dérives. Persigny tente d’améliorer les conditions de personnes condamnées, notamment concernant le bagne de Cayenne. Il a une vision rédemptrice et morale en laissant au condamné la possibilité de refaire sa vie. En matière carcérale, il s’attache à la condition des enfants et ordonne, par circulaire aux préfets, en août 1853 de veiller à la séparation des différentes classes de détenus (adultes, enfants, prévenus, coupables etc). Concernant les femmes enceintes ou venant d’accoucher en prison, Persigny leur permet de garder leur enfant et de s’en occuper (p155). Il va aussi œuvrer dans le domaine des grands travaux publics à Paris. Persigny est séduit par le préfet de la Gironde, Haussmann qui devient préfet de la Seine en juin 1853 et qui restera 17 ans à ce poste, mettant en œuvre les projets urbains de Napoléon III. Toutefois, Persigny est isolé au sein d’un gouvernement constitué d’orléanistes ralliés.

En janvier 1853, Napoléon III épouse Eugénie de Montijo. Quant à Persigny, fatigué par les intrigues, il démissionne en juin 1854, il souhaite voyager en compagnie de sa femme Eglé Ney de la Moskowa qui a 24 ans de moins que lui. Puis il est nommé ambassadeur à Londres en mai 1855 par Napoléon III, qui échappe à un attentat. Le 28 avril 1855, un révolutionnaire italien tire sur l’Empereur et le manque.

En octobre 1853, la guerre est officiellement déclarée entre la Russie et l’empire Ottoman. En Angleterre, Persigny renoue des liens avec ceux qu’il avait connus lors de son exil (Lord Malmesbury). Il cherche une alliance avec l’Angleterre afin de tirer la France vers le haut sur un plan économique, militaire.

Sur le plan personnel, Persigny connaît ses premiers déboires conjugaux. Eglé est volage et dépensière. De cette union naîtront 5 enfants mais à la mort du duc, elle les abandonnera. Ils seront recueillis par des membres de la famille d’Espagny, cousins de Persigny. Il est surprenant qu’avec son tempérament impulsif, il ait pu tolérer une telle situation jusqu’à sa mort. Aveuglement amoureux ? Peur du scandale ? Il y a là un mystère qui explique peut-être ses sautes d’humeur ainsi que son acharnement au travail.

En janvier 1858, un deuxième attentat contre Napoléon III fait 12 morts et 150 blessés. Trois bombes sont lancées sur la calèche de l’empereur et d’Eugénie devant l’opéra, par 4 hommes dont un révolutionnaire italien. Napoléon III et sa femme en réchappent. En mars 1858, à 50 ans, Persigny démissionne de son poste d’ambassadeur suite à des relations franco britanniques dans l’impasse.

En mai 1859, la France déclare la guerre à l’Autriche. En novembre 1860, Persigny est nommé ministre de l’Intérieur. Des élections ont lieu en mai 1863, l’opposition progresse en passant de 7 à 32 sièges sur un total de 283 députés (17 républicains et 15 royalistes). Thiers est élu. Mais Persigny est de plus en plus isolé. La femme de Napoléon III souhaite le départ du duc tombé en disgrâce. A partir de 1858, l’empereur pousse Eugénie sur le chemin de la politique en la désignant pour présider le conseil le conseil de régence. Par la suite elle assistera aux séances du conseil des ministres, à la grande colère de Persigny.

Dès lors, Persigny va se consacrer à son cher département de la Loire dont il fut nommé président du conseil général en 1858. Il va développer le département (agriculture, industrie) mais avec une gestion financière pour le moins aléatoire. Aussi, à St Etienne, la misère demeure, la classe ouvrière survit dans la précarité. Persigny crée et finance des postes d’inspecteurs du travail des enfants dans les manufactures.

Le 19 juillet 1870, c’est la guerre entre la Prusse de Bismarck et la France. Persigny n’est pas favorable à ce conflit. Il est convaincu de la détermination des Prussiens, qu’il connaît bien suite à plusieurs missions. Mais Persigny n’est pas en état de peser ni sur l’empereur, ni sur l’opinion. Napoléon III capitule à Sedan le 2 septembre 1870, il est emprisonné en Prusse, la République est proclamée à Paris le 4 septembre. L’armistice est signé en janvier 1871. En juillet, Persigny rentre en France dans son château qui fut occupé par les Prussiens, mais épargné ainsi que ses biens personnels, à la demande formelle de Bismarck. En août 1871 il se rend une dernière fois dans le département de la Loire, accueilli avec beaucoup d’égards. Le 12 janvier 1872 il est frappé d’une congestion cérébrale et meurt. Le lendemain, une lettre datée du 12 lui parvient, c’est Napoléon III qui lui écrit « Mon cher Persigny, … je tiens à vous dire que j’oublie ce qui a pu nous diviser pour ne me souvenir que des preuves de dévouement que vous m’avez données pendant de longues années. Croyez à ma sincère amitié ».

Persigny fut inhumé dans le cimetière de son village natal, St Germain Lespinasse dans la Loire. Sa femme ne daigna pas assister aux obsèques. Le 9 janvier 1873, Napoléon III s’éteignait à son tour, en Angleterre.

CG

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Pour le Figaro du 26/10/2022: entre le retour des magouilles de couloir et l’irresponsabilité chronique de la classe dirigeante, le pays souffre…

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Eloge du Misanthrope en politique

Il arrive un point d’extrême solitude en politique où on ne supporte presque rien ni personne. Il est impossible de pardonner au macronisme l’aggravation de l’effondrement du système scolaire français, l’impressionnant chaos sécuritaire et migratoire, l’explosion des déficits, de la dette, de la pauvreté, le saccage des services publics, y compris sanitaire et des libertés et du nucléaire civil, sa fuite dans l’esbroufe et son idéologie fondée sur le mépris des gens. Les extrémismes qui ne servent qu’à attiser la rage sectaire et cultiver une démagogie exécrable, sans complexe pour les uns, ou avec des airs de sainte-Nitouche pour les autres, sont tout aussi ineptes. Les nupistes sont pour la plupart des idéologues gauchistes et fanatisés qui n’ont d’autre horizon que la déconstruction ou la destruction jusqu’à ridiculiser ce qui reste de démocratie. La droite opportuniste qui se laisse éblouir par l’esbroufe et ne rêve que de se mélanger au macronisme est formée d’individus indéfiniment malléables prêts à toutes les compromission dans n’importe quelles circonstances en fonction de leurs intérêts présumés. Quant à certains de droite, qui se prévalent d’anti-macronisme, il faudra qu’un jour ils s’expliquent sur leur lâche et inconditionnel soutien pendant deux ans aux excès du despotisme sanitaire. Bref, il ne reste plus grand monde… Trois ou quatre personnalités visibles médiatiquement qui se distinguent de ce magma… Mais est-ce si grave? Avoir raison est un grand tort comme disait l’autre. Sait on que les tout premiers résistants auxquels l’histoire a finalement donné raison n’étaient qu’une infime poignée: quelques centaines sur 40 millions d’habitants. La vérité n’est pas dans la quantité. Bien au contraire, elle procède le plus souvent d’un nombre infime contre la masse énorme. Un contre mille? Et alors? Peu importe aussi longtemps qu’on reste fidèle à soi-même: Morbleu, c’est une chose indigne, lâche, infâme/ de s’abaisser ainsi jusqu’à trahir son âme! (Alceste).

MT

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Lecture: Robespierre, La vertu et la terreur, Antoine Boulant, Perrin/BNF, 2022

Maximilien Robespierre est sans doute le personnage le plus emblématique de la Révolution en tout cas celui qui incarne ses heures les plus tragiques et les plus sanglantes. La nouvelle biographie qui lui est consacrée, en 250 pages abondamment illustrées par les archives de la BNF, esquisses, dessins, manuscrits, est particulièrement passionnante. Face à un personnage qui déchaîne les passions encore aujourd’hui, elle s’efforce de présenter un point de vue aussi impartial que possible, fondé sur la seule exposition des faits. La réussite est totale.

Avocat à Arras, Robespierre à ses débuts n’a rien d’un exalté. Au contraire, jusqu’à la Révolution c’est un personnage plutôt cultivé, ancien élève de Louis-le-Grand à Paris, classique dans ses idées, royaliste comme presque tout le monde à l’époque. Lecteur et admirateur de Jean-Jacques Rousseau, il ne brille pas par son talent oratoire, se spécialise dans la défense des faibles et des causes perdues. Du portrait psychologique qui en est fait se dégage celui d’un homme réservé, austère et ambitieux, ayant peu d’amis mais attaché à son frère Augustin et à sa sœur Charlotte. Elu aux Etats-Généraux de 1789 de sa ville natale grâce à l’entregent que lui vaut sa profession d’avocat, il se montre discret et plutôt modéré au début des événements, suivant le mouvement bien davantage qu’il ne l’anime, méfiant envers Louis XVI mais fidèle aux principes de la monarchie constitutionnelle. Il intervient peu dans les débats de la Constituante, se positionnant plutôt en observateur qu’en acteur. Sa vision est celle d’un humaniste, résolument hostile à la guerre et à toute politique de conquête, à l’esclavage et à la peine de mort, défenseur de la propriété privée, de la liberté d’opinion et de presse, de la religion (hostile à la déchristianisation), partisan visionnaire de l’école obligatoire… Jusque là, Robespierre est presque parfait… Il est tellement sage qu’il contribue à obtenir que les députés de la Constituante dont lui-même, ne soient pas rééligibles à l’Assemblée nationale en septembre 1791 afin de favoriser un renouveau et brassage démocratique

Alors, par quel sortilège de la nature humaine devient-il l’Incorruptible? Selon l’auteur, la fuite de la famille royale et son arrestation à Varennes a représenté chez lui un tournant. Il était désormais convaincu que « Louis XVI refusait de partager ses pouvoir avec l’Assemblée constituante et que le processus révolutionnaire était donc appelé à se poursuivre après l’adoption de la Constitution. Dénonçant la duplicité du premier fonctionnaire public, il s’opposa à la majorité de ses collègues, qui, pour préserver le monarque et ne pas ruiner les chances de la Constitution en voie d’achèvement, préférèrent mentir à l’opinion en affirmant qu’il ne s’était pas enfui mais qu’il avait été enlevé par les ennemis de la Révolution. » Robespierre est probablement sincère dans sa passion de la vertu, son aversion envers la dissimulation, la corruption et le mensonge. Alors, comment est-il passé d’une intégrité de bon aloi au tyran?

A l’Assemblée nationale – qui succède à la constituante, il n’est plus député. Cependant, ses discours au club des Jacobins le rendent extrêmement populaires auprès de la foule parisienne dans le contexte de la guerre et de la coalition européenne contre la France. L’auteur montre parfaitement la logique de sa radicalisation et de son succès. Robespierre est entraîné dans une forme de paranoïa qui consiste à se focaliser jusqu’à l’obsession dans la dénonciation des traitres et des scélérats – les aristocrates, les modérés et autres ennemis de la révolution. Cette violence verbale et stratégie des boucs émissaires fait de lui l’idole d’une foule surexcitée qui souffre des privations. Et lui même, personnage à l’origine plutôt effacé, se laisse griser par son succès. Il entre dans une surenchère paranoïaque, fustigeant violemment les félons qu’il voit partout tandis que l’ennemi menace les frontières, nourrissant toujours davantage sa popularité.

Elu de Paris à la Convention en septembre 1792, il se fait le champion des sections parisiennes et des sans culottes avec ses amis Saint Just et Couthon. A ses yeux, la Convention n’a même pas à juger Louis XVI mais à l’envoyer à l’échafaud quoi qu’il arrive pour conforter la Révolution. Avec le soutien du (prétendu) peuple les sections parisiennes qui font pression sur l’assemblée, le leader des Montagnards s’identifie à la Révolution et voit dans toute réserve à son égard, toute modération, l’expression de la félonie criminelle. Maître du Comité de Salut Public, l’adversaire de la peine de mort expédie à l’échafaud ses adversaires Girondins, puis les Enragés hébertistes, et sans scrupule ses anciens amis intimes, les Indulgents, Danton et Camille Desmoulins. La Terreur bat son plein, après la loi des Suspects qui permet sur une simple suspicion de pensée contre-révolutionnaire, d’envoyer à la guillotine, la loi de Prairial qui prive les suspects de tout droit à la défense devant le tribunal révolutionnaire. Les cachots et les charrettes ne désemplissent pas. Des dizaines de milliers de têtes tombent sous le couperet. Robespierre ordonne ou approuve les massacres comme celui de Vendée ou de Lyon.

Un psychopathe? L’auteur ne formule pas ce mot. Lors de la fête de l’Etre Suprême, il se met en scène comme grand prêtre de la vertu. Le pouvoir absolu rend absolument fou. Mais la fin est proche. Et la suite bien connue. Le 10 Thermidor (juillet 1794) est un moment emblématique de l’histoire de France – l’un de mes préférés. La révolution, paraît-il, dévore ses enfants. La foule qui quelques semaines auparavant sublimait Robespierre a, par un autre sortilège de la nature humaine, renoncé à le défendre… A l’issue de cette lecture passionnante, on a envie de le dire autrement: le pire des salauds a payé pour ses crimes abominables. La tête du l’avocat médiocre devenu une brute tortionnaire est tombée à son tour. Justice est faite, même si ses justiciers – ayant retourné leur veste à temps – sont la plupart aussi criminels que lui.

MT

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Ouvrir les yeux: la France ne va pas mieux que le Royaume-Uni

L’instabilité politique au Royaume-Uni, à la suite de la démission de Mme Truss quelques jours seulement après sa domination, impressionne les éditorialistes en France. Le ton général est : quelle chance nous avons d’avoir un régime stable par rapport aux Anglais! Une vision superficielle. En effet, quel est le but d’un système politique en principe? le service de la société, du bien commun. La question n’est pas de savoir combien de temps des gouvernants restent au pouvoir sans discontinuer. Ce qui compte c’est l’efficacité d’un pouvoir politique en termes de bien commun. Mieux vaut, pour caricaturer, un système dont les dirigeants changent tous les six mois dont le bilan est favorable sur le plan du bien-être collectif qu’un autre, immuable pendant 20 ans sur fond de malheur et d’appauvrissement. Les régimes de Mussolini, de Ceaucescu, ou de Castro, par exemple, furent des modèles de stabilité. Pour quel bilan? En Grande-Bretagne, rien ne marche en ce moment dans un contexte de chaos politique. Mais en France, l’apparence de stabilité est trompeuse. Nous vivons un même chaos, sauf qu’il est moins visible. Notre chaos figé est tout aussi dévastateur. Certes nous n’avons pas la valse des gouvernants, mais tout aussi dramatique: le spectacle quotidien, les gesticulations, les coups de menton, les provocations sur fond d’effondrement généralisé: éducation, sécurité, finances publiques, libertés, maîtrise des migrations, pouvoir d’achat, santé, énergie, déclin économique (déficit record du commerce extérieur). L’impuissance ne se traduit pas par des changements de ministres mais par l’irresponsabilité poussée à son paroxysme et son corollaire: l’arrogance vaniteuse. La crise de confiance – de la nation en ses dirigeants – est la même de part et d’autre de la Manche. Au moins au Royaume-Uni, même si tout va extrêmement mal, un gouvernement qui échoue dégage. Il dégage. En France, bien au contraire, il s’incruste en pavoisant et nargue le pays: « qu’ils viennent me chercher ». Qu’est-ce qui est le pire, franchement?

MT

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Message des parents de Lola

Voici le message des parents de Lola, tel qu’il a été présenté par Cnews. Le respect de la volonté des parents plongés dans une souffrance indescriptible est me semble-t-il la loi qui doit avant tout gouverner nos pensées et nos actes face à ce drame. Les termes en sont dignes et subtils. Le soutien de toute une population leur est une aide précieuse – au nom de ce qu’on appelle la solidarité nationale et qui trouve ici à s’exprimer. Ils comprennent le débat de fond dans la dignité et le respect autour des circonstances et des responsabilités de cette tragédie. Ils rejettent en revanche, dans les termes les plus clairs, toute forme de tapage politicien autour de leur malheur qu’il soit officiel (gouvernemental) ou émane de quelconque organisme politique. Telle est la conduite à tenir et le moyen le plus sûr de leur exprimer notre infinie compassion et solidarité – infinie.

« Dans l’effroi et la douleur dans lesquels nous sommes, nous aspirons à la paix et au recueillement pour faire notre deuil. Pour la mémoire de Lola, nous souhaitons que les diverses cérémonies se déroulent dans un esprit de sérénité et de calme, loin des agitations politiques et médiatiques […] Nous comprenons le désir d’information pour comprendre l’incompréhensible, mais il doit se faire dans la dignité et le respect […] Le soutien de toute une population est une aide précieuse pour surmonter cette douloureuse épreuve. Mais nous souhaitons que celles et ceux qui viendront apporter leur soutien le fassent sans écharpes officielles ou signe particulier d’appartenance à un organisme politique ».

MT 

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Finances de la France, une classe politique irresponsable

Le débat sur l’utilisation de l’article 49-3 est une fois de plus l’arbre qui cache la forêt ou un chiffon rouge pour attirer les regards et les détourner de l’essentiel. Le budget de la France est irresponsable. Il se caractérise par un déficit budgétaire de 5% du PIB soit environ 158 milliards € non couverts par des recettes. Connaissez vous une famille, une collectivité, une entreprise qui peut survivre à une telle irresponsabilité dans la gestion de ses finances? Des dépenses durablement beaucoup plus élevées que les recettes conduisent inéluctablement à la faillite. Elles se traduisent par un endettement croissant: 112% du PIB. Cela signifie que la charge de la dette pèse chaque année un peu plus lourd dans le budget de l’Etat et qu’il faut emprunter encore davantage pour la financer au détriment des priorités sachant que l’essentiel de la charge des remboursements pèsera sur les futures générations. Depuis 1980, 43 ans, aucun budget de l’Etat n’a jamais été voté en équilibre. Il n’existe pas pire signe de chaos et de mauvais gouvernement que cette gestion désastreuse qui s’accompagne aussi de l’effondrement des services publics scolaires, sanitaires, sociaux, sécuritaires. Mais le plus dramatique c’est que cette gestion désastreuse est banalisée, acceptée, même plébiscitée par quasiment toute la classe politique: les amendements des oppositions visaient, ni plus ni moins, à aggraver encore les déficits. La dénonciation de la gabegie est absente du débat. Triomphe de la démagogie et de l’irresponsabilité. Jadis, une mauvaise gestion financière se traduisait par la sanction d’une dégringolade de la monnaie nationale. Cette sanction a disparu. Du c’est gratuit, c’est l’Etat qui paye, au quoi qu’il en coûte, les politiciens ont désormais le champ libre pour ruiner le pays.

MT

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Fuir le malheur et les responsabilités dans l’hystérie

L’hystérie est une sorte de drogue pour oublier à la fois le malheur et recouvrir, dissimuler la question de la responsabilité. Dans la tragédie de Lola, les réactions de certains milieux politico-médiatiques, ne sont pas dignes de la France et son histoire. Exprimer son immense compassion et tout aussi immense et sincère écœurement est une réaction évidemment légitime. Mais l’utilisation de cette tragédie avec des arrière-pensées politiciennes (qui n’échappent à personne) pour nourrir des slogans extrémistes est lamentable. On est dans le détournement d’un malheur. De même, prendre appui sur ces dérives inqualifiables pour les utiliser en les fustigeant, comme leurre ou dérivatif destiné à fuir lâchement la question des responsabilités politiques, est tout aussi lamentable. Quelle aubaine! L’idée est de surenchérir par l’hystérie sur l’hystérie pour noyer l’horreur et le travail de fond sur les responsabilités du drame. Ou l’art de récupérer les récupérations… La seule vraie question qui doit être posée calmement et fermement et qui est légitime aux yeux de toute personne de bonne foi est la suivante: pourquoi cette Algérienne de 25 ans, en situation irrégulière depuis de nombreuses années et faisant l’objet d’une mesure d’expulsion se trouvait toujours sur le territoire français. Cette question est celle de l’Etat de droit et de son respect. Cette question est celle de la chaîne des responsabilités y compris politique du plus bas au plus haut niveau – pour ce drame comme tant d’autres. La fuir dans une surenchère hystérique en ajoutant de l’hystérie à l’hystérie, n’a d’autre effet que d’amplifier l’impression d’une débâcle généralisée.

MT

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Meurtre de Lola, ce n’est pas un « fait divers »

L’attitude de nombreux politiques, évidemment pas tous, face au meurtre de la petite Lola, 12 ans, victime de viol et d’actes de barbarie de la part d’une Algérienne en situation irrégulière, une fois de plus n’est pas à la hauteur de cette tragédie. Quelques uns n’ont aucun scrupule à récupérer ce drame particulièrement atroce en le mélangeant à leurs thèmes de propagande électorale favoris tout en calculant l’avantage qu’ils peuvent en tirer. D’autres dirigeants tout aussi lamentables, ferment les yeux. Prompts à communiquer pour la moindre broutille de manière à faire parler d’eux, ils demeurent silencieux sur un événement qui bouleverse la France entière. Car ce n’est pas un simple fait divers. Tout le pays est sous le choc. L’image de la petite Lola martyrisée jusqu’à la mort bouleverse le pays. Elle est le miroir d’une société gangrénée par la barbarie qui vit aujourd’hui dans la peur notamment pour ses enfants La compassion du pays pour ses parents plongés dans le malheur est indescriptible. Non, ce n’est pas un simple fait divers, mais une émotion collective face à une tragédie insoutenable qui submerge la France et l’emporte, dans les profondeurs du pays, sur toute autre considération. Cette émotion mêle souffrance collective et une énorme et légitime colère. Les récupérations explicites du drame à des fins de propagande électorale sont évidemment une infâmie. Le silence de certains dirigeants sur ce drame qui touche la France entière est une autre infâmie, un signe patent de déconnexion et de lâcheté.

MT

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Lecture: Gouverner c’est aimer, (anthologie morale de l’art sublime de gouverner les hommes), Yves Marek, Balland 2022

« Gouverner c’est aimer » est un ouvrage hors du commun, une sorte de miroir inversé de notre époque. Loin de toute polémique, il met en lumière des vérités éternelles sur l’exercice du pouvoir, comme par contraste avec le caractère éphémère et superficiel des images qui nous assaillent au quotidien.

En 400 pages d’une incroyable densité, il convoque les grands écrivains et penseurs depuis l’antiquité pour mener à bien une réflexion sur la politique, l’art de gouverner pour le bien commun et toujours en creux, son naufrage actuel…

Près de 200 auteurs y sont cités dont par exemple Balzac, Bergson, Bossuet, Camus, Chateaubriand, Cicéron, Clemenceau, de Gaulle, Fouché, Hugo, Jünger, Louis XIV, Montesquieu, Montaigne, Napoléon, Nietzsche, Péguy, Platon, Rivarol, Stendhal, Saint-Simon, Shakespeare, Verlaine, Stefan Zweig…

Dans ce livre, tout se passe comme si l’auteur faisait appel aux esprits de l’histoire politique et littéraire pour définir ce que devrait être la science du pouvoir et dénoncer ses dérives. Une telle somme de lectures et de références littéraires est impressionnante – comme le livre d’une vie de lectures, crayon à la main.

Chacune de ses réflexions ou de ses pensées, adossée aux chefs d’œuvre de la littérature ou de la philosophie, décortique la science du pouvoir dans la tradition des moralistes. Quelques exemples:

  • Le propre de la vanité, c’est qu’elle est l’arme idéale pour gouverner les notables…
  • Par la crainte, on tient mieux les hommes que par la récompense…
  • En période de paix, les républiques négligent de faire appel aux grands talents qui comme de Gaulle, deviennent des Cassandre solitaires…
  • Veulent-ils nommer des gens de qualité? Ils découvrent avoir nommé des médiocres…
  • L’opinion est la boussole ultime en politique. Le seul danger qui la guette, c’est le risque de la séduction et des charlatans, des apparences de vérité, risques que la télévision les médias avec la facilité qu’ils offrent de raconter d’éphémères histoires fausses qui ont l’apparence de la vérité en jouant sur les émotions, accentuent…
  • Leur personnage est si inconsistant qu’ils pressentent intimement qu’ils doivent suggérer par imitation la comparaison avec un grand homme pour qu’on leur prête une envergure qui ne saute pas aux yeux naturellement. Nietzsche pouvait dire d’eux: « Cela un grand homme? Je n’aperçois en lui que le comédien de son propre idéal. »
  • La vie, dans ses formes diverses, offre en effet bien des raisons d’expérience de se méfier des prédictions. Bainville constatait justement: « Ceux qui appliquent leur esprit à calculer les événements, obtiennent des résultats qui valent à peu près ceux que donne l’observation du marc de café… « 
  • Peut-être que ceux qui ont si peur de n’être pas du côté des dernières modes et se cachent pour protéger de leurs peurs derrière de nouveaux systèmes rationnels et de nouveaux idéaux commenceront à entrevoir que leur progressisme même n’est pas le progrès mais une approximation rigide et maladroite, comme les dogmes d’une religion que l’on offre en première étape aux croyants mais qui ne sont pas l’éveil mystique et spirituel.

Enfin une leçon à méditer pour les dirigeants politiques, qui devaient tous avoir cet ouvrage comme livre de chevet: Il n’y a pas de grande politique sans amour du peuple, sans indulgence et tendresse pour tous les travers, ni sans croyance dans la supériorité, et pour la société et pour ceux qui la dirigent, de la vertu sur le vice.

MT

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Saccage des Tournesols de Van Gogh, ou la barbarie nihiliste

A Londres, des militants écologistes ou wokistes ont souillé le célèbre et emblématique tableau les Tournesols de Van Gogh au nom de la défense de l’environnement. Bien sûr, la notion de chef d’œuvre est évidemment subjective mais ce tableau fait à l’évidence partie des créations qui donnent un sens à l’histoire de l’humanité, par exemple aux côtés de Tristan et Iseult, d’Hamlet, la Joconde, la Flûte enchantée, le Misanthrope, les Mémoires d’Outre-Tombe, les Nocturnes, Faust, la Chartreuse de Parme, les Nymphéas, les Gymnopédies et les Gnossiennes, etc. ces quelques splendeurs du génie humain qui sont la fierté de l’espèce. S’en prendre aux Tournesols est un geste barbare. L’idée est de souiller l’une des splendeurs de la civilisation et de la création. L’hyper- narcissisme, quand chacun devient son propre dieu, justifiant tous les sacrilèges mais aussi l’inculture, le vide intellectuel et moral portés au rang de valeur suprême. Terroristes? Talibans? Khmers rouges? Pire que tout: la bêtise d’une époque.

MT

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La dramatique crise politique et sociale qui vient

Ci-dessous ma dernière tribune pour Figaro Vox d’avant-hier. Elle s’achève par une citation d’André Tardieu: « Il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin de poudre une demi-seconde avant de sauter ». Classe dirigeante déconnectée du pays, extrême impopularité de l’exécutif qui incarne l’arrogance et le mépris, blocage du Parlement en l’absence de majorité, multiplication des sources de mécontentement populaire, en particulier la paupérisation du pays [le retour de l’inflation n’est pas le fruit d’une fatalité mais la conséquence de la gabegie des années précédentes – le quoi qu’il en coûte]: toutes les conditions d’une nouvelle déflagration sont réunies. C’est à la fois désastreux, catastrophique pour le pays, ses habitants qui souffrent et mérité pour ceux qui en sont les responsables directs.

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Pendant que le pays souffre, que fait la classe dirigeante française?

Depuis au moins un demi-siècle, jamais la société française n’avait été confrontée à une telle conjonction de difficultés quotidiennes et d’angoisses pour l’avenir. Par-delà tous les aveuglements et les dénis, la France est un pays qui souffre en ce moment – même s’il n’est pas le seul ni le plus à plaindre et même si ses dirigeants actuels ne sont pas, loin de là, les seuls responsables de ce malaise.

Son école fait naufrage comme le confirment la crise des vocations de professeurs, les classements internationaux (élèves français avant-derniers de l’OCDE en mathématiques selon Timss, 23e en lecture et compréhension de texte). Les flux migratoires (271 000 premiers titres de séjour et 121 000 demandeurs d’asile en 2021) ne donnent aucun signe de répit. Le chômage reste à un niveau considérable de 5, 2 millions de personnes (pôle emploi). La désindustrialisation poursuit ses ravages (déficit commercial annuel de 100 milliards record absolu en Europe). Les violences continuent d’augmenter (agressions sexuelles, coups et blessures). La dette publique atteint des sommets (116% du PIB), tout comme la misère (plus de 9 millions de personnes sous le seuil de pauvreté d’après l’INSEE). L’effondrement du système sanitaire et hospitalier s’est révélé dans toute son ampleur pendant l’épidémie de covid 19.

A tout cela s’ajoutent désormais l’inflation galopante (6% annuels), les fins de mois impossibles pour des millions de foyers, les pénuries annoncées d’électricité dues à la mise hors service de la moitié du parc nucléaire et soudain, comme cerise sur le gâteau, la rupture de l’approvisionnement en essence qui frappe de plein fouet les automobilistes.

En outre depuis une dizaine d’années, la France baigne dans une atmosphère profondément anxiogène qui semble ne jamais devoir prendre fin. Elle a été martyrisée par la vague d’attentats terroristes, suivie de la crise des Gilets Jaunes, le mouvement social, puis, aussitôt après, la crise sanitaire accompagnée d’une succession de mesures révélatrices de la fragilité de l’Etat de droit et des libertés (confinements, couvre-feu, passe vaccinal), alors que l’interminable succession des affaires politico-financières – malgré les promesses répétées d’exemplarité – amplifie le malaise général. Et désormais la guerre d’Ukraine bat son plein et la menace d’un conflit généralisé et de l’anéantissement atomique.  

Mais pendant que le pays souffre, que fait la classe dirigeante française ? Elle s’efforce de panser les blessures en distribuant des chèques qui aggravent les déficits et la dette sans pour autant apaiser durablement les souffrances. Elle s’éloigne du traitement de fond des graves problèmes de l’époque à travers une communication infantilisante par exemple sur la manière de se vêtir ou de régler la température des logements pour économiser le chauffage. Elle cultive les polémiques et les sujets de déchirement – qui visent à faire oublier le reste – à l’image de la « répartition » des migrants ou de la généralisation des éoliennes.

Mais surtout, elle soigne son destin. Les grandes manœuvres pour les élections présidentielles de 2027 voire 2032 sont déjà en cours, aussi incroyable que cela puisse paraître dans un tel contexte… Plusieurs candidats ont déjà annoncé, implicitement ou explicitement, cinq ans à l’avance, leur disponibilité éventuelle pour 2027 (dont par exemple, le dernier en date, M. François Bayrou qui s’est déclaré « prêt »). Mme le Pen elle-même n’exclut pas une quatrième candidature en cas de « circonstances vraiment exceptionnelles » (et qui doute qu’elles le seront ?)  Edouard Philippe annonce que son parti Horizon aura son propre candidat… Et bien d’autres ont dit ou laissé entendre qu’ils envisageaient d’être sur la ligne de départ… Voici à quoi pensent en ce moment les principaux responsables politiques de ce pays…

Pire, plusieurs articles de presse concordants (dont la Tribune par exemple), sur la base de confidences venues des plus hautes sphères, font état de calculs dans les coulisses du pouvoir visant à obtenir l’élection d’un fidèle de l’actuel chef de l’Etat en 2027 qui ouvrirait la perspective d’un retour de celui-ci en 2032 (la Constitution interdisant trois mandats consécutifs). Vrai ou faux ? Peut-il y avoir autant de fumée sans feu ?

Pendant que le pays souffre, les dirigeants politiques donnent ainsi le sentiment de préparer leur destin à l’horizon de 2027 ou 2032… La déconnexion – entre la souffrance réelle des Français et les pensées de la classe dirigeantes – fait rage. Les sondages de popularité sont en chute libre – prouvant que près des trois quarts des Français ne sont pas dupes. Les dirigeants actuels paraissent ne pas sentir le climat à la fois désespéré et explosif qui s’installe dans le pays. « Il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin de poudre une demi-seconde avant de sauter » (André Tardieu).

MT

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Sur la liberté d’expression à l’Assemblée nationale (pour Atlantico avec Mme Anne-Sophie Chazaud)

Bruno Le Maire « lâche » et Pap Ndiaye « communautariste » d’après des députés RN, lui même accusé d’être un parti à « l’ADN xénophobe » par une député Renaissance, les hostilités étaient de mise à l’Assemblée Nationale. Ces trois incidents ont eu pour effet un rappel à l’ordre de la présidente, Yael Braun-Pivet. Si l’on peut comprendre la volonté de comportements « respectueux », n’est-ce pas oublier ce que doit être au fond, la liberté d’expression, en particulier dans un contexte parlementaire ?

En vertu des dispositions de l’alinéa 1er de l’article 26 de la Constitution du 4 octobre 1958, « aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ». Le principe est donc celui de la liberté d’expression totale à l’Assemblée nationale. Il n’est évidemment pas interdit au président de l’Assemblée nationale de rappeler des règles de courtoisie. Mais on ne peut pas censurer la parole des députés à l’Assemblée nationale, c’est une règle de la démocratie parlementaire.   

L’Assemblée nationale n’est-elle pas, par excellence, le lieu où doivent pouvoir s’exprimer le plus frontalement et avec virulence les débats politiques comme cela a été historiquement le cas ? 

Si : la violence des attaques personnelles pouvant dégénérer en insultes fait partie de la tradition parlementaire. Le tribun Georges Clemenceau, quand il s’en prenait aux ministres, ne lésinait pas sur les noms d’oiseau du genre « imbécile ». Jules Moch ministre socialiste fut traité « d’assassin des travailleurs, de bas-policier, mégalomane » en 1950 par Jacques Duclos leader du parti communiste. « Taisez-vous donc abruti ! » assenait Gaston Deferre à René Ribière un adversaire politique en 1967. Traître, criminel, bandit, etc. sont des termes qui ponctuent parfois les débats les plus houleux qui dégénèrent… Et pire : fasciste, nazi, collabo, etc. En 1998 Jean-Pierre Chevènement traitait un député de droite de « maurrassien » lors du débat sur la nouvelle loi immigration – avant de s’en excuser il est vrai. L’insulte fait partie de la tradition parlementaire et dès lors que la parole est libre, il est difficile d’éviter le risque qu’elle dégénère dans certains cas de tension ou d’excitation extrême. Faut-il s’en offusquer ?

Dans quelle mesure est-ce symptomatique d’une génération qui croit pouvoir apaiser le débat en ôtant du discours la violence verbale ? Quitte à oublier l’importance de l’exutoire verbal dans le processus de civilisation ?  

Derrière cette question est posée celle du sens de la politique. Jadis, les hommes d’Etat authentiques relativisaient l’importance de ces insultes. Peut-être qu’ils en souffraient intérieurement mais ils ne s’en offusquaient pas ouvertement au point d’en faire une affaire d’Etat. Au pire les échanges d’insultes se finissaient (du temps de Clemenceau) en duels privés généralement plus symboliques que sanglants…  Les insulteurs étaient parfois insultés et puis ils passaient à autre chose. Dès lors que les responsables politiques se comportaient en fonction d’un objectif qui dépassait leur personne, c’est-à-dire l’intérêt général de la Nation, les attaques contre leur personne n’avaient qu’une importance relative. Il en est tout autrement aujourd’hui dans le cadre de la politique hyper-narcissique. Leur image personnelle est l’obsession de la plupart des politiciens. Les paons vivent dans l’obsession de leur plumage. Dès lors que tout est dans le paraître, l’insulte devient insupportable. Mais autant l’invective elle-même que la surréaction des personnes qui en sont victimes donnent une image extrêmement délétère de la vie publique. Confrontés à mille souffrances quotidiennes et inquiétudes pour l’avenir de leurs enfants, les Français ne peuvent que s’indigner de ce piètre spectacle de cour de récréation… D’où la poussée de l’abstentionnisme…

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Arménie/Ukraine, cet étrange deux poids deux mesures dans la condamnation de la barbarie

La guerre entre la Russie et l’Ukraine écrase l’actualité et dernièrement, la vague de bombardements des cités ukrainiennes suscite une bien compréhensible indignation planétaire. Mais à l’ombre de cette guerre sanglante, une autre n’intéresse presque personne: le massacre et la destruction de l’Arménie par l’Azerbaïdjan soutenu par la Turquie. De rares témoignages récents et parfaitement dignes de bonne foi font état de cette politique d’anéantissement:

« Il est minuit et cinq minutes, Susanna, une vieille dame qui vit dans un village voisin de Jermuk, est réveillée. « J’ai entendu un gros bruit. Je me suis réveillée en sursaut. Je venais juste de me coucher. Je pensais que c’était une bonbonne de gaz (NDLR : celles qui sont à l’arrière des voitures, le gaz est utilisé comme carburant) qui avait explosé. J’ai pris mon manteau et je suis sortie. Tout le monde était dehors – nous sommes une cinquantaine à vivre ici, avec des enfants. Et, puis, nous avons entendu d’autres détonations. Peut-être une vingtaine. Nous avons tous courus nous mettre à l’abri. Nous n’avons pas dormi de la nuit. » […] Susanna et ses voisins, des enfants aux adultes, se terrent dans leurs abris de fortune. Il pleut des bombes sur cette cité thermale, qui a fait de ses sources d’eau chaude, de ses thermes, de ses cascades, de sa nature généreuse, un paradis terrestre prisé par les touristes du monde entier. Elle est inclassable. Mais pour l’heure, elle est devenue un enfer. C’est la guerre sans nom qui s’abat sur cette cité où les touristes ont remplis les hôtels. En tout une quinzaine d’obus et de missiles grad vont pleuvoir dans la nuit […] Antranik (le prénom a été changé), un militaire haut-gradé, raconte cette nuit d’horreurs : « Ils ont surpris tout le monde, nous ne les attendions pas là. Ils ont bombardé la ville, les écoles, les hôtels, les immeubles d’habitation, nos installations touristiques, notre station de ski. Ils ont bombardé les villages alentours. Ils ont bombardé notre centre secours, nos pompiers. Et, même notre cimetière ! Ils ont, enfin, voulu détruire notre barrage, mais ils l’ont raté. Il y a eu des morts. Et, nous avons dû évacuer la ville. Sur 5300 habitants, il n’en reste plus que 2100. » […] Tous connaissent le 11 septembre. Maintenant, il y a le 13 septembre. En tout ce sont 29 morts et 23 blessés qui tombent cette nuit d’horreur. Les Azéris ont fait une percée d’une dizaine de km : ils étaient à 15 km, les voilà maintenant à 2 km. Et, ils ne sont pas repartis. Pire, ils ont renforcé leurs positions et attendent le nouveau feu-vert pour s’emparer de toute la ville et créer de nouveau l’abomination […] Le tour organisé pour les journalistes continue : station de ski, centre-ville, écoles, hôtels, cimetière, etc. Jermuk est une ville en sursis. Sécurisée ? Oui, en partie. Car, que peut faire l’armée arménienne contre les drones israéliens et turcs, achetés par millier ?  Selon nos informations, l’Azerbaïdjan aurait dépensé près d’un milliard de dollars pour en acheter. Les milliards du gaz et du pétrole d’Ilham Aliev, l’autocrate-dictateur de l’Azerbaïdjan, le « frère » (ils s’appellent ainsi) du dictateur Erdogan, qui étouffe dans l’œuf toute velléité d’opposition et de résistance (car les Arméniens ont des amis Azéris, fidèles, peu, mais ils en ont) dans son pays, coulent à flot. Ces milliards énergétiques qui chauffent nos foyers et nos industries se transforment sur le plateau arménien en guerre. Ces énergies donnent « en même temps » (pour paraphraser Emmanuel Macron) la vie, pour les riches Européens, et la mort, pour les pauvres Arméniens […] Du côté des pompiers, des traces de sang sur une longueur de 10 mètres rappellent encore le pompier blessé par un éclat d’obus. Il a été traîné par ses collègues, pour le mettre à l’abri dans les sous-sols. Il est mort, quelques minutes après […]

Que faut-il en penser? Une compassion à deux vitesses, ou plutôt une compassion recouvrant, pour des faits comparables, une indifférence absolue, n’a pas de sens. Peut-il y avoir des tueries plus acceptables à la conscience universelle que d’autres tueries du même ordre? Toutes les vies humaines ont la même valeur, toutes les souffrances se valent et la barbarie, d’où qu’elle vienne, reste la barbarie. L’émotion universelle, dès lors qu’elle est à géométrie variable, ne serait elle ainsi que le masque de calculs cyniques?

MT

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Les ravages d’une déconnexion croissante

Certes le phénomène n’a rien de nouveau, mais il donne le sentiment de s’amplifier. A quoi pense aujourd’hui la classe dirigeante? Selon de nombreux échos médiatiques, y compris de la presse amie du pouvoir répercutant des déclarations bien pesées, les grandes manœuvres pour les élections présidentielles de 2027 voire 2032 sont déjà en cours… On a peine à le croire mais c’est la réalité. Par exemple, selon la Tribune (parmi beaucoup d’autres), le président Macron (qui ne peut pas se représenter en 2027), songe à 2032. Cela n’a rien d’un écho isolé mais la rumeur relayée partout tend à se transformer en information. Le plus important dans l’immédiat serait de placer un fidèle en 2027 à l’Elysée, assez fidèle pour accepter de laisser la place en temps voulu… Pendant ce temps là, les Français souffrent des pénuries (essence, électricité), de la délinquance et la barbarie quotidienne, de la saleté et la dégradation des conditions de transport, de l’inflation et la dégringolade de leur pouvoir d’achat et des fins de mois difficiles, du chômage toujours massif même s’il n’intéresse personne, pour plus de 5 millions d’entre eux, des difficultés de logement ou de l’accueil en urgence hospitalière, de l’effondrement du système scolaire… Ils s’inquiètent pour l’avenir de leur enfants dans un contexte particulièrement anxiogène qui semble ne jamais devoir s’achever (attentats terroristes, crise migratoire, épidémie de covid 19, guerre d’Ukraine). Et pendant ce temps-là, les dirigeants politiques donnent le sentiment de préparer leur perpétuation à l’horizon de 2032… La déconnexion fait rage. Aujourd’hui, elle se traduit dans l’effondrement des sondages de popularité: 28 % de confiance. Cela prouve que près des trois quarts des Français ne sont pas dupes. Et qu’ils commencent à en avoir marre… Déconnexion suprême: parce qu’ils sont beaucoup moins intelligents (lucides) qu’ils ne pensent l’être, les dirigeants actuels ne sentent absolument pas le climat explosif qui s’installe dans le pays. « Il n’y a rien de si tranquille qu’un magasin de poudre une demi-seconde avant de sauter » (André Tardieu). On n’attend plus que l’étincelle…

MT

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Le paradoxe politique français: entre effondrement général et col roulé

La France politique est un monde étrange. Sans doute n’est-elle pas la seule dans cette situation. Les choses vont-elles fondamentalement mieux en Angleterre, en Allemagne, en Italie? rien de moins évident. Mais toujours est-il que chez nous, l’effondrement est général, spectaculaire, violent et il faut un infini aveuglement ou une mauvaise foi insigne pour ne pas le voir: école (classement PISA, violence, crise des vocations), économie, désindustrialisation (déficit commercial annuel de 100 milliards record absolu en Europe), violences les plus graves en augmentation vertigineuse (viols, agression sexuelles, coups et blessures), perte de la maîtrise des flux migratoire (280 000 premiers titres séjour et 180 000 demandeurs d’asile), explosion de la dette publique (116% du PIB), maintien du chômage à un niveau considérable (malgré la propagande) de 5, 2 millions de personnes toutes catégories confondues selon pôle emploi), inflation galopante (plus de 6%/an), explosion de la pauvreté et de la misère (9 à 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté d’après l’INSEE), état catastrophique de l’hôpital, violente crise de l’énergie due à la seule mise hors service de la moitié du parc nucléaire en raison de la politique anti-nucléaire à l’œuvre depuis 10 ans, destruction méthodique des libertés publiques qui s’est plus particulièrement manifestée pendant la crise sanitaire (confinements, interdictions de déplacements, couvre-feux, passe vaccinal, autant de mesures dont il est aujourd’hui avéré qu’elles furent aussi inefficaces que dévastatrices pour la santé mentale de la société française ) et puis enfin, invraisemblable dégradation de la morale publique avec des mises en causes judiciaires de personnalités du plus haut niveau de l’Etat non suivies de démission. Et que répondent les dirigeants politiques, face à un tel désastre? Ils nous parlent de mettre des cols roulés et de chauffer les maisons à 19°. L’idée est de couvrir un immense désastre, absolument avéré, par le futile et l’infantilisation. Le message est au fond assez simple: « couvrez-vous, et nous emmerdez pas« .

MT

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