« Au service de la France »

« Au service de la France », c’est le beau titre sous lequel fut publié le journal de Raymond Poincaré, en 11 tomes, pendant son mandat présidentiel de 1913 à 1920. J’y pense en réaction avec l’affligeant spectacle que donne la politique médiatisée de la France aujourd’hui, son naufrage dans le narcissisme et la mégalomanie. L’adoration, l’ivresse de soi procèdent du néant: quand rien ne vaut, rien ne compte vraiment, il reste le culte de soi, jusqu’à la démesure, jusqu’à l’obscénité. Elles sont le signe de la médiocrité morale et intellectuelle: l’incapacité de se projeter par la pensée au-delà de la carapace de l’ego. « Au service de la France » se présente comme la formule d’une autre époque, celle d’un idéal collectif, celui de la Nation, prévalant sur l’obsession narcissique. D’où la différence entre politicien et homme d’Etat: le premier se conçoit comme un sous-dieu auquel le pays doit hommage; le second comme un humble serviteur de ce même pays. Des hommes politiques, députés et sénateurs, dont l’objectif essentiel est de servir la France, il s’en trouve bien entendu. Mais contrairement à l’époque de Poincaré, ceux-là se heurtent à un plafond de verre pour faire entendre leur parole et accéder aux responsabilités gouvernementales. Le filtre médiatique, qui conditionne une existence publique, privilégie l’hystérie, l’exubérance, la provocation, la démence narcissique, sur le dévouement simple et discret au bien commun. La presse écrite, vecteur des messages politiques, favorisait jadis la réflexion, l’esprit critique et la prise de hauteur. Le clinquant médiatique pousse inéluctablement, à une médiocrité toujours plus affligeante. Que faire dès lors? S’il existe une faible lueur d’espoir de redressement, elle ne se conçoit qu’à long terme, passe par le bon sens populaire, le retour à la pensée et à la réflexion, dans les profondeurs du pays. A chacun d’y contribuer selon ses moyens: essayer de faire partager l’amour des livres d’histoire, par exemple, en est un parmi d’autres [le mien].

Maxime TANDONNET

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Appel de 803 maires

803 maires de villes grandes et moyennes se sont prononcés, dans une tribune collective,  en faveur de la liste républicaine conduite par M. Bellamy en vue des élections européennes. « Elus à hauteur d’homme », ils réclament une « Europe à hauteur d’homme ». Ce geste sonne-t-il le retour de la politique? Cette démarche collective, rassembleuse, qui contraste avec la mégalomanie ambiante, serait-elle la la première lueur d’espoir attendue depuis si longtemps? Depuis des années, ou des décennies, la vie politique française fait naufrage dans l’abstraction. Elle est de plus en plus déconnectée du monde des réalités. Elle se résume aujourd’hui, à la veille des élections, en une bataille fantasmatique, éthérée, entre « la lumière européiste » et « l’obscurantisme populiste ». D’autres y verront le duel stérile d’une démence narcissique et de la bouffonnerie démagogique. Oubliées dans cette mystification, dont deux protagonistes sont complices de fait, les questions de fond: frontières, chômage, désindustrialisation, dette et déficits publics, violence, fragmentation de la société (l’Archipel français). Alors, la pétition de 803 maires se présente comme un rappel des profondeurs de la France, celle des réalités quotidiennes, de la vie réelle, de la politique au sens noble de  l’action en faveur de l’intérêt général. Il invite les Français à s’élever au-dessus des manipulations émotionnelles de masse pour repenser le politique et ré-ancrer leur conscience collective dans le monde des réalités. Simple sursaut qui sera bien vite étouffé par l’entreprise médiatique de crétinisation de masse? ou véritable message d’espoir ouvrant sur des perspectives nouvelles, au-delà du résultat des Européennes? C’est l’avenir qui nous l’apprendra…

Maxime TANDONNET

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Lecture: Louis XIV, François Bluche, Fayard 1986

Voici ma toute dernière lecture et l’un des grands ouvrages de référence et les plus récents concernant le règne de Louis XIV  de 1654 à 1714. Cette biographie est extrêmement complète, fouillée et exhaustive: plus de 1000 pages. Elle fourmille de détails couvrant tous les aspects du règne, vie privée, politique intérieure comme extérieure.

Pourquoi la lire aujourd’hui? Louis XIV est l’un des rois de France les plus controversés. Son règne qui fut l’un des plus longs de l’histoire est d’une richesse inouïe. Il est rigoureusement impossible d’en faire ici un résumé tant l’ouvrage abonde d’informations. Au collège, il y a quelques décennies, il nous a été enseigné comme l’un des personnages les plus glorieux  de l’histoire de France. Aujourd’hui, son image serait plutôt dégradée.

Il faut dire que le règne de Louis XIV correspond à une période particulière où la France est de loin la première puissance en Europe et dans le monde. L’Empire des Habsbourg est sorti fragmenté des guerres de religion, l’Espagne est affaiblie, la Hollande et l’Angleterre pèsent de peu de poids devant la puissance démographique, économique, militaire, intellectuelle française. Colbert, l’un des ministres favoris de Louis XIV, a doté la France de la première flotte de guerre au monde. Vauban achève de couvrir les frontières de fortification. Sur les débris de l’Empire de Charles Quint, notamment des Pays-Bas espagnols (Belgique), la politique de Réunion de Louis XIV permet à la France de s’agrandir (Lille, Strasbourg, etc.). Les coalitions européennes (Empire allemand, Hollande, Angleterre de Guillaume d’Orange), se brisent sur la supériorité des armées françaises. L’accession du petit fils de Louis XIV au trône d’Espagne, en fin de règne, contre toute l’Europe coalisée, marque le triomphe de la puissance française.

Louis XIV n’apparaît pas, à la lumière de ce livre, comme un prince absolutiste et un autocrate imbus de lui-même. Il parle peu, écoute beaucoup, ne décide rien sans avoir longuement entendu ses ministres sur lesquels il s’appuie fortement. Curieusement, il nous est présenté comme un homme au fond assez timide et discret. Le roi Soleil, Versailles? Ce ne sont que les expressions d’une réalité: la toute puissance de la France. Louis XIV veille farouchement à ce que ses représentants en Europe aient toujours la préséance sur tous les autres. Le manque de respect envers un ambassadeur français est susceptible d’entraîner une guerre. L’Espagne présente ses excuses à la suite d’un impair commis par l’un de ses représentants. « Je ne sais plus, écrit Louis XIV, si depuis le commencement de la monarchie, il ne s’est rien passé de plus glorieux pour elle. » Prétention abusive ? Non, aux yeux de Louis XIV, conséquence logique de la suprématie française sur la planète dans tous les domaines, y compris littéraire.

Louis XIV a une obsession: l’unité de l’Etat. A une époque ou la légitimité du pouvoir repose sur la religion – lui-même est de droit divin – l’unité religieuse est synonyme d’unité de l’Etat. D’où un règne marqué, sous l’influence des Jésuites, par la persécution des Jansénistes et des Protestants. La révocation en 1685 de l’Edit de Nantes, qui assurait depuis Henri IV la liberté de culte aux protestants, est bien entendu le drame de ce règne qu’elle marquera d’une tâche indélébile. Ce règne placé sous le signe de la grandeur de la France laisse entrevoir des failles qui déjà, préparent, me semble-t-il la décadence et la chute de la monarchie: un modèle de pouvoir largement fondé sur la courtisanerie, l’obséquiosité, l’obsession des préséances dans l’entourage du Prince qui en joue constamment. Louis XIV, d’après François Bluche, n’a jamais dit « l’Etat c’est moi ». Pour autant, l’intérêt de la France se confond avec celui de sa personne comme en témoignent son obsession d’honorer sa vaste descendance, aussi bien légitime que naturelle, les travaux grandioses du château de Versailles au coût gigantesque pour le budget de la Nation alors que les classes populaires accablées d’impôts et de servitudes, vivent dans la misère.

Une lecture passionnante, certes, qui laisse à la fin le lecteur partagé sur le règne de Louis XIV, entre le rayonnement de la France, sans équivalent dans l’histoire, et la conscience de la fragilité et de la précarité de cette magnificence, sachant combien, moins d’un siècle plus tard, tout cela devait s’achever dans l’apocalypse… Rien n’est simple peut-on en conclure.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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La grande moquerie nationale

Jusqu’où les Français sentent-ils à quel point on se moque d’eux? Cette campagne des Européenne atteint les sommets de la mystification et de la moquerie. Le thème de l’Europe est l’objet de la pire des impostures et des caricatures.

Les deux particules qui dominent les sondages et écrasent l’actualité malgré des taux d’adhésion dérisoires (moins de 10% du corps électoral) n’ont de cesse que de manipuler l’opinion. LREM se pose en chantre de « l’Europe ». Mais qu’est-ce que cela signifie? La vérité, c’est que l’Europe, en tant qu’aspiration à une solidarité ou unité politique se trouve en état de décomposition avancée: Brexit, dissidences polonaise, italienne, hongroise… La France est en conflit ouvert avec tout le monde comme elle ne l’a sans doute jamais été. Et même le « couple franco-allemand », supposé noyau de la construction européenne est – apprend-on – en pleine crise. Comment pourrait-il en être autrement dans le contexte d’une Allemagne rayonnante et superpuissance industrielle planétaire, avec ses 200 milliards d’excédents, face à une France en voie de marginalisation qui accumule les handicaps? Voilà la vérité.

Que reste-t-il de « l’idéal européen »? Le système bruxellois, la codécision, les directives et les règlements, la Commission et la Cour de justice? Mais qu’est-ce qu’une tête privée de corps? Une administration qui n’a plus rien à administrer? Un outil de pilotage sans objet à piloter? L’Europe, en tant que communauté politique, n’est plus qu’un champ de ruines. Il en reste une organisation bureaucratique vide de sens, sans âme et sans but, dès lors vouée à l’extinction. « L’Europe » de LREM est d’ordre idéologique, déconnectée de tout rapport avec le monde des réalités. Quant aux supposés souverainistes, ils se battent désormais contre un moulin à vent. L’enjeu, aujourd’hui, est de rebâtir quelque chose et non de détruire ce qui est déjà en miettes. Pourquoi nul n’a-t-il le courage de dire la vérité?

Mais le mensonge européiste, fondé sur la négation de la réalité, n’a d’égal en ignominie que l’imposture lepéniste. Lors des élections présidentielles de 2017, le FN n’avait d’autre mot à la bouche que la sortie de l’Union européenne et de l’euro. Toute sa propagande était fondée sur ce thème. Argument: rien n’était possible à l’intérieur de cette Europe. Désormais, virage à 90°: il n’est plus question de sortie mais de réforme de l’intérieur. Pourquoi? La posture de 2017 s’étant révélée non payante en termes électoral, le FN a radicalement basculé sur une conviction inverse. La démagogie n’a plus de limite. Et nul pour dénoncer cette mystification.

A quel spectacle lamentable assistons-nous depuis deux ans? La politique française se réduit un peu plus jour après jour à un phénomène de gesticulation narcissique hyper-médiatisé et au duel entre un supposé bien européiste et les ténèbres populistes. Ce cirque, cette bataille de néant, ne sert qu’à masquer une réalité pitoyable. Le déficit budgétaire de la France est le pire de toute l’Europe (3,2%) à l’exception de la Roumanie. La dette publique a atteint 99% du PIB, l’un des plus mauvais résultat du continent. Le niveau scolaire continue de s’effondrer comme le montrent toutes les études. Le chômage persiste avec un taux de 8,2% alors qu’il est de moins de 2 à 3% aux Etats-Unis, en Allemagne, en Grande-Bretagne. La pauvreté touche 9 millions de personnes. L’Etat est défaillant dans ses missions de maîtrise des frontières, de respect de l’ordre public et de sécurité des biens et des personnes. Les zones de non droit se répandent. La violence gagne tous les pans d’une société qui se fragmente dans le communautarisme.

Le naufrage de la vie publique dans la vanité, le cinéma narcissique, la posture mégalomane et les gesticulations quotidienne, l’esbroufe et le duel à sensation entre le « bien européiste » et le « mal nationaliste », tout ce grand cirque est strictement proportionnel à l’intensité du désastre d’une politique que l’on cherche à recouvrir. Nous sommes face à la faillite  d’un système français entièrement bâti sur l’exaltation de la vanité narcissique au détriment du sens de l’intérêt général. Voilà la vérité. Il faut que les Français le sachent. Enfin, ceux qui ne l’ont pas encore compris…

Maxime TANDONNET

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Le débat de la médiocrité (pour Atlantico)

Mme Loiseau tête de liste LREM et M. Bardella, son homologue (RN ex FN), sont des personnalités nouvelles sur la scène politico-médiatique. Elles appartiennent ainsi au « nouveau monde » supposé issu du séisme électoral de 2017 et du renouvellement de la classe politique. Leur débat du 15 mai sur BFMTV allait-il renouveler l’exercice du genre ?

Visiblement leurs deux visions étaient inconciliables et l’échange devait bien vite tourner au pugilat et à la bataille d’invectives. Un jeune fauve lepéniste affrontait une institutrice goguenarde mais quelque peu débordée par sa fougue. Et les injures volaient encore plus que de coutume : mensonges, fakes news,  désinformation, méprisant, arrogant, agressif… Les deux acteurs en désaccord sur tout, y compris les faits, ne semblaient pas parler du même monde et s’ébattaient dans deux réalités différentes.

Faut-il parler de vision, de l’un comme de l’autre ? De fait, tous deux donnaient le sentiment de réciter les leçons de leur camp et de marteler des éléments de langage appris par cœur : libre échange contre protectionnisme, politique agricole commune contre renationalisation de l’agriculture, Frontex contre frontières nationales… Deux monologues parallèles sur les thèmes les plus convenus, ponctués d’insultes et d’attaques personnelles.

Pourtant, une étrange complicité, par-delà les apparences conflictuelles, les unissait. Ayant refusé, l’avant-veille, un débat public et télévisé avec M. Bellamy, la tête de liste LR, Mme Loiseau consacrait  en revanche M. Bardella et le RN dans le statut d’opposant unique et attitré au pouvoir LREM. Elle ne faisait ainsi qu’appliquer le dogme d’une présidence Macron vouée à la bataille du bien progressiste contre le mal populiste. Etrange paradoxe : la liste qui se revendique comme le chantre de la lutte contre « l’extrémisme » en devient le plus authentique allié objectif.

Cette stratégie électorale repose sur la certitude que dans un duel entre le bien progressiste et le mal populiste, le premier sortira toujours vainqueur, notamment en 2022. Pourtant, dans cette confrontation en tête à tête entre deux intégrismes, le mondialisme ou européisme arrogant et le repli « localiste » moyenâgeux, faute de toute autre alternative, faute d’une troisième voie, rien ne permet de penser qu’à la faveur de l’exaspération populaire, le second ne finira pas par l’emporter. Le débat de ce soir, faute d’avoir le moindre intérêt sur le fond, montrait en tout cas qu’en termes d’agressivité et de mépris, les deux camps se trouvent à armes égales. Quoi qu’il arrive, un tel spectacle n’aura sûrement pas pour effet d’inciter les 60% d’abstentionnistes attendus à se rendre aux urnes.

Maxime TANDONNET

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Une étrange affiche

Sous réserve de vérification, c’est la première fois, dans l’histoire de la politique française, que des affiches électorales (hors scrutin présidentiel), exposent le portrait du chef de l’Etat. Selon l’article 5 de la Constitution, le rôle du président de la République est « d’assurer par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ». Incarnant la nation dans son unité, président de tous les Français, il se situe au dessus de la mêlée. Ce principe a certes été maintes fois maltraité lors d’échéances électorales où les occupants de l’Elysée ont pris parti pour un camp. Mais cette fois, une étape nouvelle est franchie: non seulement la liste se targue du soutien du président, mais elle s’identifie physiquement à lui, dans une logique fusionnelle. Les pratiques de ce genre ont toujours été considérées comme contraire à la tradition républicaine. Elles renvoient aux élections législatives issues de la crise du 16 mai 1877. Les Républicains, autour de Gambetta, fustigèrent la pratique des candidatures officielles où figurait une référence explicite au président Mac Mahon. Cela s’est terminé par la démission de l’occupant de l’Elysée deux ans plus tard. En outre, il est extrêmement dangereux de surexposer, surtout pour une élection supranationale, l’image du président qui ne peut en sortir qu’un peu plus banalisée, troublée et affaiblie: au mieux, en cas de première place pour LREM avec 22% des voix elle n’aura fait qu’aggraver la rancœurs des 78% d’opposants; au pire, en cas de seconde place, elle fera du chef de l’Etat le vaincu du scrutin. Tout cela est à l’évidence anti-démocratique et anti-républicain. Cette affiche achève d’enterrer la (belle) tradition du président qui est « président de tous les Français ». Elle le montre en chef de parti plutôt qu’en garant de l’unité nationale. Elle contribue donc à aggraver la fragmentation du pays. Mais elle est surtout d’une idiotie invraisemblable,  qui (me) laisse pantois… Tout ceci va mal finir.

NB: depuis la parution de ce billet, de nombreux lecteurs sur les réseaux sociaux me font observer, images à l’appui, que ce n’est pas la première fois qu’un chef de l’Etat figure sur des affiches électorales lors d’une élection européenne. Mea culpa, donc. Pour autant, cela ne change rien au raisonnement: un président qui se pose en chef de parti renonce à sa mission de garant de l’unité nationale et de serviteur du pays dans son ensemble. Cela fait partie des graves dérives qui contribuent au malaise français. 

Maxime TANDONNET

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Politique, le chaos absolu

A la veille des élections européennes de 2019, la politique française poursuit sa descente aux enfers et se présente, plus que jamais, comme un champ de ruines. L’existence de 34 listes, parfois les plus fantaisistes, dénote une véritable explosion de l’offre politique. Elle s’accompagne d’un désintérêt manifeste de l’opinion avec une abstention qui pourrait atteindre les 60%.

En parallèle, la politique française fait naufrage dans l’anomie, c’est-à-dire l’explosion de tous les repères, de toute éthique. Ainsi, la tête de liste présidentielle n’accepte de débattre avec la tête de liste LR, qu’à huis clos, en l’absence de toute radio et télévision, avant de lui cracher dessus par derrière (« très, très, très à droite »). Un tel niveau de lâcheté, sans complexe, c’est du jamais vu dans toute l’histoire de la démocratie… Mais pour autant, la même se vautre ensuite dans un débat public, télévisé, avec la tête de liste  lepéniste… Quel est le sens de ce deux poids deux mesures? De cette iniquité? L’hypocrisie atteint un niveau qui donne le vertige: une liste qui se targue de lutter contre l’extrémisme lui fait ostensiblement la courte-échelle…

Deux partis donnent l’illusion de surnager à l’occasion des Européennes en cette période chaotique : LREM et RN (ex FN). Pourtant, au-delà de l’illusion engendrée par la surexposition médiatique de leur duel pour la première place, l’un comme l’autre sont englués dans la médiocrité. Les sondages les donnent à 21 ou 22% des suffrages, ce qui, avec un taux d’abstention record de 60%, les situerait aux alentours de 8% du corps électoral : un niveau dérisoire, ne dénotant aucun signe d’adhésion, pour la majorité présidentielle comme pour l’opposition lepéniste qui piétine en vain depuis 40 ans.

La crise de confiance entre le pays et sa classe dirigeante atteint des sommets dont la crise des gilets jaunes ne fut qu’un symptôme. 81% des Français ont une vision négative de la politique, 70% pensent que la démocratie ne fonctionne pas bien, 72% estiment que les politiques sont corrompus, 87% sont persuadés que leur avis n’est jamais pris en compte (CEVIPOF 2019). Bref, dans la conscience collective, la politique se présente comme un spectacle déconnecté du monde réel, un jeu d’acteurs obsédés par leur destin personnel au détriment de l’intérêt général.

Alors, peut-on parler d’un signe d’espoir sur les ruines de la démocratie française? « L’effet Bellamy », aussi ténu soit-il,  naît d’une situation de chaos absolu. Ce nouveau venu dans la vie politique française donne l’apparence de l’honnêteté, de la conviction, de la quête d’élévation dans la réflexion, l’image d’un homme qui n’est pas obnubilé par sa carrière politique ni par la conquête de l’Elysée, un personnage modeste, désintéressé, une sorte « d’anti-narcisse ». Il est ressenti comme donnant la priorité aux idées sur l’ego. Et en cela, le modèle qu’il offre est novateur. Ce n’est plus une affaire de droite ou de gauche, mais la quête d’un minimum d’honnêteté et de sens du bien public. Cela suffira-t-il à entre-ouvrir la porte de l’espérance? Je n’en sais rien, je l’espère mais n’en sais rien… Peut-être sommes nous encore loin d’avoir atteint le fond de l’abîme. Et d’ailleurs, l’abîme a-t-il un fond?

Maxime TANDONNET

 

 

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L’édito de Julien Aubert (député): élections, piège à conviction?

Le 26 mai prochain auront lieu les élections permettant de déterminer les représentants de la France au Parlement européen. C’est un scrutin à un tour, à la proportionnelle, c’est à dire qu’il donne une photographie du paysage politique à un moment t.

Autant vous le dire, je n’aime pas ce mode de scrutin. La proportionnelle donne tout pouvoir aux partis politiques pour choisir vos élus. Elle encourage les marginaux et sectes de tout poil à monter une liste. Elle ne crée par de lien avec l’électeur, et donc pas de proximité.

C’est ainsi que vous trouverez parmi les 33 listes loufoques, entre anti-spécistes, amateurs de 50 nuances de jaunes et nostalgiques du communisme sépia, une liste communautaire islamique et deux listes « anti-islam ». Ces extrémistes veulent enclencher un piège de confrontation sur le sujet de l’Islam, en excitant de part et d’autre de la ligne de clivage les modérés, au risque de déchirer la société Française. Pour ma part, je maintiens que les partis islamistes, anti-religion ou haineux devraient être interdits.

Il y a un autre piège, grossier, tendu par le couple infernal du second tour des présidentielles.

Le piège est de prôner ensuite un vote utile, alors qu’il n’y a pas de gagnant dans un tel scrutin. Voter Loiseau pour battre Le Pen. Voter Bardella pour battre Macron. Révélation : vous ne battrez personne, car ni Macron, ni Le Pen ne disparaîtront s’ils n’arrivent pas en tête. En revanche, sur « la photo », ils apparaîtront bien au premier plan.

Vous serez perdants.

En effet, c’est ce couple infernal qui empêche de résoudre les problèmes de la France (et de l’Europe). Tant qu’il y aura l’épouvantail Le Pen, la petite élite fière de son logiciel économique et de sa vision post-nationale aura beau jeu de discréditer tous ceux qui sont attachés à la souveraineté, l’identité et à « une autre politique » en utilisant Le Pen pour les discréditer. Tant qu’il y aura Macron, la même politique, défavorable aux « exclus » de la mondialisation, continuera, avec cynisme.

François-Xavier Bellamy « l’ingénu » fait une vraie campagne, en questionnant la raison et le fond des sujets, plutôt qu’en instrumentalisant Simone Veil ou en fouillant les poubelles des adversaires.

Vous voulez que la politique change ? Alors arrêtez de voter en réaction. Votez Les Républicains ! Si LR dépasse LREM, Macron sera bien plus embêté que si c’est le RN, car c’est sa propre survie qui sera dans la balance.

Julien AUBERT

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Revue de presse, André Tardieu, l’Incompris Perrin, 2019

Ci-dessous, un recueil non exhaustif d’une vingtaine d’articles de presse parus depuis le 3 janvier sur André Tardieu l’Incompris, avec l’immense gratitude de l’auteur envers les journalistes et historiens qui ont bien voulu s’intéresser à cette biographie et qui ont ainsi permis de la faire connaître.

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Le voilà ressuscité sous la plume de Maxime Tandonnet. A raison car André Tardieu mérite le détour (Gérard Courtois, le Monde, 20 mars 2019) Le Monde PDF

Un essai très vivant qui lui rend justice (Frédéric Valloire, Le Figaro Histoire, avril/mai 2019). Figaro Histoire PDF

Réhabilitation d’une figure de la IIIe République, esprit original et visionnaire, tombé dans l’oubli (Jacques de Saint-Victor, Le Figaro Littéraire, 9 janvier 2019).

Une biographie très dense et bienvenue (Valeurs Actuelles, 10 janvier 2019). Valeurs actuelles PDF

Maxime Tandonnet exhume la vie et les combats de l’un des esprits les plus virulents de la IIIe République (François-Guillaume Lorrain, le Point, 8 janvier 2019). Le Point PDF

Tardieu, le bouc émissaire – Le coup de coeur du mois de Jean-Pierre Rioux (L’Histoire, mars 2019). L’histoire PDF

Un livre remarquable sur l’un des hommes politiques les plus intelligents et efficaces de la IIIe République injustement oublié. Edifiant. (Philippe Jérante, Le Revenu/Placements 11 avril 2019). Revenu/Placements PDF

Une remarquable et bienvenue biographie (Philippe Maxence, le Figaro Magazine, 26 janvier 2019). Figaro Magazine PDF

Cet ouvrage salutaire nous raconte le destin d’un personnage hors norme par sa lucidité et son courage dans l’Entre-Deux-Guerres. (Guillaume Perrault, le Figaro Vox, 6 février 2019).

André Tardieu, le réformateur oublié – sélection des Echos parmi « sept livres à dévorer de la semaine » (Henri Gibier, les Echos 25 janvier 2019.

Lire, sous la plume experte de l’historien et haut fonctionnaire Maxime Tandonnet, la biographie de Tardieu, c’est lire des pages d’histoire de France, au moins de celle de la IIIRépublique, avec les polémiques, trajectoires et tragédies de la période. C’est se plonger dans une vie et une oeuvre peu banales (« Le livre du jour », Julien Damon, les Echos, 13 mai 2019).

Espérons qu’avec ce livre, Tardieu retrouvera la place qu’il mérite (Benoît Lasserre, Sud-Ouest Dimanche, 17 février 2019).

Une biographie magistrale (Revue Conflits, 23 mars 2019).

Une admirable biographie d’André Tardieu (Mémoire des Arts, 5 février 2019).

L’excellente plume de Maxime Tandonnet résume la chose: Tardieu a-t-il jamais connu le bonheur en politique? (Politique Magazine, mars 2019).

André Tardieu semble bien oublié […] Il avait une tête bien faite nous dit son biographe, Maxime Tandonnet, et son parcours l’a prouvé (Histoire et civilisations, mars 2019). Histoire et civilisations PDF

Une bonne biographie, l’occasion de revenir sur le pacours d’un homme oublié et qui joua un rôle majeur dans notre histoire (Sylvain Bonnet, Bojum l’animal littéraire).

Une élégante biographie […] c’est le mérite de ce livre de le tirer d’un injuste purgatoire (Le Littéraire 1er février 2019).

Dans cette biographie agréable à lire, Maxime Tandonnet livre la vie de ce personnage complexe et tourmenté (La Cliothèque, mars 2019).

 

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La surprise des élections européennes?

Voici mes réponses au site Atlantico, qui m’interrogeait sur la remontée de LR dans la campagne des élections européennes: une interview, largement reprise sur la toile, notamment dans les « informations Google » d’hier, pour des raisons et selon des mécanismes (algorithme) qui m’échappent totalement. 

1-Alors que les sondages concernant la liste LR montrent une inflexion positive, la personnalité de François-Xavier Bellamy semble séduire également les médias. Après la Une du Figaro Magazine, l’Obs consacrait un portait à la nouvelle figure du parti « un regard d’un bleu transparent comme un gage de sincérité ». De ce point de vue, ne peut-on pas voir le succès de François Xavier Bellamy comme le miroir de ce qui peut être reproché à Laurent Wauquiez ? 

On peut en effet parler d’un « phénomène » Bellamy qui se traduit par la bonne tenue de la liste LR dans les sondages. La tête de liste LR apporte une image de la vie politique qui est aux antipodes de ce que les Français reprochent depuis si longtemps à leur classe politique. Il donne toute l’apparence de l’honnêteté, de la conviction, de la quête d’élévation dans la réflexion, mais aussi de la courtoisie et du refus du sectarisme. Par-dessus tout, il offre l’image d’un homme qui n’est pas obsédé par sa carrière politique mais s’engage dans un objectif de bien commun. Le contraste est donc exacerbé avec la vision que les Français se font aujourd’hui des personnalités politiques. Ce contraste s’applique-t-il à Laurent Wauquiez en particulier ? Il me semble être beaucoup plus général, englobant l’ensemble des personnalités qui incarnent, sur le plan médiatique la vie politique française, y compris le président, ses ministres, et l’ensemble des leaders des partis politiques, de gauche, de droite ou lepéniste. Bellamy se présente, aux yeux de nombreux Français comme un homme simple et modeste, désintéressé, une sorte « d’anti-narcisse » à l’heure ou la politique française est dévastée par l’ivresse narcissique.

2– Du point de vue des électeurs de droite, pourrait on également considérer le succès relatif de la liste menée par le jeune philosophe comme une opportunité pour faire barrage à Laurent Wauquiez ? 

 C’est la première fois depuis 2012 et la défaite de Nicolas Sarkozy aux présidentielles, que LR donne une autre image que celle d’un champ de bataille entre rivaux pour l’accession à l’Elysée. En vérité, la présence en tête de liste de M. Bellamy exerce un effet consensuel sur le mouvement. Nous assistons à des ralliements qui n’avaient rien d’évident quelques mois auparavant, comme ceux de Mme Pécresse ou de M. Estrosi. De fait, M. Bellamy ne représente pas une menace en vue des présidentielles pour ces personnalités : trop jeune, inexpérimenté et peut-être trop honnête. Il est difficile d’affirmer que cette tête de liste puisse apparaître comme une opportunité pour faire barrage à M. Wauquiez. Dès lors qu’il en a été lui-même l’initiateur, un relatif succès ne pourrait que lui profite … En revanche, la présence de M. Bellamy en tête de liste a l’avantage de la neutralité dans la bataille qui se livre en coulisse pour la conquête de l’Elysée. Elle a permis la trêve à laquelle nous assistons.

3- Comment envisager ce qui pourrait advenir, suite aux européennes, en cas d’un score qui aurait pu être considéré comme inespéré pour les LR au début de la campagne ?

Le score de LR est devenu l’un des enjeux  essentiels du scrutin.  C’est déjà un succès en soi ! Un bon résultat de LR ouvrirait une perspective d’issue à la crise politique française. En mai 2017, tout laissait prévoir un quinquennat Macron extrêmement difficile : élection par défaut, faiblesse des soutiens politiques, fragilité du positionnement central, inexpérience, extrême précarité d’un pouvoir fondé sur la surexposition médiatique d’une image personnelle…  La chute risque de se poursuivre dans les trois ans qui viennent. La période 2022 pourrait ainsi se révéler chaotique, entre une présidence honnie de l’immense majorité de la population et une candidature lepéniste viscéralement refusée par 80% des Français. Un bon score aux Européennes de la liste LR, introduisant une troisième force dans le paysage politique français offrirait une porte de sortie à la catastrophe annoncée… Mais encore faut-il que le sens du bien commun l’emporte durablement chez les dirigeants LR sur les rivalités d’ambitions élyséennes. Une réouverture des hostilités après la trêve des Européennes serait désastreuse. Le message Bellamy montre la voie : travail de fond avant les guerres d’ego, intérêt de la France avant les obsessions narcissiques et le choix de la candidature aux présidentielles doit se faire au dernier moment en fonction des circonstances. Telles sont les clés su succès. Sauront-ils les saisir ?

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Pensées pour Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello

Deux soldats français, Cédric de Pierrepont  33 ans, chef de groupe commando et Alain Bertoncello, 28 ans, commando marine, ont été tués lors de l’opération qui a permis la libération de deux otages d’un groupe islamiste au Burkina Faso jeudi 9 mai. Certes, ils sont tombés en accomplissant leur devoir et leur mort est aussi le signe de la persistance, dans les profondeur et la jeunesse de ce pays, d’une force d’engagement, de courage et de détermination contrastant avec l’indigence qui règne à la surface des choses.  Mais avant tout, ce sont deux vies fauchées en pleine jeunesse et des familles endeuillées. C’est une infinie tristesse que nous ressentons à cette nouvelle. Quant aux touristes pris en otage au Bénin, ils avaient, semble-t-il, enfreint les conseils de prudence du ministère des affaires étrangères en se rendant sur une zone à risque majeur (selon le ministre des Affaires étrangères). Comment ne pas ressentir, à cette information, un profond écœurement?

Maxime TANDONNET

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Tartufferie nationale

L’occupant de l’Elysée a déclaré qu’il était déterminé à déployer « toute son énergie » pour que le RN/FN ne remporte pas les élections européennes. En même temps, nous assistons à une mobilisation générale du camp LREM pour désigner le parti lepéniste comme son unique adversaire légitime. Depuis des mois, la majorité au pouvoir place le scrutin européen sous le signe du combat des lumières qu’elle se targue d’incarner contre « les ténèbres nationalistes » incarnées par le lepénisme. Mieux encore: Mme Loiseau aurait ainsi accepté le principe de débats avec la tête de liste lepéniste, confortée dans ce statut d’opposant privilégié et écarté les propositions de rencontre avec M. Bellamy, tête de liste LR.

Jamais sans doute, dans l’histoire politique récente, l’hypocrisie n’aura atteint un tel sommet: combattre un ennemi que l’on soutient à bout de bras depuis le début en le désignant comme seul concurrent digne de ce nom. La manœuvre est limpide, s’inscrivant dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022: sublimer un combat de Titan entre le « bien » progressiste et le « mal » populiste dans l’objectif d’assurer la réélection présidentielle dans 3 ans. Cette histoire romanesque de la lutte éternelle entre l’avenir radieux et les ténèbres de la réaction, avec la complicité bienveillante du parti lepéniste qui n’a jamais été à pareille fête, est censée ensevelir dans une vague d’émotion le monde des réalités, le chômage, la violence, la dette publique, la faillite de l’autorité de l’Etat dans le maintien de la paix civile et la maîtrise des frontières.

Quelques questions pour finir: pur cynisme des acteurs de cette supercherie, ou défaillance intellectuelle les conduisant à croire eux-même en leur propre mystification? Et quel est le vivier potentiel des victimes de cette manœuvre, suffisamment désarmées sur le plan de l’esprit critique pour y succomber? Quelles conséquences, quelle sanction de l’histoire pour les responsables de ce dévoiement sans précédent récent de la démocratie au profit de l’obsession narcissique?

Maxime TANDONNET

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« La disparition de l’occident » (N. Sarkozy)

Le président Sarkozy a parlé récemment d’une « disparition de l’occident ». Ces mots ont l’avantage de l’élévation du débat. De fait, les sondages quotidiens, les gesticulations politiciennes, les polémiques ne sont que l’écume des choses recouvrant les grands courants marins qui entraînent l’humanité. Ce devrait être le rôle d’un véritable chef de l’Etat d’éclairer ses compatriotes en se situant au niveau des phénomènes de l’histoire plutôt que du marécage et des crachats. Sarkozy n’est plus président mais par ces paroles, il s’exprime en homme d’Etat. Les grands courants de l’histoire: l’ère des nationalismes (XIXe), la montée  des régimes totalitaires (XXe), la colonisation et la décolonisation… Aujourd’hui, l’effondrement de l’occident… Pourquoi? le monde occidental a perdu la notion du gouvernement. Rongé par ses complexes, sa mauvaise conscience, sa peur du lendemain, il est devenu incapable de se donner un avenir, de décider, de choisir. Exemple, en 1979, les présidents américain (Carter), français (VGE), le chancelier allemand Schmidt, Mme Thatcher (je crois), se réunissaient pour décider ensemble l’implantation des fusées Pershing en Allemagne destinées à contrer les SS20 soviétique. L’occident existait. Et d’ailleurs, son unité, sa volonté lui ont permis de gagner la guerre froide.  Aujourd’hui, qui imagine un instant les médiocres au pouvoir du monde occidental s’unir pour décider de grandes orientations aussi stratégiques? Les pitreries quotidiennes de ses soi-disant leaders ne servent qu’à couvrir le mouvement de fond: celui d’un effondrement, faute de volonté, faute de confiance, faute de vision. Le président Sarkozy a raison d’élever le débat.

(NB: J’écris à la hâte sur un coin de rocher devant la mer et sous les embruns, en priant le lecteur de bien vouloir me pardonner les coquilles et autres fautes de style…)

Maxime TANDONNET

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LR: l’effet Bellamy (pour Atlantico)

  1. Ce vendredi, le sondage Elabe/BFM place François-Xavier Bellamy à 15,5% des voix. Si on peut considérer que le choix de la tête de liste y est pour quelque chose, sa nomination ne parachève-t-elle surtout pas une période de clarification qui s’est effectuée d’abord par le départ symbolique d’Alain Juppé et de Jean-Pierre Raffarin ?

Dans le déroulement de cette campagne des Européennes, la seule véritable surprise est la bonne tenue de la liste LR. Il y a quelques mois on en était à s’interroger sur sa capacité à atteindre les 8%. Or, les sondages la donnent désormais presque au double et la dynamique est en sa faveur. Plusieurs facteurs expliquent cette remontée. Le départ de M. Alain Juppé et M. Jean-Pierre Raffarin, en désaccord sur la ligne du mouvement et sensibles à la séduction du macronisme, n’est pas seulement symbolique. Il a favorisé un effet unitaire autour de la liste LR. Pour la première fois depuis très longtemps, les leaders de ce mouvement donnent une image de rassemblement et évitent de s’affronter. Même les désaccords entre Mme Pécresse et M. Wauquiez se sont tus. L’unité retrouvée, au moins de façade, est la première explication de ce redressement. Ensuite, la bonne image de la tête de liste, M. Bellamy, exerce un effet évident. Par sa modestie, sa courtoisie, son désintéressement apparent, il est à l’inverse de tout ce que les Français reprochent aux politiques. Enfin, le contexte politique général, l’impopularité présidentielle, les déboires de la liste de Mme Loiseau jouent de toute évidence en faveur de la liste LR.

  1. L’électorat filloniste a largement été capté par LREM depuis 2017. Un retour au bercail est-il envisageable ? Si oui, quel conséquence aurait-il ?

D’après les derniers sondages (Figaro Magazine), le retour au bercail de l’électorat filloniste est déjà partiellement engagé. Les ralliés au macronisme représentent désormais environ un quart de cet électorat alors qu’ils étaient majoritaires en 2017. La poursuite de ce mouvement est en effet envisageable. Elle dépend  beaucoup de l’évolution du quinquennat macron. La poursuite de sa chute dans le désordre et l’impopularité se traduira presque mécaniquement par le retour de l’électorat de droite conservateur dans la mouvance LR. On peut aussi s’attendre à une crise politique qui se traduira par le départ des ministres « de droite » du gouvernement, accélérant le mouvement. Maintenant il faut que LR poursuive le redressement de son image dans l’opinion en évitant de retomber dans les querelles de chefs qui sont dévastatrices en termes d’image. Et ce n’est pas forcément gagné…La conséquence d’un retour au bercail de l’électorat filloniste serait d’une part d’affaiblir considérablement le courant LREM, privé de sa jambe droite, et d’imposer une troisième force, républicaine, autour de 20%, entre les partis macroniste et lepéniste.

  1. Une clarification supplémentaire serait-elle souhaitable pour LR ? Quels sont ses points forts aujourd’hui sur lesquels le parti devrait s’appuyer s’il veut progresser encore ?

 Il serait naïf et trompeur de laisser penser qu’un score de 15,5% de l’électorat aux Européennes, voire même 17 à 18%, dans le contexte d’une abstention de 60%, marquerait un engouement national pour la liste LR. Pourtant, ce relatif succès serait à prendre très au sérieux. Contrairement au PS, LR a survécu au choc du « nouveau monde ». Un tel résultat ouvrirait la voie à une perspective d’alternance en 2022. Le RN/FN semble certes mieux placé dans les sondages. Pourtant, son rejet viscéral dans les trois-quarts de l’opinion empêche d’y voir une solution de rechange possible au macronisme. C’est un fait, tout simplement. Dès lors, LR est la seule voie d’alternance envisageable et le scrutin européen, suivi de municipales réussies, pourrait le conforter dans ce statut et dans une dynamique positive. Maintenant, rien n’est gagné, tout reste à faire. Même 20% est très insuffisant pour une reconquête du pouvoir. Il faudra rassembler bien au-delà. La clé d’un éventuel succès futur en 2022 consiste à savoir s’adresser aux 60% d’abstentionnistes et à l’immense majorité des Français aujourd’hui écœurés par la vie politique. En finir avec toute forme de mégalomanie et d’obsession narcissique des dirigeants politiques, refonder la politique sur le service modeste du pays et de l’intérêt général, un discours simple de vérité, sans démagogie, une reconquête de la démocratie par la réhabilitation de la représentation parlementaire et du referendum pour lutter contre la fracture entre la classe dirigeante et le peuple, la priorité donnée aux sujets de préoccupations fondamentaux des Français, l’autorité de l’Etat, l’école, la lutte contre la violence et l’insécurité, la maîtrise des frontières. A ce prix, mais à ce prix seulement, l’alternance en 2022 pourrait bien avoir lieu.

NB: Etant en déplacement, je n’ai pas la possibilité de répondre en temps réel aux commentaires et prie les intervenants sur ce site de bien vouloir m’en excuser. MT

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Pourquoi le chaos?

Ci-dessous mes réponses au site Atlantico sur la situation de « l‘opposition » en France. L’intérêt pour la politique française peut s’exprimer à deux niveaux:

  • celui de l’écume des choses, en prenant part à la polémique, à l’hystérie de l’adoration ou du lynchage, au déchaînement émotionnel quotidien;
  • la réflexion de fond qui consiste à se demander, pourquoi les choses vont de mal en pis, au fil des décennies, et sans doute pire en France que dans les pays voisins où similaires, à l’image de la crise de régime qui secoue le pays depuis un an, de l’affaire Benalla à la banalisation de la violence dans un climat d’impuissance de l’Etat qui n’a guère d’équivalent historique récent.

Les deux sont légitimes, surtout en temps de campagne électorale, mais la seconde  a l’avantage de la hauteur. Faire de la personnalité de l’actuel chef de l’Etat l’unique cause profonde du désastre n’a pas de sens. Le malaise est bien antérieur à sa prise de l’Elysée, n’ayant fait qu’empirer depuis. D’ailleurs s’acharner sur sa personnalité revient à éluder les questions de fond: pourquoi se trouve-t-il là? Quel est le sens de sa présence à l’Elysée? Qui l’a fait roi et pourquoi? Et qui de mieux à sa place si ce n’était lui? Un « bon » président , populaire, est-il possible? Comment en arrive-t-on à un tel niveau de cynisme et d’incompétence généralisée dans la conduite de l’Etat?  Quant à accabler « l’Europe de Bruxelles » de tous les maux, c’est un autre leurre facile. D’autres pays qui en font partie connaissent des difficultés mais bien loin de la tragédie française et s’en sortent infiniment mieux à tout point de vue. Sans doute n’a-t-elle rien arrangé mais la tenir comme la cause essentielle des malheurs français est un exercice de propagande, un mensonge et une lâcheté.

Voilà ce que j’ai dit à Atlantico: « La cause majeure de la crise française est politique, elle vient du sommet, de la tête. Avec son régime présidentialiste, la France a substitué une idole élyséenne à la notion d’intérêt général. Bref, la politique consiste désormais à adorer ou à lyncher une créature totémique, plutôt que de mobiliser les énergies, travailler au bien de la nation sur le long terme, à gouverner et préparer son avenir. L’image présidentielle (en vue de l’élection et de la réélection), devient le but en soi de toute politique, au détriment du bien commun. La vanité s’impose comme le ressort principal de la vie publique étouffant la moindre étincelle de lucidité, d’intelligence et de sens de l’Etat. Dès lors une poignée de dignitaires inamovibles et irresponsables, soudée par une commune médiocrité, ne songent qu’à s’incruster toujours davantage au sommet tandis que pays se délite jour après jours. Il faut donc commencer par une modification radicale du régime politique français : revenir au septennat, rendu non renouvelable, renouer avec un véritable Gouvernement collectif, puissant, légitime, fondé sur une projet politique et un Parlement souverain, indépendant de l’Elysée, reconnu comme représentant la Nation, faciliter le référendum pour combattre la fracture démocratique. Pour l’instant, aucune opposition n’a compris cela et rien ne permet d’espérer cette prise de conscience. La France marche au chaos dans l’aveuglement général. »

Maxime TANDONNET

1/Maintenant que le Grand débat national est terminé et que les annonces des mesures à venir ont été faites, une question demeure : comment l’opposition va-t-elle pouvoir peser dans les négociations selon vous ? 

 Il est difficile de parler de l’opposition, car il y en a plusieurs : le courant lepéniste, les Républicains, la gauche aujourd’hui morcelée. C’est vrai que les mesures annoncées à la suite du Grand Débat peuvent s’interpréter comme enlevant aux oppositions certains arguments : la baisse de l’impôt sur le revenu, l’amélioration des petites retraites… Voire même la suppression de l’Ena, un vieux fantasme d’une partie de la classe politique en mal de boucs émissaires. Pourtant, il n’est pas sûr que cela change grand-chose. L’image d’un responsable politique dans l’opinion est comme un paquebot dont il est très difficile de faire dévier la route. Le quinquennat Macron est perçu par une grande masse de Français comme inéquitable sinon injuste. Ces mesures n’y changeront pas grand-chose. D’ailleurs, malgré trois mois d’omniprésence médiatique sur le thème du Grand Débat, la cote de l’occupant de l’Elysée, semble de nouveau en recul (sondage Figaro magazine). La vérité, c’est que les gens n’y croient plus. La crise de confiance est profonde, irréversible avec les équipes actuelles.

2/Sur quels thèmes l’opposition peut-elle miser qui auraient été oubliés du Grand débat ?

 Il n’y a pas de réponse unique dès lors que l’opposition est écartelée en trois courants au moins. On peut imaginer que le mouvement lepéniste continuera à faire de « l’Europe » son bouc émissaire favori, ce qui évite d’avoir à se poser les vraies causes du mal français. Les partis de gauche vont poursuivre leur lutte fratricide et course à l’utopie (créer un statut de « réfugié climatique »). Une opposition responsable devrait bien au contraire s’interroger sur les questions auxquelles le Grand Débat n’a pas répondu. Ce sont les sujets fondamentaux qui portent sur des décennies de malaise et l’invraisemblable impasse ou se trouve aujourd’hui le pays. Les mesures ponctuelles sont sans aucun rapport avec la gravité des enjeux : l’impuissance publique et l’incapacité de l’Etat à combattre efficacement le chômage, l’insécurité, la pauvreté, la violence, le communautarisme, la désindustrialisation, à maîtriser les frontières, la crise de l’éducation nationale et le déclin intellectuel du pays. Pire : la crise de l’autorité et l’incapacité nouvelle de l’Etat à assurer l’ordre public, enfin la fracture démocratique entre la classe dirigeante et le pays qui ne cesse de s’amplifier.

3/Au final la marge de manœuvre de l’opposition est-elle si grande que cela ? 

 Oui, elle est considérable, mais à condition d’ouvrir les yeux… D’où vient le malaise français ? Accuser Bruxelles de tous les maux est mensonger car les autres pays confrontés aux mêmes contraintes européennes ne connaissent pas un effondrement comparable. La cause majeure de la crise française est politique, elle vient du sommet, de la tête. Avec son régime présidentialiste, la France a substitué une idole élyséenne à la notion d’intérêt général. Bref, la politique consiste désormais à adorer ou à lyncher une créature totémique, plutôt que de mobiliser les énergies, travailler au bien de la nation sur le long terme et préparer son avenir. L’image présidentielle (en vue de la réélection), devient le but en soi de toute politique, au détriment du bien commun. Il faut donc commencer par une modification radicale du régime politique français : revenir au septennat, rendu non renouvelable, renouer avec un véritable Gouvernement et un Parlement souverain, faciliter le referendum pour combattre la fracture démocratique. Pour l’instant, aucune opposition n’a compris cela et rien ne permet d’espérer cette prise de conscience. La France marche au chaos dans l’aveuglement général.

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Lecture: le Mémorial de Sainte-Hélène, Emmanuel de Las Cases, Perrin 2019.

Le Mémorial de Sainte Hélène fut, au XIXe siècle, un immense succès de librairie, publié en 1823, réédité à de nombreuses reprises. Quand Las Cases fut expulsé de Sainte Hélène, en  1816, l’original du manuscrit de ses notes lui a été confisqué par les autorités britanniques. Puis, de retour en France, il parvint à en récupérer une copie qu’il a retravaillée en vue de sa publication. Récemment, des historiens ont remis la main sur l’original, conservé dans les archives britanniques. Ce document vient d’être publié par les éditions Perrin, dans un ouvrage présenté par M. Thierry Lentz, qui met en évidence les différences entre l’original et le texte officiel, modifié par l’auteur.

Cet ouvrage de plus de 800 pages qui a fortement contribué à la légende napoléonienne, se présente ainsi comme le journal de bord de l’un des derniers fidèles de l’Empereur. Las Cases, conseiller d’Etat, a choisi de l’accompagner dans son exil avec son fils âgé d’une dizaine d’années. Il n’était pas un compagnon de longue date: aristocrate, monarchiste, ayant connu l’émigration en Angleterre, auteur d’un Atlas historique, et rallié sur le tard à l’Empereur,auquel il voue une infinie admiration  en tant que liquidateur de la révolution et restaurateur de l’ordre en France.

Cette lecture nous entraîne dans un univers tout à fait singulier, une sorte de monde intermédiaire entre le souvenir d’une gloire immense et l’enfer des tracas journaliers. Jour après jour, à Longwood, l’auteur nous promène jusqu’au vertige, entre les récits grandioses du passé et les bassesses du quotidien, dans un balancement envoûtant, interminable, porté par la succession des tempêtes,  le martèlement de la pluie, le mugissement des vents et le fracas de la houle… L’obsession du mauvais temps, de l’ennui et des maux de santé revient comme un Leitmotiv, sublimée par les paroles de Napoléon sur tous les sujets, le pouvoir, les courtisans, l’existence de Dieu, la vanité de la gloire, les œuvres littéraires, Austerlitz, les rêves, les religions, la Révolution, Moscou, Waterloo, les femmes, la France, le destin, que l’auteur note avec un soin méticuleux.  Las Cases nous convie au voyage dans les profondeurs de l’âme d’un géant de l’histoire déchu… Ses geôliers s’obstinent à l’appeler Général Bonaparte, et lui se bat pour être désigné par son titre d’Empereur. N’ai-je pas régné sur l’Europe, fait et défait les rois et les princes qui se prosternaient devant moi? s’indigne-t-il. Tout cela a existé, ce n’était pas un rêve, alors pourquoi en faire table rase aujourd’hui?

« L’Empereur a fait sa toilette, il s’est fait couper les cheveux. Un assoupissement le gagnait; il cherchait à le vaincre. Nous sommes sortis. Le vent était des plus forts […] Vers sept heures, l’Empereur m’a fait appeler et m’a dit de garder, au nombre des pièces officielles, la note suivante qu’il m’a remise. Elle avait été envoyée de sa part, le matin, au gouverneur [anglais]: « J’ai abdiqué entre les mains des représentants de la Nation et au profit de mon fils. Je me suis porté avec confiance en Angleterre pour y vivre là ou en Amérique, dans la plus profonde retraite […] résolu à rester étranger à toute affaire politique de quelque nature qu’elle puisse être [… ] On me dit que je suis prisonnier de guerre et que je m’appelais le général Bonaparte [c’est pourquoi] je dus porter ostensiblement mon titre d’Empereur Napoléon en opposition au titre de général Bonaparte qu’on voulait m’imposer [… ] Je suis dans la volonté de rester étranger à la politique, quelque chose qui se passe dans le monde. Voilà ma pensée. » L’Empereur a fort peu mangé. Après dîner, il a lu quelques pages de Don Quichotte et les a interrompues pour se retirer. Avant, durant et après le dîner, il se sentait vaincu par l’assoupissement qui durait depuis le matin et sa crainte, a-t-il dit en nous quittant, était de ne pas dormir tant ce qu’il éprouvait était contraire à la Nature. »

Un véritable chef d’oeuvre de la littérature universelle, totalement envoûtant, qu’on ne peut plus lâcher une fois qu’on y a posé le regard.

Maxime TANDONNET

 

 

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Naufrage dans le ridicule

La vie politico-médiatique française se réduit à un chassé-croisé sondagier entre le RN/FN et le LREM. Un jour l’un est devant, et le lendemain l’autre repasse en tête. La position dominante de ces deux partis exprime le néant politique national, et les deux faces d’une même pièce. Ils sont tous fondés sur l’exaltation d’une idolâtrie, la même démagogie et jeu  d’une mystification permanente. Souviens-toi. Remember. Le RN/FN était pour la sortie de l’euro. Pour des raisons électorales, il ne l’est plus. Bagatelle! Maintenant, à la place, il propose la suppression du Parlement européen tout en se mobilisant pour y placer un maximum de députés. Jusqu’où peut-on se moquer du monde? Le LREM promettait un « nouveau monde »: république exemplaire et fin des scandales, la concorde nationale et unité de tous les français, « transformation profonde » du pays pour ouvrir une ère nouvelle de joie et de bonheur. Nous savons ce qu’il en est advenu: l’un des pires scandales de la Ve République, aggravation des déficits et de la dette, impuissance face au chômage (au regard des autres pays), chaos quotidien dans la rue depuis 6 mois, image de la France profondément dégradée dans le monde. Le plus pitoyable, c’est de songer qu’il se trouve des esprits bienheureux qui  ont cru au « nouveau monde », à la « transformation de la France » et au « grand débat », et qui croiront encore et toujours à la prochaine. Une consolation quand même:  la grande bataille entre RN/FN et LREM qui nous est vendue comme le centre de la vie nationale française, ne séduit qu’une infime minorité de Français. Les deux partis voisins se battent pour obtenir 20% des suffrages, un score dérisoire, qui représente, au vu de l’abstentionnisme massif de 60% tel qu’il est attendu, un niveau de 8% chacun de l’électorat. Disons, 16% de l’électorat au total en additionnant le score des deux partis, soit 10 % de la population de ce pays. Vanité, dérision, ridicule, telle est la nouvelle devise de la France post républicaine et post démocratique.

Maxime TANDONNET

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Lecture: A l’épreuve du temps, Jacques Benoist-Méchin, Tempus/Perrin 2019

Voici un ouvrage qui, dans sa nouvelle édition, ressemble à un boulet de canon: de format réduit, mais presque aussi épais que large: 1300 pages.  1300 pages qui se lisent le temps d’un éclair tant ce livre est d’un intérêt exceptionnel. Publié une première fois en 1972, il est l’oeuvre d’un authentique collaborateur, assumé, qui pendant l’occupation, s’est mis au service des relations entre le régime de Vichy et l’Allemagne hitlérienne. La présentation en est faite par Eric Roussel qui a eu l’immense avantage de l’avoir rencontré avant sa mort et longuement parlé avec lui. Cette autobiographie est, pour le passionné d’histoire du XXe siècle, un témoignage d’une richesse inouïe sur les coulisses de la pire apocalypse qui ait jamais frappé l’humanité.

Benoist-Méchin, né en 1901 issue de la haute bourgeoisie parisienne désargentée à la suite des mauvaises affaires de son père au caractère d’aventurier. Il est élevé par sa mère dans le culte de la générosité et de l’ouverture, passe ses vacances en Angleterre, voyage en Allemagne. Trilingue, français, anglais, allemand, extrêmement cultivé, et sensible, musicologue, il fréquente le tout Paris littéraire, se lie avec Marcel Proust, qui le reçoit chez lui. Il se présente comme un esprit éclairé, ne s’engage pas en politique et n’a rien d’un idéologue, ni de droite, ni de gauche, plutôt une sorte de dandy qui brille dans la haute société.

Oui, mais voilà. A compter de 1918 et de la défaite de l’Allemagne, il prend fait et cause en faveur de cette dernière. Le traité de Versailles, destiné à punir l’Allemagne de sa culpabilité dans le déclenchement de la guerre, l’indigne par la dureté de ses clauses. A 22 ans, il effectue son service militaire en Allemagne, participant à l’opération militaire d’occupation de la Ruhr décidée par Raymond Poincaré en 1923 pour obliger le vaincu à payer sa dette. Benoist-Méchin, n’a de cesse que de dénoncer les mesures de répression commises selon lui par les forces françaises. Il multiplie le récit de scènes destinées à condamner la politique française. Il accuse l’armée française d’exactions dont il se dit le témoin.  « Fraternisez! ce mot seul suffit à m’électriser. Il s’adresse manifestement aux membres de l’armée d’occupation. Qu’attendé-je pour y répondre?« Puis, il se lie avec plusieurs personnalités allemandes et s’efforce de promouvoir l’oeuvre de Proust dans ce pays. De cette expérience, il tire un ouvrage à succès: l’histoire de l’armée allemande. Il devient journaliste, au service de plusieurs agences de presse et quotidiens.

A compter de l’avènement au pouvoir d’Hitler en Allemagne, le 30 janvier 1933, il effectue plusieurs voyages dans ce pays, notamment lors des obsèques du maréchal Hinderburg à Tannenberg en août 1934 et aux Jeux Olympiques de Berlin en août 1936. Le journaliste est totalement fasciné, ébloui, comme hypnotisé par les mises en scènes grandioses autour du Führer. Il s’enivre de la magnificence de ce spectacle prodigieux et en conçoit une admiration sans borne pour le chef de l’Allemagne nazie. Il rencontre son ministre des affaires étrangères, Ribbentrop et se lit avec Otto Abetz, un notable de l’Allemagne hitlérienne qui sera appelé à devenir ambassadeur dans la France occupée. Lui et Abetz pactisent dans l’objectif d’un rapprochement entre les deux pays.

Après mille péripéties – lui-même prisonnier de guerre – Benoist-Méchin devient secrétaire d’Etat du régime de Vichy en charge des relations franco-allemandes. Il n’a qu’une obsession: forger une alliance entre la France de Vichy et l’Allemagne hitlérienne. Il se réjouit de la poignée de Montoire, entre Pétain et Hitler, le 24 octobre, qui scelle l’entrée de la France dans la collaboration, mais  s’offusque du limogeage de Pierre Laval par Pétain, le 11 décembre 1940, dans lequel il voit une catastrophe pour le rapprochement franco-allemand et la place de la France dans la nouvelle Europe hitlérienne, le Reich de 1000 ans.

Puis il se met au service de l’amiral Darlan, dont il est très proche, successeur de Laval comme bras droit du maréchal Pétain. L’un des passages les plus stupéfiants du récit est la rencontre de Benoist-Méchin en tête-à-tête avec le Führer, en marge d’une négociation où il accompagne Darlan. On atteint là le paroxysme de la collaboration: « J’avais vu Hitler vaticinateur et visionnaire, poursuivant en songe l’anéantissement d’Albion. Je me trouvais tout à coup devant un personnage absolument différent: un réaliste à l’esprit lucide, un stratège préparant ses opérations avec minutie et descendant pour cela jusqu’aux moindres détails. la transformation était complète. « Combien y a-t-il d’aérodrome en Syrie? me demanda-t-il pour commencer. Pendant quelques instants, j’hésitais à lui répondre, conscient du caractère militaire de ce renseignement. Mais je me dis aussitôt que mon réflexe était absurde [etc.] »

Benoist-Méchin, pousse l’esprit de collaboration jusqu’à plaider pour le renversement d’alliance et l’engagement militaire au côté de l’Allemagne contre les alliés britanniques, américains et russes, comme il ressort de ce compte-rendu de dialogue qu’il a soigneusement noté:

Pétain: Si j’ai bien compris, Hitler nous demande de marcher avec lui jusqu’à la fin du conflit?

Benoist-Méchin: Oui.

Ce n’est vraiment pas le moment.

– Pourquoi?

– Parce que l’armée allemande se heurte à des difficultés sérieuses en Russie.

– C’est exact […] Il y a eu un flottement inquiétant durant le mois de novembre (1941). Mais depuis le 4 décembre, la situation est rétablie. Je le sais de source sûre.

L’auteur de cette autobiographie assume totalement son engagement et ses convictions. Sur les 1300 pages ne plane pas l’ombre d’un regret. Avec le recul, sa faute est avant tout intellectuelle. Cet expert de l’armée allemande ne doute pas un instant, au moins jusqu’à fin 1942, de la victoire de l’Allemagne et affirme préparer la place de la France dans l’Europe hitlérienne. « En mai 1941, l’Amérique n’était pas encore en guerre […] L’URSS elle non plus, n’était pas en guerre […] L’Angleterre, qui avait surmonté avec courage la terrible épreuve du Blitz ne s’en trouvait pas moins en situation précaire. La France? Elle se trouvait dans une situation tragique [etc. ]

A partir de fin 1942, Benoist-Méchin, tombé en disgrâce, quitte le régime de Vichy et se fait discret… C’est peut-être ce qui lui a sauvé la vie. Condamné à mort en 1947 pour trahison, l’attente de l’exécution enchaîné dans un cachot, tandis que sa mère essaye par tous les moyens d’entrer en contact avec lui pour lui dire adieu, est un passage douloureux du livre. Indiscutablement, Benoist-Méchin, au regard de l’histoire, est allé au fond d’une logique de trahison: il prend le parti de l’ennemi et s’identifie à la cause de celui-ci. Ce personnage, réputé d’une haute intelligence, comme souvent les réputations de belle intelligence, se trompe totalement sur le sens de l’histoire et ne voit pas venir la possibilité d’un retournement que quelques autres (rarissimes il est vrai) avaient anticipé. Qu’est-ce que l’intelligence? Au yeux du président Auriol, il n’avait pas de sang sur les mains, en tout cas directement, il avait trahi, mais « de bonne foi ». C’est pourquoi ce grand président de la IVe République l’a gracié et converti sa peine en prison à perpétuité (il sera libéré au bout de quelques années).

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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« Soulagement »

Mme Nathalie Loiseau, tête de liste LREM, déclare que la suppression de l’ENA, annoncée par l’occupant de l’Elysée, est un « soulagement » pour elle. Faut-il le rappeler, cette Dame  a été pendant 5 ans directrice de cette école, de 2012 à 2017. A cette époque elle s’est battue sans relâche pour sa défense, répondant avec des accents passionnés à chacune des attaques dirigées contre elle. Elle affirmait ainsi, dans la revue le Débat: « L’exception qui nous est reconnue par les autres pays [cette école], c’est l’exception de l’excellence, pas de la bizarrerie ».  Et ce n’est qu’un exemple de ses multiples interventions sur le sujet, tout aussi élogieuses pour l’ENA. Alors, nous sommes en présence de deux possibilités, et deux seulement: – Soit elle ne pensait pas un mot de ce qu’elle disait pendant 5 ans et elle a servi une cause à laquelle elle ne croyait pas, voire qu’elle méprisait. – Soit elle a radicalement changé d’avis, en peu de temps, et totalement basculé de la cause de la défense de l’ENA à celle de sa destruction, à la faveur de sa promotion politique. L’image donnée est celle de l’opportunisme et de l’insincérité, mais aussi celle de la malléabilité infinie de l’esprit humain en fonction des circonstances.  Sans doute sa personnalité, son comportement, sont les fidèles reflets de la « France d’en haut » qui nous dirige en ce moment. Le chaos triomphe dans les esprits autant que dans la rue. Et on se dit, à pareil spectacle, que rien ne saurait les arrêter, aucun principe ou sens de l’honneur, aucune conscience morale, ni même un ultime résidu de bon sens ou de lucidité. Tout est désormais possible sans la moindre limite. Et avec de telles attitudes, comment blâmer les 60% d’électeurs ayant l’intention de s’abstenir?

Maxime TANDONNET

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Une période trouble

La période politique que nous traversons est extrêmement trouble, sans précédent à de nombreux égards. En voici dix caractéristiques:

  • La déconnexion, ou perte de contrôle: depuis six mois, chaque samedi donne lieu à une explosion de troubles et de violences. C’est la première fois depuis longtemps que l’Etat ne parvient plus durablement à restaurer l’ordre public. Sa mission fondamentale est d’assurer l’ordre et la tranquillité publique. Jusqu’à présent, des secousses survenaient ponctuellement, puis elles étaient suivies d’un retour au calme. Désormais, la courroie de transmission entre le sommet de l’Etat et la société semble rompue: les commandes ne répondent plus et la réalité échappe à tout contrôle.
  • La folie des grandeurs: dès lors que le monde des réalités échappe aux autorités, il faut compenser l’impuissance par des expressions grandiloquentes (« transformer la France », « bouleverser l’Europe ») ou des annonces tonitruantes censées produire une impression de mouvement, à l’image du projet fantasmatique de supprimer les grands corps de l’Etat qui existent depuis deux-cents ans…
  • L’incapacité à décider: décider, c’est tout autre chose qu’impressionner par des annonces. La décision diffère de l’annonce: elle s’inscrit dans le réel et non la communication. Elle consiste, dans les périodes troubles, à faire des choix, à trancher, à prendre des risques: changer de Gouvernement, organiser de nouvelles élections, un référendum, agir concrètement, sur le réel. Mais noyée par  l’obsession de se préserver, la notion même de décision a disparu.
  • Le déni de réalité: cachez ce chaos que nous ne voulons pas voir. La  société française est entraînée dans un mouvement de désintégration : violences quotidiennes, actes de barbarie qui se répandent, désœuvrement d’une partie de la jeunesse (2 millions sans formation ni emploi), chômage de masse (5 millions de personnes), pauvreté (huit millions), fragmentation du pays par le repli individuel et le communautarisme, hausse continue des flux migratoires, aggravation dramatique de la dette publique et de la pression fiscale. La politique moderne consiste à s’étourdir dans la provocation et la polémique, et noyer ainsi dans le bruit  le drame d’une société en décomposition.
  • L’atomisation de la politique: la politique française est totalement déstructurée. Elle n’a plus une majorité et une opposition, mais une kyrielle de formations au nombre d’une bonne douzaine, dont aucune ne dépasse selon les sondages un niveau d’adhésion populaire supérieur à 10% de l’opinion (24% avec une abstention de 60%). La vie publique se présente comme un champ de ruine: un Gouvernement réduit à néant, un Parlement inféodé, des partis politiques discrédités, des collectivités territoriales affaiblies.
  • La vanité comme principe fondamental: sans doute est-ce là l’aboutissement d’un processus de long terme. Au fond, au-delà de tous les habillages, l’unique point de repère, la boussole de tout engagement, n’est plus rien d’autre que la vanité et le culte du je narcissique. L’intérêt de la nation et de son peuple et tout autre dessein collectif passent au second rang. La sublimation de l’ego, à travers le maintien le plus longtemps possible a pouvoir et la réélection deviennent les ressorts fondamentaux d’une vie publique.
  • Le dérèglement éthique: chacun sait, surtout depuis Machiavel, que morale et politique ne font pas toujours bon ménage. Mais la politique actuelle se caractérise par l’anéantissement de toute forme d’éthique et au-delà, du sens de la dignité: les trahisons, meurtres du « père », les retournements de veste, les mensonges et volte-face, les manipulations de l’opinion publique, les coups de communication, les contradictions invraisemblables, la propagande effrénée sur les écrans de télévision, deviennent, jusqu’à l’absurde, les ressorts banalisés de la vie publique. D’où cette impression étrange de la disparition de toute limite à la perfidie. Rien ne semble pouvoir les arrêter. Et comment ne pas se demander: jusqu’où iraient-ils?
  • L’abêtissement des élites dirigeantes: c’est à tort que l’on confond trop souvent intelligence et malignité. L’intelligence authentique suppose une juste vision de soi, des autres et de l’avenir. Les dirigeants politiques, aveuglés par la vanité, sont incapables de cette prise de distance, privés de la capacité à regarder le monde et l’histoire autrement que sous le prisme de la vanité. Ils courent à leur perte et ne le savent pas. Ils sont malins bien sûr, ou plutôt désinhibés, capables de tous les mauvais coups pour s’imposer la place des autres mais le vice ne se confond pas avec l’intelligence, l’aptitude à comprendre les choses. Tel est le fruit amer de plusieurs décennies de déclin  du niveau intellectuel de la France dite d’en-haut.
  • La défiance généralisée: l’immense majorité de la population vit dans l’indifférence et la défiance. Elle ne voit pas dans la politique la perspective d’une amélioration de la vie quotidienne ni même de la préparation d’un destin collectif. Elle se détourne du spectacle politico-médiatique.  Les dirigeants nationaux  ne croient pas au bon sens populaire, persuadé que le peuple est indéfiniment malléable et manipulable. Telle est leur erreur fondamentale. Les gens dans leur ensemble sentent quand on se moque d’eux et réagissent généralement au mépris par le repli et l’indifférence – quand ce n’est la révolte.
  • L’avenir décomposé: jamais dans l’histoire de la vie politique française l’avenir n’avait été aussi incertain, insaisissable. 2022: la réélection de l’occupant de l’Elysée avec sa majorité LREM paraît improbable, tant le discrédit pèse sur le pouvoir et ne peut que s’aggraver en 3 ans; l’avènement d’un pouvoir lepéniste, cumulant l’Elysée et une majorité à l’Assemblée est difficilement concevable, tant ce parti fait l’objet d’un rejet viscéral des trois-quarts du pays; une reprise de pouvoir par les Républicains (LR), suppose une remontée spectaculaire dans l’opinion qui est loin d’être acquise; un basculement à l’extrême gauche est encore plus hypothétique. Que sortira-t-il de ce chaos? Une poursuite indéfinie de l’effritement pour de longues décennies encore avec une situation totalement erratique à la sortie des urnes (2022)? Une effroyable tragédie, un choc profond qui rebattra les cartes et donnera à la France la chance d’un nouveau départ? Franchement, je n’en sais rien du tout.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

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« Je cesse d’exercer mes fonctions »

Pourquoi la démission du Général de Gaulle, il y a tout juste 50 ans, un demi siècle, le 27 avril 1969, nous parle-t-elle autant aujourd’hui? Plus qu’un homme politique et même plus qu’un homme d’Etat, il était un personnage de l’Histoire, l’homme de l’Appel du 18 juin 1940, de la Libération de Paris, le 25 août 1944, de la décolonisation et de la fin de la guerre d’Algérie. Mais cependant, son geste de 27 avril 1969, la démission à l’issue d’un référendum perdu, est à la hauteur de cette histoire. Français, vous ne voulez plus de moi? « Je cesse d’exercer mes fonctions« . Qu’est-ce que cela signifie? Tout simplement que ce géant de l’histoire ne se prenait pas pour un demi-dieu. Il n’existait qu’à travers sa mission au service de la France et de l’Etat. Sans la confiance du peuple, son mandat à la tête du pays était privé de tout sens. Il incarnait ainsi l’honneur à l’opposé à la vanité. Il était exactement à l’inverse de la politique spectacle d’aujourd’hui, qui exalte la vanité  jusqu’au déshonneur. Son départ plein de noblesse « Je cesse  d’exercer mes fonctions« , contraste avec l’obsession politicienne de se maintenir le plus longtemps possible au prix de toutes les indignités . Vous ne me faites plus confiance? Vous ne voulez plus de moi, vous ne voulez plus de celui qui, dans la solitude, a relevé l’Honneur national un certain 18 juin 1940? Eh bien, « Je cesse d’exercer mes fonctions« . C’est ainsi que le pays, en tournant le dos à son dernier héros, s’est engagé, un 27 avril 1969, dans la voie d’un vertigineux déclin qui, d’année en année, le conduit à l’abîme où se vautre désormais sa vie publique.

Maxime TANDONNET

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Impopularité ou crise de confiance?

Une phrase du chef de l’Etat, lors de sa conférence de presse d’hier soir, exprime toute l’ambiguïté de la situation : « j’assume mon impopularité, elle est inévitable dans une démocratie moderne ». Etre impopulaire pour un dirigeant politique serait-il devenu une vertu? Le mot popularité recouvre deux notions: celle d’amour et celle de confiance. Un président de la République peut ne pas être aimé, en tout cas du plus grand nombre. Il a pour mission de donner un cap au pays et forcément, de faire des mécontents. En revanche, son métier, sa mission fondamentale, sa raison d’être est d’incarner la confiance. Il est le chef de la nation, sa référence, le miroir de l’unité nationale et d’un destin commun. Le doute populaire sur sa compétence et  sa sincérité a pour effet d’annihiler le sens de son mandat. Un président privé de la confiance de la nation ne sert plus à rien. Cette conférence de presse a donné un beau spectacle télévisuel, à l’image de ce qu’est devenu la politique moderne. Sur le fond, les Français ont surtout appris que le chef de l’Etat renonçait à la (modeste) suppression de 120 000 postes de fonctionnaires en cinq ans, mais que « la transformation profonde » du pays se poursuivait. Le moment d’hier soir marquait un nouveau signal de la déconnexion entre l’univers de la politique spectacle et une France qui s’enfonce dans le chaos: violence endémique, 5 millions de chômeurs et 8 millions de pauvres, désastre scolaire et désœuvrement (2 millions de jeunes sans formation ni emploi), dette publique abyssale, églises qui brûlent faute d’entretien… Un hypothétique redressement prendra des décennies d’effort collectif et de travail acharné. Or, la confiance est indispensable pour remettre la France sur de bons rails. La confiance perdue peut-elle se retrouver, avec d’autres personnalités, d’autres équipes? Elle passe par une révolution de la politique: la fin du spectacle narcissique grandiloquent et le retour de l’action modeste, discrète et courageuse, sur le terrain,  au service de l’intérêt général. Nous n’en prenons pas le chemin…

Maxime TANDONNET

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L’effarante crétinisation de la politique française (pour Atlantico)

1-Nathalie Loiseau, tête de liste LREM pour les prochaines élections européennes se trouve fragilisée par des révélations concernant une situation datant de plus de 30 ans. De son côté, François Xavier Bellamy a également pu être attaqué pour des déclarations passées. Dans quelle mesure les Français pourraient-ils plus voter pour ce que sont les candidats que pour ce qu’ils proposent ? Dans quelle mesure ce phénomène est-il nouveau ? 

Ce qui est certain, c’est que cette campagne des Européennes est entièrement axée sur la personnalisation des choses. Il y a le président Macron en arrière-plan. Le vote aura un aspect plébiscitaire : pour ou contre lui. Il sera au centre de la pensée des électeurs. Mais au-delà, la campagne donne une importance considérable aux têtes de liste, que ce soit Mme Loiseau, M. Bellamy, M. Bardella, etc. Le vote semble se focaliser sur des images personnelles. Dès lors, les attaques ad hominem, la fouille méticuleuse du passé des candidats pour en tirer des boules puantes et déstabiliser leur image devient la stratégie de campagne. Le débat d’idées se trouve en revanche totalement annihilé. Il n’existe plus : le chômage, la violence, la pauvreté, l’échec scolaire, la dette publique, les frontières, ont disparu du paysage politique. La vie politique atteint le paroxysme de la politique spectacle. Ce phénomène n’est sans doute pas complétement nouveau. Il y a toujours eu, en politique, des phénomènes d’allégeance et de confiance en des personnalités. Mais ces personnalités incarnaient un projet, une idée. Ce qui est nouveau en France, c’est que ces personnalités n’incarnent plus qu’elles-mêmes.

2-Ce phénomène de l’importance de plus en plus importante de la personnalité des candidats, que l’on peut retrouver également aux Etats-Unis, par exemple dans les cas de Alexandria Ocasio-Cortez ou de Pete Buttigieg, est-il devenu le « nouveau programme » auprès des électeurs ? 

Oui, aux Etats-Unis, c’est un grand classique. On n’oppose pas des projets, ou très secondairement, mais des personnages, des figures. Et l’élection se joue non sur les arguments mais pour l’essentiel sur des sensations qu’inspirent des visages. C’était déjà le cas lors du duel entre Kennedy et Nixon en 1960. Nixon semble avoir perdu car il semblait fatigué, mal rasé, face à un adversaire incarnant la jeunesse et l’énergie. Récemment, le succès d’Obama a tenu sans doute davantage à ce qu’il incarnait, jeunesse, renouveau, diversité, qu’à son programme. Plus récemment encore, la bataille entre Hillary Clinton et Donald Trump fut un combat d’images dominé par les attaques personnelles. Nous sommes en pleine américanisation de la vie politique française. On peut parler de l’ère du vide en politique. Depuis des décennies, les gouvernements échouent à traiter les grands problèmes de la société française. Donc, l’idée que la politique ne peut plus faire grand-chose pour le bien commun finit par se banaliser. On ne parle plus de projets puisque personne n’y croit, mais l’attention politique se focalise sur des émotions d’amour ou de haine autour de quelques individus médiatisés.

 3- De quoi cette situation est-elle le symptôme ? 

 Elle est avant tout le symptôme de l’affaiblissement de la culture ou de l’intelligence politique. Elle est le fruit d’un déclin intellectuel qui se retrouve partout mais plus particulièrement dans les élites dirigeantes et médiatiques. La vie politique se réduit à adorer ou haïr des personnages médiatisés, à les admirer ou à les mépriser, à les encenser ou à les dénigrer. Il n’y a plus rien d’autre que cela. La France, et surtout la France d’en haut, celle qui est censée donner l’exemple, ne sait plus rien faire d’autre. Les sujets de fond ont disparu. On est en permanence dans la quête de l’émotion et du sensationnel. L’esprit critique qui devrait fournir une arme de résistance à ce phénomène s’est comme volatilisé. Qui est là pour rappeler que la politique a pour unique objectif de traiter les grands sujets intérieurs et internationaux dans l’intérêt général, et pas d’idolâtrer ou de lyncher telle ou telle icône médiatique ? Personne. La politique française fait naufrage dans le culte du « je » narcissique, dans une culture de soumission à l’idole et de sectarisme haineux (idole contre idole), mais cela n’étonne et n’indigne plus personne. Nous payons là des décennies de renoncement à enseigner correctement l’histoire, le français, la philosophie, ces matières dont le but est de former l’intelligence et l’esprit critique. Cela dit, la majorité silencieuse n’est sans doute pas dupe de cette évolution. La pauvreté du spectacle politique peut expliquer, au moins en partie, pourquoi 58% des électeurs envisagent de s’abstenir aux élections européennes. L’abstentionnisme est certes un drame de la démocratie, mais comment blâmer les abstentionnistes au regard d’une offre politique aussi piteuse ?

 

 

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Lamentable polémique

L’ère du vide: lamentable polémique, hystérie du jour: la classe politico-médiatique s’embrase sur la présence de Mme Loiseau sur la liste d’un syndicat « infréquentable », classé d’extrême droite, il y a 35 ans… L’affaire a été révélée par Minute qui en a fait sa une en mars et désormais reprise en abondance sur divers sites, les réseaux sociaux et les communiqués des partis. Je ne partage pas, loin de là, l’engagement de Mme Loiseau ni de LREM. Mais cette polémique unissant les extrêmes de droite et de gauche, est franchement détestable. Elle rappelle à le lynchage de Roger Salengro en 1936 (de Gringoire à l’Humanité). Le ministre de l’Intérieur SFIO du Front Populaire était accusé d’avoir déserté 20 auparavant, pendant la Grande Guerre.  Comment peut-on en arriver à quelque chose d’aussi lamentable? Où est passé le débat d’idées? Où est passé la politique au sens noble du terme? Qu’est devenue la démocratie? Pauvre démocratie qui cède le pas à la délation, au lynchage, à l’hystérie quotidienne et au nihilisme. La scène politico-médiatique n’est plus que polémiques, psychodrames, scandales… Tout ceci n’a pas le moindre espèce de rapport avec l’avenir de l’Europe et de la France. Chasse aux sorcières, ou procès de Moscou… La vie politique française semble tous les jours s’enfoncer un peu plus dans le néant.

Maxime TANDONNET

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Réflexion sur un massacre

Les attentats islamistes contre des Eglises catholiques et des hôtels internationaux ont ensanglanté le Sri Lanka le jour de Pâques 2019 entraînant la mort de 290 personnes. Le 21 avril sera une journée noire dans l’histoire de l’humanité. Comment penser à autre chose qu’aux 290 personnes, enfants, aux femmes et aux hommes venus pour la prière de la résurrection  et tombés sous les coups de la barbarie absolue, aux centaines de blessés, aux familles en deuil. Les divers communiqués officiels ne sont pas à la hauteur d’un tel événement. « Profonde tristesse, acte odieux », cela ne suffit pas. Une troisième idéologie sanguinaire, le djihadisme, à l’échelle planétaire, est en train de naître après le marxisme-léninisme (les crimes de Staline, Mao, Pol Pot, etc), les fascismes (barbarie nazie, dictature de Mussolini). Cette nouvelle idéologie se fonde sur la haine du christianisme, du judaïsme, des Musulmans pacifiques, et du monde occidental. Elle a pour objectif immédiat de provoquer la terreur par le meurtre de masse  et l’éradication des minorités religieuses, notamment chrétiennes partout dans le monde pour engendrer des sociétés apurées du christianisme. Elle y est presque parvenu au Moyen-Orient. Puis en une seconde étape, la destruction dans le sang du monde occidental et de ses principes. La nouvelle idéologie sanguinaire se caractérise, par rapport aux précédentes idéologies totalitaires, par le culte fanatique et nihiliste de la mort comme une fin en soi. Ce que les esprits occidentaux considèrent généralement comme des faits divers relève en vérité d’une logique d’extermination sur le long terme. La prise de conscience du danger global auquel la civilisation est confrontée n’a pas encore eu lieu. Cet angélisme, cet aveuglement, cette naïveté devant un fanatisme sanguinaire,  n’ont rien de nouveau. Comme par le passé, guidé par lâcheté ou la bêtise de ses élites, le monde occidental a toujours tendance à s’aplatir devant la barbarie absolue. Et quand il se réveille, il est déjà trop tard.

Maxime TANDONNET

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Pâques, la petite fille Espérance

Aux visiteurs, lecteurs, et habitués de ce site, je suis heureux de souhaiter de joyeuses Pâques. Ces derniers mois ont été effroyables pour les chrétiens: les persécutions à leur encontre se sont aggravés partout dans le monde: 245 millions de chrétiens sont gravement persécutés, soit un sur neuf et la terreur vient encore de frapper ce jour au Sri Lanka; l’image de l’Eglise catholique a été ternie par un scandale qui nous a profondément accablés; et puis l’incendie de Notre-Dame de Paris a achevé de bouleverser les consciences chrétiennes qui y ont vu tout autre chose que l’embrasement d’une toiture huit fois centenaires. Pâques vient de l’hébreu Pessah qui veut dire le « passage » celui de la mer rouge, de l’esclavage à la liberté. Que l’on me corrige si je me trompe. Pâques est aussi la fête de la résurrection et de l’espérance, celle de la petite fille espérance chère à Péguy. « Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’Espérance. Et je n’en reviens pas. L’Espérance est une toute petite fille de rien du tout. Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. C’est cette petite fille de rien du tout. Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus ».  La petite fille espérance verra l’an 2100. Où en sera l’humanité? Qu’aurons nous fait pour elle? C’est à elle que nous pensons aujourd’hui.

Maxime TANDONNET

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Le premier parti de France

Le premier parti de France n’est ni le LREM ni le RN (ex FN). Ceux qui veulent nous le faire croire sont des menteurs ou des imbéciles. Le premier parti de France est celui des abstentionnistes: 58% selon les quelques rares sondages qui n’ont pas peur de dire la vérité (eurorolling, 15 avril pour Sud radio). Le monde politico-médiatique harcèle les Français avec le duel LREM/RN-FN aux Européennes. Tantôt l’un est devant l’autre et inversement. Tous deux sont autour de 20%. Or, cette bataille pour la première place est sans le moindre intérêt. 20% pour un parti présidentiel, c’est un score dérisoire. D’ailleurs, avec un abstentionnisme de 58%, cela donne un niveau d’adhésion du corps électoral au parti élyséen de 8,4% . Comment faire plus médiocre? Même pas 1 électeur sur 10… Quant au parti lepéniste, lui aussi avec environ 8,4% de l’électorat, 4 à 5% de la population française, il incarne tout sauf l’espérance. Créé en 1971, voilà près de 50 ans qu’il est dans l’opposition, pour parvenir à un médiocre 8,4%. 60 ans de démagogie, de provocations et de caricatures pour en arriver à 8,4%… Il faut dire la vérité: la vie politico-médiatique française sombre dans l’absurde. Privée de véritables partis populaires, d’un Parlement digne de ce nom, d’une ligne politique, d’un projet d’alternance crédible et de la confiance des Français, la politique française poursuit sa désintégration.   Sur ses ruines, il reste l’occupant de l’Elysée. Deux ans après s’être présenté comme un dieu de l’Olympe, le voici à son tour en pleine perdition, sans le moindre horizon qu’un je narcissique qui n’intéresse (presque) plus personne. L’intensification des coups médiatiques et des gesticulations est le signe patent du naufrage dans le néant. Le constat est lamentable: la vie politique française n’a plus rien à proposer aux Français. Après la grande explosion de janvier-mai 2017, tous les experts avaient annoncé l’heure de sa « recomposition ».  Mais qui pouvait sérieusement y croire? En vérité, le big-bang est est bien loin d’être parvenu à son terme et ne fait que s’accélérer. Les pitreries politico-médiatiques qui nous assaillent ne font que voiler cette chute aux abîmes. 58% d’abstentionnistes? Pas question de les approuver, mais comment ne pas les comprendre?

Maxime TANDONNET

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Article 223-6 du code pénal

S’il me vient la faiblesse de raconter une anecdote, ce n’est sûrement pas pour parler de moi, mais en témoignage et au regard de ce qu’elle nous dit de la société et du monde actuel. Dimanche 14 avril, vers 17H15, le métro est bondé sur la ligne 8, Créteil, direction Balard. Quelques stations avant République (je ne sais plus exactement laquelle), un jeune homme d’une vingtaine d’années fait la manche et passe devant moi. A l’évidence alcoolisé mais il ne semble pas spécialement agressif. Classique. Le métro est coincé et ne redémarre pas. Soudain, des hurlements jaillissent de l’extérieur. Une voix d’homme appelle au secours. Je sors. Sur le quai, le garçon de tout à l’heure, le jeune mendiant, gît au sol. Six ou sept racailles, dont une fille, autour de lui le lynchent à coups de pied. Ils visent le visage et la tête. La bouche est en sang, le corps inerte, recroquevillé. Comme des requins rendus fous par l’odeur du sang, ils continuent à cogner à grands coups de pied, le ventre, le visage, la tête. Ce n’est absolument pas de la témérité ni même de l’audace. Je n’ai fait que me conformer à l’article 223-6 du code pénal sanctionnant la non assistance à personne en danger, quitte à détourner la fureur des tortionnaires contre moi. In fine, pour moi, plus de peur que de mal. Je ne me souviens plus précisément comment cela s’est terminé. Les tortionnaires se sont dispersés dans la masse et la victime, volatilisée. Mais que ce fut long! Pendant tout ce temps, on espère l’apparition d’une autorité, d’un uniforme. Rien, le vide, le néant, un vertigineux sentiment d’abandon et de solitude. Quant à la foule énorme, celle d’un métro bondé, 300, 400 personnes, elle voit, elle entend, elle regarde, passive, mais elle ne bouge pas. On le dit souvent, mais ce n’est pas un mythe: personne ne bouge, les gens sont pétrifiés par la peur et laissent faire. Et depuis, une question me trotte dans la tête: qu’est-ce qui est pire, la démence sanguinaire des bourreaux ou la lâcheté de la foule? Et tout cela, à l’image d’un pays qui s’effondre.  Le 14 avril, au fait, c’était ma fête, la saint Maxime.

Maxime TANDONNET

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Supprimer l’Ena, une mauvaise idée

Rien n’est plus normal, plus classique. Quand un pouvoir politique est aux abois, quand il est à la dérive, la dernière issue qu’il lui reste, c’est de jeter un os à ronger à la foule en colère. Le naufrage dans la démagogie est le signe d’un régime en perdition qui n’a plus qu’une seule obsession, se maintenir à tout prix.

Quand la vanité, obsessionnelle, maladive, obscène, au plus profond du néant,  écrase toute notion de bien commun, il reste la démagogie, les vieilles ficelles destinées à satisfaire l’instinct de foule. Annoncer la suppression de l’ENA, surtout dans ces conditions, est un réflexe de la pire espèce.

Et qui mettre à la place des quelque 4000 anciens élèves de l’ENA qui ont passé un concours extrêmement sélectif, à un poste pour 200 ou 300 candidats, déjà issus des meilleures formations (dont des agrégés d’histoire, de lettres, de philosophie, des X, des ingénieurs, des HEC et autres écoles de commerce, des sc po, des docteurs en droit, etc), pour lequel ils ont trimé pendant des années, sacrifié plusieurs années de leur jeunesse dans l’espoir de devenir préfets ou ambassadeurs?

Les remplacer par qui, par quoi? Des militants de LREM ou du FN? Nos brillants lettrés de l’UNEF cette pépinière de la gauche française depuis 30 ans qui n’attend que cela? Les enfants, les neveux, les amants ou les maîtresses des uns et des autres? Recaser les B……? T…..? G……? C’est déjà le cas pour une partie de la fonction publique ouverte aux nominations au tour extérieur! Le rêve de certains politiques a toujours été de briser l’ENA pour pouvoir caser sans limites leurs protégés et leurs serviteurs. Règne absolu et sans partage du népotisme, des lèche-culs, de la médiocrité, des passe-droit, du clanisme politicien et du copinage: voilà ce que recèle le projet de supprimer l’ENA.

Il n’est plus question de traiter des vrais problèmes de la France, la crise de l’école et de l’Education nationale, l’effarant niveau des prélèvements obligatoires, la dette publique égale à 100% du PIB, l’explosion de la violence et de la délinquance, la désindustrialisation, les 2 millions de jeunes sans formation ni emploi abandonnés au désœuvrement, le chômage qui touche 5 millions de personnes, les problèmes de pouvoir d’achat, les 8 millions de pauvres, le désastre des banlieues, de l’exclusion, du communautarisme. Alors, comment recouvrir la déliquescence d’une nation, sa fragmentation et le renoncement de ses dirigeants, par lâcheté et aveuglement? Il suffit d’annoncer une mesure symbolique, explosive, pour couvrir tous les désastres, l’impuissance et l’absence de gouvernement, dans une belle polémique: supprimer l’ENA. Et qui peut croire une demi-seconde, que la suppression de l’ENA apporte la moindre solution à la débâcle française?

Le vrai scandale tient à la cosanguinité entre une infime partie de la haute fonction publique et la classe politique, à l’image des 2 derniers occupants de l’Elysée. Pour cela, comme en Angleterre, il suffit d’obliger ceux qui s’engagent en politique à démissionner de la fonction publique. Tout le monde le sait mais personne n’a jamais eu le courage de le faire. Les individus qui ont utilisé l’ENA pour accomplir leur dessein politique et une fois parvenus à leurs fins, se retournent en crachant dans la soupe, sont une infime minorité à la source de l’image ambiguë de cette école: 1 ou 2%, pas plus.

Les autres sont des hauts fonctionnaires qui ont choisi le beau métier de serviteur de l’Etat et de leur pays et auraient pu multiplier leur rémunération par 2 ou 3 en allant dans le privé (constat de fait). Ils ont choisi la voie de l’épreuve intellectuelle du concours pour se donner un métier, préfet, ambassadeur, directeur d’administration centrale, plutôt que le jeu des réseaux claniques, familiaux et du copinage qui caractérise la plupart des autres filières de promotion sociale. Supprimer l’ENA, faire de cette Ecole le bouc émissaire des lâchetés, des renoncements, des fautes, de la bêtise et de la mégalomanie de quelques dirigeants politiques et de la déliquescence avancée d’une nation serait pire qu’un crime: une faute.

Maxime TANDONNET

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Notre-Dame, un épouvantable malheur

Notre-Dame a traversé plus de huit siècles. Elle a survécu aux jacqueries, aux révolutions, aux invasions, à la Commune, aux deux guerres mondiales, aux bombardements, à l’occupation nazie, aux saccages, et aux  pires actes de sauvagerie… Il a fallu attendre un certain 15 avril 2019: Notre-Dame de Paris est en flammes et sa charpente en poutres de chêne du XIIIe siècle, se consume sous nos yeux, dans l’impuissance générale. Avec Notre-Dame, c’est l’âme de la France qui part en fumée, l’âme chrétienne de la France, la France de Saint-Louis, du Moyen-âge, des rois Capétiens, la France de Jeanne d’Arc, de Napoléon Ier, de Victor Hugo, de Charles  Péguy, de Charles de Gaulle le 25 août 1944 et le 12 novembre 1970. La France éternelle est dans les flammes… Après plus de huit siècles, il a fallu attendre le 15 avril 2019. Les mots ne veulent plus rien dire. Le symbole des symboles de la France éternelle, la cathédrale de France, Notre-Dame de Paris, Notre-dame de France est en feu. Quel sens,  quel signe? Indescriptible chagrin. Nous vivons un épouvantable malheur.

Maxime TANDONNET

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Le tournant historique du quinquennat? (Pour Atlantico)

1-Emmanuel Macron doit s’exprimer après le Grand Débat dimanche et mardi. Le président se retrouve dans une situation où il va devoir répondre à une demande forte de la part des contributeurs et d’une frange de la population française sans avoir le soutien politique pour assumer un tournant équivalent à ceux de De Gaulle en 1958, Mitterrand en 1983 ou Chirac en 1995. Le président se retrouve-t-il devant une équation impossible à résoudre ?

La situation est en effet compliquée, au point qu’on a du mal à en concevoir l’issue. Elle n’a pas grand-chose à voir avec les cas historiques que vous citez. A l’époque, la politique avait un véritable sens. La volonté politique permettait de changer les choses en profondeur. Nous sommes dans une situation bloquée aujourd’hui. Avec la mondialisation, l’effacement des frontières, les transferts de compétences à Bruxelles, la décentralisation, la puissance des juridictions en particulier le Conseil constitutionnel, le poids de la dette publique et des déficits, le pouvoir des autorités de l’Etat s’est fortement réduit. A cela s’ajoute le déclin de l’autorité et de la confiance dans les dirigeants politiques, la transparence et les réseaux sociaux qui créent un espace de contestation permanent, la violence de rue. La vérité est qu’un chef de l’Etat, contrairement à l’époque de de Gaulle, voire de Mitterrand et même de Chirac, n’a pas tant de pouvoir qu’on l’imagine. Alors, il compense cette relative impuissance dans le spectacle et les chimères : « Jupiter », « le nouveau monde », « la transformation ou la refondation » de la France ou de l’Europe, la guerre entre le « progressisme » qu’il incarne et la « peste populiste », le Grand Débat, le discours sur « rien ne sera plus comme avant ». La grandiloquence des formules trahit l’impuissance face au réel. Elle relève de la communication, du virtuel. Il arrive un stade où tout cela ne trompe presque plus personne. Et alors, que faire, en dehors de la fuite en avant dans le spectacle ? C’est la question qui se pose à lui, mais surtout, à l’institution présidentielle en général. Jusqu’à quand pourra-t-on leurrer la nation en lui vendant l’image mensongère d’un demi dieu élyséen tout puissant? Cette illusion ne sert qu’à recouvrir l’affaiblissement du politique comme mode d’action en faveur du bien commun.

2- D’un choix consistant à amender son programme de propositions catégorielles remontées du Grand Débat, à celui d’un vrai « tournant » politique, quelle est l’hypothèse la plus crédible ? 

Mais voyons, quel tournant possible ? On a toujours à l’esprit la référence de Mitterrand en 1983. La situation n’a rien à voir. Les deux premières années du septennat de Mitterrand avaient une dominante idéologique très forte : alliance avec les communistes, nationalisations, relance massive de la consommation, recrutement dans la fonction publique, décentralisation. En 1983 et 1984, le choix a été fait de rompre avec une politique bien définie. Aujourd’hui, on est pas du tout dans le même cas de figure. Il n’y a pas de ligne idéologique claire et bien définie.  Nous sommes avant tout dans l’affichage, les jeux des illusions, presque le romanesque comme le chef de l’Etat l’a lui-même si bien dit en parlant de lui-même après son élection. Comment rompre avec une ligne qui n’existe pas ? Donc, on est beaucoup plus dans le jeu des propositions catégorielles, destinées à donner satisfactions à diverses composantes dans l’objectif de préserver la paix civile.

3- Le macronisme, et sa définition politique encore floue, n’est-il pas remis en question par ce dilemme ? 

Le macronisme est à l’image de la politique moderne, une sorte de mythe fondé sur une image de libéralisme. Mais peut-on parler de libéralisme dans un pays qui bat tous les records de prélèvements obligatoires et continue de les accroître ? Le nombre et le poids des impôts a poursuivi son augmentation, comme sous l’ère Hollande et le déficit de l’Etat ne se réduit pas sensiblement. On a bien vu le réflexe traditionnel : face à la crise des gilets jaunes, 10 milliards ont été dépensés pour apaiser les esprits. Ce n’est pas l’attitude d’un gouvernement libéral du point de vue économique. Quant au libéralisme sociétal, on peut aussi en discuter. La référence n’est plus celle de Mitterrand en 1983 mais celle de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et 1975. Le libéralisme avancé s’est traduit par des réformes essentielles, sur la majorité à 18 ans, l’IVG, le divorce. Rien qui puisse s’y apparenter aujourd’hui. L’époque n’est plus la même. Le chef de l’Etat s’apprête à faire des annonces spectaculaires semble-t-il. Le terme même « d’annonce » en est le reflet. Elles seront ressenties comme de la communication, au mieux, de la démagogie, au pire. De fait, le macronisme est avant tout l’allégeance à une personnalité, celle du président Macron, vainqueur du scrutin présidentiel de 2017 dans des conditions très particulières. Dès lors que son image est affaiblie par les scandales et les déceptions, un basculement s’opère dans le pays et le prestige se transforme en lynchage collectif. Le chef de l’Etat, dans une logique presque naturelle, devient le bouc-émissaire de la Nation. Au-delà du drame de l’institution présidentielle, c’est la question de tout un régime politique fondé sur le culte de la personnalité et l’abandon de l’intérêt général qui est posée.

Maxime TANDONNET

 

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André Tardieu, le retour (André Tardieu, l’incompris, Maxime Tandonnet, Perrin 2019)

Sorti en librairie le 3 janvier dernier, mon ouvrage sur André Tardieu  a suscité un intérêt dans la presse et quelques médias (notamment France Inter), bien au-delà des clivages politiques. Ci-dessous, un recueil non exhaustif de  citations tirées de la presse nationale, régionale et de revues spécialisées en histoire. Pourquoi cet intérêt, non pas spectaculaire, mais évident et inespéré, envers un homme décédé il y a plus de 70 ans,  ayant, depuis, fait l’objet  de nombreuses incompréhensions et calomnies, désormais oublié? Peut-être une envie de vérité, et la quête, en ces temps de grands troubles pour la politique et la vie publique françaises, d’une référence historique sur le thème de l’homme d’Etat. Pour l’auteur de ce livre, le frémissement d’intérêt en sa faveur  est une vive satisfaction, surtout au regard de la mémoire du président Tardieu…

Maxime TANDONNET

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Le voilà ressuscité sous la plume de Maxime Tandonnet. A raison car André Tardieu mérite le détour (Gérard Courtois, le Monde, 20 mars 2019).

Un essai très vivant qui lui rend justice. Frédéric Valloire, Le Figaro Histoire, avril/mai 2019.

Réhabilitation d’une figure de la IIIe République, esprit original et visionnaire, tombé dans l’oubli (Jacques de Saint-Victor, Le Figaro Littéraire, 9 janvier 2019).

Une biographie très dense et bienvenue. (Valeurs Actuelles, 10 janvier 2019).

Maxime Tandonnet exhume la vie et les combats de l’un des esprits les plus virulents de la IIIe République (François-Guillaume Lorrain, le Point, 8 janvier 2019).

Tardieu, le bouc émissaire – Le coup de cœur du mois de Jean-Pierre Rioux (L’Histoire, mars 2019).

Une remarquable et bienvenue biographie (Philippe Maxence, le Figaro Magazine, 26 janvier 2019).

Cet ouvrage salutaire nous raconte le destin d’un personnage hors norme par sa lucidité et son courage dans l’Entre-Deux-Guerres (Guillaume Perrault, le Figaro Vox, 6 février 2019).

André Tardieu, le réformateur oublié – sélection des Echos parmi « sept livres à dévorer » (Henri Gibier, les Echos 25 janvier 2019).

Espérons qu’avec ce livre, Tardieu retrouvera la place qu’il mérite (Benoît Lasserre, Sud-Ouest Dimanche, 17 février 2019).

Une biographie magistrale (Revue Conflits, 23 mars 2019).

Une admirable biographie d’André Tardieu (Le Blog des Arts, 5 février 2019).

L’excellente plume de Maxime Tandonnet résume la chose: Tardieu a-t-il jamais connu le bonheur en politique? (Politique Magazine, mars 2019).

André Tardieu semble bien oublié […] Il avait une tête bien faite nous dit son biographe, Maxime Tandonnet, et son parcours l’a prouvé (Histoire et civilisations, mars 2019).

Une bonne biographie, l’occasion de revenir sur le parcours d’un homme oublié et qui joua un rôle majeur dans notre histoire (Sylvain Bonnet, Bojum l’animal littéraire).

Une élégante biographie […] c’est le mérite de ce livre de le tirer d’un injuste purgatoire (Le Littéraire.com 1er février 2919).

Dans cette biographie agréable à lire, Maxime Tandonnet livre la vie de ce personnage complexe et tourmenté (La Cliothèque, mars 2019).

 

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L’étrange naufrage de l’intelligence politique

Voilà une idée qui m’est chère, fruit d’une expérience dans les coulisses du pouvoir. La tare suprême des dirigeants français, (en général, mais bien évidemment pas tous) est le mépris de l’intelligence ou de l’instinct populaire. Ce n’est pas de la démagogie. Je ne prétends pas que le peuple porte la « vox dei » ni qu’il a toujours raison par définition. Il peut se tromper lourdement et subir mille influences. Toutefois, l’expérience monte qu’il existe une intuition collective par laquelle le peuple, ou l’opinion, ressent fort bien le fond des choses. Et je ne parviens pas à comprendre l’aveuglement des dirigeants français à cet égard. A la suite l’élection présidentielle de 2017, dans un immense élan d’euphorie (l’état de grâce), la France politico-médiatique s’est emballée sur le thème du « nouveau monde » qui avait remplacé l’ancien. Puis lui a succédé un matraquage obsessionnel sur celui de « la transformation de la France ». Enfin, une belle histoire sur l’affrontement titanesque du « bien progressiste » contre « le mal populiste » a pris le pas sur la légende précédente. En parallèle, les drames se sont accumulés (Benalla, provocations verbales et gestuelles, polémiques), aboutissant à la crise de l’autorité et à la révolte des Gilets jaunes. Alors, nouveau récit, nouvelle histoire: on a fait un « Grand Débat » et désormais, depuis celui-ci, le message officiel est que, depuis ce Grand Débat, « plus rien ne sera jamais comme avant »: retour au mythe du nouveau monde. Des « annonces » extraordinaires sont annoncées. Mais comment des esprits pourvus d’une intelligence, même moyenne, même médiocre, peuvent-ils imaginer une demi-seconde que ces manœuvres sont de nature à convaincre la grande masse des Français? Comment peuvent-ils penser que les gens sont assez stupides pour s’en satisfaire? Et que cela va marcher… Voilà qui est incompréhensible et dénote, me semble-t-il, par-delà les belles écoles et les beaux diplômes, par delà les succès en tout genre, une profonde déconnexion de la réalité, inintelligence du monde et des hommes, pour ne pas dire une véritable déficience intellectuelle.

Maxime TANDONNET

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Menaces sur la démocratie en Europe (pour Figaro Vox)

Une déclaration tonitruante de Valéry Giscard d’Estaing au Parisien, le 6 avril, vient de jeter un pavé dans la mare de la campagne des élections européennes: « Les médias dépeignent les élections européennes comme un événement politique de nature à régler un certain nombre de problèmes. Ce n’est malheureusement pas le cas.« 

Ces propos sont d’autant plus dévastateurs qu’ils émanent de l’inspirateur essentiel de l’élection du parlement européen au suffrage universel, qui se déroula pour la première fois en 1979, sous sa présidence. Certes, en eux mêmes, ils ne font que confirmer ce que chacun pressent. Cependant, c’est la personnalité de leur auteur qui en fait un véritable événement. Ce dernier ne fut-il pas le rédacteur de la fameuse Constitution européenne, que le peuple français a rejeté par référendum en 2005?

Affirmer que le Parlement européen a peu de pouvoirs, en tout cas pas celui de régler un certain nombre de problèmes, revient à pourfendre un dogme fondamental de la construction européenne. Le président Giscard d’Estaing, l’un des principaux « pères fondateurs » de l’Union européenne, balaye ainsi la caution démocratique de sa propre créature. Non, constate-t-il, ce n’est pas le Parlement européen, élu au suffrage universel, qui décide, son rôle étant d’entériner des décisions prises ailleurs, notamment dans les bureaux de la Commission européenne. Mais alors, à quoi sert-il d’aller voter?

L’Europe fut le berceau de la démocratie. C’est elle qui l’a inventée depuis les origines: démocratie athénienne, Grande-Bretagne de la Grande Charte en 1215, souveraineté populaire sous la Révolution française. En sera-t-elle aussi le tombeau? Que pèse aujourd’hui la voix des peuples et quelle est sa légitimité?

Ne tenir aucun compte du résultat de la démocratie directe, du référendum, devient une habitude. En 2005, la Constitution européenne refusée par les peuples Français et Néerlandais est revenue sous la forme du traité de Lisbonne, ratifié par la voie parlementaire. En 2017, les britanniques ont voté pour une sortie de l’Union européenne mais leur Brexit est désormais englué dans un chaos inextricable et reporté aux calendes grecques, si bien que deux ans après, ils pourraient même prendre part à l’élection du Parlement européen et y envoyer des élus…

Par ailleurs, les votes populaires non conformes à l’idéologie dominante, sur des sujets sensibles comme l’immigration, sont diabolisés et voués aux gémonies en tant que « peste populiste ou nationaliste » à l’image de l’Italie de Conte ou de la Hongrie de Orban. Le fait de déplorer le résultat d’un vote populaire est légitime du point de vue des valeurs démocratiques; le mépriser est un comportement nouveau et foncièrement anti-démocratique. D’ailleurs, au crépuscule du règne de Mme Merkel, l’Allemagne elle-même présente les plus grandes incertitudes sur son devenir politique dans un contexte de profond ébranlement de son système politique traditionnel.

La France enfin est probablement la plus touchée par cette débâcle démocratique. Elle traverse une crise politique sans équivalent depuis le début de la Ve République: élection présidentielle chaotique, Assemblée nationale annihilée, partis décomposés, naufrage d’une équipe au pouvoir, en l’absence de toute alternative crédible dans un pays fragmenté et écoeuré. Jamais sans doute, depuis 60 ans, la France ne s’était vue confronté à une telle impasse ou « no futur » politique.

La démocratie le suffrage universel demeurent officiellement des piliers de l’Europe moderne. Mais dans les faits, ils sortent subrepticement du cercle de ses valeurs dominantes. Le peuple exaspère les classes dirigeantes qui fustigent le « populisme » comme Thiers en 1851, dénonçait la « vile multitude » pour abolir le suffrage universel. Le principe des élections sera préservé pour la forme mais sur le fond, à l’image des paroles prophétiques de Giscard d’Estaing, les scrutins seront privés de toute portée et de tout effet.

Le risque, pour l’Europe comme continent et pour les Etats qui la composent, est double. Le premier est celui de l’indifférence et du repli individualiste à l’image du sondage CEVIPOF sur la confiance, selon lequel 88% des Français estiment que les politiques ne tiennent pas compte de ce qu’ils pensent, marqué par des taux d’abstention gigantesques. Le second est celui de la révolte et de la violence, à l’image de la crise des Gilets Jaunes qui a hanté l’hiver français 2018-2019, mais à une toute autre échelle.

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Le mal français

« La présidentielle de 2022 ? Officiellement, Emmanuel Macron n’en parle « jamais », a assuré son ancien conseiller Ismaël Emelien, le 27 mars, sur BFM-TV. En coulisses, le chef de l’Etat a pourtant chargé ses troupes de bâtir une stratégie de financement sur le long terme, afin d’avoir les moyens nécessaires pour mener campagne le moment venu. « Le président ne le dira jamais en public. Mais il ne pense qu’à 2022. C’est son moteur, affirme l’un de ses conseillers. Toute la stratégie est focalisée sur cet objectif ultime. » Aussi bien sur le plan politique que financier [le Monde 09/04/19]

Cet extrait d’un article récent du Monde confirme ou démontre ce que chacun pressent. La question n’est en aucun cas de critiquer ou de fustiger l’actuel occupant de l’Elysée à titre personnel. Trop facile: son lynchage quotidien est aussi lamentable et stupide que l’idolâtrie autour de sa personne. Le seul sujet qui compte est la désastreuse dérive de la politique française, sur plusieurs décennies, en autocratie délétère, vague et lointain reflet de souvenirs maudits qu’on espérait abolis à jamais. Cette perversion est l’une (et seulement l’une) des causes, sur plusieurs décennies, du déclin de la France face à ses grands partenaires européens, en particulier Allemagne et Royaume-Uni: chômage massif, exclusion, ghettoïsation, violence quotidienne, pauvreté, affaiblissement de l’Etat dans la maîtrise de l’immigration et sa mission de protection des biens et des personnes, désindustrialisation, déficits publics et explosion de la dette publique, prélèvements obligatoires records. « Il ne pense qu’à cela. C’est son moteur. »Oui, la classe dirigeante ou influente française sacrifie le sens de l’intérêt général et de l’avenir collectif au destin personnel d’un individu. Elle se fabrique une sorte de demi-dieu par l’élection présidentielle, sur la base d’un éblouissement collectif, anéantissant tout ce qui fait l’essence d’une démocratie, en particulier le débat d’idées et le choix d’un projet. Puis elle s’extasie de la splendeur de ce dernier, se prosterne devant lui et prépare avidement sa réélection plutôt que de travailler au bien commun de la Nation sur le long terme. Il est inconcevable de bien présider, bien diriger un Etat, d’accomplir des choix d’intérêt général, tout en ayant l’esprit gangrené par l’obsession de la réélection. Le pays fait naufrage dans l’esbroufe, les impostures, les gesticulations, le grand-guignol médiatique permanent, tendu vers la seule réélection de l’idole nationale, plutôt que de se retrousser les manches et de se mettre à l’ouvrage.  Et tout cela dans un contexte d’abêtissement massif et volontaire, marqué par l’effondrement du niveau scolaire et intellectuel du pays, dont l’objectif est de tenter, à terme, de priver les Français de tout esprit critique face à cette lamentable comédie. Le but n’est en aucun cas d’accabler un homme personnellement, encore moins de remplacer un chefaillon par un (e) autre. Il devrait être avant tout de restaurer une démocratie française et une res publica (la chose publique)  dignes de ce nom.

Maxime TANDONNET

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La nature humaine

Dans le grand public, nul ne sait vraiment au juste ce qu’il a fait. Mais souvenons-nous. Carlos Ghosn était présenté depuis des années comme un véritable héros national. Il fut le sauveur de Renault et de centaines de milliers d’emplois, directs ou indirects. Puis il devint le redresseur de Nissan, une entreprise à l’agonie.  Longtemps, il a été loué, encensé par la France d’en haut, les médias, les dirigeants nationaux et Européens, les intellectuels, comme le bâtisseur du premier groupe automobile planétaire, l’une des grandes fiertés françaises. Il était alors au sommet de sa gloire et de son prestige, capitaine d’industrie, de fait bien plus puissant et plus craint qu’un ministre.

Nul, parmi les Français lambda ne sait vraiment ce qu’il a fait. Une ou deux certitudes pourtant: les faits et gestes qui lui sont reprochés par la justice japonaise étaient bien connus dans les milieux influents depuis longtemps: villas, jets, mariage en grande pompe, rémunérations, etc. Rien qui ne soit vraiment dissimulable aux regards. Autre chose: ce genre de pratiques dans les milieux les plus fortunés de la puissance économique et financière n’a sans doute rien d’exceptionnel.

Il n’est pas question de le défendre sachant que je n’ai pas la moindre idée du dossier. Mais ce qui me sidère c’est la facilité avec laquelle tout ce beau monde l’a abandonné. Pas un geste de soutien des plus hautes autorités nationales, pas un mot, pas un article, pas un souffle pour lui exprimer une once de solidarité, ni dans les sphères politiques, ni dans les médias, ni dans les milieux économiques. Il est passé, en quelques jours, du sommet de la gloire planétaire au fond de l’enfer d’une geôle japonaise dans des conditions de garde à vue interminables et des allers-retours en prison malgré les garanties de représentation, qui sont radicalement contraires à la vision française des droits de la défense. Une once de protestation des défenseurs des droits de l’homme? Que nenni! Les courtisans? évanouis comme une volée de  moineaux! Plus d’amis, plus de soutiens, plus de collègues. Silence absolu, indifférence totale. Un grand, un puissant que tout le monde entier vénérait à genou, passé en quelques heures du firmament au fond du trou, quelle aubaine, quelle joie, quelle jubilation secrète pour tant de lâches, de médiocres et de jaloux. Elle est pas formidable, dites-donc, la nature humaine?

Maxime TANDONNET

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Conditionner les esprits

Ci-dessous, le temps d’antenne des personnalités politiques sur une chaîne de télévision, relevé en février 2019 par le CSA. L’exemple est sans doute caricatural, mais à y regarder de près, il reflète assez largement la tendance des chaînes d’information, celles-là qui tournent en boucle du matin au soir, comme un assommoir, dans les halls des entreprises et des administrations, dans les bureaux des « chefs », dans les foyers à l’heure du petit déjeuner et du dîner. On retrouve les grandes lignes habituelles: un formidable et hallucinant matraquage en faveur du pouvoir politique, tel qu’il n’y en a peut-être jamais eu en France depuis l’invention de la télévision, même sous l’ORTF. Puis la volonté délibérée d’ériger les partis lepéniste et Insoumis en opposants attitrés, de manière à assurer à coup sûr la glorieuse et attendue réélection de 2022. Une quasi-exclusion, invraisemblable, de l’opposition LR dès lors que celle-ci est la seule susceptible de représenter une alternance possible, la seule concevable aujourd’hui. Il est bien étrange que le monde médiatique dans son ensemble baisse pudiquement les yeux sur des données largement accessibles grâce au CSA et tellement révélatrices du climat lamentable dans lequel nous vivons – qui plus est lors d’une année électorale, à 3 mois du scrutin. Masquer le néant des idées comme de l’action et les échecs dans une déferlante de propagande: vous appelez cela démocratie pluraliste? Moi pas. Et la France glisse tranquillement dans une logique de parti unique (médiatisé) et de culte de la personnalité: une sorte de « soft totalitarisme » ou en bon français, totalitarisme doux.

MACRON EMMANUEL PRES REP DEBAT POL 09:57:36
PHILIPPE EDOUARD MINISTRE 02:10:22
BAYOU JULIEN EUROPE ECOLOGIE LES VERTS 01:32:51
MAHJOUBI MOUNIR MINISTRE 01:27:51
FLORENNES ISABELLE MODEM 01:23:11
CASTANER CHRISTOPHE MINISTRE 01:21:49
LE PEN MARINE RASSEMBLEMENT NATIONAL 01:21:22
BARGETON JULIEN LA REPUBLIQUE EN MARCHE 01:06:54
DE RUGY FRANCOIS MINISTRE 01:02:57
GUIRAUD DAVID LA FRANCE INSOUMISE 00:59:10
BOMPARD MANUEL LA FRANCE INSOUMISE 00:55:35
BAS PHILIPPE LRP 00:52:37
BLANQUER JEAN MICHEL MINISTRE 00:46:12
JUPPE ALAIN DIVERS DROITE 00:42:36
SCHIAPPA MARLENE MINISTRE 00:42:32
GRIVEAUX BENJAMIN MINISTRE 00:42:06
SUEUR JEAN PIERRE PS 00:41:11
SIMONNET DANIELLE LA FRANCE INSOUMISE 00:39:29
TEMAL RACHID PS 00:39:08
LE MAIRE BRUNO MINISTRE 00:38:23
CHENU SEBASTIEN RASSEMBLEMENT NATIONAL 00:37:48
QUESTEL BRUNO LA REPUBLIQUE EN MARCHE 00:36:39
MELENCHON JEAN LUC LA FRANCE INSOUMISE 00:36:21
JOURDA MURIEL LRP 00:35:57
BROSSAT IAN PCF 00:35:57
AHAMADA SAID LA REPUBLIQUE EN MARCHE 00:32:47
GROSDIDIER FRANCOIS LRP 00:32:05
MARIANI THIERRY RASSEMBLEMENT NATIONAL 00:31:59
LECORNU SEBASTIEN MINISTRE 00:31:15
MOREAU JEAN BAPTISTE LA REPUBLIQUE EN MARCHE 00:30:55
BELLOUBET NICOLE MINISTRE 00:28:25
SAILLIET LAURENCE LRP 00:28:11
CALVEZ CELINE LA REPUBLIQUE EN MARCHE 00:27:35
FUCHS BRUNO MODEM 00:26:37
AVIA LAETITIA LA REPUBLIQUE EN MARCHE 00:25:05
GREGOIRE EMMANUEL PS 00:24:31
WARGON EMMANUELLE MINISTRE 00:24:14
GUIDONI PIERRE DIVERS DROITE 00:23:39
AUBRY MANON LA FRANCE INSOUMISE 00:22:32
HAMON BENOIT GENERATIONS 00:21:54
LACAPELLE JEAN LIN RASSEMBLEMENT NATIONAL 00:21:41
GANDON CAROLE LA REPUBLIQUE EN MARCHE 00:20:51
DARMANIN GERALD MINISTRE 00:20:42
VUILLETET GUILLAUME LA REPUBLIQUE EN MARCHE 00:20:36
LE GRIP CONSTANCE LRP 00:19:30
COQUEREL ERIC LA FRANCE INSOUMISE 00:18:54
LAIGNEL ANDRE PS 00:18:32
AUBRY MARTINE PS 00:18:30
BAY NICOLAS RASSEMBLEMENT NATIONAL 00:18:17
BEAUDETSTEPHANE DIVERS DROITE 00:17:53
LUCAS BENJAMIN GENERATIONS 00:17:41
DARAGON NICOLAS LRP 00:17:14
WAUQUIEZ LAURENT LRP 00:17:14
CORBIERE ALEXIS LA FRANCE INSOUMISE 00:16:54
KANNER PATRICK PS 00:16:25
PERDRIAU GAEL LRP 00:16:09
BENBASSA ESTHER EUROPE ECOLOGIE LES VERTS 00:15:58
MOUDENC JEAN LUC LRP 00:15:16
TELEVISIONS – CHAÎNES D’INFORMATION TEMPS

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Européennes, le honteux spectacle

Ci-dessous, les réponses aux quelques questions que m’avait posées avant-hier le site Atlantico, en tandem avec M. Christophe Bouillaud, dans la perspective du débat des Européennes sur France 2 dans l’Emission politique. On s’attendait au pire mais ce fut encore bien pire… Un honteux spectacle de pitres déchaînés qui compensaient dans une bataille de crachats leur incapacité à formuler la moindre idée et à se différencier. Divas hystériques, nains de jardins fanatisés, brutes épaisses écervelées s’affrontaient dans une mélasse de bêtise comme on en voit peu et dans une course échevelée aux positions les plus extrémistes et les plus démagogiques qui soient. Les coups de com’ ridicules, les chiffres débiles, les mensonges éhontés, l’avalanche de bons sentiments dégoulinants de haine et d’hypocrisie, valsaient dans un tourbillon de démence et de férocité. Peut-être qu’un ou deux des participants surnageaient au beau milieu de cet océan de crétinerie. Il n’auraient jamais dû accepter de participer à cette mascarade ridicule. Ou alors quitter le plateau. Rien ne vaut la dignité. Mieux vaut perdre une élection que de renoncer à sa dignité. On pense toujours avoir atteint le fond de l’abîme, mais c’est de pire en pire. Le mépris des spectateurs, des électeurs, atteignait un nouveau sommet. Et après, les bonnes consciences et donneurs de leçon s’indigneront que les Français n’aillent plus voter.  Le « nouveau monde » disiez-vous? Eh bien le voici!

Maxime TANDONNET

1-Ce jeudi 4 avril, l’Emission politique de France 2 accueillera douze candidats sur son plateau à l’occasion des prochaines élections européennes. Comment mesurer la réalité idéologique d’un tel émiettement politique et peut on considérer que ces 12 candidats représentent-ils réellement 12 conceptions différentes de la France et de l’Europe ? Cette abondance est-elle plus le signe d’un vide ou d’un trop plein idéologique ? 

Dans l’ensemble, il n’est pas facile de tracer des clivages clairs fondés sur des différences idéologiques dans la France contemporaine. On discerne vaguement quatre courants: une gauche qui se veut écologique, favorable à l’immigration et au multiculturalisme, à davantage de redistribution par l’impôt; un centre LREM qui se réclame du libéralisme économique, du progressisme sur le plan sociétal et du fédéralisme européen ; un courant à tonalité nationaliste qualifié aussi de « populiste » qui se fait le chantre de l’indépendance nationale, des frontières et du rejet total de toute forme d’immigration; enfin un mouvement dit les Républicains cherchant sa voie dans des positions intermédiaires, sur l’immigration, l’Europe, les questions économiques et de société. La présence de 12 listes et 12 candidats sur le plateau de télévision est donc incongrue. Elle ne reflète sûrement pas un trop plein idéologique mais des querelles de personnes et conflits d’ambition. Ainsi, en dehors de désaccords personnels, on voit mal quels sujets de fond pourraient justifier les clivages entre PS et Génération.s ou bien entre Insoumis et PCF ou encore entre RN et « les Patriotes ».

2- Ces clivages politiques internes s’articulent ils avec les clivages des partis représentés au Parlement européen ? Comment mesurer l’intensité de ces clivages des partis européens ? 

Les partis politiques européens sont eux aussi assez éclatés mais pas autant. On ne peut pas faire de véritable rapprochement entre les 12 listes françaises et les 8 groupes politiques européens et l’articulation entre eux n’est pas évidente. Au niveau des formations européennes, les clivages existants ont une certaine logique de fond et ne paraissent pas aussi confus que sur le plan français: PPE, c’est-à-dire la droite conservatrice, libéraux ou centristes, socialistes, gauche, écologistes, eurosceptiques (toutefois répartis en plusieurs groupes). Mais la vraie question est celle de savoir quelle est la représentativité de ces différents partis dans la population. Les listes sont formées par des état-majors partisans nationaux ce qui renforce le sentiment d’éloignement entre les peuples et leurs députés. Selon l’enquête annuelle du CEVIPOF sur la confiance des Français, vague 10 de janvier 2019, seuls 23% font confiance dans leurs députés européens, l’institution politique la moins populaire. En quoi les députés européens sont-ils en mesure de répondre concrètement aux inquiétudes des Européens, sur l’environnement, le chômage, le pouvoir d’achat, l’immigration, etc. C’est la seule vraie question qui compte. Et aujourd’hui les Européens n’y croient pas. D’où les taux d’abstention considérables autour de 60%.

3- Quelles sont les causes de cet émiettement des partis ?  

Le problème, c’est qu’on nage dans l’hypocrisie. Le Parlement européen n’est pas, en tout cas pour l’instant, une véritable assemblée démocratique, avec une majorité, élue sur un projet, et une opposition qui le critique et propose une alternative. On a 8 groupes politiques composés de représentants de 28 nations. Les députés sont élus dans des conditions et selon des modes différents selon chaque pays. L’ensemble est hétérogène. Il n’est pas question qu’une politique claire et déterminée, voulue par une majorité de citoyens de l’Europe puisse en émerger. Et cela, tout le monde le sait. En réalité, cette élection est vécue en France par la classe politique comme un banc d’essai avant les échéances nationales. Le fond n’a pas beaucoup d’importance. Comme d’habitude, l’Europe et ses grands dossiers vont passer au second plan ou ils serviront d’habillage à une compétition politicienne. D’ailleurs, le choix de faire une seule circonscription nationale, en mettant fin à un vote par région, correspond à un calcul politicien pur et simple, totalement contraire à l’intérêt de l’idée européenne qui est bien au contraire de rapprocher les citoyens de leurs élus. Nous sommes là en plein coeur de la crise du politique, non plus tournée vers l’intérêt général et le service du bien commun mais vers la conquête de fromages au profit de quelques individus, de l’extrême gauche à l’extrême droite, bien éloignés de la réalité des peuples européens.

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« Populisme », disiez-vous? (pour Atlantico)

1-On assiste à une extension singulière du domaine du populisme dans les accusations de LREM : Marlène Schiappa a ainsi blâmé Cash Investigation et Envoyé Spécial pour avoir encouragé « une forme de populisme ». Dans quelle mesure cette manière de considérer que « le populisme, c’est les autres » empêche LREM d’être lucide sur ses propres méthodes ? Comment expliquer cette incapacité des LREM à percevoir toute forme de populisme en ses rangs, une situation illustrée par la diffusion de Ismaël Emelien de deux vidéos liés à l’affaire Benalla sur des comptes Twitter anonymes ?

La définition du populisme n’a jamais été très claire. En gros, est qualifiée de populiste l’idéologie qui se réclame du peuple contre les élites. Le mot connaît un succès phénoménal en ce moment. Il est utilisé de manière péjorative pour disqualifier toute opinion qui sort des sentiers battus. Les dirigeants français se considèrent comme l’incarnation du bien, de la jeunesse, de la modernité, de l’ouverture internationale, du dépassement des frontières et de la nation par la mondialisation et l’Européanisation. Ils fustigent la peste nationaliste et condamnent les « murs ». Ils se considèrent comme étant dans le sens du progrès. Et dans une vision caricaturale pour ne pas dire manichéenne, ils pointent du doigt l’ennemi populiste, leur antithèse. Ce qui frappe dans ce discours, c’est le retour de l’idéologie: le bien progressiste, dans le sens de l’histoire, en marche vers un avenir radieux, contre la réaction. Tous les régimes totalitaires ont pratiqué cette vieille méthode par le passé. La France n’est évidemment pas un régime totalitaire, mais dans une période de trouble profond, nous voyons resurgir le recours à de vieilles ficelles du passé. Il est normal que LREM se refuse à voir toute forme de populisme dans ses rangs. Cela ne cadrerait pas avec son idéologie qui consiste à se réclamer de la lumière contre les ténèbres.

2-Quelle est la part de populisme dans le mouvement du Président et dans sa victoire ?

Le mot de démagogie me semble préférable à celui de populisme. Le terme populiste, d’un usage commun aujourd’hui, est méprisant pour le peuple. Il renvoie au discours d’Adolphe Thiers en 1850, fustigeant la « vile multitude » pour abroger le suffrage universel. Alors, parlons plutôt de démagogie. Oui, au fond, la vie politico-médiatique française actuelle baigne dans la démagogie. Les méthodes que l’on reprochait jadis aux extrêmes, droite ou gauche, sont totalement banalisées. Le culte de la personnalité et l’extrême personnalisation du pouvoir en est un élément clé. La politique ne doit plus parler des problèmes de fond, qui en appellent à la raison, mais devient une affaire de passion amoureuse autour d’une idole surmédiatisée censée guider le peuple. L’idéologie de LREM est entièrement fondée sur cette mystique. En outre, nous voyons bien ce que devient jour après jour un peu plus la vie politique: une affaire de communication permanente, de postures, de propagande, de manipulation des foules. Les petites phrases polémiques et les provocations quotidiennes servent à capter l’attention des médias. Un voile d’hystérie permanente sert à recouvrir les échecs et les déceptions. La question n’est en aucun cas de réformer le pays mais de donner une image de réformateurs, au prix de toutes les manipulations. La vie politico-médiatique ne cesse de dériver dans l’émotionnel, les mirages, les chimères, le sensationnel et l’indignation. Et plus personne ne parle des vraies questions politiques: le chômage de masse, la pauvreté, la dette publique, l’insécurité, la maîtrise des frontières, la place de la France dans le monde, etc.

3- LREM n’aurait-elle pas finalement intérêt à assumer cette part de populisme ?

C’est difficilement envisageable. Dans l’idéologie LREM, la lumière c’est-à-dire le bien progressiste, est confronté aux ténèbres du mal populiste. Cette idéologie manichéenne recouvre des enjeux électoraux et de pouvoir. L’objectif est de conforter le tête à tête entre macronisme et lepénisme de manière à se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir nonobstant les échecs, dès lors qu’une victoire du lepénisme semble à peu près inconcevable compte tenu de l’image de ce mouvement pour 80% des Français. L’élection présidentielle de 2022 est déjà en toile de fond de ce face à face. L’intérêt de la France disparaît anéanti derrière le seul objectif qui compte: la réélection présidentielle. C’est lamentable, mais c’est ainsi. Dès lors, LREM n’a aucun intérêt à opérer un retournement idéologique et à revendiquer une part de populisme. Cela reviendrait à rompre avec ses fondements idéologiques et à entrer dans une logique suicidaire. En revanche, au-delà de LREM, on pourrait imaginer qu’une opposition républicaine se saisisse de la question de l’anéantissement du politique et propose, au coeur de son programme, de réhabiliter les fondements de la politique au sens du gouvernement de la cité: substituer le culte de la vérité et du bien commun au culte de la personnalité, restaurer la notion d’intérêt général et le sens de l’action modeste au service du pays. Les dirigeants politiques ne sont pas des demi-dieux ni les maîtres du pays mais bien au contraire, ses humbles serviteurs le temps qu’il a besoin d’eux. Puissent-ils en prendre conscience…

Maxime TANDONNET

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Lecture: De Gaulle 1969, l’autre révolution, par Arnaud Teyssier, Perrin 2019

Le 27 avril 2019 marquera le cinquantenaire de la démission du général de Gaulle de la présidence de la République, après son référendum perdu sur la régionalisation et la réforme du Sénat.

Ce magnifique ouvrage de M. Arnaud Teyssier revient longuement sur la décadence de la Ve République. Il montre, à travers de multiples exemples, que le régime actuel n’a plus guère de rapport avec celui que le général de Gaulle avait donné à la France en 1958. « Ce dernier point est essentiel: de Gaulle n’est pas présidentialiste avant la lettre, comme le seront la plupart de ses successeurs. Debré, Pompidou, Couve: à chaque période correspond un Premier ministre en fonction des nécessités et seulement en fonction des nécessités. »

Ainsi, pour l’historien, le Général n’a jamais voulu instaurer un système politique concentrant dans l’image du chef de l’Etat la totalité du pouvoir politique. Bien au contraire, la Ve République, à l’origine, reposait sur un équilibre entre une présidence souveraine et un Premier ministre chef du gouvernement, sous le contrôle du Parlement. Il souligne combien le fonctionnement des institutions, pendant six ans (1962-1968), en cette période tout à fait particulière de modernisation accélérée et de rayonnement planétaire de la France, était fondé sur l’association au sommet de l’Etat d’un binôme formé de deux personnalités d’exception, de Gaulle et Pompidou.

Arnaud Teyssier présente les derniers mois du président de Gaulle à l’Elysée sous un jour profondément nouveau. Il réfute les thèses qui ont prévalu jusqu’à présent, mettant en avant le découragement, la lassitude et le pessimisme du Général, en particulier celle de Malraux qui a fait état d’un référendum suicidaire. A ses yeux, le chef de l’Etat de l’époque avait pris toute la mesure de la gravité des événements de mai 1968. Il entendait proposer à la France une voie nouvelle, « l’autre révolution » comme le souligne le titre du livre: « C’est pourquoi de Gaulle veut accomplir son ultime révolution. Avoir une meilleure prise sur la société, pour l’organiser, pour échapper au conflit des idéologies, tout en gardant ce ferment irremplaçable de la démocratie qu’est le suffrage universel, seule source de légitimité à ses yeux, telle est son ambition. » Le président de Gaulle veut fonder sa nouvelle révolution sur deux axes essentiels qui consistent tous deux à rapprocher le peuple des centres de décision.

Le premier est la régionalisation: « l’avènement de la région, cadre nouveau de l’initiative, du conseil et de l’action, pour ce qui touche localement la vie pratique de la nation, voilà donc la grande réforme que nous devons apporter à la France. » La réforme du Sénat était la conséquence de cette régionalisation dont l’objectif était de développer une démocratie de proximité sur les sujets locaux mais sans pour autant affaiblir l’unité de l’Etat.

L’autre grand thème du projet gaullien était la participation dans l’entreprise. Car de Gaulle, « ne veut pas non plus de la société qui vient, celle du confort et de l’argent, de l’individu-roi, telle que Péguy l’avait annoncée. Il veut la réconcilier avec elle-même sans pour autant reconstituer de puissants corps intermédiaires qui confisqueraient la souveraineté. »

Dans les derniers jours de son mandat, alors que les défections et les trahisons se multiplient comme les mauvais sondages, le Général ne change rien à son mode de vie. Son rythme de travail « est resté immuable: il arrive à son bureau quelques minutes avant 10 heures, ayant déjà pris connaissance de la presse du matin. Il trouve sur son bureau les dossiers habituels: télégrammes des affaires étrangères, notes diverses, informations sur les visiteurs du jour. Un peu avant 13 heures, il part déjeuner pour revenir ver 14H40. »  Il donne une impression de détachement pour lui-même. « Les Français souhaitent que je m’en aille » confie-t-il tristement, mais simplement, à Michel Debré.

Finalement, les Français lui ont dit « non » le 27 avril, à une faible majorité, entraînant sa démission.  A la lecture de ce livre exceptionnel, remarquablement écrit, on ne peut s’empêcher de songer qu’en lui disant non, le peuple français tourne le dos à l’avenir qu’il lui propose et s’engage irrémédiablement dans la voie du déclin pour en arriver, 50 ans après, au sinistre spectacle nihiliste et narcissique que donne aujourd’hui la vie politique française. Le livre se poursuit sur le récit d’une démission, quintessence de la noblesse, et sur des pages somptueuses concernant les voyages du général de Gaulle en Irlande et en Espagne.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

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