Sur l’article 49-3 (pour Figaro Vox)

L’utilisation de l’article 49-3 pour abréger le débat sur les retraites à l’Assemblée nationale serait envisagé par le gouvernement. Loin de n’être qu’une simple péripétie de la vie politique, ce recours a pris une dimension symbolique et politique majeure. Que prévoit-il précisément ? « Le Premier ministre peut […] engager la responsabilité du Gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée […] Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session. »

Cet article a été utilisé à 86 reprises depuis l’entrée en vigueur de la Ve République. Il a notamment servi dans deux situations. La première est l’hypothèse où le gouvernement ne dispose pas d’une majorité absolue et n’a d’autre choix pour faire adopter ses lois. Les gouvernements de François Mitterrand, de 1988 à 1993, notamment Rocard, qui se trouvaient dans cette hypothèse, en ont fait un usage abondant, à 28 reprises. La seconde est la détermination à faire passer rapidement un texte quand, malgré l’existence d’une majorité absolue, le gouvernement souhaite éviter l’enlisement du débat, à l’image de M. de Villepin qui en fit usage en 2006 pour faire voter la loi sur le contrat premier emploi (CPE), finalement retirée sous a pression de la rue, ou M. Valls entre 2014 et 2017, qui l’utilisa 6 fois pour mettre en œuvre « sa politique de l’offre » (loi « croissance et activité » et « loi travail »).

Cette disposition fut introduite dans la Constitution de 1958 au titre du parlementarisme rationalisé destiné à renforcer l’Exécutif face au Parlement, en réaction contre les régimes de la IIIe et de IVe République dominés par une assemblée toute puissante qui faisait et défaisait les gouvernements, se traduisant par une instabilité chronique surtout dans les périodes de crises politiques. Il était impératif, pour les constituants, de mettre fin au régime des partis qui interdisait à la France d’être gouvernée dans la durée.

La logique de cette disposition – qui s’explique par l’époque où elle fut adoptée – est fort discutable sur le plan de la démocratie parlementaire : par simple décision du Premier ministre, un texte de loi est considéré comme adopté sans même avoir été voté. L’hypothèse du vote d’une motion de censure est purement théorique : sur les 50 qui ont été déposées dans le cadre de l’usage de l’article 49-3 aucune n’a été adoptée. En effet, il est quasiment impossible de réunir une majorité absolue de l’Assemblée nationale pour renverser un gouvernement. De fait, l’utilisation de l’article 49-3 revient à abolir, le temps du vote d’une loi, la compétence de l’Assemblée nationale. Le président Sarkozy, de 2007 à 2012, n’y a jamais eu recours. La révision constitutionnelle de 2008 en a restreint l’usage possible à une seule fois par session parlementaire (hors loi de finances et d’équilibre de la sécurité sociale).

Depuis 1958, le monde a profondément changé. Avec le quinquennat, adopté en 2000, l’Assemblé nationale, élue systématiquement dans la foulée immédiate de l’élection présidentielle, a perdu l’essentiel de son prestige, de son autorité, de sa souveraineté. Elle se présente comme une annexe de l’Elysée qui de fait, lui est largement soumise. Parfois, les réactions d’une poignée de frondeurs ou les guérillas d’amendements déposés par les oppositions indisposent le pouvoir exécutif en retardant le processus législatif. Ce ne sont que les soubresauts stériles d’une démocratie parlementaire en déclin.

Aujourd’hui, cet article 49-3, notamment depuis son utilisation par Manuel Valls pour les lois de libéralisation de l’économie, se heurtant à la fronde d’une partie de sa majorité, a pris une image délétère, symbole d’autoritarisme et de faiblesse. L’ancien Premier ministre devenu candidat à la présidence de la République, voulait d’ailleurs supprimer cet article de la Constitution dont il avait pourtant fait un usage abondant.

Certes, les gouvernements ne veulent pas que le débat parlementaire s’enlise dans un combat d’amendements. Mais la France depuis plusieurs années s’enlise dans le chaos à travers la flambée de violence des Gilets Jaunes, puis l’un des plus longs mouvements sociaux de l’histoire. Les débats de société qui ne peuvent pas se dérouler dans le cadre démocratique d’une Assemblée nationale reconnue comme la représentation du peuple, se produisent sous une autre forme : celle des émeutes et de la violence dans la rue.

Plus que jamais, la fracture démocratique fait rage entre d’une part les élites dirigeantes, ressenties comme arrogantes et déconnectées, et le peuple dans son immense majorité, qui a le sentiment d’être méprisé et abandonné. L’affaiblissement continu de l’Assemblée nationale et des députés, en tant que représentants de la Nation, relais naturel entre la Nation et le pouvoir d’Etat, ne peut qu’aggraver ce phénomène. Un recours supplémentaire au 49-3, sur un sujet aussi sensible et dramatique que celui des retraites, risque d’amplifier encore davantage le climat de défiance sinon de révolte qui caractérise la France actuelle.

Maxime TANDONNET

 

 

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2017, retour sur une catastrophe (Pour Atlantico)

Ci-dessous mes réponses aux questions du site Atlantico, en binôme avec maître Hervé Lehman, avocat, ancien juge d’instruction. Le commentaire de ce dernier sur la dimension judiciaire de la catastrophe vaut le détour. 

La question de l’emploi fictif de Pénélope Fillon à laquelle s’est ajoutée celle des costumes offerts par Robert Bourgi ont annoncé la défaite de François Fillon aux présidentielles 2017. Pourtant, avec 20% des votes, il demeure le 3e homme de ce scrutin. Comment l’expliquer?

Avant la catastrophe, M. Fillon avait de sérieux atouts en sa faveur : une grande expérience de la vie gouvernementale, un style sobre et une image de probité correspondant à l’attente d’une partie de l’électorat, un projet sérieux et travaillé, un engagement dans le soutien aux chrétiens d’Orient persécutés par Daesh, un discours clair d’opposition à l’islamisme radical. Les 20% qui ont voté pour lui malgré tout représentaient le socle de l’électorat les Républicains à ce moment-là. Ensuite, cet électorat, fragilisé par le découragement, s’est déchiré entre LREM, RN et l’abstentionnisme. D’où les 8,6% des européennes de juin 2019, un score qui a été interprété par beaucoup de commentateurs comme le signe avant-coureur de la disparition de LR. Depuis lors, les données du problème ont changé : la crise de confiance, et l’impopularité présidentielle toujours plus grande, les difficultés du gouvernement, la débâcle politique de LREM, mais aussi la stagnation du RN – qui n’effectue pas de percée décisive dans l’opinion malgré le climat de chaos dans le pays, ont rouvert un espace pour les Républicains. Leur score aux municipales sera donc déterminant pour vérifier la survie voire une renaissance de la droite.

Cette défaite électorale a marqué le début d’une crise profonde dont la droite française peine à se remettre. Quelles en sont les raisons? 

 Les raisons sont nombreuses et cette défaite électorale a été avant tout un déclencheur. Cinq raisons paraissent évidentes : l’absence d’un leader incontesté ; les rivalités d’ego ; les divisions idéologiques entre une tendance centriste, européiste et une frange plus souverainiste ; la difficulté à définir une ligne, un projet ; l’écartèlement entre le LREM et le RN qui a réduit sa marge de manœuvre. Comment la droite française peut-elle se présenter comme une alternance possible ? La politique française souffre en ce moment d’une perte de crédibilité et d’une profonde déconnexion avec le peuple. Le drame de l’actuel quinquennat est d’avoir porté cette coupure, cette déconnexion à son paroxysme, par les symboles. (Jupiter), les paroles (Gaulois réfractaires), le fond des politiques (taxe carbone, 80 km/h, retraites, etc.). Le rôle de la droite aujourd’hui et sa chance, consistent faire le contraire c’est-à-dire à tendre la main au peuple et à s’engager dans une logique de confiance et de réconciliation avec lui, de dépassement de la rupture entre la France dite d’en haut et la France dite d’en bas : fin de la communication (manipulation) à outrance, discours de vérité sur l’état de la France, travail de fond, sans démagogie, sur les grands sujets de préoccupation des Français, sécurité, communautarisme, dette publique, pauvreté, maîtrise des frontières, déclin du niveau scolaire… Pour cela, au cœur d’un programme de droite devrait être la réhabilitation de la démocratie par la revalorisation du Parlement et la pratique du référendum comme mode d’expression de la souveraineté.

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Au salon de l’hypocrisie

Chaque année au mois de février le même rituel revient. Les hauts dirigeants se pressent au salon de l’agriculture sous le feu des caméras de télévision. La France, vieille nation agricole. Il faut les voir déambulant entouré de leur escorte de gardes du corps, buvant le coup, prenant des airs intéressés et tâtant le cul des vaches. A la mode: le petit jeu intelligent de celui qui reste le plus longtemps, 8H, 9H… Pour les occupants de l’Elysée, l’exercice médiatique est un moment fort de l’année. Les autres leaders politiques le suivent, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Pendant toute une année, le  monde agricole est loin de leurs priorités. 50% des exploitations agricoles ont un revenu brut de 1750 €, ce qui laisse entendre une rémunération pour l’exploitant bien en dessous du SMIC. Les agriculteurs ne partent pas en vacance, ont les pires difficultés pour scolariser leurs enfants. Ils sont victimes de l’insécurité. En 2016, 750 agriculteurs se sont suicidés, soit 30 à 40 fois plus que la moyenne des autres professions, un chiffre vertigineux qui témoigne de la souffrance d’une profession. Qui parle de cette détresse, dans le monde politique, les media télé-radio? Quel responsable national, quel média télé-radio s’est-il rendu auprès d’une petite exploitation dans la misère? Les belles images aseptisée du salon sont tout en contraste avec l’affreuse réalité, celle d’un suicide tous les deux jours. Et quand vient le salon de l’hypocrisie, sous le feu des caméras de télévision, ils sont là à se pavaner, à pérorer, à pavoiser. Moyen comme un autre de grappiller des points dans les sondages. Quant à l’évacuation d’opposants ou de trublions, elle ne fait qu’aggraver cette sensation étrange d’un décors de carton-patte, d’une bulle de communication coupée du monde réel.

Maxime TANDONNET

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Le peuple, cet inconnu

Jamais depuis la Libération, la politique française n’avait à tel point sombré dans la démence: insultes (« petites c…. »), scènes d’hystérie, exhibition d’organe sexuel, attaques sur la vie privée, réformes à la fois monstrueuses et destructrices (retraites, bac, encadrement supérieur de la fonction publique),  narcissisme exacerbé, aussi obscène que stérile, fuite devant la réalité (explosion de la dette publique, de la violence et de l’insécurité, de la pauvreté, du chaos scolaire, du communautarisme, des bidonvilles), mépris constant, affiché et revendiqué du peuple (les « sans dents » ou « Gaulois réfractaires »), chaos  derrière la façade de l’immobilisme (17 ministres changés en 30 mois), climat de scandale, naufrage dans la bêtise et l’incompétence. Quel spectacle! Depuis 1945, jamais la France n’avait assisté à un tel désastre politique, qui inclut évidemment les partis protestataires, les gesticulations honteuse et grotesques de la gauche extrême, et l’apocalypse de la droite extrême, dont le vertigineux endettement (25 M€) donne une idée de ce qu’il adviendrait du pays tombé entre ses mains.  La vraie question de fond, devant un tel cauchemar : que pense la Nation, dans ses profondeurs? Les sondages sont contradictoires et parfois orientés. Au-delà, quel est le sentiment profond du pays? Est-ce l’indifférence, et le sentiment qu’en dehors du grand spectacle obscène, la vie continue? Est-ce l’inconscience devant l’effarante faillite de la classe dirigeante? Est-ce le dégoût profond, et l’envie de vengeance à la première occasion, par la rue ou par les urnes? Est-ce la vague espérance du retour à une classe politique qui, faute de promettre des miracles, saura se montrer au moins correcte? Finalement, c’est de lui, de cet inconnu, le peuple, que tout dépend. Qu’a-t-il dans le ventre? Et dans la tête? Le pire – c’est-à-dire le statu quo – comme le meilleur, ou plutôt le moins mauvais, peuvent en sortir.  Dans une situation de chaos et d’incertitude absolue,  l’avenir n’appartient qu’à lui: pour le pire ou pour le meilleur, ou plutôt, le moins mauvais possible.

Maxime TANDONNET

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Trop tard… (pour Atlantico)

Entre les procès expéditifs des Gilets Jaunes, le cas Piotr Pavlenski ou la peur grandissante des réseaux sociaux, il semble que les hommes politiques n’adoptent plus que des positions défensives pour limiter la crise de défiance de la population à leur égard.

Pourquoi un tel aveux de faiblesse de la part des hommes politiques ? Pourquoi se sentent-ils aussi menacés ?

Peut-être ne faut-il pas généraliser, mais le constat s’applique en tout cas à la classe politique issue du « nouveau monde », le séisme des présidentielles et législatives de 2017. La politique est devenue avant tout une affaire d’ego et de narcissisme. Ils vivent dans l’obsession de leur image et comme ils disent de leur « trace dans l’histoire ». Quand ils agissent ou prétendent agir, il y a toujours en toile de fond, l’obsession du paraître. Voyez la réforme des retraites : la cohérence, l’utilité, la valeur ajoutée pour le pays n’est pas leur affaire. Tout ce qu’ils veulent, c’est donner l’image de ceux qui transforment le pays contre les obstacles. L’impact réel, financier, social pour le pays de cette réforme, sévèrement critiquée par le Conseil d’Etat, n’est pas leur problème.  Dès lors, ils se trouvent en situation extrêmement fragile. Dès lors qu’ils misent tout sur l’image, sur l’apparence, la communication à outrance et non pas sur une action et des résultats, ils sont dangereusement exposés à toute opération de déstabilisation de cette image. D’où la peur panique que suscite l’affaire Griveaux et les réactions à l’évidence disproportionnées ou dangereuses pour les libertés comme l’idée d’interdire Twitter ou d’instaurer une censure d’Etat sur la Toile. L’échange autour de la vie privée de M. Faure témoigne de cette étrange perte des repères sous l’effet de la panique.

[…]

Quelles propositions d’action peuvent être mises en place pour que les hommes politiques puissent regagner la confiance des électeurs ? Est-ce faisable ?

Sans doute est-il trop tard pour l’équipe au pouvoir issue du « nouveau monde ». Le pli est pris : elle ne regagnera plus jamais la confiance du peuple. Son péché mortel, dès le début, est de l’avoir méprisé ouvertement par les mots comme par les actes. Si elle était reconduite en 2022, ce serait par un nouvel accident électoral, en l’absence d’alternative, mais sûrement pas en raison d’un regain de confiance. Le sentiment d’un peuple envers ses dirigeants relève des profondeurs de l’inconscient collectif et ne peut modifier son cours en quelques mois ou années. La leçon servira-t-elle dans l’avenir, pour l’équipe qui leur succédera ? La clé d’un retour à la confiance tient au comportement des responsables politiques. Par leur discours et leur action, ils doivent se montrer comme les serviteurs de la Nation et non des demi-dieux arrogants. Leur unique devoir est de répondre clairement et efficacement, concrètement aux préoccupations du pays : l’insécurité, la maîtrise des frontières, la lutte contre l’islamisme politique, la pauvreté, le chômage, l’écrasement fiscal et la dette publique. Les Français savent bien qu’il n’existe pas de remède miracle, mais ils attendent au moins de leurs dirigeants qu’ils montrent qu’ils ont fait tout leur possible pour répondre à ces attentes, sans la moindre idée de s’accrocher indéfiniment au pouvoir et sans l’obsession de la réélection. Un signe de la fin du mépris du peuple pourrait être l’organisation ponctuelle de referendums sur les sujets essentiels, comme du temps de de Gaulle.

 

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Où sont passés les hommes d’Etat? (Figaro de ce matin)

L’affaire Griveaux qui frappe le monde politico-médiatique à la veille des élections municipales renvoie à une question fondamentale : d’où vient le naufrage de la vie publique française dans la médiocrité ? Où sont passés les hommes d’Etat? Une vision classique de l’histoire politique française oppose la Ve République à celles qui l’ont précédée, la IIIe et la IV: avant 1958 régnaient les ténèbres, et après, la lumière. Ce schéma, qui bénéficie d’un large consensus, met en balance l’instabilité gouvernementale des régimes précédents et la stabilité – ou l’immobilisme – de l’actuel système présidentialiste qui garantit à l’exécutif une permanence de cinq ans.

Cependant, cette vision manichéenne – avant, le mal, et après, le bien – se heurte à un constat : la France d’avant 1958 a su engendrer d’authentiques hommes d’Etat. Aujourd’hui, elle produit certes des personnalités politiques, mais semble de plus en plus impuissante à former et porter aux plus hautes responsabilités des hommes ou des femmes d’Etat, c’est-à-dire des dirigeants qui placent le service de l’Etat ou de la chose publique, la res publica, au-dessus de leur intérêt et de leur destin personnel.

Des noms prestigieux viennent aussitôt à l’esprit : Adolphe Thiers (le « Libérateur du territoire »), Léon Gambetta, Jules Ferry, Pierre Waldeck Rousseau, Aristide Briand, Georges Clemenceau, Alexandre Millerand, Raymond Poincaré, Edouard Herriot, Léon Blum, Georges Mandel, André Tardieu… Plus récemment Vincent Auriol, Antoine Pinay, Pierre Mendès France, Charles de Gaulle. Aucun ne peut prétendre à la sainteté. Tous avaient de sérieux défauts et ont commis un jour où l’autre des erreurs. Mais tous avaient en commun leur engagement au service d’une cause qui dépassait leur propre sort : la patrie (Clemenceau, Poincaré, Tardieu, de Gaulle), les principes républicains hérités de la Révolution française (Herriot), la paix internationale (Briand), le sort de la classe ouvrière (Blum). Ils se combattaient les uns les autres, tout en se respectant. L’ambition personnelle comptait bien entendu, mais se confondait avec des convictions, un idéal.

La notion traditionnelle d’homme d’Etat contraste avec la l’image qui prévaut aujourd’hui, dans l’opinion, d’un dirigeant politique national. Le premier pense et travaille avant tout dans une perspective d’intérêt général, il respecte le peuple et ne s’accroche pas au pouvoir. Le second est un séducteur, ne recule pas devant les promesses démagogiques, ni les coups de communication. L’idée qu’il se fait de lui-même, la vanité, l’emporte sur le dévouement au bien commun. L’obsession de son destin personnel et de son avenir électoral l’emporte sur la conscience des malheurs publics, même quand lui-même est à l’origine des troubles ou du chaos. D’ailleurs, la dérive de la vie publique dans le fanatisme de l’ego, au détriment des débats d’idées et de l’intérêt général, explique l’état d’hystérie permanent qui a gagné la politique française.

Les hommes d’Etat sont-ils une espèce de voie de disparition ?

Jusqu’au deux tiers du XXe siècle, la vocation politique venait naturellement aux esprits les plus brillants d’une génération, à l’image de Raymond Poincaré, déterminés à mettre leur talent et leur culture au service du bien public. Désormais, l’image dévalorisée de la politique semble exercer un effet dissuasif qui en détourne, sauf exceptions, les plus doués d’une génération : ceux-là choisiront de préférence l’entreprise, les affaires, la recherche scientifique, au prix souvent de l’expatriation.

La IIIe République, par sa politique éducative, a su former une élite dirigeante d’un haut niveau. Celle-ci disposait, à travers la maîtrise parfaite du latin et du grec, de la littérature française, de l’histoire et de la philosophie, d’outils nécessaires à la compréhension du monde, une vision transcendant les intérêts égoïstes. Cependant, à l’œuvre depuis plusieurs décennies, la politique de nivellement par le bas et le sacrifice de l’excellence se traduisent par l’effondrement du niveau moyen de la classe dirigeante et sa chute dans la médiocrité. D’ailleurs, l’obsession de l’ego en politique est la quintessence de la société du néant décrite par Gilles Lipovetsky dans « l’ère du vide ».  Un monde dominé par les valeurs narcissiques se prête mal à l’affirmation d’hommes ou de femmes d’Etat.

Le régime politique actuel est lui aussi en cause. Le système parlementaire des IIIe et IVe Républiques, avec tous ses défauts, a su constituer, à travers les Chambres élues au suffrage universel, un vivier d’où ont émergé quelques d’hommes d’Etat, choisis pour leurs idées et leur compétence. Bien au contraire, le présidentialisme actuel, issu d’une Ve République dégradée par la perte du sens de l’intérêt général et la dérive de la vie publique en grand spectacle médiatisé, favorise des acteurs télégéniques et des virtuoses de la communication.

Le vivier potentiel des hommes ou femmes d’Etat n’est sans doute pas complétement épuisé. Mais pour les quelques rares personnalités de la vie politique pourvues d’un authentique caractère, d’une vision et d’un sens de l’Etat, comment franchir le filtre des grands media nationaux qui valorisent bien au contraire le conformisme gesticulateur et bavard, mais sans lesquels aucune notoriété n’est envisageable ?

 

 

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Leçons sur un scandale (pour Atlantico avec M. Edouard Husson)

Après l’affaire Benjamin Griveaux et son retrait rapide de la course à la mairie de Paris suite à la diffusion d’images privées, la question se pose de ce que doit endurer un homme politique pour maintenir sa stature, jusqu’où cela peut-il aller ?

Aujourd’hui, à l’ère de la transparence, du téléphone portable qui permet d’enregistrer et de filmer en cachette et des réseaux sociaux, nul n’est à l’abri de ce type d’attaque. Voyez M. Rugy l’été dernier, lynché pour avoir servi du homard à ses invités, aujourd’hui M. Griveaux. Rien n’est plus fascinant que le fossé qui s’exprime entre la classe politique et la foule des commentateurs. La « France d’en haut » politique et médiatique, s’indigne de l’acte de délation. Mais la grande masse des commentateurs anonymes et la foule des réseaux sociaux accable M. Griveaux avec une colère qui est révélatrice du climat actuel. On assiste à un défoulement envers un personnage ressenti comme incarnant l’arrogance et le mépris. A travers ce phénomène s’exprime sans doute le rejet du système En Marche. Cette rage est une réponse au pouvoir jupitérien considéré comme déconnecté, intouchable, irresponsable, à l’abri de toute sanction pendant cinq ans. Bien sûr M. Griveaux a été d’une rare désinvolture et imprudence en se filmant ainsi. Cependant, à moins d’être un saint, nul n’échappe désormais au risque de voir une parole ou un acte intime lâché en pâture à la foule. Toute personne qui fait le choix d’une carrière publique doit savoir qu’elle s’expose à la haine et au déshonneur. Ce sont désormais les risques du métier.

La réaction de Benjamin Griveaux est à l’opposé de celles qu’ont pu avoir les Donald Trump, Roland Dumas, Mitterrand, Chirac… face à une telle situation de mœurs. Ceux-ci avaient assumés leurs actes tout en continuant d’exercer leurs fonctions. N’est-ce pas finalement qu’une question de courage ? 

 C’est une affaire de caractère. Certaines personnalités sont parfaitement blindées face à l’humiliation. François Mitterrand, à la fin de son mandat révélait le secret de sa force lors d’une interview télévisée : « la capacité d’indifférence. » Il se targuait de n’attacher guère d’importance à l’image qu’il donnait de lui-même. Chaque personnalité publique recouvre un être humain. L’humiliation, le lynchage médiatique, le déshonneur et la honte sont une souffrance d’autant plus terrible que les personnalités publiques vivent dans le regard des autres, pour séduire et être admirées. Je ne suis pas sûr qu’il faille y voir une question de courage mais plutôt de sensibilité au regard des autres. Certains s’accommodent d’être moqués, haïs ou détestés. Pour d’autres, non, c’est insupportable. Si l’engagement politique a un sens c’est celui du service de la collectivité, et non pas la quête du bonheur.  Beaucoup y cherchent le paradis de la réussite sociale et de la reconnaissance. Ils y trouvent l’enfer du mépris et du lynchage.

L’exemple de Benjamin Griveaux servira-t-il de jurisprudence face à ce genre d’attaques, qui tombe non pas sous le coup de la loi mais sous celui de la morale, et ainsi éviter des chutes comme celle de l’ex candidat à la mairie de Paris ? 

 L’exemple de M. Grivaux incitera peut-être les candidats à une fonction politique à la prudence au regard de l’exposition de leurs mœurs privées. Mais ce n’est même pas sûr. La déconnexion de la classe dirigeante est telle qu’ils ne se rendent même pas compte de la gravité de ce qu’ils font et des dangers auxquels ils s’exposent. L’exaltation du pouvoir, la sublimation de l’ego font perdre le sens des réalités. Donc, ils recommenceront, sous d’autres formes, peut-être, mais ils recommenceront. La grande leçon de tout ceci est la fragilité intrinsèque du pouvoir politique. A tout moment, n’importe quel responsable public est susceptible d’être mis en cause et de vaciller sous le lynchage médiatique. La responsabilité démocratique des gouvernants devant le Parlement ou devant le peuple (par le référendum) a été abolie par le régime présidentialiste qui touche à son paroxysme en ce moment. Mais cette responsabilité légale a été remplacée par une sorte de responsabilité de fait devant le tribunal populaire des médias et des réseaux sociaux.  Elle ne porte plus sur les résultats d’une politique mais sur les comportements individuels. Subrepticement, nous passons de l’ordre républicain à l’ordre moral. La supposée stabilité du régime est un leurre. Certes, il n’y a plus l’instabilité gouvernementale d’autrefois sous la IIIe ou la IVe République avec des présidents du Conseil (Premiers ministres) qui changeaient tous les six mois. Mais la précarité s’est substituée à l’instabilité : tout dirigeant politique sans exception vit sous la menace d’une vidéo ou d’une photo volée et diffusée sur la toile. La politique est entrée dans l’ère du chaos.

MT

 

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Sur la démission de M. Griveaux (papier pour Figaro Vox)

 

Ci-dessous mon article pour Figarovox sur la démission de M. Griveaux de la mairie de Paris. Il convient de préciser les points suivants:

  • M. Griveaux, en tant que responsable politique, est tout ce qui me révulse le plus au monde (incompétence, opportunisme, arrogance, démagogie). Cela est dit très clairement dans le papier: pas la moindre indulgence envers le politique.
  • La chute de M. Griveaux était déjà actée. La jubilation qui ruisselle un peu partout ne relève en rien de la raison politique, mais de l’instinct de meute.
  • Des adversaires de la Macronie se réjouissent d’un événement qui semble accélérer son naufrage. Cependant, aucune personnalité (même présumée la plus vertueuse) aucun parti n’est à l’abri d’un désastre de ce genre.
  •  Tout lynchage médiatique, phénomène de chasse à cour, déchaînement de la meute excitée par le sang sur les réseaux sociaux, m’est insupportable. Quel que soit le gibier de potence.
  • Les mouchards et les délateurs sortent dans les périodes troubles. C’est la même histoire qui revient toujours.
  • Ce n’est pas une affaire de mœurs  répréhensible de type exhibition publique ou autre. Il n’a pas violé ni commis d’agression. La vidéo à destination privée a été volée et jetée en pâture à la foule à son insu.
  • Sauf sainteté ou vertu parfaite, nul n’est à l’abri d’une diffusion honteuse d’une scène privée destinée à nuire (enregistrement dissimulé, caméra cachée, pornrevenge).
  • Je ne connais pas de hauts responsables politiques de l’histoire irréprochables sur le plan de la rigueur morale. Ce qui change? les technologies et Internet.
  • La banalisation de la délation, dans un grand concert d’approbations et de jubilation, rappelle les pires époques.
  • Il n’y a pas d’affaire d’argent, de détournement de fond public. L’affaire est privée. Elle aurait dû le rester.
  • Se satisfaire de ce genre de délation, c’est ouvrir la voie d’une société totalitaire où chaque geste chaque parole même des plus intimes, est exposé au risque d’être exhibé sur le Net.
  • A travers l’image abominable de la politique qui est donnée par cette affaire, c’est la crédibilité de la démocratie française qui est une fois de plus atteinte.

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La démission de M. Griveaux de sa candidature à la mairie de Paris embrase ce matin la société politico-médiatique et les réseaux sociaux. En cause : une vidéo à caractère sexuel supposée compromettante pour lui. La nature des faits n’est pas connue ni la teneur du film. Pourtant, déjà, le lynchage-éclair bat son plein, impitoyable, foudroyant, implacable.

La tradition française de séparation de la politique et des affaires privées a volé en éclats sous les effets de l’américanisation de la société et des réseaux sociaux. Que reste-t-il de la traditionnelle indulgence nationale envers les frasques personnelles des responsables et dirigeants politiques ? Le secret, la notion même d’intimité ont disparu. Toute scène entendue, filmée et volée, a vocation à être diffusée au monde entier. En France, le puritanisme américain a désormais pris possession des esprits. Pire : la négation de la vie privée et la banalisation du lynchage global, dans la jubilation méchante, sont les symptômes évidents d’une nouvelle barbarie totalitaire à laquelle, potentiellement, nul n’échappe.

Les raisons loyales et politiques de l’opposition à M. Benjamin Grivaux ne manquent pas : son style arrogant, quintessence du supposé « nouveau monde », son opportunisme, ses promesses démagogiques et irréalistes sur le transfert de la gare de l’Est et la prime de 100 000 euros aux nouveaux acquéreurs, les montages photographiques ridicules supposés relancer sa campagne.

Cependant, au-delà du devoir de prudence (et sauf information jusqu’à présent inconnue), ce n’est sûrement pas sur M. Grivaux que doit rejaillir la honte du séisme qui secoue la campagne parisienne, mais sur les seuls auteurs de la fuite sur les réseaux sociaux. Ce geste exprime une banalisation de la délation qui fait froid dans le dos. Et si les réseaux sociaux avaient existé de 1933 à 1945 ? se demande-t-on.

Qui en est l’auteur et quel en est le mobile ? A ce stade, chacun en est réduit aux suppositions. Soit une manœuvre destinée à l’écarter définitivement de la course à la mairie, soit un règlement de compte de la part d’un « ami » assez proche pour avoir eu accès à la (supposée) vidéo compromettante.

Après une série d’affaires tonitruantes qui ont ébranlé la démocratie française, notamment « DSK » et Cahuzac, les élections présidentielles et législatives de 2017 – elles-mêmes faussées par le scandale – se sont jouées sur la promesse de l’exemplarité, d’un renouvellement général, d’un « nouveau monde », d’une « transformation » de la politique.

La preuve est faite aujourd’hui, à travers le séisme parisien touchant de plein fouet une personnalité emblématique de ce nouveau monde, que le naufrage de la politique française dans le psychodrame et le sordide n’a jamais interrompu sa course folle. Cette secousse intervient au pire moment, dans le contexte où le pouvoir politique est discrédité par une succession de fiascos dramatiques sur la taxe carbone ou sur la réforme des retraites qui ont jeté le pays dans la violence, le chaos et la division.

Même si l’opinion est largement blasée, ce nouveau psychodrame ne peut qu’aggraver l’image délétère qu’elle se fait de la vie politique. 79% des Français ont déjà une image négative de la politique. 39% éprouvent de la méfiance envers elle, 28% du dégoût et 10% de l’ennui (cevipof). Ce nouvel épisode lamentable ne peut que renforcer  l’incrédulité envers la chose publique, l’abstentionnisme et le sentiment de la déconnection entre les élites dirigeantes et le peuple. Encore une élection importante qui sera dominée par le scandale. S’ajoutant à tout ce qui vient avant, celui-ci ne saurait faire qu’une seule victime à la fin : la démocratie. Mais n’est-ce pas au fond, ce qui est recherché ?

 

MT

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Huit Français sur dix

L’hypothèse d’un duel le Pen/Macron en 2022 est rejetée par 80% des Français selon une nouvelle enquête d’opinion publiée le 12 février. Alors que le bulldozer politico-médiatique écrase toute esquisse d’objection au caractère inéluctable de ce duel, le peuple se rebelle. Le désaveu populaire au discours dominant est massif, colossal. Le peuple français a raison. Je partage sans réserve le point de vue des quatre cinquièmes de mes compatriotes à ce sujet. Et je suis fier d’eux, fier d’être un Français parmi les Français. Le peuple se trompe parfois. Il n’est pas toujours la Vox dei. Il peut commettre des erreurs. Mais dans l’ensemble, globalement, dans un monde privé de boussole, l’instinct du peuple est ce qui se rapproche le plus de la vérité et du bien commun. Les élites, universitaires, intellectuelles, administratives, juridiques, politiques, sont moins éclairée qu’elles ne le croient d’elles-mêmes. Au regard des grands courant de l’histoire, c’est bien souvent le peuple qui a raison contre elles. Cette France, prétendue fragmentée, déchirée, déchiquetée, parcellisée, se retrouve unie dans le rejet de cette médiocre perspective. Le peuple est uni, aux quatre-cinquièmes, contre une hypothèse électorale qu’il lui est présentée comme inéluctable. La France unie qui défend sa liberté, son libre choix, une démocratie qui n’appartient qu’à lui. Ce duel insipide, il n’en veut pas. Et nous non plus. Quand une société est privée de repères, trompée et trahie par sa classe dominante, il ne lui reste plus qu’une solution: écouter l’instinct du peuple. Il n’est pas forcément la meilleure solution, mais il est presque toujours la moins mauvaise.

Maxime TANDONNET

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« Tête dans le cul », ou le syndrome de la vulgarité

Les expressions vulgaires ou salaces prolifèrent à la veille des élections municipales. Un exemple parmi une multitude de paroles du même genre: « Je vais te mettre la tête dans le cul » menace un candidat à la mairie de Marseille. Les élus ou les candidats à une élection sont dans une logique de représentation. leur mission fondamentale, l’essence de leur devoir, est la représentation des électeurs dans une assemblée démocratique. Ils ont donc un devoir d’exemplarité: tout ce qu’il font ou disent, dans l’exercice de leur activité politique, est censé exprimer une parole publique: ils parlent au nom de la société. Cette explosion de la vulgarité (ce n’est là qu’un exemple) est donc inadmissible à plus d’un titre. Elle reflète et elle attise le chaos quotidien. La violence de la vulgarité, de la part de ceux qui prétendent à une mission de représentation, est le miroir grossissant des insultes, des crachats, ou des coups portés par les voyous envers des passants dans la rue. Eh oui, Monsieur. Cette attitude aggrave le discrédit des citoyens dans la politique : la vulgarité, sous toute ses formes, remplit le vide laissé par les convictions et l’espérance d’améliorer la société par l’engagement au service d’une cause. L’expression salace n’est rien d’autre qu’un nihilisme exacerbé. Enfin, la grossièreté qui se banalise porte lourdement atteinte au noyau même de notre identité collective, c’est-à-dire la beauté, la finesse, la richesse de la langue française et de sa littérature, donnant un puissant signal d’encouragement aux progrès de la médiocrité. Eh oui, Monsieur, saccager une langue de civilisation par la vulgarité est strictement de la même nature, sinon pire, que de s’en prendre à un monument historique. Et la France n’a pas davantage besoin de tels élus que des casseurs sur les Champs Elysées ou la place d’Italie.

Maxime TANDONNET

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Crétinisation quotidienne

Hier, soir, à titre exceptionnel et dans un but d’observation, le journal télévisé de 20 H, cet « évangile » quotidien de la société française. Je n’y avais pas remis les pieds depuis au moins un an. Et n’ai pas été déçu.

Ce n’est pas vraiment de la propagande comme on l’entend habituellement, en faveur d’une cause politique précise, mais plutôt une entreprise d’abêtissement, de décervelage, de conditionnement à  un monde faux, aseptisé, illusoire, une bulle en suspension dans l’air, un univers pasteurisé, déconnecté de la réalité.

L’épidémie de coronavirus qui fait trembler la planète? Abordée à travers les pentes enneigées aux reflets idylliques et scènes de ski de Contamine-la-Joie (le nom est de circonstance). Contamine-Montjoie, pardon. Où bien sûr, face aux cinq cas identifiés, toutes les précautions ont été prises et vous pouvez skier en toute quiétude…

Puis, reportage sur la délinquance et l’insécurité qui explosent en ce moment. Aura-t-on des chiffres, le point sur les statistiques alarmantes? Quelques mots sur le sujet sensible de la réponse pénale? Des témoignages sur le calvaire des victimes? Que nenni! un interminable reportage sur la politique de vidéo-protection à Nice: dormez tranquilles braves gens, mais attention quand même à vos libertés…

Autre reportage sur les personnes en situation de handicap. En saura-t-on enfin davantage sur les difficultés pour les familles, les obstacles à la scolarisation, l’application effective ou le non respect des règles d’accessibilité, les problèmes d’accès au travail ? Non: un interminable focus sur la pratique du  Basketball  adaptée aux personnes handicapées (une initiative évidemment louable mais l’émission n’apprend rien quant à l’enjeu de société).

Puis un long reportage sur les erreurs judiciaires aux Etats-Unis, un système judiciaire atroce, où 200 000 innocents, condamnés à de lourdes peines, croupiraient en prison. Peut-être, mais d’où vient cette statistique monstrueuse et que répondent les autorités judiciaires US? Manquerait plus que les téléspectateurs se posent ce genre de questions… Et qu’en est-il chez nous en France, des erreurs judiciaires? Et la justice chinoise, quid des prisonniers politiques? Et en Arabie saoudite? Cogner sur « l’Amérique de Trump », voilà qui n’engage à rien…

Question: à quoi sert encore le JT de 20H, sinon à formater l’opinion? Mais alors pourquoi, alors que l’information coule à flots sur Internet (la bonne comme la fausse, il est vrai), se trouve-t-il tant de millions de Français qui s’exposent volontairement à une insidieuse entreprise de crétinisation?

Maxime TANDONNET

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Sur l’écologie politique à la veille des municipales (Atlantico)

La cote de popularité de Nicolas Hulot s’envole, loin devant celle du PS ou de LREM. Cette popularité peut-elle se traduire dans les urnes aux prochaines échéances électorales ?

Nicolas Hulot est une personnalité emblématique, une icône médiatique très populaire. Il présente avec Ushuaïa une émission de télévision fétiche qui sublime les voyages, la nature, l’exotisme. Il s’est imposé comme un symbole de la défense de l’environnement. Cela ne présume en rien de ses capacités à diriger une politique. Il a été ministre d’Etat au début du quinquennat Macron et cette expérience s’est terminée en fiasco. Personne n’attend vraiment de lui aujourd’hui qu’il reprenne des responsabilités opérationnelles. Lui non plus n’y tient sans doute pas. Dans le monde actuel, il est infiniment plus facile d’être un personnage emblématique que de se confronter aux réalités. Sa vive popularité reconquise – elle s’était effondrée lors de son passage au gouvernement – ne se traduira probablement pas à l’avenir par des succès électoraux pour lui-même. Elle reste du domaine du symbole. En revanche, elle traduit une préoccupation pour l’environnement qui peut en effet se traduire par une poussée électorale de courants se réclamant de l’écologie.

Derrière la figure populaire de Nicolas Hulot se cache le projet politique porté par EELV. Cet engouement pour les figures écologistes peut-il permettre aux Verts de sortir de leur statut de parti du vote par dépit ou de bonne conscience?

De fait, les questions de protection de l’environnement et les inquiétudes pour le climat occupent en ce moment une place centrale dans la conscience politique des Français et notamment de la jeune génération. C’est un sujet qui dépasse le cadre national et même européen. Le sentiment que l’avenir de la planète et de l’humanité est en jeu est largement partagé et dominant surtout chez les moins de trente ans. C’est une réalité qu’il faut prendre en compte. Le vote écologie, dans les mois qui viennent sera, non pas de dépit, mais de conviction et d’idéalisme. Il est difficile d’anticiper sur le niveau qu’il peut atteindre mais il ne faut pas négliger qu’aux municipales, il batte des records. Ce sera le reflet d’une sensibilité croissante dans le pays. Ce vote écologique est aussi le signe d’un manque de confiance dans les autres partis, en particulier le PS et LREM qui revendiquent aussi une identité « verte » mais ont perdu leur crédibilité dans ce domaine. En matière d’écologie, il vaut mieux être opposant et pouvoir faire rêver qu’en charge des responsabilités et devoir assumer des choix… Ce fut tout le drame du bref passage au pouvoir de Nicolas Hulot.

Le projet d’écologie politique de Nicolas Hulot est-il compatible avec nos institutions ou s’inscrit-il dans une logiciel de pensée trop détaché de l’exercice concret de la politique.

Ce n’est pas tellement une affaire d’institution mais de réalisme. Il y a une part d’utopie et de rêve dans le projet écologique tel qu’il est préconisé par les Verts. Cependant, pour se nourrir dans le monde moderne, il faut une agriculture qui utilise des engrais et autres produits contestés. Pour se déplacer en avion ou en voiture, il faut émettre du carbone. Pour se chauffer et faire tourner l’industrie, il faut utiliser l’énergie nucléaire. Et si l’on arrête le nucléaire, on revient au charbon – comme les Allemands – qui est infiniment plus polluant. Et puis même, si en France on décide de revenir à l’ère préindustrielle, cela ne signifie pas que la Chine, l’Inde, les Etats-Unis, ces gigantesques empires industriels qui polluent infiniment plus que la France, suivront son exemple. La France, par idéologie, aura sacrifiée son bien-être et son avenir sans le moindre avantage pour la planète. Le sujet est donc complexe et ne peut pas se réduire à l’idéologie. Il doit prendre en compte d’autres dimensions de la vie publique, économiques, sociales, technologiques et se traduire dans la réalité par des arbitrages, des décisions et non des rêves. Dans les faits, les partis se réclamant de l’écologie ne sont sans doute pas les mieux placés pour  définir les points d’équilibre nécessaires et les traduire en politiques publiques.

 

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La crise de la fonction présidentielle (pour Atlantico)

Existe-t-il une crise de la fonction présidentielle en France ? Si oui, à quoi est-elle due et à quoi ressemble-t-elle ?

Oui il y a une très grave crise de la fonction présidentielle en France. Dans la philosophie de la Ve République instituée par le Général de Gaulle et Michel Debré, le président de la République est le chef de la nation, au-dessus de la mêlée, impartial, chargé de fixer un cap au pays, de le représenter à l’international, garant de sa sécurité et de son intégrité territoriale. Il délègue au Premier ministre et aux ministres le gouvernement du pays au quotidien et la direction de la majorité. Son autorité repose sur la confiance du peuple. Un président de la République impopulaire est inconcevable. Il est illégitime. Quand un chef de l’Etat perd le contact avec le peuple, il pose la question de confiance à travers un référendum. Et s’il échoue, il démissionne. On voit bien que la fonction présidentielle n’a plus rien à voir avec cette conception. Le chef de l’Etat, surtout avec le quinquennat adopté en 2000, est devenu bien au contraire un super-Premier ministre, médiatisé à outrance et papillonnant d’un sujet à l’autre en donnant l’illusion de s’occuper de tout à la place du Gouvernement. De temps en temps, il se met en retrait pour laisser le Premier ministre assumer les catastrophes (taxe carbone, réforme des retraites). Mais personne n’est dupe. Considéré comme l’unique responsable de la situation du pays, il devient extrêmement impopulaire, voire détesté. Depuis François Mitterrand, en dehors des périodes de cohabitation, les présidents sont tous plus impopulaires les uns que les autres. C’est une anomalie évidente.

Y a-t-il encore des candidats ayant véritablement envie d’être président ? Qu’est-ce que cela dit de nos hommes politiques ? De notre société ?

Il n’y a pas de candidat, à ma connaissance, qui ait la notion de ce qu’est un président de la République, c’est-à-dire un sage, visionnaire, impartial, une autorité morale incarnant l’unité nationale, la permanence et le destin de la France tout en déléguant au Premier ministre et à une majorité élue sur un programme politique le pilotage au quotidien du pays. Nous en aurions pourtant bien besoin en ces temps chaotiques et troublés. En revanche, sans doute il y a-t-il beaucoup de candidats à la succession de M. Macron qui rêvent de s’installer sous les dorures de l’Elysée pour faire à peu près la même chose que lui c’est-à-dire le coup d’éclat permanent en vue d’occuper le paysage médiatique et de préparer la réélection. Des candidats potentiels, il n’en manque pas. Le problème c’est que, sauf surprise, produits du déclin de la culture politique, ils n’ont pas la capacité intellectuelle de concevoir ce que doit être la mission authentique du chef de l’Etat : le protecteur des Français et l’homme du long terme, plutôt que le feu follet bavard et virevoltant que les Français ne supportent plus.

Est-ce propre au système politique français ? Comment palier à cette crise de la fonction présidentielle ?

C’est une spécificité française en effet, une sorte d’autocratie virtuelle, impuissante et déconnectée de la réalité et du peuple. On ne peut pas le comparer au système américain qui est une fédération pourvue d’un puissant Congrès.  En Europe, le régime politique classique est parlementaire, reposant sur une ou deux assemblées qui contrôlent le gouvernement (en Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Italie). Certes, aucun système n’est parfait et tous ont leurs défauts. Le présidentialisme français est particulièrement pervers et explique en partie le déclin du pays sur le long terme. Il repose tout entier sur l’élection d’un personnage c’est-à-dire sur une image médiatique aisément manipulable, et non sur un choix de société ou un projet collectif. Il repose sur l’émotion de la foule médiatisée et non sur l’intelligence et le bon sens populaire. L’élection législative, qui ne fait qu’entériner la présidentielle, a perdu tout intérêt et toute portée. Ce personnage élyséen est ensuite obsédé par la mise en œuvre de quelques promesses démagogiques et sans cohérence qu’il a inventées pour être élu. En effet, il lui faut prouver qu’il a réalisé ses promesses aussi absurdes soient-elles, pour être réélu, ce qui est son obsession permanente. Pendant cinq ans, il peut faire et dire absolument n’importe quoi, quitte à se rendre insupportable, à provoquer la violence et le chaos, sans risquer la moindre sanction. Ce système, qui substitue la vanité d’un personnage au sens du bien commun de la nation est proprement scandaleux et indigne de la démocratie française. Il contribue au recul de la France.  Il n’y a pas besoin de changer de Constitution et d’ouvrir le grand chantier mégalomane d’une VIe République. Il suffirait d’appliquer la Constitution de la Ve avec un président impartial et un Premier ministre qui gouverne sous le contrôle du Parlement. Il faudrait que l’Assemblée nationale soit élue avant le chef de l’Etat pour rendre au Parlement sa souveraineté et restaurer un Premier ministre digne de ce nom. Il faudrait aussi mettre fin à l’expérience délétère du quinquennat et restaurer un septennat, sans réélection possible, pour rendre au président de la République sa mission de garant de l’unité nationale, de la paix civile et de l’intégrité du territoire au-dessus de la mêlée, de boussole dans la tourmente. Et restaurer la confiance populaire dans le chef de l’Etat.

 

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Réflexions sur une impopularité présidentielle

La cote de popularité du président Macron atteint la cote d’alerte selon la presse, avec une chute de 9 points depuis septembre 2019, pour atteindre les 24%. A ce stade de son mandat, il devient, selon les commentaires, presque aussi impopulaire que M. François Hollande (22%). Ce constat appelle quelques observations:

  1. Il n’y a aucun sens à comparer les cote de popularité des présidents au même stade de leur mandat. La présidence Hollande était accablée par la hausse du chômage due à la crise des subprimes, et par la vague terroriste tandis que M. Macron bénéficie d’une conjoncture économique internationale et de circonstances plutôt favorables.
  2. De fait, dans les profondeurs du pays l’image de l’actuel chef de l’Etat, qui inspire la distance et la morgue, est beaucoup plus détestée que celle du précédent, François Hollande, dominée par la bonhomie.
  3. L’impopularité présidentielle est une constante d’un quinquennat à l’autre. Il est rare que plus d’un tiers des Français accordent leur confiance au chef de l’Etat. La fonction présidentielle, sublimée, magnifiée par la surexposition médiatique, est devenue le réceptacle des souffrances et des frustrations populaires.
  4. Mais la présidence Macron porte à sa caricature cette dérive narcissique des institutions. Le personnage lui-même, se posant en Jupiter, en envahissant la sphère médiatique, en revendiquant « l’autorité verticale » annonçait déjà  sa propre chute.
  5. Cette impopularité présidentielle était prévisible dès le début de son mandat quand la France politico-médiatique se contorsionnait encore dans l’euphorie de son élection: « Le destin présidentiel de M. Macron a toutes les chances d’être encore pire que celui de M. Hollande. Il s’achèvera dans la haine et le mépris »  (23 juillet 2017).
  6. Pourquoi? Les conditions chaotiques de son élection (le scandale autour de F. Fillon) et  ses premiers pas exprimant une déconnexion radicale des réalités (mythe du « nouveau monde ») qui ne pouvaient conduire qu’au désastre.
  7. A travers la présidence Macron, la dérive d’un régime portée à sa quintessence: quand la vanité et l’obsession de la réélection l’emportent sur l’intérêt général: le cataclysme de la réforme des retraites, fruit de l’obstination à afficher une image (fausse) d’inflexibilité, contre le bien commun de la nation.
  8. L’effondrement dans les sondages est dû principalement à la prise de distance de l’électorat de « droite » (électeurs LR ralliés au macronisme). Il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux. Mais il était temps quand même…
  9. Rien de solide ne peut se construire sur l’embrouillamini: le passage soudain du socialisme hollandais à l’idéologie post-nationale et (faussement) ultralibérale dénotait un flou porteur de tous les dangers.
  10. La vision du sauveur élyséen, sublimé par les médias, mais sans véritable ancrage dans la réalité, un véritable parti politique cohérent, des parlementaires dignes de ce nom, et des élus, se prêtait, dès le départ, à une chute sans fin.
  11. La réélection de M. Macron en 2022 n’est pas dans l’ordre des choses. Le pays n’en veut pas. Si elle devait se produire malgré tout, ce serait à l’issue d’un nouvel accident de l’histoire, renouvellement du deuxième tour Macron/le Pen, par rejet de cette dernière.
  12. Mais à l’issue de cette réélection contre-nature, contraire à la volonté populaire donc antidémocratique, absurde au sens philosophique du terme, le chaos français ne pourrait qu’empirer voire sombrer dans l’apocalypse.

Maxime TANDONNET

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Politique française : de Charybde en Scylla (pour Figaro Vox)

La politique française donne le sentiment étrange d’empirer d’année en année sans que le fond de l’abîme ne soit jamais atteint. D’après l’enquête de CEVIPOF sur la confiance, 79% des Français ont une image négative de la politique. 39% éprouvent de la méfiance envers elle, 28% du dégoût et 10% de l’ennui. S’ajoutant à l’explosion de l’abstentionnisme (plus de 50% aux législatives de 2017) et au vertigineux progrès du vote « anti-système » de gauche ou de droite, ces résultats soulignent le climat d’écœurement qui ronge le pays et la profondeur du fossé qui sépare la classe dirigeante du peuple et ne cesse de se creuser. Faut-il s’en étonner ?

A la veille des municipales, les responsables publics semblent n’avoir aucune conscience de leur déconnexion croissante et de la tragédie qui se noue en ce moment autour de leurs quatre péchés capitaux :   démagogie, lâcheté, incompétence et mépris.

La démagogie ruisselle de partout. Un candidat majeur pour la mairie de Paris promet tout simplement de déplacer une gare et une subvention de 100 000 euros aux acquéreurs d’un logement. Environ 700 000 ménages parisiens vivent en location et pourraient donc être candidats à l’achat de leur logement. Coût total potentiel ? 70 milliards €. Avec quel financement ? Quels impôts supplémentaires ? Et quid du principe d’égalité avec les non Parisiens ? Un autre candidat annonce la plantation de 170 000 arbres et la création de forêts urbaines à Paris. Sur quels emplacements, quels espaces ? De même, une cheffe de parti politique propose le retour à la retraite à 60 ans alors que la moyenne européenne est à 65 ans : coût de la mesure ? Financement ? conséquence sur l’économie française et la dette publique ? Pour qui, pour quoi prennent-ils les Français ?

La lâcheté, nous l’avons vu à l’œuvre dans l’affaire Mila. Accusée d’avoir commis un blasphème contre l’Islam, la jeune fille de 16 ans, pourchassée, menacée de mort, était toujours déscolarisée douze jours après le déclenchement du drame. Il est avéré qu’elle n’a rien commis d’illégal, s’en prenant à une religion, et non à des personnes. Et pourtant, devant la situation d’une adolescente privée d’école – symbole du triomphe de l’obscurantisme sur les lumières – il s’est trouvé un responsable politique majeur pour continuer de l’accabler en l’accusant d’avoir « manqué de respect ». Et d’ailleurs, dans cette affaire, le silence des plus hautes autorités de l’Etat fait froid dans le dos. Et les quelques politiques qui ont pris sa défense – à l’image de M. Bruno Retailleau, Julien Aubert, Guillaume Larrivé, Brice Hortefeux, Xavier Bertrand ou de Nicolas Dupont Aignan – détonnent sur le climat général de lâcheté et de dérobade.

L’incompétence : piloter le navire France est certes une tâche lourde et complexe, nul n’étant à l’abri d’un faux pas. Pour autant, le cumul des fautes est impressionnant. Deux décisions, les 80 km heures et la taxe carbone, toutes les deux retirées, ont provoqué la crise des gilets jaunes et plongé la France dans le chaos et la violence pendant plusieurs mois. Puis, une réforme des retraites qui se voulait dantesque, marquée par le scandale, une extrême confusion et une cascade de reculades, a de nouveau précipité le pays dans une tempête sociale de 45 jours aux coûts incalculables, pour un résultat dont le Conseil d’Etat a sévèrement fustigé l’incohérence – ce qui est exceptionnel.

Le mépris est en toile du fond du drame politique que subit aujourd’hui le pays. Il s’exprime sous des formes multiples : mépris de l’histoire quand la colonisation  est assimilée au crime contre l’humanité ; mépris de la démocratie et du suffrage universel quand tout est mis en œuvre pour fausser l’interprétation des résultats de l’élection municipale ; mépris de la réalité quand la parole  dément que le père soit forcément un « mâle » ;  mépris de la vérité quand le slogan de la «transformation de la France » sert à habiller l’impuissance, un chômage qui baisse moins en France qu’ailleurs en Europe et l’explosion de la dette publique, des prélèvements obligatoires, la violence, la pauvreté,  l’insécurité, les migrations qui battent tous les records dans un climat de déchirement du tissu social sans précédent historique ;  mépris des gens quand les plus hauts dirigeants se complaisent dans les provocations verbales et visuelles en tout genre tandis que le pays se morfond pour l’avenir de ses enfants.

Une question est aujourd’hui sur toutes les lèvres : comment cela va-t-il finir ?

Maxime TANDONNET

 

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Histoire: la grande peste (1348-1357)

Une épidémie de coronavirus ayant entraîné plus de 300 morts en Chine et se propageant au-delà de ses frontières, ébranle les bourses mondiales et des experts s’interrogent sur le risque de déclenchement d’une nouvelle crise économique planétaire. Pourquoi le monde tremble-t-il? C’est que les traces d’un immense cataclysme survenu en 1347 continuent d’imprégner notre inconscient collectif. L’occident fut alors frappé par une gigantesque épidémie qui provoqua la mort d’au moins un tiers de la population de l’Europe. Le désastre intervenait après deux siècles d’essor économique et de progrès technologique se traduisant par une forte expansion démographique. L’humanité a vécu alors l’une des périodes les plus tragiques et les plus obscures de son histoire. Ci-dessous quelques extraits de textes consacrés à cette tragédie, non pour annoncer qu’elle va se reproduire, bien entendu, mais pour souligner la fragilité de la condition humaine. Et pour notre culture générale!

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« Disparue d’Occident après le VIe siècle, la peste (du latin pestis, « fléau ») ressurgit durant l’année 1347. Elle aurait pris naissance en Asie centrale, dans le territoire qui entoure le lac Balkhach. Au début du XIVème siècle, la population, encore nomade, commence à se sédentariser et croît rapidement avec le développement économique. L’épidémie qui éclate en 1338 se transforme en catastrophe. La peste va suivre les routes du grand commerce, vers les comptoirs génois de Crimée. En 1347, celui de Caffa est assiégé par les Tartares (Mongols) dont l’armée, atteinte par la peste, est décimée. Ils imaginent alors de réduire les Génois par la maladie en faisant catapulter dans la place des cadavres de pestiférés. La maladie pénètre dans la ville. Et les galères génoises emportent dans leurs flancs les germes mortels. En juillet 1347, à la première escale des galères, Constantinople est touchée. En septembre, elles abordent à Messine, en Sicile, d’où elles sont rejetées. Même scénario à Gênes puis, en novembre, à Marseille. Mais trop tard : les trois villes deviennent trois nouveaux foyers d’où la peste se répand rapidement suivant les axes de communication. L’année 1348 est la plus terrible. À l’Est, la peste atteint le plateau d’Anatolie. Plus loin, l’Inde est touchée. En Arabie, La Mecque est dévastée, contaminée par les pèlerins venus d’Égypte. La « Peste noire » ou « Grande Peste » gagne l’ensemble de l’Europe occidentale de 1348 à 1357. En 1348, elle touche une grande partie de la France, l’Italie, l’Angleterre, l’Allemagne de l’Ouest et la Péninsule ibérique ; en 1349, l’Allemagne et la Scandinavie, ainsi que les Pays- Bas ; en 1352, la Russie. Seules quelques régions situées à l’écart des routes, comme les zones montagneuses, ont pu être épargnées. L’épidémie associe forme bubonique (qui survient après la piqûre d’une puce infectée) et forme pulmonaire (contagieuse d’homme à homme, active en hiver). La mort survient, généralement, dans les trois jours. Face à ce fléau, la médecine médiévale est impuissante. On estime que l’Europe perdit alors plus du tiers de sa population. »

[«La Peste noire arrive», dans Jacques Marseille, L’Histoire, n° 239, janvier 2000, p. 45]

« Certaines régions voient disparaître jusqu’aux deux tiers de leur population. À Givry, en Bourgogne, dans un des plus anciens registres paroissiaux que l’on possède, le curé, qui notait 28 à 29 inhumations par an en moyenne, enregistra 649 décès en 1348, dont la moitié en septembre. À Saint-Germain-l’Auxerrois, paroisse la plus importante de Paris, on enregistra 3116 morts entre le 25 avril 1349 et le 20 juin 1350. La ville de Perpignan perd sans doute 50 % de sa population en quelques mois : les taux de mortalité varient entre 50 et 60 % pour les notaires et hommes de loi, entre 60 et 65 % pour les prêtres de la paroisse Saint-Jean, entre 35 et 75 % pour les divers ordres du clergé régulier et, sur huit médecins, deux seulement survivront à l’épidémie; mais il est vrai que ce sont là des catégories particulièrement exposées. L’Angleterre a perdu, semble-t-il, 70 % de sa population, qui passe d’environ 7 millions à 2 millions d’habitants en 1400. Il ne s’agit que d’estimations. Faute de sources assez précises, personne ne connaît exactement le nombre de victimes. Froissart, contemporain de l’épidémie, qui évoque le fléau dans ses chroniques, évalue pour sa part les victimes au tiers de la population : « En ce temps, une maladie, que l’on nommait épidémie, courait, dont bien la tierce partie du monde mourut ». Cependant, les estimations actuelles établissent le taux de mortalité dans une fourchette allant de la moitié aux deux tiers de la population de la Chrétienté.»

[«La plus grande épidémie de l’histoire», L’Histoire, n° 310, juin 2006, p. 45-46.]

L’écrivain italien Boccace a vu l’épidémie à Florence« La peste affolait les gens. On fuyait la maladie et tout ce qui les entourait. Certains habitants vivaient à l’écart de la communauté, adoptant une vie sobre. D’autres, au contraire, se mettaient à boire, chantaient, s’accordaient tous les plaisirs et riaient des plus tristes évènements. D’autres, enfin, pensaient que le meilleur remède était la fuite. Quel que soit leur comportement, beaucoup étaient atteints où qu’ils se trouvent. Avant de tomber malade, ils avaient eux-mêmes donné l’exemple à ceux qui demeuraient bien portants ; ils étaient donc abandonnés à leur tour. Les gens avaient si peur que le frère abandonnait le frère, l’oncle le neveu, souvent même la femme le mari. Les parents évitaient de rencontrer leurs enfants et de les aider. »

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« Nous paierons cher cette lâcheté »

Le 18 janvier dernier, une adolescente de 16 ans, prénommée Mila, s’est filmée sur le réseau social Instagram en tenant des propos dits « blasphématoires » parlant de « religion de merde » à propos de l’islam. Depuis plus de dix jours, la voilà pourchassée et menacée de mort. L’éducation nationale affirme n’être pas en mesure d’assurer sa sécurité et la jeune fille se trouve déscolarisée. Les plus hautes autorités de l’Etat, si prolixes pour rebondir sur tout sujet, se terrent et se taisent. La complaisance des grands médias radio-télé officiels fait froid dans le dos. A l’heure où 150 quartiers sont passés sous le contrôle des salafistes, la France de 2022 poursuit son naufrage dans le chaos, la lâcheté et la barbarie. Plusieurs intellectuels réagissent dont Eisabeth Badinter, Marcel Gauchet, Jacques Julliard, Elisabeth de Fontenoy, Jean-Pierre Legoff. Ci-dessous [extraits] leur appel publié par l’Express du 31 janvier.

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Dix jours plus tôt, vendredi 10 janvier, l’humoriste Frédéric Fromet chantait, sur les ondes de France Inter : “Jésus, Jésus, Jésus est p… (…) Du haut de la croix, plutôt que de l’avoir cloué, pourquoi pas l’avoir e….. ?” On pourrait également revenir sur les circonstances, l’intention, le bon ou le mauvais goût. De la même façon, concentrons-nous sur l’essentiel : rien de ce qu’il a chanté n’est illégal.

Que s’est-il passé depuis ? Dans le cas de Mila, une horde de harceleurs islamistes l’ont menacée sur Internet, jusqu’aux promesses de mort, révélant son identité et son adresse, obligeant la jeune fille à se déscolariser. Mais, en parallèle de l’enquête ouverte pour “menaces de mort, menace de commettre un crime, harcèlement”, le parquet de Vienne a décidé d’ouvrir une autre enquête, celle-là visant l’adolescente du “chef de provocation à la haine raciale”. Personne n’a songé à ouvrir ce genre d’enquête pour Frédéric Fromet.

Pas plus que la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, ne s’est sentie obligée d’intervenir en expliquant, comme elle l’a dit à propos de l’affaire Mila que “l’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave“.

Depuis, la ministre a reconnu une “expression maladroite“, tout en persistant néanmoins dans la godille : “On peut critiquer les religions. Pas inciter à la haine.”

Comme s’il fallait tout de même accabler Mila. Et le parquet de Vienne a abandonné les charges contre l’adolescente, actant ce qui était évident dès le départ : critiquer une religion, même grossièrement, n’est pas inciter à la haine contre ceux qui la pratiquent. Incident clos ?

Il nous semble pourtant important d’y revenir malgré tout. Ce qui s’est passé ces derniers jours est inédit et plante les jalons inquiétants d’un “deux poids, deux mesures” qui s’installe durablement dans notre nation.

Pourquoi, dès lors que la cible du blasphème est l’islam, tord-on nos principes républicains ? Pourquoi si peu s’émeuvent quand le délégué général du Conseil français du culte musulman, Abdallah Zekri, dit de Mila “qu’elle l’a bien cherché” (les menaces de mort) et qu’elle n’a qu’à assumer (d’être agressée, de ne plus aller à l’école, etc. ) ?

Pourquoi, enfin, quand un amuseur public et adulte s’exprime sur une radio d’Etat pour dire à peu près la même chose qu’elle sur le Christ, on n’y voit pas à redire, grâce à la liberté d’expression concernant la critique des croyances ?

La réponse est à aller chercher dans la lâcheté de la justice et de la politique, désormais obsédées par l’acrobatie du “en même temps” sur les sujets de liberté d’expression quand ils concernent l’islam. Nous paierons cher cette lâcheté.

 

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Rachida Dati

Rachida, je la connais très bien, comme collègue au cabinet de Nicolas Sarkozy puis comme ministre de la Justice. Elle concilie sagesse, dynamisme et force de caractère, des qualités qui se trouvent rarement réunies chez la même personne. Le défi qu’elle s’est donné, celui de la reconquête de Paris martyrisé, mérite toute notre attention et notre soutien.

Rachida Dati fait campagne seule, et ne fait aucune concession. Comment expliquer que sa stratégie fonctionne si bien ? Que devraient en retenir les autres candidats LR aux municipales ?

Plusieurs facteurs explique sa réussite. D’abord, elle s’est forgée une belle image dans sa mairie du 7ème arrondissement depuis 2008. Elle n’est pas parachutée, elle dispose d’un ancrage parisien depuis plus de dix ans et d’une réputation positive, de proximité et d’efficacité. Ensuite elle donne une image de dynamisme, de volonté et de pragmatisme. Elle n’avance pas à « reculons », elle montre qu’elle y croit et tient un discours de victoire. Elle manifeste une énergie qui plaît voire qui impressionne, rappelant, consciemment ou inconsciemment, celle de son mentor Nicolas Sarkozy en 2007. Elle est claire et sans ambiguïté dans ses propositions, elle ne fait aucune concession aux modes idéologique : elle veut remettre de l’ordre à Paris, par exemple rendre aux bois de Vincennes et de Boulogne leur vocation d’accueil des familles, rétablir en partie la circulation sur les voies sur berges. Enfin, elle est droit dans ses bottes, refuse toute concession et toute compromission, notamment avec les candidats en Marche.

Aujourd’hui, Dati a créé une vraie une vraie dynamique, et est donnée deuxième par les sondages juste derrière Anne Hildalgo (20% contre 23%) et devant Benjamin Griveaux qui est de 16% des sondages. N’est-ce pas là la preuve que LR doit sortir de sa réflexion au regard de potentielles alliances avec LREM et que les candidats LR aux municipales peuvent remporter les élections locales seuls ? 

Oui, il existe un potentiel électoral pour la droite dont les idées et les valeurs, à conditions d’être clarifiées, pourraient être majoritaires dans le pays, en matière de sécurité, d’immigration, de politique économique et sociale, d’éducation. Son grand problème aujourd’hui est qu’elle est écartelée entre LREM et le RN. Elle a le sentiment qu’entre les deux son espace démocratique est réduit et ne suffit plus pour gagner des élections. Les difficultés rencontrées par le quinquennat Macron, son impopularité et son échec annoncé aux municipales rouvrent un horizon à la droite. L’exemple de Rachida Dati montre qu’elle peut s’en sortir à la condition toutefois de rejeter toute compromission – car les électeurs détestent les manœuvres politiciennes – et de montrer qu’elle a un projet clair et précis notamment axé sur le rétablissement de l’autorité de l’Etat dans le pays avec une volonté déterminée de le mettre en œuvre.

– En optant pour cette stratégie, LR pourraient-ils créer la surprise et consolider leur ancrage local ? 

 La difficulté est que cette stratégie dépend beaucoup de la personnalité des candidats. Mme Dati incarne déjà quelque chose à Paris. En outre, elle a été ministre de la Justice pendant plus de deux ans. Donc ce n’est pas seulement affaire de stratégie mais aussi de personnes. Cependant, elle montre en effet la bonne ligne : celle du refus des compromission ou de la tentation de l’alliance avec LREM et de l’énergie conciliée avec le respect des principes républicains. Il faut aussi un discours clair autour du besoin de rétablissement de la paix civile que ressent plus que jamais le pays. Il faut répondre au besoin de démocratie et de dialogue authentique, de respect du peuple qui s’exprime un peu partout. A ce prix, un bon résultat de LR aux municipales est envisageable et permettrait d’aborder l’avenir et d’ouvrir une espérance pour les prochaines échéances de 2022, présidentielles et législatives.

 

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Honneur de l’Etat de droit

Quand la vie politique fait naufrage dans le nihilisme et les principes de la démocratie sont menacés par la médiocrité, le mépris, le cynisme, la lâcheté, la courtisanerie et l’obsession narcissique, il reste encore la République, la res publica, au sens de l’Etat de droit et de ses serviteurs. « Dans le détail, le Conseil d’État a prononcé la suspension de trois dispositions du texte : la limitation aux seules communes de plus de 9000 habitants de l’attribution des nuances politiques aux listes ; l’attribution de la nuance «Liste divers centre» (LDVC) aux listes soutenues par LREM, le MoDem, l’UDI ou la «majorité présidentielle» ; et la classification pour la première fois, dans le bloc «extrême droite», de la nuance relative au parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France. Le Conseil d’État était saisi de six recours, déposés selon la procédure d’urgence du «référé», par Les Républicains (LR), des conseillers municipaux LR, le député LR Olivier Marleix, le parti Debout la France, le PS et des élus communistes. »

MT

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Sur le naufrage de la vie politique française à la veille des municipales et les leçons à en tirer

Si les partisans LR sont nostalgiques du sarkozysme, ils apparaissent également proches de certaines valeurs portées par le fillonnisme. Or aucune de ces tendances politique n’est représentée aujourd’hui dans ligne actuelle du parti. Comment explique ce paradoxe?

 Le sarkozisme me semble se caractériser par un discours de fermeté sur l’autorité de l’Etat et le fillonisme par le libéralisme économique. La priorité de la direction actuelle du mouvement LR ne semble pas être à la définition d’une ligne ou d’un projet. D’ailleurs, à la veille des municipales, on peut penser que les instances dirigeantes de LR sont tout normalement plus préoccupées par des questions d’arbitrage et de fonctionnement interne que par la définition d’une ligne générale. Par la suite, que va-t-il se passer ? Il est à craindre que LR soit emporté dans un phénomène plus général d’affaiblissement des partis politiques classiques. La vraie question : les partis peuvent-ils jouer un autre rôle que celui de tremplin électoral? Ont-ils encore une mission, fondamentale en démocratie, d’exprimer les attentes du pays, de relais entre le peuple et les institutions, et de les traduire en projet politique ? Leur déclin et celui de LR en particulier, est sans doute lié à l’affaiblissement du Parlement et plus largement, de la démocratie française.

– Les luttes de clans basées sur des questions de charisme ne sont-elles pas un frein à la reconstruction d’un parti capable de présenter une alternative crédible au macronisme?

 Il me semble que la politique française dans son ensemble connaît une profonde dérive et dénaturation. En principe, le fondement de toute politique devrait être le projet de société qui s’incarne dans une ou plusieurs personnalités chargées par l’électorat de le mettre en œuvre. La personnalité n’est rien d’autre, dans une authentique démocratie, que l’outil d’accomplissement d’un choix collectif. Elle n’est pas une fin en soi. Des personnages comme Poincaré, Blum de Gaulle, Pompidou se considèrent comme au service d’une cause, la nation. La confiance est le lien qui devrait unir le peuple à ses représentants. Quand celle-ci est rompue, le responsable politique se retire et disparaît. La vie politique actuelle n’a plus rien à voir avec cela. Désormais, la politique sombre dans l’idolâtrie : la vanité devient la fin en soi. Le spectacle a pris la place du débat d’idées ; la séduction celle de la confiance ; l’obsession narcissique celle de la nation ; et les gourous celle des hommes d’Etat. Si l’avenir de LR devait se résumer à choisir entre trois ou quatre marques de savonnettes, sans contenu, sans projet pour la nation il est à craindre que les Français préfèrent l’original, le macronisme à ses copies.

– En refusant d’écouter les attentes des sympathisants, et en cédant à la personnalité du candidat plutôt qu’à son programme, les dirigeants LR ne risquent-ils pas de voir leur base se dissoudre totalement?

 C’est bien le risque : celui de la disparition totale de LR et d’ailleurs, des autres partis politiques à l’exception de ceux dont l’existence est vouée à la prosternation devant une idole. La vie politique se limitera à une affaire de courtisanerie et l’éblouissement devant un gourou. La déconnexion entre le peuple et la classe dirigeante ne cessera de s’aggraver. Le pays continuera à s’enfoncer dans les profondeurs de son naufrage – la dette publique, la violence, l’exclusion, la haine, l’effondrement scolaire, l’incapacité à maîtriser les frontières – tandis qu’en surface, les grimaces et les psychodrames continueront à l’enfumer. Mais justement, dans ce climat délétère, une formation politique comme LR pourrait tenter d’offrir un contre-modèle, montrer que la vie politique peut être autre chose qu’un grand cirque mégalomane. Il faudrait pour cela placer au premier rang de ses priorité la réconciliation entre la nation et sa représentation politique, refonder la démocratie française dans ses profondeurs. Avec un message : les politiques ne sont pas des gourous et la politique n’est pas une affaire d’idolâtrie ni de roitelets narcissiques. Les politiques ne sont rien d’autre que les humbles serviteurs de la nation, au service, le temps nécessaire, de son redressement.

 

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En Marche et les municipales (pour Atlantico avec M. Christophe Bouillaud))

Emmanuel Macron a déjà fait comprendre qu’il n’accordait que peu d’importance aux élections municipales. Pourtant, alors que la grogne au sein même de son parti monte et des proches de la première heure -Cédric Villany par exemple, quittent les rangs sans remords- ne commet-il pas une erreur ? 

 Aujourd’hui, les élections municipales sont fondamentales pour la vie de la cité. 58% des Français font confiance à leur maire contre 23% au président de la République selon le sondage CEVIPOF sur la confiance des Français en 2019. L’échelon de proximité est vital pour la démocratie. Le lien personnel que les Français entretiennent avec leur maire contraste avec la rupture démocratique, entre le peuple et la sphère dirigeante nationale. Les Français ressentent leur maire et la municipalité comme étant au service du bien public, au contraire des autorités nationales qui leur donnent le sentiment d’être enfermées dans une bulle de mépris et d’arrogance. L’avenir de la démocratie se joue beaucoup au niveau des municipales. Un chef de l’Etat soucieux du bien commun ne peut qu’ attacher la plus haute importance à ces élections. Quant à l’aspect politique, ou politicien des choses, il va de soi que la situation de LREM à la mairie de Paris, la dissidence de M. Villani, son exclusion et la faillite de la candidature de M. Grivaux qui veut transférer la gare de l’Est hors de Paris pour créer un Central Park (sic), sont désastreux pour l’image du quinquennat. Le « nouveau monde » ? Nous l’avons devant les yeux se disent les Français

Si les élus LREM n’hésitent plus à quitter le parti et alors que les crises se multiplient, un échec du macronisme aux élections municipales ne risquerait-il pas de redéfinir les rapports de force entre Emmanuel Macron et le parti qu’il a créer ? Le Président ne s’en trouverait-il pas mis en position de faiblesse, avec ses compétences et son autorité plus largement remis en question par les membres de son parti ? 

 Nous voyons bien que LREM, parti champignon réunissant des individus de toutes origines politiques, de droite, du centre ou surtout de gauche, réunis dans l’opportunisme d’une élection présidentielle, est en train de sombrer aux municipales et voler en éclat. Les manœuvres destinées à atténuer l’échec en supprimant les étiquettes politiques dans les communes de moins de 9000 habitants peuvent masquer l’ampleur du désastre, mais pas l’éviter. Il me semble que tout cela correspond à une certaine conception de la vie politique et gouvernementale. C’est l’idée qu’un personnage unique et isolé, surmédiatisé, une sorte de demi-dieu hors sol, sans relais dans le monde des réalités, dont l’image omniprésente, est relayée par les médias, suffit à incarner à lui seul le pouvoir politique. Dans ce cas, il n’a pas besoin de parti, ni de majorité, ni même de gouvernement ou de Parlement. C’est vers cette situation que l’on se dirige inéluctablement. Le danger de cette conception de la politique est évident : elle pousse à son paroxysme la déconnexion entre le peuple et le pouvoir central. La politique devient avant tout une affaire de posture et de communication, sans véritable préoccupation pour les équilibres de la société, les préoccupations des citoyens et l’intérêt général. Cette vision d’un pouvoir déconnecté des réalités et des relais vers le terrain que sont les partis politiques, les maires, les députés et les sénateurs, est propice au dégoût et au chaos.

Finalement les municipales n’annoncent-elles pas la fin prématurée d’un parti qui n’a jamais existé que par et pour Emmanuel Macron ? Comment pourrait-il survivre à la défaite annoncée ? Quelle attitude Emmanuel Macron devrait-il adopter pour stopper l’hémorragie en vue ? Devrait-il dès aujourd’hui désigner un fusible ?  

 En dehors du soutien au président de la République, LREM n’a aucune raison d’être, aucune unité politique, idéologique, ni même d’identité commune. Son délitement va de pair avec l’affaiblissement de l’Elysée. Il survivra tant que durera la présidence Macron, même très diminué et conservera une majorité précaire à l’Assemblée nationale. Il disparaîtra avec la fin de l’ère Macron soit en 2022 soit plus tard. Mais il est sûr que la déliquescence de ce parti et l’absence d’ancrage territorial et d’élus de terrain sont une faiblesse pour 2022. Il sera difficile pour M. Macron de rejouer sur l’effet de surprise ou de sidération en 2022 comme en 2017. Si en plus il ne dispose d’aucun relais de terrain pour défendre son bilan et sa candidature, les choses risquent de se révéler compliquées. Pour interrompre le cycle infernal, il faudrait poser la question de confiance au peuple c’est-à-dire du retour devant les urnes par référendum ou élections législatives. Dans la Ve République, c’est le seul moyen pour un chef de l’Etat de se re-légitimer.

 

 

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La dictature selon Michel Onfray

Quand Michel Onfray parle de dictature, ce n’est pas au sens historique des dictatures sanguinaires qui assassinent ou emprisonnent les opposants. Voici un extrait de sa vision d’une dictature d’un type nouveau qui mérite bien autre chose que les caricatures ou l’ironie. Cependant, aux sept pistes qu’il a identifiées ci-dessous, il convient [selon moi]d’en rajouter une huitième:

« Pour détruire la démocratie et la politique au sens noble, il faut:  pratiquer le culte forcené de la personnalité; affaiblir ou anéantir les corps intermédiaires (Parlement, partis politiques, collectivités territoriales), manipuler sans vergogne le suffrage universel. 

Par Michel Onfray:

Comment instaurer aujourd’hui une dictature d’un type nouveau?

J’ai pour ce faire dégagé sept pistes: détruire la liberté; appauvrir la langue; abolir la vérité; supprimer l’histoire; nier la nature; propager la haine; aspirer à l’Empire. Chacun de ces temps est composé de moments particuliers.

Pour détruire la liberté, il faut: assurer une surveillance perpétuelle; ruiner la vie personnelle; supprimer la solitude; se réjouir des fêtes obligatoires; uniformiser l’opinion; dénoncer le crime par la pensée.

Pour appauvrir la langue, il faut: pratiquer une langue nouvelle; utiliser le double-langage; détruire des mots; oraliser la langue; parler une langue unique; supprimer les classiques.

Pour abolir la vérité, il faut: enseigner l’idéologie; instrumentaliser la presse; propager de fausses nouvelles; produire le réel.

Pour supprimer l’histoire, il faut: effacer le passé; réécrire l’histoire; inventer la mémoire; détruire les livres; industrialiser la littérature.

Pour nier la nature, il faut: détruire la pulsion de vie; organiser la frustration sexuelle; hygiéniser la vie; procréer médicalement.

Pour propager la haine, il faut: se créer un ennemi; fomenter des guerres; psychiatriser la pensée critique; achever le dernier homme.

Pour aspirer à l’Empire, il faut: formater les enfants; administrer l’opposition; gouverner avec les élites; asservir grâce au progrès; dissimuler le pouvoir.

Qui dira que nous n’y sommes pas? »

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Ne soyons pas dupes

«Je suis très lucide sur les défis que j’ai devant moi d’un point de vue mémoriel et qui sont politiques. La guerre d’Algérie, sans doute, est le plus dramatique d’entre eux. […] Je le sais depuis ma campagne». À l’époque, il avait cru bon de qualifier la colonisation de «crime contre l’humanité ». Expression qu’il «ne regrette pas». La colonisation est un pan entier de quatre siècles de l’histoire de l’humanité en gros depuis le XVIe siècle, incluant la formation des Etats-Unis, du Canada, de l’Amérique latine,  de l’Inde…  En France Jules Ferry et les républicains progressistes voyaient dans la colonisation en Afrique et en Asie l’accomplissement de la mission universelle de la Nation porte flambeaux des Lumières et des idéaux de la révolution. Y voir un « crime contre l’humanité » est simple anachronisme. [Juger le passé en fonction des valeurs dominantes d’aujourd’hui]. Mais à quoi bon revenir une fois de plus là-dessus? Ne soyons pas dupes. Ces propos sont pur calcul: faire encore et toujours parler de soi ; provoquer un nouveau psychodrame qui reléguera au second plan le vertigineux désastre politique et le chaos; adresser un clin d’œil à la gauche caviar et à la bourgeoisie analphabète qui forment  à elles deux le socle électoral d’En Marche; attiser la rage et pousser à la hausse le parti lepéniste, ultime planche de salut pour la réélection en 2022.  Les dirigeants du pays ont pourtant du pain sur la planche: chômage, pauvreté, insécurité, effondrement du niveau scolaire, maîtrise des frontières, dette publique… Ils feraient mieux de laisser l’histoire à ceux qui l’aiment assez pour ne pas songer à la récupérer à des fins intéressées, surtout au prix de l’aberration. Et surtout, ils feraient mieux de songer à bosser plutôt que de souffler sur les braises.

Macime TANDONNET

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Les ravages de la mégalocratie

Comment en est-on arrivé là? Jamais, depuis 1944, la France n’avait connu un tel désastre au sommet. Tout part de la désintégration de la vie politique. La crise de confiance des Français  remonte à quatre décennies environ. A l’origine, elle est liée à l’impuissance publique et la faillite des gouvernants, depuis le début des années 1980,  dans sur la lutte contre le chômage et l’insécurité. Elle s’aggrave par paliers (par exemple la déception de l’élection de Jacques Chirac après 1995). Elle s’est brutalement accélérée à partir de 2011 avec une série de grands scandales (DSK, Cahuzac). Elle atteint un premier stade paroxystique lors des présidentielles de 2017 avec le scandale autour de la candidature Fillon, l’explosion des partis politiques. De ce champ de ruines encore fumantes émerge la présidence Macron. Dès lors, la vanité d’un individu autoproclamé Jupiter s’impose sur les débris de la vie démocratique: l’intérêt général, le débat d’idées, la joute majorité/opposition, désormais anéantis. L’Assemblée nationale et le Gouvernement sont réduits au rôle de faire-valoir. Désertant l’idée même de bien commun, la vie politique se tourne vers l’exaltation du faux dieu engendré sur les ruines de la vie politique. Le bien de l’Etat et de la société, la réalité n’ont plus la moindre importance. Peu importe que la Nation s’effondre toujours un peu plus dans le déclin, le chaos, le nihilisme et la violence. Bien au contraire, la magnificence de l’idole se nourrit par contraste d’un désordre qu’il convient d’alimenter par les provocations en tout genre.  Un seul impératif: sublimer l’image élyséenne en vue de la perpétuation – la réélection – en donnant l’illusion de la « transformation » promise lors de sa campagne électorale. Mais de la supposée transformation à la véritable destruction, il n’y a qu’un pas. D’où une réforme des retraites, partie d’un délire des grandeurs, qui n’est plus, après un mois et demi de reculades et concessions, qu’un monstrueux saccage, une usine à gaz aux coûts astronomiques – comme le souligne le Conseil d’Etat lui-même –  et entraînant toujours plus la loin la France dans les profondeurs de l’abîme. Une priorité absolue sur laquelle tous les Français de droite, de gauche, du centre, devraient s’unir: en finir avec la mégalocratie qui achève de détruire notre malheureux pays.

Maxime TANDONNET

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Cap 2022, les scénarios (pour Atlantico)

69% des Français sont convaincus que M. Macron ne sera pas réélu. Peut-on imaginer un scénario similaire à celui de 2017 dans lequel un candidat inattendue ou une situation inattendu viendrait faire dérailler le train du match retour ? En d’autres termes, les mêmes causes pourraient être produire les mêmes effets ? 

 Bien sûr, deux ans et quatre mois à l’avance, rien n’est joué. La part de l’incertitude est colossale. M. Macron est fortement impopulaire avec un taux de confiance de 25 à 30%. D’ici deux ans, la situation économique peut se détériorer. Depuis la crise des gilets jaunes, suivie du mouvement social, la France est plongée dans un chaos permanent. Les chiffres de la dette publique, de la délinquance, de l’immigration, sont préoccupants. Le « tout communication » ne permettra pas forcément de couvrir un bilan. Quant à Mme le Pen, elle porte toujours, aux yeux de 80% des Français, l’image inacceptable du parti créé par son père au début des années 1970 auquel s’ajoute un scepticisme général sur ses capacités personnelles et celle de son parti à conduire une expérience gouvernementale. L’électorat est imprévisible. Face à un scénario tout ficelé que le système politico-médiatique s’obstine à lui imposer de manière aussi caricaturale une réaction de lassitude, de révolte et de refus est tout à fait envisageable, comme en 2017. Dans l’histoire, les surprises n’ont pas manqué aux présidentielles…

Qui pourrait être ce candidat inattendu et qui changerait la donne ? Faudrait-il l’arrivée d’un homme providentiel pour envisager la défaite d’Emmanuel Macron ? 

 Dans les périodes de grand trouble et de violence endémique, le scénario de l’homme providentiel peut être une issue à la crise. L’idée est celle de l’émergence d’une personnalité extérieure à la classe politique, à l’image, par exemple, du Général de Villiers dont il est beaucoup question même si lui-même ne semble pas intéressé. Mais pour que cette hypothèse se réalise, aujourd’hui, il faut parvenir à forcer l’attention médiatique : un candidat potentiel n’existe que s’il est invité à la télévision et à la radio. Le « sauveur » doit, presque mécaniquement, être adoubé par le pouvoir médiatique, ce qui est loin d’être gagné. Et puis après, que faire, sans cadres, sans troupes, sans parti ? … En tout cas, ce qui est sûr, c’est que dans le climat chaotique dominé par une incertitude absolue, de perte de tous les repères traditionnels, sur les ruines du système politique français, tout est possible et rien ne peut être exclu d’avance (Probabilité, 10%).

Hormis ce scénario du sauveur providentiel extérieur à la classe politique, quels sont les scénarios envisageables ?

Le premier est la réélection de M. Macron en 2022. 80% de la classe politique et médiatique parie aujourd’hui sur cette perspective en l’absence d’autre scénario évident. Ensuite, c’est beaucoup plus compliqué. L’illusion du « nouveau monde » et du « renouvellement » étant dissipée, le parti LREM profondément déchiré et discrédité, sur quelle majorité pourra-t-il s’appuyer ? Et sur quel projet ? Un sous-scénario, complémentaire à celui-ci, serait l’hypothèse où le président Macron ne se représenterait pas et laisserait la place à Edouard Philippe. Les cartes pourraient être alors rebattues, une partie de l’électorat de droite se ralliant à lui. (Probabilité du scénario, 25%).

Le second est l’élection de Mme le Pen. Il n’y a aucune raison de l’exclure, même si les « experts », dans l’ensemble, n’y croient pas. Dans un mouvement de colère, les Français, de droite, du centre, comme de gauche, peuvent voter avant tout contre Macron par rejet viscéral du pouvoir actuel dans un climat de grave mécontentement. Après, le pays entrerait dans l’aventure : quelle majorité ? Quel gouvernement ? Quelle politique ? Le chaos – auquel nous assistons aujourd’hui – serait sans doute amplifié ou remplacé par un chaos encore pire. (Probabilité 20%)

Le troisième est une résurrection de la gauche. Il n’y a aucune raison de l’exclure totalement non plus. Dans le système politique français, il suffit qu’une personnalité parvienne à convaincre 21% à 22% des votants au premier tour des présidentielles, soit, en cas de forte abstention, 10 à 11% des électeurs, pour accéder au deuxième tour puis l’emporter face à la candidate RN. Les écologistes ont le vent en poupe. Une alliance LFI/PS/Vert peut fort bien réaliser la surprise, contre toute attente, en s’appuyant là aussi sur le mécontentement et le climat de revanche sociale. C’est pourquoi la candidature de Mme Ségolène Royal n’a rien d’absurde. (Probabilité 20%)

Le quatrième est celui du retour de la droite classique qui bénéficie de son ancrage local, d’une force de frappe parlementaire à l’Assemblée et au Sénat. Il lui faut parvenir à s’unifier derrière un leader, incarnant la sagesse, la vision, l’unité nationale, la sincérité, le respect du peuple, c’est-à-dire tout le contraire du « nouveau monde » d’En Marche. Dans le cadre d’un travail d’équipe, il lui faut aussi présenter un projet en adéquation avec l’attente des Français, ancré sur le retour de l’autorité de l’Etat, la paix civile et de la démocratie, la sécurité, la maîtrise des frontières. Pourquoi pas ? Mais rien n’est gagné !  (Probabilité 25%)

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Réflexion sur les dernières statistiques de l’immigration

Les derniers chiffres de l’immigration en France publiés hier confirment une augmentation continue des flux de populations vers la France: En 2019, le nombre des premiers titres de séjour délivrés était de 276 600 (125 000 en 1995 et 193 655 en 2012). De même, l’an dernier, le nombre de demandeurs d’asile a atteint 132 614 (20 000 en 1996 et 61 468 en 2012), la France devenant le premier pays d’accueil des demandeurs d’asile en Europe devant l’Allemagne.

[Ces chiffres n’expriment pas obligatoirement une entrée physique sur le territoire: une personne est prise en compte l’année où son premier titre de séjour lui est délivré. Ils ne peuvent pas non plus s’additionner tels quels, au risque de double compte: parmi les premiers titres figurent des demandeur d’asile déboutés et régularisés, déjà pris en compte en tant que demandeurs d’asile auparavant. Ils ne prennent pas en compte les retours notamment des étudiants qui représentent la plus grande part des premiers titres de séjour (près de 100 000). Ils reflètent cependant un ordre de grandeur utile de l’évolution et du niveau du flux migratoire sur la France.]

A quoi faut-il attribuer cette évolution qui s’inscrit sur le long terme? D’une part  à des facteurs de fond que sont l’aggravation de la pauvreté, du déséquilibre démographique (5 enfants par femme en Afrique subsaharienne contre 1,5 en Europe), des inégalités planétaires (écart de revenu moyen de 1 à 100 entre la France et les pays les plus pauvres), les conflits et l’instabilité politique. Mais d’autre part, l’augmentation des flux à long terme a une explication interne. Elle est le résultat d’un déclin de l’autorité de l’Etat et renoncement, sur plusieurs décennies, à faire respecter les frontières et les lois de la République sur l’entrée et le séjour, qui est de la même nature que le chaos quotidien.

A ce sujet la France baigne dans un double mensonge: d’une part celui selon lequel « l’immigration zéro » serait possible dans le monde actuel (ce qui est une absurdité); d’autre part celui selon lequel l’augmentation de l’immigration n’est rien d’autre qu’un mythe (affirmation qui relève de l’aveuglement). Comment prétendre organiser et maîtriser un phénomène que l’on refuse obstinément, d’un côté comme de l’autre, de regarder en face?

NB: Je me permets de remercier par avance les éventuels commentateurs pour la mesure de leur propos sur un sujet très difficile. 

Maxime TANDONNET

 

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Réflexion sur les huées contre le président

[Je m’exprime ici comme auteur du livre sur l’histoire des présidents de la République, Perrin, 2013 et 2017*]

De la manifestation contre le théâtre ou se trouvait le président de la République et son épouse, qui fait la une de nombreux journaux, et son traitement médiatique, quelques leçons se dégagent:

  1. L’indignation politico-médiatique et la place donnée à l’incident sont excessives: il y a eu un rassemblement et des huées comme cela arrive souvent, mais pas que l’on sache de tentative d’agression physique.
  2. Le manque de respect envers le chef de l’Etat est certes scandaleux. Cependant, dans une République, il n’est pas plus scandaleux que le manque de respect envers n’importe quel citoyen. Le chef de l’Etat, en République, est un homme comme un autre. Il en serait tout autrement dans une monarchie ou un empire. Mais nous sommes en République. Sa soirée gâchée vaut strictement autant que la soirée gâchée de n’importe quel citoyen.
  3. Que la soirée du président de la République et de son épouse ait été perturbée est certes inadmissible. Mais ce n’est pas plus inadmissible que tous les désagréments, toutes les souffrances qu’endure chaque Français, individuellement, dans une société de chaos et d’anarchie: agressions, insultes, entassement dans les transports…
  4. Les chefs de l’Etat successifs sont personnellement responsables des manifestations de manque de respect dont ils font aujourd’hui l’objet: ils payent leurs provocations verbales, des « sans dents » aux fainéants, réfractaires ou ceux qui ne sont rien, etc.
  5. L’attitude des manifestants anti-macron est plus stupide qu’autre chose: comment mieux le  re-légitimer qu’en le victimisant? On imagine les croquants indignés devant leur écran de télévision qui s’identifient à la (supposée) victime…
  6. Dans des circonstances analogues, face aux mêmes manifestants – témoignage vécu  – un autre président serait sorti sans protection policière pour aller s’expliquer avec les perturbateurs, qui auraient fini par l’applaudir, non pour sa politique, mais pour son aplomb et pour son courage physique.
  7. La prise à partie d’un chef de l’Etat est un signe: elle est la réponse au syndrome de l’enfermement derrière les murailles de l’Elysée, de l’éloignement, de  la déconnexion, de l’abîme séparant la classe dirigeante du peuple, d’un état d’esprit révolutionnaire.
  8. L’ensauvagement de la société, la stupéfiante banalisation d’une violence et d’un chaos devenus chroniques (dont cette anecdote n’est qu’un symptôme mineur), sont le fruit de l’abolition de la démocratie française, depuis élections tronquées de 2017 à l’invraisemblable micmac électoral  autour des élections municipales. Quand plus personne ne peut croire au suffrage universel comme mode de règlement des désaccords, seules restent la colère, la rue et la violence.                        *

Maxime TANDONNET

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Le saccage des valeurs

Voici deux affiches. L’une a été interdite à Paris (la mairie a exigé son retrait, la justice a annulé cette décision mais les autorités ont maintenu leur interdiction malgré le jugement). L’autre en revanche, fleurit en toute normalité sur les murs du métro. Entre les deux affiches, laquelle est interdite et laquelle est librement déployée?

 

 

 

 

Par un étrange phénomène d’inversion des valeurs, l’invocation du père de famille traditionnel est maudite et l’image sexuelle exhibée en toute banalité. Qu’il y a t-il derrière cette inversion des valeurs? L’époque baigne dans l’hypocrisie. Elle s’indigne à juste titre et condamne les écrits et prises de position pédophiles du passé (affaire Matzneff). Mais elle tolère une affiche malsaine qui touchera forcément et peut agresser des millions d’enfants  de tous âges, y compris de deux à 14 ans. Dans 20 ou 30 ans, la société médiatique s’offusquera peut-être: comment a-t-on pu faire une chose pareille – agression visuelle – à des enfants? Mais que signifie ce nouvel ordre amoral fondé sur la négation des valeurs de respect – notamment de l’enfance. Ce n’est plus « l’interdit d’interdire » de mai 1968, puisque l’image du père de famille est bel et bien interdite. C’est autre chose, une fuite en avant dans la table rase et le culte nihiliste, la destruction des piliers traditionnels pour engendrer un homme nouveau, déstructuré, acéphale, privé de repères, intellectuels, éthiques, moraux, de la faculté de s’indigner et de dire non, et indéfiniment malléable et manipulable par toutes les tyrannies.

Maxime TANDONNET

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Ce qu’il faudrait pour le pays

Laissons aux idiots l’illusion de l’homme ou la femme providentiel dont l’élection ou la réélection à l’Elysée serait synonyme du passage des ténèbres à la lumières ou de l’avènement d’un nouveau monde. L’expérience ne leur aurait-elle donc pas suffi? En 2022 l’élection présidentielle ne produira évidemment pas de miracle. Il faudrait souhaiter que la personnalité du prochain chef de l’Etat soit de nature à ramener l’apaisement, la sagesse, le sens de la nation, de l’unité et du destin national, tourné vers l’avenir de nos enfants. La « moins mauvaise » des solutions serait un homme ou une femme d’expérience, d’image rassembleuse et capable de se situer au-dessus de la mêlée, d’incarner une forme de sagesse collective et sens de l’Etat, dans une perspective historique, impartiale, et de contribuer ainsi à arracher la France au climat de déchirement, de chaos et d’hystérie, et l’Elysée au vertige du spectacle narcissique. Des noms? Par exemple des personnalités aussi diverses que celles de M. Védrine, M. Larcher, M. Guaino, M. Chevènement, Gl de Villiers, etc… Le président reviendrait aux fondamentaux de la politique étrangère et de la défense, garant du destin de la France à long terme, de son indépendance, de la concorde européenne de l’Atlantique à l’Oural, s’engagerait à instaurer par référendum le septennat non renouvelable. Puis l’élection d’une Assemblée nationale sur la base d’une recomposition politique générale, apurée des étiquettes classiques, entraînée par une équipe déterminée et dynamique autour d’un projet de redressement national (lutte contre la dette publique et les déficits, restauration de l’autorité de l’Etat, de la maîtrise des frontières et de l’intelligence par l’école) suivie de la nomination d’un Premier ministre et d’un Gouvernement, chargés d’appliquer ce programme sous le contrôle effectif de la nouvelle majorité – majorité d’idées plutôt qu’issue de combinaisons d’états-majors. La place du héros – celui qui dirige le redressement d’une main ferme, sur deux ans, en prenant les risques et les coups au nom d’une majorité politique, et assumant sa responsabilité devant elle – est à Matignon et non à l’Elysée. Utopie? Rêverie? Imagination débridée? Non, simple bon sens démocratique. Reste l’essentiel: dans cet univers de manipulation et d’illusions, le bons sens a-t-il une chance infime – infime – de l’emporter?

Maxime TANDONNET

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Pire est encore possible

A l’issue d’élections tronquées (un lynchage médiatique et une mise en examen politique qui écartaient le principal favori), ils sont arrivés en 2017 fiers comme des paons. Que n’allait-on pas voir: une présidence jupitérienne, un « nouveau monde », « l’exemplarité », la « transformation de la France », etc. Jamais la béatitude médiatique n’avait atteint un tel sommet. D’aucuns annonçaient sans complexe que la France « allait tomber amoureuse de son jeune président ». Et puis, le pays a plongé dans un chaos sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie. Ils ont cédé sur Notre-Dame-des-landes. L’affaire B. a eu raison de la République exemplaire. En voulant imposer une taxe carbone – aussitôt retirée – ils ont jeté la nation dans la crise des GJ, le chaos, et des semaines de violences tragiques. Toujours animés par l’ivresse des grandeurs, ils ont décidé de bouleverser le régime des retraites en faisant table rase de l’existant et en instaurant un régime universel « à point » et un âge pivot. De reculade en reculade, ils ont engendré une usine à gaz infiniment plus complexe et coûteuse que le système précédent. Mais en procédant ainsi, ils ont déclenché la plus terrible crise sociale de l’histoire récente et plongé les Français dans une épouvantable galère qui n’en finit pas depuis 45 jours, un record absolu. Cette entreprise de saccage se déroule sur fond de grand spectacle mégalomane et narcissique toujours plus déconnecté des profondeurs du pays. Croyez-vous que le bout du tunnel soit en vue? Sans doute pas. « Un bien ne succède pas forcément à un mal, un mal encore pire peut lui succéder » écrit Montaigne (les Essais). Toute l’histoire de la République montre que les seconds mandats présidentiels se terminent toujours mal, aggravant les défauts des premiers (Grévy, Lebrun, de Gaulle, Mitterrand, Chirac). Ils amplifient l’usure du pouvoir, la déconnexion, les phénomènes de dérive narcissique. Un second mandat Macron, prolongement du premier, à la puissance 10,  plongerait le pays dans l’apocalypse. Un éventuel quinquennat le Pen serait, non pas pire, mais tout aussi apocalyptique: l’irresponsabilité, la démagogie, l’incompétence, la perte des repères intellectuels et éthiques au sommet de l’Etat, l’isolement, l’entrée en rébellion des autorités et forces vives du pays, la mise en quarantaine planétaire… Macron/ le Pen 2022, l’apocalypse, le naufrage de la France, le malheur de chacun d’entre vous, à titre personnel et de vos enfants ou petits-enfants. Et pourtant le duel annoncé. Vous ne me croyez pas? Vous avez tort. Je n’aurais fait que mon devoir de citoyen en vous prévenant. Maintenant, il ne tient qu’à nous, dans ce qu’il reste de la démocratie française – mais quand même – de faire émerger et de soutenir une  alternative, non pas miraculeuse, les miracles n’existent jamais en politique (sauf pour les imbéciles), mais au moins décente.

Maxime TANDONNET

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Ravages…

Mme Royal vient d’être remerciée de son poste d’ambassadrice des pôles. Le parquet financier a ouvert une enquête préliminaire. Il y a eu DSK, Cahuzac, Thevenoud, les « sans dents », 2017 et l’élection présidentielle tronquée, Benalla, Rugy,  les insultes,  « ceux qui ne sont rien », les « Gaulois réfractaires », NDDL, la taxe carbone et la crise de Gilets Jaunes, 45 jours de blocage du pays pour un néant absolu, un naufrage permanent dans l’illusionnisme et le chaos. Et maintenant, l’affaire « Royal » qui nous conforte dans l’évidence que le supposé « nouveau monde » est tragiquement pire que l’ancien. Qui l’a nommée? Qui lui a offert cet étrange fromage? Au nom de l’idole écologisme, pilier de la nouvelle idéologie française. La bonne conscience universelle comme paravent du clanisme et du copinage et des petits services entre soi. Hypocrisie toujours. Et toujours cette image délétère d’une caste qui se vautre dans le mépris des gens. Scandale, encore un? Tiens donc. Un de plus, c’est peu et c’est beaucoup à la fois. Un de plus, un de trop et ce n’est pas le dernier. Le pire serait de s’y habituer. La cause de cette épouvantable déchéance? Le principe d’irresponsabilité absolue qui règne dans les sphères de la France dite dans haut, jusqu’au sommet le plus élevé, ce sentiment que tout est permis, jusqu’aux pires errements, les pires aberrations, sans la moindre esquisse de sanction politique possible. Tout est possible, tout est permis, plus c’est gros, plus ça passe… L’inertie et l’inamovibilité qui dominent en haut se traduisent cependant par des ravages dans l’opinion. Mais surtout, que va-t-il en sortir?  Et c’est là qu’au-delà de nos malheurs quotidiens et de notre inquiétude pour le pays, l’époque est passionnante. Lire la suite

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Echange avec une députée LR

Hier soir, à l’occasion d’une soirée amicale échange approfondi et intéressant avec une députée LR.

  • Mme la députée (D): La situation politique est préoccupante. Entre Mme le Pen et M. Macron, nous ne parvenons toujours pas à trouver d’espace. Ils (l’équipe a pouvoir)  jouent admirablement bien. Ils n’ont pas la moindre idée sur la France, et aucune stratégie pour l’avenir. Mais ce sont d’habiles tacticiens. Avec leur réforme des retraites, ils parviennent à nous étouffer encore  davantage.
  •  Moi (MT): Pourtant, les gens sentent bien la mystification et les reculs successifs: l’unique mesure significative, l’âge pivot, a été abandonnée. Avec toutes les concessions successives, non seulement les régimes spéciaux n’ont pas été abolis, mais ils sortent confortés et le système sera encore plus complexe et coûteux qu’auparavant. Le désastre est complet…
  • D: Au-delà du contenu réel auquel personne ne comprend grand chose, c’est la perception qu’en ont les gens qui compte finalement. Certains se disent: Macron fait les réformes que la droite n’a jamais faites. Rien n’est plus mensonger évidemment. Mais ça marche. Les coups de menton écrasent la vérité. « Tant que Martinez continue à nous taper dessus, les gens pense que nous réformons vraiment » m’a dit un collègue LREM. On en est là.
  • MT: Les Français dans leur ensemble, ont perdu confiance en la parole politique. Vous connaissez le sondage annuel CEVIPOF: 88% pensent que les politiques ne tiennent aucun compte de leur avis. Les coups de menton n’impressionnent encore qu’une poignée d’imbéciles.
  • D: Peut-être, mais ils impressionnent et subjuguent une partie de notre électorat que nous ne sommes pas parvenu à reconquérir.
  • MT: Les lignes peuvent bouger très vite. L’essentiel, aujourd’hui, est de s’adresser aux Français qui ont perdu toute confiance en la politique, trouver les mots pour regagner leur confiance.
  • D: Mais nous n’en sommes pas encore là! Le gouvernement, tout en pratiquant un discours de fermeté, a ouvert encore davantage l’immigration familiale et l’asile pour plaire à sa majorité et les chiffres explosent. Nous étions peu nombreux, parmi les députés LR, à dénoncer le double-langage! Et au total, nous avons été inaudibles. Avec la PMA, ils sont en train d’effacer le rôle du père. C’est un bouleversement de tous les fondements de notre civilisation. Cela ne mérite-t-il pas réflexion? Or, nous ne sommes qu’une poignée de parlementaires à en parler. Les autres, après l’expérience du « mariage pour tous » et la déferlante d’insultes qui s’est abattue sur eux (homophobes, etc.) sont tétanisés par la peur du qu’en dira-t-on. De fait, LREM, inspirée par une idéologie hors sol, est pire que l’ancienne gauche qui gardait les pieds sur terre du fait de son ancrage local. Aujourd’hui, ils n’ont même plus la moindre conscience de la réalité. Mais comment faire comprendre à cette partie de notre électorat, manipulé, que LREM est pire que l’ancienne gauche? Nous n’avons pas encore trouvé les mots ni le message pour l’expliquer.
  • MT: Notre système politique est d’une affligeante débilité. La personnalisation à outrance a anéanti le débat d’idées.
  • D: Bien d’accord avec vous…
  • MT: Il faut en tenir compte pour reconquérir le pouvoir. La question aujourd’hui, dans les deux ans qui viennent, c’est de parvenir à proposer une figure, une personnalité, qui permette d’offrir une alternative à la réélection prévue de M. Macron (même ultra-minoritaire, grâce à son nouveau tête-à-tête annoncée avec Mme le Pen).
  • D: Mais cette figure, nous ne l’avons pas pour l’instant. D’ailleurs, le débat sur les « primaires » qui figurent toujours dans les statuts de LR, n’est même pas encore tranché!
  • MT: Jamais, en dehors des cohabitations, l’occupant de l’Elysée n’a été réélu. En 2022, le chaos mental sera probablement encore pire qu’aujourd’hui. Après cinq ans de violences, de grèves, d’aggravation des déficits, de saccage des institutions, la France sera un champ de ruine. Qu’est-ce qui sortira de ce chaos? Les Français seront en quête de sagesse, de vérité, de sérénité, d’une vision de l’avenir et d’un discours clair et précis sur leurs grands sujets d’inquiétude.  Quel visage pourra incarner cette attente?

Mme la députée a évoqué une personnalité en qui elle place un espoir raisonnable et nous étions bien d’accord sur ce nom.

Maxime TANDONNET

 

 

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Mortelle faiblesse

Le retour en France des  djihadistes, ou membres de l’Etat islamique Daesh semble être à l’ordre du jour, à tout le moins envisagé. Ils sont au nombre de 200, détenus en Irak. Ce sont des individus qui ont participé à la commission de crimes abominables, ou les ont cautionnés par leur ralliement: extermination de populations civiles, enlèvements de jeunes filles à des fins d’esclavage sexuel, destruction de Palmyre, anéantissement de populations chrétiennes et Yazidies, tortures, crucifixions, spectacle médiatisé de prisonniers égorgés par des enfants, captifs brûlés vifs dans des cages, etc. Les mêmes ont commandité les attentats commis en France depuis 2015 et 2016 et le massacre de 260 personnes. Ils ont commis des crimes contre l’humanité, ils ont trahi le pays dont ils avaient la nationalité en portant le fer et le feu contre lui. S’ils reviennent en France, ils retrouveront tôt ou tard la liberté. Ils provoqueront de nouveaux massacres. Par leurs crimes abominables, ils se sont, de fait, exclus de la communauté nationale. Les recevoir sur le territoire français serait une lâcheté innommable.

Maxime TANDONNET

 

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Lecture: Louis XVI, Jean-Christian Petitfils, Perrin, 2007

Voici un ouvrage remarquable et passionnant, une somme considérable de 1114 pages consacrées à Louis XVI et à son règne. La richesse de ce livre tient à l’extraordinaire galerie de portraits qui émerge du récit factuel. Maurepas, Choiseul, Rohan (l’affaire du Collier), Vergenne, Turgot, Calonne, Necker, tous ces noms célèbres prennent vie au fil des pages et le couple que forment Louis XVI et Marie-Antoinette que le lecteur découvre, sous un jour nouveau.

Louis XVI n’est pas vraiment celui que l’on croyait et la mémoire collective reste imprégnée par les immondes mensonges et les calomnies qui ont jalonné sa descente aux enfers: tout le contraire d’un tyran, d’un criminel et d’un monstre comme l’ont dépeint les Montagnards. Tout le contraire aussi du benêt peureux et sans conviction dont l’image est passée à la postérité.

Le fond du problème est que Louis n’était pas fait pour être roi de France. Et comment le lui reprocher? Le tableau psychologique que l’auteur esquisse de lui est fascinant. Déjà, le destin lui a joué de mauvais tours. Les décès prématurés de son frère aîné, un caractère dominateur (tout son contraire) qu’il vénérait Louis-Joseph (1861), puis la mort de son père, Louis-Ferdinand (1765) l’ont placé en première ligne pour la succession de Louis XV en 1774, un Louis XV qui méprisait vaguement son successeur, en raison notamment de ses piètres performances « au lit ».

Juste avant son exécution dans un testament secret, sauvé de la sauvagerie de ses geôliers, Louis XVI écrit à son fils, le dauphin âgé de sept ans, qu’il aime passionnément: « Si tu as le malheur de régner… » Tout était dit. Louis XVI, dès son plus jeune âge, déteste les apparats du pouvoir, le poids et les contraintes de l’étiquette, le protocole, la courtisanerie, cette abomination à ses yeux. Passionné de chasse, il n’est lui-même que dans la solitude de la forêt ou dans son atelier de serrurerie. Jamais roi ne fut plus étranger que lui à la vanité et aux bienséances qui lui font horreur.

Justement, Louis XVI a pourtant tout d’un visionnaire. Trop intelligent pour être roi, se demande-t-on à cette lecture? Il se passionne pour les progrès de la science, de la marine, des grandes découvertes et la transformation du monde. Excellent stratège de politique étrangère, il prend le parti des Insurgent américains et remporte une brillante victoire sur l’Angleterre après l’humiliante défaite de la guerre de Sept ans, sous Louis XV, ayant privé la France du Canada et de l’Inde. Extrêmement bon et généreux, multipliant les grâces et les secours aux indigents en toute occasion.

Un authentique réformateur, qui voit venir avec lucidité l’effondrement de « l’ancien régime » et veut sauver la monarchie en la réformant profondément. Tous ses efforts pour moderniser le régime, la fiscalité, la justice et l’administration, avec Turgot, puis Calonne, enfin Necker, se heurtent à l’égoïsme et à l’aveuglement de l’aristocratie. Celle-là même qui après avoir joué la politique du pire, fuira lâchement le pays au moment de la Révolution, abandonnant la famille royale à son malheureux destin.

Alors bien sûr, Louis XVI est aussi responsable de son malheur. D’un courage, d’une générosité et d’une intelligence indéniables, il a aussi d’inexcusables défauts, les défauts de ses qualités, pour un monarque, qui ont fait sa tombe et celle de sa famille et le malheur de la France. Au cœur de son idéologie et de ses convictions, un pacifisme intégral, « incompréhensible » souligne l’auteur, et qui s’aggrave au fil du temps: son refus absolu réprimer la barbarie au prétexte d’éviter de faire couler le sang français se traduira par un chaos généralisé et la tyrannie sanguinaire de la rue (massacres des Tuileries le 10 août 1792, puis tuerie de Septembre).

Son indécision est parfois sidérante, exaspérante. A maintes reprises, il a l’occasion de prendre ses distances pour échapper au pire mais il se montre incapable d’agir. Et quand il bouge enfin, sa maladresse est telle qu’il aggrave les catastrophes (hallucinant récit de la fuite à Varennes).

Le secret de cette catastrophe, pour lui, pour sa famille, mais aussi pour la France plongée dans un innommable chaos sanguinaire (Loi des Suspects, Terreur, génocide vendéen)  et une effroyable guerre contre l’Europe de 25 ans: le gros homme, boulimique est profondément dépressif, au dernier degré, se murant pendant des jours dans un mutisme total dont il ne sort jamais et acceptant fatalement un sort qu’en tant qu’homme, il ne méritait évidemment pas.

Maxime TANDONNET

 

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La politique du pire ou le pire de la politique?

Ci-dessous mon entretien pour le site Atlantico, avec M. Edouard Husson, concernant les issues possibles à la crise sociale. Hier, le retrait de l’âge pivot a été annoncé. Entre cette annonce et le renoncement au principe d’universalité (policiers, gendarmes, militaires, pilotes, cheminots, routiers, enseignants, etc. ont déjà obtenu la reconnaissance de leur spécificité), il ne reste de cette réforme qu’une enveloppe et des confettis. Pourtant le bras de fer continue entre des syndicats déterminés à obtenir le retrait formel et un pouvoir politique dont l’unique objectif est d’affichage. Au milieu de cette bataille surréaliste de deux mégalomanies, le martyre des Français, plongés dans la galère, se poursuit et la France fait naufrage, son économie ravagée, son image ridiculisée aux yeux du monde entier. Tel est le produit de cet effarant mélange de bêtise, d’aveuglement, de mensonge, de mépris, d’incompétence, de nihilisme et de démence narcissique, qui écrase désormais la scène dirigeante française. Jamais, depuis 1944, notre pays n’avait subi une telle calamité politique.

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– Comment stopper l’hémorragie ?

Ce qui est très compliqué c’est que le pouvoir politique ne semble pas avoir pris la mesure de la gravité de la crise politique et sociale. Il donne le sentiment d’atteindre le paroxysme dans la déconnexion. Il paraît comme aveuglé par la vanité, l’autosatisfaction et dans l’incapacité radicale de percevoir ce qui est en train de se passer en ce moment dans les profondeurs de la société. Il s’en tient au dogme du nouveau monde et de la supposée transformation de la France sans réaliser à quel point le pays est en train de sombrer dans le chaos. Rien n’est possible sans cette prise de conscience. Nous subissons le syndrome du bunker quand les dirigeants, à l’abri de leurs protections institutionnelles, donnent le sentiment de regarder le monde s’effondrer autour d’eux dans l’aveuglement.

 « Je ne suis que l’émanation du goût des Français pour le romanesque » a déclaré un jour le président Macron. Cette phrase clé explique beaucoup de la situation présente. La vie politique nationale, médiatisée, est largement vécue comme un spectacle légendaire composé d’un héros de ses fidèles et d’ennemis. Elle n’est plus ressentie par les dirigeants, à titre essentiel, comme un mode d’action concret en faveur du bien commun. Dès lors, le but essentiel est de sauver, aux yeux des spectateurs, l’image du héros providentiel (…) D’ailleurs, à l’image de la crise des Gilets Jaunes, suivie, du « Grand Débat », ce chaos peut fournir l’occasion de briller en sauveur providentiel et de s’attirer ainsi les faveurs de l’électorat bourgeois. Toute cette stratégie repose sur le principe, largement admis dans les milieux dirigeants, de la naïveté et de la stupidité d’un peuple indéfiniment manipulable par la communication. Le mépris est au cœur de leur idéologie. Et c’est là que se situe l’erreur fondamentale. Le peuple sans être infaillible, est beaucoup plus lucide qu’ils ne le pensent.

 

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Quel avenir politique?

La réélection du président Macron en 2022, longtemps considérée comme une quasi certitude par la société politico-médiatique, n’aura sans doute pas lieu. Les événements de ces derniers jours ne font que confirmer cette intuition, à contre-courant des bêlements du troupeau, cette intuition qui s’exprime depuis deux ans et demi dans ces pages. La mission centrale d’un chef de l’Etat est de préserver la paix civile, le bien-être et l’unité nationale. Jamais les Français ne lui pardonneront un an de crise des Gilets Jaunes, déclenchée par une cascade d’erreurs autour de la taxe carbone, et jamais, encore moins, les Français ne lui pardonneront l’interminable naufrage dans le chaos issu de l’échec de la réforme des retraites. Les peuples ont une mémoire d’éléphant. Après ce que les Français ont subi, y compris l’humiliation de leur pays, ils n’auront pas envie non plus de l’aventure lepéniste et du risque de prolonger voire d’amplifier un interminable chaos. Alors? Le salut ne viendra pas d’un programme grandiloquent ni de la démagogie: qui peut encore croire à des slogans tels que le « nouveau monde » ou à la « transformation de la France »? Dans l’état présent de notre culture politique, la seule perspective d’une sortie de crise, avant même celle du redressement, réside dans la figure de l’apaisement et de la sagesse: la modestie plutôt que la mégalomanie; l’unité plutôt que la déchirure; la discrétion plutôt que la boulimie de paroles; l’écoute du peuple, plutôt que le mépris; la vision de long terme, plutôt que l’excitation;  la vérité, plutôt que la posture; la France, plutôt que la démesure narcissique.  Un projet donnera la priorité à la baisse de la dette publique et des charges sur les entreprises, à l’autorité de l’Etat, la sécurité intérieure et la maîtrise des frontières, plutôt qu’au délire transformiste qui ne transforme rien du tout. Les Français auront à cœur – faut-il espérer – de nommer un honnête homme à l’Elysée (déterminé à présider le pays et rien d’autre),  plutôt que de se chercher un autre sauveur providentiel, cette source de toutes les catastrophes.

Maxime TANDONNET

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Le pourrissement de la honte

En ce 9 janvier de mobilisation, le conflit social atteint son 36ème jour, tous les records historiques sont pulvérisés. Mais derrière les jours qui passent, il y a la galère depuis plus d’un mois: des commerçants ruinés, des jeunes qui ne peuvent pas se rendre au cours ou aux examens, des salariés privés de leur gagne-pain, et des centaines de milliers de gens qui s’entassent sur les quais des transports en commun se battent pour monter dans un train ou un bus, et suffoquent littéralement, à pleurer, pendant un transport interminable. Les victimes sont de la France d’en bas, celle qui n’a pas les moyens de rouler en taxi ou avec une voiture de fonction. Les victimes sont de la France qui se lève tôt pour aller au travail. Un pouvoir politique, déconnecté du monde, enfermé dans sa bulle qui laisse délibérément et indéfiniment perdurer cette situation, jouant le pourrissement au prix de la souffrance d’une partie de ses compatriotes est profondément indigne. Les syndicats sont ce qu’ils sont. Mais ils sont élus pour la défense d’intérêts catégoriels, et non pour le bien commun de leurs compatriotes. Tandis qu’un pouvoir politique, lui, a pour première mission d’assurer la sécurité et le bien-être de la population. Nous atteignons les sommets du nihilisme narcissique: cette réforme des retraites est purement idéologique et électoraliste. Pour faire croire au « nouveau monde » et à la « transformation de la France », à « l’universalité », et au nivellement égalitaire, ils ont joué sur le mythe de la « table rase », l’idée invraisemblable de fondre 42 statuts spéciaux en un seul « régime à points ». Mais d’ores et déjà, comme ils cèdent au fur et à mesure des menaces, il est acquis que les policiers, les gendarmes, les juges, les pilotes, les enseignants, les acteurs, les cheminots, etc. garderont un régime particulier. Le but désormais n’est pas de sauver la réforme pour le bien commun, une réforme déjà morte,  mais de sauver la propagande, l’illusion de la « transformation de la France ». Nombre d’instituts de sondage et de médias radio-télé collaborent lâchement à cette manipulation en faisant semblant de ne pas la voir.  Et beaucoup d’imbéciles plus ou moins venus « de droite », environ la moitié de son électorat, suivent comme le troupeau bêlant et béat devant cette supposée manifestation de fermeté qui ne manifeste rien d’autre que la déconnexion, l’indifférence et le nihilisme narcissique, sans autre horizon que les prochaines échéances électorales. Bref, le syndrome du bunker. Nausée, écœurement et dégoût infini. De tout cœur, en pensant aux jeunes, aux femmes et aux hommes naufragés de la galère, à tous ces pauvres gens, les miens, qui galèrent depuis 36 jours, en pensant aussi aux salauds et aux crétins qui s’en foutent,  je souhaite que cela se paye d’une manière ou d’une autre. Et chèrement.

Maxime TANDONNET

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Philippe Séguin, dix ans, déjà

Philippe Séguin est mort le 7 janvier 2010: dix ans déjà. Un destin inachevé, sans doute. Les plus hautes fonctions qu’il ait exercées sont celles de ministre des affaires sociales et du travail et de président de l’Assemblée nationale. Il fut pourtant le dernier visionnaire. Son discours de 1992 à l’Assemblée nationale sur Maastricht et sur la mondialisation fut proprement prophétique comme le souligne dans le Figaro de ce matin M. Arnaud Teyssier (accessible aux abonnés). Réécoutons-le: ce fut l’un des derniers grands moments de feue, la démocratie française. Il avait une prescience des dangers menaçant la démocratie française, la rupture entre le peuple et sa classe dirigeante et le chaos.  Sa force tenait à une exceptionnelle intelligence de l’histoire, inégalée depuis lors. Sans doute était-il desservi par un caractère complexe, mélange de fermeté ombrageuse et de pusillanimité. Trop intelligent pour se plier aux normes de la politique politicienne?  Comme l’Albatros, Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. Son malaise frappait tous ceux qui l’ont connu. Mais surtout, il est tombé devant la médiocrité de l’époque et la conjuration des médiocres qui triomphe aujourd’hui en plongeant la classe dirigeante française dans une vertigineuse crétinisation et la France dans une logique de saccage et de destruction.

Maxime TANDONNET

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Ravages de la vanité

Le Figaro magazine de cette semaine publie un remarquable reportage intitulé: Dans le secret de l’Elysée, la vraie vie d’Emmanuel Macron dans son Palais (lecture réservée aux abonnés). Ce document, fruit d’une enquête fouillée, minutieuse, réalisée sur une longue durée, se fonde sur des constats visuels et des déclarations du chef de l’Etat et de ses collaborateurs. Il est rédigé dans un style parfaitement respectueux des personnes et des institutions sinon bienveillant. Au premier degré, au fil des pages, le sentiment qui s’en dégage est celui de la détermination, de la conviction et de l’unité d’une équipe. Au second, le tableau ainsi esquissé est accablant. La simple exposition des faits, sans la moindre malveillance, ni méchanceté, ou mauvais esprit, se révèle cent fois plus dévastatrice qu’un tombereau de critiques et d’injures. Ce reportage, d’une exceptionnelle richesse, nous plonge dans un univers fermé et autocentré sur lui-même, confit dans la vanité et l’autosatisfaction, livré à la courtisanerie, guidé par l’objectif de sa glorification et de sa perpétuation, déconnecté de la réalité. En quelques mots, venus des acteurs mêmes du système, tout est dit sur une source essentielle du désastre politique français: « Dans la garde rapprochée du président, chacun est convaincu de participer à un épisode clé de l’histoire de France. Et cet exemple, évidemment, vient de haut: «Je crois que sur la santé, les retraites ou sur l’éducation, nous sommes en train de refonder quelque chose, de retrouver un sens nouveau, une grammaire» assure Emmanuel Macron. Dans un quasi murmure, il augure que 2019 restera pour lui l’année d’entrée dans le siècle: «C’est la première fois qu’une refondation aussi profonde a lieu en dehors d’un temps de guerre ou de reconstruction.» Rien que ça! «Ce qui fascine chez Emmanuel, analyse un proche, c’est que le réel compte moins pour lui que le récit qu’il s’en fait.» Grâce à ce subterfuge mental, il est à distance et entend tenir ferme le cap. » Tout est dit.

Maxime TANDONNET

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Banalisation du mal

Un homme de 56 ans a été massacré à coups de couteau, hier, à Villejuif et deux passants blessés. La victime a été tuée en protégeant sa femme. Le meurtrier, d’après les information données par la presse, portait une djellaba noire et des documents « à caractère religieux », récemment converti à l’islam. Il n’était pas fiché S et souffrait de « troubles psychiques » ayant justifié des séjours en hôpital psychiatrique. Les plus hautes autorités politiques et judiciaires évitent de qualifier l’acte de « terroriste » à ce stade de l’enquête – ce que nous respectons. En revanche, un individu qui massacre gratuitement des passants à coups de couteau, cela relève, quelles que soient les précautions sémantiques prises, et quel que soit son état mental, de la tuerie sanguinaire, de la terreur et de la barbarie. Tous ces mots qui ne sont pas sortis. Mais le plus terrible, au-delà de la tentation classique du déni, c’est l’indifférence et la banalisation: les médias radio-télé comme l’essentiel de la presse sont dans l’ensemble discrets sur un événement qui pourrait tout autant faire les Unes pendant trois jours. Pourquoi? L’habitude, la routine, la banalisation du mal. Un passant lambda est mort poignardé et deux autres blessés. Il n’était semble-t-il ni gendarme, ni policier, ni rien d’officiel. « Il va falloir s’habituer », comme disait un Premier Ministre. Nous y sommes. D’ailleurs, le massacre se passe à Villejuif, une banlieue populaire, et non pas sur les Champs-Elysée ou dans le 6ème, le 7ème ou le 8ème arrondissement, les quartiers des autorités.  Imaginez-vous un député ou un ministre, une personnalité médiatique, un haut responsable, massacré, de cette manière, en défendant sa femme? Peu de risque: d’abord, ils ont parfois des gardes du corps, ensuite, ils ne se promènent pas à Villejuif. Un homme de 56 ans a donné sa vie pour sauver celle de sa femme. Le mot « héros » est certes galvaudé. Il en vient un autre à l’esprit: celui d’honneur, honneur d’un homme, un inconnu, un Français inconnu, lambda, qui par cet honneur, rachète toute la médiocrité et la lâcheté d’une époque.

[NB: 20 Heures: on apprend que l’homme a crié Allahouakbar, au moment de la tuerie confirmant le caractère terroriste et islamiste de l’attentat. Le parquet antiterroriste est saisi].

 

Maxime TANDONNET

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