Lecture: Un exil français – un historien face à la justice – Georges Bensoussan, l’Artilleur, septembre 2021 (présentation de Mme Michèle Tribalat)

Voir le texte complet de Mme Michèle Tribalat ici.

Dans quelques jours, chacun pourra lire le récit du calvaire judiciaire enduré par Georges Bensoussan pendant quatre ans. Ce calvaire commença par une poursuite lancée par le Parquet après un signalement du CCIF, aujourd’hui interdit.

Dans sa préface, Jacques Julliard souligne à quel point ce procès fut, en fait, celui de la clairvoyance, de l’engagement contre l’antisémitisme, de la lucidité et du courage de Georges Bensoussan. Il y dénonce la responsabilité de collectifs d’intellectuels qui chassent en meute. « Fuyez comme la peste les intellectuels de groupe, nous dit-il, c’est-à-dire le plus souvent les lâches et les mouchards » […]

Invité à débattre avec Patrick Weil sur « Le sens de la République », dans l’émission Répliques d’Alain Flinkielkraut diffusée le 10 octobre 2015 sur France Culture, il avait repris, de mémoire, des propos tenus par le sociologue Smaïn Laacher dans un film de Georges Benayoun (Profs en territoire perdus de la République) sur l’incrustation profonde de l’antisémitisme dans l’espace domestique arabe. Smaïn Laacher parlait d’un antisémitisme « déposé dans l’espace domestique [qui] est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Il est dans l’air qu’on respire ». Georges Bensoussan, avait exprimé l’idée à travers la métaphore « téter avec le lait de la mère ».

Quatre jours plus tard, une tribune collective, initiée par Laurence de Cock et publiée sur Mediapart, s’en prit à l’émission d’Alain Finkielkraut et fit semblant d’y avoir entendu l’expression d’« un racisme biologique » et des « paroles haineuses » susceptibles de relever des tribunaux. Le CSA se crut alors obligé d’intervenir et ce fut le début d’un « carnaval de lâchetés et d’abandons » signant la soumission à l’air du temps.

Georges Bensoussan devint alors « un propagandiste anti-arabe » dont son employeur – Le Mémorial de la Shoah – ferait bien, en plus de de lui battre froid, de se débarrasser. La touche perverse consistait à le faire passer pour un digne héritier des pires antisémites français. Rien ne fut épargné à l’authentique pourfendeur de l’antisémitisme d’où qu’il vienne, quand d’authentiques racistes et antisémites font l’objet d’une complaisance médiatique, dès lors qu’ils se mobilisent au nom de l’islamophobie, surtout s’ils peuvent se prévaloir d’être « racisés » comme on dit aujourd’hui (cf. Mehdi Meklat et ses tweets antisémites sous son pseudo Marcelin Deschamp) […]

Mais « l’odeur du sang » ayant attiré la meute, le parquet suivra un signalement du CCIF, dont la constitution de partie civile sera pourtant jugée irrecevable pour ancienneté de l’association insuffisante (ainsi que celle de son poisson pilote, selon l’expression de l’avocat Michel Laval, l’association SOS, soutien Ô sans papiers), lors du jugement en 1ère instance. Cependant, comme les champions de ce type de poursuites judiciaires (LDH, MRAP, SOS Racisme) accompagnés de la Licra, ne voulant pas être en reste, s’étaient aussi portés partie civile, le procès eut bien lieu et aboutit logiquement à une relaxe prononcée le 7 mars 2017.

On retrouva les mêmes parties civiles lors du procès en appel du 29 mars 2018, y compris le CCIF et son poisson pilote, mais avec deux défections : SOS racisme et la Licra dévastée par les querelles internes suscitées par son initiative. Ce procès aboutit, cette fois encore, à une relaxe le 24 mai 2018, après la requalification de l’incrimination par les parties civiles, comme elles en avaient le droit depuis la loi du 27 janvier 2017.

Elles ajoutèrent ainsi, à la provocation à la haine, l’injure et la diffamation en raison de la race et de la religion qui, après l’échec en première instance, pouvaient leur sembler accroître leurs chances de décrocher une condamnation et qui, de toute façon, conduisaient désormais aux mêmes peines (jusqu’à un an de prison et/ou 45 000 euros d’amende). Ainsi, depuis la loi de janvier 2017, quand on a perdu en première instance sur un motif, on peut tenter sa chance en changeant de motif ou en en ajoutant d’autres en appel. Cette requalification de dernière minute avait profondément outré Michel Laval, le défenseur de Georges Bensoussan.

Lors des deux procès, les parties civiles auront joué de tout : racisme biologique par assimilation du lait au sang, accusations de fomenter la division entre juifs et musulmans et d’essentialiser les Arabes… sans parler de l’assimilation de Georges Bensoussan aux antisémites français les plus ignobles. Il fut notamment comparé à Xavier Vallat lors du procès en appel […]

Si la publication des territoires perdus de la République fut étouffée à sa sortie, elle avait fini par trouver ses lecteurs et le titre est désormais devenu une expression courante, malgré les attaques que le livre continue de subir. Mais ce que le procès a révélé, c’est l’hostilité virulente à d’autres écrits de Georges Bensoussan, notamment à son livre sur le triste sort des Juifs en pays arabes. C’est ainsi que l’on vit des avocats se faire historiens pour disqualifier l’historien. Michel Tubiana, en appel, s’interrogea sur « la volonté permanente de destruction d’un lien entre les Juifs et les Arabes » dont serait animé Georges Bensoussan. Michel Tubiana ne veut pas abandonner la jolie histoire d’une vie harmonieuse des Juifs et des Arabes en pays arabes. L’historien qui dévoile la réalité douloureuse de cette cohabitation met en péril son déni confortable. Suivant le bon mot de John Ford, il préfère la fiction à la vérité.

C’est encore le CCIF (accompagné de son poisson pilote), association aujourd’hui interdite, rappelons-le, qui portera l’affaire en Cassation. Des autres associations, ne restera que la LDH, pour sa grande honte. Ce pourvoi sera rejeté le 17 septembre 2019. Même si elles n’ont pas obtenu des tribunaux ce qu’elles attendaient d’eux – la sanctification juridique du déni – perdre, pour ces associations, n’est pas un gros problème puisque, au final, il restera toujours quelque chose de leur suspicion infamante. Elles auront épuisé le moral et les finances de celui qu’elles ont poursuivi et ruiné sa réputation professionnelle et morale, tout en envoyant un message aux imprudents qui se risqueraient à révéler des vérités interdites […]

[Extraits d’un résumé ci-joint de Mme Tribalat]

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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16 commentaires pour Lecture: Un exil français – un historien face à la justice – Georges Bensoussan, l’Artilleur, septembre 2021 (présentation de Mme Michèle Tribalat)

  1. Georges dit :

    Bientôt l’exil français ….de Georges Dupont…

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  2. Meute intellectuelle ? Rien de nouveau sous le sommeil. Augustin Cochin : « La république des lettres », simple allégorie en 1720, est devenue vers 1770, grâce à Voltaire et aux encyclopédistes, une fort tangible réalité. Le règne des salons et du persiflage élégant est fini. Celui des Sociétés de pensée et du philosophisme commence. Les « Cacouacs » ont suivi les conseil de leur vieux maître. Ils ont formé un « corps d’initiés », une « meute », pour faire la chasse à l’« infâme » avec un acharnement qui trouble quelque peu la majesté du Parnasse français. M. Roustan, dans son livre sur Les philosophes et la Société française au dix-huitième siècle, a fort justement insisté sur la formation de la « secte » philosophique vers 1760, et ce qu’il appelle le « clergé laïc ». Elle règne à l’Académie sous d’Alembert, dispose de la censure par Malesherbes, fait interdire les livres de ses adversaires, et jeter les auteurs à Vincennes et à la Bastille, répand sur l’opinion et sur le monde des lettres une sorte de terreur sèche.

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  3. Freddie dit :

    Ça donne vraiment envie de quitter le pays.

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  4. Gribouille dit :

    Je me demande laquelle de ces deux phrases est la plus proche de la réalité :
    – si les habitants des « territoires perdus de la République » n’avaient pas d’hostilité culturelle envers les juifs, tout se passerait bien dans ces quartiers
    – si les baby-boomers étaient moins passionnés (*) par la période de l’Occupation, ils auraient conçu une politique migratoire plus raisonnable.

    J’invite les éventuels baby-boomers repentis, ou sentant qu’ils ont peut-être un petit problème, à lire le livre de Romain Gary (compagnon de la Libération), Chien Blanc.

    (*) au sens de : aveuglés, abordant la période par leurs passions plutôt que par la raison, par la connaissance historique.

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  5. Raymond dit :

    LE CAVE SE REBIFFE ? !

    Bonjour monsieur,
    Bonjour à toutes et à tous.

    De prime abord, ma plume voulait vous indiquer un hors sujet, pour ma sélection, 

    https://www.bvoltaire.fr/les-anti-passe-ils-devraient-se-cacher-dans-leurs-caves/

    Lorsque, issu des profondeurs des caves, un éclair de réflexion a décliné une nouvelle luminosité sur ma proposition. Celle-ci me pousse bien au contraire à vous spécifier une totale et pleine corrélation, non sur la forme, mais sur le fond avec celui de votre contenu.
    Et , le lien probant de mon affirmation, trouve sa force et prend figure dans le terme et l’expression de la  » Haine « .

    Pour Mr. Bensoussan comme pour nos A.P., le malheur n’est pas d’exprimer ce qu’ils constatent et pensent. Mais, de penser et constater, pas comme une certaine caste le désire et le souhaite.
    Justement, par leurs titres et/ou fonctions, nos pauvres despotiques thuriféraires se nimbent d’illusoires pouvoir pour couvrir d’opprobre quiconque ose leur déplaire par l’acte ou la parole. Utilisant le privilèges de leurs position à détruire plutôt qu’a construire, à briser plutôt qu’à rassembler, ils portent en eux, les hypothétiques (car individualistes) et éphémères (car le peuple est souverain) limites de leur œuvre. Point !

    Rassembler & Reconstruire.

    Voilà une voie …_

    Cordialement.

    LIBER OPPRESSO ?
    OUVREZ LA VOIE !

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  6. Gerard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Je pense que les pouvoirs publics (de l’Etat jusqu’à la commune) distribuent trop abondamment, trop vite et sans grand contrôle à priori et à postériori, des centaines de millions d’euros d’argent public à des associations que je qualifierai poliment de « fantaisistes » qui permettent à des crapules, des fumistes et des haineux de vivre confortablement en se moquant de ceux qui les nourrissent et surtout des Français.
    Nous en avons des exemples tous les jours et celles et ceux qui en sont victimes, souvent à tort, deviennent le reste de leur vie, les parias de la société.
    C’est tout simplement révoltant.
    Les aides des pouvoirs publics ne doivent plus être distribuées quasi systématiquement et devraient faire l’objet annuellement et préalablement au versement des sommes concernées à un bilan et examen scrupuleux des élus.

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  7. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Comme quoi, en France, on peut aussi être un intellectuel de renom, connu pour ses travaux et – loin de se retrouver aux portes du pouvoir suprême – être condamné à vivre en paria dans son propre pays !

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  8. Il y a dans notre pays du racisme anti arabe, un fort ressentiment légitime anti islam, de l’anti catholicisme revendiqué, du racisme anti noir, du racisme anti blanc. Et un regain d’antisémitisme. Les années à venir vont être compliquées d’autant plus que les chefs d’état désormais n’ont pas connu la seconde guerre mondiale. Soixante seize ans de paix c’était bien.

    Aimé par 1 personne

  9. Tracy LA ROSIÈRE dit :

    C’est dire que pour en revenir à une société apaisée du vivre-ensemble, il y aura du chemin (perdu) à rattraper…
    Toutes ces associations qui profitent des ressorts victimaires actuels, de l’effondrement d’une société à bout de souffle et des arcanes administratives, participent à la patiente destruction de ce que nous sommes et voulons rester.
    Faire taire celui qui dit ce qu’il voit s’apparente, à mon sens, aux petits remplacements multiples et variés qui, selon la thèse de Renaud Camus, alimentent le « Grand Remplacement » en cours et parfaitement visible par qui veut bien voir ce qui se passe dans notre pays.

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  10. roturier dit :

    Georges Bensoussan a été effectivement la cible d’un « djihad judiciaire ».
    Dans son cas la tentative d’intimidation (pour ne pas dire l’attentat…) a échoué : il fut relaxé par trois instances consécutives, dont la Cour des Cassations, suprême tribunal de France.

    Mais de là à le considérer comme victime innocente de poursuites, il y a une marge.
    La phrase ayant déclenché la procédure à son encontre, prononcée par lui dans l’émission radio en question, n’avait rien d’un incident isolé. Elle s’insérait dans un flot permanent de critiques de sa part sur les effets (néfastes, évidemment) de la forte présence islamique en France.

    C’est qu’il menait, depuis des années, une campagne (antimusulmane voire islamophobe, disaient ses détracteurs) dont la première salve est restée célèbre : le livre « Les territoires perdus de la République » dont il fut, sous pseudonyme, rédacteur principal.

    Simultanément, en sa qualité d’historien, il contestait le récit fréquent d’une coexistence pacifique, pendant des siècles, entre Juifs et Musulmans en terre d’Islam.
    Sa version du récit parle d’antisémitisme viscéral musulman, de persécutions à l’égard des Juifs par leurs voisins musulmans, voire de « pogrom »…

    Il était donc une cible de choix à une attaque judiciaire en « islamophobie » ; mais la raison principale en était toute autre.

    Bensoussan portait aussi, pendant un quart de siècle, la casquette d’historien en chef du Mémorial de la Shoah ; incompatible avec celle d’ « islamophobe ».
    CAR elle permettait de le décrire comme « victimocrate » juif, cherchant à capitaliser, par tous les râteliers, sur un récit de souffrances ET à conforter la raison d’être de l’Etat d’Israël par ce récit.

    Ses casquettes se discréditaient réciproquement ; il est devenu nuisible aux deux.
    D’où des rapports conflictuels avec son employeur le Mémorial de la Shoah qui finirent par son éviction (officiellement mise à la retraite à 66 ans).

    Le tout sur fond (très) sonore de récriminations mutuelles dont je vous fais grâce.

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  11. dodo dit :

    Tout ceci laisse un très sale goût dans la bouche, peut-être le dégoûtement de ce qu’est devenue la France du fait qu’elle héberge cette « meute » d’associations tellement… dégoutantes.

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  13. Sganarelle dit :

    Peut- on faire un parallèle avec ce qui se passe de nos jours où on tente par tous les moyens de discréditer et faire interdire les livres ou les interventions de ceux qui «  dérangent »?
    De tous temps la censure a existé mais il semble qu’elle soit assez dominante pour nous faire adopter des déboulonnements de statues autodafés de livres et attaques judiciaires diverses ,, le tout dans le but de préparer à un changement profond de société et de civilisation.

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  14. H. dit :

    Bonjour Maxime,

    Voilà à quoi conduit des textes mal-ficelés, généralement inutiles, adoptés en catimini par un ersazt de parlement sous la pression de lobbies liberticides. Les lois dites mémorielles sont au sommet de ce blougui-boulga indigeste. Curieux d’ailleurs que Alain Finkielkraut dispose encore d’un temps d’antenne.

    Bonne journée

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  15. On retrouve la même ambiance de chasse en meute à propos du COVID et de la ”vaccination”.

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