Bac à 95%, l’hypocrisie nationale

Et si le mal le plus profond du pays, celui qui conditionne tous les autres maux était son déclin intellectuel? Longtemps, le bac avait un sens. Expression de la méritocratie républicaine, il récompensait le sens du travail et les qualités personnelles d’une génération de jeunes gens et filles. En 1950, les bacheliers étaient autour de 5% d’une classe d’âge. Dans les années 1970 ou 1980, 20 à 40% d’une classe d’âge. Le bac, il fallait aller le chercher, il ne venait pas tout seul. Il ouvrait des perspectives sérieuses en marquant une étape vers l’accession aux études supérieures et à une carrière désirée. 95% de réussite au bac est le fruit d’un choix idéologique délibéré, de nivellement par le bas des gouvernements précédents, violemment amplifié par l’actuel. A cause du covid? Mensonge. La pandémie n’a fait qu’accélérer un processus déjà engagé.  Le contrôle continu comme le supposé grand oral, bref, la « réforme du bac », se traduisent aujourd’hui dans la réalité. 95%? Par effet de cliquet démagogique, jamais on ne reviendra sur un bac bradé à 95% On ira même plus loin: pourquoi pas 100%? Or, ce nouveau bac n’a strictement aucun sens. Une belle hypocrisie nationale, une de plus. L’euphorie en Marche. En donnant, en offrant le diplôme aux jeunes gens et filles, on se moque d’eux en leur faisant croire à une réussite qui n’existe pas. Ils seront les premières victimes de la démagogie. On accélère la paupérisation, le surpeuplement et le sinistre des universités au profit des grandes écoles élitistes et coûteuses qui s’adressent pour l’essentiel aux milieux les plus aisés. La sélection, qui ne se fait plus par le mérite personnel, s’accomplira par l’argent et par les réseaux claniques ou familiaux. Par un terrifiant paradoxe, la politique de nivellement par le bas, au coeur de l’idéologie dominante, favorise les réseaux, le népotisme et la ségrégation par la fortune. Sous prétexte de plaire aux jeunes, on se moque d’eux. Au moins en finir avec un leurre hypocrite. Il faut supprimer un bac devenu une coquille vide et autoriser les universités, comme aujourd’hui les IEP  (science po), les IUT ou les grandes écoles – bref, tout ce qui fonctionne à peu près – à introduire un examen d’aptitude et de motivation à l’entrée. Voilà une authentique réforme, évidente, utile et courageuse. Mais comme il faut du courage – un minimum de courage – voilà une réforme se fera probablement jamais.

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

47 commentaires pour Bac à 95%, l’hypocrisie nationale

  1. Gil dit :

    On doit bien être le seul pays où il faille faire vraiment un effort pour rater le bac. Quelle petaudiere nauséabonde.

    J'aime

  2. Sganarelle dit :

    « Il convient que la populace soit éduquée et non instruite ».disait Voltaire. Il ajoutait en finale «  quand la populace se mêle de raisonner tout est perdu »
    Si elle est instruite elle réfléchit elle discute elle s’insurge..et c’est sans doute la sagesse de la laisser dans une confortable ignorance . Sans doute est-il plus facile de la manipuler , mais sommes nous bien certains que la communication moderne et les moyens médiatiques ne manipulent pas tout autant notre peuple qui se veut instruit’?
    Dommage que la république qui aime à citer ce philosophe oublie opportunément une grande partie de ses écrits, nul doute que les démolisseurs de statues iraient actuellement vandaliser son image de raciste impénitent..
    L’intellectuel, le raisonneur, le critique est la plaie des gouvernants , peut-être qu’en cessant d’´instruire une partie de la population leur gouvernement sera plus facile ? Ce sont les philosophes des lumières qui ont apporté la révolution en posant leurs questions existentielles et qui de nos jours ne sont pas encore résolues ..
    L’éducation est une bonne chose ..l’instruction c’est une autre histoire…

    J'aime

    • Citoyen dit :

      Cela laisse supposer qu’au rectorat, ou au ministère, il y en a qui ont beaucoup d’humour … Ayant été hontectomisés depuis des lustres, il n’ont plus peur du ridicule …

      J'aime

  3. Martin dit :

    Bonjour,

    « Par un terrifiant paradoxe, la politique de nivellement par le bas, au cœur de l’idéologie dominante, favorise les réseaux, le népotisme et la ségrégation par la fortune… »

    Mais pour une politique aux résultats si extrèmes (95%), et poursuivie aussi longtemps, peut-on encore parler de paradoxe?

    Je pense qu’en réalité, du point de vue de ceux qui l’ont conçue et qui l’exécutent assidûment depuis des décennies, cette politique est un succès: l’accès au savoir est restreint à la classe dominante.

    C’est cela qui me terrifie: qu’il s’agisse d’un dessein et non d’un paradoxe, et que personne ne l’ai contrecarré.

    Martin

    J'aime

  4. Papi 2.0 dit :

    « Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple ; s’il ne l’est pas aujourd’hui, il le sera demain. » (Jules Simon 1833)

    J'aime

  5. Madzi dit :

    D’après vous vous Monsieur Tandonnet, toutes ces filles et fils de friqués bardés de diplômes bidons payés cher, que valent t-ils d’après vous ?

    Aimé par 1 personne

    • Anonyme dit :

      qu’entendre vous part ces filles et fils friqués,, ,diplômes bidons ? un concours est toujours difficiles ,cette époques est lointaines ,pour réussir ,il faut beaucoup travailler ,,,,,,

      Aimé par 1 personne

  6. Georges dit :

    L’identité nationale ,poubelle mais pas la médiocrité universaliste.

    J'aime

  7. charles902 dit :

    Bonjour Monsieur Tandonnet

    « …elle ne se fera pas ». Pour beaucoup de cyniques comme moi, il semble que la stratégie gouvernementale est que rien ne se fasse, qu’aucune réforme ne passe plus grâce à des dilutions successives par intégration des opinions des uns et des autres, arrivant à définir une moyenne dans une population non homogène, la moyenne entre le cochon et le poulet.

    Et si ceci sclérose la société, on trouvera bien un moyen de se cacher derrière les choix des régimes précédents et donc des français qui ont voté pour eux…vive la quadrature du cercle!

    Là est la limite de la démocratie: tout vient du peuple mais rien ne peut marcher si les représentants ne sont pas issus des élites.

    J'aime

  8. there dit :

    Une population éduquée, instruite, cultivée voila le socle des grandes nations. Par démagogie de savants gourous ont consciencieusement sapé notre édifice éducatif, celui-là même qui les avait consacrés. Une armée de Trissotins les ont suivis aveuglément, servilement, brûlant sans vergogne les ponts -par eux empruntés- qui permettent d’accéder à la citadelle convoitée du savoir. Quelle pitié ! Et ils ont rétabli l’ordre ancien : mettre un rempart infranchissable entre la plèbe et les « élus », renvoyer les femmes à l’éducation des enfants, rendre le peuple ignare donc dépendant manipulable à loisir . Mais la sape, telle une affreuse mérule ronge désormais la citadelle dans laquelle ces élites croyaient protéger à jamais leur progéniture, il est « amusant » de les voir constater l’étendue de leurs propres dégâts, amère consolation dont je me serais bien passée.

    Aimé par 2 personnes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.