De l’Europe méprisée à l’espoir européen

images[4]Nous sommes profondément européens, parce que le monde a changé et les vieilles nations isolées, qui étaient le coeur de l’univers jusqu’au début du siècle sont appelées à peser de moins en moins lourd dans un mode dominé par de gigantesques empires. Aujourd’hui, nous nous sentons autant, sinon parfois davantage chez nous quand nous sommes accueillis en Italie, au Portugal, en Angleterre, Suisse, en Allemagne, etc… Qui ne ressent une délicieuse bouffée d’oxygène au moment du passage de la frontière et le plaisir d’être à la fois chez soi et ailleurs? L’Europe existe, elle ne s’oppose pas au patriotisme éclairé, ouvert; elle est faite dans les esprits, dans les cœurs, l’Europe de Montaigne, de Pascal, de Shakespeare, de Nietzsche, de Mozart, Brahms, Chopin et Ravel. Elle renaît de l’histoire sachant que les nationalismes purs et durs n’ont été qu’une parenthèse. La vraie question aujourd’hui est celle de l’expression politique de l’Europe. La belle idée européenne, qui est la source de notre avenir, de notre espérance, est bafouée de deux manières. Les institutions européennes, qui ont bien fonctionné et permis des progrès spectaculaires jusqu’au début des années 1990 ont totalement dérapé depuis, engendrant un monstre bureaucratique esclave de ses procédures et de ses normes. L’Europe au sens institutionnel, l’Union européenne, se meurt de son rejet de la démocratie et de l’impression de son mépris du peuple européen. Le mode d’élection du Parlement européen, la proportionnelle, est une offense à la démocratie. Il donne un véritable pouvoir de cooptation aux partis politique et interdit aux citoyens de choisir, au cas par cas, leur représentant. Moi je suis pour une assemblée européenne démocratique, élue par circonscription dans toute l’Europe. Je suis aussi pour une nationalité européenne (incluant le droit de vote des Européens à toutes les élections nationales et un droit d’accès à la nationalité qui soit harmonisé). Et puis, il y a une autre cause de cet échec: l’image de "l’Europe corbeille", corbeille à politicien recyclé que donne la classe politique. On a vu lors de l’élection du Parlement européen les partis politiques désigner les députés battus en France comme têtes de listes. Personne n’a rien dit, mais c’est un pur scandale, produit de l’esprit de caste, une marque de profond mépris de l’Europe, de l’idée européenne. Il est tout aussi anormal que M. Moscovici, ministre de l’Economie ayant échoué en France soit promu commissaire européen. Je n’ai rien contre lui évidemment. Mais je trouve que l’image de son recyclage européen est détestable pour l’Europe, je veux dire pour l’Europe que j’aime et qui porte mon espérance.

Maxime TANDONNET

 

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La folie furieuse

images"Rare chez les individus, la folie est en revanche la règle des groupes, des partis et des époques" écrit Nietzsche dans Par delà bien et mal. Nous sentons bien l’actualité politique française basculer dans la folie. L’étalage des coucheries, les petites phrases insensées qui tournent en boucle, la fureur des lynchages, la perte de tout sens de la dignité, la banalisation des pires saloperies, l’obscénité, le ridicule, partout étalés en grands titres clinquants. La vie publique, de A à Z, semble gagnée par une véritable démence qui fait peur. Comment expliquer un tel phénomène? Les explications de courte vue abondent: l’impuissance publique qui rend fou, la mort du politique, les déchaînements d’ego et de jalousies, la vanité exacerbée, etc… Tout cela est sans doute vrai. Mais pire: nous subissons surtout les conséquences, à long terme, du déclin de l’intelligence, des humanités, de la culture, la disparition des repères historiques, intellectuels, les qualités de bon sens et d’éducation qui sont les fondements de la raison collective.

Maxime TANDONNET

 

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La soupe qui vient

imagesL’actualité politique française n’annonce rien de bien réjouissant dans les années à venir. On peut toujours se tromper mais je ne crois pas trop à une dissolution qui serait suicidaire à la fois pour les députés socalistes et pour le chef de l’Etat lui-même. Non, j’imagine plutôt, hélas, en espérant me tromper, un changement de cap à la suite d’une crise, d’un mouvement de grève, et une gauchisation du discours et de l’action dans les derniers mois du mandat qui d’ailleurs favorisera une nouvelle plongée dans les profondeurs du pouvoir socialiste. Côté opposition se profile une lutte à mort Juppé-Sarkozy, non pas autour d’idées et de projets mais dans la perspective de la conquête du pouvoir élyséen. Je ne crois pas trop non plus à une nouvelle poussée du fn qui cristallise déjà le dégoût de la politique à un niveau très élevé, mais plutôt à une reprise de l’extrême gauche contestataire. Ce qui caractérise l’ensemble des milieux de la politique nationale, c’est la fuite en avant dans le déni du réel. Aux extrêmes, on fustige bien sûr la "mondialisation", l’Amérique, nos partenaires européens qui réussissent grâce à leur travail et leurs efforts (l’Allemagne évidemment), "le capitalisme financier", etc. C’est la vieille technique du bouc émissaire. Dans l’opposition, tout n’est que tactique politicienne, calculs à la petite semaine, haines intestines, rapports de pouvoir. Les problèmes des Français, le chômage de masse (3,4 à 6 millions de personnes frappées), l’exclusion des jeunes du monde du travail, l’effondrement du système scolaire, l’insécurité (voir la petite joggeuse massacrée à Sevran), la ghettoïsation des banlieues: silence, motus. Le monde politique et médiatique, dans un tourbillon de folie, ne bruisse que de mauvais coups, de donneurs de leçon attitrés qui se comportent comme des sagouins, scandales salaces, petites phrases volées ou sorties de leur contexte, lynchages nauséeux… Pas l’ombre d’une idée, d’une prise de conscience… Que du réchauffé, de la mauvaise soupe… On attend un signe d’espoir infime, je ne sais pas, par exemple une trentaine de parlementaires, de différents partis, avec un peu d’imagination, d’autonomie, de courage politique, qui signeraient ensemble les bases d’un programme de rénovation républicaine, quelque chose de ce genre, un appel aux Français. Nous ne sommes pas assez stupides pour espérer un remède miracle; mais juste une petite lueur nous ferait tant de bien… Pour l’instant, niet. Bon, un peu de nostalgie pour finir. C’est vrai, non, elle est belle cette chanson? et tellement prophétique!

http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&ved=0CC4QFjAC&url=http%3A%2F%2Fwww.paroles-musique.com%2Fparoles-Gilbert_Becaud-Tu_Le_Regretteras-lyrics%2Cp7563&ei=IHASVKfpAoXgaPbjgvAC&usg=AFQjCNEiGHcHkuIG6tj_lMHWmHOg2RhN3Q&sig2=u1N9RZLZ-HDdO7QSjWqwiQ

Maxime TANDONNET

 

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Le suicide de la classe politique

imagesOn trouvera ci-dessous ma contribution hebdomadaire au Figaro Vox. Je vois, notamment aux commentaires la critique encourue, celle du relativisme: tous pareils. Pourtant, il ne faut pas raisonner en militant, en supporter – degré zéro de la lucidité – mais tenter de regarder la réalité en face et notamment la défiance globale des  Français envers la politique qui ne cesse de se renforcer, avec juste raison, se traduit par l’abstention et la montée aux extrêmes. La grande manip bat son plein. Franchement, je n’ai aucun engagement partisan, ni d’espoir précis s’incarnant dans untel ou untel, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ni d’étiquette. Désolé, c’est ainsi… J’aimerais seulement, à mon infime niveau, continuer à ouvrir des échanges contribuant à apporter une minuscule lueur dans le brouillard qui enveloppe la vie collective nationale, le climat dégénéré de manipulation, de propagande et de mensonge qui tente de s’emparer des esprits. Essayer de dénoncer la grande imposture, que faire d’autre à ce stade?

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/09/09/31001-20140909ARTFIG00215-thevenoud-trierweiler-assistons-nous-a-l-autodestruction-de-la-politique.php

Maxime TANDONNET

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Projet de révision constitutionnelle

imagesDans la continuité de mon billet d’hier, voici la révision constitutionnelle que je proposerais, avec en gras, les ajouts nécessaires:

ARTICLE 5.

Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État.

Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, et du respect des traités, de l’unité et de l’avenir de la Nation.

Il nomme le Premier ministre, responsable devant lui et devant l’Assemblée nationale. Ce dernier est seul chargé du gouvernement quotidien du pays, dans le cadre d’objectifs généraux définis par le président de la République et communiqués à la Nation une fois par an.

Au service de la France, il s’abstient de toute activité ou prise de position partisane.

ARTICLE 6.

Le Président de la République est élu pour cinq sept ans au suffrage universel direct. Son mandat n’est pas renouvelable. Dans l’année qui suit la fin de la première moitié de son mandat, il engage sa responsabilité dans le cadre d’un référendum.

Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.

Bon, ce n’est pas parfait, mais c’est juste un début de réflexion. Qu’en pensez-vous?

Maxime TANDONNET

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VIème République ou retour aux fondamentaux de la Vème?

588945Le dramatique fiasco de la classe politique ne se limite pas, loin de là, aux seuls socialistes, même s’ils font encore pire que les autres et conjuguent à l’échec une insupportable tartufferie. Le déclin est une constante depuis une quarantaine d’années. La politique ne parvient pas à régler les problèmes des Français, notamment le chômage, de 3,4 millions à 6 millions de sans emplois, l’insécurité, l’autorité de l’Etat, l’Education. D’où l’abstention massive aux élections et la poussée du vote protestataire, le rejet du politique par 78% de l’opinion (sondage CEVIPOF). Or il n’y a pas de fatalité quand on voit l’exemple de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. Changer les institutions ne réglera pas tout car le mal est plus profond, ancré dans la société française, mais au moins donnera un signal: tout commence par la tête. Il ne faut pas créer une Sixième République: modifier tous les demi siècle en moyenne le numéro de la République est une pratique ridicule aux yeux des autres pays. Mais changer les institutions par une réforme profonde de la Vème République, pour revenir à ses fondamentaux est évidemment indispensable et doit être la première tâche de la future majorité. Il faut en finir avec le délire présidentialiste qui rend fou les politicards français, de l’extrême droite à l’extrême gauche, un peu comme les moucherons dans la lumière d’un phare. Le chef de l’Etat doit être élu pour 7 ans, non renouvelables, s’engager à rompre tout lien partisan, se mettre au service de la France en faisant abstraction de toute attache idéologique, partisane, exercer un rôle d’arbitre, de guide de la Nation, de référence, incarner l’unité nationale, dans la discrétion et la modestie. Il faut impérativement en finir avec la présidence touche-à-tout, politisée et surmédiatisée qui aboutit à faire de l’Elysée le défouloir de la France entière, surtout si le chef de l’Etat n’est pas à la hauteur de la fonction, ni moralement, ni politiquement. La personnalisation excessive du pouvoir autour du chef de l’Etat est une folie qui conduit le pays à la catastrophe. Le Premier ministre, sous le contrôle du Parlement, donc avec possibilité d’être renversé en cas d’échec, doit redevenir comme le prévoient les articles 20 et 21 de la Constitution, l’unique responsable du gouvernement du pays. De même, il est urgent de replacer le Parlement au centre de la légitimité démocratique face au Conseil constitutionnel qui aujourd’hui détient l’essentiel du pouvoir normatif (une loi sur deux font l’objet d’une censure) alors qu’il n’est pas élu. Nous devons aussi faciliter l’usage du référendum, comme aux Etats-Unis, en Suisse, en Italie pour mettre fin au sentiment de fossé entre le peuple et les élites. En 2017, il n’y aura pas de tâche plus urgente que de refonder la République et la démocratie françaises.

Maxime TANDONNET

 

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L’imposture

imagesP9T33NRYPlus d’une fois nous avons dénoncé sur ce blog la tradition de la gauche socialiste d’utiliser le FN pour gagner les élections et s’incruster au pouvoir.

http://maximetandonnet.wordpress.com/2013/10/11/un-calcul-risque/

Nous assistons semble-t-il en ce moment à un phénomène nouveau. Les personnalités politiques de droite sont à leur tour en train de s’approprier le spectre du FN comme outil de leurs règlements de compte et batailles internes.  Alain Juppé a placé sa candidature aux présidentielles sous le signe de "la croisade contre le FN". Les déclarations de proches de Nicolas Sarkozy donnent à penser qu’ils souhaitent le voir se présenter en "rempart" contre le parti lepéniste. Manuel Valls ne cesse lui aussi de se présenter en chantre de la lutte contre ce mouvement.

Ce dernier servirait ainsi de marche-pied aux politiques de droite comme de gauche dans la course à la conquête de l’Elysée. Pourquoi? Il est difficile pour les partis qui se sont succédé au pouvoir d’évoquer les préoccupations profondes des Français, comme le chômage qui frappe 3,4 à 6 millions de personnes. Après tant d’échecs, de promesses bafouées, la parole publique n’est plus crédible. Alors, on voit bien ce qui se passe: centrer le discours sur la lutte contre le "risque extrémiste", pour éviter d’avoir à traiter des questions qui fâchent, des réformes nécessaires, forcément douloureuses, et de l’avenir de la France…

Cette attitude est pleine d’ambiguïté. En plaçant le parti lepéniste au centre de la vie politique, comment ne pas mieux le conforter? La vérité, chacun la connaît: la poussée lepéniste dans les sondages et la succession d’enquêtes donnant  Mme le Pen en tête du premier tour, si longtemps à l’avance, a une signification limitée, traduisant sans doute un rejet et dépit face à la classe politique plus qu’un véritable phénomène d’adhésion solide et durable. Avant 2012, les sondages de ce genre pullulaient déjà, et d’ailleurs plus crédibles car bien plus proches de l’échéance. On sait ce qu’il en est advenu…

http://www.leparisien.fr/election-presidentielle-2012/2012-un-nouveau-sondage-donne-marine-le-pen-au-second-tour-27-03-2011-1379903.php

Un parti isolé, sans véritable programme cohérent, rejeté par 70 à 80% des Français comme le révèlent d’autres enquêtes d’opinion, sans ancrage de terrain, sans soutien dans la société civile, incertain sur la ligne à suivre (entre "rejet du système" et souhait de cohabitation avec le pouvoir socialiste), n’a guère de chance d’accéder au pouvoir. Tout le monde le sait. Et puis nous ne sommes plus dans les années 1930: l’environnement idéologique, économique, technologique, planétaire, européen n’a bien entendu plus rien à voir. Il n’existe évidemment pas plus de danger "fasciste" que de danger communiste.

Cependant, les politiciens roublards, aujourd’hui de droite comme de gauche, ont bien vu quel usage faire du mouvement lepéniste dans leurs batailles d’ambition à venir. Tout cela procède du même et constant état d’esprit, à l’œuvre depuis tant d’années: prendre les gens pour des cons. Telle est l’erreur fondamentale de la classe politique: les Français ne sont pas stupides, ils se rendent compte de ces manœuvres débiles et dérisoires et le dégoût de la chose publique ne cesse de s’amplifier (78% des Français ont une image négative de la politique selon CEVIPOF janvier 2014). Ils n’attendent pas de solution miracle mais simplement un discours de vérité et de maturité, et qu’enfin, ces messieurs et dames, de gauche comme de droite, les respectent et cessent de les prendre pour des zozos. Le politique ne peut combattre efficacement le FN qu’en montrant une volonté déterminée de s’attaquer aux malheurs des Français, et pas en faisant de ce parti le centre de gravité de la vie politique. C’est tellement évident.

Maxime TANDONNET

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Face à la honte

sans-titreAvant hier soir, j’ai reçu un SMS étrange, d’une personnalité politique que je ne connaissais pas et dont j’ignore, une fois de plus, comment elle disposait de mon numéro de téléphone: "Ne désespérez pas de la politique". Oh, je n’en suis plus à désespérer. Simplement, j’ai honte de l’image que la classe politique donne du pays. Car enfin, un président qui n’est même pas à mi-mandat et qui éprouve le besoin d’annoncer "qu’il ne démissionnera pas", qu’on le veuille ou non, ce n’est pas très bon signe… Tous ces sondages sur les présidentielles, 3 ans à l’avance, sont d’ailleurs d’une profonde débilité et ne servent qu’à ridiculiser un peu plus notre pays. Le monstrueux matraquage médiatique en faveur de le Pen pour achever de paralyser le système politique et empêcher une alternance me révulse au plus au point: la stratégie du pire. Le combat de petits coqs annoncé pour les trois années à venir en vue des présidentielles est d’une bêtise, d’une puérilité qui frisent la démence. L’histoire de ce député socialiste, devenu ministre, spécialisé dans la lutte contre la fraude fiscale, qui démissionne au bout de 9 jours pour n’avoir pas payé ses impôts, est un cas d’école: la bonne conscience hypocrite des donneurs de leçon, la sociale-tartufferie. Pas un projet, pas une idée, pas le moindre signe d’une prise de conscience. Ivres de leur ego, pas très intelligents, souvent produits d’un système clanique ou familial, prétentieux, ils vivent dans une bulle, et ne se rendent plus compte de rien. Et pourtant, notre chère France continue vaille que vaille, sans classe politique digne de ce nom. Les trains partent à peu près à l’heure. Au marché de ma banlieue, on trouve de tout car il y a des commerçants qui se lèvent à 3 heures du matin pour s’approvisionner à Rungis. Tiens, je vais y aller dans 5 minutes, pour papoter avec eux, mon bol d’air frais du samedi matin. Les policiers patrouillent, les lycées et les collèges tournent vaille que vaille et il reste des préfets, ambassadeurs, magistrats, généraux qui tiennent l’Etat, des entrepreneurs assez audacieux pour recruter et investir, malgré la puanteur de l’environnement politique. Il n’y aura pas de révolution, les Français n’ont plus le goût du sang, heureusement, et surtout, il ont autre chose à faire; mais une révolte silencieuse, pacifique, par le mépris, l’indifférence, et le sourire face au ridicule.

Maxime TANDONNET

NB: plus le temps passe, plus je réfléchis, et plus je me dis que la dérive présidentialiste du régime politique français explique une partie de la catastrophe que nous vivons. Il faut revenir aux sources de la Ve République, un chef de l’Etat élu pour 7 ans, au mandat non renouvelable, chargé de la politique étrangère et de défense, garant des institutions et de l’intégrité du territoire, guide moral de la Nation, qui nomme le Premier ministre responsable devant le Parlement et seul chargé de gouverner le pays; un chef de l’Etat  auquel il serait strictement interdit de s’ingérer dans la politique quotidienne.

 

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5 septembre 1914, Charles Péguy

220px-Charles_peguy[1]La puanteur d’en bas (de l’actualité politique) devient insoutenable. Alors, restons sur les hauteurs pour parler de Charles Péguy, dont le 5 septembre 2014 est le centième anniversaire de la mort sur le Front. Le personnage représente une référence, un modèle pour une catégorie de Français, sans doute minoritaire, silencieuse. Il incarne un patriotisme intelligent et modéré, non fondé sur la haine de l’autre, les valeurs du christianisme, le rejet de toute forme d’extrémisme, fustigeant l’antisémitisme à une époque où celui-ci sévissait dans une large partie de l’opinion (droite et gauche), la défiance envers le culte de l’argent, chantre du travail consciencieux, de la tradition, des valeurs de loyauté, de modestie, et de discrétion… J’ai lu toute son oeuvre, en prose et en poésie dans la Pléiade. Impossible à résumer, mais voici quelques citations, relevées dans mes lectures:

-Dans le monde moderne, c’est l’ingratitude qui est rituelle; c’est elle qui est devenue comme un devoir, une obligation, presque une fidélité.

- Une capitulation est essentiellement une opération par laquelle on se met à expliquer au lieu d’agir. Et les lâches sont des gens qui regorgent d’explication.

- Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte.

- On n’a pas le droit de trahir les traîtres mêmes. On n’a jamais le droit de trahir. Les traîtres, il faut les combattre, pas les trahir.

- On ne remplace personne. On ne remplace rien. Tout est irréversible.

-Tout partie vit de sa mystique et meurt de sa politique.

A lire, la biographie passionnante d’Arnaud Teyssier, chez Perrin. sans-titre

Péguy est aussi l’auteur de poèmes sublimes dont celui-ci, que j’avais déja saisi sur ce blog. Bonne lecture!

http://maximetandonnet.wordpress.com/2013/10/28/oh-ma-fille-la-nuit/

Maxime TANDONNET

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4 septembre, la République

sans-titreJe ne suis pas bien sûr qu’on enseigne encore cette belle date dans les collèges et les lycées. Je vais la tester ce soir sur mes enfants… Le 4 septembre 1870, la République est proclamée à l’Hotel de Ville par une poignée de grands Messieurs, Jules Simon, Jules Favre, Léon Gambetta, Jules Ferry. Elle est d’abord un corps de valeurs: l’intérêt public avant tout, le désintéressement, la volonté générale, le rejet de toute personnalisation du pouvoir, culte de la personnalité, des privilèges, jeux courtisans, histoires de famille en politique, respect du peuple et suffrage universel comme unique source de l’autorité… La République vécue non pas comme l’antithèse de la monarchie, mais comme un mode de comportement dans la vie publique, ne serait-elle pas notre unique planche de salut et espoir de sortir du marasme actuel? Je ne résiste pas à la tentation de ce Chant du départ, l’hymne républicain par excellence. Un peu d’air frais nous fera du bien!

http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&cad=rja&uact=8&sqi=2&ved=0CCwQtwIwAQ&url=http%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3Dfeh7Anvwd_w&ei=saUIVOLiCJDeap_5gIgI&usg=AFQjCNFBZu20XY-6yfCbUaOtv6Y89LXvgw

 

 

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Une abomination (suite)

imagesJe vous demande pardon, si beaucoup de monde n’est pas d’accord, je dis uniquement ce que je pense. "Les sans dents", ce sont des mots qui tuent définitivement l’image d’un homme, et d’un chef de l’Etat. Ce sont des mots qui valent un couperet de guillotine, qui condamnent à mort. Or, il n’y a aucune preuve qu’ils ont été prononcés, aucune indication sur le contexte, le sens, les circonstances. On sait de quoi un conjoint s’estimant humilié est capable (voir les photos diffusés sur la Toile). Et pourtant, ils sont en train de déferler comme un incendie détruisant tout sur son passage. Je ne suis pas en train de défendre le président Hollande, mais un minimum de dignité et de justice. L’expression meurtrière est récupérée et surexploitée par les charognards démagogues sans même que l’on se demande si elle a réellement été dite. Le coup est parti. Le combat politique, le débat d’idées est définitivement enterré. Ce n’est pas l’image de Hollande qui est en cause. Il est maintenant à peu près sûr qu’il ne fera pas un second mandat. Ce n’est même pas l’image de l’institution présidentielle, à mes yeux déjà discréditée, bafouée, à bout de souffle, dans sa version issue du quinquennat et de la présidentialisation du régime. Non, c’est l’image même de la politique, de l’idée d’un destin commun, de la possibilité d’un débat d’idées et d’un projet collectif. Il y a eu les séismes, DSK, Cahuzac, etc. Désormais, c’est le cœur de l’Etat, l’Elysée, qui est frappé par la foudre.

Maxime TANDONNET

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Réponse à Loïc Le Clerc, de Marianne

9782081336612J’ai beaucoup apprécié le long compte rendu de Loïc Clerc, de Marianne, concernant mon livre, Au coeur du volcan - Flammarion. Il est ambigü à souhait. Tout en fustigeant mon ouvrage et en le tournant en dérision, il choisit explicitement d’en parler à la place du livre de Mme Trierweiler qui accapare l’attention des médias, et par la même, rend un bel et singulier hommage Au coeur du volcan. Pile ou face? Sa critique principale porte sur la manière dont je parle de l’ancien président, qui selon lui, confine à l’idolâtrie: "Sarko, mon héros". En vérité, je lui en suis reconnaissant car il prouve bien par là-même que mon ouvrage n’a rien de déloyal, contrairement au reproche qui m’a été fait… Dommage, je crois qu’il passe à côté de l’essentiel, c’est-à-dire la crise du pouvoir politique. Il y a un point sur lequel je suis particulièrement en désaccord avec lui et sur lequel je voudrais répondre. Cet article m’accuse de ne pas aimer les journalistes. Rien n’est plus faux: j’ai une profonde et sincère estime pour le métier d’informer et l’aurais probablement choisi si je n’avais pas été aspiré par les concours de la fonction publique. Cependant, c’est vrai, je suis choqué sinon révolté par les articles qui ne sont pas destinés à apporter une information mais à insulter, lyncher, ou traîner dans la boue. D’ailleurs, je n’appelle pas cela du journalisme. J’ai trouvé détestables, non pas les critiques, mais les injures envers  le président Sarkozy, du genre "le voyou de la République". Qui ne l’eût pas été de voir son "patron" traité de la sorte? Je raconte dans mes carnets l’émotion ressentie à cette découverte, ce qui est assez logique puisque j’y rend compte de mes sentiments au jour le jour.

http://www.marianne.net/En-attendant-que-le-volcan-Sarkozy-s-eveille_a240970.html

Maxime TANDONNET

 

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Une abomination

imagesLe livre publié demain par Mme Valérie Trierweiller est une abomination. Dévoiler ainsi à la France entière les dessous d’un drame conjugal pour humilier son ex conjoint est un comportement ignoble. M. Hollande est un président assassiné. Son image déja au plus bas, ne pourra jamais se remettre de telles révélations. La "capacité d’indifférence" dont François Mitterrand s’était fait le chantre vient d’exploser en plein vol. Le président est à l’évidence un homme meurtri, accablé, au bout du rouleau. Il n’y a aucune raison d’en ricaner ou de s’en réjouir. Hollande, comme tous ses prédécesseurs, est arrivé à l’Elysée ivre d’orgueil et de fierté: premier Français. Désormais, le chef de l’Etat apparaît comme pataugeant dans l’humiliation. Mais ce n’est pas seulement Hollande qui est frappé, c’est l’institution présidentielle. Après trente ans de descente aux enfers progressive, elle atteint le fond de l’abîme. Il est inconcevable qu’elle puisse s’en remettre un jour. Le successeur de Hollande, dans quelques mois s’il démissionne – ce que je ferais à sa place – ou dans trois ans, glissera forcément dans la mare du sang de l’actuel chef de l’Etat assassiné. Qu’il s’appelle Juppé, Valls, Fillon, Sarkozy, voire même, au point ou l’on en est, le Pen, je vous en donne ma parole, son sort sera encore pire que celui de l’actuel président. Un jour cela finira dans la folie ou le suicide. Il faut revenir à la République, nous n’avons pas d’autre choix, mettre fin à la sur personnalisation du pouvoir, rendre un caractère collectif et anonyme au gouvernement du pays et à tout le moins modeste. Je n’ai rien contre les héros et les sauveurs, mais face à des évènements particuliers, éphémères, jamais dans la durée et imbriqués dans le marbre des Palais. L’œuvre du Général, la Vème République, qui reposait sur le prestige présidentiel, a été trahie, bafouée, martyrisée. Mme Trierweiller vient de lui porter un coup de grâce. Il faut inventer autre chose, reconstruire la démocratie française, sinon, le cadavre de la Vème République va entraîner la France entière par le fond comme un boulet.

Maxime TANDONNET

 

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Haut fonctionnaire et ministre

sans-titreCi-joint ma dernière tribune au Figaro Vox. Il me semble qu’avant d’accabler un ministre, du fait de son âge, de son cursus, de son image, il faut attendre de l’avoir vu à l’œuvre et ne le juger que sur son bilan. Sinon, en est dans la logique du préjugé. Les gouvernements du général de Gaulle qui ont transformé la France, surtout le premier, comportaient de nombreux hauts fonctionnaires non élus. Un ministre doit être désigné en fonction de sa personnalité, de sa compétence, de sa force de caractère, de son  bon sens, et non d’après son étiquette ou son statut. Bon. Je dis ce que je pense, ensuite, le débat est ouvert… (photo de Pierre Guillaumat, ingénieur, ministre de la défense du cabinet de Gaulle en 1958).

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/09/02/31001-20140902ARTFIG00208-emmanuel-macron-a-bercy-faut-il-deplorer-un-retour-de-la-technocratie-au-gouvernement.php

Maxime TANDONNET

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L’absurde en politique

3024segui_bucoliqueLa vie politique française sombre dans l’absurdité au sens d’Albert Camus, le non-sens. Manuel Valls a eu un beau geste intelligent et courageux, devant le monde de l’entreprise, en proclamant, "j’aime l’entreprise" et en annonçant des mesure de libération des énergies, sur les seuils, le temps de travail, les charges. Et puis le lendemain tout juste, devant le partis socialiste, il déclare: "je suis socialiste". Or, que veut dire le mot socialiste? Laissons la parole à Jean Jaurès, le père du socialisme français: "Oui, il y a une conception commune à laquelle ont abouti les socialistes de toutes les écoles et de tous les pays [...] C’est de remplacer ce qu’on appelle le capital, c’est-à-dire la propriété privée des moyens de production, par la propriété sociale commune ou collectiviste des moyens de production" (juillet 1897). La contradiction est flagrante. Mais le ponpon revient au Front national. Sa présidente, Mme Le Pen, a déclaré hier dans une interview au Figaro que son parti était "prêt à un gouvernement de cohabitation avec François Hollande". Ainsi, une formation qui préconise des mesures extrêmes comme la sortie de l’Union européenne (le programme parle d’appliquer "l’article 50" du traité), propose ses services pour collaborer avec un chef d’Etat dont la politique est exactement à l’inverse de ces propositions. On passerait donc de la critique de "l’UMPS" à l’émergence d’un axe au pouvoir "FN-PS". La presse voit dans cette intervention une "opération de communication" destinée à présenter le fn comme un parti de gouvernement. Nous voilà donc en pleine logique politicarde: la communication d’abord, au détriment des réalités. Dans cette interview d’une page, Mme Le Pen fustige "l’ultralibéralisme" de la politique du gouvernement. Or, nous vivons dans un pays où les prélèvements obligatoires représentent 47% du PIB (contre 44% en 2010), un record absolu en Europe et dans le monde occidental! "Ultralibéralisme" vous disiez? Pour sortir de ce supposé "ultralibéralisme", à quel niveau de prélèvements obligatoires faudrait-il donc passer selon le fn? 50? 55? 60%? Mais alors, on entre dans le collectivisme pur et simple… Quant à l’UMP, la situation n’est guère plus brillante. On attend en vain une idée, une critique de fond, un début d’esquisse de débat mais non, le mouvement reste désespérément englué dans la logique des compétitions individuelles, à l’image d’un grand parti central, de type troisième force, dépourvu de colonne vertébrale et dont le rôle se limite à celui de tremplin électoral. La cascade des candidatures – présidence ump, primaires, présidentielles – semble absorber tout le reste comme si la politique, vidée de tout sens, se réduisait à des querelles d’ambitions. La faillite de la vie politique française a l’air de s’accélérer.

Maxime TANDONNET

 

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Précisions importantes

9782081336612Ci-dessous, mon interview de ce jour au Figaro Vox

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/08/29/31001-20140829ARTFIG00411-maxime-tandonnet-au-coeur-du-volcan-avec-nicolas-sarkozy.php

Suite à la publication de mon livre, au cœur du volcan, j’ai pu constater la parution sur Internet de quelques commentaires hostiles me reprochant cette démarche, jugée incorrecte ou déplacée. Je souhaite apporter les précisions suivantes:

- Il me paraît honnête de lire le livre avant de le fustiger, et non de se fier à des extraits ou des commentaires de presse. Ceux qui l’ont lu savent qu’il ne comporte rien de désagréable pour l’ancien président, au contraire, mais ne fait que raconter, de l’intérieur, l’immense difficulté de gouverner un pays comme la France. Cela peut être utile pour la démocratie et les débats qui vont s’ouvrir.

- Le livre ne fait que raconter des faits, il ne trahit aucun secret d’Etat, narre une expérience déjà ancienne, qui remonte entre 3 à 8 ans, a profondément transformé ma vision de la vie publique et je ne comprendrais pas pourquoi les compatriotes intéressés par la chose publique n’auraient pas accès à cet éclairage. Ce sont les citoyens qui financent le fonctionnement du pouvoir par leurs impôts et il n’est pas scandaleux qu’ils aient accès à un aperçu de ce qui se déroule l’intérieur de l’appareil d’Etat.

- Je pense pas que sa publication ait un caractère déloyal: il n’y a pas eu de serment de confidentialité ou de secret, personne ne m’a fait de cadeau, ma position professionnelle, je ne la dois strictement qu’aux concours que j’ai passés et à mon travail, en aucun cas à des attitudes courtisanes et des faveurs telles que nominations politiques. Tout le monde a le droit d’écrire un livre sur son expérience personnelle.

- Ma seule crainte est d’être récupéré, avec des citations tronquées, des passages sortis de leur contexte, par des politiciens de partis que je n’aime pas, qu’ils soient  d’une certaine  "gauche socialiste" ou  "droite nationale". C’est un risque démocratique que j’ai choisi d’assumer…

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Au coeur du volcan

9782081336612Je me permets d’informer les visiteurs, lecteurs ou contributeurs de ce blog de la parution aujourd’hui de mon livre, Au cœur du volcan, aux éditions Flammarion. Cet ouvrage se constitue de mon journal de bord que je tenais au jour le jour pendant mes années élyséennes. Il ne contient pas de message ni de projet, encore moins de leçon, mais témoigne de 5 années d’une richesse exceptionnelle de la vie d’un conseiller directement au service du président de la République de l’époque. Totalement factuel, personnel, il ne vise pas à convaincre ni à démontrer mais à informer. Toutefois, je pense, après l’avoir relu, qu’il reflète fidèlement l’effroyable difficulté, sinon la cruauté, de l’exercice du pouvoir. En cela, il peut contribuer à démystifier les discours simplistes ou extrêmes et les démagogies de tout ordre.

Maxime TANDONNET

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L’impasse

11509936-misty-hills-montagne-et-silhouette-hommeC’est du bout du monde et dans des conditions acrobatiques que j’écris ce bref commentaire d’une situation politique inédite. D’abord, je soupçonne les ministres partants, comme il est désormais coutumier en France, de sacrifier l’intérêt du pays à leur plan de carrière politique. J’ai du mal à penser que l’on puisse sincèrement croire en "une autre politique possible" autre que celle du soutien aux entreprises et à l’initiative privée. La vérité, c’est que nous sommes plongés dans l’absurdité. Ce n’est pas de prendre une autre direction qui est nécessaire, mais au contraire, d’aller plus loin dans la libération des énergies et des contraintes à la liberté d’entreprendre et la baisse des charges obligatoires. Qui aura le courage de le dire? Par ailleurs, la situation politique actuelle est sans précédent dans la Vème République. Sous l’effet de la crise et de l’impopularité, nous voyons pour la première fois se lézarder des institutions destinées à mettre l’exécutif à l’abri des secousses. Condamné par l’opinion, radicalement rejeté par l’opposition, désormais  lâché par une partie essentielle de sa majorité (la plus à gauche, ce qui implique ses soutiens naturels, associatifs, syndicaux), le pouvoir se trouve désormais dans une impasse totale et face à la quasi certitude d’un séisme politique majeur qui se traduira soit par une dissolution de l’Assemblée nationale (même si on a du mal à la concevoir), soit par un nouveau changement de  cap majeur qui serait encore plus suicidaire.

Maxime TANDONNET

 

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Sylvain Tesson

sans-titresans-titreEn règle générale, je n’apprécie que modérément la littérature française actuelle dans son ensemble.

Cependant, l’hiver dernier, au coin du feu, perché dans un minuscule chalet au milieu des sapins et des pentes enneigées, je suis tombé sur un délicieux petit ouvrage: "Dans les forêts de Sibérie", de Sylvain Tesson (Gallimard). Il raconte l’histoire authentique d’un jeune quadragénaire, aux prises avec la nature sauvage et la solitude, avec simplicité, humour, gentillesse et talent véritable. Le bon livre n’est rien d’autre que celui qu’on a plaisir à lire, et celui-ci, comme l’ensemble de son œuvre découverte ensuite,  m’a procuré un moment de profond bonheur. J’apprends ce matin que Sylvain Tesson a eu un grave accident, victime d’un traumatisme crânien et plongé dans le coma. Tout en le remerciant pour le plaisir que donnent ses livres, nous ne pouvons que lui souhaiter de tout cœur de s’en sortir…

sans-titreMaxime TANDONNET

 

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Suite inattendue d’une chronique

11509936-misty-hills-montagne-et-silhouette-hommeA mon retour de vacances, j’ai consacré une chronique dans le Figaro vox (ci-dessous) à la question du renouvellement de la classe politique, inspirée par la déclaration de candidature d’Alain Juppé aux présidentielles de 2017. A la suite de ce papier, qui évoquait les noms de plusieurs responsables publics, j’ai eu la surprise de recevoir un appel d’un homme politique de tout premier plan, de la génération Juppé, que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Eve, sur mon téléphone portable. Geste simple et sympathique, me suis-je dis, de la part d’un haut dirigeant politique, de prendre son téléphone pour échanger avec un modeste auteur de ma catégorie… En fait, il m’identifiait visiblement comme un ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy et me soupçonnait de rouler pour ce dernier. (Ce n’est pas le cas, je m’exprime à titre personnel, sans arrière-pensée politique). Sur le ton le plus courtois, il me faisait remarquer que dans une société politique libérale, il incombait à la jeune génération politique de faire ses preuves en s’imposant à l’ancienne (à laquelle il appartenait) par le jeu de la concurrence. J’en suis convenu mais lui ai fait remarquer que dans une société libérale, justement, en tant que citoyen, j’étais en droit de me prononcer en faveur de ce  renouveau de la classe politique française et de l’écrire.  Il m’a suggéré, en gros, de me présenter au suffrage universel plutôt que de donner les leçons (en termes bien plus courtois que ceux-là). Je lui ai répondu que je ne me sentais pas une vocation de candidat mais que cela ne m’empêchait pas de réfléchir à l’avenir de mon pays. J’ai bien senti qu’il n’était pas du tout convaincu… Ensuite, nos points de vue ont complètement divergé. Il m’a expliqué qu’il convenait d’interpréter l’annonce de candidature d’Alain Juppé, qu’il soutenait, comme  faisant partie d’une "équation politique personnelle". Je lui ai dit que justement, selon moi, de mon point de vue de citoyen aussi légitime qu’un autre, "les Français en avaient marre des équations politiques personnelles" et attendaient des politiques uniquement qu’ils se penchent sur leurs problèmes d’emploi, de chômage, de pouvoir d’achat, etc. avant de songer à leurs carrière. Enfin, stupidement, je l’ai prié "de m’excuser si je l’avais blessé". Il m’a répondu gentiment "que je ne l’avais pas blessé et qu’il avait le cuir plus épais que je ne semblais le croire..." Etrange et vivace impression, inquiétante, malgré la sympathie et la courtoisie évidentes de mon interlocuteur, de ne pas appartenir tout à fait au même monde, celui des hauts politiques et celui du commun des mortel dont je suis.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/08/21/31001-20140821ARTFIG00174-alain-juppe-le-dramatique-manque-de-renouvellement-de-la-classe-politique-francaise.php

NB: Je ne donne pas son nom pour ne pas trahir la confidentialité d’une discussion privée… Quant à l’image, elle n’a aucun rapport avec le papier; elle me fait penser à la tristesse de mes vacances finies, c’est tout!

Maxime TANDONNET

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La crise de confiance

 

imagesUn sondage IFOP-JDD révèle que 85% des Français ne font pas confiance à la politique économique du gouvernement. Or, aucun redressement, aucune sortie de crise n’est envisageable sans la confiance. C’est un constat historique, les grands rétablissements de l’histoire ont toujours reposé sur la confiance: Raymond Poincaré en 1922 et 1926, Antoine Pinay en 1952 et 1958 (avec Jacques Rueff), Raymond Barre en 1976. Les entreprises investissent et recrutent quand elles sont portées par une confiance générale dans l’avenir, un climat d’ensemble qui n’est pas seulement économique d’ailleurs, mais lié à la solidité des institutions, la stabilité et l’unité du corps social, la sécurité internationale, un environnement rassurant. Cette confiance, il incombe aux dirigeants politiques non seulement de l’inspirer, mais aussi de l’incarner. Or, les hommes qui représentent aujourd’hui le pouvoir souffrent d’un discrédit qui n’a sans doute pas de précédent historique. Ils se voient confrontés à une contradiction fondamentale: en attente d’une "croissance" que leur seule présence à la tête de l’Etat rend impossible. Pire, aucune alternative ne semble poindre à l’horizon, ni de visage nouveau, ni de programme crédible du côté de l’opposition empétrée dans ses querelles névrotiques. Personnellement, je suis fasciné par la médiocrité de la "relève" qui me paraît tellement insipide, terne, transparente. Une notable exception, celle de Laurent Wauquiez avec lequel j’ai dîné le mois dernier: intègre, gentil, ouvert, lucide… Que demander de plus? Il en faudrait une vingtaine comme lui pour ouvrir une brèche d’espérance.images

Maxime TANDONNET

 

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Lecture estivale

sans-titreCette fois-ci, avec la semaine du 15 août, nous sommes bien en plein creux de la trêve estivale: plus de polémique, politiciens muets, actualité silencieuse, les rues sont vides à Paris. A quoi servent les vacances d’été: à lire et faire du sport. Mon genre de livre préféré? les mémoires, récits authentiques, de préférence aux romans car le réel est plus audacieux, imprévisible, chaotique que la plus fertile des imaginations humaines. Je suis plongé en ce moment dans un grand classique de la littérature qui m’avait bizarrement échappé, tout au moins l’œuvre dans la globalité : Les Confessions. "J’ai fait le premier pas et le plus pénible dans le labyrinthe obscur et fangeux de mes confessions. Ce n’est pas le plus criminel qui coûte le plus à dire, c’est ce qui est ridicule et honteux. Dès à présent, je suis sûr de moi: après ce que je viens d’oser dire, rien ne peut plus m’arrêter." L’écriture, la sincérité, la personnalité de Rousseau, ont quelque chose d’envoûtant qui entraîne le lecteur et le prend à la gorge. On y prend me semble-t-il un plaisir encore supérieur à celui de la lecture des Mémoires d’outre-tombe, (pourtant de réputation supérieure?).  Le sport aussi, la voile sur une grand étang de Gironde avec mon frère, la voile qui fait réfléchir. La vie publique, comme la sans-titrenavigation, est dominée par des grands courants sous-marin et la puissance des vents. Il est inutile et absurde de vouloir en changer le sens. D’où la démagogie, le mensonge ou l’aveuglement de ceux qui de tout temps, nous promettent de "changer le système". En revanche, l’exercice de la responsabilité politique, au sens noble du terme, consiste à récupérer la force de l’histoire – le vent dans les voiles – l’utiliser, l’orienter dans le sens de l’intérêt général. "Je ne me butais pas à plier les circonstances à mes idées, mais je me laissais en général conduire par elles" (Napoléon à Saint Hélène, Las Cases).

Maxime TANDONNET

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La tentation totalitaire

220px-Marcel_GauchetTiens, la dernière polémique de ce début du mois d’août m’avait échappé. Une pétition d’une vingtaine de personnalités, publiée dans Libération, appelle au boycot du "Rendez-vous de l’histoire à Blois" en protestation contre le discours inaugural de Marcel Gauchet.

http://www.liberation.fr/debats/2014/08/06/pourquoi-il-faut-boycotter-les-rendez-vous-de-l-histoire-un-appel-collectif_1076316

La logique à l’oeuvre dans cette pétition est celle de la diabolisation, de l’exclusion, de la censure inquisitoriale. On ne débat pas, on boycotte, c’est-à-dire que l’on fustige, on blame, on refuse d’écouter, on brûle. Pourquoi Marcel Gauchet? Philosophe connu, co-directeur de la revue le Débat, il a bien davantage la réputation d’un penseur modéré que d’un réactionnaire. Ces derniers mois ont été marqué par les autodafés de plusieurs auteurs pour avoir contesté les bienfaits de la société multiculturelle. Une première vague a frappé les journalistes Alain Zemmour, Ivan Rioufol, Elisabeth Levy, le sociologue Hugues Lagrange. Puis une seconde a touché l’écrivain Alain Finkielkraut, dont l’élection à l’Académie française a suscité un tollé, l’auteur Lorent Deutch, auquel était reproché le seul fait d’avoir évoqué la bataille de Poitiers… Maintenant, Marcel Gauchet… L’étau se resserre. Que peut on bien lui reprocher, à lui? Je retrouve dans un de ses livres, trônant dans ma bibliothèque, les mots suivants: "La perspective adoptée conduit à reconnaître la spécificité chrétienne comme un facteur matriciel et déterminant dans la genèse des articulations qui singularisent fondamentalement notre univers [...] C’est dans les potentialités dynamiques exceptionnelles de l’esprit du christiannisme qu’il convient d’en situer la première racine [...] Elle fournissent un foyer de cohérence permettant de saisir la solidarité essentielle…" Le désenchantement du Monde, Gallimard, 1985. Serait-ce le seul fait de développer une vision positive de la religion chrétienne qui provoque cet accès de fureur bienpensante? Je l’ai rencontré une fois à la fin de l’un de ses cours à l’EHESS. Il ne paie pas de mine, très grand, avec sa voix douce, son allure un peu rurale, timide, pataude, d’une gentillesse, discrétion, simplicité et modestie extrêmes – signes de l’intelligence qui trompent rarement – tout le contraire d’une star médiatique. L’air du temps – ou l’idéologie dominante – est fondé sur le libre arbitre absolu de l’individu. Tout ce qui y résiste dans l’ordre des idées est considéré comme inadmissible, intolérable. L’esprit critique, l’intelligence, la pensée seraient à abattre. Nombre de nos grands penseurs de ces dernières décennies seraient sans doute aujourd’hui interdits ou contraints à l’autocensure: Claude Lefort, Gilles Lipovetski… En d’autres temps et d’autres lieux, les intellectuels réfractaires à l’idéologie officielle étaient décapités, pendus, traînés dans les camps de concentration ou les hôpitaux psychatriques. Nous n’en sommes pas là bien évidemment mais nous sentons bien monter autour de nous, peu à peu, subrepticement, l’intolérance aux idées dissidentes, le rejet du débat d’idées et la nostalgie de l’époque totalitaire.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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Principes de manipulation

images (1)Qui ne ressent pas, au jour le jour, le travail de manipulation de masse à l’oeuvre? Il repose sur quelques principes aisément identifiables, dont six me viennent à l’esprit:

- La sur personnalisation, ou l’idolâtrie . De quoi parle-t-on pour l’essentiel: les déboires de M. Hollande et désormais, de M. Valls, le "retour" de M. Sarkozy, ses "cartes postales", la "popularité montante" de M. Juppé, les chikaya de la famille le Pen. Le monde médiatique nous accable de ses commentaires savants – reviendra, reviendra pas – de ses duels et westerns de bas étage, de ses revanches, nous bombarde de sondages et de confidentiels. Et si nous, Français, n’en avions rien à faire? 2017 est encore loin, nous verrons d’ici là pour qui voter en fonction des hommes, de leur crédibilité et de leurs programmes.

- La table rase.  Tyrannie de l’oubli, du déni de mémoire: toute information qui remonte au-delà de deux ou trois ans est effacée, considérée comme nulle et non avenue. Tel politicien a eu jadis – une quinzaine d’années auparavant – des comportements personnels scandaleux: peu importe, aujourd’hui, blanc comme neige, il incarne la vertu et la modération. Tel parti, à travers son leader, a tenu jadis des propos immondes, à vomir. Plus rien aujourd’hui, fermez les yeux, une dédiabolisation est intervenue et il ne s’est rien passé du tout. Les bilans des uns, des autres, on n’en parle jamais: toujours repartir à zéro. C’est dommage d’ailleurs car parfois, il n’est pas si mauvais. Mais silence, le passé ne compte pas.

- Le bouc émissaire: Jadis, dans les périodes de grand trouble, on s’en prenait à des groupes religieux ou ethniques avec une violence criminelle. La loi l’interdit désormais. Alors, on s’acharne sur des personnes, les parias, têtes de turc de la société médiatique. Le traitement dure en général une semaine, et puis plus rien: Cahuzac, Depardieu, Buisson, Aquilino, etc… Dans ce cas là, tout le monde cogne, lynche, médias de droite, de gauche dans une logique de surenchère. Les amis, surtout les amis politiques, se volatilisent, les plaintes tombent, les plus proches se retournent contre vous et prennent part à la curée. C’est une manière implicite de dire : voici le coupable, et donc, la preuve de mon innocence…

- La force de l’émotion: L’émotion est au coeur de la société médiatique. L’image de la détresse et de la souffrance l’emporte sur toute autre prise en compte. La vision des larmes et du sang occulte les considérations de fond, géostratégiques, historiques. La compassion est bien entendu le plus respectable des sentiments. Mais l’emprise de l’émotion n’est pas forcément synonyme de solidarité quand elle se limite à une indignation stérile. Elle peut être source d’actes monstrueux dans leurs conséquences, à l’image d’interventions militaires qui vont engendrer des malheurs en cascade cent fois pires que ceux qui les ont justifiées.

- La fuite devant le réel: Ignorer le monde tel qu’il est est une autre constante de la grande manipulation. Un voile pudique tombe en permanence sur la réalité, celle d’une violence quotidienne qui est occultée, de la misère de l’exclusion, des 5 millions de sans emploi, de la galère des jeunes dans leur immense majorité, la situation apocalyptique des collèges de banlieue, des cités et quartiers de non droit qui n’intéressent plus personne… Le déni de la réalité s’accompagne d’une propagande politique axée sur de grandes abstractions mensongères quand on accuse la "mondialisation" ou "le grand capital" de tous les maux par exemple, alors que les échecs et les injustices ne tiennent la plupart du temps qu’à nos renoncements, conservatismes, lâchetés et égoïsmes frileux.

- La dictature du mépris : Celui-ci suinte de toutes les pores de la vie moderne, du monde politico-médiatique, repose en permanence sur l’écrasement du bon sens, de l’intelligence. Les pitres médiatiques et autres donneurs de leçons deviennent les nouveaux maîtres penseurs alors que les grands esprits – intellectuels, universitaires – sont réduits à un silence de pierre tombale. Rien n’arrête le mensonge et la perfidie. Voyez comme les politiciens archi battus, renvoyés par l’électorat, honteux, ridiculisés, parviennent à se recaser les uns les autres, avec le sourire de l’innocence en prime, et en toute fraîcheur candide. Les ministères mais surtout l’Europe, son Parlement et sa Commission, ont au moins cet avantage. "Circulez, Messieurs/Dames, y a rien à voir!"

A travers ce constat, je ne réponds pas à la question essentielle: qui tient les ficelles? Où sont les manipulateurs, les marionnettistes? J’avoue ne pas avoir de réponse claire à cette interrogation. Je ne crois pas un instant à l’hypothèse d’un complot planétaire, un lieu de concertation propice au développement d’une manipulation de masse. Il me semble que le mouvement se fait de lui-même, correspondant à une évolution naturelle du monde, de l’air du temps. Il se propage en France à travers le cercle étroit d’une dizaine de milliers de leaders des grands médias et sociétés qui en ont le contrôle, des principaux partis politiques, du monde associatif, unis dans leur manière de sentir les choses, d’imprimer leur marque et de conforter leurs misérables rentes de situation. Nos armes de résistance à l’air du temps sont de deux ordres: d’une part la réflexion, la pensée, la lecture, repères dans le brouillard quotidien; d’autre part le suffrage universel, en temps voulu…

Maxime TANDONNET

 

 

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L’ère du vide

sans-titreQu’il y a t-il de plus propice à la lecture qu’un mois d’août sous la pluie, pas seulement une pluie d’orage, mais une pluie froide, tenace, continue, une pluie d’automne avant l’heure? Certains livres vous marquent pour la vie, et parmi ceux-là, un chef d’oeuvre prophétique aujourd’hui plus ou moins oublié: "L’ère du vide", écrit en 1983 par Gilles Lipovetski (Gallimard). Plutôt qu’un résumé, j’en citerai trois passages particulièrement significatifs:

- "A l’âge post moderne, une valeur cardinale perdure, intangible, indiscutée au travers de ses manifestations multiples: l’individu et son droit toujours plus proclamé de s’accomplir à part, d’être libre à mesure même que les techniques de contrôle social déploient des dispositifs plus sophistiqués et humains."

- "Le narcissisme est indissociable de cette tendance historique au transfert émotionnel: égalisation-abaissement des hiérarchies suprêmes, hypertrophie de l’ego, tout cela à coup sûr peut-être plus ou moins prononcé selon les circonstances, mais à la longue, le mouvement semble bien irréversible…"

- "A-t-on jamais autant organisé, édifié, accumulé, et simultanément, a-t-on jamais été autant hanté par la passion du rien, de la table rase, de l’extermination totale? En ces temps où les formes d’anéantissement prennent des dimensions planétaires, le désert, fin et moyen de la civilisation, désigne cette figure tragique que la modernité substitue à la réflexion métaphysique sur le néant".

Il faut avoir lu ce livre pour comprendre l’époque.imagesIY0YILVW

Maxime TANDONNET

 

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Le lâche abandon des chrétiens d’Orient

PHO6eaa1696-1e40-11e4-9e1d-481a0aa74a41-245x160Ci-joint mon article publié hier par le Figaro Vox au sujet du massacre des chrétiens d’Irak:

Après Mossoul, Karakosh, la ville qui compte le plus grand nombre de chrétiens en Irak, vient à son tour de tomber le 7 août aux mains des djihadistes de l’Etat islamique. Des dizaines de milliers de chaldéens, menacés de mort, sont obligés de fuir cette cité. Les églises sont occupées, les croix brûlées. Les chrétiens, au nombre de deux millions en Irak au début des années 2000, ne seraient plus que 400 000 aujourd’hui, contraints de vivre dans la terreur. Un phénomène d’épuration ethnique est en ce moment à l’oeuvre dans ce pays. L’inaction de la communauté internationale est incompréhensible. En 1999, une coalition dirigée par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France avait bombardée la Serbie pendant plusieurs semaines à la suite des exactions commises envers les habitants du Kosovo. Aujourd’hui, la destruction d’une communauté ne suscite que l’indifférence ou bien des réactions sans commune mesure avec la dimension du drame. Les dirigeants politiques montrent une étrange discrétion face au massacre en cours. Aucune opération armée pour venir en aide aux victimes n’est bien entendu envisagée, ni même évoquée en tant que possibilité. Le conseil de sécurité de l’ONU reste coi. Le silence du monde intellectuel et médiatique, des autorités morales promptes à s’indigner du sort des minorités dans le monde est particulièrement assourdissant. Qui parle aujurd’hui du «devoir d’ingérence» de la communauté internationale? Jadis, les chrétiens d’Orient, sous l’Empire ottoman, étaient pourtant des minorités auxquelles l’Europe et la France en particulier accordaient une protection particulière.

Ce lâche abandon a des causes multiples. Le monde occidental qui a largement participé à la déstabilisation de l’Irak, apparaît aujourd’hui comme englué dans sa mauvaise conscience. Le chaos qui est en train de s’installer au Moyen-Orient avec la naissance d’un «califat» jihadiste entre l’Irak et la Syrie, signe son échec cuisant dans cette région du monde. Le silence et l’indifférence actuels du monde occidental portent la marque de la défaite et de la résignation. En outre, aux yeux de l’intelligentsia bien pensante européenne, prendre la défense de chrétiens, même menacés de mort, revêt une connotation «réactionnaire»: «Croisade à droite pour les chrétiens d’Irak» titre un grand quotidien du matin. L’idéologie de la haine de soi – de «l’héritage chrétien» honni – est plus que jamais en toile de fond de ce lâche abandon. Sommet du paradoxe: la bonne conscience humanitaire, devenue sélective, est en train d’engendrer deux catégories d’hommes: ceux qui ont droit à la compassion et à la protection de la communauté internationale, et les autres, chrétiens, qui n’y aurait pas droit tout autant. Les récupérations, amalgames extrémistes en tout genre, destinés à accabler des populations musulmanes en général – qui n’ont strictement aucun rapport avec ce drame – ne font qu’amplifier la confusion et aggraver la paralysie générale. La chute de Karakosh peut elle provoquer une prise de conscience, un sursaut? Le droit d’asile et l’accueil des chrétiens d’Orient en Europe ne constituent en aucun cas une réponse suffisante. Le Moyen-Orient est aussi le berceau des chrétiens qui y sont chez eux, après des siècles de vie en commun et dans l’harmonie avec les musulmans. Ils revendiquent le droit de garder leur maison et d’y résider en paix et en sécurité . Face à un groupuscule dont l’idéologie et les méthodes rappellent les heures les plus sombres de l’histoire, la discrétion du monde occidental renvoie au mot fameux de Winston Churchill: «…vous aurez la honte et la guerre».

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/08/07/31002-20140807ARTFIG00287-chretiens-d-orient-le-lache-abandon-de-la-communaute-internationale.php

Maxime TANDONNET

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Le coup d’Etat silencieux

3800c5705258c4b38769db3dcc709098279fe6e7Une discrète information, tombée hier en pleine torpeur aoutienne, illustre à la perfection le recul du pouvoir politique, l’affaiblissement des outils de gouvernement, l’aggravation constante de l’impuissance publique. En effet, le Conseil constitutionnel vient de censurer la décision du Gouvernement et du Parlement de supprimer les charges sociales pour les salaires équivalents ou légèrement supérieurs au SMIC. Cette mesure politique audacieuse était de nature à permettre le retour à l’emploi de jeunes qui en sont exclus et à combattre le chômage. Elle procédait d’un choix de bon sens d’un pouvoir détenteur de la légitimité démocratique. Au nom d’un vague "principe d’égalité", la juridiction suprême s’y oppose. Il ne faut pas forcément y voir un signe de mauvaise volonté ou désir de nuire, mais la conséquence d’une logique qui s’auto-entretient par développement indéfini de la jurisprudence. Par une expansion illimitée de son champ d’intervention, bien au-delà de la défense des grands équilibres républicains, le Conseil constitutionnel fait ainsi obstacle à un choix gouvernermental qui touche à une mesure simple, pratique, essentielle à la société française, à la lutte contre l’exclusion des plus fragiles et des plus démunis. L’opposition aurait bien tort de jubiler et de se réjouir. Aujourd’hui, la paralysie de la imagesdémocratie est totale. Jusque dans les moindres détails de la vie publique, le pouvoir réel a basculé du côté des grandes juridictions nationales (Conseil constitutionnel) et européennes (cour de justice de Luxembourg et cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg). En cas d’alternance, nul ne pourra presque plus rien faire, ni dans le domaine économique ou social, ni dans ce secteur régalien. La paralysie et le déclin, si rien de fondamental ne change, ne peuvent que se poursuivre. Alors, à quoi bon, sinon fanfaronner et profiter des palais dorés de la République? Face à cette évolution de fond, le politique conserve des armes, des moyens de résister: la révision constitutionnelle, le référendum. Encore faut-il avoir la volonté et l’intelligence de s’en servir.

Maxime TANDONNET

 

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Le bateau ivre

La politique française nous donne parfois l’impression d’être un bateau ivre, livré au vent et aux vagues, et s’éloignant imagesEWG2R0EFtoujours plus des rivages du réel. Nous avons un François Hollande qui pense à sa réélection et semble à mille lieu de se douter du sentiment de dérision qu’il inspire. Nous avons une Le Pen qui se voit en personnage providentiel et se projette à l’Elysée sans avoir conscience de la répulsion viscérale qui s’attache à tout ce qu’elle représente, avec son parti, aux yeux de 80% des Français. Nous avons un Nicolas Sarkozy dont le nouveau discours, axé sur son "devoir" de revenir, paraît étrangement en décalage avec l’opinion dans sa globalité. Des sondages et des "commentaires", nous allons en avaler dans les 32 mois qui viennent. Le Pen en tête, cela fait vendre du papier, jubiler le monde médiatique, excite les plateaux de télévision, avec un petit parfum grisant de sensationnel et d’autoflagellation. Toute forme d’idolâtrie ou de culte de la personnalité est grotesque. La France pourrait en rire, s’amuser de cette comédie ridicule. Cependant, la France n’a aucune envie de plaisanter. Elle voit le monde qui se désintègre, la montée vertigineuse des menaces de tous ordres et son appareil productif qui s’effondre, non pas de la faute des autres, de la mondialisation, du grand capital et des banques, mais pour n’avoir jamais eu le courage d’accomplir les réformes nécessaires. Elle est gagnée de vertige devant le vide sidéral de projets, de perspectives, de possibilité d’alternance crédible, de destin. Elle n’en peut plus des mêmes noms, mêmes têtes, mêmes familles, parfois depuis quatre décennies, mêmes partis et mêmes clans… La France a besoin d’un renouvellement total, radical de sa classe dirigeante, sans lequel rien ne sera jamais possible. Ce renouvellement ne dépend pas de grand chose finalement, d’un sursaut de l’électorat. Mais la mobilisation de ce dernier n’est possible que sous l’impulsion d’un groupe, d’une équipe. Il faudrait qu’une quarantaine de grands élus, de hauts responsables publics et privés, d’intellectuels, lancent un appel dans ce sens comme point de départ. Une prise de conscience est sans doute en cours mais il manque l’audace et l’énergie…

Maxime TANDONNET

 

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4 août 1914, de l’union sacrée à l’apocalypse

imagesY9KMD53ZLe 4 août 1914 marquait, un siècle auparavant, l’entrée de la France dans ce qui allait devenir la Grande Guerre ou la première guerre mondiale. Un discours du président de la République, Raymond Poincaré, prononcé à la Chambre des Députés et au Sénat par le président du Conseil, René Viviani, proclamait "l’union sacrée" pour la défense de la patrie. Cet évènement nous inspire les sentiments les plus contradictoires. Face à l’invasion préparée de longue date par l’état major militaire de Guillaume II et la déclaration de guerre allemande de la veille, la France qui avait multiplié les gestes d’apaisement – par exemple le retrait de ses forces à 20 kilomètres de la frontière – n’avait bien entendu plus d’autre choix que de défendre son territoire. Nous sommes éternellement redevables à nos grands ancêtres qui ont fait le sacrifice de leur vie. Mais en même temps, on se dit que rien dans l’histoire de l’humanité ne fut plus criminel que ce conflit à l’origine du sans-titremassacre de la jeunesse européenne – 17 millions de morts, dont 1,5 million de Français, et autant de mutilés à vie -, l’effondrement de l’Europe, le point de départ d’un siècle de tragédies et de barbarie: le triomphe du marxisme léninisme, le fascisme et le national-socialisme, la deuxième guerre mondiale, les camps d’extermination… Lointain souvenir d’enfance, celui d’une très vieille tante unijambiste tout en bonté et générosité. Son histoire fait froid dans le dos. Après avoir perdu ses quatre frères et son fiancé dans cette abominable tragédie, elle avait tenté de mettre fin à jours en se jetant sous un train. Elle n’a pas réussi à trouver la mort mais elle y a perdu sa jambe. Attention: la cruauté de l’histoire et la folie humaine ne sont qu’un éternel recommencement.

Maxime TANDONNET

 

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L’échec de Ve République?

imagesCe que j’écris aujourd’hui relève du tabou absolu et je suis bien conscient que je vais m’attirer les foudres ou le mépris de tout le monde, surtout de mes amis gaullistes. Gaulliste, je le suis plus que quiconque, car je suis de ceux qui considèrent le Général comme la plus grande figure nationale de tous les temps. L’Appel du 18 juin dans la solitude absolue au lendemain de la pire débâcle jamais subie par le pays, représente à mes yeux, paradoxalement, le sommet de l’histoire de France par son audace et son caractère prophétique. En revanche, il faut juger des institutions politiques sur leurs résultats. C’est triste à dire, à constater, presque un déchirement, mais comment ne pas voir dans quel abîme se trouve la France aujourd’hui, la France de la Ve République créée par de Gaulle en 1958. Nous avons eu une décolonisation algérienne inévitable mais extrêmement douloureuse, qui a laissé encore des stigmates dans une partie de la population celle des rapatriés, puis la révolte de mai 1968, cette énorme fracture dont on ne retient aujourd’hui que les aspects sympathiques,  le déclin progressif de l’économie française – par rapport à l’Allemagne ou la Grande-Bretagne – l’effacement de la France dans le monde, la montée constante des tensions communautariste et des violences, le chaos des banlieues, le chômage massif et sa hausse inexorable depuis 40 ans, l’impuissance publique à régler les difficultés des Français, la confiscation du pouvoir par une caste de politiciens sans envergure, une montée électorale vertigineuse d’un courant extrémiste que nous n’avions pas connue même dans les années 1930. Bref, il faut sortir du dogme et ouvrir les yeux, quitte à se faire mal: la Ve république semble être globalement un échec; en tout cas, le débat sur ce thème est légitime et doit être ouvert.

Maxime TANDONNET

 

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La faillite du monde occidental

images56F6HIY6Bien entendu, les grandes tendances historiques n’apparaissent à la pleine lumière du jour qu’avec le recul des décennies ou des siècles. Et pourtant, nous vivons peut-être une phase nouvelle de l’histoire de l’humanité qui serait celle de l’effondrement du monde occidental. L’abandon des chrétiens d’Irak et de Syrie en est l’un des symptômes les plus épouvantables, les plus significatif. Dans l’indifférence et l’inaction de la communauté internationale, les chrétiens victimes de persécutions ont disparu de la ville de Mossoul où ils vivaient depuis plus de 1000 ans sans que jamais, d’ailleurs, les mots d’épuration ethnique n’aient été prononcés. Et pourtant… Le monde occidental, dont le christianisme est l’un des piliers, avec la culture grecque, la civilisation latine et les Lumières, se renie à travers cet abandon invraisemblable. https://www.portesouvertes.fr/informer/presse/communique-de-presse/2014/3238337/urgence-irak

Le monde occidental, nous le voyons aujourd’hui, totalement désemparé,  incapable d’esquisser le moindre geste significatif, dans un monde en pleine désintégration: Irak, livré au jihadistes, Libye, Ukraine, Afrique subsaharienne. En réalité, le monde est privé d’ordre, de leadership et la déstabilisation le gagne de part en part. Vingt à trente ans auparavant, nombreux étaient ceux qui croyaient à l’avénement de la démocratie universelle, de la loi universelle des marchés et la fin de l’histoire:" Le triomphe de l’Occident, de l’idée occidentale, éclate d’abord dans le fait que tout système viable qui puisse se substituer au libéralisme occidental a été totalement discrédité." (Francis Fukuyama, La fin de l’histoire, Commentaire, 1989). Les causes de cette débâcle du monde occidental dont on célébrait la victoire au début des années 1990, sont sans doute multiples: la mauvaise conscience, au coeur de l’idéologie dominante, la violence de la crise financière et économique de 2008-2012, une succession de dirigeants médiocres (Clinton, GW Bush, Obama).

Et puis, un facteur qui nous échappe, "le secret de la force de l’histoire" dont parle Charles Péguy dans Clio, dialogue de l’histoire et de l’âme païenne . Ben Laden est le grand vainqueur de ce début du XXIème siècle: les attentats du imagesP8ZKBLA911 septembre 2001, entraînant l’intervention occidentale de 2003 en Irak ont ouvert une ère de chaos sans fin. Cette instabilité conduit sans doute au retour des Nations, ultime protection dans la tourmente. Quelle forme prendra-t-il? Celui de Nations repliées, aigries,  revanchardes, frileuses; ou celui de Nations ouvertes sur l’extérieur, le dialogue, la modernité, prêtes à affronter les réalités, même dans la douleur, l’effort, et à relever les défis? Nul n’en sait rien…

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

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La loi du malheur

imagesY9AWCS8PLe malheur est un sujet qui nous hante et l’été y est propice. 118 morts dans le crash du vol Alger-Ougadougou, dont 54 Français, et des familles entières décimées, des personnes heureuses de partir en vacances et soudain précipitées dans l’horreur. Un accident de la route a fait 5 morts, deux jeunes femmes et trois enfants. Le conjoint de l’une d’elle et père de l’un des petits disparus, 7 ans, s’est donné la mort à Limoge. Perdre d’un seul coup deux personnes aimées, dont un bout-de-chou de 7 ans qu’on ne serrera plus jamais contre soi, comment serait-ce supportable? Pourquoi, comment le hasard se met-il à frapper et à jeter le malheur sur les uns, sur les autres, accident, maladie, catastrophe? Peut on y échapper, sur plusieurs générations?

Revenons au vol AH 5017. Il était en effet indispensable que les plus hautes autorités de l’Etat donnent un signe de solidarité en direction des proches des victimes en les recevant et en les prenant en charge. Toutefois, de sensibilité personnelle, il me semble que cela devrait se faire dans la discrétion, le silence, le recueillement. La médiatisation, les "drapeaux en berne", le "deuil de trois jours", le discours appelant à "l’union nationale", me paraissent étrangement décalés, hors de propos, et pour tout dire, à côté de la plaque.

Maxime TANDONNET

 

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Les trois piliers du déclin français

imagesY3XD32Z9Quand tout le monde va mal en Europe et en Amérique du Nord, nous nous sentons moins seuls et pouvons relativiser nos propres déboires. Une situation de ce type prévalait dans les années 2008 à 2011. Il faisait bon alors fanfaronner: "la France s’en sort moins mal que les autres". En revanche, quand nous sommes les seuls à rester par terre, il n’existe plus d’échappatoire ou de consolation. La chute de la France a trois dimensions:

- Economique: La reprise se manifeste dans toute l’Europe sauf en France. http://www.capital.fr/bourse/actualites/la-france-seul-pays-europeen-ou-l-economie-recule-selon-les-indices-pmi-950678

- Sociétale: la société française est profondément fracturée et cette désintégration se traduit par des phénomènes de haine et de violence qui n’existent pas, ailleurs en Europe, tout au moins à ce niveau. Il faut y voir un déclin de l’autorité, au sens le plus positif du terme, celui de la règle de vie commune qui s’impose à tous et permet de vivre en harmonie ou tout au moins en paix par delà les différences et les désaccords. http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/07/23/31001-20140723ARTFIG00091-maxime-tandonnet-france-cherche-autorite-desesperement.php

- Politique: on en revient toujours à cet extraordinaire sondage CEVIPOF de janvier 2014 selon lequel "88% des Français estiment que les politiques ne tiennent pas compte de ce que pensent les gens comme eux". La montée de l’indifférence ou du dégoût envers la politique se traduit par l’abstentionnisme, le vote protestataire, une impopularité chronique de la classe dirigeante et prive le pays de l’élan et de la confiance indispensables à toute sortie de crise. http://www.lefigaro.fr/politique/2014/01/13/01002-20140113ARTFIG00369-francais-et-politique-la-confiance-se-degrade-nettement-selon-le-cevipof.php

La pire attitude est celle qui consiste à se fabriquer des responsables ou des boucs émissaires à l’image des dirigeants du pays qui deux ans et demi après leur arrivée au pouvoir, ne cessent d’accabler leur prédécesseurs: tellement facile! De même, affirmer que tout vient des autres en fustigeant "la mondialisation", le capital, l’Amérique, l’Europe ou l’euro ne tient pas la route: c’est bien la France et elle seule qui s’enfonce toujours plus profondément. La responsabilité est collective et tient à plusieurs décennies d’erreurs, de lâcheté, d’aveuglement, de démission de la classe dirigeante. Les socialistes, depuis 1981, ont accumulé les choix ou non choix désastreux sur le plan économique ou sociétal. Mais au pouvoir, nous n’avons jamais eu le courage et l’audace de prendre les mesures de réformes qui s’imposaient comme l’abrogation pure et simple des 35 heures ou sur la restauration de l’autorité. L’issue du malaise général passe par un renouvellement de la classe dirigeante, l’arrivée au pouvoir de nouvelles générations, de noms qu’on avait jamais entendu. Mais le système politique français est verrouillé, clanique, népotiste, avec ses réseaux, ses cercles de courtisans, ses héritiers et ses familles, offrant peu d’espace à la perspective d’un renouveau.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

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L’autorité contre le chaos


imagesCi-dessous, ma tribune de cette semaine, publiée hier par Figaro-Vox.

Les événements de Barbès et de Sarcelles soulèvent une question inévitable: pourquoi ces actes antisémites qui ont profondément bouleversé le pays, se sont-ils déroulés plus particulièrement en France? En Allemagne et au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, sociétés où les phénomènes communautaires sont au moins aussi marqués, il ne semble pas que l’on ait assisté à une telle transposition du conflit du Proche-Orient, tout au moins à ce niveau. Ces événements n’ont d’ailleurs rien de nouveau, si ce n’est pas l’ampleur du déchaînement de violence. De tels affrontements se reproduisent périodiquement, comme en 2000 ou en 2009. Le Gouvernement n’a pas hésité à parler «d’antisémitisme». Cela n’a pas toujours été le cas dans le passé. Les politiques, les intellectuels, les médias, sur une vingtaine d’années, ont toujours eu tendance à banaliser ces phénomènes. «Le caillassage des synagogues, c’est juste la transposition de ce que les jeunes voient à la télévision dans les territoires occupés. Ils jouent à Zorro en prenant les jeunes palestiniens en modèle. Pour moi, c’est de la frustration, cela n’a rien à voir avec l’antisémitisme» écrivait un intellectuel réputé le 16 octobre 2000. Nous payons aujourd’hui le prix de cet aveuglement qui ne date pas d’hier.

Mais la singularité française dans cette situation tient au rapport qu’entretient le pays avec l’autorité en général. Quand une manifestation est interdite, par définition, elle ne doit pas avoir lieu. Or les violences de ces derniers jours sont nées de rassemblements qui se sont produit malgré leur interdiction. La société française, depuis une quarantaine d’années, s’est donnée pour mot d’ordre «il est interdit d’interdire». Ce qui est en cause, c’est l’autorité de la loi républicaine, c’est-à-dire la loi démocratique issue du suffrage universel. Il est coutumier, en France, d’appliquer la loi «à la carte», quand cela arrange. L’autorité de l’Etat, dont l’un des rôles essentiels est de faire respecter la loi, en sort affaiblie. Quelle valeur peut avoir, aux yeux des citoyens, un arrêté ministériel ou préfectoral? Cette indifférence à l’ordre républicain se retrouve dans tous les milieux, du sommet à la base. De hauts responsables publics en donnent l’exemple à travers la succession des scandales financiers. La banalisation des trafics illicites, les violences envers la police, la montée des agressions contre les enseignants, sont autant de signe de la poussée d’un état de non-droit et d’un affaiblissement de l’ordre républicain. Or, le chaos engendre la violence, la haine, et parfois de vives tensions. Il n’existe pas de vie sociale possible, de paix civile durable, sans une règle du jeu commune, sans l’autorité de la loi et la crainte de la sanction. Le respect de la loi – son autorité naturelle comme la conscience des risques auxquels on s’expose en la bafouant – est d’autant plus essentiel que la société devient à certains égards de plus en plus complexe, divisée et conflictuelle. L’autorité de la loi est la seule réponse possible aux dérives et aux violences communautaires. Aux Etats-Unis ou en Allemagne, la loi revêt un certain caractère sacré et son respect est naturel. Les violences l’antisémites en France, qu’illustrent notamment la tentative d’incendie de synagogue et le saccage de magasins, marque la quintessence de cette longue dérive chaotique de la société française. Songeons que les régimes totalitaires du siècle passé sont nés de situation de chaos, dans la Russie de Nicolas II ou l’Allemagne de la République de Weimar. Comment éviter que des faits aussi affligeants, insupportables, puissent se renouveler? Le retour à l’autorité de la loi républicaine (avant même l’adoption de nouvelles lois), devrait être la priorité absolue de tout gouvernement.

Maxime TANDONNET

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Leçons de l’enfer

Deux amis m’ont récemment offert les livres de témoignage de leurs proches, juifs rescapés des camps de concentration du siècle passé, l’un Auschwitz, et l’autre le Goulag. En ces temps d’incertitude et de questionnement sur les valeurs et sur le destin de l’humanité, ces souvenirs, rapportés du fond de l’enfer, constituent une précieuse source de lumière.

une-vie-de-juif-sans-importance-9782221109793_0L’un Roger Perelman, déporté à Janina, camp satellite d’Auschwitz le 1er novembre 1943, évacué le 18 janvier 1945 raconte comment il fut l’un des deux survivants d’un groupe de 40 déportés. Il est impossible de résumer en quelques lignes la souffrance qu’il a vécue et les conditions de sa survie, mais la leçon qu’il tire de cette plongée dans les entrailles de la férocité humaine fait froid dans le dos: "Finalement, je crois intimement qu’un régime de type nazi peut réapparaître et que la mémoire d’Auschwitz ne l’empêchera pas comme elle n’a pas empêché d’autres génocides en Europe ou ailleurs. Je le crois parce que la haine est mobilisatrice, la modération est contemplative et surtout volatile." [Roger Perelman, une vie de juif sans importance, Robert Laffont].

L’autre, Julius Marcolin, originaire de Biello-Russie, a été déporté au Goulag en 1939, sans JaquetteMargolin_000raison particulière si ce n’est sa religion, et libéré en 1945. Son récit fait état de la même barbarie absurde – les coups, le froid, la faim, la promiscuité, les maladies, la rage permanente d’humilier et d’avilir pour déshumaniser – mais avec une différence qui est l’absence de la volonté d’extermination. Impossible également de résumer cet ouvrage bouleversant de près de 800 pages. Sa conclusion est elle aussi accablante sur la lâcheté humaine, le conformisme, l’aveuglement volontaire, l’instinct grégaire: "En effet, il suffit de faire allusion aux victimes des camps [staliniens] pour que, chez des hommes en d’autres circonstances pleins d’une bonté mielleuse et d’une sensiblerie démocratique pour la moindre imperfection de notre monde, brusquement poussent des crocs de loup et se manifestent une surdité totale et une secheresse de coeur." [Julius Magolin, voyage au pays des Ze-Ka, le bruit du temps]. Ces propos, qui datent de 1947, n’ont-ils pas une connotation étrangement actuelle?

Maxime TANDONNET

 

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Réponse à Philippe Bilger

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Au coeur de l’ été, un temps lourd et orageux écrase le pays, à l’image de son climat politique, de plus en plus chaotique, délétère.

Dans une tribune publiée le 17 juillet par le Figaro Vox, je m’étonnais de paroles prêtées à François Fillon contre Nicolas Sarkozy estimant que si elles étaient avérées, elles relevaient plus d’une attaque personnelle, dans une perspective de course à l’Elysée, que d’un désaccord politique.

Philippe Bilger me fait l’honneur de répondre  à ma tribune en soulignant que les combats de personnes font aussi pleinement partie de la politique.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/07/18/31001-20140718ARTFIG00224-philippe-bilger-fillon-ne-combat-pas-les-idees-de-sarkozy-mais-sarkozy-lui-meme.php

Il a raison. Cependant  (et c’est ce que j’ai voulu dire), dans une période aussi tourmentée que la nôtre, les Français, me semble-t-il, attendent de la politique des réponses à leur profondes inquiétudes, à leurs souffrances ou à leur malaise, c’est-à-dire davantage de débat d’idées et moins de batailles d’ambitions et de petites phrases.

Nous traversons une crise d’une exceptionnelle gravité: poussée d’antisémitisme sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale avec les cris de "mort aux juifs" entendus à Paris;  révélations à tout-va de corruption dans les milieux politiques; crise de la représentation démocratique qui se manifeste dans la montée vertigineuse de l’abstentionnisme et de vote protestataire; aggravation des phénomènes de violence et de communautarisme; malaise des services publics, de l’école, de la police, de l’armée; soupçons de partialité  idéologique qui pèsent, non pas sur la Justice, mais sur certains juges; impuissance du pouvoir politique, notamment face au chômage de masse; montée de sentiments "europhobes" véritables c’est-à-dire, non pas dirigés contre les institutions et les politiques de l’Union européenne – ce qui relève du débat démocratique – mais contre de grands pays voisins qui s’en sortent beaucoup mieux que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Pendant ce temps, contrairement au mythe de "la fin de l’histoire" et du triomphe de la démocratie universelle, la planète est prise de violentes secousses, au Moyen-Orient et jusqu’en Europe elle-même où un massacre d’une barbarie inouïe vient d’être commis avec la destruction de l’avion de la Malaysia Airline au-dessus de l’Ukraine.

Dans ce contexte, les batailles d’ego entre politiciens en mal de reconnaissance élyséenne prennent une connotation particulièrement odieuse. Notre premier devoir civique de Français, dans ce marasme, est de nous foutre éperdument de la question de savoir qui sera le prochain petit marquis à pavoiser sous les ors de l’Elysée.  Celui de tout homme d’Etat digne de ce nom – aujourd’hui –  est de travailler à la recherche de solutions concrètes et réalistes à la crise profonde que traverse la Nation et qui la menace dans son intégrité et son avenir. La conquête du pouvoir ne doit pas être considérée comme une fin en soi, sauf à s’exposer à une épouvantable désillusion, mais une étape obligée dans l’accomplissement d’un projet politique. Que faire? Il n’y a pas d’autre question, de mon point de vue, qui tienne la route en ce moment.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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Une triste et une bonne Nouvelle

images (2)Une triste nouvelle pour commencer: le décès d’Hervé Christiani. A vrai dire, le nom ne me disait plus grand chose mais sa chanson culte, "Il est libre Max", reste gravée dans ma mémoire. Quand j’étais adolescent, tout le monde la chantait, dans la rue, la cour du lycée, au travail, partout, et mon prénom (plutôt rare à l’époque), m’exposait plus que quiconque à ce refrain. Ecoutons-là une nouvelle fois, elle est vraiment belle, pleine de poésie, de gentillesse, de simplicité, d’humour:

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=3&cad=rja&uact=8&sqi=2&ved=0CCsQtwIwAg&url=http%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DBofHyTfvEgE&ei=6wjIU7riHqeP7Aa2hoGIAg&usg=AFQjCNFGt-nFgoLIS8ChrEK8Bs_KF-YWqw

Une bonne ensuite, même de portée minime: ce blog se comporte comme les coureurs français du Tour de France cette année: il monte, inexorablement, désormais classé 27ème de tous les blogs politiques, 5 places avant celui d’Alain Juppé! Il prouve que l’on peut échanger des idées sur Internet en se respectant, sans polémique ni sectarisme, crêpage de chignon, violence verbale, vulgarité ou fanatisme.

http://labs.ebuzzing.fr/top-blogs

Un grand merci à ses visiteurs – environ un millier chaque jour, avec des pointes exceptionnelles entre 2 et 3 000 – contributeurs, et blog associés. Sur Internet aussi, l’union fait la force!

Maxime TANDONNET

 

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Réflexions sur le XXIème siècle

imagesAu fil de ma lecture de Cioran, Oeuvres, Gallimard 1995, je trouve ces paroles saisissantes: "Dans l’histoire, on est toujours au seuil du pire [...] On peut donner pour certain que le XXIème siècle, autrement avancé que le nôtre, regardera Hitler et Staline comme des enfants de choeur." Propos de dépressif (qu’il n’était pas) ou salutaire prophétie? Cette question ne cesse de me hanter. Selon une première hypothèse, l’homme aurait changé, serait devenu meilleur grâce à "l’effet d’expérience" (ne pas reproduire les atrocités du siècle précédent), la mondialisation, les technologie de l’information et la diffusion des images, la hausse moyenne du niveau de vie… Suivant une autre vision des choses, rien n’aurait vraiment changé, en quelques décennies, de la nature humaine, prompte à la violence, au fanatisme, à la rage de détruire et de tuer. Oh, ce n’est pas de la grande philosophie, mais une simple réflexion "d’honnête homme". Pessimiste me dira-t-on? Un siècle vient de passer. Le 16 juillet 1914, nul n’imaginait l’apocalypse en train de couver. Quel idiot pessimiste eût alors annoncé le massacre de 17 millions d’Européens, un dizième de la jeunesse décimé, autant d’infirmes à vie, combien de veuves et d’orphelins, un continent dévasté, un cataclysme d’où sortirait le marxisme-léninisme et le national-socialisme, puis un second conflit encore trois fois pire dans ses effets? Aucun! Je ne dis pas que tout cela se reproduira en pire et tout autrement, mais qu’il ne faut rien exclure et surtout pas que Cioran ait eu raison. Ainsi, jamais, de mémoire,$_57 nous n’avons connu une situation aussi complexe et incontrôlable au Moyen-Orient, avec l’échec radical du monde occidental, marqué par l’émergence d’un califat qui bouscule toutes nos certitudes historiques et les menaces pesant sur Israël. Le XXIème n’en est qu’à ses débuts.

Maxime TANDONNET

NB: Le champ de blé aux corbeaux de Van Gogh, qui illustre ce billet, peint en 1890, me semble avoir un caractère annonciateur des tragédies du siècle suivant. 

 

 

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Mortel malentendu

images (1)Je regardais hier l’intervention du 14 juillet de François Hollande. Qu’en penser, en essayant de faire abstraction de toute passion, de prendre du recul, la perspective d’un regard historique? Il nous donnait l’image d’un homme en quête de séduction, avec ses nouvelles lunettes à la mode, son air bonhomme, à la fois sympathique, sérieux et jovial. Et pourtant, le courant ne passait pas, comme si chacune de ses paroles sonnait creux, avec une évidence une toile de fond: il cherche à être aimé, à reconquérir l’opinion. "Que l’esprit humain serait pauvre sans la vanité" a écrit Nietzsche (Humain trop humain 79). De la vanité,  il en faut une dose hors du commun pour aspirer à la plus haute fonction, au prestige élyséen: culte du "je", désir de gloire, de laisser une trace dans l’histoire, d’être regardé comme le premier. Pourtant, dans le marasme d’une crise de civilisation, il s’en faut d’un rien pour que le prestige inhérent à la fonction présidentielle tourne à la dérision et que le chef de l’Etat, loin de briller de l’éclat d’une étoile au firmament, offre aux regards une image pathétique, presque pitoyable, plus comique que tragique, n’incarnant plus la Nation qu’à travers ses échecs, son impuissance, son malaise et ses complexes. Quel sens cela a-t-il? Il ne faut surtout pas se faire d’illusion: tout homme ou femme, sans exception, dans la situation de M. Hollande, subirait aujourd’hui le même triste sort ou presque: Valls, Juppé, Fillon… L’idée par exemple, d’un Lemaire, Bertrand ou d’une Lepen apparaissant à la télévision un 14 juillet pour donner la leçon aux Français, suscite en mon for intérieur un puissant éclat de rire silencieux: "Le rire, c’est un acte de supériorité, un triomphe de l’homme sur l’univers, une merveilleuse trouvaille qui réduit les choses à leur juste proportions" (Cioran, Oeuvre, Gallimard p 1778)). La vérité, je crois, c’est que le modèle d’un président incarnant le "sommet", la première place, le guide, n’est plus adaptée à notre époque. Les Français, avec leurs souffrances, leurs inquiétudes, leurs désillusions, ne supporteront plus jamais l’idée d’un "premier français" quel qu’il soit. L’uniforme du Général, l’homme du 18 juin 1940, est bien trop grand pour n’importe quel successeur. Je crois davantage, dans l’avenir, au travail obscur d’un Premier ministre sans prétention ni ambition mégalomaniaque, soutenu par une majorité soudée, pour tenter de remettre sur les rails un pays dévasté par la crise économique et sociale, la violence et le communautarisme. S’il reste une place à l’héroïsme, celui-ci ne saurait procéder que de l’autorité tranquille, du labeur courageux, de la discrétion et du désintéressement.

Maxime TANDONNET

 

 

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La trahison

588945Le ministre de la défense a tenu des propos révélateurs de l’état d’esprit de la classe politique en affirmant de M. Hollande qu’il « sera en situation d’être candidat à l’élection présidentielle de 2017 ». Trois ans à l’avance, voilà ce qu’ils ont tous en tête: non l’intérêt général, le service des Français, le bien commun, mais la conquête ou préservation de "l’Elysée". Nous en comptons déjà une bonne douzaine, de futurs candidats proclamés ou potentiels. Qu’est ce qui leur plaît dans la présidence? La gloriole, premier français, côtoyer les grands de ce monde, le prestige des salons dorés, les cuisines, le parc, les cortèges derrière les motards, l’airbus présidentiel, l’impression du pouvoir, l’illusion de la puissance que donne cette cohorte de fayots et autres lèche-bottes autour d’eux. Avec la dégradation de la morale publique, du sens de l’intérêt général, cette présidence de la République, version Vème République des années 2000, autour du quinquennat, est devenue l’un des fléaux majeurs du pays. Elle n’a strictement plus rien à voir avec la présidence de la République souveraine, populaire, du général de Gaulle pour lequel il était inconcevable que le chef de l’Etat ne démissionne pas si le lien avec le peuple était rompu. Elle excite les convoitises de tout un tas de petites frappes enivrées de bêtise, de prétention et de narcissisme. Une mesure de salut public qui ne sera jamais prise: supprimer cette effroyable trahison de l’esprit public qu’est devenue la présidence élyséenne en ce début du XXIème siècle.

Maxime TANDONNET

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