Un air de trahison

Dominique Antoine, qui fut pendant deux ans conseiller éducation à l’Elysée, en même temps que moi, a annoncé hier dans une tribune au Monde qu’il allait voter pour François Hollande. J’en étais d’autant plus surpris que le Président lui a accordé une exceptionnelle  promotion à son départ avec sa nomination à la Cour des Comptes. Pendant deux ans, Dominique Antoine a pratiqué, cautionné la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans l’Education nationale, et aujourd’hui, soudain, il la trouve scandaleuse. Il vote pour qui il veut, c’est son affaire, mais de là à écrire une tribune dans le Monde piétinant ce qu’il a adoré… Rien ne peut  justifier à mes yeux, ce retournement de veste de dernière minute, alors que tant de signaux inquiétants s’accumulent pour le camp qu’il a servi. Trop facile. C’est une affaire d’éthique personnelle, de dignité.  J’ai envie de lui dire, comme Charles Péguy dans les Cahiers de la Quinzaine: “On n’a pas le droit de trahir. On n’a jamais le droit de trahir, personne.

Maxime TANDONNET

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Tartuffe et l’immigration

Avez-vous remarqué ? La question de l’immigration est absente des principaux sujets de la campagne électorale, en dehors de la proposition du chef de l’Etat d’organiser un référendum. Tout se passe comme si la classe politique, dans son ensemble, voulait ensevelir le sujet. (Moi-même, j’ai envie de parler de tout, sauf de cette question, mais une pulsion civique, ou sens du devoir, envie de vérité m’y ramènent de manière irrépressible). « Cachez ces pauvres gens » : tel est le mot d’ordre quasi-officiel de la classe politique, de la bourgeoisie bien pensante, de droite comme de gauche et surtout de celle-ci.

Je passe beaucoup de temps dans les cités, au contact des travailleurs sociaux, policiers, professeurs des collèges, personnels de santé. J’y rencontre mille héros du quotidien, qui disent tous la même chose, quelle que soit leur idéologie : on n’en peut plus, on ne fait plus face à une situation ingérable. Pourquoi donc faut-il que les nouveaux arrivants les plus pauvres du monde entier, pour des raisons économiques, familiales ou d’asile, soient systématiquement concentrés par les pouvoirs locaux, bien souvent de gauche, dans les quartiers déjà ravagés par le chômage, la misère, le désoeuvrement, la violence, la drogue ? Ce sont des populations souvent non francophones, parfois sans la moindre qualification, donc inemployables, déstabilisées par rapport au mode de vie européen, installées dans des hôtels sordides, des squats abominables, des cités totalement ghettoïsées. Et la classe politique, médiatique, intellectuelle, dans son ensemble, continue à dire : la France doit rester un pays ouvert et accueillant ! Elle diabolise toute expression contraire, la qualifiant de raciste ou pire. Ce sont les mêmes qui déclarent la France ouverte, par devoir d’humanité, et ferment les yeux, se mettent des œillères sur caractère monstrueux, chaotique, explosif, d’une partie de la réalité migratoire qu’ils vénèrent mais ne veulent surtout pas voir, la concentrant loin de chez eux dans certains quartiers de notre pays, dont les populations d’origine européenne ont massivement fui, voire une partie des populations d’origine maghrébine de la classe moyenne. J’ai envie de dire, avec Pascal : « Qui veut faire l’ange fait la bête ». Quand les donneurs de leçon les plus ardents se métamorphosent en persécuteurs par aveuglement et par hypocrisie.

La vérité, je l’ai déjà écrit, c’est que les gouvernements, malgré des efforts considérables accomplis pour améliorer la gestion de l’immigration, sont paralysés en la matière par un foisonnement incohérent et le désordre de procédures, jurisprudences, règlements, directives, lois, tombés du niveau européen comme national. On pourrait les ignorer fermer les yeux et continuer à empiler les problèmes derrière les murs de plus en plus hermétiques de certaines cités. C’est bien ce qu’annonce l’omerta actuelle sur l’immigration. Seul le référendum, comme proposé par le Président, le pouvoir du peuple, peut permettre de trancher et d’apporter une solution à ces problèmes d’une extrême complexité une solution à la fois humaine et efficace.

Maxime TANDONNET

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Ministre ou simple citoyen?

Je lis dans le Point de la semaine dernière une déclaration de Frédéric Mitterrand au sujet de l’après mai 2012: “La seule chose qui m’angoisse, c’est de passer du statut de ministre à celui de simple citoyen.” Cette phrase, si elle a réellement été prononcée, est intéressante car symptomatique du décalage entre une partie de la classe dirigeante et le peuple, les simples citoyens. Le ministre est donc angoissé de perdre son statut de ministre – les voitures de fonction, le grand bureau au Palais Royal, les huissiers qui apportent les parapheurs, les “Monsieur le ministre” à tour de bras -, alors que tant de simples citoyens sont profondément angoissés pour leur pays.  Cette phrase marque le paroxysme de la politique contemporaine: non le dévouement à une cause, une conviction, un intérêt collectif, mais la satisfaction, la jubilation  nombrilliste d’un ego sur-dimensionné. Quoi qu’il arrive, alternance ou pas, un retour à la vie de simple citoyen ne fera pas de mal à M. Mitterrand. Et à combien d’autres…

Maxime TANDONNET

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Référendum, immigration

Le Président de la République a eu parfaitement raison d’envisager, dans son interview au Figaro-magazine, la tenue d’un référendum sur divers sujets dont l’immigration. Cette solution est dans la pure tradition gaullienne. Face à un problème qu’on ne parvient pas à traiter  correctement en raison de l’inertie ou de l’obstruction des corps intermédiaires, en particulier certaines juridictions, il est parfaitement démocratique de demander au peuple de se prononcer. L’immigration est un sujet qui concerne les citoyens, le peuple, et une politique démocratique de l’immigration peut passer par un recours au référendum. On peut faire confiance aux citoyens pour se prononcer avec intelligence, fermeté et humanité sur un sujet aussi sensible et essentiel pour la nation. Cela n’a rien à voir avec l’extrémisme. C’est le général de Gaulle qui a introduit le référendum dans la Constitution (article 11),  l’a utilisé notamment pour régler le problème de la décolonisation et introduire l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel. Mitterrand, Chirac ont voulu en élargir l’utilisation à des sujets de société, tels la sécurité ou l’immigration. La véritable extrême droite est celle qui a peur du peuple, peur du suffrage universel. Le 1er avril 2011, j’avais évoqué cette question dans un billet intitulé le garrot qui avait offusqué beaucoup de bonnes consciences, assimilant, par une sorte d’inversion des valeurs, suffrage populaire et “populisme” ou “extrémisme” (mes lecteurs fidèles se souviennent des ennuis que m’avait valus ce texte!) Plus que jamais je suis convaincu, comme gaulliste, que le référendum doit redevenir un outil fondamental de gouvernement pour décider, surmonter les féodalités, les privilèges, les obstacles à la volonté générale.

Maxime TANDONNET

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Minable injure

Un député socialiste, M.Serge Letchimi, vient de provoquer un effroyable tollé en parlant de « régime nazi » et de « camp de concentration» au sujet de la déclaration du ministre  de l’Intérieur sur les « civilisations qui ne sont pas d’égale valeur », sans être désavoué par ses amis politiques.

La barbarie nazie est à l’origine d’une guerre planétaire qui a fait  50 millions de morts, l’extermination de 20% de la population polonaise, ukrainienne, le massacre de 6 millions de Juifs, 320000 Français tués, Oradour, 80 000 résistants fusillés. En mettant sur le même plan la plus atroce tuerie de l’histoire et une simple phrase, discutable certes, mais qui a l’évidence, sauf pour les crétins, n’a rien de scandaleux, ce parlementaire, comme tous ceux qui jouent avec ce genre d’amalgame, ne fait que tendre à dédramatiser, banaliser, neutraliser l’horreur et la monstruosité du régime nazi. Si ce n’est pas du “révisionnisme”, cela y ressemble beaucoup.

Maxime TANDONNET

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Honteuse polémique

Aujourd’hui même, la classe politico-médiatique française s’embrase pour quelques paroles prononcées par le ministre de l’Intérieur : « toutes les civilisations ne se valent pas ». Personnellement, j’y vois une évidence, presque une lapalissade : les civilisations qui pratiquent les sacrifices humains, par exemple, ne valent pas une civilisation fondée sur le respect de la vie. Si toutes les civilisations se valent, l’idée même de progrès disparaît. On peut en discuter, c’est un beau sujet de philosophie. Mais voilà, la polémique politicienne fait rage, accapare les ondes de télévision, de radio, la « toile », les prises de position qui s’enchaînent, haineuses, furibondes…

Or en même temps, des sans abris souffrent dans le bois de Vincennes sous leurs tentes de fortunes par – 10 degré la nuit, et personne n’en dit un mot ; près de trois millions de personnes sont plongées dans le désespoir du chômage dont toute une partie de la jeunesse ; en Syrie, des centaines de personnes sont massacrées chaque jour ; le Nigéria, pays le plus peuplé et le plus riche en ressources pétrolières d’Afrique est en proie à une atroce guerre civile. Pas un mot… Tout le monde s’en fout et ne se passionne que pour la polémique du jour. Quelle honte, quand même, cette nomenklatura politico-médiatique française… 

Maxime TANDONNET

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500 signatures et démocratie

Charles De Gaulle, créateur de la Ve République et père de l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, n’a jamais été favorable au système de parrainage des candidats par les élus locaux. Quand ses ministres lui proposent la mise en place d’une obligation de parrainage par cent élus locaux pour éviter les candidatures fantaisistes, il répond : « Mais enfin, pourquoi toutes ces personnalités locales ne pourraient-elles pas se présenter ? Pourquoi voulez vous absolument les en empêcher ? Pourquoi avez-vous peur du folklore ? Est-ce que la démocratie, ce n’est pas, précisément, que tout le monde puisse se présenter à une élection ? Le peuple fera le tri ! » Puis, Pompidou, son Premier ministre, ayant proposé de passer de 100 à 200 parrains, il déclare, mécontent, en Conseil des ministres le 2 octobre 1962 : « Pourquoi êtes-vous passé de 100 à 200 parrains ? C’est trop ! 100 sont bien suffisants ! Ou bien les élus accordent une véritable investiture, et alors il faut y aller carrément en procédant à une véritable élection préalable par un collège restreint. Ou on renonce à ce système, on adopte le suffrage universel dans toute son ampleur : et alors il ne doit pas y avoir de condition préalable. » (A. Peyrefitte, C’était de Gaulle). La vérité, c’est que le système du parrainage par 500 maires, mis en place bien après De Gaulle, sous Giscard d’Estaing, dénature l’élection présidentielle en donnant un véritable pouvoir de veto au corps des notables locaux et aux partis politiques, restreignant ainsi le caractère populaire et démocratique de l’élection. Empêcher par ce biais un candidat de se présenter, qu’il soit M. Dupont-Aignan, Mme Christine Boutin, M. Chevènement, Mme Le Pen, Mme Arthaud, représente une atteinte fondamentale à la démocratie et aux institutions de la Ve République, privant l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel d’une partie de son sens. Pourquoi ne pas simplement prévoir une forte caution que ne récupéreraient que les candidats ayant dépassé 1 ou 2% afin d’éviter une prolifération excessive des candidatures ?

Maxime TANDONNET

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