Sur la communication présidentielle (Atlantico)

1-Dans un contexte de mobilisations sociales multiformes, des cheminots aux étudiants, Emmanuel Macron va s’employer, au cours de cette semaine du 9 avril, à parler aux Français. De son discours au Collège des Bernardins de ce 9 avril, au JT de 13h00 de ce jeudi 12 avril, à son intervention sur BFMTV-RMC-Médipart prévue pour le 15 avril prochains, comment interpréter l’image que Emmanuel Macron se fait du pays, et des Français qu’il cherche à convaincre pour dépasser ce qu’il qualifie « d’ancien monde », et des « vaches sacrées » que peuvent caractériser les différents mouvements actuels (zadistes, syndicats, étudiants, cheminots etc…) ? 

Il me semble que le président Macron et son gouvernement sont confrontés à une situation qu’ils n’attendaient pas. Le succès à l’élection présidentielle représente un choc psychologique considérable et tout nouveau chef de l’Etat a le sentiment sincère qu’une ère nouvelle s’ouvre avec son succès. On se souvient de Giscard d’Estaing et sa nouvelle société libérale avancée, ou de Mitterrand dont l’un des plus proches compagnons, Jack Lang, annonçait l’avènement de « la lumière » après la « nuit » ou encore de la « rupture » de Nicolas Sarkozy. Emmanuel Macron, du fait de sa jeunesse, a porté cette logique à son paroxysme, invoquant un monde nouveau qui succède au monde ancien. D’ailleurs, il ne parle guère de réforme mais de « transformation » du pays. Les présidents reproduisent ainsi l’esprit de la révolution française et l’idéologie sur la table rase: le passé est fini et un nouveau monde s’est ouvert avec eux. Dans l’imaginaire qui s’attache au succès de M. Macron, le monde ancien est celui d’une France « ringarde » qui cultive l’esprit de clocher et de terroir, les droits acquis, les statuts, le conservatisme. Elle est vouée à disparaître. La France nouvelle est sans frontière, hors sol, ouverte sur le monde, en renouvellement permanent, à l’image des Start up et de la finance. Le problème, c’est que nous sommes là dans la communication, dans l’idéologie, et forcément, la caricature, opposant le mal, c’est-à-dire l’ancien, au bien, c’est-à-dire, le neuf. Or, la réalité est infiniment plus complexe. Dans un vieux pays de 1500 ans, l’ancien et le moderne s’imbriquent l’un dans l’autre. M. Macron comme président de tous les Français, réalise qu’il doit impérativement parler aux retraités, aux catholiques, aux étudiants des universités, aux syndicats, aux fonctionnaires et aux cheminots et tenter de réinstiller la confiance. L’heure de l’idéologie, du nouveau monde opposé à l’ancien est est en train de s’achever. Le temps du réalisme commence. D’où l’offensive de communication qui est programmée, marquant peut-être un premier tournant du quinquennat.

2- En quoi cette semaine pourrait-elle être décisive en ce sens pour le président ? Les cibles choisies au travers de ces différents formats, des catholiques du discours au Collège des Bernardins, aux retraités du JT de 13h00, jusqu’aux catégories sociales supérieures de BFMtv, pourraient-elles effectivement faire basculer la pièce, dans le bon, ou le mauvais sens, pour le soutien de son action ? 

Je pense que c’est très difficile. Dans la politique moderne, surmédiatisée, l’usure du pouvoir est extrêmement rapide. Le capital de confiance est fragile et une fois épuisé, presque impossible à reconstituer. La foule médiatisée fonctionne à l’affectif et à l’émotion. Dès lors qu’une image personnelle se dégrade, elle est quasiment irrécupérable. L’équipe au pouvoir pourra prodiguer tous les gestes possibles et imaginables, elle restera, pour les quatre ans à venir, dans la conscience collective, celle qui a appauvri les retraités et favorisé les grandes fortunes. Ce phénomène est presque naturel. Nous l’avons vu à l’oeuvre sous Sarkozy comme sous Hollande. Le président Macron, en décidant de redescendre dans l’arène de la communication à outrance, prend un risque important. Bien sûr il tente de sauver ou de consolider son image, de rassurer, de regagner la confiance de ceux qui sont découragés ou déçus. Cependant, n’ayant pas forcément de message nouveau à faire passer, il s’expose à engendrer la lassitude et à focaliser sur lui-même les déceptions ou les souffrances. La situation est instable. M. Macron et son gouvernement ont perdu tout soutien à gauche. Ils conservent un certain capital de sympathie chez les centristes et dans une partie de la droite libérale mais ce soutien est fragile et dépend pour beaucoup de la situation économique. En vérité, nous touchons ici aux limites du système politique en vigueur. Le président de la République est le principal acteur de la politique du pays pendant cinq ans, surmédiatisé, mais il est inamovible et irresponsable. Il sombre, presque naturellement, dans une impopularité structurelle, devient ainsi une sorte de bouc émissaire national, réceptacle des frustrations et des souffrances collectives. Plutôt que d’inspirer la confiance au pays, il finit par aggraver ses angoisses et sa morosité.

3- Quelle est la France qui pourrait avoir été oubliée dans cette offensive de communication du chef de l’Etat ? 

Peut-être justement la France elle-même, une et indivisible! On ne peut pas diriger un pays seulement en termes de catégories et d’opposition entre les unes et les autres, correspondant plus ou moins à l’opposition du nouveau et de l’ancien monde: retraités/actifs, cheminots/usagers, fonctionnaires/ salariés du privé, syndicats/entrepreneurs. Le pouvoir politique aurait tout intérêt à s’adresser à la France dans son ensemble et non à des fractions de la France en se recentrant sur le seul intérêt général. Quels sont les grands enjeux de l’avenir pour le pays? la sécurité, notamment face à la menace terroriste, la maîtrise de l’immigration, la lutte contre le communautarisme, la lutte contre le chômage, le redressement du niveau scolaire. Le pouvoir aurait tout intérêt à dépasser les clivages en se polarisant sur l’essentiel, le destin du pays. Il ne semble pas avoir trouvé le bon ton pour parler aux Français, celui de la sincérité et de la vérité. La fracture démocratique ne cesse de s’aggraver et n’a jamais été aussi profonde, entre la classe dirigeante et la majorité silencieuse. C’est là que ce situe le plus profond des clivages. Le pouvoir entreprend de multiples réformes mais le plus grand doute s’est instillé dans le pays quant à la portée et l’utilité de ces réformes. Ils reste aux dirigeants politiques, en particulier au premier d’entre eux, de trouver le bon ton, le ton de la vérité et de la sincérité, pour convaincre la grande masse des Français qu’ils n’ont pas pour unique ambition de servir leurs propres intérêts, surtout de vanité, ni de s’incruster au pouvoir le plus longtemps possible, mais de n’être que les humbles serviteurs de la République et de la Nation. Le défi est colossal…

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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11 commentaires pour Sur la communication présidentielle (Atlantico)

  1. Isabelle dit :

    @Sganarelle
    Au contraire, je constate ceci dans toutes les classes. Ma famille paternelle est une classe privilégiée qui passe sa journée devant les infos, de même qu’une partie de ma famille maternelle, moins privilégiée. Je suis d’ailleurs d’accord avec vous sur le fait qu’ils ont eu une meilleure éducation que nous, mais 40 ans passés devant la télé les a malheureusement rendus de plus en bête, surtout beaucoup plus bêtes que ce qu’ils n’étaient dans leur jeunesse. Pour paraphraser une grande dame, je dirai que l’on ne naît pas bête, on le devient. Il y a quand même des activités moins abrutissantes, sans rendre plus intelligent: jardinage, vélo, couture, point de croix, lecture, cinéma. Ils auraient au moins des choses intéressantes à dire.
    A bon entendeur.

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  2. Citoyen dit :

    « Le succès à l’élection présidentielle représente un choc psychologique considérable … » …. pour bon nombre de français, c’est une certitude … Et pour le nuisible qui occupe les lieux, probablement aussi, mais pour d’autres raisons …
    Il a avoué qu’il était arrivé là « par effraction » … Plus précisément, on pourrait dire, comme le résultat d’un malheureux concours de circonstances … Malheureux, d’abord pour les français, puisque la France, comme les français, il ne sait pas ce que c’est. Selon ses dires, il parait que la France n’a pas de culture …
    Et donc, la rencontre s’étant mal passée, il essaie de se raccrocher aux branches …. en communiquant à tout va … à outrance.
    Mais la seule image, de cette clique, qui reste dans l’opinion, c’est l’imposture de tous les instants. Imposture qui a atteint dernièrement des sommets, avec le racket à 80 sur les routes ! … Et quand on arrive à ce niveau d’imposture, toutes les autres sont permises. Quand on a passé les bornes, il n’y a plus de limites ….
    Se faire interviewer par un individu comme Plenel s’inscrit dans la continuité du scandale. Mais peut être est-ce de la provocation à l’égard de français ?… Ce qui ne serait pas étonnant. A moins qu’il n’ait pas perçu la signification, que pouvait avoir pour les français, de se faire servir les plats par ce sombre islamo-gauchiste … Ce qui serait encore plus grave …

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  3. drazig dit :

    On oublie trop vite que Macron a été élu avec un taux d’abstention très élevé, et sa légitimité peut être mise en doute….contrairement à celle de Poutine et Orban. Les difficultés de Macron relèvent de là; point final.

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    • xc dit :

      Comme on dit « les absents ont toujours tort ». Les sondages prévoyant le résultat que l’on sait, s’abstenir était voter Macron.
      D’autre part, je n’ai pas entendu parler d’un candidat providentiel qui aurait rallié une écrasante majorité de suffrages mais ne s’est pas présenté, de par sa volonté ou pas. J’en conclus que toutes les facettes de l’opinion avaient leur candidat et ont pu s’exprimer.
      J’ai voté « contre » Macron » à chacun des deux seconds tours des dernières élections. Mais il a été élu régulièrement (je passe sur l »épisode Fillon, faute de preuve de son implication personnelle). Pour moi; il est légitime. Sinon, tous les combien faudrait-il procéder à une nouvelle élection présidentielle pour avoir un élu à la légitimité incontestée ?

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    • drazig dit :

      Réponse à xc du 11 à 6:49
      En effet, la nuance entre légitimité et légalité est difficile à saisir; mais elle est essentielle et déterminante.

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  4. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous
    Penser qu’E. Macron puisse se considérer à un moment comme un « humble serviteur » de la République relève de la galéjade, la France est bien trop petite pour ce Monsieur.
    E. Macron me rappelle Valéry Giscard d’Estaing : parcours scolaire brillantissime, passage remarqué au ministère des finances, élection à la Présidence de la République par surprise, même orgueil, même aplomb, même autoritarisme, même mépris pour le peuple, même sens de la communication toujours à son avantage, et l’on pourrait continuer et même comparer aussi les erreurs faites en début de mandat.
    Que la France doive changer, tout le monde en convient mais vouloir la transformer au pas de charge sans tenir compte d’une très grande partie de la population pour qui tout changement est une agression et en s’exonérant d’explications claires, argumentées, compréhensibles de tous c’est mal connaître son pays et quelque part mépriser le peuple.
    Le choix des 3 interviewers (J.P.Pernaut, J.J.Bourdin et E. Plenel) s’il est pertinent pour toucher le plus possible de téléspectateurs est risqué car ces 3 journalistes ne sont pas réputés pour être très complaisant vis à vis du pouvoir et ils ne manqueront pas de pousser E. Macron dans ses retranchements pour essayer de l’obliger à fournir des réponses précises. Je suis persuadé qu’E. Macron les sous-estime et pense qu’il dominera aisément l’exercice, qu’il se méfie il n’aura pas cette fois en face de lui Mme Le Pen et les 3 journalistes rompus bien plus que lui aux médias n’ont rien à perdre et tout à gagner de leur impertinence et de la qualité des questions qu’ils poseront.

    Aimé par 1 personne

  5. michel43 dit :

    franchement , je trouve que le président en fait trop ,on le voie partout, dans tout et continue son cinéma ,a un moment donner cela va lui nuire

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  6. Isabelle dit :

    Je suis étonnée de voir que l’on parle de catégories sociales supérieures pour parler du public de BFMTV. Revenue en province après avoir résidé onze ans en région parisienne, je constate qu’autour de moi, ce sont plutôt les retraités qui regardent BFMTV. Les catégories sociales supérieures travaillent et n’ont pas le temps de regarder la télévision. Mon mari, qui est ingénieur dans une grosse entreprise d’aéronautique, ne regarde jamais la télévision, hormis des documentaires ou des polars pour se changer la tête. Il lit la recherche et n’écoute les informations qu’à la radio en allant ou revenant du travail. Le reste du temps, c’est ballade dans la nature ou lecture. Seuls ceux qui n’ont rien à faire de leur journée ou ne savent pas comment l’occuper sont plantés devant leur télé.

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    • Sganarelle dit :

      Et moi je suis surpris par un jugement catégoriqueaussi péremptoire venant visiblement d’une personne intelligente appartenant à  » une classe sociale supérieure »( sic)
      Sans doute vos aïînés sont moins favorisés que vous mais peut-être aussi qu’au cours de leur vie ils ont acquis la culture génerale que des êtudes universitaires cblées ont limité à leur profession. Sans doute aussi leur âge diminuant certaines facultés les autorise à des
      plaisirs moins intellectuels mais de là à faire une genéralité et mettre au même niveau d’incapacité tous ceux qui sont à la retraite, je crains jeune dame que vous ne sortiez guère de votre cercle de privilégiés a moins que vous ayez quelques graves lacunes que l’´âge certainement ne tardera pas à combler.

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