Le Congrès et l’hyperprésidentialisme

La possibilité pour le président de la République de s’exprimer devant le Congrès, l’Assemblée et le Sénat réunis à Versailles, a été introduite dans la Constitution en 2008. Cette réforme, rompant avec une tradition républicaine qui remonte à 1873, a une apparence toute sympathique. Elle met fin à un cloisonnement entre l’autorité élyséenne et le pouvoir législatif. Elle va dans le sens de la fluidité, de l’échange, de la transparence. Mais dans les profondeurs du mode de gouvernance du pays, elle est gravement nocive, consacrant l’hyper-présidentialisation du régime, un chef de l’Etat qui se substitue au Premier ministre, y compris dans ses rapports avec le Parlement. Le président devient ainsi, avec l’hyper-présidentialisme, le Gouvernement à lui tout seul, l’incarnation d’un programme, d’une politique, ou d’une non politique. Il s’impose comme le seul comptable des échecs et des déceptions inévitables, donc le bouc émissaire naturel du pays. Il perd la hauteur et la distance, source d’une sagesse, d’une vision, d’une impartialité, qui devraient faire la richesse naturelle de la fonction présidentielle. Pendant 5 ans, il incarne à lui seul le pouvoir mais il est irresponsable de ses actes, de ses paroles et de ses décisions – ou de ses non-décisions. Le pouvoir, ou l’apparence du pouvoir, sans la responsabilité personnelle, est le cercueil de toute démocratie. Pour échapper à la mise à mort programmée, dans un monde aussi difficile et complexe, où les miracles n’existent pas, il n’a pas d’autres ressources que de fuir dans la communication, la posture médiatique ou la polémique jouer sur le lavage de cerveau médiatique, sur la supposée crédulité ou naïveté ambiante. L’hyper-présidentialisme a l’apparence de l’autorité, à travers le mythe du chef. En vérité, il détruit l’autorité et l’efficacité. Mais cela n’aura qu’un temps car – c’est toujours la même chose – les Français, les « gens » comme on dit dans les hautes sphères, sont bien plus lucides qu’on ne le croit généralement.  La logique vénéneuse d’un système politique rendu débile est déjà à l’œuvre.

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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14 commentaires pour Le Congrès et l’hyperprésidentialisme

  1. Frederic_N dit :

    Maxime,
    Je persiste à ne pas comprendre votre point de vue, surtout que vous êtes historien
    Vous ne cessez de répéter la même thèse qui est pour moi juste, mais supreficielle, comme si tous nos malheurs en découlaient. Tout nos malheurs découleraient de la perte de l’esprit de la Vème et du régime politique né en 58. Et vous ne proposez rien d’autre qu’une révolution – parce que repenser l’organisation de la vie politique est une révolution ( ou un coup d’état permanent si je peux me permettre ce clin d’œil). Mais à vous suivre on ferait cette révolution uniquement pour elle-même : l’objectif serait de changer le régime politique UNIQUEMENT ou même principalement pour … changer le régime, faire vivre la démocratie comme vous dites

    Mais cela ne marche pas comme cela. On n’a jamais fait de révolution fussent elles pacifiques pour changer le pouvoir. On l’a toujours fait parce qu’il y avait un objectif AUTRE et c’est parce que l’on avait cet objectif que l’on a changé la forme du pouvoir. Ainsi les anglais – le cas le plus proche de ce que vous souhaitez- n’ont pas fait leur révolution « pour établir la démocratie » « ou « pour établir  » l’habeas corpus » . Mais il fallait mettre un pouvoir favorable à la religion majoritaire, ou cesser ces vols récurrents des épargnants dont les rois anglais à l’époque étaient si friands Et c’est pour faire cela qu’on a inventé le pouvoir accru du parlement. . Et on peut multiplier les exemples.

    C’est pourquoi vous allez tourner à vide avec un tel discours. Car le problème de la France n’est certainement pas sa constitution : même brinquebalant, même avec ce boulet qu’est la bande « le Monde-Plenel – le Canard, la France est arrivée à se doter d’un mandat clair pour son gouvernement ( mandat qu’on peut critiquer, car il y a un gros angle mort comme on dit, mais qui existe).

    C’est pourquoi je vous propose un axe alternatif : plutôt que de refaire la constitution – au nom de l’esprit de la 5ème, comment peser sur le gouvernement Macron dans un sens de conservation de la culture française et européenne. Pour cela comment faire pour regénérer l’espace public qui est sur ce point un boulet absolu.

    amitiés

  2. Sganarelle dit :

    Un roi ? Certes non. Je vois plutôt « une grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf » un jeune gâté à qui on a trop dit qu’il était intelligent et surdoué avec des talents de comédien et qui a de la chance . Ils sont nombreux dans ce cas dans la vie courante , (un peu comme Icare ) et s’ils ont moins de chance ils sont tous généralement leur propre bourreau.
    Un roi c’est une dynastie qui dure, il apprend son métier dans le sérail car c’est une affaire de famille et comme Louis XVI à son avénement il pense avec humilité que c’est un malheur d’être roi tant la charge est lourde. Pour faire un roi il faut quelques siècles … Monsieur Tandonnet vous êtes plus près de la vérité en parlant « d’empereur » car notre Histoire ne vous est pas étrangère.

    La photo dont le jeune président nous gratifie est une vitrine à elle seule. Prêt à bondir , en avant màchoires serrées , appuyé sur le bureau présidentiel avec dérrière lui la fenêtre ouverte .. les drapeaux dans les coins et ..la pendule de celui qui se croit « le maître du temps » .. sans oublier cerise sur le gâteau  » le rouge et le noir  » .. Tout un poème ..
    On ne peut mieux faire comme résumé

    .

  3. Fredi M. dit :

    Signe des temps, son quinquennat débute sur une polémique : la PMA.
    Même stratégie de rideau de fumée que celle de FH avec son mariage homosexuel.
    Mais si le roitelet s’obstine à s’imaginer le destin d’un roi, sa tête aura le destin de celle d’un roi.

  4. goupil dit :

    Bonjour à toutes et tous,
    Qui a initié cette réforme constitutionnelle en 2008 déjà ? Ce n’est pas un certain Nicolas S ?
    Et le congrès a laissé faire. Inutile d’espérer une quelconque réaction de ses membres. Ils ont dépassé le rôle des godillots. On l’a bien vu avec les fameux frondeurs.
    Cette illusion de démocratie me désole. Les « gens » ne s’y sont pas trompés et je crois que c’est une des causes de l’abstention record de la dernière élection.

  5. annick danjou dit :

    « Nous comprenons que le message qui nous est donné est celui de la prééminence absolue du président. Nous sommes révulsés », a déclaré Jean-Luc Mélenchon.

  6. Jean-louis Michelet dit :

    Si Versailles m’était conté….
    Nouvelle distribution des rôles :
    Louis XIV vieillissant par l’homme qui haït la finance …
    Sa favorite par une « actrice » très en cour à l’ancienne cour …
    Louis XV jeune …par qui vous savez …
    Sa favorite par ….par qui vous savez aussi ….
    D’Artagnan par …Benjamin Griveaux
    Turenne par ….Le Drian.
    Louis le Vau (spécialiste de l’architecture et de l’immobilier) par ….Richard Ferrand.
    Madame de Maintenon par ….Marlène Schiappa …
    Les révolutionnaires par ….la France insoumise …. (Présence encore incertaine)
    La révolutionnaire (Piaf) qui chante « ça ira » sur les grilles du château par …..le casting est en cours. (Décision autour du 12 Septembre)
    Bourvil, le gardien de musée et autres figurants du peuple par …..le casting est en cours. (Décision autour du 12 Septembre)
    Beaucoup de spectateurs regretteront l’absence du jeune prodige, François Bayrou, retenu pour sa tournée triomphale aux États –Unis … (malgré un faramineux cachet offert par le réalisateur qui a tenu à rester anonyme.)
    Bref, il y a bien d’autres rôles à distribuer et le casting n’est pas terminé. Nous vous tiendrons informés.
    Le spectacle continue.

  7. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    http://wp.me/p62nwL-b2d -> depuis 30 ans

  8. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    E. Macron confirme ce que nombreux d’entre nous subodoraient, le roitelet caché derrière les apparences d’un Président moderne de la Vème République, reléguant son Premier ministre au rôle de collaborateur, pire, en le rabaissant pour bien lui montrer qui dirige le pays et qui donne les ordres, voire en envoyant le signal subliminal fort de l’inutilité d’un poste de Premier Ministre.
    Le choix de la date de son intervention devant le Congrès n’est pas si anodin qu’il n’y parait :
    La veille du discours de politique générale d’E. Philippe, pour le contraindre à n’être que le répéteur et l’amplificateur de la bonne parole du roitelet. Ce comportement est indigne du premier personnage de l’Etat qui a tout loisir pour réunir le Congrès à des moments importants de la vie du pays.
    Je m’étonne à ce sujet des réactions apathiques de l’ensemble des sénateurs et des députés qui auraient dû s’unir et faire bloc, tous partis politiques confondus (en dehors des courtisans de la cour d’E. Macron) pour ne pas se rendre à cette convocation et montrer ainsi qu’ils attendaient que ce soit le chef du Gouvernement qui définisse d’abord la politique du pays et les moyens pour la conduire. C’eut été un beau geste de citoyenneté et de respect de nos institutions et aurait replacé le chef de l’Etat dans son rôle et aurait eu le mérite de le faire descendre de son trône.
    Nul doute qu’après les nominations de « copains » aux postes importants de l’Assemblée Nationale, nous assistions à une mainmise du roitelet et de ses courtisans sur toutes les formes de pouvoir de notre Société, à moins que…

  9. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Que vous le vouliez ou non, voilà un Président jupitérien, qui pourtant n’a pas su réunir 20% des électeurs inscrits sur les listes, sur son nom au premier tour de la présidentielle, s’emploie à vouloir nous débarrasser de « la tragique absurdité du régime politique français », en essayant de faire émerger une nouvelle République schumpitérienne qu’on peut voir aujourd’hui en pleine « destruction créatrice » !

    • M.H. dit :

      Avec Macron je vois plutôt émerger une république capitaliste de connivence où la « destruction créative » piétine allègrement ceux qui ne font pas partie du sérail…

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