2017, les vraies élections

panorama2La politique du pays est en train de se transformer radicalement, de basculer dans un autre monde, au rythme des bouleversements de la société. Le modèle de la gouvernance française issu des années 1970 et renforcé dans les années 2000 est à bout de souffle. Jamais plus personne ne reviendra sur le discrédit de l’institution présidentielle telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui: l’hyperprésidence narcissique. Le naufrage de l’Elysée dans sa version actuelle est sans retour. Toute prétention à exercer le rôle de roitelet du pays est désormais vouée au ridicule.  En effet, les Français ne sont pas aussi manipulables et naïfs que ne semblent le penser les leaders politiques. Ils savent, d’instinct, que l’idée d’un personnage tout puissant, surmédiatisé, tenant à lui seul les leviers du pays, entretenue par la classe politique et les médias, est une gigantesque imposture dans le monde moderne.

En 2017, le dernier masque de cette légende pourrait tomber. Il en sortira, quoi qu’il arrive l’élection d’un chef de l’Etat déjà usé jusqu’à la corde par son historique au pouvoir, cramé dès son installation à l’Elysée, ridiculisé par la tragédie des primaires, cible providentielle des médias, des corps intermédiaires (magistrats), de l’opinion publique. Privé d’une autorité stable et durable, il ne disposera plus jamais sans doute d’une véritable « majorité présidentielle » à l’Assemblée, à cause du tripartisme nouveau dans le pays, voire quadripartisme, de l’émergence des « frondeurs » de droite et de gauche et de la déliquescence du prestige présidentiel. Or comme chacun le sait, les pouvoirs personnels du chef de l’Etat sont réduits (celui de dissoudre l’Assemblée). Pour le reste, il ne décide rien tout seul, pas même le référendum et en l’absence de majorité présidentielle claire, sombre obligatoirement dans la paralysie et l’impuissance.

C’est pourquoi l’avenir du pays repose aujourd’hui sur l’élection de l’Assemblée nationale, les législatives, l’espoir, même ténu, d’une recomposition politique autour de majorités d’idées, constituées de députés sensibles à la notion de bien commun et d’intérêt national; et par-delà, l’émergence, d’un Premier ministre homme neuf,  autoritaire, à la tête d’un gouvernement puissant et déterminé à réformer le pays. Un miracle? Peut-être, mais c’est le seul envisageable, tant la déconfiture présidentielle, à sans-titre travers notamment les primaires, semble s’accélérer. Dans une période aussi troublée et incertaine, rien n’est pourtant écrit d’avance. Une crise majeure, sociale, politique, militaire, dans l’année qui vient, pourrait déboucher sur un tel scénario totalement inédit.

Dans ce contexte, le président de la République devra, non pas s’effacer, mais retrouver un rôle plus conforme à la lettre et à l’esprit des institutions  autour du destin à long terme de la Nation, de la politique étrangère et de défense. Ceci est pour moi une évidence. Pourtant, infiniment rares sont les esprits qui commencent à le comprendre tant cette idée contraste avec la mythologie politique française. Ils existent, j’en ai rencontré. Les politiques, dans leur immense majorité, ne peuvent même pas l’imaginer. Le hochet élyséen les enivre. Quoi? L’apparence de la toute puissance, sans une once de responsabilité personnelle pendant cinq ou dix ans? Mais les faits et la loi des réalités, sont infiniment supérieurs à leurs fantasmes de toute puissance.

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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29 commentaires pour 2017, les vraies élections

  1. PhD dit :

    En Gironde, les candidat UMP à la députation ont été investis, ce qui crée déjà des bisbilles au sein de ce parti.

    Le coût d’une campagne pour les législatives, si on souhaite être élu, est de quelques dizaines de milliers d’euros.

    Les banques ne prêteront pas si le candidat n’est pas assuré de réaliser 5% des suffrages exprimés.

    Donc qui peut y aller en dehors des partis ? Je parle de personnes qui souhaitent agir et donc être élus.

    • Phd, 10 000 euros pour se présenter? Fichtre…
      MT

    • PhD dit :

      Ce chiffre sous entend bien évidemment le coût complet de la campagne, avec impression et distribution de tracts, impression et collage des affiches, organisation de réunions et dîners, mailing si vous voulez toucher tout le monde, location d’une permanence correctement située, etc…
      (les formalités administratives sont gratuites)
      C’est pour une personne qui part avec la volonté d’être élu, qui a donc besoin de se montrer pour acquérir une visibilité certaine, d’autant plus qu’il ne bénéficierait pas de l’étiquette et de la machinerie d’un grand parti.

      Certes, les candidats d’extrême gauche dépensent en général 3000 euros, mais ils font une campagne minimale, cherchant au mieux à obtenir les 5 % nécessaires au remboursement, ce qui est loin d’être toujours le cas.

      Pour info, la campagne des départementales,pour lesquelles j’étais candidat, m’a coûté 7500 euros ; une circonscription, c’est, à la louche, 3 nouveaux cantons

  2. Timéli dit :

    Ce brave Sénèque avait raison quand il déclarait qu' »On dépend de l’avenir quand on ne tire aucun parti du présent ». Aujourd’hui, c’est le chaos le plus complet : au sommet de l’Etat, c’est l’amateurisme qui prévaut, avec des décisions à l’emporte-pièce faute d’autorité, de vision et de cap bien précis. Un jour, c’est blanc; le lendemain, c’est noir. On en rirait presque si ce n’était nos gouvernants… qui s’activent comme des girouettes ! La fonction du président de la République étant largement dévaluée, c’est la volonté du peuple, au travers des élections législatives, qui reste désormais déterminante pour diriger le pays. Je suis tout à fait d’accord avec vous, Maxime. On peut avoir un président de gauche et une Assemblée de droite, d’où seront issus le Premier Ministre et son gouvernement. Ce dont les médias ne parlent pas, c’est l’émergence des mouvements citoyens. L’un d’entre eux est animé par Jean-Christophe Fromentin, le maire de Neuilly sur Seine. Il se donne jusqu’en décembre prochain pour trouver 577 candidats à la députation (et autant de suppléants). Avec le soutien de personnalités non politiques, il entend faire monter la société civile à l’assaut de l’Assemblée Nationale, considérant ce rendez-vous plus vital que la présidentielle et estimant qu’elle jouit d’une légitimité fondée sur ce que ses acteurs font et réalisent dans les territoires.
    C’est une initiative novatrice et intéressante, riche de promesses et d’espoir !
    Alors, soyons, pour une fois, optimistes, et rappelons-nous ce propos précurseur de Bergson : « L’avenir n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire ».

  3. Walter dit :

    Voici un article qui vous rejoint me semble t’il Maxime:
    Les Français ont préféré un président à un pays apaisé!
    Anxiogène! Anxiogène! Est-ce que j’ai une gueule d’anxiogène?
    http://www.causeur.fr/hollande-normal-terrorisme-sarkozy-presidentielle-2017-38828.html

  4. Freederic_N dit :

    On dit souvent que les marchés financiers ont digéré une nouvelle qui n’est pas encore officielle. Mais c’est pareil pour l’élection présidentielle. Elle est déjà anticipée. C’est Nuit debout, c’est les manifs pour la loi travail.

    . Mais j’ai le sentiment que beaucoup se refusent à regarder cette réalité en face . Ce qui nous attend pour 2017 est déjà là : une crise sociale , ou politico-sociale menée par la gauche de la gauche et dont on se rend compte aujourd’hui qu’elle possède d’innombrables positions de pouvoirs qui nous sont cachées par notre obsession du gouvernement. Une crise de l’éducation qui se prolongera car on ne voudra pas balayer au Ministère. Et en prime la crise communautariste appelons cela comme on veut, avec la même donnée du problème : le communautarisme a conquis de telles positions de pouvoir dans notre appareil d’Etat et dans notre système législatif qu’il sera difficile de l’en déloger . Avec le soutien de qui vous savez
    Avec en prime la démagogie souverainiste qui va encore enfler !!
    Bon courage à ceux qui vont aller au combat : mais heureusement qu’il y a des candidats à droite qui sont assez égotistes pour y aller . Et assez fous pour vouloir le pouvoir . Car ce coup ci ils ne pourront plus ne rien faire . Ils devront donc réagir, c’est la seule bonne nouvelle que nous ait apporté F Hollande

    • Freederic-N, oui, mais ne seriez-vous pas un peu contradictoire? Pour agir ou « réagir », il faut bien de la souveraineté, dès lors pourquoi assimiler souverainisme et démagogie? En outre si les dirigeants futurs sont « assez fous » pour vouloir le pouvoir, ils seront aussi « assez fous » pour vouloir le garder à tout prix (c’est bien le spectacle auquel nous assistons). Dès lors, il serait surprenant qu’ils prennent des risques pour réformer le pays en profondeur. Ce n’est pas de la folie (je crois) qu’il faut attendre des dirigeants, mais au contraire de la raison, de la détermination, du sens de l’intérêt général. Mais bon, je sais que c’est compliqué… MT

  5. Yves Doran dit :

    Y avez vous songé? Jamais la faille entre la légalité et la légitimité n’a été » aussi large, aussi profonde, aussi dangereuse. Ce système survit parce qu’il est conforme aux lois qu’il a édictées lui même . Très généralement c’est ce qu’on appelle la légalité.. Mais est il légitime en ce sens qu’il respecte  » les lois fondamentales du Royaume « : Primauté de la Nation- inaliénabilité de la Souveraineté- Respect du Droit des gens – Préservation du patrimoine culturel et historique – respect des lois naturelles ( filiation- famille- éducation – libertés individuelles …).?

    La légitimité s’exprime dans cet axiome ancien « le Bien Commun « . Notre héritage judéo- chrétien et notre tradition venue de notre ancienne monarchie .

    Or que voyons nous depuis plusieurs années? L’Identité française foulée aux pieds- une superstructure politico- médiatico-administrative aux services des lobbies et des puissances étrangères, se livrant au gaspillage et au pillage des ressources du pays .

    La moindre critique de ces agissements est l’objet de sarcasmes, d’insultes, d’ostracismes par ce système qui ne s’appuie que sur le fait qu’il a été régulièrement élu, généralement à avec une petite majorité, le plus souvent, majorité sans lendemain. Mais ce seul fait lui donne un pouvoir immense pour attaquer sur tous les fronts la Nation afin de la dissoudre. La grande masse du pays ne veut plus de ça et pourtant, ils continuent forts de leur légalité, alors qu’ils ont perdu toute légitimité , c’est à dire la confiance .. Comment sortirons nous de ce piège ? N’est il pas déjà trop tard? Ils ont mis en place Big Brother et tout un faisceau de lois qui limitent de plus en plus le libre exercice de la citoyenneté.
    Ce système porte en lui les germes de sa propre destruction mais combien de temps , combien de dégâts « irréparables » aura t il commis avant sa perte ?
    Yves

    • Yves Doran, je pense qu’il n’est jamais trop tard, mais trouver les forces d’audace, de désintéressement, de volonté nécessaires, c’est extrêmement difficile…
      MT

  6. corto74 (@corto74) dit :

    Clin d’œil 🙂

    Nous sommes bien d accord: Sauf erreur de ma part et de manière exceptionnelle dans l histoire de la 5ème, le véritable enjeu électoral de 2017 sera celui des législatives post-présidentielle. Je suis même surpris que les médias ne s’intéressent pas plus que cela aux différentes configurations que pourrait avoir notre prochaine assemblée nationale.

    cdlt,
    Corto

  7. Alain Brugnoni dit :

    Rien ne changera, hélas, dans notre pays, un exemple : malgré ses mises en examen, Patrick Balkany est à nouveau investi par Les Républicains pour les législatives !Décidément la droiture, la probité, l’honnêteté sont des mots vides de sens pour nos politiques, alors, oui, la France est une république bananière !

  8. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Il n’y aura pas de « miracle » venant de quelqu’élection que ce soit qui TOUTES sont bidouillées à qui mieux mieux. Si surprise il devait tout de même y avoir, c’est, comme il se doit, là où on l’attend le moins qu’elle se produira.

  9. François Martin dit :

    Entièrement d’accord! j’ajoute que cela constituerait un retour, non à la IVème République, mais bien au contraire à l’esprit de la Constitution de 1958, en application de son article 20, admirablement rédigé: « le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation ».
    Tout dépendra en effet de ces élections législatives, et il faudra voter, non en fonction d’étiquettes politiques périmées, mais pour des personnes animées du sens du bien commun et de l’intérêt général. Il y en a, plus qu’on ne croit sans doute. Ensuite, on peut rêver d’un Gouvernement resserré, pas plus de 15 ministres avec des intitulés clairs, pour en finir avec les dénominations fantaisistes et démagogiques qui font que plus personne ne comprend qui fait quoi dans un gouvernement (cherchez par exemple qui s’occupe des transports ou de l’équipement, dans la liste des membres du gouvernement actuel..).
    Avec des ministres qui seraient ce qu’ils doivent être étymologiquement: des serviteurs de l’Etat. Et un Premier ministre qui ait le courage de réformer enfin, vraiment, si on ne veut pas que se vérifie une fois de plus la formule d’Edgar Faure: « la France est toujours en avance d’une révolution parce qu’elle est toujours en retard d’une réforme ».
    Un rêve? oui, mais à quoi d’autre se raccrocher devant le tragique spectacle actuel?

  10. Infraniouzes dit :

    Votre coup de gueule est, comme d’habitude, parfaitement fondé. On en crève de ce système. Avec l’élection des députés au scrutin majoritaire à deux tours on se croirait dans une république bananière des Caraïbes ou bien une démocratie-populaire du temps de l’ex-URSS. On prend les même et on recommence. Cela me désole car ce mode d’élection avait été voulu, me semble-t-il par le général De Gaulle afin d’avoir des majorités claires et nettes pour gouverner dans la durée. Mais grâce aux arrangements entre partis on a ces chambres qui ne représentent plus le pays. Aux dernières municipales, départementales et régionales, le FN devait rafler la mise. Au final, RIEN. Avec 6 800 000 voix le FN n’a pas une région. Vous aimez cette démocratie là ? Aux dernières législatives de 2012, 4 partis de la droite molle qui n’ont pas individuellemnt, au second tour, plus de voix que le FN, engrangent 15, 12 6, et 2 députés; On croit rêver. quand au Front de gauche de l’incroyable Mélanchon, toujours battu le FN, repart avec 10 députés ! Cette démocratie vous plaît ? Mais il est vrai qu’en suggérant que le FN va rouvrir les camps de concentration, faire la chasse aux Juifs et aux francs-maçons etc. on fait tellement peur qu’on voterait pour une chèvre avec un chapeau et un beau costume bleu nuit. Cette démocratie ne me convient pas: je pense qu’une des raisons du malaise français commence là… Bien à vous.

  11. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Le match du 2ème tour des présidentielles de 2017 est quoi qu’il arrive déjà connu et va se jouer entre de vieux chevaux de retour : Hollande / Sarkozy / Juppé tous trois usés et discrédités mais qui voudront rester le roitelet de la République parce que tous trois sont bouffis d’orgueil et d’esprit de vengeance et ne remettrons pas en cause leur mode de fonctionnement trop avantageux pour le gagnant.
    A partir de ce constat comment voulez-vous que le 1er ministre qui sera choisi par l’un de ces personnages ne soit pas un homme ou une femme « à la botte » de son patron même si sa nomination ne sera que le fruit de tractations et de compromissions. Il ne restera qu’un « collaborateur » du Président. Les ministres qui seront eux aussi choisis officieusement par le chef de l’Etat contrairement à l’esprit de la Constitution ne seront eux aussi que des béni-oui-oui chargés d’encenser contre vents et marées les décisions du sire.
    Quant aux élections législatives qui pourraient et devraient permettre une recomposition du paysage politique, je n’y crois pas une seule seconde. Il n’est que de voir le mode de scrutin qui ne permet pas une représentation du peuple en y intégrant une dose de proportionnelle. Je conçois très bien que le gouvernement doit disposer d’une majorité pour gouverner mais continuer sur la répartition actuelle est un déni de démocratie. Je déteste le FN et les idées qu’il véhicule mais je considère que 25 ou 30% de la population ne peuvent pas être représentés que par deux députés.
    Par ailleurs, le dernier découpage de la carte électorale remonte à 1986 avec des données démographiques de 1982 c’est dire si les jeux sont biaisés et ce qui permet au PS et LR de se pré-attribuer dès maintenant certaines circonscriptions, il n’est que de voir les campagnes électorales déjà lancées sur le terrain par ces deux partis (par exemple Cambadélis dans le XIXème arrondissement de Paris).
    La solution ne serait-elle pas au minima de déconnecter les élections législatives de l’élection présidentielle ?

  12. Q dit :

    Honnetement je ne serai pas si severe avec Hollande, je trouve qu’il s’est pas trop mal debrouille compte tenu des circonstances, il s’est bien foutu de la gueule des teutons sur les refugies, a tenu tete a Merkel et Euro oblige, essaye de faire de la devaluation interne (baisser les salaires des jeunes) pour sauver l’industrie, a reduit les charges des entreprises.

    c’est tout de meme un bien meilleur bilan que celui de Sarko le Caniche de Merkel.

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