Livres des politiques

imagesCurieuse, cette nouvelle manie des politiques de se répandre en livres, par les proportions qu’elle atteint… Quasiment tous, les uns après les autres, écrivent leur petit ouvrage. Je ne les citerai pas tous, ils se comptent par dizaines ou centaine depuis le début de l’année. Voici le dernier en date, découvert ce matin, « très personnel ». Je trouve que ces livres-propagande à foison, où les politiques en activité parlent d’eux-mêmes (qui suis-je? d’où viens-je? Où vais-je?), n’ont guère de crédibilité ni d’ intérêt et leur sincérité est douteuse compte tenu du mélange de l’écriture et de l’ambition politique. Mais surtout, bien plus grave, cette logorrhée éditoriale des personnages politiques en activité souligne la tournure malsaine prise par la vie politique d’aujourd’hui.  Est-elle encore autre chose que la quintessence du repli individualiste? La politique devrait rassembler, transcender les ego au profit d’un bien commun, d’une action, d’une ambition collective, d’un projet de société rassembleur. Le spectacle actuel est à l’inverse: chacun rumine son petit ouvrage politique dans un coin. Cet exercice narcissique va d’ailleurs de pair avec la logique individualiste des « primaires ». Tout se passe comme si les personnalités politiques avaient intériorisé l’impuissance de la politique comme moyen d’action collectif et se réfugiaient dans le culte du moi-je qui s’exprime par le foisonnement de leurs livres. J’écris, ou fais semblant, plutôt que d’agir où de me préparer à agir. Qu’un homme politique talentueux écrive un ouvrage sans rapport direct avec la vie politique actuelle ou bien comme témoin, une fois qu’il en a fini avec la politique, est bien sûr éminemment respectable, parfois précieux. Mais la confusion des genres entre ambition politicienne et prétention d’écriture, devient lassante à force de se banaliser et de se généraliser.  Trop, c’est trop…  Tout ceci a un petit côté Kim Jong Il, le « bienfaiteur » nord-coréen, auteur de « 1500 chef d’œuvre littéraires », dont le célèbre De l’art de l’Opéra, entretien aux travailleurs créatifs de l’art et de la littérature. Un livre « très personnel » où ce guide du peuple et génie de la littérature nous fait lui aussi, la joie de parler de lui. Je plaisante. Non, sérieusement, gouverner ou écrire – faire semblant d’écrire -, il faut choisir…

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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16 commentaires pour Livres des politiques

  1. leonetti dit :

    Vous savez trés bien que les comptes de campagne et la designation du mandataire financier est obligatoire pour le 1er avril 2016 (et ce n’est pas un poisson), afin de s’inscrire dans une politique électoraliste pour 2017. Aussi cela permet d’en justifier des frais mais aussi des revenus. Tout cela en application du code électoral a moins que je vois le mal partout, mais il me semble pourtant que ce sont des candidats !!!!! cf: Article L52-4, Modifié par LOI n°2015-1268 du 14 octobre 2015 – art. 38,

    Bien amicalement,

  2. ann dit :

    Il faut prendre un peu de recul. Le monde de l’édition est le seul monde de liberté d’expression qui existe encore…. grâce au besoin qu’ont les narcissiques de trouver un éditeur pour leur prose qui n’intéressera personne mais donnera un prétexte aux médias pour les inviter.
    L’achat d’un livre est un acte individuel et discret, il est impossible de dissuader des milliers de lecteurs potentiels d’auteurs maudits ( Céline par exemple) ou de sujets polémiques de faire ce qui leur plaît sans entraves, contrairement aux spectacles où les regroupement de foules offrent des possibilités de menaces d’attentats à ceux qui supporteraient pas qu’ils aient lieu ( les plastiquages de salles ne datent pas d’hier). L’histoire telle qu’on l’aime et quasiment interdite à l’école (voir les succès de Lorant Deutsch), les sujets camouflés par les médias (voir les succès naguère de Montaldo, aujourd’hui de Sophie Coignard sur les « exploits » de nos chères élites), ou le rappel de scandales politiques étouffés par la caste politiquement correcte (Villiers dans son dernier best seller tire Boudarel de l’oubli où l’extrême gauche s’est toujours évertuée à le reléguer), tout ça l’édition nous y donne encore accès….
    Or, si les éditeurs peuvent se permettre de tout éditer – étant sûrs d’être payés de retour au sens propre du terme – c’est bien parce qu’ils publient AUSSI les daubes et ont à compenser les bides du narcissisme des puissants.
    Ignorez-vous que la dernière vidéo qui fait rigoler toute la toile de droite c’est le début d’un débat entre Zemmour et Cambadélis, qui commence par la présentation d’Apoline de Malherbe « vous Eric Zemmour en êtes à 400 000 exemplaires ….  » Eric « 500 000 !  » Apolline « oui 500 000 … et vous Jean Christophe Cambadélis vous en avez vendu moins de 500 « …
    L’édition a trouvé son équilibre avec ce genre de deal…. et nous pouvons trouver encore d’excellentes choses en matière de production intellectuelle. Tant qu’on n’est pas obligé de lire…

  3. Sergio dit :

    Bonjour a tous.

    Oui effectivement,écrire un livre est devenu un passage obligé pour acceder a la
    marche suivante du podium.
    Tous ces candidats semblent lier leur crédibilité a celui qui aura la plus grosse…
    pardon,le plus gros tirage.
    ça en devient franchement ridicule.On ne demande pas a tous ces »écrivains »
    en herbe de noircir du papier,mais de trouver des solutions pour sortir notre Pays
    de l’abime dans lequel ils l’ont précipité.
    Mais ils sont il est vrai,bien moins doués pour cela.
    Notre Premier Sinistre a meme cru bon de compiler ces discours contre le
    terrorisme dans un petit recueil..!!..chercher l’erreur.(nombre de livres vendus ridicule)
    Nous eumes préféré qu’il prenne,avec son gouvernement,les mesures nécessaires
    permettant d’éviter les attentats de novembre dernier.
    En voilà un en tout cas qui va avoir d’ici peu tout le temps nécessaire pour assouvir
    sa passion de l’écriture,au train ou vont les choses..

    Sergio

  4. Robert Marchenoir dit :

    C’est aussi dû à la vanité des Français, qui se sentent flattés d’avoir des dirigeants écrivains (ou présumés tels).

    Voir le culte ridicule de François Mitterrand au prétexte qu’il faisait les bouqinistes des quais de Seine au lieu de diriger la France, la nostalgie grotesque à l’égard de l’escroc, mythomane et voleur d’antiquités André Malraux sous prétexte qu’il parlait bien et écrivait des livres, les yeux mouillés à l’évocation de Georges Pompidou sous prétexte qu’il « citait Eluard pendant ses conférences de presse » (un communiste, mais c’est un hasard), les insultes adressées à Sarkozy au prétexte qu’il était « contre » La Princesse de Clèves (comment peut-on être « contre » un roman ?), les couinements d’indignation provoqués par Fleur Pellerin qui avait refusé de mentir en faisant semblant de parler de son livre préféré de Patrick Modiano, etc.

    On a les dirigeants qu’on mérite. Les chefs politiques ne sont pas fabriqués dans des éprouvettes par les maîtres du monde atlanto-sionistes. Ils viennent du peuple.

  5. Ulysse dit :

    Bonjour
    seul le livre de Philippe de Villiers présente un intérêt. Personne n’a démenti ni attaqué son affirmation que « la gauche était financée par l’Arabie Saoudite et la droite par le Quatar »
    ..
    lu sous la plume de l’économiste Charles Gave (sur le site de Claude Reichman) : « Aux états unis , les électeurs vont avoir le choix entre Trump et Goldman-Sachs »
    comique..

  6. Droopyx dit :

    « qui suis-je? d’où viens-je? Où vais-je? ». Les réponses ont déjà été écrites.
    – Qui suis-je ? D’où viens-je ? : cf Eugène de Rastignac
    – Où vais-je ? : cf. Son Excellence Eugène Rougon (pour les plus brillants) ou Delestang (le « haut fonctionnaire » du même roman).

    Droopyx

  7. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    La profusion de livres depuis quelques mois est, à mon avis et pour partie la conséquence du concept des « primaires » tant à gauche qu’à droite.
    Chaque prétendant(e) a besoin de faire connaître ses idées, son programme, de les expliquer et cerise sur le gâteau de faire croire aux lecteurs qu’il(elle) est un personnage comme monsieur ou madame tout le monde avec ses petits secrets et ses petites bassesses.
    Ecrire un livre demande beaucoup de temps déjà pour en préparer le contenu puis pour l’écrire stricto sensu et l’on voit bien que même nos « écrivains » les plus prolixes ne publient rarement plus d’un livre par an alors que l’écriture constitue la majeure partie de leur activité.
    A partir de ce constat, et même s’ils prétendent le contraire, il est bien évident que nos politiques sont dans l’incapacité d’écrire seuls leurs ouvrages pourtant dits « personnels ».
    Pour en avoir lu ou parcouru quelques-uns parmi les plus récents, j’affirme que les « nègres » qui ont tenu la plume de nos politiques ne sont pas tous sortis de la rue d’Ulm (y compris le livre de B. Le Maire…).
    Le piètre débat politique aujourd’hui ne se fait qu’au travers du prisme des médias qui relèvent çà et là et selon leurs « affinités » , le bon mot ou la petite phrase qui va permettre de faire monter l’audience pendant quelques heures ou quelques jours.
    Comment pourrait-on imaginer aujourd’hui un débat de fond sur les grand sujets de société qui pourtant ne manquent pas ? Le concept du débat public n’existe plus puisqu’il a été remplacé, surtout dans les partis politiques mais également au parlement et au sénat par la polémique virulente sans aucune hauteur philosophique.
    J’ai encore en mémoire le débat national qu’avait voulu lancer N.S. avec E. Besson en 2009 sur l’identité nationale. Quel flop et quelle honte !
    Une solution pour, peut-être, redonner l’envie du débat public serait de solliciter davantage l’avis du peuple (soit disant souverain) en organisant davantage de référendums sur les sujets importants.

  8. MarcusVinicius dit :

    Pour une fois pas trop d’accord avec vous Maxime. Je trouve sain que ceux qui ambitionnent de nous gouverner nous expliquent qui ils sont et quelle est leur vision et leur projet de société, et les grandes lignes de leur programme. Ca ne me choque pas plus que ça. J’ai déjà lu 3 bouquins de prétendants, je vais en lire sans doute un quatrième. Puis je pense que je me ferais mon idée pour savoir pour qui voter pour les primaires. Une autre critique à la mode, que je ne comprends pas trop, c’est de démolir le principe des primaires, alors que je trouve que pour une fois c’est une bonne idée de la gauche, éminemment démocratique. J’apprécie de pouvoir choisir mon candidat plutôt que de me le voir imposer par un parti.

    • MarcusVinicuis, le problème c’est que tout cela ramène à des questions de personnes alors que la politique, dans une grande démocratie, devrait porter avant tout sur les idées et les projets…
      MT

  9. Mildred dit :

    Si écrire ou faire semblant d’écrire, était la seule chose qu’on puisse reprocher aux politiciens, ce serait moindre mal !

  10. François dit :

    Oui Maxime,
    Cette propension qu’ont tous les politiques à se croire écrivain révèle surtout leur égotisme. Cette quête du moi a quelque chose d’obscène, tout comme leur désir de se justifier…

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