Avenir des Républicains (Atlantico)


  1. Les Républicains semblent avoir une grande difficulté politique, que ce soit sur le plan des personnes ou du contexte actuel à s’imposer et marquer pour de bon leur retour après la déroute de 2016. Ce retour n’est-il pas particulièrement difficile en ce qu’il implique de sortir de 40 ans de « cercle de raison » pour répondre aux attentes de leurs électeurs ?Il me semble que la difficulté des Républicains est double. La première est idéologique. Les Républicains ont du mal à savoir ce qu’ils sont et ce qu’il veulent. Ils ont bien conscience des préoccupations de l’opinion publique, notamment autour de l’immigration. Cependant, ils ne veulent pas être assimilés au populisme qui monte en Europe. D’où l’abstention d’une partie des députés LR lors du vote du Parlement européen sur les sanctions envers la Hongrie. C’est la même chose vis-à-vis du gouvernement italien et de la politique de son ministre de l’Intérieur Salvini. LR est déchiré entre la prise en compte des inquiétudes populaires et un souci de respectabilité européenne. En matière économique et sociale, les choses ne sont pas plus simples. LR est par nature et par l’histoire un parti libéral. Or, le thème du libéralisme a été préempté par M. Macron et En Marche, même si leur politique véritable n’a rien de libéral au regard notamment de la hausse continue des prélèvements obligatoires. LR ne peut donc même pas s’appuyer sur cette question pour marquer sa différence. La seconde tient aux questions de personnes. Les querelles de chef (Wauquiez, Bertrand, Pécresse) pour la conquête du Graal élyséen, donnent une image détestable du parti qui le renvoie à ses heures les plus sombres. Nul chez LR, et plus généralement dans la politique française, n’est aujourd’hui en mesure d’incarner la confiance du pays.

  1. En économie comme sur des questions sociétales telles que l’immigration, le ton employé pour défendre cette nouvelle donne chez les LR est souvent celui de la colère. L’enjeu n’est-il pas aujourd’hui de dépassionner les discours de la droite ?

Oui, je suis absolument d’accord. L’opinion publique est complexe. Elle attend des responsables politiques un discours de fermeté sur les sujets de société. Mais en parallèle, elle est en quête de sérieux, d’ouverture, de sobriété, de consensus. Elle veut de la clarté dans les choix politiques mais aussi, tout autant, de la rondeur et de l’apaisement. La population dans son ensemble n’a absolument pas les mêmes attentes que les militants d’un parti. Un homme politique, pour s’imposer, doit réussir à incarner cette complexité et même ces contradictions de l’opinion. Le volontarisme dans le traitement des questions de l’époque doit s’accompagner d’un appel à l’unité et au dépassement des clivages, les deux choses n’étant pas incompatibles. Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne électorale de 2007, avait réussi à opérer cette osmose. Oui, l’enjeu est bien de dépassionner le discours de droite, mais surtout, de réapprendre à considérer les électeurs comme des citoyens qu’il faut respecter et prendre au sérieux. Nous voyons bien comment la vie politique ne cesse de glisser, jour après jour, dans un tourbillon de coups de communication, de polémiques stériles et volontaires, et de coups de menton. LR doit proposer une rupture profonde avec cette conception de la politique qui ne repose plus que sur le grand spectacle narcissique.

  1. Quelles sont les barrières qui empêchent aujourd’hui Les Républicains de sortir de ce cercle de raison aujourd’hui?Mais je ne suis pas de l’avis qu’il faille pousser LR à sortir du cercle de la raison. Pour quoi faire? Pour offrir du rêve, du cinéma et de l’émotion aux Français? Les Français n’en peuvent plus de l’esbroufe et de la comédie. Il faut au contaire cesser de prendre les Français pour des idiots et se remettre à leur parler des sujets de fond, l’école, la dette publique, l’insécurité, le danger communautariste, la maîtrise des frontières. Ainsi, puisque le mot « libéralisme » a été obéré par le parti au pouvoir, il faut aller dans le concret et préparer des baisses d’impôts et de charges en faveur des entreprises et des particuliers. Sur le plan intenational et européen, il faut proposer aux Français de sortir de la grande comédie de la lutte du « bien » post-national contre le mal « populiste » et renouer avec les fondements de la diplomatie française qui n’a pas vocation à mépriser les choix démocratiques des autres. La France n’a pas vocation à s’isoler en toisant la terre entière, les Etats-Unis de Trump, la Russie de Poutine, l’Italie de Salvini, la Hongrie de Orban, l’Angleterre du Brexit, etc. Bien sûr LR connaît une crise grave, mais c’est tout le paysage politique fançais qui est en pleine décomposition. Les sondages sur les Européennes donnent 20% à En Marche, soit 10% de l’électorat compte tenu de l’abstentionnisme: un score dérisoire pour un parti au pouvoir privé d’alliances. Ils donnent aussi le RN à 20%: une baisse considérable, d’un tiers, par rapport aux sondages et au score de 2014! La droite et la gauche sont en miettes. Ma conviction, c’est que la première formation politique qui comprendra, enfin, que les Français ne veulent plus être pris pour des idiots indéfiniment manipulables, qu’ils ne supportent plus le grand spectacle idolâtre, narcissique et mégalomane que leur donne aujourd’hui la vie publique, qu’ils veulent que les politiques leur parlent uniquement du débat d’idées et des projets, cette formation politique aura pris un avantage considérable sur toutes les autres. C’est tout l’enjeu pour LR d’être la première à en prendre conscience.
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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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13 commentaires pour Avenir des Républicains (Atlantico)

  1. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Vous écrivez que les Républicains « ont bien conscience des préoccupations de l’opinion publique ».
    Vu le comportement des cadres de ce parti je m’interroge sur la véracité de cette affirmation. Si l’ensemble des élus adhérents à LR (Maires, Conseillers, Députés, Sénateurs etc.) avaient véritablement conscience des préoccupations de leurs électeurs ils ne se comporteraient surement pas de la façon dont ils le font, ou bien ils ne sont qu’un rassemblement de faux-jetons prêts à toutes les compromissions pour se faire élire et surtout ne pas respecter leur parole et leurs engagements d’un moment comme de vulgaires Canova. Cette remarque concernant les élus LR vaut bien entendu pour l’ensemble des partis politiques et c’est sans doute cela qui exaspère tous les électeurs et accélère l’abstention galopante.
    Par ailleurs, et pour le cas où leur mémoire leur ferait défaut, les innombrables sondages dont nos politiques s’abreuvent à longueur d’année indiquent clairement ce que sont les principales préoccupations des Français, alors pourquoi sont-ils incapables de bâtir un programme électoral basé sur ces préoccupations ?
    Il ne me semble pourtant pas impossible pour des personnes dotées d’une instruction, d’une culture supérieure voire quelquefois d’une intelligence supérieure à la moyenne de proposer des solutions concrètes, viables et les plus consensuelles possible prenant en compte la complexité des sujets et les attentes circonspectes de l’opinion.
    Tous les « gens qui ne sont rien » et même les « illettrés » peuvent comprendre que plus l’Etat s’endette, plus il faudra trouver des ressources pour au minima équilibrer les dépenses et les recettes. Il faut arrêter de mentir au Français en leur disant que telle ou telle dépense sera prise en charge par le budget de l’Etat alors que ce budget n’est majoritairement constitué de des taxes et impôts versés par les Français. Pourquoi vouloir continuer de faire croire à tous les électeurs que leurs enfants auront tous le niveau du bac et pourront s’engager dans des études supérieures avec à la clé un emploi très rémunérateur en CDI, qu’ils pourront devenir fonctionnaires avec un emploi garantie à vie alors qu’une majorité vivotera dans des sous-emplois sans grande qualification. Pourquoi ne pas avouer et expliquer pourquoi notre pays ne retournera probablement jamais au plein-emploi ? Pourquoi balayer d’un revers de main outrageux et de propos insultants le sentiment d’insécurité et de communautarisme légitimement grandissant parmi la population ?
    Est-ce si difficile pour nos politiciens de parler le langage de la vérité, d’expliquer avec des mots simples et compréhensibles par la grande majorité de leur auditoire les enjeux des différentes solutions possibles sur les grands sujets d’avenir ?
    Tant que nos politiciens se comporteront comme des enfants gâtés et comme les membres d’une caste pseudo supérieure et continueront de nous mentir, de se contredire et de se déjuger en permanence, il ne faudra pas s’étonner qu’ils soient rejetés par leurs électeurs.
    Existe-t-il quelqu’un à LR susceptible de faire preuve d’un peu de bon sens et de persuasion pour faire cesser les délires actuels ?

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  2. Citoyen dit :

     » La première est idéologique. Les Républicains ont du mal à savoir ce qu’ils sont et ce qu’il veulent. »
    Ben voila !… Depuis des lustres, les LR avaient l’habitude de voguer au gré des marées, pardon, des alternances, de sorte que quand les français en avaient plus que marre de subir les socialos de gôche, ils étaient là, disponibles pour prendre les places encore chaudes, et s’installer, jusqu’à ce que les électeurs en aient plus que ras le bol de les voir à eux aussi … et c’était reparti pour un tour de manège …
    C’était relativement confortable comme situation, de se passer le manche de temps en temps, puis faire la sieste en attendant son tour, au point de ne pas avoir besoin de savoir s’il était nécessaire d’avoir des idées, et horreur, devoir en discuter … Mais voila, ce qui devait arriver , arriva … un petit séisme, bouscula le ronron habituel … et ceux qui faisaient la sieste, ont eu quelques difficultés à reprendre pied … Des idées ? comment ça ? on ne nous a jamais dit qu’il en fallait ! … il suffisait d’avoir l’air distingué pour revendiquer les places … C’est tout de même fort qu’aujourd’hui des idées soient nécessaires, ils auraient pu prévenir !!

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  3. E. Marquet dit :

    Les Républicains souffrent de la division égotiste de ses représentants. Chacun veut être chef à la place du chef, mais aucun n’a l’autorité naturelle qui est l’essence même du chef. Bertrand et Pécresse faisant un pacte contre Wauquiez, Bertrand et Darmanin déjeunant avec Aubry pour se partager les Hauts-de-France, qui à la Région, qui à la Métropole, qui à la Mairie de Lille, c’est du business !
    Pour les élections européennes, Mr Macron veut nous rejouer ce qui lui a si bien réussi au 2ème tour des présidentielles : privilégiez ma liste progressiste En Marche!, sinon vous aurez le RN populiste, nationaliste. Les Juppé, Raffarin, et autres fossiles qui par leur inertie passée ont largement contribué au délitement du pays, joue comme à leur habitude la valse à trois temps, non sans dénigrer leurs anciens partenaires.
    Je ne crois pas que Macron soit un libéral, c’est un tenant du dirigisme étatique. Actuellement nous sommes administrés par des technos.
    La voie libérale conservatrice est libre, que les Républicains l’emprunte, au risque certes de perdre les élections et alors ! Au point où ils en sont !
    Qu’ils rétablissent les liens entre les gens en favorisant le non marchand, en s’opposant au consumérisme nihiliste, en donnant plus de pouvoir à la société civile, en refusant le moralisme d’état, en respectant le droit du peuple français à vivre selon ses us et coutumes et sa culture, et donc en prenant des positions fermes sur l’immigration, sur l’Islam politique, cultuel et culturel, et ses exigences incompatibles avec notre état de droit et notre République. Elle ne doit pas laisser ces thèmes qui pourrissent la vie de millions de français au RN et affidés. Leur frilosité est délétère. Ils ne doivent pas non plus oublier la dimension sociale que doit avoir le politique.
    Certes le débat d’idées est important, mais il faut un jour en sortir pour passer aux travaux pratiques.

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    • Janus dit :

      D’accord avec vous sur votre analyse, sauf sur un point : Les républicains n’ont jamais été des libéraux, mais des étatistes. Le gout de l’État leur a été transmis par De Gaulle, mais à la différence que ce dernier avait su s’entourer de vrais techniciens compétents et avec une certaine hauteur de vue. Cela n’a pas empêché la planification gaulliste de commettre de nombreuse erreurs couteuses, ,mais la situation de la France après la fin des délires coloniaux était très très saine et la IVe république n’avait pas fait beaucoup d’erreurs économiques (Nucléaire, réseaux, reconstruction etc) et avait laissé une situation économique perturbée, mais pas catastrophique. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.
      Aucun des pitres en compétition actuellement n’aura le courage de dire la vérité aux français (on connaît le sort du dernier a avoir osé un diagnostic valide: Fillon), et encore moins de mettre en œuvre le train de mesures nécessaires.
      On peut même penser que ces gens là ne sont pas capables d’un diagnostic valable sur l’état réel de notre pays.

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  4. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Dans le combat des « progressistes » contre les « populistes » que notre président a engagé – et dont il a pris la tête – il est à craindre que Les Républicains n’aient d’autre avenir que celui qu’on devine à voir la manière dont ils se sont comportés lors du vote des sanctions contre la Hongrie de Viktor Orban, au Parlement européen.
    – Les Républicains européistes – type Jean Léonetti – se mettront tout naturellement sous la bannière d’Emmanuel Macron, si ce n’est déjà fait.
    – Les Républicains souverainistes – type Nadine Morano – n’auront aucun mal à ajouter leur voix à celles du Rassemblement National.
    – Les Républicains indécis – type Wauquiez – cultiveront l’ambiguïté jusqu’à la dernière limite, espérant par là, pouvoir garder postes et avantages, tandis que d’autres, et pour les mêmes raisons – type Bruno Retailleau – retourneront éventuellement leur veste, comme il leur est déjà arrivé de le faire au cours de leur carrière politique.

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    • Mildred, ne méprisez pas M. Retailleau, il est l’une des seules personnalités politiques à avoir compris que l’espérance passe par le débat d’idées et non l’adoration d’un pitre. Quant à Mme Morano, si elle avait voulu se rallier au parti lepéniste, elle l’aurait fait depuis longtemps.
      MT

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  5. Tracy LA ROSIÈRE dit :

    « LR est par nature et par l’histoire un parti libéral. »
    Toute reference au gaullisme serait désormais fallacieuse ?

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  6. Jean-louis Michelet dit :

    Et comme toujours
    Les projets doivent venir du  » sommet  » de la pyramide…
    Dans un article du Figaro d’hier, Guillaume Pelletier évoque : «Je veux que la droite propose un New Deal sur le plan économique »
    Je serais curieux de savoir de quoi il parle…

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  7. Fredi M. dit :

    la prise en compte des inquiétudes populaires
    Pourquoi ? Ce ne sont pas les vôtres ? Pas plus que celles des élites ?
    D’autre part il manque un adjectif avant inquiétudes : légitimes.

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