Au-delà de la polémique, l’enjeu démographique africain

Ci dessous, ma dernière tribune au Figaro Vox, ce matin, à la suite des déclarations de M. Macron qui ont provoqué une polémique invraisemblable.

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La polémique stérile est devenue une figure imposée de la vie politico-médiatique française. Un mot, une phrase, ressentis comme sortant des sentiers battus de la pensée correcte, et la crise d’hystérie se déclenche. Le psychodrame de la semaine est venu du chef de l’Etat en personne. « Des pays ont encore sept à huit enfants par femme. Vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ». Cette déclaration a provoqué un tollé dans une partie de la presse et des médias. Le mot de « racisme » a même été lâché. Ces paroles méritent-elles une pareille accusation? Le sujet de la démographie africaine doit-il relever du tabou absolu?
En vérité, d’après la division des populations de l’ONU, le taux de fécondité moyen de l’Afrique subsaharienne est de 5,4 enfants par femme, contre 1,5 en Europe. Toutefois, il est de 7,6 enfants au Niger, 7,1 en Somalie, 6,8 au Mali et au Tchad. A cet égard, M. Macron n’a fait qu’énoncer une réalité.
D’après les estimations de l’ONU, le nombre d’habitants du continent africain, de 808 millions en 2000 atteint aujourd’hui 1,2 milliard et sera de 4,2 milliards en 2100, soit un tiers de la population mondiale. L’Afrique sera alors 9 fois plus peuplée que l’Europe (500 millions d’habitants). Or, la démographie relève de tendances lourdes, difficiles à infléchir sur une ou deux générations: 41% des Africains ont aujourd’hui moins de 15 ans et rien ne laisse prévoir pour l’instant une baisse de la natalité future.
La croissance économique permettra-t-elle à l’Afrique subsaharienne de nourrir cette population et de vivre dignement? Telle est la vraie question… Or, la course de vitesse entre les courbes de la croissance démographique et de la croissance économique est loin d’être gagnée. Depuis deux ans, la première, de 2,7% par an, excède même la seconde (1,5% en 2016 et 2,5% en 2017 selon la Banque mondiale) même si quelques pays réalisent plus de 7% de croissance économique (Ethiopie, Rwanda, Tanzanie). La pauvreté est globalement en recul en Afrique, mais les inégalités internationales se creusent. Ainsi, selon la banque mondiale, le revenu annuel moyen en France est de $42 250 et celui du Niger de $410: une différence de plus de 1 à 100! 250 millions d’Africains sont sous-alimentés (PNUD). Un tiers des enfants n’est pas scolarisé.
Toute l’histoire de l’humanité démontre que le développement économique et l’accès à la prospérité s’accompagnent d’une transition démographique et d’une chute de la fécondité. Pourquoi l’Afrique subsaharienne ferait-elle exception à ce constat ? Il n’est pas illégitime de souligner, comme l’a fait M. Macron, le lien entre démographie et développement.
L’enjeu est colossal pour l’avenir de la planète. Si l’Afrique ne s’engage pas à la fois dans un processus de stabilisation de sa démographie et de progrès économiques, politiques et sociaux de grande ampleur dans les décennies à venir, ce continent risque de devenir une poudrière. L’émergence de gigantesques métropoles livrées à la misère se traduira alors par une explosion de conflits ethniques et religieux, une montée des fanatismes, de la violence et du terrorisme. L’émigration fournira sans doute une solution à une partie de la population mais elle se heurtera inévitablement aux limites des capacités d’accueil et aux enjeux de cohésion sociale des pays de destination. Si l’Afrique devait sombrer dans le chaos, à l’horizon du siècle à venir, l’Europe y plongerait avec elle. L’avenir de l’Europe et celui de l’Afrique sont indissociables.
Il est entendu que le futur de l’Afrique dépend des Africains eux-mêmes. Cependant, dans un monde global, certaines questions fondamentales relatives à l’Afrique s’imposent aussi à l’échelle planétaire: le volume et la réforme de l’aide au développement ; les règles du commerce international; l’action internationale pour faciliter la modernisation économique, politique et sociale, la stabilisation et la transition démographique du continent africain. L’émancipation de la femme par l’instruction et le contrôle des naissances, notamment, est un sujet de caractère universel qui devrait transcender toute forme de tradition.
L’avenir du continent africain représente sans doute l’un des grands enjeux planétaires du siècle. Le destin de l’Afrique au cœur de l’avenir de l’humanité, mérite mieux qu’un procès en inquisition et une misérable polémique franco-française.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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35 commentaires pour Au-delà de la polémique, l’enjeu démographique africain

  1. Georges dit :

    La colonisation Occidentale ( ne parlons pas des autres ,cela ne serait pas politiquement-correct ) porte la responsabilité des campagnes de vaccination qui explosèrent la démographie.Espérons que le monde ne nous en tiendra pas rigueur .

  2. vilucke dit :

    M. Tandonnet, je suis un peu surpris par les propos de M. Macron. Mais aussi quelque part par votre post.

    En effet, considérer qu’une forte natalité serait le principal frein au développement d’un peuple c’est complètement inverser l’ordre des choses. Pour rappel, c’est parce que les peuples sont de plus en plus développés que leur natalité baisse; ce n’est pas parce qu’ils ont baissé leur natalité qu’ils ont eu accès au développement…
    Par ailleurs, le modèle de développement n’est et ne peut pas être que celui de l’Europe. Si vous regarder en Asie, le développement de la Chine est passé par une population forte, constituant un marché suffisamment important (et un protectionnisme intelligent) pour favoriser une croissance économique de l’intérieur. A travers cette lecture, il peut ne pas être totalement stupide de penser que l’un des moyens pour l’Afrique d’assurer son développement et sa croissance à terme serait cette forte croissance démographique qui lui donnera à moyen terme un marché suffisamment important.
    Il faudra bien sûr que ce facteur démographique soit couplé à de vraies politiques économiques de développement internes des secteurs économiques pertinents ainsi qu’à la bonne gouvernance. En définitive, M. Macron peut garder son aide s’il le souhaite. Il n’est en tout cas pas légitime à ne serait-ce que penser à contrôler la natalité en Afrique; et par ailleurs, il fait preuve de peu d’intelligence à faisant un raccourci aussi rapide que baisse de la natalité impliquera (même de manière indirecte) développement.

    Si la Chine veut pratiquer la politique de l’enfant unique, c’est parce qu’elle le décide; pour ses raisons. Et par parce que des puissances étrangères lui ont dit qu’elle avait trop d’enfants ou de population. Une politique de natalité se décide de manière souveraine (tout comme toute politique d’ailleurs). Et en dehors de l’ingérence politique et économique des puissances occidentales dans les pays africains (et proche & moyent Orientaux), on voit poindre une forme d’ingérence dont on devrait bien se garder… Nul doute que des intérêts géo-stratégiques sont plus à l’oeuvre qu’une quelconque forme d’altruisme. Mais bien sûr nous avons bon ton de faire croire le contraire aux africains!

  3. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Sur ce sujet de l’Afrique, cette lettre ouverte d’un condisciple d’E. Macron à l’ENA en dit long sur le personnage même si cette diatribe est par certains aspects peu reluisante.

    http://reseauinternational.net/explosif-macron-habille-pour-plusieurs-hivers-par-un-ancien-camarade-de-lena/ via @avic_sy

  4. Ghislain dit :

    Misérable polémique franco-française ? Certainement pas. J’ai plutôt l’impression que la polémique fait écho aux réactions que les propos grossiers de M. Macron ont suscitées outre-atlantique, aussi bien chez des démocrates que chez des républicains. Si M. Macron a souligné le lien qui existe entre la démographie et un certain modèle de développement, il l’a fait de façon bien grossière. Le chemin tracé par l’Europe (où la fécondité atteint des taux catastrophiquement bas, dans certains pays) n’est pas la seule voie possible.

  5. Ping : A lire pour votre réflexion citoyenne: quelques éléménts sur la polémique réchauffement, terrorisme, migrations. – brunobertez

  6. josephhokayem dit :

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

  7. BSA dit :

    Le paradoxe de Macron… Il fustige la fécondité des femmes africaines mais il est prêt à accueillir tous leurs enfants en France. Avec des idées pareilles, il stabilisera l’Afrique et déstabilisera la France.

  8. Au visiteurs de ce blog: toutes mes excuses pour quelques dysfonctionnement dans le suivi des commentaires: de l’endroit où je me trouve, la liaison Internet passe mal.
    Avec tous mes remerciements
    Bien cordialement
    MT

    • Annick dit :

      Bonsoir Maxime,

      Dès lors je comprends que mon post soit passé dans les abysses de la Toile.
      Tant pis, je ne recommence pas.

      Bonnes vacances,

    • michel43 dit :

      Maxime , êtes vous dans un culs de sac……? venez en ESPAGNE……internet fonctionne très bien… sourire….

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