Les leçons d’une polémique

sans-titreVoici, ci-dessous, une copie de mon article publié ce matin par le Figaro (quotidien papier) relatif à la polémique Nadine Morano. Le scandale qui a duré 10 jours n’a strictement aucun intérêt en soi. Dans un pays qui souffre et s’inquiète autant pour son avenir, une telle déferlante d’idiotie fait froid dans le dos.  Ce qui est grave, me semble-t-il, c’est qu’il témoigne une fois de plus de l’ampleur de la crise du politique. Il montre, globalement, un univers assez pitoyable, privé de courage, de hauteur de vue et de conviction, introverti, enfermé sur lui-même avec ses obsessions. Le scandale, totalement disproportionné, débile, révèle non seulement la folie narcissique de ce petit milieu médiatisé, de l’extrême droite à l’extrême gauche, mais son empressement à fuir le monde réel, celui du chômage, de la violence, du chaos planétaire… Et après ce cirque lamentable – enfin terminé -, ils s’étonneront que 87% des Français aient perdu confiance dans la politique (CEVIPOF janvier 2015).

Maxime TANDONNET

La polémique Morano, paroxysme de la déliquescence du politique

L’éviction de Nadine Morano de la liste des Républicains aux élections régionales du grand-Est et de la tête de liste de Meurthe-et-Moselle a été annoncée le 8 octobre. Que lui est-il reproché? Des faits de corruption? De trahison? Non: une phrase prononcée lors d’une émission de politique-spectacle dont tout le jeu des animateurs consiste à pousser les « invités » à la faute. Les mots proférés sont-ils insupportables, inacceptables, intolérables? Mme Morano n’a pas parlé « d’inégalité des races » (la définition même du racisme), ni traité une catégorie de « sous-hommes », ni porté de jugement de valeur sur telle ou telle population d’origine. Sa parole sur « la France de race blanche » est archaïque, au sens où elle ne correspond plus à la réalité du pays. Elle est aussi explosive dans la mesure où elle heurte de plein fouet l’idéologie contemporaine axée sur la valorisation des minorités et de la diversité. Mais en quoi le fait de dire une contre-vérité voire de « déraper » serait-il criminel, au point de lui valoir une telle exclusion? Comment en est-on arrivé à ce qu’une poignée de mots puissent ainsi bousculer pendant dix jours l’actualité?

L’ère du conformisme bat son plein. L’émotion des images dicte le comportement de chacun. A la suite des attentats de janvier dernier, il fallait « traiter ceux qui n’étaient pas Charlie ». La mode est passée. Désormais, « l’accueil » des migrants est au centre de l’impératif moral. Dans la société actuelle, il est indispensable de marcher, de penser et de parler droit. Le récalcitrant s’expose au rejet, à l’opprobre, à la honte d’être traité de raciste, de réactionnaire sinon d’être « assimilé aux thèses du front national ». La crainte dicte les actes et les mots. Elle est à l’origine de l’éviction de Mme Morano. La perspective d’être « suspectée » a conduit la commission d’investiture à ce choix unanime. Tout se passe comme si les Républicains, sous l’effet de la peur, avaient intériorisé l’accusation de racisme, si souvent proférée par la « gauche morale » quand ils étaient au pouvoir. Depuis la Terreur de 1793 et 1794, la France a bien changé tout en restant la même…

Les paroles de Madame Morano sont accusées d’être blessantes pour les minorités « non-blanches ». Mais alors, pourquoi le monde politique et médiatique s’empresse-t-il de leur fournir, par le plus hypocrite des paradoxes, une aussi phénoménale caisse de résonnance? Le lynchage de Nadine donne l’image d’une « France d’en haut », politico-médiatique, qui se complaît dans la quête du bouc émissaire. Le philosophe Réné Girard pourrait trouver dans ce psychodrame une illustration de ses théories sur la « violence mimétique » et l’immolation de la « victime expiatoire » sur laquelle le « groupe » reconstruit son unité. Une meute de saintes Nitouches, de l’extrême droite à l’extrême gauche, dans un soudain accès de vertu offensée, se rachète ainsi une virginité en fustigeant la nouvelle maudite, une femme seule, la coupable idéale, la paria du jour. Il faut cogner sur Madame Morano pour s’offrir une pureté médiatique.

Que reste-t-il de la politique? Madame Morano est sanctionnée, elle est punie en étant privée de son investiture. La question n’est pas de savoir si sa présence à l’assemblée régionale est nécessaire ou non à l’intérêt général et à la nouvelle région du Grand Est. Non, un seul point l’emporte sur toute considération: comme une petite fille fautive, Nadine est privée de l’investiture. Un privilège personnel lui est retiré. Le mandat électoral, vidé de sa substance qui est la représentation du corps social et le service du bien commun, se présente ainsi au grand jour comme une récompense politicienne dans un intérêt individuel.

Enfin, cette méchante polémique marque une étape nouvelle de l’envolée de la vie publique dans les limbes. Nous assistons à une scène de politique spectacle, le prolongement au quotidien de l’émission qui a vu Mme Morano « franchir la ligne jaune ». La classe dirigeante, y compris les oppositions, ne vit désormais que de scandales, d’annonces, de postures et de petites phrases. Elle s’empresse de déserter le monde des réalités. Qui parle encore des 5 millions de chômeurs, du drame de la ghettoïsation des banlieues, des jeunes, de la violence qui ronge le pays, des enjeux de l’Education, de la maîtrise de l’immigration et de l’intégration, de la réforme des institutions, de la menace pour la sécurité de l’Europe et la paix que fait peser l’Etat islamique Daesh, des génocides en cours contre les minorités chrétiennes et Yézidies? La politique ne consiste plus à décider, choisir, gouverner, ni même à se préparer à relever les grands défis du présent et du futur. Elle tend chaque jour un peu plus, de l’extrême gauche à l’extrême droite, vers la grande manipulation de l’opinion publique. Il est devenu tellement plus confortable, pour les responsables politiques, de jongler avec les passions, les illusions, les images et les émotions que de se salir les mains au contact de la réalité!

Maxime TANDONNET, haut fonctionnaire, essayiste

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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37 commentaires pour Les leçons d’une polémique

  1. FT dit :

    S’il y a quelque chose à tirer de tout cela, c’est que l’exposition dans des émissions de divertissement, quelle que puisse être la qualité et la malice (leurs convictions n’ont rien à y voir, le passé d’ONPC le démontre assez bien) des chroniqueurs qui les animent, des personnels politiques, n’a d’intérêt réel que si leur langage est bien maîtrisé. Ce qui est exactement le contraire de l’objectif poursuivi par le programme lui-même. Mme Morano eût évité le mot « race », ce qui était parfaitement possible dans le cours de la conversation, que personne n’eût jamais entendu parler de sa prestation nocturne.
    Le préambule de la Constitution de 1946, qui fait partie « pour l’histoire » de notre corpus constitutionnel (beaucoup de ses dispositions sont tombées en désuétude au sens juridique du terme, par exemple celles relatives aux nationalisations, ce qui n’interdit à personne de réclamer leur application), utilise par deux fois la formule « sans distinction de race ». Comment donc aujourd’hui réclamer, comme on l’entend, que le mot « race » disparaisse du dictionnaire? Ce serait nier l’Histoire, cela a été assez démontré plus haut. On peut toujours chercher des poux dans la tête de Jules Ferry ou de Jules César. Ce dernier évita à Athènes, un peu décatie, qui s’était compromise avec Antoine, le pillage et la destruction, en soupirant « Pourquoi faut-il toujours que vous soyiez sauvés par le souvenir de vos ancêtres? » Indulgence à Morano, au nom de De Gaulle? Mais Mme Morano en cariatide, c’est peut-être lui faire trop d’honneur, ou lui espérer trop de longévité.

  2. Le mot <> est devenu tabou .Il est pourtant mentionné dans notre Constitution
    .Alors évoluons et disons comme les Indiens les Européens ces <>>
    Enfin cette polémique est provoquée par les élections prochaines et pour amadouer les minorités
    qui représentent un électorat potentiel

  3. Stéphane B dit :

    Bonjour à vous toutes et tous,

    Je suis certes un bouseux qui habite au fond de la campagne, issu d’une famille ou bon sens paysan existe mais je ne comprends pas tant de haine vis à vis de Morano ni le fait que tous, vous y compris Maxime, ne se basent que sur une phrase, hors contexte de surcroît.
    Voici le script du dialogue entre Nadine Morano et Yann Mois dans l’émission ONPC ?

    Nadine Morano : Nous sommes un pays judéo-chrétien, comme le général de Gaulle le disait, de race blanche.
    Yann Moix : peut-être momentanément,
    Nadine Morano : qui accueille des personnes étrangères.
    Yann Moix : peut-être momentanément, madame Morano,
    Nadine Morano : et bien j’ai pas envie que cela soit momentanément !
    Yann Moix : Y’a pas une France éternelle. Un jour la France sera peut-être musulmane ! ça sera le mouvement de l’histoire !
    Nadine Morano : Et bien, je n’ai pas envie que la France devienne musulmane !
    Yann Moix : Et c’est bien dommage !

    (En savoir plus sur http://www.je-suis-stupide-j-ai-vote-hollande.fr/blog/vont-ils-bruler-morano/#okz05c8Ewsi86ueb.99)

    Personnellement, le bouseux que je suis, pauvre inculte, trouve la conclusion de Yann Moix bien plus choquante que les propos de Morano. Aussi, j’aimerai avoir votre sentiment là dessus en complément de ce billet fort bien écrit (comme d’habitude).

    Aussi, la décision des NS ne passe pas pour beaucoup. Les divers commentaires sur le figaro me font penser que les gens délaissent ce parti et qu’une sanction, énorme ?, par les urnes arrivent. Au moins, Morano est elle fidèle à ses convictions. Je suis fidèle aux miennes. Le parti LR n’est pas fidèle aux siennes. Que reste il alors sur l’échiquier politique ? MLP ou NDA. Je souhaite que ce der nier voit son parti davantage mis en avant mais cela n’arrivera pas, les médias préférant MLP.
    Pour vous donner une idée de mes valeurs sur certains points, il s’agit de celles du feu RPR que partageaient aussi avant Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Alain Juppé. Allez donc lire l’excellent article sur http://www.je-suis-stupide-j-ai-vote-hollande.fr/blog/immigration-islam-le-grand-renoncement-de-la-droite/ et vous comprendrez

    Et il n’est nullement question de catégorie de personnes déjà installées

  4. Ann dit :

    Monsieur Tandonnet, c’est à Sarkozy que vous connaissez qu’il aurait fallu expliquer tout ça. Surtout le
    « Un privilège personnel lui est retiré. Le mandat électoral, vidé de sa substance qui est la représentation du corps social et le service du bien commun, se présente ainsi au grand jour comme une récompense politicienne dans un intérêt individuel »
    Et surtout que si l’investiture est un « privilège » encore faut-il qu’il soit validé par les électeurs. Certes la tête de liste ne risque rien, mais le parti Les Républicains lui…. On peut déjà commander les pop corn pour les soirées électorales de décembre où le spectacle de certains désespoirs va être particulièrement jubilatoire…

  5. alexrebelde dit :

    Q dit :
    10 octobre 2015 à 09:53
    « La connerie ambiante atteint des sommets, je suis pour le vote obligatoire mais je me demande bien qui va être assez con pour aller voter pour ces clowns »

    Ô que c’est beau !
    Ça va devenir une citation culte !
    Puis-je la reprendre ???
    En vous citant, évidemment « Q ». J’aime bien le pseudo, aussi ;o))

    Et excellent WE (malgré-tout) à toutes et à tous.
    Alex

  6. Q dit :

    La connerie ambiante atteind des sommets, je suis pour le vote obligatoire mais je me demande bien qui va etre assez con pour aller voter pour ces clowns

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