Sur le sens de la candidature de M. Michel Barnier (avec Atlantico)

Attention SVP, l’entretien ci-dessous avec Atlantico ne vaut en aucun cas prise de position en faveur d’un candidat LR plutôt qu’un autre mais tentative de réflexion sur le sens et l’intérêt d’une candidature. Il faut ajouter que je ne crois guère aux sondages qui depuis 4 ans et demi prédisent invariablement un deuxième tour des présidentielles le Pen/Macron et dès lors la réélection inéluctable de ce dernier. Des événements bousculant ce schéma – ou une prise de conscience de l’électorat – me semble-t-il, ne peuvent pas ne pas se produire dans les six mois qui viennent. Ma conviction est que le jeu reste ouvert et que Michel Barnier peut offrir un profil de chef de l’Etat potentiel intéressant.

#1 : Alors que Bertrand et Pécresse font la course en tête dans l’enquête menée pour LR par Pascal Perrineau, aucun des deux ne semble plier le match. Un homme comme Michel Barnier pourrait-il en profiter pour tirer son épingle du jeu ? Dispose-t-il de la stature dont pourrait avoir besoin le parti ?

Xavier Bertrand devance légèrement Valérie Pécresse (53% contre 51%). Avec 41% d’opinions favorables, Michel Barnier se positionne en troisième homme… Or, sa notoriété est sans doute moins grande que celle des deux candidats en tête, dès lors que sa carrière depuis une quinzaine d’années est davantage européenne que française et sa candidature est nettement plus récente et moins attendue. On peut donc supposer qu’il conserve une marge de progression. Quant à sa stature présidentielle, tout dépend de la conception présidentielle que l’on peut se faire. Si l’on cherche un président histrion sur le modèle de l’actuel, sur tous les fronts à la fois, accaparant la communication et déterminé à incarner à lui seul l’action gouvernementale, M. Barnier n’est pas l’homme de la situation. Sa personnalité relativement sobre et réservée et son âge (70 ans), ne s’y prêtent en aucun cas. En revanche, si l’objectif est de renouer avec une présidence plus Ve République, le chef de l’Etat traçant un cap, garant de la politique étrangère et de défense, tandis que le Premier ministre et les ministres se chargent des tâches de gouvernement et de la politique intérieure, M. Barnier par son image de stabilité voire d’humilité qui contraste avec celle de l’actuel occupant de l’Elysée, peut représenter une alternative crédible qui a toute sa légitimité.


#2 : Le positionnement ferme, mais sans excès, de Michel Barnier sur plusieurs sujets (immigration, europe, etc.) pourrait-il en faire une valeur refuge face à des candidats perçus comme plus inquiétants comme Zemmour ?

A ce stade, le positionnement idéologique de M. Barnier est la grande surprise de cette campagne à l’investiture des Républicains. Lui qui a consacré l’essentiel de sa carrière depuis une quinzaine d’années au renforcement de l’intégration européenne, semble aujourd’hui remettre en cause la suprématie du droit européen sur les démocraties nationales. C’est un changement de cap inattendu pour ne pas dire inespéré. Dans l’opinion, il peut s’interpréter de deux manières : soit par un accès d’opportunisme ; soit par la lucidité et l’humilité de celui qui tient compte de son expérience pour faire évoluer ses opinions. C’est exactement pareil pour l’immigration. Michel Barnier qui invitait l’Europe à anticiper « un afflux massif « de migrants en 2013 n’avait pas jusqu’à présent une réputation de fermeté sur ce sujet. Le changement de son discours peut être perçu soit comme artificiel soit comme une prise en compte courageuse de la réalité et de l’urgence d’apporter des réponses authentiques à un sujet qui préoccupe profondément les Français – d’où la poussée sondagière d’Eric Zemmour. A cet égard, au-delà de son slogan de « moratoire sur l’immigration » qui a produit l’effet politique et psychologique attendu, il lui reste à gagner une crédibilité par un projet réaliste et ambitieux. Son style sérieux d’homme de dossier, de travail en équipe, loyal à son parti politique et sa réputation de pragmatisme peuvent lui être des atouts précieux s’il parvient à convaincre de sa sincérité.

#3 : Le fait que Barnier prenne comme directeur de campagne Pierre Danon, ancien proche de François Fillon, est-il une stratégie intelligente pour se placer dans les pas du fillonisme ?

Il faut voir dans cette nomination un message montrant que les questions économiques et financières seront au cœur de son projet et qu’il fera le choix du bien commun contre la démagogie. Contre le slogan macroniste du « quoi qu’il en coûte » qui se prolonge bien au-delà de la crise sanitaire et se traduit par une gabegie de dépenses électoralistes, le choix du sérieux dans la gestion des comptes de l’Etat peut être un argument de campagne efficace auprès des Français. Le prochain quinquennat sera-t-il celui de la fuite en avant dans l’aggravation de la dette publique qui atteint déjà 120% du PIB ou celui de l’effort et du courage pour redresser une situation financière cataclysmique ? Les Français sont-ils prêts à entendre un discours de vérité ? Sans doute, mais l’équation est complexe : le retour au sérieux dans la gestion de l’Etat ne sera supportable que s’il s’accompagne de garanties sur l’Etat protecteur et la restauration des services publics sinistrés comme ceux de la santé et de l’Education nationale. Telle est peut-être la clé de la victoire électorale en 2022.

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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44 commentaires pour Sur le sens de la candidature de M. Michel Barnier (avec Atlantico)

  1. Gribouille dit :

    « #3 : Le fait que Barnier prenne comme directeur de campagne Pierre Danon, ancien proche de François Fillon, est-il une stratégie intelligente pour se placer dans les pas du fillonisme ?

    Il faut voir dans cette nomination un message montrant que les questions économiques et financières seront au cœur de son projet et qu’il fera le choix du bien commun contre la démagogie. »

    Cela suppose que M. Fillon et ses proches représentent le sérieux et le bien commun en matière économique, ce qui est pour le moins douteux. En tout cas, au-delà des convaincus de LR, ce sera une opinion difficile à faire partager.

    « Sans doute, mais l’équation est complexe : le retour au sérieux dans la gestion de l’Etat ne sera supportable que s’il s’accompagne de garanties sur l’Etat protecteur et la restauration des services publics sinistrés comme ceux de la santé et de l’Education nationale. Telle est peut-être la clé de la victoire électorale en 2022. »

    Ces services publics, par qui et par quoi ont-ils été sinistrés ? Ne serait-ce pas, en grande partie, par des politiques d’économie budgétaire à courte vue, sous prétexte de sérieux ?
    C’est en tout cas le cas pour l’éducation nationale, et on ne peut que rappeler que le précédent passage de LR aux affaires s’est accompagné des inévitables réformes stupides (programmes scientifiques des lycées, année de stage post-concours notamment).

    La discussion sur ces sujets montre de plus, régulièrement, que les partisans autoproclamés du sérieux en matière budgétaire ne sont pas capables de lire un budget, puisqu’ils ne comprennent pas que la comparaison de budgets d’éducation de pays ayant des natalités très différentes n’a pas de sens.

    Il y a actuellement à l’EN des problèmes de recrutement importants : pas assez de candidats dans certaines matières (mathématiques et français notamment) ; dans toutes les matières et chez les professeurs des écoles on rencontre régulièrement sur les sites de discussion ou sur les bulletins des professeurs qui font de grosses fautes d’orthographe et en particulier de grammaire.
    Des libéraux cohérents avec eux-mêmes en tireraient la conclusion qu’il faut attirer des candidats, donc améliorer la situation des enseignants (ou détériorer la situation des autres carrières accessibles aux M1/M2 de niveau moyen…ce qui n’est guère possible).
    Ce n’est pas ce qu’ils font, puisque très régulièrement la situation des enseignants est rendue plus défavorable par telle ou telle mini-réforme, y compris sur des aspects non budgétaires.

    Enfin, d’autres services publics ont besoin d’investissements, comme la justice et la police. Ici non plus, la politique de LR au pouvoir n’a pas été dans ce sens, alors que par ailleurs des ressources ont été engagées à la légère (subventions aux éoliennes, TVA restauration…).

    Bref, le sérieux budgétaire de LR n’a rien eu de sérieux en pratique. D’où une certaine désaffection…

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    • Pheldge dit :

      Des libéraux cohérents etc … ah bon, vous avez vu des libéraux ? moi pas ! si Flamby – qu’il rôtisse en enfer – ou Macron, sont pour vous l’étalon du libéralisme, alors, vous faites un énorme contresens ! je vous invite -une fois de plus – à vous documenter sur le libéralisme, le vrai en commençant par exemple avec https://www.wikiberal.org/wiki/Libéralisme

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  2. Sganarelle dit :

    Il y a sur Boulevard Voltaire une interview très intéressante de mr Le Pen. Loin de perdre la tête il dit que rien ne peut se jouer huit mois à l’avance et que les élections seront plus le résultat des événements qui vont se produire que ceux du mérite supposé d’un homme ..ou d’une femme . Il dit par exemple qu’un attentat spectaculaire risquerait au dernier moment de porter les votes sur sa fille..
    Ceci pour dire qu’on ne peut rien prévoir ni la bonne santé des uns ni la couleur des événements et jusqu’à la dernière minute tout est possible
    Ce qui va être intéressant c’est comment et à quoi les candidats vont employer leur temps…

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  3. Anne dit :

    Face à E.Macron et à sa puissance financière grâce à ses soutiens, est -ce qu’un homme seul comme M.Barnier, aussi doué soit-il , pourra y faire face?
    Après la présidence française de l’Union européenne, où Macron n’hésitera pas à fondre la France dans l’Union européenne, est-ce qu’il y aura encore une élection présidentielle après 2022?
    Autrement dit, est-ce que le coup d’après pourra avoir lieu?
    E.Zemmour seul ne pourra pas battre Macron. Peut-être que Paris-Match a décidé de l’aider financièrement, finalement?
    Il me semble aussi que E.Zemmour a toujours prôné l’union des droites, et si celle-ci allait de E.Zemmour à L.Wauquiez en passant par Marion Maréchal?
    Seule configuration pour que E.Macron et son pouvoir de déconstruction soit battu?

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  4. Je partage le lien suivant car je crois qu’il y a du vrai dans ce qui est décrit de la situation présente et du sentiment de beaucoup de personnes de « compter pour du beurre »:

    https://www.lepoint.fr/politique/christophe-guilluy-on-nie-l-existence-d-un-mode-de-vie-majoritaire-25-09-2021-2444642_20.php

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  5. Barnier est ennuyeux et hypocrite : 20 candidats de droite contre Macron ? Pécresse et Bertrand LR (vos chouchous) pas favorisés ? Mais quel malheur ! Pensons à Bill Gates qui lui n’a pas besoin des voix des cocus pour avancer son agenda techno-totalitaire.

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  6. cyril dit :

    bonjour, la candidature de Monsieur Barnier me surprend. Je ne juge pas l’homme, qui je pense est rigoureux et travailleur. Je pense toutefois que sa candidature est opportuniste, il semble prendre conscience trop tardivement de certains effets dévastateurs de l’Europe (trop de normes, distance des décisions ) et de la politique migratoire (trop de quartiers en France avec des immigrés, problèmes de mendicité, voir le centre ville de St Etienne, Loire, 42000, avec problèmes d’agression notamment sur des policiers municipaux, agents municipaux, vols, vandalisme sur des équipements publics, gymnases, piscines.) . M Barnier me parait dépassé par les événements, bien au chaud dans les palais dorés.

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    • Alain De Vos dit :

      @cyril, je partage votre commentaire. On pourrait pousser votre remarque : comment se fait-il que les hommes et femmes politiques européens ne sont-ils pas aussi vigilants que cela. Quand on est au chaud dans un cocon, on ne voit pas les choses sous le même angle que les personnes qui sont exposées au froid.
      Et donc, en quoi l’UE est-elle une garantie pour les peuples?

      Cela ne signifie pas un refus d’une immigration mais alors avec un véritable contrôle limité et une vrai intégration puis une assimilation.
      Quant à la candidature de Michel Barnier : quelle garantie peut-il apporter sur la mise en oeuvre réelle et immédiate de ses propositions dès son élection à la présidentielle. Est-ce un opportuniste dans les mots ou est-il prêt à travailler sur le sujet avec certitude et fermeté avec en objectif de convaincre et d’agir?
      C’est la question de sa candidature: peut-on lui faire confiance sur les points que vous évoquez, tout comme l’hôte de ce site.
      Comment peut-il nous démontrer et nous assurer de la confiance que nous pourrions mettre en lui?

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