« comme en 18 » ou l’effet d’une crétinisation massive

Bon, excusez moi. Je ne voulais pas parler du football. Mais la Une de l’Equipe m’a fait céder. « Comme en 1918 » parce que paraît-il l’équipe de footeux française a battu celle d’Allemagne. Elle rejoint une ancienne conviction: tout chauvinisme y compris sportif est une forme dégradée du nationalisme au sens de nationalisme abruti. Cette couverture est le résultat de l’abrutissement collectif par le déclin scolaire et intellectuel. Le titre « comme en 18 » pour une malheureuse histoire de ballon poussé au pied n’a rien de sérieux mais il n’a rien de drôle non plus. Il eût été inconcevable vingt-cinq ans auparavant, quand subsistait encore quelque chose de la mémoire historique, le respect des derniers Poilus et de la réconciliation. Il reflète à la perfection le climat de crétinisation et l’effondrement de l’intelligence. C’est en cela qu’il est intéressant. Diffusé en centaines de milliers d’exemplaires auprès des jeunes, il tend à effacer le fait que la première guerre mondiale n’avait rien d’un jeu de ballon et nie implicitement, en l’assimilant à un jeu de ballon, le drame des 17 millions de tués de la guerre de 1914-1918 dans les souffrances indescriptibles de la guerre des tranchées aussi bien jeunes Français et Britanniques que jeunes Allemands d’ailleurs qui n’avaient pas demandé une telle horreur. Il gifle aussi la mémoire des millions de martyrs de cette guerre abominable, les infirmes, les veuves et les orphelins. Le moindre B-A BA de culture historique aurait dû éclairer les auteurs de cette Une sur le fait que la victoire de 1918 – sur le dos d’un fleuve de sang, de deuil et de souffrances – ne fut pas vraiment une victoire (ou une victoire en trompe-l’œil) dès lors qu’elle conduisait en ligne directe à la montée des systèmes totalitaires, à la débâcle de 1940 et à l’apocalypse de la seconde guerre mondiale. Evidemment, dire cela, c’est sans doute placer la barre un peu haut pour les auteurs de cette Une…

maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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111 commentaires pour « comme en 18 » ou l’effet d’une crétinisation massive

  1. Citoyen dit :

    Eh oui, Maxime, Le canard en question s’essaie au racolage auprès de sa clientèle, avec les moyens à sa disposition … Et pour ce faire, adapte son racolage à la clientèle visée …, qui ne vole pas très haut … Et ça tombe bien puisque les journaleux footeux, eux aussi, ne volent pas très haut …
    Qu’à cela ne tienne, les deux parties boivent du petit lait …Un rien arrive à les combler …
    L’élément anormal à mettre en avant dans cette histoire, tient à ce que ces journaleux pondent leurs détritus avec l’argent des contribuables

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  2. Xavier dit :

    Bonjour, je crois qu’en fait L’équipe faisait écho à 2018, la coupe du monde de 2018, la manière dont l’équipe de France l’avait joué et gagné.. Similaire à la prestation contre l’équipe allemande ce mardi. Mais probablement qu’en arrière pensée, il y avait plus qu’un clin d’œil à 1918.

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    • Infraniouzes dit :

      Vous avez raison mais ce mauvais calembour était inutile. Et lors des journaux télévisés, on exhibait les unes triomphales de la presse nationale ou régionale. Je n’y ai pas vu la Une de l’Equipe. Cette ambigüité de mauvais goût n’avait échappée à personne.

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  3. JulesXR52 dit :

    « Comme en 1918 ». Ça vous scandalise. Là, je trouve que vous poussez le ballon un peu loin. Après 40 ans de propagande gauchiste antifrançaise multiculturaliste mélangiste vivrensembliste antifrontièriste, il ne reste quasiment rien du chauvinisme-nationalisme d’antan, le peu du peu qui reste s’est timidement réfugié dans le sport, et surtout dans le foot, et vous trouvez que c’est encore trop… Eh bien moi je trouve que non. Laissez-leur (je dis « leur » car le foot ne m’intéresse pas) cette joie. Un peu de simplicité, que diable ! Et que celui qui n’a jamais été con jette la première pierre.

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  4. Annick Danjou dit :

    Pas de rapport avec le foot…!!!!

    https://www.lepoint.fr/politique/derives-identitaires-a-l-universite-le-rapport-tabou-16-06-2021-2431299_20.php

    Je ne sais pas si vous avez lu cet article Maxime? Si non je vous conseille ainsi qu’à tous vos commentateurs de le faire. Il est vraiment intéressant et remet les pendules à l’heure. Les commentaires aussi sont à lire.

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    • xc dit :

      Réservé aux abonnés…

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    • Annick Danjou dit :

      Inutile de proclamer la mort des idéologies, elles reviennent au galop ! Nés dans les cercles militants américains d’extrême gauche, ces nouveaux dogmes essaiment désormais sur tous les campus occidentaux. Voici que des universités françaises se passionnent à l’idée de ressusciter la race, d’explorer le genre, ou de lutter contre toutes les oppressions grâce à l’« intersectionnalité», véritable baguette magique, capable de transformer n’importe quel individu en victime sociologique d’une société repue d’injustices. Tout cela pourrait prêter à sourire, si des départements entiers de sciences sociales n’avaient entrepris de se régénérer grâce à des concepts qui prétendent tout dénoncer, tout décoloniser et tout déconstruire au nom d’un droit indiscutable à l’identité. L’idéologie a toujours fait concurrence au réel, mais que penser d’une revue universitaire qui publie des travaux « scientifiques » présentant la France comme « étatiquement despotique, [un pays dans lequel] ce despotisme bien-pensant, appelé « République » ou » laïcité », [est lié] à des pratiques diffuses de relégation » ? Que penser de cette thèse qui entend « explorer les liens entre deux groupes multiminorisés, les femmes autochtones vivant au Canada et les animaux avec qui elles vivent » en proposant « un cadre de pensée écoféministe [qui met] en valeur l’assujettissement du vivant en général au nom d’une même domination, celle du patriarcat capitaliste et colonial » ? Des exemples de ce nouveau catéchisme jargonnant aux raisonnements souvent fragiles foisonnent dans de nombreux travaux universitaires. Ces dérives ne sont, fort heureusement, pas majoritaires, mais elles se font une place significative dans certaines disciplines.

      « Aujourd’hui, les faits n’ont plus d’importance, ce qui compte, c’est la vision du monde que l’on défend. »
      Gilles Kepel Politologue, spécialiste du monde arabe

      S’il est délicat dans le monde universitaire – comme dans celui de la presse – d’établir une frontière nette entre l’analyse des faits et les opinions, force est de constater que, dans certains départements universitaires, un militantisme paré des atours du discours scientifique l’a clairement emporté sur la volonté de comprendre le réel. Pour avoir émis l’idée qu’il serait peut-être temps de distinguer la recherche du militantisme, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, s’est vue accuséepar le CNRS de participer à une « tentative de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de « race » ». La ministre, qui avait commandé un rapport à la vénérable institutionaprès une nouvelle polémique sur l’ « islamo-gauchisme »dans les facs, a été renvoyée dans ses cordes par voie de communiqué : « l’islamo-gauchisme [ne correspond] à aucune réalité scientifique » et, par conséquent, le CNRS « ne pourra pas participer à la production de l’étude souhaitée ».

      Refus du CNRS. Ce rapport que le CNRSn’a pas voulu faire, d’autres l’ont établi. Des universitaires de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitairesont méthodiquement recensé des preuves de ces approches militantes, glanées au fil des thèses, des revues universitaires, des programmes de recherche, des enseignements, ou des annonces de recrutement. Pour constituer ce rapport sur les manifestations idéologiques à l’université et dans la recherche, de 140 pages (qui sera rendu public le 19 juin), la dizaine d’enquêteurs a décortiqué des productions universitaires, qui, bien qu’en accès libre, sont trop rarement lues en dehors des cercles de spécialistes. Il ressort de cette immersion un inventaire non exhaustif d’écrits académiques où des métaphores sont assénées comme des faits, un patchwork qui suscite embarras, hilarité, consternation… ou les trois à la fois.

      Ce rapport, que Frédérique Vidaln’a jamais réussi à obtenir de la part des institutions universitaires tombe à pic, alors qu’on apprenait par Le Monde vendredi 11 juin que six enseignants-chercheurs avaient déposé une procédure de référé et un recours en annulation devant le Conseil d’État pour contraindre la ministre à renoncer officiellement à toute enquête officielle qui, d’après les requérants, « bafoue les libertés académiques et menace de soumettre à un contrôle politique, au-delà des seules sciences sociales, la recherche dans son ensemble ». Ce rapport off donc, sera, à n’en pas douter, mal accueilli et sévèrement critiqué par les universitaires qui défendent ce type d’enseignements et voient dans la critique de ces derniers un nouveau maccarthysme.

      « Contrairement à ceux qui nous attaquent, nous ne harcelons pas les collègues jusqu’à ce qu’ils craquent… »
      Xavier-Laurent Salvador Cofondateur de l’Observatoire du décolonialisme

      « Cancel culture ». Inventorier des travaux universitaires sur la base de leur dérive idéologique supposée constitue-t-il une menace sur les libertés académiques ? « Il ne faudrait pas inverser les rôles, répond Xavier-Laurent Salvador, cofondateur de l’Observatoire du décolonialisme,nous restons dans le cadre d’une évaluation par les pairs, c’est-à-dire dans le cadre normal d’un fonctionnement universitaire. Contrairement à ceux qui nous attaquent, nous n’intentons aucun procès, nous n’empêchons aucune conférence, nous ne harcelons pas les collègues jusqu’à ce qu’ils craquent, nous ne pratiquons pas la cancel cultureet nous ne donnons aucun nom ! Simplement, nous voulons que le monde universitaire, le monde politique et le grand public puissent prendre la mesure par eux-mêmes de ce phénomène militant, dans le cadre d’un débat loyal et contradictoire. » Pour ce médiéviste, l’université doit, aujourd’hui, affronter un militantisme qui tente de reconfigurer la connaissance à son profit. Le sujet dépasse la simple querelle d’universitaires : « C’est à l’université que se fabriquent l’école, le collège et le lycée de demain. Quand on voit apparaître, dans les cours dispensés aux futurs enseignants, des intitulés qui évoquent le problème de la « laïcité radicale » ou « la gestion de la classe au filtre du gender », il faut simplement être certain que c’est bien cette école que l’on veut pour l’avenir », explique-t-il.

      Politologue, spécialiste du vote Front national, Pascal Perrineaua lu ce rapport et s’étonne : « Je suis frappé par la vitesse à laquelle les choses évoluent. J’avais le sentiment qu’il s’agissait en France d’un mouvement marginal, mais il faut reconnaître que la propagation s’accélère. » Pour l’universitaire, le phénomène reste certes minoritaire et essentiellement cantonné aux sciences humaines et sociales, mais s’installe dans les milieux académiques, y compris dans les grandes écoles censées former les futurs cadres du pays : « Sciences Po propose cinq cours sur les collectivités locales, contre vingt-cinq cours sur le genre. Il ne faudrait pas que l’intérêt pour ces thèmes conduise à l’oubli de problématiques importantes, comme celle des territoires », met en garde ce fin connaisseur de la géographie électorale.

      « Sciences Po propose cinq cours sur les collectivités locales, contre vingt-cinq cours sur le genre. »
      Pascal Perrineau Politologue, professeur à Sciences Po Paris

      Professeur émérite de littérature et romancier, Pierre Jourde s’alarme de cette volonté de reconfigurer la cartographie des savoirs au détriment des disciplines établies. Il n’y voit rien de moins qu’une « entreprise de destruction de la bibliothèque d’Alexandrie. Ce sentiment est exprimé très clairement dans des universités américaines où l’on voit des spécialistes de lettres classiques expliquer très sérieusement que cela ne serait pas si grave si leur discipline disparaissait, parce que les lettres classiques n’étaient finalement pas assez justes, pas assez décoloniales, ou pas assez noires ».

      Intrusions militantes, pressions, menaces… Portée haut par des associations étudiantes, cette « culture woke »et ses nouvelles pratiques militantes s’imposent dans l’université avec des méthodes parfois musclées, méticuleusement inventoriées dans ce rapport, qui recense les faits principaux : les intrusions militantes, les annulations de conférences et de formations, l’adoption obligatoire de l’écriture inclusive dans des publications universitaires, le déplacement d’un colloque dont les intervenants sont jugés « islamophobes » (en réalité, des spécialistes du terrorisme…), des pressions pour faire grève, des pressions pour suspendre des enseignements, des perturbations de conférences, des empêchements de faire cours, des contestations de recrutements, des campagnes de diffamation, des plaintes en justice et des menaces contre une enseignante…

      « Nous devons faire face à l’importation abusive, en France, d’un rapport à la liberté d’expression calqué sur la culture américaine qui, faute de lois encadrant cette liberté, laisse aux groupes de pression le soin de décider de ce qui est dicible ou pas en public », relate la sociologue Nathalie Heinich, qui soutient l’existence de l’Observatoire du décolonialismeet ce rapport dont elle espère qu’il permettra de prendre conscience de l’ampleur du phénomène. Elle détaille le mécanisme de cette cancel culture, autrement dit « une culture de la censure exercée non par l’État mais directement par les citoyens, et qui se traduit par des déboulonnages, des conférences et colloques annulés, des enseignements empêchés et génère une atmosphère d’intolérance ». Elle a récemment publié Ce que le militantisme fait à la recherche (« Tracts », Gallimard), un court texte dans lequel elle dénonce ces « chercheurs-militants [qui] s’attachent à bâtir [un monde] invivable, habité par la hargne et le désir insatiable de revanche ».

      « Suivre une mode est encore le meilleur moyen d’exister et de se faire inviter dans des colloques. »
      Pierre-Henri Tavoillot Philosophe

      La France « reste une puissance coloniale ». L’influence de la culture nord-américaine de ce mouvement se vérifie régulièrement. Une tribune publiée par L’Obs le 17 mars, signée notamment par Angela Davis et « des intellectuels du monde entier » (ou plus exactement, des intellectuels décoloniaux du monde entier), présentait ainsi la dénonciation de l’« islamo-gauchisme » à l’université comme « une convergence d’idéologies de droite, coloniales et racistes » avant de s’en prendre à « une partie de la gauche blanche, ainsi que des féministes qui ne font aucune analyse anticoloniale, anti-islamophobe et antiraciste, [et qui] sont également des complices de l’invisibilisation de l’oppression coloniale et du racisme, en fournissant des rationalisations idéologiques au racisme structurel porté également par l’État ». S’ensuit cette vérité assénée avec un aplomb docte : la France « reste une puissance coloniale » en raison de ses territoires et collectivités d’outre-mer… « La France est pour ces gens une abomination », analyse Pascal Bruckner, dont Le Sanglot de l’homme blanc, publié en 1983, alertait déjà sur les visions manichéennes en germe dans la gauche occidentale, « nous avons voté une loi sur le voile et une loi sur la burqa, qui dans l’esprit de ces gens ne peut venir que d’un pays raciste. L’extrême gauche américaine vit dans l’abstraction du monde des idées et dans le luxe des campus réservés aux élites. Pour la plupart, ils ne connaissent pas le monde et construisent leurs théories sur leur seul réel nord-américain ».

      Comme le démontre le rapport sur les manifestations idéologiques à l’université et dans la recherche, les universités françaises ne semblent pas étanches à ce mouvement qui voudrait réorganiser et structurer toute la société autour de la seule lutte contre les oppressions réelles ou supposées. « La pensée militante dispense de penser, il suffit de s’appuyer sur des certitudes indiscutables », poursuit Pierre Jourde, qui pointe la dérive d’un petit monde qui ne parle qu’à lui-même : « La plupart de ces nouvelles recherches se présentent comme ouvertes au débat, mais refusent de discuter du bien-fondé de notions comme le décolonialismeou l’identitarisme sexuel. Les colloques sur ces thèmes ressemblent à des assemblées à la nord-coréenne, où tout le monde est d’accord. » Ceux qui ne participent pas au mouvement se sentent rapidement marginalisés : « les étudiants qui ont fait leur thèse avec moi ont la certitude de n’avoir aucun poste à la sortie dans l’enseignement supérieur, à moins d’abjurer. Car dans les études « Moyen-Orient et Méditerranée » aujourd’hui, les faits n’ont plus d’importance, ce qui compte, c’est la vision du monde que l’on défend. On voudrait faire le lit de l’extrême droite, que l’on ne s’y prendrait pas autrement », révèle Gilles Kepel, qui dirige la chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’École normale supérieure.

      « L’extrême gauche américaine vit dans l’abstraction du monde des idées et dans le luxe des campus réservés aux élites. »
      Pascal Bruckner Écrivain et philosophe

      Radicalités. La présence au cœur des universités d’un militantisme souvent radical, parfois provocateur et toujours créatif, n’est pas un phénomène nouveau. « Les marxistes structuralistes dissimulaient déjà leur militance sous l’étiquette de la science, rappelle Pascal Perrineau, pour qui la science woke est la digne héritière de la « science prolétarienne ». Des militants ont confisqué l’étiquette scientifique à leur profit, même si cela ne trompe pas grand-monde. » Alors que l’accès à la connaissance n’a jamais été aussi facile dans toute l’histoire de l’humanité, comment expliquer le succès d’idéologies qui cherchent à amputer le réel pour le soumettre à une vision simpliste du monde ? Pour le politologue, c’est le vide laissé par l’effondrement des grandes idéologies qui aura entraîné ce réveil, cette restauration d’un militantisme arrimé à la vertu revendiquée des réseaux sociaux : « La construction de l’ennemi ne passe plus par la dénonciation de la bourgeoisie et du capital, mais par la place de l’homme blanc hétérosexuel dans la société. L’alliance espérée n’est plus celle de la classe ouvrière avec les intellectuels, mais celle de toutes les minorités dites opprimées. La binarité est essentielle pour mobiliser autour d’une idée simple. Autant les débats avec les marxistes valaient la peine d’être tenus ; là, on doit affronter une pensée extrêmement faible et sans incarnation », remarque-t-il, regrettant presque le marxisme enflammé d’un Althusser.

      Face à ce phénomène de sociologisation de nombreuses disciplines que l’on relève page après page, les enseignants et les chercheurs ne réagissent pas tous de la même manière. « Il existe toute une palette de positions et de degrés d’adhésion à ce phénomène, détaille Pierre-Henri Tavoillot, maître de conférences en philosophie à l’université Paris Sorbonne-Paris-IV. Ceux qui pensent réellement qu’il faut tout déconstruire et tout décoloniser sont minoritaires. Plus nombreux sont ceux qui se disent qu’ils ont intérêt à donner des gages s’ils veulent exister dans le monde universitaire. Admettons que je travaille sur « la virgule chez Maupassant », je peux être tenté de travailler sur « le genre de la virgule chez Maupassant » ou « la virgule décoloniale chez Maupassant », car suivre une mode est encore le meilleur moyen d’exister et de se faire inviter dans des colloques. »

      « La pensée militante dispense de penser, il suffit de s’appuyer sur des certitudes indiscutables. »
      Pierre Jourde Romancier et critique littéraire

      Riches dotations. La question de l’allocation de moyens de recherche à des universitaires en manque de financements n’est sans doute pas étrangère à cette passion soudaine pour les approches décolonialeset intersectionnelles. Bernard Rougier, professeur à Paris-III, expliquait en janvier dans Le Point comment l’Union européenne favorise et finance des thèmes de recherche proches du mouvement décolonial. « Certains collègues disposent d’un budget de recherche de 1 300 euros par an pour l’ensemble de leur laboratoire… Quand ils voient arriver un appel à projet européen doté de 250 000 euros, qui prévoit que les travaux financés s’inscrivent « dans un cadre de société inclusive, écologie inclusive et études de genre », on peut difficilement leur reprocher un intérêt – même superficiel – pour ces thèmes », abonde Xavier-Laurent Salvador.

      La reconversion des syndicats étudiants dans le militantisme intersectionnel pourrait faire l’objet d’une thèse à part entière… Comme dans le monde du travail, la faiblesse de la base syndicale est inversement proportionnelle à son poids dans les instances de décision. « Que des syndicats qui ne représentent même pas 1 % de la population étudiante occupent autant de place dans la gouvernance des universités relève du scandale. Je suis favorable à ce que l’on applique la solution du « pas de vote, pas de note » ce qui aurait pour effet de redonner du poids aux modérés qui sont pourtant largement majoritaires », avance Pierre-Henri Tavoillot.

      « Pas de vagues ». Du côté des présidents d’université, la culture du « pas de vagues »semble s’être confortablement installée. Ainsi l’université Grenoble-Alpesn’a pas hésité à financer des opérations discutables comme le « mois décolonial », mais la présidence figure aux abonnés absents dès lors qu’il s’agit de s’en expliquer. Même silence du côté de la Conférence des présidents d’université (CPU), qui avait publié en février un communiqué expliquant que « « l’islamo-gauchisme » n’est pas un concept. C’est une pseudo-notion dont on chercherait en vain un commencement de définition scientifique, et qu’il conviendrait de laisser, sinon aux animateurs de CNews, plus largement, à l’extrême droite qui l’a popularisé. Utiliser leurs mots, c’est faire le lit des traditionnels procureurs prompts à condamner par principe les universitaires et les universités ».

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      « Nous vivons dans un monde où l’université a souvent une image dégradée, alors que son bilan n’est franchement pas si mauvais que ça, tempère Bruno Sire, ancien président de l’université Toulouse-1 Capitole, on ne doit pas reprocher aux présidents de vouloir défendre l’institution. » Pour lui, l’existence d’une minorité radicale dans les sciences sociales fait partie de la contingence universitaire, mais pèse sur l’institution, donnant notamment l’impression d’une institution qui dysfonctionne largement. « C’est une catastrophe parce que cela renforce indirectement l’attractivité des systèmes sélectifs des grandes écoles. Les familles veulent que leurs enfants aillent dans des structures qui tournent. Pour que l’université continue de jouer son rôle d’ascenseur social, elle ne doit pas être détournée par quelques activistes au profit de leur agenda politique. L’État doit rester garant d’un service public qui fonctionne dans le respect des valeurs de la République. » Avec ce rapport, il sera désormais difficile de faire semblant de découvrir le problème. « Face à ce constat alarmant, les membres de l’Observatoire estiment qu’il est fondamental et urgent de porter un contre-discours qui soit à la fois académiquement rigoureux et compréhensible par le grand public, et de le faire au sein d’un collectif académique officiel fédérant et protégeant les acteurs du monde universitaire qui s’opposent à ces idéologies non seulement antirépublicaines mais également génératrices de ressentiment entre groupes ethniques et matrices d’une dislocation de la nation », concluent les enquêteurs. Place au débat ?

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    • Pheldge dit :

      l’université française dans toute sa splendeur : entre soi, cooptation copinage obligé … Heureusement qu’il y a d’autres filières, avec des étudiants qui bossent pour se créer un avenir.

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    • Citoyen dit :

      Ha ha ! C’est magnifique, Annick Danjou …
      Il y a quelques temps, je faisais un commentaire sur le site de H16, à quelqu’un qui avait dévoilé ce sujet, du rapport commandé par Vidal au CNRS …, en disant que je trouvais extrêmement drôle (pour être gentil) que Vidal s’adresse au CNRS, pour produire un rapport sur l’islamo-gauchisme, alors qu’ils sont un vrai repaire de gauchistes patentés !!
      Votre commentaire apporte une réponse au-delà de toute attente … et une confirmation sans ambiguïté ! … Magistrale !!

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  5. cgn002 dit :

    Tant que les titres se feront accrocheurs à l extrême (jusqu à quel point?), il y aura des couillons pour acheter.
    Le monde ira mieux lorsqu on n achetera plus du buzz, …
    Mais pour vendre il faut préalablement cretiniser, et là il y a plein de gens dits intelligents qui s en occupent , et tant que ça marche…
    Surtout qu il suffit de ne rien faire (de bien ou de constructif) et de laisser partir à vaux l’eau….

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  6. cyril dit :

    les journaleux incultes mélangent tout, c’est cela aussi le drame français.
    j’apprends que le masque en exterieur n’est plus obligatoire, enfin !!! le gouvernement est out ! sur le banc de touche

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  7. Sganarelle dit :

    Je suppose qu’à ce titre imbécile les Allemands vont répondre par la possible revanche de 40 …
    Comparer le foot à une bataille guerrière n’a rien de surprenant , le sport a perdu depuis longtemps son image fairplay pour devenir une sorte de guérilla entre nations où les enjeux financiers sont énormes. On a les idoles qu’on mérite et quand on voit les présidents successifs tâter du ballon pour engranger des électeurs on a une idée de l’abaissement général du niveau intellectuel du pays.
    Chaque chose a sa place ou alors c’est la confusion des genres.
    Les Français sont en manque . En manque d’idéal en manque de cohésion en manque de religion et la nature a horreur du vide d’où l’irruption des veaux d’or.

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  8. Timéli dit :

    Il est certain qu’en lisant L’EQUIPE on améliore pas forcément son niveau intellectuel. Il s’agit d’un journal sportif, qui ne possède probablement pas cette ambition, et qui, pour augmenter ses ventes, estime que tous les moyens sont bons, y compris les titres racoleurs. Je me souviens de la conclusion d’un article, paru en 1962, dans un hebdomadaire sportif spécialisé dans le football, après la victoire de la France sur l’Angleterre par cinq buts à deux : la France a vengé Jeanne d’Arc. Rien que ça !!!

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    • Tracy LA ROSIÈRE dit :

      « L’Equipe », je le crois, a été un bon Journal, animé par des gens de qualité et des chroniqueurs exceptionnels tels que Blondin si il faut n’en citer qu’un seul.
      Mais l’Equipe semble avoir suivi le chemin de la « ligne Terra Nova ». Il faut reconnaître que ce n’était pas la voie la plus exigeante, d’où la prépondérance donnée au foot et des « une » consternantes de médiocrité. La question est de savoir si ce fut le bon choix car pour lire l’Equipe encore faut-il savoir lire…

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    • valukhova dit :

      @La Rosière : chez moi, c’est l’une des stations de ski préférée des familles : rando en été dans les alpages ; ski en famille l’hiver, avec descente jusqu’à La Thuile en Vallée d’Aoste, et remontée mécanique pour revenir dans l’autre sens. En hiver Col du Petit Saint Bernard fermé, évidemment, mais à ski on va de l’autre côté. Pas de barrière linguistique, les valdotains parlent français, mais l’italien reprend le dessus peu à peu, depuis qu’il n’y a plus « Mussolini »… les traces sont toujours là, mais dans les cimetières…
      Si vous passez par là, je puis vous renseigner sur beaucoup de choses.
      Bonne soirée
      Mm1873

      PS. Les pseudos, ça m’amuse et me distrait, selon les circonstances !

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  9. Zonzon dit :

    Macron fait de la lecture une grande cause nationale. On va pouvoir se remettre à lire « La Princesse de Clèves ».

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    • Sganarelle dit :

      Non Zonzon c’est une lecture sexiste pour machos décadents

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    • valukhova dit :

      Bonsoir Sganarelle, évidemment vous avez raison : la Princesse de Clèves, c’est à peu près la même chose que la Dame du Château de Loches, Agnès Sorel. Les belles dames, dans l’Histoire de France, avaient aussi du caractère, après avoir expérimenté le lit du Roi.

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  10. lugardon dit :

    Pour nous changer un peu les idées :

    https://short-edition.com/fr/auteur/valukhova

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    • valukhova dit :

      Hé ben ! ça alors je suis sidérée. Je ne me souvenais plus de Short Edition. Je fais tellement de choses comme un papillon. Mais soyez sans crainte, tout est en ordre.
      Short Edition a été créé par une petite équipe à Grenoble (je dois aller les voir, d’ailleurs), et maintenant c’est devenu une bien plus grande équipe. Et même à l’international, figurez-vous.
      C’est bien vous qui avez une connaissance ou un ancêtre au cimetière de Val d’Isère, allée G ?
      Je dois monter à Val bientôt. Pour le moment il fait trop chaud là-haut. Le ski d’été sur glacier va être de plus en plus tronqué !!!
      Bien à vous et merci de tout mon coeur. Merci à Maxime aussi de son blogue où certains se croisent dans le bon sens !
      Michèle dite Valukhova

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    • lugardon dit :

      Suis en ce moment dans une zone sans connexion internet. jfsadys.a.lugardon

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  11. jpmjpmjpm dit :

    Ce titre est évidemment épouvantable par rapport aux millions de victimes européennes du conflit de 14-18. Il n’est cependant rien comparé aux nationalismes de l’époque qui ont conduit à ces millions de victimes … Nationalismes en pleine résurgence sur fond de destruction européenne.

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  12. Janus dit :

    Il est loin le temps de Jacques Goddet ! Ce titre est débile et doit faire sourire les allemands qui nous ont battus 3 fois et qui nous ridiculisent aujourd’hui sur le terrain économique et politique. Mais en France, depuis la IIIe république on se console à peu de frais.
    Le français, miles gloriosus, reste un pantin et un pitre lorsqu’il s’agit du foutballe, sport qui m’insupporte quand je vois les gaillards qui y jouent se rouler de douleur sur la pelouse au moindre choc et qui galopent comme des lapins des que l’arbitre a sifflé. Quel exemple pour les jeunes qui regardent ces pantomimes ridicules et qui s’empressent de les imiter lorsqu’ils jouent eux-mêmes…
    Et on y voit des musculaires gagner en un an ce que d’honorables chercheurs ne gagneront pas en une vie. Le foot est une des preuves de l’inversion totale des valeurs et l’Equipe est le porte-parole de cette corruption des mœurs.
    Et pendant ce temps, on condamne très vite des politiques pour quelques deniers qui n’étaient pas rangés dans la bonne case !

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