« Suspension de facto de la démocratie parlementaire, la situation est terriblement explosive » (pour Atlantico)

Mais le Parlement est complétement marginalisé dans le processus de décision. Depuis la proclamation d’état de guerre par le chef de l’Etat et l’urgence sanitaire renouvelée à plusieurs reprises, l’autorité se concentre entre les mains du conseil de défense réunissant une poignée de dirigeants de l’exécutif qui siège à l’Elysée sous l’autorité du chef de l’Etat. Même les décisions qui suspendent les libertés (confinement, port du masque, couvre-feu) sont prises par décret. Or, les libertés relèvent en principe de la seule responsabilité du Parlement et de la loi en vertu de l’article 34 de la Constitution. Dès lors que le Parlement est dépossédé de sa compétence, il n’a aucun intérêt à se réunir pour des discussions qui ne débouchent pas sur un vote. Les parlementaires représentent la nation. Leur mission est de voter la loi, pas de s’épancher dans le vide. En refusant de siéger et de se prêter à l’opération de communication de l’exécutif, les députés commencent peut-être à montrer les limites de leur patience. Peut-être…

  • Le parlement est-il à l’heure actuelle incapable d’assumer sa mission de contrôle de l’action du gouvernement ? L’opacité des administrations a-t-elle dissuadé les députés de demander des comptes ?

Le Parlement est suspendu de facto… Il n’existe que ponctuellement comme faire-valoir de l’exécutif, et encore… La démocratie parlementaire n’est plus qu’une fiction. Le Parlement  n’exerce aucun contrôle ni sur le conseil de défense qui décide dans la plus totale opacité sans que ses réunions ne donnent lieu à des compte-rendu, ni sur les administrations centrales ou territoriales en vertu du principe de séparation des pouvoirs. A cela s’ajoute l’influence des médias et des « médecins de plateau » qui est déterminante sur les décisions de confinement ou de couvre-feu, par la pression qu’ils exercent sur l’opinion publique. Le circuit du pouvoir qui relie la puissance de feu médiatique, le conseil de défense et l’opinion publique, aisément manipulable par la peur, laisse complétement en marge le Parlement qui se présente dans le contexte actuel aux yeux des dirigeants de l’exécutif et de l’opinion comme une institution obsolète.

  • Le coronavirus a-t-il causé le délitement de l’organe législatif ou simplement accentué une tendance qui existait déjà ?

Clairement le coronavirus n’a fait que porter à sa quintessence une évolution déjà en cours. Depuis l’adoption du quinquennat en 2000, l’Assemblée nationale, élue dans la foulée des présidentielles, se trouve dans une dépendance totale envers l’Elysée. Les députés de la majorité sont les obligés du chef de l’Etat auxquels ils doivent leur élection. Ainsi, ils sont condamnés à une servilité à peu près totale. D’ailleurs, dans l’affaire de la crise sanitaire, ils se font volontiers hara-kiri en votant sans sourciller les renouvellements successifs de l’état d’urgence qui leur sont demandés par l’exécutif. Le drame vient autant du manque de caractère de la représentation nationale que des institutions. Une forme d’autocratie s’est de toute évidence substituée à la démocratie parlementaire. Les décisions (ou non décisions) viennent d’en haut et ne sont pas discutées. Le débat parlementaire sur la politique sanitaire est considéré comme une perte de temps et d’énergie. Au fond, c’est le discours de la présidence « Jupiter » qui trouve à s’appliquer dans le contexte de la crise sanitaire. Un tel dispositif lié à des circonstances exceptionnelles est concevable pour une brève période de quelques semaines. Or il s’éternise, dans l’indifférence générale…  Les fondements mêmes de la démocratie sont suspendus et le Parlement marginalisé.

  • La crise sanitaire va-t-elle déboucher sur une crise parlementaire ?

Non, sans doute pas une crise parlementaire dès lors que le Parlement, en tout cas l’Assemblée nationale, est largement annihilée. Mais une crise de société, sans aucun doute. Les colères qui ne trouvent pas à s’exprimer dans le Parlement risquent de se développer ailleurs notamment dans la rue. L’effacement de la démocratie parlementaire, aggrave la fracture entre la nation et ses dirigeants. Le Parlement sert en principe de courroie de transmission entre les élites dirigeantes et le peuple. Celle-ci a complétement disparu. Les dirigeants politiques se coupent ainsi de la nation. Leurs décisions dans cette crise sanitaire sont ressenties comme imposées d’en haut sans débat et sans concertation : elles suscitent une vague d’incompréhension. Selon une enquête Odoxa-Backbone consulting tirant le bilan d’un an de crise sanitaire, 83% des Français estiment que le gouvernement ne sait pas où il va. Une immense lassitude gagne le pays qui ne trouve plus à s’exprimer à travers ses représentants. La situation est terriblement explosive. Il ne manque que l’étincelle.

MT

 

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

34 commentaires pour « Suspension de facto de la démocratie parlementaire, la situation est terriblement explosive » (pour Atlantico)

  1. Coucou dit :

    Bonjour à vous tous. Face à l’info, Michel Onfray et Eric Zemmour

    J'aime

  2. artofuss dit :

    Bonjour maxime. Mon commentaire va-t-il rester encore longtemps « en attente de modération » ?…

    J'aime

  3. Janus dit :

    Et parmi ces médiocres détenteurs du pouvoir aujourd’hui, les pires sont les traitres LR : https://lecourrierdesstrateges.fr/2021/03/25/entrepreneurs-votre-devoir-moral-sera-bientot-de-quitter-ce-pays/

    J'aime

    • Citoyen dit :

      Voila un article extrêmement clair, Janus, où Éric Verhaeghe expose sans détour le délire des malades qui ont la prétention de gouverner le pays, en vivant grassement dessus … Et à ce jeu le Bruno de Bercy montre sa véritable nature …, qui n’étonne en rien, puisqu’il est allé faire allégeance au micron … C’est juste une confirmation …
      Il va bien arriver un moment, où les français vont devoir se prendre en main pour envisager un grand nettoyage de printemps, permettant de se débarrasser de toute la pourriture avant qu’elle ne les submerge …

      Aimé par 1 personne

    • Pheldge dit :

      « les français vont devoir se prendre en main … » c’était déjà pas gagné, avant, mais la distribution de pognon gratuit -aides, chômage partiels – n’a rien arrangé. Pour se prendre en main, il faut non seulement en avoir envie, mais surtout en être capable. Pensez au toxico, ou à l’alcoolo, qui tous les matins se dit « c’est bon, aujourd’hui, j’arrête ! » et puis qui replonge.

      J'aime

    • Citoyen dit :

      Hé hé, Pheldge, la dernière phrase donne l’impression de détention d’une expertise dans le domaine …, qui sentirait presque le vécu !…
      Désolé, c’était tentant …

      J'aime

    • Pheldge dit :

      oui, … et non ! 😉

      J'aime

  4. EQUALIZER dit :

    vivement l’ iskra !

    J'aime

  5. Sganarelle dit :

    Merci monsieur Tandonnet
    Pour abonder dans ce sens le face à face Zemmour Onfray de ce soir vendredi entre entièrement dans le sujet de la perte de la démocratie et de notre déclin.
    ( voir l’enregistrement de ce « face à l’info)
    Lorsque deux intervenants partagent la même culture et la même courtoisie les écouter est un régal.

    Aimé par 3 personnes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.