Lecture: Les grandes erreurs de la seconde guerre mondiale, sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka, Perrin, octobre 2020.

« Les grandes erreurs de la seconde guerre mondiale » aborde les années 1939-1945 sous un angle inattendu: celui des grandes erreurs politiques, diplomatiques et militaires qui ont marqué l’histoire de ce conflit. Le résultat est fascinant. L’ouvrage, réalisé par 12 auteurs sous la direction de deux spécialistes de cette époque, Jean Lopez et Olivier Wieviorka nous fait redécouvrir l’apocalypse à travers les fautes majeures, commises dans un camp ou dans l’autre.

L’ouvrage débute par un rappel des reculades des démocraties face à la montée de l’Allemagne nationale-socialiste à partir de 1934: réarmement de la Rhénanie en mars 1936, l’Anschluss et Munich en 1938 . « L’apaisement, une erreur » Que d’occasions ratées d’interrompre la course folle de la planète vers la grande déflagration. La politique d’accommodation avec les nazis, dans les années 1930, fut l’une des pires erreurs de jugement de la classe dirigeante de l’histoire du XXe siècle,, en tout cas celle aux conséquences les plus désastreuses.

Il lève le mystère sur le  débarquement de Dieppe le 8 septembre 1942. 6700 Canadiens et Britannique tentent ainsi un débarquement éclair destiné à prendre les Allemands par surprise.  Après des succès initiaux l’ennemi se ressaisi. Le fiasco est complet et le taux de perte de 60% (prisonniers et tués). Longtemps le mystère a régné sur l’origine de cette intervention suicide: avant tout, une opération commando destinée à s’emparer d’une machine à crypter les communications avec les sous-marins (Enigma).

Le livre fourmille de révélations, d’analyses passionnantes. Sa lecture mène de surprise en surprise. L’opération Torch, le débarquement américain en Afrique du Nord, le 9 novembre 1942, était selon M. Wieviorkia d’une opportunité discutable. Exigé par Churchill pour apaiser la pression sur les forces britanniques combattant dans le désert libyen, cette intervention a peut-être eu pour effet de retarder d’un an le débarquement en Normandie, donc la Libération de la France. Or, en 1943,  le mur de l’Atlantique n’était pas achevé et les défenses allemandes, comme le démontre l’historien, moins puissantes qu’en juin 1944.

« La surprise de Barbarossa » raconte la chute de Staline dans la paranoïa au moment de l’attaque allemande du 20 juin 1941, envoûté par ses relations cordiales avec l’Allemagne hitlérienne, il sombre dans le déni de réalité, menace les généraux et dirigeants soviétiques qui lui apportent la nouvelle de l’invasion, refuse de les croire, donne des ordres de ne pas réagir à ce qu’il croit être une provocation.

A l’inverse, Jean Lopez fait le récit des errements d’Hitler et de ses généraux, dès juillet 1942 entre la prise symbolique de Stalingrad et celle de Bakou et ses champs pétrolifères. L’indécision, les volte-face, les choix contradictoires, l’incohérence de la stratégie suivie conduisent à la destruction des 250 000 hommes de la VIe armée de Von Paulus pendant l’hiver 1942-1943 et ouvrent la voie à l’échec de l’Allemagne hitlérienne.

Les autres chapitres concernent l’invasion de la Chine; l’alliance d’Hitler avec l’Italie; la manœuvre Dyle-Breda (l’offensive franco-britanique par la Belgique ouvrant la voie à la percée des Ardennes); l’arrêt des Panzer devant Dunkerque (une erreur irréparable de Hitler?); l’intervention italienne en Grèce; ne pas capturer Malte; la défense de Singapour; Midway, la mauvaise bataille au mauvais endroit; Hitler et le Moyen-Orient; le bombardement de Monte-Cassino; le bombardement stratégique (anglo-américain sur l’Allemagne); la capitulation inconditionnelle, erreur évitable ou préalable indispensable à la victoire alliée; l’échec de l’insurrection de Varsovie; « Marquet Garden » septembre 1944, les dessous d’un magnifique désastre. »

Tous les chapitres sont plus passionnants les uns que les autres, racontés comme un récit d’aventure et fourmillant de découvertes et de surprises. Les auteurs soulèvent en général davantage de questions et ouvrent davantage de débats qu’ils n’apportent de solutions définitives. Un livre essentiel pour les amateurs d’histoire de la Deuxième guerre mondiale.

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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15 commentaires pour Lecture: Les grandes erreurs de la seconde guerre mondiale, sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka, Perrin, octobre 2020.

  1. there dit :

    Pour ceux qui aiment l’histoire et cette période je recommande « Hammerstein ou L’intransigeance » de Hans Magnus Enzensberger . «La peur n’est pas une vision du monde». C’est par ces mots qu’en 1933, Kurt von Hammerstein, chef d’état-major général de la Reichswehr, résolut de tourner le dos à l’Allemagne nouvelle, et à Hitler devenu chancelier. Issu d’une très ancienne lignée d’aristocrates prussiens, Hammerstein méprisa profondément l’hystérie funeste où s’engageait son pays. On voulut ignorer son avertissement, et c’est en vain que le général, de complots en dissidences, tenta de freiner le désastre. Jusqu’à sa mort en 1943, Hammerstein aura préservé son indépendance, raidi dans une intransigeance devenue héroïque. Ses sept enfants eurent eux aussi des destins singuliers, prenant parti, contre tout réflexe de classe, pour la résistance intérieure.
    Le livre du grand écrivain allemand Hans Magnus Enzensberger n’est une biographie qu’en apparence. Car il s’agit d’ «une histoire allemande», un récit tissant par mille moyens divers les destins individuels et le devenir collectif.

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  2. Coucou dit :

    Bonsoir à vous tous, pour Mildred,

    LA Suisse est le deuxième pays le plus riche du monde. Or elle ne possède aucune matière première. Sa matière première, c’est l’argent des autres, constate Jean Ziegler dans son réquisitoire cinglant contre les banquiers suisses et leurs acolytes politiques (1). Sans leur aide financière, les assassins nazis auraient été acculés à abandonner la guerre dès 1942, affirme le sociologue et député socialiste genevois. La Suisse, pays neutre et terre d’accueil ? Nullement. En verrouillant ses frontières en 1942 — alors qu’à cette date il connaissait l’existence des chambres à gaz —, le gouvernement suisse a livré des milliers de juifs à une mort certaine. Il a été en fait un partenaire actif et silencieux au service des bourreaux nazis. Non par idéologie raciste, mais par pure vénalité.

    (1) Jean Ziegler, La Suisse, l’Or et les Morts, Edition du Seuil, mars 1997, 320 p., 120 F.

    https://www.monde-diplomatique.fr/1997/06/PATZOLD/4772

    https://www.letudiant.fr/boite-a-docs/document/seconde-guerre-mondiale-la-suisse-pendant-la-seconde-guerre-mondaile-1840.html

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Suisse_pendant_la_Seconde_Guerre_mondiale

    Cliquer pour accéder à discours_socie_te__1b.pdf

    Cliquer pour accéder à 1_TerziC.pdf

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    • Mildred dit :

      Merci Coucou !
      Pour une fois et grâce à vous, des lecteurs français auront à lire sur les turpitudes de la Suisse. Cela les changera, eux à qui donne toujours les Suisses en exemple, pendant qu’on exige d’eux, et tous les quatre matins, repentance sur repentance !

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  3. xc dit :

    Dieppe pour s’emparer d’une « Enigma » me semble une idée bizarre.
    Sachant qu’une telle machine était aux mains de l’ennemi, les Allemands pouvaient modifier les paramètres de chiffrements (je n’entre pas dans les détails) pour les messages à venir, ou modifier la machine, comme ils l’ont fait plus tard.
    Mais surtout, les chiffreurs avaient consigne de détruire par tous les moyens leur machine s’ils ne pouvaient la mettre en sécurité. Aussi soudaine qu’ait pu être l’attaque, elle leur laissait le temps de prendre leurs dispositions. Si tel était bien le but de ce débarquement, il était voué à l’échec.
    Plus tard, les Britanniques ou les Américains, je ne sais plus,se sont emparés d’une Enigma et des documents allant avec à bord d’un sous-marin qui n’avait pas coulé. La raison pour laquelle le tout n’a pas été détruit avant reste un mystère.

    La guerre en Afrique du nord: Il fallait empêcher Rommel de s’emparer du Canal de Suez, ce qui aurait privé les Britanniques du pétrole du Moyen-Orient au profit des Allemands et les aurait coupé de leurs colonies. Il fallait parer à l’urgence.

    Mais je n’ai pas lu le livre. Peut-être contient-il toutes les explications voulues ?

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  4. Arnaud dit :

    Jean Lopez, un des meilleurs historiens sinon le meilleur sur l’histoire de la 2GM et surtout sa capacité extraordinaire à raconter les faits rien que les faits. Lire aussi sa biographie de Joukov. Merci pour votre article sur le sujet.

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  5. Furax dit :

    On lira aussi avec grand profit le livre d’Eric Branca (chez Perrin) de 2017 : L’AMI AMERICAIN, qui explique l’action du général De Gaulle au service de la France.Un aperçu ci-après en lien, ce livre vous ne le regretterez pas!

    https://books.google.fr/books/about/L_ami_am%C3%A9ricain.html?id=5hwwDwAAQBAJ&printsec=frontcover&source=kp_read_button&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

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  6. Mildred dit :

    ,Monsieur Tandonnet,
    Je serais curieuse de savoir si un chapitre aura aussi été consacré au rôle trouble et ambivalent joué par la Suisse – et par ses banquiers – pendant la Seconde Guerre mondiale ?

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  7. Gribouille dit :

    Lopez, historien militaire donc un peu bourrin.
    Wieviorka, historien socialiste donc auquel il convient d’appliquer la maxime : timeo danaos et dona ferentes.

    « La politique d’accommodation avec les nazis, dans les années 1930, fut l’une des pires erreurs de jugement de la classe dirigeante de l’histoire du XXe siècle,, en tout cas celle aux conséquences les plus désastreuses. »

    Attendons de voir les conséquences ultimes de la politique néolibérale (Reagan/Thatcher) et du libre-échange avec la Chine…

    « Jean Lopez fait le récit des errements d’Hitler et de ses généraux, dès juillet 1942 entre la prise symbolique de Stalingrad et celle de Bakou et ses champs pétrolifères. »

    Sur une carte, la prise de Stalingrad semble pourtant nécessaire (et non symbolique) aux Allemands pour pouvoir aller vers Bakou sans risquer de se faire encercler ?

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  8. Trigwen dit :

    Moi qui suis un passionné d’Histoire, il y a de très fortes chances que je m’achète ce livre qui semble passionnant.

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  9. Philippe Dubois dit :

    Bonsoir Maxime

    Sur le même sujet, j’ai lu récemment « Choix fatidiques – Dix décisions qui ont changé le monde 1940-1941 » de Ian Kershaw.

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