Le nouveau monde ou l’abêtissement politique

« Nouveau monde » ou « monde d’après », il est utile de se pencher sur la réalité de la vie politique aujourd’hui en France. Elle est dominée par un abêtissement général, perceptible autour d’une dizaine de paramètres:

  • La fin de l’engagement  : les partis politiques supposés, selon la Constitution concourir « à l’exercice de la démocratie », sont en voie de disparition. La dernière enquête CEVIPOF d’avril 2020 sur l’état d’esprit des Français (vague 11bis), montre qu’ils sont devenus l’institution la plus impopulaire (11% de confiance). Les taux d’adhésion s’effondrent. Or, les partis politiques servaient classiquement à faire émerger les projets et à désigner les futurs responsables politiques. Par quoi ont-ils été remplacés?
  • La courtisanerie: elle se distingue de l’engagement par sa motivation: l’intérêt carriériste, la vanité ou simplement l’éblouissement puéril. Notre époque n’a rien à envier à celle de Saint-Simon. Courtisans et lèche-bottes prolifèrent autour du prince, obsédés, au mépris de toute dignité, par leur seule place au soleil.
  • L’incarnation : le sujet essentiel qui domine tout le reste est celle de l »incarnation. La formule est sur toutes les lèvres: « qui pour incarner? » La politique est avant tout affaire d’émotion et d’affect, se limitant au choix d’une idole, un gourou, une vedette médiatique dont la mission est « d’incarner ». Incarner quoi? La question ne se pose même pas, ou à peine. Le chef est une fin en soi, l’incarnation du rêve et de l’illusion à laquelle chaque citoyen est invité à se soumettre. Ce phénomène est le plus symptomatique du climat d’asservissement général.
  • Le grand spectacle: la vie politique a vocation à se muter en spectacle déconnecté de la réalité où s’ébattent des acteurs, des artistes de l’illusion. Faute d’agir sur le monde des réalités et de gouverner, ils se livrent à une surenchère d’annonces spectaculaires, de coups de communication, de slogans et de paroles creuses, de coups de menton, de provocations censées remplir le vide laissé par leur démission. Il n’est pas d’aveu plus évident de l’impuissance et du renoncement politique que les gesticulations d’un fanfaron.
  • La déconnexion: le triomphe du grand guignol  est le signe de l’affaiblissement des courroies de transmission entre le politique et la société. Sur la dette publique, l’évolution des prélèvements obligatoires, la désindustrialisation,  la maîtrise des frontières, la poussée de la violence et de la barbarie, l’effondrement scolaire, l’autorité publique a largement intériorisé le sentiment de l’impuissance publique et de la perte de ses leviers d’action.
  • La post démocratie: le qualificatif de démocratie appliqué à la nation moderne est au cœur de la duperie. Il est admis une fois pour toute que l’élection se résume à une sorte de fête des illusions. Ce que pense le peuple n’a pas la moindre esquisse d’importance. L’avenir se prépare sans lui et en dehors de lui. Il est conçu par des forces et des individus prétendument détenteurs de la vérité, sur l’ Europe, les frontières, la sécurité, la morale, les impôts et la dette publique, l’éducation nationale, c’est-à-dire les grands sujets de l’époque.
  • L’extrémisme ou démagogie:  le néant des idées et des projets n’est en rien synonyme de tolérance, de concorde et de sagesse. C’est le contraire qui se produit. La nature ayant horreur du vide, le nihilisme se traduit par une fuite en avant dans la radicalisation et le sectarisme. Dès lors que le réel n’a plus la moindre importance, la politique devient surenchère de promesses démagogiques nonobstant les conséquences (sortie du nucléaire, revenu universel) et d’affrontement hargneux et sectaires entre fauves hystériques.
  • Le triomphe de l’indifférence: ce grand cinéma ou numéro d’illusionnisme se déroule sur fond d’indifférence générale. L’abstentionnisme (54% aux dernières législatives) est un mouvement de fond qui ne cesse de s’amplifier. La métamorphose de la vie politique en grand spectacle nihiliste pourrait susciter l’indignation et la révolte. Or ce phénomène n’est que sporadique et marginal. Le sentiment dominant est au repli individuel. Le destin collectif s’efface au profit de la quête d’une survie et la chute vertigineuse de la France, comme un radeau en perdition que le torrent entraîne vers le précipice, n’est pas la préoccupation des Français dans leur majorité.
  • L’irresponsabilité: l’indifférence générale est la porte ouverte à toutes les dérives et tous les abus. Les dirigeants peuvent faire absolument n’importe quoi aujourd’hui –  clanisme, copinage, corruption avérée, mensonges, contradictions, fautes monstrueuses aux conséquences tragiques, insultes contre la nation, trahison – les mécanismes de mise en jeu de leur responsabilité (politique, judiciaires) et de sanction sont comme neutralisés. Tout est possible et rien ne semble devoir les arrêter.
  • La culture de médiocrité: dans ce monde nouveau disparaissent les références historiques et intellectuelles. Il en faudrait sans doute peu pour démontrer la vanité, l’absurdité et la dangerosité du grand cirque. Mais elles ont disparu. L’éclat de voix  d’un footballeur, d’un présentateur de télévision d’une actrice de cinéma ou de n’importe quel pitre n’ayant jamais lu un livre vaut plus que la parole d’un écrivain du XXe siècle et n’importe quel tweet méchant écrase d’un coup de talon la pensée de Péguy ou de  Bergson. Sur ce terreau de médiocrité s’enracine le nouveau monde décrit ci-dessus.

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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68 commentaires pour Le nouveau monde ou l’abêtissement politique

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  3. Sganarelle dit :

    Le gouvernement utilise avec succès une pandémie dont il ignore tout . Avec succès parce que nous sommes le troupeau qui attendons tout du berger. Nous sommes conditionnés pour nous plier aux lois ( plus ou moins bien) et pour croire qu’un chef possède toutes les clés de notre salut.
    Actuellement le gouvernement remue du vent et en vérité on a l’impression qu’il gagne du temps , mais voilà que le temps passe vite et les événements se précipitent de telle sorte que le peuple mesure son impuissance et son incurie. Le gouvernement n’encadre plus ce peuple qui lui glisse entre les doigts , c’est l’ensauvagement la pagaille des consignes sanitaires les milliards dépensés en rêve et les discours fumeux qui ne résolvent rien.. et le virus autorise tout parce que nous attendons tout de l’Etat Providence.
    Tout le monde fait ce constat d’échec mais tout le monde continue à attendre le messie.
    Je crains que le prochain vote soit le coup de pied dans la fourmilière.

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  4. Papi 2.0 dit :

    J’aimerais bien que les femmes et les hommes engagés en politique et candidats viennent vers nous sans promesses inutiles et en sachant se garder de nous dire ce que nous avons envie d’entendre.

    J’aimerais qu’ils nous accompagnent dans nos vies de tous les jours et ne s’intéressent pas à nous le temps d’une élection.

    J’aimerais qu’ils nous rencontrent pour de vrai et pas à travers les filtres médiatiques et qu’ils nous entendent.

    J’aimerais qu’ils ne s’excluent pas du vrai monde, de la vraie vie, qu’ils ne s’enferment pas dans leur tour d’ivoire.

    J’aimerais qu’ils nous regardent avec bienveillance, j’en ai assez d’être pris pour un veau, un imbécile, un mou, un lâche qui comprend rien au monde dans lequel il vit.

    Les cinq dernières années de sa vie ma mère ne veut plus aller voter. Une seule fois je lui ai demandé pourquoi et elle m’a répondu « Pose-toi la question! »

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    • Pheldge dit :

      Voici l’analyse, hélas pleine de bon sens de feu George Frèche « Des gens intelligents, il y en a 5 à 6 %, il y en a 3 % avec moi et 3 % contre, je change rien du tout. Donc je fais campagne auprès des cons et là je ramasse des voix en masse. » également « Les cons sont majoritaires, et moi j’ai toujours été élu par une majorité de cons et ça continue parce que je sais comment les engrener ».
      N’oubliez pas que les hommes qui nous gouvernent sont élus, donc la responsabilité du choix de la médiocrité incombe aux électeurs !

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    • Philippe Dubois dit :

      Bonjour Maxime
      @ Papi 2.0
      « J’aimerais qu’ils nous accompagnent dans nos vies de tous les jours »

      Euh non, surtout pas !
      J’aimerais au contraire qu’ils me foutent la paix et qu’ils me laisse vivre sans vouloir s’immiscer de plus en plus dans ma vie en se mêlant de ce que je dois manger, de comment je dois ranger ma chambre, etc…

      J’aimerais surtout qu’ils s’occupent vraiment de leur vrai boulot : éviter les malheurs publics.

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    • Papi 2.0 dit :

      @Pheldge, je connaissais effectivement ce point de vue de Georges Frèche. Je me souviens très bien aussi d’une altercation avec des harkis un jour de monument aux morts. Il n’y était pas allé avec le dos de la cuillère. Je me souviens surtout d’une émission de France Culture une nuit d’il y a bien longtemps où il s’exprimait librement sur l’Histoire de France depuis la révolution française. C’était brillantissime et je comprenais ce qu’il disait. Mais je suis toujours resté à distance de lui.

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    • Papi 2.0 dit :

      @Philippe Dubois, « comment je dois ranger ma chambre », interne avant Mai 68 combien de fois j’ai été collé le dimanche et le jeudi pour diverses raisons dont mon manque de discipline pour les actes du quotidien en internat. J’adorais en fait rester au Lycée et ne pas rentrer chez mes parents. Je ne sais toujours pas ranger ma chambre. 🙂

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    • Papi 2.0 dit :

      @Philippe Dubois, votre remarque est justifiée et bien fondée. Mon commentaire est « faussé » par le fait que dans ma vie familiale, professionnelle et associative j’ai été en contact proche plusieurs fois avec des élus municipaux, départementaux, régionaux, des députés, des sénateurs, trois ministres en activité, deux anciens ministres, certains de gauches, certains de droite. Ils n’avaient pas peur d’aller au contact direct et de nous « accompagner » dans nos activités professionnelles et associatives. Je pense qu’il doit bien exister encore de nos jours des personnes qui fonctionnent ainsi même si j’ai actuellement quelques contre exemples en tête.

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  5. François dit :

    Bon, mais à part vous indignez, vous proposez quoi de concret ?

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    • François, pourquoi « indigner », je dis les choses comme je les pense, c’est tout.
      MT

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    • Pierre-Jean dit :

      @Maxime,
      François se demandait simplement quelle issue politique concrète et tangible, et non pas une perpective par trop abstraite et théorique, avait votre faveur, à part aller à la pêche un certain dimanche en 2022.

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  6. Philippe dit :

    Bonjour à tous
    Comment soumettre un peuple ?
    La terreur, la crainte et la peur sont les alliés d’un état totalitaire.
    1. Annoncer des chiffres alarmistes tous les soirs en faisant croire que vous allez mourir,
    2. Laisser la délinquance et la violence proliférer
    3. Envoyer des forces de l’ordre pour verbaliser à tour de bras ou tabasser les gens honnêtes
    4. Faire une propagande tapageuse avec la complicité des médias
    5. Remettre en cause et effacer des pans entiers de l’histoire
    6. Imposer le culte de la bien pensance et de la pensée unique
    7. Criminaliser la pensée, la parole divergente et le libre arbitre,
    8. Diviser et communautariser le peuple
    9. Favoriser et encourager la délation
    10. Faire croire que vous seul (Macron) possédez la seule et unique vérité pour le bien commun

    Voilà les ingrédients employés par la Macronie, et le peuple se soumet avec docilité

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  7. nicolasbonnal dit :

    Le plus honnête c’est lui

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  8. E Marquet dit :

    Votre constat est amer mais bien réel. Toutefois, cette décomposition dont beaucoup de nos concitoyens ne prennent conscience qu’aujourd’hui, a commencé il y a bien longtemps. En France, cette décomposition est telle qu’elle semble irréversible, et je ne peux m’empêcher de penser qu’elle a été volontairement initiée par une frange élitaire de politiques, universitaires et décideurs de tout poil, pour qui le progressisme ne peut advenir qu’après la ruine totale d’un « ancien monde » qui pourtant nous a façonnés siècle après siècle.
    Idéologie, manque de vision, cynisme, ou pure bêtise, je ne saurais dire, mais il est certain que nous vivons, après plusieurs signes avant-coureur, la fin d’un monde, et que les quelques voix qui s’élèvent auront bien du mal à se faire entendre, et à faire admettre qu’on ne construit rien de solide en supprimant les fondations.

    Aimé par 2 personnes

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