Lâcheté ordinaire

La législation permet, d’ores et déjà, de pratiquer une « interruption médicale de grossesse » jusqu’à l’accouchement, en cas de péril pour la mère [une situation évidemment distincte de l’IVG, autorisée jusqu’à la douzième semaine de grossesse]. Entre deux vies, celle de la mère et celle de l’enfant à naître, juste avant la naissance, la loi autorise ainsi à sacrifier la seconde pour sauver la première. Toutefois, un amendement présenté par des députés socialistes et LREM, dans le cadre de la discussion actuelle autour du projet de loi  bioéthique, chamboule l’équilibre ainsi défini en étendant la notion de péril à « une détresse psycho-sociale ». Cette extension soulève d’infinies questions. Qui est habilité à définir la notion de détresse psycho sociale, éminemment subjective? La menace d’un suicide de la mère, par exemple, autorise-t-elle à tuer l’enfant à naître? Oui, de toute évidence, selon ce texte. Mais quelle différence fondamentale existe-t-il entre un enfant, un quart d’heure avant la naissance et un quart d’heure après? L’être est parfaitement constitué au moment de la naissance et en interaction avec sa mère – comme le savent tous les parents. Le droit de mettre fin à son existence, pour des raisons de détresse de la mère, se justifierait-il par l’absence d’une conscience apparente? Mais alors, il en est exactement de même pour l’enfant né depuis quelques heures, voire, depuis un ou deux mois! Bref, tout en évitant les grands mots et comparaisons historiques, comment ne pas  constater que le rapport à la civilisation et au respect de la vie humaine et de l’enfance est en jeu  dans ce débat? Or, à quel phénomène assistons-nous jusqu’à présent? Un silence assourdissant, total, obtus, de la classe politique sur le sujet, dans son ensemble, de l’extrême gauche à l’extrême droite, des religions, autorités morales et de tous les intellectuels ou supposés tels. Pourquoi? Inconscience, désinvolture, détachement, dans la torpeur d’août? Non, ils sont parfaitement au courant, comme nous. Triomphe de la lâcheté, de la couardise: terrorisés à l’idée de passer pour des réactionnaires ou conservateurs, ils se taisent et la tête dans le sable, comme des autruches, font semblant de n’avoir rien vu. C’est la lâcheté, comme bien souvent, qui nous perdra.

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

55 commentaires pour Lâcheté ordinaire

  1. IRIS dit :

    Bonjour,
    Si vous repassez par là, voici deux sites qui évoquent cette maudite loi sur la Bioéthique…On ne nous avait pas tout dit !
    http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200801-bioethique.html
    https://michelviot.wordpress.com/2020/08/06/thermidor/#more-1179

    J'aime

  2. Passim dit :

    Cette disposition laisse sans voix… Les nouveaux monstres dépassent en ignominie tout ce qu’il était possible d’imaginer.
    Mais après avoir eu le souffle coupé, il faut retrouver l’usage, non seulement de nos cordes vocales, mais bien davantage. Le peuple français est en état de légitime défense, et doit le montrer.

    J'aime

  3. Coucou dit :

    Bonjour, pauvre Liban,

    J'aime

  4. cgn002 dit :

    Mais que font les instances supra-nationales pour empêcher la dérive d un pays en perdition ?
    En espérant une réaction interne d abord (Sénat, etc)
    L Europe peut être elle accepter un projet aussi monstrueux ?
    Ce qui est certain c est qu une consultation de tous les peuples (non manipulés) de la planete s opposerait à une telle dérive législative…
    Les autorités médicales devraient réagir vigoureusement…devant l’aspect de la mise en application, en tous cas…

    J'aime

  5. cyril dit :

    concernant l’interruption medicale de la grossesse, on dirait que beaucoup de députés sont indifférents ! beaucoup sont incompétents malheureusement.
    Je viens de voir la valse des préfets suite au conseil des ministres du 29 juillet, E.Macron promeut des jeunes conseillers proches qui lui ont rendu des services, on peut devenir préfet comme ça ! bravo la république du piston, ça me dégoûte.

    Aimé par 1 personne

    • cyril, d’où l’intérêt d’une sélection des hauts fonctionnaires par concours de type ENA.
      MT

      Aimé par 1 personne

    • Pheldge dit :

      @ MT, sélection oui, mais pas une filière unique comme actuellement Sc Po +ENA. Je veux bien que la gestion administrative demande un minimum de connaissances de l’organisation, mais c’est à la portée de nombreux diplômés autres que les énarques.
      Et d’ailleurs, comment faisait-on avant guerre, avant l’ENA ? il y avait différentes filières, des concours, spécifiques, et des recrutements sur titres, et 1/ ça ne marchait pas plus mal, 2/ il y avait une diversité de pensée, et de vues qui n’existe plus aujourd’hui.
      @ Cyril : je suis étonné, je suis allé regarder la liste, et je n’ai pas particulièrement trouvé de « pistonnés », j’ai vu le jeu de chaises musicales entre préfets, des nominations de hauts fonctionnaires (administrateurs généraux, hors classes …). Ai-je mal lu ?
      Le piston c’est de promouvoir quelqu’un sans références, titres, ni grande expérience. Là je n’en vois pas.

      Aimé par 1 personne

    • Gribouille dit :

      « cyril, d’où l’intérêt d’une sélection des hauts fonctionnaires par concours de type ENA.
      MT »

      C’est une affirmation paradoxale : en pratique, les énarques ont eu pour politique, depuis 30 ans, de démanteler l’influence des autres corps de hauts fonctionnaires, de formation scientifique. Donc, également, la sélection par concours de ceux qui décident de l’avenir du pays.

      Privatisation, décentralisation, ont été les instruments de cette politique. Et en pratique, elle ne fonctionne pas : les hauts fonctionnaires de formation scientifique sont moins influents, et l’industrie fout le camp (soit parce qu’elle est rachetée, soit parce qu’elle n’est pas créée).
      En tout cas, cela a indéniablement été une politique libérale, puisqu’elle retire l’Etat du contrôle de l’économie.
      La France est plus libérale à présent sur ce point qu’elle ne l’était en 1990, et chacun peut constater que cela correspond à une nette dégradation de la situation.

      Pour faire simple, ce sont ceux qui ont été orientés en filière B qui ont fini par avoir le dessus.
      Chacun sait que cela implique des capacités d’abstraction plus faibles, compensées par un goût pour l’intrigue et les réformes imposées aux autres plus fort (il y a eu aussi quelques orientés en filière C, comme Macron, mais qui mériteraient d’être proclamés B d’honneur pour l’ensemble de leur oeuvre).

      J'aime

  6. Simon dit :

    Bonsoir Philippe,
    Vous avez tout à fait raison de souligner que les enfants hors mariage n’étaient pas bien accueillis, encore plus peut-être de la part de gens souvent croyants ! Notre regard devrait être accueillant envers ces enfants qui n’ont rien demandé. Cependant aujourd’hui, l’individualisme me paraît porté à son comble, qu’une femme puisse envisager de supprimer son enfant sous le prétexte de détresse psychosociale, me laisse interdite. Que des politiques puissent envisager une telle loi m’épouvante. Qui va porter la responsabilité de tuer un enfant sain, par quelle méthode ? Le médecin, la sage-femme ? Et nos hommes politiques s’en laveront les mains, intouchables. Des femmes se félicitent d’une telle « avancée », comme si l’enfant à venir était une tumeur, quelque chose dont on peut se débarrasser comme d’un inconvénient. Il m’est arrivé d’entendre des femmes qui n’ont accepté un temps bref d’être enceinte que pour voir qu’elles étaient capables de l’être.

    Aimé par 1 personne

    • Passim dit :

      Une telle décision est peut-être encore plus effrayante pour l’athée que je suis. Le seule éthique à laquelle l’incroyant puisse s’accrocher, et solidement, est celle de la Vie. La suppression d’une vie, et d’une vie innocente, est la négation de la vie. On a envie de croire à l’enfer, quand on voit de quoi sont capables certains.

      J'aime

    • passim, et surtout, le gigantesque couvercle de lâcheté, de conformisme, de complaisance…
      MT

      J'aime

  7. IRIS dit :

    Bonsoir M. Tandonnet ,
    […Inconscience, désinvolture, détachement, dans la torpeur d’août?… ]
    Vous faites une injustice à ceux qui comme Mme Annie Genevard ont bataillé à l’Assemblée Nationale contre cette loi PMA, les embryons chimériques,PMA postmortem, le DPIA.
    Ainsi que François-Xavier Bellamy: qui a publié une tribune dans le figaro  »Bioéthique, une fuite en avant irresponsable ». D’autres personnalités ce sont aussi exprimés sur le sujet dans différents médias…
    https://www.lefigaro.fr/vox/societe/francois-xavier-bellamy-bioethique-l-acceleration-incomprehensible-20200727
    Hélas , il est à craindre que cette loi ne soit que l’arbre qui cache la forêt. Lire le rapport de M. Touraine sidérant pour moi. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises !
    .https://transhumanistes.com/comparaison-rapport-touraine-volonte-aft-projet-de-loi-de-bioethique/
    https://transhumanistes.com/page/3/

    Aimé par 1 personne

    • IRIS, oui, il y en a quelques uns mais pas nombreux, en tout cas sur cette question de la détresse sociale autorisant à tuer juste avant la naissance, aussi stupéfiant que cela soit, je n’ai rien vu ni rien entendu.
      MT

      J'aime

    • IRIS dit :

      M. Tandonnet , concernant l’amendement sur la détresse psycho-sociale , l’explication serait qu’il n’aie pas été discuté en amont et qu’il aurait été soumis au vote en fin de session ( en pleine nuit).
      Brigitte KUSTER 27 juil.
      #directAN discussion de la #loi #bioéthique,reprise de la séance, la majorité gouvernementale est absente de l’hémicycle! Explication:retenue par un cocktail ds 1 ministère avec @EmmanuelMacron
      ! #inadmissible et on ns fait siéger en urgence!! De qui se moque t’on? #mepris!
      Annie Genevard 28 juil. 2020
      Je veux inscrire l’intérêt supérieur de l’enfant dans l’intitulé du titre 1er du #PJLBioethique car ce doit être notre boussole. La majorité a clairement dit qu’elle rejetterait tous les amendements évoquant l’intérêt supérieur de l’enfant !
      Sur : http://www.koztoujours.fr/
      Un article édifiant : Mon opinion en liberté conditionnelle

      J'aime

  8. Coucou dit :

    Bonjour,

    Encyclique : L’Evangile de la vie, Jean Paul 2

    4. Malheureusement, ce panorama inquiétant, loin de se rétrécir, va plutôt en s’élargissant: avec les nouvelles perspectives ouvertes par le progrès scientifique et technique, on voit naître de nouvelles formes d’attentats à la dignité de l’être humain. En même temps, se dessine et se met en place une nouvelle situation culturelle qui donne aux crimes contre la vie un aspect inédit et — si cela se peut — encore plus injuste, ce qui suscite d’autres graves préoccupations: de larges couches de l’opinion publique justifient certains crimes contre la vie au nom des droits de la liberté individuelle, et, à partir de ce présupposé, elles prétendent avoir non seulement l’impunité, mais même l’autorisation de la part de l’Etat, afin de les pratiquer dans une liberté absolue et, plus encore, avec l’intervention gratuite des services de santé.
    Tout cela provoque un profond changement dans la façon de considérer la vie et les relations entre les hommes. Le fait que les législations de nombreux pays, s’éloignant le cas échéant des principes mêmes qui fondent leurs Constitutions, aient accepté de ne pas punir ou, plus encore, de reconnaître la légitimité totale de ces pratiques contre la vie est tout à la fois un symptôme préoccupant et une cause non négligeable d’un grave effondrement moral: des choix considérés jadis par tous comme criminels et refusés par le sens moral commun deviennent peu à peu socialement respectables. La médecine elle-même, qui a pour vocation de défendre et de soigner la vie humaine, se prête toujours plus largement dans certains secteurs à la réalisation de ces actes contre la personne; ce faisant, elle défigure son visage, se met en contradiction avec elle-même et blesse la dignité de ceux qui l’exercent. Dans un tel contexte culturel et légal, même les graves problèmes démographiques, sociaux ou familiaux, qui pèsent sur de nombreux peuples du monde et qui exigent une attention responsable et active des communautés nationales et internationales, risquent d’être résolus de manière fausse et illusoire, en contradiction avec la vérité et avec le bien des personnes et des nations.
    Le résultat auquel on parvient est dramatique: s’il est particulièrement grave et inquiétant de voir le phénomène de l’élimination de tant de vies humaines naissantes ou sur le chemin de leur déclin, il n’est pas moins grave et inquiétant que la conscience elle-même, comme obscurcie par d’aussi profonds conditionnements, ait toujours plus de difficulté à percevoir la distinction entre le bien et le mal sur les points qui concernent la valeur fondamentale de la vie humaine.

    Cliquer pour accéder à hf_jp-ii_enc_25031995_evangelium-vitae.pdf

    Aimé par 2 personnes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.