Diriger ou parler, il faut choisir

En cette tragédie du coronavirus, une chose ne manque pas: la parole des plus hauts dirigeants politiques. Chaque jour donne lieu à son lot de communication, de déclarations, d’apparition symbolique et toujours de parole insatiable qui coule comme un fleuve.  Le monopole de l’expression politique par le pouvoir en place atteint un nouveau sans précédent depuis bien longtemps.  De jour en jour, le verbe des gouvernants occupe l’espace médiatique. Cette logorrhée a un sens. Elle est destinée, consciemment ou inconsciemment, à recouvrir, à masquer, à étouffer les choses qui doivent disparaître. Mais elle n’est pas sans risque. Trop de parole politique tue la parole politique. Le bavardage, surtout quand il est stérile et inutile, banalise la parole politique et la discrédite. Le flot de paroles, souvent contradictoires, destinées à forcer l’attention plutôt qu’à convaincre ou informer, nuit à l’image de volonté ou d’efficacité. Il arrive un stade où les belles phrases creuses donnent le sentiment de prendre la place de l’action. La parole à profusion implique une fuite devant la réalité et les exigences de l’action. Plus ils parlent et paraissent, se dit-on, moins ils dirigent. Encore une erreur dramatique, surtout dans une crise aussi terrible. « Rien ne rehausse mieux l’autorité que le silence » écrivait le Général (Au fil de l’épée, 1932). Ou encore, Charles Péguy: « Ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte » (Cahiers de la Quinzaine).

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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29 commentaires pour Diriger ou parler, il faut choisir

  1. lugardon dit :

    Mais la situation présente elle a été voulue. Les bas instincts du peuple et des élites sont flattés. La France n’est plus de religion catholique. Elle est de religion cathodique.

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  2. Guy Deloin dit :

    Une grande partie de l équipe dirigeante pourrait faire un remake du film: C’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule . Mais les vrais acteurs de l époque étaient, eux, nettement plus amusants.

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  3. Pierre-Jean dit :

    @Maxime Tandonnet,
    Une des formes du bavardage en politique que vous évoquez est donnée par Twitter. Le moindre politique se croit obligé d’avoir un compte sur ce réseau social.

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  4. cyril dit :

    bonjour,
    dans notre monde d’aujourd’hui, si la parole est absente, malheureusement, les gens pensent que leurs dirigeants ne font rien ou les ignorent ! nous l’avons vu en decembre 2018, avec la crise des gilets jaunes. Tout cela est complexe, le Général de Gaulle, lui exerçait le pouvoir il y a 50 ans. Mais vous avez raison, aujourd’hui nous entendons tout et son contraire.
    cyril

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  5. pabizou dit :

    L’image de volonté n’est pas compatible avec le déni de réalité, quand a l’efficacité, lorsqu’elle est au rendez vous, elle se passe de tout verbiage .

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  6. Coucou dit :

    Bonjour,

    Il est établi aujourd’hui que les stocks de masques chirurgicaux FFP1 étaient très bas, les masques FFP2 destinés aux soignants très exposés : inexistants ! De même pour les quantités de gel hydroalcoolique, et les kits de protection, lunettes, charlottes, surblouses….
    https://www.atlantico.fr/decryptage/3588423/coronavirus–les-fonctionnaires-qui-nous-sauvent-et-ceux-qui-nous-plombent-voire-pire—jean-carles-grelier-jean-yves-le-goff-guy-andre-pelouze

    https://www.atlantico.fr/decryptage/3588427/tests–la-strategie-du-gouvernement-nous-accule-a-un-nouveau-retard-evitable-guy-andre-pelouze

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  7. Janus dit :

    Le pouvoir parle parle parle. Comme dirait Zazie ‘Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire »..; Mais non, ce n’est pas tout ce que le pouvoir sait faire. il sait aussi tenir d’une poigne ferme la « justice administrative » : cf l’article de ce jour de régis de Castelnau : https://www.vududroit.com/2020/04/coronavirus-pour-le-conseil-detat-tout-va-tres-bien/
    Et ainsi démontrer aux français qu’il n’y a plus une seule instance d’appel : Ni l’assemblée nationale aux mains des complices et zélés serviteurs du pouvoir, ni le sénat, aux mains des gras potentats locaux qui ne haïssent rein autant que l’incertitude, ni la justice pénale largement pilotée par le Ministère de la justice, ni la justice administrative, juge et partie, extraordinaire exemple de la conception napoléonienne de la justice. Bref il ne reste aux français que l’indifférence et le sabotage quotidien de l’activité ou bien la rébellion …
    Je parie pour le premier terme.

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  8. E Marquet dit :

    Oui, nous assistons à l’hybris de la parole !
    Pour Ricoeur dont notre Président s’est prévalu d’avoir été un des collaborateurs, la parole devait être un « recul réflexif », un recul par rapport à la situation. Du sens de ce qui est à faire au passage à l’acte, la parole était un engagement.
    Si j’ai tiré bon profit de mes lectures, la parole politique serait là pour donner une visibilité au pouvoir. Il semble toutefois qu’elle verse souvent dans la pure rhétorique.
    Platon, dans Gorgias, voyait la rhétorique comme une forme de flatterie, une façon de persuader, l’unique but de l’orateur étant de convaincre les gens, les dominer, souhaitant la victoire par ce que l’on dit et non la vérité de ce que l’on dit.
    Aristote faisait la différence entre deux usages du langage : • la démonstration et l’usage de la raison dans les science et • la sophistique qui était une logique de l’apparence, une séduction par le langage où le séducteur trompe.
    Ricoeur, dans le « Langage politique et rhétorique » disait de même : « ce sont des arguments qui visent à extorquer à une audience, la croyance, à la faveur d’un mélange de fausses promesses et de vraies menaces ».
    Par l’usage du discours persuasif, il y a risque de manipulation. Ricoeur toujours : « le mensonge, la flatterie, la non-vérité, mot politique par excellence, ruine ainsi l’homme à son origine qui est parole, discours, raison ». Le propre de l’homme est d’échanger par l’argument. Celui qui trompe par l’argument, ruine un lien fondamental entre les hommes. Plus la parole est falsifiée, plus la tyrannie avance.
    On comprend que les évènements sont à interpréter et que les décisions sont à prendre. Mais les évènements sont objet d’opinion et non de science. On peut concevoir que dans l’ordre du politique tout relève du vraisemblable, aucune proposition politique n’ayant de validité inconditionnelle, et n’étant vraie qu’au moment propice de l’occasion saisie, de l’estimation de l’opportunité d’une action. Il faut décider de ce qu’il faut faire et évaluer les chances de succès et
    alors il y a le moment opportun de dire et le moment opportun de faire.
    A quoi servent aujourd’hui toutes ces prises de paroles brouillonnes auxquelles plus personne ne comprend rien ?
    On dit que les grands politiques sont ceux pour qui l’action à accomplir est plus grande qu’eux-mêmes, ceux qui pensent que la poursuite du but mérite d’être payée de leur propre perte.
    Nous sommes plutôt dans le temps des politiciens de piètre envergure, celui des occasions perdues parce que rien n’est au- dessus d’eux-mêmes et de leur conservation.

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  9. Tarride dit :

    Cher Maxime Tandonnet

    Plus les français doutent de l’action de Macron et de Philippe à l’égard de l’épidémie, plus leur cote monte dans l’opinion.
    Pourquoi voudriez vous qu’ils se privent de multiplier les interventions ou ils expliquent en termes larmoyants puis ampoulés qu’ils ne savent pas quoi faire au juste ?

    Etienne Tarride

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  10. Missonnier dit :

    Les hommes sont des « animaux communiquants »

    La communication englobe l’homme et toutes ses composantes, qu’elle passe par la parole, l’écriture, les images. Cela est d’autant plus vrai que le XXème siècle a considérablement développé et diversifié les moyens de communication. Analyser l’homme revient donc à étudier la relation entre un émetteur et un récepteur.
    Pour autant la communication ne suffit pas à expliquer pourquoi les hommes cherchent, veulent comprendre, inventent de nouvelles réalités, car chaque époque a sa manière de lire les événements. L’âge classique(Pascal) a interprété le monde passé et présent en se fondant sur la raison et elle seule. L’âge romantique, s’est plus intéressé au sens de l’histoire, aux symboles, aux mythes qui la traduisent. « L’âge de la communication » que nous vivons, quant à lui verra l’histoire des idées et l’évolution des sociétés au travers du « modèle de la communication » selon Michel Serres.
    Si on en revient au principe de la communication, elle peut se résumer basiquement ainsi : d’un côté, l’émetteur et de l’autre le récepteur qui sont tous deux reliés par un canal au travers duquel circule une information.
    C’est lorsque l’on ajoute l’ingrédient politique exacerbé que cette circulation peut être perturbée parce que l’on appelle en théorie de l’information le « bruit », qui déforme, désinforme, rendant ainsi l’informé dubitatif et défiant par un communicant d’un « culot d’acier ». Une forme de brouillage.

    En mettant la communication sur le terrain politique, on peut s’apercevoir, dans cette période si particulière, que la réflexion intellectuelle est réduite à néant. On pourrait même se demander si une nouvelle idéologie apparaît: « La néantologie ».

    Nonobstant, ne soyons pas si pessimiste.
    Même si il est vrai que le travers de l’intellectualisme, qui, à force de s’interroger sur le sens et la nature des chose, se coupe de la réalité, ce sont les hommes d’action qui transforment le monde.
    Regardons, nos élus locaux comme le maire de Cannes, d’Antibes, et bien d’autres encore.
    Machiavel ne croit pas en la vertu politique de la réflexion. Un « décideur » ne réfléchit pas. Sa réussite repose sur son aptitude à agir sur l’instant.

    C’est grâce à l’action que nous sommes en contact direct avec le réel. C’est elle qui nous permet de le maîtriser, de le transformer. C’est elle aussi qui nous permet d’apprécier la justesse d’une idée.

    Souvenons-nous de cette phrase d ‘Aristide Briant, si juste ,et encore d’actualité: « La politique c’est savoir parler aux gens »

    André Missonnier

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  11. Freddie dit :

    En mettant en avant l’incompétence, le narcissisme et la fuite en avant dans la communication de nos dirigeants, vous êtes à mon avis bien indulgent, Maxime. Ils aggravent la crise. Sans virer dans le complotisme, on peut se demander à qui cette attitude profite. Je n’ai pas de réponse. Partout on peut lire les hypothèses les plus variées à ce sujet, mais en tout cas vu la détestation de leur propre peuple déployée par nos dirigeants avant la crise, et leur manque de respect du monde médical, on peut légitimement se poser la question de leur bonne volonté. Pourtant, ils pourraient y passer aussi.

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  12. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Le remède est très simple : ne plus les écouter !

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  13. luc dit :

    Voici un petiti tableau qui résume l’évolution de la dette publique en France.

    Force est de constater s’il est vrai que la gauche a été dispendieuse, la droite n’a pas vraiment fait mieux.

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  14. Gerard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Bonjour à toutes et à tous,
    M. Onfray a, lui aussi, très bien commenté la semaine dernière ce phénomène du verbiage permanent.
    Je vous propose de le lire ou le relire.

    Le président de la République des mots
    Chacun l’aura compris, Emmanuel Macron n’est pas un bon président de la République. Il s’avère juste le président des mots, celui qui parle, parle sans discontinuer, celui qui verbigère, qui étourdit à force de paroles, qui s’enivre de mots et voudrait griser son auditoire, tous ses auditoires, avec cette logorrhée qui n’en finit pas, qui n’en finit plus. Il voulait une parole rare? Elle est pluriquotidienne et dupliquée en éléments de langage partout serinés par ses perroquets de ministres –je ne parle pas de sa porte-parole, un précipité, au sens chimique du terme, de cette logocratie… Il avait promis la rareté de son verbe sous prétexte qu’il ne serait ni Sarkozy ni Hollande. Or, il est le premier sans l’action et le second sans la bonhomie: c’est à la fois un Sarkozy qui ne fait rien d’autre que laisser voguer le bateau maastrichtien et un Hollande méchant qui ne peut s’empêcher de cacher sa nature dès qu’il parle avec un quidam critique dans un bain de foule. Il parle sans cesse et sa parole se montre accablante, démonétisée, dévalorisée. Il n’est pas orateur, mais il croit que son pouvoir hypnotique, celui du serpent qui convoite l’oiseau, fera tomber de la branche tous ceux qui auront entendu sa rhétorique, sa sophistique. Mais il prend sa volubilité pour de l’éloquence, il croit que son amphigouri est une ligne claire, il pense que son bavardage est l’atticisme postmoderne. Il se trompe lourdement; il trompe lourdement.

    Il a beau convoquer le général de Gaulle en faisant savoir que, sur sa photo officielle, le volume Pléiade du général se trouve entre celui du pédophile Gide et celui du dandy Stendhal, il ne parvient pas à nous convaincre qu’il pourrait être en même temps de Gaulle, Gide et Stendhal. Il est juste Emmanuel Macron. Après que chacun eut obtenu la certitude qu’il n’était pas de Gaulle, suspendant mon jugement sur Gide dont j’ignore les raisons qui l’ont fait choisir, je formule l’hypothèse qu’il se confine dans le seul beylisme -un mot issu de Stendhal, dont le nom était Henri Beyle.

    Qu’est-ce que le beylisme? Léon Blum a consacré un ouvrage à cette question. C’est un mélange de culte de soi et de l’énergie, de recherche passionnée du bonheur et d’égotisme, de souci narcissique et de volonté dynamique. Je dirai: c’est l’une des modalités du dandysme. Mais le dandysme était l’apanage de l’aristocratie, même déclassée; le beylisme, c’est juste le dandysme des petits-bourgeois en place. C’est Baudelaire pour le confiseur d’Amiens.

    Cette pandémie du coronavirus aura fait ressortir, comme une vieille blessure devient une rougeur avec l’hiver, cette évidence qu’en régime maastrichtien, le chef de l’Etat ne saurait être chef de ce qui de toute façon n’est plus un Etat. Il ne lui reste plus que le pouvoir de déposer des gerbes au pied des monuments, de fleurir les tombes de chrysanthèmes, de couper des rubans et, comme au bon vieux temps de la III° république: de faire des discours! De longs discours, d’interminables discours, de pénibles discours.

    Au moins, sous la III°, il n’y avait ni prompteurs ni plumes cachées derrière le président, il n’y avait ni oreillette ni nègre appointé dans une sous-pente pour écrire les discours -de Gaulle écrivait les siens, il les apprenait par cœur et n’avait besoin d’aucune prothèse en la matière… Il y eut Debray et Orsenna pour Mitterrand, Henri Guaino pour Sarko, Aquilino Morelle pour Hollande, jadis Sylvain Fort pour Macron avant que ce dernier ne jette la plume aux orties, on saura probablement pour quelles raisons un jour, quand il n’y aura plus de courage pour lui à le dire mais juste des bénéfices.

    Au moins, sous la III°, les hommes politiques avaient été formés au latin et à ses périodes en traduisant Cicéron et Tacite. Ils savaient écrire et mémoriser parce qu’à l’école on apprenait et à écrire et à mémoriser: les dictées et l’analyse logique, l’orthographe et la grammaire, les récitations et le par cœur forgeaient des épées et de fines lames. A l’école d’après Mai 68, celle de Macron, nous n’avons plus que des couteaux à beurre sans lames et sans manches. C’est dire l’état de la coutellerie française…

    Macron n’est pas même intéressant à écouter. Il annone, il déclame, il professe. Il n’a pas été nourri au verbe de Cicéron mais à celui de Brigitte Trogneux, son professeur de français devenu comme chacun sait son épouse; il n’est pas allé à l’école romaine de La Guerre des Gaules mais à celle des Jésuites de La Providence d’Amiens; il n’a pas appris l’Histoire chez Tacite ou, mieux, chez Suétone, mais avec L’Art de la comédie d’Edouardo de Filippo qu’il a traduit, nous dit l’hagiographie, avec madame Trogneux.

    Or L’Art de la comédie, c’est tout un programme auquel il est resté fidèle. Cette pièce incarne la scie musicale d’alors chez les profs fascinés par la formule du théâtre dans le théâtre: la fiction est-elle réelle, le réel est-il fiction? « Ma pauvre dame, on n’en sait donc plus trop rien… » disait-on alors sur les estrades. Mais quand on est devenu président de la République, il est bon qu’on ait tranché ces questions existentielles d’adolescent. Or, Manu n’a pas encore tranché…

    On ne peut expliquer les entrechats présidentiels qu’avec cette hypothèse que le chef de l’Etat est resté sur scène avec Madame Trogneux comme quand il avait quinze ans et qu’elle en avait trente neuf: le virus n’est rien d’autre qu’une grippette mais il faut confiner tout le monde, il faut rester chez soi mais vous devez aller voter, il faut rester confiné mais vous pouvez aussi faire vos exercices physiques, il ne faut pas fermer les frontières mais il faut les clore, on se fermera pas les écoles mais on les ferme, le virus n’a pas de passeport mais il a celui de Schengen, la maladie ignore les frontières mais on peut l’y contenir tout de même.

    Dernière volte-face en date: le masque ne sert à rien mais il faut le porter. C’était le sens de l’intervention à Mulhouse dont le verbe présidentiel a commencé par nous préciser que c’était une ville d’Alsace dans la région Grand Est. Nul doute que les français auront été heureux de l’apprendre de la bouche d’or du président de la République élu au suffrage universel direct. Il fallait bien tout ça pour ça…

    En décor marron de cette pièce alsacienne, on voyait un camp militaire dont il nous a été dit comment il avait été monté: « On a réalisé une grosse (sic) opération logistique avec la conception, la validation, l’acheminement et le déploiement dans des délais contraints: 24 heures pour être désignés, 24 heures pour être acheminés, 48 heures pour être déployés », affirme le chef d’escadron Nicolas, chef des opérations du RMED de La Valbonne. Du même: « On a mis 5 jours pour développer ce module. Récemment, pour mettre au point notre nouvelle antenne chirurgicale, on avait pris deux ans. »

    Cinq jours pour une toile de tente accueillant trente lits! Qu’en aurait pensé Napoléon? Gageons que le chef d’escadron se verra épingler la décoration créée par l’Empereur lors d’une prochaine remise de ces breloques à l’Elysée des mains mêmes du chef des Armées, Emmanuel Macron, soldat de troisième classe…

    Sûr que si l’on avait fait appel aux héros de Camping 3, le film de Fabien Onteniente, avec Claude Brasseur en généralissime, Franck Dubosc en sous-officier du génie, celui de l’Armée, et Mylène Demongeot en cantinière également responsable de la buvette du mess, le campement aurait été plus vite monté sur le parking!

    On peut désormais facilement imaginer ce que serait la réponse militaire française aux premières heures d’une guerre bactériologique décidée par un pays ennemi de la France et nous n’en manquons pas! Y compromis chez les tenants de la petite guerre de ceux qui prennent leurs ordres auprès de l’Etat islamique replié en position d’attente mais toujours actif. Il doit bien rigoler Amir Mohamad Abdel Rahmane al-Maoula al-Salbi, le nouveau chef de l’Etat islamique, en voyant que, dans l’urgence, la France des kouffars se hâte lentement à préparer puis à aligner des lits de camp!

    Où est l’équivalant du capitaine Charles de Gaulle et de sa doctrine militaire d’avant-guerre qui nous permettrait de faire face aux périls à venir? Pauvre armée française dont le même de Gaulle écrivait dans Vers l’armée de métier (1934) qu’elle avait taillé dans le chêne du temps la belle sculpture de l’histoire de France. Cinq jours pour mettre sur pied un hôpital miliaire de trente lits en temps de paix! A quelle humiliation les dévots du veau d’or maastrichtien ont-ils contraint cette armée (mais aussi cette police, ce personnel de santé, méprisés pendant des mois avant cette épidémie alors qu’il se contentait de dénoncer la faillite programmée de la santé française…) pour qu’elle se dise fière de ce qui devrait entraîner sa honte?

    Pendant ce temps, les problèmes du non respect du confinement dans les banlieues est abordé place Beauvau dans une visioconférence datée du 18 mars. Le Canard enchaîné nous apprend qu’elle a permis à Laurent Nunez, secrétaire d’Etat à l’Intérieur, de prendre une décision: interdit de « mettre le feu aux banlieues en essayant d’instaurer un strict confinement »!

    C’est le monde à l’envers. C’est l’action de la police qui mettrait le feu aux banlieues qui refusent de respecter l’ordre public, autrement dit: qui méprisent la loi. Le confinement ne sert à rien s’il n’est pas respecté par tous, c’est le message que l’Etat français diffuse sur tous les supports médiatiques. Mais, en ce qui concerne les territoires perdus de la République, la République elle-même donne l’ordre de laisser faire à ceux qui sont censés la garantir. On ne peut mieux dire que le chef de l’Etat autorise les banlieues à contaminer à tout va qui elle voudra! Le message est on ne peut plus clair. Le jour venu, il faudra s’en souvenir.

    Le préfet du Nord aurait quant à lui expliqué que les commerces illégaux (drogue, mais probablement aussi marché noir des masques de protection…) « exercent une forme de médiation sociale ». Encore un disciple d’Edwy Plenel qui va se voir épingler la breloque au veston lors du prochain 14 juillet, et ce des mains même du président de la République des mots!

    Car, ce qu’il faut retenir de cette allocution de Mulhouse, outre la leçon de géographie de la France pour les nuls, outre la démonstration de camping des prouesses techniques de ce qu’il est convenu d’appeler le Génie dans l’armée, outre la dix-millième verbigération présidentielle, c’est qu’on aura vu, et c’est le seul message valable quand ce qui est dit pèse aussi lourd qu’un postillon, c’est qu’Emmanuel Macron n’apparaît plus en compagnie de son épouse en jupe courte et haut-talons, comme lors de l’hommage à Simone Veil dans la cour des Invalides, en lui tenant la main, mais seul comme un chef de guerre qui serre les mâchoires qu’il cache désormais derrière un masque.

    Sur ledit masque, Sibeth Ndiaye nous disait le jour du point presse de Mulhouse: « Lorsque nous ne sommes pas malades ou pas soignants, ce n’est pas utile: il n’y a pas de raison que le président de la République déroge aux prescriptions qui sont celles pour l’ensemble de la population ». Puis l’on a vu le président portant un masque… C’était un énième effet du en même temps.

    En avril 2019, Sibeth Ndiaye avait dit: « J’assume de mentir pour protéger le président de la République ». C’est la dernière fois qu’elle a dit une chose vraie. On ne l’y a pas repris depuis.

    Pour conclure, au moins ce propos: à Mulhouse, le président a appelé à une Opération « Résilience ». Encore des mots…

    Car cette guerre ne fait que commencer: comment pourrait-elle générer déjà sa résilience? Pour ce faire, il va falloir attendre les ruines qu’elle aura générées: ruine de l’Etat français, ruine de la classe politique confinée dans ses maisons de campagne, ruine de l’économie du pays, ruine de la parole présidentielle, ruine des élites, ruine de l’Etat maastrichtien, avant d’autres ruines dont on saura lesquelles dans deux ou trois mois. A cette époque seulement on pourra parler de résilience. Mais il faudra que les animaux sortis des cages où on les aura confinés pendant des mois entendent ce langage alors qu’ils retrouveront la liberté en bandes, en hordes, en meutes. La résilience est toujours minoritaire. Car ce qui fait bien plutôt la loi en pareil cas, ce sont les pathologies et leurs effets diffractés dans la vie concrète.

    Michel Onfray
    Semaine du 26 mars 2020

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    • Tracy LA ROSIÈRE dit :

      Excellent.
      Onfray égal à lui-même et délicieusement féroce.
      À lire aussi pendant ces jours à l’ombre – et dans le même ton – son livre « Grandeur du petit peuple ».

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    • Stéphane B dit :

      Bonjour

      Michel Onfray aurait pu rappeler que la 6 bête a déclaré assumer parfaitement le fait de mentir. Dès lors, qui peut la croire quels que soient ses propos ?

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    • Papi 2.0 dit :

      Et bien il l’a habillé pour le printemps, l’été, l’automne et l’hiver !!!!!! La liberté d’un pays se mesure paraît-il au nombre de personnes qui savent rester libres quoiqu’il arrive. Il y a encore des personnes libres dans notre pays. C’est bon pour le moral. 🙂

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  15. Coucou dit :

    Bonjour, covid 19, Philippe-Douste-Blazy, dans Marianne,

    Vous remettez en cause la pertinence du décret du 26 mars, qui autorise la prescription de l’hydroxychloroquine seulement pour les cas graves à l’hôpital, et interdit sa prescription par des médecins généralistes.
    Le décret réserve l’hydroxychloroquine aux cas de pneumopathie avec détresse respiratoire. Mais ce sont justement les cas pour lesquels ce traitement n’est pas efficace. Car en phase de réanimation, la charge virale baisse. On le sait depuis le début. Donc l’essai effectué actuellement sur les formes sévères du Covid-19 donnera des résultats négatifs. Plus tôt, en revanche, on sait que c’est efficace pour lutter contre les virus. Je rappelle qu’on connait ce médicament et ses propriétés depuis soixante ans. Il ne s’agit pas d’une formule miracle, ni de donner de l’espoir de manière béate. Il s’agit simplement de considérer les médecins comme des scientifiques formés pour prescrire ce qu’il faut. Six-cents mg pendant 10 jours, il n’y a pas de grands risques en matière d’effets secondaires.

    https://www.marianne.net/societe/philippe-douste-blazy-va-finir-par-etre-le-dernier-pays-ou-ne-prescrit-pas-de-chloroquine

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  16. Stéphane B dit :

    Bonjour

    Et surtout quand ils parlent pour se contredire, pour dire des choses que beaucoup estiment fausses et qui sont démontrées comme telles avec le temps passant.
    Je vous recommande à ce sujet le billet de h16 du jour qui reprend en partie votre réflexion.

    Je serais plus abrupt que vous dans la conclusion. Mon idée est la suivante: Bon Dieu, mais qu’ils se taisent et s’ils veulent parler, qu’ils tournent sept fois leur langue dans leur bouche et finissent pas se taire.

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  17. Coucou dit :

    Bonjour à vous, Bonne journée

    Étienne de La Boétie
    Discours de la servitude volontaire
    Texte établi par Paul Bonnefon, Bossard, 1922 (p. np-215).

    DISCOURS
    DE LA
    SERVITUDE VOLONTAIRE
    SUIVI DU
    MÉMOIRE
    TOUCHANT L’ÉDIT DE JANVIER 1562
    [ inédit ]
    LA COLLECTION DES CHEFS-D’ŒUVRE MÉCONNUS
    EST PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION
    DE M. GONZAGUE TRUC

    La collection des « Chefs-d’Œuvre Méconnus » est imprimée sur papier Bibliophile Inaltérable (pur chiffon) de Renage et d’Annonay, au format in-16 Grand-Aigle (13,5 × 19,5).
    Le tirage est limité à deux mille cinq cents exemplaires numérotés de 1 à 2500.
    Le présent exemplaire porte le Nº 1,005

    Le texte reproduit dans ce volume est, pour le Discours, celui de l’édition Bonnefon, pour le Mémoire, celui du manuscrit.

    https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire/%C3%89dition_1922/Texte_entier

    https://la-philosophie.com/discours-de-la-servitude-volontaire-analyse

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  18. Michel Fremondiere dit :

    de toutes façons ,on ne peut ouvrir la télé, Radio ,Presse ,sans que l’on nous parle de ce virus ,nous savons qu « il faut faire attentions ,mais voyez les marchant de légumes ,producteurs , Interdit , puis autoriser ,avec respect des un mètre, ,,pourquoi tout interdire ,votre voiture en panne dans votre garage ,impossible de trouver un garagiste, ,,tout comme un coiffeur ,avec un masque ,cela serait t « il possible ,voir Macron – Philippe , cela leurs fait surement plaisir ,mais nous , surement moins ,le pire arrivera après ,,vers la fin MAI,,,,alors attendons

    Aimé par 1 personne

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