Où sont passés les hommes d’Etat? (Figaro de ce matin)

L’affaire Griveaux qui frappe le monde politico-médiatique à la veille des élections municipales renvoie à une question fondamentale : d’où vient le naufrage de la vie publique française dans la médiocrité ? Où sont passés les hommes d’Etat? Une vision classique de l’histoire politique française oppose la Ve République à celles qui l’ont précédée, la IIIe et la IV: avant 1958 régnaient les ténèbres, et après, la lumière. Ce schéma, qui bénéficie d’un large consensus, met en balance l’instabilité gouvernementale des régimes précédents et la stabilité – ou l’immobilisme – de l’actuel système présidentialiste qui garantit à l’exécutif une permanence de cinq ans.

Cependant, cette vision manichéenne – avant, le mal, et après, le bien – se heurte à un constat : la France d’avant 1958 a su engendrer d’authentiques hommes d’Etat. Aujourd’hui, elle produit certes des personnalités politiques, mais semble de plus en plus impuissante à former et porter aux plus hautes responsabilités des hommes ou des femmes d’Etat, c’est-à-dire des dirigeants qui placent le service de l’Etat ou de la chose publique, la res publica, au-dessus de leur intérêt et de leur destin personnel.

Des noms prestigieux viennent aussitôt à l’esprit : Adolphe Thiers (le « Libérateur du territoire »), Léon Gambetta, Jules Ferry, Pierre Waldeck Rousseau, Aristide Briand, Georges Clemenceau, Alexandre Millerand, Raymond Poincaré, Edouard Herriot, Léon Blum, Georges Mandel, André Tardieu… Plus récemment Vincent Auriol, Antoine Pinay, Pierre Mendès France, Charles de Gaulle. Aucun ne peut prétendre à la sainteté. Tous avaient de sérieux défauts et ont commis un jour où l’autre des erreurs. Mais tous avaient en commun leur engagement au service d’une cause qui dépassait leur propre sort : la patrie (Clemenceau, Poincaré, Tardieu, de Gaulle), les principes républicains hérités de la Révolution française (Herriot), la paix internationale (Briand), le sort de la classe ouvrière (Blum). Ils se combattaient les uns les autres, tout en se respectant. L’ambition personnelle comptait bien entendu, mais se confondait avec des convictions, un idéal.

La notion traditionnelle d’homme d’Etat contraste avec la l’image qui prévaut aujourd’hui, dans l’opinion, d’un dirigeant politique national. Le premier pense et travaille avant tout dans une perspective d’intérêt général, il respecte le peuple et ne s’accroche pas au pouvoir. Le second est un séducteur, ne recule pas devant les promesses démagogiques, ni les coups de communication. L’idée qu’il se fait de lui-même, la vanité, l’emporte sur le dévouement au bien commun. L’obsession de son destin personnel et de son avenir électoral l’emporte sur la conscience des malheurs publics, même quand lui-même est à l’origine des troubles ou du chaos. D’ailleurs, la dérive de la vie publique dans le fanatisme de l’ego, au détriment des débats d’idées et de l’intérêt général, explique l’état d’hystérie permanent qui a gagné la politique française.

Les hommes d’Etat sont-ils une espèce de voie de disparition ?

Jusqu’au deux tiers du XXe siècle, la vocation politique venait naturellement aux esprits les plus brillants d’une génération, à l’image de Raymond Poincaré, déterminés à mettre leur talent et leur culture au service du bien public. Désormais, l’image dévalorisée de la politique semble exercer un effet dissuasif qui en détourne, sauf exceptions, les plus doués d’une génération : ceux-là choisiront de préférence l’entreprise, les affaires, la recherche scientifique, au prix souvent de l’expatriation.

La IIIe République, par sa politique éducative, a su former une élite dirigeante d’un haut niveau. Celle-ci disposait, à travers la maîtrise parfaite du latin et du grec, de la littérature française, de l’histoire et de la philosophie, d’outils nécessaires à la compréhension du monde, une vision transcendant les intérêts égoïstes. Cependant, à l’œuvre depuis plusieurs décennies, la politique de nivellement par le bas et le sacrifice de l’excellence se traduisent par l’effondrement du niveau moyen de la classe dirigeante et sa chute dans la médiocrité. D’ailleurs, l’obsession de l’ego en politique est la quintessence de la société du néant décrite par Gilles Lipovetsky dans « l’ère du vide ».  Un monde dominé par les valeurs narcissiques se prête mal à l’affirmation d’hommes ou de femmes d’Etat.

Le régime politique actuel est lui aussi en cause. Le système parlementaire des IIIe et IVe Républiques, avec tous ses défauts, a su constituer, à travers les Chambres élues au suffrage universel, un vivier d’où ont émergé quelques d’hommes d’Etat, choisis pour leurs idées et leur compétence. Bien au contraire, le présidentialisme actuel, issu d’une Ve République dégradée par la perte du sens de l’intérêt général et la dérive de la vie publique en grand spectacle médiatisé, favorise des acteurs télégéniques et des virtuoses de la communication.

Le vivier potentiel des hommes ou femmes d’Etat n’est sans doute pas complétement épuisé. Mais pour les quelques rares personnalités de la vie politique pourvues d’un authentique caractère, d’une vision et d’un sens de l’Etat, comment franchir le filtre des grands media nationaux qui valorisent bien au contraire le conformisme gesticulateur et bavard, mais sans lesquels aucune notoriété n’est envisageable ?

 

 

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Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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65 commentaires pour Où sont passés les hommes d’Etat? (Figaro de ce matin)

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  2. Alain Desaint dit :

    Les débats de la Chambre pour le budget synthétisent remarquablement l’esprit public qui les animent. Par exemple on voit dans les âpres discussions des années 1890 que la grande fonction de l’Etat, la justice, l’égalité des citoyens devant la loi, devient justice sociale i.e. les transferts de richesses. Léon Bourgeois député radical-socialiste théoricien de la « Philosophie de la Solidarité » deviendra quelque temps président du conseil… Aujourd’hui la solidarité c’est l’obligation pour les professions dites indépendantes (entrepreneurs, artisans, professions libérales, exploitants agricoles, artistes) de cotiser 24,75% du revenu de leur travail. Après cotisation maladie-accident et l’IR sur 100% du revenu brut, il reste environ 1/3 pour vivre. Le projet de loi « retraite » (il s’agit en droit contractuel de pension et non de retraite, car chacun peut encore travailler heureusement, mais qui dit retraite veut faire entendre oisiveté), devrait encore renforcer ce système solidariste. Par la force du nécessaire équilibre ce système fera tendre tous au minimum. Par des promesses démagogiques l’homme politique avec de belles paroles réussit à obtenir des mandats, des impôts et prélèvements pour financer des droits nouveaux à ceci, à cela… La liberté, droit fondamental, est de plus en plus restreinte, l’Etat étant l’agent de la providence sur terre, une pauvre et impuissante providence à produire de la richesse mais qui confisque les forces vives de la nation.
    Les hommes d’Etat dont vous parlez sont éliminés par leurs pairs lorsqu’ils nagent contre ce courant. Mais espérons, les humains ne sont pas encore vaincus. Que nous exercions ce qui nous reste de liberté et de responsabilité, et déjà les choses commencent à changer, le caractère entraine le caractère : « La difficulté attire l’homme de caractère, car c’est en l’étreignant qu’il se réalise lui-même. (Charles de Gaulle)

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  3. there dit :

    D’accord en tous points avec votre tableau. J’y vois de causes multiples : – la destruction de sens et de transcendance et de tout ce qui ressemblait de près ou de loin à nos valeurs et notre ADN occidental, glorification du relativisme . – une conséquence est la montée des idéologies et religions concurrentes (la nature spirituelle de l homme a horreur du vide : antispécisme, écologisme, etc) – autre conséquence : sans transcendance l’homme qui n’en veut pas voit en lui même l’ alpha et oméga (narcissisme et auto satisfaction de ses désirs comme unique horizon) , – le pouvoir est hautement rémunérateur de nos jours : gain maximal /risque minimal : tout le monde se bouscule au portillon pour en être : cela draine les avides et les médiocres . A horizon économique constant rien ne changera et nous glisserons lentement sur la pente piteuse . Jusqu’à la rupture : la fin de l’argent des autres , le grippage dans le rouage de l’argent gratuit, la perte de valeur de la monnaie et même je pense perte de la souveraineté . Et là personne ne voudra aller au charbon politique pour solder la chienlit qui suivra et/ou reconquérir le pouvoir perdu. Personne sauf une réelle bonne volonté car il n’y aura que des coups à prendre et rien à gagner .

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  4. Anonyme dit :

    Bizarrement ,personne n’ose parler du mode de scrutins ,la est le vrais problème ,la peur de perdre le pouvoir empêche de le modifier ,sur les grand problème, pourquoi pas le référendum ,souvenez vous de celui de Sarkozy ,il ne la pas respecté ,grave erreur ,un homme d » Etat ne pense pas a lui ou a son partis, mais au peuple ,la mondialisations a tout mis part terre ,et la finance en a profiter ,N’oublions pas ,que 35 000 Maire travaille pour l’intérêt de leurs commune ,e, Haut c »est autre chose ?

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  5. Sganarelle dit :

    Tant que nos dirigeants ne reconnaîtront pas leurs erreurs et leurs fautes ils n’ont aucune chance de se corriger. Il est vrai que la France au cours des âges a toujours transformé les défaites en trahison. Quand j’étais jeune on disait en souriant à propos du mauvais sort «  c’est encore un coup de la maffia » c’est le cas maintenant les responsables ayant changé de nom’ Amérique Allemagne ou Russie …
    Si on veut un chef d’état qui ne pense pas aux élections mais travaille pour la (et sa ) postérité la grandeur du pays et sa représentation on se tourne vers la monarchie . Les pays où elle existe encore semblent plus solidaires et ne se portent pas plus mal , ( si l’Angleterre ou la Belgique tiennent encore c’est bien parce qu’il y a un roi . )
    Nous avons et nous voulons la République nous en avons les avantages et les inconvénients. De toutes façons celui où celle qui se mêlera de diriger le pays ne fera jamais l’unanimité qu’il soit roi ou président , la France est réputée ingouvernable. «  trop de variétés de fromage «  disait avec humour de Gaulle.

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  6. Freddie dit :

    C’est difficile d’avoir le sens de l’Etat quand celui-ci a perdu une large part de sa souveraineté, et difficile d’œuvrer à l’intérêt général quand une partie de la population veut vivre sous la loi musulmane et l’autre non. L’intérêt « général » des uns n’est pas celui des autres. C’est également difficile de relancer l’économie quand son moteur est la créativité privée et que tout le pays est quasi socialiste, pour les uns parce qu’ils touchent des aides, pour les autres parce qu’ils veulent se sentir charitables.

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    • Gil dit :

      Bonjour,

      En fait ça revient à ce que j’entendais récemment. Le problème de ce pays, c’est son peuple. Il faut peut être se rendre à l’évidence.

      Cordialement

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  7. goupil dit :

    Bonsoir,
    Je reste convaincu que le meilleur système, en tout cas le plus démocratique, était celui de la III éme République. Au moins les incapables sautaient ! Peu importe, comme le relève justement un des intervenants de ce blog , que la société n’était pas idéale. Sous Dickens non plus, du reste….
    Enfin, pour être homme d’Etat, il faut tout d’abord avoir des limites, un plafond, des valeurs qui sont au dessus de soit. Dieu et les valeurs de la religion, et la morale associée, constituent une extraordinaire ligne de conduite !

    Dans ce cas, un homme d’Etat fait la part des choses et agit sur son domaine, sans s’éparpiller dans tous les sens. (L’affaire Grivoise en est le plus récent exemple, au lieu de raser les murs de honte, ce monsieur se réfugie dans l’agression et la victimisation – très a la mode-).
    Pour l’homme d’Etat dans ce cas, l’intérêt de la nation et du peuple ressort naturellement et devient la ligne de conduite. La satisfaction du travail accompli aussi pour la MAJORITE du peuple, sans prêter l’oreille a tel ou tel groupe de pression.

    Actuellement, plus de morale, plus de limites, plus de ligne de conduite = 0 homme d’Etat ou prou mais uniquement des « gamelards » opportunistes sans parole. Comme disait fort justement Coluche, je ne leur prêterais pas mon peigne !

    Salutations a tous (j’ai un clavier qui m’a supprimé le a avec accent aigu)

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  8. cgn002 dit :

    Faute des hommes d État tels que l entend la fonction, le régime politique de la Veme ne fonctionne plus. Le verrouillage obtenu provient à la fois de la médiocrité des présidents élus et du régime lui-même qui ne permet pas sa propre remise en question.
    Les personnalités à la hauteur de la fonction ne peuvent plus obtenir la place qu ils mériteraient (au bénéfice de l intérêt général) face à la fossilisation du système, ainsi maintenue par la majorité des tenants de la haute administration de connivence avec la haute finance.
    Cette dernière par sa non régulation constitue le véritable facteur délétère du malaise planétaire.
    Est il possible d imaginer un seul homme d État qui place la dimension humaine avant celle du dieu « argent » ?
    Même question pour les habitants de la planète…
    Ainsi sont élus les dirigeants qui mèneront la planète au chaos de l humanité…
    Je reste preneur de toute contradiction par rapport au cercle vicieux ainsi pressenti sur la perte de régulation de notre humanité.

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    • pabizou dit :

      Vous semblez oublier un peu facilement, en accusant la finance et le manque de régulation que la crise de 2008 est en grande partie due aux lois Clinton de 1994 . La finance, comme toute activité économique obéit à des règles de fonctionnement, si l’action politique vient à supprimer la responsabilité des banques en leur imposant des normes absurdes, souvent par clientélisme, d’ailleurs, ce n’est pas elles qu’il faut accuser d’être les vrais responsables des dégâts . La mise sur le marché et l’accumulation de produits dérivés pourris est avant tout le résultat de prêts qui n’auraient jamais du être accordes, les bénéficiaires ne remplissant pas les conditions de garanties suffisantes . Les banques se sont trouvées piégées avec les conséquences que l’on connaît . Les politiciens ne se sont pas privés de les montrer du doigt, le bouc émissaire facile sur lequel se défausser de ses propres erreurs, la meute affolée a avalé appât et l’hameçon

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    • cgn002, bien d’accord.
      MT

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    • cgn002 dit :

      @pabizou
      Mon propos ne s’adressait pas au système bancaire en particulier.
      Je pensais plutôt à la prégnance de la spéculation, des paradis fiscaux, de la « trustification » sans limite de groupes industriels, et aussi :
      – à l’insatiable avidité financière de certains systèmes étatiques comme celui de la France;
      – à l insatiable avidité des tenants de notre « haute » gouvernance qui n’ont plus aucun respect de l’argent public et de ceux qui y contribuent de plus en plus durement;
      – aux passerelles (de connivence décomplexée) entre les plus hauts postes de la fonction publique et ceux du secteur privé (corporatisme des énarques en particulier);
      – etc
      NB : le pouvoir financier du domaine bancaire n’est il pas passé chez les banques centrales ?…

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  9. Xavier de Fürst dit :

    Comment la société française actuelle qui a banni le sens du devoir collectif et toutes les vertus qui encadrent et élèvent les individus pourrait elle engendrer des hommes ou des femmes d’état?
    Comment peut on esperer l’émergence d’hommes d’exception alors que tout est fait pour promouvoir la médiocrité et la facilité . L’acceptation de la tyrannie de minoritės d’autant plus actives qu’elles sont complexées pour ne pas dire honteuses montre parfaitement le degré d’avachissement des esprits, Et cet avachissement est glorifié par une caste mediatico politique qui décourage ou décapite tout sursaut de courage. L’exemple de la pédophilie à ce sens est significatif .

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  10. H. dit :

    Bonjour Maxime,

    Si jamais les conclusions du rapport Thiriez sont mises en œuvre, il est à craindre que le terme « méritocratie républicaine » appartienne très rapidement au passé (https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/recherche-d-emploi/fonction-publique/haute-fonction-publique-le-rapport-thiriez-propose-la-creation-d-un-concours-special-pour-les-eleves-d-origine-modeste_3830849.html). D’ailleurs, comme le font remarquer certains commentateurs, comment le « modeste » sera-t-il défini ? Quels critères seront pris en compte ? Qui sera juge ?
    Je considère le régime républicain comme un autre régime, ni meilleur, ni plus mauvais que d’autres régimes comme peut être une monarchie constitutionnelle par exemple. Par rapport à ce qui existait sous l’Ancien régime où il fallait acheter sa charge (ça n’a cependant pas trop nui à la France pendant près de 800 ans), le concours républicain garantit (garantissait ?) à tout un chacun une égale chance de réussite quelque soit la difficulté rencontrée. Seul le travail fourni par le candidat est pris en compte. Fort de ce constat, il est quand même curieux de voir les apôtres d’un égalitarisme à tout crin revendiquer un vrai nivellement par le bas (suppression des épreuves de culture générale) au prétexte que des populations dans notre société seraient dans l’impossibilité d’acquérir cette culture par éducation, naissance, fortune ou milieu social. Bel exemple de racisme de classe. Fidèle à leur détestable habitude qui consiste à se focaliser sur le doigt du sage et non sur la Lune qu’il indique, nos dirigeants se trompent une nouvelle fois de cible et imaginent que de changer de thermomètre réglera une bonne fois pour toute la nature du recrutement des nos grandes écoles. Il est vrai qu’ayant, avec une rare conscience et constance, détruit un des legs positifs de la IIIème, le système éducatif, ils n’ont plus guère de solution à proposer sauf à se renier et à reconnaître les mensonges dans lesquels ils font vivre ce pays depuis une quarantaine d’années. Et puis, il faudrait rendre des comptes. Qu’il se trouve des individus prétendument « intelligents » pour plancher et approuver ce type de billevesées, tout cela pour ne pas aller contre des propos irresponsables, m’inquiète au plus haut point et laisse mal augurer des lendemains qui chantent.
    En ce qui concerne les dirigeants de ce pays, la messe est dite et bien dite : « C’est purement négatif de toujours remettre tout en cause, c’est, en somme, la marque des faibles, des incapables. » Charles de Gaulle

    Bon après-midi

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  11. carlo dit :

    « Le présidentialisme actuel (…) favorise des acteurs télégéniques et des virtuoses de la communication. »
    Le présidentialisme actuel a également pour effet d’empêcher l’émergence de fortes personnalités dans le camp du Président car toutes doivent leurs postes au chef de l’Etat.
    Celui-ci choisit même les candidats aux municipales sans que cela ne choque personne, et certainement pas les médias qui considérent comme parfaitement normal que EM tranche entre Cédric Villani et BG, puis qu’il trouve lui-même un successeur à ce dernier. Tellement sourcilleux sur d’autres questions, les médias ne trouvent rien à redire au fait que l’actuel Président se comporte comme un vulgaire chef de parti, de surcroît à l’interieur du Palais de l’Elysée.

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  12. Christophe dit :

    Bonjour Maxime

    Le système parlementaire de la troisième république eut beaucoup de défauts.Relisez l’Étrange défaite,célèbre ouvrage de Marc Bloch.L’état d’esprit de la France des années vingt et des années trente n’est pas particulièrement brillant.L’état sanitaire de la population française n’est pas très bon:rachitisme,maladies vénériennes,tuberculose pulmonaire,hygiène corporelle et bucco- dentaire laisse à désirer.Et puis dans l’assiette ce n’est pas mieux,si vous voyez ce que je veux dire.En somme période médiocre.

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    • Christophe, oui et non: la IIIe a eu des mérites, elle a inventé les libertés publiques, l’école moderne, la laïcité, elle a gagné la Grande Guerre. C’est sur la fin, à partir des années 1932 et suite qu’elle sombre. Mon propos ne visait qu’à montrer qu’au moins, malgré ses défauts, elle a permis l’émergence de quelques hommes d’Etat. Il n’y a pas de Constitution parfaite, et je pense que la Ve telle qu’elle est devenue aujourd’hui, fondée sur l’exaltation narcissique d’un petit M. est encore pire que la IIIe de la pire époque: elle est devenue ridicule.
      MT

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  13. Curmudgeon dit :

    La maîtrise parfaite du grec permet la compréhension du monde ?

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  14. Janus dit :

    Les quelques personnages que vous citez ne sont pas exempts de turpitudes largement plus graves que celles de Griveaux. Ce qui fait la différence a mon sens tient à deux éléments : la carrière politique de ces personnages commençait par la députation et la participation active à la vie parlementaire, d’autant plus formatrice que c’était là le lieu du pouvoir. L’autre élément est constitué par les médias d’aujourd’hui qui tiennent le haut du pavé et se substituent au travail parlementaire. Si les médias vous adoubent vous pouvez envisager une carrière politique, sinon rien. Les médias sont propriété des puissances d’argent et leur niveau intellectuel est très bas, ce qui n’était pas le cas à l’époque de Léon Daudet ou de Charles Maurras.
    D’autre part il n’y a pas de presse d’opposition structurée et lue par le plus grand nombre.
    La Ve république a donné au pouvoir une assise solide quoi qu’il arrive , les vicissitudes de la macronie n’entament pas cette assise, mais la contrepartie est le désintérêt des français pour l’activité politique passé le moment des élections : A quoi bon se mobiliser puisque rien ne peut advenir avant les prochaines élections présidentielles ?
    Les français ne savent pas choisir entre stabilité du pouvoir et remise en cause de celui-ci s’il ne respecte pas ses engagements, d’où un certain scepticisme et un recours aux manifestations violentes.
    La formule du général de Gaulle : Comment peut-on gouverner un pays qui produit plus de 300 variétés de fromage, au delà de la boutade, est peut-être l’expression de la malédiction qui pèse sur nous…
    Quand à la qualité des hommes politiques, je crois que l’abêtissement général de l’opinion va dans le sens de la médiocrité et celle-ci touche tous les français y compris les hommes politiques, sachant que la politique a toujours été un repère de voyous, d’escrocs , de glorieux et d’imbéciles (Cf les innombrables mots d’esprit de Clemenceau à l’encontre de ses collègues de l’assemblée…) et que les hommes supérieurs sont dans une population en tout petit nombre.

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  15. Colococo2 dit :

    Le fric le fric le fric ….

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  16. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Sans doute, et c’est devenu un lieu commun de le rappeler, Mai 1968 et ses conséquences sociétales et éducatives ont sans doute constitué le début de la perte et de l’abandon des valeurs traditionnelles qui organisaient notre société et qui permettaient de faire éclore entre autres, des personnages d’Etat.
    La famille, les traditions, la culture, la conformité, l’universalisme, la bienveillance etc. qui constituaient les principaux guides d’une vie d’un « honnête homme » et la base de l’éducation des Français ont été remplacés par l’égoïsme, la transgression, la prise de risques, l’indulgence excessive, la contestation systématique, la violence sous toutes ses formes….comme si notre société vivait depuis cette période dans le monde de l’adolescence rebelle et attardée.
    Bien sûr, le comportement de nos politiques s’est très vite adapté et ils sont ainsi devenus au fil du temps et même hélas pour les plus intellectuellement brillants, de plus en plus lâches, égoïstes, pusillanimes et manipulateurs. Nous en avons depuis 2017, même au sommet de l’Etat la quintessence.
    Aujourd’hui, le constat est sévère et dramatique. Passons sur la politique où je ne vois actuellement dans aucun parti un personnage pouvant être qualifié « d’homme ou de femme d’Etat » et qui est plutôt devenue un gigantesque marigot où se côtoient des parasites et des bêtes féroces, mais le bilan semble même être encore plus grave pour ce qui concerne nos grands capitaines d’industrie qui ont pour certains, et la liste ne fait que s’allonger, la fâcheuse tendance à se comporter de la même manière au détriment, là aussi, du rayonnement de la France, de leur entreprise et de l’emploi.
    Un petit commentaire supplémentaire sur le tapage Griveaux. Je suis effaré de voir et d’entendre nos politiciens, nos chroniqueurs mondains et nos journalistes zélés éructer à longueur de journées des propos sentencieux condamnant définitivement les réseaux sociaux, sources de leur perte de pouvoir et de manipulation. Il vaut mieux pour ces donneurs de leçons, casser le thermomètre plutôt que de s’interroger sur l’évolution des mœurs de notre société et sur le moyens de la corriger. Pauvre France.

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  17. carlo dit :

    « [L’homme d’Etat] pense et travaille avant tout dans une perspective d’intérêt général. »
    La notion d’intérêt général est en crise. Rien d’étonnant par conséquent à ce que l’intérêt général ne guide plus l’action des hommes (et des femmes) politiques, lesquels ont désormais pour seul horizon leur carrière personnelle.
    La crise de la notion d’intérêt général se manifeste encore d’autres façons, notamment par le fait qu’on ne veuille généralement plus reconnaître qu’un fonctionnaire n’a pas les mêmes missions qu’un salarié du privé. L’un sert l’intérêt général ; l’autre a pour fonction de permettre à l’entreprise qui l’emploie de réaliser des profits. C’est ce qui justifie que leurs statuts ne soient pas les mêmes, et c’est ce qui devrait interdire tout aller-retour entre la sphère publique et le monde de l’entreprise.
    L’une des causes de cette crise réside dans le succès des idées libérales qui ont gangrené les esprits. Au fond, pour un vrai libéral, l’intérêt général en tant que tel n’existe pas ou, s’il existe, il n’est que le résultat du libre jeu des intérêts particuliers.
    A la question de savoir comment il convient d’assurer la coexistence des intérêts partculiers qui, par définition, s’opposent, deux réponses peuvent être apportées.
    La première consiste à faire prévaloir l’interêt général et c’est la solution républicaine (et non pas socialiste, comme on dit généralement).
    La seconde est de laisser l’intérêt des plus puissants l’emporter, et c’est la position des libéraux.
    Le bruit infernal de certains deux-roues est incompatible avec l’aspiration de certains à vivre paisiblement. La solution républicaine est de faire prévaloir l’intérêt général et de réprimer sévèrement les contrevenants au nom de l’impératif de tranquillité publique. La seconde, d’essence libérale, consiste à « laisser faire » au motif que les intérêts particuliers sont également légitimes.
    Il y a encore une troisième solution, et c’est celle que nous avons choisie, sans le dire. Inspirée par la logique du « en même temps », elle consiste à mettre en place une législation stricte pour donner l’illusion que nous nous soucions toujours de l’intérêt général et à faire preuve, « en même temps », d’une très grande tolérance à l’égard des contrevenants afin de satisfaire les libéraux.

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    • pabizou dit :

      Pourriez vous me dire quelle différence il y a entre une lettre délivrée par la poste et la même lettre délivrée par le privé? A part bien sûr le fait que vous n’aurez pas à payer dix ans de retraite de plus a celui qui vous livre la deuxième . Vos raisonnement me font penser à ceux que tiennent les gens qui ne paient pas d’impôt et voudraient en faire payer plus aux autres . Le statut de fonctionnaire a été crée pour compenser les salaires un peu plus bas du public, à l’origine, l’erreur a été de ne pas formaliser sa disparition dans le temps, il ne se justifie plus aujourd’hui . Tout par l’état, tout pour l’état, rien contre l’état, ça vous dit quelque chose?

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    • H. dit :

      Carlo, c’est parce que le mot Libéral se rattache Liberté que vous en avez si peur. Visiblement, vous manipulez un concept dont vous ignorez à peu près tout et vous illustrez parfaitement le mot de Bossuet : »Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Vous écrivez une sottise en disant que pour les libéraux, tout doit revenir aux puissants. Ça, c’est le capitalisme de connivence dont nous sommes les champions du monde. Comme Hayek, un libéral considère que « La liberté, laissée à chacun d’utiliser les informations dont il dispose ou son environnement pour poursuivre ses propres desseins, est le seul système qui permette d’assurer la mobilisation la plus optimale possible de l’ensemble des connaissances dispersées dans le corps social ». C’est simple à comprendre mais c’est exigeant. Se vouloir et rester libre requiert des efforts permanents, efforts que vous êtes libres ou non de faire, je le souligne, mais absolument personne ne sera libre pour vous. Quant à l’Etat que vous semblez vénérer au plus haut point, il n’est, pour reprendre les termes de Frédéric Bastiat, qu’une fiction auprès duquel tout le monde se raccroche: « L’Etat, c’est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » (http://bastiat.org/fr/).
      Si notre pays s’enfonce tous les jours un peu plus, c’est parce que la confusion est totale entre la toute puissance de l’Etat, qui s’ingénie à s’immiscer dans nos vies en permanence, les libertés individuelles.

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    • carlo dit :

      @ H
      « Carlo, c’est parce que le mot Libéral se rattache Liberté que vous en avez si peur. Visiblement, vous manipulez un concept dont vous ignorez à peu près tout »
      « Vous écrivez une sottise … »
      « ’c’est simple à comprendre mais c’est exigeant »
      Je ne vois dans vos propos que l’illustration de l’ultime stratagème répertorié par Schopenhauer dans L’art d’avoir toujours raison : « Si l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers. Etre désobligeant, cela consiste à quitter l’objet de la querelle (…) pour passer à l’adversaire, et à l’attaquer d’une manière ou d’une autre dans ce qu’il est ».

      « L’Etat, c’est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » 
      « On constate que quand deux esprits ordinaires se querellent, ce sont des personnalités faisant autorité qu’ils choisissent l’un et l’autre comme armes et dont il se servent pour se taper dessus » (Schopenhauer).
      Pour ma part, je ne fais jamais usage de l’argument d’autorité. Je vous laisse en tirer la conclusion.

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    • carlo dit :

      @ Pabizou
      « Tout par l’état, tout pour l’état, rien contre l’état, ça vous dit quelque chose? »
      Caricaturer les propos qui nous dérangent et se montrer désobligeant envers ceux qui ne sont pas de notre avis est toujours un aveu de grande faiblesse …

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  18. Mildred dit :

    Dit autrement : si le système parlementaire de la IIIème et de la IVème Républiques ont, malgré les difficultés, pu susciter de véritables hommes d’État, le présidentialisme de la Vème République – depuis qu’elle a renoncé à sa souveraineté et s’est soumise à l’oligarchie de l’UE – n’a plus été en mesure de susciter autre chose qu’une classe dirigeante qui ne dirige plus rien mais qui, au contraire, laisse s’instaurer le chaos à tous les niveaux de l’État.

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    • Mildred, le naufrage de la politique vient-il de l’abandon de souveraineté ou l’abandon de souveraineté vient-il du naufrage de la politique?

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    • Mildred dit :

      Voici ce qu’écrivait Philippe de Villiers en 2015 :
      « … Le désastre ne peut plus être maquillé. Partout monte, chez les Français, le sentiment de dépossession. Nous sommes entrés dans le temps où l’imposture n’a plus ni ressource ni réserve. La classe politique va connaître le chaos. Il n’y a plus de précaution à prendre ni personne à ménager… »
      Le moment est venu de dire ce que j’ai vu – Albin Michel
      Alors, de grâce, essayons au moins de ne pas maquiller le désastre !

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  19. Article parfait. Une Homme d’Etat pense à la génération suivante, un Homme politique pense à sa réélection, ce qui implique d’être souple, très souple, afin d’être adoubé par le parti, lequel est aux ordre du Président de la République.

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  20. Fredi M. dit :

    Où sont passés les hommes d’Etat?
    Les effets des perturbateurs endocriniens, peut-être, une baisse de la qualité du sperme de l’homme occidal… Allez savoir.

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    • Citoyen dit :

      Bien vu Fredi M. !
      C’est très certainement un élément majeur … Associé au fait que l’on trouve de plus en plus de pouf. en politique … Les deux éléments étant liés et se complétant …

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