« Tête dans le cul », ou le syndrome de la vulgarité

Les expressions vulgaires ou salaces prolifèrent à la veille des élections municipales. Un exemple parmi une multitude de paroles du même genre: « Je vais te mettre la tête dans le cul » menace un candidat à la mairie de Marseille. Les élus ou les candidats à une élection sont dans une logique de représentation. leur mission fondamentale, l’essence de leur devoir, est la représentation des électeurs dans une assemblée démocratique. Ils ont donc un devoir d’exemplarité: tout ce qu’il font ou disent, dans l’exercice de leur activité politique, est censé exprimer une parole publique: ils parlent au nom de la société. Cette explosion de la vulgarité (ce n’est là qu’un exemple) est donc inadmissible à plus d’un titre. Elle reflète et elle attise le chaos quotidien. La violence de la vulgarité, de la part de ceux qui prétendent à une mission de représentation, est le miroir grossissant des insultes, des crachats, ou des coups portés par les voyous envers des passants dans la rue. Eh oui, Monsieur. Cette attitude aggrave le discrédit des citoyens dans la politique : la vulgarité, sous toute ses formes, remplit le vide laissé par les convictions et l’espérance d’améliorer la société par l’engagement au service d’une cause. L’expression salace n’est rien d’autre qu’un nihilisme exacerbé. Enfin, la grossièreté qui se banalise porte lourdement atteinte au noyau même de notre identité collective, c’est-à-dire la beauté, la finesse, la richesse de la langue française et de sa littérature, donnant un puissant signal d’encouragement aux progrès de la médiocrité. Eh oui, Monsieur, saccager une langue de civilisation par la vulgarité est strictement de la même nature, sinon pire, que de s’en prendre à un monument historique. Et la France n’a pas davantage besoin de tels élus que des casseurs sur les Champs Elysées ou la place d’Italie.

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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51 commentaires pour « Tête dans le cul », ou le syndrome de la vulgarité

  1. francois dit :

    ça semble quand même être une particularité chez les LREM les violences verbales ou physiques
    Avia qui mord un taxi
    el guerrab qui donne des coups de casque

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  2. cyril dit :

    je vous remercie pour votre humour, cher Maxime, (belles c…, enfin sottises !, concernant B Cazeneuve, mais qui n’en fait pas ?) nous avons , j’ai bien besoin d’humour en ce moment, bien cordialement, Cyril

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  3. Philippe dit :

    Bonjour Maxime, bonjour à tous,
    La violence verbale devient la règle, mais elle le résultat de la médiocrité mise désormais sur un piédestal. La violence verbale est l’apanage des sots, des incultes, des faibles et des incompétents.
    Aujourd’hui, force est de constater que nos politiques font partie de cette catégorie, la médiocrité est leur totem. Il suffit de voir les débats de politiques, de soi-disant intellectuels, essayistes et bien d’autres médiocres, qui, faute de culture se lâchent, lynchent, insultent ceux qui pensent différemment d’eux.
    Nous assistons a des comportements d’adolescents prépubères attardés.
    Dernièrement à la préfecture j’ai vu des maires lors d’une réunion se pointer en jean et baskets. Nous avons un député qui n’a aucun charisme, aucune tenue digne d’un élu. Il inaugura dernièrement une maison médicale où une Kiné et une doctoresse officient. Dans le salon de la kiné le député joua comme un gamin avec les « médecine ball » et avec les barres, à la grande surprise du public. Puis au cabinet médical, il jouait avec le tensiomètre, mon amie docteur le sermonna, lui disant que ce n’était pas un jouet. La sénatrice fût outrée par son comportement. Son discours fût d’une médiocrité affligeante.
    Beaucoup d’élus bafouent leurs fonctions, déshonorent les valeurs de la République. Et le pire c’est que beaucoup se prennent pour des êtres trop intelligents et trop subtils.
    L’ignorance et la bêtise ont toujours conduit au déclin d’une nation, d’un empire ou d’une dynastie…

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  4. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Je ne sais si je dois m’en réjouir ou le regretter mais votre « tête dans le cul » – qui ne sont que des mots – ne me tirera pas une larme, à moi qui ai été habituée, dans ma jeunesse, a chanter les exploits du Père Dupanloup ! Ceci dit je conçois aisément que dans un certain milieu, à la vulgarité truculente, on préfèrera toujours « la merde dans un bas de soie » !

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    • Mildred, « que des mots », peut-être, mais une bande de racailles qui vous agresse sur le trottoir et vous traite de …. c’est la même chose, après il y a les coups, de poing, de pied, de couteau… Bel exemple que donne ce candidat.
      MT

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  5. carlo dit :

    « L’expression salace n’est rien d’autre qu’un nihilisme exacerbé. »
    Nihilisme exacerbé » qui s’exprime aussi dans l’action de l’équipe au pouvoir qui a essentiellement pour projet de détruire et de supprimer (le bac, le statut de cheminot, les régimes spéciaux de retraite, l’ENA …).
    Les normes de civilité de l’ancien monde ont elles aussi vocation à être supprimées : foin de l’hypocrisie et vive le parler cash pratiqué par le PR !

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  6. Tracy LA ROSIÈRE dit :

    Clémenceau qui, lui, avait le sens des formules, des mot d’esprit et le talent pour faire mouche en quelques mots pouvait se permettre une grivoiserie sans qu’elle paraisse vulgaire.
    Faisant, un jour, l’éloge du général Lyautey, il ne put s’empêcher d’ajouter :
    « Voilà un homme admirable, courageux, qui a toujours eu des couilles au cul… même quand ce n’était pas les siennes »

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  7. H. dit :

    Bonjour Maxime,

    « Les élus ou les candidats à une élection sont dans une logique de représentation. leur mission fondamentale, l’essence de leur devoir, est la représentation des électeurs dans une assemblée démocratique. Ils ont donc un devoir d’exemplarité: tout ce qu’il font ou disent, dans l’exercice de leur activité politique, est censé exprimer une parole publique: ils parlent au nom de la société. » Je crois que c’est là une notion qui leur échappe totalement. Si ce n’était que la parole qui était affectée, seules nos oreilles souffriraient. Hélas pour nous et pour ce qui reste de notre démocratie, le mal est très profond. Mépris des décisions de justice, manipulation de l’information, amateurisme dans la gestion des affaires de l’état, absence de sens de l’honneur, etc,… la liste est hélas trop longue. On est très loin de l’idéal démocratique tel que la définit en des mots très simples mais si justes Antoine de Saint-Exupéry: « Une démocratie doit être une fraternité ; sinon, c’est une imposture. » Elle s’apparente de plus en plus à ce qu’en dit Aldous Huxley: « La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie; une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où grâce à la consommation et aux divertissements, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

    « La tendance moderne vers le socialisme signifie une rupture brutale avec toute l’évolution de la civilisation occidentale. [..] Nous abandonnons rapidement non seulement les idées de Cobden, de Bright, de Smith, de Hume, de Locke, de Milton mais encore une des caractéristiques les plus saillantes de la civilisation occidentale telle qu’elle s’est édifiée sur les fondations posées par le christianisme, par la Grèce et par Rome. Ce qu’on abandonne, ce n’est pas simplement le libéralisme du 19e et du 18e siècle, mais encore l’individualisme fondamental que nous avons hérité d’Érasme et de Montaigne, de Cicéron et de Tacite, de Périclès et de Thucydide. »
    La Route de la servitude (1943), Friedrich Hayek
    Nous sommes en plein dedans.

    Bonne soirée

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    • H. dit :

      Cette citation de Hayek est encore plus juste: « Ambition, impatience, hâte d’agir sont souvent dignes d’admiration chez des individus, mais elles sont pernicieuses quand elles guident l’usage du pouvoir de contraindre et de corriger aux mains de gens qui, une fois investis de l’autorité, supposent que celle-ci s’accompagne d’une sagesse supérieure, et par conséquent du droit d’imposer aux autres leurs convictions. »
      « La Constitution de la liberté » (1960)

      Aimé par 1 personne

    • Très beau texte, merci!
      MT

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  8. E Marquet dit :

    Je lis que l’auteur de l’expression vulgaire objet de ce post, serait universitaire, médecin, et Président de l’Université d’Aix Marseille !!!!!

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  9. E Marquet dit :

    Nous faisons partie hélas d’une société d’avachis, aussi bien dans les manières que dans le langage, l’accoutrement, les arts.
    La politesse était une vertu qui fondait une société et lui apportait un surcroît d’humanité. C’était une dimension de la bioéthique, de la loi naturelle.
    Bertrand Buffon, entre autre ancien prof de rhétorique, avait, il y a une dizaine d’année, écrit un petit livre : « Le goût de la politesse. Petit précis des bonnes manières » la politesse, vertu marquant le respect que l’on témoigne à l’autre.
    L’année dernière il a publié un essai « Vulgarité et Modernité ». « La vulgarité a envahi l’espace public. Vulgarité des élites, vulgarité du peuple , chacun s’affranchit de la politesse, du bon goût, de l’esthétique ». Ce serait Mme de Staël qui aurait inventé le terme en 1802. Ses causes relèveraient de la modernité, ce serait « le symptôme d’une modernité qui s’égare ». La vulgarité moderne tiendrait, non à la grossièreté ou l’immoralité en soi des comportements, propos ou idées, mais à la prétention de l’affirmation de soi, aux excès d’assurance de l’individu contemporain et à ses illusions d’auto-suffisance.
    Faut-il être un méchant conservateur pour s’en apercevoir et le déplorer ? En sommes-nous assez conscients pour ne pas nous laisser contaminer, et nous prêter aux écarts de langage qui fleurissent si souvent dans les commentaires d’articles de journaux ou les posts de blogs ?

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  10. Gerard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    La vulgarité va de pair avec toutes les formes de violence, les incivilités et la malpropreté de notre société.
    Les carences d’éducation parentale et scolaire, la crétinisation de masse voulue et organisée par nos dirigeants depuis la plus petite enfance, la consultation et l’utilisation des réseaux sociaux, les sketchs de celles et ceux qui se disent humoristes ou rappeurs et qui ne sont que grossièretés et provocations imbéciles, les pseudos débats organisés par les médias où les protagonistes n’ont quelquefois d’autres arguments que la muflerie ou l’impolitesse, etc. Les raisons sont innombrables et les politiciens notamment ceux qui détiennent le pouvoir et d’une manière générale, toute forme de pouvoir en sont également pour une grande partie responsables en raison du mécontentement général qu’il soit local ou national face à l’absence de résultats concrets pour le plus grand nombre, leur lâcheté à ne pas vouloir régler les problèmes du quotidien connus et visibles de tous, leur arrogance, leurs mensonges et quelquefois leur inaccessibilité une fois qu’ils ont été élus ou qu’ils occupent un poste à responsabilité…tout cela finit par conduire à une forme d’exaspération qui se traduit dans un premier temps par la vulgarité. Tous ces sentiments et ces comportements exacerbés avec le temps ne peuvent conduire qu’à toutes formes généralisées de bassesse et de violence.
    Faut-il également rappeler que même le Président de la République qui devrait être le premier à montrer l’exemple, se comporte à longueur de temps comme un personnage vulgaire en s’affichant avec des individus peu recommandables ou dans des situations inadmissibles ou bien en insultant publiquement une partie du peuple qu’il est censé représenter.

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  11. Jean-Bernard Lasserre dit :

    Hélas, la vulgarité règne à tous les niveaux. Moi qui suis professeur de lycée subis cette forme de violence au quotidien. Le langage est dénaturé, abîmé, élèves et professeurs emploient sans aucune pudeur les mots les plus orduriers. La vulgarité est aussi dans l’attitude et l’habillement. Hier, alors que je surveillait des élèves en train de composer dans le cadre des épreuves de baccalauréat d’essai, j’avais littéralement envie de pleurer tellement le tableau qui s’offrait à ma vue était pitoyable.

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    • JB Lasserre, pourquoi ne pas leur dire, tout simplement. Ma femme qui est professeur prétend qu’elle ne laisse jamais passer un « bonjour » désinvolte de ses étudiants. « Bonjour, Madame… » Et après, ils la remercient (de ce qu’elle me raconte!)
      MT

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  12. Pierre-Jean dit :

    Il y a non seulement la vulgarité mais aussi le laisser-aller dans le langage. Avez-vous remarqué la prolifération chez les membres du gouvernement du pronom impersonnel « on », comme par exemple dans le phrase : « le projet qu’on porte ». Au reste un projet ne se « porte » pas, il se défend

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  13. Doran dit :

    Le simple reflet d’une société où l’inculture et l’ensauvagement sont les mots clés .il n’y a plus aucune distance. Démocratie et Démagogie ,les sœurs siamoises, disloquent tous les repères .
    Nul doute que la vulgarité est la mesure dominante du système .

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  14. CHAMOUARD dit :

    Ah ! C’ eut été Stéphane Ravier qui aurait dit cela que nue t’ont entendu ! En boucle sur France Info pendant une semaine…
    Là, on ne sait même pas à quel parti se rattache l’artiste …..

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  15. Tracy LA ROSIÈRE dit :

    On sait, au moins, à qui on a affaire.
    Ça clarifie, non ?

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  16. cyril de fayet dit :

    bonjour Maxime, bonjour à tous,
    ce matin sur France inter, Bernard Cazeneuve, ancien 1er ministre était l’invité de la matinale , je trouve depuis longtemps qu’il est un responsable politique au dessus de la mêlée, avec des propos , un discours intéressant, sobre, apaisant, sans aucune vulgarité, il connaît l’histoire française et est un homme cultivé.
    bien à vous, cyril

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  17. Madzi dit :

    Ça me rappelle le “ casse-toi pauvre c.. ” d’un élu que vous connaissez bien.

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  18. Michel Fremondiere dit :

    cela existe depuis toujours ,bagarre entre colleur d « affiche, de distributeur de tracts ,et OUI Maxime ,la politique ,le syndicalisme ,c’est une lutte pour le pouvoir ,et tout les moyens sont bon ,,même les illégaux parfois ,d’ailleurs certains anciens président adore cela ,,voyez Macron , tout est bon pour provoquer le bon peuple, il parle tres bien , tres poli, mais en réalité ,i,l nous enfume ,avec ses belles paroles ,et franchement a Marseille ,cela est tout a fait normal , bonne mère,,,,,

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  19. Fredi M. dit :

    Ah ça, que notre époque soit vulgaire et désinvolte en tout est une évidence.
    Ce monsieur est parfaitement dans l’air du temps.

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  20. laregie41 dit :

    D’autant plus navrant que le coupable est également l’ancien président de l’université Aix-Marseille.

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