Philippe Séguin, dix ans, déjà

Philippe Séguin est mort le 7 janvier 2010: dix ans déjà. Un destin inachevé, sans doute. Les plus hautes fonctions qu’il ait exercées sont celles de ministre des affaires sociales et du travail et de président de l’Assemblée nationale. Il fut pourtant le dernier visionnaire. Son discours de 1992 à l’Assemblée nationale sur Maastricht et sur la mondialisation fut proprement prophétique comme le souligne dans le Figaro de ce matin M. Arnaud Teyssier (accessible aux abonnés). Réécoutons-le: ce fut l’un des derniers grands moments de feue, la démocratie française. Il avait une prescience des dangers menaçant la démocratie française, la rupture entre le peuple et sa classe dirigeante et le chaos.  Sa force tenait à une exceptionnelle intelligence de l’histoire, inégalée depuis lors. Sans doute était-il desservi par un caractère complexe, mélange de fermeté ombrageuse et de pusillanimité. Trop intelligent pour se plier aux normes de la politique politicienne?  Comme l’Albatros, Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. Son malaise frappait tous ceux qui l’ont connu. Mais surtout, il est tombé devant la médiocrité de l’époque et la conjuration des médiocres qui triomphe aujourd’hui en plongeant la classe dirigeante française dans une vertigineuse crétinisation et la France dans une logique de saccage et de destruction.

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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22 commentaires pour Philippe Séguin, dix ans, déjà

  1. Coucou dit :

    Bonjour à vous, pour André Lugardon,

    https://www.aelf.org/

    ÉVANGILE
    « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture » (Lc 4, 14-22a)
    Alléluia, Alléluia.
    Le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
    annoncer aux captifs leur libération.
    Alléluia. (cf. Lc 4, 18cd)
    Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
    En ce temps-là,
    lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit,
    revint en Galilée,
    sa renommée se répandit dans toute la région.
    Il enseignait dans les synagogues,
    et tout le monde faisait son éloge.
    Il vint à Nazareth, où il avait été élevé.
    Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
    et il se leva pour faire la lecture.
    On lui remit le livre du prophète Isaïe.
    Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
    L’Esprit du Seigneur est sur moi
    parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
    Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
    annoncer aux captifs leur libération,
    et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
    remettre en liberté les opprimés,
    annoncer une année favorable
    accordée par le Seigneur.
    Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
    Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
    Alors il se mit à leur dire :
    « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
    que vous venez d’entendre. »
    Tous lui rendaient témoignage
    et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.

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  2. Alain De Vos dit :

    Qui à droite a cette stature aujourd’hui?
    Malheureusement aucun!

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  3. MARECHAL dit :

    Merci Maxime.
    J’ai en effet pour Philippe Seguin un trésor inépuisable d’indulgence. J’entretenais avec lui des échanges de vues suivis. Tout le poids de son effort allait à une réconciliation des éléments raisonnables de nos convictions.
    Le 135 ième Anniversaire de « l’entrevue de Plombières » entre Napoléon et le conte de Cavour a eu de quoi nous séduire ce 18 Juillet 1993 lorsqu’il me dit :
     » Alors Claude, ce 135 ième anniversaire sera radiodiffusé ?  »
    ( J’étais ce qu’on appelle pompeusement un Chroniqueur spécialisé à France Inter)

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  4. cyril de fayet dit :

    bonjour à tous, merci Maxime de rappeler Philippe Seguin à notre mémoire,
    en ce 07 janvier, où la rédaction de Charlie hebdo fut massacrée, je viens de terminer la lecture du livre de RISS « 1 minute 49 secondes », ce livre est poignant, sans concession , face à la lâcheté de certains.
    Cyril

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  5. olivier seutet dit :

    J’ai aimé la personnalité de Seguin. Cela date de sa prise de position contre le traité de Maastricht. Son courage à l’époque a été immense : il était la seule grande voix qui s’est élevée contre les opinions moutonnières de la quasi-totalité de la classe politique, l’unanimisme béat des médias, les verdicts définitifs des « experts ». Le courage se salue ; un courage qui lui a probablement coûté sa carrière politique ultérieure (le petit fretin des professionnels de la politique se méfient de ceux qui vont contre les opinions établies). La hauteur de vue est admirable ; elle ne fut pas appréciée par ceux qui préfèrent le court-termisme, les coups et les petites phrases.

    Il n’a pas démérité, ensuite, dans sa propagande passionnée pour la réduction de la fracture sociale. Son tort alors est d’avoir fait confiance à un Chirac qui a fait sombrer dans le ridicule et l’oubli ce beau slogan. Comment en vouloir à celui qui a été trahi ?

    Il n’a pas été lui-même dans sa tentative de prendre la mairie de Paris. Mais la faute en est largement sur les épaules de Tiberi et de ses sbires, et sur l’absence ahurissante de soutien de son « grand ami » Chirac. Sa lassitude évidente a laissé la place à des manœuvres sans gloire et au surplus sans succès final.

    Il est sorti de la vie politique en prenant la présidence de la Cour des Comptes. Dommage pour la politique, tant mieux pour la Cour ; c’est une leçon finale : il n’a pas pris cette présidence comme un « fromage », une place au soleil, mais comme un devoir de servir autrement.

    J’ai aimé sa personnalité aussi pour ses foucades, même lorsqu’elles ne me semblaient incompréhensibles (son admiration pour Mitterand, sa sympathie pour Chirac malgré toutes les avanies qu’il lui a fait subir) ; ses enthousiasmes que je ne pouvais suivre (Napoléon III, les Jacobins …). Il fut pour moi un homme d’état sans état (dommage !), un homme politique non professionnel (il en faudrait beaucoup d’autres), un fonctionnaire créatif et dynamique (un modèle a méditer pour des bataillons entiers).

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  6. Tarride dit :

    Cher Maxime Tandonnet

    Philippe SEGUIN a eu des accents inoubliables pour tenter de sauver l’essentiel mais sans pour autant se laisser aller à l’extrémisme facile et bien de chez nous.
    Il s’est heurté à la réalité non pas politique mais électorale et notamment à l’idée selon laquelle il faut être favorable à Bruxelles pour être élu en France.
    Que ce soit sur l’extrémisme facile ou sur la nécessité d’une Europe des nations, nous sommes toujours confrontés aux mêmes problèmes et nous ne savons toujours pas comment nous en sortir.
    Etre digne de Philippe SEGUIN signifie continuer à chercher sans se laisser fasciner par les prochaines échéances.

    Etienne Tarride

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  7. E Marquet dit :

    Quel homme politique aujourd’hui serait capable de dire :
    « La nation ce n’est pas un clan, ce n’est pas une race, ce n’est pas une tribu. La nation c’est plus fort encore que l’idée de patrie, plus fort que le patriotisme, ce noble réflexe par lequel on défend sa terre natale, son champ, ses sépultures. Car le sentiment national c’est ce par quoi on accède à cette dignité suprême des hommes libres qui s’appelle la citoyenneté ».

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  8. carlo dit :

    Merci Monsieur Tandonnet de rendre hommage à Philippe Séguin, et de nous donner l’occasion de le réécouter.
    Qu’il est dommage qu’il n’ait pas eu de successeurs !

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  9. On pourra également lire en complément l’hommage que lui rendit le blogueur marxiste « Descartes »: http://descartes-blog.fr/2010/01/13/les-grands-hommes-meurent-aussi-hommage-a-philippe-seguin/

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  10. Janus dit :

    Personnage intéressant, mais dont Philippe de Villiers fait un portrait pas aussi lénifiant notamment sur l’attitude de SEGUIN et PASQUA lors du vote perdu sur l’Europe.
    Il faisait partie de ceux qui combattent, mais ne souhaitent pas gagner, de plus en plus nombreux en France aujourd’hui, parce que gagner, c’est assumer les responsabilités qui vont avec la victoire. Les pays ayant des Thatcher ou des Johnson se comptent sur les doigts d’une seule main a l’heure actuelle et nos républicains de pacotille sont comme Seguin, perturbés peut-être par le cours des choses, mais peu soucieux d’être chargé de le faire évoluer

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  11. Angil dit :

    Face à la médiocrité triomphante actuelle, nous devenons effectivement des albatros maladroits !
    Il est certain que diriger un pays qui a donné le mauvais exemple à travers des élites médiocres, ego centrées, méprisantes et sans vision (pas besoin désormais dans un système verrouillé, sa propre préoccupation suffit), laisse des tâches du genre indélébiles…
    Fallait il un courage exceptionnel à Philippe Séguin pour se mouvoir dans un pays aussi sclérosé. Une valeur devenue ringarde pour le malheur de tous.

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  12. Tracy LA ROSIÈRE dit :

    Lu, en son temps, la biographie présentée en illustration.
    C’est une bio « politique », l’une des meilleure sur Séguin.
    L’anecdote nous apprend que le 7 janvier 2010 c’est M. TANDONNET, conseiller de permanence à l’Élysée, qui reçut l’appel de Mme Séguin pour annoncer au chef de l’Etat la mort de son mari .
    Séguin est le seul homme politique que je sois allé écouter dans un « meeting ». C’était au temps de Maastricht. J’en garde un souvenir ineffaçable.

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  13. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Si je m’en réfère à Philippe de Villiers, dans un chapitre qu’il a intitulé : « Les conscrits de Maastricht », qu’il était avec Philippe Séguin, Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement, loin d’être les victimes de la « vertigineuse crétinisation » de la classe dirigeante, ils furent les victimes d’un complot très bien organisé des élites contre le peuple qui nous fit passer de la démocratie à l’oligarchie.
    « … Avec Maastricht, on est passé du gouvernement de tous à la gouvernance d’un aréopage de commissaires, de prétoriens, de banquiers, en mal de contrôle planétaire.
    L’Union n’était qu’un outil. Pour contourner les peuples et leur faire accepter cette forme postmoderne d’oligarchie apatride, aux logiques dissimulées… »
    Philippe de Villiers – Le moment est venu de dire ce que j’ai vu – Albin Michel

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  14. PenArBed dit :

    Philippe Seguin, (discours à l’Assemblée nationale, le 5 mai 1992, sur le traité de Maastricht)
    « Voilà maintenant trente-cinq ans que le traité de Rome a été signé et que d’Acte unique en règlements, de règlement en directives, de directives en jurisprudence, la construction européenne se fait sans les peuples, qu’elle se fait en catimini, dans le secret des cabinets, dans la pénombre des commissions, dans le clair-obscur des cours de justice. Voilà trente-cinq ans que toute une oligarchie d’experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants prend, au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat, des décisions dont une formidable conspiration du silence dissimule les enjeux et minimise les conséquences. »
    Le chômage de masse :
    «le refus de dévaluation se paie du blocage de l’investissement et de l’explosion du chômage», «l’aliénation de notre politique monétaire entraîne l’impossibilité de conduire une politique autonome», «la normalisation de la politique économique française implique à très court terme la révision à la baisse de notre système de protection sociale, qui va rapidement se révéler un obstacle rédhibitoire, tant pour l’harmonisation que pour la fameuse convergence des économies», «dès lors que dans un territoire donné il n’existe qu’une seule monnaie, les écarts quelque peu significatifs de vie entre les régions qui le composent deviennent vite insupportables».
    Le retour des féodalités :
    «L’État fédéral européen (…) serait un État arbitraire et lointain dans lequel aucun peuple ne se reconnaîtrait. Les plus lucides des fédéralistes européens le savent bien et ont une réponse toute prête. Il s’agit d’une Europe des régions laquelle présente l’avantage (…) de mettre hors-jeu les États nationaux»; or, selon l’orateur: «Il n’y a aucune place pour des nations vraiment libres dans un État fédéral; une nation de nations est une contradiction dans les termes, rien de plus.»
    Le nationalisme :
    «Craignons alors que pour finir les sentiments nationaux ne s’exacerbent jusqu’à se muer en nationalismes et ne conduisent l’Europe, une fois encore, au bord de graves difficultés, car rien n’est plus dangereux qu’une nation trop longtemps frustrée de la souveraineté par laquelle s’exprime sa liberté, c’est-à-dire son droit imprescriptible à choisir son destin», «Qu’on y prenne garde: c’est lorsque le sentiment national est bafoué que la voie s’ouvre aux dérives nationalistes et à tous les extrémismes!»

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  15. michel43 dit :

    il avait tant de défaut ,,,,,

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  16. Gerard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Si J. Chirac l’avait épaulé lors de l’élection municipale de Paris en 2001 au lieu de soutenir un politicien médiocre au passé plus que contestable, P. Séguin aurait été élu facilement maire de Paris et cela aurait surement changé beaucoup de choses pour Paris et sans doute pour la France.
    P. Séguin faisait partie des très rares politiciens de grande valeur, qui faisait honneur à la politique et aurait été à mon avis, s’il n’était pas mort si jeune, une personne qui aurait pu devenir Président de la République et redonner à cette fonction un peu de hauteur et d’envergure.
    J’ai débuté ce week-end la lecture de ce gros pavé de plus de 600 pages.

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  17. Alain dit :

    Il nous manque en politique aujourd’hui des penseurs, des visionnaires de la qualité de Philippe Seguin. Je pense que Jean-Pierre Chevènement reste l’un de ceux-ci. Cependant il ne faut pas se morfondre, pleurer sur un passé qui n’est plus. Il nous faut aller de l’avant, et il faut mettre à profit ce que les techniques nous ont apporté. Vous pouvez aujourd’hui organiser des formations, des rencontres, des actions avec les réseaux sociaux. Encore faut-il avoir le courage d’affronter l’inertie des citoyens mais les moyens techniques existent et sont facilement accessibles. Retroussons nos manches et structurons cet éveil citoyen hors des chapelles hormis celle de la connaissance.

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  18. Anonyme dit :

    Bonsoir à toutes et à tous,
    Si J. Chirac lui avait apporté son soutien lors de l’élection municipale de Paris en 2001 au lieu de soutenir un homme au passé plus que contestable, P. Séguin aurait été facilement élu Maire de Paris ce qui aurait changé beaucoup de choses pour Paris et peut-être le pays.
    Ce grand politicien est mort bien trop jeune et il faisait, à mon avis, partie des rares personnes qui disposent des qualités que nous recherchons tous pour faire honneur à la politique et pour représenter dignement notre pays.
    J’ai commencé la lecture de ce gros pavé de plus de 600 pages ce week-end.

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  19. Pierre-Jean dit :

    @Maxime Tandonnet,
    Il y a en effet des hommes politiques qui, par leur stature et leur vision, sortent du lot commun : Philippe Séguin en faisait partie. Mais on pourra lui reprocher son côté nettement vélléitaire : il lui aurait fallu en effet créer un mouvement politique, ce qu’il n’a jamais voulu faire. Je citerai donc volontiers un autre homme politique qui, lui, a justement fait le le pas, avec tout ce que cela pouvait coûter et comporter de risque : mais, Maxime Tandonnet, vous ne serez certainement pas d’accord. Je veux parler de Jean-Marie Le Pen, dont le seul tort aura été d’avoir eu raison avant tout le monde : cette caractéristique me semble en effet très exactement convenir pour qualifier cet homme politique tout à fait exceptionnel, qui surclasse à peu près tous les autres.

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