Entretien bilan 2019, pour Figaro Vox

  • Vous décryptez régulièrement la vie politique française au FigaroVox. Quels événements ont marqué l’année 2019 selon vous ?

Ils sont nombreux…L’incendie de Notre-Dame de Paris en avril dernier vient aussitôt à l’esprit. Notre-Dame, le visage de la France éternelle a survécu pendant huit siècles aux révolutions, aux guerres, aux bombardements, à l’occupation allemande. Elle est finalement tombée sur les négligences, l’indifférence, la médiocrité de notre époque. En octobre dernier, l’attentat contre la préfecture de police de Paris, qui a fait quatre morts : la terreur portée jusqu’au cœur de l’Etat régalien. Pendant deux ou trois jours, la France d’en haut, médiatique, politique, s’est contorsionnée dans tous les sens pour refuser d’admettre la réalité d’un attentat terroriste avant de se rendre à l’évidence : signe de toute la lâcheté et l’aveuglement d’une époque. Et puis, la déception de la droite aux élections européennes de juin dernier, la preuve qu’elle n’a pas encore su trouver les mots pour regagner la confiance populaire.

  • Concernant la déroute de la droite française, force est de constater que tous les partis de droite en Europe n’ont pas connu la même année 2019 que Les Républicains ! En Autriche, Sebastian Kurz a remporté un succès spectaculaire en septembre ; quant à Boris Johnson, il a auréolé les Tories d’une victoire historique il y a quelques semaines. Quel est leur secret ?

Ils n’ont pas de recette magique, mais simplement des démocraties qui fonctionnent mieux que la nôtre. Chez nous, sur la sécurité, l’immigration, les politiques économiques et sociales, l’école, l’autorité de l’Etat, il serait facile de réunir une majorité d’idées de 55 ou 60% des Français au moins. Seulement, tout est fait pour l’empêcher. Le système présidentialiste repose sur l’émotion collective autour de l’image d’un candidat, conditionnée par l’exposition médiatique. Le débat d’idées et les choix de société sont dès lors absents des élections présidentielles. Ensuite, les législatives ne font que confirmer le vote présidentiel. C’est ainsi que subrepticement, en faisant croire aux Français qu’ils élisaient une idole, un sauveur providentiel, on a détruit le débat démocratique. La démocratie parlementaire, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche, en Italie, a aussi ses défauts, mais elle préserve un choix avant tout fondé sur des projets et des hommes qui sont à leur service.

  • Que souhaitez-vous aux responsables politiques de droite pour 2020 ?

Qu’ils ouvrent les yeux. Qu’ils comprennent à quel point les Français ne supportent plus la dérive narcissique de la vie politique, sa confiscation par des individus qui se croient plus intelligents que tout le monde, des demi-dieux au-dessus du commun des mortels, auxquels tout est dû. Qu’ils aient l’intelligence et la lucidité suffisantes pour réaliser que la France n’est pas au service de ses dirigeants politiques mais que ces derniers sont au service de la France, et seulement le temps nécessaire. Qu’ils se montrent capables de s’unir pour refonder la politique française dans un sens qui mette fin à toute forme de mégalomanie, de vanité, de morgue et de mépris des gens. Qu’ils réalisent que la confiance du peuple se gagne par l’action dans l’intérêt général et non pas le trafic des postures, des illusions et des chimères. Qu’ils sachent réconcilier la politique avec la vérité, le travail humble au service du pays et l’écoute sincère de ce dernier.

  • Et aux Français ?

Une prise de conscience collective que leur destin, in fine, ne dépend que d’eux-mêmes, pas seulement aux présidentielles, mais aussi aux municipales et aux législatives. En mars 2020, puis en mai et juin 2022, eux seuls tiendront entre leurs mains l’avenir du pays à travers leur bulletin de vote. Le système présidentialiste se prête aux manipulations, tant il est facile de conditionner les esprits autour d’un visage, sublimé ou maudit. Il a manifesté toute sa toxicité en 2017 : matraquage médiatique pour diaboliser un candidat, pour en diviniser d’autres, et pour organiser une « finale » ne laissant aucune place au doute. Il en sera de même en 2022. J’espère de tout cœur en l’émergence d’une lucidité populaire pour déjouer le piège infernal.

  • L’année 2019 a été marquée par des mouvements de colère populaire, en France bien sûr avec le mouvement des « gilets jaunes » et la contestation de la réforme des retraites, mais aussi en Algérie, à Hongkong, au Pérou… A-t-on assisté à une forme de « réveil des peuples », à une contestation généralisée de l’ordre néolibéral établi ?

La quête de la liberté, alimentée par les facilités de communication et les réseaux sociaux, me semble être le commun dénominateur à ces mouvements. En Algérie, la révolte contre un régime militaire ressenti comme étouffant la société civile ; à Hongkong, un soulèvement contre la domination de la Chine communiste. En France, le chaos qui règne depuis plus d’un an à travers les Gilets Jaunes, puis le mouvement social actuel, est le signe d’un malaise démocratique. Dès lors que tout espoir est perdu de changer le cours des choses par la voie démocratique, on assiste à un double phénomène : une poussée historique de l’abstentionnisme (plus de 50% aux dernières législatives) et une succession de soulèvements de la rue pouvant dégénérer en violence.

  • Plusieurs soldats français ont à nouveau trouvé la mort cette année, notamment au Mali dans un accident qui a particulièrement ému l’opinion. Rappelant par leur sacrifice celui, plus discret, de milliers d’hommes et de femmes engagés au quotidien pour le bien commun. On a beaucoup écrit au sujet de Jean-Paul Delevoye ou de François de Rugy par exemple, qui ont trahi aux yeux de beaucoup l’idéal du service de l’Etat, mais l’arbre qui tombe ne fait-il pas plus de bruit que la forêt qui pousse ?

Belle image en effet ! Depuis plusieurs années, voire décennies, les marques de cynisme de quelques hauts personnages de vie politique ou médiatique française ne cessent de se multiplier. Le principe est toujours le même : les plus enclins à donner des leçons de morale et de civisme au peuple se livrent à des comportements indignes qui sont à l’inverse de leurs sermons et expliquent une bonne part du dégoût des Français pour la politique. Mais la France, c’est aussi l’image de ces jeunes soldats qui ont donné leur vie pour la France, et puis la France profonde, celle des ingénieurs, des entrepreneurs, des militaires, professeurs, étudiants, agriculteurs, élus locaux, qui se consacre au travail, modeste et discret, aime son pays et qui fait de son mieux, loin des néons de la vanité.

7)      Pour finir, y a-t-il une lecture qui vous a particulièrement marqué cette année ?

J’ai beaucoup aimé le livre de M. Arnaud Teyssier, de Gaulle 1969, publié par les éditions Perrin. Il revient sur le référendum perdu du 27 avril 1969 et le geste de dignité suprême du Général, donnant sa démission de chef de l’Etat. L’auteur souligne la grande ambition du général de Gaulle autour de son projet de participation qui visait à donner un tout autre destin au pays en associant étroitement le peuple à son avenir. Cet événement marque un tournant dans l’histoire politique de la France.

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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12 commentaires pour Entretien bilan 2019, pour Figaro Vox

  1. Sganarelle dit :

    Bonne année monsieur Tandonnet .. merci d’exister et permettre que nous existions . Courage pour l’année qui vient et qu’on pressent difficile ..

    Quand j’ai entendu les premiers mots des vœux présidentiels j’ai fermé mon poste
    «  mes chers concItoyens de l’HEXAGONE » ( sic)
    Vous sentez- vous les enfants d’une figure géométrique ?,,,
    Et pour finir l’éternel «  vive la France » après «  vive la république » .. l’inverse aurait un autre sens.
    Ne jamais oublier les symboles ils ont plus d’importance qu’on ne pense et les débuts d’un discours donnent le ton.

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  2. Coucou dit :

    Bonjour à vous, Pour Notre Dame De Paris une bonne nouvelle,
    https://www.lepoint.fr/societe/la-charpente-de-notre-dame-sera-reconstruite-a-l-identique-31-12-2019-2355452_23.php

    Bonne année à vous tous et surtout une bonne santé .

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  3. philippe dit :

    Bonjour Maxime, bonjour à tous,
    Que dire de plus? vous avez tout dit.
    Je vous souhaite à vous Maxime et à tous les blogueurs mes meilleurs voeux pour cette année 2020 qui sera mouvementée. Puisse 2020 vous apporter, bonheur, santé et prospérité à vous et vos proches. Au plaisir de vous lire tout au long de cette année, dans le débat d’idéeset le respect de l’autre.

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  4. Annick Danjou dit :

    Avez vous essayé d’aller aux Champs Elysées ce soir? C’est scandaleux, toutes les rues étaient interdites, nous avons dû marcher pendant 45mn pour arriver à notre point de rencontre. Les gens fouillés, les bouteilles mises à la poubelle, de nombreux étrangers qui ne comprenaient pas vraiment les raisons de cette mascarade. La France devient un pays épouvantable et c’est catastrophique. Nous avons parlé avec des londoniens, des belges qui ne comprennent plus ce qui se passe chez nous. Macron est dans son bunker et il a peur pour sa vie mais vraiment il serait temps que nous changions de président. Très bonne année à toutes et à tous si toutefois l’année 2020 nous apporte un peu de réconfort.

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  5. Toute ressemblance avec la situation présente ne serait que le fruit d’une imagination débordante:

     » La soif d’innovations  qui depuis longtemps s’est emparée des sociétés et les tient dans une agitation fiévreuse devait, tôt ou tard, passer des régions de la politique dans la sphère voisine de l’économie sociale. En effet, l’industrie s’est développée et ses méthodes se sont complètement renouvelées. Les rapports entre patrons et ouvriers se sont modifiés. La richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans l’indigence. (…)
    Nous sommes persuadés, et tout le monde en convient, qu’il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu’ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère imméritées. Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Eglise, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires. (…)  »

    Pape Léon XIII dans l’encyclique Rerum novarum du 15 mai 1891

    Aimé par 2 personnes

  6. Gerard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    La colère qui anime une grande partie des Français n’est pas prête de retomber et ce ne sont pas les coups de menton ou les provocations d’E. Macron qui en viendront à bout.
    La France n’est plus qu’un champ de ruines : du système éducatif qui ne crée plus qu’une majorité de crétins incultes, du chômage de masse qui ne diminue qu’à la marge, du nombre de miséreux, de la violence devenue exponentielle et incontrôlée, du communautarisme, de la désinstrualisation, du manque de contrôle de l’immigration, de la dette publique, des budgets toujours en déficit, du manque d’économies structurelles, de l’arrivisme arrogant…
    Et en face nous avons quoi ? des syndicats déconsidérés, marginalisés, accrochés comme des arapèdes à leurs « acquis » devenus injustifiables et insultants pour la majorité des salariés . Des partis politiques d’un autre âge où règnent le clientélisme et la mégalomanie, incapables de réagir et de réfléchir et tout compte fait en état de mort lente sans qu’ils ne s’en rendent encore compte.
    Alors, il faudra une sacrée dose de discernement, de bon sens et de volonté pour que les Français qui en sont encore capables se décident à revenir aux urnes et à réagir autrement que pas des mouvements créés spontanément par les réseaux sociaux, anarchiques, incontrôlés et dégénérant en violence qui ne peut entraîner autre chose en retour qu’une plus grande violence.
    Bonne année 2020 à toutes et à tous.

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  7. carlo dit :

    « Et puis, la déception de la droite aux élections européennes de juin dernier, la preuve qu’elle n’a pas encore su trouver les mots pour regagner la confiance populaire. »
    La solution passe-t-elle par une résurrection de la droite ?
    La gravité de la situation de notre pays n’exige-t-elle pas plutôt de transcender les clivages partisans et même le clivage droite-gauche, comme le pensent EM, MLP et même JLM ?
    « Fou qui fait le délicat
    Fou qui songe à ses querelles
    Au coeur du commun combat »

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  8. hastings61 dit :

    Merci Mr Tandonnet pour toutes vos chroniques. A chaque fois, je me retrouve dans vos propos que vous exprimez si bien et moi si mal. Pour moi 2019 représente le chaos, la descente aux enfers et le vide abyssal de ce gvt qui ne sait pas faire. La tâche est immense pour remettre le pays sur les rails et je ne sais pas comment cela peut être fait tant qu’une certaine gauche existera, tant que l’on
    recyclera des incompétents ( eg. Sego…) tant que l’on donnera des privilèges aux politiques (celui qui perd disparaît et fait autre chose de sa vie ( entendez- vous parler de D Cameron ? Non. )) tant que l’on nous dira ce que l’on doit dire, faire et penser. Je n’en peux plus. Je veux être libre de décider ce qui est le mieux pour moi; si je me trompe tant pis. Il faut libérer le pays de cet étatisme qui nous étouffe (les hauts fonctionnaires ont pris ce pays en otage), et plus que tout faire de l’education nationale la priorité des 10 prochaines années. Il nous faut un leader qui abhorre le politiquement correct et qui casse la baraque. Nous n’avons plus le choix et c’est tant mieux.

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