Défense de Bernard Pivot

M. Bernard Pivot est pris dans la tourmente et à son tour, en cours de lynchage médiatique. Il est accusé d’avoir, en 1990, fait preuve de complaisance envers l’auteur de livres à connotation pédophile Gabriel Matzneff.

La vérité, c’est que la pédophilie, cette abominable perversion, jusque dans ces années, était admise voire vénérée par toute une intelligentsia issue de mai 1968. Par souci judiciaire, je ne donnerai pas de nom et n’en laisserai pas paraître dans ces pages. Mais combien de chantres de la pédophilie, à cette époque, trônent aujourd’hui à la tête des plus hautes institutions nationales, fromages de la République? Combien font figure d’autorités morales intouchables? Le Monde et Libération, en 1977 et 1979, publiaient des pétitions, signées par des dizaines d’intellectuels, philosophes,  politiques, chanteurs, vedettes du star system, aujourd’hui au-delà de tout soupçon, véritables icônes de la moralité publique et de la pensée correcte, en appelant à la  reconnaissance et à la dépénalisation de la pédophilie.

Qui a signé ces pétitions? Qui a donné le feu vert pour qu’elles paraissent dans la grande presse? Pourquoi ce deux poids deux mesures, pourquoi cette totale impunité morale voire ce droit à l’oubli, à l’enfouissement,  dont bénéficient certains journaux, personnalités politiques ou des intellectuels véritables ou supposés qui ont légitimé des pratiques immondes? La vérité c’est que la pédophilie a été encensée par des personnalités qui furent au cœur de l’idéologie dominante, progressiste,  française, soixante-huitarde.  A l’époque, il fallait « interdire d’interdire ». A cette époque, les plus grands noms de la gauche morale, qui gouverne les esprits depuis un demi-siècle,  prônaient la libéralisation de la pédophilie. Voilà ce qu’il faut aujourd’hui dissimuler et faire taire à tout prix.

Bernard Pivot, dont l’image de sagesse et de modération est aux antipodes de cette idéologie, fait aujourd’hui office de bouc émissaire. Il fut pourtant un personnage hors norme des années 1970 à 1990. Il a profondément marqué la France en répandant l’amour des livres. Bernard Pivot avec son émission Apostrophe a réalisé un immense exploit, jamais égalé: concilier la culture et le plaisir populaire, faire rêver les Français avec des livres. Il invitait les écrivains et personnalités reconnus de son époque qui en ce temps-là, faisaient consensus.

Lui même, que l’on sache, n’a jamais, au grand jamais  porté un jugement positif sur des mœurs répugnantes car touchant à des enfants. Et comment le tenir pour responsable de déclarations – abominables –  proférées lors de son émission mais qui étaient conformes à la bonne conscience de toute l’intelligentsia, de toute la classe dominante et influente d’une époque? Le même microcosme qui le fustige aujourd’hui pour avoir donné la parole à Gabriel Matzneff, vomissait Bernard Pivot, à l’époque, pour avoir laissé, sur le plateau d’Apostrophe, la courageuse Denise Bombardier descendre en flammes l’amateur d’adolescentes. Le journaliste était accusé, par toute la France « d’en haut », d’avoir « piégé »  cet auteur culte d’une époque. Quel sens il y a-t-t-il, trois décennies plus tard, de lui reprocher exactement l’inverse?

Que d’hypocrisie, que de tartuferie! Bernard Pivot est un grand Monsieur incarnant l’honnête homme du XVIIe siècle, cultivé, modeste, discret et courtois.  Il a su, au cours des grandes années d’Apostrophe, donner aux Français la passion des livres, de la littérature, de l’histoire, et même stimuler leur intérêt pour l’orthographe. Bref, il incarne à sa manière l’ancienne intelligence française. C’est sans doute la raison profonde de son lynchage par une époque vouée au culte de la servilité, de l’abêtissement de masse et de l’instinct du troupeau.

NB: les blogs autres que ceux figurant dans la liste des blogs amis ci-jointe ne sont pas autorisés à reprendre mes billets sans mon accord. 

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

47 commentaires pour Défense de Bernard Pivot

  1. Bernard Pivot n’est pas compliqué à comprendre : c’est un conformiste comme il y en a tant.

    Toujours dans le sens du vent. La mode d’hier était noire, il était pour. La mode d’aujourd’hui est blanche ? Il est pour, aussi. Bref, un lâche. Pas une espèce rare. La lâcheté est facile, confortable, et il n’y a aucun doute que M. Pivot aime son confort.

    Voir La médiocratie, le pouvoir des médiocres, d’Alain Deneault.

    Moi, par goût de la contradiction, j’ai envie de défendre G. Matzneff, qui n’est pas sans arguments (notamment le fait que les parents savaient et ne faisaient rien pour l’empêcher).

    J'aime

  2. Zonzon dit :

    Si ça veut marcher ça pourrait être Azincourt, la « débandade », la liquidation de la société délirante mise en place par « 69 » moins 1 ; la mise au chômage des défonceurs de l’ordre divin, bafouant la sexualité inscrite dans la nature dès le premier instant de la création ; le pilori pour les rustres frustes dégoulinant de stupre ; la faillite des voyagistes En Marche vers l’Orient ; l’anéantissement de la caste des grandgourous germanopratins pédalant quelques centaines de mètres vers l’Est pour aller s’installer voluptueusement au Collège de France ; la giclée expulsante et libératrice des médiatico-politiques de l’Athélé, fabricants de Macro-noeuds à la louche !

    Si ça veut marcher !

    Il fut un temps où les pères et mères de famille tenaient un discours étranges à leurs enfants. Méfiez-vous, disaient-ils, de ces beaux messieurs qui s’approchent de vous, souriants, allègres et pomponnés, qui vous offrent des bonbons et qui proposent de vous emmener au cinéma ou tout autre lieu . . . sauvez-vous en courant, criez si besoin et n’ayez crainte d’ameuter la foule . . . car ce sont de mauvaises gens qui font du mal aux petits enfants !

    Quelle époque !

    À l’école communale c’était pire. Les meneurs des grandes classes poussaient les mioches à jeter des pierres sur les adultes mâles, inconnus suspects « qui faisaient la sortie des écoles » !

    Quelle époque, où l’on poussait les enfants à lapider de braves citoyens !

    Bon !

    Alors 68 vint et sa merveilleuse libération des mœurs ! Tous, toutes étaient dans tous et toutes, et réciproquement ! Tout à lavement !
    Et le vendredi, à la veillée, on s’assemblait, pelotonné autour du poste, pour admirer virevoltant autour du Pivot central, toutes les célébrités du moment, formant et déformant les classes populaires !

    Quels chatoyants défilés nous vîmes! Comment tous les nommer, qui se bousculaient les uns sur les autres pour parvenir à ce pinacle savoureux, cet instant fulgurant tout à la fois unique mais avec jamais le même ! Ils ne vinrent pas tous mais tous étaient « tantés » !

    Tous n’étaient pas abjects et nous en vîmes que nous aimions. Ainsi de ce Dominique Fernandez que nous admirions pour ses premiers livres sur la chère Italie et qui nous annonça son union avec un photographe très développé ! Et Julien Green, immense auteur catholique dont le Journal est à demeure sur la table de nuit ! Et ce Gide dont tout est bon sauf les romans et qui ne vint pas faute d’être mort !

    Et de ce chapelet de ceux qu’on n’aimait pas du tout, même ceux qui n’en étaient pas ! Oublions Bukowski, qui n’était qu’un alcoolique, ou la Venus mégallipyge du Nouveau-Brunswick et des alentours, future académicienne et vautrons-nous sur C*hn-Bendit 68 fourrageant dans sa braguette ; sur Lacan qui n’en était peut-être pas, sur Foucault et Barthes qui en étaient – ce dernier finit par empaler un véhicule – et sur Bourdieu, au physique de moniteur de ski, chantre de l’égalité procustienne, tous de la grande maison de la rue des « Écoles » ; sur Roger Peyrefitte – la tante de l’autre – qui se trémoussait sur son fauteuil ; et ce dernier qui va clore ce défilé, le père noble de la bonne presse durant 50 ans, le très honorable Jean Daniel qui insulta Soljenitsyne devant des invités impavides !

    Cette affaire Matzneff pourrait (!) provoquer un électrochoc, la mise en évidence d’une culpabilité collective, une renaissance intellectuelle et morale, un ressaisissement culturel, la remise en marche de l’Espace Culturel Européen !

    Fume petit !

    J'aime

  3. artofuss dit :

    A reblogué ceci sur MEMORABILIAet a ajouté:
    Comme à l’accoutumée, la gauche se permet, avec son opportunisme habituel, de nouveaux autodafés où elle renie gaillardement sa doxa précédente. Merci à Maxime Tandonnet de rappeler les oukases soixante-huitards et d’évoquer ces temps où des Danny-le-Rouge et autres idoles du laisser faire tenaient le haut du pavé avec la bénédiction de ministres dans le vent. « Les Français ont la mémoire courte », disait De Gaulle, et j’ajouterai pour mapart « particulièrement ceux de gauche ». Hier, il était « interdit d’interdire », aujourd’hui, il est interdit (à certains) de s’exprimer, voire d’exister: le terrorisme gauchiste vit un nouvel avatar, il tient pour l’instant le haut du pavé, mais il ne peut gommer les mémoires. L’avenir dira…
    Artofus.

    J'aime

  4. Koufra dit :

    Soyez sérieux deux secondes … il n y a aucun lynchage de monsieur Pivot sur ce forum (honnêtement je n en ai vu nul part ailleurs).

    Par contre les insultes qui commencent à fuser de la part des gens qui pensent le défendre ne sont pas très dans l esprit de ce qu’a été ce forum jusqu ici.

    Cette période nous l’avons tous vécu semble t il … et moi je me place du point de vue du droit actuel et passé vis à vis de ces gens qui ont commis ou promu la pedophilie … (Monsieur pivot même si son émission fut ambiguë n est ni dans un cas ni dans l autre)

    Si vous avez des arguments essayez d être factuels, la seule approche raisonnable, c est le droit, qui n est pas la morale.

    J en reviens donc à ma question initiale : pourquoi des puissants pedophiles notoires ne sont ils pas poursuivis et même sont ils protégés de la justice de leur pays?

    J'aime

    • Koufra, en effet sur ce forum, aucun lynchage, je n’aurais pas laissé faire et pas d’insulte non plus, en tout cas pas constatée de ma part.Le lynchage de Bernard Pivot a lieu sur les réseaux sociaux (FB Twitter).
      MT

      J'aime

  5. Stéphane B dit :

    Bonjour Maxime, bonjour à vous tous,

    Un article qui tombe à point nommé concernant cette affaire:
    https://www.ladepeche.fr/2019/12/28/affaire-gabriel-matzneff-la-discrete-intervention-de-francois-mitterrand-en-1990,8630902.php

    Bon weekend

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.