Au bord du gouffre? (pour Atlantico, avec M. Bruno Cautrès)

  1. Une étude BVA montre qu’une majorité de Français estime que M.  Macron agit au jour le jour. Dans quelle mesure les mobilisations massives du 5 décembre illustrent-elle un mécontentent lié à l’absence de représentation politique satisfaisante ?

Cette mobilisation correspond à un climat général de mécontentement. « En ce moment notre pays, je trouve, est trop négatif » a reconnu le chef de l’Etat lui-même devant les étudiants à Amiens. Ce propos est particulièrement révélateur d’un état de révolte qui fermente. Le niveau de confiance dans le pouvoir politique est au plus bas. Confiance dans le président à 28% selon Elabe le 7 novembre et encore plus faible pour le Premier ministre (26%) […] Sa présence médiatique permanente, sa parole intarissable, produisent une violente accélération de l’usure du pouvoir. La profusion des mots et des apparitions est perçue comme le voile d’une déconnexion des réalités et du renoncement à traiter les problèmes de fond. Et puis, à travers cette débauche de communication, il donne lieu au soupçon de préparer avant tout sa réélection. Le plus étrange est qu’il ne paraisse pas avoir conscience de cet effet délétère. Or, une réforme difficile, contre les syndicats, ne peut réussir qu’avec l’appui de l’opinion publique. La crise de confiance actuelle ne se prête pas à une épreuve de force.

  1. Un peu moins de la majorité des Français est opposée aux régimes spéciaux des retraites (sondage Ifop); pour autant, ils seront nombreux à soutenir la manifestation du 5 décembre. Il y a donc véritablement un mouvement de fond. Par quoi est-il alimenté ?

[…] Cela ne se limite pas à un mouvement de protestation contre l’actuel gouvernement. Le sentiment qui prévaut dans le pays est celui d’une carence de la démocratie. Une partie de la population ne croit plus en la possibilité de changer le destin du pays par la voie des urnes. 87% des Français pensent que les politiques ne tiennent aucun compte de leur avis (cevipof). Le taux d’abstention, lors des dernières législatives en juin 2017, a dépassé les 50% ce qui ne s’est jamais produit dans l’histoire. Aucune possibilité d’alternance crédible au pouvoir d’En Marche n’émerge aujourd’hui. Dès lors que la colère ne peut plus s’exprimer par les urnes ou à l’Assemblée, elle s’exprime par la grève, les manifestations et les émeutes violentes.

  1. Les mobilisations des Français sont différentes selon leur orientation politique. Comment expliquer que ce mouvement n’ait pas transcendé les logiques partisanes ?

[…] Attention! le spectre d’un mouvement comparable à celui de novembre/décembre 1995 se profile dangereusement. Le détonateur est le même : les régimes spéciaux de retraite. La mobilisation syndicale est aussi forte. La menace d’un blocage généralisé du pays, sur une période comparable, la fin de l’année, semble se répéter.

Les Français n’avaient pas pardonné à leur Premier ministre de l’époque, Alain Juppé d’avoir provoqué le blocage du pays pendant trois semaines, entraînant un véritable enfer pour les usagers des transports publics. Les conséquences politiques avaient été gravissimes : une impopularité vertigineuse, la dissolution de 1997 suivie d’une catastrophe électorale pour l’équipe au pouvoir. Aujourd’hui, le président de la République est personnellement en première ligne aux yeux de l’opinion. Un blocage durable du pays, accompagné de violences et probablement suivi d’une capitulation (comme pour la « taxe carbone »), achèverait de décrédibiliser la seconde partie du mandat et de compromettre ses chances de réélection.

 

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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14 commentaires pour Au bord du gouffre? (pour Atlantico, avec M. Bruno Cautrès)

  1. Citoyen dit :

     » Au bord du gouffre?  »
    Je dirais plutôt, Maxime, que la France est en chute libre dans le gouffre, entrainée vers le fond par le boulet qu’elle s’est accrochée à la patte, de plus de 2 millions de ponctionnaires … Boulet qu’elle traine depuis longtemps, dont elle n’a pas su se libérer, avant de basculer …

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  2. Mildred dit :

    Soyons optimistes comme nous le demande notre président et disons : tant que nous ne sommes qu’au bord du gouffre , ça va !

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  3. Coucou dit :

    Bonjour à vous, une vidéo bien intéressante et inquiétante, de Zémmour & de Laurent Alexandre

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  4. Citoyen dit :

     » Un peu moins de la majorité des Français est opposée aux régimes spéciaux des retraites (sondage Ifop); pour autant, ils seront nombreux à soutenir la manifestation du 5 décembre. Il y a donc véritablement un mouvement de fond. Par quoi est-il alimenté ?  »
    Ce qui prouve que la majorité des français sont des abrutis, puisque ceux qui paient ces régimes spéciaux sont justement ceux qui n’en bénéficient pas eux-mêmes. Et s’ils n’en bénéficient pas, c’est que, les payant aux autres, ils ne peuvent aussi se les payer à eux-mêmes ! …
    Ou alors, et c’est encore plus grave, cela veut dire que ceux qui bénéficient de ces régimes spéciaux, représentent plus de la moitié de la population. Et dans ce cas, cela confirme bien que ce pays est foutu !

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  6. H. dit :

    Bonjour Maxime,

    Je m’interroge sur la santé intellectuelle de nos dirigeants et sur la pertinence de la réforme annoncée.
    Faut-il que la situation soit grave pour que ce pouvoir aux abois lance une réforme aussi complexe alors qu’il n’a jamais été aussi peu apprécié? Si je n’accepte pas les grèves pathétiques des personnels des services prétendument publics (je rappelle que, sauf exception, ces régimes de retraite sont tous en déficit chronique et ne doivent leur survie que grâce aux milliards que l’Etat, c’est à dire nous, injecte annuellement pour les maintenir à flot), je comprends ceux dont les caisses sont semble-t-il bien gérées et qui vont voir tous les efforts accumulés depuis des années réduits à néant (Bastiat appelle ça très justement la Spoliation: « l’État se résume à une vaste machinerie conçue délibérément dans le but de s’emparer de la propriété de certaines personnes, sans leur consentement, afin de la transférer à d’autres. » dans https://www.contrepoints.org/2013/02/16/115004-frederic-bastiat-sur-la-spoliation-legale et http://bastiat.org/fr/spoliation_et_loi.html). De deux choses l’une, soit la situation est absolument dramatique ce qui explique qu’une réforme d’une telle ampleur soit lancé au plus mauvais moment du quinquennat; soit nous sommes gouvernés par des personnages à la connaissance de la psychologie élémentaire très limitée, ce qui n’augure rien de bien pour les mois à venir. L’épisode des Gilets jaunes n’aura donc servi à rien.

    Bonne journée

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    • Janus dit :

      Effectivement la situation est dramatique, mais les moyens qui sont recherchés par le pouvoir ne permettront pas d’y faire face. Je rappelle que jusqu’en 1981, l’age normal de départ à la retraite était de 65 ans ! La reforme imbécile de cette crapule a abouti à une dégradation de la solvabilité des régimes de retraite. De l’avis de TOUS les économistes, une reforme paramétrique suffit : recul de l’age normal de départ à la retraite de 60 à 65 voire 67 ans et le problème le plus aigu est résolu. resterait à traiter du caractère scandaleux des régimes publics et spéciaux. Cela peut se faire progressivement, en parallèle d’un dégraissage MASSIF des effectifs de la fonction public territoriale qui est pléthorique, inutile et inefficace.
      Mais MACRON et ses séides ne s’y attaquerons pas, puisque c’est leur seule troupe.

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  7. michel43 dit :

    STOP a ce président qui se mêle de tout et est partout ,a quoi sert ce premier ministre,, ,,a pas grand chose ,franchement ,je ne crois pas a un vrais blocage ,,mais plusieurs accourt ,Jupiter se croit indispensable , alors attendons les prochaine élections ,,,,

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  8. Sganarelle dit :

    Pourquoi au lieu de paralyser le pays ne pas privilégier la gratuité des services ? …financièrement ce serait autant préjudiciable mais les usagers seraient moins affectés.
    Ce que l’on prévoit arrive rarement .. c’est pourquoi il faut prévoir le pire afin de faire partie des gens «heureusement déçus » . Une manière comme une autre de se préserver et rien à voir avec la sinistrose nationale dont parle notre président.
    «  heureux comme Dieu en France » disaient les anglais.. nous ne le sommes plus guère puisque la vie moderne emporte à l’étranger nos jeunes sortis des écoles, ce qui était l’exception autrefois. La France reçoit des migrants mais devient aussi un pays de migrants… sans doute est-ce là le grand remplacement ? Quoiqu’il en soit nous avons perdu notre souveraineté et nous sommes noyés dans le nouveau mondialisme . Notre président olympien a des pouvoirs limités il continue sa course comme un oiseau sans tête vers un possible krach financier… Mais ceci eprédiction donc…espérons être «  heureusement déçus  »

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  9. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    A 10 jours du début de la grève générale, on voit très bien les positions parfaitement figées des uns et des autres et ce n’est pas la mascarade des pseudos réunions de négociation d’aujourd’hui et de demain qui changera quoi que ce soit.
    Vendredi dernier, E. Macron a clairement indiqué la position du gouvernement en minimisant voire en ne tenant pas compte du climat social délétère : « c’est une grève de celles été ceux qui veulent maintenir les régimes spéciaux ». C’est une faute majeure du Président qui montre ainsi qu’il feint d’ignorer la colère qui monte dans toutes les classes sociales et qui veut limiter les négociations au seul sujet de la réforme des retraites.
    Nous allons donc assister à un nouveau rapport de force comme en 1995 et je persiste à penser que nombre de personnes travaillant dans le secteur privé pourtant gênées par la grève, soutiendront pendant quelques jours ce mouvement en espérant faire également plier nos dirigeants sur toutes les revendications. C’est ce que nos médias appellent la « grève par délégation ».
    E. Philippe tente une manœuvre un peu plus habile mais toute aussi maladroite que la raideur intellectuelle d’A. Juppé, il laisse planer le doute sur les contours et la date d’application de la réforme des retraites, cette posture me parait inappropriée et montre que le projet est mal et incomplètement étudié, ce qui est incompréhensible et inaudible après plus de deux ans de concertation par une kyrielle de hauts fonctionnaires. Le gouvernement semble naviguer à vue : l’exemple de la « clause du grand-père » mise un moment en avant par le 1er ministre lui-même puis très vite retirée par simple bon sens et après publication des chiffres alarmants du C.O.R.E.
    En fait le gouvernement a peu d’options devant lui et il sait parfaitement qu’il devra « lâcher » soit quelques « victoires » soit des « miettes » aux organisations syndicales.
    Il ne peut pas prendre le risque de décrédibiliser définitivement plusieurs organisations syndicales au profit d’une seule, ce qui mettrait fin à son mantra du dialogue social déjà bien mis à mal et ne ferait qu’aggraver le conflit et sa violence, notamment dans les transports.
    Il ne peut pas prendre également le risque d’un conflit long et inévitablement violent qui affaiblirait un peu plus l’économie du pays et qui l’obligerait à négocier tous azimuts car il n’en a plus les moyens.
    Face à l’Europe et à son électorat qui se réduit, E. Macron n’a plus vraiment le choix, il se soit de concentrer son action et de tenter de mettre en œuvre la réforme des retraites coûte que coûte et c’est donc ce sujet qu’il devra, très vite clarifier et amender sur ce qui est possible notamment sur les problèmes évidents de pénibilité jusqu’alors peu évoqués.
    Mais il n’est pas sûr que les Français se satisfassent de ce seul sujet.
    Reste la durée possible du conflit à l’approche des fêtes et des congés de Noël et de fin d’année et il est à craindre que le temps nécessaire aux négociations de la réforme des retraites empêche ou plutôt permette au gouvernement de reporter les négociations relatives aux revendications portées par les hospitaliers, les sapeurs-pompiers, les policiers, les étudiants, les gilets jaunes, les banlieues, etc. à des jours meilleurs ou… à un prochain mandat.

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    • Timéli dit :

      E. Philippe fait du rétropédalage sur les retraites, modifiant sensiblement la réforme que voulait Macron, ce qui n’empêchera pas ce dernier de clamer, haut et fort en 2022, que, durant son mandat actuel, il a réalisé les réformes qu’il avait annoncées lors de sa campagne de 2017, alors qu’il n’aura fait, au mieux, que dépoussiérer l’existant.

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  10. carlo dit :

    « Un président de la République devrait en principe personnifier l’autorité, la permanence des institutions, l’unité nationale. »
    C’est en effet le rôle que lui assigne la Constitution. Or, l’actuel PR ne fait rien de tout cela.
    En discutant directement avec les Français, ou plus exactement avec des Français, dans une ambiance et un esprit « Café du commerce », il affaiblit gravement sa propre autorité et, partant, celle de l’Etat qu’il personnifie, ou plutôt qu’il devrait personnifier. Qu’un autre, avant lui, se soit malheureusement fourvoyé de la même façon ne saurait constituer une excuse.
    Assurer la permanence des institutions suppose de veiller scrupuleusement au respect de la Constitution, à sa lettre comme à son esprit. En se substituant au gouvernement en tout domaine, comme on l’a vu lorsqu’il a décidé lui-même des mesures à prendre pour sortir, ou plutôt tenter de sortir, de la crise des gilets jaunes, ou lorsqu’il s’est prononcé imprudemment sur l’âge pivot de la retraite, le PR sort de son rôle avec l’accord, il est vrai du 1er Ministre, du Parlement et des médias qui le poussent à décider de tout.
    Enfin, en se présentant comme le champion du nouveau monde, contre l’ancien monde des fonctionnaires, des cheminots, des ruraux et des petites gens, il ne personnifie en aucune façon l’unité nationale.
    Ajoutons à ces manquements que, selon la Constitution, le PR est « le garant de l’indépendance nationale », Or, en se faisant le chantre de la souveraineté européenne, comme son prédécesseur immédiat, et en militant, heureusement sans succès jusqu’à présent, pour un renforcement du pouvoir communautaire, EM fait exactement le contraire.
    Le Conseil Constitutionnel, si sourcilleux en certaines circonstances, ne pourrait-il pas lui rappeler son rôle ?

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