Le risque du chaos (pour Atlantico)

[Extraits d’un entretien sur le site Atlantico] Il suffit d’une étincelle, même la plus inattendue, pour provoquer l’embrasement. Le climat actuel réunit les conditions de cet embrasement : crise de confiance envers l’autorité publique, insatisfaction généralisée, frustrations exacerbées, sentiment des mépris de la classe dirigeante envers la population, absence d’espoir en l’avenir.

Ce qui caractérise la situation actuelle, par rapport au passé, c’est qu’il n’y a pas une seule source de révolte mais de nombreuses : les banlieues, la France profonde (des « ronds-points », pour caricaturer), les syndicats, les étudiants et scolaires. Le mouvement des gilets-jaunes a montré toute la faiblesse du pouvoir politique face à un déchaînement de violence ultra-médiatisé. L’hypothèse du chaos ou de l’embrasement général, en raison d’une étincelle, n’a rien d’invraisemblable aujourd’hui.

[…] La question du politique est au cœur du problème. La tension sociale, le risque d’embrasement et le potentiel de violence qui caractérise la France d’aujourd’hui est le produit de la crise du politique. D’abord, la politique et la démocratie françaises sont totalement décrédibilisées. La crise de confiance envers les institutions et les responsables politiques bat son plein. 87% des Français pensent que les politiques ne tiennent aucun compte de ce qu’ils pensent (Cevipof). La confiance envers le chef de l’Etat, qui dans notre système, incarne à lui seul le pouvoir politique, est en chute libre (moins de 30% de confiance). Rien n’est plus débile, au sens de faible, qu’un régime politique ou l’image du pouvoir se concentre tout entier dans le visage d’un seul homme : ce visage se prête à cristalliser sur lui-même la colère et les haines.

En outre la situation présente se caractérise par un véritable blocage démocratique. L’absence de relais politiques est flagrante, mais surtout, à ce jour, de toute alternative démocratique. Les sondages martèlent, jour à après jour, que le destin politique des Français se limite à un second tour des présidentielles le Pen/Macron, avec une forte probabilité de réélection de l’actuel président, malgré son impopularité. La seule alternative présentée par les sondages comme possible, lepéniste, est synonyme d’inconnu, d’aventure et de chaos. A l’heure actuelle, aucune autre perspective sérieuse n’émerge. Le discours médiatique et sondagier quotidien se réduit à un matraquage obsessionnel : vous n’avez pas le choix ! Ce sentiment dramatique que le changement ne viendra pas des urnes ni de la démocratie, cette négation du suffrage universel, est propice à la révolte et à la violence.

Maxime TANDONNET

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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29 commentaires pour Le risque du chaos (pour Atlantico)

  1. MARECHAL dit :

    JEAN D’ORMESSON
     » L’inaptocratie ? ….
    – C’est un système de gouvernement ou les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et ou les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle .. »

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  2. Citoyen dit :

     » D’abord, la politique et la démocratie françaises sont totalement décrédibilisées.  »
    Ben, Maxime, si les politiques sont décrédibilisé, il faut dire qu’ils ont fait ce qu’il fallait pour y arriver … Faut saluer leur effort !… ils ont réussi !!
    C’était pas gagné d’avance … Mais c’est la preuve que quand on veut on peut !

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  3. Tous les Français ne sont pas des veaux. Tous les Français ne sont pas des débiles profonds. Le problème c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à nous sentir coincés par la situation présente qui peut se résumer en quelques mots:

    Macron ou le chaos, Poutine ou le chaos, Erdogan ou le chaos, Trump ou le chaos, Israël ou le chaos. Il se pourrait bien effectivement que le « ou » devienne « et ».

    Il nous reste une solution collective: ne pas en rester au constat d’échec, ne pas rester sur un échec mais tout au contraire réussir enfin à essayer essayer essayer encore de construire un monde meilleur.

    (J’ai commencé hier soir la lecture du livre « Les vertus de l’échec » de Charles Pépin aux éditions Allary.)

    https://www.decitre.fr/livres/les-vertus-de-l-echec-9782370730121.html

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  4. Freddie dit :

    C’est marrant, je n’arrive pas à y croire. Trop peu de Français sont prêts à en découdre. Une moyenne d’âge trop élevée sans doute. Je ne parle pas seulement d’aller se battre dans la rue, mais dans toutes les circonstances de la vie. Je prévois une réélection du même, encore de la dette et des attentats. Mais c’est quand les baby-boomers commenceront, non pas à affoler les pouvoirs publics avec leurs départs massifs à la retraite, mais à tirer leur révérence, qu’on verra vraiment que le pays s’est métamorphosé. Pas sûr que ce soit dans le bon sens.

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  5. E Marquet dit :

    Et l’on reparle des GJ, de la convergence des luttes…..
    Dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, on lisait : « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».
    « En 1793, les ferments du conflit furent l’opposition entre le centre et la périphérie. A Paris, on réfléchit à partir d’abstractions intellectuelles et l’interventionnisme arbitraire des autorités de la capitale est ressenti comme une agression par les communautés rurales attachées à leur droit coutumier. Les révoltes populaires furent calmées à l’arrivée de Bonaparte ».
    L’histoire se répète.
    Qui sera notre Bonaparte ?

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  6. lugardon dit :

    Notes de lecture:

    « Je suis partie pour vivre » est un livre écrit par Irène Josianne Ngouhada, jeune Camerounaise, qui explique pourquoi elle a quitté son pays et témoigne des six ans qu’il lui a fallu pour aller de son village à Alger. Il est préfacé par Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran.

    Voici un extrait de sa préface:

     » (…) Ceux que l’on appelle « les migrants » sont vus par tous les autres qui ont la chance de ne pas l’être comme des statistiques, un risque économique, politique ou religieux… Au mieux un objet d’apitoiement quand ils ont le mauvais goût de perdre leur vie en mer par centaines d’un coup. A Oran, ils sont des hommes et des femmes avec qui l’on prie, et parfois – pour un temps – l’on vit. Ils ont des visages, des histoires, des espérances et des souffrances. Nous savons aussi par quel gâchis humain ils payent leur rêve d’une vie meilleure. Trop souvent en pure perte. Rencontrer des personnes et non plus des « migrants » change le regard. Je dois confesser que ce changement n’a pas été immédiat pour moi. Il s’est fait par étapes, et que je ne suis pas certain qu’il soit même tout à fait achevé. La compassion à l’égard de ces personnes encore définies par leur statut particulier est sans doute la première de ces étapes. Nous avons alors l’impression d’avoir fait un pas de géant, et pourtant le compte n’y est pas encore: ces personnes restent différentes à nos yeux parce que migrantes. Et, disons-le, malgré nos bons sentiments, elles nous apparaissent légèrement inférieures… et elles le sentent. Elles doivent être « aidées » par nous qui les « aidons ». Même si nous le faisons de tout notre coeur, nous en restons au stade du « fraternalisme », pas encore de la fraternité. L’étape suivante est celle de la relation qui fait – autant que possible – fi de leur état de migrant, un peu comme lorsqu’on parvient à se faire proche d’une personne malade au-delà du filtre de sa maladie. Le passage à cette nouvelle étape ne peut se faire sans une prise de conscience plus ou moins explicite et en tout cas fondatrice: cette personne migrante, ce pourrait être moi! Jusque-là, la personne migrante appartient à un autre monde qui n’est pas le mien et tous les bons sentiments du monde ne nous font pas frères et soeurs d’une commune humanité. Je crois aussi que ce passage n’est permis que par une forme d’admiration en général, ou à l’égard d’une personne en particulier. A ce moment seulement, un équilibre s’établit, qui permet une relation de réelle altérité, ouvrant la porte à l’amitié. Josianne est l’une des personnes en migration qui ont forcé mon admiration et m’ont permis cette conversion du regard. Comme moi, elle avait fait des études de droit, jusqu’à obtenir une maîtrise. Ce diplôme, qui m’avait ouvert, à moi, tous les possibles, l’avait jetée, elle, sur les routes hasardeuses de la migration. (…)  »

    La suite dans le livre « Je suis partie pour vivre » de Irène Josianne Ngouhada aux éditions Tallandier. ISBN 979-10-210-3779-3

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    • Philippe Dubois dit :

      Oui et ?

      La France part en vrille et se dirige vers le chaos et vous nous faites l’hagiographie du livre d’une personne qui voudrait bien venir vivre
      – à nos crochets
      – ou en empêchant les Français de demander un salaire décent pour des boulots peu qualifiés et/ou pénibles
      Je ne suis pas marxiste, mais le coco avait bien compris que les immigrés sont l’armée de réserve du grand capital, celui qui a placé Jupinet et sa clique de nuisibles dans les palais de la république.

      Nous ne sommes pas dans le monde de Oui-Oui !

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    • Philippe Dubois lisez le livre et vous aurez la réponse à la question que vous me posez et comme vous êtes intelligent et cultivé vous verrez que cette jeune femme ne vit pas du tout à nos crochets. J’ajoute que ce n’est pas le but du livre mais il y a une description de la situation des migrants en Algérie à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Et je suis bien d’accord avec vous nous ne sommes pas dans le monde de oui oui ni dans un monde de bisounours. Et je vais ajouter quelques remarques qui ne sont pas du tout dans le livre mais je crois de plus en plus que ce n’est pas l’islamo fascisme qui commande le monde ni les islamo gauchistes. Ni les migrants. Mais effectivement un capitalisme mondialisé qui se nourrit de nos divisions et de nos peurs des autres. Dans les deux livres suivants: « Les larmes de sel » et « Je suis partie pour vivre » il y a des faits du monde d’aujourd’hui, des faits qui sont d’une grande violence, d’une grande barbarie, d’une grande sauvagerie et inhumanité.

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  7. Anonyme dit :

    Va pour le chaos, s’il n’y a pas d’alternative … Il suffit d’y être prêt et cela fait 50 ans que je rumine de rage devant les choix imbéciles des français, ostracisé par les médiocres et les pharisiens.Alors le chaos , je m’en fous. De toutes façons, dans l’histoire de France, notre pays n’a su se relever qu’après la chute, et souvent la plus sévère et sous la férule pas vraiment paternelle d’un dirigeant vigoureux et sans états d’âme : Philippe le Bel, Louis XI, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, Napoléon, De Gaulle . Et à chaque fois nous avons frôlé l’abime et la disparition.
    La prochaine fois, il est possible que nous disparaissions : Ce sera certainement intéressant à vivre..
    RIEN ne nous garantit que la France soit appelée à durer éternellement : Encore faut-il que les français le veuillent, ce qui ne semble plus être le cas.

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  8. Mildred dit :

    « Le risque du chaos » : ne seriez-vous pas trop optimiste ?

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  9. H. dit :

    Bonjour Maxime,

    Comme vous le dites si bien, la situation est catastrophique. Le pouvoir danse sur un volcan dont je n pense pas qu’il en mesure la puissance grondante. Je vous invite à lire, si ce n’est déjà fait ces deux témoignages en provenance de policer et gendarme de base sur la crise des Gilets jaunes : https://www.franceinter.fr/societe/le-1er-decembre-l-elysee-aurait-pu-tomber-un-crs-raconte-le-chaos-des-gilets-jaunes-l-hiver-dernier et https://lessor.org/a-la-une/tout-a-change-le-temoignage-dun-gendarme-mobile-apres-un-an-de-gilets-jaunes/. C’est plus qu’inquiétant mais, en ce qui me concerne, absolument pas surprenant. Je le ressens au quotidien.
    Preuve malheureuse de l’inconscience de nos dirigeants, ces informations sur le comportement d’une personnalité hélas trop connue : https://www.franceinter.fr/politique/enquete-sur-les-moyens-publics-du-quai-d-orsay-utilises-par-segolene-royal
    Notre démocratie est devenue une inaptocratie dont je vous livre ici la définition : “L’inaptocratie est un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d’un nombre de producteurs en diminution continuelle. ». C’est un des causes, pas la seule malheureusement, de la crise extrêmement profonde que traverse notre pays. Comme vous le soulignez très justement, aucune solution ne nous est offerte. Il va nous falloir compter sur nos propres forces pour espérer nous en sortir.

    Bonne journée

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  10. Infraniouzes dit :

    Le paysage politique est chaotique et vous avez dit juste. Maintenant, déplorer que l’alternative politique se résume à Macron-La Pen n’est pas la faute des Français. Le RN a bâtit sa popularité sur l’immigration et cela seul. Je conviens que le reste du programme est flou, incertain et utopique. Mais l’énorme regroupement des Français autour des problèmes migratoires n’est pas la faute du RN. Ce serait plutôt la faute des politiciens du passé et de leur aveuglement. E. Macron essaye timidement de redresser la barre; il n’ira pas plus loin que des effets de manche et de creuses déclarations d’intention. S’il passait aux actes, Il serait immédiatement taxé de faire le jeu du RN. La vie politique en France me semble bloquée.

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    • infraniouze, moi aussi complètement, jusqu’à l’explosion.
      MT

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    • Citoyen dit :

       » E. Macron essaye timidement de redresser la barre  » ???
      Euh, Infraniouzes, … Je ne sais pas, où est-ce que vous avez vu ça, … et ce qui vous permet de l’affirmer ?… Moi, je vois qu’il fait exactement le contraire, à commencer avec la réduction du nombre de ponctionnaires !
      Le réel contredit totalement les intentions affichées …

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  11. Lorsqu’il n’y a plus de choix c’est que la révolution est imminente.

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  12. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Ce que vous écrivez est le reflet de ma pensée. La plus petite étincelle mettra le feu à la poudre négligemment ou peut-être volontairement répandue par nos gouvernements et nos politiques de tous bords depuis des décennies.
    La personnalité hyper narcissique d’E. Macron a réussi en moins de 2 ans à cristalliser toutes les colères des Français qui, malgré les efforts acharnés de certains médias lèche-bottes, vont se réunir le 5 décembre prochain pour faire entendre leur ras le bol.
    Cette fois, ce ne seront pas les « gilets jaunes » devenus décriés qui fédéreront les Français, mais le ressenti concret de l’ensemble des mauvaises décisions prises depuis 2017 et le projet de réforme bâclé et mal vendu sur les retraites pour lequel tous les Français ont bien compris qu’ils y perdront tous à terme. L’état de paupérisation et de dégradation extrême du système de santé qui concerne tous les Français est emblématique de la politique menée depuis 40 ans. Le matraquage fiscal qui, quoi qu’en disent les godillots de LREM, n’a pas diminué et risque même de s’accroitre si le gouvernement persiste à laisser filer son budget.
    A cela il faudra ajouter le désir de revanche des organisations syndicales, maltraitées, inécoutées, voire ridiculisées pour certaines depuis l’arrivée d’E. Macron.
    Mais ce qui est le plus inquiétant est la montée exponentielle de la colère et de la violence devenue au fil des mois de moins en moins contrôlée et combattue par un ministère de l’intérieur fantoche et incompétent. C’est cette violence irraisonnée et démesurée qui risque de transformer cette journée de manifestation en chaos national et ce ne seront pas les blessés des deux camps qui y changeront.
    E. Macron a failli perdre le pouvoir en décembre 2018, je ne suis pas sûr que cette fois il puisse rejouer le même match.

    Aimé par 2 personnes

  13. Coucou dit :

    Bonjour à vous, le parlement européen pas mieux,
    https://www.bvoltaire.fr/ils-nont-pas-honte/

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  14. Annick Danjou dit :

    Comme d’habitude… bien vu Maxime mais comme on ne sait plus quoi dire voici mon slogan du jour: que LR se bouge le c…! Rien d’autre à ajouter.

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  15. michel43 dit :

    et OUI Maxime ,comme toujours ,vous oublier le PEUPLE ,qui a un moment va se dire , après tout la LEPEN ne peut faire plus mal ,pourquoi ne pas essayer, vue que les villes gérer part le RN sont bien ,et respecte leurs dires ,rejoutons ,a votre liste, les paysans, artisans ,commercent, les militaires ,police ,gendarmerie ,les retraiter, grâce a Macron ,le foutoir est partout en France ,et cela n » est pas finie ,voila pourquoi ,je pense que Mme LEPEN a toute ses chance pour la présidentiel ,en 2022

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    • michel, sûrement MLP a sa chance, une petite mais quand même réelle, et pour la France, se serait un drame absolu, une étape supplémentaire dans la marche à l’abîme.

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