Anomie intellectuelle

Edouard Drumont est l’un des auteurs français (d’Algérie) du XIXe siècle et début XXe les plus violemment antisémites, l’un des inspirateurs de l’antisémitisme hitlérien. Tout individu pourvu du plus élémentaire bagage de culture historique, d’intelligence et de cœur, ne peut que ressentir une insoutenable nausée face à l’idée saugrenue d’associer une personnalité d’origine juive – quelles que soient ses idées – victime directe ou indirecte de la Shoah (à travers sa famille, ses amis, sa communauté), au souvenir de l’abominable Edouard Drumont.  Ce genre d’insulte facile, sous l’habit de prétentions scientifiques, signe l’échec du débat et de l’argumentation face à des propos aussi contestables soient-ils. Dans cette affaire, ce n’est pas seulement le chaos mental ni la médiocrité qui nous assaillent, mais la stupéfaction de voir un tel message relayé dans l’euphorie et l’unanimisme par quasiment tous les véhicules médiatiques et journalistiques de la pensée correcte dans un grand bûcher jubilatoire, mais aussi l’apathie générale – la peur- des intellectuels qui n’ont pas réagi à cet amalgame monstrueux. Ci-dessous les extraits d’un texte étonnant, documenté, extraordinairement courageux de M. Vincent Tournier, professeur de sciences politiques, évidemment ignoré des grands relais de la pensée vertueuse, qui traduit mieux que quiconque les sentiments de nombre d’entre nous.

« Mais le cœur du malaise est ailleurs. Il commence avec le titre et la couverture du livre. Gérard Noiriel et son éditeur ignorent-ils que le serpent venimeux a constitué l’une des grandes figures de la caricature antisémite à l’époque de Drumont ? Pourquoi utiliser une telle rhétorique, aussi lourde de signification, surtout lorsqu’on connaît les origines d’Eric Zemmour ? En agissant ainsi, l’historien ne risque-t-il pas de se fourvoyer dans ses propres combats et de passer à côté de l’essentiel ?

Car au-delà du titre, que l’on peut à la rigueur considérer comme une concession aux impératifs commerciaux, c’est la thèse elle-même qui pose un problème : quelle est la pertinence d’une telle comparaison avec Edouard Drumont ?

Or il faut poser la question. Au-delà de l’absence de contextualisation, pourtant indispensable en histoire, un signe aurait dû alerter notre historien : quelle est l’image d’Eric Zemmour dans la communauté juive contemporaine ? Celui-ci est-il vu comme un esprit malfaisant, un propagandiste dangereux, un extrémiste lourd de menace ? Il suffit pourtant de faire un tour rapide sur les principaux sites d’informations juifs pour constater que Zemmour n’est pas vu comme le digne héritier de Drumont […]

Face à cette objection, Gérard Noiriel va répondre que, au-delà de cette inversion idéologique (qui n’est pourtant pas un simple détail), Zemmour et Drumont sont animés par la même logique : la haine. Ce faisant, Noiriel semble souscrire à l’idée que le monde politique se réduit à deux camps : celui de la haine et celui de l’amour. Malheureusement, la politique n’est pas aussi simple. La politique n’oppose pas la haine et l’amour, mais des combinaisons variables d’amour et de haine. Chaque camp a ses haines et ses amours : dis-moi qui tu hais et je te dirai qui tu es […]

Revenons alors à Drumont. Gérard Noiriel l’a-t-il vraiment lu ? Plus exactement, a-t-il pris la peine d’ouvrir le second volume de La France juive, celui où Drumont parle de l’Algérie et du fameux décret Crémieux – décret de 1870 qui a accordé la citoyenneté française aux seuls juifs d’Algérie, ignorant donc les musulmans ? Ce texte est pourtant essentiel car il éclaire un aspect majeur de l’antisémitisme de l’époque […] « Le juif jouit en Algérie d’un mépris que l’on comprend. » Quand un juif entre dans une maison, les femmes ne prennent même pas la peine d’ôter leur voile. Le juif ne compte pas ; il n’est pas un homme. Sa vie ne vaut rien. Drumont hait les juifs, mais il ne hait nullement les Arabes et les musulmans, bien au contraire. Il prend leur parti, il relate leur souffrance, expliquant que, par le biais de l’Alliance israélite universelle, présidée par Crémieux, les juifs ont su parachever leur domination en s’arrangeant, avec la complicité de la République honnie, pour être les seuls à bénéficier des droits civiques. »

(Extraits Vincent Tournier)

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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10 commentaires pour Anomie intellectuelle

  1. michel43 dit :

    moi,,,je soutiens le Zemmour ,tout le monde a en FRANCE ,le droit de s » exprimer ,que cela plaise ou Non,,,et ceux qui n,e veulent pas l » écouter , change de chaine ,point barre

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  2. Stéphane B dit :

    Bonjour

    Et pour aller dans votre sens, un article intéressant:
    https://www.lexpress.fr/culture/quand-la-france-vichyste-faisait-du-zele-en-algerie_2103688.html

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  3. Philippe Dubois dit :

    Bonjour Maxime

    Vincent Tournier commet la même erreur que vous

    Noiriel n’est pas un historien.
    C’est un idéologue sectaire et haineux qui a étudié l’histoire.

    Vous ne pouvez pas combattre ce genre de personnages si vous les considérez comme des scientifiques dignes de ce nom
    Ce sont des gens qui n’hésitent pas à falsifier la réalité, à tordre les faits, à truquer les statistiques et autres malversations intellectuelles pour imposer leur vision idéologique du monde et/ou de la société en se réclamant de leur science (au sens de savoir)
    Dans cette catégorie, on peut citer Hervé Le Bras et feu Albert Jacquart.

    Il n’y a rien, strictement rien, de bon à attendre de ces imposteurs (je suis poli)

    Ce qui est désolant, c’est qu’ils ont souvent leur rond de serviette sur de nombreux plateaux télé ou radio et que les colonnes de la presse leur sont largement ouvertes.

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    • Philippe Dubois, où l’ai-je qualifié d’historien? Pourquoi me faire dire des choses que je n’ai pas dites?
      MT

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    • Philippe Dubois dit :

      Bonsoir Maxime

      Je suis désolé d’avoir fait ce raccourci hâtif en ce qui vous concerne.
      J’aurais dû accorder plus d’attention à la phrase que vous écrivez :
       » Ce genre d’insulte facile, sous l’habit de prétentions scientifiques, signe l’échec du débat et de l’argumentation face à des propos aussi contestables soient-ils. »

      Je maintiens pour Vincent Tourier – dernière phrase du premier paragraphe :
      « Une exception, l’historien Gérard Noiriel, qui lui a consacré un livre, Le Venin et la plume,  »
      On retrouve aussi cette appellation historien dans un extrait que vous citez :
      « Or il faut poser la question. Au-delà de l’absence de contextualisation, pourtant indispensable en histoire, un signe aurait dû alerter notre historien « 

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  4. olivier seutet dit :

    Je n’ai pas lu le livre de Noiriel. J’ai entendu cet individu invité d’honneur (!) de Demorand dans la matinale de France-Inter et de Rissouli dans C politique.
    Il se présente comme un communiste humaniste : curieux oxymore qui symbolise bien l’écartèlement du progressisme entre la tentation totalitaire et le populisme du larmoiement.
    Il se présente également comme un historien « de métier ». Pourquoi pas, c’est d’ailleurs un des plus vieux métier du monde, lui parfaitement honorable. Mais il s’arroge le droit de faire de l’histoire une discipline réservée à des professionnels; les seuls aptes, selon lui, à savoir analyser les documents; les autres (Zemmour, par exemple et au hasard) ne sont pas autorisés à empiéter sur ce domaine. Tentation du mandarinat : réserver la parole à des experts et dénier à tout homme de bonne volonté le droit de s’exprimer.
    Faire un combattant du progrès contre l’obscurantisme quelqu’un d’aussi incapable de s’extraire de l’admiration qu’il se porte est une prouesse qui n’est à la portée que d’un service public complètement dévoyé.

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  5. Stéphane B dit :

    Bonjour

    Je n’étais pas au courant d’un tel torche-cul et de son abject comparaison. Merci Maxime pour en avoir fait part.

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  6. E Marquet dit :

    l’EHESS, comme l’Université et autres Grandes Ecoles, entretient depuis des décennies des nids de nostalgiques des grands procès staliniens. Ne jurant que par les Lumières ils marchent à l’aveugle dans les ténèbres de la bien-pensance. Souvenons-nous des mises au pilori d’Olivier Pétré-Grenouilleau, coupable de « révisionnisme » sur les Traites Négrières, de Georges Bensoussan accusé(et relaxé) de « propos haineux », coupable d’avoir levé le tabou de l’anti-judaïsme musulman, ou encore de Pierre Rosanvallon, du Collège de France, refusant de débattre avec Alain Finkielkraut parce qu’il ne pensait pas comme lui !!!!
    Parions que le « Venin dans la plume » de Gérard Noiriel aura un succès moindre en librairie que le « Destin français » d’Eric Zemmour, polémiste aux propos souvent excessifs, mais qui fait sortir les loups du bois.
    L’incontournable Orwell dirait au sieur Noiriel « Vous devez faire partie de l’intelligentsia pour écrire des choses pareilles ; nul homme ordinaire ne saurait être aussi stupide ».
    Mais finalement, nous pouvons remercier les représentants de cette bien-pensance qui, via leurs relais journalistiques (Libération, l’Obs, Le Monde, Télérama, France-Inter, et autres), nous dressent la liste noire des auteurs et penseurs qu’il ne faut surtout pas lire, et nous incitent par voie de conséquence, nous les mal-pensants, à nous intéresser à eux plutôt qu’à ceux qu’ils encensent. L’interdit est si tentant !

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  7. Tracy LA ROSIÈRE dit :

    Commenter votre commentaire supposerait, à minima, d’avoir lu ce torche-cul et de connaitre Drumont, or j’ai mieux à lire et j’avoue qu’entre Dreyfus et Drumont n’avoir jamais connu aucun tourment.Commenter votre commentaire supposerait, à minima, d’avoir lu ce torche-cul et de connaitre Drumont ; j’ai mieux à lire et j’avoue qu’entre Dreyfus et Drumont n’avoir jamais connu aucun tourment.
    Maintenant voir Zemmour associé à Drumont dans l’abjecte donne assez bien l’idée de l’objectivité de ce Gérard Noirel et pour tout dire donne à rigoler . Je le laisse dans sa crasse et continuerai à lire et à écouter Zemmour tant qu’on ne l’empêchera ni d’écrire ni de parler. Si on dénigre Zemmour avec tant de rage c’est que ce qu’il dit ne doit pas être totalement faux.

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    • Timéli dit :

      Tout à fait d’accord avec votre conclusion : si l’on dénigre Zemmour, c’est qu’il dérange la société dite « bien-pensante » qui se croit au-dessus de tous. Elle a oublié que pour faire la morale aux autres, il faut être un parangon de vertu. Ce qui est, bien sûr, loin d’être le cas !

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