Hystérie et impuissance

Les deux phénomènes sont intrinsèquement liés. Chaque jour la vie politico-médiatique sombre un peu plus dans l’hystérie collective. Cette semaine est dominée par  la reprise de l’affaire du « voile ». L’excitation est générale et furieuse, comme si la France était devenue un gigantesque asile psychiatrique. Tout n’est plus que crachats de haine, insultes, gesticulations et envie de tuer.

Mais sous le voile de l’hystérie, tout un monde se désintègre à vue d’œil, celui de l’autorité de l’Etat, de l’aptitude d’une société à se gouverner et choisir son destin. Par un phénomène de compensation, le niveau de l’excitation est inversement proportionnel à celui de l’efficacité. L’hystérie collective et l’impuissance publique sont les deux faces d’une même médaille.

Le Conseil constitutionnel vient de frapper fort en ce début d’automne. Dans l’indifférence générale, il a annulé deux dispositions législatives issues de choix politiques. D’une part, il a interdit au législateur de durcir les conditions d’aménagement de peine pour les auteurs d’actes terroristes (en vertu du principe de proportionnalité des sanctions). D’autre part, il vient d’empêcher le parlement d’augmenter les droits d’inscription à l’université des étudiants étrangers (au nom du principe de modération de ces droits).

A chaque fois, le CC répète qu’il ne dispose pas d’un pouvoir normatif équivalent à celui du Parlement. Pourtant, de fait, il se comporte exactement comme une troisième chambre, non élue au suffrage universel, désignée par cooptation et composée pour l’essentiel de politiciens au rancard, qui censure les deux autres Chambres, l’Assemblée nationale et le Sénat, élues au suffrage universel. L’an dernier, proclamant la valeur constitutionnelle du « principe de fraternité »,  il avait ainsi achevé de supprimer toute sanction à l’aide au séjour illégal.

Aujourd’hui, il fait exactement ce qu’il veut sur tous les sujets, jouant à sa guise sur le curseur des grands principes qu’il a lui-même constitutionnalisés. Après avoir brisé des lois qui ne convenait pas à son idéologie, il n’aura demain aucun scrupule à valider les yeux fermés la « PMA sans père » qui invente l’enfant sans père à l’encontre de toutes les traditions juridiques et philosophiques de la famille et de l’enfant.

D’ailleurs, à cette jurisprudence étouffante et partiale du Conseil constitutionnel s’ajoutent toutes les autres sources de contraintes pour le Parlement: droit européen (directives et règlements) qui recouvrent désormais tous les aspects de la vie publique, la jurisprudence de la cour de justice de l’Union européenne, de la cour européenne des droits de l’homme, du Conseil d’Etat et de la Cour de cassation, les contraintes financières.

Le suffrage universel, la démocratie, la souveraineté populaire sont aujourd’hui foulés au pied et bafoués. Dès lors que plus aucune autorité politique ne tient le gouvernail d’un navire en perdition, il ne reste pour faire semblant d’exister, du sommet à la base et de l’extrême gauche à l’extrême droite, qu’à parader, provoquer, gesticuler… Mais qui est encore dupe?

Maxime TANDONNET

 

 

 

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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38 commentaires pour Hystérie et impuissance

  1. Citoyen dit :

     » Mais sous le voile de l’hystérie, tout un monde se désintègre à vue d’œil, celui de l’autorité de l’Etat  »
    Pour ce qui est de l » Hystérie et impuissance « , Maxime, d’un état en décomposition, il y a un article interessant qui décrit comment l’état s’est pris les pieds dans le voile, … à lire ici :
    https:/ /www.lefigaro.fr/politique/comment-la-polemique-du-voile-a-fait-tanguer-la-macronie-en-une-semaine-20191018
    L’article se suffit à lui-même …

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  2. goupil dit :

    Bonsoir,
    Le conseil constitutionnel est sorti du role que lui donnait la 5eme republique depuis une vingtaine d’année.
    Il joue, comme Sarko, à l’américanisation, et se prend pour la cour supreme des USA.
    Bref, 9 personnes (en titre) peuvent se permettent de retoquer le processus démocratique en utilisant des arguties « constitutionnelles » discutables mais noyées dans le jargon. .Comme c’est en derniere instance, circulez il n’y a rien à voir.
    Le CI est devenu ainsi anti démocratique, c’est grave. Créer par la Veme, son role actuel devrait etre recadré mais par qui ? Macron et les gouvernements successifs s’en servent pour ne pas avoir de compte à rendre.

    Grave, et inquiétant.

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  3. Mary Preud'homme dit :

    Une seule solution : supprimer le Conseil constitutionnel, ce qui serait une œuvre charitable, sinon de salubrité publique compte tenu de l’âge moyen de ses membres (71 ans) qui pour la plupart ont atteint largement l’âge de la retraite, tel VGE, 93 ans.
    Que peut-on attendre d’un pays dont les pseudos élites marchent à reculons ou dont les vieux sages ont la tremblote, la goutte au nez, circulent en déambulateur avec la peur au ventre dès qu’on les sort de leur traintrain ou de leur écrin capitonné ?

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  4. new dit :

    Voici une liste précieuse, trouvée chez un commentateur d’un autre blog, liste de noms de gens qui ne semble pas aimer les Français :
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    • new, c’est quoi? Une liste noire destinée à provoquer une chasse à l’homme? Faites votre propre blog et publiez-y ce que vous voulez! Si possible sous votre vrai nom, sans pseudo!
      MT

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  5. new dit :

    Bonjour,
    comme les conditions politiques s’y prêtent, je propose d’écouter ou réécouter cette merveilleuse femme qu’est Wafa Sultan :

    Aimé par 1 personne

  6. Tracy LA ROSIÈRE dit :

    N’est-ce pas ce qu’on appelle le gouvernement des juges ?
    Ce serait donc une vieille histoire française.
    Ça nous remet en mémoire l’histoire tumultueuse qu’entretenaient les Parlements avec la monarchie (le pluriel en raison du fait qu’il existait une douzaine de Parlements provinciaux).
    Le Parlement était une cour souveraine de justice qui jugeait en dernier ressort au nom du Roi et enregistrait les Lois – ou n’enregistrait pas en adressant (perfidement) des « remontrances », surtout à partir du règne de Louis XV. Il fallait alors que le Roi se rende en personne au parlement pour imposer sa volonté par un « lit de justice ».
    Rien n’a donc beaucoup changé, à ceci près que, depuis quelques décennies, nos institutions ont pourvu ces « conseils » et ces organes consultatifs de pouvoirs exorbitants leurs permettant de s’ériger contre la volonté du peuple. À ceci près également que les pantins que nous nous donnons l’illusion d’élire au poste suprême n’ont plus le pouvoir de faire valoir la volonté du peuple au nom de l’intérêt général.
    C’est bien là que le bât blesse.
    Allez chercher, après, pourquoi tant d’entre nos concitoyens se détournent de la politique.
    Allez vous étonner des taux d’abstentions aux élections…!
    Cordialement.

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