Du chaos à la barbarie et comment en sortir (pour le Figaro)

Ci-dessous mon article publié dans le Figaro de ce matin, le 9 octobre:

Après la tragédie de la préfecture de police de Paris, une question mériterait d’être posée : comment un natif de Fort-de-France, chef-lieu de la Martinique, un département aussi emblématique du patriotisme français, peut-il soudain basculer dans le fanatisme sanguinaire. La nature, paraît-il, a horreur du vide. Quel néant, quel nihilisme, la chute dans l’islamisme radical vient-elle combler?

Les Français ont le sentiment, d’année en année, que le pays fait peu à peu naufrage dans une sorte de chaos politique, social et éducatif. Les sources de ce désordre se situent au plan culturel. L’anomie, ou la perte des repères traditionnels, est au cœur de ce processus.

L’État, la nation ? Qu’en reste-t-il au-delà des gesticulations, coups de menton et bravades stériles ? Le pays est comme livré à lui-même, privé de la protection du Leviathan de Hobbes, censé mettre fin à la guerre de tous contre tous. En matière de régulation des migrations et de contrôle des frontières, le sentiment dominant est que plus personne ne maîtrise rien en Europe et les passeurs esclavagistes imposent leur loi aux États réduits à l’impuissance. Par ailleurs, la violence quotidienne -coups, insultes, vols avec violence, cambriolages, agressions sexuelles, voire meurtres- se banalise depuis des décennies au point que nul n’en parle plus désormais.

L’école ? Elle connaît une crise sans précédent qui s’exprime dans la généralisation des agressions envers les professeurs. Les études soulignent un effondrement du niveau scolaire qui touche tous les enseignements, autant l’orthographe que les mathématiques. L’école est aussi le lieu privilégié de l’hypocrisie française. La politique de nivellement par le bas, sous couvert d’égalitarisme, se traduit par la neutralisation des examens (le bac) et la suppression des concours (Science po). Or le saccage de l’éducation nationale n’empêchera jamais la bourgeoisie privilégiée de se « reproduire » en fermant les yeux sur la tragédie des collèges, lycées et universités de banlieue.

La solidarité ? Dans un pays qui, malgré des dépenses sociales gigantesques , compte 9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, des banlieues urbaines en proie au chômage de masse, à l’échec scolaire et aux trafics,et  plus de 4 millions de mal logés ?

La famille ? La conception classique de la famille se disloque alors que la loi est en train d’inventer, de produire l’enfant sans père.

La politique ? La vie publique nationale, relatée par les médias, est devenue emblématique du pire de la société française : principe d’irresponsabilité couvrant les pires échecs et comportements indignes, culte narcissique de la personnalité, copinage Elle donne le sentiment tragique d’un clan obsédé par la perpétuation de ses prébendes, au service exclusif de ses intérêts matériels et de vanité.

La France n’est probablement pas isolée dans cette crise de l’identité politique qui touche le monde occidental, y compris les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Italie. Pourtant, elle est probablement la plus touchée. Le fanatisme, la violence sanguinaire, le terrorisme islamiste, sont les fruits de déviances individuelles, d’influences extérieures, mais aussi de la montée du chaos nihiliste au sein du pays et de la perte des repères d’une société.

Une seule question devrait se poser aujourd’hui : comment essayer d’en sortir ? Quelle entreprise de renouveau permettra d’offrir une autre alternative aux générations futures que le chaos nihiliste et ses conséquences tragiques?

De fait, il existe deux voies possibles. La première est celle de l’illusion. Elle consiste à tout attendre de la figure du chef de l’Etat tout puissant – l’actuel ou tout autre, de l’extrême gauche à l’extrême droite – qui voile la désintégration en profondeur de la nation et de ses valeurs. La seconde est celle du retour à l’ordre républicain, au sens de la res publica, la chose publique, une prise de conscience générale de la marche à l’abîme et l’émergence d’un groupe d’hommes et de femmes désintéressés pour eux-mêmes, déterminés, par la voie démocratique, à inverser la tendance et à engager la France dans une autre direction.

Maxime TANDONNET

 


A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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34 commentaires pour Du chaos à la barbarie et comment en sortir (pour le Figaro)

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