Les ravages de « l’hyper-présidentialisme »

La France politique touche au paroxysme de l’hyper-présidentialisme. Et d’autres en prennent conscience aujourd’hui. Le visage médiatisé de l’occupant de l’Elysée se substitue à la vie publique. Il est omniprésent, invasif,  comme obsessionnel. Il s’impose comme l’incarnation même de l’idée de pouvoir, absorbant et annihilant toute source de l’autorité politique: gouvernement, parlement, collectivités. Au premier semestre, il inondait les écrans à propos du Grand Débat. Désormais, il apparaît au quotidien, à tout propos et sous tous les prétextes: l’Europe, l’Amazonie, l’immigration, les retraites…

Un régime politique repose sur une organisation et un principe (selon Montesquieu république/vertu). L’hyper-présidentialisme a lui, pour principe, la vanité. Il se fonde sur une conviction: celle d’une supposée bêtise ou infériorité populaire ou de la « vile multitude », présumée inférieure: le peuple n’aurait pas vocation à réfléchir, mais à adorer, admirer, encenser une idole.

Ce régime a une fonction sociale: noyer dans un flot d’illusions, de paroles et de gestes erratiques, la souffrance, les difficultés d’une nation et l’incapacité de ses dirigeants à les régler: déficits, endettement public, écrasement fiscal, corruption, violence endémique et meurtrière, fragmentation dans le communautarisme et la haine, pauvreté, chômage massif, déclin industriel, perte d’influence,  terrorisme islamiste, et flux migratoires hors contrôle, chute vertigineuse du niveau scolaire.

Il a pour fin ultime, non pas le bien commun, mais le service d’une idole et de son entourage ainsi que la préservation au sommet de leurs privilèges le plus longtemps possible. Il confond autorité et frime, réforme et gesticulation, vérité et propagande, démocratie et spectacle, intérêt général et dérive narcissique.

A l’exception de la parenthèse de Vichy (1940-1944), ce régime qui n’a plus le moindre rapport une république (res publica, la chose publique), ni avec la Ve de ce nom, qui n’est pas non plus une monarchie, fondée sur la permanence et l’honneur, est de toute évidence le plus désastreux que la France n’ait jamais connu depuis 1870. Il explique pour une bonne part la désintégration, la faillite d’une nation et son décrochage. Dans l’ordre du politique, il n’existe pas de priorité et d’urgence plus évidentes que d’en finir avec ce régime au cœur de toutes les catastrophes.

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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10 commentaires pour Les ravages de « l’hyper-présidentialisme »

  1. Mildred dit :

    « Il n’existe pas de priorité et d’urgence plus évidentes que d’en finir avec ce régime au coeur de toutes les catastrophes. »
    Mais en 2002, lorsque « l’idole » se trouvera au second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen – cette dangereuse femme politique qui s’est vue interdite de présence à Saint Sulpice, sans que cet ostracisme ne gêne le moins du monde la hiérarchie catholique – vous serez le premier à écrire – ou à sous-entendre – qu’il n’y a pas d’autre solution que de réélire notre « idole ».

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  2. new dit :

    Tout à fait d’accord avec vous. « Les ravages de « l’hyper-présidentialisme » je dirais même « les ravages d’un président complétement ding ».
    Il n’y a qu’une solution s’en débarrasser le plus vite possible sans attendre la fin de son mandat volé.

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  3. Gerard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Et si tout cela n’était qu’une des conséquences d’une des nombreuses grosses âneries de J. Chirac ? Le quinquennat. En muselant de fait toute opposition et en s’organisant pour être tranquille pendant 5 ans, sans cohabitation, nos dirigeant ont mis en place un régime qui ressemble un peu à l’autocratie et l’on sait où mène généralement ce genre de régime.
    Nous sommes tombés tellement bas que même G. Larcher réclamait encore ce matin, probablement dans un moment d’égarement, la visite d’E. Macron à Rouen comme si les 5 ministres perroquets qui s’y sont succédés en moins d’une semaine pour dire tout et son contraire ne suffisaient pas face à la colère des victimes.
    Ces gens-là sont fous.

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  4. Liber dit :

    « A l’exception de la parenthèse de Vichy (1940-1944), ce régime qui n’a plus le moindre rapport une république (res publica, la chose publique), ni avec la Ve de ce nom, qui n’est pas non plus une monarchie, fondée sur la permanence et l’honneur, est de toute évidence le plus désastreux que la France n’ait jamais connu depuis 1870 »
    Et bien !! vous que je trouve souvent bien trop prudent, bien trop « correct », bien trop « soft » dans vos analyses, si vous en arrivez à écrire cela, c’est que la situation est vraiment dramatique !!!
    Je ne peux que qu’approuvez et rappeler de plus que tout ceci est le résultat d’un coup d’état de l’oligarchie technocratique, judiciaire et médiatique.
    L’avenir est sombre et le putschiste bien installé au palais

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  5. Bernard dit :

    Bonsoir à tous

    En finir, oui il le faut. Mais avec qui ? Beaucoup de prétendants à la fonction suprême ont déjà montrés dans d’autres postes les limites de leur volonté et leur capacité de servir. Quelqu’un de nouveau est il né ou est elle née ? C’est là la limite avec le cercle politique et la société civile. Ce sont deux aimants qui se repoussent de plus en plus.

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  6. carlo dit :

     » Il est omniprésent, invasif,  comme obsessionnel. »
    Au point de vouloir « présider » la messe d’enterrement de Jacques Chirac…

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  7. michel43 dit :

    continuer , continuer Monsieur le Président ,vous fatiguer beaucoup de gens et vous aller le payer pour le renouvellement de votre second mandat,,,,,

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    • André Lugardon dit :

      Chirac a fatigué beaucoup de monde et il a été ré élu de même pour Mitterrand. Sarkozy et Hollande ont fatigué beaucoup de monde. Ils n’ont pas été ré élus. Alors Trump et Macron en route pour un second mandat ou bien ils ne finissent pas leur mandat respectif? La suite aux prochains épisodes…

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