Lecture: le siècle des dictateurs, collectif, Perrin/le Point (2019)

Les éditions Perrin, associés au Point, publient le Siècle des dictateurs, présenté par M. Olivier Guez, écrivain ayant obtenu le prix Renaudot pour la Disparition de Josef Mengele. Disons-le d’emblée, ce livre est un petit bijou, et j’en recommande la lecture du fond du cœur, pour le plaisir de partager un grand moment d’histoire et de réflexion sur l’histoire. Passionnant de bout en bout, il est impossible, après en avoir ouvert la première page, de décrocher avant de l’avoir dévoré…

« Les hommes craignent la solitude et la liberté, vertigineuses. Après avoir vécu sous l’emprise du divin pendant des millénaires, ils ont toujours besoin d’espérer, de croire en quelque chose qui les dépasse. les dictatures ont essaimé sur cette peur du vide et ont développé une dimension mystique et religieuse, quelques décennies après la mort proclamée de Dieu », écrit Olivier Guez. Suivent 22 portraits de dictateurs du XXe siècle, par autant d’historiens et auteurs réputés, spécialistes de cette période: Lénine, Mussolini, Staline, Hitler, Franco, Pétain, Tôjô Hidecki, Tito, les trois Kim, Mao, Enver Hodja, Stroessner, les Duvalier, Castro, Mobutu, Kadhafi, Honecker, Pinochet, Pol Pot, Khomeyni, Saddam Hussein, les Assad. 

L’ouvrage dépasse évidemment le clivage dictature de droite et dictature de gauche, opérant un autre clivage, celui qui distingue clairement deux types de dictateurs, les tyrans autoritaires et les bourreaux totalitaires. Les premiers imposent par la violence et l’arbitraire, un ordre féroce dans leur pays. Les autres, en particulier Lénine et Staline, Hitler, Mao et Pol Pot, se livrent à une œuvre d’extermination de masse. Le récit de la vie de Mao est saisissant: promoteur du Grand Bond en Avant, qui affame le pays, entraîne la mort de 30 à 40 millions d’hommes, femmes et enfants, pendant qu’une partie de l’intelligentsia européenne, et surtout française, se vautre dans le culte béat du « grand timonier ».

Ces 22 personnages ont en commun de se présenter en hommes comme les autres, une enfance banale, parfois tourmentée, mais pas plus que le commun des mortels. Ce sont souvent, dans leur vie privée des individus plutôt simples, voir effacés, en général assez médiocres sur le plan intellectuel, ayant échoué scolairement ou dans leurs rêves de jeunesse, d’Hitler à Pol Pot. Cette apparence banale – la banalité du mal – recèle souvent de profonds déséquilibres psychologiques, paranoïa, mégalomanie exacerbée. En eux sommeillent l’idéologie et le goût de la mort avec une constante: transformer la nature humaine. Le portrait de Pol Pot, ce grand exterminateur de la population cambodgienne – 20% de la population du pays anéantie dans les camps de concentration, la torture, l’extermination à coup de pioche des urbains et des intellectuels pour engendrer un homme nouveau, purifié de tous les stigmates de l’humanité –  est saisissant. Derrière le personnage affable, accueillant, presque timide, se cache un véritable idéologue de la terreur et de l’anéantissement d’un peuple. Les uns comme les autres ont aussi en commun le mépris total de la vie humaine et une indifférence absolue à la souffrance.

L’ ouvrage donne de la hauteur à l’égard du mot « dictature ». On l’utilise aujourd’hui à tort et à travers pour qualifier tous les régimes qui nous déplaisent. Le mot dictature a un sens et ne se conçoit pas sans l’anéantissement des libertés, les geôles, les chaînes, la torture et les meurtres de masse. Il est difficile de parler de « dictature virtuelle », par exemple, au risque de banaliser le mot, après cette descente dans l’enfer des dictatures du XXe siècle. Certes la dictature, la vraie, sanguinaire, sévit toujours, en Chine, dans plusieurs pays arabes ou d’Afrique. La vraie question que l’on se pose, à la lecture de cet ouvrage bouleversant: a-t-elle un avenir dans nos pays industrialisés? Ma conviction est que oui, sous l’impact de gigantesques bouleversements à venir, démographiques, mouvements de populations déstabilisant les Etats, économiques avec le creusement des inégalités et de la misère,  environnementaux (pénurie planétaire d’eau potable), scientifiques et éthiques, à l’échelle de décennies…

Maxime TANDONNET

 

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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13 commentaires pour Lecture: le siècle des dictateurs, collectif, Perrin/le Point (2019)

  1. new dit :

    Les sentiers de la gloire (film à voir et à revoir)
    Les généraux et surtout ceux d’état-major ont toujours voulu plus d’armes, de soldats pour briller dans leurs soirées mondaines.
    Cela leur fait oublier les dérouillées qu’ils ont prises en Algérie, en Indochine, en 39-45, en 1870 et la boucherie de 14-18 et celle que nous allons recevoir sous peu intramuros.

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  2. Zonzon dit :

    Je ne lirai pas ce livre !
    Tous ces psychopathes sanguinaires, d’ailleurs et d’un autre temps, morts de diverses manières et dont on connaît la saga suffisamment, ne peuvent plus nuire !

    On sait tout ce que l’honnête homme doit savoir sur eux.

    Ce qui nous préoccupe ce sont ceux « d’ici et de maintenant », bien vivants, alertes, aux dents longues et acérées, ces « tyrans démocrates » qui conduisent depuis 50 ans, sans discontinuer – de Giscard au petit dernier – la France à l’esclavage et à la mort.

    L’Histoire d’avant me paraît moins utile à considérer que celle qui se déroule sous nos yeux et qui nous désole !
    Est-ce excessif d’affirmer que ceux qui nous mettent « ces grands anciens » sous le nez sont des complices de ceux d’aujourd’hui ?
    Bien sûr, c’est sans risque de considérer ce que les cuistres appellent « les périodes longues de l’histoire » ! C’est sans danger pour nos chefs d’aujourd’hui !

    Mieux vaut ne pas mettre sous le nez du populo les « périodes courtes » où tout s’effondre !

    Non, je ne lirai pas ce livre !

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  3. Sganarelle dit :

    Nous ne sommes ni en dictature ni en démocratie. , nous sommes en république. Une république dont nous sommes tous responsables et que nous subissons en la glorifiant tous les jours au fronton de nos mairies «  liberté égalité fraternité » .. nous avons une liberté de façade une égalité de principe et une fraternité qui se perd dans les communautarismes et la lutte des classes. Les belles valeurs de base censées représenter autrefois une jeune république sont fort malmenées de nos jours , la mégalomanie la corruption les privilèges ont tout emporté et s’il n’y avait pas un constant rappel des « temps obscurs où la tyrannie des rois affamait le peuple » je ne suis pas sûre que nous ne nous poserions pas de questions. .
    Allons nous vers une sixième république ? Comment sortir de cette suite de présidents qui vont de mal en pis? Non nous ne sommes pas en dictature mais il en faudrait peu tant nous sommes envahis par une propagande qui tend vers le culte de la personne et divise la population.
    Les dictatures commencent de cette façon ,par la déification d’un personnage et la division d’un peuple. Il y a plusieurs sortes de dictature et avant d’en venir aux massacres on gravit des échelons.

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  4. Gerard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Je lirai ce livre. Mais je me demande comment aujourd’hui avec les pressions internationales, tous les organismes qui s’intéressent aux conditions de vie des peuples, et toutes les associations diverses et variées qui se mêlent de tout, on peut encore se contenter de constater qu’il existe toujours des dictatures dont la Chine et certains pays arabes avec qui nous continuons de commercer y compris pour de l’armement, d’entretenir des relations diplomatiques et même de décorer de notre plus haute distinction ceux qui malmènent leurs peuples.
    Tout cela est écœurant.

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  5. Angil dit :

    Difficile d adhérer à l idée que les hommes craignent la liberté !
    J aurais plutôt tendance à penser qu il ont besoin d être guidés (surtout vers des utopies !) et que les dictateurs (leur discours) sont à leurs yeux les meilleurs pourvoyeurs d une providence d autant plus désirée que moins méritée.
    En cela, l abetissement (ou la non éducation) des peuples constitue la meilleure méthode pouvant conduire à l avènement de ces êtres imbus de pouvoir et pétris d egocentrisme.
    Notre monde actuel (occidental) est d ailleurs en train de se fragiliser par perte de capacités d autonomie et de libre arbitre (face au cumul de multiples facteurs comme les politiques clintelistes prônant l assistanat, la modernité technologique qui éloigne du réel, un enseignement et une éducation parentale qui deresponsabilisent, etc)

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  6. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Mais peut-être – et avant tout – pour que chacun de ces « hommes comme les autres », puisse entamer une carrière de dictateur, il lui a fallu d’abord se trouver au centre de circonstances politiques particulières : révolution, guerre, crises de toutes sortes.
    La question qui doit vous préoccuper – car sinon pourquoi lire ce genre de livre – n’est elle pas : est-ce que les circonstances politiques particulières de la France d’aujourd’hui, pourraient être propices à l’éclosion d’un dictateur et à l’instauration d’une dictature ?

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    • Mildred dit :

      Et comme pour répondre à ma question, voici ce qu’une amie m’envoie :

      file:///C:/Users/marriane/AppData/Local/Temp/IM/Général%20Lecointre.pdf

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    • Mildred dit :

      Ce lien qui apparemment ne fonctionne pas, m’oblige à citer in extenso l’article intitulé :
      « Général Lecoîntre : « Il faut être prêt pour un conflit de survie » 26 juillet 2019

      « Lors de la dernière édition de la Conférence des ambassadeurs, en août 2018, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, ne put que confirmer et compléter les propos qu’il avait déjà tenus quand il était à l’Hôtel de Brienne pour décrire les dernières évolutions du contexte international. « Nous vivons dans une période de tension et de conflictualité » avec une « rupture » sur le plan de la sécurité, « se manifestant par la multiplication des crises aux portes de l’Europe » et une autre dans celui de l’économie, « liée aux déséquilibres commerciaux que risquent d’aggraver les tentations de guerre économique », avait en effet affirmé le chef de la diplomatie française.
      Lors de sa dernière à l’Assemblée nationale, le chef d’état-major des armées [CEMA], le général François Lecointre, est entré dans le détail des menaces actuelles. Ainsi, après avoir de nouveau critiqué les « dividendes de la paix » qui, après 1991, « allaient provoquer pertes de capacités et diminution de la réactivité des armées », il a évoqué un contexte marqué par le terrorisme qui « se développe en même temps que l’expansion incessante de menaces hybrides », « l’apparition de nouveaux champs de conflictualité » et une « désinhibition tout à fait frappante de l’usage de la violence et de la force. » Aussi, pour le CEMA, nous entrons dans une ère qui « combine, d’une certaine façon, les caractéristiques de périodes précédentes, sur fond de risque climatique, d’épuisement des ressources et d’inégalités de développement. » Et, a-t-il ajouté, elle faut « surtout réapparaître la crainte de menaces existentielles, à même de saper les fondements de notre Nation. »
      Et « cette période nous expose à trois grandes formes de conflictualité, qui se conjuguent », a relevé le général Lecointre. Ainsi, a-t-il dit, « un affrontement majeur apparaît aujourd’hui comme une potentialité réelle ». Selon lui, « l’armement de la Chine, l’affirmation de puissances régionales avec des prétentions nucléaires, le jeu de la Russie, la concurrence à la puissance américaine ou les déséquilibres autour du golfe Arabo-Persique sont de nature à provoquer un point de rupture. » Et cela conduit le CEMA à estimer qu’il « faut être prêt à s’engager pour un ‘conflit de survie’, seul ou en coalition, rapidement et dans la durée. » Et cela demandera des « moyens de haute technologie car ce conflit se déroulera dans les champs habituels, mais aussi dans ceux qui échappaient jusqu’ici à la conflictualité militaire. »
      Et, a poursuivi le général Lecointre, « le déni d’accès de certains espaces et les stratégies indirectes, avec un rapport coût efficacité aujourd’hui à la portée de petits compétiteurs, pourraient préfigurer ce type de conflit. »
      En outre, les affrontements de nature « asymétrique » n’ont pas disparu. Loin de là même. « Le terrorisme persiste. Il mute. Il intègre opportunément toutes les revendications ethniques, religieuses, idéologiques ou identitaires » tandis que les groupes terroristes « s’approprient les nouvelles technologies et savent investir tous les champs, exigeant de notre part une palette complète de réponses militaires », a expliqué le CEMA.
      Enfin, ce dernier n’exclut pas qu’une ou plusieurs « crises profondes » puissent « déstabiliser sérieusement les grands équilibres mondiaux. » Ces crises pourraient être de « nature démographique, climatique ou d’accès à l’eau » et elles « ne manqueront pas d’affecter l’Afrique », ce qui aura « de lourdes conséquences pour la stabilité de l’Europe tout entière », a prévenu le général Lecointre.
      « Je pense que nous devons absolument nous y préparer et l’intégrer dans notre modèle d’armée, d’autant que cette typologie de la menace n’exclut pas la simultanéité des occurrences et que chaque type d’affrontement se conjuguera dans le temps et l’espace. Nous devons être capables d’anticiper et de voir venir ces menaces ou ces conjugaisons de menaces, mais aussi de créer les coalitions qui nous permettront d’y faire face », a-t-il ensuite fait valoir auprès des députés.
      Après des années de contraintes budgétaires qui ont entamé le potentiel et les capacités des forces françaises, l’exécution à l’euro près de la Loi de programmation militaire [LPM] 201925, qui met l’accent sur la « remontée en puissance », est essentielle.
      En l’état actuel des choses, et « au rythme actuel des commandes et livraisons » des munitions, les forces françaises ne seront « toujours pas capables de soutenir un engagement majeur en 2022 », a souligné le général Lecointre. « Pour la défense sol-air, surface-air, l’engagement air-air, ainsi que pour la lutte antinavire, nos stocks ne nous permettent déjà pas de faire face à la situation opérationnelle de référence », a-t-il précisé.
      Qui plus est, « nous avons encore des trous capacitaires, notamment dans les domaines de la projection stratégique, du renseignement par drone, du ravitaillement à la mer et de l’aéromobilité, ce qui nous rend dépendants de nos alliés américains, otaniens et européens, ainsi que des contrats d’affrètement », a encore cité le CEMA.
      Enfin, a-t-il aussi fait remarquer, la « disponibilité technique opérationnelle de certaines de nos flottes d’aéronefs demeure à un niveau faible, de l’ordre de 50 % à 60 % pour les flottes d’hélicoptères de l’armée de Terre, de patrouilleurs maritimes de la Marine et d’avions de transport tactique de l’armée de l’Air. »
      D’où l’importance cruciale, dans ces conditions, de la bonne exécution de la LPM, qui « prend en compte » cette nécessité de réparer nos capacités, en particulier les difficultés et les carences structurelles dont nous souffrons », a plaidé le général Lecointre. « 

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  7. Zonzon dit :

    Dans cette énumération un nom me gène, ceci pour deux raisons :

    Parce qu’il n’était qu’un « chef » en apparence, un Maître effrayant planait au dessus de lui !

    Parce que il y eut une multitude de « gens honorables » qui sont les véritables responsables du destin de celui-là !

    Faire de l’Histoire sans se remettre soi-même en question…. !

    Notons encore que beaucoup de cette liste sont morts dans leur lit, entourés de l’affection des leurs !

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  8. André Lugardon dit :

    Ce que je trouve de plus effrayant dans ce que vous venez d’écrire ce n’est pas la liste des noms que vous nous rappelez et l’horreur des crimes commis mais le fait qu’il y a eu une multitude de femmes et d’hommes pour les porter au pouvoir, les soutenir et accomplir les atrocités qu’ils n’auraient jamais pu accomplir seuls.

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    • Madzi dit :

      Entres autres Kadhafi et les Assad reçus avec faste par N.Sarkozy à l’Elysée.

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    • André Lugardon dit :

      Oui hélas et Gérard Bayon l’a souligné aussi en fin de son commentaire sans nommer personne précisément. La politique que notre pays a mené au Moyen Orient depuis VGE j’ai du mal à la comprendre.

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