Sale temps…

«J’ai beaucoup appris de ces vingt mois. Ça m’a scarifié […] J’ai toujours été sincère et je n’ai jamais voulu blesser […] Cela suppose une conversion personnelle [la mienne] Dans le système où nous vivons, cette franchise [la mienne] n’est peut-être plus possible!» Bien au-delà de la personnalité de l’actuel chef de l’Etat, de quinquennat en quinquennat, l’obsession du « je » a un sens. « Je » victime ou « je » provocateur, la fuite en avant dans la boulimie du « je »  est le signe d’un indicible désarroi. Face aux déceptions, aux échecs, à l’impuissance, à la réalité qui se dérobe, au décalage entre le statut de demi-dieu et le trou béant laissé par la vanité blessé, il ne reste plus qu’à se noyer dans le « je » comme dans une eau saumâtre. Mais attention, le sommet de la bêtise politique  est de penser qu’il suffit de changer une tête par une autre, par ex M. Hollande par M. Macron ou ce dernier par M. le Pen, ou tout autre, pour espérer interrompre la marche à l’abîme. Nous ne vivons en ce moment qu’une étape supplémentaire dans un processus de déliquescence. Non, il faudrait bien plus qu’un simple changement de tête qui en soi n’aurait aucun intérêt. Ce qu’il faut, c’est un bouleversement de la culture politique: l’intérêt général plutôt que la l’obsession narcissique; l’action au service du pays plutôt que la logorrhée communicante; la vérité plutôt que l’esprit de manipulation permanent et le mépris des gens; la politique plutôt que l’esbroufe; l’homme d’Etat désintéressé plutôt que le politicien en quête de réélection; bref, la res publica plutôt que le grand-guignol quotidien. Ce n’est pas seulement une affaire de personne. C’est une question d’état d’esprit, de mentalité, de prise de conscience collective. Et c’est là que les choses sont infiniment plus complexes mais c’est pourquoi tout se joue désormais dans la bataille des idées.

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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44 commentaires pour Sale temps…

  1. Guy Morel dit :

    Maxime T., Mais comment se ferait la prise de conscience collective? Croyez vous vraiment à un vaste retournement social qui générerait par un coup de baguette magique une prise de conscience du peuple? Voilà des décennies que nous sommes anesthésiés à coup de bénéfices sociaux supplémentaires financés par la dette……
    AH! Mais voilà ! Le réveil ( douloureux) se fera peut-être par le service de la dette! Avec une dette de 2 trillions€, une augmentation de 1% des taux (non contrôlable…) pèsera 20 milliards annuels. Il est très probable que les taux d’interet augmenteront de 2 ou 3 % dans les 2-3 ans à venir ( peut-être plus pour la France qui verra sa qualité de crédit se détériorer rapidement). Ce sera alors 50 ou 60 milliards supplément qu’il faudra débourser. Autant dire que nous serons en risque de cessation de paiements.
    ALORS se dessinera peut-être la fameuse prise de conscience et se rendra-t-on compte que l’Etat Providence est moribond. Et le Peuple tout entier décidera de la solution à apporter à cette faillite nationale. Peut-être comprendra-t-on alors que ce n’est pas le chef qui fait la politique et qu’il ne suffit pas d’en changer pour en définir une autre.
    À moins que l’on décide alors de piller les biens des classes aisées. Nous l’avons fait en 1790 avec l’Eglise et en 1793 avec la noblesse. Les Français le feront bien volontiers avec la bourgeoisie au XXIe siècle.

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