Malsaines dérives et récupérations

Au début, le mouvement des gilets jaunes était profondément sympathique comme en témoigne le soutien des quatre cinquièmes du pays. Il était vécu comme la réaction légitime de la France oubliée à des années de mépris et d’arrogance affichés sans vergogne par la classe dirigeante, depuis les « sans dents », jusqu’aux « Gaulois réfractaires », « aux fainéants » ou « ceux qui ne sont rien » et le traitement injuste réservé aux retraités de condition modeste. La colère, accumulée, s’est cristallisée sur l’augmentation emblématique du prix du diesel. En y renonçant, l’équipe au pouvoir a acté sa défaite. Les gilets jaunes ont remporté une victoire contre un mode de gouvernement fondé sur l’aveuglement et la morgue. Evidemment, cela ne règle rien sur le fond des dossiers. Mais ce succès symbolique marque un tournant qui pourrait être le début d’une rénovation trouvant son prolongement par la voie démocratique et les urnes. Or,  aujourd’hui, le mouvement est en train se subir une dénaturation et de dégénérer dans un indescriptible et pernicieux chaos. La belle cause initiale des gilets jaunes, celle de la France humiliée, est en cours de récupération par un étrange magma nihiliste n’ayant plus de rapport avec la cause initiale: factieux qui appellent à la destruction de l’Etat de droit, voyous qui incendient les biens d’autrui, idéologues gauchisants, anarchistes du black block, casseurs et pilleurs de banlieue, tueurs qui jettent des pavés sur les forces de l’ordre, lycéens « révolutionnaires ». La récupération politicienne – dont les gilets jaunes ne voulaient pas -, bat désormais son plein. Que peut-il sortir d’une révolte désormais revendiquée à la fois par les Insoumis et les lepénistes? Victoire trahie, victoire volée? Nul ne sait ce qui va se passer demain. Le déchaînement de violence attendu risque de corrompre la belle cause initiale des gilets jaunes. Ces derniers ont jusqu’à présent bénéficié d’un soutien massif des Français qui a été leur force. Si la France sombre dans le chaos, la violence généralisée et les pénuries, si l’Etat de droit trébuche dans la tourmente, l’opinion basculera aussi vite que l’éclair.  Il est encore temps pour les gilets jaunes de revendiquer leur victoire et de se démarquer sans ambiguïté d’une dérive criminelle et évidemment sans issue.

Maxime TANDONNET

 

 

 

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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53 commentaires pour Malsaines dérives et récupérations

  1. Infraniouzes dit :

    Les gilets jaunes portent nos revendications et nos espoirs. Sans parler de révolution – propos excessif et dangereux – il faut bien secouer cette classe politique arrogante et menteuse qui se fiche de la France d’en bas. On ne cesse de voir des femmes pauvres avec enfants – mais toujours sans mari ! – obligées de vivre avec des salaires de misère ou sur les seules allocations plus la charité publique tandis que la TV nous parle de salariés de la Banque de France logés dans de somptueux appartements dans le Palais royal à 6 000 €/mois. A prix préférentiel s’il vous plait. C’est caricatural, sans doute, mais il faut reconnaître que de tels exemples sont de plus en plus nombreux. Chirac nous parlait de la fracture sociale ! Là on touche à une fracture inhumaine indigne de la 5° puissance du monde, qui a la plus belle avenue du monde, le plus grand musée du monde (Le Louvre), les plus grands artistes, architectes, footballers etc. Ça suffit, trop c’est c’est trop.

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  2. charles902 dit :

    Bonjour Monsieur Tandonnet,
    je ne réagis pas seulement pour vous signaler mon total accord avec vos propos, mais pour rajouter ma petite couche.
    Maintenant que le pouvoir, représentant d’un état financièrement obèse et sans idées, a accepté sa défaite devant les revendications des gilets jaunes, il lui faut trouver des solutions en engageant une baisse de ses dépenses concomitante à celle des impôts et taxes qui effectivement accablent les citoyens.
    Je crains maintenant, plus que jamais, que cet état-pas plus que la classe politique d’ailleurs- ne soit pas capable de se remettre en question et qu’il ne cristallise son manque de pensée autour de mesurettes populaires mais inefficaces du type rétablissement de l’ISF.
    Or il lui faut absolument réduire les dépenses publiques. Mais faire se serrer la ceinture à Bercy n’a jamais été simple, surtout avec un locataire comme l’actuel…et ce coup ci sans packaging écologique grandiloquent.
    Alors oui, les récupérations du mouvement gilet jaune sont à craindre mais « le canard est toujours bien vivant », et les gilets jaunes le sentent et ne lâchent pas…faut il entièrement les en blâmer?

    Aimé par 2 personnes

    • Charles902, je trouve qu’il y a une grande confusion, tout le monde peut mettre un gilet jaune et sans prévaloir, qui sont-ils aujourd’hui, surtout ceux qui cassent?
      MT

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  3. Colibri dit :

    « La gigantesque crise planétaire n’est pas autre chose que la crise de l’humanité qui n’arrive pas à accéder à l’humanité. » (Edgar Morain)

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  4. Déa dit :

    Ce soir, une délégation des gilets jaunes a présenté au 1er ministre leurs revendications sans attendre de lui une réponse. E.Philippe a bien écouté disent-ils à la sortie de leur entretien.Leurs doléances doivent être présentées au Président de la République, E.Macron.Cette délégation précise attendre tout de ce dernier.
    Leur intervention légitime cette autorité. Mais en quoi celle-ci bénéficie encore de cette autorité. L’attitude, la posture tenues depuis plusieurs jours par cette présidence n’est plus légitime en réalité.
    Ce président de la République a failli, il doit mesurer son échec et partir. Pourquoi, lui à la tête de ce gouvernement ou d’un autre gouvernement issu des rangs de sa majorité aurait un sens. Pourquoi pourrait-il mener à bien une autre politique qu’il n’a pas su mettre en oeuvre, avant? Rien ne le garantit, donc c’est reculer pour mieux sauter.
    On pourrait faire l’économie de cette perte de temps.
    Il pourrait appeler une autre équipe hors de ses rangs mais l’assemblée nationale ne serait pas changée.
    Appeler à un référendum pose la question justement de la question à poser et exige aussi du temps. Et si la réponse n’est pas conforme à son ambition, le temps sera d’autant plus perdu.
    Pour aller plus vite, il doit partir maintenant.

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  5. Sganarelle dit :

    Étant donné la sItuation actuelle il semble que le président devraIt proposer un référendum et envisager d’ agir comme de Gaulle en son temps. Il ne peut plus prétendre continuer ses réformes et semble incapable de rétablir l’ordre , une simple dissolution ne paraît pas la solution non plus et si on attend la situation risque d’empirer .
    Qu’il parte …cela donnera un peu de souffle.. qu’en pensez- vous ici?

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    • Gerard Bayon dit :

      @Sganarelle
      Comment pouvez-vous imaginer qu’un Président aussi narcissique qu’ E. Macron puisse penser à démissionner alors que notre Constitution lui permet de rester au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat quoi qu’il arrive (en dehors de la maladie) ? A mon avis, la seule solution qu’il pourrait accepter est le changement de gouvernement sans dissolution de son assemblée de godillots.

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    • michel43 dit :

      faut pas rêver ,JAMAIS il ne partira ,de plus avec une assemblée massive ,,,il a tout les pouvoir entre ses mains

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    • Colibri dit :

      Je partage le point de vue de Sganarelle mais je crois aussi que Gérard Bayon et Michel43 ont raison. Pourrions nous ré inventer la monarchie? Une monarchie constitutionnelle avec une assemblée composée de représentants de chaque catégorie sociaux professionnelles de notre pays tirés au sort sur la liste électorale actuelle. Qu’en pensez-vous ici?

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    • michel43 dit :

      se serait impossible en France ,,,la République est bien la,,,pour toujours

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    • Colibri dit :

      Michel43, depuis l’âge des cavernes il y a une chose qui n’a jamais changé: c’est que tout change toujours un jour ou l’autre… 🙂

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  6. Patrick dit :

    Bonsoir,
    A force de se faire cornaquer, le Peuple ne veut plus subir. C’est un début et il y aura d’autres révoltes qui aboutiront peut être à des révolutions. S’Il veut se faire entendre, c’est la seule façon qu’Il a de se manifester vis-à-vis des élites. La démocratie fonctionne dans un pays où les sachants et les puissants prennent en compte le peuple et ses miséreux.
    Sommes nous encore en démocratie ? Les élites certes élues s’occupent t-elles du Peuple ? Ca fait longtemps que nous n’y sommes plus pratiquement mais seulement formellement avec des élections biaisées pour ne pas dire truquées par le parquet financier.
    Le Peuple vient enfin de s’apercevoir de la supercherie et par la même de comprendre que seul le rapport de force est un levier efficace.
    Les grandes manifestations de défilés en silence et où chacun regagne ses pénates le soir c’est terminé, ça ne marche plus c’est inutile.
    Soit le pouvoir s’imposera par la force (mais il faudra se salir les mains) soit il sera renversé par la force.
    A un moment donné, dans la vie, malgré les atermoiements, il y a toujours l’épreuve de vérité et là ça commence. Il va falloir survivre, car après le chaos, il y aura l’ordre.

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  7. Pierre N dit :

    Vous retenez que  » l’abandon de l’augmentation du prix du diesel marque un tournant qui pourrait être le début d’une rénovation trouvant son prolongement par la voie démocratique et les urnes. »
    Mais cet abandon, sans doute uniquement pour 2019 d’ailleurs, passe pour un véritable camouflet fait au « progressisme » dont se réclame le pouvoir actuel.
    Et même si les citoyens étaient consultés par voie de référendum, il n’est pas certain que leur choix serait respecté (celui de 2005 a laissé des traces profondes).
    Entendrons nous un jour un responsable politique, en charge des affaires de l’état, c’est à dire de tous les Français, dire : « je me suis trompé ? » Personnellement, j’en doute fort.

    Le pouvoir actuel est dans une impasse. Quand on n’arrive plus à « boucler » ses fins de mois alors que les prélèvements augmentent, et que l’on a en mémoire que la création de l’euro avait pour but d’apporter la prospérité et de faire reculer le chômage, l’échec des « progressistes » au pouvoir est insupportable. Il est choquant que, lorsque la consommation d’un article ou d’un produit diminue, les taxes augmentent pour ne pas déstabiliser les rentrées fiscales (les timbres et les carburants en sont de parfaits exemples).
    Sauf erreur de ma part, personne n’a, jusqu’à présent, fait de propositions sérieuses pour diminuer les prélèvements obligatoires et identifier les postes budgétaires pouvant donner lieu à des économies, voire à leur abandon pour diminuer le périmètre d’intervention d’un état devenu obèse.

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    • PenArBed dit :

      A l’évidence la France n’est pas simple à diriger, mais nos élus sont hors sol et le peuple n’est pas écouté.
      Pour en sortir il faut mettre un terme à l’ENTRE-SOI du Sénat et de l’Assemblée et INCLURE EN PERMANENCE LE PEUPLE DANS LE CIRCUIT DES LOIS :
      1) fusionnons le Sénat (100 sénateurs maximum – au lieu de 348 sénateurs) avec le CESE (100 membres maximum – au lieu de 233 actuellement).
      Ce nouveau CESE siégera au Sénat et travaillera de concert avec les sénateurs. On ferme le Palais d’Iéna et on économisera les 40 M€/an actuels de budget ;
      Revoir sérieusement le budget du Sénat. 200 M€ devraient suffire pour désormais 200 membres (100 sénateurs et 100 CESE)
      2) les membres de ce nouveau CESE ne seront plus «nommés» par «l’entre-soi», mais seront des volontaires inscrits sur les listes électorales, tirés au sort, avec un mandat unique de trois ans ;
      Juré d’assises (source : https://www.service-public.fr): «Les jurés sont des citoyens tirés au sort sur les listes électorales. Ils participent aux côtés des magistrats professionnels au jugement des crimes, au sein de la cour d’assises. Ils exercent pleinement la fonction de juge pendant cette période. Les personnes retenues pour siéger après la procédure de sélection sont obligés de siéger, sauf s’ils invoquent un motif grave qui les en empêche. Les jurés qui siègent ont des obligations et ils peuvent percevoir des indemnités compensatoires».
      Membre du nouveau CESE : «Les membres du CESE sont des citoyens tirés au sort sur les listes électorales. Ils participent aux côtés des Sénateurs au vote des lois et du budget de l’Etat et au contrôle du gouvernement. Ils exercent pleinement la fonction de législateur pendant la durée de leurs mandats. Les personnes retenues pour siéger après la procédure de sélection sont obligés de siéger, sauf s’ils invoquent un motif grave qui les en empêche. Les membres qui siègent ont des obligations et ils perçoivent les mêmes indemnités de base que les Sénateurs».

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