La fin d’un monde

« Le 24 mai 2016, sur France Culture, François Hollande prononçait des mots qui en disent long sur sa motivation: « Aujourd’hui, je suis dans l’histoire… Ce qui m’anime, m’habite presque, c’est qu’est-ce que j’aurai laissé comme trace ». Au regard de la réalité du quinquennat de François Hollande, des événements qui l’ont émaillé, de son impopularité, ces paroles résonnent avec un accent étrangement décalé. Au-delà de son cas personnel, elles soulèvent un abîme de questionnement sur la présidence de la République et le sens de la vie politique. Elles paraissent refléter le paroxysme de l’ère du vide. Le rêve de postérité, dans un pays ravagé par le chômage et ensanglanté par le terrorisme, se présente comme le reflet d’un narcissisme exacerbé qui écrase désormais le sens du bien commun et de l’intérêt général […] L’institution présidentielle, telle qu’elle est vécue désormais, favorise cette dérive. Le chef de l’Etat, ultra-médiatisé, incarne à lui seul le pouvoir politique dans toutes ses dimensions. Le Premier ministre, les ministres, les parlementaires en sont réduits au rôle de figurant ou de faire-valoir. Cependant, le mythique occupant de l’Elysée devient presque naturellement le réceptacle de toutes les déceptions, les frustrations, les angoisses d’une nation […] Le cocktail de la grandiloquence – le statut de « premier Français » – et de l’humiliation quotidienne est explosif […] Dans la France actuelle, le président de la République n’est plus le guide de la nation, mais son bouc émissaire naturel. L’abîme  qui s’est creusé entre l’idée du prestige présidentiel, entre ce héros tout puissant du suffrage universel, portant sur ses épaules le destin du pays, et les petites misères d’un individu dont la vie quotidienne est exposée à tous les vents ne peut que venir à bout de n’importe quelle lucidité, de n’importe quelle raison. Ce qui est en cause, bien au-delà de la personnalité de François Hollande, c’est la nature même de l’institution présidentielle telle qu’elle est devenue. » 

Ces lignes écrites en 2016 sont tirées de la seconde édition, de poche, de mon livre sur l’Histoire des présidents de la République. Les événements de ces dernières semaines, l’affaire dite Benalla, marquent une nouvelle étape dans un processus de décomposition d’un régime. Objectivement, les faits reprochés à M. Benalla sont misérables et surtout insolites – un conseiller élyséen qui rouste des manifestants – mais ils n’ont rien par eux-mêmes de  tragiques à l’image d’autres scandales qui ont ébranlé la République, tels l’affaire Stavisky, à l’origine de l’émeute du 6 février 1934 (16 morts et des centaines de blessés). Le retentissement phénoménal de cette nouvelle affaire, dans la classe politique, les médias et le pays, totalement disproportionné au regard des faits en soi, est le symptôme d’une crise politique gravissime qui couve depuis des années. L’élément déclencheur du scandale intervient comme une étincelle dans la poudrière. L’explosion qui vient de se produire est le résultat de tensions accumulées depuis des années. L’image élyséenne du Phoenix isolé, au-dessus des lois, au-dessus du peuple, au dessus de la nation et de l’intérêt général, obsédé par sa trace dans l’histoire et sa réélection, auquel tout est permis, n’est plus supportable dans la France moderne accablée de difficultés et d’inquiétudes. Nous assistons en ce moment à l’agonie de ce modèle. Bien sûr la situation actuelle comporte des signaux positifs, l’effondrement en cours du FN qui ouvre la voie d’une authentique recomposition politique, le retour du Parlement, d’une Assemblé nationale qui a montré sa capacité de résistance dans cette crise. Nous entrons sans doute dans une période de grande turbulence…

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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13 commentaires pour La fin d’un monde

  1. Philippe Dubois dit :

    Bonjour Maxime

    « Ce qui m’anime, m’habite presque, c’est qu’est-ce que j’aurai laissé comme trace »
    La seule trace dans l’histoire que laissera éventuellement François Hollande, sera celle d’un des pires chefs d’état que la France a connus.

    FH, n’est arrivé à l’Elysée que « grâce » aux reniements, aux trahisons, à la veulerie et à la pleutrerie de la « droite » dite républicaine.

    L’affaire Benalla est grave, non par la gravité intrinsèque des faits reprochés à AB, mais par tout ce qu’elle révèle concernant la mentalité de Macron et de ses affidés

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  2. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    Il y a quelques jours, l’un de vos commentateurs, alexrebelde, vous écrivait : « Deux ans ont passé et on en est où ? » Et voilà que vous recommencez comme si vos lecteurs n’avaient pas compris ou n’étaient pas d’accord avec votre constat ! Il y a deux jours, vous vous demandiez encore : « Qu’allons-nous devenir ? », et jamais vous ne vous demandez : « Que peut-on faire ? », alors que nous sommes beaucoup plus nombreux que vous ne le croyez, à nous poser la question, et même à chercher les solutions.
    Le constat, vous l’avez fait et refait, nous sommes tous d’accord, n’y revenons pas. Mais pourquoi ne pas dire que cette « désastreuse présidentialisation du régime » est imputable au dévoiement de nos institutions, par l’élimination du peuple au profit du « mythique occupant de l’Élysée » ? Que là où vous voyiez un « héros tout puissant du suffrage universel », ne reste que la marionnette que le système financier mondialiste a su nous imposer ?
    Le seul moyen d’en sortir ne serait-il pas de « dynamiter » le système, car n’avez-vous pas écrit vous-même : « La Vème est déjà morte depuis longtemps ! » ? (cf, commentaires « Restaurer la Res publica »). J’avais eu l’audace d’exprimer mon idée sur le sujet mais elle ne semble pas avoir retenu votre attention, sachez pourtant que je persiste et signe.
    Pour ce qui est de « l’affaire Benalla » qui aurait dû rester une non-affaire, elle a tout de même ouvert les yeux de tous, sur cette incongruité de notre « démocratie », qui permet que tout ce qui se passe à l’Élysée ne s’inscrive dans aucun des principes, ni aucune des lois de notre République.
    Quant à la manière dont vous traitez du Rassemblement National, elle ne laisse pas d’étonner. Vous vous réjouissez du « vertigineux effondrement du nombre de ses adhérents » mais n’est-ce pas le sort réservé à tous les partis politiques ? Et ne craignez-vous pas que l’insistance avec laquelle, article après article, vous ressassez votre « détestation du FN », ne finisse par évoquer cette insistance du refoulé « qui ne cesse pas de ne pas s’écrire » ?

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    • Mildred, oui, mais c’est quand même bizarre, vous me reprochez à juste titre de parler trop souvent du même sujet (le désastre de la présidentialisation du régime) mais vous même en rajoutez à chaque fois sur le même thème qui visiblement, vous intéresse autant que moi! Quant au FN, vous n’avez rien compris, ce n’est pas une affaire de « détestation » mais de simple réalisme et d’espoir que cette machine à faire gagner le parti socialise ou son successeur LREM, créée de toute pièce par le système médiatique, est en train de se désintégrer à son tour, ouvrant ainsi la voie à une recomposition de la politique française.
      MT

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  3. michel43 dit :

    je pense que vous avez du faire une erreur , c’est surement de LR ,que vous devez parler avec ses 8% ,mais pas de celui de Mme LEPEN ,attendez 2019 ,après nous pourrions juger de l’état de ce partis ,comme souvent, votre aveuglement pour ce partis me fait sourire ,la réalité est qu »il est toujours la,,et nous, on reste très bas,, ,vous devez savoir que se ne sont pas les adhérents qui compte, mais ceux qui vote librement pour eux ,je me souviens que nous arrivions près du millions ,et a ce jours avec Wauquiez ,,,,,si nous avions la proportionnelle ,Mme LEPEN aurait plus de 100 députes ,voila une simple réflexions, pour les combattre, il faut être meilleurs qu  » eux ,ce qui n’est pas notre cas a ce jours ,,seule des alliances peuvent nous faire revenir au pouvoir ,

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  4. Jean-louis Michelet dit :

    Turbulence en haute mer
    La haute mer n’est pas le lac de Genève ….il est préférable de bien regarder où le Capitaine du bateau a fait ses classes….
    C’est un peu tard…et les français commencent à le ressentir.

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    • JL Michelet, vous parlez à un ancien de la marine nationale (service militaire) !
      MT

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    • Jean-louis Michelet dit :

      Quant à moi, dans une école militaire …

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    • E. Marquet dit :

      Amusant de vous voir tous les deux revendiquer le service militaire de votre lointaine jeunesse pour évoquer les turbulences de haute mer !
      Il faut plus qu’avoir fait ses classes pour les affronter. Rien ne remplace le long cours, ses imprévus et l’expérience des coups de tabac. C’est à ce moment là qu’on juge de la compétence du Commandant, de ses officiers et de l’équipage. Seul maître à bord, il engage sa responsabilité.
      Pour sa première traversée, notre capitaine a bénéficié d’une bonne météo et les éléments lui ont souri. Il entre dans une zone de turbulences. Ce n’est pas encore le pot-au-noir ! L’armateur espère qu’il ramènera le bâtiment à son port d’attache sans avaries majeures et avec toute sa cargaison !
      La comparaison s’arrête là. Le Président de la Vème n’est-il pas « irresponsable » ? Le suffrage universel lui donne un mandat qu’il a depuis longtemps transformé en un blanc-seing. Le « peuple » qui n’est qu’un mythe, et non une catégorie logique, n’ayant aucune prise sur les décisions qui sont prises en son nom, et par des personnes qui lui sont tellement supérieures et qui bien évidemment savent ce qui est bon pour lui.

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  5. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Passons sur les paroles de F. Hollande qui restera dans un sous-paragraphe de l’Histoire comme ses prédécesseurs tout aussi narcissiques, comme le président du chômage, de la hausse des taxes et impôts, de la dette publique, de l’absence de vraies réformes, du communautarisme, de l’immigration mal contrôlée, de la parole inutile et malgré lui, de l’insécurité et des attentats.
    Depuis G. Pompidou, tous les présidents Français qui se sont succédés n’ont jamais été et ne se sont jamais comportés comme un « guide de la Nation », le pouvoir, les partisans et les zélateurs les ont grisés et fait perdre tout sens de la raison et surtout le sens de l’Etat et du devoir.
    Le président actuel qui se réclame d’un « nouveau monde » ne fait qu’accentuer les dérives de ses prédécesseurs en s’affichant jour après jour comme le seul maître à bord, le seul décisionnaire, le seul apte à s’afficher en permanence auprès de quelques Français neuneus trop contents d’avoir pu approcher l’astre solaire et sa compagne.
    Quant à « l’affaire Benalla », je ne partage pas tout à fait votre point de vue. Le lieutenant-colonel de réserve Benalla, ses frasques et tous ses passe-droits ne m’intéressent pas plus que vous en tant que tel et l’opportunisme malveillant de la communication de cette « affaire » me révulse tout autant que ce qu’a été « l’affaire Fillon », mais la gestion de cette crise, le comportement du pouvoir, les petits arrangements et ses mensonges avérés pendant plusieurs jours montrent que toute confiance envers lui est devenue impossible. Après les promesses non tenues, les mesures absurdes et impopulaires la baisse de la croissance, les hausses continues des taxes et impôts, l’insécurité, etc. cette « affaire » est la goutte d’eau qui crée durablement la défiance et qui perturbera très certainement la suite de son quinquennat et des réformes à venir. Lorsque deux députés LREM ont fait valoir quelques critiques sur la gestion de ce dossier, ils ont été immédiatement repris fermement par le chef de l’Etat lui-même lors de son discours du 24/07.
    Autre point de désaccord avec votre billet : vous considérez comme un signal positif l’effondrement en cours du RN. Vous savez comme vos lecteurs, que je n’aime pas ce parti, ses idées démagogiques et celles et ceux qui le dirigent mais la façon dont on cherche à l’éliminer actuellement du paysage politique Français me semble particulièrement malhonnête même si je sais qu’en politique tous les coups et surtout les plus vils sont permis ! Quel est le parti politique à qui les reproches qui sont faits au RN pour l’éliminer ne pourraient être faits ? Si on veut réduire à néant le RN, combattons-le à la loyale : sur ses idées et ses propositions, que la droite républicaine aille chercher les électeurs égarés et trompés et qu’elle propose des réponses intelligentes aux questions qu’ils posent. Le comportement honteux actuel du pouvoir vis-à-vis du RN ne peut aboutir qu’à une seule issue : la victimisation des électeurs du RN voire au renforcement des votes contestataires par pure réaction de rejet de ces magouilles.

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    • G Bayon, sur l’affaire Benalla, je ne vois pas bien en quoi ce que vous dites serait en désaccord avec mes propos; quant au parti lepéniste (impossible pour moi de prononcer le mot de rassemblement à son propos), je pensais au vertigineux effondrement du nombre de ses adhérents et non aux sanctions financières qui sont une autre question.

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