Lectures d’été

Aucune envie de commenter l’actualité, dans le grand maelström de bêtise qui caractérise en ce moment le pays. Non, non, non, ce n’est pas du mépris, mais de la défiance envers l’instinct de meute sous toutes ses formes. Pour tenter de résister à la  loi du troupeau (pour tenter), à chacun sa méthode. Et la mienne  n’est sûrement pas meilleure qu’une autre. Besoin de solitude, de silence, d’infini, sauf le murmure du vent et le crépitement des vagues, de coucher de soleil sur la mer et d’horizon. Et de lecture. Voici 10 ouvrages de résistance intellectuelle, courts essais d’environ 200 pages,  à emporter en vacances. Leur présentation ici ne signifie pas adhésion envers les thèses de leurs auteurs, mais simplement que leur lecture m’a un jour bouleversé (il y a parfois longtemps) et que je recommande très chaleureusement:

  • Penser la Révolution française, de François Furet: la Révolution puis la Terreur sont nées de l’idéologie de la table rase à la source d’un enchaînement d’événements  échappant à toute maîtrise et conduisant à l’apocalypse, une révolution se dévorant elle-même.
  • Le totalitarisme, Hannah Arendt: la société industrielle et urbaine engendre un homme déraciné, privé de repères traditionnels, intellectuels, éthiques, manipulable à merci et récupérable par les pires fanatismes sanguinaires qui se rejoignent dans l’atrocité des camps de concentration (soviétisme et nazisme).
  • La violence et le sacré, René Girard: la concurrence des désirs, fondement de la nature humaine, est la source d’une violence exacerbée que la société parvient à régler en la canalisant sur un bouc émissaire, qui devient par là-même sacralisé.
  • Mythes et mythologies politiques, de Raoul Girardet: la culture politique contemporaine est dominée par quatre mythes ou mythologies, thèmes fondateurs toute sensibilité et discours idéologique  : l’âge d’or (le passé heureux), l’unité nationale (la nation rassemblée), la conspiration (le complot), et le sauveur (l’homme providentiel).
  • Le fil de l’épée, de Charles de Gaulle: l’autorité et le prestige d’un homme dépendent du silence, de la discrétion, de la distance, du mystère dont il enveloppe sa personne. Un groupe d’hommes minoritaire, déterminé et éclairé – une élite – est l’outil indispensable de toute action collective.
  • L’ère du vide, de Gilles Lipovetsky: l’époque contemporaine se caractérise par son nihilisme, l’effondrement des valeurs traditionnelles, de solidarité, de patriotisme, ou religieuse, se traduisant par un narcissisme exacerbé.
  • La psychologie des foules, de Gustave le Bon: dans la grande foule qui caractérise la vie moderne, la raison s’efface et laisse la place au despotisme des passions et des émotions qui entraînent l’humanité dans la folie.
  • Malaise dans la civilisation, de Sigmund Freud: la civilisation c’est-à-dire la morale et la culture, servent à contenir les instincts profonds des hommes qui laissés à eux-mêmes les conduiraient à s’entre-tuer. Mais quand la pression est trop forte, le couvercle explose et cela donne les guerres et les révolutions.
  • L’étrange défaite, Marc Bloch: la débâcle (de 1940, mais au-delà, toute débâcle), est avant tout intellectuelle: une société s’affaiblit et se désintègre quand elle ne dispose plus des fondements de l’intelligence qui lui permettent de comprendre l’évolution du monde et de s’y adapter.
  • Qui sommes-nous? Samuel Huntington: une vision prophétique du monde moderne ou les conflits d’identités et de religions l’emportent sur les conflits frontaliers traditionnels, les guerres civiles l’emportant sur les guerres internationales.

Résistance intellectuelle: ce que j’appelle l‘intelligence n’est en aucun cas l’érudition, mais la curiosité, l’envie d’en savoir et d’en comprendre davantage. « Tout ce que je sais est que je ne sais rien ». Au fond, tout livre bien écrit est une pépite de bonheur et d’intelligence. Ce point est fondamental: un bon livre doit obligatoirement donner du plaisir, plaisir du dépaysement, de l’évasion, du sentiment de s’instruire. Il n’existe pas de bon livre sans le plaisir. Il doit être accessible, bien écrit avec des phrases simples et claires: sujet, verbe, complément. Surtout, ne jamais perdre de temps avec un livre mal écrit, ennuyeux ou incompréhensible. En matière de lecture la forme et le fond se rejoignent.

Maxime TANDONNET

 

Publicités

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

12 commentaires pour Lectures d’été

  1. Ce que je retiens surtout de René Girard c’est le concept de DEDIFFERENCIATION qui provoque une sourde montée de la violence chez les peuples qui perdent toute identité et qui aboutit à une explosion régénératrice. Nous sommes dans la dédifférenciation la plus complète: dédifférenciation des identités (qui laisse la place à ceux qui ont une identité forte …) dédifférenciation des sexes, de la famille, des valeurs … l’ère du vide en effet, aboutissant à la « crise sacrificielle » (dans laquelle nous nous trouvons) et au meurtre du « bouc émissaire », sous une forme ou sous une autre, mais quelle sera la forme qu’il prendra cette fois ci?

    J'aime

  2. Colibri dit :

     » L’intranquillité  » (2)

     » Le poète écrit: nous naissons comme le rocher, avec nos blessures. Y a-t-il d’autres chemins qui conduit alors à l’âge cassant? L’âge où, après avoir tenté de canaliser le tumulte de la vie brute, à grand renfort de systèmes et d’organisation – de dingues, en somme – , la part sauvage et anarchique de la vie reprend ses droits, et pousse d’autant plus fort que nous aurons cru la retenir avec autorité. Opposant à l’angoisse existentielle nos certitudes fanatiques, aux mouvements aléatoires nos fixations avides de contrôle, opposant aux balbutiements nos discours, aux danses des protocoles, à nos fièvres des remèdes, à nos pérégrinations la voix robotique des GPS, à notre vulnérabilité l’armée pathétique de toutes nos forces rassemblées. Nous cassons à la mesure même de notre rigidité, nous apprenons la fable du chêne et du roseau. La souplesse est notre seule chance, l’inclusion du tumulte, l’acceptation des limites de notre contrôle, la jachère de l’intranquillité qui offre à nos existences une parcelle désordonnée et féconde. Notre seule chance qu’il y pousse quelque chose que nous n’aurions pas imaginé. »

    Marion Muller-Colard dans « L’intranquillité » chez Bayar « J’y crois », pages 13/14.

    Aimé par 2 personnes

  3. Colibri dit :

    « L’intranquillité » (1)

    « Au berceau, déjà, l’inconfort, l’inquiétude, l’angoisse… L’intranquillité dans tous ses états. La vie, puissante, majestueuse, tranchante. La vie sans concession et sans demi-mesure. Aucun de nous n’aura fait l’expérience de naître à moité. Aucun de nous ne fera l’expérience de mourir à moitié. De bout en bout, la vie, entière et exclusive. Nous apprendrons à mettre de l’eau dans le vin, mais la vie, elle, restera tout ou rien. Nous en prendrons plein la vue, plein les poumons, plein le coeur. Car quelque chose nous saisit qui s’appelle exister – sortir de soi, être expulsé, séparé. On nous regarde, on nous dit tu, et il nous faudra une vie pour répondre je. Une vie pour admettre que nous avançons à découvert, qu’il n’y a pas d’autre peau que la sienne entre soi et le monde. »

    Marion Muller-Colard, « L’intranquillité », Bayard « J’y crois », pages 12/13.

    Aimé par 1 personne

  4. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Merci pour vos conseils de lecture. Personnellement j’ai prévu de relire Bel ami de Maupassant et une biographie de Margaret Thatcher : De l’épicerie à la Chambre des Lords de Jean-Louis Thiériot.
    Belles vacances reposantes à vous et à vos proches.

    J'aime

  5. Sganarelle dit :

    Merci d’avoir cité Y Furet qui est parmi les historiens de la révolution un des plus honêtes qui soit.
    On ne peut comprendre la philosophie le comportement et les craintes de la république que lorsqu’on connait les difficultés et les combats menés pour qu’elle survivre.
    La France d’alors aimait son roi, il a fallu des guerres des tueries et beaucoup de propagande pour que subsiste un tel bouleversement dans la foi les moeurs et les idées. Furet ne prend pas parti ( même si ses origines penchaient à gauche ) et c’est un véritable historien

    J'aime

  6. E. Marquet dit :

    On ne pourra pas vous reprocher de faire dans la légèreté ! Pour les avoir tous lus, à part Hutington et Girardet, je pense que comme lectures d’été et de détente, c’est …lourd. A déconseiller à ceux qui sont au bord du burn-out !
    La résistance intellectuelle ne passe pas uniquement par des ouvrages de ce type. Un bon roman vous éclaire aussi avec profit sur bien des sujets !
    Heureusement, Il me reste le briochin Georges Minois et ce brave Duguesclin dans sa forêt de Brocéliande pour alléger le poids intellectuel de ma valise !

    J'aime

    • Bellem dit :

      D’accord avec vous, ce sont pour l’essentiel des ouvrages qui sont recommandés dans les Instituts d’Etudes politiques. Pour y avoir étudié il y a quelques années, j’en connais quelques-uns, pour les avoir lus ou en avoir entendu parlé. Cela reste donc réservé à ceux qui se soucient du fonctionnement du pays.

      J'aime

  7. Georges dit :

    Donc un Socrate contemporain devrait correspondre en tous points à l’oeuvre originale .Il faudrait qu’il soit considéré comme le vilain petit canard placé sur la sellette et donc mis au pilori parce qu’il a le courage (seul contre tous) de dénoncer les travers et l’hypocrisie ambiante.

    J'aime

  8. Annick Danjou dit :

    Pendant l’été, je vais lire « Alice au pays des merveilles » pour me transporter dans un monde magique, « Tintin au Congo » juste pour m’habituer au changement moi qui ne suis jamais allée en Afrique, Les malheurs de Sophie pour me replonger dans mon enfance, Martine en vacances pour me convaincre que je n’y retournerai pas (au travail) et tout ça en chantant les 4 z’amis pour faire rire mon petit fils.
    Vos livres sont trop sérieux et risquent de me faire voir tout en noir!!! Bonnes vacances quand même Maxime et nous attendons la suite avec impatience lorsque vous serez reposé!!!
    Vous ne passez pas par Nice par hasard car ici vous verriez Philippe et tout ce que cela implique comme tonnes de béton armés évidemment, kilomètres de barrières, concentartion de police et de CRS (tous au même endroit bien sûr) détournement de circulation, klaxons et motos en roue arrière, vélos qui passent au feu rouge, deliveroo’ssss qui empruntent les trottoirs et bousculent les piétons, la belle vie quoi!!!

    J'aime

    • Francis dit :

      Annick Danjou, habitant à Nice, je partage le même ecoeurement que vous de ce qu’est devenue cette si belle cité.
      En effet, les incivilités sont partout présentes sans la moindre intervention de la police pourtant multi présente.
      Les vélos sur le trottoirs sont devenus une plaie et surtout, ne rien dire.
      Nice est devenue la ville de tous les excès où tout est permis.
      Quant au Maire il est content de « sa ville ».

      J'aime

  9. Cyril45 dit :

    J’ai lu en particulier  » L’étrange défaite  » de Marc Bloch. Très intéressant en effet. De René Girard j’ai lu  » Je vois satan tomber comme l’éclair « . Deux ouvrages que je garde précieusement dans ma bibliothèque.
    Bonnes lectures à tous.

    J'aime

  10. loonloonychantemerle dit :

    Merci de ce partage – j’ignore presque tout de votre liste et j’avoue qu’elle ne me tente que pour un quart ! En revanche, le constat socratique me donne envie de lire Platon, trop oublié depuis longtemps. Tout ce que je sais, c’est qu’on y trouve à peu près tout ! Merci ! Et bonnes vacances – en espérant que vous continuerez à écrire sur ce blog même près de la mer, vent debout, bien sûr !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s