Lecture: Du Guesclin, Georges Minois, Fayard 1993.

L’actualité est tellement médiocre qu’il ne reste plus qu’à nous noyer dans le plaisir de lire d’excellents livres, ceux qui combinent le bonheur de l’évasion et de la culture. Ce Du Guesclin est ainsi l’archétype d’un excellent livre. A partir de 1340 commence une ère de chaos pour la France: la guerre de Cent ans ravage ses campagnes, la peste noire décime sa population. Français et anglais se déchirent en particulier la Bretagne. La France accumule les défaites: Crécy en 1346, Poitiers en 1356 …

Héros breton, héros français. Du Guesclin est issu de la toute petite noblesse bretonne, né en 1320, à La Motte-Broons, entre Rennes et Dinant. Enfant, il est d’une laideur indescriptible – petite taille, massif, trapu, une tête ronde aux traits difformes, pas de cou, des petites jambes, des bras démesurés qui pendent le long de sa taille – et d’une force herculéenne. Asocial, indiscipliné, odieux, ses parents, révulsés par sa laideur et son caractère impossible, le renient et le chassent de la maison dès l’adolescence. Du Guesclin n’a jamais reçu la moindre instruction, ne sait ni lire, ni écrire, mais d’une force prodigieuse, il est invincible dans les tournois. A 22 ans, il est à la tête d’une bande qui écume la forêt de Brocéliande, harcelant les Anglais, s’emparant des forteresses tenues par les partisans de ces derniers. Insaisissable, il est surnommé par ses ennemis le « dogue de Brocéliande« .

Se plaçant au service du roi de France, Charles V, dit « le Sage », et de Charles de Blois, en lutte contre Jean de Montfort, tous deux prétendants au duché de Bretagne, il se caractérise par son indéfectible loyauté. Les Anglais tentent de le récupérer: « Bertrand, si vous voulez demeurer avec moi/Vous me trouverez bon et loyal ami. /Je vous ferai chevalier et je vous donnerai aussi/ Terre et grande richesse, je vous le promets ». Du Guesclin rejette cette offre: « Si j’avais été de votre côté et que j’aie changé de camp ensuite, c’eût été une bien vilaine trahison. Alors pourquoi serais-je déloyal à mon seigneur? » [C’est beau la loyauté, une vertu si rare, fondée sur l’honneur!]

Il multiplie les victoires, s’empare de nombreuses places fortes anglo-bretonnes. Le secret de sa force? Il évite les batailles frontales pour lesquels les anglais ont un avantage considérable lié à leur armement et à leurs archers qui déciment la cavalerie française. En revanche, en Bretagne, en Normandie, il utilise la ruse et les embuscades pour terrasser l’ennemi. Mais la fin justifie les moyens et l’auteur ne cache pas non plus sa dureté sinon sa cruauté. Pour prendre les fortifications il annonce la couleur: en cas de résistance, tous les combattants français ayant pris le parti de l’ennemi – ayant trahi – seront massacrés. Dès lors, de nombreuses cités, qui connaissent sa réputation, préfèrent se rendre sans combattre.

En 1365, le roi de France et le pape l’envoient en Espagne, pour défendre la cause d’Henri de Trastamare, pro-français, en lutte avec Pierre-le-Cruel pour le trône de la Castille. Le véritable objectif de cette guerre, présentée comme destinée à une nouvelle croisade contre le royaume musulman de Grenade, est de débarrasser la France des  compagnies, bandes de hors- la-loi extrêmement  violents qui dévastent et terrorisent le pays, en les entraînant derrière Du Guesclin. Avec son autorité phénoménale, son charisme, il parvient à discipliner ces bandits et à les commander. Après de nombreuses victoires, et l’achèvement de la reconquête de la Castille au profit d’Henri, ce dernier subit un désastre militaire en 1367 à Najera, contre le Prince Noir, fils du roi d’Angleterre Edouard III, qui dirige l’Aquitaine anglaise, allié de Pierre-le-Cruel. Du Guesclin qui conseillait vivement à Henri de Castille d’éviter la bataille frontale, n’a pas été écouté de ce dernier: d’où la défaite.

Le voici prisonnier du Prince noir, à Bordeaux.  Ce dernier, gravement malade d’une dysenterie attrapée en Espagne, a épargné Bertrand pour en obtenir une rançon. Un épisode célèbre de l’histoire de France se situe ici. « Bertrand, dit le Prince, veuillez décider/ Combien vous me voulez de rançon donner. » Du Guesclin, magnifique, lâche le prix auquel il estime sa personne: « Je vous ferai compter cent mille doubles d’or ». « Quand le Prince l’entendit, il changea de couleur/ Il regarda tous ses chevaliers/ Et leur dit à haute voix: il se moque de moi!/ Bertrand! dit le Prince, vous ne pourrez pas payer! ». C’est alors que survient la célèbre réplique de Du Guesclin, qui, selon l’auteur, marque la naissance du sentiment populaire et national français. « Je vous déclare et je m’ose vanter/ que si ces deux là ne pouvaient rien donner [les rois de France et de Castille]/ Il n’y a pas une fileuse en France à travailler/ Qui ne tâcherait de gagner ma rançon à filer/ Et qui ne me voudrait  de vos prisons ôter. » 

Du Guesclin libéré reprend les hostilités et multiplie les victoires militaires. Il soumet la Normandie, vainqueur de Charles le Mauvais, qui dispute le trône de France au roi, achève la conquête de la Castille. Le 3 octobre 1370, il est nommé connétable de France, chef des armées de Charles V. Il entreprend alors la reconquête de l’Aquitaine et s’empare une à une, des forteresses anglaises dans le Poitou et le Périgord, prenant sa revanche sur le Prince Noir. Puis, une période trouble s’ouvre alors pour lui: quand Charles V, qui veut supprimer le duché de Bretagne pour l’intégrer au royaume de France,  lui demande de prendre les armes contre les nobles Bretons, Du Guesclin est déchiré entre sa loyauté à Charles V et son attachement à sa terre natale et refusant de choisir, veut prendre ses distances avec la vie publique. Le roi l’envoie combattre en Auvergne. Affaibli, il meurt lors d’un siège, le 13 juillet 1380.

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Mais ceci n’est qu’un infime résumé d’un sublime ouvrage qui entraîne aux confins du rêve et de la connaissance. Dans la valise de mes vacances prochaines, j’en emporte une tonne!

Maxime TANDONNET

 

 

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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19 commentaires pour Lecture: Du Guesclin, Georges Minois, Fayard 1993.

  1. Georges dit :

    Nous sommes passés de D’un Guesclin à du déclin ,pfff ça chauffe la haut m’en va me rafraîchir .

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  2. kiaz dit :

    Y’a aussi la date à corriger « Affaibli, il meurt lors d’un siège, le 13 juillet 1880. » Bonnes vacances.

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  3. Alexandre dit :

    Maxime bonsoir
    Français d’origine Russe (1ére émigration dite « blanche »), je vous lis et vous écrit de cette lointaine Afrique (Togo), où je vis depuis assez de temps pour réfléchir à ce de quoi je parle.
    Nous parlons d’Honneur?
    Le sens originel de ce sentiment n’existe plus!
    Et encore moins dans ce « cher et vieux pays » où les désirs d’une consommation frénétique et obsessionnelle par son exigence de l’assouvir par tous les moyens, a conduit notre Pays vers l’inéluctable : le reniement de soit!
    Où pourrait alors se situer un sentiment comme l’Honneur? Et sur quelles bases éducative, spirituelle ou culturelle pourrait-il s’insérer? Chez qui?..
    J’invite tout ceux que cette question interroge à se référer au superbe ouvrage de Jean-René Van Der Plaetsen, La Nostalgie de l’honneur (Grasset) et notamment aux 7 derniers chapitres de l’ouvrage…

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  4. Via dit :

    Coquille : 1880

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  5. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Pour ne prendre qu’un seul exemple, lorsque je vois comment a été géré le dossier de la ZAD de Notre Dame des Landes, pendant des décennies par des lâches et depuis un an par des manipulateurs, je me dis que ce n’est pas demain la veille que la France connaitra un « Du Guesclin » ! Il est où l’officier supérieur, le Préfet, le haut fonctionnaire de police courageux qui aurait le soutien du Gouvernement pour reconquérir toutes les zones de non-droit et donner un signal fort à toute la pègre et la « boboîtude » pour leur rappeler que la République est soi-disant une et indivisible depuis 1792 !
    Allez, je continue de rêver ! Bonnes vacances reposantes à vous et à tous ceux qui peuvent partir en congés loin des soucis quotidiens.

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  6. Christophe dit :

    Une époque lointaine ou la vie était rude.Une époque ou les mecs étaient des mecs,ils savaient bien se battre.A moins eux, avaient des couilles!

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  7. Eric dit :

    Bonjour Maxime,
    Petite faute de frappe, DinanT est en Belgique.
    Pour les Côtes d’Armor, c’est Dinan.
    Bonne sourée,
    Eric

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  8. Cyril45 dit :

    Merci cher Maxime de ce message qui m’a remis en tête des souvenirs d’enfance, dont celui de ces instituteurs et professeurs qui savaient si bien nous faire aimer l’histoire et notre belle France. Je repense à ce beau livre imagé  » L’histoire de France raconté aux enfants » me semble-t-il.
    Alors bonnes vacances (et laissez TV et radios éteints pour mieux vous adonner à de belles lectures (merci de nous en faire un petit résumé et de nous donner quelques idées de lecture à votre retour)
    Amicalement.
    Cyril

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  9. E. Marquet dit :

    Vous savez bien que la forêt de Brocéliande n’existe pas ! Le Roi Arthur, Guenièvre, Merlin le magicien, la fée Viviane, Morgane et les Chevaliers de la Table Ronde, Lancelot, Perceval, les Druides avec leurs serpettes d’or ….c’est dans les livres.
    La réalité c’est la Forêt de Paimpont, moins poétique. La déception est au bout du chemin pour ceux qui auront trop rêvé.

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    • E Marquet, l’auteur, agrégé d’histoire et grand spécialiste de moyen-âge breton, parle bien et abondamment de la forêt de Brocéliande…
      MT

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    • E. Marquet dit :

      Loin de moi l’idée de mettre en doute les écrits d’un agrégé d’histoire ! Il n’en reste pas moins que la forêt de Brocéliande est la forêt mythique de la légende arthurienne. Elle est identifiée de nos jours à la forêt de Paimpont, forêt tout à fait quelconque qui ne garde aucune trace de la légende. Les gens du coin aiment se dirent du pays de Brocéliande, çà attire les touristes en veine de merveilleux.
      Mais je vous laisse rêver dans les sentiers auxquels vous pourrez accéder, et qui sait au détour du chemin vous rencontrerez Vivianne, Morgane, un Chevalier ou un Druide. Le syndicat d’initiative devrait y penser !
      Si à votre retour les billets de votre blog nous peignent la vie en rose, je saurai que Merlin l’Enchanteur, vous a trasformé d’un coup de baguette magique, et je ne parlerai plus de Paimpont mais de Brocéliande. Promis sur ma tête de bretonne.

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  10. michel43 dit :

    OUI,,,Maxime ,tout petit devant la cheminée, mon grand-père mous racontais les fait d » armes de ce Duguesclin,, ,nous étions heureux en ce temps la ? PS,, ,vous oublier Line Renault,90 ans comme le JML,,,,,avec ses filles,,,

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  11. Stéphane B dit :

    Bonjour

    Bonnes vacances alors ! Nous ne serons pas trop loin, allant m’installer du coté de Saint Brieuc

    Et merci, pour ce billet qui fait oublier les foutaises actuelles, bébétisant davantage les français

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    • Stephane B, bonnes vacances à vous!
      MT

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    • Stéphane B dit :

      Ce n’est nullement pour des vacances. Je n’ai plus le droit de travailler dans mon département, il faut que je change d’air, merci le soutien et l’ambiance dans la FPE. Aussi, la Bretagne est tout indiquée pour rebondir après un CLM.

      Mais bon, la souffrance des agents du bas, vous devez la rencontrer lors de vos missions.

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