1958, 2018 : aucun rapport

Le site Atlantico me demandait hier si la période actuelle pouvait être comparée aux années 1958/1959, soit le retour du général de Gaulle au pouvoir. Voici mes réponses.

  • Le rythme des réformes conduit par Emmanuel Macron depuis le début du quinquennat a pu conduire à une comparaison avec la France de Charles de Gaulle de 1958. Après une année d’exercice, de 1958 à 1959, et de 2017 à 2018, comment comparer l’ampleur des deux actions présidentielles, et ce, tout en écartant d’évidence les différences de contexte ? 

Il me semble que la comparaison n’a pas beaucoup de sens. Tous les nouveaux présidents une fois en place jurent qu’ils veulent transformer la France. L’arrivée de Charles de Gaulle au pouvoir en juin 1958 correspond à un tournant historique pour le pays, un changement d’époque : une nouvelle Constitution fondée sur le parlementarisme rationalisé, la décolonisation, le passage au nouveau franc, la sortie de la guerre d’Algérie, l’ouverture de l’économie française à la concurrence internationale et sa modernisation. La France se dote de l’arme nucléaire. A cela s’ajoutent les ordonnances qui modifient en profondeurs les institutions : éducation nationale, justice, armée, début de la régionalisation. Il n’y a absolument rien de comparable aujourd’hui. La France du quinquennat de M. Macron est la même, dans les profondeurs, que celle de M. Hollande. Ne comparons pas ce qui est incomparable.

  • Comment comparer le cadre de l’action des deux présidents, de la méthode employée à la popularité des réformes mises en place ? 

Le niveau de popularité n’a strictement rien à voir. Pour une immense majorité de Français, de Gaulle était l’homme du 18 juin 1940, le libérateur qui a rendu au pays sa dignité et son honneur en 1944 et 1945. Il était un héros de l’histoire. D’ailleurs, les sondages d’opinions lui accordaient une popularité jamais démentie, avec un taux de confiance excédant 70% à 80%. Cette popularité qui transcendait les clivages droite-gauche,  était due à son image d’homme de l’histoire, le chef de la résistance et celui qui a sorti la France du bourbier algérien, plus qu’à des réformes précises. La situation de M. Macron n’a absolument rien à voir. Peut-être est-il un peu plus populaire que son prédécesseur au même stade de son mandat. Il bénéficie d’une forte croissance économique internationale et exerce une étrange fascination sur les médias influents, TF1,  BFMTV, France 2, et une large partie de la presse. Toutefois, l’image qu’il donne dans l’opinion globalement est  du même acabit que celle des présidents en général. Elle est extrêmement précaire. Sauf pour ses adorateurs ou ses partisans, elle n’est pas celle d’un héros de l’histoire, ce qui est à la fois bien normal et évident.

  • Quel chemin reste-t-il à parcourir à Emmanuel Macron pour « mériter » une telle comparaison d’ici à la fin de son mandat ?

 C’est impossible. Les deux personnages ne sont pas du tout au même niveau, ne jouent pas dans la même catégorie. Il n’y a aucun sens à essayer de comparer un héros de l’histoire, à l’échelle de Jeanne d’Arc, de Napoléon, et de Clemenceau et un responsable politique qui doit sa réussite à un véritable talent de communicant et au soutien des médias télévision et radios. D’ailleurs, entre 1958 et aujourd’hui, nous sommes dans deux époques différentes. En 1958, la politique à un sens concret : sortir la France de la guerre d’Algérie était, pour de Gaulle une priorité absolue. Ce drame fut un immense traumatisme pour le pays et son règlement, dans la douleur, la clé de l’entrée de la France dans le monde moderne. Aujourd’hui, au-delà de tel ou tel dirigeant, la politique est davantage une affaire de grand spectacle médiatique avec ses postures, ses coups de menton, ses idoles et  ses coups de communication et de frime. Les grands mots, les crises de nerfs et les polémiques servent à masquer le néant. Les formules excessives comme « transformer la France » ou le « nouveau monde » ayant remplacé l’ancien monde, ne sont rien d’autre que le masque de l’impuissance des politiques. Qu’est-ce qui a changé en profondeur et concrètement, depuis un an, en matière de sécurité, d’économie, de social ? Nul n’en a la moindre idée. Nous vivons une époque de mystification permanente qui s’adosse au conformisme grandissant, au climat d’obséquiosité, au déclin de l’intelligence collective, de la culture politique et du sens de l’esprit critique. C’est toute la différence avec 1958.

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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18 commentaires pour 1958, 2018 : aucun rapport

  1. Niccolo dit :

    La prise d’un pouvoir en déshérence dans une période économiquement et politiquement dégradée, un dessein pour la nation, la restauration de l’image présidentielle et de la France sur la scène internationale, un courage certain … C’est sans doute ce que relèvent certains observateurs

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  2. Sganarelle dit :

    A de Gaulle on doit la Sécurité Sociale… A la suite de présidents fantoches on voit se déliter ce qui était une des meilleures médecines du monde
    Pour tous ceux qui ne peuvent s’offrir le médecin à honoraires libres et les cliniques de luxe il reste une médecine à la chaîne l’attente de minImum cinq heures aux urgences avant de voir un interne, les soins bâclés , les repas infects avec une hygiène déplorable facteur de nosocomiales.
    Que ce soit la Justice et les prisons sordides , l’Enseignement et la pauvreté de certaines universités, que ce soit dans le domaine de la recherche où pourtant Sarkozy s’est investi , nous avons dans tous les domaines régressé depuis de Gaulle. l’Homme n’était pas sans défauts mais on ne peut pas lui repprocher de ne pas avoir eu une haute idée de la France et d’avoir agi pour la faire partager.
    Bien sûr l’êpoque n’est pas la même mais alors comparons donc ce qui est comparable..

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    • Annick Danjou dit :

      Et grâce à lui, les femmes ont obtenu le droit de vote, il était temps !

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    • Anne dit :

      C’est vrai. Je me souviens de Framatome, du CEA, du plan calcul, même si il a été un échec, des grns mandarins de la médecin comme Hamburger , de la promotion de l’Art par Pompidou;
      Je n’ai pas voté Macron, je ne supporte pas sa médiocrité, ses mises en scène et son maquillage.
      Il jouait un épouvantail quand il a rencontré Brigitte. Il doit peaufiner le rôle.

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  3. Citoyen dit :

    « Ne comparons pas ce qui est incomparable. »
    « Les deux personnages ne sont pas du tout au même niveau, ne jouent pas dans la même catégorie. »
    Voila deux phrases qui résument le gouffre béant qui sépare les deux …
    Un élément, peut résumer à lui seul le sujet … Il suffit d’imaginer la tête qu’aurait eu le Général, si l’un de ceux de son entourage, lui avait proposé d’avoir comme porte parole un individu du style du B. Roger-Petit … Une idée surréaliste, qui donne un aperçu de la distance entre eux ….

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  4. Colibri dit :

    Au delà de l’analyse politique de notre époque il y a sur la vidéo suivante quelques travers de notre époque vu d’un point de vue religieux: https://www.dailymotion.com/video/x2e8rf9

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  5. Annick Danjou dit :

    Maxime, heureusement que vous êtes là pour remettre les pendules à l’heure. Quant on lit la « diarrhée » de compliments vis à vis d’un président qui méprise le peuple, encore hier avec cette phrase au sujet des APL, on en a la nausée!!!! Vous lire est un bonheur même si le Général a eu lui aussi ses égarements. Merci en tout cas pour ce travail et ces mises au point.

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  6. drazig dit :

    Aucun rapport? Bien sûr que oui. En 1958 il s’agissait de garder l’Algérie à la France. En 2018, il s’agit d’arrimer la France à l’Europe. La comparaison serait complète si les résultats étaient les mêmes soit dans ce dernier cas si la France se dégageait de l’Europe actuelle. Ce que je souhaite ardemment.

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  7. E. Marquet dit :

    Le héros national ne se révèle que dans des situations exceptionnelles. L’acte d’héroïsme reste accolé à son auteur, il en jouit implicitement quand bien mème par ailleurs il se montrerait ni plus ni moins intéressant que le commun des mortels.
    Si Clémenceau était mort plus jeune qu’aurait-on retenu de lui, son anticléricalisme ou qu’en 1905 il avait fait tirer sur la foule pendant les grèves ?
    De Gaulle aurait pu rester un militaire de carrière comme tant d’autre, dévoué à sa patrie, mais sans le panache du « Libérateur ».
    Jeanne aurait pu rester bergère à Domrémy. Mais les voies de Dieu sont impénétrables ……
    Quant à Macron, s’il devient un héros, c’est qu’on sera dans un sacré merdier, et je ne suis pas certaine qu’il puisse nous en sortir, vu l’ardeur avec laquelle il nous y entraîne à la suite de ses prédécesseurs, sauf à avoir une vocation de pompier pyromane.

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  8. Philippe dit :

    Bonjour à tous et à toutes,
    Ras le bol de ces journaleux qui comparent Macron à De Gaulle, dans le Berry Républicain, un a même osé écrire qu’il était à la fois De Gaulle, Mitterrand et VGE.
    Tous les journalistes se prosternent à ses pieds, le plus lèche botte est Jakubyszyn quand il parle de Macron il en a plein la bouche.
    Toutes les chaines nous passent un documentaire sur Macron, ce soir c’est FR3, jusqu’aux journaux féminins qui nous parle en gros titre des coiffures et des garde-robes de Brigitte Macron.
    Jamais, je n’ai vu des médias autant lécher les bottes d’un président. Cela devient pénible, les mots fusent, « il va marquer l’histoire, c’est l’homme providentiel, et blablabla. »
    Pendant ce temps les problèmes restent et s’amplifient, la pauvreté augmente, désertification médicale, fermetures de TPE et PME, etc.
    Et osez le dire où l’écrire alors là, vous êtes un sale fasciste, un abruti de conservateur et j’en passe.
    Macron un seigneur sans contre-pouvoir, avec des députés « béni oui oui », qui votent sans oser rien dire sinon ils sont exclus, des pantins sans convictions, sans morale, sans personnalités.

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  9. Ping : 1958, 2018 : aucun rapport | Raimanet

  10. Mildred dit :

    Monsieur Tandonnet,
    « Nous vivons une époque de mystification permanente », c’est exactement ce qu’on constate quand une chaîne de télévision, France 5, prétend que 50% des Français interrogés à ce sujet, estiment que le président de la Vème République à qui Macron ressemble le plus, est le Général De Gaulle.

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    • Gérard Bayon dit :

      Ce qui montre à l’évidence que l’enseignement de l’Histoire de France dans nos écoles et universités est du même niveau que celui du Français….

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  11. Pierre dit :

    Qu’est-ce qui a changé en profondeur demandez-vous ? J’ai une réponse à vous proposer : le niveau d’imposition devenu intolérable et confiscatoire. Et à cela vous ajoutez comme résultat : tous les ans un déficit quasi constant et une dette devenue abyssale.

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  12. Hurluberlu dit :

    Vous formulez à l’égard du Général De Gaulle que des éloges ! En omettant les zones d’ombre, et, surtout la moindre critique . . . Pourtant, la liste de ceux qui étaient en désaccord avec lui, est longue, et, cela pour des motifs variés. Un socialiste comme Jules MOCH, grand résistant, avait détecté, dès le début de l’Occupation, le côté malsain et manipulateur du personnage. La révision de la Constitution en 1962, imposée par De Gaulle a été adoptée notoirement, contre l’avis du président du Sénat.

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  13. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Quelle drôle d’idée de vouloir comparer un homme d’Etat avec une vraie vision de l’avenir à un paltoquet arrivé au pouvoir par manœuvres, mensonges et magouilles.
    A l’inverse du Général de Gaulle, nul n’a été chercher E. Macron pour qu’il vienne se goberger à l’Elysée.
    Au moment où la France est proche du chaos, je me demande comment se comportera l’autocrate E. Macron face à des évènements graves. Et à ce moment-là, il sera seul, lâché par ceux qui lui lèchent les bottes, par ses députés godillots sélectionnés sur internet et il n’aura même plus le soutien de ses médias aux ordres qui comme à leur habitude se montreront versatiles et se rangeront du côté de celui qui parlera le plus fort.

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