Lecture: 1984, Georges Orwell, 1949, Gallimard 1972.

Ci-dessous, les notes d’un exposé oral fait par l’un de mes étudiants en culture générale (master 1) , d’un ouvrage qui est un monument de la littérature et de la pensée politique planétaire…

1984, George Orwell Eric Arthur Blair, qui écrit sous le pseudonyme de « George Orwell », naît en Inde en 1903 et meurt en 1950. « La ferme des animaux », publiée en 1945, et « 1984 », écrite en 1948, constituent ses deux oeuvres majeures.

En 1984, le monde est partagé entre trois régions: L’Océania, dans laquelle l’histoire se déroule, l’Estasia, et l’Eurasia. Ces puissances sont en guerre permanente les unes contre les autres. L’Océania vit sous la dictature d’un parti unique, lequel surveille tous les faits et gestes de ses résidents. A la tête du parti, « Big Brother » et quatre ministères (Vérité, Paix, Amour, Abondance) gouvernent le pays. Enfin, l’Océania est régie par les trois slogans suivants : « La guerre c’est la paix », « La liberté c’est l’esclavage », « L’ignorance c’est la force ». Le héros du livre est Winston Smith, un fonctionnaire du Ministère de la Vérité dont le travail consiste à modifier les journaux afin qu’ils correspondent exactement à la vérité du parti.

Le roman se déroule en trois parties. Dans la première, Winston Smith est un employé rigoureux. Le lecteur est témoin, chapitre après chapitre, de l’immixtion du parti dans chacun des morceaux de vie de Smith. Malgré son sérieux, Smith prend conscience de certaines réalités, qu’il prend en note dans son carnet secret. Dans la seconde partie du livre, Smith acquiert la conviction de son opposition du régime. Il rencontrera Julia dont il tombera amoureux, sentiment proscrit par le parti. Enfin dans la troisième, il rencontre O’Brien. Ce dernier prétend faire partie de « la Fraternité », l’organisation secrète qui lutterait contre le Parti. O’Brien apparait être en réalité un agent du parti. Smith et Julia sont arrêtés et torturés. Ils renient leurs convictions.

« 1984 » de George Orwell décrit les dérives que pourrait suivre le monde après 1948. L’auteur a été un contemporain du nazisme et du communisme totalitaire et s’inspire nettement de ces régimes pour écrire son roman. Mais en décrivant une société fictive il rend son message plus universel. Le régime contrôlerait les actes des résidents, mais aussi leurs esprits, l’histoire passée de l’Océania, et contrôlerait enfin la vérité. Sous le règne de Big Brother, aucune liberté n’est permise, et le résident fait l’objet d’une surveillance permanente. Dans cet ouvrage, Orwell tente de théoriser la mise en place d’un régime totalitaire.

Sa théorie s’appuie sur plusieurs piliers: la déshumanisation de la société, la propagande, le contrôle du temps, et enfin le contrôle de la pensée. Déshumanisation de la société afin de maintenir le régime, le parti cherche à briser les relations entre les individus. Pour ce faire, il faut maintenir et accentuer les distinctions entre les différentes classes de la société, et supprimer les sentiments individuels. A propos des classes, on observe dans cette société 3 classes bien distinctes: le « parti intérieur », déjà, qui correspond la classe politique, et dans laquelle les agents profitent de multiples avantages. Cette classe représente environ 2% de la population. Le « parti extérieur » ensuite, qui regroupe la catégorie de la population la plus surveillée par le parti car ils sont « les mains » du « parti intérieur ». Enfin, les prolétaires, qui sont maintenus dans un état tel qu’ils ne représentent aucune menace pour le système. Cette « classe inférieure » représente 70% de la population. Le premier facteur de déshumanisation est la distinction très nette entre ces trois classes; des personnes n’appartenant pas à la même classe ont l’interdiction de nouer des liens. En agissant ainsi, le parti chercher à créer de la méfiance entre les individus de chaque classe. Le deuxième facteur de déshumanisation est l’interdiction des sentiments individuels. Les rapports amicaux ou amoureux sont ainsi totalement proscrits. En supprimant les sentiments individuels, l’émergence d’un sentiment collectif, du triomphe de la collectivité au détriment des sentiments égoïstes est rendue possible. Pour contrôler les relations entre individus, le parti les espionne, notamment par l’utilisation de télécran. Le télécran permet la fin de la vie privée. Le télécran met également fin à la possibilité pour les individus de penser par eux-même, car toute pensée hétérodoxe, appelée « crime par la pensée », est susceptible d’être interceptée.

Le roman développe les outils du totalitarisme:

La propagande: deux minutes de la haine, ou la semaine de la haine confinent en un rituel qui consiste à passer quotidiennement deux minutes à exprimer sa haine envers les ennemis du parti. Dans ce roman, l’ennemi du parti s’incarne dans la figure d’« Emmanuel Goldstein ». Ce bouc émissaire sert à cristalliser la haine et à souder la nation contre un ennemi commun. La négation du passé. Selon la doctrine du Parti, le passé n’existe pas en soi: il n’est qu’un souvenir dans les esprits humains. Le monde n’existe qu’à travers la pensée humaine et n’a pas de réalité absolue. Ainsi, même si un fait est objectivement réel, mais qu’il n’existe pas dans la mémoire des hommes, alors il n’aura pas d’existence passée. La surveillance généralisée. Les technologie servent à exercer un contrôle sur  les individus. Le télécran de Big Brother, entre la télévision et l’ordinateur, est présent dans tous les aspects de la vie des individus, relayant la propagande et espionnant leur moindres faits et gestes. La guerre permet également de souder un pays face un ennemi commun. « La guerre favorise l’obéissance ». En plus de cela, la guerre entraîne la destruction des avancées technologiques, ce qui empêche l’amélioration du niveau de vie. Les individus sont ainsi maintenus dans la pauvreté et n’ont pour unique préoccupation que la substance. Ainsi, les individus ne se soucient pas de leur régime, la hiérarchie sociale est maintenue, et le parti peut rester au pouvoir. En entretenant un conflit permanent, le parti ne cherche pas à répondre à des enjeux stratégiques sur le plan extérieur, mais à assurer le maintien de l’ordre sur un plan intérieur.

Le contrôle de la pensée par le novlangue. Le Novlangue est une langue qui permet de réduire le vocabulaire de manière à ce que certaines pensées ne puissent se produire. Par exemple, les mots « Honneur, justice, démocratie» n’existent pas. Outil au service du parti, la Novlangue détruit les moyens intellectuels permettant de fomenter une révolution. Le métier de Winston Smith, fonctionnaire au ministère de la vérité, consiste ainsi à falsifier les documents de manière à ce que le Parti n’ait jamais tort, quels que soient ses changements de politique. Orwell conduit le lecteur à se questionner sur la dégradation du langage. Aujourd’hui, la télévision, internet, mais aussi la diminution des exigences scolaires contribuent à un appauvrissement de la langue. Cet appauvrissement de la langue pour appauvrir la pensée entre étrangement en résonance avec la période actuelle. Dans cet ouvrage, l’auteur montre en quoi le langage conditionne notre façon de pensée, et influe sur nos valeurs. Orwell s’inspire fortement du nazisme et du stalinisme. De ce point de vue il est tout à fait connecté à la réalité de l’époque. Par exemple, les enfants qui peuvent dénoncer leurs parents dans 1984 rappellent fortement les jeunesses hitlériennes.

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Ouvrage d’actualité? Prémonitoire ou dépassé? Etrangement, l’année 1984 se situe à peu près à mi-chemin entre la la date de publication du livre et l’époque actuelle. Elle représentait à ‘époque un avenir lointain mais elle se situe désormais dans un passé qui ne cesse de s’éloigner… Certes le livre peut paraître vieilli sur certains points. Le totalitarisme soviétique s’est effondré en 1990, avec sa dictature féroce, le Goulag, les dissidents envoyé en hôpital psychiatrique, l’économie étatisée, les files d’attente interminables, la pauvreté et la misère, l’absence de libertés publiques et individuelles. Pourtant, l’ouvrage comporte certains aspects étrangement prémonitoires et annonciateurs de notre époque: la honte et le reniement du passé, le bannissement de l’histoire nationale, la Novlangue – point le plus original du livre – et l’appauvrissement du langage et de l’écriture pour mieux manipuler les masses, la surveillance par les technologies (google), en politique le culte de la personnalité (Big Brother). Il se présente comme une mise en garde sévère lancée à l’époque contemporaine.

 

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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8 commentaires pour Lecture: 1984, Georges Orwell, 1949, Gallimard 1972.

  1. Titouan dit :

    Excellent article, utile rapide et percutant.
    Merci monsieur Tandonnet !
    Un étudiant du Master 2 de Nice

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  2. astrojournal dit :

    « Enfin, le pouvoir n’est pas concentré entre les mains du parti élu: il est réparti entre pouvoirs exécutif, judiciaire, et législatif. »
    Vous voulez rire ! le pouvoir est entre les seules mains de l’exécutif qui contrôle le législatif, le judiciaire et la presse. La séparation des pouvoirs n’est que fictive. Ce n’est qu’une illusion. Quant à la pensée unique, elle règne partout en maître, principalement véhiculée par les médias.
    Il y a, néanmoins une porte de sortie, via Internet. C’est la raison pour laquelle les exécutifs tentent de le museler en mettant en place des lois contre ce que l’élite appelle les fausses informations.
    Toutefois, ce que n’avait pas pu prévoir Georges ORWELL, parce que ce qu’il décrit n’est qu’une extrapolation de ce qu’il connaissait, c’est que l’esclavage se ferait par la consommation à outrance et l’argent roi qui utilise la dette pour asservir.

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  3. C’est un monde que ne souhaite pas voir et heureusement j’ai 66 ans…!!!

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  4. Fredi M. dit :

    Un torchon ce devoir !

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  5. jfbonnin dit :

    Et ne pas omettre de revoir « Brazil » (Terry Gilliam), sorte de mise en image de « Nineteen-Eighty-four ». C’est encore plus glaçant.

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  6. hugues dit :

    Dans la même veine, il y a aussi « Fahrenheit 451 » (Ray Bradbury) et mon préféré « Le Meilleur des Mondes » (Aldous Huxley). 3 chefs d’oeuvres qu’il faut absolument avoir lus.

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