Poème de circonstance

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Spleen

Les fleurs du mal

Charles BAUDELAIRE

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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18 commentaires pour Poème de circonstance

  1. François Martin dit :

    Magnifique, mais, je suis désolé de le dire, ce poème est totalement dépassé. Dans le monde nouveau de notre jeune Président bien-aimé (qu’il soit notre Président pour 100 ans!) il faut « penser printemps ». C’est bien mieux non?

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  2. Annika dit :

    « Mais où est le danger, là
    Croît aussi ce qui sauve »
    Friedrich Hölderlin

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  3. IRIS dit :

    Bonsoir M. Tandonnet, bonsoir à tous.
    Merci de mettre sur votre blog ces vers magnifiques de Baudelaire qui illustrent si bien ce que nous pouvons ressentir en ce début d’année qui aurait dû nous apporter de meilleures nouvelles.
    Mais,
    Derrière les ennuis et les sombres chagrins
    Qui chargent de leurs poids l’existence brumeuse,
    Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
    S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

    Celui dont les pensers, comme les alouettes,
    Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
    Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
    Le langage des fleurs et des choses muettes !
    Bien cordialement

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  4. Frederic_N dit :

    Rebonjour,
    Je lis ce beau poème à 17 heures, après avoir suivi le congrès du SPD Allemand.
    Et je mesure le contraste avec votre état d’Esprit.
    Je sais que sur ce blog – vous je ne sais pas bien – beaucoup vont accueillir cette décision avec désolation. Qu’ils se rassurent quand même, le militantisme gauchiste n’est pas une particularité française .. ils pourront donc mettre leur espoir dans les Hamon et les Mélenchon allemands.
    Mais ce que vous expliquez à longueur de colonnes est différent .
    Vous nous expliquez – Baudelaire à l’appui – que notre Président est trop Européen qu’il est impuissant, qu’il ne fait que de la comm. Que les gens sont victimes d’illusions à lui trouver des qualités. Pour les illusions, je vous laisse le terme
    Mais je constate il vivo, qu’il a à ce point construit une puissance politique qu’il a réussi à influencer le SPD allemand et à le retourner uniquement sous la perspective d’un retour de l’alliance franco-allemande.
    Excusez moi, mais face aux bouleversements, le plus important pour notre pays est le retour de la puissance , et celle-ci passe par l’Europe .. Vous ne trouvez pas ?

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  5. Colibri dit :

    Le petit optimiste

    Dès le matin j’ai regardé
    j’ai regardé par la fenêtre :
    j’ai vu passer des enfants.

    Une heure après, c’étaient des gens.
    Une heure après, des vieillards tremblants.

    Comme ils vieillissent vite, pensai-je !
    Et moi qui rajeunis à chaque instant !

    Jean Tardieu

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  6. Janus dit :

    Effectivement, les français sont favorables à « la sédation profonde », c’est désormais ce qu’ils demandent à leur gouvernement…
    Des cons, des lâches qui ne souhaitent plus assumer leur destin.
    Dans le passé, aux pires moments (Grande peste, guerre de cent ans, guerres de religion, fronde, guerre de succession d’Espagne, occupation de 1815, occupation de 1870, guerre de 14 et de 40) les français étaient confrontés à leur semblables européens .
    Ce n’est plus le cas aujourd’hui , le corps étranger ne peut plus être expulsé et les français préfèrent oublier tant que le drame n’a pas encore éclaté.
    mañana !

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  7. Sganarelle dit :

    « Marche ou crève »
    La vie est un combat perpétuel , ou bien on se roule en boule sur soi-même et on disparait . C’est la solution la plus facile pour ne pas souffrir . Il y a une certaine jouissance masochisme à ressasser son malheur .
    Je ne connais personne qui n’ait eu à se battre , personne dont la vie a été un « long fleuve tranquille » et pas un pays dont la civilisation autrefois grandiose soit devenue obsolète. On vit et on meurt . Rien ne dure. Etc etc…. Etre adulte c’est en avoir conscience.
    Tout se transforme et tout change , c’est dur pour les vieux qui ont connu autre chose mais pour les jeunes il s’agit de « leur temps » ils découvrent, ils espèrent changer les choses … ils ont encore la foi….( du moins certains d’entre-eux)
    Alors pour eux essayons de ne pas nous laisser envahir par le spleen des nostalgiques ou des poëtes, essayons de voir ce qu’il y a de positif au quotidien, battons nous pour transmettre ce que nous trouvons encore de beau dans l’homme ou dans la nature et « ne tuons pas le petit Mozart qu’il y a en chacun de nos enfants » .. Comme l’amour dans les poèmes d’Aragon ( si ma mémoire est bonne) la vie n’est pas souvent belle, l’homme (et la femme) sont ce qu’ils sont , mais c’est cette vie que nous vivons tous les jours et elle reste un mystère extraordinaire et …imprévisible.
    Le courage est la seule vertu qui soit indispensable .

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  8. E. Marquet dit :

    Sortez du spleen, et laissez le mème poète vous dire :

    Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
    L’étoile dans l’azur, la lampe à la fenêtre,
    Les fleuves de charbon monter au firmament
    Et la lune verser son pâle enchantement.
    Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
    Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones,
    Je fermerai partout portières et volets
    Pour bâtir dans la nuit mes féériques palais.
    Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
    Des jardins, des jets d’eau pleurant dans les albâtres,
    Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
    Et tout ce que l’Idylle a de plus enfantin.
    L’émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
    Ne fera pas lever mon front de mon pupitre :
    Car je serai plongé dans cette volupté
    D’évoquer le Printemps avec ma volonté,
    De tirer un soleil de mon coeur, et de faire
    De mes pensers brûlants une tiède atmosphère.
    (Paysage)

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  9. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Les fleurs du mal me rappellent de merveilleux souvenirs de mes premières années de lycée, y compris les interdits que l’on y trouve et que nos parents nous autorisaient quand même à lire puisque la lecture et l’étude de ces poèmes étaient demandées par le professeur de Français mais j’avoue que ceux de la partie « spleen » ne faisaient pas partie de mes préférés, j’y préféraient encore ceux de « la mort ».
    Ces poèmes où la tristesse, la mélancolie, le chagrin, les nuages noirs nous cernent ne sont pas de nature à nous remonter le moral dans la période que nous traversons mais peut-être sont-ils à considérer comme une prémonition de ce qui nous attend.

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  10. Niccolo dit :

    Merci de nous offrir la lecture (ou relecture) de ce magnifique poème de Baudelaire.
    On ne peut mieux exprimer le mal de vivre, la désespérance, la mélancolie la plus douloureuse.
    « Dépression », nous ressassent les météorologistes quotidiennement ; ça aide pas !

    Restons obstinément optimistes et confiants :
    « On croit que tout est fini, mais alors il y a toujours un rouge-gorge qui se met à chanter »
    Paul Claudel.

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  11. alexrebelde dit :

    Magnifique…
    Merci.

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  12. Cher Maxime, cet admirable poéme offert par tes soins à la lecture de tous est lourd d’inquiétude et de tristesse. La route de ces derniers mois fut chaotique mais tellement éclairée par les médias que les trous ne se voient plus tant l’éblouissement est intense. De fait les français dans leur grande majorité sont ,paraît il,satisfaits de la politique de Macron. Il est sans doute plus facile de mourir anesthésié. Merci à toi de le dire clairement.

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