Discours sur l’Europe

Le site Atlantico m’a interrogé hier soir ce que pourrait être un discours alternatif sur l’Europe, pour les Républicains. Voici mes propositions:

Ce 7 septembre, Emmanuel Macron tiendra un discours de refondation européenne à Athenes. Alors que Laurent Wauquiez est aujourdhui favori dans la course à la présidence des LR, quel pourrait etre un tel discours de refondation européenne, issu de ce parti ? 

La question de l’Europe a été passée sous silence au cours des différentes phases électorales de fin 2016 et début 2017, des primaires au second tour des législatives. En effet, les hommes politiques n’aiment pas en parler car il divise à l’intérieur même de leur camp. Ce silence est regrettable car il n’existe pas de sujet plus fondamental aujourd’hui. Un tabou invraisemblable pèse sur la question. Plusieurs ténors des républicains ont enjoint à Laurent Wauquiez de ne pas franchir la ligne « rouge » à ce sujet, le menaçant même de quitter le mouvement. Cette attitude n’a aucun sens. Elle revient à imposer le silence et le conservatisme absolu sur la question européenne qui au centre de notre avenir. Pourtant le sujet intéresse Laurent Wauquiez qui a écrit un livre à ce sujet en 2014, préconisant le retour à une Europe centrée sur les six pays fondateurs. Il est clair que l’Union européenne de décennie en décennie, n’a pas répondu à l’attente des Européens sur les grands sujets du moment, le terrorisme, la désindustrialisation, la crise migratoire, le chômage, la pauvreté. Les Républicains ne peuvent pas fermer les yeux et faire comme si tout était parfait en faisant de l’Europe un sujet intouchable.

Quelles sont les lignes de partage réelles entre une vision macroniste de l’Europe et une vision de droite? En quoi sont elles différentes?

Il me semble que le pouvoir actuel, à l’image d’ailleurs de tous les gouvernements français depuis trente-cinq ans, est sur une vision résolument conservatrice de l’Europe : « c’est ainsi et il est impossible de faire autrement. » Or, entre le dogme d’une perfection intouchable et la vision extrémiste favorable à la sortie pure et simple de l’Union, il existe à l’évidence une troisième voie. Qu’est-ce que l’Europe avant tout ? Une réalité géographique, culturelle, historique, économique, un ensemble de nations unies par une solidarité extrêmement forte face aux menaces planétaires.  Le Brexit, la succession des crises grecques, polonaise, hongroise, le contraste entre la réussite éblouissante de l’Allemagne sur le plan économique et les difficultés où s’ébattent les Méditerranéens,  soulèvent de profondes interrogations. Fermer les yeux sur ces questions reviendrait à condamner l’Europe à un long et irrémédiable processus de délitement et de désintégration.  L’échec de l’Europe face à la crise migratoire est symptomatique de la crise qu’elle traverse. Il faut réfléchir à une refondation de l’Europe sur des bases différentes. Il faut moins de bureaucratie, de normes, de directives et règlements, de jurisprudences, imposées depuis Bruxelles. Il faut au contraire, davantage de volonté politique commune, de mise en commun des forces, des moyens, des interventions conjointes par exemple pour combattre les passeurs criminels et esclavagistes qui sévissent au sud de la Méditerranée et accumulent des fortunes gigantesques au prix du sang et des larmes de millions de personnes. Il faut que l’Europe mette en commun ses forces économiques pour soutenir le développement économique et social des pays du Sud. Moins de bureaucratie, plus de politique et de volonté : voilà la clé de l’avenir.

De par son histoire et ses grandes figures, quel est l’héritage que la droite se doit d’assumer dans un tel projet européen? 

La question posée ainsi est difficile car la question européenne dépasse le clivage droite ou gauche. Aujourd’hui, hélas elle oppose plutôt les européïste et anti-européïste de droite comme de gauche. Les Républicains ont tout intérêt à tenter de briser cette logique en développant une approche novatrice de l’Europe. La question n’est pas « plus ou moins » d’Europe, mais de penser l’Europe autrement, dans une perspective dynamique et de bon sens. L’héritage européen est double. Celui de Jean Monnet et de Robert Schuman doit être clairement revendiqué. A l’origine du traité de Rome en 1957, il avait un sens très précis : « une union toujours plus étroite entre les peuples. » Il faudrait se poser la question : pourquoi l’Europe donne-t-elle le sentiment de s’éloigner tous les jours un peu plus de cet idéal européen? Et comment refonder une Europe sur des bases plus démocratiques et proches des préoccupations des Européens ? Mais est-on seulement capable d’ouvrir les yeux  à ce sujet ? Rien n’est moins évident tant les dogmes et les tabous ruinent toute tentative de réflexion. Et puis, il y a l’héritage gaullien de l’Europe, celui de la réconciliation franco-allemande et celui du plan Fouchet. Enterré en 1960, ce dernier voulait une Europe fondée, non sur des règles bureaucratiques, mais sur la volonté commune de gouvernements agissant collectivement, dans le cadre d’une politique unifiée. La question n’est évidemment pas de revenir sur de vieux débats qui remontent à plus d’un demi-siècle. Elle est plutôt de s’inspirer des messages des pères fondateurs de l’Europe, dans leur diversité, de Monnet à de Gaulle, pour tenter de définir une nouvelle voie et de réconcilier l’Europe avec elle-même.

 

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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9 commentaires pour Discours sur l’Europe

  1. Georges dit :

    Regardez TV5 monde ou Arte et vous obtiendrez le discours officiel de l’ Union européenne .

  2. Vu du Mont dit :

    Pourquoi ne profiterions-nous pas de 2018 pour faire un bilan de l’UE avec ses avantages réels et ces inconvénients visibles, l’apport et les difficultés engendrées. Pourquoi ne pas prendre ce temps? Pourquoi ne pas faire une analyse objective des plus et des moins? Pourquoi ne pas définir l’UE pour demain? Pourquoi ne pas demander aux français de se saisir de ce sujet primordial. Et pourquoi ne pas décider d’un référendum pour connaître l’opinion dans une perspective évolutive de cette organisation. Qu’est-ce qui peut bien empêcher cette réflexion? ou quoi?

  3. Colibri dit :

    Ce matin j’ai retrouvé dans mes archives le texte suivant:

    « Les dernières chances du monde sont entre les mains des nations pauvres ou appauvries. C’est, en effet, la dernière chance qui reste au monde de se réformer, et si généreuse et magnanime qu’elle puisse être, une nation opulente ne serait pas capable de mettre beaucoup d’empressement à réformer un système économique et social qui lui a donné la prospérité. Or, si le monde ne se réforme pas, il est perdu. Je veux dire qu’il retombera tôt ou tard à la merci d’un démagogue génial, d’un militaire sans scrupules ou d’une oligarchie de banquiers. »
    (Le Chemin de la Croix des Ames, Georges Bernanos)

    Ecrit entre … 1938 et 1945 …

  4. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    L’Europe actuelle, notamment celle de Bruxelles doit être complètement réformée. Elle a montré son incapacité, son impéritie et même son inintelligence notamment face à la crise migratoire et lors du traitement de la dette de la Grèce qui est maintenant définitivement ruinée et à l’agonie financière et dont plus personne ne parle…pour le moment !
    Les crises sans remède qui se succèdent perdureront et la volonté de changement profond de l’institution n’évoluera pas tant que l’incompétent et malade J.C. Juncker, l’arrogante et versatile A. Merkel et les « suiveurs » comme notre Président, et les pays du « club Med » la représenteront, sans parler de tous ces « policards » de Bruxelles pour la plupart incapables et « placardisés » là où ils semblent les moins dangereux par leur pays d’origine.
    L’Europe de Maastricht est foutue et irréconciliable avec leur peuple. Deux solutions : soit on attend sa mort lente qui ne devrait plus trop tarder avec tous les dégâts collatéraux à venir, soit on la refonde complètement sur les bases saines du traité de Rome, mais pour cela il faudrait un sérieux coup de balai qu’aucun pays membre n’est prêt à donner et surtout pas les pays fondateurs trop lâches et trop intéressés par son dysfonctionnement actuel. Alors la vision d’une Europe efficace et rayonnante n’est pas prête de voir le jour. Bon courage à L. Wauquiez qui ne pèsera pas bien lourd sur ce sujet dans les années à venir.

  5. André-Georges Fouquet-Prigent dit :

    Il faut construire une Europe des nations, et laisser tomber le multiculturalisme. Les six pays fondateurs doivent écouter les anciens pays de l’est, et cesser de se mettre dans une posture arrogante. Malheureusement les élites à l’Occident sont complètement coupées du peuple, à tel point que certaines n’ont même pas honte de le mépriser. La pression du discours « politiquement correct » empêche tout débat. Le mot populaire ou populisme a une telle connotation péjorative, que les politiques qui veulent entendre et écouter les gens, se sentent exclus et sont traités de démagogie. Le projet européen est dans la main des personnages corrompus ou achetés. Les intérêts personnels priment.
    L’Europe est perdue irrémédiablement avec des acteurs actuellement au pouvoir. Les britanniques ont quitté à temps cette organisation moribonde.

    • Georges dit :

      Absolument d’accord avec vous.L’eurocratie bancaire nous concocte un conflit ethnique majeur pire que ce que nous avons connus jusqu’à présent.La radicalisation des nouvelles générations a été dénoncée par ce courageux proviseur sans que cela titille les cerveaux de ces élites visionnaires de luxe.La profitocratie immédiate et après nous,les mouches…

  6. don Quichotte dit :

    Vous dites :

    « Il faut réfléchir à une refondation de l’Europe sur des bases différentes. Il faut moins de bureaucratie, de normes, de directives et règlements, de jurisprudences, imposées depuis Bruxelles. »

    Est-ce bien cela le problème ? Je n’en suis pas sûr.

    Personnellement je ne veux pas qu’on détruise l’organisation de la France au nom d’une idéologie, celle de « l’union toujours plus étroite ». Donc la coopération entre pays européens oui, mais la fuite en avant idéologique vers la destruction de ce qui marche, pour servir les intérêts allemands, non. Et cela, avec ou sans bureaucratie.

    Un exemple ? Les Allemands voulaient faire main basse sur Areva, comme ils l’ont fait sur Airbus, en 2008. Sarkozy leur ayant à juste titre dit non, ils se sont alors alliés avec les Russes dans ce domaine. Avant de décider, de manière impulsive, de « sortir du nucléaire » en 2011.

    Et tous les *** politico-médiatiques français d’applaudir ce pays, plus gros pollueur d’Europe par habitant (beaucoup plus que la France en tout cas) et de revendiquer qu’on fasse la même chose.

    Donc il faudrait peut-être que la politicaillerie française arrête de réfléchir en termes « d’union toujours plus étroite » et se demande ce qui est bon pour le pays. Et, dans le cas du nucléaire civil, ce n’est pas de suivre le mauvais exemple allemand de la sortie, et c’est de se souvenir qu’ils n’ont pas accepté, dans leur discussion avec Sarkozy, de devoir passer au second plan dans un secteur où la France a pourtant le leadership historique.

    Ce ne sont pas les exemples similaires qui manquent, et de plus les politiciens n’ont pas mandat pour transférer toujours plus de chose à l’UE, ou au conglomérat des Etats, ou aux 6 Etats historiques. Le référendum de 2005 l’a clairement montré.

  7. Anonyme dit :

    Julien Aubert futur candidat à la Présidence des LR ,Gaulliste , Seguiniste et Euroceptique convaincu va présenter un projet susceptible de réconcilier les Français avec une autre Europe celle ou la France retrouverait une certaine Souveraineté .Ainsi ce débat volontairement occulté par le parti LR pourra enfin avoir lieu lors de cette prochaine élection !

  8. loonloonychantemerle dit :

    et la Russie ? tant que la Russie ne sera pas considérée comme faisant partie intégrante de l’Europe, l’Europe sera bancale, incomplète… L’idée n’est pas neuve, même s’il y a encore beaucoup de chemin à faire de part et d’autre…

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