La crise de régime

xvm6e05672a-afe0-11e6-8924-aaf6bf1e52eaLa France supposée « d’en haut », politique et médiatique, poursuit son œuvre de destruction de la candidature Fillon et par un étrange et dangereux calcul, de sublimation sans vergogne du lepénisme. Ses intentions sont transparentes. Elle joue une sorte de quitte ou double: l’apocalypse, le chaos généralisé, ou la continuité (socialiste). Une seule chose lui est intolérable: l’idée d’une alternance sérieuse et réussie. Voilà ce qu’elle ne peut plus supporter. Mais ce jeu qui la fascine, l’éblouit comme un néon trop puissant, cache l’essentiel. Nous traversons, comme l’ensemble du monde occidental, une vertigineuse crise de régime. C’est toute la tradition de la légitimité fondée sur le suffrage universel, l’élection du chef de l’Etat par le peuple qui s’effrite sous nos yeux. Le peuple a perdu son sens et l’élection du chef de l’Etat n’est plus une source suffisante de son autorité. Tout un régime fondé sur cette idée est en train de faire naufrage. Le pays devient totalement ingouvernable. Mais le plus sidérant, contrairement à 1958, c’est l’aveuglement autour de ce sujet, l’indifférence, l’apathie des consciences. Le navire prend l’eau de toute part tandis que l’équipage et les passagers s’enivrent pour oublier leur malheur. Voilà ce que j’ai écrit, en d’autres termes, dans le Figaro Vox d’hier.

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L’histoire ne se répète jamais sous des formes identiques, dans un monde en bouleversement permanent. Pourtant l’espèce humaine, elle, ne change pas et des événements de la même nature ne cessent de se reproduire dans la logique d’un éternel recommencement. La période actuelle renvoie aux heures sombres de 1958, cette année charnière qui marque l’agonie et la mort de la de la IVe République à l’occasion de l’une des pires crises politiques du XXe siècle.

La société française traversait alors une ère de transformations vertigineuses: ouverture de l’économie française à la modernisation, à la compétitivité et au marché européen provoquant une mutation de l’agriculture, du commerce et de l’artisanat. La même angoisse frappe aujourd’hui le pays avec la révolution numérique, Internet, la robotisation et la peur de la disparition du travail.

En 1958 comme en 2016, une violente crise identitaire secoue le pays. Beaucoup de Français, à l’époque, en pleine décolonisation, ne peuvent pas imaginer le pays sans son empire d’outre-mer et ses départements du sud de la Méditerranée. Aujourd’hui, la présence des populations originaires de l’immigration sud-nord et de l’islam comme seconde religion en France, suscite le désarroi d’une partie de l’opinion.

La crise actuelle de l’Etat ressemble à s’y méprendre à celle qui rongeait le pays cinquante-neuf ans auparavant. La France des années 1956-1958 était celles de l’impuissance publique. Tous les gouvernements se fracassaient les uns après les autres sur la guerre d’Algérie, oscillant entre la répression et la négociation. Le pouvoir politique n’était plus ni respecté, ni obéi. L’armée menaçait de sédition. Les policiers manifestaient devant le Parlement. L’administration coloniale n’en faisait qu’à sa tête. Ce phénomène d’incapacité du politique à régler les problèmes, à apporter des réponses aux drames français se retrouve aujourd’hui sur tous les graves sujets du moment: chômage, croissance, maîtrise de la frontière, violence, crise des banlieues.

La situation politique actuelle ressemble aussi à s’y méprendre à celle de 1956-1958. Les partis dits « anti-système » effectuaient une percée. Les poujadistes – anti européens – entraient massivement à l’Assemblée nationale avec 52 députés (dont M. le Pen). Le parti communiste gagnait 47 sièges. Les partis de centre droit et de centre gauche, majoritaires, se fractionnaient en une multitude de groupuscules, empêchant la constitution d’une majorité durable.

La France connaît, en 2017 comme en 1958, une crise du régime politique qui ébranle la Nation dans ses fondements. 1958 marque l’apogée de la crise du parlementarisme. Rongé par l’instabilité gouvernementale en l’absence de majorité stable et par la faiblesse de l’exécutif, le pays n’était plus gouverné. Nous vivons une crise de régime différente, mais aussi profonde et dévastatrice. Le présidentialisme à outrance de 2017, issu du quinquennat, aboutit au même fiasco que le chaos du « régime des partis » en 1958. L’illusion de la toute puissance présidentielle, autour d’un chef de l’Etat sur-médiatisé, qui incarne à lui seul le pouvoir politique mais ne disposant d’aucune baguette magique pour résoudre les maux du pays, est une source essentielle d’un grand malaise collectif: culte de la personnalité; impopularité; obsession élyséenne neutralisant le débat d’idées et de projet; poussée des extrémismes, idolâtrie prétentieuse, narcissisme politicien au détriment de l’intérêt général; fuite dans la communication, les scandales et les postures, au préjudice de la politique des réalités. Et comme en 1958, les partis politiques se désintègrent.

La Ve bis, issue du quinquennat et de la dérive narcissique de la vie politique française, est à l’agonie, tout autant que la IVe République soixante ans auparavant. Aujourd’hui, la France a une République à refonder: missions du chef de l’Etat, du Premier ministre et de son gouvernement (septennat non renouvelable?), autorité de la loi votée par le Parlement, nature du contrôle de constitutionalité, place de l’autorité judiciaire, impartialité du service public, égale expression des opinions, rapports entre l’Union européenne et la Nation. Cependant, la situation d’aujourd’hui est pire peut-être que celle de 1958. En effet, il manque à la France un Général de Gaulle prêt à revenir au pouvoir, avec sa légitimité issue de l’Appel du 18 juin, son expérience de l’Etat, son autorité naturelle, son sens de l’unité nationale, son exemplarité, sa dimension internationale, sa prodigieuse vision de l’histoire. Aujourd’hui, en plein chaos préélectoral, dans une France déboussolée, nul ne peut prédire d’issue à la crise de régime en cours.

Maxime TANDONNET

 

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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53 commentaires pour La crise de régime

  1. ultimateway dit :

    Voilà, ça commence , à force de tirer sur l’élastique, nos chers (au sens propre) élus ont fini par sortir le peuple de sa torpeur. La manif #stopcorruption se met en place dans plusieurs villes. Je ne sais pas comment tout ça va finir mais la colère est grande…

  2. ultimateway dit :

    Désolé Maxime, mais Fillon est seul responsable de la destruction de sa candidature.Son discours n’est tout simplement pas en phase avec ses actes et ça ne passe pas, même et surtout pour la France d’en bas. Les efforts nécessaires au redressement du Pays ne pourront être réalisés que si on ne se moque pas sciemment du peuple. Le discours de probité de Fillon, droit dans les yeux, produit un parallèle tragique avec le comportement de Cahuzac lorsqu’il jure être innocent, ou avec Hollande quand il traite le peuple de « sans dent » en coulisse. C’est plié pour la droite, sauf miracle (Fillon tombe dans les escaliers et doit être remplacé) . C’est également foutu pour Macron, sa sortie sur la colonisation pour récupérer les voix des banlieues alors que les Français ont une overdose de repentance et de multiculturalisme, surtout après la série d’attentats, ne lui sera pas pardonné.
    Pour le premier tour , je choisirais un petit candidat. Pour le second, si rien ne me parait acceptable , j’irai à la plage… On a quand même un sacré cru 2017 pour les candidats à la Présidentielle ! Je regrette George Marchais, au moins il nous faisait rire.

    • Tracy LA ROSIÈRE dit :

      Je partage totalement votre avis.
      Pour M. FILLON, c’est plié depuis le début parce que son programme est tout simplement indéfendable. C’est un gâchis dont la prétendue droite supportera les conséquences encore longtemps. Ce qui est incompréhensible maintenant c’est l’obstination suicidaire : perdu pour perdu, ne conviendrait-il pas mieux de miser pour les législatives ?
      Il est en effet plus que possible que la majorité qui sortira après les élections législatives ne soit pas en adéquation avec la présidentielle. C’est en tout cas mon avis.

    • Colibri dit :

      @ultimateway. Je partage votre analyse. Pour ce qui est des trois dernières lignes de votre commentaire je ne sais pas encore ce que je vais faire.

    • IRIS dit :

      Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. Albert Einstein

    • ultimateway dit :

      @IRIS : tout à fait vrai mais suivant le valeurs que l’on porte le résultat sera très different… vous êtes persuadé qu’il faut élire Fillon pour changer les choses (battre la gauche) ce qui est louable en soit, et moi je suis persuadé que le problème de la France c’est la corruption à tous les niveaux et que si je vote pour Fillon c’est que je suis complice de ces comportements. Fillon n’étant que la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien rempli par ses prédécesseurs . J’en suis à me demander si une seule des propositions de loi de nos élus va dans le sens du bien commun ou n’est dédiée qu’à favoriser sa famille politique, ses amis, ou même sa propre personne. Effectivement à un moment donné , il faut que les choses changent d’une manière drastique !

  3. Raphaël dit :

    Pour une fois, je ne suis pas d’accord avec vous. Et pourtant je rejette le bilan et les options socialistes que j’exècre. Le comportement de Fillon est intolérable. Sa stratégie est indéfendable. On dirait qu’il joue Les Républicains à la roulette russe. A poker menteur il sait qu’il a une chance sur deux de ne pas passer le stade du premier tour mais il persévère. Après avoir eu la gauche la plus bête du monde, nous avons maintenant la droite du même nom. Et bien sûr tout ça fera certainement les affaires du FN et des opportunistes (Macron).

    • Q dit :

      Je pense au contraire que Fillon (que je ne supporte pas) a raison car Macron va faire des erreurs et Fillon a de grande chance de recupperer assez de points pour etre au second tour et donc etre elu automatiquement (pour faire comme Macron la politique demande par Berlin et la preservation de l’Euro)

    • IRIS dit :

      Votez F.Fillon l’apocalypse n’aura pas lieu !!!

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