Lecture: Les nouveaux enfants du siècle, Alexandre Devecchio, les éditions du Cerf, 2016

1540-1L’ouvrage d’Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro, 29 ans,  est le fruit d’une méticuleuse enquête sur la jeunesse française tentée par la radicalité sous ses formes diverses, en réaction contre la mondialisation. La richesse exceptionnelle de l’ouvrage tient à l’osmose parfaitement réussie entre les témoignages vécus qui abondent et les références intellectuelles. D’une lecture agréable et facile, rédigé d’une belle plume, il permet de concilier le plaisir d’un excellent livre et la réflexion sur l’évolution de notre société, ses fractures, son avenir. Ils ont vingt ans. Ils sont islamistes et partent pour le Djihad. Ils sont souverainistes ou identitaires. Ils sont catholiques et animent la Manif pour tous. Tout les oppose, mais ils s’opposent tous à la globalisation, au libéralisme, à la fin de l’histoire. Par leurs révoltes et par leurs fractures, ils sont le miroir de la France d’aujourd’hui et de demain.
Des caves des cités aux couloirs de Sciences-Po, des sites propagandistes aux collectifs militants, des émeutes aux manifestations, ce livre fait plonger dans le chaudron d’une génération sulfureuse. Enquête sans précédent, il donne la parole à ses protagonistes, notoires ou anonymes. Essai inédit, il les inscrit dans les débats intellectuels et les retournements idéologiques dont ils sont à la fois les héritiers et les contestataires.
Jusqu’où iront leurs volontés tragiques et antagoniques de refaire le monde défait de leurs parents ? Nous annoncent-ils un futur de conflits communautaires, ethniques et religieux, ou un avenir placé sous le signe du sursaut politique et spirituel ? Je recommande vivement la lecture de ce livre qui apporte un éclairage neuf et essentiel sur l’avenir de la société française. « Qu’est-ce qui, dès lors, par-delà les différences et divergences de leurs révoltes, unit les nouveaux enfants du siècle? Précisément, ils sont le miroir d’une France en morceau. Ils forment une génération fracturée dont les multiples lignes de faille sont encore plus complexes que celles définies par Guilly pour leurs parents. Elles expliquent pourquoi les jeunes, censés être davantage tournés vers l’avenir et ouverts sur le monde  que leurs aînés, inclinent majoritairement vers différentes formes de la radicalités et y basculent volontiers. S’ils convient de ne pas mettre les formes exacerbées de d’engagement qu’ils se choisissent sur le même plan, elles sont néanmoins le fruit d’une même rupture qui est en premier lieu d’ordre générationnel ».

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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5 commentaires pour Lecture: Les nouveaux enfants du siècle, Alexandre Devecchio, les éditions du Cerf, 2016

  1. Jean-Louis Michelet dit :

    Ne pas confondre, l’ordre des choses et l’ordre des valeurs.
    On ne peut donner que deux choses à ses enfants,
    Des racines et des ailes.

  2. colibri dit :

    Les enfants d’aujourd’hui ont grandi souvent loin des livres et plus avec la télé, l’ordi, le téléphone portable; pour beaucoup très coupés du monde animal et végétal, beaucoup ont grandi en ville. Beaucoup ont grandi avec un seul parent. ( http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1195) Dans la pyramide des âges de notre pays ils sont minoritaires.
    Un dernier lien pour voir et entendre l’auteur:https://www.youtube.com/watch?v=v6yoC3UKGsI

  3. drazig dit :

    Quelques soient ces « nouveaux »,ils ne peuvent qu’avantageusement remplacer les anciens en place.
    Je lis en ce moment le livre de Patrick Buisson: « La Cause du Peuple ». Livre bien écrit (ce qui devient rare) et n’est pas tant un pamphlet sur Sarkozy qu’un prétexte pour une réflexion sur le pouvoir, en particulier sur l’incapacité du régime à se réformer. Le commentaire même des évènements s’élèvent jusqu’à la philosophie politique. Sa manière de parler des évènements bruts eux-mêmes devient du divertissement pour aborder la suite du texte. L’absence de convictions de tout ce monde politique est la caractéristique première et la seule préoccupation est de partager les avantages et prébendes (d’où le lien socialistes-républicains et le rejet épouvanté d’un troisième larron)) Je n’ai pas fini le livre (446 pages) et je suis ravi de sa lecture. J’affirme que c’est un grand livre de philosophie politique.

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