Les deux chaos

chaosLa France dite « d’en haut » et la France dite « d’en bas » marchent ensemble et nourrissent mutuellement leur chaos. La société française est en proie à une sorte d’anarchie qui ne cesse de s’aggraver: terrorisme, fanatisme, violence quotidienne, guérilla urbaine, actes de barbaries envers la police, sur fond de chômage gigantesque, de trafics et de désœuvrement, prolifération des zones de non-droit, désintégration du respect des lois et de la justice, des frontières… Mais la France dite « d’en haut », la classe dirigeante, exerce un effet miroir. Elle n’est pas en bien meilleur état, même si sa violence est verbale plutôt que physique: voyez cette logorrhée morbide qui envahit tout le champ de la vie publique, ce bavardage dément, véritable métastase de paroles, fuite de la vie politique dans l’extrémisme, les provocations de toute sorte, la délation, les insultes, les révélations, dénonciations, les scandales, les trahisons, l’immense vulgarité conquérante, tous ces mots ou écrits haineux valant coups de poignard, cette espèce de charnier vivant qu’est devenue la vie publique… Quel exemple, mais quel exemple! Comment vouloir ramener l’ordre dans la cité, notamment auprès des jeunes, avec un pareil exemple! Impossible! Alors que faire? Bien sûr tout Français digne de ce nom, qu’il se dise de droite ou de gauche, sans attendre de solution miracle, devrait aujourd’hui souhaiter l’alternance, le plus vite possible désormais: changer au moins les acteurs. Mais après? Ce matin, un tout jeune journaliste m’a appelé au téléphone, à la suite de sa lecture de mon livre Histoire des présidents de la République (Perrin 2013), dont une nouvelle édition doit bientôt paraître. Il m’a dit: « Oui voilà, je voudrais parler de la politique française avec de la hauteur, du recul, en dehors des fureurs de la polémique.  C’est pourquoi je me suis intéressé à votre livre. Pourriez-vous répondre à ma question: que pourra faire le prochain chef de l’Etat? »  Je lui ai répondu, très heureux d’entendre un tel discours, dans la bouche d’un tout jeune journaliste: « Il peut à la fois peu et beaucoup de choses… Mais commençons par le commencement: qu’il se taise! Ce sera un progrès pour la fonction présidentielle et la politique française en général. Que le prochain président se taise, car la fonction présidentielle repose à 90% sur le prestige. Or, le silence, avec le mystère qui en émane, est la source de la force morale, de l’autorité naturelle et de la confiance. Oui, que le prochain président, une fois élu, commence par se taire! »
Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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48 commentaires pour Les deux chaos

  1. Dalain dit :

    Rappeler que vient de sortir « Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique » du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France. Tout ce que vous appeler de vos vœux cher Monsieur Tandonnet, n’est-ce-pas?

  2. Dalain dit :

    « Q, la sortie de l’euro comme « solution miracle » à tous les maux: pure propagande, pure manipulation, pure illusion…
    MT » Cette répartie n’est pas un argument alors que Q a argumenté.
    Désolé Monsieur MT, pourrait-on avoir des arguments plutôt que des sentiments?

    • Dalain, difficile d’argumenter en 3 lignes de réponse aux commentaires, je ne dis pas que l’euro est bien mais je dis qu’il y a évidemment d’autres choses: l’éducation, la mobilité, le coût du travail, la modernisation des entreprises, la fiscalité, etc. La monnaie n’est qu’un aspect de la compétitivité.
      MT

  3. Bernderoan dit :

    Qu’ils se taisent ! C’est très juste.
    Le bouquin de Davet et Lhomme est la démonstration que Hollande n’avait pas intégré la dimension de la fonction présidentielle. Pas certain qu’il ait encore compris…

  4. lugardon dit :

    « L’art de la lecture meurt de mort lente, c’est un rituel intime, un livre est un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous, lire est engager son esprit et son âme, des biens qui se font de plus en plus rares. » (Carlos Ruiz Zafon, page 664 de « L’ombre du vent »)

  5. lugardon dit :

    Alain Peyrefitte dans « C’était De Gaulle » raconte qu’il lui demande l’autorisation de révéler certaines choses au moment d’une campagne électorale et que le Général lui répond  » Non je ne veux pas de la politique des boules puantes. »

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