Les idoles et les héros

imagesJe n’ai absolument rien contre Monsieur M. et d’ailleurs, lors de sa nomination comme ministre de l’économie, contre l’ironie générale, j’avais écrit une tribune suggérant qu’on lui laisse sa chance avant de le démolir. Mais voilà, aujourd’hui, Monsieur M.  est soudain passé au cœur de l’actualité, de la conscience politique française. Chacun de ses faits et gestes fait l’objet d’une multitude de commentaires. Ses paroles sont attendues, disséquées, sublimées, dans un climat d’éblouissement général, ses positions analysées, étudiées magnifiées.  Il fait la « une » de Paris-Match, accapare l’attention des radios et des télévisions qui lui vouent une sorte de culte d’un genre nouveau. Il est, paraît-il, à la fois le « candidat » favori de gauche et le premier ministre potentiel d’un gouvernement de droite… Pourtant,  Monsieur M. n’a pas sauvé le pays, accompli de geste historique, rendu un service signalé à la France. Rien de tout cela. Son seul mérite est d’avoir prononcé deux ou trois phrases légèrement transgressives au regard des tabous de son camp politique (avant de s’excuser) et d’avoir défié un chef de l’Etat en difficulté dont il est la plus authentique créature.  Nous sommes ici dans une logique d’idolâtrie, c’est-à-dire, de sublimation artificielle, par une sur-médiatisation, d’un personnage présenté, sans aucune raison objective, factuelle, inscrite dans la réalité, comme sauveur, homme ou femme providentiel. L’idolâtrie, banalisée sur le scène politique française, est le signe d’un pays malade, privé de repères, de sens critique,  à l’agonie, soumis à toutes les manipulations et toutes les propagandes. L’héroïsme est tout autre chose. Une nation a besoin de héros auxquels elle peut s’identifier. Mais le héros est tout le contraire de l’idole.  Il est l’homme qui a accompli un exploit, un acte d’une audace, d’un courage, d’une intelligence visionnaire d’exception auquel la nation est éternellement reconnaissante. Dans l’histoire contemporaine, les héros français ne courent pas les rues: Bonaparte le 18 Brumaire, Clemenceau en 1917-1918, Poincaré en 1926, de Gaulle le 18 juin 1940 et en 1958-1962, Mendès-France en 1954… En réalité, plus les idoles prolifèrent comme une mauvaise herbe au goût totalitaire, et plus l’héroïsme se meurt…XVMdf4f52a8-86ef-11e5-b528-ec00c552b8ad

Maxime TANDONNET

Publicités

A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

28 commentaires pour Les idoles et les héros

  1. Robert Marchenoir dit :

    Maxime,

    J’ai bien compris la différence entre héros et idoles médiatiques.

    Une nation a sûrement besoin de héros, mais pas au poste de chef de l’Etat. Les héros, ça ne s’invente pas. C’est très rare. Seules des circonstances historiques exceptionnelles (et la chance) les suscitent. Les pays qui n’en ont pas en inventent, et se donnent des héros légendaires.

    La France est probablement le seul pays dans le monde qui a cette obsession pathologique de l’homme providentiel. La plupart des pays du monde (et certainement la plupart de ceux qui se portent bien) n’ont pas de « héros » à leur tête. Et ils se gardent bien d’en rechercher.

    Connaissez-vous le président de la Suisse ? Moi non plus. Pourtant, la Suisse se porte infiniment mieux que la France. Je peux vous garantir qu’il n’y a aucun « héros » au Conseil fédéral (et donc à la présidence de la Confédération).

    Le héros de la Suisse est Guillaume Tell. Si les Suisses attendaient un nouveau Guillaume Tell pour diriger leurs affaires, ils n’en seraient pas là où ils en sont aujourd’hui.

    Quels sont les grands dirigeants que le monde a connus ces temps-ci ? On peut citer Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Ni l’un ni l’autre n’étaient des héros. Aucun n’a « accompli un exploit, un acte d’une audace, d’un courage, d’une intelligence visionnaire d’exception auquel la nation est éternellement reconnaissante » — en tous cas pas avant d’arriver au pouvoir.

    Ronald Reagan était « un acteur de second rang », comme la gauche hexagonale nous l’a suffisamment répété. Margaret Thatcher était une étudiante en chimie et une « fille d’épicier », comme la bassesse xénophobe française ne cesse de nous le rappeler.

    • Mais je suis absolument d’accord avec vous Robert, surtout pas de supposé héros au poste de chef de l’Etat, c’est ce que je me tue à essayer de dire!!!
      MT

    • Robert Marchenoir dit :

      Maxime,

      J’avais compris exactement l’inverse. En fait, j’avais assimilé votre position à ce courant très significatif dans l’opinion qui réclame un homme fort. Et il me semblait que l’ensemble de vos textes allaient dans cette direction, d’où mon interprétation.

      La distinction que vous faites est importante, car ce sont deux philosophies politiques très différentes, pour ne pas dire opposées.

  2. Droopyx dit :

    Aaaah, cette nouvelle présentation des commentaires !
    Quelle lisibilité, quelle clarté, quel souci du lecteur !
    Merci Maxime.
    Amitiés.

  3. Philippe dit :

    Bonjour Maxime,

    Les gens que vous citez étaient des hommes d’état, des gens qui pensaient à l’avenir et non pas aux prochaines élections, Le dernier homme d’état était Philippe Seguin. Aujourd’hui nous avons des politicards, petits rois et leur cour qui placent aussi leurs bouffons. Bouffons qui ont pour rôle de faire rire, mais aussi qui savaient sous la royauté trahir, activer le complotisme.
    La monarchie en place sous notre Vème République est entrain de mener le pays dans le déclin depuis 30 ans, comme cela s’est passé sous toutes les dynasties des Mérovingiens jusqu’à aujourd’hui. Regardez un ancien du conseil constitutionnel qui essaie d’intimider des policiers, voulant garder ses privilèges. Tous les élus qui une fois le poste perdu se font encore appeler Mr Le président, Mr Le Ministre, Mr Le député et j’en passe.
    Tout ces jeunes tel que Macron ne sont que des personnages pitoyables, les politiques d’aujourd’hui sont méprisables, je n’ai aucune admiration pour eux, aucune confiance, ils ne sont rien, je ne les hais même pas car on ne peut haïr le néant…

  4. PhD dit :

    Bonsoir Maxime

    Vous écrivez :  » [Monsieur M.] est, paraît-il, à la fois le « candidat » favori de gauche et le premier ministre potentiel d’un gouvernement de droite »

    Rien que cette évocation devrait vous faire sentir l’escroquerie politico-médiatique, et d’ailleurs, vous la sentez bien, puisque vous lui (Monsieur M.) réglez son compte dans les phrases suivantes.

    Mais l’escroquerie, incarnée ici par Monsieur M., est ailleurs : elle est dans cette « droite » que vous évoquez, à plat ventre devant tous les diktats de la bien-pensance, qui n’a de droite que le nom, qu’elle n’ose d’ailleurs à peine prononcer.
    Ces Juppé, NKM, Lagarde et autres clowns du même acabit.

    Ah ils essaient par tous les moyens de nous fourguer le tandem Juppé – Monsieur M.

    Monsieur M., créature qui a échappé à son créateur ?
    (comme l’UNEF, la FIDEL, …)

    Le naufrage s’annonce, les rats quittent le navire, ou devrais-je dire le pédalo ?

  5. Mildred dit :

    Les femmes représentant la moitié du corps électoral, il est normal que Normal 1er, qu’on nous présente ici même, comme un machiavel, ait eu l’idée de génie – lui dont la seule évocation provoque des grimaces de dégoût chez n’importe quelle femme normalement constituée – de fournir à ces dames un bel étalon qu’on nous a présenté comme « un chevalier, un personnage d’une autre planète », pour leur permettre de rêver ! L’idée étant que, tel le boute-en-train des haras placé au voisinage des femelles a l’effet de les mettre en chaleur et de les disposer à l’accouplement – comme nous l’explique monsieur Littré – ainsi en sera-t-il de celles qui auront voté pour Macron au premier tour, qui seront prêtes à voter pour Hollande au second.
    Le pari est hardi, mais pour ma part, je ne connais aucune femme qui, ayant eu pour Macron les yeux de Chimène, se résoudrait à le remplacer par Hollande !

  6. Freederic_N dit :

    Macron c’est plutôt la misère des journalistes. Car normalement il aurait dû recevoir une volée de bois vert sur le thème : avec de telles positions vous devez démissionner. Mais non , mais non on accepte. Car les journalistes adorent ce petit jeu où c’est eux et non le peuple qui a la main
    Par contre il serait temps d’exiger des positions claires de nos futurs présidentiables. Histoire de prendre date et de rétablir les futures règles de base ( pour Rachida, François, Nathalie et les autres ) : un ministre cela ferme sa gueule ou sa démissionne.

  7. Walter dit :

    Propaganda! On nous survend M.Juppé, le jeune M. Macron fait les gros titres, pendant ce temps le chanteur Renaud vend des centaines de milliers de C.D. tellement tellement soutenu, poussé, promu par les radios, télés et journaux que c’en est indécent.
    Cher Maxime, l’époque et les politiques sont médiocres, il pourrait sortir du chapeau un nouveau Boulanger ou bien une poissonnière!

  8. michel43 dit :

    les banquiers ,placent leurs Poulains, pour l’avenir ,MACRON est le LEUR

  9. Roland dit :

    Monsieur M, inspecteur des finances, n’a pas 4 ans de pratique dans le privé chez Rothschild et pourtant on le désigne comme un génie de la finance ! Pour l’instant je ne connais aucun de ses exploits pour le pays sauf à utiliser les médias et faire le « buzz ».
    Pour moi ce gars se paye allègrement notre tête. Il est en mission pour Hollande qui comme d’habitude tire sur les ficelles de ses nombreuses marionnettes. Il est là pour mettre encore plus la zizanie dans la classe politique de droite et égarer encore davantage son électorat.
    Soit Hollande le vire, je ne parle plus de Valls qui est dépassé, soit Monsieur M démissionne et vole de ses propres ailes. A défaut, Machiavel est à l’œuvre et blousera une fois de plus les français.

    • Roland, « il est en mission pour Hollande », j’en doute un peu, je pense que tout ceci fait partie d’une chaos général que nul ne maîtrise.

  10. Bernard dit :

    Bonjour Maxime, bonjour à tous,
    Monsieur Macron se définit comme étant de gauche dans l’extrait de l’interview qui va passer ce soir sur Arte.
    Oui bon bof….
    Pour moi toute personne qui tente de secouer les structures sclérosées âgées de quarante ans vaut le coup d’être regardée.
    Je ne voudrais pas que Gérard Bayon ait raison, mais ce qu’écrit G.B. est plausible..alors ce serait encore pire alors que Moi Je a mis le pays dans une situation économique laminée.
    Si Monsieur M. veut se lever pour renverser la table, il faut qu’il quitte le Gouvernement dans les quinze jours qui suivent. Au moins il touchera sa paye à fin avril. J’ai lu qu’elle continuerait de lui être versée pendant 6 mois ce qui nous met à fin octobre. Entre temps il aura le temps de gonfler son parti avec les supports financiers des entreprises qui le soutiendraient si des gens comme Marc Simonci, aperçu pendant des infos sur LCI, confirmaient son soutien financier.
    Au fait il y a bien un plafond dans le financement des partis politiques ?? oui n’est ce pas.
    Et à droite, la bonne nouvelle c’est que F. Fillon aurait doublé le pourcentage dans les intentions de votes. Comme quoi les sondages disent ce que l’on veut les faire dire.

  11. Robert Marchenoir dit :

    Une nation n’a pas besoin de héros, et certainement pas au poste de chef de l’Etat.

    Une nation a besoin de citoyens qui s’accordent sur une bonne politique, qui en acceptent honnêtement les conséquences, et d’administrateurs ternes et ennuyeux qui l’appliquent.

    La quête éperdue du héros « qui a accompli un exploit, un acte d’une audace, d’un courage, d’une intelligence visionnaire d’exception auquel la nation est éternellement reconnaissante » (rien que ça !) est un moyen certain de ne jamais arriver à ses fins, et, surtout, de racheter une mauvaise politique, réclamée par le peuple, à l’aide d’un Christ-président doté de pouvoirs magiques, qui permettrait de transmuer l’eau en vin.

    Laissez-moi vous dire que cela n’existe pas, et que cela n’existera jamais.

    • Robert Marchenoir, on ne se comprend pas. Oui, une nation a besoin de héros (ayant accompli des actes exceptionnels), pas d’idole (médiatique). MT

  12. Droopyx dit :

    J.L. Debré hier soir a désapprouvé fortement ceux qui se servaient de leur position dans un gvt. pour critiquer ce même gvt; et le pdt. (suivez son regard).
    Il rappelait le principe chevénementiste « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

    Ce qu’il y a « d’amusant » dans le cas de Macron c’est qu’il sort des bombinettes , présentées ensuite dans les médias comme un conflit atomique, avant qu’il n’explique qu’il s’est mal exprimé (ou sa femme !) et qu’il voulait juste faire avancer le débat avec un petit pétard.

    Le plus affligeant c’est que ces débats et recadrages permanents démontrent non pas des conflits d’idées (qui peuvent être productifs) mais des conflits de pouvoir et d’ambitions personnelles dont nous nous finissons par nous rendre compte que c’est nous qui, finalement, en pâtissons.

  13. René de Sévérac dit :

    @Carine,
    la mouette joviale, vous savez que la politique se fait toujours avec le sang des autres !
    Même Hollande se maintient (si peu) grâce au sang versé au Bataclan (par les idolâtres des Aigles de la Mort métallique) et ailleurs !

  14. René de Sévérac dit :

    Maxime,
    « Une nation a besoin de héros auxquels elle peut s’identifier ».
    Certes vous dissociez héros et idoles.
    Mais l’hyperclass connait mieux les masses populaires, et sait le besoin d’idoles; elle sait bien que Nabilla ne fait pas (encore) l’affaire; ells sait aussi que Ali Juppé peut ne pas résister à l’usure du temps ! Avouez tout de même que le fringant Macron auréolé de son statut de ministre « de gauche » (je n’ai pas dit socialiste) semble le candidat idéal, … pour 2022 pensais-je.
    Je rectifie, 2017 pourrait être la date idéale !
    Vraiment, il est le candidat UMPS parfait. Je paris un 2ème tour Macron/Marine.

  15. carine005 dit :

    Bonjour Maxime
    Les héros que vous citez sont devenus des « héros » par le sang des autres.
    Si on met Napoléon à part, qui a payé de sa personne avant, pendant et après.
    Les héros que je considère comme tels aujourd’hui sont ceux qui sont constamment harcelés, poursuivis par l’ajustice et les associations racistes qui pullulent dans notre pays.
    C’est devenu une rente.
    Les héros sont ceux qui cherchent et trouvent les vérités historiques qui nous sont soigneusement cachées, et qui paient de leur liberté ou de leur exil.
    C’est leur sang, leur liberté, leur vie.
    Pas ceux des autres, pas les nôtres, nous qui ne sommes même pas capables de nous rassembler pour les défendre et exiger le retrait des lois liberticides (Gayssot).

  16. François Carmignola dit :

    Je crois au contraire que votre M. comme Macron vient de s’offrir en holocauste au lynchage médiatique le plus cruel qui soit. Détruit de la plus infâmante manière par tous les magazines, tous les éditorialistes, tous les reportages, tous saisis à la gorge par l’effroyable puanteur de sa communication enfantine, ridicule, sans objet ni conviction, sans projet ni raison autre qu’une érection adolescente idolatrée par une mémé stupide et c’est lui même qui le dit…
    Vous participez de ce lynchage donc. Et bien moi aussi ! Mort à M.!

  17. Gérard Bayon dit :

    Bonjour à toutes et à tous,
    Comme je l’ai déjà écrit dans de précédents commentaires et comme vous le dites, je pense que Monsieur Macron est l’authentique créature de F. Hollande pour aboutir facilement à sa réélection en 2017. Au-delà de toutes les primaires dont il va s’affranchir, puisqu’il n’est ni de droite ni de la gauche gouvernementale, il va permettre de recueillir sur son nom un nombre suffisamment important de suffrages notamment d’électeurs de droite pour saborder les L.R. et le centre et permettre à son mentor d’arriver facilement au 2ème tour où il affrontera soit Mme le Pen soit un(e) représentant(e) de la gauche de la gauche et dans ces deux options, sa victoire est assurée.
    Je reste persuadé que toute la communication faite autour de M. Macron est organisée en parfaite concertation avec F. Hollande qui donne le change avec quelques pseudo rappels à l’ordre pour faire croire que c’est encore lui le chef. Tout cela n’est qu’un spectacle minable qui piège béatement des milliers de Français qui ne vont pas tarder de se réveiller en mai 2017 avec le clown actuel fraichement élu et 5 ans de sacrifices à venir.
    Non Machiavel n’est pas mort, il est réincarné en F.H.
    .

  18. Timéli dit :

    Macron est l’archétype du marketing politique : on le « place sur le marché, comme on lance une marque de lessive ». Le produit est donc embelli, présenté sans défaut, comme indispensable. Il faut arrêter cette vaste fumisterie, cette consternante mascarade, que, seuls, des idolâtres imbéciles et illuminés appellent de leurs vœux. On est d’autant plus en pleine démagogie arriérée que ce Mr Macron qui se dit « insatisfait de la gauche » n’a même pas le courage de démissionner du gouvernement. La raison est simple : pour exister, il a besoin des médias, de la lumière des projecteurs braquée sur lui, ce que son parti En Marche, encore au stade du balbutiement, ne peut lui assurer aujourd’hui. En bref, Macron nous gave d’opérations de com pour occuper l’espace politique français. Quand les électeurs s’apercevront qu’il n’est pas de gauche, ils ne voteront alors pas forcément pour lui !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s