L’Europe fracassée

téléchargementLa décomposition du pouvoir politique est la leçon essentielle de  la crise que traverse l’Europe. Le sentiment qui prévaut est celui d’une Europe privée de gouvernail, où plus personne n’a la moindre idée de ce que signifie décider, choisir, gouverner. Nous pensions, surtout depuis la crise Grecque, que l’Allemagne, notamment à travers le personnage de Mme Merkel, s’imposait comme la puissance dominante de l’Europe. Nous venons de découvrir une Allemagne, en proie à des convulsions, ballotée par les émotions contradictoires et emportée par les passions médiatiques comme un fétu de paille.  La chancelière est devenue le visage d’une Allemagne désemparée, désarçonnée, appelant en un premier temps à l’ouverture des frontières et à l’accueil inconditionnel des migrants, puis devant l’impact de l’appel d’air produit ou aggravé par ses paroles, les foules en perdition dans la ville de Munich qui ressuscitent dans l’inconscient collectif les heures les plus sombres de ce pays, basculant soudain en quelques heures dans une panique absolue et rétablissant sans concertation avec personne ses contrôles aux frontières internes européennes pour faire face à l’afflux de migrants. Habituée au rôle de protectrice des traités européens, éternelle donneuse de leçon, l’Allemagne prend ainsi elle-même des libertés avec les règles de libre circulation et le « code Schengen » dans des conditions qu’elle n’aurait jamais tolérées de ses partenaires en d’autres circonstances. La Commission européenne, en principe gardienne du temple, a manifesté depuis le début de la crise, une irresponsabilité qui donne le vertige, axant son discours sur la création de quotas d’accueil « contraignants » à la fois totalement irréalistes, inapplicables, dangereux par l’idée d’ouverture qu’ils suggèrent, et illégaux au regard des traités européens, ces derniers ne prévoyant en aucun cas la possibilité pour Bruxelles d’organiser des déplacements forcés de populations. En s’érigeant en autorité morale, porte-parole du message médiatique dominant – « ouvrons leur nos bras » – elle s’est octroyée un rôle qui n’est pas le sien et a contribué à amplifier la catastrophe. La vérité est que l’Europe, en tant que communauté politique, s’est montrée gravement défaillante. Face au génocide en cours au Moyen-Orient, aux crimes contre l’humanité commis par Daesh, aux menaces et à l’agression dont notre continent fait directement l’objet dans sa chair, les dirigeants des grands pays volontaires, autour de la France, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Espagne, de la Pologne et de l’Italie,  avaient un devoir absolu, face à l’histoire. Ils avaient le devoir absolu, face à l’histoire, de se réunir et de mettre sur pied une coalition militaire, construire les alliances nécessaires, puis de lancer une intervention collective, européenne, aussi bien dans les airs qu’au sol, pour combattre la barbarie et en venir à bout. La comparaison avec le fiasco américain de 2003 en Irak ne tient pas une seconde. Cette fois-ci, l’Europe se devait de défendre non seulement les principes les plus fondamentaux de l’humanité face à des bourreaux, mais aussi son intérêt vital, immédiatement menacé. L’Europe, aujourd’hui abandonnée par les Etats-Unis, saoule de sa mauvaise conscience, de sa lâcheté et de son pacifisme, a préféré fuir le monde réel, celui de la réalité politique et stratégique, en s’enivrant dans l’émotionnel. Les gesticulations éparpillées de ses dirigeants, les coups de menton, les « je-je-je » martelés du matin au soir, ne couvriront jamais la démission criminelle de l’autorité politique tout au long de cette crise. L’Europe politique  – l’Europe au sens de l’unité politique de ses Etats, de leur communauté de puissance, de leur alliance, leur amitié et de leur solidarité – est en train de se désintégrer sous nos yeux. Pourquoi? Parce qu’elle a renoncé à se gouverner et s’est abandonnée lâchement, comme un bateau ivre dans la tempête.  Il faut être aveugle pour ne pas s’en apercevoir,  et totalement sans-titreinconscient pour s’en réjouir.

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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68 commentaires pour L’Europe fracassée

  1. Anonyme dit :

    Ce constat n’apporte pas plus que nos discussions sur ce blog qui ne sert que d’exutoire à faire des constats .

  2. Stéphane B dit :

    « étymologiquement » Désolé pour la faute de frappe.

  3. Stéphane B dit :

    Mais nous sommes d’accord sur le fait qu’il faille aller les chercher maintenant, avant que les métastases ne se développent encore plus. Là ou nous ne sommes pas d’accord, c’est sur les moyens. Pour vous, c’est bombardement classique puis phase au sol. Pour moi, c’est ; sur les petites poches, même raisonnement que vous. Sur les grosses poches de résistance future, emploie de l’arme nucléaire à faible puissance pour éradiquer sans perte de nos cotés. Et oui, je sais, cela peut s’apparenter à des crimes de guerre car non distinction population combattante et population civile. Seulement, je pars du principe que les habitants qui sont opposés à cet EI ont déjà tous fui les villes bastion de ce groupe. Il ne reste plus que des sympathisants donc des ennemis futurs.

    Mais bon, je ne m’attends pas à grand chose de la part de nos dirigeants actuels. La droite est gauche et la gauche maladroite.
    Enfin, n’oubliez pas que gauche a pour racines premières éthyologiquement ; sinistre et tordu CQFD sur la politique menée aujourd’hui.

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