Eloge de l’autorité

imagesCi-dessous, mon dernier article pour Figaro Vox. Il parle de l’autorité de l’Etat et de la démocratie, autour du barrage de Sivens.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/03/03/31001-20150303ARTFIG00096-barrage-de-sivens-quand-les-principes-fondamentaux-de-la-democratie-sont-en-cause.php

L’autorité est une notion absente des débats de société. Elle est d’ailleurs incompatible avec la tournure prise par la vie politique qui n’existe plus qu’à travers les polémiques, jeux de mots, petites phrases, pitreries médiatiques. Quand une décision est prise, par la voie démocratique et dans le respect du droit, elle doit s’appliquer. Sinon, la démocratie, fondée sur la loi de la majorité, n’est plus qu’une illusion et la vie sociale, en l’absence d’une règle commune, dégénère en violence et en chaos.images (1)

Une anecdote m’est revenue en écrivant cette chronique pour le Figaro Vox.  Elle est strictement authentique, sans que je n’aie rien inventé, j’en donne ma parole d’honneur.

Quelques années auparavant, lors d’une mission en région parisienne, je devais me rendre dans un lycée professionnel, au fond de la plus lointaine banlieue. Cet établissement a vocation à accueillir les jeunes les plus délinquants et les plus violents, dont l’Education nationale ne sait plus que faire.  Il m’avait été présenté par tous les responsables du département comme un véritable enfer, où il valait mieux éviter d’entrer, même en termes de sécurité personnelle…

Bon. En découvrant le lieu, relégué à cent lieues de nos « bons quartiers », et des palais de la République, ce que j’y ai découvert m’a abasourdi: une parfaite propreté, pas un tag, pas un mégot de cigarette; des lycéens qui, croisés dans les couloirs, regardent dans les yeux et disent invariablement, « bonjour Monsieur »; mieux encore, à chaque classe visitée à l’improviste, des jeunes qui se lèvent comme un seul homme, les bras le long du torse, pour saluer le visiteur; et puis, des résultats au bac qui s’améliorent d’année en année, la violence, la drogue et l’insolence, la religion (le voile), strictement bannies des lieux. Inutile d’être hypocrite et de tourner autour du pot, dans ce lycée, je n’ai pas vu un seul lycéen « d’origine européenne » (pour éviter les mots qui fâchent).   

Le miracle, il tenait à la personnalité d’un homme, le proviseur, à son autorité naturelle. De taille moyenne, mince, le visage ovale, les cheveux court, la cinquantaine, l’homme s’exprimait d’une voix calme, allant à l’essentiel, sans frime ni bavardage. Dans son style et son allure, tout exprimait la détermination, la modestie désintéressée, la passion de réussir, non pour lui, mais pour son établissement, sa mission. En trois ans, il avait réussi à sortir ce dernier du chaos dans lequel il était plongé, par quelques principes clairs et précis. A la première violence, insulte, tag, trace ou odeur de cannabis, tentative de racket,  les forces de l’ordre étaient appelées à intervenir dans les 10 minutes et la justice à sanctionner en temps réel. Mais cet appareil de dissuasion a rarement servi, sauf au début. La volonté, l’intelligence simple et discrète, le désintéressement du proviseur, son exemple personnel, ont permis de restaurer la vie dans ce lycée où tout n’est pas parfait mais qui n’a rien d’un coupe-gorge ni d’une zone livrée à l’apocalypse tel que j’en avais entendu parler.

Quand j’y repense, je me dis, pourquoi, ce qui est possible pour un établissement scolaire, ne le serait pas pour une ville, une région, un pays… Hélas, l’étrange alchimie du caractère, de l’intelligence et de l’honnêteté, qui fonde l’autorité par l’exemple, se rencontre rarement dans la vie sociale et elle est quasiment absente de la France politique et médiatique qui valorise l’esbroufe plutôt que les qualités personnelles.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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22 commentaires pour Eloge de l’autorité

  1. Ping : En résumé (3) |

  2. fredi maque dit :

    Mr Tandonnet,
    merci de ne pas trop vous formaliser de la tonalité de certains de mes commentaires qui, parfois, peuvent vous paraître irrespectueux. N’y voyez qu’une forme d’insolence qu’autorise encore (pour combien de temps ?) internet et dont il m’arrive d’abuser.
    Bien à vous.

  3. fredi maque dit :

    Mais dites moi j’y pense soudainement : vous êtes sûr que vous étiez bien en banlieue ? Pas un seul blanc vraiment ? C’est impossible. Il n’y a pas de situation d’apartheid en France.
    Vous devez confondre avec l’un de vos derniers voyages à Soweto.

  4. fredi maque dit :

    Un missionnaire, un jésuite ce proviseur…
    Votre démonstration est niaise.
    Pourtant vous n’êtes pas niais Mr Tandonnet.
    Alors ? pourquoi ce prêchi-prêcha ?

  5. pierrehuet dit :

    C’est vrai, mais un des points faibles actuels de l’autorité de l’état est l’imbrication d’intérêts privés, syndicaux et de la puissance publique. Dans des affaires comme Sivens et toutes celles qui surgissent au contact de l’agriculture et de l’écologie, l’Etat est contesté pour cette raison. Le ministre de l’agriculture de facto n’est pas M. Le Foll mais M. Xavier Beulin qui est à la fois président de la FNSEA et de Sofiprotéol, groupe industriel qui à un intérêt particulier à industrialiser l’agriculture au détriment de l’emploi (voir la baisse effarante du nombre d’agriculteurs), de la qualité et de l’environnement. Et c’est le cas dans nombre de domaines. On le voit avec la loi Macron qui va casser nombre de structures sociale sans pour autant créer de vrais emplois.

  6. fleur dit :

    Bonjour Maxime, je partage totalement: le gouvernement par l’exemple que vous avez vu dans ce lycée, c’est la vraie vie et cela correspond à ce que j’ai vu dans les entreprises. Tout le monde s’y comporte à l’exemple du chef, et le chef n’est pas simplement interchangeable. S’il n’y a pas d’autorité en France c’est en partie parce que nos chefs croient tous « aux institutions » plus qu’en des personnes, or la personnalité d’un homme compte. Inversement, nos institutions posent problème car elles permettent à un parti de gouverner même après que l’abstention a été de 50% et le parti majoritaire élu avec 22%. Soit 11% de support réel dans la population… Je pense que les référendums à la Suisse devraient remédier à beaucoup de problèmes et simplifier des lourdeurs institutionnelles.

  7. MarcusVinicius dit :

    Bonjour Maxime,

    Intéressant témoignage. Encourageant, mais une chose m’étonne, c’est la célérité de forces de l’ordre (j’ai du mal à croire qu’elles se soient déplacées pour des tags ou insultes dans les 10 minutes). J’ai également beaucoup de mal à croire, vu la culture de l’excuse ambiante, et le misérabilisme qui imprègne la justice, que celle-ci est promptement fait son travail. C’est curieux…

    • MarcusVinicius, vous aavez tort de ne pas me croire, ce lycée professionnel faisait l’objet d’un dispositif contractuel EN/police/gendarmerie/parquet, comme il en existe dans certains sites sensibles. C’était d’ailleurs l’objet de ma mission…
      MT

  8. Mich dit :

    Témoignage très intéressant. Et oui ce qui fait défaut à nos sociètés c’est en grande partie l’autorité!!
    Les grandes institutions traditionelles ont perdu ce caractère fondateur et essentiel. D’où notre marasme.

  9. Gerard Bayon dit :

    Bonjour à tous et tous,
    La situation que vous décrivez n’est, dieu merci, pas exceptionnelle. D’autres responsables d’établissements scolaires (écoles primaires et malheureusement en moins grand nombre, collèges et lycées) arrivent à faire respecter un minimum d’autorité dans leurs locaux. Bien entendu il ne s’agit pas de la majorité des établissements dans les grandes et moyennes agglomérations !
    Cela grâce bien sur à leurs responsables mais également à la majorité des équipes d’enseignants « résistants » qui adhèrent encore à ces règles.
    Mais comment voulez-vous rétablir l’autorité dans le milieu scolaire lorsque les ministres qui se succèdent depuis des décennies à raison d’un nouveau ministre tous les 2 ou 3 ans ont pour seul objectif d’avoir leur nom inscrit à réforme stupide et/ou couteuse mais qu’il aura réussi à faire voter avec l’aide des syndicats enseignants de gauche tout puissants en maintenant bien entendu la paix sociale.
    Tous les ministres qui ont essayé de rétablir l’autorité dans le milieu scolaire ou simplement faire travailler intelligemment les enseignants et redonner à l’éducation nationale les objectifs qui devraient être ceux de Jules Ferry, se sont retrouvés très rapidement et encore une fois avec la bénédiction des syndicats et des associations gauchistes toutes puissantes, rapidement débarqués de leur poste. (la peur des manifs des jeunes organisées par ceux qui devraient les éduquer ! )
    Un seul exemple qui continue à nous mener droit dans le mur avec les conséquences que nous déplorons chaque jour : 80% d’une tranche d’âge doit obtenir le baccalauréat…
    A partir de ce constat comment est-il possible de reproduire en restant modeste dans un quartier ou une commune, l’autorité indispensable à la vie en société.
    Tant qu’existeront toutes ces associations (financées et soutenues par l’Etat de droite ou de gauche et les communes) dont le seul objectif est de maintenir voire d’accroitre le chaos actuel relayé par les médias toujours à l’affut du buzz quotidien ou de l’immédiat, il restera impossible d’envisager de rétablir le minimum d’autorité nécessaire.
    On peut bien sur faire le même constat avec les entreprises ou un grand nombre de patrons ne peuvent ou ne veulent que gérer le quotidien avec les représentants syndicaux qui ne connaissent rien du travail de leur collègues mais sont plus enclin à faire rajouter des pages au code du travail et organiser des grèves qu’à aider leur entreprise à être plus productive et ainsi garantir et améliorer l’emploi et les salaires. (cf la SNCF, EDF etc.)
    Alors l’intelligence et l’honnêteté que vous appelez pour rétablir l’autorité et dont je partage le souhait ne sont malheureusement pas encore prêtes à poindre.

    • Gérard Bayon, nous sommes bien d’accord, je voulais montrer, par un exemple authentique, ce que peut produire l’autorité naturelle d’un homme…
      MT

  10. René de Sévérac dit :

    « A la première violence, insulte, tag, trace ou odeur de cannabis, tentative de racket, les forces de l’ordre étaient appelées à intervenir dans les 10 minutes et la justice à sanctionner en temps réel. »
    Il parait absolument fantastique le pays que vous décrivez :
    les forces de l’ordre font régner l’ordre,
    la justice sanctionne, ils n’ont pas Taubira !
    Que suis-je bête, la charia est la loi commune !
    En Arabie Saoudite ça marche ainsi !
    Au Califat je n’ai pas suffisamment d’information !

  11. Martin dit :

    Bonjour Maxime,

    Belle histoire! Si les thèmes de l’autorité et de l’éducation vous intéressent, je vous recommande ce livre:

    http://www.amazon.fr/Whatever-Takes-Geoffrey-Canadas-America/dp/0547247966/ref=sr_1_1?s=english-books&ie=UTF8&qid=1425457673&sr=1-1&keywords=whatever+it+takes+education

    Il raconte les expériences pédagogiques menées par un groupe de lycées privés à Harlem.

    Sincèrement,

    Martin

  12. Frederic_N dit :

    Maxime Tandonnet .
    Merci pour cet article . Il me semble que vous rejoignez une grande dame

    Puisque l’autorité requiert toujours l’obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation. Là où on a recours à des arguments, l’autorité est laissée de côté. Face à l’ordre égalitaire de la persuasion, se tient l’ordre autoritaire, qui est toujours hiérarchique.

    S’il faut vraiment définir l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par force et à la persuasion par arguments. (La relation autoritaire entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune, ni sur le pouvoir de celui qui commande; ce qu’ils ont en commun, c’est la hiérarchie elle même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d’avance leur place fixée.) Ce point est historiquement important ; un aspect de notre concept de l’autorité est d’origine platonicienne, et quand Platon commença d’envisager d’introduire l’autorité dans le maniement des affaires publiques de la polis, il savait qu’il cherchait une solution de rechange aussi bien à la méthode grecque ordinaire en matière de politique intérieure, qui était la persuasion (peithein), qu’à la manière courante de régler les affaires étrangères, qui était la force et la violence (bia).

    Historiquement, nous pouvons dire que la disparition de l’autorité est simplement la phase finale, quoique décisive, d’une évolution qui, pendant des siècles, a sapé principalement la religion et la tradition. De la tradition, de la religion, et de l’autorité (dont nous discuterons plus tard les liens), c’est l’autorité qui s’est démontrée l’élément le plus stable. Cependant, avec la disparition de l’autorité, le doute général de l’époque moderne a envahi également le domaine politique où les choses non seulement trouvent une expression plus radicale, mais acquièrent une réalité propre au seul domaine politique. Ce qui jusqu’à présent, peut-être, n’avait eu d’importance spirituelle que pour une minorité, est maintenant devenu l’affaire de tous. Ce n’est qu’aujourd’hui, pour ainsi dire après coup, que la disparition de la tradition et celle de la religion sont devenues des événements politiques de premier ordre. (…)
    H Arendt

  13. xavierwiik dit :

    On porte en soi ou pas …

    Bonne journée et au plaisir de vous lire.

    Xavier

  14. xavierwiik dit :

    Bonjour Maxime,

    Une fois de plus j’approuve pleinement votre analyse.

    Dans le projet que je tente de mener, contre vents et marées, tsunamis devrais-je dire, je constate chaque jour un peu plus que l’autorité disparaît au profit du clientélisme.

    Je rappelais par courrier à un ancien ministre que Rousseau confessait que « pour oser, pour pouvoir dire de grande vérités, il ne faut pas dépendre de son succès ». C’est en cela un problème car de vrais personnalités à la stature d’hommes d’État, nous avons dangereusement glissé vers des acteurs de télé-réalité toujours a l’affût du commentaire qui sera « retweeté » ou partagé sur les réseaux sociaux.

    Je vois souvent un « ministrable » qui contrairement à un discours très ferme est en fait très faible face un jour à des syndicats le lendemain a des maires de petits villages et que cela m’afflige.

    L’autorité malheureusement cela ne s’apprend pas, c’est une vertus que l

  15. filou dit :

    Toutes proportions gardées, j’imaginais, pourquoi pas, à travers ce proviseur, un ancien chef (sans visage, seulement la fonction) du 2éme REP (légion parachutiste). Je disais précédemment qu’il nous fallait des hommes « hybrides », avec expérience croisée de chef commando (le caractère), fonctionnaire exemplaire (l’honnêteté) et entrepreneur créateur de richesse (l’intelligence)
    Mais en fait chacune de ces 3 fonctions a besoin des 3 qualités dont vous parlez. Plus près de nous et plus loin de la guerre, le respect (physique de l’individu, de sa culture-religion et de son passé, ne pas en parler, le considérer comme « nouveau ») est la base de la réussite: punir le mal et récompenser le bien sans retard, le rugby apprend aussi des régles si bien encadré. La parole aux spécialistes, n’ayant jamais personnellement eu le statut et la fonction d’un seul de ces 3 métiers évoqués
    Mais nous avons quelques hypocrites assis sur leur titre ronflant d’inspecteur général de l’administration que cette culture mixte « dérangerait », bien assis qu’ils sont dans leur petit monde comfortable avec oeillères sur les autres milieux que le leur avec pour seule ambition l’échelon de « classe exceptionnelle »! La classe c’est d’avoir plusieurs vies et plusieurs métiers

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