Réponse à Philippe Bilger

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Au coeur de l’ été, un temps lourd et orageux écrase le pays, à l’image de son climat politique, de plus en plus chaotique, délétère.

Dans une tribune publiée le 17 juillet par le Figaro Vox, je m’étonnais de paroles prêtées à François Fillon contre Nicolas Sarkozy estimant que si elles étaient avérées, elles relevaient plus d’une attaque personnelle, dans une perspective de course à l’Elysée, que d’un désaccord politique.

Philippe Bilger me fait l’honneur de répondre  à ma tribune en soulignant que les combats de personnes font aussi pleinement partie de la politique.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/07/18/31001-20140718ARTFIG00224-philippe-bilger-fillon-ne-combat-pas-les-idees-de-sarkozy-mais-sarkozy-lui-meme.php

Il a raison. Cependant  (et c’est ce que j’ai voulu dire), dans une période aussi tourmentée que la nôtre, les Français, me semble-t-il, attendent de la politique des réponses à leur profondes inquiétudes, à leurs souffrances ou à leur malaise, c’est-à-dire davantage de débat d’idées et moins de batailles d’ambitions et de petites phrases.

Nous traversons une crise d’une exceptionnelle gravité: poussée d’antisémitisme sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale avec les cris de « mort aux juifs » entendus à Paris;  révélations à tout-va de corruption dans les milieux politiques; crise de la représentation démocratique qui se manifeste dans la montée vertigineuse de l’abstentionnisme et de vote protestataire; aggravation des phénomènes de violence et de communautarisme; malaise des services publics, de l’école, de la police, de l’armée; soupçons de partialité  idéologique qui pèsent, non pas sur la Justice, mais sur certains juges; impuissance du pouvoir politique, notamment face au chômage de masse; montée de sentiments « europhobes » véritables c’est-à-dire, non pas dirigés contre les institutions et les politiques de l’Union européenne – ce qui relève du débat démocratique – mais contre de grands pays voisins qui s’en sortent beaucoup mieux que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Pendant ce temps, contrairement au mythe de « la fin de l’histoire » et du triomphe de la démocratie universelle, la planète est prise de violentes secousses, au Moyen-Orient et jusqu’en Europe elle-même où un massacre d’une barbarie inouïe vient d’être commis avec la destruction de l’avion de la Malaysia Airline au-dessus de l’Ukraine.

Dans ce contexte, les batailles d’ego entre politiciens en mal de reconnaissance élyséenne prennent une connotation particulièrement odieuse. Notre premier devoir civique de Français, dans ce marasme, est de nous foutre éperdument de la question de savoir qui sera le prochain petit marquis à pavoiser sous les ors de l’Elysée.  Celui de tout homme d’Etat digne de ce nom – aujourd’hui –  est de travailler à la recherche de solutions concrètes et réalistes à la crise profonde que traverse la Nation et qui la menace dans son intégrité et son avenir. La conquête du pouvoir ne doit pas être considérée comme une fin en soi, sauf à s’exposer à une épouvantable désillusion, mais une étape obligée dans l’accomplissement d’un projet politique. Que faire? Il n’y a pas d’autre question, de mon point de vue, qui tienne la route en ce moment.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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14 commentaires pour Réponse à Philippe Bilger

  1. berdepas dit :

    Pleinement d’accord avec  » Notre premier devoir civique de Français, dans ce marasme, est de nous foutre éperdument de la question de savoir qui sera le prochain petit marquis à pavoiser sous les ors de l’Elysée. Celui de tout homme d’Etat digne de ce nom – aujourd’hui – est de travailler à la recherche de solutions concrètes et réalistes à la crise profonde que traverse la Nation et qui la menace dans son intégrité et son avenir. »
    Le « tout à l’égo », ça suffit !!!

  2. Achille dit :

    Bonjour, après quelques semaines sans vous lire je « feuillette  » vos articles et je tombe sur celui-ci qui commence par : « Nous traversons une crise d’une exceptionnelle gravité: poussée d’antisémitisme sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale avec les cris de « mort aux juifs » entendus à Paris ». Pourquoi commencer par ce point même si je suis d’accord sur le fond ? et Pourquoi ne pas parler de la montée de l’islam en France et de nos gouvernants qui laissent faire au nom de la laïcité, qui détruisent notre passé chrétien……

  3. Coriolan dit :

    A l’occasion du centenaire de l’assassinat de l’avocat socialiste que fut Jean JAURES, la chaine parlementaire LCP diffusera une pièce de théatre retraçant le duel Clemenceau-Jaurès avec comme sous-titre: Quelle République voulons-nous?. Le jeudi 31 juillet 2014 à 20h30. Vu la deliquescence du régime, c’est toujours d’actualité.

    – Jean-Claude MONOD. Qu’est-ce qu’un chef en démocratie? Politiques du charisme. Seuil.

  4. Ribus dit :

    « ….c’est-à-dire davantage de débat d’idées et moins de batailles d’ambitions… »Je crois que Philippe Bilger et vous Maxime, vous ne parlez pas exactement du même sujet. Il me semble que lui évoque la lutte obligatoire pour le pouvoir surtout quand les protagonistes sont de valeur à peu près équivalente. Aucune personnalité ne se détache réellement aujourd’hui pour s’imposer par son seul charisme et la force de son discours.

    Il est donc logique que ce soit la bagarre y compris à l’intérieur des partis. Même Sarkozy n’a que peu d’ascendant sur les autres en tant qu’ancien président car il a été battu aux élections ; il ne s’est pas retiré de lui-même comme De Gaulle en 46. Il tente de revenir au pouvoir comme les autres veulent y arriver

    Je pense que les événements comptent pour beaucoup dans la transcendance d’un politique comme un sportif, un artiste peut prendre une dimension exceptionnelle à certains moments.

    Il me semble que vous attendez une véritable refondation politique qui ne vient pas. Mais qui va pouvoir inventer ce projet ex nihilo? A mon avis personne. Finalement, la figure du Général nous induit en erreur car dans le fond inconsciemment c’est encore lui que nous attendons ou pire nous espérons un « De Gaulle 2, le retour » ce qui est absurde.

    « …. travailler à la recherche de solutions concrètes et réalistes à la crise profonde que traverse la Nation…. » Là vous avez raison, au sens où il faut que les politiques se mettent au travail, mais un travail intellectuel de réflexion et de maturation philosophique ; un travail sérieux.

    Ce n’est pas de la rigueur ou de l’austérité économiques qu’il nous faut mais de la rigueur et de l’austérité intellectuelles et morales à commencer par nos dirigeants. Or, aujourd’hui on a le sentiment qu’ils s’amusent, font de la com’ mais ne travaillent pas vraiment ; c’est de l’esbroufe.

    Au plus haut niveau de l’Etat l’exercice du pouvoir est une sorte de sacerdoce dédié à l’intérêt supérieur ; c’est ce caractère sacré qui s’est peu à peu perdu ; il faut le retrouver. Pour cela il faudra l’homme ou la femme le plus intègre, rigide moralement et reconnu comme un bourreau de travail, sans exiger de lui ou d’elle d’être providentiel. Ce serait déjà bien suffisant.

  5. François dit :

    3 remarques à propos de votre billet :

    1 – Sur le fond : RAS, vous avez parfaitement raison.

    2 – Que M. Bilger ait daigné vous répondre témoigne de votre notoriété grandissante :), c’est donc une très bonne nouvelle !

    3 – Cet ancien magistrat est pour moi une énigme. Comment un homme de cette culture, d’une intelligence très au-dessus de celle du commun des mortels, peut être à ce point subjectif dès qu’est prononcé le nom de notre ancien président ? Sa croisade en devient ridicule, car outrancière. Ses lecteurs ont beau l’avertir sur son blog, il persiste et signe … Est-il un amoureux déçu (il fut brièvement Sarkozyste il me semble), est-ce une vendetta familiale (cf. les mésaventures de son frère Pierre avec NS*) ou un réflexe corporatiste ?

    (*) http://www.marianne.net/Hommage-a-Pierre-Bilger_a203679.html

  6. michel43 dit :

    on ne peu RELEVER la FRANCE. sans le peuple, Suppresions de la proportionnelle de MITTERRAND.. l »accord UMP..PS pour contourner le NON des FRANCAIS au référendumm;;;OUI.il faut jeter le BEBE et les PARENTS a la poubelle de l »HISTOIRE; cars TOUS ON TRAHIE DE GAULLE… pour RECONSTRUIRE .il faut d »abord tout détruire , cars depuis plus de 35 ANS; les politiciens de TOUT bords , qui on RUINER les FRANCAIS sont toujours LA..? avec l » aide des 6 millions de fonctionnaires, des syndicats et associations, des députés, Sénateurs, des MAIRES ;et autres,qui vivent tres bien, au frais des contribuables, Notre pays se doit de faire ,des vrais réforme ,approuver pars REFERENDUM.. cars l » ETAT socialo-communiste bloque TOUT; au profit des lobbys intérieur Lamentable spectacle ;:: les GISCARD SE DECORE… PIERRE PERRET ;aussi ; et tant d »autres le RIDICULE ne tue PLUS ? Pauvre,; REPUBLIQUE BANANIERE;et tout les bobos s »embrasses; comme des MINOTS ? il est grand temps de changer,tout cela; et faire un tsunami; SINON;c »est le peuple d »en bas et du milieu, QUI SERA OBLIGER DE LE FAIRE ?

  7. Colococo2 dit :

    Bonjour,
    Vous y croyez vous au vrai pouvoir de L’Élysée, ne serait-ce pas plutôt un titre honorifique ?
    De transférer en transfert (j’allais écrire de lâcheté en lâcheté ) , le vrai pouvoir se trouve maintenant à Bruxelles et au-delà de Bruxelles à ….…
    Oseriez vous prétendre le contraire ?
    Alors le nom du guignolo qui se trouvera à l’Élysée est tout à fait secondaire pour ne pas dire sans importance ( sauf pour lui bien sur …. la soupe reste bonne)
    Cordialement.

  8. Pilou dit :

    que faire et aussi quoi changer? Le rythme vitesse ou intensité d’exécution -des actions plus que des paroles- compte aussi L’histoire nous oblige a nous orienter dans une certaine direction si l’on veut ne pas faire naufrage, reste à trouver le bon commandant de bord Pour ne rien oublier QQPOC qui quoi pourquoi où comment?

  9. Jean-François Touzé dit :

    Lecteur toujours aussi assidu de vos chroniques, je m’étonne du glissement qui, depuis quelques semaines, vous conduit peu à peu, vous qui avez , dans le passe, tant de fois manifester votre attachement aux principes gaulliens, à considérer que la solution aux maux qui défont la France se trouvent pour une grande part dans la société civile, à qualifier les Présidents de la République, passés, présent ou à venir, de « petit marquis », et à prendre position en faveur d’un régime aligné sur ceux de nos partenaires européens -autrement dit d’un régime normalisé- où le pouvoir réel serait dévolu ou Premier ministre tandis que le Chef de l’Etat – ou de ce qui en resterait- n’aurait d’autres tâches que celles de la rélfexion et de la détermination des voies à suivre.

    Nul ne peut contester que, de réformes en réformes constitutionnelles, nos Institutions ont été dévoyées et ont perdu de leur force. Mais si il est vrai que le bon équilibre voulu par le fondateur de la Cinquième République exige que le Président soit en charge de l’essentiel tandis que le Premier ministre gouverne, il serait erroné de penser que De Gaulle ne s’occupait ni de l’intendance ni de la gouvernance au quotidien. Il suffit de relire les carnets de Peyrefitte ou, plus encore, ceux de Foccart pour savoir que pas une élection cantonale partielle, pas une nomination pas une décoration, pas une décision politique, pas un règlement de conflits au sein de l’UNR n’échappaient à la vigilance du Général.

    Mais, me direz-vous c’était le Général… Certes, mais c’est aussi l’exemple qu’il nous a laissé. celui qui peut conduire au relèvement de la France.

    Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. C’est en revenant à l’esprit et aux pratiques du début de la Cinquième République que s’opèrera la reconstruction. Avec qui et par qui? il s’agit, en revanche, je vous le concède volontiers, d’une toute autre affaire que la Providence et notre volonté se chargeront de régler.

    • Jean-François Touzé, la réponse à votre observation du premier paragraphe est intégralement dans le second! Et le ton amer de mes derniers billets correspond à une exaspération croissante envers des gens qui se croient à tort indispensables et qui de toute évidence privilégient leur nombril (pour être poli) sur l’intérêt de la France!
      Maxime Tandonnet

  10. berdepas dit :

    Pour avoir écrit un billet, sur mon blog, qui va exactement dans le même sens que votre propos, je ne peux que vous approuver. Mais l’opinion de Mr Bilger, pour intéressante qu’elle soit n’est pas une référence en la matière. Il déteste Sarkozy, probablement parce qu’il n’a jamais « digéré les petits pois ». Et du coup il sombrerait facilement dans la Hollandolâtrie, mais conscient de l’impopularité de Hollande, toute solution susceptible de barrer la route à Sarkozy lui convient.
    Pour moi, ni Fillon, ni Copé ne sont des « Hommes d’Etat »capables de s’élever au-dessus de leurs rancunes et leurs ambitions personnelles pour remplir les rôle que l’on attendait d’eux, au lendemain d’une défaite: redonner espoir à la Droite en faisant de l’UMP un Parti d’opposition crédible et d’alternance.

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