Incompréhension

sans-titreJ’affirme beaucoup de choses dans mes billets divers, mais là, je souhaite parler d’un sujet qui n’appelle pas de jugement tranché de ma part, tant il est complexe et tragique, mais plutôt un questionnement, des interrogations: celui de Vincent Lambert. Tétraplégique à vie à la suite d’un accident depuis 6 ans, son épouse souhaite l’arrêt des soins et de l’alimentation alors que ses parents s’y opposent. Le fond du problème, si j’ai bien compris, c’est que lui n’est pas en mesure de manifester sa volonté. Les jurisprudences se succèdent et se contredisent, Conseil d’Etat, Cour européenne des droits de l’homme. Pourquoi faut-il qu’une situation de ce type remonte à des juridictions qui sont à mille lieu de son lit d’hôpital? Pour être franc, je ne vois pas ce qu’il y aurait de chrétien à empêcher ce pauvre garçon de partir. Qui d’entre nous choisirait de vivre comme il le vit, en l’absence de tout espoir de guérison, plutôt que de quitter ce monde?  Ce n’est pas un problème de droit, ni d’idéologie, mais de simple raison humaine. Bien sûr que la situation des parents est abominable, mais enfin dans un cas de ce genre, c’est au corps médical, au chevet du malade, de prendre ses responsabilités et pas à des juges européens dans leur palais de verre. Pardon si je choque, on peut être en désaccord, mais c’est vraiment ce que je crois.

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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34 commentaires pour Incompréhension

  1. François dit :

    Merci Suzanne de votre réponse ! En peu de mots, vous décrivez assez justement ce qui nous guette. Permettez-moi d’y adjoindre un petit bémol : la perte du sens des mots ne modifie pas simplement notre mécanisme de pensée, elle nous rend violent ! Quand vous êtes incapable de dire autre chose que « j’aime » ou « j’aime pas », que reste-t-il de la nuance ? Vous n’en avez tout bonnement plus … Et vous devenez violent, d’abord en parole, puis dans les actes.

    Plus j’y pense et plus je suis persuadé que notre perte de vocabulaire est sciemment recherchée, non par paresse, mais par machiavélisme (faire accepter l’inacceptable), tout comme la novlangue qui nous est imposée.

    De ce cas particulier, je ne sais rien, hormis ce que les médias veulent bien nous distiller. Dans ce genre de situation, il ne me reste que mon substrat de culture et ma propre expérience. Bien peu de chose en vérité, mais pourquoi ne pas en tenir compte ? Mes parents, mais pas qu’eux, ont eu la faiblesse de m’inculquer qu’une des maximes du Christ doit alors s’appliquer : « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera. » Ce n’est surtout pas un blanc-seing, mais un garde-fou, dans un monde qui devient complètement foldingue.

  2. fleur dit :

    Bonjour Maxime, et tous, heureusement que nous pouvons discuter sur le blog et j’espère que personne ne le prend mal. Je voulais juste commenter l’acquittement du Docteur Bonnemaison qui a pourtant reconnu avoir tué 7 patients avec du curare: par contre le texte du jugement est vraiment bizarre quand il s’agit de décrire ce simple fait, d’ailleurs je n’ai pas vu si l’accord de ces patients avait été recherché, en tous cas pas celui de leur famille. Il s’agit donc bien de légiférer sur l’euthanasie active et le suicide assisté, en utilisant l’émotion du peuple agitée grâce à l’histoire de Vincent Lambert, sur fond de mépris renouvelé bien français pour le handicap et le malade.
    Hélas hélas!

  3. Suzanne dit :

    Bonjour Maxime,

    Je prends pour moi vos critiques puisque j’ai parlé de « meurtre ».

    Je suis désolée que vous l’ayez pris ainsi.

    Néanmoins, dans ce cas précis, de quoi s’agit il?
    Si on considère la Loi Léonetti qui est très bien faite, il s’agit de ne pas faire d’acharnement thérapeutique en fin de vie.

    Là est tout le problème.
    Si on lit certains journaux, on peut lire que Vincent Lambert est en fin de vie, dans un état végétatif terminal : là, OK, on peut penser que l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation peuvent se concevoir si cet arrêt n’apporte pas plus d’inconfort qu’il en supprime… Ceci sans certitude au demeurant (puisqu’il a vécu près d’un mois sans alimentation, mais sans aucun doute avec hydratation, car il est impossible de vivre sans hydratation plus de quelques jours)

    Si on en lit d’autre, Vincent Lambert n’est pas en fin de vie, seulement dans un état pauci-relationnel et SANS traitement particulier qui le maintiendrait artificiellement en vie.

    Sachant que l’alimentation et l’hydratation nous maintiennent TOUS en vie (et que leur arrêt nous conduit TOUS à la mort dans l’inconfort, ce que dit bien son médecin puisqu’il suggère de « donner un traitement pour limiter l’inconfort » de l’approche de la mort par inanition et déshydratation), je ne vois pas de mot très doux pour qualifier ce geste.

    Que vous ne vouliez pas subir l’état de Vincent, je puis le comprendre.
    Néanmoins, soyez assuré que dans ma carrière d’accompagnante en soins palliatifs (non en tant que bénévole, mais en tant que professionnelle diplômée), je me suis rendue compte que la plus part du temps, des gens dans un état que vous jugeriez épouvantable (mot qui n’est pas doux non plus) n’ont absolument plus envie de mourir.
    Ils veulent qu’on les embrasse, qu’on les chouchoute, malgré leur odeur, leur apparence malingre et/ou décharnée, leur immobilité forcée et parfois leur impossibilité de communiquer hormis -parfois- par le regard ou la faible -très faible- pression d’un doigt ou d’une main, le frémissement de la peau sous un léger massage ou un baiser, leur « laideur » apparente pour ceux et celles qui ne savent pas regarder la beauté de leur cœur et de leur regard.

    Et du fait de cette expérience qui m’aura marquée à vie, permettez moi de n’avoir pas votre point de vue et estimer que l’on ne peut pas, pour de fausses raisons de dignité, qui sont des raisons de vivants, souvent en bonne santé et qui pensent que leur propre mort est lointaine, laisser mourir de faim quelqu’un qui n’est pas en fin de vie.

    Ceci est donc un cas particulier. je ne réagirais bien évidemment pas forcément de la même façon si on me prouvait, dossier médical à l’appui, que Vincent est en fin de vie, tenu artificiellement envie grâce à des traitements..

    La grande question est en fait : « Doit on considérer l’alimentation et l’hydratation comme des traitements médicaux? Et à partir de quel diagnostic et/ou de quel pronostic »?
    … Sachant que nous n’alimentons plus de force ni ne posons plus de perfusion d’hydratation (qui posent des problèmes de douleur!!!) chez des malades qui n’ont plus que quelques jours à vivre et où là, il est évident que nous retardons, dans la douleur physique (et peut être morale, sociale et spirituelle), une mort naturelle.

    Au fait, vous savez je suppose que la seule maladie mortelle est la naissance?

    Je viens de lire un article qui me fait réfléchir aux mots que nous utilisons pour parler de sujets qui font peur à tous les être humains, quoiqu’ils disent.
    http://www.economiematin.fr/les-experts/item/10580-langage-richesse-pensee-philosophie-sterilisation-risque-censure

    Encore désolée que vous ayez pris mon commentaire pour une agression de ma part, ce qui n’était pas le cas.
    Cordialement

  4. François dit :

    Le problème de l’acharnement thérapeutique est déjà traité dans la loi Léonetti : il n’y a donc pas lieu d’y revenir… Par ailleurs, Pie XII, Paul VI et Jean-Paul II ont aussi pris position contre l’acharnement thérapeutique (*) Quel besoin ont donc les socialistes de remettre ça sur le tapis ? Aucune loi ne résoudra les cas particuliers ! Prétendre le contraire serait mentir ! Vouloir fixer des limites à quelque chose d’inconnu est une ambition prométhéenne.

    Puisque vous parlez de film de guerre, le plus réaliste à mon avis est la 317° section de Pierre Schœndœrffer. Rappelez-vous de la scène finale, où Bruno Cremer (l’adjudant Willsdorff) donne une grenade à Jacques Perrin (le sous-lieutenant Torrens) afin qu’il puisse abréger son agonie et éviter de tomber vivant aux mains des « viets ». On peut bien évidemment comprendre le suicide, l’état de désespoir qui mène à ce geste. Mais faut-il l’encourager, l’aider ? La même question vaut pour l’euthanasie. Où je veux en venir ? Ce qui est parfois acceptable ne l’est plus forcément dans d’autres circonstances et l’on retombe dans une impasse morale.

    (*) « Dans bien des cas ne serait-ce pas une torture inutile que d’imposer la réanimation végétative dans la phase ultime d’une maladie incurable ? Le devoir du médecin est bien plutôt alors de s’employer à calmer la souffrance au lieu de vouloir prolonger le plus longtemps possible, par n’importe quel moyen, et dans n’importe quelle condition, une vie qui n’est plus pleinement humaine et qui va naturellement vers son dénouement ? »(Paul VI, Documentation Catholique, Nov.1970)
    « Il faut déterminer si les moyens thérapeutiques dont on dispose sont objectivement en proportion avec les perspectives d’amélioration. Le renoncement à des moyens extraordinaires ou disproportionnés n’est pas équivalent au suicide ou à l’euthanasie; il traduit plutôt l’acceptation de la condition humaine devant la mort ». Jean-Paul II.

    • François, vous avez raison mais je parlais d’une situation particulière, pas du tout de grands principes, de lois ou d’idéologie…
      Maxime

  5. François dit :

    Bonsoir Maxime,

    Ce qui m’étonne c’est votre stupéfaction devant les réactions que votre billet a déclenché. Cela prouve une seule chose, c’est que le sujet est loin d’être consensuel parce qu’il touche à l’intime, à nos propres peurs devant la mort (terreur serait plus juste). Nous avons vainement tenté d’éloigner la mort de nos vies, mais Lankou revient aussi sûrement que les saisons … (et, oui, je suis Breton !)

    Pour l’ancien soldat que je suis, c’est, si j’ose dire, un sujet de prédilection, mais même nous (j’allais même écrire surtout nous), n’aimons pas en parler et en particulier à nos proches. La mort donnée (ou a fortiori reçue) n’est jamais anodine. Il y a un avant et un après et les traces qu’elle laisse sont indélébiles, parce que, tout comme le soleil, on ne peut la regarder en face sans se brûler les yeux. On ne transgresse pas impunément le sixième commandement à moins d’être totalement inconscient de la portée de ses actes : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23, 34).

    • François, je suis entièrement d’accord que cela pose des problèmes gigantesques mais il me semble personnellement que l’acharnement à maintenir en vie une personne dans un état végétatif en l’alimentant avec des tuyaux, ce n’est pas conforme au sixième commandement. Je ne le voudrais pour rien au monde en ce qui me concerne ou mes proches. Comme ancien soldat, vous devriez regarder le film Johnny s’en va en guerre…
      Maxime

  6. Annick dit :

    Fausse manip ! Je n’ai sans doute pas refermé l’italique de « Adam où es-tu ? »

    La citation d’Annick de Souzenelle commence à :

    « Par le progrès du génie génétique »

    Désolée !

  7. Annick dit :

    Bonsoir Maxime,

    « Adam où es-tu ? crie Dieu à l’homme qui a mangé le fruit sans l’être devenu et qui, dans son inconscience croit être devenu « comme Dieu.
    Oui, où sommes-nous aujourd’hui dans cette folie maximaliste où l’homme veut s’emparer du pouvoir sur la vie.
    Où nous situons-nous ? Au nom de quoi, de qui parlons-nous, décidons-nous ?
    Au nom de nos pauvres morales et éthiques personnelles ou universelles, celles « fabriquées » dans notre âme psychique animale, inaccomplie, totalement déconnectée des lois ontologiques et où le « Plus rusé » tend ses pièges les plus subtils pour rester le Maître -la Tête- au nom, bien sûr de la « bonne conscience », de la bonté, de la charité, de la dignité et que sais-je encore… Aucune de ces qualités ne sont ontologiques. Aucune !

    Nous construisons de « bons » hôpitaux où, pour soulager, nous euthanasions nos victimes : des enfants, en Belgique, des malades supposés en fin de vie, partout ailleurs… et demain ?
    Des êtres, ivres de prétention, « donnent » la mort. Fausseté ! Engeance pervertie, corrompue !

    Par le progrès du génie génétique – euphémisme qui traduit les manipulations les plus secrètes de la vie, l’homme entre au cœur de la chambre nuptiale du Roi, non en tant que Reine toute ressemblante à Dieu, mais se croyant lui-même roi. Se faisant alors semblable à lui-même, il confirme la définitive ressemblance au maître qu’il s’est donné, le Satan.
    Ou, apportant des données relevant de ses propres critères de sagesse, il croit pouvoir guérir, améliorer, reconstituer le paradis, dans une puissance dont il est incapable de discerner qu’elle est sa mort.
    Aucun comité d’éthique n’est en mesure de résoudre les problèmes que ce viol soulève, dont l’objet ressortit à l’ontologie du créé, alors que l’éthique ressortit à la morale.
    L’un est d’ordre absolu, en tant qu’image de l’Incréé ; l’autre est d’ordre relatif.
    Ils ne sont pas de même nature. Comment celui-ci pourrait-il vérifier celui-là ?
    Les membres qui composent ce comité d’éthique, si respectables soient-ils dans leurs fonctions, me semblent de méchants enfants de choeur face qu mystère qui se célèbre dans le secret de la vie et dont ils ignorent la réalité.
    Car les sciences contemporaines, dans leur principe, sont matérialistes. Et ces prémices faussent le discours…
    …Tout se passe aujourd’hui comme si l’homme voulait porter au niveau de ses gênes la réduction dramatique de sa personne, y inscrire définitivement son aliénation et refuser de transmettre à sa postérité l’héritage essentiel qu’il a lui-même refusé de vivre…

    (« Alliance de Feu » – Annick de Souzenelle – Edition Albin Michel)

    Pour conclure, quand le fruit est mûr, il tombe de lui-même. Nul besoin de l’y aider en l’empêchant ainsi de vivre les étapes indispensables à sa vie éternelle.
    Car que savons-nous du passage de la mort – passage initiatique ? – ouvrant à plus grande réalité pour l’être tout entier, et pas seulement pour l’être biologique que, seul, nous prenons en compte.
    Quand Jésus « rendit le Souffle » sur la croix, il dit « Tout est accompli ».
    Lui, a fait le Chemin de l’accompli.
    Nous, nous sommes encore inaccomplis, incapables de « connaître » (par une connaissance intérieure, et non un savoir acquis à l’extérieur, s’il faut abréger les souffrances, y compris les nôtres propres.

    Amicalement,

  8. fredi maque dit :

    Quant à moi je ne me sens pas visé par les propos de MT étant d’une constante et exquise courtoisie.

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