Une époque pré-totalitaire?

451px-Hannah_ArendtL’histoire est un grand fleuve qui ne remonte jamais son cours et le totalitarisme de type fasciste ou soviétique ne réapparaîtra sans doute jamais. L’esprit totalitaire peut prendre d’autres formes, d’autres habits tout aussi abominables. « La domination totalitaire […] se fonde sur la désolation, sur l’expérience d’absolue non appartenance au monde, qui est l’une des expériences les plus radicales et les plus désespérée de l’homme. La désolation fond commun de la terreur, essence du régime totalitaire, et, pour l’idéologie et la logique, préparation des bourreaux et des victimes, est étroitement liée au déracinement et à l’inutilité dont on été frappées les masses modernes depuis le commencement de la révolution industrielle [et] la débâcle des institutions politiques et des traditions sociales à notre époque. Etre déraciné, cela veut dire n’avoir pas de place dans le monde, reconnue et garantie par les autres; être inutile, cela veut dire n’avoir aucune appartenance au monde. » (Hannah Arendt, le système totalitaire). La société française compte au moins 5 millions de personnes sans emploi stable, toute une partie de la jeunesse et l’ensemble de ses seniors se voient exclus du travail; elle connaît une fantastique perte de repères traditionnels autour des notions de famille, d’enfant, des rôles de père et de mère, de Nation,  de respect des biens et de l’intégrité d’autrui, d’autorité; la représentation démocratique est en déroute (il n’y a que les politiques pour ne pas s’en être aperçu!) ; les modes de vie se voient radicalement transformés par la nouvelle révolution technologique, facteur d’isolement physique (chacun devant son ordinateur ou téléphone portable); la crise de l’Education nationale, l’affaiblissement des repères fondamentaux historiques, littéraires, qui ont formé des générations de Français, est l’un des aspects les plus spectaculaires de cette déliquescence.  Qu’en sortira-t-il? Si l’on en croit la philosophe, un individu éthéré, privé d’identité et de valeurs, en pleine « désolation« , et donc se prêtant à toutes les manipulations pouvant conduire à de nouvelles formes de barbarie. La violence quotidienne, la banalisation de l’insulte haineuse, du lynchage, de la délation, dans l’indifférence générale, des agressions physiques notammment envers les plus faibles, n’en seraient que de lointaines prémices.

Maxime TANDONNET

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A propos maximetandonnet

Ancien conseiller à la Présidence de la République, auteur de plusieurs essais, passionné d'histoire...
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14 commentaires pour Une époque pré-totalitaire?

  1. MICHAUD Alex dit :

    Un livre récent pour analyser le carcan sociétal imposé par la démocratie réglementée:
    – Marie-Laure BASILIEN-GAINCHE. Etat de droit et états d’exception. Une conception de l’Etat. PUF.

  2. François dit :

    Bonjour M. Tandonnet,

    Ce à quoi nous assistons, c’est à la prise du pouvoir de pervers (c-à-d de gens dépourvus de sentiments et de sens moral) qui ont utilisé et utilisent encore des techniques de domination vieilles comme le monde.
    Ainsi, ces cyniques, qui se servent d’idéologies en apparence disparates (théorie du genre, euthanasie, etc.), veulent avant tout casser tous les repères de l’être humain et ceci afin de le manipuler aisément. C’est ainsi qu’il est nécessaire d’envoyer au bûcher toutes les structures anciennes (nation, famille, etc.). Pour cela, on joue sur la définition des mots (l’exemple le plus flagrant est celui donné par Fleur : le vocable « dignité »), mais aussi en remplaçant la réflexion intellectuelle par des émotions ou des images (technique de la publicité) ou encore en s’attaquant à la religion, catholique en particulier, en la remplaçant par de très anciennes divinités (Gaïa pour les écologistes).

    Pour cela, point n’est besoin de révolution. Il suffit d’être patient et de substituer lentement mais sûrement une notion vraie par une autre qui l’est aussi, au moins dans ses débuts. Pour être plus clair, je vais procéder par analogie. Lorsque vous voulez aller d’un point A à un point B, il vous faut une boussole (Nord magnétique) et une carte (Nord géographique). Les deux Nord existent, mais si vous arrivez à persuader les randonneurs que nous sommes que le magnétique ne sert à rien, ou mieux qu’il n’existe plus, et que c’est le géographique qui est la seule référence, alors vous arrivez à paumer n’importe qui. Cela ne se voit pas immédiatement, car sur une courte distance, l’écart entre les 2 Nord n’est pas suffisant pour être perceptible. Par contre, dès que l’on s’éloigne, c’est une toute autre histoire … Essayez d’appliquer ce schéma avec n’importe quel sujet, cela fonctionne (théorie du genre, mariage homosexuel, etc).

    Une fois que vous êtes parvenu à vos fins, vous pouvez réduire en esclavage très facilement cette masse informe de pseudos citoyens (consommateurs est le mot juste) : ils seront consentants ! Si par hasard, il reste quelques îlots de résistance, vous pouvez alors passer à la vitesse supérieure et les éliminer en réactivant le clivage bons – méchants. C’est d’autant plus facile que vos troupes seront incultes (d’où cette nécessité de ne rien apprendre à l’école) et qu’elles seront complètement détachées de la religion (bien embêtant ce dogme du péché originel qui interdit, théoriquement en tout cas, à tout être humain de se croire supérieur à son voisin …).

    Voilà comment on passe de l’utopie d’une société sans classe à celle tout aussi mortifère d’une société sans sexe ! CQFD.

  3. Stéphane du 94 dit :

    Sans verser dans la catastrophisme, je pense qu’un scénario de reprise du pays par un régime semi-autocratique n’est effectivement plus à exclure, dans la mesure où l’on peut s’interroger sérieusement sur les limites de la République et, même, de la démocratie pour apporter la paix civile, la paix sociale et le bonheur du peuple. Je suis bien sûr un républicain convaincu mais je m’interroge, au fond, sur l’efficacité de nos institutions pour régler nos problèmes. Je comparerais volontiers notre situation à la fragile république romaine, avec ses élites corrompues, avant l’arrivée d’un homme fort comme Jules César. Et sans vouloir paraître provoquant, on dira ce qu’on voudra des Russes et de Poutine, mais au moins ce peuple a conservé sa fierté, ses valeurs fussent-elles contestables, et même, est respecté sur la scène internationale…

  4. Sceptique dit :

    Je précise, cependant, dans le « monde libre ». Mais la résistance progresse partout.

  5. Tailhades dit :

    Quand on a « conseillé » le président de la république on évite de confondre le nazisme et le fascisme. Le fascisme a signé les accords de Latran ; à rappeler aux Français qui manquent de mémoire. Le totalitarisme c’est faire du citoyen une partie d’un tout qui est l’état. Robespierre était totalitariste. Mussolini et Franco, non !

    • Tailhades, bien sûr que le national-socialisme s’est beaucoup inspiré du fascisme italien et que ce dernier est une forme du totalitarisme (parti unique, répression des opposants, suppression des libertés publiques, etc.)
      MT

  6. Anatole Defrance dit :

    N’était-ce pas Sir Churchill qui disait « A l’avenir, les fascistes s’appelleront eux-mêmes les antifacsistes »?

  7. Anonyme dit :

    J’aimerais me permettre un commentaire. Je crois que parmi vos lecteurs, beaucoup on cette intuition : un nouveau totalitarisme voit le jour. Est-ce la crainte trop naturel d’un tempérament conservateur comme le mien, ou est-ce justifié. Je crois qu’il faut d’abord définir ce qu’est ce nouveau totalitarisme, cette nouvelle tentative de créer un homme nouveau, ex-nihilo. J’ai l’impression que c’est quelque-chose comme l’Homme du Choix, numérisé et multiplié, dans une économie rationalisé. Un homme apatride (un pays est un hôtel, dixit le héraut de l’Homme Nouveau Jacques Attali), sans race (ah le gros mot), unisex, un homme naît d’une matrice artificielle (la femme sera ainsi libérée de porter nos enfants, dixit Henri Atlan), sans famille (multiples beaux-parents et arrières-arrières-grands-parents) augmenté technologiquement et transhumaniste (qui n’aura plus de rapport de nature avec ces ancêtres) – j’ajoute de qui on aura oblitéré toute pensée divergente, considérée à tord ou à raison comme d’extrême droite (un journaliste de gauche a déjà considéré le mot « terroir » comme étant pétainiste, mot qui fait trop référence aux racines, et qui s’oppose à l’Homme du Choix). Il sera post-politique (voyons! le progrès ne se discute pas, il suffit d’accompagner la marche du monde). Il choisira tout de son moi profond (pour ceux qui en auront les moyens). L’idée est celle d’une page blanche, sur laquelle l’individu pourra à volonté se choisir, orienté par un universalisme absolue et une morale absolument relative – que dirons-nous à ceux qui veulent être autre chose que des hommes, le dernier dénominateur commun (le courant anti-spéciste existe déjà, et ce n’est pas une blague). Le viol d’identité sera absolu, lorsque google aura collecté plus d’informations sur vous, que vous êtes capable d’en assimiler, alors vous ne vous appartiendrez plus (n’oublions pas tous ceux qui s’affichent nue sur internet, le nombre est invraisemblable, même leur corps est dépossédé). Imaginez dans 50 ans un essayiste qui aura la tâche d’écrire la mémoire de nos grands hommes (enfin ce qu’il en reste), il pourra avoir accès (moyennant finance) aux donnés de google, facebook, twitter etc… Une somme. Le totalitarisme de demain est celui de l’homme hors-sol sans contrainte donc sans altérité. C’est un totalitarisme d’extrême-centre (libéral-libertaire) si je devais absolument le situer sur l’arc républicain.
    Mais j’espère de tout cœur me tromper…

  8. fleur dit :

    Pas trop d’accord avec Sceptique. Le terme « dignité de l’homme » a pris un tour morbide avec le droit à l’avortement, le droit à l’euthanasie, le droit à changer de sexe et devenir de facto, stérile, le droit à l’achat d’utérus, de sperme, et d’enfants. Cette espèce d’embrigadement de la pensée me terrifie. Nous sommes préparés pour nous donner mutuellement la mort, pas pour nous défendre les uns les autres. Nous sommes conditionnés à nous penser en tant que chose monnayable. Cette préparation psychologique est à peine meilleure que l’engourdissement que l’on donnait aux bêtes jadis avant de les abattre et de les vendre en morceaux. (Bien sûr, l’engourdissement des bêtes aussi disparaît à l’abattoir)
    J’attends la chute de cette société-là, j’espère le renouveau, la cité céleste…

  9. Anonyme dit :

    Bonjour Maxime,
    J’ai été le premier a dénoncer dans vos billets, avant lélection de Casanova casqué en scooter, les lois liberticides crées depuis les attentats de 1995 et qu’ un president pourrait les utiliser trés légalement pour imposer dans notre pays un régime totalitaire.
    Le recul des libertés publiques, patent depuis plusieurs années, vient encore de franchir un pas. La démocratie ne fait pas toute la légitimité d’une république. Un pouvoir tyrannique peut se mettre en place démocratiquement. L’histoire, comme on le sait, ne se répète pas et les formes de totalitarisme à venir sont forcément inédites. Nous sentons bien qu’une nouvelle sorte de régime politique, insidieusement, se met en place. Même si nous n’avons pas encore tous les éléments théoriques permettant de penser ce régime inédit, il se présente déjà avec des signes certains de la monstruosité
    Le plus important demeure le constat désormais limpide et implacable : une fois que la gauche a été au pouvoir, elle y demeure pour de bon. Et lorsqu’elle est au pouvoir, elle le défend férocement, souvent avec efficacité. Par-dessus tout, nous ne pouvons que constater les velléités totalitaires et liberticides de cette gauche qui se targue d’être la garante de la démocratie et des droits humains inaliénables. La démocratie recule chaque jour un peu plus au profit de la dictature des lobbies et des bien-pensants.
    Le totalitarisme est avéré lorsqu’on n’ose même plus s’exprimer. Les intellectuels de gauche, aujourd’hui aux abonnés absents, appelaient ça l’autocensure. Désormais, ce sont même les représentants du peuple qui se font oublier parce que leur peur du qu’en dira-t-on est plus forte que le respect du mandat que leurs électeurs leur ont confié.
    Depuis le XX siécle nous avons vu, pensions nous, les pires dictatures, les dictatures totalitaires, à ne pas confondre avec les régimes autoritaires sous la coupe d’un homme à poigne qui, en général, s’effondrent en même temps que le bonhomme, ont toujours été bâties sous prétexte de bonheur et d’égalité.
    Voilà donc c’est cuit il n’y aura pas d’autre alternative que la révolution et le pouvoir le sait. Et bien alors il prépare son armée. Il faut imaginer le conditionnement qu’ils doivent recevoir pour pouvoir ensuite tirer sur le peuple français.
    On me répondra que je prends un ton fataliste excessif, que la situation n’est pas si grave et qu’après tout, l’Europe du XXIe siècle n’est pas l’Allemagne nazie ou l’URSS communiste, qu’il n’y a ni camp de concentration ni goulag, ni gestapo ni guépéou. C’est vrai, ce totalitarisme est (encore) soft, non sanglant. Il faut dire qu’il n’a pas besoin de l’être car il est largement secondé, voire devancé par la société civile et un certain nombre de ses secteurs. En premier lieu, on pense bien sûr aux médias, en particulier la télévision et la presse, qui promeuvent massivement l’idéologie ambiante dans tous les domaines et ce sans aucune contrainte d’un quelconque gouvernement. Ces médias se sont d’ailleurs récemment distingués dans leur traitement tout aussi partiel que partial des débats concernant LMPT, Jour de colere, la place de l’islam en France ou la manif anti FN de Rennes par les antifas. Quoi d’étonnant quand on sait que plus de 80% des journalistes en France sont de gauche, le professent officiellement et le font ressentir dans leurs analyses. Ensuite, on trouve le milieu de la culture, en particulier la culture de masse (cinéma, musique, théâtre, littérature), bref le show bizness ou plutôt les saltimbanques. Les dernières pétitions de personnalités gauchistes du monde du spectacle, notamment en faveur des immigrés, du multiculturalisme et des unions homosexuelles (oui, on y revient décidément souvent) en attestent assez aisément. On ne peut que déplorer le manque de clairvoyance du général De Gaulle qui déclara dans les années 1960 : « Laissons la culture à la gauche, ça lui fera un os à ronger ». On voit aujourd’hui le résultat : l’ensemble des principaux secteurs de la vie culturelles est aux mains d’idéologues gauchistes faisant davantage œuvre de propagandiste que d’artiste.
    Le constat est donc accablant : la gauche est toute puissante, la droite impuissante, timorée et bêtement divisée et toujours la plus bête du monde, donc incapable de répondre à cette situation qui ne risque pas de changer, la société et le peuple refusant de se mobiliser et se montrant au mieux impuissants, au pire complaisants. La seule question valable est alors de savoir que faire chacun à notre niveau pour y répondre. Il m’est bien sûr impossible de donner une solution miracle toute faite et infaillible.
    Je vous invite a consulter ce site :
    http://www.info-libre.fr/
    Et a regarder les infos a partir de 19h00 sur http://www.TVlibertes.com

    Bien à vous

    WILLY

  10. MICHAUD Alex dit :

    Cette déréliction que vous décrivez est à l’œuvre en matière raciale et sociale pour de nombreux humains, mais le dogmatisme raciste ou censitaire, est doublé de la vision spéciste concernant les animaux. Preuve en est la récidive annoncée par un autre zoo de l’Ouest du Danemark, qui veut tuer un girafon de sept ans, prénommé également Marius, car il est avec un autre male plus jeune et qu’une femelle doit arriver dans leur enclos! Toujours membre de l’EAZA, qui compte trois-cents établissements à travers le continent. Ce pays nordique massacre à l’arme blanche les dauphins des Iles FEROE, pour la tradition folklorique et les ours polaires au GROENLAND, pour la fourrure.

    C’est pourquoi il faut se mobiliser en ligne pour sauver ces malheureux et mettre ce pays d’assassins au ban de l’Europe, la Commission de Bruxelles ayant été saisie par les associations au sujet des tueries de dauphins et d’ours, n’a toujours pas statuée, évitant soigneusement l’ingérence dans les affaires intérieures de cet Etat homicide, mais seulement quand il s’agit des pauvres betes. Deux poids, deux mesures! A mis des décennies pour limiter le temps de transport et les conditions des animaux d’abattoir.

    Des philosophes ont mis en ligne une pétition en ligne pour faire reconnaitre le statut de l’animal, avec mention au Code Civil, à l’égal du Code Rural, relayé par le site de 30 Millions d’Amis et la SPA. Les deux éléphants du zoo de Lyon, suspectés de tuberculose, furent placés par Stéphanie de Monaco, après intervention auprès du Tribunal Administratif et auprès de l’Elysée. Il faut continuer le combat pour les plus faibles en signant massivement les pétitions en faveur des girafons sur CHANGE.ORG et MESOPINIONS.COM. Merci à tous!

    – Georges CHAPOUTHIER. Le droit de l’animal. PUF/Que sais-je?

  11. Sceptique dit :

    Les choses n’existent qu’une fois nommées, mais la nomination est définitive. L’expérience du totalitarisme a fait découvrir par les hommes que cette façon de traiter tout ou partie d’une population n’était pas impensable. Dès qu’on idéalise une vision de la société et qu’on souhaite qu’elle triomphe, on caresse le totalitarisme! Heureusement, ces désirs totalitaires s’équilibrent dans les conditions « normales ». Mais quand « elles » cessent de l’être, gare! Je ne pense pas que notre époque soit spécialement vulnérable. Le souvenir du dernier siècle est encore vif, les réflexes de rejet fonctionnent encore bien.

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